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Gustave BAYLE, Avocat,
Membre

de

l'Académie

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AUBANEL Frères,

PARIS

Libraires-Éditeors

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SUR

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ANCIENS NOELS DE N.-D. DES DOMS.

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par

Gustave BAYLE, Avocat,
Membre

de

l'Académie

de

Vaucluse.

C.I.O.Û.
BÉZÌERS
PARIS

AVIGNON
AUBANEL Frères,

Libraires-Éditeurs

H. OUDIN
rue

place Saint-Pierre, 9
I 884

,

Libraire-Éditeur

Bonaparte, 51

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43 8

�ÉTUDE
HISTORIQUE

,

SUR

LITTÉRAIRE
UN

RECUEIL

ET MUSICALE

MANUSCRIT

DES

ANCIENS NOELS DE N.-D. DES DOMS.

Cette étude
à

mesure

déjà été publiée dans la Semaine religieuse du diocèse d'Avignon,
je déchiffrais, au jour le jour, le document qui en fait l'objet. Il «ne
chercher l'ordre et la méthode qu'on doit apporter dans les travaux de
a

que

faut pas y
cette

(

nature, quand leurs éléments sont soumis, dans leur ensemble, à un examen

approfondi.

I
En

1684,

relieur avignonais voulant renforcer la couverture
de
protocole
notaire, eut l'idée heureuse de la doubler avec
un cahier acheté sans
doute, à vil prix, dans un lot de vieux pa¬
piers. Il y avait tout juste deux siècles que ce cahier était enfoui
dans sa gaine de parchemin, lorsque
je l'ai découvert, au cours
un

d'un

de

mes

recherches dans les anciennes écritures de l'étude de M.

Reynaud,

successeur

absolument inédits

minutieuse,
une

de

—

de M. Almaric. C'est

j'en ai acquis la

un

preuve

recueil de noels

après

une

enquête

presque tous notés, et ayant, pour
valeur littéraire qui dénote le choix
—

la plupart,
intelligent d'un homme

goût. Le manuscrit contient 162 noëls, savoir : — 98 écrits en
français, 63 en provençal de divers dialectes, et 1 en italien.
Mon premier soin a été de m'assurer, comme
je viens de le
dire, que les poésies dont il s'agit n'étaient point connues de nos

�jours à Avignon et dans le Comtat. J'ai ensuite cherché à fixer la
date probable de la composition de chacune de ces œuvres. Voici,
sommairement, le résultat de mes investigations:
I
L'écriture du recueil n'est pas de la même main, mais
—

elle est du même temps,
commencement

c'est-à-dire, delà fin du XVIe siècle

au

du XVIIe.

style et l'orthographe présentent, dans les noëls fran¬
çais, des différences qui correspondent à des époques assez éloi¬
gnées l'une de l'autre: il est de ces cantilènes qui portent l'em¬
preinte du siècle de Ronsard, de Marot et de Saint-Gelais ;
d'autres sont évidemment plus modernes. Mais toutes, sans ex¬
ception, offrent un mélange de grâce et de gravité émanant d'une
pensée pieuse; la note émue,l'accent du cœur y vibrent toujours.
Pour des raisons que je dirai plus tard, je suis porté à considérer
ces charmants petits poèmes comme étant, pour une partie, une
production indigène, et pour une autre, une importation fran¬
çaise.
III
Le goût du terroir se fait sentir très distinctement dans
les noëls provençaux; les uns sont avignonais pur sang, les au¬
tres décèlent une origine alpestre, [marseillaise, aixoîse ou lan¬
guedocienne. Je note ici tout de suite, de peur de l'oublier, que
l'orthographe de ces noëls justifie le plus souvent celle qu'ont
adoptée les poètes de la Renaissance provençale, dont M. Roumanille a été le plus ardent promoteur.
IV.
On trouve dans ces noëls, français ou provençaux, des
allusions historiques, des noms de lieux et de personnes qui
peuvent nous aidera déterminer leur âge et leur provenance. Je
dirai plus loin ce que je pense à cet égard du noël italien, à la
fois si pittoresque, si gracieux, si tendre, que je citerai tout en¬
tier, en le traduisant. Ici, j'indique seulement, en attendant une
revue
plus complète, quelques passages, pris en quelque sorte
II

—

Le

—

—

au

hasard.

�Extrait d'un noël
Pontife très saint

en

politique.

terre,

Pape Clément,
Qui avez banni la guerre
Divinement,
Chantez le lotz de vostre maistre,
De

ce

grand Roy du firmament,

Qui d'une Vierge daigne
Dans

un

estable

naistre,

pauvrement.
*

*

*

Henri de France et

Navarre,

Très chrestien Roy,
De l'infidèle

etTartare

La peur,

l'effroy,
Princesse de Florence,
Marie, espouse au lys françois,

Et vous,

Priez cette divine essance

Qu'un fils

Dans

l'expression de

vous

donne après neuf mois.

ce vœu,

l'auteur était l'écho du désir de

d'Avignon ne sépara jamais ni son
destinées. On sait que ce souhait patriotique fut

la France entière dont la ville
cœur

ni

ses

exaucé, et que dans l'année qui suivit son mariage avec Marie de
Médicis, Henri IV eut un fils qui fut Louis XIII. Voilà une date
indiscutable : C'est en 1600 que fut composé le Noël qui nous

d'ajouter que le pape Clément, qui
Clément VIII, le négociateur de
la paix de Vervins, conclue le 2 mai 1598, entre Henri IV et
Philippe II. Ce pontife mourut en 1605.
occupe. Il est presque inutile
avait banni la guerre » était
«

Passons à

un

noël

provençal.

bergers auxquels un ange vient d'annoncer la Bonne Nou¬
velle, se rendent à Bethléem, après avoir parqué leurs troupeaux,
Des

qui se consoleront de leur réclusion,
Quan plou,

l'y

sou

Quand il pleut, ils y sont bien tenus.

attendu que, dit le noël :

ben tengus.

�L'un de

pâtres invite les autres à se munir de provisions
pour la route, de présents pour le nouveau-né, d'instruments
pour lui donner l'aubade; quant à lui, il portera son rebec :
ces

You voly

faire bravado

En jougan de mon rebec.

Moi, je

Le

veux commencer

la fête,

—

en

jouant de

mon rebec.

Rebec, instrument à trois cordes très ancien, dont le nom
celtique ou du bas-breton Reber, fut complètement

dérive du

abandonné à la lin du XVIe
et

siècle,

comme

le luth

et

remplacé

la

mandore,
plu¬

par le violon. Le nom de cet instrument revient
sieurs fois dans le manuscrit de l'étude de M.

Reynaud ;

rencontre

Un

autre

noël

ne me trompe,

provençal

nous

Mais les

on ne

le

dans les noëlsde Saboly.

montre

les diables déchaînés

dans les

courant
sac.

jamais, si je

vignes, les terres, les prés,
bergers les attrapent, et

et y mettant tout à

Ley ménèron garroutas
En la tourre de Trouillas.
Ils les conduisirent garottés

On

lui contestera

ne

—

dans la tour de Trouillas.

certes point
plus qu'à celui qui invite les fidèles
voir la Vierge-Mère et son divin fils.

origine avignonaise, pas
Dame, pour
Aucune autre église n'est

son

à aller à Notre

nommée dans le

recueil, et on peut induire de cette circonstance
la personne qui l'avait composé était attachée au
clergé mé¬
tropolitain. Nous verrons bientôt cette présomption devenir une
que

certitude.
V.

cale

—

ou

Les

noms

propres cités çà et là, dans

satirique, appartiennent aussi

une

intention ami¬

à notre

ville, et l'un d'eux
a été
pour moi une révélation aussi précieuse
qu'inattendue.
Les simples prénoms
désignent généralement des personnages
fictifs, imaginés pour les besoins de la mise en scène. Les noms
de famille visent

au contraire des
acteurs
cercle des relations familières de
l'écrivain.

réels, choisis dans le

�Quelques prénoms doivent être rangés dans cette dernière ca¬
tégorie; je n'en citerai qu'un, plus significatif que les autres:
Qui lou Fils de Diou voudra veire
Fau que se lève de matin.

Hay!

que bravadou, Moussu

Peyre,

Que trouvares per lou camin !
Qui voudra voir le fils de Dieu

joyeuse Monsieur Pierre
,

Ce Monsieur
ne

,

—

—

devra

se

vous rencontrerez

lever matin.
sur

la

—

Ah ! quelle foule

route !

Pierre, qui, dans l'empressement de
barrette

trouve pas sa

son

départ,

,

May qu'you troby

mon

barretin !

Pourvu que je trouve ma barrette !

paraît être Messire Pierre Pascal, sacristain de l'église mé¬
tropolitaine en 1G02, et plus tard directeur de la maîtrise des
enfants de chœur. Il était né à Barrême, dans les
Basses-Alpes,
et avait
occupé la cure de Chàteauneuf, village du canton de
Moustier (1). Ce ne serait point,
je crois, une hypothèse trop
aventureuse, de lui attribuer l'importation à Avignon des noëls
dont l'origine appartient,
idiomatiquement, aux montagnes de la
Haute-Provence. Peut-être en composa-t-il lui-même
quelquesuns, en collaboration avec Messire Paul Béliard, de
Ste-Tulle,
qui lui succéda dans l'emploi de sacristain. C'est à cet officier
capilulaire qu'est adressée une petite flatterie adroitement glissée
me

dans

un

noël

avignonais.

L'auteur convie
chacun

une

amis à

partir pour
offrande à l'Enfant-Dieu :
Anen

Tous

ses

Bethléem,

et à porter

l'y, non tarden plus,
l'y faire quauque offerte,

Et pourten, car es tout nus,
De drap per une cuberte,

(1) Conclusions du Chapitre de N.-D. des Doms, Ann. 1G02

(Arcs, départ.)

et suivantes

�blan.

Et quauque sac de pan
en bon conte

Lou tout

Prendra nostre sécrestan,
Per

gis de mesconte.

tardons pas davantage, — tous lui faire quelque offrande, — et
il est tout nu, — du drap pour une couverture, — et quelques sacs
de pain blanc. — Le tout, en bon compte, — prendra notre sacristain, — pour
qu'il n'y ait pas d'erreur.
Allons

y, ne

portons lui, car

Le sacristain de N.-D.
tions du

Voici

des Doms,

on

le voit dans les délibéra¬

Chapitre, remplissait souvent les fonctions de comptable,
quelques noms que j'appellerais volontiers historiques,

si parva

licebal

componere

maquis

:

Francès touquara de l'ouboy,
Et dei timbales

Per

vou

Jacques Goy.

intre en talou

festo

Que sautille dlns mon cor;
Reverdi lève la testo
Per cantar

Ténen lou

au

mié dou cor.

consistory,

qui anara premier ;
Compaire Tournatory
Easès marcha ley ménestrier,
Sachen

Que touquaren une cançon
A l'Enfan nouvélé,
Et

puis vous donnarês lou ton

Per cantar

lou mouté.

François jouera du haut-bois, — et des timbales Jacques Goy.... Quanta moi,
j'éprouve un tel transport de joie, — que je sens tressaillir mon cœur; — Réverdit
relève la tête
pour chanter au milieu du chœur... tenons conseil, — sachons qui
passera le premier ; — compère Tornatoris, — faites marcher les musiciens, —
—

pour que nous

chantions

donnerez le ton

—

un

cantique

—

à l'enfant nouveau-né,

—

et puis vous

pour chanter le motet.

Italie, la musique joua toujours un
grand rôle dans les cérémonies de l'Eglise catholique. On lit dans
les Cartulaires des Cordeliers d'Avignon, que la veille des gran¬
des fêtes, une troupe de ménétriers parcourait les rues pour anEn

Provence,

comme en

�noncer

la solennité du lendemain. C'était

dans la vaste et mag¬

nifique chapelle de ces religieux que se célébraient les services
des avènements et des deuils pontificaux et royaux, et toujours
les exécutions harmoniques y tenaient une large place. L'un des
plus remarquables fut celui des funérailles du pape Clément IX
(20 janvier 1670). Le chœur de musique fut conduit ce jour-là
par Nicolas Saboly, qui était alors maître de chapelle de l'église
collégiale de S. Pierre (1). Je relate ce fait parce qu'il n'est pas
connu. Mais les autres couvents et les paroisses d'Avignon ne
négligeaient point ce moyen de rehausser l'éclat du culte rendu
à Dieu ou aux Saints, et la Métropole se distingua de bonne
(2) à cet égard par l'organisation d'un corps de musiciens
collège d'enfants de chœur.
Les musiciens se divisaient en chanteurs et instrumentistes.

heure
et

d'un

François et Jacques Coy, étaient des artistes de
rémunérés en argent (3) ; les autres étaient attachés au

Les uns, comme

la ville,

clergé métropolitain par la collation d'un

bénéfice mobile (4).

»

(1) Le mandat délivré par les Consuls, au nom de Saboly, est ainsi libellé :
payés à M. Nicolas Saboly, prêtre, maître de chapelle de l'église parochiale de S. Pierre de cette ville la somme de douze escus de trois livres pièce

»

en

»

un

»

par

»

Thrésorier

chanté avec

patas, pour semblable somme qui lui a esté accordée, pour avoir
célèbre chœur de musique à la messe pontificale de requiem qui fut

célébrée

Monsieur le Prévost Suarès, le jour qu'on fit la pompe funèbre de N. S.
pape Clément neuviesme dans l'église du couvent des RR. PP. Cordeliers...

P. le

etc. »
autographe de Saboly.
(Arch. Monicip. Comptes du Trésorier pour l'année 1670.136" mandat.)
(2) Dès le commencement du XVIe siècle.
(3) Outre les musiciens gagés au mois et à l'année, il y en avait que le Chapitre
employait seulement en des occasions extraordinaires. En 1607 « il est ordonné que
» les auditeurs de comptes feront
mandement de six testons aux violons de cette
» ville pour la peine d'avoir joué à l'église avec la musique, le jour de la visite de
» la Princesse d'Orange. (Conclusions du Chapitre).
» Il est encore conclu de donner
un escu et demi à un jeune homme qui a chanté
» un fausset avec la musique durant les festes de Pâques ». (Ibid.)
(i) Les Bénéfices mobiles, contrairement aux bénéfices perpétuels ou viagers,
étaient essentiellement temporaires et révocables. Voici un exemple de ces collations:

»

Suit la quittance

�—

Les Bénéficiers avaient droit à

12

—

prébende de pain et de vin,
quotidiennes de divers autres objets de
consommation. Il leur était accordé, en
outre, des gratifications
pécuniaires pour les grandes fêtes et les anniversaires, des étrennes au
jour de l'an, un coq d'Inde pour Noël, un gâteau pour les
Rois, et de petites aubaines casuelles, appelées « adventures
occurents
dans les conclusions du Chapitre. Ils devaient assis¬
ter aux offices, comme les
chanoines, pour avoir part aux dis¬
tributions. Présents et absents étaient
rigoureusement pointés
par le Contrcpointeur.
une

des distributions

et à

»

Les enfants de chœur, dans le même
temps,

étaient au nom¬
maison attenante au cloî¬
tre des chanoines, « vestus
honourablement » et recevaient
chacun deux écus par mois pour leur « entretènement ». L'ins¬
bre de six. Ils étaient

logés dans

une

,

truction musicale leur était donnée
par un
néfice mobile et de revenus éventuels (1).

Dans

l'espace de 35

voici leurs

noms et

ans, onze

maître doté d'un bé¬

titulaires occupèrent cet emploi ;

les dates de leur nomination

1607,

M.

Julian.

1612,

M.

Blancard.

1615,
1620,

M.

1621,
1622,

:

1631,

M.

Annibal Gantez, de Mar¬

1632,

M.

Jean Garcin, de Tarascon,

M.

Pierre Pascal.
Alphant.
François Périer.

1633,

M.

Valérian.

M.

De La Tour, de Namur.

1642,

M.

Pierre Pascal.

M.

seille.

et M.

Sauveur Internet.

Les enfants de chœur étaient fort
lit dans les décrets

torales

;

indisciplinés, comme on le
archiépiscopaux rendus après les visites pas¬

ils avaient vite usé la patience et l'autorité de leur

directeur.
Un

professeur de grammaire était aussi attaché

«

Messire Honoré Gaudi, de

»

comme

»

une

(1)
»

à la maîtrise.

Tarascon, jadis enfant de chœur à S. Agricol, est reçu
Serpent; le Chapitre lui accorde une bénéficiature mobile affectée pour
Basse-contre ». (Ibid. Ann. 1606J.

«

Il est conclu de donner

au

maître des enfants de

musique des dernières fêtes de Noël.

»

chœur 3

escus

(Concl. du Chap. Ann. 1602).

pour

la

�—

13

—

Il cumulait

quelquefois ces fonctions avec celles de musicien.
Telle était la situation de Messire
Reverdit, nommé maître de
grammaire en 1629, à un écu par mois de gages (1).
L'organiste, dont l'office était distinct de celui de maître de
chapelle, était le plus souvent incorporé dans les Bénéficiers. On
en voit
cependant qui sont laïques et mariés. C'est en faisant des
recherches sur ces musiciens, que j'ai découvert le
propriétaire
du recueil de noëls si fortuitement

c'est le

et

si heureusement retrouvé

:

compaire Tournatory. »
J'espère pouvoir faire partager à mes lecteurs la sympathie
que les renseignements que j'ai glanés de divers côtés sur cet
artiste m'ont inspiré pour sa personne.
«

II
Le 7

septembre 1351, Guillaume Roger de Beaufort, seigneur
Rémy en Provence, frère du pape Grégoire XI, avait fondé
trois chapellenies chorales dans l'église de
N.-D. des Doms, sous
les vocables 1° de S. Martial, 2° de S.
Léger, 3° de Ste Lucie. A
de S.

la fin du XVIe

siècle, Jean Timoléon de Beaufort de Montboissier,
marquis de Canillac, en était le juspatron. Sur sa proposition,
l'un de ces bénéfices, — La chapellenie
de Ste Lucie, vierge, —
fut donné le 3 janvier 1598, à messire Michel Tornatoris,
prê¬
tre, originaire d'Aix en Provence (2).
(1) (Concl. du Chap.)
(2) La iamille Tornatoris,
s'établir

en

que l'on croit d'origine italienne, vint de bonne heure
Provence. Les Tables des Provençaux illustres, de d'Hozier, citent

Delphine et Jeanne Tornatoris parmi les religieuses de l'abbaye de S. Honorat, de
Tarascon, à la fin du XVm° siècle, (Table 48), et Jean Tornatoris, Seigneur de
Canillac, qui habitait le bourg de Noves, en 1665 (Table générale de la noblesse
de

Provence). Un autre Jean Tornatoris, qui pourrait bien être l'aïeul du Bénéficier
Doms, fut nommé conseiller au Parlement d'Aix, le 6 février 1508
(Hist. civil. d'Aix, par Pittou). Isnard Tornatoris était Prieur du monastère de
S. Paul du Mausolée, près de S. Rémy, en 1545.
de N.-D. des

�_

14

L'investiture eut lieu, comme

—

de coutume, par la mise en

possession d'une stalle dans le chœur de la Métropole (1).
A cette époque, l'orgue de Notre-Dame était joué par messire
Antoine Esquirol, gagé au prix accoutumé de 30 écus par an.
Cette somme était payée par le Chapitre, mais « Le Seigneur
Prévost et autres particuliers avaient promis faire le compliment
« jusques
à 50 escus en tout » (2). Ce musicien ne manquait
pas de talent, et lorsque Henri IV et Marie de Médicis vinrent à
Avignon, le 19 novembre de l'année 1600, LL. MM. furent
accueillies, à leur entrée dans la Métropole, par « un motet
»mélodieusement chanté sur l'orgue avec les voix des enfants de
»chœur.

»

Cette exécution fut très remarquée

(3).

Esquirol s'étant démis de son emploi, le Chapitre lui donna
pour successeur, le 18 juillet 1602, Pons de Vella, aux gages de
2 écus de 60 sols par mois.
Le 17 décembre de cette même année, les chanoines «conclu»rent de donner à Messire Tornatoris, bénéficier de céans, ung
»

»

le moys pour
année. »

escu

jouer du basson ou serpent, et ce pour une

Chapitre ne disent point par suite de
quelles circonstances, le 21 octobre 1604, il fut nommé provisoi¬
rement organiste, du vivant de Pons de Vella. On peut cependant
soupçonner que le remplacement de ce dernier fut le résultat
d'une disgrâce. En effet, un mois après, presque à la veille des
fêtes de Noël, le Chapitre prit la délibération suivante :
A esté résolu que désormais on ne chantera aucun noël
«dans l'esglise qu'au préalable l'er des noëls ne soit esté commu»niquéau Chapitre. »
Les conclusions du

«

(-1) Concl. du Chap.,

ann.

1581 à 1602,

—

Colin Tache, notaire du Chap., ann.

1597 à 1601.

(2) Concl. du Chap.,

ann. 1598.
(3) Vjjjr le Labyrinthe royal de l'Hercule Gaulois, par Valladier ;
monial français, deGodefroy, le Journal de Henri IV, Tome II.

le Céré¬

�—

15

—

de supposer que Pons de Vella, sacrifiant au goût
dépravé de ses contemporains, faisait chanter à N.-D. des
Doms des noëls adaptés à des mélodies profanes. Le Chapitre
métropolitain, bien qu'il comptât dans ses rangs des chanoines
un peu trop épris des compositions musicales alors en vogue (1),
trouvait inconvenante l'association d'une hymne pieuse avec un
air de sérénade ou de rocantin. Toutefois, Pons de Vella ne fut
Cela permet

assez

exilé définitivement de N.-D. des Doms; il reprit bientôt
possession de l'orgue de cette église, et ce n'est que six ans plus
tard, le 27 juillet 1610, que l'on voit de nouveau reparaître,
comme organiste, Messire Michel Tornatoris, « au lieu et place
»de Messire de Vella » (2).
Le 7 septembre 161*2, il fut confirmé dans cet office qu'il
conserva jusqu'en 1633 (3).
Cela seul prouverait l'estime dont il jouissait auprès du Chapi¬
tre métropolitain ; mais voici un témoignage encore
plus affir-

pas

matif.

Chapitre se composait de trente-huit membres, apparte¬
la plupart, à d'anciennes et riches familles (4). Dans
corporation aussi nombreuse et mélangée, il faut en con¬

Le

nant, pour
une

venir, d'éléments

un peu

mondains, la règle disciplinaire,

qui,

l'origine, formait la base essentielle de l'association canonicale, devait inévitablement subir quelques atteintes. L'autorité
archiépiscopale avait souvent à intervenir pour corriger des abus
toujours renaissants. Delà, des conflits, regrettables sans doute,
mais bientôt apaisés, grâce à l'esprit de foi qui animait les ca¬
ractères les plus indépendants de cette petite république ecclé-

dans

(1) Je pourrais citer des noms propres, mais

maxima debetur Mortdis reve-

rentia.

(2) Concl. du Chap,
(3) Ibid.
(4) Il y avait, le Prévôt compris, 20 Chanoines capitulaires, í Hebdomadiers,
8 Bénéficiers perpétuels, 2 Bénèficiers mobiles, 2 Diacres et 2 Sous-Diacres.

�siastique. En 1623, après une visite pastorale qui lui avait dé¬
de graves négligences dans l'entretien des chapelles de
N.-D., Mgr Dulcis adressa à MM. les Chanoines des observations
sévères, et prescrivit des mesures qui leur parurent contraires
aux
privilèges concédés à leurs prédécesseurs par les Souverains
Pontifes et par les rois de France. « Un vent de Fronde » souffla
un moment sur le
Chapitre ; mais ce fut, comme toujours, une
tempête dans un verre d'eau. Au cours du débat, les chanoines
voulurent faire confirmer leurs privilèges par la Cour du Parle¬
ment de Provence, et ils
députèrent à Aix Michel Tornatoris
pour négocier cette affaire. Ils lui allouèrent 8 écus pour ses
frais de voyage, et le chargèrent de faire présent d'une bague de
3 pistoles à M. de Dizieux, conseiller
(1).
11 n'était point pourtant d'humeur révolutionnaire, ce bon
Bénéficier, qui, en 1598, offrait à Mgr Bordini, Vice-Légat d'A¬
vignon, les vers suivants, sous la forme d'une prière adressée au
couvert

Dieu de la Crèche

:

May donnas, si vous pla,
prêta
Bordin, autan d'annados,

A nostre bon

Per lou rendre counten,

Que d'estèles
N'en
Et

son

au

tem

contados ;

puis après la clau,

Seigne de nostr'oustau.
Mais donnez, s'il vous plaît,
—

pour

le rendre heureux,

donnez-lui la clé

C'était
ter

une

—

à notre bon prélat

que

d'étoiles

au

—

Bordini, autant d'années,

ciel sont comptées ;

—

et puis,

qui est le signe de notre maison.

manière fort

l'Archevêché

aujourd'hui de
quer sans

—

—

ingénieuse et délicate de lui souhai¬
d'Avignon, mais elle ne serait pas comprise

tout le monde. Je

me

borne à dire, pour

donner trop de développement à

(1) Concl. du Chap. Ann. 16-23,16 novembre.

une

l'expli¬

question très

�—

17

—

accessoire, que les Evêques d'Avignon avaient autrefois pour
armoiries une clé d'or sur champ de gueules (1). Cette clé sym¬
bolisait le

pouvoir seigneurial de
copalis (2).
Parvenu,
renoncer

séniles de

à

sans

doute, à

un

ces

prélats

sur

la Domus epis-

âge avancé, Michel Tornatoris dut

l'emploi d'organiste ; mais le Chapitre utilisa les loisirs
zélé serviteur en le chargeant de transcrire les pro¬

ce

cès-verbaux de

ses

délibérations.

L'acte de

son

décès, dans les

registres de la paroisse Saint Pierre, le qualifie escripvain à
(3). Cette indication m'a été infiniment pré¬
cieuse, car elle m'a conduit à comparer l'écriture d'un certain

N.-D. des Doms

nombre de conclusions
M.

avec

celle du Recueil de l'étude de

Reynaud, et à reconnaître la parfaite identité de l'une

avec

l'autre.
Michel Tornatoris mourut le 16 août 1641,

dans

son

domicile

particulier situé dans la paroisse S. Pierre, mais il fut inhumé,
le 17, dans l'église de N.-D. des Doms, aux frais du Chapitre qui
dépensa 30 livres pour ses funérailles (4).
111

Il est donc matériellement démontré que

le cahier dont il s'agit

été écrit presque en entier de la main de
de ce fait indéniable on peut inférer que

Michel Tornatoris, et
l'Organiste-Bénéficier

a

(1) On peut voir ce blason, dans te Musée de Villeneuve-lès-Avignon, sur un ta¬
au Roi René. Il est au pied d'un évêque priant auprès du tombeau
delà Vierge Marie.
(2) C'est de là qu'est venu le nom de l'église métropolitaine : Ecclesia Nostrœ
Dominai de Domo, comme on le lit dans les plus anciens actes des archives capibleau attribué

tulaires.

(3) Escripvain, ici, veut dire copiste, car le Secrétaire en titre du chapitre mé¬
tropolitain était toujours un chanoine.

(4) Obituaire de N.-D. des Doms, conservé au Bureau de l'état civil de la Mai¬
d'Avignon.

rie

2

�—

avait formé

son

18

—

recueil de noëls pour

le faire chanter à N.-D.

des Doms.

Pourquoi cessa-t-on de le chanter? Les chanoines métro¬
politains furent-ils un jour de l'avis de Domergue, l'auteur de
la Marche des Rois ? Estimèrent-ils qu'il n'y avait point de bons
noëls hors de ceux de Saboly ?
J'attribuerais à une autre cause l'oubli dans lequel sont tom¬
bés les anciens noëls de Notre-Dame, et voici les motifs de mon
opinion.
Dans la première moitié du XVIIme siècle, il y avait à Avignon
deux partis rivaux pour la manière de comprendre le rôle de la
musique dans les offices divins. Fidèle aux traditions de l'Eglise
Romaine, l'un de ces partis voulait qu'en s'élevant vers les cieux,
sur les ailes de l'harmonie, la
prière ne perdît jamais le carac¬
tère de recueillement, de gravité et de sainteté qui en est l'es¬
sence : on ne devait point, disait-il, « sous prétexte de flatter
les oreilles, chanter des paroles profanes et des airs volup»tucux » (1). Il avait à sa tête les Vice-Légats et les Archevêques
venus d'Italie et
qui avaient été nourris dès l'enfance des théo¬
»

ries musicales de l'école de Palestrina.

Mgr Philonardi se montra particulièrement rigide dans l'ap¬
plication des principes qu'il professait à cet égard, et dans la
ferveur de son amour pour la musique classique, il n'admettait
qu'avec de grandes restrictions le chant des noëls en langue
vulgaire: Carmina quœ vernaculâ linguâ in nalali Domini cani
consueverunt, non canantur, nisi priùs ab Illmo Episcopo vel
cjus vicario lecta el probala fuerint (2).
Dans l'autre camp, on se préoccupait avant tout de la ques¬
tion d'art, et on visait trop exclusivement à produire les effets
mélodiques les plus agréables à l'oreille.
(1) Visite Pastorale de l'année 1627.
(2) Loco citato.

�—

19

—

Deux hommes, tous deux
chargés, pendant un certain temps,
de la direction de la maîtrise de N.-D. des
Doms, eurent une
action considérable dans la formation et le

développement de ce
parti, qu'on pourrait nommer l'Ecole Française. Le premier fut
Annibal Gantez, originaire de Marseille, Prieur de la Madeleine
en Provence; le
second, un chanoine de S. Agricol, Sauveur
Intermet.
Annibal Gantez

a

écrit lui-même

biographie dans un livre
qu'il dédia à Pierre de Broc, évêque d'Auxerre, et
où il donne des conseils aux Maîtres de
chapelle pour régler leurs
moeurs et bien élever les enfants
qui leur sont confiés (1). Il y
peint, d'une façon saisissante, les habitudes étranges de ces pro¬
fesseurs, véritables nomades « faisant leur tour de France, le sac
sur le dos et la bourse
vide, allant, le soir, demander l'hospitalité aux maîtrises et aux
presbytères, en attendant de trouver
quelque part une place vacante. » On appelait cela Vicarier.
sa

très-curieux

»

»

»

C'est

pauvre chose, dit Gantez, de vicarier sans argent » !
arrivée à Paris, où il obtint au concours un
emploi
de maître de chapelle, il
avait tenu des maîtrises à Toulon,
«

Avant

une

son

Aix,
Marseille, Arles, Avignon, Aigues-Mortes, Aurillac, Montauban, Grenoble, La Châtre, Le Hàvre-de-Gràce, Auxerre. Il paraît
blâmer, dans ses lettres, les aberrations de la musique nouvelle,
mais

ses œuvres

trine

(2).

musicales

ne

sont

pas

d'accord

avec sa

doc¬

Sauveur

Intermet, né en 1570, avait fait ses études théologi¬
ques au Séminaire que les Pères de la Compagnie de Jésus diririgeaient à Avignon. En 1612, il est chanoine prébendé à l'église
à

(1) L'Entretien des Musiciens... etc. Cet ouvrage, publié chez Jacques Bouquet,
Auxerre, eu 1643, a été réimprimé en 1878 par Claudin, à Paris, avec une pré¬

face de M. Ernest Thoinan.

(2) On trouve de très intéressants détails biographiques sur Annibal Gantez
Chapelle des Rois de France, par Castil-Blaze, et dans une lettre de l'abbé
Lebœuf, insérée dans le Mercure de France, Décembre 1738.
dans la

�—

20

—

collégiale de S. Agricol. A cette époque, la maîtrise, dans cette
paroisse, était confiée à Messire Gadrot, bénéficier, mais Inlermet s'occupait beaucoup de musique, et composait des morceaux
qu'il faisait chanter par les enfants de chœur, au grand déplai¬
sir du maître de chapelle, un peu jaloux peut-être de la réputa¬
tion naissante de son collègue (1). Cette réputation s'étendit ra¬
pidement bien au delà des bornes ordinaires d'une renommée
provinciale; on connaissait dans toute la France les créations mu¬
sicales du chanoine de S. Agricol, et lorsque Louis XI11 vint à
Avignon, le 16 novembre 1622, il exprima tout d'abord à
M. Thomas de Berton, premier consul, le désir qu'il avait de
voir et d'entendre le célèbre maëstro, « l'un des Orphées de ce
temps, k On avait prévu ce désir, en chargeant Sauveur Intermet. d'organiser un orchestre et un chœur de 120 musiciens
pour exécuter devant le roi, sur la place du Grand-Change, une
cantate en forme de sonnet. Un chroniqueur anonyme (2)|a rendu
compte, d'une manière très-pittoresque, de la facture et de l'inter¬
prétation de cet ouvrage. Celte relation est écrite dans une lan¬
gue qu'on ne peut plus guère aujourd'hui parler sans rire, mais
qui peint, avec une fidélité photographique, le caractère des
compositions musicales alors à la mode. C'était un vrai feu d'ar¬
tifice de fugues et de canons, un éblouissement de fusées chro¬
matiques, une combinaison bizarre de contrastes harmoniques,
de forte, de piano, de crescendo, de decrescendo, de fortissimo et
de zmorzando.
Ici un maistre joueur de violon vous hachoit
«quatre cordes soubs ses doigts en mille voix différentes et les
faisoit discourir parfaitement ; là, un autre faisoit haranguer
gravement sa viole ; ceux là canonnoient les oreilles avec leurs
serpents suivis d'une grosse armée de voix humaines qui ve«

»

»

«

•

(1) Concl. du Chap. de S. Agricol, ann. 1623, fol. 3.
(2) La voye de laict ou le Chemin des héros au palais de la gloire.

�—

«noient livrer

»bresche.,...

un

assaut

21

—

général du costé qu'ils avoient fait la

»

Louis XIII

prit tant de plaisir en écoutant cette cantate, « il
demeura tellement englué, qu'il tesmoigna de parole que si
la nuict qui s'approchoit ne l'eut arraché de là il s'y fust
arresté beaucoup davantage » (1).
Le lendemain dit le même historien, « S. M. vint au collège
des PP. de la Compagnie de Jésus, où elle fut accueillie d'une
belle et ingénieuse action théâtrale qu'elle agréa grandement.
Les airs que M. Intermet avait composés ravirent tellement le
Roy et toute sa cour, que toutes les parties furent tirées des
mains des musiciens, et S. M. en voulut une copie et oub¬
encore le lendemain M. Intermet à la messe à S. Louis, où il

»y
»

»

»

»

»

»

»

li

»

lui commanda de

se

trouver.

»

On devine l'effet

produit sur le public par ces témoignages de
royale : le chanoine Intermet grandit de cent cou¬
dées aux yeux deses concitoyens, et le Chapitre de S. Agricol se
couronna d'un des rayons de sa gloire. Les chanoines de la Mé¬
tropole, quand Louis XIII visita leur église, firent bien chanter
un Te Deum sur l'orgue, et quelques autres motets, sous la di¬
rection du maître de chapelle ; mais, malgré la qualification de
superbe donnée à cette exécution par l'auteur de la Voye de
laid, on sent qu'il est complètement sous le charme de la mu¬
sique d'Intermet. Le vénérable prévôt Suarez, qui avait l'heul'admiration

(1) Louis XIII aimait passionnément la musique, il a même composé des mor¬
à plusieurs parties dont les airs sont d'un style assez agréable ; mais on
peut dire que sous son règne l'art d'écrire était complètement oublié dans la musi¬
que d'église. Bournonville et Aux-Gousteaux axaient seuls conservé quelque tra dition de l'école italienne, On ne chantait plus la messe de l'homme armé, dont
ceaux

Roland, mais des messes ajustées à des airs
populaires. Le mépris des prélats ultramontains d'Avignon pour ces
parodies, rejaillit .sur les Noëls, notamment sur ceux dont la musique était em¬
pruntée aux chansonniers anciens et modernes.
le thème était l'air de la Chanson de
de chansons

�—

22

—

fortune de

haranguer le souverain dont il souhaitait la
naissance, vingt-deux ans auparavant, en recevant Henri IV,
forma peut-être, ce jour là, le projet d'enlever l'habile
composi¬
teur à S.
Agricol, pour l'attacher à Notre-Dame. On voit effecti¬
reuse

quelques années plus tard, le chanoine Intermet figu¬
directeur de la maîtrise, à la Métropole (1), sans
perdre pour cela sa prébende à S. Agricol (2). Le Chapitre n'eut
pas lieu de se féliciter de cette acquisition, au point de vue do
la discipline des enfants de chœur; les désordres furent tels
que
Mgr Philonardi, à la suite de sa visite pastorale du mois de juin
1632, ordonna au Chapitre de nommer, dans le délai d'un
mois, un maître capable d'enseigner à ces enfants « la piété, la
doctrine chrétienne et la musique, » sous peine d'une amende
de 100 livres au profit des Lieux-Saints (3).
Il prescrivit en même temps aux musiciens de se tenir à la
place qui leur était assignée, et de se conformer, pour le chant,
à l'usage consacré par le rituel ecclésiastique : Juxta canturn Ecvement,

rer, comme

»

clesiœ solitum ad modulos ecclesiasticos concinant.

Sauveur Intermet fut

remplacé par Elzéar Valérian, Bénéficier
perpétuel de Notre-Dame (4), mais il était resté assez long-temps
dans cette église pour y révolutionner, au point de vue
musical,
une portion notable du
Chapitre. J'en trouve la preuve formelle
dans un cahier de romances françaises joint au recueil de Tornatoris, et qui porte la signature d'Intermet. Ces compositions sont
écrites pour plusieurs parties, et entête de chaque partie est
le

nom

d'un chanoine.

(1) Visites pastorales, Ann. 1632.
(2) Les Conclusions du Chapitre de S. Agricol nous apprennent qu'un coadjuteur
fut donné à ce chanoine, pendant son absence.
(3) Mémorial lu au Chapitre par Mgr Philonardi. — Décret à la suite.
(4) Le chanoine Intermet reparaît dans les Conclusions du Chapitre de S. Agri¬
col, comme Maître de musique, en 1637. Il mourut très chrétiennement, le 16 octo¬
bre

1657, à l'âge de87 ans.

�—

23

—

Ainsi, tandis que, d'un côté, les Archevêques d'Avignon trai¬
taient en suspects les noëls provençaux et les soumettaient à un
sévère contrôle, d'autre part les chanoines partisans de la musi¬

française, délaissaient de plus en plus les naïves cantilènes
qui avaient fait la joie de leurs prédécesseurs, qu'elles fussent
écrites en provençal, en français, en italien ou en latin, pour leur
substituer les nouveautés musicales écloses sous la plume trop
que

fertile des Gantez et des lntermet. Le recueil de Tornatoris fut
oublié peu à peu et finit par disparaître, pendant que le bon bé¬
néficier qui l'avait composé avec tant de soin, et exécuté, sans

de succès,

résignait à cet ingrat abandon, et
en faisant des copies pour le
Chapitre. A tant de noëls jadis si populaires, avait succédé un
noël unique
quand l'enthousiaste panégyriste de Saboly
doute,

avec tant

achevait obscurément

son

se

existence

,

chantait

:

Ture Iure Iure, à

Nostro Damo

N'ouzès

jamay que fu-fu,
Aqueunoué dégun l'amo,
Parce qu'es fort mau counçu ;

Tous enfantoun, senso resoun,

Saboly, Saboly,
Aqueu noué fay coumpassioun
N'i'a que l'er que fugue joly.

de faire revivre

précieuses reliques de
piété de nos pères. En attendant qu'il soit possible d'éditer le
recueil complet des anciens noëls de Notre-Dame des Doms, pa¬
roles et musique, je vais publier ici quelques-unes de ces œuvres
L'heure est

venue

ces

la

si intéressantes.

IV

historique et littéraire sur les noëls, de M. l'abbé Paul
Terris, vicaire-général de Fréjus, œuvre savante et spirituel¬
lement écrite, signale une immense lacune dans la genèse des
L'Essai

de

�—

24

—

poésies noëliques de la Provence et du Comtat. Après la Cantinella in nalali Domini, qui fut, croit-on,
composée au commen¬
cement du XIVe siècle (1), on ne trouve
plus rien à citer jusqu'au
Bouquet royal fleurissant, publié à Lyon, en 16*20, par C. Brunei,
de la Comté d'Avignon. Se
pourrait-il que le jardin des Muses
provençales, pendant plus de trois siècles, n'eût produit aucune
lleur pour orner la crèche de l'étable de
Bethléem, alors que les
bouquets de noël éclosaient en abondance sur les rives de la
Maine et de la Loire ?
J'ai

longtemps interrogé à ce sujet, à Avignon et dans les
du département de Vaucluse, les échos de ce XVIe
siècle qui vit naître un si grand mouvement intellectuel dans
toute la France, mais
je n'entendais que le choc des armes, les
gémissements des populations en proie à la peste, et aux guerres
civiles et religieuses. Un jour cependant, j'ouis
une voix bien
autres

pays

humble, celle d'un pauvre clerc de notaire, grossoyant à l'Islesur-Sorgues, en 1510, qui chantait quelques vers naïfs inspirés
par la naissance du Rédempteur (2). C'était bien le cadre clas¬
sique d'un noël complet : invitation à la joie, — déconvenue de
Satan, — exposition du mystère de l'incarnation divine, — ado¬
ration des Rois, — perfidie d'Hérode, — fuite de la Ste
Famille,
allusion au sacrifice du Calvaire, — prière finale :
—

Dieu le Père

Nous

qui tout créât

doynt à la fin paradis,
Noël! Noël!

Mais

ce

noël est écrit

mencement

du XVIe

en

français, tel qu'on le parlait

siècle,

sur

(1) C'est l'avis de M. Damase Arbaud, qui attribue cette cantinelle
Féraud, l'auteur du Roman de S. Honnorat de Lêrins. Les écrivains
tique des Bouches du Rhône
1"

ne

au com¬

les bords du Rhône. C'était aussi
à

Raymond

de la Statis¬

croient pas

moitié du XVe siècle ; mais ses formes

qu'elle remonte plus haut que la
idiomatiques et grammaticales, lui assi¬

gnent une origine beaucoup plus ancienne.

(2) J'ai publié

ce

noël dans la Semaine religieuse, N° du 26 Janvier 1884.

�latin que les Basochiens rimaillaient alors les
chansons satiriques et les banalités sentimentales, fades ou trop

en

français

ou en

épicées, qui émaillent les pages de maints protocoles. C'est que
le français, pour nos ancêtres de ce temps, était le langage de la
bonne compagnie, et qu'un clerc tant soit peu poète, ou un
poète tant soit peu clerc, en revêtait sa Muse, comme on endosse
un habit noir pour aller dans le monde. Les arguments de fait
ne

manquent pas pour

natoris

en

est

soutenir cette thèse, et le recueil de Tor-

lui-même la démonstration

:

les noëls français y

très large place. Mais les noëls provençaux n'y font
du tout mauvaise figure; ils n'ont pas la gaucherie d'un
hôte rustique convié à la table d'un citadin ; on voit qu'ils sont
chez eux, sur le sol qui les a produits, et qu'ils sont tout à fait
maîtres delà langue qu'ils parlent. Ce n'est pas eux queDomergue, ou l'auteur, quel qu'il soit, du dithyrambe en l'honneur de
Saboly, pourrait qualifier dédaigneusement d'Enfantoun scnsou
rèsoun ! La plume qui les a écrits est aussi virile qu'intelligente,
et il est évident qu'ils sont les fruits d'une littérature qui n'en
est pas à son coup d'essai ; ils ont, avec les grâces de la jeunesse,
les formes arrêtées et précises de l'âge mûr. C'est le signe carac¬
téristique des époques de renaissance, et tout me prouve que les
noëls provençaux de Tornatoris, à l'exception de quelques-uns
dont les formes archaïques dénotent une origine plus reculée, ont
été composés dans la seconde moitié du XVIe siècle ou dans les
premières années du XVIIe. Ils marquent le réveil de la poésie
néo-romane, après un long sommeil pendant lequel, comme la
Belle au bois dormant, elle n'avait point vieilli.
Elle n'était, certes, ni vieillotte, ni enfantine la Muse qui inspi¬

occupent une
pas

rait le noël suivant

:

Voulès ausi la vérita
D'un beau noël qu'iou vau canta
Chascun lou deou creire,

Tou lou monde lou sça,

Dégun n'en dèou

pas

douta.

?

�—

N'es ti pas vray que

Dieu

es

26

—

Fasen lou ben, laissen lou mau,

nal

Que ley pastres l'an adora 1

Puisqu'une fes

Les

Evangélistes,
Jan, Luc, Marc et Mathieu,
Tous quatre lou dison mieu.

fau ;

Damassa tan de ben 1
Non

L'Eglise et lou Viey Testamen,
Et ley Prophètes d'aquèou tem,

n'emportaren

pas ren.

Ley bonnes oubres soulamen
Nous ségran au gran jujamen
Si mourian, ô paures,

Dison tous ensemble

Que Jésus l'Enfançon

Pagara nostre

mory nous

Que servira donques

Embé pecca mortau,
Nostre

rançon.

cas

anarié

mau.

Ley sermonaires, tous leys an,

Avignon, leysse tey peccas,

N'en

préchan, n'en van cridan
Que leyssen ley vices,
La malici, ley pécha ;
May d'aquo ren non sé fa.

Tey

Chascun

Jésus, per ta nativita,

van

ley

ven

Tu n'en

sermons et

non

Sey

san

Et

mon

;

noël accaba ;

Fau faire ben et pau

parla

;

Si de bon courage

Ay dis la vérita,
Non m'en

1. Voulez-vous entendre les vérités

2.

accampa,

nous pax et charita
Toutey nostrey fautes
Si ley confessaren,
plus n'i retournaren.

Véla

comandamen,
jamay ren.

chacun doit y croire,

vos

Donne
,

voulen faire

N'avansaren

de tracas !

Leysse; leysse tey pecca !

Non suffis pas de creire en Dieu,
Sathan que nous l'y crey ben mieu ;
Si

pompes et tan

Si de Dieu lei gracie

ausi

ley noés
ley mottés,
Puis, qu'an s'en retornon
Après, en leurs houstau,
N'en penson qu'à faire mau.
Et

;

—

sçachès pas mau gra.

d'un beau noël que

je vais

chanter ?

—

tout le monde les connaît, — personne ne doit en douter.
N'est-il pas vrai que Dieu est né ? — que les bergers l'ont adoré ? — les

Evangélistes,

—

—

Jean, Luc, Marc et Mathieu,

—

tous les quatre le disent mieux que

moi.
3.
tous

L'Eglise et l'ancien Testament,
ensemble,

—

que

—

et les prophètes du même temps

Jésus le petit enfant

—

payera notre rançon.

—

disent

�—

4. Les

27

—

prédicateurs, chaque année, — s'en vont prêchant, — s'en vont criant —
— à la malice et aux péchés, — mais on ne suit pas

que nous renoncions aux vices,
leurs conseils.

5. Tous viennent entendre les

quand ils retournent,

noëls,

—

et

les sermons et les motets,

ensuite, dans leur maison,

—

—

ils

ne

—

puis

pensent qu'à mal

faire.
6.

Il

ne

si nous

toujours

ne

suffit pas

de croire en Dieu, — Satan y croit bien mieux
observer — ses saints commandements —

voulons pas

au

que nous;

—

nous en serons

même point.

7. Faisons le

bien, fuyons le mal ;

faut mourir un jour, — à
n'emporterons rien.
8. Les bonnes œuvres seulement, — nous suivront au grand jugement, — si nous
mourions, hélas ! — avec un péché mortel, — nos affaires iraient mal.
9. Avignon, laisse tes péchés, — ton luxe et tous tes soucis 1 — si les grâces de
Dieu
tu veux recueillir, — laisse, laisse tes péchés.
10. Jésus, par ta naissance, — donne-nous paix et charité ; — toutes nos fautes
nous les confesserons, —et jamais nous n'y
retomberons.
11. Voilà mon noël fini ; — il faut bien agir et parler peu ; — si, courageuse¬
ment, — j'ai dit la vérité, — ne m'en sachez pas mauvais gré.
quoi nous servira-t-il

—

— puisqu'il
d'amasser tant de biens ?

nous
—

nous

—

—

Si

quelqu'un trouve trop sérieux, pour une joyeuse nuitée de
ce charmant petit sermon, il ne manque pas de pièces,
dans le cahier de l'organiste aixoîs, où la note gaie domine, mais
n'exclut pas un sentiment de piété tendre et caressante.
noël,

.

V

Les

populations méridionales sont naturellement religieuses,
représentations figurées des mystères chrétiens,
non moins
que l'expression lyrique et musicale des sentiments
inspirés par la foi. La fête de la Nativité du Sauveur était, pour
nos
pieux ancêtres, une occasion exceptionnelle de manifester et
de satisfaire ce penchant de leur imagination et de leur cœur.
Le chant des noëls venait compléter les douces joies, les saints
attendrissements et les naïves admirations qu'excitait en eux le
tableau théâtral de l'étable de Bethléem, montrant à leurs reet

elles aiment les

�28

—

—

gards toutes les merveilles de la Reine des nuits (1) : le divin
nouveau-né couché tout nu sur la
paille, tandis que les anges,
les rois, les bergers, les animaux, représentant la création tout
entière, adoraient en lui le créateur et le maître de l'univers (2).
Dans le recueil de Tornaloris, le thème
poétique des noëls
provençaux est presque invariablement le même; comme ses
auditeurs, bons et croyants, l'auteur est tout d'abord saisi par
le sentiment de l'abaissement infini
auquel le Fils de Dieu s'est
volontairement condamné pour le salut du genre humain, par
l'étonnement émerveillé de voir le Roi du ciel descendre à

ce

degré de faiblesse et de pauvreté. A la surprise succède la com¬
passion, la reconnaissance et la résolution de se rendre digne
d'une faveur aussi sublime, pour en recueillir tout le fruit. 11 ne
sort
guère de ce cercle d'émotions et d'idées, mais la variété de la
mise en scène et les ingénieuses combinaisons du
rythme font
oublier l'uniformité du fond. C'est assurément un mérite
qui
sera apprécié,
quand les noëls de Notre-Dame auront été rendus
au
public; en attendant, voici quelques épis détachés de cette
gerbe poétique :
*

Venès, venès, embe you Guillomette
Veire nostre bon

,

Diou,

De bon dra de burèou,
Digué Michèou,
Amay une bassaque
Et mon capèou.

Nostre bon Diou

Qu'es

na

d'une fillete

Senso flou.

N'en

mor

de frech dins

Car n'a pas un linsou,
Ni may un sou,
Per n'en croumpa un

Que sié

nou.

lange

You li daray une longue casaque

une

paure

[grange,

You li daray, diguet dame Peironne
Mon genti pelisson
Et de calson,
May qu'un autre li donne
De

causson.

(1) Bède.
(2) On attribue généralement au pape Jean XXII l'introduction des Crèches
dans les églises d'Avignon ; une tradition, dont l'origine est fort ancienne, veut

�—

Et tu,

29

Vidau, portaras la boutille,

Or sus,

Embe lou

Un calendau

Faras tin, tin,

Li donnara ta

fille,

Tout beau

Et

un

Et Goutaru toucara sey sonailles
Et sey

Dansara

Per lou flou.

Et

Lou gay

[ses
Fai

A l'enfanton.

estoufeye

fricasseye

plen pla de potage

Per l'enfan.

ensen anaren en

Offriren nostrey
Et

Et puy gran Jean
L'y mettra de fromage

sa musette

cadansou

Veire lou beau garçon ;
Au beau garçon

De boudin.

un

péta

Et tous

Martin,

De sabourous lauzan;

petit arquet,

Et lou flutet.

De bon matin,

Margot fara

son

Et Guillemet

jambon,
grosse fougasse

Emb'une

l'antiquaille

violon fara brusi Tonette

De

un

Li donnara

cascaveu.

Em' Ysabeu.

porte dins sey besas-

Un gros cappon à la gaye

beau

Et Bramareu

Per lou donnai' à l'osti

Aforse fromageon

[baies,

Embé Robin.

coniou,

Lou bon Guillot

tambourin,

Et dansara Vidale

eau.

Lou gros et gras compaire l'AndrédoPorte un couchon tout viou, [chi

Uno

Mathieu, desplegue tey tim-

Embe lou gros barrau ;

Lou

dansou

canson.

prégaren de garda lou terraire,
Embe nostre troupeau,
Nostre troupeau.

Et que ly

face faire

Pron d'agneau.

même que

l'Enfant Jésus, taillé, avec son berceau, dans une même pièce de bois,
l'on expose, chaque année, dans l'église S. Pierre, soit celui qui figura dans la
première crèche dressée au XIVm» siècle, sous les voûtes de N.-D. des.Doms. Les
premiers noëls avignonais furent sans doute chantés devant cette crèche ; mais, par
la suite, les enfants de choeur, les Clergeons, de la Métropole allaient en chanter
sur les places publiques, dans
les carrefours, devant les madones florentines
posées aux angles des maisons, sous leurs dais de pierre si finement sculptés. Ces
jeunes artistes, dont le zèle était surexcité par les ovations populaires ayant
multiplié outre mesure leurs promenades musicales, le Chapitre leur enjoignit de
ne plus chanter qu'aux endroits qui leur seraient désignés, et
pendant trois jours
seulement. (Concl. du Chap. passimj.
que

,

�30

—

1.

Venez,

—

Guillaumette.—voir notre bon Dieu, — notre bon
— sans (autre) enfant.
2. Il meurt de froid dans une pauvre chaumière, — car il n'a pas un linceul, —
ni un sou, — pour acheter un lange — qui soit neuf.
3. Je lui donnerai une longue casaque — de bon drap de bure, — dit Michel, —
et aussi une paillasse, — et mon
chapeau.
4. Je lui donnerai, dit dame
Peyronne, — mon gentil mantelet, — et des cale¬
çons, — mais qu'un autre lui donne — des chaussons.
5. Et toi, Vidal, tu porteras la bouteille, — avec le
gros baril ; — un gâteau de
Dieu,

Noël

venez, avec moi,

qui est né d'une fillette

—

lui donnera ta

—

6. Le gros

lapin
7.
bon

—

—

et un

fricassée de boudin.

Marguerite fera

10.

Or,

tin, tin,

—

sus,

—

plein plat de potage

un

y mettra du

Mathieu,

fromage
tes

sors

et Vidale dansera

l'antiquaille

—

avec

12. Tonette fera chanter
—

fait résonner

sa

—

14. Nous le
—

offrirons

nous

et

ses

pour

— de lazagnes
l'enfant.

timbales,

avec ton

tambourin,

—

—

et puis

tu feras

Robin.

clochettes

joyeux violon

son

—

—

et sa

et

ses

jolis grelots,

—

et Bramereau

—

danses

prierons de garder

qu'il lui fasse faire

—

—

sous son

petit archet,

—

et Guille¬

petite flûte.

nous irons en mesure
nos

—

savoureuses,

Isabeau.

musette

13. Et tous ensemble
garçon

—

avec

—

11. Et le Joufflu fera sonner

dansera

peau,

porte un pourceau vivant,

—

Grand Jean

met

—

pour

avec une

9.

sortant du four.

—

le donner à l'hôtelier — pour le fils.
Le bon Guillot porte dans sa besace — quantitéde fromages frais, — un jam¬
et une fouace
au
petit enfant.
Un gros chapon à la friande étuvée — lui donnera Martin, — de bon matin,
—

—

8.

fille,

et gras compère l'Andrédoque

—

voir le beau garçon;

—

au

beau

et nos chansons.

nos champs, — et notre troupeau,
beaucoup d'agneaux.

—

notre trou¬

J'aurais bien des remarques

à faire sur ce noël, mais je suis
borner. Je dirai seulement que la plupart des per¬
sonnages mis en scène appartenaient au bas-chœur de N.-D.
des Doms, ou étaient des habitants d'Avignon en
rapport d'ami¬
tié ou d'affaires avec les chanoines ; ainsi
Bramereau, qui devait
danser l'antiquaille avec Isabeau, était un
imprimeur, bien
connu par
les nombreux ouvrages qu'il a édités, qui fournissait
au
Chapitre des articles de bureau.
Les messagers célestes avaient annoncé aux
pâtres de la Judée

obligé de

me

la naissance de l'Enfant-Dieu

et

l'excès de

son

dénûment. Aussi-

�-Si¬

tôt ils

rendent dans le

bourg de Bethléem, portant chacun un
présent, qui pour l'accouchée, qui pour Joseph, » lou bon Seigne-Gran, » le plus grand nombre pour le nouveau-né. L'âne
et le bœuf eux-mêmes ne sont pas oubliés : ils auront une bonne
provende de paille fraîche :
se

You portaray
A l'aze de

Moi, je porterai de

Ces

mon

présents sont

ils sont abondants

de

ma

paillou

grenier

—

un

Pour l'àne un baril de paille.

pauvres, comme ceux

L'y

viennent tous

qui les offrent, mais

:

venon tous

Tan cargas coume
Ils y

fénièrou
barriou

—

Aussi chargés

d'abeilles.

que

des abeilles.

lait et les fromages à part, ils ne rappellent en rien les
produits de l'industrie sémitique ; tous les mets populaires de la
Haute et de la Basse Provence figurent dans l'énumération des
dons des députations champêtres : c'est le menu rustique du
Gros-Souper » de Noël. Aussi avec quelle joie petits et grands
écoutaient ces cantiques d'où s'exhalait une bonne odeur de cui¬
sine! Le noéliste n'aurait pas négligé ce puissant moyen de suc¬
cès. A l'étuvée de chapon, au jambon, à la fricassée de boudin,
au savoureux potage de lazagnes
(1) dont il est parlé dans le
noël précédent, il faut ajouter les brigadeou des Basses-Alpes (2),
la bourrido marseillaise (3), un certain ragoût de béatilles qui
avait fait la réputation d'un restaurateur avignonais du nom de
et, le

«

Cosle

:

lasanges, pâtes fabriquées avec de la pure farine de froment
montagnards des environs de Barcelonnette les
mangent en soupe, avec du lait ou du bouillon gras.
(2) Sorte de potage fait avec de la farine de légumes, tels que pois, fèves, etc.
(3) Ragoût de poisson bouilli. L'ail et le jaune d'œuf en sont les principaux
(1) Lazagnes

et taillées en

condiments.

ou

forme de ruban. Les

�3-2

—

Tout

arou sensou

—

tarda plus

L'i'anan porta cauque
Beatus

Bientôt, sans plus de retard,
Beatus garnitus

composte,

garnitus de Coste.

irons lui porter

nous

quelque compote,

—

le

de Coste.

plats sucrés et miellés dont les méridionaux sont si
friands, et tous les vins doux des crus comtadins. Les vers sui¬
vants, d'une si alléchante mignardise, devaient faire venir l'eau
et tous ces

à la bouche de

plus d'un enfant :
de mèou dins une escudelette
sa bouque doucette,
lipara, dira : Diou vous lou rende.

You ay

Per

Lou
J'ai du miel dans
ra et

une

petite écuelle,

—

Pour sa bouche doucette ; —

il le léche¬

dira : Dieu vous le rende.

Il faut voir

comme toutes ces

bonnes gens ont hâte

d'arriver à

poussent, ils se bousculent, ce qui amène divers
comiques : un berger, trop chargé, se laisse choir sur
un autre, dans sa chute, renverse le lait qu'il portait:

Bethléem; ils

se

incidents
le nez;

You

me

siou

tomba,

Cridavou lou pastre,

Ay! lou gran désastre !
Mon lach ay escampa.
Je suis
mon

tombé,

—

s'écriait le pâtre ;

—

Ah ! quel malheur !

—

J'ai renversé

lait.

placé sa cornette de travers; on
qu'elle marche trop lentement :

La commère Guillaumette a
trouve

Vous

anas

trop plan

Commaire Guilloumettou,
Ves vostre cournettou

Que vai
Vous allez trop
—

doucement,

—

en avan.

Commère Guillaumette,

—

Voyez votre cornette

qui va trop en avant.

bergers s'en vont par troupes, en bregado, avec leurs fa¬
milles, leurs voisins et même leurs chiens :
Les

�—

Or,

Claude,
fau toutes

sus,

Nous y

Fay venl

33

—

mon

bon fraire,

ana.

ma mayre,

vite,

Thomas, nostre bon vésin,

Amay compaire Dourite,
Et Marfau, nostre bon chin.
Or, sus, Claude, mon bon frère,

—

mère,

—

L'enfant Jésus souffre et

Fais vite

il faut y aller tous

Thomas, notre bon voisin,
Marfau, notre bon chien.

venir ma

pleure

—

Compère Théodorite aussi,

—

et

:

l'enfan ploure,
ausi crida,

Sus,

sus, anen,

L'ay

arou

Anen tous à la bonne

houre,

Lou fau ana consola.

Sus, sus, allons,
de bonne heure,

—

l'enfant pleure, — Je viens de l'entendre crier , — partons tous
il faut aller le consoler.

le consoler, ils jouent devant lui des symphonies qui
paraîtraient singulièrement cacophoniques : la flûte, le
galoubet, le hautbois, la guimbarde, le tambourin, le rebec, le
violon, la musette, le chalumeau, la cornemuse marient leurs
sons aigus, doux, aigres, nasillards, pour fêter le nouveau-né.
Et pour

nous

n'est pas encore assez
de Provence (1) :

L'un d'eux trouve que ce
drait avoir

un

orgue

de bruit, il vou¬

You voly portar

de Provence,
ley remontar

Les orgues
Per

Foudra ben tira l'ense.

Moi, je veux porter
bien tirer le

—

les orgues de Provence. — Pour

les remonter, — il faut

cylindre.

de Barba¬

(1) L'orgue dont il est ici question est, je crois, l'orgue à cylindre ou
provençal ne m'a donné une traduction satisfaisante

du mot
seulement épée, mais poi¬
gnée et manche, en latin. L'ense qu'il faut tirer pour remonter l'orgue, c'est le cy¬
lindre armé de petites dents de cuivre qui marquent les notes de certains airs déter¬
minés, et que met en action une manivelle. On sait, en effet, que pour changer d'air,

rie. Aucun dictionnaire
ense,

mais il me parait venir

il est nécessaire

à'ensis qui ne signifie pas

de sortir un peu le

cylindre et d'en modifier la

denture.
3

�34

—

—

Le tumulte devient si
fâcher pour

obtenir

grand que S. Joseph est forcé de
peu de silence :

un

Ménavon

un

tau

se

tabus,

Quan furon près de l'estable,
Ou en basse ou en dessus,
Cridavon

coume

Josep li disié

Iou diable.

: chu, chu,

Teisa vous, canaille,

Que réveillarès Jésus
Que dor
Ils faisaient
ou
—

le

dessus,

—

taisez-vous

,

sus

la paille,

— avec la basse
qu'ils criaient comme le diable. — Joseph leur disait : chut, chut,
canailles ! — vous réveillerez Jésus — qui dort sur la paille.

un

tel tapage,

—

quand ils furent près de l'étable,

Au milieu du bonheur universel et des

de bon an, dit un

caro

visages souriants, de y
noël, apparaissent deux figures sinistres

grimaçantes : Satan et Héuode. Dans l'épopée si touchante
Nativité, ces deux personnages jouent le rôle de traîtres
de mélodrame: ils ne respirent que la colère, la haine, la perfi¬
die ; mais le dénouement en fait toujours des vaincus. C'est sur¬
tout à l'égard du premier que le noéliste se montre agressif,
railleur, plein de verve caustique et de gaîté au gros sel. Je ne
puis pas tout citer, mais le noël suivant, que je choisis entre
vingt autres pour ses qualités littéraires, donnera la caractéris¬
tique pour tout le reste :
et

de la

You

vous

Crésy
Si my

Dison

Sathan faguet tenir chapitre :
« You sariou ien un gran bélitre,
« M'appellerien ben mor-de-fan,
« Si nautrés non fasian la guerre,

porty de gran nouvelles,

ley trouvarès belles,
voulès ben escouta.
que nostre Diou lou paire,

que

Mande

son

filz dins lou terraire,

Tout aquo per sa gran

bonta.

«

Dessus la

»

Per attrapar aquel enfan.

«

Monten dessus

«

Per veire si sa mair'es belle,

mar et dessus terre,

***
El

es

nascut dins

un

***

estable

Aquel enfant tant admirable
D'aquelle vierge de quinj'an ;
Les anges ly van faire feste,
Les diables intron
«

S

Qu'ès tout

eysso

en

conqueste :

d'aquest enfan 1

»

une

eseabelle,

« Nous couvriren d'un gran caban.
Sant Joseph prenguet la candelle,
Boutet lou fioc soubs l'escabelle,
Brulet ley pés de Barraban.

»
t

�35

—

Les autres sauton la

Passeron de la

Ley bergiers et ley bergierettes,
Et touttes ley belley fillettes
Ly vénon pourta quauque ren,
Et ley tres Reis de l'Arabye

sénestre,
Joseph ley ténié de près ;

Sant

N'accomodet

man

son

aubareste,

Ly mandet tout dré
Les

fenestre,

Fan leur présen au

la creste,

sur

—

attrapet dessous lou brês.

Rey de vie

Puis s'entournèron tous

,

onsen.

Nautrés lou déven recogneisse,
Et

ly diren

Diou lou creisse,

que

Que lou bénisse per tous jours

ly dèou

Tant

Contat comm'en Provence,

Car

1. Je
si

—

vous

vous

2. Il

pagar sa cense,

nostre mestr' et

apporte de grandes nouvelles,

—

—

ségnour.

—

je crois

On dit que notre

que vous les trouverez belles,
Dieu le père, — a envoyé son

et cela par sa grande bonté.

est né dans un étable

—

enfant

cet

si admirable

,

—

de cette Vierge de

les anges vont lui faire fête, — les diables entrent
qu'est-ce donc ? quel est cet enfant ? »

quinze ans ;
«

—

au

es

voulez bien m'écouter.

fils dans notre pays,

;

Chascun

—

en campagne :

l'infernal Chapitre : — « Je serais bien un grand bèlitre
m'appellerait bien Meurt-de-faim, — Si nous ne faisions la guerre —
la mer et sur la terre, — pour nous emparer de cet enfant ! »

3. Satan convoqua

,

on

—

sur

,

i. Montons sur une

couvrirons
feu

sous

escabelle

d'un grand

l'escabelle,

—

(diables) sautent
Saint Joseph les serrait de près

sur

la crête,

—

»

si sa mère est belle ; — nous nous
Saint Joseph prit la chandelle , — mit le

pour voir
—

et brûla les pieds du traître.

5. Les autres
—

—

caban.

les atteignit sous

la fenêtre. — ils passèrent du côté gauche ;
il arma son arbalète , — leur lança (le trait)
le berceau.
par

; —

— et toutes les belles fillettes — viennent lui
quelque chose, — et les trois Rois de l'Arabie — font leur présent au Roi
vie, — puis s'en retournèrent tous ensemble.

6. Les

bergers et les bergereltes,

offrir

de

1. Nous devons lui

grandir,

bien dans

— et nous lui dirons que Dieu le fasse
Chacun doit lui payer son tribut, — aussi
— car il est notre maître et seigneur.

rendre hommage,

qu'il le bénisse à jamais.
le Comtat qu'en Provence,

—

—

physionomie d'Hérode est peinte de main de maître. Ce
prince cauteleux et cruel couvre de fleurs le piège qu'il tend aux
Rois Mages ; mais ceux-ci ont compris sa ruse, ils ne repasse¬
La

ront

point

par sa rue :

�—

N'y

a

qu'Hérodes lou

36

Car per

marau

miou jouga son tour

De per tous consta lou mine ;

Ey Magis fay bonne chiere,
Et ley prégou qu'au retour
Répasson per sa carrière ;

May contre lou Diou viven
Soun poudé non vourra ren.

Elley senton ben lou fum,
N'enveira pas la coua d'un.

Que ly fasse triste mine ;
Per ly

far faire lou

sau

n'y a qu'Hérode, le mécréant, — qui lui fasse triste mine ; — pour le
(l'Enfant-Jésus), — il le mine de tous les côtés ; — mais contre le

11

sauter

vivant

—

son

pour

— aux Mages il fait bon accueil, — et les prie,
ils repassent par sa rue ; — mais ils flairent la fumée (de
verra pas l'ombre de l'un d'eux.

qu'à leur retour,

ruse).

—

il

faire
Dieu

pouvoir est impuissant.

Pour mieux leur jouer son tour

sa

—

ne

,

—

de nouvelles citations : ce serait à n'en
finir. Tout le reste est dans le même ton, tout est simple,
naturel, plein de naïveté et de bonhomie, sans prétention, mais
non
pas sans art, et tout-à-fait peuple, comme les acteurs de
ces petites pastorales, et la majeure partie de leurs auditeurs.
L'auteur n'a point visé à faire dire de lui qu'il avait emprunté la
lyre de Pindare ou de Théocrite, et le fouet d'Aristophane ; sa
lyre à lui, son « petit rebec » a trois cordes : une qui dogmatise
pour instruire et moraliser, une qui rit pour faire rire, l'autre
qui soupire pour attendrir ; c'est en faisant vibrer tour-à-tour les
deux dernières de ces cordes, que le grand maître de la littéra¬
ture noélique, Nicolas Saboly, a mis au jour le chef-d'œuvre du
genre, le ravissant noël Hors de l'oustau. Je reconnais qu'il n'y
a rien, dans les noëls provençaux du recueil de Tornatoris, qui
s'élève à ce degré de perfection, mais il y a de bien belles choses
dans les noëls français, et dans le noël italien que je garde pour
le bouquet, on trouve comme un reflet des grâces tendres et.
plaintives de l'élégie antique.
Je m'abstiens à regret

pas

VI
Je
une

complète l'aperçu que je viens de présenter pour donner
en langue vulgaire du cahier de Tornatoris,

idée des noëls

�y ajoutant quelques remarques philologiques, et en signalant
certaines particularités qui sont, pour plusieurs de ces noëls,
en

comme un

On

a

pu

d'origine et un acte de naissance.
relever, dans les citations que j'ai faites, diverses va¬

cachet

riantes dans la terminaison masculine
mots; en voici

ou

féminine des mêmes

quelques exemples, choisis dans tout le recueil :
Terminaisons masculines.

Burèou, bureu, bureau,

Bureau.
Pain de Noël.

Leys, les,
Manjar, manja,

Les

Calendaou, calendau,

Cèou, cèau, ceu,
Dièu, Diou, Dieu,
Déver, dévé,
Fiou, fieu, fils,
Fioc, fio, fuech,

Ciel.

Pourtat, pourta,

Porté.

Dieu.

Prendre, prenre,

Prendre.

Devoir.

Troupeau,troupèou,

Troupeau.

Fils.

Toucha, touca, toucar,

Toucher.

Feu.

Toutey, toutes, touy, tous. Tous.

Grand, gran,

Grand.

Vénir, véni,

Venir.

Honnour, honneur,

Honneur.

You, yeu,

Moi.

Manger.

Terminaisons féminines.
Brégadou, brégado,

Troupe.

Mages, magis,

Mages.

Crupio, erupi,

Crèche.

Nouvellou, nouvello,

Nouvelle.

Festou, festo, feste,

Fête.

Testou, testa, teste,

Tête.

Gloirou, gloiry,

Gloire.

Vole, voily,

Je veux.

Gracie, gracy,

Grâce.

Village, villagi,

Village.

le corps des
mots, ont souvent pour cause l'insouciance, ou, si l'on veut, l'i¬
gnorance du copiste, en matière d'orthographe ; il écrit les mots
un
peu au hasard, tantôt d'une manière et tantôt d'une autre,
dans le même noël. Mais quelquefois, les différences désinentielles
proviennent de la diversité des dialectes. Ainsi que le dit trèsjustement M. Roumanille (1), la langue romano-provençale a
une grande analogie avec la langue grecque, elle présente, d'un
pays à l'autre, de nombreuses divergences de prononciation, et
les Provençaux, comme les Grecs, avaient l'habitude de l'écrire
Ces variantes, et

d'autres qui se rencontrent dans

(1) Dissertation sur l'orthographe

provençale, Avignon, 1853.

�ils la

parlaient, avant que les législateurs du Félibrige
entrepris d'en unifier l'orthographe. Il faut savoir gré
à Michel Tornatoris, qui n'était pas assurément un grammairien,
d'avoir conservé à certains noëls, en les transcrivant sur son
cahier d'organiste, leur orthographe originelle, qui indique leur
provenance locale. Les observations de détail qu'il y aurait lieu
de faire à cet égard, trouveront leur place dans les notes qui
suivront chaque noël dans l'édition que je prépare.
Mais à côté de ces formes orthographiques variables
et, si je
puis ainsi dire, indisciplinées, on voit s'affirmer une règle gram¬
maticale que l'on pourrait appeler nationale, parce qu'elle sem¬
ble gouverner tous les pays de la langue d'oc. Cette règle rejette
en
grande partie les voyelles parasites dont les écrivains pro¬
vençaux du XVIIIe siècle ont surchargé leur lexique, et que l'école
félibrique a judicieusement élaguées.
On voit aussi, dans plusieurs noëls, se dessiner la tendance à
la suppression de IV des infinitifs, de l's des pluriels, du t des
participes, et de certaines lettres étymologiques. A ce point de
vue, la découverte des noëls de N.-D. des Doms n'est pas sans
utilité, puisqu'elle vient apporter des sujets d'étude à la science
philologique.
La détermination de l'âge des noëls n'est pas toujours facile ;
l'archaïsme des formes du langage peut être un guide trompeur,
attendu que, pour les langues, comme pour l'architecture, les
changements que le temps amène ne se produisent pas simulta¬
nément sur tous les points d'une même province, mais
progres¬
sivement, par une infiltration lente et souvent relardée par des
obstacles géographiques. J'admettrai donc seulement comme té¬
moignages d'une irrécusable authenticité, les allusions aux faits
historiques contemporains des noëls, et les noms de lieux et de
personnes qui se lient à ces faits.
Ce principe posé, le plus ancien des noëls provençaux de Tor¬
natoris paraît être celui dont voici la dernière strophe
:
comme

n'eussent

�—

39

—

Pléguen

genoux en terre,
Et tous, d'un bon accor,

Préguen Iou qu'à la

guerre

Vengue lou Mausamor,
Et que

la pax

Qu'aven tan désirade
Sen fin
Tant
Plions les genoux
que

dans la guerre

avons

tant

désirée,

à terre,
—

—

nous

au

—

sié donnade

cèou

qu'eicy bas.

et tous d'un bon accord,

intervienne le Mozab-More,

enfin

nous

soit donnée,

—

—

—

demandons-lui (à Jésus)

et que la paix

—

que nous

tant au ciel qu'ici-bas.

Je n'hésite pas

à dater ce noël de l'année 1543, pendant la¬
quelle François 1er, en guerre avec Charles-Quint, négociait une
alliance avec le sultan Soliman 11. Cette ligue ayant été conclue,
Soliman envoya de Constantinople, sous la conduite de Barberousse, sultan d'Alger, une flotte qui vint joindre à Toulon l'es¬
cadre française commandée par François de Bourbon, pour aller
assiéger Nice. Le Mausamor dont parle notre noël n'est autre
que ce Barberousse, Kbaïr-Ed-Dyn, fils, dit-on, d'un renégat
Sicilien, mais qu'en 1543, on pouvait croire issu de la tribu

algérienne des Mozabites ou Bèni-Mzab. Le vœu de le voir inter¬
venir dans la guerre dont il s'agit prouve que les répugnances
des Français pour l'alliance turque n'étaient pas aussi vives que
le disent les historiens.
De

1543,

nous sautons

à l'année 1581.

Adon que

l'ange dou cèou
As pastr'aguet fa la cride,
Tibau cargue un gros agnèou,
Blasi un pieu pla de bourride ;
Tou-Blanc s'en vénié sublan
'mé la carmamuse,

Et

Fluguet

ven

trignolan

Embé la gratuse.

l'ange du ciel — eut appelé les bergers, — Thibaut prit un gros
un plein plat de bourride ; — Tout-Blanc arrivait en sifflant —
cornemuse, — et Fluguet venait carillonnant— avec la râpe.

Alors donc que
agneau,

dans

sa

—

Biaise

A

�—

Comment

40

—

couplet de noël donne-t-il la date ci-dessus
indiquée 1 Je vais le dire en quelques mots.
Par une délibération du mois de septembre 1581, le
Chapitre
de N.-D. des Doms avait reçu comme sonneur, à la
Métropole,
Antoine Tout-Blanc, aux gages de 10 florins par an et d'une
hémine de blé par mois (1). Bien que jeune encore, ce ToutBlanc avait la chevelure entièrement blanche, et c'est à cette
anomalie qu'il devait son nom. Or il advint qu'au mois de fé¬
vrier 1582, un général italien nommé Vincentio
Vitelly, fut en¬
voyé de Rome pour commander les troupes du Comtat. 11 fut
logé à l'Archevêché, et comme la sonnerie des cloches de NotreDame l'empêchait de dormir le matin, il fit donner des
coups
de bâton au pauvre sonneur,
qui, de plus, tomba en disgrâce et
fut remplacé dans son emploi (2). Et voilà comment il m'a été
possible de fixer à la fin de 1581 la composition du noël où
Tout-Blanc figure comme joueur de cornemuse ; il y a, en effet,
tout lieu de
supposer qu'il a été mis en scène au moment où il
faisait partie du clergé inférieur de N.-D. des Doms.
On peut rapporter à la même
époque les noëls où il est ques¬
tion du démantèlement de Besousse et de la
déloyauté des Hu¬
ce

guenots:
Eou

es nat

dédin Bethléen

Desmantélat

Il

(Jésus) est né à Bethléem,

—

Besousse.

coume

démantelé

Or, Messieurs,

per

comme

Besousse.

ben faire,

Fau imita ley sage,

Qu'an quita leur répaire,
Per véni

au

ramage,

(1) Outre le service des cloches, le sonneur avait l'obligation de souffler aux or¬
de servir les messes, et de fermer le soir les portes de l'église.
(2) Journal d'un bourgeois d'Avignon, Mss. appartenant à M. le Marquis
d'Aulan.
Annales d'Avignon, par Laurent Drapier, Mss. de la Biblioth.
publ.
de cette ville.
Conclusions du Chapitre de N.-D. des Doms.
gues,

—

—

�41

—

Per

—

aquèou

Fils de Diou

Qu'es vengut
Et nascut
Per

nous tous

rachepta,

Et laissa
Murmura

L'Hugonau
Gros badau

Que n'a fé ny liouta.

Or, Messieurs, pour bien faire, — il faut imiter les sages —qui ont quitté leurdemeure, — pour venir dans les bois, — pour ce fils de Dieu — qui est venu et né
—

—

pour nous

racheter tous,

—

et laisser murmurer

—

le Huguenot,

—

gros niais,

qui n'a ni foi ni loyauté.

La ville de

Besousse, qui avait été enlevée aux Religionnaires
le
maréchal
de Bellegarde, en 1577, fut reprise, l'année sui¬
par
vante, par Chàtillon, un des chefs de l'armée protestante, et en
partie détruite. La guerre religieuse sévissait alors dans le Com¬
tat, et les Huguenots avaient causé de grandes pertes à l'église
métropolitaine, en saccageant plusieurs prieurés relevant de la
mense capitulaire, entr'autres celui d'Entraigues. Ce
lamentable
état de choses, qui durait depuis un demi-siècle, tenait les esprits
dans une inquiétude continuelle, aigrissait les cœurs et engen¬
drait des calamités sans nombre. De là les aspirations ardentes
vers une ère de paix, que l'on rencontre si souvent dans les noëls
de N.-D. des Doms; mais de là aussi l'irritation qui s'y manifeste
à l'égard des Protestants. C'est à ces dispositions morales qu'il faut
attribuer l'emploi si fréquent dans ces noëls de l'exclamation sus !
sus ! ancien cri de
guerre, qui retentit également dans les psau¬
mes

de Bèze et de Marot

:

Sus !

sus ! arrière, iniques !
Deslogez, tyraniques,

Bien loin,tous à fois.

De

là, enfin, la joie qui éclate dans les noëls composés après
IV, la publication de l'édit de Nantes, la signature du traité de Vervins :
la conversion d'Henri

*

�Aqueu beu mounde d'or

Arou

Que lusié tout

De la

Davan aqueu
A la fin

Que

Per y

—

nous

bouillir notre

pour y

l'âge d'or,

—

marmite,

—

et flamber notre feu,

—

comme une

bûche de Noël,

rôtir la poule.

Ce dernier
dont le

fioc,

cachafidc,
rousty la poule.

— qui brillait de l'éclat de l'or, — avant celui de
l'autre a disparu, — et certes je n'irai point le chercher.
marcherons au pas — de la pique, — et en paix — nous fe¬

enfin est revenu,

2. Maintenant

—

l'ana querre.

pas

nostr'houle,

Etlusi nostre

Com'un gros

non vau

au

picque, et en pas

Faren bouli

de ferre,

tourna ;

Ce beau monde de

rons

anaren

L'autre s'es enana,

1.

fer,

es

en or,

vers

peuple

a

tous

les cas, que

désir

populaire.

Les noëlsles

serait-il

une

allusion

au vœu

ce

bon Henri

gardé la mémoire ? 11 me paraît prouver, dans
la promesse de la poule au pôl répondait à un

plus modernes furent composés de 1600 à 1641,

année delà mort de Michel Tornatoris. C'est là

qu'il n'est

de

une

daté extrême

possible de franchir, puisque la Table des matières
l'organiste aîxois.
Les noms de Bramereau et de Reverdit assignent aussi une
date certaine aux noëls où ils figurent : Bramereau était four¬
nisseur du Chapitre en 1610, et Reverdit fut nommé maître de
grammaire des enfants de chœur en 1629. Les officiers capitulaires, mis en scène dans divers autres noëls, appartiennent au
pas

du recueil est écrite de la main de

même temps.

Une

question non moins intéressante, mais d'une solution en¬
plus difficile est celle de la paternité des noëls de N.-D. des
Doms. A quelle individualité peut-on attribuer la qualification
de Précurseur de Saboly, que j'avais d'abord donnée pour titre à
core

cette étude? Est-ce à

Je l'ai

Michel Tornatoris ?

déjà dit, l'organiste de Notre-Dame a formé son recueil
d'origines diverses, et il y a probablement inséré
ceux que ses
prédécesseurs avaient composés ou recueillis comme
lui. Mais dans le nombre des noëls provençaux, il en est qui
avec

des noëls

�—

43

—

paraissent être son œuvre personnelle, d'après les corrections
qu'il y a faites de sa main, et certains idiotismes des arrondis¬
sements d'Arles et d'Aix. Si l'on admet ces prémisses, il faut
reconnaître Michel Tornatoris

comme

auteur de tous

par le style, la couleur, l'allure générale, le
dit en peinture, ont un air de parenté avec

qui,
on

les noëls

faire, comme
ceux dont la

paternité lui est attribuée a priori. C'est par une semblable in¬
duction que l'on a proclamé Nicolas Saboly auteur du recueil de
qui porte son nom, bien qu'il n'existe aucun manuscrit de
authentiqué par sa signature (1). La possession d'état,
accordée à ces noëls, à défaut de légitimité légale, ne saurait, à
mon avis,
être refusée au recueil de Tornatoris. Au surplus,
l'incertitude qui plane, à cet égard, sur les noëls de ce recueil,
n'amoindrit en rien l'intérêt inhérent à ces ouvrages; on aime¬
rait à connaître le nom des poètes qui les ont composés, parce

noëls

ses œuvres

curiosité est naturelle à l'esprit humain, mais ce qu'il
importe surtout d'étudier ici, ce sont les poèmes, où il ne faut
pas voir seulement l'œuvre d'un homme, mais l'expression des
sentiments d'une époque, une image de sa langue et de sa

que cette

littérature.
C'est

sous ces

divers

points de

vue que

sommairement les noëls français de

je vais faire connaître

N.-D. des Doms.

(1) M. l'abbé Faury a parfaitement prouvé que le manuscrit delà Bibliothèque
Carpentras (coté N° 529) n'est pas l'œuvre de Saboly. Je n'y ai trouvé, quant à
moi, qu'une seule pièce (une lettre) qui soit de son écriture. Le célèbre organiste de
l'église S. Pierre n'a point d'ailleurs toujours été considéré comme l'auteur de tous
les noëls imprimés sous son nom : « Parmi ces noëls, dit l'abbé Paul, dans un
« article sur Louis Puech, il en est peu qui lui appartiennent; il n'en est que l'édi—

de

d'avoir composé les airs ou d'y avoir adapté des airs
(Dictionnaire de la Provence et du, Comté Venaissin,
société de gens de lettres, Marseille, MDCCLXXXVI1.)

«

teur; mais il a le mérite

«

connus

par une

de

son

temps. »

�—

44

—

VII
/

Après avoir lu très attentivement les 98 noëls français qui
été conservés, sur les 108 indiqués par la Table des
matières, je suis confirmé dans l'opinion, émise au début de cette
étude, qu'une partie de ces noëls a été composée dans nos con¬
trées, et que les autres sont une importation française. Ces der¬
niers ont un cachet tout particulier qui les distingue à première
vue des
premiers, comme Yaccenl distingue un homme du nord
d'un riverain de la Méditerranée. Les uns sont français de nais¬
sance, on le reconnaît à la pureté du langage, au naturel du
style, à l'aisance de l'allure, à la propriété de l'expression, à la
gracieuse simplicité des images ; les autres sont seulement habillés
à la française, et trahissent leur véritable nationalité par de fré¬
quents provençalismes. Ce n'est pas le souffle poétique qui a
manqué à leurs auteurs, c'est la science de l'instrument dont ils
jouaient. De là des métaphores outrées, des inversions forcées,
des impropriétés de termes, de nombreuses infractions aux rè¬
gles de la prosodie.
Je n'ai pas exprimé ici cette opinion sans avoir fait au préala¬
ble une étude comparative sur des documents pris en dehors du
cahier de Tornatoris. Qu'on lise dans les relations manuscrites
ou imprimées des entrées royales, conservées à la
bibliothèque
publique d'Avignon, les sonnets, devises, cantates et autres pièces
composées pour ces solennités, et qu'on les compare avec les vers
des poètes français du même temps, on aura tout de suite le
diapason respectif des lyres des deux muses, l'une française,
l'autre francisée, qui ont inspiré les noëls de N.-D. des Doms,
à la fin du XVIe siècle et dans la première moitié du XVIIe. On
peut même remonter plus haut et prendre pour termes de com¬
paraison, d'une part, les poésies de Vasquin Philieul, le traduc¬
teur du Canzoniere de Pétrarque, de l'autre, celles qui sortirent
nous ont

�—

45

—

si

grand nombre des presses lyonnaises, pendant le XVIe
Gryphius, Jean de Tournes, Claude Nourry,
Benoît Rigaud, créèrent à Lyon, à cette époque, un mouvement
littéraire qui égalait en activité et en éclat celui dont Paris était
le foyer. Parmi les écrivains dont Jean de Tournes a édité les
œuvres je ne nommerai
que Maurice de Sève, bien connu à
Avignon, pour avoir découvert dans cette ville le tombeau de
Laure de Sade, en 1533. Il y exerça pendant plusieurs années
la profession de jurisconsulte et fut un des fondateurs de la
confrérie de S. Sébastien, qui avait pour but de moraliser les
écoliers de l'université. Lorsque Vasquin Philieul étudiait le Droit,
il reçut de Maurice de Sève les premières leçons de l'art poétique,
et ce fut sans doute alors qu'il forma le
projet de translater en
français les rymes du poète toscan. Il n'avait que 26 ans quand
il publia cette traduction qu'il dédia à Catherine de Médicis ,
en

siècle. Sébastien

Prix et appuy

On y

voit

Royne qui n'as esgale,
de la fleur lisliale.

esprit orné, une imagination vive et féconde; mais
imparfaite du génie et du mécanisme de la
langue française place le livre de l'élève bien au dessous des
une

un

connaissance

œuvres

Les

de

son

maître.

éditeurs

lyonnais ont publié plusieurs recueils de noëls,
plus remarquable est le Chant natal contenant sept noels,
ung chant pastoral et un chant royal, avec un mystère de la nati¬
vité par personnaiges, etc. (1). J'ai rencontré un de ces noëls
dans le protocole d'un notaire avignonais (2), mais tellement
défiguré qu'il en est presque méconnaissable. Les minutes
d'Antoine Filholi, notaire à l'Isle-sur-Sorgues (Ann. 1510), ren¬
ferment aussi un noël que j'ai pris d'abord pour l'œuvre inédite
d'un clerc de ce notaire, mais que je sais maintenant n'être qu'une
dont le

(1). Apud Seb. Gryphium. Lugdini, 1539.
(2) Ferdinand Ruffmi, 1526.

�—

46

—

copie fort infidèle d'un noël de Lucas le Moigne, curé d'une
paroisse du diocèse de Poitiers (1). On voit par là que les Avignonais et les Comtadins, dans les premières années du XVIe
siècle, connaissaient

et chantaient les compositions des noélistes
d'outre-Loire ; ils furent ainsi conduits à les imiter (2).

Il peut

bien se faire que dans le cahier de Tornatoris il y ait
plus d'un noël ayant servi de modèle aux poètes avignonais, et
qu'on retrouverait, en cherchant bien, dans quelque vieille édi¬
tion lyonnaise, parisienne, angevine ou poitevine. Les recherches
nécessaires seront faites dans ce but, et alors seulement je pour¬
rai procéder à la classification
régionale et chronologique des
noëls de N,-D. des Doms. Maintenant,
je me bornerai à donner
une idée
générale de ces noëls par quelques citations.
Plus encore que les noëls provençaux, les noëls français
ont
un caractère
grave, pieux, profondément respectueux des doc¬
trines de l'Eglise chrétienne et de leurs révélateurs célestes ou
humains. On n'y rencontre jamais, sous des formes plus ou
moins voilées, les intentions
ironiques des noei de La Monnoye.
Quelques-uns sont un sermon chanté. On y fait l'exposition et
l'apologie des dogmes catholiques, alors si violemment attaqués
par l'hérésie protestante; on y condamne la témérité de l'esprit
humain voulant scruter les mystérieuses profondeurs des révéla¬
tions divines

:

(1) Chansons de noëlz nouveaulx et spécialement les noëlz que composa
feu maistre Lucas le Moigne, en son vivant curé de Sainct-Georges-du-Puysla-Garde au diocèse de Poitou. Imprimés à Paris l'an mil cent et
vingt.

(2) Les noëls de Lucas le Moigne ayant été imprimés à Paris en 1520, on est
surpris de trouver la copie de l'une de ces compositions dans les écritures d'un
notaire du
Gomté-Venaissin, sous la date de 1510. Peut-être le clerc qui la fit
était-il originaire
nom

de S.

du Poitou, comme la famille qui porte encore aujourd'hui le
Peytavin (Poitevin), et avait-il appris dans sa province le noël que le curé
Georges avait composé, ou emprunté d'un autre auteur.

de

�Postes du ciel, sus, en
A la feste de ce saint

grande

erre,

jour,

Venez tous habiter la terre
Où le

paradis fait séjour.

Estonnement plein de merveille
Qu'une Vierge un enfant ayt fait,
Qui les plus beaux esprits éveille
Et morfont et

pert en effet,

Lorsqu'ils présument téméraires,
Poussés d'un vent ambitieux,
Pénétrer les divins mistères
Des

Ce

sacrés cabinetz des cieux.

ne sont

pas secretz

des hommes

Les secretz de l'éternité,
C'est folie

au

De pancer

telle vanité.

siècle où

nous sommes

Par la foi tant seulement vive
Sonder

nous

pouvons

Car c'est elle

Et

éclaire de

ses

rais.

proche le détachement des biens terrestres, la charité

On y
envers

nous

tels secretz,

qui nous avive

les pauvres :
Le bien terrien est

un

cordage

Qui te trayne en l'aveuglement,
Et te fait

perdre le courage
parfaitement.

D'adorer Dieu

Si tu

Dieu te guerdpnne,
donne largement,
Et tu acquerras la couronne
De sa gloire éternellement.
veux

que

Aux pauvres

pieuse qui agite l'âme du noéliste s'exhale souvent
strophes toutes palpitantes d'admiration, de reconnais¬

L'émotion
en

des

sance et

d'amour

:

�48

—

Mon

Dieu, quelle beauté vient paroistre à

Quel soleil s'eslevant redore
L'on

—

ne

ce

mes yeux

bas monde !

recognoit plus les astres radieux,

Mesme celui du

jour cache

blonde.

sa tresse

Ha ! C'est l'enfant

Jésus, l'unique amour des cieux;
Vive, vive celui qui le servira mieux !
Son

amour est

celuy qui l'attire ça bas,

Son

amour est

celuy qui luy fait compagnie,

Son

amour est

Son

amour

est

celuy qui mesure ses pas,

celuy qui

Ha ! C'est l'enfant

Sus,

sus

donc,

nous promet

la vie.

Jésus, etc.

que nos

luths mariés

Ne chantent désormais que son nom

à

nos voix

et sa gloire,

Et que mille

frédons redisent mille fois,
Parmy les doux concerts de nos lyres d'ivoire :
Ha ! C'est l'enfant Jésus, etc.

Elle atteint

parfois un degré d'intensité qui rappelle, dans un
langage éminemment poétique, les élans passionnés du cœur du
Roi-Prophète ou de celui de Ste Thérèse :
Un

jour soupirant les malheurs

Qui

produisent tant de pleurs,
eslangouvie,
deux dois du trépas :

nous

Une âme toutte
Crioit à

Mon Dieu, venés, je vous en prie,
Mon Dieu, venés, ne tardés pas !
Un cerf allettant, tout pantois,
Avant que

Des eauj
Sans

vous

rendre les abois,

n'a

pas

si grande envie ;

je m'en vais

au

trépas.

Mon Dieu venés, etc.
Hélas !

sans

vous,

ò

Je n'attends plus que

Qui doit finir
Et

Seigneur,

le malheur

pauvre vie,

plonger dans le trépas.
Dieu, venés, etc.

me

Mon

ma

mon

�—

49

—

Venés, ô

mon Dieu tout puissant,
Venés çà bas vous faire enfant,

Venés, ô mignon de Marie,
Venés moy tirer du trépas.
Mon Dieu, venés, etc.

Ailleurs, elle s'exprime

avec une

Une voix divine du ciel
Gloire à Dieu !

a

simplicité charmante

chanté

:

:

Qu'aux hommes

repos

soit donné !

Douce nouvelle
Toutte belle,
Douce nouvelle
Dieu est né.
Un bœuf et

un

asne

l'ont environné,

De toille d'areigne son lit est
Douce

Mais

orné.

nouvelle, etc.

quel équipage si mal ordonné
père avoit destiné !

A Jésus son

Douce

Par

sa

mort

nouvellle, etc.

amère, Sathan, obstiné

Au malheur des

hommes, sera ruyné.

Douce nouvelle, etc.
0 douce

nouvelle, siècle fortuné,

Puisque Dieu

recouvre

l'homme abandonné !

Douce nouvelle, etc.

Dans les noëls

français, l'élément comique fait totalement dé¬

les acteurs rustiques de ces cantilènes se comportent avec
beaucoup de réserve, de politesse et de décorum ; mais leur lan¬
gage est généralement exempt d'afféterie; quelques pièces seu¬
lement portent l'empreinte d'une certaine préciosité qui est un
indice du temps où elles furent composées. Ce sont des églogues

faut ;

spirituelles que les meilleurs poètes idylliques de la Renaissance
pourraient signer sans déchoir. Voici des spécimens des uns et
des

autres

de

ces

noëls.
4

�—

Les

50

—

pasteurs de la Judée

Croyant l'ange messager,
D'une voix bien accordée

Vont par

les plaines chanter :
Voilà, voilà, voilà,
La, la, la,
La bonté de ce grand prince,
Voilà, voilà, la, la,
ce Roy là !

La bonté de

Qui d'une Vierge béniste

Ha, je vois la Vierge-Mère
Auprès de son enfançon,
Couché par grande misère

Naist pour

Entre le bœuf et l'asnon.

Sus, disent-ils, allons vite,
Allons voir

ce

bel enfant,

notre sauvement.

Voilà, etc.

Voilà, etc.

Ha, je vois, dit la

Je le vois dedans la crèche

Je vois parestre au

nud, de froid tremblotant,
Couché sur la paille fresche

bergère,
lointain
bon père,

Le palais

de ce
Prince et maistre souverain.

Sans avoir nul vestement.
Voilà etc.

Voilà, etc.

endure, ce grand Prince

Hélas, c'est un pauvre

Il

Où est né

Tant de

ce

estable
grand Seigneur,

Pour

Cette bonté admirable,
Pour

sauver

l'homme pécheur.

peine et de travaux,

nous

garder de la prinse

Des ennemis infernaux.

Voilà, etc.

Voilà, etc.

Entrés donc, troupe

Sus donc,

Dedans

Ayant toutz la larme

ce

Et voions

Qui

nous

,

Tout

fidelle,
pauvre logis.
ceste pucelle
a donné ce fils.

De

loger dans les cieux.
Voilà, etc.

nous

point sceu l'advènement

De Jésus nostre maistre ?
Chascun doit bien dévotement

Tousjour le recognoistre.
En

en terre

aux yeux,

Prions le fils et la mère

Voilà, etc.

As tu

prosternés

quel lieu vient-il naistre 1

�51

—

—

Champestre.
0

grande charité !

Nous devons

tous estre

Remplis d'humilité.
Sus, prends ton flageolet

Jouliet,
Nouvellet,
Chantons au Roy de vie,
Allons rendre au Sauveur,
De bon cœur,

Tout honneur.
Je n'ay point d'autre envie.
Présentons-nous à deux genoux,

Luy demandant sa grâce,
Et qu'en ce jour,
P

Toutz

ar son

nos

amour,

péchés efface.

Ceste nuyt mes brebis gardant,
J'ouis

une musette

Qui fredonnait si doucement,
Sur le din, dan
Sur le

din, dan,

Sur le

diri, diri, din,

Sur le

diri, diri, dan,

Sur le din,

dan, dan.

Qui fredonnait si doucement

Qui vient d'enfanter maintenant,

La chanson nouvellette

Dans

Qui la merveille

Des humains le

va

disant,

Sur le din, dan, etc.

une

Sur le

maisonnette,

plus bel enfant,
din, dan, etc.

**#
Qui la merveille
De ceste

va

***

disant

La

pucellette

Qui vient d'enfanter maintenant,
Sur le

din, dan, etc.

Des humains le plus bel enfant.

troupe camusette (1)

Par les

champs d'aise va sautant,
din, dan, etc.

Sur le

(1) Les moutons, brebis et agneaux, ainsi nommés
à cause de leur nez aplati :
Les bergiers, avec leurs musettes,

sance,

Gardant leurs brebis camusettes.

( Joachim du Bellay).

par

les poètes de la Renais¬

�52

—

Par les

—

Vers les cieux

champs d'aise va sautant.

Pour

La céleste alouette

Vers les cieux élève

son

Qui gloire et paix va

chant,

Sur le

Sur le din, dan, etc.
*

Qui gloire et paix va

résonnant,

Et touche la clochette
De nostre clocher en

Noël

annoncer

passant,

la feste.

à

dialogué,

huit voix.

Cloris.

Philis, n'entend tu pas ce beau

cantique

magnifique t
chantant la blonde tresse

Si
Ce sont anges

De

ma

Déesse.

Philis.

laquelle, dis moy ?

De

Cloris.
De la mère du
Du

Roy,

Roy vivant

sans cesse.

Chœur.
0

jour délicieux,

Tu

nous

ouvre

les cieux.

Cloris.

Philis, quel est le nom de cette Dame 1
Qu'on le réclame.
Philis.

Cloris, c'est le soleil de notre
Nommé Marie.
Cloris.
Mais

quelle est

sa

beauté 1

vye,

résonnant,

din, dan, etc.

*
*

Pour

élève son chant,

joindre la trompette,

�53 —

—

Philis.

Déité.

Comme une

Cloris.

j'en suis ravye.
prend de voir sa face,

Pour vray,

Mais l'envie me

Avec sa grâce.

Allons luy
Des

donc porter la blanche rose
prés esclose.
Philis.

Pourrons nous

voir ses yeux !
Cloris.

Nous

ne

rien mieux.

pouvons

Chœur.

Allons, qu'on se dispose.

Tout-Puissant, Seigneur et Mestre,

Conduis-nous,

Dessous ta dextre ;

Montre nous,

ô Bon Dieu, cette carrière,

Par ta lumière ;

Rends

nous

Esclaire

l'air radieux,;
les cieux;

nous

prière.

Entends nostre

Cloris.
Un

grand flambeau reluit sur cette place,
Devant

ma

face,

logis de la Princesse
Qui nous y dresse (1).
Philis, préparons -nous,

Je le voys au

Fléchissant les genoux,
Chantons

en

allégresse.

Chœur.

grâce en ce lieu à Dieu le père,
bergère ;
Chantons lui gloire, honneur, avec les anges,
Rendons

Belle

Aux lieux

estranges ;

Célébrons

sa

bonté ;

Qu'il soit de nous chanté
Noël à

(1) Qui

nous y

sa

conduit, dirigit.

louange.

�54

—

Ce noël

—

plusieurs autres également dialogués, par deman¬
réponses, semblent être un essai rudimentaire des
petits drames connus plus tard sous le nom de Pastorales.
Il est des noëls dont le
style à la fois naïf et mignard rappelle
les poésies de Clotilde de Surville et de Louise Labé. L'un
d'eux,
ayant pour sujet la Circoncision, est un chef-d'œuvre de tendres¬
se
plaintive et caressante ; mais, comme bien d'autres, il con¬
tient des expressions qui
paraissent aujourd'hui un peu trop
réalistes. La chasteté parfaite de l'intention les sanctifiait autre¬
fois, et l'on n'avait jamais besoin de dire : Honni soit qui
mal y pense !
des

et

et

par

VIII
Pour

couronner

les citations que

j'ai faites au cours de cette
étude, je ne saurais trouver mieux que le noël italien, mal¬
heureusement unique, placé à la fin du cahier de
Tornatoris,
non
point pour être chanté', car aucun air noté ne l'accompagne,
mais à titre de modèle, et comme le
plus bel ornement du
recueil. Cette délicieuse

composition
qu'une part très restreinte d'attention
ultramontains dans les

a
a

d'autant plus de prix
aux poètes

été donnée

travaux

critiques publiés jusqu'à pré¬
noélique. C'est pourtant en Italie, et au
foyer même des croyances et des traditions chrétiennes, qu'il
sent

sur

la littérature

faut chercher le berceau de cette littérature. Le

Lebeuf, dans
noël
ve

est

dans

d'Arras,

Traité

savant

abbé

le chant ecclésiastique, dit que le
France, qu'il en a trouvé la preu¬
les poésies latines de Lambert,
prieur de Saint-Vast,
son

sur

né dans le nord de la

et il cite les deux

de l'office de la seconde

vers

messe

suivants tirés d'une

de Noël

paraphrase

:

Lumine

multiplici noctis solatia prœstant,
Moreque Gallorum carmina nocte tonant.

Mais

quand le prieur de Saint-Vast écrivait

ces

vers,

(c'était

�—

55

—

1194) il y avait longtemps que l'on connaissait en Provence
noël latin dialogué, que M. l'abbé Paul de Terris a découvert
dans un manuscrit du XIe siècle (1). Or ce noël a exactement
la forme des proses que l'on chantait à Rome, sous le pontificat
d'Adrien 1er, pour la fête de la Nativité, à la messe de l'aube (2).

en

un

Il est infiniment

probable que l'usage de ces cantiques fut appor¬
VIIIe siècle, par les clercs que Charlemagne
avait envoyés à Rome, pour y apprendre le chant grégorien (3).
Il se répandit peu à peu dans tout l'empire, et plus tard, le
souvenir de cette origine s'étant effacé, diverses églises particu¬
lières s'attribuèrent l'initiative d'une coutume qu'elles avaient
seulement adoptée, de même que l'on appela Chant de Metz, le
chant romain enseigné dans la cathédrale de cette ville par le
clerc que Charlemagne avait donné à I'évêque Drogon. C'est
ainsi que l'on en vint à considérer comme une création indigène
l'Office des Bergers, célébré, au moyen âge, dans les églises du
diocèse de Rouen (4). Pendant cet office, les pâtres des grasses
té

en

France,

au

Voir Recherches historiques et littéraires sur l'ancienne liturgie de l'É¬
d'Apt.
Muratori, Antiquitates italicœ medii œvi.
On lit dans le Moine de Saint-Gall que Charlemagne voulant rétablir dans
sa
pureté primitive le chant romain que le goût national des Français avait cor¬
rompu, le pape Adrien lui envoya douze chantres excellents de la chapelle pontifi¬
cale. Mais ces Italiens, jaloux de la gloire que les Français pourraient acquérir,
s'accordèrent pour embrouiller tellement leur doctrine, que leurs élèves n'y pu¬
rent jamais rien comprendre. L'Empereur s'en plaignit au Pape qui rappela les
musiciens, les punit en leur infligeant une réclusion perpétuelle, et conseilla à
Charlemagne, pour éviter un nouveau tour de même façon, de députer à Rome deux
clercs assez adroits pour ne pas laisser soupçonner qu'ils étaient Français, et qui
apprendraient à chanter à la romaine. Ce conseil fut suivi, et quand les clercs
choisis par Charlemagne revinrent auprès de lui, il en garda un pour le service de
sa chapelle, et envoya l'autre à Drogon, évêque de Metz, qui le lni avait demandé.
Leidrade, Archevêque de Lyon, qui forma une école de chant dans sa cathédrale,
(1)
glise
(2)
(3)

était sorti de la

chapelle impériale.
(4) Du Cange, Gloss. infim. lat. V" Pastorum oflîcium.

�—

56

—

plaines normandes venaient adorer l'Enfant Jésus dans une
Crèche construite derrière le maître-autel, et lui offrir leurs pré¬
sents. Eh bien, une tradition constante donne à l'Italie l'in¬
vention de ces petits théâtres représentant l'étable de Bethléem,
et c'est là essentiellement le
produit d'une imagination méri¬
dionale. Ce qui appartient aux climats du Nord, comme aux
habitudes et au génie des peuples septentrionaux, c'est YArbre
de Noël, étalant, dans une salle bien close et bien chauffée, une
profusion de jouets d'enfant, en guise de fruits. Mais l'idée pre¬
mière d'une grotte ouverte à tous les vents, de caravanes rusti¬
ques cheminant, la nuit, au mois de décembre, à travers les
vallées et les montagnes, ne pouvait naître que dans un pays
où l'hiver ne porte
presque jamais son manteau de neige, où,
dans les nuits les plus froides, les douces clartés des flambeaux
célestes ne cessent point d'illuminer l'azur infini.
Il paraît donc certain que l'Italie est la patrie véritable du
noël, qui ne fut, dans le principe, qu'une amplification drama¬
tisée des hymnes de la liturgie catholique. Ce qui est dou¬
teux, c'est le moment où ce cantique, écrit d'abord en latin, fut
composé en langue vulgaire. Les archéologues transalpins ont
peut-être fait à cet égard des découvertes que j'ignore ; les riches
bibliothèques de Rome, de Milan, de Florence, de Pavie, de
Venise peuvent posséder des recueils de poésies noéliques remon¬
tant à une époque reculée ; mais
à Avignon il n'existe rien de
semblable, et le noël italien du cahier de Tornatoris a pour
la

d'une nouveauté

archéologique. Il marque une
étape dans la marche de la littérature spéciale qne j'étudie, et
même dans la formation de la langue italienne. Les nombreux
archaïsmes qu'on y rencontre lui assignent en effet une date
assez ancienne,
que les documents littéraires en la même langue
dont j'ai pu avoir connaissance permettent de fixer à la fin du
nous

saveur

�—

57

—

XVe siècle, ou au commencement du XVIe

(1). Je ne m'arrêterai
pas plus longuement sur ce point, pour offrir plus tôt à mes lec¬
teurs le régal que je leur ai promis au début de ce travail.
Dy veder

un

bambinello

Quale è Dio, pur poverello,
Stanfrà il bove et

Cum

Josephe et

l'asinello,

cum

Maria,

Ha ! ha ! ha ! qui non ridéria !
Sta il veschon

mirando, et guarda

Cossognon porte

un

présente

Quel putin, et l'occhio darda

Qui piu, po 'piu fa que niente

Sur la

Alfin manqua

Di

madré, perque tarda

copprir lou touta via.

;

aquella gente,
Poique tien quel que desia.

Ha ! ete

Ha ! etc.

***
Pilla alfin

questa un panello

Quel portar suole per vello

Un linsol, per

far drapelly,

Porta l'un, l'altro

Supra il capou, et etirello
Cum fien,'fa que molle sia.

d'agnelly
Pelle, qu'escaldano aquelly
Qu'ai putin fan compagnia.

Ha ! etc.

Ha ! etc.

Ly pastour cireonvicini

L'altro

***

Vedutto

an

Forastier,

quey poverini

senza quatrini

Per comprar

Ha ! etc.

coperta toglie
Tutta vesche, et diche : ô moglie,

(2),

panni à Maria.

una

Que n'abbi 'altra assay mi doglie,
Per

portar que meillor sia !

Ha ! etc.

(1) Avec des archaïsmes bien caractérisés, tels que Stan pour Stando , Jose¬
phe pour Giuseppe, rideria pour riderebbe, Veschon pour Vecchio, et pour e,
sur pour sopra, lou pour lo, pastour pour pastori, Capou pour capo, ha !
pour oh \, cossognon pour ognuno, frasquin pour fiaschetto, mangeare pour
mangiare, fromagio pour formagio, Linsol pour lenzuolo, aquella pour
quella, diche pour dice, boucharia pour beccharia, maladia pour malattia, etc., il y a des mots qui diffèrent seulement de l'italien moderne en ce qu'ils
sont écrits comme on les prononce ; ainsi Qui, perque, touta via, manqua.
pilla, chercare, fanchiul, meillor, bourlare, s'écrivent aujourd'hui : chi,
perché, tuttavia; manca, piglia, cercare, fanciul, meglior, burlaré ; mais la
prononciation n'a pas changé avec l'orthographe. Quant aux mots dy, ly, quey,
drapelly, agnelly, où l'y tient la place de l'i, ils trouvent leurs équivalents dans
la plupart des dialectes néo-romans, au moment de leur formation.
(2) Monnaie qui vaut le quart d'un sou.

�Vanno tutti, en gran
Far sui doni

:

un

festa,

Ben

la minestra

fate,

senza

bourlare,

Qu'encor you vado adoraré

Cotta porta, il fraschin testa

Quel fanchiul, poi qu'à sanaré

L'altro, pien de Malvesia,

Venutto mia maladia.

Ha ! etc.

Ha ! etc.

Lv altri

portan da mangeare :

Qui

va pan,

Del

fromagio

L'altro

va

Riddiam tutti, stiamo in

qui, per grattare,
va

chercare

Piu n'avrem traval
Venut 'il fonte

;

à la boucharia.

Dio, del ciel

Ha ! etc,

ne

joya !

noya,

dy joya,

verso

Maria.

Ha ! etc.

1. En

voyant un petit enfant, bien pauvre quoiqu'il soit Dieu, couché entre un
ânon, avec Joseph et Marie, Ah ! Ah ! Ah ! qui ne se réjouirait !
2. Le vieillard contemple et admire le
nouveau-né, et regarde anxieusement la
mère, parce qu'elle tarde de le vêtir complètement. Ah! etc.
bœuf et

un

3. Elle

prend enfin un morceau de drap qu'elle a coutume de porter pour voile
tête, et elle le repasse avec du foin pour le rendre souple.
4. Les bergers des alentours ont vu ces pauvres
étrangers sans un Iiard, pour
acheter des langes à Marie. Ah ! etc.
snr

la

5. Chacun d'eux

porte un présent, peu de chose, un peu plus que rien. Enfin
gens s'éloignent, quand ils ont pris ce qu'ils voulaient.
6. L'un porte un linceul pour faire des
langes, l'autre des peaux d'agneau que
font chauffer ceux qui gardent l'enfant. Ah ! etc.
ces

7. L'autrç présente une couverture tout
usée, et dit : ò femme, que je suis peiné
de n'avoir pu t'en apporter une meilleure ! Ah ! etc.
8. Ils viennent tous en
grande fête offrir leurs présents : l'un porte une soupe
toute cuite, l'autre un flacon de terre
cuite, plein de Malvoisie. Ah ! etc.
9. Les autres,
portent des vivres: qui va chercher du

pain, qui du fromage

râper
10.
venu

11.

;

qui

va

à la boucherie. Ah !

Croyez-bien, sans plaisanter, que
pour guérir mes maux. Ah ! etc.
Réjouissons-nous

ennui, car la

source

tous

,

pour

etc.

soyons

je vais adorer cet enfant, puisqu'il est

heureux !

nous

n'aurons plus ni chagrin ni

du bonheur, Dieu, est venu du ciel près de Marie. Ah ! etc.

N'est-ce pas que

c'est ravissant de naïveté, de grâce, de fraî¬
cheur, de vérité, de couleur locale ? Ces vers charmants n'ont
pu sortir que d'un cœur plein de foi et d'une plume essentielle¬
ment italienne,
j'en atteste le fromage râpé et le Malvoisie (1).
(1) La Morée (ancien Péloponèse), qui produit le vin de Malvoisie, dans le ter¬
Nauplie (Napoli di Malvasia), appartint longtemps aux Vénitiens. Elle
leur fut enlevée par Soliman II, en 1540.
ritoire de

�—

59

—

IX
Si la découverte des noëls de N.-D. des Doms

a de
l'impor¬
point de vue de la littérature populaire et de la philo¬
logie, elle n'en a pas moins pour l'histoire de l'art musical. N'y
a-t-il pas, en effet, une étude bien intéressante à
faire sur un
recueil de plus de 150 airs dont le
premier attrait est Y Inconnut
D'où viennent ces mélodies
qui ont dormi si longtemps dans
les pages jaunies du recueil de
Tornatoris, et qui, en se réveil¬

tance au

lant, charment
tre

esprit,

oreilles, émeuvent notre cœur, étonnent no¬
par des modulations étrangères à nos habitudes
nos

musicales ?
Pour

répondre à cette question, il me paraît nécessaire de
rappeler en peu de mots l'évolution historique du chant populaire
et de la
musique religieuse.
On sait que chez les Grecs et les Romains, nos
pères en civili¬
sation, la musique et la poésie, ces deux sœurs jumelles, te¬
naient une large place dans les hommages
publics rendus à la
Divinité ; il en fut ainsi chez la plupart des autres
peuples de
l'antiquité. Dans l'écroulement de la société romaine, qui avait
absorbé, en se les assimilant, toutes les conquêtes antérieures
de l'esprit humain, le Christianisme recueillit les
épaves qui sur¬
nageaient dans l'immense inondation de la barbarie. Les papes,
les évêques et les moines remplirent alors la mission de sauve¬
teurs. Ils n'oublièrent
pas la musique dont l'action est si puis¬
sante sur l'âme des hommes, et
qui répand tant de charme sur
les cérémonies sacrées. S. Ambroise conserva les modes
princi¬
paux de la musique des Grecs, et S. Grégoire appliqua au rituel
ecclésiastique les meilleurs des nomes païens. Il est vrai que ce
pape en modifia le rythme pour leur imprimer le caractère d'une
tonalité homogène; mais les airs primitifs restèrent
gravés dans
le livre vivant de la tradition
et
donnèrent
populaire,
naissance

�—

60

—

naïves

mélopées, à ces nénies si doucement mélancoliques,
procèdent les plus anciennes de nos chansons en langue
vulgaire. Beaucoup de ces mélodies, tendres, plaintives, mono¬
tones, que les bonnes vieilles femmes fredonnent en filant leur
quenouille ou en tournant leur rouet, que les pâtres modulent
sur leurs musettes, et
qui ont bercé notre enfance, ont résonné
longtemps sur les lèvres des jeunes Grecques, dans les fêtes des
à

ces

d'où

Panathénées et des Eleusinies.
Tout autres étaient les airs

qu'Arius adapta aux hymnes qu'il
composées pour les églises de sa secte : par leur allure
légère, sautillante, parfois voluptueuse et passionnée, ils rap¬
pelaient ceux dont les Grecs se servaient pour la danse et dans

avait

les festins.
Aux chants

nomiques, d'origine orientale, vinrent se joindre
peuples du Nord, dont la domination
s'étendit sur tout l'Occident. C'est au mélange progressif de ces
divers chants qn'il faut rapporter la naissance de la mélodie
les hardils nationaux des

moderne.
Cette alliance

des

phases très accidentées, dans le cours
manifeste constamment la tendance de l'élément
mondain à prévaloir sur l'élément religieux ; il y a lutte entre
les musiciens demeurés fidèles à la tradition grégorienne, et les
dilettanti de la Diaphonie et du Contre-point. Cet antagonisme,
qui produisit de graves abus amena quelquefois des com¬
promis auxquels on doit des œuvres très gracieuses ; tels sont ces
Laudi spirituali dont parle Boccace, que l'on chantait, au XIVe
siècle, dans les églises de Florence, et, bien auparavant, les
Chants de la Ste- Chapelle, contemporains de S. Louis.
Le XVe siècle, qui est généralement regardé comme un des
moins féconds au point de vue musical, voit s'établir une
longue
trêve entre les deux modalités rivales. Elle est attestée parle
Commentaire que Prodocismo, de Padoue, publia, en 1450, sur
desquelles

eut

se

,

/

�__

61

—

les ouvrages

de Jean de Mûris, docteur de Sorbonne (1), et par le
Franchino Gaffario, de Lodi, maître de chapelle à
Milan, écrivit, 40 ans plus tard, sur la Pratique musicale. Les
chants ecclésiastiques et les airs de chansons qui y sont notés
diffèrent fort peu les uns des autres; seulement, le même thème
musical est traité, d'un genre à l'autre, en renversements.
Au commencement du XVIe siècle, un grand mouvement s'o¬
père dans le monde musical; les Ecoles se nationalisent : à l'Ita¬
lie appartient le sceptre de la mélodie ; aux Allemands, aux Fran¬
çais, aux Belges, celui de l'harmonie. Ce mouvement a surtout
pour centres les maîtrises des chapelles royales ou épiscopales.
Aussi, les compositions de cette époque conservent-elles, en gé¬
néral, le caractère mélodique des anciens modes grégoriens. Mais
peu à peu le goût des broderies et des fioritures s'introduit dans
la musique d'église, les compositeurs font assaut de fugues, de
canons et de bizarreries madrigalesques, et ce dérèglement est
poussé si loin par l'Ecole italienne, que, sans l'intervention de
Palestrina, le pape Marcel II, vers le milieu du siècle, aurait
banni complètement la musique du service divin.
Aloïsio Palestrina avait sauvé l'art musical en Italie, en inau¬
gurant un style simple, élégant et pur dans la musique appliquée
aux cérémonies religieuses. Mais la réforme dont il fut l'initiateur
ne fut point générale. Le Vaudeville, qui avait tant de charmes
pour l'esprit léger des Français, devint un moyen d'attirer les
fidèles à l'église. Les Oratoriens l'employèrent avec un très grand
succès à Paris, et en reçurent le nom de Pères au beau chant.
Ce ne fut point sans combat que les prélats italiens qui occu¬
pèrent à Avignon le siège archiépiscopal, ou qui gouvernèrent
celte ville sous le nom de Vice-Légats, du milieu du XVIe siècle
Traité que

(1) Jean de Mûris écrivit plusieurs traités sur la musique, ce qui le fit regar¬
der, mais à tort, comme l'inventeur de la musique mesurée. H était contempo¬
rain de Philippe de Vitry, autre musicien célèbre, ami de Pétrarque.

�62

—

—

milieu du

au

sacrée si

XVIIe, purent arrêter l'invasion de cette musique
singulière ; les procès-verbaux des visites pastorales, les

décrets de la

Vice-Légation l'attestent suffisamment. Ils avaient
partie: la plupart des maitres de chapelle gagés
les Chapitres des églises collégiales étaient
gagnés à l'enne¬
Quelques-uns, tels que Antoine Subjet et Mathias Granier,

affaire à forte
par
mi.

ayant été attachés à la chapelle royale, le
premier par Fran¬
çois Ier, le second par Charles IX, soutenaient de leur crédit leurs

confrères

avignonais, qui partageaient leurs opinions musicales;
d'autres, comme Gantez et Intermet, se prévalaient de la faveur
de Louis XIII. Ils
triomphèrent pourtant de toutes les résistances,
le recueil des noëls de N.-D. des
Doms

et

est comme un

de leur victoire.
Les airs de

trophée

cantiques appartiennent presque tous à une
époque de transition, ou pour mieux dire, à un style de transac¬
tion entre les modes
antiques du chant grégorien, et la mélodie
ces

moderne de la bonne école, et
moins anciens, selon
se

qu'ils sont plus ou
rapprochent plus ou moins de l'une

qu'ils

de l'autre de

ou

ces

on reconnaît

modalités.

Neuf noëls seulement

plaqués sur des airs de chansons (1),
rythme de ces airs est dans un mouvement si grave, quoi¬
que doux et agréable, il est empreint d'un sentiment
si naïf,
qu'il s'adapte aux paroles des cantiques comme s'il avait été fait
pour elles.
sont

le

et

Les
leur
des

autres

noëls paraissent avoir été mis

composition, sur des
mélodies anciennes,

(1) Voici les

titres de

2° Lou passeron.

—

3°

ces

en

musique, après
empruntés à

motifs créés ad hoc, ou

chansons

Que dit-on

:

—

au

1" Fasse

village ?

mon

père les vignes.

—

i° C'est à vous, divine
avait autant de Lubins (par Bastian
Oudriot). — 6° Dis—

Uranye. — 5° S'il y
volage amour. — 7° Le chant de Babin.
8° Nous étions troys jeunes
filles, — Toutes troys à marier.
9° Mon père m'a mariée, — Toute
noyre
nous,

—

—

que

je suis.

�63

-

La notation de

—

airs
celle qui fut mise en usage après le
XVe siècle. La portée est de cinq lignes. Les
clefs employées sont
celles d'ut, de fa, et de sol. La clef d'ut est
posée sur la 1" ligne,
ces

est

pour soprano , sur la 4me ligne, pour haute-contre ou ténor. La
clef de fa est posée sur la 3me ligne,
pour concordant ou

baryton,
ligne, pour basse-contre. La clef de sol est toujours
sur la 2me ligne.
La mesure, qui est à deux, à trois, et à quatre
temps, est indi¬
quée, au commencement de la portée, par un C barré, pour
la 4me

sur

deux temps; par un

3, pour trois temps; par un C, pour quatre
temps. Mais les mesures ne sont pas marquées par des barres

verticales. La barre n'est

employée que pour séparer les vers
importante à faire, c'est que
le si, septième et dernière note de la
gamme naturelle, est figuré
graphiquement sur la ligne qu'il doit occuper, d'après la clef, soit
les

uns

au

ton

Ainsi

des

autres.

Une remarque

naturel, soit bémolisé,

se

trouve

confirmée

l'invention de cette note à

sans aucune

indication demuemce.

l'opinion de Zacconi, qui attribue
Flamand nommé

Anselme, pen¬
siècle, contrairement à l'assertion des historiens qui
en font honneur à
Lemaire, et la datent de 1666.
11 n'est pas de ma
compétence d'étendre plus loin cette ana¬
lyse, et de disséquer les airs des noëls pour en décrire l'anatomie harmonique, comme
pourrait le faire un Contrepointiste.
Ce que j'ai cherché surtout et ce qui me charme dans ces mé¬
lodies, qui sont, pour l'oreille, ce que les fleurs sont pour l'odo¬
rat, c'est le sentiment qu'elles exhalent, comme un parfum spi¬
rituel, et qui est composé de grâce naïve, d'émotion pieuse et
d'innocente gaîté.
un

dant le XVe

Gustave Bayle.

�Avignon.

—

Aubanel

fr., Irap. de Sa Sainteté et de Mgr l'Archevêque.

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