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                  <text>t-

i

5 •'

23e

Juin-Juillet 1908

REVUE

:-í

"

'

ë

Année

6-7

MERIDIONALE

Mensuelle

illustrée

ACHILLE
Pièces Inédites.

N°

—

MTJ{

Inauguration du Buste

il

C.I.D.O.
tittiERS
biblioteca
DE

L'INSTITUT
D'ESTUDIS

,OCCITANS
■SB

.

I

BUREAUX
PAR1S

i»,

rue

Laffitte

(galerie Achille Astre).

JDE

lajrç

I

REVUE

:

CARCASSONNE
3, Rue

Victor-Hugo

�— Discours d'Inauguration de MM. Achille ROUQUET
Jeux floraux de l'^Escolo Xudenco, rapport de Monsieur
M. PATINi
Pièces ayant obtenu une médaille d'argent : A' n un Cap de Marbre,
par Louis ALIBÊRT ; "L'Aujolo, par Paul VESJ AN ; "Fumée, par L. De GOTYSAHUQUÉ.

MIR.

Pièces inédites d'Achille

Pròsper EST1EU.

et

*—

—

GT^AYÏÜ^ES H07{S-T'EXT15 : Le Monument d'Achille Mir, par
Paul DUCUING, Eugène GÒRDJEN, architecte. — Áchïtìè
à la
"Porte

ítÒUQUET.

plume par Mlle Jane

—

le sculpteur-statuaire

Mir tn 1S80, dessin
La Cité en Xilogravutes : Aspect dé la

JVarbonnaite avant sa restauration.

XJLOGT{AJ/rin\JE.S

par

Auguste et Achille Rouquet.

Populaires de Carcassonne. — 26 Juillet 1908.
Programme : 10 heures du matin : Inauguration, au Square Gambetta,
du Monument d'Achille Mir.
Grandes Fêtes

—

Banquet félibréen, hôtel Jagmet.
demie : Jeux floraux de l'Escolo
salle des fêtes de la Mairie.
Midi

:

Audenco, dans la grande

1 heure et

5 heures :

Représentation de La Fille de

Roland, au théâtre antique

de la Cité.
9 h. et

demie

La Revue
Jeux floraux

:

Embrasement de la Cité,

Méridionale consacre ce numéro à Achille Mir et aux
de' l'Escolo Audenco. Cependant nous n'avons pas pu y

aurions voulu et nous avons

insérer tout ce que nous

dû nous borner.

prochain facicule nous donnerons Une conférence de M.
sur Achille Mir ; Une Ode de M. Paul Alberge Au fèlibre de la
de la Lauzetto et d'autres pièces couronnées à nos Jeux floraux.

Dans le

Patin,

Cansou

— Les vues de la Cité de Carcassonne
publions dans ce numéro sont extraites !
d'éditer et qui sera uniquement,
composé de gravures semblables. A part les aspects de la Cité avant sa
restauration, toutes les autres gravures seront faites d'après des'
dessins originaux et non des photographies. Cet album ne sera tiré qu'à
petit nombre et pour les souscripteurs seulement. Prix de l'Album 5 fr.
Quelques exemplaires seulement seront mis dans le commerce au prix
La Cité en

Xilogravures.

gravures sur bois que nous
d'un album que nous nous proposons
en

de 10 francs.
-

Œuvres de

'

'

Gaston Jourdanne.

—

-

-

Ì

Nous rappelons que nous

la Revue Les Bibliophiles de l'Aude, Histoire
du félibrige dont il reste seulement -i exemplaires sur hollande, Le
Guide à la Cité de Carcassonne et Contribution au folklore de l'Aude.

avons

toujours en vente à

�C.I.D.O.
BtZIERS
BIBLIOTECA
DE

L'ŒUVRE

INEDITE

D'ACHILLE

ku moment où les amis et

^AOKj|

glorifier le poète,
ville

—-

ou

il

a

MIR

L'INSTITUT
D'ESTUDIS
OCCITANS

admirateurs d'Achille Mir allaient

l'édification de son buste dans
passé la plus grande partie de son existence
par

la
et

composé

bitude,
A

un

son œuvre, nous avions pensé qu'il était bien de
rechercher les pièces de vers qu'il avait
pu, suivant son ha¬
éparpiller dans le monde et qui n'avaient pas été imprimées.

appel fait dans les journaux de la région, de nombreux amis du
répondu et nous ont adressé les pièces inédites qu'on va lire

félibre ont
Elles

sont pas

toutes de valeur égale et n'ajouteront pas grand
gloire du félibre. Cependant, leur publication ne nous paraît
pas inutile, car, si elles sont pour la plupart animées de la verve habi¬
tuelle du poète, elles out le précieux
avantage de montrer son évolution.
ne

chose à la

Les

premières datent,

par nous,

en

effet, de

l'orthographe incertaine

Heuue Méridionale.

—

Juin-Juillet.

—

ses

débuts. On y trouvera, respectée

et incorrecte des patoisants, modifiée

Vingt-troisième année, N™ 6-7.

�Revue Méridionale

50

plus tard par une connaissance plus aprofondie de la
figuration. Une seule chose fut peut-être intempestive

langue et de sa
dans cette trans¬

formation.
Achille Mir écrivit d'abord l'article le,

ainsi qu'il est employé à Car-

lieu de lou ; Il adopta ensuite le lou. Personnellement, nous
l'avons entendu regretter, sur la fin de sa vie, cette décision.

cassonne, au

Quoi qu'il en soit, nous pensons que la publication de pièces
n'était pas inutile et nous sommes persuadés que tous les amis
bre nous sauront gré de les avoir recueillies.

inédites
du féli—

N.|D. L. D.

LE

BERNAT-PESCAYRE

jour certèn Bernat-pescayre
Ioungas, d'un pu loung col margat,
Sus sas naoutos cambos quillat,
dabant el, ount ? ba sabi pas gayre,
Un

Ame

soun

Anabo

bec

Lafountèno

nou

ba dits pas.

qu'anabo à petit pas
mesprésant, la mino fièro,
Sul bord bert et flourit d'uno grando ribièro
Ount las escarpos, les brouchets
Fasion en-t-espingan milanto cabessets.
Sans se dérenga jès nostre Bernat-pescayre
Aouyo pouscut cruca fosso particuliès,
Car gnabio, en fouilléjan, qui saoutaboun sus
Mais créguet de pla millou fayre

Racounto soulomen
L'èl

D'atendre

un

paouc may

pès,

d'apétis;

réglât; manjabo pas matis.
Quaouquis moumens après la talen se déclaro.
Alabex le grand aousèlas
Moussu bibio

Dal courent abanço soun nas,

bey nada su l'aygo claro
un ramat, que begnon de pés traoucs.

Et
De tencos,

rafiguet le pot, beyrex, mal
Quicon de fresq, sadits, per un

Ne

à prépaous :

Bernat-pescayre î

�Revue Méridionale
De tencos ! alé donc !

me

couneyssoun pas gayre ;

Préférayo cent

cops descendre dins le clot
Paraban de tasta d'un ta michant fricot.

Après la tenco mesprésado,
Countinuan sa passéjado,
Pu leng trobo quaouque bricou
De grougnou.

Aquélo pitanço moudesto
Siouguet bufado coumo 1' resto.
Per yeou de grougnou
s'adiguet
Bilagnè ! per aco dourbissi pas moun bec.
L'alandet per pu mens ; tout annet de manièro

Qu'ajet bel finta la ribièro
Béjet

pas pus en loc la cougo d'un peyssou.
Le temps fugix et brico à brico
La talen talomen le

pico
Qu'à la fi sans cap de fayssou
Calguet s'acoumouda just d'un cagaraoulou.

Le counte dal

Bernat-pescayre

Nous mostro clar et net coumo'n et

un

fan dous

Que lou

que fa 1' réfastignous
Marcho souben al faous
escayre.
Se boulex

trop gagna risquax de perdre tout ;
atégne le miech coumençen per un bout.Bemarquen que les pus habilles
Per fa roulla ' saffas, soun les mens difficiles.
Mais malherousomsn
y aoura toujour de gens
Que jamay saran pas countens,
Per

Quand bendron Ampérur de Franço ;
le cantel que bramoun la pitanço.
Quand poussédoun la mar, anfln,

Ténoun pas

Y cal le peys

qu'y ' es dédins.
Février 1863.

�Revue Méridionale

52

A MOUSSU

ESCOURROU-MILLIAGO

Beni

timidomen, à passes de gatou,
presenta, Moussu, ma rustico cansou.
Me farex pla plaze, s'abex de tèms de resto,
De m'y douna ' n cop del. Coupax y cambos, testo,
Bouï douni tout poudé d'empèouta, de rougna,
Car se me l'a ' scaxats, cent per un ba gagna.
Jès ! qu'un countentomen, s'ey fait quicon que plago î.
Baou dir ' à l'emprimur : Quand crésex que me calgo
Bous

Per fa moulla '

fa pas
Menace pas,
Et

Y

se

n

n

cahiè de dex

ou

douxe fuis ?

dal juif, qu'à mouï falcets trop truls
à fet, d'y coupa la garganto,

faou tira '

n

ramat ! belèou mai de milanto !

Brabé Moussu Escourrou,

sioguex le proutectou,

ba poudex, de ma paouro cansou !
bostr ' esprit me dounoun counfienço.
Sarex quicon per yeou : n'eï la fermo esperenço ;
Et bous proumetti pla qu'aourex pas oubligat
Siouplet,

se

Bostre cor,

Un

ingrat.

26 Octobre 1862.

A

Moussa

Las crousés

ESCOURROU-MILLIAGOL

qu'embouyats, Brabé Moussu Escourrou,..

paouré rimaillur soun pas de croux d'ounou.
Jésus qué dé coupèous! Mais le bras bouï lancejo
Pel

D'abe tant

garloupat? Me fasex perdre embejo

attegne pus cap d'escrit de ma ma.
m'es pas permes de bouï fa tant trima.

De bous fa
De fet,

esprit rodo la patanteino ;
S'y sarraxle bridoun, le metex à la geino ;
Paoure nanet, a bèl escouta la lixou,
Babesex,

mon

que sara toujour re qu'un foronisou ;
Et bous que pretendex le fa boula à la brumo
Per aco fa, caldro qu'ajesse bostro plumo.

Bey

Manqui d'espeçarios ; bous abex ço que cal ;
A tout ço que disex yn le pebre et la sal.

!

�Revue Méridionale

53

Couci

despey loungtempts m'abex pas fait l'escolo !
Aparii tout just, es ço qué me desolo,
Quand me caldro lugi pertout à pe lébat !
Mais tenex, boli pas estre
descouratchat;
D'uno ma lé rabot et dé l'aoutro la
limo,
A fa

quicon de lis baou mettre mon escrimo ;
Garax n'aïci ' n gros tros toucat et retoucat :
Dious bolgue aqueste
cop qu'aje pas trop pécat?
8 Novembre 1862.

Je

vous

remercie bien de votre charmante lettre
;

je l'ai copiée pour
archives. Quand l'exemplaire sera usé par le
frottement, comme autrefois les pièces de trente sous (ancien
style),
j'ouvrirai de nouveau le moule.
laisser

Voriginal dans

mes

Et couci

manejats le lengatge patouès !
qu'à la crouès;
pla douna la pèno,
Sounayots coumo pan sus canels de Carbeno.
Troubax, à ma rasou, qu'acoï de tèmps mal mès,
Et préferax cent
cops bostre poulit francès.
A bous escouta à bous ne siox rè
A! ja que sé bouillox boun

Qu'ils sont charmants,

vos

conseils, mais

suivre !

Ce n'est pas la bonne volonté

qui

que je les trouve

me manque, mais

difficiles à

je crains.

Que per pla canta aquelis bis
Qu'eï pas tastat, que fan tant fis,
Moun gousièrou manque de soude.
Quant al gros blu, qu'aben à roufle,
Boul cantareï tant que bouldrex
Et bous apeï me crouzarex.
Si dans

l'ouvrage que vous voulez bien m'envoyer et dans celui que vous
m'indiquez, ie trouve des inspirations, je vous promets que ma plume ne
se rouillera
pas dans le fourreau,
Mais à quoi pensez-vous, vous voulez

Aourey

pas jamaï la forço
De gaouza brulla
n'amorço.

me

faire battre.

�Revue
1

Méridionale

'

A Moussu Escourrou,

l'aboucat,

Que souï fier d'abe rancountrat.
Se rimi, en clespit de Minerbo,
M'arrancara la micliant'herbo.
Sareï toujour soun serbitou :
S'èri l'amie ? Jès ! qu'un hounoul
a. mir.

Moussu ESCOURROU-MILLIAGOL

A

Tenex, Moussu Escourrou, sans rimo ni rasous,
Sus Pégaso, al galaoup, mé boli entourna à Mous;
Car

a

peno mous

els bous

an

perdut de bisto,

Qu'eï sentit tout d'un cop moun àmo béni tristo.
Bou ba'sclalì, tenex, s'agessi'n paouc gaousat,
Daban d'y arriba, cent cops bès lé bilatché
poun, que sabex, me sayo
D'un aïré piétadous, eï birat moun

D'aquel

pla'ntournat.
bisatché,

aco ba ? pourtax de besc sus bous?
approuchan, coumo les aoussèlous
De la paillo dal rec, abaten nostros alos.
Ame bous, pel l'esprit., qu'y bouldro faire à malos?
J'ès qu'un caquet poulit ! et parlax tout en or ?

Couci diablé
Car

en

bous

Es que se sap tabé qu'abex un noble cor
Tout farcit de bountat, tout coumoul de tendresso.
Amé tant de trésors bous cal uno Countesso,
Un

angé d'ennamoun que d'alos sio pribat,

Uno roso, uno flour d'uno grando bèoutat,
Uno... ba sabi pas, que siogue bèlo, bèlo,
Dalicado coumo la roso muscadèlo,

Que bous brode de jours de cedo, de belous.
Garax aqui les bus, Moussu Escourrou de Mous,
Que bostre serbilou fara à la Proubidenço,
Tant se trobo juyous d'abé fait couneïssenço
Amé l'homme sabent, qu'aoura milo rasous,
D'y douna de counsels, d'y faire de litsous.

bite, belèou bous faou fa la grimaço?
siouplet, sus aquèlo terrasso,
Aben tantfadejat, coumo de maïnateboux,
Que me geïni pas trop de caquetta amé bous.
Baou trop

Perdounax-mé,

�Revue

S'a

ma

Toul

Méridionale

plumo d'aillurs boli

moun cor

sarra

reboultatà tout

la

brido,

y crido
de rés, que siox un noble amie,
d'esprit chez bous trobo d'abric.
Merci milanto cops d'abé dit
que mas fablos,
Et mas aoutros cansous, soun
pas trop détestablos.
Tout ço que m'abion
dit, tant n'emporto le ben,
Mais es bous
que parlax, et bostré jutchomen
Es un aoutre parel de
manchos, et ma Muso,
Qu'a babillardejat, acato l'bec, counfuso.
Tabé la cridi pas, bou beï dit amoun
naout ;
Es sul noble Roussi
qu'eï arrancat un saout,
Qu'en sayots estounat ; car ignourats pas brico,
Que soun un paouc pésuc : que le diansi ba fico!
Souï pas boun cabaillé ; si
Pégaso es pas franc,
Que lancé de rugets, ou que fague dal ranc,
Aoureï bel d'uno ma
m'empougna à la crinièro,
De l'aoutro m'arrapa,
pla fort, à la croupièro,
moumen

D'abe pas poou
Et quel'paouré

Me fara

boulinga, sans caousi le roudal.
Rous que mountats tant
pla le sabent animal,
Daveau mai tu Jasmin, endicax-me un
Couci ben à la ma ma
Ja que l'abex magnac,

brico,

quand parlats en musico ?
toujour bous aoutris dous !
A la terro segur fasex
pas de poutous ;
Caminax, à plazé, su las herbos flouridos
De bluets, des
pounpouns, de reynos-margaridos,
Segur riscax pas rés de bous despunta l'nas
Sus aquel bert, flourit et moufle matalas.
Me disex, en riguen, à tous
despens appreni.
Merci pla dal counsel. A chabal et
m'embéni,
Rété coumo'n
païchel, quillat as cambarlous,
En cantan coumo'n fat d'Escalos
jusquos Mous.

Salut à

bous, Madamo Siro,
Perlo, qu'on aïmo, qu'on admiro,
Permettex que, de
ginouilloux,

Me

bengo frega la moustacho
garramacho,
Per bous fa péta dous
poutous,

Sus bostro richo

Just à l'endreït das arteillous.

�Revue Méridionale
C ré aturo, cent cops aïmablo,
Milanto cops pus adourablo,

Que bous dira
Trambli de
Car

nous

moun cor juyous ?
perdre la boussolo,

fasex rouda la bolo.

Quand fasen saoucle al tour de bous,
Brillax mai que les trés-bourdous.
Y besen bé d'aoutros estèlos

car soun pla bèlos ;
Mais bous siox la luno, ban dit,
Dins un coumplimen tout flourit.

Que fan de lum,

Et qu'unos paraoulos mannados,
D'argen et d'or tout embrumados !
Qu'un bounhur d'abé tant d'esprit!
Moussu Escourrou, ne siox claufit.
Tant

s'aco

se mèlo
cerbèlo ;
Mais Madamo Siro amé bous

pis per bous
Dins la bouèto de

ma

Fasex

que,

un

bouquet

Ni dins cap d'hort,
S'en troubayo pas
Ou besi fousc de

dins Mous,
ni de parterro,
de pu bels,

mous

dous els,

Oh !

qu'uno bespérado bèlo !
temps tegno la ficèlo,
Le rennayo, qu'a miejo neït.
Su la terrasso sayo seït,
Le soulel dargnè la mountagno,
Se randro, mais de qu'uno cagno !
Las houros durayon un jour,
Et le jour durayo toujour !
Se dal

Bellos fillos de

Garcassouno,

Toutos méritax de courouno,]
Siox toutos Reynos dins moun cor

!

Que bous bouldro trouba 'n trésor,

D'aquelis que randoun la bido
Tant parfumado, tant flourido !
Un marit brabé

Bertat que cap

coumo

'n

n'aouyots

soou :

pas poou

?

�Revue Méridionale
Moussu

Escourrou, bous faou

escuso,

Trobi pa ré per desencuso
De bous abe tant annuyat,
De

moun

Bite baou
Et s'abex

lengatche estroupiat;
plèga mas caouquillos,
quaouquis cops d'estrillos

A douna à bostre

Bous geïnex pas,

A

Moussu

Qu'a mancat de paraoulo

Merci:

serbitou,
Moussu Escourrou.

ANDRIOU
per

beni manja

uno

lèbre.

graciós à bous, brabe Moussu Andriou,

Ey mancat, dins la nèyt, créba d'endigestiou.
Abio mous poulsadous boutchats coumo le diable,
Per m'estre débouat à manja tout un rable.
Qu'un désayre, moun Dious ! à m'aquesto calou
Eri, foroï lansols, rousent coumo'n carbou.
Couci bous que pertout passats per estre aymable,
Bous que m'abets parit tant bou, tant
rasounable,
Dayssats bostris amies al grand foc dal trabal,
Per bous barricada, tout soul, dins bostre oustal
En dounan per rasou que le kayssal bous
pico ?
Et nous plantats aqui per fa soûls la
musiquo ?
Abets dounc résoulgut de fayre
magre et gras,
Ame de

coufimen, de ris et de millas?

Toutis crésen, un paouc, que jougabex un lurre.
Se sabiox ! le lébraout, tendre coumo de
burre,
Se foundio pel las dents, sans matcha les taillous !
Et bous aouyon serbit les pus fis, les millous,
Per que bostre rastel ajesse pas
prés

péno.

1

Après, d'aquel boun bi qu'escalfo tant la béno,
D'aquel oli bénit, récoultat à Baniouls,
Que déouyon, per respect, béoure sus dous ginouls,
Bous sayots humectât et les pots et la
lengo.
Jamay n'èy pas tastat, aoumens qué me soubengo,

�Revue Méridionale

Qu'ajesse le bouquet tant finot, tant mouèlous.
Mais après les fioulets soun dins les aousidous,
Et m'assemblo aousi de musiquo enratchado.
Mais tournen as moutous. Madamo es pla fatchado
De bostre trèt dé

hier, et bous déclari net,
Qu'és élo que m'a dit de bous douna le fouet.
Bous demandi

perdou, l'espressiou bous ofusco ;
qu'encaro 1" fumet me tapo su la clusco,
Et le grand bol de thé, qu'à Talbo èy abalat,
Me b'a pas, crésex-bo, tout à fèt dissipat.
Et d'aillurs, à moun tour, ey sentit en présenço,
La macado qu'a fayt, sus tout cor, bostro absenço.
M'éri fayt un festin de me trouba à me bous,
Car nrabex agradat, siogué dit sans fayssous,
Et nous sayon liats en nous juntan àtaoulo.
Es alabex, Moussu, que mancats de paraoulo ?
Et quand bous ban cerca, qu'espéran qu'arribats^
Ame de mal de dents nous disonn que roudats ?
Bous prouméti fort pla que coumpréni pas brico
Aques quatre ou cinq mots de bostro domestique.
Ah ! Moussu le roudiè ! bous anax passéja
Tout just al bel moumen que bous cal entaoula !
Es

.

.

Et

nous

aoutris badan

ame

n
L~

la lèbre à l'aste?

Pourbu que bengo léou, dision, encaro baste ;
Se ne bol pas tasta, fara coumpagno, aouméns.
Aben bel trépéja, fa de rasounoméns,
Pas de Moussu

Andriou; resto dins

sa

caouquillo;

Cal coumença sans el le répays de famillo.
Nous dision : al dessert tara'n aparitiou :

le grand Turq. Apla, Moussu Andriou
derrenga per passa la béillado.
ayci tal ya pas qu'une cambado,
Pouyo pla cépandan moustra 'n bricou le nas?
Mais quand piquet las dex et que benguérex pas,
Pas may que

Se bol pas
De chèz el

Souhétèri le boun souer per régagna ma^ caso,
Le froun may caout qu'es pes, qu'èroun leng de
Car èren afayrats à counta de fabols.
N'abion

près,

per

Aqui l'on risquo

.

la brazo,

jouga, quranto bèy per dous sols
d'y dayssa la fourtuno.

pas

. f

;

�Revue

Méridionale

mounjos, bésex, se countoun uno à uno ;
de siéys és ço pu fort.
Et bourro bourraras ; à mort, toujours à mort.
Nous amusèren pla, que boulex que bous digo,
Et s'abiox pas mancat, la réuniou amigo
Aouyo béleou jisclat d'un rire pu juyous.
Trobi, Moussu Andriou, qu'és pla tant pis per bous.
Oh ! las

Le rambit és fixat ;

Qu'en attenden aoumens aousiguesse pas dire
Qu'aïço bous a fatchat; car tout és dit pé rire ;
Et crégax fort, Moussu, quebostre serbitou,
Boudro pas, à tout prex, tréboula bostr'humou.
19 Janvier 1863

Moussa DANTRAS,

A

Noutari

siox patient per lugi ma bermino,
emboyi 's regrets qu'ey fayts sur la cantino
Pleno de boun bi bièl, et que me s'escampèt.
Faguet pla de péta, d'abord qu'espeliguèt,
Medisoun les amies, ta complènto poulido.
Oh ! si l'abion tastat ! beyon que de la bido
L'on se counsolo pas d'un sancopi parèl !
Tenex, de ne parla, sentissi dins moun èl
Quicon, coumo 'n grifoul, que rajo sus ma gaouto.
An bèl dire, toujour n'aourèy l'amo malaouto.
Dabord que
Bous

Bous faou passa tabès le
Oh ! bouldro aquel boussi

Bouldro

patouès mal benjat.
tapat et retapât !

quel petadou, qu'es

al

cap

de la cordo,

Faguesse milo cops crida misericordo
A-n-aques Moussurots, tant trufets et pâlots
Q'al prumiè mot patouès an le mesprex as pots.
Y bouldro

fardo,
m'uno rudo cardo,
paraouli das bièls
toujour un das pu bèls.

espelinsa la pèl dejoust la

grata '1 grasselet à
Afin d'y fa aboua que 1'
Les

Es 'estat, es, sara
Mais malherousamen

siou toujours court d'haleno ;

�60

Revue Méridionale
Sabi pas escatxa mous canèls de
carbeno,
Et fiouli de Irabès, sus moun
sanayre faous.
Se coumo bous, Moussu,
Dal sabe da

tegno toutos las claous
l'esprit et de tout saoupre fayre,

Alabex m'entendrox bufa de poulit
ayre
Mais mous paouris parents an
Un moudeste
Et

be, de

regent

per

!
just fayt de moun bouès
ensigna la crouès !

ba passan encaro
pla, gracio à Dious, et fasen pas la caro ;
Ba beyrex, si
jamay benèx tasta le bi
Qu'en me flatan, disèx qu'ey contât, à rabi.
Aquelhounou, bertat un jour me 1' pouyots fayre?
que cresex, nou

Prou be

Me farex

pla plazé se demourax pas gayre.
atenden, cregax que souy per tout de bou
Brabe Moussu Dantras, bostre humble serbitou.
En

4 Mars 1863.

P. S.

-

Se troubas

dins le courent dal més.
Embouyats-me, siouplèt, le boussi de l'anglés.

A

un

moumen,

MOUSSU

DANTRAS,

Noutari.

Dintrèri, l'aoutre jour, à co d'un bouquinisto :
Badaillex pas déjà ! Boli pas fa la listo
De tout le bataclan
qu'oufusquèt moun bistou.
Bous direy soulomen que clins un recantou
Bejèri reboundut joust un coup de poulsièro,
Tatiragnos, à may belèou d'aoutro misèro,
Un famus

mountayrou de libres de dous soous.
fripiè me diguèt qu'èroun toutis fiai noous,
Que les abio croumpax à pes, tant la liourado,
Et que depèy tres ans, et may
quaouquo mesado,.
Que n'èro poussessou, n'abio pas bendut cap.
Une ideo, sui cop, me galaoupèt
pel cap :
Sayo pas de Patouès ? — Sifèt, dal béritable,
Fayt per un aboucat qu'abio ' n esprit de diable.
Figurax-bous, Moussu, s'es un escrit tapat.
Jamay aouyo cregut d'esse tant atrapat ;
Le

—

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V

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...

a

�Revue

Méridionale

Bezio luzi d'escuts al founze de

potcho,
abé la ratcho ! —
Toumbèri de moun naout, et, tout blanc coumo ' n
lun,
Le prègui ' n beguejan, de m'en
espoulsa un.
Y abraqui mous dous èls
legissi : Pouësios,
Fablos, countes, quatrins, pitafos, elegios,
Et xetera tres cops, per ne fini pelèou.
Marmoutabi, entre dents : saras atal trop lèou,
Paouro meouno Cansou sul boun
ju de la bigno !
Moun Dious ! s'èri pouncbat à m ' uno talo '
espino !
Que mous berses, un jour, en pèillots de papiès,
Anèssoun ' estroupa tabat, espeçariès ;
Que le pu bel resquit de ma rouzento beno
Dins le traouc das luquets fretesse la
padeno ;
Que darniè ' no paret.
Maladectiou ! qu'un sort 1
Mais alors mous amics aouyon abut
pla tort
De me dire, à tout pic : Anen, cal
qu'aco rolle ;
Fay mettre 1 ' manuscrit tout en letros de molle !
Toun libret se bendra, may que sio bou
mercat,
Aoutant facillomen quel noubèl armanat !
Ta cansou sul razin, l'hiber, à labeillado,
Sara legido, recitado,
Pel bignèroun et sous gayssous;
A la flamado das tisous,
Sabex pas qu'aco l'interresso :
Souco, razin, moust, pipos, presso ?
Se rix à'Antouèno, moun ami,
Mais soui ré té

flambat,

ma

gna per

,

.

..

Bascalara dal cant sul bi.

Amies, que le cèl bous aousigue!
Que moun trabal canoune, espigue !
Surtout, que grane un bricounet
Per m'en tira 1' pantalounnet !

PRIÈRO

Souqueto, souqueto mannado,
Tu que ma Muso a tant bantado,
Se fas que moun nanet d'escrit
Attire un cop d'èl fabourable

D'aquel Public tant redoutable,
A ginouls beourèy toun esprit.

�Méridionale

Revue

Aro, Moussu Dantras, bous dount l'esprit tant brillo,
Fasèx moussa, siouplèt, brandissex-me l'esquillo,
Rebatèz le tambour, en là, pel Narbounés;
Fasex l'article anfîn, car me b'abex proumes.

Ayci T libret d'abord

per mostro et per estreno ;
' fasio passa, digax, uno binteno ?
Les dounayox ou les bendrox.

Se bou

n

Risex etrafissex les

pots,

En

diguen qu'es

Pla

merci, Moussu le Noutari,

Aco '

s

Bostre

atal

pas

necessari...

qu'encourachats ?

serbitou, adisiax.

Escalos, le 21 Août 1863.

TRINC
en

l'hounou das nobis

Justin Scheurer et Marie Bauvilli

Coubidi la bêla assemblado

pourta 'n trinc à la santat
maridado,
Autant graciouso que mannado,

A

De la noubèlo
Dount l'èlhou
A

soun

nous

dits la bountat.

nobi tout brabetat,

renon es pas à faire,
Car lou pais l'a troumpetat.
Lou bièl benerable Grand-Paire,

Dount lou

Que porto gai soun ramat d'ans,
A bufat al
Lou

cor

das efants

genio musiquejaire.

Nobi, noubieto, toutis dous,
Se lou grand Dius dal cèl m'escouto,
En dansant farets bostro routo
A la musico das
18

d'Agoust 1881.

poutous.

�Revue

Méridionale

m
UN AMIC

A

Sur la mort de

À1

sa

bouno

Mayre.

Paradis, amie, bey

se fa grando festo
Et tu sios triste, desoulat :

Lo, qu'ayei ploures tant es dins la cour Celesto,
Le froun d'estelos courounat.
Dal brumache

d'argen, dount

Amoun,
Te sourix

sus

soun amo

s'estroupo,

naoutimes dal Cèl,

en diguen : Regretti pas la coupo
Ount m'abeourabi que de fèl.

Nou, ta Mayre bol pas que plouren

soun
Car l'houro das darnies adious

A sounat per la
Aro' s

absenço

j

fi de sa grando soufrenço
heyrouso proche Dious.

0, y es amel Boun Dious que l'a tant esproubado,
A n'elo, qu'abio tant boun cor!
La

Biergo, les angels l'an douçomen plaçado
Tout proche de soun trône d'or.
t

Counsolo ta

f'-"7

■

doulou, amie à l'amo puro,

Parfumado de debouliou ;
Car

rebeyras
Lo

amoun, dins la bido futuro,
qu'èro ayei toun afectiou.
í'.

Oh ! si l'on abio pas la dibino esperenço
Per suspourta les trucs dal sort,
De la bresso al toumbèl

maoudiyon l'existenço
après la mort.

:

Mais tournan bioure

Amic,

encaro un cop, plègues pas
Benesissi peleou la Mort,

Aquel

ange

joust la

dal cél qu'a brisât la cadeno

De la

qu'es arribado al port.

peno,

'

�64

Revue

Méridionale

MOUSSU BIGAOUT ET SA FAMILLO
Bous

anounci, Moussu Rigaout
Qu'aneyt ey pas fait un bel saout
Ey rescassat uno aoutro fillo,

;

N° 3 dins la famillo.
27 Juin 186».

SONNET
Counsacrat à

moun

brabe

amie

Moussu André MAURE

Joust

lançol de nèu, la terro es reboundudo !
aubres, secs, derramassats,
D'un suzàri soun emblancats,
piulet de l'aucèl, dins lou gibre s'atudo.
un

Lous

Lou

Pel cendras,

en roumian, lou minet s'agouludo,
Arrucat, dins dous ou tres fracs,
Que sui boumbet ei boutounats

Escarboti '
E

s

tisous d'uno

disi, tristas

souco

brancudo.

qu'es aissable l'Iber
crouses sus
l'esquino,
Qu'endouloumboum moun cos en rafiguent
me

:

Amé sieis

Un paure ome es
De

E cèssi

aqui, palle, nud coumo
bi, de panot fau Poufrando,

mous

plagnuns al pèd dal foc

que

mandadis

Bèl

amie, bebi lous tisous

;

E bous ?
A

m'aqueste temps de frescuro
Quiti pas la Manufacturo.
Bous saludi ' mai lous qu'aimats.
Adissiats.
Lou 12 dal

mes

das gats 1887.

un

ma

mino !...

ber.

brando.

�Revue Méridionale

LOUS DOUS PIJOUS
FABLO

Dedicado à Madamo Firmin CLERGUE

Dous

poulidis pijous bibion dins uno tour
En s'aimant dal pus tendre amour.
Lou pus joube, — un flandrin, — boulguèt quita
En diguent, tristas, abatut,
Que languissio coumo ' n perdut.
Boulio 'na fa lanlèro ; acò per se distraire.
L'ainat, estabousit, i ben : « De que bas faire?
I penses pas ? crei-me, moun amiguet ! as tort.

soun

fraire,

«

«

L'absenço fa tant mal ! abut causat la mort.

«

Oh !

«
«
«

«

qui m'aurio ' fourtit qu'aurios aquel courage
daissa soulet ! qun cor ! me soui troumpat ;
Nou sios pas moun amic ; proufanes l'amistat !
Ingrat ! qu'aumens trabals, dangès, souèns dal bouiage,
Tout acò réfléchit am ' un pauc d'atenciu,
De

me

«
«

Encaro s'atendios al tems de las
«
«

«

Sion tant
«

«

Ebranle ta resouluciu.

La bouès
«

espigos,

Noun pas t'en ana ' mes glaçous !
Sios pas tant pressât anfin, digos,

pla. tant caudets, dins lou nix toutis dous !
a pas gaire,
rauco d'un
gorp que, ne soui pla segur,

Dalhurs ausissio, i'

As inoucents aucèls de l'aire

Anounçabo quauque malur.
Bau reba que falquets, fialats, ploumb de cassaire,
«
E tout ço que ben rabastraire.
«

«

«

Quand tourrara dirèi

:

Moun Dius ! qui sap ount és?

Tridolo mort de fred ! beleu

manjo pas rés !
Quand aici, proche iéu. abio soun lèitet moufle
« Amai cado
repais de bessos à-tout-roufle !... »
Mès, qui ba creirio ? ' quel discours,
Qu'à l'èl lou pus eichut aurio arrancat de plours,
Sul cor dal bouiajou faguèt uno glissado
Sans daissa la mendro esquissado.
Abio trop fantesiè d'ana rouda pais.
L'èl un bricou bagnat, per hounlo-bergougnasso,
«

«

�Revue Méridionale
I

respoundèt, la mino basso :
L'ainat, bandissi tout soucis ;
T'anes pas tourmenta,
siuplet, sus moun absenço.
Bas pas creire belèu
que m'en bau per un més ?
Un ou dous jours al mai ;
tè, se bos, meti tres,
Sufiran per coumbla moun cor de
jouissenço.
Bitomen tournarèi, countent, de
joyo fol,
« Bèl
amic, per te sauta ' 1 col.
«

«

«
«
«

«

«
«

«

«
«

Te countarèi, dins las
belhadost
Mas abanturos, e beiras

«

Qun plasé de m'ausi tendras !

«

Sul noumbre gnaura

de granados,
m'enganario pla. Béses, m'amusarèi
« Lou
jour, la nèi, tant que pouirèi.
Boli besita tout : alal on pot s'estruire,
E l'on s'entourno pas sans
saupre de que dire.
Ou

«

Ja t'en bau delata de toutos las coulous !

«

Un tal

jour, te dirèi, dins talo
«

Creiras,

—

m'escoutant, que i eren toutis dous.
emboulemiat, èro tant bounifaço !

I fa

adius

sous

e

Car

soun

amo

»

l'embrasso

aangloutant d'un toun à fa fendilha

Lou

bilo,

en

Soun fraire

En

talo

M'arribèt aiço de curious.

«

«

ou

Car n'aurèi bistos mai de milo,

—

'

n roc

èro touto foc.

joube, aqueste

cop, malgrat tout soun courage
Plourèt tabé coumo ' n
mainage,

E

Fuso

coumo

partiguèt lou
'

n

cor

barrat.

laucet dins las

pianos de l'aire.
ouro après, abiso ' n tourrougat
De plèjo, de grello cargat.
Deja' cò l'embestio d'un caire.
Al pu bite calguèt serca ' n trossas d'abric.
Mès qun abric, piètat ! ba
sapièt soun plumage ;
Rescassèt, mai ou mens, lous tres quarts de l'ourage.
Buto ! acò ' s que de flours : as
pas fenit, l'amie.
Talèu cèl esclairit,
reprenguèt sa boulado
Amé sa plumo rajentado.
Belèu

mièjo

Tustos

e

bustos

l'assequèt

Coumo pousquèt.
Lou paure èro transit ; sabio
pas que s'en creire.
Un moumenet après, dins un
camp escartat,

�Revue

Distinguèt
«

un

pijou proche

67

Méridionale

un

juntat de blat.

Qu'es acò ? sa-dits,

anen

beire.

»

I ' anèt. Sui cop sioguèt pinçat,
Car sul bricou de gra floutejabo ' n fialat.

Urousomen

pel el qu'aquelo trapadèlo,
ficèlo,
Tenio res que per flech. Piquèt e repiquèt
De las grifos, dal bèc ; à forço parbenguèt
A fa' n finestrounel en brisant quauco malho.
Faito de maichanto

Mès demourèt à la batalho
Mai d'uno

plumo dal fafiè.
un aucèl rapiniè,
As tarribles galhous, en faguent sa tournado
Béi la bestio desplumassado
Qu'en trigoussant as pèds quauque brin d'esparrou
Semblabo ' n galerièn escapat de prisou.
Bous s! abat dessus per ne faire boumbanço,
Anabo alanda ' 1 bèc quand, dal soulel se lanço
Un'aclo dount l'arpiu enlèbo' n gros inoutou.
Dal tems qu'entre brigands l'afaire se bidabo,
Pensats se fouïnèt roundomen lou pijou,
E se soun estoumac fort i pataquejabo !
S'en anèt apausa sul cantou d'un engard
Per coumble demalur,

Coubert amé de carabenos,
En creguent, per
Mès

un

bèco,

—

lou

cop,

d'abé fenit

sas penos.

s'abèts s'aquel âge es pendard,

—

D'un cop

de froundo bous l'afusto ;
La pèiro brounzino, lou tusto,
En lou pensant bira de part.
La pauro bèstio malurouso
Un pèd murtrit, l'alo sannouso,
En ranquejant se trigoussèt,
Car ièro pla gardat de boula ni de courre, —
A soun pijouniè blanc, aquelo bièlho tourre,
Que trioumfant abandounèt !
Estequit de besoun : — i ' a tant de tems que juno !
Sus la boucado de la nèit,
Arribo ' n pioulejant. Soun fraire, de soun leit.
—

Bei, à l'esclaire de la luno,
Soun coumpagnou

El tabé,

tant regretat !
dins lou nix, de peno abio junat.
Se juntoun... 0 bounur ! o joio !

—

�68

Revue Méridionale

V.
«
«

«
«

Merci, sa-fa l'ainat ; es lou cèl que t'enboio
me
tampa l'èlhou ! fau moun darniè badal.
Despèi que m'as quitat èi soufert tant de mal I
E resoulguèri un
jour de boule pas pus biure.
Ba beses, soui sec coumo ' n
ciure,
Per

«

Mès mourissi countent car t ' ei
rebist. Adiu !
Se biro
à-n-aques mots et douçomen trespasso.
«

»

L'autre, desesperat, lou boulègo, l'embrasso ;
Bei que poulso pas
pus... Arranco ' n crid : moun Diu
D'uno bouès desoulado,
D'uno bouès
estranglado,

E toumbo à

soun

coustat

coumo

mort à

soun

tour.

Es atal que passèt la
premièro belhado;
Las autros las passèt à
pus prêts cado jour
Minat de doulou, de tristesso.
Un

bèspre, à soulel coule, ajèt uno feblesso,
pijou, sans secours, s'aludèt

E lou paure

De

regrèt.

Amies d'un

jour, amies de palho,
de fer doublât,
siots pas, beritablo raealho

Amies al

Ornes,

que ne

cor

Que sulhats la

santó

amistat,

Dins aquesto fablo tant bèlo
Dal cap as pèds miralhats-bous I

Arribats pas à la semèlo
Das dous pijous.

15 Mars 1891.

A

Moussu lou CURAT DE X...
Alqual raubèri

uno

bouneto.

Me

demandi, moussu 1' Curat,
Ço que debèts abé pensat
Dal felibre de la
Lauseto,
Quand bostro brabo sor a dit,
Après ab tout rejunit :
Fraire, me manco uno bouneto
—

Bostro sor a dit la bertat.
Acò 's iéu que, tout atairat
De plega bestit e camiso
Das

dimenges

e

festanals,

!

—

!

�Revue

Méridionale

Estroupèri tais

e retals
E dous berrels dins ma baliso.
Lou lendema dal

Carnabal,
Arribi, sul bèspre, à l'oustal ;
Pausi moun còlis sus la banco,
E Madamo Mir lou dourbits.

Sulcop, la besi que sourits
De trouba 'no bouneto blanco.
T'abiò balhat

qu'un berrelblu,
portes dous ? Diable tu !
D'ount as trait l'autre?
Mès, ma bouno,
L'aurèi tout simplomen panat
Al brabe Abat que m'a loutjat
Coumo 'n rei que porto courouno ! —
—

E

ne

—

E de rire

coumo

n

boussut,

En besent lou mal-entendut

D'aquel afaire de bounetos.
Dounques saurets, Moussu 1' Curat,
Qu'abèts aici bostre coufat
Que gandissi pas sans bougnetos...
Ièr, lous noubèlis mandats,
De Moussu Sebo accoumpagnats,
Nous benguèroun faire besito.
I boulhon balha lou bounet ;
Mès lou rafuseroun tout net.

Coumprenèts aquelo counduito
Eh

be,

Moun
L'amic

se

la coumprenèts

brabe,

?

pas,

qu'abèts pas boun
Sebo, en crebant de rire,
es

nas :

—

Bouliò de rimos sul coufat
Oue bous èi tant
Sans

maliço,

pla 'scamboutat
pot dire !

aco se

Que siò countent, aqui l'escrit !
Bal pas un biètaze
Aco n'es ni gril ni

boulil;
cigalo ;

Mès

grand merci, moun brabe Abat,
espitalitat
Qu'es touto cor, patriarcalo !
De la boslro

21 de Fébrié 1896.

�Revue

Méridionale
Carcassonne, le 21 Septembre 189\.

MON CHER AMI FRANC
Les hommes proposent et les abcès

disposent.

l'a

quinze jours que soui enmouralhat coumo l'ours Martin apribasat
cops de palos, am'uno gauto coumo ' n palhassou e que teni untado
d'uno saloupariè de poumado coumo de coufimen
(belladonne ou belle-

a

dame).

Ah ! misèro de ièu ! soui al

riz, al macaroni

e

à las erbetos

:

felibre !
Ount boulèts

qu'ane

am

paure

' aquel bisage de soufrent ?

Adiu ! bèlo fruto

daurado,

Que l'amie Franc

a

tant bantado !

Pèchos, muscats, figos, melous
Que bous foundèts joust lous poutous.
Abèts bèl

me

faire

enbejetos

De bostros benesidos tetos

Couflados de
Podi pas

suere e

de mèl !...

bous moulzi... Al diable lou bridèl

!

Carcassouno, 2 de décembre 1891.
Bous atendets pas, moun brabeamic
Franc, que bous bengue fa de
e surtout de berses
galois. Moun cor es pas à la joio e lou rire
me
passo pas lous pots.

berses

Aude, aquelo bièlho canalho,
Nous

a

foutudis

sus

la

palho.

Nous resto que d'èls per plourà
E nostre cor per bous aima.

Carcassouno, 22 d'Octobre 1891.

AL
Se

BRABE AMIC

FRANC

ben

rebastraire, dimenge, à 9 h. 38 minutos, Prax e Mir
prendran la boulado de la garo de Carcassouno per s'adraia bès St-André,
res

nou

Ba sans dire que cadun prendra soun paniè al bras coumo
mios. Mais adieu! paniers, les vendanges sont

faites!

perlas bende-

�Revue

Méridionale

71

Es égal, troubaren encaro quauque cinglet, mamèlho ou cascamèl à
degrena. Mès, petard de la malediciu, la lèbre sara bluo, s'es deja tuado
despèi tres jours et lou bermisèli la trabalhara a la fourfouilhado, siguromen.
Acò me rapèlo lou gros rafaut que lou ritou de Lauro abio
counserbat tout lou

dins

careme

amaduro de sorbos. Besi

un

mountairou

la malurouso que

de sial

coumo

birabo l'aste,

qui

lou
moucadou sus las narros, s'empouisounabo à foun, e cap de gat pousquèt
pas demoura dins la cousino. Un gousset qu'apelaboun Perlou, toumbèt
relte coumo 'no arno proche la brocho...
encore

ame

Per tant

qu'on adore la lèbre,
purèo, en milhas,
D'i pensa fa beni la fièbre.
E bous sarrats lou cap dal nas.
Quand

es en

Prefèri '

tal de

grilhado,
cambajou,
Qu'un floc de lèbre pla flambado,
Mès qu'enfaleno pauc ou prou.
n

car

Un carbounil de

Per tant que

la bouno tisano
Bengue azaga d'un doux parfum
Lou gibiè que bous engargano,
Resto toujour d'aquel ferum.
'iRafissèts lou pot ? Sus paraulo
Me cresèts pas

siguromen,
Quand sara ' taulo,
Rejouira l'enterromen.
E bous disèts

: «

Bah ! Madame Franc la
Ame

sous

belasso,
regimen,
bouno grimaço

plats

Bous fa faire

en

Mêmes à-n-un enterromen.

Ah ! ça, adissiats,

lèse de fa de berses en respounso as bostres
berbo en diable. Es que la malautiè de
? Mesfisats-bous, qu'es quicon de tarrible
de medeci bous garira pas.
qu'ei

pas

que soun claufits d'entrin e de
rima bous arrapo tout de bou
e

que cap

�72

Revue Méridionale
Carcassonne, le 31 Mai 1891
A MOUN AMIC FRANC

sounet
Ma fe, qu'estoufcguets ou nou,
Soui d'abis que bous cal senti laiumatieiro
Das encés qu'ei brullats uno
journado

entieiro,

Brabe amie

Franc,

Lous encés flairoun
Per lou

E,

se

nas

en

bostre

ounou.

toujour bou

que soun faits ; douceto

es la prusieiro,
n'es autromen, prenèts la tabatieiro

Per bous

preserba del'audou.

Fariots creire, alabets, que ma Muso èro folho
D'ana1 ncensia touto la colho ?
Prenèts dounc ço que

bous reben.

Retour de

Sant-Andriu, amistouso aculhenço,
gardi bouno soubenenço
Jusquos à Setembre que ben !
Te

COMMUNICATION DE MONSIEUR J. DUPUY,

félibre,

a. castelnaudâry

Carcassouno, 11 dal

mes

de las Flours, 1887.

Brabe Moussu

DUPUY,

Quatre mots en croux per bous remercia de toutos las atencius e amistenços qu'abès agudos per lou felibre, aquestis 1res jours de fèsto, al
païs das moulis de bent et das cassoulets.
Soui encantat, rabit e

rejouit de

moun

séjour

que

debrembarèi

pas

jamai.
Coumo feblo

de

recouneissenço, m'empressi de bous manda
bouldrio abé faito,
La Pouesio de la Mousco, que bous agrado e n'èi plasé,
Lou Lutrin de Lader, fait per delata la rato,
marco

:

1° La Cansou dal Cassoulet, que
2°
3°

4° E lou Sermou de l'abat

roupilha,

ço que

Marti, qu'abèts ausit mai d'un cop sans
e boun branle al predicatou.

douno couratge

I

�73

Revue Méridionale
E aro,

e à touto bostro brabo e gento familho, qûë
counescudo, tant on se trobo sui cop à l'aise

adissiats à bous

m'assemblo abé toujour
dins bostre sant oustal.

Tabé pregui Dius que bous i fague
bounur e de pax.
Tout à bous e à lous qu'aimats.

Bonjour

amies

as

que

plaure uno rousado eternèlo de

fait coumpagno aquestis jours de

nous an

drilhanço.

Goupio de la dedicaço escriuto sus la prumièro

pajo dal Lutrin

de Lader:
A la

patriarcalo familho
j. dupuy

Pleno de

cor e

de

graciusetat,

En soubeni caudet
Dal famous Cassoulet
A fa

criqua 1' gilet.

L'OR-KINA SABATIER

L'or !

qui n'a, tant milhou per el !
un rai de soulell

L'Or-Kina 's

Se Dius tournabo

sur

la terro,

reproubèrbi dits qu'abitariô Biterro.
se Dius poudiò tourna,
Es pas ni Beziès, ni Narbouno
Que prendriò per séjour, mès, segur, Carcassonno
Ount s'es espelit l'Or-Kina!
Un

Nani !

L'Or-Kina, licou renoummado
Que rebiscolo la countrado !
L'Or-Kina, nectar Sabatiè,
Que rajo, flube d'or, dins l'Unibers

A

entiè !

MOUSSU E MADAMO SIBRA-DUPUY

felicitacius couralos dal felire,
a

l'oucasiu

de

Fai nèn-nèn dins ta

la

naissenço dal petit

bressouleto,

Petit Paulet!
A las dos

founts de ta maireto

€humo, à pleno

gargameleto,

PAUL.

�Revue Méridionale
Bel

anjounet!

Atal bendras sage e
grandet.
Dius bolgué qu'ame tu
maugen un
Carcass, 26 7bre 1884.

cassoulet !

AL BRABE AMIC MOUSSU DUPUY
e a touto sa

gra.ciouso

e ga.ieto cougado.

Uno

ouro
après bostro missibo,
Que m'a rejouit e rabit,
Amé soun coumplimen
pus presat qu'un coubit,
Hilari, mièch countenl, m'arribo,
Per me dire, noun d'un
petard !
Que soun paire es al lèit, pas per faire de lard,
Mès encadenat per
la gouto,
Qui fa poussa mai d'un milliard!
Aqui l'escadron en derouto :

Saus

moun amie Cantiè, brabe Moussa
Dupuy,
Me sentissi pas lou
couratge
D'ana faire jouious
bisatge :
Sioguets pas dounc fachat qu'am'el demore aici.
La junesso prendra souleto sa

boulado;
bielhous, debigoussats,
Quand saran pas tant maltrassats,
jour, cahin-caha, faran l'autro fournado.
Per nostros quilhos, espèren
E lous

Un

Que fara pas un marrit bent
qu'a jisclat las darnièros journados.
Me soui daissat dire
birats ( fui )
Qu'abio deracinats de naps

Coumo le

E derancat à fèt al diable las dos banos.
Se lous moulis de Castannau

Rodoun pas e de gra moloun
pas un foutrau,
Es que saran pribats de belos
Ou qu'auran lous beliès cussonats e sans telos.
Bei lè bent s'es

apasimat.

En retour, toutos las carrièros
Soun transfourmados en ribièros.
Lou cagaraulun entraucat,
Per un temps de caut estibalo,
Dins l'ort
De

baralho, s'arregalo,
baneja, de rousega,

Ço que nous fa prou renega.
Lou roussignol se

degarganto

Dins lous ramèls de tant que canto.

�75

Méridionale

Revue

Jusquos un couqui de grapaud,
Gros coumo'n esclop, èl de rauso,
Amagat dejouts uno lauso,
Que musiquejo rauc, mès naut.

Aquel rebèl de la naturo
Me fa pensa' bostre jardin
Claufit de flours

e

de berduro,

Ount canlarets moun

gai clrin ! drin !

Cantats, cantats la Barraqueio
Lou felibre de la Lciuseto

Que dal boun cassoulet se
Bous accoupagno

0 familho

!

fretara lous pots,

de sous bots.

patriarcalo,

jour de mai
gaio coumo la cigalo !
Moun cor debrembo pas jamai
Las deliciousos besperados
Que dins toun oustal èi passados !
Es l'oustal dal boun Dius !... après lou cassoulet!
Digus a pas talen ni set;
Jèsus-boudius ! quno cassolo !
Bous restauro dal cap jusquos al dit-cuï.
Risento coumo'n
E

La bouno Madamo

Dupuy,

Que dal repais ten la boussolo —
Bous serbits, osco al broc ! à fa trissa la molo.
Tabès, quand pus tard ben lèbres e perdigals.
Cal bada coumo de foutrais.
E sans coumpta l'oli de trilho !
Vvpf ! nostre amic Jousep lou souègno de sa ma
E d'en serbi s'escarabilho.
Gardats-bous pla de lou serma
Quand diurio bous ruma la cilho.
Adiu, bouno e santo familho :
Paire, maire, goujats e fdho!
—

De bous

parlario tout

De la brabetat

Joio, pax e

un

jour.

siots la ilour.

bounur e lous de bostre entour.
Carcassouno. 19 de

UN

Mous Amies,
Dal
En

PAICHEROU

DEJUNA AL

soui estabousit

present que m'abèts causit.
gaio douço soubenço

mai I8SS.

dejuna dal Paicherou.
calma la furou
per atuda la soufrenço.

Dal

Es fait per
E

�76

Revue Méridionale

Eri furious countro Bremound,
Aquel foutrai, aquel couioun,
Que la passiu de la pinturo
E las cadenos de soun bac,
Faguèroun que nostre estoumac
Siosquet librat à la tourturo

Pendent dos

ouros

de mal tems

Que calguet regagna las dents.
urousomen que madamo,
Fenno à forto coustituciu,
En s'i faguen de cor e d'amo
Fort

Enlebèt la situaciu.
Roundomen

se

metèt à

l'obro,

Lous dous brasses arregussats,
Assistado d'un boun manobro,
Nostre estrambourdantamic Pratx.
E dins lou tems que la padeno

Cantabo al foc coumo un ourgueno,
Lou paure malurous Bremound,
Am'un pam de bergougno al frount
Buto
Per

soun

barcot bès la fount

d'aigo fresco.
Passèt sans gausa se bira,
Mès talèu que bejèt la desco
Que countenio lou dejuna,
ana serca

Ardit ! tournèt rebiscoula.
Las descos

plenos de pitanço
Rejouission lous estoumacs:
Y abio deque faire boumbanço,
E sui cop dintrèren en danso,
Car èren mièjes afamats.
Daissan lous apetissadisses ;
Atacan iòus et cambajou,
E; ma fé, ia pas de debrisses:
Lou plat lusits coumo'n
bijou.
Azagan à pleno mesuro
E nous rugan sus la frituro.
Qu'èroun goustouses ! qu'èroun bous !

Aquelis agrums de grougnous !
Aici, cal de bi de la trilho,
D'aquel que bous rumo la cilho.
Tabes diguèren mai d'un mot

A las fiolos de

moun cabot.
Paure cabot! Tems
passat èro
Proubesit de clic e de clac ;
Mès Aude, la traito

ribièro,
aigat
réglât.
Tèstes de terralho, de beire,
Ba calho bese per ba creire,
N'auriots cargatdèts tambourèls»
Encaro n'èi lous plours as els.
Resto que pauc de Damos-Janos,
Belèu de cousinos girmanos
D'aquelo bièlho d'al cantou
Que m'escampèt lou rousilho,
Mes rebenguen al Paicherou.
Nostr' outesso la galhoufardo,
Abio pas troubat de
pincardo ;
En plaço dous poulets sautats.
Artistomen apiloutats,
Apariguèroun sus la taulo.
Benguèt plan-plan, mourre-finta
En besent la taulo
garnido,
E la talent foro-bandido,
Nous faguèt soun
mea-culpa.
Es dous al cor de perdouna :
Perdounèren,faguèren pla.
L'autr' annado dal gros
Dins un ai m'ajèt tout

:

L'aram

resqutio, lou tap peto :
Paran, chuman bostro blanqueto.

Bibo las
E

soun

cocos

de Limoux

champagno mèlicous!

Après lou dessert, se caqueto,
En grilhan uno cigaretto.
Joust lous bèrnis dal

Paicherou,
l'oumbreto, qu'i fasiò bou!
Ame nostros pansos lêstados
S'en diguèt de touto coulo
E gnabio de rèsto granados...
A

Alerto! un'estafeto

ben,

;.•»

fcS

Munit dal pus gracious
bisage,
Nous demanda se nous coumben

�Revue

Méridionale

De passa sus l'autre ribage,
Ount un boun moka nous atend.

Sulcop, lou quatuor s'adraio,
En cantourlejan, mino gaio ,
Engarlandan un gueridoun
E

sounan

Madamo Bremound,

pubrino,
de bent
le coumpliment,
bouno cousino.

pus roujo qu'uno
Arribo coumo un cop

Que,

Per reçaupre

Tapat,

sus sa
Un flacoun de rhum

aparits.

Foe dal cèl!

qu'un rhum, mous amies!
La couloupren per l'él, boustento:
Dato de milo bèit cent trento !

S'un mort s'en

bagnabo lou pot,
Sigur fouinariò d'al clot.
Se jamai bous ben à l'idèo,
Amics, i diguèri 'n risent,
De me faire un reial present,
Causirets d'aquelo purèo.
Lous coumbibos dal Paichèrou

Sui cop se
E lou joun

piquèroun d'ounou,
memesd e la fèsto
Lou bièl felibre majoural
Ajèt uno bontelho lèsto,
Eliquelado, à soun oustal.
Soui fièr d'abé d'amics atal I
Dimeitge, 18 d'Agoust lSqó.

77

�DISCOURS

MONSIEUR

le

MAIRE

D'INAUGURATION

de

la

VILLE

de

CARCASSONNE

Mesdames, Messieurs,
Au

nom

Au

nom

du Comité Achille Mir,
de VEscolo Audenco,

J'ai l'honnenr de remettre à la Ville

de Carcassonne le

monu¬

élevé par les admirateurs et amis d'Achille Mir et par
talent du maître statutaire Paul Ducuing au félibre de la Cansou

ment

la Lciuseto, du

Lutrin de Lader et de tant d'autres

œuvres

le
de

popu¬

laires et charmantes.
Sous

grands arbres, clans ce coin discret, non loin du lieu
poète coula la plus grande partie de son existence, nous le
verrons désormais avec sa figure de Méridional rieur et bon enfant
que n'oublieront jamais tous ceux qui ont eu la bonne fortune de
ces

où le

le connaître et de le
Je remercie du

fréquenter.

plus profond de

mon cœur tous ceux qui ont
bien voulu seconder les efforts du Comité pour arriver à la réa¬
lisation de l'œuvre remarquable que nous avons sous les yeux.
Merci à tous

qui nous ont apporté le
cription ; à M. le Sous-Secrétaire d'Etat
ceux

concours

libéralement subventionné le monument et

aux

de leur

sous¬

Beaux-Arts qui

a

qui, à cette occasion,
palmes Académiques au dévoué Secré¬
taire du Comité, M. Isidore Lannes; merci au Conseil municipal de
Carcassonne qui nous a concédé l'emplacement où voici le buste
du félibre dominant la scène capitale du Lutrin de Lader et sou¬
riant à la vie, comme si la fin de ses jours n'avait pas été attristée
a

bien voulu accorder les

�Revue

79

Méridionale

la douleur et les déceptions ; merci à vous tous enfin, Mesda¬
et Messieurs, qui êtes venus apporter au poète le souvenir
attendri de votre piété.
Ami d'Achille Mir, quoique bien plus jeune, mais attiré vers lui
par la sympathie qui émanait de sa personne et par une commu¬
nauté de goûts et d'aspirations, je dois aujourd'hui à la disparition
de ses amis du môme âge le périlleux honneur d'évoquer sa mémoire
devant vous. Je le ferai le plus rapidement possible.
Achille Mir naquit à Escales, à quelques kilomètres de notre
ville, le 30 novembre 18'22. C'est dans ce petit village que s'écoula

par

mes

insoucieuse, mais qui devait laisser en
profonde
plus
empreinte. A l'âge mûr, au milieu des
soucis de l'existence, mais au moment ou le succès allait consa¬
crer son œuvre déjà
considérable, voici que les souvenirs de son
enfance lui remontent du cœur aux lèvres, et il nous la conte en
les strophes émues de Y Amour iè d'Escalos où nous trouvons,
avec une surprise
mêlée d'admiration, presque évoqué le cadre
qui entoure aujourd'hui son buste :

son

enfance

son

âme

en

apparence

la

mai,

PoLiriò biur'e cent ans et

Que debrembarèi pas jamai
dal bilatge.

Lou biel amouriè

paro-soulel sans parèl
espandit daban moun èl
Coumo dal temps qu'èri mainatge.

Soun
Es

de tour,
lous
Desfisabo
focs dal jour

Sus

un

roui de bint pans

De trauca

soun espesso

ramo ;

bèspre d'aucelous,
chimèls, dision de cansous

Matis et
Sus
De

cansous

à

rejoui l'amo.

intelligence s'éveillait à peine à la vie que déjà la poésie
arbres et des chants des oiseaux faisait palpiter son âme.

Cette
des

1

Poudiò

l'arbre résistait à tous
nuée d'enfants

ches.

qui,

au

pla brama, l'ouraganl

«

les assauts; c'était pour mieux

temps des mûres,

abriter la

grimpaient dans les bran¬

�80

Revue

Mir est

au

Méridionale

milieu d'eux et n'est pas

le dernier à l'escalade.

Caliò bèire les escouliès

Grimpa,
Sus

sans bèsto ni souliès,
brancos negros d'amouros

sas

!

Hataben pas ; amé's aucèls
Picaben as pus nauts ramèls
Cado

Et voici le tableau des

jour à toulos las

ouros.

dépiquaisons qu'il aimait à contempler

:

D'aqui besion las batasous,
Uièro claufido de blat rous,
L'eguetado amè sa sounalho ;
Lous eslibadiès,
mièjis nuds
Coumo Vegaciè, rebounduts
De la cinto en bas dins la
palho.
Cadun

se

Per joui

teniù 'scalabrat

de l'assaut librat

Pel batalhou des
Mais

vous

connaissez tous

ces

fourquejaires.
admirables

vers

où Achille Mir

mis le meilleur de

Iui-mrtme; j'en retiendrai pourtant encore une
strophe où la mélancolie des souvenirs vient assaillir le poète :

a

Moumens milo

fes benesits}

Poulit aubre ount abiò

moun

nits,

Soubenis que moun cor reclamo,
Ount siots?... lou temps a boulingat
E l'amouriê
Fa pas pus

debousigat
d'amouros de damo.

L'enfance de Mir s'achève. Il faut songer aux réalités de la vie.
Il entre à l'Ecole Normale de Carcassonne et en sort, brillant

élève, pour devenir
méthode d'écriture

directeur de l'Ecole annexe. Là, il invente une
qui, pour un esprit pratique, aurait.sans doute

été la fortune ; mais Achille Mir était
invention pour

poète et il eut bientôt oublié

la poésie.
Il s'essaya d'abord en vers français. Mal à l'aise sans doute
dans cette langue qui n'était pas celle de sa mère, le poète tente
de s'exprimer en cet idiome tombé en roture qu'on appelait ma-

son

�encoiitrausement le

bres, la langue

81

Méridionale

Revue

patois et qui est redevenu, grâce aux

Féli-

Méridionale.

important prenait alors naissance dans le Midi.
Une renaissance se faisait jour. Le poète agenais Jasmin avait fait
son œuvre qui appelait des disciples ou plutôt des continuateurs.
En Provence, Roumanille, Aubanel, Mistral, pour ne parler que
des plus célèbres, écrivaient des pages géniales dans cette belle
langue provençale qui donne tant de saveur aux idées et ne
compte plus ses chefs-d'œuvre.
Achille Mir, après quelque tâtonnement, a vite fait son choix.
C'est, suivant la jolie expression de Mistral, le doux parler du
terroir, dont il va se servir, qu'il va mettre en lumière, et, en brave
soldat qu'il est, il plante sur les lours de Carcassonne la bannière
Un mouvement

des Félibres.
11 écrit d'abord

tout son amour pour la terre
éloquence, le vin qui fait alors sa

la Bigno, où il met

natale et où il chante, non sans
fortune.

En

1876, paraît, avec une

préface de Mistral, la Cansou de la

remarquable recueil d'un sentiment souvent élevé, quel¬
quefois gai, toujours moral et sain.
En 1877, c'est le Lutrin de Lader d'un comique si réussi que la
critique le place au-dessus du Lutrin de Boileau. Loa Coufat de
Santo Catarino, amusante satire de la vieille fille que vient

Lauseto,

mariage.
Loa Sermou dal Curai de Cucugna où

assaillir la fureur du
Puis

ce

égale, s'il

lut

ne

les surpasse pas,

l'auteur

Roumanille et Alphonse Daudet luilou

et successivement : Lou Pourquct de Lait, lou Rire,
jRoumatisme et tant d'autres pages d'une verve toujours égale, d'un

même ;

i

frondeur,
du rire,

comique aussi achevé. Incontestablement, dans ce Midi
poète et bon enfant, Achille Mir était devenu le maître
mais du rire sain, exempt de sous-entendus grivois et de critique
méchante. Aussi renconlre-t-on ses,œuvres dans, toutes les mains,
aussi bien dans la demeure somptueuse du riche que dans l'hum¬
ble maison de l'ouvrier de la ville ou des champs. 11 fait la joie

grands comme celle des petits. Il la fera longtemps.
ici, qu'il me soit permis d'exprimer un souvenir ému à l'ami
du félibre, à Narcisse Salières, qui sut illustrer avec tant de talent
et d'humour les œuvres du Poète. Il vient de s'éteindre loin de
nous, à 90 ans, au moment où il se disposait, malgré son grand âge,

des

Et

�82

Revue

Méridionale

à venir assister à cette

inauguration. Le sort ne l'a pas voulu, mais
périra pas.
Le sculpteur, dont le désintéressement nous a permis, pour une
somme relativement
modeste, d'élever ce beau monument, a réuni
les deux amis dans une même
gloire en reproduisant au pied du
buste de Mir une Hes principales scènes du Lutrin de Lader,
cette extraordinaire composition de Salières.
Et c'est justice, car
les dessins de celui qu'on appelait le félibre du crayon contribu¬
èrent grandement a faire goûter les œuvres du félibre de la
plume.
Celui-ci, d'ailleurs, avait trouvé un moyen fort original de les
populariser. Comme il donnait alors des leçons d'écriture dans
la plupart des établissements d'instruction de la ville, il initiait ses
élèves aux saveurs de ses productions. Ouand la classe s'était bien
conduite, il la finissait par la lecture d'une de ses pièces. Et les
enfants de rire. Vous pensez si cela lui faisait des amis.
Les enfants, il les aimait comme un père de famille qui aurait
connu avant l'heure l'art d'être
grand-père. Devenu directeur de la
Manufacture de la Trivalle, il eut pitié de ces nombreux fils du
peuple que la pauvreté des parents oblige à envoyer de bonne
heure à l'atelier et, à certaines heures, il les rassemblait dans un
coin d'une des immenses salles de la filature, pour leur apprendre
à lire, à écrire et à compter. Bon, Achille Mir, l'était au-delà de
toute expression. Et cette bonté suffirait à elle seule à
justifier le
monument que nous lui consacrons aujourd'hui.
Comme Jasmin, mais avec la morgue en moins, partout où il
y
avait une fête à égayer, des misères à soulager, il ne craignait
pas
de monter sur la scène et là, avec un art digne des meilleurs comé¬
diens, il disait ses pièces les plus émues, ses chefs-d'œuvre les plus
comiques, tandis que tombait dans l'escarcelle des pauvres la
manne qu'on ne soutire aux riches
qu'en les amusant.
Par exemple, s'il aimait les humbles, il
fuyait les grands. En
vrai Méridional, pour qui l'indépendance est le bien
suprême, il se
tenait avec une pudeur jalouse à égale distance des maîtres du
pouvoir et de ceux de l'argent.
sa

mémoire

ne

Ieu l

A-t-il écrit dans cette admirable fable;Lou
il

a

égalé La Fontaine.
Ieu ! soui

courno

lou

Detesti lou bridèl!

loup

:

Loup et lou Gous,

ou

�Revue

Méridionale

83

Pulèu que de manja de lèbre en esclabalge,
A imi mai, paure coumo un rat,
Uno cebo

sans

sal}

en

pleno libertat !

quelle vie pourraient mieux mériter notre
admiration, notre gratitude et la glorification que nous réalisons
aujourd'hui ?
Si, comme le croyaient les anciens, l'âme des morts vient sou¬
vent rôder autour de ceux qu'ils ont laissés et des lieux qu'ils se sont
plu à fréquenter, celle d'Achille Mir doit flotter, en ce moment
au-dessus de cette foule nombreuse etrecueillie qui entoure son buste
et sourire de bonheur à la pensée consolante que ses amis ont su
le placer dans ce coin de verdure, sous la beauté des grands arbres
qu'il a tant aimés et ou il pourra continuer ses méditations joyeu¬
ses, éternellement.
Quelle

œuvre,

Achille ROUQUET.

DEBANT LO BUSTE D'ACHILE MIR
Enfin, tornam la reveire,

la rizenta cara de Mèstre Mir, que l'es-

calpraire Ducuing a pastada dins
Dins aicesta ciutat de Carcasona,

l'aram am un biais tant artistic !
jos l'ombrum dels nauts plata-

niers, ara, lo cantaire de la Lauzeto,
de Lader, del Curat de Cucugna, del
dira per totjorn à
la e de sa lenga.

lo íelibre gaujos del Lutrin
Coufat de Santo Catarino,

las novèlas generacions l'amor de la terra maira-

Car tota l'Obro d'Achile Mir es un acte d'amor
per son païs, per sas tradicions, per son parlar. Lo grand Rizeire
sabià so que fazià, quand nos contaba l'odisèia burlèsca de JanFrancés, de Titoto e de Picounél o lo grand viatge en infern del
brabe curat Marti. Com Rabelais, metià lo Rire al servici de la
Razon e del Dret. A-n-un temps ont mai d'un abià vergonha d'emplegar la lenga de sa maire, aquela lenga d'Oc tant mesprezada, Mès¬
tre Mir la fazià tindar naut e clar e la fazià aimar e respectar dins
son terraire. A la seguida del grand Mistral, de Roinanilha e d'Aubanèl, lutèt, tota sa vida, per aparar lo parauli de son « cap-mès
tre Goudouli » ! E l'aparèt tant pla qu'en païs audenc nombrozes
devenguèron sos admiradors. Se, quand nos fazià rire « à peto-

�Revue Méridionale

84

pèl

un d'aquels musurots enconcients que, nascuts à Carcasona
Cailla-Auriol, se crezon de Paris, èra vengut li copar lo fìulèl am palabras francimandas, auriàtz vist quna conduita li aurian
faita las centenadas d'escotaires agrumelats al entorn de lor Ma¬
jorai ! Es que lo felibre Majoral Aehile Mir èra, sens n'aber l'air,
la personificacion de nostres uzatges, de nostra pensada, de nostres
drets de Mièjornals tant espotits per tots los régimes dempèi la
Crozada albigeza ; es que,
mal^^t tot, aquel prigond sentiment de
nostres drets majors s'es pas encara atudat dins nostras amas !
Pod s'endormir, qualque temps ; mas sab s'espertar quand cal...
La proba n'es la granda bolegadisa del an pasat; la proba n'es
o

»

,

à

aicest monument arborat al felibre Mir

am

los sòuzes de tots los

bons Carcasonezes et de tots los bons Audencs ;
l'obra de

la proba n'es dins

glorifìcacion dels grands cantaires Occitans

que se

pod

veire, à-n-aicesta ora, dins cada ciutad miedjornala : A Tolon, lo
buste de Senès; à Gadanlia, aquel de Tavan, un dels Sèt de FontSegunha ; à Sisteron, aquel de Paul Arène ; deman, à Menerba,

aquel de Clovis Hugues
banèl

de Fèlix Gras

; en

Avinhon, aquels de Romanilha, d(Au-

prèp Mont-Pelheì', aquel del abat Favre; à
Beziers, aquel de Jean Laurès ; en Agen, l'estatua de Jansemin ;
à Toloza, los monuments de Mengaud, de Vestrepan, de Godelin
e

e

;

grand Forès ! Quand, un Pople sab glorificar atallos aparaires
Lenga, aquel pople pod desfisar las persecucions : es segur
son Revenge, es segur de reconquistar saS libertats !

del

desa
de

Adonc, o Mir ! fiza-te, per perseguir ton obra, à-n-aquels que, à
encantaira, se son sentits cremats de la béluga diuzenca, e
redis-nùs, sempre sorizent. dins ton aram duíadis, la canson alertanta de TAlauzeta, que vendran escotar, dins aiceSt oi't tant agradiu, los auzèls, los mainats e las joventas ! Ta vida e ton obra de
ta vots

bon trobaire serviran

roja

sang
trahidors!

d'exemple à-n-aquels qu'an dins las

dels Aujols

e

venas

faran vergonba als debrembaires

Carcasona, la terra Audenca

e

santa Estèla

son

e

fièras de tu !

De

ïaujol Godelin, o Mir, t'èras brembat,
Quand, faziàs cascalhar ta valenta « Lauxeta
De la fièra Ciutat dusc'à la mar de Ceta.
A qui perque ton nom pla lènh es arribat.

»,

la

als

�Achille Mir
d'après le monument du sculpteur-statuaire Paul
et de Eugène Gordien Architecte

Ducuing

Ci

��85.

Revue Méridionale
Lo bon biais

gaach,

d'aber

sens cercar

Amb aires de flahuta e zonzons

l'as trobat

de nuizeta ;

n'èra res qu'amuzeta
lo grand Presfait èra pas acabat.

Mas sentisiàs quaco
E que

Uros, veziàs montar darrier tu los Felibres
Clamant als Occitans qu'autan foguèron libres
E que

lo parlar d'Oc, sol, los

delibrara.

cigalas ;
Mentretant, canta encara e totjorn cantarci
Sus lo terraire audenc la Cigala d'Escalas !

Mèstre ! t'ès

amudit al temps de las

Pròsper ESTIEU.

traduction

DEVANT

LE

française

BUSTE

D'ACHILLE MIR

nous la revoyons de nouveau, la joviale figure de Maître Mir,
le sculpteur Ducuing a pétrie dans le bronze d'une manière si artis¬
tique! En cette cité de Carcassonne, à l'ombre des hauts platanes, main¬
tenant, le poète de Y Alouette, le joyeux félibre du Lutrin de Lader, du
Curé de Cucugnan, de la Coiffe de Sainte-Catherine, dira pour toujours
aux nouvelles générations l'amour de la terre maternelle et de sa langue.
Car toute l'œuvre d'Achille Mir est un acte d'amour pour son pays, pour
ses traditions, pour son parler. Le grand Rieur savait ce qu'il faisait,
quand il nous contait l'odyssée burlesque de Jan-Francés, de Titoto et de
Pieounèl ou le grand voyage en enfer du bon curé Marti. Comme
Rabelais, il mettait le Rire au service de la Raison et du Droit. En un
temps où plus d'un avait honte d'employer la langue de sa mère, cette
langue d'Oc si méprisée, Maître Mir la faisait retentir haut et clair et la
faisait aimer et respecter dans sou terroir. A la suite du grand Mistral,
de Roumanifle et d'Àubanel, il lutta toute sa vie, pour défendre le parler
de son grand'maître Goudelin! EL il le défendit si bien, qu'en pays audois
«ombreux devinrent ses admirateurs. Si, quand il nous faisait rire à
éclater, un de ces freluquets inconscients qui, nés à. Carcassonne ou à
Chante-Loriot, se croient de Paris, était venu l'interrompre avec ses
palabres francimandes, vous auriez vu quelle conduite lui auraient faite
les centaines d'auditeurs groupés autour de leur Majorai ! C'est que le

Enfin,

que

�86

Revue Méridionale

félibre

majorai Achille Mir était, sans en avoir la prétention, la person¬
nos usages, de notre pensée, de nos droits de Méridionaux si
opprimés par tous les régimes depuis la Croisade albigeoise; c'est que,
malgré tout, ce profond sentiment de nos droits imprescriptibles ne s'est
pas encore éteint en nos âmes ! Il peut s'endormir, quelque temps ; mais
il sait s'éveiller quand il le faut... Ce qui le prouve, ce sont les grandes
manifestations de l'année dernière ; ce qui le prouve, c'est ce monument
nification de

élevé

au

félibre Mir

avec

la modeste obole de tous les bons

Carcasson-

nais et de tous les bons Audois ;

ce qui le prouve, c'est l'œuvre de
glorification des grands poètes Occitans qu'on peut voir, à cette heure,
dans chaque ville du Midi : — A Toulon, le buste de Senès ; à Gadagne,
celui de Tavan, un des sept de Fontségugne ; à Sisteron, celui de Paul
Arène ; demain, à Ménerbe, celui de Clovis Hugues ; à Avignon, ceux de
Roumanille, d'Aubanel, et de Félix Gras ; près de Montpellier, celui de
l'abbé Favre; à Béziers, celui de Jean Laurès; à Agen, la statue de
Jasmin ; à Toulouse, les monuments de Mengaud, de Vestrepain, de
Goudelin et du grand Fourès ! Quand un peuple sait glorifier ainsi les
défenseurs de sa Langue, ce. peuple peut défier les persécutions : il est
sûr de sa Revanche, il est sûr de reconquérir ses libertés !
Donc, ô Mir ! fie-toi, pour continuer ton œuvre, à ceux qui, à ta voix

enchanteresse,

se

sont sentis brûlés de l'étincelle divine, et redis-nous,

toujours souriant dans ton bronze durable, la chanson excitante de
l'Alouette, que viendront écouter, en ce jardin si agréable, les oiseaux,
les enfants et les jeunes filles ! Ta vie et ton œuvre de bon poète servi¬
ront d'exemple à ceux qui ont dans les veines le rouge sang des Aïeux et
feront honte

aux

oublieux et

aux

traîtres !

Carcassonne, la terre Audoise et sainte Estelle sont fières de toi !

***
De l'aïeul

Goudelin, ô Mir ! tu t'étais souvenu, quand tu faisais reten¬
« Alouette», de la fière Cité de Carcassonne

tir les chants de ta vaillante

jusqu'à la

mer

cettoise. Voilà pourquoi ton

nom

est arrivé bien loin.

Le bon moyen d'avoir joie, sans chercher tu le trouvas avec des airs
de flûte et des ritournelles de musette : mais tu sentais que cela n'était
autre chose

qu'un délassement et

que

la grande Tâche n'était

pas encore

achevée.

Heureux, tu regardais monter derrière toi les Félibres clamant aux
Occitans

qu'antan ils furent libres et

que

le parler d'Oc, seul, les déli¬

vrera.

O Maître ! tu t'es tu

audois, elle chante

au

temps des cigales ; cependant, sur le terroir
et elle chantera toujours, la Cigale d'Escales 1

encore

P. E.

�JEUX FLORAUX DE L'ESCOLO AUDENCO
RAPPORT
Censeur

Messieurs

DE
au

M.

M.

PATIN

Lycée de Carcassonne

,

temps n'est plus où les poètes faisaient recette dans la
grande salle des châteaux ou même sur la place publique.
Pour quelques privilégiés à qui la poésie valut un
palais
de marbre, combien d'auteurs,
jeunes ou vieux, excellents
ou médiocres, ont
pâli dans leur mansarde, ignorant la
richesse, alignant péniblement des rimes, jetant âu vent, tristes ou gais,
les pensées les plus généreuses !
Avec quel courage, avec quel acharnement, au
public insensible ils
offrent les œuvres les plus diverses, contes, nouvelles,
ballades, sonnets,
disputant aux feuilletons les colonnes des journaux 11 faut bien croire
qu'on les lit pourtant, puisque si facilement on les imprime.
Aussi, Messieurs, malgré les temps difficiles que traversent les produc¬
e

tions littéraires, il

a

suffi d'ouvrir

un

concours

en

l'honneur d'Achille

Mir, et de nombreux amateurs du laurier ont surgi, encore qu'il leur
faille subir le jugement d'une commission sévère,
jalouse de faire
prévaloir dans ses choix les principes d'une critique impitoyable.
De l'examen de ces œuvres il ressort, disons-le sans
ambages, qu'il
faut faire une large part à la banalité. Les
descriptions, les effets de lune
et.de soleil, les invocations à la muse, les dithyrambes en l'honneur de
la famille, du sol natal, de la patrie, tous ces lieux communs solennelle-

�Revue

Méridionale

développés depuis plus de sept mille ans qu'il y a des poètes et qui
produisent, ces comparaisons et ces images, débris pompeux et hérédi¬
taire, tout cela roule à flots tumultueux.
Où donc se trouve l'idée, le mérite réel ?
Quiconque en un style clair, sobre et précis a rencontré la vérité dans
le sentiment, un peu d'émotion sincère, celui là «est digne d'entrer». Là
est toute la poésie. « L'artiste ne décrit pas ce qu'il veut et ce qu'il aime,
mais il veut et il aime véritablement, dit Richard Wagner, et alors la
ment

description suit naturelle et vive. »
Le cliquetis des mots, la surprise des

rimes, les soubresauts de

l'imagination, qu'est-ce donc que tout cela ? Sans doute, il faut travailler
de main d'ouvrier, donner de la trempe, du ressort, savoir ciseler,
peindre et surtout composer, il faut le scrupule de la forme. Mais, encore
une fois, tout cela n'est rien, s'il n'y a pas quelque chose de plus, la
passion, qui « va chercher le cœur, l'échauffé et le remue ». C'est encore
Boileau qui a raison, Boileau « si attaqué et si populaire », comme le
dit Nisard.

***
d'abord, dans la 2me section — Conte ou nouvelle en français,
sujet libre - une pièce intitulée Crépuscule. L'auteur s'évertue à décrire
non sans recherche « la clarté rose qui blêmit et s'efface, tandis qu'un
Voici

qui

rayon de lune danse, au gré des vagues... les bruits
voix du silence qui se fait seule entendre... » Il est vrai
silence

«

cet

oiseau, dont

on

n'entend

pas

les ailes.

»

se

taisent, la

qu'on

a

dit du

Véritablement il

y

impressions notées avec exactitude. On y voudrait quelque idée
qu'en vain réclame ce cadre magnifique.
Le même regret doit être exprimé au sujet de la pièce intitulée
« Matin à la campagne »
portant la devise : rebès brillanto clestinado.
L'auteur s'ingénie à nous décrire par le menu, ses impressions person¬
nelles à ce moment où n'étant plus nuit il n'est pas encore jour. C'est
une série de traits justes, mais notés un par un, au présent de l'indicatif,
fatalement monotones. Dans le silence général « la poulie d'un puits
crie lamentablement ». Soit, disonSMious. Mais quand plus loin il est de
nouveau question « des poulies des puits qui grincent plus fréquemment »,
nous trouvons importuns et le trait et le bruit.
Ces notes recueillies au
hasard font désirer quelque idée maîtresse qui, les reliant, donnerait à
l'ensemble plus de couleur et de vie.
Un grave sonnet ayant pour titre Pro Massalia chante la ville de
Marseille avec beaucoup trop d'adjectifs. « Amas d'épithètes, mauvaises
louanges » disait la Bruyère. Il y a sans doute un vrai culte pour la
reine de la Méditerrannée ; le vers mélodieux atténue à peine une exces¬
sive lenteur de style et dans ce cadre étroit le sujet demeure imprécis.

a

là des

dominante

�Revue

Méridionale

qui s'intitule « Le grand soleil d'Afrique »,
trompette épique. Ecoutons.

Dans le numéro

embouche la

89

l'auteur

berger pyrénéen brûle de voir la mer, l'immense mer, l'infini des
d'Afrique. Ni son hameau, ni ses chèvres, ni sa fiancée ne sau¬
raient le retenir, il rêve d'un pays « de feu et de chimères, de folie et
Un

sables

d'ivresses étranges ».

peine arrivé, il est pris de nostalgie. Il annonçait son retour, quand
frappé d'une balle, dans la vision de son pays, au grand soleil
d'Afrique.
Le thème est quelconque, et le grand soleil y revient trop fré¬
quemment, sorte de refrain automatique. Néanmoins s'il y a des im¬
propriétés de termes et des longueurs, on y trouve quelque émotion et de
l'intérêt, (médaille de bronze).
Et c'est précisément parce
qu'il a touché à l'émotion vraie que
l'auteur de la pièce intitulée Fumée mérite une mention spéciale. Il y a
à un personnage principal : la Cigarette.
La fumée de la cigarette « légère, impalpable, monte en courbes
sveltes et ténues, en spirales souples, élégantes » devant les yeux du
jeune et désanchanté Jérôme qui, accoudé à la fenêtre, poursuit sa rêve¬
rie « triste, d'une tristesse vague ». Cette fumée qu'il jette au vent, c'est
où s'accroche sa pensée. Elle lui rappelle Pâquerette, ses premières
amours, « fauchée en quelques jours par un mal mystérieux, évanouie,
disparue». Suit alors le portrait de Pâquerette: « Elle avait ceci, elle
avait cela, des yeux ... un nez... etc... comme dans tous les romans.
Un jour elle meurt. Et doucement son âme s'envola « comme s'envola la
petite fumée bleue de la cigarette ». Alors retour ému vers le passé :
0 ma Pâquerette, pourquoi m'avoir quitté ... Nous n'y pouvons
rien. Fumée ! » reprend l'auteur. Pâquerette bientôt fut oubliée. Son
souvenir s'évapora, telle la fumée de la cigarette. Jérôme a maintenant
A

il meurt,

-«

une

autre maîtresse.

sourire, ici bas ne sont que iumée. Tout se résume donc
cigarette. Ce morceau simple, sans prétention, ne manque pas

Donc larmes,
bien

en

la

d'originalité (médaille d'argent).

languedocienne (nouvelle, sujet libre
française), l'Ode à la mer, portant cette devise : '( cante
uno chato de Prouvenço ». L'auteur fait intervenir le soleil, la lune, les
■étoiles, ressuscite la vieille mythologie avec Phébus et les Tritons, se
déclarant impuissant à consoler la mer en furie. Heureusement pour
■constater sa douleur, il n'a pas, comme disait Boileau, « mis les poissons
Nous

avec

aux

citerons

traduction

fenêtres

».

encore en prose

�90

Revue

Méridionale

*%
Dans la 3m0

section, Linguistique et folk-lore, 1° Glossaire languedocien
agricoles. Nous citerons le mémoire portant
pour devise : un aurré aco ' s un poupelou ». L'auteur a relevé avec
conscience le nom des outils suivant les régions
(médaille de bronze).
des instruments et travaux

2' Vieux chants

languedociens.
simplement le mémoire intitulée

Citons
nel. Cet
«

nul

ne

orme

leur

Seigneur,

:

Cansou de l'ormé de CournaCournanel, au temps où

redit l'histoire des habitants de

enseignait rien, excepté piocher la terre, être soumis
bien souffrir, bien prier. »
pla souffri, pla fa la prièro.

au

en un mot

Ils ensemençaient la terre, mais ce n'est pas eux
vobis.

qui récoltaient. Sic

vos non

mò s' pas

élis que recoultaboun.
Heureusement, les temps sont changés, l'auteur le constate avec joie,
animé de vifs sentiments républicains. Le seul regret à
exprimer est que
la chanson ne soit pas assez vieille (médaille de bronze).
*

*

Enfin,

nous

*

arrivons à la première section.

On demandait

poésie languedocienne sur Achille Mir, ne dépas¬
cinquante vers. Autrefois l'ode se chantait solennellement ; elle
se déclame
aujourd'hui. Elle comporte quand môme à propos d'un grand
sujet, les idées les plus élevées, tous les rêves de l'imagination, tous
les caprices de la fantaisie. Victor Hugo en a fixé le
type. Là se dérou¬
lent des strophes enflammées, avec les métaphores, les
comparaisons,
les allégories les plus étonnantes ; les choses elles-mêmes s'animent et
parlent en un style qui tient de la magie.
Ici. malgré sa devise « audaces fortuna juvat », l'auteur, se sentant
trop limité sans doute, est d'un vol moins hardi. Il se contente de passer
modestement en revue les mérites du poète qui « mania prestement la
langue du pays, qui fit palpiter l'âme méridionale dans la Cansou de la
Lauselo, peignit de traits ineffaçables les chantres de Ladern, et lou
Curai de Cucugna. L'étude est plutôt vague et superficielle, n'abusant
pas du lyrisme.
Un peu moins timide est l'auteur de l'Ode portant
pour devise :
« Pour ce que rire est le
propre de l'homme ». Le ton est légèrement
emphatique. On y célèbre A. Mir « monté sur Pégase, sonnant un hardi
coup de clairon — montant vers les sommets avec Mistral
semblable
à la fourmi amassant le bon grain — apparaissant à la
foule ébahie
une

sant pas

—

comme

un

soleil éclatant....

».

Là

encore avec

une

certaine facilité de

�yi

Revue Méridionale

a négligé l'étude du détail pour un éloge plus vague,
caractéristique (médaille de bronze).

rimeur, l'auteur
moins

2. Poésie

Languedocienne.

—

Sujet libre

ne

dépassant pas cent vers.

pièce intitulée : Partigues pas. L'auteur chante l'hi¬
qui fuit, mais revient au printemps, tandis que tant de belles

Citons d'abord la
rondelle

parlent pour ne plus revenir.
...

la que moun cor

Partiguèt

un

aimava briset tout moun bounhur ;

bèu souèr, despioi l'ai pas revista...

Depuis le désespoir est entré dans son âme.
Le

sujet est factice, le sentiment aussi, {mention)
également la pièce intitulée : la Bertad — Lux et pax
strophes qui vaguement prédisent le règne de la vérité /
[mention)

Mentionnons
série de

—

de : A la fountaino,
trop dépenser d'esprit le caquelage des femmes désœuvrées
qui, à la fontaine, daubent sur le voisin ou la voisine et laissent cepen¬
Un autre, dans

le dialecte Narbonnais, sous le titre

censure sans

dant les haricots

se

brûler à la maison,

E laissoun à l'oustal se ruma las

Puis, c'est
plume

mounjettos. (mention)

conte: Las Lunetos, bâti avec une grande fertilité
simple et courte méprise. C'est une honnôte qaleiado.
[mention)

un

sur une

de

dans un morceau intitulé: Renées sur /' beiron des im¬
précations qui n'ont rien de l'âpre colère de Camille. L'auteur, un antial"
coolique sérjeux, harangue longuement le petit verre, cause de tant de
maux, fléau du foyer, source «des vices crapuleux et de la noire misère»,
On y peut louer l'idée vraiment moralisatrice.
Une mention honorable doit être attribuée à la pièce portant pour
devise : fi eountro fii a pas de doupluro, dédiée à Auguste Fourès.
Malgré, des impropriétés de termes et une orthographe contestable, il y
a du souffle poétique et la sincérité dans l'éloge. C'est l'œuvre d'un dis¬
ciple jaloux de célébrer à la fois le grand lutteur occitan et le poète, tran¬
quille amateur des forêts et des bois.
[médaille de bronze)
C'est encore,

legendo del touis nous présente, en une interminable série d'alexan¬
drins, le développement de cette idée ancienne que nul n'est content de
son sort. C'est l'œuvre d'un honnête rimeur qui
dédaigne le vieux mot
La

«castigat ridendo mores. » Il connaît bien la langue
l'Aude, plus pure que celle de la plaine.

vallée de

vulgaire de la haute
Il a le souci du mot

juste. ( médaille de bronze )
Dans la pièce intitulée li luselo, les vers luisants, òn
sentiment poétique une fraîcheur d'impression qui d'un

trouve avec le
thème vieillot

�Revue Méridionale

92
tire

quelque effet. Le

ver

luisant arrête brusquement la tristesse

du pro¬

qui vont par les sentiers il jette un rayon d'es¬
dans la mort, au cimetière, près de nous, il veille,

meneur

; aux amoureux

pérance ; et jusque
dans une suprême paix. ( médaille de bronze).
Enfin, MM., la commission a failli se diviser, comme autrefois la Cour
et les beaux esprits, quand en 1615, les Jobelins tenant pour Benserade,
les Uranistes pour Voiture, cette dispute frivole excita de si vives colères.
Nous étions en présence de deux sonnets. L'un intitulé: l'Aujolo
(l'Aïeule), (devise : Savoir vieillir) en langue provençale nous peint la
vieille femme, assise au coin du feu, tricotant des chaussettes, tandis
qu'autour d'elle s'agitent des bambins comme autant de perdreaux.
Sa course se termine hélas, elle arrive à l'âge,
pantai d'or
toujour dins lou found de soun cor.

Ounte lou soubeni de si bèu

S'amago

per

vie ardente du jeune âge, la douce quiétude du soir,
« voix qui tombe, d'une ardeur qui s'éteint. »
Au contraire, l'autre sonnet : A rìun cap de marbre, en langue néo¬
romane, reflète l'âpreté, l'acrimonie des temps où, les révolutions de pa¬
lais se succédant, les statues d'empereurs tombaient par centaines, rem¬
placées aussitôt par celles du monarque en faveur. Une tête de marbre
est exhumée d'un champ qu'on laboure. Le poète en est impressionné:
« Sunt lacrymae rerum. » Sur cette face,
couverte de patine, il lit une
C'est, parmi la

accents d'une

les derniers

pensée

:

«

esprit nostalgique, bien loin de notre bruit
nouveau dans le sein de la terre.

Ton

Voudrait dormir de
Elle
elle

a

de révolution, de haines sanglantes j

horreur de revivre ces temps

préfère dormir
Car

en

son

»

sommeil éternel.

la terre seulement est le repos

et son baiser est un baiser

de mère.
La commission s'est mise d'accord
la médaille

pour

attribuer à

ces

deux sonnets

d'argent.
*

%

*

le voyez, Messieurs, malgré notre critique sévère, il
beaucoup à louer dans l'ensemble de ce concours. Si les

Ainsi donc, vous
reste encore

pièces écrites en français ne sont pas sans mérite, celles qui s'expriment
en langue méridionale sont loin de leur céder le pas. N'est-ce pas affir¬
mer, en dépit des indifférents ou des grincheux, qu'il y a bien parmi le
peuple les éléments d'une vériLable renaissance de la langue méridiona¬
le ? Il y a certainemeul le sentiment spécial à la race. Il se manifestera
de plus en plus, pourvu que la décentralisation, un jour, donne plus de

�LA

CITÉ

DE

En

ASPECT

DE

CARCASSONNE

Xilogravurçs

LA

Avant

PORTE
sa

NARBONNA1SE

Restauration

��Revue
vie à
nos

nos

académies

maîtres

en

93

Méridionale

provinciales, pourvu que, sous l'action dirigeante de
le mouvement littéraire aille se propageant,

le Félibrige,

ranimant tous les dialectes locaux et chantant en un vaste ensemble po¬

pulaire, dans les œuvres les plus diverses, la vie et les mœurs du peuple,
tout notre

vieil idéal.
Juin 1908

PALMARÈS
Médailles d'Argent à MM. Louis Alibert, félibre, Bram, pour son
: « An-un cap de marbre » ; Paul Vésian, Gallargues (Gard) pour

sonnet
sa

pièce : « L'aujolo » ; Louis de Goty-Sahuqtjé, Bordeaux, pour sa

prose : « Fumée ».
Médaille de Bronze à MM. Dr Paul Albarel, Névian, pour : a A Achille
Mir » ; Louis Antech, Bédarieux, pour : « Cansou de l'ourmé de
Cournanel » ; Cüxac, félibre, Montferrand, pour « La légendo del Touis»;
J. Gayssot, félibre, Castanet, pour : « A Auguste Fourés » ; Ernest
Péfourque, félibre, Montauban, pour : « Glossaires d'instruments
agricoles ».
Mention à MM. Ferdinand Benoit, félibre, Moutiers, (Savoie) pour :
« A Achille Mir » ; Ferdinand Benoit, félibre, Moutiers,
Savoie), pour :
« Las lunelos » ;
Louis de Goty-Sahuqué, Bordeaux, pour : « Le grand
soleil dAfrique » ; Oswald Durand, éludiant en droit, Montpellier,
pour : « Odo à la mar » ; Henri Martel, félibre, Châteaurenard, pour :
« Li luseto » ; Isidore Pages, félibre, Narbonne, pour : « A la fontaïno » ;
Camille Vincent,
félibre, Montpellier, pour: « Partigués pas»;
François Escargueil, clerc de notaire, Carcassonne, pour : « Benècs
su ' 1' beirou » ; Eugène Rondon, félibre, Marseille, pour : « Crépuscule »;
Eugène Rondon, félibre, Marseille, pour : « Pro Massalia » ; A. L.
Rondon, félibre, Marseille, pour : « Matin à la Campagne )&gt;.

fantaisie

en

Composition Musicale sur

«

LE BOUTOU DE ROSO

»

Diplôme de Médaille de Bronze à M. Darles, 31, boulevard Louis
Blanc, Montpellier.
Mentions à
Carcassonne.

M"1*

Abelous,

A-N-UN

Montpellier;

CAP

DE

M. Jacques Sabatier,

MARBRE

0 triste cap marbrenc, Ion èlh à mièch curat,
Jos sos parpèlhs dubèrts de blancor iborina,
Sembla persiègre encara un somi malcorat
Oembaurià ton esprit comolat d'.escurina.
Pensas al temps uros ont te
Dins lo temple ul'anos d'una

vezisà ondrat
ciutat latina,
Al temps ont dormissiàs dejos un camp laurat,
Despartit de ton cos e cubèrt de patina.

�9.4

Revue

Méridionale

Dins ton calme regard, om legis que l'anuch ;
Ton èime nostalgie
pla lènh del nostre bruch
Voldria tornar dormir dins lo sen de la terra.
Dins ela solament i a l' repaus éternal
Ont res ven pas jamai per nos faire la guerra,
E son poton, segur, es poton maternal.

L'AUJOLO
A Mm· V'" A. Daudet.

L'aujolo

assetado

es

au

canloun dóu fougau.

Tout en revassejant, tricoto de causseto ;
S'arresto quouro ausis si feien fouligau
Courre en rebalejant la palo o li moucheto.
Soun escarrabiha coumo de perdigau,
E de li vèire ansin es touto risouleto ;
Li prend sus si ginoul, urouso à faire gau
De pausa de poutoun sus si gauto moufleto.

Quau sap, belèu deman la Camardo vendra ;
Faudra, sens barguigna, parti per lou grand viage
E de si

car

mignot lèu

se

dessepara.

Sa courso es acabado : arrivo, ai las ! à
Ounte lou souveni desi bèu pantai d'or

S'amago

per

toujour dins lou founs de

l'âge

soun cor.

FUMÉE
n. S'il se vante, je l'abaisse, s'il se baisse,
je le vente ; et le contredis toujours, jusqu'à
ce qu'il comprenne qu'il est un monstre in¬
compréhensible.
Pensées Pascal.

Après s'être fermé à clef dans son coquet cabinet de travail — pour
respecter son désir d'isolement — j'érôme de Tinan attire
une bergère auprès de la croisée grande ouverte et s'y assit lentement.
A la main il tenait un roman, « Une vie » de Guy de Maupassant.
Le jeune homme aimait, particulièrement cet auteur pour sa pénétra¬
tion, son sens profond de la vie, la finesse de son style et surtout pour
l'indicible mélancolie qui se dégage de toutes ses œuvres. A cette heure
probablement les pensées de Jérôme revêtaient-elles un tour plus sombre;
du moins ce besoin de solitude et ce livre désenchanté permettaient de
mieux faire

le supposer.

�Revue Méridionale
La croisée

s'ouvrait

sur

an

vaste

d'arbres et massifs de fleurs.

95

jardin, où alternaient bouquets

L'après midi mourait.
Dans l'atmosphère à peine tiède, rafraichie
par
parfums des plates-bandes capiteuses et diverses,

des oiselets rieurs, montaient
délicieusement belle.

en

une

Et Jérôme

de

Tinan,

Soudain,

se

tirant de

d'« humble vérité

lignes

».

légère brise, les

et le clair chuchotis
gerbe d'offrandes à la nature si

A Ilots intermittents, par
larges bouffées, tout
pitait dans la petite pièce.

tout abandonné à

somnolait.

une

ce

cette

printemps

se

préci¬

joie de la nature,

alanguissement de rêve, il ouvrit le roman
regard, au hasard d'une page, tomba sur ces

son

Son

:

Alors d'une voix
—

Le
•—

résignée, elle dit :
Ça n'est pas toujours gai, la vie.
baron, son père, soupira.
Que veux-tu, fillette, nous n'y pouvons rien.

Alors

sur le rebord de la fenêtre, il
posa le livre et sa cigarette à demi
consumée; et, s'allongeant dans son fauteuil, il demeura songeur, triste
d'une tristesse vague, sans rien.de précis dans
l'esprit.
Ses yeux, sans la voir, suivaient la fumée
qui s'échappait de la ciga¬
rette mourante, légère, impalpable, elle montait
en courbes sveltes et
ténues, en spirales souples, élégantes, qui se tordaient, s'éliraient,

pour

s'évanouir

plus haut, parmi les parfums et les gazouilles du dehojs.
Sa pensée s'accrocha à ces flocons si
délicats, si immatériels, il y
trouva le symbole de la
fragilité des choses humaines.
Alors, par un de ces retours — inévitables en de tels moments
sur
sa propre destinée,
il revécut ses amours avec Pâquerette, le gentil
trottoir, fauchée en quelques jours par un mal
mytérieux, disparue,
évanouie, comme cette fumée de tabac glissante, insaisissable.
11 se rappela comment il l'avait
connue, un soir de pluie, sur le trottoir,
à la sortie du magasin. Presque
aussitôt, sans difficulté, comme on fait
la charité de son cœur, de son être
entier, elle s'était donnée à lui, et,
par cet abandon si complet, si généreux, elle avait bientôt réussi à
capliypr Jérôme, à fixer son âme inquiète de rêvasseur et de désœuvré.
Il la voyait encore, fleur d'amour en sa
petite chambrette d'apprenti»
sculpteur. Elle avait le charme frêle d une staiuette de Paris ; une colo¬
—

ration délicate

et

fraîche de

poupée très fine parait son visage ; son
transparent et discret comme un zéphir langoureux ; elle
avait le geste menu, un peu précieux, mais si
distingué et si gracieux à
la fois. Sa chevelure était un
poème : soyeuse, ondoyante, de couleur
blond cendré de rouge, elle descendait bien
plus bas que la taille ; mais
son épaisseur était excessive
pour un être si affiné et si
sourire était

fragile : elle

�%

Revue Méridionale

pesait bien lourd à

son

front, joli, trop souvent tourmenté de migraines.
en longueur ; peutjours
coquet bibelot de tendresse

Ah ! combien ils s'étaient aimés ! Puis elle tomba
être l'aimait-elle
trop? ... Tous les
le
infinie et d'exubérante

passion devenait plus léger, plus diaphane. Elle
s'éteignait sans souffrance, embaumée d'amour partagé, de bonheur
prodigue et reçu. Par une calme après-midi d'été, elle était étendue sur
une chaise
longue, près de la fenêtre ouverte — comme lui à présent;
doucement son àme s'envola, comme s'envolait tout à l'heure la
petite
—

fumée bleue...
—

0

Et il
—

Pâquerette adorée, pourquoi m'avoir quitté ?....

ma

versa une

larme émue.

Ah ! oui, ça n'est pas

Nous

toujours gai la vie... et

nous

n'y

pouvons

rien!

n'y

pouvons rien ! répétait l'écho de son âme blessée.
Rien ! rien ! ce mot, comme un marteau de
supplice, frappait

redoublés

ses

à coups

tempes endolories.

Fumée ?

Depuis Jérôme de Tinan a oublié Pâquerette. Cette passion d'une
consistance qu'un Sèvres infiniment fragile.
s'est évaporé, comme jadis, la fumée de la
cigarette, un soir de printemps. Jérôme a un autre maîtresse....
saison n'a pas eu plus de
Le souvenir lui-même

Fumée ! Fumée!
Et

nous

n'y

pouvons

rien !....

Fumée ! Fumée !

•

Vanité, illusion des vibrations humaines !
Larmes, sourires d'ici-bas

ne sont qu'une fumée, dont palpite le cœur
plus l'espace d'un soupir, que boit un souffle de printemps, et que
dissipent les premières violettes sur le bord du sentier....
au

Fumée !

Carcassonne.

—

....

Imprimerie F. PATAU.

Le Directeur&gt;Gérant

:

A.

ROUQUET.

C.I.D.O.
BÈZIERS

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Le Triomphe,

acto^^M^arcel Clavié ; Lo Còrn de Roland par

Le salctn des Poêles de Toulouse

J.-R. de

Le Temple qu'on rebâtit par
C. Poinsot;/La Trahison, drame lyrique et féerique en trois actes,

Brousse ;
M.
par

Paul Pioi ; Sorcellerie du Temps Moderne.
C'est un beau monument à la gloire du Midi poéti¬
que l'Anthologie des poètes du Midi publiée chez Ollendorf (l fort
in-18, 3 fr. 50) par nos compatriotes Raoul Davray et Henry Rigal,

Bibliographie.
que
vol.

;

—

l'auteur de

l'exquise Mounette. Exécutée avec la plus parfaite compétence
délicat, cette oeuvre présente des fragments, pour une large
part inédits, de tous ceux qui par la divine lyre exaltent notre race
Méditerranéenne ; en ce flourège, auprès d'illustres aînés comme Mistral,
Moréas, Mendès, Rostand, Richepin, se pressant, témoignant d'une
vitalité non moins riche pour l'avenir, les Bataille, les Bounard, les
Delbousquet, les Despax, les Dumas, les Fons, lesSarguier, lesMuchart,
lës Rigál et bien d'autres encore. Les extraits des 33 poètes réunis dans
ce volume sont accompagnés de notices biographiques
et bibliographi ques également complètes. A côté des Poêles d Auiourd hui parus il y a
huit ans au Mercure, voici un recueil indispensable à tous ceux qui
veulent connaître et aimer la poésie contemporaine ; et nous la louons
d'autant plus fervamment que les « méridionaux s'y montrent bien les
pourvoyeurs intellectuels de la France » selon les termes de l'excellente
préface synthétique.
et

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choix

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Alet, Arcachon, Argelès-Gavost, Ax-les-Thermes, Bagnèresde-Bigorre, Bagnères-de-Luchon, Balaruc-les-Bains, Banyuls-sur-Mer, Biarritz,
Boulou-Pertlms (le;, Cambe-ville, Capvern, Céret, (Amélie-les-Bains, La Preste, etc'.)
Couiza-Montazels, Dax, Guétary, (halte), Hendaye, Laluque, (Préchacq-les-Bains),
Lamalou-les-Bains, Lamiemezan, (Cadéac, Vieille-Aure), Laruns-Eaux-'Bonnes
Oloron Sto-Marie, (S'-Cristau), Pierrefite-Nestalas, Pau, Prades , (Le Vernet-et
Molitg), S'-Flour, (Chaudesaigues), S'-Girons (Aulus), S'—Jean-de-Luz, Saïies-des
Béarn, Salies-du-Salut et Ussat-les-Bains, sous réserve des maxima des prix
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