<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<item xmlns="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5" itemId="16507" public="1" featured="0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5 http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5/omeka-xml-5-0.xsd" uri="http://occitanica.eu/items/show/16507?output=omeka-xml" accessDate="2026-04-26T19:21:05+02:00">
  <fileContainer>
    <file fileId="94058" order="1">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7343dd04b8731693b6e2a27aa1947173.jpg</src>
      <authentication>b806c3a02cc8e2291fc66dca302b8924</authentication>
    </file>
    <file fileId="94464" order="2">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9206ae3455fc82c5c55bd6fc8da3835d.jpg</src>
      <authentication>36785c9efc3a5093dde0187c23a956a8</authentication>
    </file>
    <file fileId="94465" order="3">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/12dd582eca408566a68ec7c3d4107d69.jpg</src>
      <authentication>524c1ed7bae5f5414d9e223864c6afe5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94466" order="4">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d67b3ec33020238384e94cd7384b5c60.jpg</src>
      <authentication>5db058c0e94e22062e49f0e749ad6a6d</authentication>
    </file>
    <file fileId="94467" order="5">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/94098a9eb2061c4f6617f17ec3bf006f.jpg</src>
      <authentication>7bd04a2213ca6b8424c7c249c76022c1</authentication>
    </file>
    <file fileId="94468" order="6">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c4f695cefe51e71c6a2f215a4997a0af.jpg</src>
      <authentication>0dfc1607ce523c01d4882461e50961dc</authentication>
    </file>
    <file fileId="94469" order="7">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f2f8e57df66e65154dbe81d8615a6a77.jpg</src>
      <authentication>ba2d52f488eab5966963d0fc887ed8b9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94470" order="8">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a9afa969bf0b06acceef7995171c8e12.jpg</src>
      <authentication>123564090af5808eb50a701acbecbab0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94471" order="9">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/aef5ba1ddd50b46c3dbf92a06c25bef6.jpg</src>
      <authentication>30f91670372b150705cda68a885a6aca</authentication>
    </file>
    <file fileId="94472" order="10">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b0f6a54541bc706efc61ddf995ed0df9.jpg</src>
      <authentication>f0d39622deca223d1452e050587529c4</authentication>
    </file>
    <file fileId="94473" order="11">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/011a89301878282e2febb91039cf4a4a.jpg</src>
      <authentication>a8618bd7d043b140b7f80f91c9678077</authentication>
    </file>
    <file fileId="94474" order="12">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/efe9e1c45ecdb568b779fcc77922ad7f.jpg</src>
      <authentication>9ee88b7b10fe86351ad357d83faf2048</authentication>
    </file>
    <file fileId="94475" order="13">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/321504e51120b95abe8f993df925aa9a.jpg</src>
      <authentication>f57ec424a8747e3f9282bf0764b7915b</authentication>
    </file>
    <file fileId="94476" order="14">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/800b3f576dffe8abce738539675efda6.jpg</src>
      <authentication>b88902e24b9f902d9921f3b566167a7a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94477" order="15">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b06186a0bacc333e8de2639c7627caa0.jpg</src>
      <authentication>a733aa7439bea82cd124356dd8880bdf</authentication>
    </file>
    <file fileId="94257" order="16">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/24d465e1c91d85ee87ff4678a43e8914.xml</src>
      <authentication>6a966ce5a81ffd936975214b86f4dc51</authentication>
    </file>
    <file fileId="94258" order="17">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/679d055090de4062ee3c3aec7a548b84.pdf</src>
      <authentication>778cbedc7d0047c34ade5c8369d4fdc0</authentication>
      <elementSetContainer>
        <elementSet elementSetId="9">
          <name>PDF Text</name>
          <description/>
          <elementContainer>
            <element elementId="175">
              <name>Text</name>
              <description/>
              <elementTextContainer>
                <elementText elementTextId="613033">
                  <text>STÉPHEN

D'ARVE

^fSBS M L'*ST0/p
DE

PROVENCE
V——»—

LES FÊTES DE NOËL
MŒURS, COUTUMES
TRADITIONS

ET

SOUVENIRS

TOME 1«

|ÎN

VENTE DANS LES PRINCIPALES LIBRAIRIES
De la

Région

A IX
IMPRIMERIE

J.

NICOT,

16,

1885

RUE

DU

LOUVRE

��STÉPHEN

D'ARVE

^jfS© DE l'H1ST
DE

PROVENCE

LES FETES DE

NOËL

MŒURS, COUTUMES
TRADITIONS

ET

SOUVENIRS

e

pN VENTE DANS LES PRINCIPALES LIBRAIRIES
De la

Région

C.I.D.O.
BÉZIERS
A IX
IMPRIMERIE

J.

NICOT,

l6,

RUE

DU

LOUVRE

1885

OFFICE REGIONAL DE LA CULTURE

�CAB

t\/jsau.$

�M I ETT E S
de

L'HISTOIRE

PROVENGE

DE

^af; jîtéfhen d'y4rye
Tome Ier

FÊTES

LES

DE

NOËL

Sommaire Analytique des Chapitres
Chapitre Ier.

âge.
Allemagne.
moyen
et en

—

:

le Cri de Noël

au

Le Christmas en Angleterre et en
Les Arbres de Noël en Alsace

—
—

Lorraine.

Chapitre IIe.

Noël

Introduction

—

en

Le gros Souper. — Les Oies de
Angleterre et dans le nord de la France.
—

La Dinde

en

Lou cacho

Provence.

—

Le Plat de Cardes.

sous la Table. — La
fête de la Réconciliation. — Où l'auteur est em¬
—

fià ; La Paille

brassé par une

Diaconesse.

—

Le curé Bonafous.

Mont-de-Piété. — Inter¬
diction des Messes de Minuit.
Le- mot- de la
—

La couverture

fin par un

Socialiste.

Chapitre IIIe.
—

au

—

Les Crèches, la Foire aux Santons.

Les Crèches à la ville et

Éternel à

50

centimes.

—

champs.

Père
Un troupeau de mouaux

—

�IV
tons

à

i

d'Assise

— Saint Françoisd'invention. — Pourquoi

franc la douzaine.
brevet

et son

Santons ?—Les

Crèches

en

Franche-Comté. —Le

compère Barbisier et ses Marionettes. — Un
représentant du peuple à la Crèche sous la Ter¬
reur.
Emballage et départ de la troupe au
delà de la frontière. — Le retour du compère
Barbisier.
La Crèche du sieur Bosq à Mar¬
seille, celle de Laurent. — Le Pape et les Car¬
dinaux en carrosse à Bethléem. — L'Enfant
—

—•

Jésus réveillé par un coup
Chapitre IVe.

—

La Crèche

de canon.
Benoît à Aix.

—

Les

Silvy et Truphème. — L'abbé Charbon,
nier, chef d'orchestre. —Le père Benoît à Mar¬

Crèches

débuts lamentables; son triomphe. —
inespéré.—A 20 francs l'entrée des
coulisses ! - Un Coq de haute distinction.—Un

seille

; ses

Un comparse

seau

d'eau

Benoît.

—

froide

sur

l'enthousiasme du père

Langesse jugé par un

L'éloquence la mieux comprise. —
parlant. — Cinq cents francs par

Parisien. —
Le décapité

Le'

tête. —
Innocents à coups de berlingots. —
L'actionnaire du père Benoît. — Indulgence

Massacre des

Revenus indirects des choristes delà
père Benoît. — Sainte
indignation d'une poissonnière. — L'abbé Millet
n'avait pas prévu çà. — Incubation d'un nou¬
veau drame.-Le débarquement delà famille

plénière.
Crèche.

—

—

La Passion du

�V

de saint Lazare.
Les intermèdes

Chapitre V.
Toulon.

—

—
La Sainte-Baume à Aix.
lucratifs du père Benoît.

—

Pastorales à Marseille, Aix et

—

Une Messe de Minuit à Rognonas,

—

Fresquièro ou la Couè de
l'Ai.
Louis Méry. —Son professeur de rhé¬
torique. — Une Histoire de .Chandeliers. — Les
Génuflexions du curé Carrier. — L'abbé Julien.
L'abbé Thobert.

—

—

Ses

—

collaborateurs.

—

Antoine Maurel.

—

premier prix d'Anachronisme. — Pislachié
Pimpara. — La Morue de maître Jourdan. —
La Pipe à saint Joseph. — Deux Dramaturges
bibliques, une Basse profonde, le menuisier Granon.
Ses distractions de langue. — Jacob et
Brutus.
L'abbé Julien et 'le Songe d'Hérode.
Gaston de Flotte et Méry. — La Sonnette de
l'Entracte.
La présence de Dieu.— Pastorale
Chave, celle du théâtre et celle de l'abbé. —
Les Voitures versées. — L'arrivée des citoyens
Mages. — Le Torchon brûle. — La Sainte Vierge
qui se rase.
Chapitre VI.
Monographie du Noël ; Noëls ct
noélistes, Saboly.— Recherches étymologiques.—
Ni Cantique ni Chanson. — Un peu de dialec¬
tique. — Le Prieur de Saint-Waast. — La
Un
et

—

—

—

—

Monnoye.

—

Lully.

mère des Gascons.

L'abbé

—
-

Bouteille jolie.

Nicolas

va

—

L'Ho¬

voir Jeanne.

—

Pellegrin. — Que ne suis-je la Fougère ! —

�Le

père Roche.

manille.
bier.

—

Le curé Domergue.— Rou-

—

Aubanel.

Mistral.

J.-B. Gaut.

—

La

—

Gra-

de l'abbé
Peyrol. —
L'Air du Terroir.
Tournatoris.
Saboly. —
Marmelade deChanoines.
Trop d'Etoiles.
Chapitre VII.
Les fêtes de Noël à l'église métro¬
politaine Saint-Sauveur d'Aix. — La Messe de
Minuit.
Un Autel cloîtré.
Ce qu'attend la
foule.
Voilà le Rossignol ! — La Première
Aubade.
L'organiste Poncet. — Sursum Coul—

Aubert.

—

Son Œuvre.

—

guitare

Puech.

—

—

—

—

—

—

—

—

—

leret !

—

Un vrai Notaire.

—

Un Timballier lan¬

goureux. — Monographie du
fant du Bœuf. — Le Trin de

Tambourin. — L'En¬
Mazargues. Tisté.—
Pontier
Vidal
Louis Arnoux.
Àgard. —
Le docteur Castagnier. — Le président Rigaud — Le chevalier Platon de Ganteaume. —
La Grand'Messe du jour. — Une Toilette d'Ar¬
chevêque interrompue. — L'abbé de Robineau.
L'organiste Supriès et le curé Bonneti. —
L'évêque Roux. — Le Puer natus est de Silvestre.
Le Magnificat.. — Le lit de Procuste. — Un
—

—

—

—

—

Enfant de Chœur
Diou ! l'a mai
Chapitre VIII.

septuagénaire.

—

merci

moun

aganta.
—

saint Etienne à la

Les Fêtes des Innocents et de

Métropole Saint-Sauveur. —■
Chapes et Chaperons. — Le petit Evêque. —
Origines. — Parlent-ils Bachin ? — Le Chanoine

�VII

Chave.

Le Chanoine Mille.

—

est-il de la fête?

Chapitre IX.
veur.

—

gue.

—

—

Le

—

Charlemagne
Tryptique du Roi René.
—

La Marche des Roisà Saint-Sau¬

Hommage à Lully. — Le Curé DomerLes Trompettes d'Aïda. — Rursum

Sursum Coulleret ! —Ils viennent des TroisMoulins.
L'Etoile des Mages.

et

— Quel est le
l'Organiste Supriès.—
dolcissimo.
Francis Wey. —

—

fabricant ?

L'Aubade

—

Du crescendo

au

;

—

La Marche de Sémiramis.

Gillette de Narbonne

—

outrageante Contrefaçon.

Linge démarqué.
méritée.

—

Chapitre X.

Sauveur,

lyriques.

Audran

l'Arlésienne.

et

-

Bizet,

et
—

Une

Sainte Colère.

—

Le Pavé d'une Lapidation

—

Paix à Bizet.
—

Les

Services

Offices solennels à Saintet Serviteurs.

Hommage

—

Festivals

Chapitre. — L'Œu¬
vre de Charbonnier.
L'Organiste Reynier. —
Cécité et Génie.
Avantage sur Milton. —
Parallèle impartial. — Le Serpent fossile ; Ophicléïdes et Contre-Basses.
Le dernier Rep¬
tile.
L'Abbé Béchérias, Guichard, Coquillat,
—

au

—

—

—

—

Vaillant.
Chantre

—

Romeuf

Martel.

—

et

l'Abbé Roman.

Rêve-t-il d'un Camail ?
Le Sacristain

plume.

•

Chavignot.

Quasimodo.
Rendez l'Eteignoir !
-

—

Son Désintéressement.

—

Comme Gilbert.
—

Le
—

—

Photographie à la

Deus

ex

Machina.

—

�VIU

Chapitre XI.

—

La Maîtrise

Métropolitaine d'Aix,

Chapelle et Enfants de Chœur célèbres.
Volière des Rossignols ?
Le Grand-Chantre Marbot. — Les Greniers
du Passé.
Emplois d'église. — Chapelle papale
d'Avignon. — Campra.— Etienne Floquet. —
Est-il mort empoisonné ? — Les Huit Chan¬
tres de Louis XL
Le Roi René Chanoine.

Maîtres de

Conservera-t-on la

—

—

—

—

—

— « Amour, Amour,
Le Lecteur a fait le Livre.
L'Ecole buissonnière. — Le Belvedère. —
Paul Marieton. — Aristarques ou Zoïles ? —

ChapitreXII.— Conclusion,

Recounneissenço !»

—

—

Un

gai

fumée.
—

Fossoyeur.

—

—

Amours séniles.

La
—

Gueuse par¬
Dernière Aubade.

Mistral tient le Tambourin.
Appendices

et

Notes Justificatives

Séminaire. — Le Ramoneur.
la Sainte-Famille. — CastilBlaze et le Barbier de Séville. — Le Curé
La Procession de Mimet.
—
La
Masset.
Crèche Décanis et le Roi Hérode. — Les BasReliefs de Puget. — Les Armes de la Maîtrise.
Les Sœurs Iphigénie, etc., etc., etc.

Pastorale
—

du Petit

Le Chien de

—

—

�STÉPHEN

LA

D'ARVE

NOËL
EN

PROVENCE

Mœnrs, Contraries, Traditions et

Souvenirs

A IX
IMPRIMERIE

J.

NICOT,

IÓ,
Ï885

RUE

DU

LOUVRE,

l6

��A. V\A.

NT-PROPOS
DE

L'ÉDITEUR

légitime curiosité qui s'est attachée aux
que reproduisait, au vol de la
plume et sans la moindre prétention, un de nos
La si

souvenirs locaux

collaborateurs à la Provence Nouvelle, nous a dé¬

chapitres suivis, cette étude cons¬
d'un
patriote passionné pour les grandes et belles choses
cidé à réunir

en

ciencieuse d'un érudit doublé d'un croyant et
du bon vieux

temps.

complète indépendance d'allures de l'écrivain
fait de ce travail comparatif sur nos mœurs an¬
ciennes et modernes, un document qui devait le
faire distinguer de l'article fugace et au jour le jour
d'une colonne de journal.
Nous croirions manquer à notre mission de « pré¬
facier », si, faisant violence à la modestie de l'au¬
teur, nous ne lui donnions auprès de nos lecteurs une
lettre de crédit locale doublant les sympathies déjà
acquises à son œuvre.
Cet humoriste qui parle, écrit et comprend si
bien notre langue et nos mœurs, ne pouvait pas
nous être étranger autant que semble le laisser croire
son
pseudonyme de voyageur et de touriste.
La

�avant-propos

iv

C'est
lecteurs

parence

ce

que nous

de

l'éditeur

tenions à déclarer à ceux de nos

qui n'auraient point encore deviné la trans¬
de ce nom.

pseudonyme sous lequel l'écrivain s'est fait
depuis longues années dans les fastes du
voyage, du tourisme et notamment dans la presse
thermale cache en effet un nom bien franchement
Ce

connaître

provençal.

fréquemment à trente ans de dis¬
la Provence, ( i ) la
signature cTEdmond de Catelin parmi celles des
de Ribbe, Seignon, Barbe, Collomb, etc, etc, les
vaillants défenseurs de la première heure, de nos prin¬
cipes, de nos tendances et de nos vœux.
Nous acquittons personnellement aussi une dette
de pieux souvenir envers le fondateur du journal que
nous avons mission de continuer, notre cher et vénéré
père. Nous ne pouvons oublier qu'il avait pour ami
et collaborateur assidu, l'écrivain que nous avons la
satisfaction de retrouver à nos côtés avec toute la
jeunesse de cœur et d'esprit que révélaient ses débuts
dans notre presse locale.
Nous retrouvons

tance

dans les colonnes du journal

J. Nicot.

(1) 4 l'époque où les lois sur la presse rendaient la signature
obligatoire.

�LA

NOËL EN

PROVENCE

r~%c_S^Svì_3&lt;í*"»

Mœurs,

Coutumes
et

Traditions

Souvenirs

Qlim meminisse juvabit

Les Dieux s'en vont

!

philosophe de l'antiquité, qui jetait ce cri de
détresse morale en constatant les débuts de la déca¬
dence d'un grand peuple, y résumait très éloquemment ses regrets sur la disparition des vieilles cou¬
tumes de sou siècle ;— on n'appelait point encore cette
dégringolade des mœurs anciennes : « le progrès de la
Le

civilisation ; »

—

nous avons

aussi le bizarre et triste

privilège de vivre sur les limites de deux civilisations ;
nous ne pouvons saluer ce qu'on nomme: &lt; l'ère nou¬
velle, » sans nous défendre de plus d'un
l'ancienne, en constatant que le progrès,

regret sur
consistant

rapprocher les distances, efface peu à peu toutes
originalités, en répandant sur le genre humain
une teinte uniforme non moins fatale à la poésie qu'à
la religion et aux mœurs.

à

les

�6

LA

NOËL

EN

PROVENCE

Ueste-t-il

beaucoup d'hommes qu'une pieuse tra¬
puissance d'émouvoir ? L'ef¬
fervescence politique permet-elle à de nombreux
penseurs de se souvenir que notre nationalité doit au
catholicisme ses plus solides gloires, et que la vieille
urbanité dans tous nos étages sociaux doit plus en¬
core à la
législation divine qu'à tous les codes monar¬
chiques ou républicains?
Il n'est pas de fête religieuse pouvant inspirer de
plus salutaires retours vers le passé que la solennité
de Noël. Nos pères avaient compris toute l'essence
de cette date de délivrance des nations
par la venue
du Rédempteur, en faisant de ce nom leur cri d'en¬
dition chrétienne ait la

thousiasme

:

Noël ! pour
Noël ! pour

célébrer une victoire nationale.
les réjouissances civiques.
Noël! quand le royal Béarnais faisait son entrée

dans

sa

bonne ville de Paris.

Noël ! pour toute
lation.

action de grâces et toute jubi¬

★
*

dette fête

est

*

de celles

qui ont la vie la plus
répétés du pic révolution¬
naire, elle reste pour la capitale à l'état de tradition
mondaine saus cordial prestige; mais la
province et
plus d'un pays étranger lui ont conservé ses poéti¬
dure

sous

une

les coups

ques et ses naïfs souvenirs.

�MŒUBS

ET

COUTUMES

7

protestantisme, qui a effeuillé une à une
du culte, s'est arrêté
devant les traditions de la grande fête de Noël. Il n'a
point osé la dépouiller entièrement de ses joies exté¬
rieures; la veilléede Noël est fortement enracinée dans
les mœurs anglaises, et le magnifique chœur de West¬
minster, aujourd'hui réservé au culte anglican, admet,
pour la célébration du Chrislmas ou du Noël Mass,
la messe de Noël,un supplément de draperies, un plus
grand luxe de luminaire et de cérémonies. La
Noël est, pour le peuple anglais, la plus solennelle de
ses fêtes ; le grand repas de famille et la célébration
au temple en restent le programme officiel. Ce peuple
mercantile et vénal n'a jamais songé à revendiquer
légalement les journées que la célébration des di¬
manches et des fêtes enlève à son industrie, ses lé¬
Le froid

et

éliminé toutes les pompes

gislateurs et ses philosophes n'ont point encore pensé
à éclairer son intelligence de ce côté.
Ce qui est incontestable en l'Angleterre ne l'est
pas moins en Allemagne : les traditions nationales
de cette fête revêtent un prestige poétique de plus
dans ce berceau de la réforme qui n'a rien réformé
de ce côté, et détail louchant, qui arrive naturellement
sous ma plume, c'est par le
souvenir de leurs fêtes
nationales, par des arbres de noël,que nous consolons
chaque année nos glorieux vaincus des douleurs de
la patrie perdue;
c'est par des arbres de noël que
l'Alsace et la Lorraine se rattachent vigoureusement
au tronc mutilé ! Quel plus beau symbole de
future
rédemption que celte communion sympathique des
âmes au jour de la fête du grand Rédempteur !

�8

LA.

NOËL

EN

PUOVENCE

Parmi les anciennes

provinces de France, en dehors
revendiquant leurs an¬
ciennes traditions, il est encore quelques recoins de
la France où les fêtes religieuses, la Noël surtout sont
restées les fleurs odorantes de la vie du peuple :
combien de temps le philosophisme moderne lui laissera-t-il ces tiges embaumées ! La Provence s'est
spécialement attardée dans les voies nouvelles ou¬
vertes à
l'indépendance des mœurs et des vieux
usages; mais la résistance n'est pas des plus vigou¬
reuses; chaque jour en emporte un lambeau.
il nous a semblé non moins utile qu'agréable de
constater ce qui reste en signalant ce qui est parti
sans retour ; l'étude est attrayante, il y a de bonnes et
saines vieilleries et de gais souvenirs à évoquer ; plus
de l'Alsace

et

de la Lorraine

d'une mémoire aidera la nôtre dans

ce voyage, à re¬
bours, d'un demi-siècle et si les feuillets de cet inven¬

taire du

passé pouvaient survivre aux nouvelles tem¬
pêtes de civilisation qui souffleront encore, il n'en
faut pas douter, sur la tête de nos petits neveux,
ceux-ci pourront retrouver les Iraces de ce qui se
passait encore dans notre chère Provence aux fêtes de
Noël de l'an de

disgrâce 1884.

�II

lit

Gros

Souper

Trop courte est la longue
autour de

veillée qui réunit
la table l'aïeul et
niers

ses

der¬

neveux.

Walter-Scott.

Le charmant conteur écossais

plusieurs de

ses

Noël. Un autre
a

romans

fait intervenir dans

légendaires les

agapes

de

romancier anglais Charles Dickens

légué à la littérature de la verte Erin, son conte

des Oies de Noël.
En

Angleterre comme à Paris, l'oie fait la base de
gaslronomiquc des familles riches ou pau¬
vres ; en Provence, c'est la dinde bourrée
de mar¬
rons, pour le prolétaire, et de truffes, pour la table du
riche.
Brillat-Savarin, félicite les Provençaux, du
choix pour la dinde truffée surtout, en quoi nous
trouvons fort judicieux l'historiographe si spirituel de
la gastronomie moderne.
Mais la dinde on l'oie n'apparaissent sur les tables
des familles, qu'au dîner de la fête de Noël.
Le grand souper, ou plus littéralement le gros sou¬
per, précédait la messe de minuit, et commf la vigile
ce

festival

entraînait l'abstinence
souper

des

aliments

gras,

était composé de plats maigres, dont la

ce gros
morue

�10

à la

LA

NOËL

EN

PROVENCE

malelotte, la morue en reïte, pour

être plus pré¬

cis, formait le mets principal. La carde en sauce blan¬
che, quelle que fût la variété des légumes alignés sur
la table, était obligatoire : tous les jardiniers réser¬
vent avec soin pour cette date du 24 décembre, les

plants de cardons, soigneusement enterrés jusqu'à miplante pour développer la pulpe blanche de la ra¬
cine. Pourquoi la carde plutôt que le céleri, la ca¬
rotte ou le navet ? Légende et mystère.
Les grands parents, les aïeux, réunissaient ce soirlà, cl le lendemain, tous les membres de la famille,
devant la grande cheminée où flambait la bûche de
Noël lou cacho-fio, |ur laquelle l'aïeul jetait un
verre de vin de la première
bouteille débouchée. A
Arles et dans tout le Comtat, c'était avec la burette
d'huile d'olives qu'on arrosait la bûche pour l'attiser,
la raison de l'usage est plus logique.
Cette ablution constituait une bénédiction de la
bûche, car les paroles sacramentelles suivantes étaient
prononcées par l'aïeul:
Té bénédisi tu, tisoun !
Toutei lei gen de la meisoun
Adiou Eve, adiou Adam
Qué Diou nous adugué un bouen an !

figure dans les légendes de tou¬
nationalités, il n'y a de variété que dans le
menu du festin.
Un curieux usage en Pologne, est celui qui consiste
à étendre sous toutes les tables une couche de paille,
en mémoire de la litière de l'Iilabledc Bethléem.
La bûche de Noël

tes les

.

�LE

En

Allemagne et

GROS SOUPER

Suisse, les fêles de Noël ont
lui attribuaient nos vieilles
légendes françaises, celle d'une date consacrée à la
réunion et à la réconciliation des familles
que des
procès avaient désunies. C'est encore dans ces con¬
trées étrangères une date de fusion sympathique pour
en

conservé le caractère que

les cultes dissidents.
Ces visites de Noël sont
tous les cultes ;

obligatoires entre gens de
c'est le vrai jour de l'an français.
*

,

*

*

il y a une

vingtaine d'années, les hasards des voya¬
firent trouver, aux fêtes de Noël, dans une
petite ville de la Suisse allemande. Mes hôtes, bons
catholiques militants m'avaient admis, quinzième ou
seizième, à un repas somptueux. Le dessert qui com¬
prenait plusieurs services de gâteaux et de friandises
de tout genre se prolongeait indéfiniment et plusieurs
visites s'étaient déjà succédé dans la salle à manger,
quand arriva une dame d'âge un peu mûr mais à fort
grand air. C'était, me souffla mon hôtesse, made¬
ges me

moiselle de JE.., fille &gt;lu conseiller d'Etat de la

pro¬

diaconesse calviniste fort zélée, une momière enragée : c'est ainsi qu'on désigne en Suisse les
plus austères dévoles du culte protestant, (I)
Comme les précédents visiteurs, Mlle de B... fit le
vince,

une

tour de la table

en

donnant la

fraternelle accolade à

(I) Quelques auteurs en l'ont une secte, c'est une erreur;
ne sont que les proteslants austères,
ils n'ac¬
ceptent cette qualification qu'en terme de mépris; le mot
les momiers

vient évidemment de momeries.

�LA

12

EN

PROVENCE

convives. J'étais le seul inconnu pour elle
de famille ; quand mon tour arriva,

les

tous

NOËL

dans cette réunion

hôtesse

mon

Un

—

me présenta :
Français de nos amis, M. de ***.

dit la diaco¬
il n'y a pas
aujourd'hui de nationalité ni de culte qui nous sépare,
c'est notre grande fête commune l'avènement du
Monsieur, me
m'embrassant fort carrément,

Vous permettez,

—

nesse en

doux Sauveur.

»

Et arrivant au curé
à

ces

luxueuses agapes

catholique, qui avait été invité

de

son

meilleur paroissien,
gracieux

bornant cette fois à un très
salut, trouva un mot aimable, épilogue du
commencé avec moi.
Mlle de B

se

sermon

pasteur! toutes vos autres fêtes
séparent plus ou moins, mais celle-ci unifie nos
joies et nos espérances dans le divin Rédempteur,
Noël ! Noël ! cher

«

nous

Noël ! Noël !

»

quoi le bon curé, esprit très fin et homme
monde, répondit subtilement, « Amen. »
A

du

*
*

*

fête partout ; pardon, il y avait fête partout
quelque trente ans, dans notre Provence, au
grand jour «le Noël. Pas de pauvres ce jour-là, et ce
n'est pas la poule au pot, souhait du royal Béarnais*
pour son peuple qui devenait obligatoire, mais la
Il y a

il y a

dinde à la broche.
Les
crues

plus indigents des classes déshéritées se seraient
ce luxe d'un jour n'eût été accordé

déshonorés si

à leur table.

�LE

Encore

un

GROS

souvenir à

43

SOUPER

évoquer en témoignage.

Bonafous, de si charitable mémoire,

Le bon abbé

Saint-Laurent, la plus pauvre des paroisses
Marseille, racontait qu'il avait voulu, un soir de
Noël achever la distribution de quelques aumônes
pour que ses pauvres honteux, fussent à même d'ou¬
blier, au moins ce jour-là, leur profonde misère.
Il venait de grimper trois étages de la rue des
Ferrats, en se tenant à la corde graisseuse qui ser¬
pentait le long de l'escalier en limaçon, lorsqu'une
fumée de cuisine odorante, frappa son nerf olfactique
en même temps que des voix bruyantes arrivaient à
curé de
de

ses

oreilles.

La

était

porte de la mansarde à laquelle il allait frapper
entr'ouverle, une longue table, mise en biais

pour gagner

de la place, était brillamment illuminée,
le temps de se retirer sans être

le bon euré n'eut pas

aperçu.

amis, dit le digne homme, je
visite est inopportune aujourd'hui,
je reviendrai un autre jour. »
Il était à peine rentré à son presbytère, que la
—

«

Pardon,

mes

vois bien que ma

locataire, de la mansarde arrivait

humble et contrite

pour s'excuser et déposait entre les mains du bon
curé deux reconnaissances du Mont-de-Piété, d'une
valeur de

nantissement d'une
d'argent de son
mari. Le toüt avait été engagé la veille pour pouvoir
faire figure au moins ce jour-là et ne pas être désho¬
noré devant la parenté.
quinze francs, contre

couverture de

son

lit et de la montre

�14

LA

NOËL

digne pasteur,

EN

PROVENCE

juge, trouva des
rigoureuse ob¬
servance des traditions de familles, il est même pro¬
bable que c'est lui, qui remboursa la reconnaissance
Le

érigé

en

circonstances atténuantes dans cette

de la couverture de lit de

paroissiens qu'avien
san jou de Nouvè.

ses

vougu

fiers

mais

faire figuro

infortunés
aoumen

lou

*
*

*

Cette force delà tradition,
propres

seille,

a

hostile

qui trouvait des amours
jusque dans les mansardes du vieux Mar¬
été dévorée par l'anémie du progrès toujours
à la décentralisation.

On

dîne bien

encore

chez le riche et le pauvre en
Provence, ce grand jour de Noél, mais le gros souper
n' est plus qu'à l'état de légende. On réveillonne
comme à Paris, on se gorge de
boudins et de char¬
cuterie, avant ou après la messe de minuit, là où on

assez, un

la

célèbre

peu partout,

encore.

Elles viennent d'être interdites,

Marseille, par arrêt épiscopal, pour évi¬
les désordres internes et externes provoqués par

cette année à
ter

chrétienne interprétation de cette fête noc¬
prêtant trop facilement aux scandales.
Que restera-t-il, dans vingt ou trente ans, des usa¬
ges que nous venons d'évoquer ? Rien peut-être, et

la si peu
turne

vraiment trop peu.
Plût à Dieu que le respect
aussi sacré pour nous, qu'il

ce sera
«

core

de ces jours fût en¬
l'était pour nos pères:

�LE

GROS

SOUPER

(5

sans religion pas de poésie, il faut
culte et sans fêtes point de religion.
Pauvre nation qui ne veut rien du passé, et qui n'a
peut-être pas d'avenir. »
L'épilogue souligné qui précède et que nos lec¬
teurs, pourraient trouver bien sententieux pour une
simple étude anecdotique est absolument extrait du
livre d'un auteur qui eut son heure de célébrité, le
véritable chef de l'école sociale que ses doctrines
anarchiques rendirent un moment l'effroi de la so¬

On

l'a

ajouter,

ciété
Je
siez

:

dit,

sans

PROUDHON.

prend mes armes où je les trouve; vous n'eus¬
pas deviné cet arsenal.

�III

Crèches et

B'astoralcs, ta Foire

ans.

Sautons

sian très Booumians

Naoutre,

Que dounau la

bouno fourtuno

sian très Booumians
Qu'arrapan pertout mounté sian !

Naoutre,

la chambre 011 la cuisine
table du gros souper est dressée,
un des angles
de la pièce a reçu une décoration spé¬
ciale qui varie comme luxe et comme disposition»
Dans la

aux

salle à manger,

champs où la

crèche.
crèche, est un pittoresque

C'est la
La

assemblage de petits
représentant les divers
avait pour théâtre

personnages en terre coloriée,
acteurs de la divine épopée qui
l'étable de

Bethléem.

premier plan l'étable, petite construction de
carton indépendante, dans laquelle ou devant la¬
quelle, sont groupés autour d'un petit Jésus
sur la fraîche litière, la vierge
Marie, saint Joseph
et un groupe de personnages divers debout ou age.nouillés. Dix jours plus tard, le groupe se complétera
par l'assistance des trois Hois Mages avec leurs pages
Au

couché

et

même les chameaux

leur

royal équipage.

richement

caparaçonnés, de

�CRKCIIËS

ET

PASTORALES

•17

Autour et au-dessus de l'étable, sur des rochers de
papiers gris capitonnés de mousse, est étagée une sé¬
rie de personnages,
représentant les divers corps de
métiers, bergers, bergères, musiciens, joueurs de
vielle et de tambourin.

Ce dernier plan de cet
étrange mais pittoresque
paysage, dont l'avant-scène est ordinairement enca¬
drée par des touffes de

lauriers, offre dans un lointain
de carton peint, un Jéhovah rayonnant qui
est connu dans le commerce de
cette spécialité sous le
nom de
gloire et de père Eternel.
de nuages

C'est devant la crèche illuminée de
veilleuses et de

bougies,

que les jeunes filles entonnent après le sou¬
les noëls légendaires auxquels nous devons con¬
sacrer un
chapitre spécial dans ces souvenirs.
Nous ne quitterons pas les salles du festin
sans
acquitter une dette de rcmerciment, à un correspon¬
dant d'Avignon, qui a bien voulu nous
adresser une
formule de la bénédiction du
cacho-fio.
Alégré Diéu nous alégre !
Cacho-fio ven!
Diéu, nous fagué la graci de veirè l'an
què ven !
Se sian pas mai
que fuguen pas men.
C'est la formule usitée dans la haute
Provence et
dans le Comtat. Mais comme celle
que nous avons
donnée, on voit que c'est encore une bénédiction et
per,

,

une
ou

série de souhaits tout aussi naïvement

moins

poétiquement présentés.

que

plus

�18

LA

NOËL

PROVENCE

EN

*
#

*

Marseille a la spécialité de la fabrication de ces
jolies petites figurines de terre appelées Santons. Ce
ne sont point des terres cuites,
mais de l'argile sim¬
plement comprimée dans des moules. La foire de ces
santons qui remonte aux lemps les plus reculés se
tenait jadis sur le cours lîelzunce ; elle a été depuis
quelques années établie sur les allées des Capucines
les marchands de Nougats.
d'origine évidemment italienne est
très spécialement marseillaise. (Jne vingtaine de fa¬
milles vivent de cette industrie qui a progressé et
j'ai vu des Parisiens apprécier les diverses poses de
ces figurines bien fouillées
et vigoureusement colo¬
riées au vernis. Les plus beaux santons valent de 60
centimes à 1 franc la pièce,- les plus petits, moutons,
chèvres ou petits sujets divers, sont livrés en gros à
en concurrence avec

La fabrication

1 franc la douzaine.
★
*

J'ai dit que

*

l'origine était italienne, et les recher¬
plusieurs érudils en feraient remonter la
création à saint François d'Assises qui, le premier,
obtint du Pape l'autorisation de représenter, dans un
oratoire des Abruzzes, les diverses scènes du mystère
de la Nativité avec des figurts de bois et d'argile.
Les populations rurales mirent bientôt en honneur ces
pèlerinages à la crèche où elles se trouvaient repré¬
sentées autour de l'enfant Jésus,// divino flambino.
ches de

�CRÈCHES

Les couvents d#

ET

PASTORALES

49

Capucins se distinguaient toujours

dans les constructions de ces crèches
inaugurées par
leur suint fondateur, et l'église de VAra-Cœli

attire, à
Uomo, la foule des fidèles et des simples curieux à
l'époque de ces pieuses démonstrations.
Le nom conservé
par ces figurines est d'ailleurs bien
italien, le peuple avait appelé Santoni, petits saints,
ces
diverses figures de saint
Joseph, de la sainte
Vierge et du Sauveur. Le nom s'étendit par corrup¬

tion à tous les autres divers

personnages du drame
pastoral, et notre mot Santons provençal n'est certai¬
nement qu'un dérivé.
En Provence, ce sont les
chapelles des couvents
divers qui présentèrent d'abord ces
exhibitions ;
l'église des Accoules, à Marseille, avait déjà une
crèche au quatorzième siècle. Les autres
paroisses do
la ville tinrent à honneur d'avoir chacune
leur crèche
des personnages qui
atteignaient souvent trois
pieds de hauteur et fort artistement costumés. Quel¬
ques évèques trouvèrent à ces sortes de décorations un
caractère trop profane et les proscrivirent.
L'usage en
est revenu
presque partout à Marseille, et surtout à
Aixoù les paroisses rivalisent de zèle
pour leurs crè¬
ches. Quelques-unes sont
remarquables pour l'heu¬
avec

reux

groupement des divers

dans d es décora tions

assez

personnages

encadrés

pittoresquement brossées, par

des artistes italiens
presque
roisse Saint-Jérôme a le
la

perfection

toujours Celle de la pa¬
pas sur toutes lesautres pour

et la

grandeur de

ses

personnages.

�20

LA

NOËL

EN

PROVENCE

On

chantait, de temps immémorial, les jolis noëls
petits théâlres religieux, et
font alterner par demandes
et réponses l'appel des anges aux bergers, les offrandes
de ces derniers, les prédictions des* trois Booumians,
fies Bohémiens,) les étonnements du Ravi,\in des per¬
sonnages légendaires qui admire les bras en l'air.
De ces chants dialogués à la mimique par la mouvementation des divers personnages, il n'y avait qu'un
pas, et il fut franchi vers la fin du siècle dernier par
divers industriels qui voulurent animer ces pastorales;
on vit paraître alors sur divers points de la France,no¬
tamment en Provence et en Franche-Comté, des pe¬
tits théâtres mécaniques représentant les diverses
scènes de la Nativité, évidemment imitées primitive¬
ment, des mystères représentés par les Confrères delà
provençaux devant ces
on sait que ces couplets

Passion.
Comme

dans les noëls de

notre

Saboli, la satire

avait partout ses

droits dans ces petits spectacles où
l'anachronisme est érigé en système.
A Besançon, le héros principal de la crèche méca¬
nique, spectacle très suivi même par la haute société,
est une marionnette, connue sous le nom de Barbisier, petit bourgeois du faubourg,qui entreprend de
conduire à la crèche le peuple, le clergé, les grands
de l'époque, et d'exprimer au Dieu nouveau-né les
doléances de la province.

�CRÈCHES

Ce

ET

21

PASTORALES

vigneron patriote tançait

mauvaises doctrines

et

assez vertement les
les mauvaises mœurs, et ses

marionnettes, prêtres, religieux,

magistrats, amenés
pieds du Sauveur, représentent, par leur cos¬
tume et leur langage, toutes les classes de la société,
Charles Nodier raconte, à ce sujet, que, le 22 dé¬
cembre 1793,1e représentant du peuple Bassal voulut
aux

assister à

ce

divertissement chrétien

et

eut

le

cou¬

d'en rire; mais, le lendemain le directeur de ce
spectacle, qui était alors un nommé Landriot, eut la
prudence d'emballer, dans une caisse de sapin, scellée
rage

avec
avec

soin, toute sa bande de marionnettes, les anges
les hommes, les bourgeois avec les paysans, les

rois

auprès des bergères, et l'âne de l'étable avec le
de la commune. Il partit pour Fribourg,
qui accueillit le spectacle avec grande faveur, et on ne
le vit plus à Besançon qu'après la Terreur, où, depuis
lors, le compère Barbi.Her a repris droit de cité, et où
le
nous
avions
plaisir d'entendre, il y a quel¬
ques années dans le patois local, ces plaisantes satires
un peu rajeunies. Le chœur des bergers répond, au
premier acte, à celui des anges par ce refrain :
procureur

Turlututu

petit patapon,

Chantons des Noëls pour ce

bel

popon.

L'impartialité historique, absolument dégagée de
toute patriotique influence, nous oblige à déclarer
que tous les spécimens du genre connus en Provence
laissent bien loin, pour le fond et la forme, les ma¬
rionnettes que stimule et fouaille si vigoureusement
le compère Barbisier.

�22

LA

NOËL

EN

PROVENCE

La série des Noëls Bisontins est
mais les

assez remarquable,
échantillons, servis dans le poème ou le li-

hreltode la crèche de

Besançon, y sont trop rares, et
la machinerie scénique, décors, jeux de lumière
et
changements à vue, le parallèle est bien plus sen¬
sible et dans la même proportion que le nombre des
figurants, acteurs ou simples comparses. Quatorze
personnages, y compris les trois mages, occupent
pour

successivement

la

scène dans

les deux

actes

de la

crèche de

Besançon, cinquante ou soixante acteurs à
rôles marqués défilent dans les trois ou quatre actes
des crèches de Marseille, d'Aix et de Toulon. Le
progrès et l'actualité ont envahi ces modestes scènes,
et nous verrons bientôt, pour les
pastorales notam¬
ment, que c'est un acheminement rapide à la déca¬
dence ; le vigneron de Besançon n'a rien
change à son
poème et à ses ficelles depuis le dernier siècle, c'est
peut-être bien le plus logique.

Les souvenirs

de

mon

pellent les belles soirées
mettait à
sieur

ma

ftosq,
qu'on

bonne de

extrême

que je
me

jeunesse me
passais quand on

conduire à la

r,a-

per¬

crèche du

du Pavillon, à Marseille, Je me sou¬
viens
y faisait queue devant le guichet des
billets, et que la salle, d'ailleurs assez petite, était
toujours bondée de spectateurs. Le directeur se re¬
lira a près fortune faite, et son succès avait suscite des
concurrences, celle entre autres de la crèche des Deux
Amis, qui eut son grand moment de vogue.
rue

�CRÈCHE

ET

.PASTORALE

23

eu des précédents
le plus intéressant historiographe
de ces scènes en miniature, M. Gauvière, un des re¬
marquables rédacteurs (on n'avait pas encore inventé
reporter), à la Gazelledu Midi, a signalé l'existence de
cinq ou six crèches mécaniques et parlantes dans les
dernières années du dix-huitième siècle, et donne, sur
celle dirigée par un sieur Laurent, rue du Panier,des
détails de la plus originale précision .
Laurent s'appliquait à varier les scènes de sa
crèche, mais son génie inventif s'inquiétait peu de la
vraisemblance. Ainsi, il plaçait, parmi les chèvres et

Os deux crèches célèbres avaient

dans le genre, et

«

les moulons,
tames

et

des giraffes, des rennes, des hippopo¬
bêtes du pôle ou de l'équateur.

autres

Quand le concordat eut rendu au catholicisme son
existence légale, la joie pieuse, motivée par cet évé¬
nement, agit sur l'imagination du bonhomme Laurent,

point de lui inspirer l'agencement d'une scène des
plus excentriques : le Pape, accompagné de ses car¬
dinaux, venait visiter l'Enfant-Jésus, descendait de
son carrosse devant l'étable,
donnait sa bénédiction
au

à la sainte famille
le

agenouillée et bénissait de même

public.
*
*

«

étrange; le rideau de fond
paraissait avec un joli bâtiment de
qui saluait d'une bordée l'Enfant-Jésus repo-

Autre scène non moins

était tiré, la mer
guerre,

*

�24

sanl

LA.

dans

EN

PROVENCE

berceau.

Inventeur logique, Laurent
ficelle, et le divin enfant tressaillait,
les bras comme s'il se réveillait en sur¬
son

tirait alors

agitait
saut.

NOËL

une

»

C'est le même auteur

qui nous apprend qu'en 1867
avait encore en exercice à Marseille vingt crèches
ou pastorales Cette
année-là, la foire aux santons ne
débita pas moins de cent quatre-vingt mille articles
il y

■relatifs
Cette
sans

aux

crèches.

statistique

contrôle.

a son

mérite

; nous

l'accepterons

�IV

CllÙCHK

LA

HI Í AÌHM I.

A

IILMIÎI

AIX

le vole

ana ma

maire,

Maire, lèu vole ana (bis)
Veiré l'infant qu'es na
Dins la grùpio, p&amp;cairé.

Les

pastorales ont seules survécu

lantes mécanisées à Marseille.

Une

aux

crèches par¬

reste

pas un

seul

échantillon du genre en l'an de grâce 1885, et c'est
à Aix que nous allons retrouver les plus
remarqua¬
bles acteurs de cire, de bois ou de carton de ces di¬

théâtres, épaves recueillies par un bien intelli¬
imprésario, notre concitoyen le
père Benoit.
vers

gent, mais bien vieux
Benoit avait

prédécesseur, le sieur Silvy, et
Truphème, frère du cé¬
lèbre sculpteur. Ce dernier avait eu un moment de
vogue bien justifiée par la pieuse et fervente collabo¬
ration
artistique de l'abbé Charbonnier, l'éminent
organiste de Saint-Sauveur, qui lui fabriquait des
partitions et dirigeait ses chœurs
aussi

un

eu un

concurrent, le sieur

Benoit voulut aller à Marseille

affronter

les

con¬

certain qu'il était de son mérite et de ses
ell'ets nouveaux. Son odyssée, racontée par lui-même,
est trop originalement saisissante pour
que je ne subs¬
titue pas son récit textuel à ma traduction.
currences,

�26

LA

NOËL

EN

PROVENCE

depuis huit jours, ma belle salle
du Sépulcre, et je n'avais pas
un chat à mes soirées (Polichinelle a toujours
eu au
moins cet auditoire assuré). J'avais eu la simplicité
d'afficher tout bonnement que la grande Crèche pro¬
vençale d'Aix ouvrirait ses portes Mais les Mar¬
seillais se dirent: « Qu'est-ce que çà peut être qu'une
crèche d'Aix? » Et j'avais déjà mangé un beau
billet de cinq cents francs ; mais, le huitième jour,
j'eus la chance de rencontrer un homme qui con¬
J'avais ouvert,

«

à l'ancienne

naissait
«

ma

voir !

caserne

crèche.

«

Attendez,

me

dit-il,

vous

allez

»

paraissait le lendemain dans la
quel effet, Monsieur ! Toute la préfec¬
ture, la magistrature, le clergé, etc., etc., et il me
fallut requérir des gendarmes pour qu'on n'enfonçât
bel

Un

«

article

Gazette. Ah

mes portes.
«Ici, le père Benoît s'attendrit, la fistule lacrymale

pas

sensible chez les octogénaires pour les
joie surtout.
Pendant que je le remercie, en publiciste cons¬
ciencieux, de sa foi si robuste dans les bienfaits de la
publicité, le digne homme continue à piaffer dans les
souvenirs de ses triomphes marseillais, je n'en re¬
tiendrai qu'un: « Figurez-vous, Monsieur, qu'on m'of¬
frait jusqu'à 20 fr. pour visiter mes coulisses et mon
mécanisme, et que M. X.
un haut fonctionnaire,

est

plus

larmes de

.,

m'avait demandé la faveur de venir faire le coq.
«

«

—

—

El

vous

l'accordâtes ?

Certainement ; que

pouvais-je refuser à

un

bien-

�CRÈCHES

faileur !

et

ET

27

PASTORALES

il voulait faire

bien

plus pour moi, me
spectacle à Paris, avec
des lettres de recommandation
pour l'Empereur et
pour l'Impératrice. Et M. Halanzier. directeur du
Grand-Théâtre, qui devait plus tard devenir celui de
l'Opéra,» car il est venu me voir aussi celui-là,et il a
pris des notes sur mes systèmes de changements à vue
faciliter l'introduction de

et de

mon

machines pour monter des fééries.

»

Le

digne homme atteignait le lyrisme de l'enthou¬
siasme, il grandissait dans son exaltation comme Thiers
à la tribune; sa taille,
identique à celle de notre tribun
local, prenait des proportions athlétiques, et j'eus la
cruauté de jeter un sceau d'eau froidesur cette ébullition pour ne pas
laisser éclater la chaudière.
Quelques grammes de sincérité, additionnées d'ob¬
servations pratiques, me suffirent ; il n'est point hors
de propos d'en reproduire la formule entière dans le
cadre de ces notes où le type, si profondément hon¬
nête du père Benoît, devait avoir sa place mar¬
quée.
*

La fibre

patriotique vibre

vigoureusement
méridionaux, pour
la prétention d'imposer facilement nos impres¬

dans presque tous nos
que

*

assez

cerveaux

sions, nos sensations, nos admirations en dehors de
nos frontières, germe aussi facilement dans bien d'au¬
tres tètes que

celle du bon père Benoît.
compatriotes, le romancier Al¬
phonse Daudet, nous racontant la déception, à Paris,
Un de

nos

eminents

�28

LA

NOËL

EN

PllOVRNCE

du beau

tambourinaire, un des héros de sa belle
analytique parue sous le titre de Numa Rouinestan, met le doigt sur la plaie saignante que nous

ctude

venons

de découvrir.

La crèche de

Benoît,

ce

petit chef-d'œuvre de mé¬

canique doublé d'un poème des plus intéressants,
souvent lardé d'esprit, mais
d'esprit profondément
local comme les marionnettes du Barbisier, de Be¬
sançon, se fût étiolée sous le pâle soleil parisien Qui
donc eût

jamais compris, même avec la traduction en
regard, l'inimitable scène de Langesse, celles du pê¬
cheur de morues, des chasseurs et les propos épicés
des Rugadières I
J'avais un jour décidé un de mes amis exotiques,
fixé depuis longtemps à Paris, à me suivre à notre
spectacle provençal ; c'était un lettré et même un dé¬
licat; il me déclara, abstraction faite de toute exigence
sociale de politesse envers son hôte, s'être beaucoup
amusé. 11 n'avait pas
compris un traître mot, car il
n'avait pas vu arriver la femme de l'ange, c'est ainsi
qu'il traduisait Langesse; mais les., rebuffades sonores
de l'âne et l'acharnement du chien sur les
jupons de
tante Nourade l'avaient beaucoup diverti.
Cet admirateur de confiance de notre poésie pro¬
vençale n'avait saisi d'autres mouvements d'éloquence
que celle des aboiements rabiques du chien et celle
du quadrupède célèbre depuis Balaam
côté du
train de derrière. Le coq même ne laissa pas de pro-

�CRÈCHES

ET

PASTORALES

fonds souvenirs, il est vrai que ce
fonctionnaire M. X... précité, qui
les

29

n'était pas le haut
lançait ce soir-là

joyeux cocorico.

Nous

nous sommes

attardés

sur

des récils

épisodi-

ques autour des crèches parlantes et mécanisées et je
suis obligé d'ajouter un post scriptum à ce chapitre ;
voici l'incident :
Le lendemain du

jour où parut l'article précédent,
frappait à la porte de mon cabinet,
une tête
apparaissait à la vitre la plus basse de l'anti¬
chambre, et je reconnaissais la bonne figure du petit
père Benoît, qui demandait à me remercier des belles
vérités (c'est son expression) que j'avais dites sur sa
crèche incomparable.
Il avait en main un petit paquet qu'il déposait sur
ma table aussi solennellement qu'une relique.
Vous n'avez pas tout dit, mon bon Monsieur,
vous n'avez pas tout vu
voici un de mes chefs d'œ uvre
que vous êtes capable d'apprécier ; et, du paquet
déplié sortit une tète de cire, qu'il prit dans ses mains
et se mit à animer à l'aide de
tirages qui faisaient
pivoter cette tête sur son cou, ouvrir, fermer et tour¬
ner les yeux et la bouche, secouant en même temps
une belle barbe blanche implantée sur les joues et le
une

main discrète

«

,

menton du personnage.
«

—Mais c'est le

décapité parlant que vous me pré¬
celui qu'un Barnum améri¬
quelques années ?

sentez, copie réduite de
cain exhibait il y a

�30

LA

«—

—

voix

mes

Ah !

nos
«

—

«

—

PBOVBNÇR

trois mages.

je le reconnais, c'est celui qui dit d'une

caverneuse

Grand roi
de

EN

Non, monsieur, c'est le roi Balthazar, le plus

beau de
«

NOËL

za

:

les genoux

déposons l'offrande

nous

trésors

mystérieux.
Oui c'est lui, oh! comme

dites bien cela !

vous

C'est que mes souvenirs sont

précis et je

res¬

pecte tout, même l'orthographe ; mais j'avais de la
peine à le reconnaître cc bon roi Balthazar,
l'avais

je

vu

qu'avec

son

diadème

et

pourpre et vous me présentez un crâne
des poulies remplacent la cervelle.
«

—

J'ai

C'est pour vous faire admirer

plus de vingt têtes

chefs-d'œuvre
elles
«

comme

ce

celle-là,

ne

manteau de

son

trépané

ou

mécanisme.
ce

sont

les

de

Bosq, dont j'ai acheté le fond,
valent cinq cents francs la
pièce.
Cinq cents francs par tête ! c'est un beau ca¬

—

pital.
Oui Monsieur, c'est
improductif, car ces trésors
«

—

ce ne

sont pas ceux

forcé de les
«

—

Ne

une

fortune

et un

capital

dorment dans des coffres,

que vous avez

vus

à Aix ;

je suis

ménager.
me dites
plus rien, père Benoit, j'ai

tout

compris, je tiens votre secret III est navrant ; vous
craignez d'offrir comme cible aux berlingots des têtes
de cinq cents
francs; c'est un peu cher, j'en conviens.»

�E3

CRÈCHES

ET

31

PASTORALES

»
*

*

me souvenir qu'un certain soir, j'avais
pleuvoir sur la scène une grêle de projectiles
lancés par les mains d'un de mes voisins que le ser¬
gent de ville de service dans la salle, regardait d'un
air paterne sans mettre la moindre opposition à ce
jeu de massacre improvisé dans le décor mcme du
palais d'IIérode, le grand ordonnateur du massacre

Je venais de

vu

des innocents.
Je

tion

fus dans
au

un

entr'acte traduire

père Benoit, qui

me

mon indigna¬
répondit la larme à

l'œil:
Ah Monsieur,

j'ai fait comme vous le premier
jour, je me suis indigné, mais je me suis rendu devant
«

—

les bonnes intentions
brave

c'est
«
«

étudiant

mon
—

—

:

l'auteur de

qui paie sa place

ce

méfait est

un

tous les soirs ;

meilleur client.

Presque un actionnaire ?
Oui Monsieur, et c'est pour encourager mes

chanteuses.

Qui ramassent les projectiles sucrés ? Je com¬
prends.
a
Que voulez-vous ? il faut bien tolérer quelque
chose à la jeunesse qui n'est pas malintentionnée. »
Et voilà pourquoi le bon papa Benoit n'expose pas
à cette cible, des tètes de rois mages de cinq cents
francs la pièce ;je vous l'avais bien dit, c'est na¬
«

—

—

vrant.

�32

F.A

NOËL

EN

PROVENCE

M. Benoit venait de

replier son décapité parlant
petits pas, semblant avoir encore quel¬
que chose à me dire.
a
Vous n'avez pas parlé, Monsieur, de ma belle

et

retirait à

se

—-

Passion ?
«

—

et de

n'est plus dans mon domaine
sujet annoncé aux lecteurs de la Noël en

Ah c'est que ce

mon

Provence.
«

—

l'effet

Mais

produit

mon

histoire de Marseille, c'est encore'

par une

de

ces

belles têtes de

Bosq, la

tète d'un des bourreaux.

.-Eh bien, père Benoît, je glisserai votre histoire
par-dessus le marché.
«
Ah 1 c'est qu'elle est bien authentique, il y a
—

des témoins d'ailleurs.

»

histoire d'une représentation à

Marseille, de
Notre-Seigneur Jésus-Christ ; (il faut
entendre avec quelle onction pénétrante le père Be¬
noit, accentue le titre de son drame), cette histoire la
voici, c'est toujours le père Benoît qui parle.
« Notre-Seigneur
Jésus-Christ gravit les rochers
du Calvaire et tombe pour la troisième fois sous le
poids de sa croix ; un de mes bourreaux le frappe de
verges pour le forcer à se relever ; une brave femme,
dans la salle, (on me dit que c'était une poissonnière)
jeta un soir un cri d'horreur :
Cette

la Passion

de

�PASTORALES

33

Voues leissa

aquel home, gusas, o li vaoul (\)
Monsieur, l'effet que produisent mes per¬
sonnages sur le public.
Et il faut compter aussi sur le
style dramatique
de votre poème.
Oh le poème est de M. l'abbé
Millet, c'est su¬
perbe Monsieur ; mais vous la verrez, je vais la remon¬
ter ma Passion avec des décors nouveaux et
je termi¬
nerai mon spectacle par l'arrivée des
premiers disci¬
ples en Provence, saint Lazare et ses sœurs. On verra
la Sainte Beaume, un décor réaliste, et la Madeleine
pénitente, dans sa grotte. Toute la Provence viendrait
Voilà

—

—

—

si

savait cela.

on
—

dont

On le

saura père Benoît
! toute la publicité
je dispose est à votre service ; mais.
Mais je suis bien vieux, n'est-ce pas ?
Oh non pas vous ! c'est le XIX°" siècle
qui est
.

—

—

.

.

bientôt centenaire.

#
#

Il

est

#

temps de conclure et la conclusion manque
gaîté : ce brave homme un type curieux

hélas de
avant

tout, une âme d'artiste et un cœur d'apôtre,
homme qui a des têtes de cinq cents francs la
pièce
dans ses coffres, mourrait de faim s'il n'avait
pas dans
les intermèdes de son
spectacle
chaises à
cet

quelques

rempailler.
(t) Veux-tu laisser cet homme grand

gueux ou

j'y vais.

�V
Pastorales à
et à

Marseille

à Ais

Toulon

Lei pastoureù
An fach uno assemblado

Lei
An

pastoureù
tengu lou burèu.

L'étymologie du nom de Pastorale n'est pas destinée
plus de tortures aux Saumaises de l'avenir
qu'aux archéologues du passé. Elle découle très na¬
à fournir

turellement de la

chœurs
nouvelle

mise

en

scène des

noéls

ou

des

de

bergers (Pastores) colportant la grande
que les messagers célestes viennent de leur

annoncer :

Oh!

Bergers ! Oh, la grande nouvelle ! etc.

Les premiers noëls pastoraux limitaient à cette cor¬
poration leurs personnages avec les interpellations des
anges et les chœurs de ceux-ci. il était réservé à l'i¬
magination primesautière des noëllistes provençaux,
de varier les dialogues comme les dialogueurs, et
d'inlroduire les variétés de personnages qui englo¬
bent lous les corps de métiers depuis l'amoulaïre
jusqu'aux bugadièros ; le XIXe siècle n'a pas encore
songé à y ajouter un type de l'époque celui du mar¬
chand de journaux un nouvé-lliste par excellence,
je crois que l'idée peut faire son chemin.

�35

PASTORALES

Les

pastorales furent, à leur époque de pureté
d'abord dans les églises, les
couvents et les institutions religieuses.
Un de mes amis, provençal du Comtat, me raconte
avoir vu encore il y a quelques vingt ans une pas¬
torale célébrée dans l'église de Rognonas à la messe
native, repiésentées

de minuit.

Une troupe de jeunes gens précédés de plusieurs
joueurs de tambourins, tous fort bien attifés avec des
houlettes enrubannées, de vrais bergers de Wateau,
se mettaient en marche à minuit. Quelques-uns con¬
duisaient des agneaux en laisse, d'autres portaient
des tourterelles dans des cages. Us frappaient à la
porte de l'église en entonnant le célèbre noël :
Oh de l'oustaou mestre mestressa !
dès que la réponse arrivait de l'intérieur, le pieux
cortège fendait la foule pour venir se ranger autour
et

du

sanctuaire

en

continuant les

chants

variés

de

noëls

pendant la messe de minuit.
C'est peut-être une de ces messes qu'eut l'beur
d'entendre l'historiographe Pasquier quand il écri¬
vait à propos de la Provence : &lt;&lt; Toutes leurs solen¬
nités sont de vraies fêles, leurs fêtes des spectacles
brillants » (1)
(I) Recherches de la France /Tasquiek liv. XV chap.

�36

I.A

KOEL

EN PROVENCE

Le fait que je puis citer pour Rognonas avec un
témoignage authentique devait avoir nombre d'imi¬
tations dans les diverses paroisses rurales du Comtat.
Le pasteur zélé qu i voudrait ressusciter ces touchants
usages trouverait-il encore des acteurs ? Oui si c'était

pour une
Donc

comme

en dehors des murs de
larme à cette pittoresque coutume

farandole

une

tant d'autres par

l'église.
balayée

le progrès, et passons.
#
*

#

plus anciennes Pastorales connues en Provence
eu pour
théâtre des maisons d'ordres en¬
seignants : on citait au milieu du dernier siècle celle
des pères oratoriens, dont le libretto ne doit pas
avoir été imprimé. Je l'ai vainement cherché dans les
bibliothèques publiques de Marseille etd'Aix, mais
plus d'une ancienne famille possède des copies ma¬
nuscrites des noëls et cantiques réunis à cet effet.
La pastorale de saint Martin eut aussi son moment
de grande vogue, elle ne fut interrompue que par la
Les

avaient

tourmente

révolutionnaire.

première moitié de ce siècle, l'abbé Billom curé de Saint-Victor essaya une heureuse re¬
prise de cet usage dans l'église dépendant de la
célèbre abbaye, et de nos jours le curé de la nouvelle
paroisse de Saint-Michel, à la plaine, tenta une re¬
production des fêtes religieuses romaines avec prédi¬
Dans la

cations enfantines devant le
d'hommes et d'enfants.

sacro

bambino et choeurs

�37

PASTORALES

LA PASTORALE

DE

L'ABBE

THOBERT

mouvementée
et
dialoguée
d'anges et de bergers qui eut le plus
long et le plus légitime succès pendant la fin du der¬
nier siècle et au commencement de celui-ci, fut celle
de l'abbé Thobert, prêtre de la maison du BonPasteur, la vieille pépinière du clergé marseillais.
L'abbé Thobert était né à Gcmenos près Marseille en
1736, il mourût fort jeune en 1777, laissant outre sa
célèbre pastorale quelques pièces provençales du plus
pur comique celle entre autres de Fresquièro ou la
La

avec

vraie

Pastorale

chœurs

Coué de l'Aï.
Dans ses souvenirs d'enfance Louis Mery donne un
portrait complet de ce bon abbé Thobert dont le
talent se rapprochant très souvent du vis comica de

d'Aristophane avait aussi un côté lyrique.
ces vifs dialogues de l'abbé Thobert ou les
anges parlent en français et les paysans ou pétras
en
patois, l'auteur indiquait la date de son œuvre
par le choix des airs qui sont pour la plupart ceux
du Devin de Village de Jean-Jacques Rousseau.
Les saintes joies du plus grand de nos mystères,
Plaute et
o

Dans

la tiédeur de

la

nuit

bénie entre toutes

comme

le

Shakespeare — Ilallowed — les doux échanges
d'allégresse entre les messagers célestes et les ber¬
gers de Béthléem, tout se trouve, tout reluit et
palpite harmonieusement dans cette pastorale qui
est, à nos yeux le chef-d'œuvre du genre. Et pour
citer seulement un passage, quel bonheur ineffable
éclate dans le chant du retour des bergers :
dit

�38

LA

NOËL

PROVENCE

EN

En si retournant dins

noustrei champs

Célébren l'amour daou tout-puissant;
Pèr nous sauva s'est fach enfant
S'es abeissa jusquau néant !

L'air est admirablement choisi, il est

tendre et dou¬

cement exalté.
«

Gardons,

vieux Marseillais ! gardons pré¬
Thobert ; il a

nous

le souvenir de l'abbé

cieusement

égayé nos jeunes années avec son Fresquièro, il les
a
pieusement parfumées aussi avec sa Pastorale ;
ne doit-il pas nous être cher et sympathique !
Cette pastorale est élroitemeut liée dans mes
souvenirs avec la voix nasillarde et chevrotante de
l'abbé Carrier (1)
et
ce grand latiniste parlait
chantait du nez et quand il nous distribuait les di¬
rôles de la pastorale de l'abbe Thobert,
vers
il
s'adjugeait celui du Père Eternel. Je le vois encore
devant son clavier
le mot piano lui faisait hor¬
reur
préludant de ses doigts courts et épais,
«

—

—

aux

premières

éternuant
Purs

de

mesures

la pastorale,

ensuite

ces vers :

esprits, 0 messager du paix,

Accourez à

ma

voix du

séjour de Tonnerre 1

*
*

Il m'est donné de
souvenirs de

*

pouvoir compléter les charmants

Méry à propos de ce bon abbé Carrier.

(I) Professeur de rhétorique au séminaire du Bou-Pasteur
où Louis Méry avait commencé son éducation.

Marseille

de

�39

PASTORALES

vieil¬
des plus petites paroisses
rurales de la
banlieue de Marseille a quelques
centaines de mètres de la belle promenade du Prado
L'abbé Carrier fut

nommé dans son extrême

lesse curé du Rouet, une

Bernex-Philippon faisait,alors seulement,planter
premiers jalons.
Je passais à cette époque mes vacances dans la
villa paternelle, située tout près de la petite église
paroissiale et je remplissais avec mon jeune camarade
et voisin de campagne, Ferdinand de Queylar, les

dont
les

fonctions d'enfant de chœur.

échange de cet office qui relevait les splendeurs
le bon abbé Carrier nous donnait quelques
répétitions de latin et nous faisait traduire les pre
miers chapitres du De Viris.
En

du culte,

*
*

*

répéter que le bon
l'appelait maître Carie le
chanlre de la paroisse, avait été envoyé dans cet
humble presbytère en pénitence.
En pénitence ledigne homme! et pour quel méfait?
Je crois avec ma mère vénérée, la plus assidue de
ses paroissiennes, qu'on avait plutôt voulu lui consti¬
tuer une sinécure dans cette humble paroisse de
On

curé,

130

ne se

un

ou

faisait point faute de

saventas, comme

?00 âmes.

Mais le brave homme ne
voulait

l'entendait pas ainsi ; il

prêcher et il avait, il faut

le dire, la plus

�40

LA

NOËL

EN

PROVENCE

belle chaire du

département, une chaire richement
sculptée et toute dorée avec les quatre évangélistes en
ronde bosse sur la vasque, et un Saint-Esprit non
moins doré, aux ailes éployées, se détachant sous
l'abat-voix. Cette chaire qui se voit encore dans
l'humble église avait été achetée aux enchères de la
nation après la dissolution d'un riche couvent de
recollets.
#
#

*

l.'abbé Carrier avait annoncé
très

intéressants

sur

la

une

liturgie

série de

et

sermons

les symboles

catholiques.
La curiosité attira

quelques ouailles au premier
qui débutait par l'explication des six chan¬
deliers de l'autel ; pourquoi il y en avait six au lieu
de sept qui devrait être le nombre sacré
H n'était
question que de citations du Pentateuque et du Deusermon

téronome, cl tout cela dit
nasillarde dont

avec

la voix chevrotante

parle Louis Mery,

et

L'auditoire s'en¬
dormait a souhait avant la fin du premier point ;
au
troisième sermon, sur le troisième chandelier il
n'y avait plus que maître Carie, ma mère, ma sœur
et quelques bonnes paysannes attendant le salut final.
Je ne parle de ces sermons si savants que par ouï
dire, car nous nous empressions avec l'ami Ferdi¬
nand de nous échapper par la sacristie dans le jar¬
din de la cure,bien avant l'Ave Maria et, sans quitter
nos surplis brodés, nous
jouions à la marelle jusqu'au

�41

PASTORALES

premier coup de cloche annonçant la bénédiction,
nous courions alors
reprendre nos graves fonctions
et demander à la vieille Nanelte, la servante du curé,
le morceau de charbon ardent pour garnir l'encensoir.

Quel âge pouvait avoir le bon curé Carrier à l'é¬
poque où nous lui servions la messe ? Je
mais ce que je n'oublierai jamais c'est que

l'ignore,

la décré¬
pitude du digne homme se traduisait par une pertur¬
bation des fonctions de l'estomac qui engendrait des
bruits étranges, ce que Mme Dacier traduisant Ho¬
mère a appelé des borborygmes, mais nous n'avions
pas encore traduit Homère à l'âge où nous servions
la messe au curé Carrier, et nous appelions cela tout
autrement.

Ces crépitations étaient surtout accentuées par les
génuflexions obligatoires arnmoment de l'élévation, et
le carillon bruyant de la clochette que nous agilions
frénétiquement, empêchait seul l'assistance d'enten¬
dre ces étranges murmures et dissimulait, au bon
curé les éclats de rires que nous avions peine à
comprimer mon ami Ferdinand et moi.
Je crois bien que le bon curé à qui il ne restait
plus à la fin que deux auditeurs, ma digne mère et
maître Carie le chantre à lunettes, n'a jamais achevé
ses

savantes

homélies

sur

les

six

boliques et qu'on se décida à

chandeliers

sym¬

l'envoyer finir

son

�42

LA

NOËL

UN

PROVENCE

existence si bien

remplie de professeur d'éloquence

sacrée, dans

maison de retraite des prêtres âgés

et

une

infirmes.

Plus de trente

après eelte époque je rencontrais
Paris mon ami de Queylar
aujourd'hui châlelain dans les environs de Ram¬
bouillet. Après les premiers épanchemenls de nos
sur

les

ans

boulevards de

amitiés d'enfance

et le

récit de

nos

aventures réci¬

pendant trente années de navigation en sens
opposé sur les hautes mers de la vie, mon ami Fer¬
dinand arrêta brusquement le dialogue palpitant
d'animation pour me dire : «Te souviens-tu des gé¬
proques

nuflexions du curé Carrier ?
Je

»

doutais pas

à cette époque qu'une digres¬
sion à propos de Pastorales m'amènerait à raviver
et reproduire ce souvenir d'enfance que je demande
à mes lecteurs de me pardonner pour reprendre le
fil de notre monographie des Pastorales en Provence
ne me

LA PASTORALE

DE

L'ABBK.

JULIEN

Un vicaire de la paroisse populeuse de Notre-Dame
du-Mont, fondait vers l'année 1841 une œuvre de
patronage de la jeunesse de la classe ouvrière qui dut
à l'intelligente idée et surtout au zèle ardent de son
créateur un succès rapide et un accroissement ex-

�PASTORALES

43

ou quatre cents jeunes gens répon¬
premier appel et ce nombre devait se
doubler plus tard.
Un vaste local, dépendant d'une ancienne chapelle
de Pénitents dans la rue Nau, près la plaine SaintMichel,servait aux réunions : les distractions les plus
variées n'étaient que le corollaire des offices divins
et des instructions obligatoires que suivait avec assi¬
duités la clientèle du patronage, grâce au charme
que savaient déployer les collaborateurs
qu'avait
été forcé de s'adjoindre le fondateur
Les abbés Perrée, Isnard et le jeune abbé Bayle,
qui devait obtenir plus tard au concours une place
de chapelain de Sainte-Geneviève, se partageaient le
soin de cette évangélisation familière et cordiale.

traordinaire.Trois
dirent

au

L'abbé Julien avait
teurs

laïques

su

; nous

recruler

aussi descollabora¬

leur ferons leur part légitime

dans le courant de ces souvenirs.

Quelques sociétés d'ouvriers avaient déjà eu l'idée
se constituer en troupes dramatiques d'amateurs;
l'abbé Julien ne voulut pas négliger cet attrait et eut

de

l'idée de monter
I.e succès des

une

Pastorale.

premières représentations données
dans la vaste chapelle de la rue Nau, très ingénieuse¬
ment disposée pour cumuler les deux services sacrés
et profane fit grand bruit à Marseille. On se bous¬
culait à la porte de ce nouveau théâtre, bien qu'il fût
installé dans un quartier fort excentrique, et quand
les billets de faveur qui avaient dû fort naturelle¬
ment, être d'abord offerts aux familles des acteurs et

�il

LA

NOËL

EN

PROVENCE

des membres de l'œuvre furent

épuisés, le bon abbé

aborda franchement, dans l'intérêt de sa création, la
série des billets payants, et les cartes d'entrées au

prix modique de 1 franc firent bientôt prime, hâtonsnous d'ajouter que le spectacle valait bien
l'argent.
*

*
«

Un vrai

théâtre, de vrais décors fort artistique¬
plus des figurines mues
par des ficelles, mais des acteurs de chair et d'os,
doués pour la plupart de fort beaux organes,détaillant
à ravir les charmants Noels qui coupent le dialogue
le plus animé, et se constituant en chœurs de la plus
irréprochable harmonie.
Le bon abbé n'avait fait
d'exception pour les
personnages animés que pour la Vierge-Mère et le
divin Enfant qui seuls étaient en statues modelées de
grandeur naturelle, et aussi pour les chameaux delà
royale escorte qui défilaient au troisième acte dans le
fond de la scène ; mais quels superbes chameaux !
Il avait sous sa main tous ses artistes : des sculp¬
teurs, des modeleurs, des peintres et des mécani¬
ciens; il avait même trouvé un librettiste, car cette
ment

brossés ; ce ne sont

Pastorale

était

la création d'un

l'œuvre, Antoine Maurel,

un

des

membres

de

miroitier doreur.

*
#

Pendant les trois
a

divisé cette page

*

longs actes dans lesquels l'auteur
de la divine épopée, l'action est

*

�45

PASTORALES

toujours vive, soutenue, souvent même chaleureuse,
quelques scènes d'une nouveauté piquante, une cor¬
rection paternelle et une querelle de ménage du
plus partait naturel
Si le dialogue n'est pas toujours empreint d'une
dignité sévère, d'une noblesse irréprochable, cette
déviation aux règles ordinaires du goût est ici néces¬
saire pour conserver la plus précieuse des unités
scéniques ; les acteurs ne seraient plus vrais s'ils
puisaient leurs images en dehors de la sphère de
leurs idées et de leurs

mœurs.

toujours conquis leur
de spectacle,aussi bien ici
qu'à la crèche mécanique; la scène où maître Jourdan
Les anachronismes ont comme

droit de cité dans
cherche à

ce

soustraire

genre

à l'atrabilaire

curiosité de

sa

femme, l'offrande qu'il apporte à l'étable de Beth¬

léem, une morue de vaste
originalité désopilante

envergure,

est d'une

*
#

J'ai ravivé

mes

#

souvenirs en empruntant à un nu¬
Midi de l'époque, presque

méro de la Gazette du

lignes qui précèdent, et si je n'ai pas guilcitations, c'est que la main qui vient de
tracer ces reproductions a le pouvoir d'absoudre un
voleur qui s'est volé lui-même.
Un autre écrivain, l'auteur des Souvenir mar¬
seillais et Provençaux, M. J. Cauvière dans un des
toutes

lemeté

les

mes

�46

LA

volumes
une

de

sa

NOËL

EN

curieuse

plume autorisée

un

PROVENCE

publication (i) rend avec
nouvel hommage à la Pasto¬

rale de l'abbé Julien.
Dans la

pastorale Maurel, la vraisemblance n'é¬
violée comme à la crèche ; les anges par¬
laient provençal de môme que
les bergers, et
l'action dramatique offrait un certain intérêt. Les
bohémiens y jouaient le rôle de brigands ; il y avait
un enfant
perdu et retrouvé, il y avait surtout un
«

tait pas

rôle

de

niais,

celui de Pistachié dessiné

en

gro¬

tesque et, qui aurait fait à lui seul,

le succès de la
pièce, car les traits en étaient empruntés à des in¬
cidents, à des habitudes tout à fait locales, Depuis
le moment où Pistachié ahuri fait son entrée, jus¬
qu'à celui où il s'agenouille devant l'enfant Jésus,
cet amusant personnage accaparait la scène, exci¬
tant toujours l'hilarité.
Les effets bouffons de cette pastorale étaient
complétés par l'intervention de personnages ana¬
logues : Pimpara, VAmoulaïre, la paysanne Iiouslido et autres dont les noms Micoulaou, Chiqué,
Chicoulet, Flouret, Jigé, auraient suffit pour mettre
l'auditoire en gaîté. »
«

#
#

L'auteur de

ces

souvenirs

torale Maurel vient de

(') Le Caducée»

#

parle au passé et la Pas¬
reconquérir sa place au soleil

�PASTORALES

47

de l'actualité ; on

la rejoue dans toute sa première
verdeur, non plus hélas ! au patronage de l'abbé
Julien, mais sur une scène bien autrement profane ;
elle a obtenu l'hiver dernier, soixante
représenta¬
tions très courues aux Folies Marseillaises, défiant les
cinq ou six concurrences du même spectacle don¬
nées dans d'autres locaux.

La Pastorale

la

a

étrange antithèse
pastoral !

vie

aux

dure

mœurs

à

de

Marseille ;
ce

quelle
peuple si peu

#
#

#

Un poète provençal Bellot voulut
exploiter ce
goût des Marseillais et fit représenter en 1851 au
théâtre du Gymnase une pastorale qui ne
manquait
pas d'originalité ; mais les anachronismes y vont jus¬
qu'à l'extravagance. A l'acte de la crèche, les bohé¬
miens, touchés par la grâce, restituent les produits
de leurs rapines
l'aveugle recouvre la vue ; deux
des rois mages débitent leur compliment en
français,
le roi maure en langue Sabir et il offre une
pipe à
Saint-Joseph. (1)
Voilà un anachronisme que le bon abbé Julien
n'aurait jamais accepté, lui qui parlementait avec son
librettiste à propos delà morue que Maurel substi¬
,

tuait à l'offrande deia dinde traditionnelle.
«
Mais la morue disait Maurel est bien
—

(D Caducée, tome VI.

plus

�48

LA

NOËL

PROVENCE

EN

franchement marseillaise et l'anachronisme n'est pas

plus saillant

;

tables de

rôti

le hon missionnaire qui a doté nos
plantureux de la poule-dinde n'é¬
tait pas plus né au premier an de notre ère catho¬
lique que le marin qui jeta le premier ses filets sur
ce

les bancs de Terre-Neuve !

se
ne

»

Va donc pour la morue », dit le bon abbé, sans
douter du prodigieux effet de cette exhibition qui
lui coûtait rien comme entretien dans sa basse-

«

—

cour, car

la

contentait d'un clou au maga¬
qu'elle épiçait de son acre parfum.

morue se

sin des accessoires

*
¥

¥

Ce libre champ admis pour l'irruption anachro¬
nique, pourquoi récriminerions-nous sur l'originale
idée du poète Bellot de faire offrir un narghilé ri¬
chement doré au roi des rois devant lequel il rient
incliner

sa

tête couronnée ? L'illustre aïeul de

mon

imprimeur, Jean Nicot qui découvrit 1 herbe célèbre,
si chère aujourd'hui aux tabatières et aux pipes, est
mort dans le même siècle que Racine
et Corneille
qui laissaient jouer leurs chefs-d'œuvres tragiques
par des Romains portant perruque et en habità la
française.
Absolvons donc la pipe à Bellot comme la morue
du librettiste Maurel.

�PASTORALES

49

Maurcl figurait comme acteur dans
sa Pastorale :
il était affecté d'une forte claudication
; mais il jouait
un rôle de vieillard
lait

appuyé

avec

une

voix

sur son bâton, et détail¬
sympathique les couplets

très

qu'il avait rimés.
Une autre voix

fureur, c'était
quel j'ai
hâter de

superbe de basse profonde faisait

celle de Granon

un

drolatique aventure
piquer au passage dans la
une

blier dans
venirs

ce

branle-bas

et

ce

menuisier
que

sur

je vais

le¬
me

crainte de l'ou¬

pèle-mêle de

sou¬

.

#
#

Granon chantait
d'une fois

lançait

en

devant

à
son

poussant sa

de la Juive. Les

#

merveille et

fit arrêter plus
dilettanti, quand il
varlope les superbes strophes

banc des

fioritures vocales

sorlaient

de

ce

gosier enchanteur en même temps que les ru¬
bans de sapin détachés
par son rabot ; mais le
récitatif ou le dialogue dans
l'opéra-eomique étaient
le grand écueil de Granon.
Le bon

abbé

Julien

grisé parle succès de cette
voulut pas s'arrêter en si
bon chemin ; il songea à utiliser sa
troupe célèbre
pour monter un drame biblique qui devail succéder à
la pastorale qu'on
ne pouvait jouer après l'époque
traditionnelle, bien que le succès n'en fût pas épuisé.
si heureuse

tentative

ne

�50

LA

NOËL

EN

Joseph tendu par ses
L'abbé Julien avait trouvé
récusant

PROVENCE

Frères fut le sujet choisi.
ses

librettistes, Maurel

se

dehors de la rédaction

provençale.
M. Auphan, un vieux proftsseur en retraite et
M. de Catelin, un journaliste en herbe, se mirent à
l'œuvre et apportaient quinze jours après le poème
demandé, un assez adroit remaniement de la pièce
d'Alexandre Duval pour conserver tous les airs brodés
par Méhul sur ce thème.
en

L'abbé Julien irradiait à

rapidement fabriqué
»

—

Mais

«

—

Tout

vous
au

la lecture

du librelto si

:

êtes de vrais Alexandre Dumas 1

plus des Alexandre Duval, répondit

des librettistes.

un
«

Quel beau rôle pour Granon que celui de
Ajouta le bon prêtre.
—Oui tant qu'il chantera ; mais il y a du parlé ;
—

Jacob!
«

c'est là le hic.
«

—

Vous

dirigerez les répétitions, vite à l'œuvre
prêts avant le carême. »

il faut que nous soyons

#
•

Il

#

qu'à copier ici les mémoires intimes
qui sont devenus ma
propriété par droit de naissance seulement ; c'tst
suffisant pour que personne ne cric au voleur.
L'ouvrage fut monté en moins de trois semaines ;
ne me

reste

d'un des librettistes, mémoires

de

superbes décors peints

par

Roche-Lattila décora-

�PASTORALES

51

leur du

grand théâtre, retardèrent seuls de quelques
jours la première représentation. Le palais des Pha¬
raons

fut d'abord

inauguré

pour

servir de cadre à

superbe séance de prestidigitation qui paya
largement les frais de cette luxueuse mise en scène.
L'acte du désert, avec sa vraie citerne dans
laquelle
on descendait
Joseph avant la conclusion du mar¬
ché avec les marchands ismaélites,
permit de faire
figurer dans le lointain les superbes chameaux de la
crèche,et les tentes des Hébreux dans les champs de
Mésopotamie se détachaient sur un ciel asiatique très
une

éclairé.
C'est d'une de ces tentes
que sortait Jacob-Granon
quand on venait lui annoncer la mort de Joseph : le
bon vieillard aveugle n'avait
que trois mots à dire en
avançant ses mains tremblantes devant le vêtement
savamment

qu'on lui apportait

comme preuve

fils dévoré par les bêtes féroces
«

—

La Robe de

de la

mort de son

:

Joseph !

»

C'était bien simple direz-vous ?

Pas si
faire

simple que cela, car je mis douze soirées à
répéter à Granon ces trois mots qu'il lâchait

d'abord

avec une

roulement

voix tonitruante

d'orage,
Laaa

—

en

Rooohe —de

Invité à raccourcir
désolante concision.

et

comme un

vrai

allongeant les voyelles.

son

Joooseph !

effet il le

scindait

avec une

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

Enfin, je croyais tenir la vraie note. Granon l'a¬
que possible à la dernière
répétition. La première représentation arrive: crac,
le premier effet revient par enchantement,
et le pu¬
blic applaudit à outrance le roulement de tonnerre :
vait donnée aussi bien

l'abbé Julien

et

me

peine d'avoir cueilli

traita
une

de

puriste

;

c'était bien la

bronchite dans

les courants

d'air des coulisses du théâtre. Chacun sait
que
coulis est des plus traîtres.

le vent

*

*

*

Malgré son grand succès de chanteur Granon re¬
grettait ses premiers effets à diction provençale ; il
quitta la troupe l'hiver suivant et fut accepté comme
premier sujet dans une autre troupe d'amateurs
qui
ne
jouaient pas la pastorale, mais la tragédie...
en
provençal.
Un original qui

s'appelait Dionis autant qu'il
souvient, eut l'idée de remanier en vers pro¬
vençaux la Mort de César : Granon fut très fier de se
m'en

voir offrir le
Le beau
son

vers

rôle de Brutus.
de l'assassin après la

crime avait pu

perpétration de
être littéralement traduit :

César voilà ton coup

César
Granon

vaqui toun

comme au

mortel !

cou mourtaou

!

théâtre de la Pastorale avait été

superbe d'effet à la répétition : à la première repré¬
sentation il s'écrie avec son superbe
organe :

�PASTORALES

César vai
et César était

Le

un

53

quitta toun marteou ! (4 )

serrurier.

propriétaire de l'immeuble, une immense

d'une traverse de
solidité de

la

maison

sa

Breteuil

rue

les

sous

trembla

remise

pour

la

trépignements affolés

de l'auditoire.
*
#

La

*

langue avait-elle fourché à Granon qui, bien
rodomont à la ville,
scénique, maladie

que plein d'assurance et presque
m'avait avoué qu'il avait le trac
bien

connue

des

acteurs?

Ou

bien avait-il calculé

d'avance de

produire l'effet de sa drolatique version ?
On ne l'a jamais su ; mais il ne put jamais se rétrac¬
ter et le public hurlait et sifflait
quand Granon
voulait s'observer pour ne pas défigurer
le libretto,
et on criait sur l'air des lampions :
Lou Marteou !
Lou Marteou !

jusqu'à

ce que

Granon

se

fût exécuté.

L'enthousiasme des foules
(I) César

va

quitter ton marteau !

ne se

discute pas.

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

L'abbé Julien

ne professait pas
pour la déclama¬
français la même aversion que son transfuge
pensionnaire Granon.
Il voulut la deuxième année rajeunir sa pastorale
en y ajoutant un acte tout
entier et en verss ; c'est
ainsi que prononçait le bon abbé.
On pouvait utiliser sans nouveaux frais de mise en
scène, le beau décor du palais de Joseph qui de¬

tion

en

viendrait celui d'Hérode.
Il voulait des
en

vers

l'abbé Julien

alexandrins était devenu

tistes ordinaires refusant de
la

de

tement

sa
se

:

le songe

d'Hérode

marotte, et ses libret¬
servir trop maladroi¬

lyre, il s'adressa à

un

vrai poète du

cru.

baron

Le

célèbre,

Gaston

de

Flotte

déjà notable, sinon

avait été

honoré de plusieurs visites de
Lamartine pendant son séjour à Marseille en 1832,

Orient
répondait que par des pro¬
un
peu vagues aux sollicitations de l'abbé
qui trouva un assez ingénieux moyen d'arriver

époque de

son voyage en
noble poète
ne

Le

messes

Julien
à

ses

fins.

Il invita

jour à déjeuner le baron de Flotte et
partie de
les Mar¬
seillais poussent le culte jusqu'au fanatisme ; il poin¬
tait et lirait a ravir et triompha très facilement du
poète, dont le jeu était fort rudimenlaire. On avait
joue une discrétion ; l'abbé imposa le Songe ; son
rêve depuis si longtemps, il le vit enfin réalisé. Le
un

lui proposa pour activer la digestion, une
boules. L'abbe était très fort à ce jeu dont

�PASTORALES

55

poète fut généreux, trop généreux peut-être, car la
Pastorale eut un acte de plus, grâce à une partie
de boules. J'ai dit trop généreux et je tiens à m'expliquer ; ce n'est point seulement à cause de la lon¬
gueur des tirades d'alexandrins,mis par le poète dans
la bouche d'Hérodeeldu grand prêtre son interlo¬
cuteur, que par les difficultés du débit dans un
milieu d'artistes pareils. Ces bons ouvriers ne parlant
usuellement que le Provençal, se trouvaient fort em¬
pêtrés dans des alexandrins sonores, complètement
travestis par l'accent trop fortement alliacé de ces
bouches.... du Rhône.
#
*

Voilà

•

dont ne se préoccupent pas assez les
dignes émules du bon abbé Julien qui a fait litté¬
ralement souche de dévouements identiques pour les
patronages d'ouvriers.
Les noms vénérés de l'abbé Rouden, des abbés
Timon-David, de Bonde, du chanoine Rolland, vien¬
nent naturellement sous ma plume à ce sujet. Dans
ces divers patronages
on a cédé à la grande attrac¬
tion des représentations scéniques ; pourquoi n'y
entendons-nous pas plus souvent des comédies pro¬
vençales où les acteurs parleraient avec élégance et
facilité leur langue maternelle ?
Les poèmes ne feraient pas défaut. En dehors du
répertoire connu de Maniclo ou loti Groulié bel
ce

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

Esprit, de Fresquièro du bon abbé Thobert et de
tant d'autres, on ne manquerait pas de librettistes;
le veut est au félibrige il est l'heure d'en
profiter, et
l'on rirait bien plus franchement devant ces
joyeusctés bien locales qu'on
face d'un vaudeville de
Désaugier, travesti, retapé pour les besoins delà cause
et surtout écorché par un
jeune riverain de la Torse
qu'il ne faut pas confondre avec un gamin des bords
de la Seine.

Mais

notre

récit vient

boules du partner

de rouler

comme

une

des

de l'abbé Julien en dehors du
chemin ; si les pierres en roulant n'amassent
pas de
mousse, les boules ramassent quelquefois un conseil;
mettons-le en portefeuille et poursuivons.
Il ne sera point inutile de
rappeler par la même
occasion que le poète collaborateur de la pastorale
de l'abbé Julien était une des plumes d amateurs les
plus dévouées à la Gazette du Midi dont les doctrines
lirent le bonheur et l'honneur de la vie du
gentil¬
homme. Cette mémoire de royaliste militant lui sur¬
vivra peut-être plus que les nombreux
poèmes qu'il
a laissés, car on
peut aller jusqu'à la demi-douzaine ;
Le Dante exilé, La Vendée, Jésus-Christ, un drame
chrétien Sainte-Cécile, des mélanges littéraires, etc.,
etc., bagage poétique important mais peut-être un
peu lourd pour peser même sur la pierre d'un sé-

�57

PASTORALES

pulcre,il

de fort belles choses sans doute dans ce
productions poétiques, mais en fait
de poèmes il est inutile de se souvenir
que le divin
Homère n'en avait fait que deux et s'endormit
quel¬
quefois dessus :
y a

ballot bourré de

Quandoque bonus dormitat llomerus
Bien que

Gaston de Flotte fût l'ami de Méry, ce
pas dissimuler sa griffe, lorsqu'à l'ap¬
parition du poème de Jésus-Christ il décocha à l'au¬
teur, ce trait aussi finement railleur que peu confra¬
dernier

ne sut

ternel.

Pauvre Jésus quel sort affreux !
Souffleté par lseariote
Crucifié par les Hébreux
Et clianté par Gaston de Flotte.

(I )

Méry dont le bagage littéraire avait trouvé plus
d'expansion au double point de vue de la renommée
et du mercantilisme,n'aurait certainement
pas répudié
les deux volumes de prose intitulés : les Bévues Pari¬
siennes où Gaston de Flotte fait

une

chasse acharnée

à toutes les

erreurs, à tous

les

dépensés

jour le jour

les gazettiers Parisiens.

au

par

(l) Voir notes justificatives IV.

lapsus et les

anas

�58

LA

NOËL

EN

PROVENCE

Gaston de Flotte est mort

en 1880, âgé de 78 ans,
poésie distribue donc quelquefois des brevets de
longue vie.

la

#
*

Il

est

autres

#

temps de continuer la nomenclature des

Pastorales marseillaises dont

je n'ai

pas encore
adieu à celle de

fait mention

:

l'abbé Julien

qui,je l'ai dit déjà,a survécu à

cet

adieu

sera

donnons

triste,

car

un

dernier

son œuvre:

il constatera la versatilité des

choses humaines même des meilleures ehoses.
La

chapelle de la

rue

Nau, et le local étaient deve¬

vraiment insuffisants pour les huit cents socié¬
taires que comptait le patronage ouvrier ; le bon
abbé avait pu faire quelques économies, et avec sa
nus

foi dans la

Providence, il crut pouvoir réaliser I ave¬
qu'il rêvait. Il acheta un vaste terrain et com¬
mença des constructions grandioses ; il voulait faire
grand, trop grand hélas ! il fut vite obéré et fut tra¬
qué par les huissiers comme un simple propriétaire
aventureux.
Je recevais dans les premiers jours de
4847, une lettre navrante dans laquelle le digne
prêtre, me contant ses tribulations, ajoutait : « Je
puis tout craindre, même la prison pour dettes ».
Notre chambre législative n'avait pas encore aboli
cette pénalité qui pourrait embarrasser aujourd'hu
plus d'un homme d'Etat coupable de moins bonnes
œuvres
que le digne abbé Julien.
nir

�PASTORALES

59

«
#

#

Ce saint homme

s'éteignit à peine âgé de cinquante
le 28 février 1848, au lendemain d'une révolu¬
tion politique qui eût bien agravé ses embarras.
Son beau local devint un club célébré, celui des
Amis de l'Ordre plus connu sous le nom de club de
la Loubière. Les ouvriers du patronage en formèrent
naturellement le premier noyau.
Ce furent d'excellents patriotes, mais on ne trouva
pas un second abbé Julien pour les diriger.

ans,

L'influence de cet homme

aux allures si simples et
prestige autoritaire étaient immenses, son arme
essentielle de commandement n'était qu'une sonnette.
Il s'asseyait pendant les représentations dans une
petite logetle, située au centre de la salle, à la hau¬
teur de la tribune, et c'est de là qu'il surveillait la
scène et la salle ; il agitait sa sonnette avec un certain
mouvement d'impatience
quand l'entr'acte lui parais¬
sait trop long ; les acteurs avaient compris et le
rideau ne lardait pas à se lever Dans lesjoursde salle
comble un simple coup de sonnette et un regard sur
la foule houleuse et trop bruyante,
et tout rentrait
immédiatement dans l'ordre et le calme le plus par¬
fait. Ceux qui connaissent un public marseillais com¬
prendront la valeur de ce succès.
son

�60

LA

Cette sonnette
rendu

visible,

EN

PROVENCE

représentait la présence de Dieu
rappels à l'ordre étaient bien au¬
que ceux du président de la cham¬

ses

trement efficaces

bre des

NOËL

députés

avec

LA

la même

arme

PASTORALE

dans la main.

CHAVK

C'est le

grand succés de Ja Pastorale de l'abbé Ju¬
qui détermina la concurrence des amateurs du
théâtre Chavc dans ce même quartier de la Plaine.
Ce nouveau genre de spectacle, ramena la faveur
à ce théâtre qui ne battait que d'une
aile avec
les drames ou les vaudevilles que débitaient les ac¬
teurs devant des banquettes
trop garnies de parents
lien

et

d'amis nantis de billets de faveur.
Le scénario de cette Pastorale

qui a été si souvent
depuis ses quarante années d'existence
prospère, fut composé par un nommé Albéric Gau¬
remanié

thier.
le

Il est très mouvementé, et l'auteur trouva dès

début

quelques excellents interprètes des types
grotesques et bien locaux qu'il avait introduits dans
son
dialogue. Réverlegat et David qui devinrent
plus tard des étoiles dans les saynètes bouffes des
cafés-concerts

avaient été les

premiers acteurs

ap¬

plaudis de la Pastorale Chave.

J'ai voulu revoir cette année cette

pastorale avec les
la grande affi-

nouvelles modifications annoncées par

�PASTORALES

61

che

qui m'avait séduit, et j'eus le regret de ne pas
ma disposition même un
simple strapontin;
quel meilleur éloge pourrai-je évoquer pour constater
un succès
toujours croissant.
trouver à

Je

citerai

ne

mémoire trois ou quatre
représentées dans diverses salles et
toutes avec leurs poèmes
différents où la mimique
tient encore plus de place
que le dialogue.
Quoi de plus drolatique qu'une scène où un berger
beau parleur, s'arrête tout net et
répond à ses inter¬
locuteurs, étonnés de ce mutisme subit, en lui deman¬
dant ce qu'il a.
autres

Ai

tous munis

et

avec

qu'ai perdu lou fiou, (1)
de

lanternes

se

mettent

à chercher

soin dans tous les recoins de la scène.

Que
Eh

que pour

Pastorales

ben

? leur dit Iiourthoumiou
lou flou quavès perdu pécaïré !
lou fiou de moun discours ! (t)

cereas

cercan

Mai

es

K\) J'ai que j'ai perdu le fil.
( 2) Que cherchez-vous donc ?
Eli bien nous cherchons le fil
que vous avez perdu
Mais c'est le fil de mon discours.
Pour l'intelligence du quiproquo
grotesque, il faut savoir que
fil et fils ont, en
Provençal la même orthographe et la même pro¬
nonciation.
—

—

�62

I.A

En descendant
à l'entrée de la

NOËL

un

rue

EN"

PROVENCE

soir du chemin de fer,
Delille

j'aperçus

transparent triangu¬
laire sur lequel je lisais Pastorale.
Une Pastorale à la rue Delille ! Quel islelligent
patronage que celui du traducteur des Bucoliques et
des

Géorgiques le poète pastoral

l-cs bohémiens étaient
fis

mon

sur

un

en

entrée dans la salle

l'air du

et

par

scène

au

excellence !
moment

où

je

ils chantaient leur trio

grand boléro de Tromb-Alcazar d'Of-

fenbach.
Je

regrettai pas du tout cette substitution du cé¬
:
l'adaptation me sembla logique,
bohémiens ne sont-ils pas très cosmopolites,et tout
ne

lèbre noël de Puech
les

cela était fort bien chanté.

lais

est

d'un

plus

a su

ou

On sait que tout Marseil¬
inoins filleul de Melpomène et plus

trouver

100.000 francs de

rente

dans

son

gosier. Mais la salle ! Quelle houle ! Quelles vociféra¬
tions de la claque ! Et quels périls pour mon cha¬
peau neuf servant de cible aux pelures d'oranges qui
se
croisaient en obus parfumés d'une galerie à
l'autre !
Ah ! c'est bien là que manquait
daire du bon abbé Julien !

Dans cette même salle Delille
en

1854,

une

on

la sonnette légen¬

avait

représenté

Pastorale d'un nommé Granier. C'est

�63

PASTORALES

un

des

rares

poèmes du

genre

qui aient

Pastorale Maurel les honneurs de

eu

avec

la

l'impression. Quel¬

bons acteurs relevèrent la pauvreté du libretlo
cependant de trente personnages sans compter
la figuration.

ques

riche

L'auteur

trouve

au

second

acte

un

moyen

peu

il est imité des Voitures versées, d'in¬
toute une bande de personnages : c'est une

nouveau, car
troduire

diligence

ou

cariole dont l'essieu

se

casse

et

des

flancs de

laquelle sortent tous les corps de métiers,
depuis le marchand de parapluies jusqu'au ramoneur :
il y a même un marchand de seringues, un débitant
de mort aux rats et la nourrice obligatoire dont le
ramoneur déshabille le marmot
pour ne pas lui salir
ses
langes.
Au troisième acte une scène d'auberge
entre trois
Auvergnats. L'aubergiste, sa femme et Veounard le
remouleur.
L'auteur a dù peu voyager, car il fait parler ses
Auvergnats comme des Gascons : pas même un seul
fouchtra pour varier le dialogue, et la scène du
choulier du pétiot qui tient de la plache dans la
soupe aux choux, est remplacée parla chute de deux
tarentules dans le potage de Peouuard à qui on per¬
suade que tout fait ventre.
Un quatrième acte en vers français, l'arrivée des
mages chez Hérode, c'est aussi loiu du beau poème
de Gaston de Flotte, que les autres actes en provençal
le sont de la pastorale Maurel, quiest restée
depuis
plus de quarante ans le vrai type du genre

�64

LA

NOËL

EN

PROVENCE

révolutionnaire qui sui¬
septembre, les Marseillais n'abdi¬
quèrent pas leurs goût innés pour les spectacles de la
crèche et des Pastorales, mais les directeurs d'un
de ces spectacles trouvèrent un matin leurs affiches
aussi peu proprement qu'outrageusement maculées à
la ligne annonçant en grosses capitales l'arrivée des
Pendant les mois de fièvre

virent la date du 4

ROIS

MAGES.

Un acteur du

grand théâtre consulté par les direc¬
répondit avec le plus grand

teurs

de la Pastorale leur

sang

froid

demain

: «

Rien de plus simple :

faites imprimer

:

«

arrivée

des

citoyens magf.s

»

jamais vu le jour, c'est très regret¬
formidable explosion de rires elle eût

Cette affiche n'a

table, quelle

sur la Cannebière ; mais les directeurs
plus prudents, ils supprimèrent les rois sur
l'affiche sans leur faire abdiquer leurs couronnes sur

déterminé
furent

la scène.

�Pastorales à Ai*

C'est

dans les institutions

religieuses et dans
patronages de jeunes gens, que
nous allons retrouver la trace de ce
genre de spec¬
tacle à Aix depuis le commencement du siècle.
Quelques septuagénaires se souviennent avoir vu
des représentations de Pastorales au Petit Séminairt,
les

encore

congrégations

sous

ou

la direction de M. Abel. Les enfants de chœurs

suivaient alors leurs études de latinité et c'était
un
premier noyau de personnages et de chanteur
faciles à recruter. Quant au libretlo, c'était celui de
l'abbé Thobert, de Marseille. J'ai retrouvé la
preuve
dans un volume qui reproduit la plus grande partie
de cette pastorale sous le titre : Pastorale,
représentée
au Petit Séminaire d'Aix. (t)
y

Nous

retrouvons

chez le même éditeur

une

rale

Pasto¬

beaucoup plus récente, imprimée en 1868.
posée par Marcellin Giraud, indiquant pour la

com¬
com¬

position des airs en dehors de ceux connus, M. Bonnaud, d'Eguilles : c'était un médecin mort il y a peu
d'années, ainsi que l'auteur des paroles.
*

*

*

Nous n'avons pas pu savoir si cette pastorale a
jamais été représentée à Aix ou à Eguilles. Nous la
(1) Variétés religieuses, Achille Makaire, éditeur, 1800

�66

EN

NOËL

LA

croyons injouable, non
et du défaut absolu de

PROVENCE

point à cause de sa longueur

scène mais pour le
défilant tour à
tour pour débiter leur boniment. Il n'y en a pas
moins de trente-cinq sans compter les chœurs d'anges
indiqués : vingt rôles d'hommes, le diable compris ;
dix rôles de femmes, la sainte Vierge dans ce der¬

nombre exubérant des

nier

mise

en

personnages

contingent

un personnel pareil à la ville
village? Quelle patience il faudrait à un met¬
teur en scène pour régler tontes ces entrées !
Ce bon auteur doit avoir perdu son temps à cou¬
dre des rimes sans raison. La piraterie chez les
confrères a fourni les meilleures pages, carje retrouve
la délicieuse cantilène de la Fileuse.
Ma fiéloué dedins mei man lesto (1) sur l'air célè¬
bre du Souterrain de Dalayrac : On dit que dans le
mariage.
Kien à citer comme échantillon poétique qu'une

Comment recruter

ou au

refusant de se mettre en
qu'elle n'a pas fait la soupe à son homme.

réponse de misé Babeou
route

parce

Ai ma soupo pan'earo lesto
Se Jean venié ah malopesto

Sabes
Auriou

un

paoume,

(!) Ma quenouille dans mes
tu

!

quès pas amistadous

beleou dous. (2)

mains agiles.

(2) Ma soupe n'est pas encore prête; si Jean venait, ah malepeste!
sais qu'il est peu commode; j'attraperais une giffle, peut-être

même deux.

�PASTORALES

Tous

nos compliments à ce modèle des
ménagères
paix à l'auteur que nous avons consciencieusement
déchiffré avec d'autant plus de peine que l'ortho¬
graphe provençale est outrageusement violée, ce
qui laisse peser une part de responsabilité sur le
prote d'une librairie félibréenne.

et

Faudra-t-il arriver à la nomination

d'inspecteurs

assermentés pour la

protection de la syntaxe ? C'est
une
question à porter aux prochaines assises du
félibrige.
PASTORALE

CHAVE

ET

ABKAÜ

Ne pas

confondre avec celle du théâtre de ce nom,
Marseille, que nous avons résumée dans un para¬
graphe p.écédent. Cette Pastorale due à la collaboraà

lion de MM. les abbés Chave et

Abeau, tous les deux
Petit Séminaire d'Aix, fut représentée
quatre fois dans cet établissement en &lt;862 et

professeurs
trois

ou

au

1863.

Les auteurs

essayèrent avec succès une innovation
la suppression de tous les dialogues
parlés, pour ne laisser que la partie chantée, avec
un choix de
cantiques et de Noels fort bien agencés
et reliés,par les plus heureuses
transitions,à quelques
airs nouveaux ; ce qui, avec les chœurs bien
nourris,
une ouverture fort bien traitée
par M. Poncet, orga¬
niste de la Métropole et professeur de
musique de
l'établissement, donnèrent à l'œuvre un certain profil
d'opéra.

dans le genre :

�LA.

68

Les choristes de

PROVENCE

EN

NOËL

Saint-Sauveur furent très gra¬
belle voix du chantre Mar¬

cieusement enrôlés et la
tel

fut pas un

ne

des moindres éléments

du succès.

*

*

*

de ces cinq actes n'a pas eu les hon¬
l'impression comme ceux déjà cités, mais
devons à l'un des librettistes, M l'abbé Cbave,

Le libretto
neurs
nous

de

aujourd'hui chanoine et directeur de la Maîtrise,
un résumé succinct de ce poème que ces tablettes du
passé remettront en mémoire aux
de cette solennité lyrique. (1)

heureux specta¬

teurs

Mgr Sibour, évêque

d'Hermopolis.déjà perclus par

qui devait l'emporter peu de
temps après, se fit porter en chaise pour s'accorder
souvenir palpable de sa Provence qu'il
ce dernier
l'affection incurable

avait tant aimée.

*

#

versiculets français de bonne
l'abbé Clapiers, missionnaire aposto¬
lique ; musique de Reynier, le célèbre organiste de la
Une autre Pastorale en

facture, par M.
Madeleine.

Nous n'avons

pu

savoir si elle a été représentée

à Aix.

Mais

un

Oratorio-Pastorale, avec chœur d'anges et

Noëls inédits,
[\) Chap. XII,

parole de Mlle G., encore
Appendice Y.

orchestré par

�69

PASTORALES

Reynier, a été chanté pendant cinq ou six. années de
suite à la Madeleine. Deux des Noëls : Jésus s'est en¬
dormi,

et Anges

couvrez-le de

vos

ailes

,

sont

des

chefs-d'œuvres du genre.

Enfin, pour clore la série, un
larante mémoire dû à un abbé

autre libretto d'hi¬
Guyon, bachelier, à
qui, malgré toutes nos plus actives recherches nous
n'avons pu trouver un état-civil dans VOrdo de ce
diocèse, ni dans lesquatre évêchéscirconvoisins. (1)
PASTORALES A

TOULON

Les crèches

mécaniques qui avaient obtenu tant
Marseille, conquirent aussi à Toulon leur
de cité. On y donna des
représentations

de succès à

droit

d'une Pastorale
on

greffée

sur

le libretto de Maurelà qui

demanda l'autorisation de

quelques remaniements.

spectaele était fort couru s'il faut en croire le
félibre la Sinsa f2) qui a choisi pour thème d'une de
ses saynètes
provençales où domine le français,
patoisé, la scène du départ d'une famille toulonLe

naise et
aux

son

installation

au

théâtre de

la pastorale

champs Ëlysées.

(!) Appendice, § VI.
(2) La Sinsa, en français le torchon qui brûle, ou plutôt le tor¬
chon brûlé, pseudonyme adopté par le poète Sénés qui était inspec¬
teur des contributions directes à Draguignan, mort il y a
peu
d'années, et qui a laissé quelques œuvres humoristiques d'une

grande originalité.

�70

LA

NOËL

EN

PROVENCE

parodies populacières, la Pastode Gaston
de Flotte, a été jouée avec grand succès de mise scène
et d'acteurs au Cercle Catholique, sous la vigoureuse
impulsion d'un prêtre sympathique,
M. l'abbé
Agarral.
Mais à côté de

ces

torale de l'abbé Julien, avec l'acte célèbre

#

*

*

poète fécond, félibre à ses heures, M. Louis
éditer,il y a trois ou quatre ans, une pas¬
torale sérieusement traitée, mais trop sérieuse peutêtre pour inspirer à la scène autant d'effet qu'à la
lecture. Elle contient cependant une idée fort ori¬
ginale, l'introduction d'un bossu dans le cortège des
lin

Pelabon fit

adorateurs à la crèche.
Le bossu, entaché de

aveugle
s'écrie

la

recouvrer

scepticisme, vient de voir un
tombant en prière, il

vue et

:

Qué miracté boun Diou ! Qu'ooupération

réquisto.

Deis homes bouen Jésus sias lou vrai médécin ;

Püisqu'aves ii l'avugle eici douna la visto
Pondes lien au gihous derraba l'agassin. (1)
mais la femme du bossu
de cette

est la première à
prétention et lui répond ;

Ah vai ! qu

ès

(1) Quel miracle

na

pounchu paon

mon

Dieu, quelle opération

vraiment le vrai médecin des hommes ; et
la

vue

à

l'aveugle,

ne

pas

pourriez-vous

se moquer

mouri
réussie,

carra

(2)

vous

êtes

puisque vous avez rendu
extirper ce cor de mon

pas

épaule.
(2) Ali va, qui est né pointu ne peut mourir carré.

�PASTORALES

71

des titres de noblesse a faire valoir,
plus ni moins que le petit-fils de l'au¬
teur de Maniclo ou lou Groulié bel esprit, qui de¬
puis 1790 a eu jusqu'à nos jours plus de trente
M. Pelabon

car

a

il n'est ni

éditions.
#
*

Ce qu'il
Pastorales,

de plus remarquable dans les fastes des
représentation de celle à

y a

ce fut la
bord du vaisseau amiral

en

rade de Toulon,

l'hiver

de 1860.

L'équipage était mitigé de matelots bretons
dits Ponentais et de Provençaux.
Les rôles français et provençaux bien distribués
et les répétitions ayant paru très satisfaisantes, l'ami¬
ral risqua des invitations en ville et les canots de
l'escadre amenèrent un grand nombre de dames
toujours friandes de ces petites fêtes maritimes qui se
terminent par des bals fort brillants sur le Tillac.
Un vrai théâtre avait été dressé contre la dunette,
fout était

vrai, même le bœuf légendaire

entendait les

dont on
mugissements derrière la grande voile

qui servait de rideau d'avant-scène ; l'heure du lever
de la toile s'écoulait et les officiers habitués à l'exac¬
titude militaire commencèrent à s'impatienter, l'é¬

quipage et

une

sacramentels
toile !

»

:

partie de l'auditoire profèrent les cris
«

accommencez !
la
forme à l'angle du rideau et

Accommenccz !

Lorsqu'un pli

se

�72

LA

NOËL

EN

PtlOVKNCE

un homme en robe brune traversée par une écharpe
jaune, un lis dans une main et une scie dans l'autre,
(c'était le maître hunier dans le rôle de saint Joseph)
vient dire gravement en régisseur : « Pardon Mes¬
sieurs, Mesdames et vous chers Cambanides, encore
un
petit moment de patience et nous salons accommencer ; c'est la sainte
Vierge qui n'a pas fini de se
raser ! » (1)

Toutes les dames de Toulon
dont

on

rit

encore

savent

après vingt

(0 Faut-il ajouter pour

les esprits

barbe ; et que c'était un
mettait de la conscience pour

sacrifiant

ses

favoris.

histoire

trop
positifs qu'on
des femmes avec ou
matelot qui, ,ayant accepté ce rôle,
la plus grande vérité scénique, en

n'admet pas à bord des vaisseaux de guerre,
sans

cette

ans.

�VI

Monographie (In Uioël,
Voi'ls et Roëlistes.
Ho ! de l'oustau,

—

Saboly

mestre mestresso ■'

une définition
technique du Noël,
qui m'a paru tomber le mieux sous les sens,
c'est de le présenter comme le trait d'union entre le
cantique et la chanson. Ce ne doit être ni l'un ni
l'autre, mais il doit procéder des deux, un peu de
solennité de l'un, un peu delà gaîté de l'autre.

En cherchant

celle

l'époque où le peuple cesse de comprendre
liturgiques que les chants versi¬
fiés, première origine incontestable du cantique et
du Noël, commencèrent à se répandre sous les for¬
mes de
langage les plus variés, mais l'origine est
française et franchement gauloise.Nous en retrouvons
déjà une preuve an Xll* siècle.
Lambert, prieur de l'Abbatiale de Saint-Waast
d'Arras, disait en paraphrasant l'office de la messe de
C'est à

le latin des offices

Noël

■

Lumine multipliai noctis solatia pr(estant
Moreque Gallorum carmina nocte tonnant.

Et

et ces coutumes étaient surtout
populations méridionales si on veut se sou¬
venir que le milieu du XIe siècle est I âge d'or de la
poésie provençale.
ces

celles des

mœurs,

�7i

LA

NOËL

EN

PROVENCE

Nous avions

dt-jà des cantiques, c'est incontestable;
frère jumeau.
Il eut à son origine un caractère grave et sérieux,
poétique interprétation populaire des compositions
liturgiques.
Les Noëls se multiplièrent sous les formes de lan¬
gage les plus variées et ce qui favorisa ce développe¬
ment, c'est que
le peuple y voyait se refléter
dans sa langue maternelle, l'objet de ses
croyances
religieuses et la nature de son intelligence.
Et la France n'entrait pas
seule dans le mouve¬
ment ; l'Angleterre et
l'Allemagne nous fournissent
dans leur histoire diverses preuves de l'invasion de
cette coutume en admettant
qu'elle fût d'origine gau¬
loise comme le pensait le prieur de Saint-Waast.
(1)
le Noël était

ne en

#
*

Le Noël

ne

conserva

*

pas

longtemps,

en

France

surtout, le caractère grave et sérieux, et s'éloigna
insensiblement de son institution primitive. Trois

espèces diverses surgirent à côté du Noël purement
religieux. Il y eut le Noël royal pour célébration de
victoires ou pour banquets royaux à l'occasion des
fêtes de Noël ; le Noël politique et satirique et le Noël
badin, traitant des sujets les plus vulgaires. Nous
aurons l'occasion de retrouver tous ces genres
dans
(1) Appendices S VII.

�NOELS

ET

75

NOEL1STES

cours de cette étude. Un
contemporain de notre
grand noëliste Saboly, La Monnoye a laissé un impor¬
tant recueil de noëls Bourguignons, ils portent pres¬
que tous un cachet satirique et une liberté d'allures

le

frisant la licence
les

censures

qui faillirent attirer

sur

leur auteur

de la Sorbonne.

Sainte-Beuve, dans

une

remarquable étude, criti¬

que sur ce travail, dit que l'esprit de malice du bon
vieux temps n'excluant pas la foi du charbonnier

qu'on

y trouve avant tout,
franches coudées.

#

le reste peut bien avoir ses

*

Les Noëls,

franc-comtois,

dialecte de

ceux

un
peu cousins, quant
Monnoye.sont fort estimés.
Le père Chrislin Prost, capucin, mort en 1696, et
François Gauthier, imprimeur-libraire, tous deux de
Besançon, ont contribué à un riche recueil de
soixante-dix-huit Noëls, douze du père Christin et

an

de La

soixante-six de Gauthier, presque

le chiffre de notre

Saboly.
L'abbé Arnaud, le plus intrépide chercheur d'o¬
rigines des divers noëlistes trouve que ces noëls
d'excellente facture ont été adaptés sur des mélodies
généralement médiocres.

Le

poète languedocien Goudelin à qui ses enthou¬
compatriotes décernèrent le titre, de l'Homère

siastes

�76

des

LA

Gascons,

NOËL

EN

laissé dans

a

PROVENCE

ses œuvres

Noëls restés très loin de la

une

popularité de

série de

de Saboly qui, ajoutant un ornement à une littérature,
font le désespoir de ses imitateurs ; c'est au moins
l'opinion de Villemain, Charles Nodier et Sainteceux

Beuve,

#
*

*

Je viens de nommer Saboly, le grand noëliste
avignonais, l'homme type du genre, le roi du Noël,
le troubadour du XVIle siècle; toutes ces épithètes
sont relevées, passim, chez ses divers biographes et
commentateurs.

C'est

bien

heureux auteur

Saboly

; le
qu'il
susciterait après lui tant de chaleureux enthousias¬
mes
et
des admirateurs qui sont allés jusqu'au
un

brave homme

ne se

doutait

que

certainement

pas

fanatisme
Je n'ai pas

la prétention d'entrer

contredire à tant de dissertatations
dans cette

en

lice

sur

la

pour

rien

matière,

revue
rapide où nous allons voir défiler
pléiade des noëlistes de toute valeur qui ont enri¬
chi le répertoire ; mais je demande à soumettre très
humblement une opinion que je concentre depuis
longues années et qui trouve une occasion de pren¬
dre un peu l'air à la fenêtre ouverte sur le
passage
de cette pittoresque procession.
Et c'est bien de l'air et des airs de Saboly qu'un
de ses biographes a très finement caractérisé en

la

�N0ELS

disant

ET

NOELISTES

77

que nul mieux que lui n'avait donné la note
mélodique qui constitue l'air du terroir, l'air de
Provence, » qu'il va être question.
«

L'air de

Provence, c'est bien celui

qui inspirait
gracieuses cantilènes que les plus humbles ménestrels de nos vil¬
lages de la haute et basse Provence ; cette mélodie
propre aux pays méridionaux où tous les arts ont le
bienfailde la chaleur des imaginations épanouies

aussi bien le

sous un

C'est

bon roi René pour

ses

beau soleil.

prieur de la Madeleine et un ancien
musique de la Métropole d'Aix qui, résu¬
mant ses appréciations sur les choses de
l'art, a le
premier rendu par cette figure la véritable impres¬
sion produite par notre tempérament musical (1)
Saboly a bien trouvé l'air de Provence, nous n'y
contredisons point ; il rajeunissait le Noël et, malgré
quelques faiblesses de composition, lui donnait ce fini
de la grâce et de la piété que nul depuis n'a sur¬
passé ; il arrivait au bon moment, après un long
sommeil de la poésie provençale étouffée si longtemps
par les guerres de religion, mais arrivait-il bien le
premier ? Ce point d'interrogation vipnt de se dresun

maître de

(1) Aucousteau, Pachon, Cosset, Gobert, bien que Picards, sont
plus estimés, leurs compositions approchant beaucoup plus que les
autres de l'air de Provence.

Annibal Gantez.
Entretien des

confrères.

musiciens, Lettre à divers Maîtres de Chapelle ses

�78

LA

NOËL

UN PROVENCE

huit jours à peine par la très précieuse dé¬
manuscrit qui ne tend à rien moins
qu'à établir que Saboly a eu un prédécesseur et un
très sérieux émule qui serait un de nos conci¬
toyens. (1 )
Nous ne voulons pas couper par une trop longue
bien que très intéressante digression, la thèse en¬
tamée, elle trouvera sa place ailleurs. (2)
Saboly était organiste, il a donné la mesure de
son talent de compositeur pour quelques-un de ses
Noëls dont il a fait les paroles et la musique; neuf
il y a

str

couverte d'un

sur

soixante-huit.
Dieu

A

ne

réole ! u'eût-il

dialogue

de

délivrer

lui

gage est

l'au¬
NoëlJousè erné l'Oste, qu'on pouvait

plaise que je veuille toucher à
produit que le XXVIe, le célébré
san

son

brevet

à

la gloire ; mais son ba¬

bien plus considérable et ce n'est pas avec

Noël seul que la popularité de
vocablement établie ', l'adaptation

ce

Saboly s'est irré¬
a rendu de bien

lui

plus grands services que l'invention, il a su plaquer
autant d'art que de conscience de son epoque,
les airs populaires en grande vogue, les bons airs de
vaudeville, de gavottes ou de menuet qui volti¬
geaient sur toutes les lèvres de ce peuple essentiel¬

avec

que nous appelons aujourd'hui
bons vieux airs et qui étaient alors les bonnes

lement chanteur ; ce

les

nouveautés étalées en

primeur sur les clavecins.

(\) Etude Historique, Littéraire et

Musicale sur un recuil ma¬

anciens iSoëls cle .Notre-Dame des
Doms, par Gustave
Bayle, avocat, membre de l'Académie de Vaucluse.

nuscrit des

(t) Voir chap. XII, Appendice Vlll.

�NOELS

ET

NOEL1STES

79

Prenez le recueil du
poète et partout où vous ne
lirez pas air de
Saboly, voyez les timbres, c'est-à-dire
l'air de la chanson, de la romance
du
menuet

l'ariette
vous

sur

lequel

y trouverez les bons

les airs de

Lully

ou

de

ont été

plaquées les paroles, et
airs populaires de
l'époque,

surtout et

de tous les musiciens

en

vogue en ce moment.

L'air demandé par
decin

malgré lui

Molière à Lully pour

son

Mé¬

:

Qu'ils sont doux bouteille jolie 1
sont doux vos
jolis glous glous.
Est celui qui a fait la fortune du
XIIc Noël dont
Qu'ils

les refrains sautillent et cascadent
mant

sur

cet

air char¬

:

Ai ! ai! ai !
que
Ai ! ai ! ai ! que

La Clé du Caveau

la maire est bello 7
l'enfant est beù.

nous

donne

encore

celle du

suc¬

cès du XV* Noël

qui tout grandiose qu'il est,n'en est pas
moins plaqué sur une vieille romance où
l'orthodoxie
n'a qu'à voiler sa face: Tircis caressait
Chimène; ou bien
Nicolas va voir Jeanne; Amaranthe est
jeune
belle; tous airs fort réussis des opéras de
l'époque,
sur
lesquels le poète qui avait cela de commun d'ail¬
leurs avec nos grands chansonniers
français, plaquait
sa
poésie très souvent inspirée par ces motifs,
gais ou
langoureux suivant les besoins de sa cause.
encore:

et

Le refrain délicieux et si

populaire de

:

�LA

80

NOËL EN

PROVENCE

cambo mi fa mau
sello, bouto sello
La cambo mi fa mau
Bouto sello à moun cbivau,
La

Bouto

eût-il

vogue si méritée, si l'auteur des paroles
trouvé à le plaquer sur une ronde des plus

eu sa

n'avait pas

populaires qui se

nommait le Ton le ron lonl

présentées sans passion ne ten¬
je le répète, à amoindrir le génie de Saboly ; elles tendraient tout au plus à prouver que
musicien ayant donné la preuve qu'il pouvait secon¬
der le poète, n'aurait été qu'un doux paresseux.
L'un de ses biographes n'hésite pas à convenir qu'on
Ces

contestations

dent pas,

a

le

à sa mémoire de Noëls qui ne sont
compositions poétiques plaquées sur d'anciens

fait hommage

que ses
airs et qui

que par

sont devenues
les paroles.

Voilà la

vérité, on peut

aussi populaires par

l'air,

la résumer par une com¬

triviale,mais juste : « L'aigle a volé bien haut,
mai si le poète a fait la tète et la queue de l'oiseau,
c'est la musique qui a fait les ailes. »
Un des plus fervents et des plus érudits des bio¬
graphes de Saboly, M. Seguin, essaie de pallier cette
pénurie de productions personnelles à Saboly par des
considérations de haute valeur : c'est que Saboly était
antérieur à Lully, (1) le véritable créateur de l'opéra

paraison

(1) Ils étaient

contemperains.

�N0EES

France

en

avant

ET

NOELISTES

Hameau Hsendel

et

81

Sébastien Bach.

C'était, dit M- Seguin, pour la
une
époque de labeur et d'enfantement ; or,musique
si l'on com¬
pare la musique de
Saboly aux fades rapsòdies des
compositeurs de son temps, on sera bien
forcé de re¬
connaître qu'il les distance tout
au moins d'un
«

tant notre

cheur

et

troubadour

l'emporte

siècle,

sur eux par

le coloris de ses
canlilènes,

Cet enthousiasme
poussé

aux

la fraî¬

»

limites du lyrisme,

ne
devrait pas empêcher le
biographe de reconnaître que
Saboly a bien plus emprunté aux prétendues «
fades
rapsòdies » de son temps qu'à ses
provisions person¬

nelles.

Et si

l'on

vivait le
de la

tient compte du

musicien-poète,

pénurie des

lisation

à

on ne

ressources

pourrait

dans
se

lequel
plaindre

l'importance de la civi¬
règne des Papes avait
plus grands centres artistiques, est indis¬

Avignon, dont

fait un des
cutable.

milieu

:

le

»
*

Les

vice-légats

qui avaient été
musicales

de

et

les

nourris

l'école de

*

archevêques

venus d'Italie
l'enfance des théories
Palestrina s'appliquaient à

dès

proscrire à Avignon les parodies
religieuses.
« On ne chantait
plus la messe de l'Homme armé,
dont le thème était l'air de la
Chanson de Rolland,
mais des messes
ajustées à des airs de chansons

laires. Le

popu¬

mépris des prélats ultramontains d'Avignon

�82

NOËL

J,A

pour ces

EN PROVENCE

parodies rejaillit sur les Noëls, notamment
dont la musique était empruntée aux

ceux

sur

modernes, (i)
Saboly devait donc être à l'index parmi ses
rieurs et ses pairs si cette opinion prévalait,

chansons anciennes et

supé¬
tandis

le mieux compris le
qu'il n'est pas moins
incontestable que sa musique allait de l'église au
foyer et conquérait, en dehors de ces limites, la plus

qu'il demeure établi qu'il avait
genre dans lequel il excellait et

remarquable popularité.

correct,mais qui a peu produit,c'est
Pellegrin, celui que ses goûts un peu
légers,ou peut-être sa passion pour la musique,firent
Un noëlisle bien

le fameux abbé

accuser

par

Quinault d'être
catholique, et le soir idolâtre,

Le matin

Qui dîne de l'autel et soupe

du théâtre

fait entre autres cantiques: Silence
Venez divin Messie, le Noël
classique par excellence. Je fais figurer Pellegrin à
bon droit parmi les noëlistes Provençaux, parce qu'il
Pellegrin

a

deux, silence Terre; et

est

né à Marseille.

La basse

a fourni un très honorable
collection des Noëls français ou pro-

Provence

contingenta la

(I) Gustave Bayle.

�NOELS ET

vençaux,

(1) mais dans

NOEL1STES

un

concours

83

pour

un

prix

d'excellence dans le genre, la
palme resterait cer¬
tainement à l'école avignonaise, aux Noëlsdu Comtat
*
*

+

Faisons encoie à Puecb une bonne et
large place
dans les noëlistesde la basse Provence
;
car Puech,
était chanoine d'Aix où il est mort en
1687.
On lui doit le Noël célèbre des Trois Bohémiens
qui
qu'une habile traduction d'un Noël espagnol

n'est
de

Lope de Vega.

Puech n'était pas seulement
lui un poème: La chambre

un

noëliste. On

a

de

ardente, une peinture un
peu passionnée des troubles qui agitaient la
Provence
de son temps. 11 fut dénoncé à l'official de
l'archevê¬
ché comme rebelle ; c'était la
désignation qui tradui¬
sait alors le démocrate
avancé, dont la fin du dernier
siècle fit le républicain.
Puech, mandé devant son évêque, se défendit fort
bien, car l'histoire nous a conservé le mot de
congé
de son archevêque,
Mgr de Grimaldi qui le renvoya
indemne en lui disant : a Allons, Monsieur
Puech,
continuez à faire des Noëls !
L'école
avons

»

Avignonaise ancienne et moderne.
Saboly une place hors concours

fait à

palmarès, mais
(I ) Cliap. XII.

nous

lui trouvons

Appendice, § X

un

—

Nous

dans

ce

concurrent sé-

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

rieux, et

encore plus paresseux que lui; c'est Docuré du Buoux (Vaucluse), dont on ne cite
que le célèbre Noél des Ro 's Mages orchestré sur la

mergue,

Marche de Turenne de

Lully.
Domergue a dû faire autre chose ; ses compositions
sont peut-être enrôlées dans des recueils sans nom
d'auteurs, celui du père Roche ou d'autres.
*
*

*

Un rival

qu'on a voulu donner à Saboly et Do¬
c'est le menuisier Peyrol, lou Fustié, qui
a laissé
vingt-huit Noëls, (1) son biographe préfacier
Aubanel a déployé beaucoup de verve pour travail¬
ler à son piédestal, mais Peyrol n'est qu'un pâle co¬
piste de Saboly. Son originalité est triviale et son
imaginative sort rarement des limites de la bana¬
lité. (2^
mergue,

*
«

Nous

arrivons

à

*

l'école

moderne

des noëlistes

avignonais. C'est Roumanille qui ouvre la série et qui
inaugure aussi le genre du Noël sentimental.
Le chef-d'œuvre du genre est son Noël de la
Chato avuglo, plaqué sur l'air suave de Scudo (3)
Pauvre fil qu'autrefois ma jeune rêverie.
(1) La plus récente édition, Théodore Aubanel, Avignon 1865.
(2) Appendice, § X
(3) Appendice,§ XI

�NOELS

ET

85

NOEL1STES

Cet air n'est pas le seul air moderne
qui ait tenté
de nos jours, celui du Noël
d'Adam,

les noëlistes

Minuit Chrétiens

inspiri Jean Monné le Capiscol des
honorer en le
avignonaise, ainsi
que notre concitoyen J.-B Gaut, que son
compatriote
Félicien David atout aussi heureusement
inspiré en
a

félibres marseillais que nous croyons
citant parmi les célébrités de l'école

lui faisant

chanter

sa

Dindouleto

composition des Hirondelles. (1)
F. Vidal cadet, a aussi donné
Noël
rons

l'Aplaudimen
à

sa note

des noëlistes de la basse

concert

revenir

du

la ravissante

juste dans

Provence

Tambourineur.

ce

avec

son

Nous

au¬

cette

personnalité à propos de
galoubets.

sur

tambourins et de

ou

sur

*
#

*

Je vais compter encore au
rang
noëlistes

de cette pléiade de
que les étoiles de

avignonais,plus nombreux

la constellation du Taureau,
(2) en mettant toutefois
Mistral hors concours, le prêtre troubadour
Auhert,
ancien curé de Boulbon, et mort récemment curé de

Mallemort,
il aimait à

avec

le titre d'aumônier des félibres dont

signer ses

œuvres.
#

*

Aubert fut
bien de lui

*

une
bien exceptionnelle nature; c'est
qu'on peut dire que la lame avait usé le

( I) Appendice, § XII
(2) Appendice, § XIII

�86

LA

NOËL

EN

PROVENCE

fourreau.

Malingre et chétif dès son enfance, il ne fit
traîner une existence vouée à la souffrance sans
qu'il fût un seul jour abattu moralement par les in¬
firmités qui l'étreiguirent du berceau à la tombe.
que

Je viens de lire

épreuves d'imprimerie une tou¬
lui consacre l'éditeur de ses
œuvres posthumes. (1)
C'est la note sentimentale que sait donner
par
excellence l'abbé Aubert sans exclure
l'originalité
de la pensée et surtout le
pittoresque de l'expression.
chante

biographie

J'offre à

mes

en

que

lecteurs deux ravissants échantillons

choisis dans la collection
la Lessive de la

et

l'école

moderne

éminents

:

le Ramoneur à la

Vierge ; c'est
dont

il

Crèche,

suave et tout à fait de

pourrait être

un

des plus

professeurs. (*2)

Nous
un

sommes loin évidemment de
Saboly. 11 y a
abîme dans les deux manières, celle du chef d'é¬

cole et celle du dernier
leure ? La

postérité

disciple

;

quelle est la meil¬

prononcera.

(1) M. l'abbé Terrier, curé de Mallemort,
(2) Appendice, chap. XII, § XIV

son successeur.

�*

VII

fies Fctcs «le \oël n l'Fglisc
Métropolitaine «1e Saint-Saiiveur

d'Aix
Touro louro louro lou gau canto.
Saboly

C'est par le chant des heures canoniales que com¬
la solennité. La foule s'entasse dans les nefs

mence

pendant

ce

prélude à la

messe

de minuit.

L'illumination de l'édifice augmentée

par la clarté
intense, mais moins liturgique et
que celle qui résultait seulement
des lustres et des cierges du chœur dont les enlumi¬
nures renaissance absorbent trop.Ia lumière,
(i)
Et, l'introduction du gaz n'est pas la seule inno¬
vation apportée par les architectes gouvernementaux,
depuis trente ans que je n'avais revu cette belle nef
du gaz est plus
moins solennelle

de Saint-Sauveur.

L'âme des

siècles, lentement,

use et transfigure les
chronique et lente sem¬
maladie violente qui a
ravagé la physionomie de la victime. Les marteaux et
les pinceaux ont eu des ailes.
Disparu le lutrin monumental que dominait une
aigle de bronze aux ailes éployées ! Table rase du

édifices ; mais cette affection
ble avoir ici fait place à une

(1) Appendice, § XV

�88

la

noël

en

provence

magnifique autel avec ses six colonnes en marbre du
Tholonet, soutenant une coupole non moins gran¬
diose qu'originale flanquée de deux statues d'évangélistes aux classiques proportions !
Au grenier le beau lutrin où le chantre Martel
tournait d'un geste majestueux les feuillets de l'antiphonaire ! Et dans le cloître les riches débris de l'au¬
tel, gisent entre des cénotaphes de tous les âges.
0 Roux-Alphéran ! (1) La Providence a
rappelé à
temps ton âme ardente pour le culte du passé, afin de
ne pas te rendre témoin de ces accès
frénétiques de
la truelle et du marteau

qu'on essaie d'absoudre avec
phrases à tiroir : unité de style, esthétique architectonique, exigences liturgiques, etc., etc.

des

Sunt verba et

voces

preetereaque

niiiil

Et ton

légitime couroux n'eût pas même été apl'aspect, au fond de l'abside, d'une sta¬
tuette (2) trop moderne, dont les deux
longs bras
étendus semblent demander grâce et miséricorde
pour la disparition de l'autel.
paisé

par

#

*

#

Mais

les

monuments

architectes

historiques,

aussi facilement

nos

officiels, les restaurateurs
ne

belles

pouvant
traditions

(1) L'érudit historien des Rues d?Aix.
(2) Appendice, chap. XII, § XYI

nous

des

de

emporter
solennels

�NOELS

ET

offices de Saint-Sauveur,
dant des jours meilleurs.
s'entasse dans la nef

89

NOELISTES

consolons-nous,

en

atten¬

(1 ) et suivons la foule qu1
où la

au moment

messe

com¬

mence.

Or,

qu'attend la foule, ces bons fi¬
de tous âges, paroissiens ou
l'élément exotique abonde à Saint-Sauveur?

savez-vous ce

dèles de tous
non, car

rangs et

Le défilé solennel des enfants de chœur? des sémi¬
naristes ? des chanoines richement

chaperonés ? Tout
Ce qu'at¬
tend la foule, les yeux et les oreilles tendus vers la
tribune de l'orgue : c'est le ca-ca-ra-ca, le chant du
coq savamment imité par l'organiste Poncet avec un
pizzicato du clavier de récit où se trouve un jeu de
hautbois fort remarquable'. elle attend le chant du
rossignol qui précède le premier Noël plaqué sur un
air d'aubade où le gai tambourin va faire son entrée.
cela

on

le voit

en

mainte

autre

#

occasion.

*
*

Qu'est-ce que ce tambourinaïré ? C'était au temps
jadis un ancien enfant de chœur devenu sacristain, à
qui on avait dù donner ce privilège, parce qu'il oc¬
cupait ses loisirs comme copiste de musique. Il se
nommait Tarton. Son

successeur

ressemble à

un no¬

taire, lorgnon sur l'œil, cravate blanche, tenue cor¬
recte, assis devant son instrument comme l'officier
ministériel qui va lire un contrat de mariage.
ÍÌ) Appendice, § XVII

�90

LA

J'ai

su

NOËL

qu'il n'élail

basoche et

se

nomme

EN

PROVENCE

pas notaire ; mais il est de là
Coulleret ; je n'avais pas fait

trop fausse route dans mon diagnostic physiognomonique.
Coulleret.. c'est un nom assez coquet de tambourinaïré, mais le nom ne fait pas la chose, et ce n'est
pas ainsi qu'on tient un tambourin
En me souvenant des belles poses du célèbre
Tisté (1) de nos beaux tambourinaïrés marseillais
conduisant le trin de Mazargues.et même de celui en
effigie de la crèche Benoît, j'étais tenté de crier à
cet artiste déguisé en habit noir.
.

0 homo ! agnosce

Sursum
Debout ! et du nerf!

dignilatem tuam !
Coulleret !
bien enfermez l'instrument

ou

dans le buffet de

l'orgue, comme les timballes et la
grosse caisse dans les orchestrions colosses fabriqués
à Genève ; il y aurait plus d'illusion. (1)
#

#
#

Mais même

l'illusion d'un cortège complet
tambourineurs, la foule se délecte

sans

d'une aubade de

(\) Célébré par A. Daudet dans Numa Roumestan.

(2) Appendice, § XVIII

�NOELS

ET

NOELISTES

91

rythme cadencé de ces bons vieux Noëts soulignés
les batteries sonores de l'instrument si provençal
qui avait déjà ses poètes eL qui a trouvé son histo¬
rien. (1)

au

par

*

La grand'messe du jour voit recommencer ces vo¬
luptés mélodiques qui se complètent par une messe
en
musique chantée par la maîtrise avec concours
d'amateurs, et le premier morceau de ce festin har¬
monique est le remarquable Puer natus est du cé¬
lèbre maître de chapelle Silvestre dont nous étudie¬
rons un
jour la physionomie et le rare talent.
Notre bonne population d'Aix a toujours été si
friande de ces solennités religieuses de la Noël à
Saint-Sauveur, qu'elles ne furent pas interrompues
pendant les plus mauvais jours de la période révolu¬
tionnaire. Il est vrai qu'on avait imposé, à défaut
d'un nouveau culte, de nouveaux ministres ; ce qu'on
appelait alors des prêtres et des évoques constitu¬

tionnels.
*

*
#

Les Noëls

satiriques conservèrent plus que jamais
époque de perturbations reli¬
la gaîté ne perd jamais ses droits en Pro¬

leur valeur dans celte

gieuses
vence

car

surtout.

(1) Appendice, § XIX

�92

LA

NOËL

EN

PROVENCE

En 4792, l'évêqne constitutionnel Charles-Benoit
Roux, ancien curé d'Eyragues, et le citoyen Bounetli, curé non moins constitutionnel, officiaient à
Saint-Sauveur le jour de Noël.
L'organiste Supriès qui avait pu conserver son
orgue au prix de quelques concessions au nouvel or¬
dre de choses, avait parodié un Noël que
répétait la
foule pendant que l'orgue
accompagnait
Anaren

Terro-Santo

en

Per adoura lou

Seignowr

Ca-ca-ra-ca ! !
L'as
C'était pour

couplet

l'évêqne

;

rènéga
mais le curé avait aussi

son

:

Bounetti, Bounetli !
As

rénéga toun Diou
Riquétti

Su lei proumesso de

Adiou, Adiou !

Bonnetti était

créature du trop

célèbre Mira¬
l'allusion satirique
atteignait le protégé et le protecteur.
beau,

notre

une

féal concitoyen

;

*
*

Un autre bien curieux

#

incident," vint égayer sept
plus tard la messe de Noël de la Métropole. Mgr
JaufFret, archevêque d'Aix nommé mais non capians

�N0ELS

93

ET N0EL1STES

tulairemenl installé

et reconnu, se
disposait à célé¬
pontificalement la grand'messe. Il était assis sur
le trône du chœur et les
acolytes procédaient à la
toilette ordinaire, lorsque le chanoine de Robineau,
ancien prieur de Saint-Victor, bondit (1) de sa
stalle au chœur et arrivant devant
l'archevêque lui
tint ce discours hardi :
Vous n'êtes pas installé et
reconnu
Monseigneur I Vous n'avez pas le droit d'user
de ce trône ; vous ne pouvez
vous habiller qu'à la

brer

sacristie !
Il paraît que le
droit était indiscutable, car le
prélat s'inclina et suivit les acolytes qui emportaient
à la sacristie toute la vêture

Audacieux
n'excluait pas

et

fluet

cet

épiscopale.

abbé de Robineau!

ce

qui

l'énergie.
*

*

Aimez
comme

C'est

vous

le Noël ?

#

On

en

a

mis

partout, tout

la muscade dans le célèbre dîner de Boileau.

vêpres du jour de Noël qu'on se livre à
pieuse débauche
du Noël, qui envahit non seulement tous les inter¬
mèdes des psaumes, mais même le sublime chant
d'allégresse du Magnificat dont l'air grave et solennel
fait place aux couplets de Noëls de ma coumaïré
Nourade ou de La cambo mi fa maou.
C'est original, je n'y contredis point ; cela plaît à
la foule. Je ne vais donc pas perdre mon temps à
aux

Saint-Sauveur à cette véritable et

exhumer les foudres du
(I) Appendice, § XX

concile de Trente

sur

les

�94

LA

NOËL

EN

PROVENCE

défenses de rien

changer à la tonalité liturgique, les
critiques célèbres (4) alarmés sur l'in¬
vasion de ces parodies dans nos temples ; j'aime
trop le Noël pour ne pas absoudre ce petit carnaval
qu'on lui accorde en ce grand jour : c'est drôle, cela
plaît aux fidèles, alors plus rien à dire on plutôt s'en
tirer avec la prétendue formule casuistique :

doléances des

Credo

quia absurdum.
*

*

*

Les enfants de chœur de lous

âges se partagent les
Magnificat sur lesquels ont été pla¬
qués des airs de Noëls. Ces versets deviennent un
vrai lit de Procuste pour y étendre et y disloquer
des membres
de phrases qu'il faut étirer ou rac¬

divers versets du

courcir suivant les besoins delà

cause.

Voyez plutôt comme il est facile de plaquer sur le
verset

:

Esurientes

implevit bonis

Oh de l'oustau, mestre mestresso
Et

tour de

force, cette jonglerie de notes sont
septuagénaire qui possède une voix
de haute-contre remarquablement conservée : I,augier,un ex-enfant de chœur qui arrive chaque année
à l'heure dite parodier le même verset.
ce

accomplis

par un

(1) Fétis, Danjou, d'Ortigues, l'abbé Arnaud.

�NOELS

ET

NOEÍ.ISTES

95

La foule

écoule attentive
pour savoir si le doux
vieillard décrochera encore facilement la
note aiguë ;
et derrière un
pilier de la grande nef, deux femmes ( I )

prient et tremblent jusqu'au
donné

a

moment où le chanteur

dernière note, et s'écrient alors dans
élan de joie reconnaissante :
sa

Merci

moun

Diou

l'a ! mai aganta !

un

(2)

Les

critiques et les regrets de la déperdition du
religieux dans la musique d'église, se sont
étendues du Noël au
cantique ; 011 a déploré les ap¬
plications d'airs profanes ou
patriotiques sur les su¬
jets les plus mystiques ou les plus émouvants
récits de
la
sentiment

passion.Que n'a-t-on

pas

dit et écrit

sur

les missions

pourtant si fécondes de 1820, et sur les
apôtres zé¬
lés qui les
dirigèrent, en faisant retentir les voûtes
des églises de
cantiques plaqués sur les airs les plus
inavouables au point de vue de leur
origine, mais
qui n'en transmettaient pas inoins la ferveur
lapins
ardente aux fidèles
qui ne songeaient pas à se préoccu¬
per du timbre indiqué comme choix des airs.

Quand

on

nous

faisait

chanter, le jour de notre
sublime cantique : Quand
Baptême, dont le refrain :

première communion,
l'eau sainte du

ce

Foi de

Notre
Nous

nos pères,
règle et notre amour
embrassons en ce jour

Et ta morale, et tes

mystères.

(1) L'épouse et la fille du chanteur.
(2) Traduction libre : Merci mon Dieu ! il
une

fois

sa

note ardue.

a

pu

décrocher

encore

�96

LA

NOËL

EN PROVENGE

transportail jusqu'à l'enthousiasme, songionsnous souvenir en regardant le timbre ou le
l'air -.Dans le Cœur d'une cruelle, que ces
belles paroles étaient plaquées sur un air d'opéra
comique de Grétry, ou de Dalayrac ?
Le Noël : Divin enfant, devant la Crèche où ma foi
te contemple, n'est-il pas emprunté à l'opéra de Gulislan de Dalayrac, dont le répertoire a été littérale¬
ment dévalisé par les adaptateurs religieux d'airs et
d'ariettes. N'a t'on pas adapté les paroles de la com¬
plainte attribuée à Fénelon : Au sang qu'un Dieu va

nous

à
titre de

nous

répandre,
ne

sur

l'air d'une chanson

archi-profane : Que
air larmoyant, ne
funèbre
?

suis-je la fougère. Et ce même

sert-il pas, le mercredi des Cendres au
et gro¬
tesque cortège du carnaval : Adiou paoure carnavas

regrettable, c'est affreux, disent les aristarpuritains de l'austérité liturgique.
Mais le remède ! Qu'avez-vous produit ou fait pro¬
duire depuis un demi-siècle de récriminations?
Un Noël, celui d'Adam, Minuit Chrétiens, c'est
l'heure solennelle; un ou deux cantiques, les Hameaux
et le Crucifix, de Faure. (I)
Ce n'est vraiment pas assez ; permettez-nous alors
de nous contenter d'adaptations qui, pour le Noël et
le cantique, auront la vie plus dure que vous ne
C'est

ques

pensez.
(1) Les

jansénistes de la musique religieuse repoussent aussi im¬
précitées que le Stcibcit de Rossini.

pitoyablement les compositions

�VIII

Fes Fêtes

tics Innocents et de saint Ftienne

à la

Métropole Saiut-Saiivcnr

Qu'es

C'est

sous

Monseigneur de Bausset

citée la coutume de donner

aux

que

fut

aco

?

ressus-

enfants de chœur le

jour de la fête des Innocents une préséance mar¬
quée. Ils fonctionnent ce jour-là au lutrin revêtus
des cappœ ehorales la chape des chantres
aux grands
jours solennels. Cet usage remonte aux premiers
siècles de l'Eglise et la cérémonie se
compliquait
encore dans plusieurs cathédrales de
France de celle
de l'élection d'un petit
évêque, évêque d'un jour
qui,crossé et mîtré,montait en chaire et donnait une
solennelle bénédiction.

(1) C'est un de ces usages
qu'un auteur non suspect de tendresse pour le ca¬
tholicisme (2) a désigné comme une
puérilité tou¬
chante.

(I) Appendices, § XXI.

(î) Appendices, § XXII.

�LA.

NOËL

EN

PROVENCE

#
#

Le

*

jour de Saint-Etienne offre dans la métropole

d'Aix,

LES

un

ble
tre

office d'une

PLANCTS

DE SANT

ESTÈVE

singularité d'autant plus remarqua¬
sans copie dans aucune au¬

qu'il est de nos jours
église de France.

C'est le chant des Plancts de saint

Etienne, Plancts
planclus, plangere, car ce sont de véritables
lamentations sur la lapidation du martyr chantées
eu dialecte
gallo-roman. (1)
Nombre d'erreurs ont été commises sur l'interpré¬
tation aussi bien que sur lesorigines de cet usage.Un
auteur a dit que ces lamentations étaient chantées
sur un air attribué à Charlemagne
Or, ce grand roi
du latin

n'a rien à voir dans

l'affaire, l'air du

Veni Creator

lequel le chanoine Chave chante de nos jours
cette épitre farcie (2) «tant revendiqué par saint Arnbroise. (3)

sur

(1) Appendices, § XXIII.

(2) Appendices, § XXIV.
(3) Appendices, § XXV.

�96

c

LA

NOËL

EN

PROVENCE

les historiens du dernier siècle
première moitié du siècle présent, disaient
fort courue par la population d'Aix et des villages
voisins n'attire plus aujourd'hui les foules, mais ce
n'est pas une raison de ne la point conserver préci¬
sément à cause de sa grande originalité. (4)
Cette élrangeté me fut traduite non moins origina¬
lement il y a nombre d'années par une jeune Mar¬
seillaise que j'avais accompagnée à cet office spécial.
Elle écoutait attentivement les mots baroques que
laissait tomber de la chaire l'abbé Roman, le chantre
de l'époque, et me dit naïvement : « Mai qu'es aco !
semblo que parloun Bachin ? » (21
Qu'est-ce c'est que ce langage ? on dirait qu'ils
parlent Génois ? »
On peut se tromper à moins,quand on n'a pas suivi
les cours de langue gallo-romane dont la chaire n'est
d'ailleurs pas encore fondée.
Cette solennité que

et de la

«

*
*

+

Nous pensons que l'usage survivra malgré les
délaissements des foules, car nous nous sommes trouvé
cette année à peu près seul auditeur exotique, et

cependant l'exécution était

irréprochable avec le cha-

|l) Mgr Forcade, archevêque actuel, s'est fort
prononcé en faveur du maintien de l'usage.
(2) Appendices, § XXIII.

judicieusement

�96 d

Li&lt;

NOËL

EN PROVENCE

noine Chave daus la

chaire, et le chanoine Mille lui
réplique du banc de l'œuvre. L'exécution
de cet oratorio liturgique sur la lapidation de saint
Etienne intéressera toujours au moins les deux

donnant la

chantres.
Et si l'isolement

augmentait,ils trouveraient encore
compensation à voir errer un sourire de
jubilation sur les lèvres de la reine Jeanne de Laval
et du bon roi René, agenouillés si gracieusement sur
le beau tryptique eu face de la chaire.
Ce sont là des auditeurs bien respectables et qui
peuvent comprendre sans traduction, ces paroles et
ces airs des grands jours de notre Provence.
une

douce

�IX
li»

Marelic des

Ilols

à

Ki)3»l-Ma«iT&lt;'iir

In

Métropole

d'Ais

De matin,
Ai rescontra lou trin

De très

grands Reis

Qu'anavoun

C'est

une

rions
sont

vouyage.

solennité bien

célébration de
Sauveur.

en

spécialement locale que la
l'Epiphanie dans la métropole Saint-

L'immense vaisseau

appeler

ses

dépendances,

et ce

que nous pour¬

car

les nefs latérales,

entièrement isolées

de la principale, offriraient
plus d'espace, qu'elles seraient encore re nplies de curieux auditeurs à l'office du soir.
Nous disons auditeurs, car il n'y a ici qu'à entendre,
et plusieurs retardataires nous ont avoué
que les
grandioses effets de cette orchestration puissante of¬
fraient encore plus d'illusion dans le fond de ces nefs,
où se tasse la foule avide et jamais rassasiée de l'im¬
posant effet du Noël auquel une marche guerrière a
trois fois

servi de thème musical.

Trop peu
besoin de le

de gens ignorent, pour que nous ayons
rappeler, que ce Roi des Noëls qui sert
de Marche des Rois, est une
composition du célèbre
Lully, qui en avait fait une marche triomphale pour
fifres, trompettes et tambours à la rentrée de Turenne, après ses mémorables batailles.
L'ingénieux adaptateur des paroles du Noël sur cet
air martial, le bon curé Domerguc leur auteur, ne se

�98

LA

NOËL

EN

PROVENCE

de l'énorme effet que pou¬
produire à cent ans de distance, sa poésie naïve
ainsi transposée, j'allais écrire transfigurée, le mot eût
doulait certainement pas
vait

été aussi vrai.

Les

plus douces transitions qui laissent percer à
les langoureuses mesures d'une Pa¬
vane
Pompadour conduisent à un crescendo furioso
transformant en crépitations de mitraillade les suaves
accents des premières notes
certains passages

Un mot de l'exécution aussi
monter

les souvenirs des

loin que peuvent re¬

contemporains.

exécution a toujours été le triomphe des
organistes de Saint-Sauveur, bien que l'adjonc¬
tion d'une orchestration puissante double ses effets. Les
instruments à cordes, qui dans le principe appuyaient
seuls les sonorités bruyantes des bugles d'élain mis
enjeu par les pédales de l'orgue, ont été renforcés et
Cette

divers

même presque

entièrement remplacés par les instru¬

cuivre, cors, saxhorns et cornets. Nos
petits neveux verront peut-être introduire les trom¬
pettes célèbres de la marche A' Aida.
Après le chant du Magnificat dont les versets sont
rythmés sur autant d'airs de Noëls, comme nous
l'avons déjà dit dans un précédent chapitre, l'orgue
ments

de

prélude par un pianissimo savamment gradué dans les
premières mesures, pour donner le rinforzando à cha-

�LA

que

MARCHE

DES

99

ROIS

reprise du thème C'est alors

le tambourin
quelques batte¬
ments et, l'illusion d'un
cortège lointain qu'on en¬
tend avancer est si forte, que je me souviens avoir
surpris des mères dans la foule compacte amoncelée,
dans les nefs latérales, dire à leurs enfants : Aro soun
à Sant-Estropi\ vé ! vé ! descendoun li Très-Moulins !
Et quand
les cuivres attaquent impétueusement
et que les détonations
vibrantes commencent à
remplir la nef, l'illusion grandit et la foule répète :
Lei vaqui ! van inlra,
passoun la pouarto NouesleDame, une porte aujourd'hui rasée, une entrée dé¬
capitée comme le maître-autel de Saint Sauveur.
que

de Coulleret commence à faire vibrer

Mais la Marche des Rois survit heureusement à ces
mutilations d'architectes gouvernementaux spéciale¬
ment attachés à
la conservation des monuments

historiques. Quelle étrange interprétation de leur
rôle !
#

Le crescendo de la

marche royale a atteint son
d'intensité, il est alors souligné par les
retentissements de la grosse caicse et des cymbales ;

maximum
c'est

le

moment

de

l'arrivée des

rois à

l'étable

de

Bethléem et le

symbolisme catholique ajoute un effet
de plus à cette station royale devant le Roi des
rois.

L'astre, qui a conduit la caravane du
l'Orient, doit s'arrêter sur l'humble logis, et

fond de
même

au

�100

LA

NOËL

EN

PROVENCE

flamboyer sur le mattre-autcl de la
métropole une gigantesque étoile, dont une traînée
instant

on

voit

de mèche fulminante enflamme immédiatement tous
les rayons.
Cette fantastique

improvisation est un peu renou¬

velée des fêtes chinoises et vénitiennes,

mais l'à-pro-

de l'imitation nous permet une très louangeuse
approbation.
pos

*
#

*

l'organiste pour jouer
air très sautillant dont le re¬

C'est le moment choisi par
la divine aubade

sur un

gistre flûte et galoubet fournit les principales notes.
Il est naturellement accompagné par le tambourin
Un beau chœur d'hommes entonne ensuite le thème
d'adoration un Chrislusnatus est aussi magistralement
orchestré qu'un oratorio d'Haydn.
Ce morceau est de Supriès.

*

*

de l'aubade et de son accompagnement
l'instrument typique si vraiment provençal, on
se prend à regretter
qu'une véritable escouade de
tambourins ne succède pas à la bruyante orchestration
de la Marche des Rois, tandis qu'on entend à peine
bourdonner l'unique caisse vibrante que lient toujours
A propos

par

�LA

entre

jambes,

MANCHE

DES

BOIS

101

honteux, le brave
qu'il en est ainsi :
son
prédécesseur, que je n'ai pas connu, n'en usait
sans doute pas autrement :
respect aux traditions ! Et
qu'on ne prenne pas comme une retouche au pro¬
gramme cette modeste appréciation qui ne doit avoir
dans cette chronique du passé que la signification
d'une oraison jaculatoire.
ses

Coulleret.

comme un pauvre

Mais, il y a trente

ans

*
*

*

Après la royale aubade et le chant du mollet d'ado ration, la caravane des mages se remet en marche et
c'est du crescendo rinforzato qu'elle redescend aux
premières mesures du motif, s'éteignant dans le loin¬
tain jusqu'à ce qu'elle disparaisse (pour continuer la
populaire et si expressive figure) derrière la colline
des Trots-Moulins.

C'est très

imposant votre solennité de la Marche
métropole d'Aix. »
Le mot est d'un humoriste respectueux de toutes
les traditions qu'il avait d'ailleurs mission de recher¬
cher, Francis Wey, qui fut pendant trente ans prési¬
dent de la Société des Gens de Lettres et plus tard
inspecteur des Archives de France.
«

des Rois dans votre

�102

LA

NOËL

EN

PROVENÇE

Wey avait cté amené à Aix dans une de ses
l'époque de la fête des Rois.
En causant un jour de nos traditions provençales
il me rappelait ce souvenir ; me disant avoir trouvé
dans cette exécution grandiose des impressions aussi
saisissantes que celles que lui avait fait éprouver
Francis

tournées à

l'audition de la marche de Sèmiramis.
«

Rossini, ajoutait-il, aurait pu s'en inspirer. »
n'était pas, certes, un enthousiaste,-

Et Francis Wey

c'était

plutôt

un

blasé.
*
*

Ce thème musical

tres; si
Nous

en

a

#

d'ailleurs tenté plusieurs maî¬

pas connu pour s'en inspirer.
retrouvons mieux que des souvenirs dans un

Rossini

passage de
tout entier

ne

l'a

Gillette de Narbunnc d'Audran, et il est
mais

fort peu

heureusement transposé

dans Y Artésienne de Bizet.
La société des Concerts Classiques de Marseille,
qui vint dans le courant de décembre 1883 offrir
une
soirée harmonique
aux habitants d'Aix,
crut flatter leurs ir.tincts patriotiques en mettant à
son programme la Marche
des Rois ; mais le thème
transposé en majeur ne rendit point l'effet attendu et
valut au chef d'orchestre un superbe mouvement (l'in¬
dignation d'un de nos concitoyens, M. de la C..,
conseiller à la Cour, prématurément retraité, mais
resté

un

savant

mélomane

en

activité.

�LA

MARCHE

DES

ROIS

403

M. deLaC..., assignait aux assises de l'orchestre de
Saint-Sauveur, le jour des Rois, pour le remettre dans
le ton, le chef d'orchestre des concerts marseillais qui
avait ainsi

démarqué le linge de Luily.
hélas trop jeune, pour avoir
eu le temps de se repentir.
Paix au grand organiste
Charbonnier qui eût été certainement frappé d'apo¬
plexie, si le supplice de la transfiguration bâtarde de
sa belle orchestration lui avait été imposé.
Paix à Bizet, il est mort,

�X

Eics Otïlecs s«Ivuncl« à

Services ci

Saiiit-Sauvciir,

Serviteurs

.Zelus doirius ta» comedit

Les

me.

splendeurs de la célébration des diverses fêtes
quinzaine de Noël dont nous venons de
parcourir quelques étapes, témoignent d'une orga¬
nisation puissante, de dévouements absolus et de col¬
laborations spontanées à certains jours de festivals
lyriques, de la part d'amateurs zélés, jaloux dé soute¬
nir la vieille et légitime réputation de ces solennités
de la métropole.
Une intelligente direction plane sur le tout ; elle
émane d'abord du vénérable chapitre qui a témoigné
de tout temps et souvent de la façon la plus éclatante,
de son zèle pour soutenir ce prestige incontesté.
L'importance qu'a toujours tenue jusqu'à nos jours
malgré de nombreuses vicissitudes politiques la maî¬
trise de l'église métropolitaine d'Aix, doit trouver
dans ces Souvenirs un cadre spécial. Nous lui consa¬
crerons plusieurs chapitres que des
notes aussi au¬
thentiques qu'inédites rendront particulièrement inté¬
de cette

ressants.

�services

et

105

serviteurs

Après la description bien affaiblie de la grande
métropole de SaintSauveur, je dois un rappel spécial à la mémoire du
nom qui est arrivé déjà sous ma plume; ce nom tien¬
dra d'ailleurs une plus large place dans les notes
biographiques qui auront pour cadre naturel le cha¬
pitre consacré à la maîtrise métropolitaine dont
Charbonnier fut un des plus brillants sujets.
solennité de la fcte des Rois à la

L'Organiste

charbonnier

occupé près de quarante
l'orgue de la
métropole, qu'on doit l'orchestration de tous les
morceaux
sérieux ou légers qui concourent aux
solennités de la fête de Noël,et c'est par ses soins que
furent gravés en un beau volume que nous avons
feuilleté à la bibliothèque Méjanes tous ses mottets,
C'est à cet

ans avec

Noëls
rée à

Ses
ses ;

ou

organiste qui

tant de

autres

a

dhtinction le clavier de

dont la fidèle tradition est ainsi

assu¬

ses successeurs.

compositions personnelles sont

assez

nombreu¬

il est l'auteur de deux Passions fort remarquables

qu'on exécute le dimanche des

rameaux et

le ven¬

dredi saint, à Saint-Sauveur
#
#

L'inspiration ne
mais il était surtout

#

faisait pas défaut à Charbonnier,
adaptateur habile et son jeu vi-

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

goureux restait presque toujours académique,ne don¬
nant à la fugue qui permet quelques excursions en

dehors des voies
rares

purement classiques, que de

très

occasions de s'en écarter.

Les dilettanti

contemporains amis du royal instru¬
pendant de longues années varier leurs
jouissances d'auditions en allant de Saint-Sauveur à la
Madeleine où un autre bien grand artiste domptait
avec autant de science que de grâce un aussi puissant
ment, ont pu

clavier.
On

pardonnerait

de ne point évoquer,
religieuses, la douce mé¬
moire de Reynier, le sublime aveugle, qui n'avait pas
comme Milton,
l'obligation de dicter ses créations
géniales à un secrétaire et pouvait transmettre direc¬
tement à ses doigts voltigeant sur les touches d'ivoi¬
re, les poétiques inspirations de son vrai génie mu¬
dans

ne

ce

me

bilan de

nos

pas

fêtes

sical.
Ce qui caractérisait le talent de Reynier c'était la
grâce et la souplesse, servies par la plus inépuisable
fécondité. Ce talent ne dut au poids des années
aucun affaiblissement et l'oreille la plus fine
n'aurait
jamais pu préciser l'âge de l'exécutant qui,plus qu'oc¬
togénaire, égrenait encore sur son clavier magique
des perles d'harmonie resplendissantes de jeunesse et
de fraîcheur.

La loi des contrastes dans les individualités

qui fit
Reynier deux organistes de
grande valeur absolument contemporains, ne fut pas

de Charbonnier

et

de

�SERVICES

ET SERVITEURS

407

Charbonnier, qui, dans une impartiale
suffrages pouvant être partout le pre¬
interparen ne fut peut-être à Aix que le second.

clémente pour

distribution de
mier

#
#

Dans le groupe

fêtes

religieuses

*

des subalternes concourant à ces
quelques profils curieux ne doi¬

perdre entièrement dans l'ombre.
qui faisait le plus de bruit,sous les voûtes
d'une église, après l'organiste, c'était le serpent, car
nous
ne
pouvons plus parler qu'au passé, celle
institution ayant eu le sort de tant d'autres. L'ophicléide, avec quelques clés de plus, fut d'abord subs¬
titué au serpent ; dans le rit parisien ce furent des
contre-basses qui firent irruption dans les lutrins.
Je n'ai jamais goûté beaucoup les charmes duscrpent à la ville ou au village; mais le grincement des
cordes de la contre-basse a le don de m'horripiler plus
particulièrement quand elle ne soutient que des voix
humaines et qu'elle ne fond pas ses mâles accents
vent pas se

L'homme

dans l'ensemble d'un orchestre.
Comme le mastodonte de
ne sera

Cuvier, le serpent d'église

plus qu'une étude de fossile.

Les familles béritièies des

derniers joueurs de cet

grand cas de ces peu
souvenirs, car j'ai vu hier encore, deux de
ces reptiles non empaillés mais fort
bien conservés
pendus à l'étalage d'un marchand de bric-à-brac de la
rue Saint-Esprit.

instrument
mélodieux

ne

font même pas

�108

LA

NOËL

EN

PROVENCE

Donnons donc on bienveillant souvenir à la mé¬
moire de l'homme qui souffla
pour la dernière fois
au

lutrin

de

Saint-Sauveur dans

ce

bizarre

et

peu

sympathique instrument.
LE

C'était

DERNIER

SERPENT

l'abbé

chœur que

qui à quinze

Béchérias, un ancien enfant
Mgr de Cicé avait fait venir de Paris
ans

de
et

enflait déjà ses joues enfantines pour

tirer des

sons virils de l'instrument à la
gueule si
richement garnie de dents acérées.

Béchérias devant avoir

plusieurs pages biographi¬
anecdòtiques dans le chapitre des Enfants de
Chœur, nous nous bornerons à cette simple mention

ques et

honorable.

Nous

serons

tout

aussi

concis

sur

le

compte du
DERNIER

OPHICLÉIDE,

dont

un autre ancien enfant de chœur tint
l'emploi
jusqu'à la suppression
C'était Laugicr qui vit encore,et
qui a eu même de
son vivant une
page biographique dans ces annales à
notre VIIe chapitre.

LES

CHANTRES

On a pu voir défiler
depuis le commencement du
siècle, c'est-à-dire depuis la reconstitution de la mai-

�SERVICES

trise

ET

10'J

SERVITEURS

une série de beaux organes ia plupart
des études musicales, qui en avaient
réglé le timbre et la mesure. Un octogénaire qui
nous en a livré la liste formule ses appréciations sur
en

1807,

secondés par

ces

diverses voix de la manière suivante

Guichard avait des éclats de voix

:

superbes; mais

ne

savait pas

ménager ses effets.
Coquillat qui lui succéda, était un peu dans les

mêmes conditions.

Magnan, Romeuf et Reman étaient de vrais musi¬
de beaux organes ; mais tous ces chan¬
tres pâlissent devant

ciens servis pas

LE

CHANTRE

MARTEL

qui seul a fait époque et résume toutes les qualités
possédées par ses prédécesseurs Ou confrères en fai¬
sant trembler la voûte, c'était l'expression consacrée
pour l'appréciation de ce magnifique organe.
Martel avait débuté comme enfant de chœur, il aura
dans un des chapitres suivants des notes biographiques
plus étendues par un témoin de ses débuts à la maî¬
trise.Nous pouvons y ajouter un trait à sa louange,c'est
qu'il refusa une brillante position de chantre à la
chapelle des Tuileries pour ne pas quitter son cher
lutrin de Saint-Sauveur.

Il avait

une telle passion pour Saint-Sauveur qu'il
manquait jamais d'arriver un quart d'heure avant
les offices et revêtu de son habit de chœur: on pouvait

ne

J1

�110

LA

le voir

se

NOËL

prélasser dans

EN

PROVENCE

une

stalle de chanoine et

distribuant des saluts protecteurs à tous les arrivants.
Il mourut en 1867, loin du cloître de Saint-Sauveur

qui avait abrité son existence pendant de si longues
et le jour même d'un de ses plus
beaux
triomphes, le jour de Noël.
Nous n'osons presque ajouter que comme tant
d'autres artistes c'est a l'hôpital qu'il termina ses
jours.
années

Mais

ses

vieux et fidèles

modeste cercueil
lant

un

très

admirateurs

firent à

ce

sympathique et même bril¬

cortège.
LE

SACRISTAIN

CîIAVIGNOT

La

figure d'un des hommes voués par état au zèle
Dieu, le trait d'union humain
entre le dernier vicaire et le premier bedeau, a dans
une cathédrale, une importance justifiée par l'ampleur
du soin de la maison de

des attributions de la fonction.

Je

dois

samment

avoir

suffi¬

désigné le sacristain.
Or, la noble et vénérable métropole de Saint-Sau¬
veur, a possédé un sacristain type méritant bien un
fusain modeste dans cette galerie où j'ai épingle tant
de souvenirs à la plume ou aux deux crayons. Tous
mes contemporains ont déjà nommé
Chavignot.
C'était bien un sacristain de race que ce bon Cha¬
vignot qui aurait pu d'ailleurs exhiber des parchemins
consulaires, car il est bien établi qu'il avait dans ses

Ỳ-

1

'iSj

1£■

�SERVICES ET

ancêtres
son

un

SËÎIV1TEUHS

consul de la cité. Mais il ne

église et aux choses de son église,

autant
tours

De

aux

nefs de Saint-Sauveur que

tenait qu'à

inféodé tout

(Juasimodo aux

de Notre-Dame.

l'esprit juste assez pour causer de tout un peu
pateline faconde, ce qui n'implique pas en¬
le mot moins charitable de suffisance ; que lui

avec une

core

opposaient ses contradicteurs.
Il portait avec autant d'élégance que de désinvol¬
ture le vêtement ecclésiastique et poussait la coquet¬
terie jusqu'à soigner sa queue alors de mode cléricale,
ce qui donnait une base plus gracieuse à
une figure
un peu pouparde mais aux lignes correctes,et aux tons
sobrement
vermillonnés. On le voyait partout; on
l'appelait de tout côté ; c'était le Deus ex machina
de tous les services multiples, sous sa juridiction.
*
*

*

11 était superbe le sacristain Chavignot les jours où,
dirigeant la construction, d'un édicule religieux
provisoire, reposoir ou catafalque, et que, reculant de
quelques pas pour juger de l'effet.il croisait ses mains
derrière le dos, profilant en avant une proéminence
abdominale d'honnêtes dimensions.
Entiché des traditions de sa métropole jusqu'à
l'entêtement, il eut forcément ses heures de conflit.
Comme tout arbre à forte ramure il fit ombrage et
ne

fut

arraché.

pas

seulement émondé mais

violemment

�LA

112

NOËL

EN PROVENCE

c'est là l'étonnant ; mais la
fiel qui s'infiltra ce jour-là dans son pylore,
devait receler le germe de l'apoplexie qui l'emporta
plusieurs années après sa disgrâre.
Ce brusque rejet dans la vie civile pour un homme
qu'une irrésistible vocation avait poussé dans la vie
ecclésiastique, eut été un bagne, s'il n'avait trouvé
dans son foyer une épouse dévouée et au-dehors de
très nombreuses sympathies pour adoucir ses derniers
Il n'en mourut pas,

goutte de

jours.
Je ne suis pas

certain qu'il se soit consolé de mou¬
^es armes à la
main, car un sacristain ne devrait pas s'éteindre sans
avoir en main son éteignoir.
rir loin

de

son

champ d'honneur et

�XI

Maîtrise

lia

Maîtres «le

Métropolitaine tl'Aix,

C-Iiapelle, diantres

Enfants

et

de

Chœur célèbres

Psallite Domino in choriis et organo.
Nautre sian d'enfant de

cor

Que sian demoura d'accord
De
Au

s'ana

permena

pais que Dieu es

na.
Saboly.

La

maîtrisa

d'Aix

a

eu

ses

splendeurs et

ses

gloires.
Elle fut célèbre dans tous les temps

parmi les célè¬
Paris, Strasbourg, Reims, Rouen, Lyon, Bour¬
ges, Tours, etc., etc., furent de brillantes émules
mais ne l'ont jamais éclipsée.
Aura-t-elle encore de belles pages dans le livre des
destinées ? La rigueur des temps pour toutes les
questions de luxe liturgique assombrit singulièrement
cet avenir. A l'heure où un gouvernement démocra¬
tique est forcé de chercher des économies en rognan1
sur le nécessaire dans les
budgets ecclésiastiques de¬
puis la cathédrale jusqu'à l'humble presbytère de
campagne, il paraîtrait un peu téméraire d'espérer
qu'en supprimant laçage et la mangeoire on pût con¬
server les rossignols.

bres.

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

Mais il s'est trouvé dans

tous

les

temps, surtout
grands jours d'épreuves, des âmes ardentes sa¬
chant espérer contre toute espérance, et quand une
de ces âmes est douée d'une haute intelligence comme
celle du chef actuel de notre maîtrise,qui défend avec
une incomparable ardeur
son titre et ses attributions
de grand chantre (1) en vue de conserver les petits,
les rossignols qu'on voudrait bien ne pas voir s'envo¬
ler, on peut s'attendre à des miracles.
aux

Attendons ! même
Fallitur

en

augurio

Mais Ovide n'était

espérant
spes

peu :

bona sœpe

qu'un aimable

suo

payen

(3).
et nous

voulons faire acte de croyant.
Et si le présent ne nous offre qu'une maigre gerbe
d'espérances, retournons aux riches greniers du
passé.
#
#

«

La richesse des notabilités vocales

qu'on trouvait
métropolitaine d'Aix, devait avoir son
origine dans le mode de recrutement. Un grand nom¬
bre de familles italiennes rêvaient pour leurs enfants
un avenir qui commençait par celte base.
C'était déjà quelque chose à l'époque où un père
de famille ayant comme aujourd'hui à se préoccuper
de la lutte pour la vie, que de trouver la nourriture,
dans la maîtrise

(1) M. l'abbé Marbot, grand-chantre, vicaire général.
(2) Ovide.

�MAITRISES

118

le logis, le vêtement et l'éducation pour un de ses
membres, de l'enfance à la majorité On dédaignait
moins qu'aujourd'hui les emplois d'église,
disons
même qu'on les recherchait, il y avait abondance

dans l'offre et

on pouvait choisir.
chapelle papale d'Avignon regorgeait de sujets,
métropole d'Aix avait un choix superbe dans les

La

la

candidats et si

nous

ne

trouvons dans les archives

que peu de noms ayant émergé parmi les célé¬
brités du genre, il ne faut pas douter que le recrute¬
ment se fit souvent dans ce milieu artistique où l'en¬

fant

le goût instinctif de l'art musical
providentiels dont le ciel italien a
toujours semblé prodigue.

un

apportait

de

ces

avec

organes

Campra

Campra, un des enfants célèbres de notre maîtrise,
naquit à Aix, rue du Puits-Neuf, en 1660, d'un père
italien qui exerçait la chirurgie. La voix superbe de
l'enfant de chœur n'était qu'une des qualités secon¬
daires du musicien, que ses dispositions remarquables
dans la science du contre-point, enlevèrent à la pro¬
vince pour le faire briller sur de plus grands théâ¬
tres. Il mourut à Versailles en 1714 après avoir été
choyé par la Cour, pour ses compositions de belles
pages religieuses et aussi d'opéras et de ballets célè¬
bres dans lesquels le Roi-Soleil aimait à figurer.

�&lt;16

la

NOËL

EN

PnOVENCË

bagage harmonique de Campra est très consi¬
les mélomanes érudits nommeraient
parmi les opéras qu'il fit représenter à l'Académie
royale de musique,Tancrède, Iphigénieen Tauride,(\)
Télémaque et quelques-uns de ses ballets célèbres, le
Triomphe de !'Amour, le Carnaval rie Venise, le
Jaloux désabusé. Un de ses biographes le présente
comme l'intermédiaire entre Lully et Rameau
et dit
que ses compositions ont plus de naturel et de vérité
que celles du Florentin, tout en présentant un pro¬
grès sensible vers le but indiqué au génie.
Le

dérable. Tous

Il mourut à 8i ans, en 1744.
Etienne Floquet

Quatre ans après,en 1748, un autre enfant de chœur
qui illustra notre maîtrise, venait au monde à Aix ;
Etienne-Joseph Floquet. Il faisait exécuter à l'âge
de 11 ans, un motet à grand oichestre de sa com¬
position. Paris nous le prit encore et après de plus
grands succès il passe en Italie pour se perfectionner
dans

son

art et

revenir récolter à Paris de

nouveaux

triomphes.
(1) Ce sujet d'Ipliigénio en Tanride devait être bien séduisant,
vrai steeple-chase couru par les compositeurs de ce
un
siècle. Celle de Campra ne serait qu'une des six sœurs connues
du même nom,
Gluck, Sacchini, Méhul, Carafa, Pacini, peu¬
vent revendiquer la même paternité ; en cherchant bien on en
découvrirait peut-être quelque autre en Aulide, sinon en Tauc'était

ride.

Sémiramis a eu au aussi
Eossini a seule survécu.

plusieurs pères, mais la fille de

�MAITRISE

-117

fit représenter un ballet, l'Union de
Arts,contenant une chaconne restée cé¬
lèbre et qui eut quatre-vingt représentations, un
chiffre absolument rare pour l'époque : 1773.
11 se fit remarquer à Naples pour la composition
d'un Te Deum à deux chœurs et à deux orchestres
sous la direction du célèbre professeur et maître de
chapelle Sala.
La nouvelle Omphale et le Seigneur Bienfaisant
qu'il fit représenter à son retour à Paris à la Comédie
Italienne, furent les seuls de ses opéras qui lui sur¬
vécurent. Il avait imaginé de mettre en musique,
l'Alceste deQuinault, retouché par Saint-Marc, mais
Gluck avait déjà traité ce sujet avec un bien autre
Floquet

l'Amour et des

talent

Floquet mourut à la fleur de l'âge et des soupçons
d'empoisonnement planèrent sur ce trépas si précoce.
Une cabale suscitée par la jalousie aurait, dit-on,
amené

triste dénouement.

ce

de ses biographes contemporains, M. de
lloisgelou affirme que ce n'est point le chagrin mais
la débauche qui hâta sa fin.
Mais

un

*
*

*

ce choix d'illustrations une
honorable au professeur de Campra,
Guillaume Poitevin, prêtre, maître des enfants de
chœur de la cathédrale d'Aix au commencement du
XVIIIe siècle. Il a laissé en manuscrits beaucoup

Nous

mention

devons dans
fort

�118

de

LA

NOËL

musique d'église qui

EN

PROVENCE

été longtemps en usage

a

dans le Midi de la France.
*
*

Le roi

Louis XIII avait

*

fait demander

cinquante
chœur, nommé
Guille, pour la chapelle royale, et si nous feuilletons
plus avant dans les parchemins et les actes de no¬
blesse de notre maîtrise métropolitaine, nous la ver¬
rons
recherchée et distinguée par le roi Louis XI
qui avait en sa chapelle royale : « huit chantres qui
« estaient
venus
du pays de Provence,
lesquels
années

«

avant

avaient été

pelle,

autre

un

au

enfant

de

roi René de Sicile

et

de

sa

cha-

et les Annales d'Anjou nous précisent la
date de cet événement qui
concorde avec la fonda¬
«

»

tion d'une

messe quotidienne en
musique, a en la
Saintr-Chapelle de Paris et pour ce que le roy
sçavait que son oncle défunt de Sicile, avait en sa
«
chapelle de meilleurs chantres que Von sceust trouver, il les envoya quérir et les retint à ses gaiges, en leur baillant la charge de chanter cette
messe de nouvel par lui fondée,
en leur assignant
bons gaiges pour ce faire »
D'où venaient ces meilleurs chantres que l'on put
trouver ?
Le roi de Sicile avait les moyens
de se
«
i

«

«

«

«

les procurer sur

le sol où germent les voix et les
génies de l'art musical ; mais ce qu'il est utile de
constater

dans

ces

souvenirs et

ce

résumé de tradi¬

tions, c'est qu'ils étaient pris et choisis dans le chœur

�119

MAITRISE

de notre

métropole, dont le bon roi René requit

l'honneur d'être reçu chanoine.
Ce sont là des titres de noblesse bien incontesta¬
a
très vaillamment conquis
parchemins dans ses premiers siècles d'existence
et peut élever son fanion, très royalement cravaté
en
montrant fièrement son blason, car elle a aussi
son écu armorié
(1)

bles, la maîtrise d'Aix
ses

Cette maîtrise d'Aix

dont je

retrouvais à chaque
les traces en cherchant dans les auteurs qui se
sont occupés de liturgie, les traits historiques se rap¬
portant à mou sujet de la Provence et ses fêtes po¬
pulaires, vient de recevoir la distinction dont elle
était digne; un historien. M. l'abbé Marbot, vicaire
général, prenant au sérieux le titre de grandchantre qui, dans tant de diocèses ne représente
plus qu'une sinécure, a commencé les annales de
la Maîtrise placée sous sa haute et intelligente
juridiction, et publié un premier volume remontant
jusqu'aux origines de cette célèbre psalette. (%)
pas

(1) Les armoiries de la Maîtrise métropolitaine d'Aix portent :
mi-partie de gueule à VAgnus Dei d'argent qui est du chapitre,
et mi-partie d'azur à la harpe d'or cordée d'argent avec l'exergue :
«

Psallite Deo, psallite sapienter »
Notre Maîtrise Métropolitaine, par

imprimeur-éditeur, Aix.
(2)
Ici
Ibid,

l'abbé E. Marbot. Makaire,

�120

LA

NOËL

EN

PROVENCE

quelques miettes à ramasser sous cette
servie, et si l'histoire ancienne a
pu captiver le lecteur, celle des temps modernes
émaillée de quelques illustrations contemporaines ne
l'intéressera pas moins.
1,'anecdote locale pourra fournir plus d'un chatnon à la
grande histoire. Plusieurs lampes supplé¬
mentaires sont venues doubler spontanément la
lueur de la lanterne avec laquelle je fouillais dans
cette poussière où j'avais vu briller quelques pail¬
lons d'or. (1)
Ce chiffonnage m'a séduit et l'étalage au grand
jour de mes premières trouvailles me laisse espérer
que toutes ces paillettes jetées dans le creuset pour¬
raient fournir la valeur de quelques épis d'or pour
grossirjune gerbe.
A bientôt donc, si Dieu me prête vie, l'inventaire
de mes nouvelles découvertes, depuis l'époque où
s'arrêtent mes histoires rétrospectives, soit de la der¬
nière moitié du XV1I1* siècle jusqu'à nos jours.
J'ai trouvé

table si richement

(1) Eléments du II"16 volume en préparation.
Miettes de l'Histoire de Provence, les Mémoires d'Olympe:
Chappes et Ckapperons.

�XII

I'ostfacc.

—

Histoire du

Idvre.

Conclusions

Amour ! Amour ! Recounneissenço !

C'est bien

joli Noël si mélodieux, reconnu après
qui, provoquant un écho pa¬
triotique dans un cœur provençal dirigea la plume
du publiciste ayant à fournir à son journal le jour de
trente

ans

ce

d'absence

Noël, l'article dit de circonstance, la variété littéraire
d'actualité.
Je

retrouvais dans

les collections du journal le
quelques trente ans de date ; il n'y
avait qu'à le rajeunir ; ce sont des procédés très
connus dans le métier et le vieux-neuf devenant plus
que jamais de mode dans un siècle où les épuisés
tiennent à défaut d'autres le haut du pavé littéraire,
je n'eus qu'à constater le succès du procédé.
Je ne demande grâce que pour l'intention qui se
traduisait par un chant de reconnaissance et d'amour
du sol natal ravivé par le chant orchestré par Char¬
bonnier à la crèche Benoit, bien que mimé par des
marionettes, et plus tard par la belle Marche des
Rois à Saint-Sauveur,exécutée par des instrumentistes
même article à

de chair et d'os.

�122

LA

J'avais fait appel

mémoire

sur

ces

NOËL

à

EN

mes

PROVENCE

lecteurs

pour

touchantes traditions

raviver ma
locales ; ses

documents arrivèrent de tous

côtés, et pour les uti¬
je devais mettre chaque semaine des rallonges à

liser

table.

ma

Je n'ai pas

la présomption de laisser croire que
fenêtre les interpellations qu'on
l'auteur inépuisable des contes des Mille

j'ai entendu
adressait à
et
«

sous ma

Une Nuits:
mez

savez

pas,

«

Oh Monsieur Galland ! si

contez-nous encore, etc

,

vous ne

etc.

»

dor-

Vous

le reste.

Mais il y a

produit

bien quelque analogie

avec ce

qui s'est

la forme d'une bienfaisante ondée d'en¬
couragements, de documents et d'historiettes que je
ne
pouvais utiliser sans me rendre odieux à tons
mes

sous

honorables confrères du journal

Le

chroniqueur des

du conseil municipal
spirituels résumés ; le cor¬
respondant d'Arles, de Peyrolles ou de Saint-Chamas
dont on ajournait la proseau numéro suivant, pour
faire place aux nouvelles tranches d'un feuilleton
qui
chantait Noël à Pâques ; autant de réclamants auprès
du metteur en pages assourdi de lamentations.
Et les documents arrivaient toujours : de Marseille,
de Toulon, d'Arles, d'Avignon et même des Martigues. (1)
séances

dont il fallait écourter les

(!) Un joli chef-lieu maritime qui a mérité le nom de la Venise
on a voulu faire la Béotic de la région. C'est
une réputation évidemment surfaite. On
trouve encore cependant
des entêtés qui assurent qu'on ne prête qu'aux riches.

provençale et dont

�4 23

POSTFACE

#

#

#

imprimeur à bout d'excuses envers sa rédac¬
conjurée eut alors une idée féroce : étrangler
feuilleton pour le ressusciter sous la forme du

Mon
tion
le

livre.
éditeur

Cet

certainement

trouvera

des

formes

colorer son... radicalisme, mais sa pré¬
face ne sera pas la vraie ; la véridiquc histoire du li¬
vré est dans la postface, un néologisme que
l'Académie
a bien fait de sanctionner et que tous les auteurs fe¬
raient bien d'adopter comme usage.
polies

pour

#
#

#

C'est le lecteur

qui a fait le livre voilà la vérité.
Et c'est dans les conditions révélées de celte ori¬

que je trouverai J'excuse de l'école buissonnière
je vous ai si souvent fait faire chers lecteurs !
avant de vous reposer dans quelques fraîches oasis ou
sous quelques belvédères.

gine
que

#
#

Des

*

plateaux supérieurs d'où je pouvais contempler
en zigzags depuis la dernière

le chemin parcouru

en cueillant des (leurs ou des fruits sauvages
long des sentiers, je me souvenais du mot récent
d'un sympathique confrère. (1) « Onne se doute pas

halte,
le

(1)

Paul Marieton,

brêenne.

nécrologie de Victor G-elu, Revue Fél

�121

de

LA

ce

qui reste

Provence.

NOËL

encore

EN

PROVENCE

à recueillir de l'inépuisable

»

-*

*

*

L'histoire d'un livre fait par les lecteurs a pour
ses côtés moins flatteurs
que je dois aussi

l'écrivain

impartialement mentionner.
Tout homme qui émet publiquement des opinions
ou accroche des tableaux aux murs d'une
exposition
publique est certain de trouver sur sa route des Aristarques ou des Zoïles.
Des Zoïles envieux ! pourquoi s'en présenterait-il
sur ma route? Je ne
prends la place de personne à
table ; je n'ai ramassé que des miettes et si j'ai quel¬
quefois emprunté la pelle du fossoyeur pour exhumer
une
dépouille vénérée, j'ai mis autant de respect que
de douce galté à conduire le convoi des chers morts
auxquels je n'ai pu rendre la vie en les promenant
un instant sous les chauds
rayons de notre soleil de
Provence.

Mais les

Aristarques n'ont pas manqué à leur tâ¬
premier en date allait jusqu'à me contester
l'orthodoxie grammaticale du titre de mon livre, La
Noël en Provence, j'étais disposé à toutes les conces¬
sions logiques : la récrimination portait à faux. On
dit partout, mais surtout en Provence, La Noël,
che. Le

�125

POSTFANE

comme

l'autorise le dictionnaire de l'Académie

avec

la mention

familier, comme on dit la Saint-Jean, la
Saint-Louis, la Saint-Valentin, etc, etc.
Or, mes histoires absolument locales, ne sont-elles
pas essentiellement du genre familier ? J'ai si peu
compté sur les lecteurs exotiques que je n'ai môme
pas traduit mes épigraphes et la plupart de mes citatations en langue provençale.
J'ai accordé
ou

sans

hésitation les rectifications de faits

d'inexactitudes signalées dans les moindres dé¬

tails.

(1).

(1) 1° C'est ainsi

que

j'ai dépossédé le sacristain Chavignot du

brevet d'invention que je lui avais primitivement accordé
pour la
fabrication de l'étoile des Mages avec illumination
spontanée ;
mais l'architecte de cette merveille restera inconnu
comme celui
de la cathédrale de Cologne puisqu'il
n'apas

daigné signer

dication à laquelle j'ai fait droit.
2° J'ai accordé les mêmes honneurs de rectification à
mation aussi anonyme que

la première, qui

me

sa reven¬

une

récla¬

reprochait d'avoir

amidonné les manches du surplis du susdit
sacristain, alors que
les surplis de sacristain n'ont pas de manches. Cette
réclamation
qui n'était pas plus sérieuse que celle des bouts de chandelles de
l'étoile des Mages, a été non moins favorablement accueillie :
émanâ-t-elle d'une blanchisseuse de fin,
troussée

elle était spirituellement

(l'épître anonyme) et méritait cet hommage à la vérité dans

les

plus infimes détails.
l'abbé Bécherias avait été le dernier serpent
du lutrin de Saint-Sauveur ; il s'est
produit une réclamation très
5° J'avais dit que

fondée. Bécherias avait

eu pour successeur un sieur
Lesaché, an¬
cien carrossier à Aix, mais celui-là a bien été le dernier.
Le dernier ophioléïde survivant, est l'ancien enfant de chœur

septuagénaire, Laugier déjà nommé.

Il sort encore quelquefois
gaine pour les enterremeuts de chanoines à
l'occasion desquels il semble très légitime de tolérer un
peu plus
de bruit qu'aux autres dans une
musiquo liturgique.
son

instrumeut de

sa

�4 £6

LA

NOËL

EN

PBOVRNCE

La véritable épigraphe de cette Postface peut être
empruntée à Cicéron dans ses Tusculanes:
«

dia

Et refellere sine pertinacia, et refelli sine iracunparati sumus. »

Aussi bien préparé à contredire sans parti pris
qu'à accepter la contradiction sans rancune, »
«

*
#

C'est

*

ces dispositions
de franches et loyales
je vais utiliser les nouveaux documents
qui pourront fournir les éléments d'un deuxième ou
peut-être d'un troisième volume dont le patriotisme
soufflera toutes les inspirations.
Le feu qui longtemps a couvé sous la cendre peut
avec

allures que

se

raviver

une

sous

l'influence d'une brise

porte entr'ouverte et

cœur une

arrivant par

rallumer dans le foyer du

vive et chaste flamme.
*
*

O Provence adorée ! Ma
11 faut t'aimer de

fol

*

jolie

amour

gueuse

pour te

parfumée 1(1)
chérir encore

après les assauts violents livrés à ta beauté native

par

la crinoline et la centralisation.
Je te retrouve à

peine ; j'hésiterai même à te re¬
quelques rayons de ton brillant passé ne
le suffisaient pas pour illuminer et ennoblir tes ori¬
peaux modernes

connaître si

(1 ) Mirabeau.

�POSTFACE

127

Ces vieux airs du bon vieux
temps que je viens de
fenêtre, d'une voix sénile, ô ma

chanter sous ta
chère Provence,

te sembleront pas,

ne

démodés.
J'ai bien choisi les

j'espère, trop

musiciens des aubades que ie

t'ai

offertes, daigne sourire une fois encore à
dernière que conduira ton troubadour
préféré!
0

Magali

ma tant amado

Mete la teste

Escouto

cette

au

fenestroun

!

un

pau aquesto aubado
De tambourin et dé viouloun !

fMisTKAL-Poème de Mireille)

j^IN

DU

J^REMIER ^OLUME

��APPENDICES
et

NOTES

JUSTIFICATIVES

§ I

Page 48.

—

Les santonniers ont,

collection de modèles

la plupart, une
qui leur ont été transmis de

père

en fils.
C'est le soir à la veillée que l'on
tons. Toute la famille prend part à

travaille aux san¬
la besogne et rien
de plus curieux que de voir le grand'père ainsi que
les enfants les plus jeunes pétrir chacun fiévreuse¬
ment sa boule d'argile. Devant eux est posé le moule
séparé par moitié. Avec le pouce et l'index, ils em¬
plissent de terre le creux de chaque partie qu'ils rap¬
prochent et joignent ensuite à l'aide de la barbotine.
Une fois secs, les sujets sont coloriés à la gomme.
Marseille est à peu près l'unique centre d'approvi¬
sionnement pour les départements du Var et des
Bouches-du-Rhône.

Sémaphore, Horace Bertin.

�130

la

noël

en

provence

§ "
Page 19.—Cette dévotion

a

commencé

à

l'Ora¬

toire, où après avoir été longtemps pratiquée en
secret et en particulier, elle est enfin devenue com¬
mune et
publique... Depuis elle s'est répandue par
toute la ville, les religieux l'ont embrassée avec
ardeur, la paroisse des Accoules l'a reçue avec em¬
pressement, les familles en ont fait une de leurs
principales dévotions. ^François Marchetti Usages
et

Coutumes des Marseillais 1683 J

Ce

père Claude Frassen, supérieur des francis¬
une appendice à la
règle
Bernadone, mère de saint
François d'Assise était Provençale et issue de la très
illustre maison de
Bourlemont. Les Provençaux
avaient alors de grandes relations avec
l'Italie, sur¬
tout avec le
royaume de Naples. Le Saint parlait fa¬
cilement la langue provençale dans sa
jeunesse et
continuait à la trouver au milieu de ses
concitoyens
le parler le plus délectable
qu'il y eût au monde. Il
accueillit passionnément les institutions de la Pro¬
vence
qui pénétraient de toute part en Italie, le gai
cains à Paris, assure, dans
du Tiers-Ordre, que Pica

savoir,les

cours,

les chansons d'amour

(\) La Jeunesse de
nikr.

saint

ou

François d'Assise,

de geste.

par

(1)

l'abbé Lemon-

�appendices

§ m
Page 36.

Nous

pourrions indiquer dans le dio¬
plusieurs paroisses où cet antique
usage est encore en vigueur pour les solennités de
Noël. (A. de la Condamine, Annales de
Provence.)
M. l'abbé Fouquou, curé de la Madeleine, avait
en 1868, alors
qu'il était curé de Barbentane, restauré
une cérémonie des
plus pittoresques pour la messe
—

cèse d'Avignon

de minuit.

Cette cérémonie

connue

avait le scénario suivant

Un
rubans

sous

le

nom

de

VOffrande

:

agneau enguirlandé de houpes rouges et de
est installé dans un
petit charriot

auquel on
précédé
cymbalier
portant de miniscules castagnettes métalliques, ryth¬
mant la
marche, en jouant les airs traditionnels attri¬

attelait la brebis mère ; un
cortège se forme
d'une musette, fifre et tambourin avec un

bués

au

Les

roi

René.

paroissiens, la partie masculine, suivent l'or¬
chestre tenant en main un faisceau de
petites chan¬
delles allumées. On a
compté jusqu'à trois cents
hommes dans ce cortège dans lequel toutes les nota¬
bilités du pays, tenaient à honneur de
figurer. La
messe est
suspendue au Credo pour attendre l'arrivée
du défilé qui se
range en bon ordre après l'Offrande.
On venait en foule des pays
circonvcisins pour voir
ce naïf et ce
pittoresque spectacle.

�132

la noël

en

provence

§ IV
Page 57.

Les esprils les plus féconds peuvent
quelquefois de réminiscences, Méry n'a¬
vait eu pour aiguiser son quatrain qu'à remanier celui
de Racine contre Pradon après l'apparition du Germanicus du poète.
—

s'alimenter

Persécuté par

le cruel Tibère
traître Pison
plus pour comble de misère
Que d'être chanté par Pradon !
Assassiné par le
Il ne lui restait

§ V.
postorale

Page 68.

du

petit

seminaire

Cette pastorale avait cinq actes.
acta,Lipressentiment \ un groupe de bergers
parmi lesquels on distingue un vénérable vieillard et
quelques jeunes enfants, s'entretient de la venue du
Messie
Le patriarche rappelle les principales pro¬
phéties, qui le concernent...., les bergers se commu¬
niquent leurs pressentiments et quelques signes ex¬
traordinaires, quicejour-là même semblent annoncer
le prochain avènement du grand libérateur.
Au 2m· acte, Lou récensamen : la scène change : des
montagnes de Bethléem on est transporté dans l'in¬
térieur du village. Les Juifs se plaignent de l'en¬
combrement des étrangers, obligés d'accourir dans la
bourgade
Ils maudissent la domination romaine...
Qu'on en juge par le dialogue suivant, qui ne manAu 1"

—

�133

appendices

que pas

geois et

de finesse et de naturel. Ce
aubergiste :

sont deux villa¬

un

Jamai où

villagi
L'y a'gu tan dé gen
Sembl'un

;

roumavagi

Dedin Bétélem !

Sé courre, sé crido,

Ouz'un paù, vesin !
Se dè la

vido,

S'ès vis taù bousin ?
l'hotelieh

:

Per ioù n'en sioù ben

aisé,
plen de gen !
Et l'y a ren qué mé plaisé,
Coumo dé gagna d'argen !
Qué coumandoun
Moun oustaù ès

E

nou

mandoun

Fors'

estrangié
Dei paùré cabarétié,
Alors vaï lou mestié...

Et
Per
Foù

lou

paùré, inoundé,
quinto résoun,
qué sé mourfoundé

Per donna

Tanben

soun nom

remarco

Qué senso réspè
Cadun s'enarco
Contro lou

décré,

?

�134

la.

noël

en

provence

un autre :

Fan ben !

feù sé rébifa

car

Et dei Rouman foù
Per

sauva

la

triompha,

patrio !

Sérié leù fa,
Sé venié lou Messio !
l'hôtelier

:

loù sioù pa dé toun diré,
Ni moùdiss' aqueli gen.
: Vivo l'Empire !
Quan mi fa gagna d'argen !

Cridé

Bon'oùbèno !
Senso

pèno,
picaïoun

Dé

N'en vaï fair'
D'aco n'ia

bon mouloun

un

jarnaï

proun

Pamen per

L'y

a

carrièro
dé pauri gen,

Dé famill' entièro

Senso
L ia

loujamen
plus dè plaço

E din nost' hameù
Viren li

jasso

Servi dé casteù.

�135

APPENDICES

l'autre

:

L'ia gaïré, n'ai rescountra dons,
Qu'anavouu d'un air piétadous

Piquan dé port' en porto;
fachous,
Què li leissoun pèr orto.
Es ben

l'iiotelier

:

Oh ! mai' que fuguoun
Podoun mé véni trouva
Dei

riché

paùré mé n'en fiché !

Sabi li fairé

sauva.

Bono séro !
A

l'espèro.

Mà voù teni ;

S'a l'oustaù voloun veni,
Faù que fagoun lusi (luire

de l'argent)

Peu

après Marie et Joseph apparaissent... partout
et le dur hôtelier tient parole. Ils
rencontrent un rnediant, qui leur indique une grotte
non loin du
village, où ils pourront s'abriter pen¬
les repousse

on

dant la nuit,
Le troisième

acte,Miejo-nué, nous ramène aux dé¬
premier acte... il est nuit noire...
les bergers sont endormis.., Apparition lumineuse et
annonce de l'ange. Grand chœur du Gloria. Les ber¬
gers se rendent de suite à la Crèche, annonçant sur
leur chemin l'heureuse nouvelle.
Des groupes de
cors

et à la scène du

.

�136

LA

NOËL

EN

PROVENCE

pèlerins

se forment de tous côtés, et chaque groupe
passe sur la scène chantant des airs de Noëls au son
du tambourin. Cet acte qui est le plus long, est loin

de

le paraître : l'action ne languit pas... C'est la
partie du poème qu'on a trouvée la plus pastorale et
la plus intéressante.
Au quatrième acte, La Crècho : la scène représente
une grotte avec un
râtelier sur un de ses côtés. Marie
chante d'abord son adoration à son Jiviu Fils ; puis un
chœur d'anges (une douzaine vêtus de tuniques de drap
d'or sur robes drap d argent),chante le Puer natus est
de Sylvestre, une vraie perle du trésor musical de
notre maîtrise. Enfin les mêmes groupes de bergers
qu'on a vus passer au troisième acte, arrivent à la
Crèche avecleurs présents et leurs mêmes refrains.
Saint Joseph les remercie au nom du saint Enfant.
Enfin, le cinquième acte, c'est l'arrivée des mages.
Deux bergers, qui les ont déjà vus venant de Jéru¬
salem, accourent en prévenir Joseph et Marie : ils
parlent de leur riche cortège, de leur bruyante fan¬

fare

:

Dé caùso ben

Mai

poulido

n'ia, té 1 n'en voués n'en vaqui !
Jamaï dè

ma

vido

N'en ai tan vi !
L'ia dé

troumpétairé

E toulo sorto d'instrumen ;
Dé tambourinaire

Qué jogoun ben !

�137

APPENDICES

Foù veiré li Rei

Magi
si camèu,
Mé touti si pagi
Qu'an dé drapèu.
Couquin ! coumo lusoun
Li plumé qu'an à si capèu
Commo beluguéjoun
Si long manteù.
Amoun

quilha

su

;

N'ia

un qué m'a fa riré,
Quan aï vi sei ui trévira

:

perèu vou diré,
Qu'ès mascara !
Foù

Li gen dé sa suito
S'ai pa mounté lis a
Mai si vis désuito
Soun pa

A

clioùsi

pouli !

l'instant, l'orchestre fait entendre

célèbre de

la

au

loiu l'air

Marche des Rois... On croit les voir

approcher, l'étoile brille soudain

fond du tableau,
rinforzando : les
voilà ! Un corps de musique militaire,avec grosse caisse
et chapeau chinois, porte-drapeau, porte présents,
pages, défilent en costumes splendides,passent sur la
scène et vont disparaître derrière le théâtre : les rois
seuls se prosternent : on chante en chœur le Christus
natus est, de Poncet, autre excellente composition du
l'orchestre arrive

au

comble de

maître. Et la toile tombe.

au

ses

�138

la

noël

en

provence

On voit que

du commencement à la fin, et pendant
heures, il ne s'agit que de la naissance de JésusChrist, sans aucun des épisodes bouffons et tout
trois

à fait

étrangers

toutes les

à

au

pastorales

sujet, qui remplissent
connues. Ici

l'Ecriture, aux traditions, à
est digne, grave, pieux,

tout y

tout

notre

presque

conforme

est

foi, et surtout

sans cesser

d'être in¬

téressant.

§ VI
pastorale

Page fi9.

—

En 1855

on

guyon

imprimait à Aix

chure de cent-quatre pages sous le titre
pastorale

instructives

chantante
et

et

recitante,

une

bro¬

:

ou

SOÙées

récréatives pour

les familles chré¬
tiennes du peuple, précédée d'un
avant-propos et d'une
notice historique
sur les circonstances les plus nota¬
bles de la naissance du Sauveur, et les trois rois
mages, pièce religieuse en trois actes précédée d'une
brève dissertation
historique sur le pays et la qua¬
lité de ces saints
personnages ; dédié a la sainte
famille. Plus deux
épigraphes : le premier pris dans
l'Imitation de Jésus-Christ ; le second, (dans
Horace,
et enfin le nom de l'auteur
Guyon, prctre bachelier
ès lettre, imprimerie Pardigon.
C'est
titre de

au

moins

de

la conscience dans

livre, et il y en

a

bien plus

en

un

simple

tournant le

�139

APPENDICES

feuillet, si

on a le courage comme nous l'avons eu
d'aller d'un bout à l'autre. On trouvera dans ce long

d'oasis pour reposer l'esprit d'une ten¬
fatigante que celle du jarret.L'avantpropos seul
vaut tout le poème. Trois conseils
essentiels donnés aux acteurs ou figurants :
trajet

sion

assez

non

moins

1° Les rôles en français devront être confiés à ceux
qui ont le plus d'usage de cette langue, quoique les
versà chanter ou à déclamer,étant d'un style simple
et populaire ne comportent pas un débit guindé et

théâtral ;
Nous

avons
cru pour bonnes
raisons, faire
bergers la langue provençale du jour,
en
avec soin toute
élocution (sic) frisant le
gallicisme. C'est surtout le Provençal usité à Aix et
dans ses environs que nous avons mis dans la bou¬
che des bergers ;
Quelle conscience ! et quels soins minutieux pour
la parfaite exécution de l'œuvre '. Mais poursuivons :

2»

parler

aux
évitant

3°

Si l'on veut atteindre le but

religieux que nous
uniquement proposé dans notre œuvre
de versification mixte, qui certes, est loin de porter le
cachet de l'art poétique,
l'on devra faire au moins
deux représentations distinctes, l'une pour les hom¬
mes, et l'autre pour les femmes
fOh ! oh ! )
C'est là un sûr moyen d'éviter toute cohue, comme
toute rencontre
fortuite ou convenue des jeunes
personnes de l'un et de l'autre sexe.
nous sommes

Sur le bon résultat de celte

Experto crede Roberto.

mesure

de

prudence,

�140

LA

NOËL

EN

PROVENCE

#
#

*

L'idée neuve autant qu'originale de séparer les
jeunes personnes de l'un et l'autre sexe révèle un mo¬
raliste austère et convaincu,mais la citation empruntée
au vieux
proverbe latin m'a rendu rêveur.
Quelle expérience a donc pu faire ce brave ba¬
chelier qui, avec tant de précautions salutaires, n'a
jamais vu représenter son œuvre qui était destinée
cependant, je copie encore la phrase finale de cette
préface : « à créer un passe-temps de nature à allé¬
ger, pour les uns, le poids assommant des soirées
d'hiver, et à faire diversion pour les autres aux
amusements qui, sans être immoraux, nuisent sou¬
vent à leur santé et les portent à vider petit à petit
leur escarcelle.»

Cette dernière

image est empruntée à Rabelais
Panurge. Mais comme notre
bachelier l'a bien placée !

dans les conseils

de

#
*

C'est

le

premier

seconde oasis et

nous

#

acte qui nous fournira notre
enjamberons la notice historique

qui le précède, une véritable homélie avec grande
dépense d'érudition.
Après un soliloque du Père Eternel, l'ange Ga¬
briel venant apporter à Marie son pieçgage céleste,
obtient cette réponse ;

�APPENDICES

«

Votre

Me

présence ici,de quel nom qu'on vous nomme !
jette dans le trouble,ô bon et beau jeune homme!
Pendant mes oraisons jamais aucun mortel
Ne m'a vue à genoux au pied
de mon autel. »
#

#

*

Une strophe d'un des Noëls en
Provençal. Il est
indiqué sur l'air des Bourgeois de Chartres.
Il s'agit de ce qu'ont vu les
bergers à leur entrée
dans l'étable

:

Quand sisoun introuduis

Dinsaqueou vil réduis
An vis réélamen

Lou
E la

pichoun su de fen,
Viergi sa mèro

Qué dei zuei lou vénéro
Et lou grand san Joosè
Su pè
Courba

sur

Ou

soun

bastoun

jounc

Que li ten lué de pèro

Risquons la traduction littérale
Quand ils
Ils ont
Et la
Et le

Sur

vu

:

se sont introduits dans ce vil réduit
réellement le petit sur le foin

Vierge sa mère qui des yeux le vénère
grand saint Joseph sur pied, courbé

son

bâton

ou

jonc

qui lui lient lieu de père.

�442

LA

Ce bâlon qui

près

N0EI,

EN

tient lieu de

PROVENCE

père rappelle d'assez

:

Les bas que mon

grand père de laine

M'avait donnés

Avant de mourir
Violets
Mais il

ouvre un horizon nouveau aux
paléontolo¬
l'auteur nous laisse croire que le bâton de
saint Joseph pouvait être en jone
ou barubou de
la Chine; j'avais toujours cru naïvement
que c'était
une
tige de lis.

gistes

:

Il faut des limites à tout, même à la sainte
joie qui
remplit notre jeunesse, et cependant je ne résiste pas
à une dernière citation ; nous la choisirons
dans le
deuxième acte des Rois Mages, et toute en beaux

alexandrins.
Le

nom)

capitaine Méropax (une riche trouvaille que ce
a donné ses ordres sévères à la sentinelle sur

l'avis:

Qu'une file de gens
S'avance.

drapeaux,
chameaux,

sans armes, avec

Parés fort richement, montés

sur

des

�APPENDICES

LA

143

SENTINELLE

Qui vive et d'où vient-on?
LE

KOI

Est-ce que ça vous
LA

BALTHASAR

regarde ?
SENTINELLE

Kh bien ! de par

le roi, venez au corps de garde
parlementer, répondre aux questions
Que d'adresser il est dans l'us des nations,

Pour y

etc., etc., etc.

.

A la scène

Mages

se

suivante, Hérode s'adressant

déclare convaincu

et s'écrie

aux

Rois

:

Le doute a fait en moi
place à la certitude
Puisque de toute part la vérité transsude.

Un fauteuil de première à la
représentation, valait
plus de cinq francs, même avec la restriction impo¬
sée par l'auteur de la séparation des
jeunes personnes
de l'un el l'autre

Pourquoi

ne

sexe.

s'est-il

pas

trouvé

courageux pour monter la pièce
Mais le libretto nous reste et
mander

comme

une

rareté

l'ai découvert que derrière

aux

un

d'imprésario

on

peut le

assez

recom¬

bibliophiles. Je
rayon

ne

de la biblio-

�*

144

la

noël

en provence

thèque particulière de mon confrère J.-B. Gaut, bi¬
Méjane d'Aix ; il a refusé avec la
férocité connue de tous nos confrères en
bibliophilie
les offres que je lui ai faites
d'acquérir cette précieuse
plaquette
La dissertation qui précède l'acte des
Mages dont
j'ai servi quelques extraits est un chef-d'œuvre d'éru¬
dition biographique et astronomique que le directeur
de l'observatoire de Paris serait bien heureux
qu'on
lui signalât. L'abbé Guyon a parfaitement découvert
la nature de l'étoile : Astre nouveau créé tout
exprès,
comète à chevelure couleur d'argent d'un éclat in¬
soutenable à la vue et présentant au centre de son
foyer lumineux, un Dieu sous la forme humaine.
Après Pline, saint Augustin, saint Ambroise, saint
Basile, Origène, etc., etc l'auteur a encore trouvé
Chalcidius, philosophe platonicien pour achever sa
démonstration; c'est très curieux, je vous l'affirme.
Quel brave homme, et que de modestie dans toutes
bliothécaire de la

,

les assertions émises !

§ vu
Page 71.
En 1170, un Noël fut chanté au ban¬
quet d'Henri 1! d'Angleterre, tenant cour plénière à
—

l'occasion de la fête de la Nativité.
En 1521, sous le
règne de la reine Elisabeth,
plusieurs poètes furent chargés de composer des
Noëls et l'impression d'un recueil de Noëls en
Anglo-

�APPENDICES

Saxon,

remonte à cette

le

de carols.

145

époque. Ces chants portaient
(1 ) Ils étaient en Allemagne an¬
térieurs au luthérianisme, des ménestrels allaient de
porte en porte chanter des Noéls pour quémander des
étrennes aux approches du nouvel an.
Le grand réformateur,
loin de les proscrire, en
compose plusieurs pour en enrichir la liturgie de son
nouveau culte. Les
échantillons du genre qui
figu¬
rent dans la collection de ses
cantiques (2) conser¬
vent un caractère d'austérité
qui n'est pas dépourvu
de grâce et de noblesse dans
l'expression.
La Pologne et
l'Espagne avaient déjà leurs Noëls
populaires au XV» siècle. Le grand poète Lope de
Vega a laissé une Pastorale sacrée en langue castil¬
lane, nous verrons plus loin que le fameux Noël
dci Très Booumian si populaire en Provence n'est
qu'une habile traduction du poète espagnol
nom

L'Italie ne fut pas en retard ; c'est dans la Calabre surtout que
l'usage était le plus répandu. Nous
avons vu

plus haut quel parti saint François d'As¬
su tirer de ces
pieuses démonstrations de
la foi populaire.

sise avait

{\) Carol

en

anglais signifie chanson spirituelle sur la divinité
carol, louer, chanter, Christmas carols.

de Jésus-Christ To

(2) Bibliothèque Mazarine, i vol.

,

Strasbourg, 1622.

�U6

la

noël

en

provence

§ VIII.
Page 78.
Pendant le cours de cette étude sur la
Noël, c'est-à-dire dans les deux premiers moisde l'an¬
née courante, le bruit d'une importante découverte
faite à Avignon par M. Bayle, ancien secrétaire de
l'académie d'Aix, d'un recueil fort important de Noëls
—

inédits

commence

à circuler.

jours après, la nouvelle était confirmée par
une brochure de M. Bayle
relatant les phases très
curieuses de sa trouvaille dans la doublure d'une
reliure de prolocole de notaire portant la date de
Peu de

1684.

contient cent soixante-deux Noëls,

Le manuscrit

quatre-vingt dix-huit écrits en Français, soi¬
xante-trois en Provençal de divers dialectes et un en

savoir

:

Italien.
L'écriture du recueil n'est pas
mais elle est du même temps,
NVle siècle

au

de la même main,
c'est-à-dire de la fin du

commencement du XVIIe.

Les déductions

historiques de M. Bayle concourent
du recueil sinon de tous les
serait autre que messire Mi¬
chel Tornatoris, prêtre, originaire d'Aix et nommé
organiste de Notre-Dame des Doms d'Avignon, le 7
septembre 1633.
Ce serait donc un contemporain deSaboly, peutêtre un rival, sinon un émule; c'est ce que nous ap¬
prendra très prochainement la publication de cet in¬
téressant recueil. L'avant-goût que M. Bayle nous
à

prouver que l'auteur
Noëls qu'il contient ne

�appendices

donne dans la brochure annonçant sa découverte (t)
nous fait impatiemment désirer la publication d'au¬
chose que

de simples extraits. Cette découverte
esprits de tous les provençalisants, surtout
ceux
des compatriotes de l'auteur présumé. Cette
révélation sera peut-être une révolution paléogra¬
phique et archéologique.
Dans tous les cas, émule ou précurseur de Saboly,
messire Tornatoris est certain d'un parfait accueil si
son œuvre ressemble aux échantillons présentés.
tre

travaille les

§ IX.
Page 8-2.
Saboly n'est pas l'inventeur du Noël
satirique, La Monnoye avait cultivé ce genre avec
succès, mais le poète avignonais a manié cette arme
avec une naïveté charmante qui n'exclut pas la vi¬
gueur du trait. Il a aussi inventé le calembour en
langue provençale et le premier essai du genre fut un
—

chef-d'œuvre.

bourgeois d'Avignon avait eu la malencon¬
idée de plaisanter et de dénigrer le poète sur
ses Noëls. Ce bourgeois nommé Cadenières aspirait à
la noblesse et avait manqué plusieurs beaux mariages
à cause du déficit de la particule devant son nom, et
aussi parce qu'il avait des mains patues et des doigts
Un

treuse

courts.

Saboly s'emparant d'une chanson populaire s'avisa
parodier ainsi :

de la

(1) Aubanel, Avignon.

�LA

148

NOËL

EN

Noste paure

PROVENCE

cat

Qua de niero, qua de

niero,

Noste paure

cat
Qua de niero sur lou na !
Se grato, se freto, n'en pou
Parce que n'a pas de det !

«

gis ave

chat qui a des puces,qui a des pu¬
chat qui a des puces sur le nez, se
frotte, et ne peut les attraper parce qu'il

Notre pauvre

ces,

notre pauvre

gratte, se
n'a point de doigts. »

est double, puisque la prononciation
de niero est absolument la même que celle du
nom du bourgeois et l'absence de doigts du dernier
vers se traduisant en Provençal par le mot dé repré¬
sente aussi la particule nobiliaire absente et tant
Le calembour

de qua

désirée.
en action non moins connue que celle
je viens de citer m'a semblé devoir trouver sa
place ici comme esquisse biographique du grand
noëliste provençal. Elle est conservée dans l'histoire

Une satire

que

sous

le

nom

de

:

LE

SOUPER

DE

SAROLY

la série des
légères, mais si fortes
de verve et d'entrain, que ce brave homme eût d'au¬
tres éléments a son service que la gaité et le don du
plus égal caractère. Il n'en est rien cependant ; ce
poète, ce musicien à qui la tribune de son orgue
Qui croirait en lisant attentivement

œuvres

de

Saboly,

ces œuvres

�APPENDICES

semblait devoir suffire,

car

elle dominait

encore

la

bien

légitime popularité que ses œuvres lui avaient
conquise de son vivant, avait des accès que la thérapeuthique moderne combat avec l'eau de Vichy, une
affection de foie ou du pylore qui avait pour stimulant
une
ambition déçue. Il était prêtre bénéficier de
Saint-Pierre, mais il lui manqua toujours quelque
chose : un camail de chanoine. Il y tenait à ce camail, cela fait si bien sur un rochet même devant un
buffet d'orgue. Il s'était persuadé, le digne homme,
que sans faire preuve d'une ambition blâmable, ce
camail lui était dû en légitime récompense de ses
longs et pénibles services comme deuxième bénéficier
de l'église de Saint-Pierre.
Ce canonicat tant désiré,

les bons chanoines de
promettaient tous individuellement
à chaque prochaine élection et il n'avait même pas
pour obtenir ces promesses la corvée des visites aca¬
Saint-Pierre le lui

démiques des candidats de

nos

jours. L'humeur

en¬

jouée du musicien bénéficier leur faisait passer de si
douces heures à ces bons chanoines, qu'on recher¬
chait sa société et qu'en dehors de ses séances d'or¬
gue à l'église, on allait volontiers rechercher le tête
à tête et le laisser-aller des auditions plus intimes du
noëliste devant

son

clavecin.

Saboly dévorait en silence à chaque élection ratée
ces entorses aux promesses formelles qui lui avaient
été faites et il résolut d'en tirer une spirituelle ven¬
geance dissimulée sous une politique hospitalière.
Voici l'anecdote que plusieurs biographes ont dé-

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

apocryphe, mais qu'aucun Avignonaisne veut
ne voulant consentir à arracher aucun fleu¬
ron à cette couronne d'esprit de son poète populaire.
On ne prèle d'ailleurs qu'aux riches. Je retrouve
l'anecdote dans une notice inédite de Castil-BIaze,
un des plus gracieux originaux de la véritable pléiade
d'hommes d'esprits fournis par la ville des papes, et
qui ne devra peut-être de passer à la postérité qu'à
la faveur d'avoir accolé son nom à celui de Ros-

clarée

désavouer

sini

pour sa
Séville. (1)

remarquable traduction du

Barbier de

*
*

«

*

chacun apportait son plat réunis¬
parfois les membres du chapitre.Le jour où le
de Saboly de mettre le couvert chez lui arriva,

Des dtners où

saient
tour

%

de la jeunesse
de Rossini, et peut-être le plus incontesté. Il n'en a pas toujours
été ainsi. La première représentation du Barbier à Rome, en
1SI 6, a donné lieu à la plus effroyable cabale qui se fût jamais
produite au théâtre. Il est vrai que cette chute fut suivie d'un
Le Barbier de

Séville est un des chefs-d'œuvre

prompt relèvement.
Le livret
ras,

est

Séville, comme ceux de beaucoup d'opé¬
de paroles italiennes, écrites elles-mêmes

du Barbier de

la traduction

d'après une œuvre française. Castil-Blaze, littérateur et musicien
distingué, père de Blaze de Bury, a traduit le poème de Sterbini,
qui l'avait imité de Baumarchais, qui lui-même l'avait un peu
puisé dans Molière. Il est certain toutefois, que l'idée première
s'est revêtue de l'originalité puissante de Beaumarchais, de laquelle
les traducteurs et aussi le compositeur se sont surtout inspirés.

�151

APPENDICES

i! reçut avec sa

bonne humeur ordinaire messieurs du

chapitre.
Le

potage lui mérita d'abord

les applaudisse¬
de grande
capacité succéda à la soupière : on le découvre et les
chanoines voient avec dépit que leurs ragoûts, pâtis¬
series, pièces de rôt, entremets chauds et froids,
crèmes, confitures solides et liquides, ont été préci¬
pités pêle-mêle malicieusement dans cet abîme ! Us
ne forment plus
qu'un horrible mélange.
«
Saboly ne fait pas attendre la moralité, l'affabu¬
«

ments de la

lation de

sa

docte assistance. Un

plaisanterie
goût.

que tous

bassin

avaient trouvée de

fort mauvais
■i

—

Comme

les mets que vous m'avez

fournis,

êtes bons chacun séparément, mais
vous lie valez pas le diable du moment où vous vous
assemblez et vous mêlez pour élire un chanoine. »
Et esmme il ne fut pas nommé chanpine, le bon
Saboly, même et surtout après cette rude leçon,
l'histoire a la chance d'être vraie ; la mauvaise diges¬
leur

dit-il,

vous

avoir dans tous les temps

tion d'un dîner avorté peut
des suites incalculables.
*

*

On sait que

Saboly

des Trois Bohémiens
y

aurait adapté

un

fut que l'éditeur du Noël
qui figure dans ses recueils et

ne

air de sa composition.
ajoute qu'on peut en dire
autres Noéls de Saboly, à qui il

Le dictionnaire d'Achard
autant de

tous les

+

�LA

ne

faudrait

d'entre

faire

NOËL

EN

PROVENCE

honneur que

d'un petit nombre

eux

Un autre Avignonais dit que les Noëls de Saboly
peuvent être considérés comme les chefs-d'œuvre du
genre, modèles de finesse et de naïveté: les teintes
ne sont ni bibliques, ni évangéliques
Ici je cesse de comprendre et je demande à ouvrir
une parenthèse pour introduire une
autre question
fort essentielle.
Ce

compatriote admire son noëliste, bien que ses
ne soient ni evangèliques,ni bibliques.Ce serait
donc l'auteur profane qu'il louerait quand même,
et les autres biographes ne portent aux nues le mê¬
me
auteur que parce qu'il a donné surtout la vraie
note religieuse, celle du prêtre troubadour.
11 faut cependant s'entendre, et je crois que l'er¬
teintes

reur commence sur

Tous les

l'instabilité des

écrivains

bases du débat.

touché la corde de
la musique liturgique, de la véritable harmonie re¬
ligieuse dont Palestrina passe à juste titre pour le
rénovateur, Fétis, d'Ortigues, Scudo, l'abbé Arnaud,
l'abbé Jouve, ont écrit sur ce thème des pages con¬
vaincues

qui ont

.

Us sont d'accord pour

soutenir que Saboly avait le
compris le genre sur lequel il s'est exercé, n'en
fût-il pas le véritable créateur, comme pourra le dé¬
montrer la publication prochaine du Recueil des
mieux

Noëls dits de Tornatoris

.

�APPENDICES

153

père Roche, religieux récollet du couvent de
a public un des
plus importants recueils
des Noéls de la basse Provence. Il y a là des perles
d'auteurs inconnus qui ne le cèdent en rien à l'origi¬
Le

Marseille

nalité de

Saboly.
plus curieux Noël est celui dont les paroles
sont plaquées sur l'air si célèbre du capitaine de la
garde urbaine.
Son

«

C'est le ca, ca, ca.

Ah !

.

»

daignez m'épargner le reste !
pourront
couplet suivant qui donnera l'idée de tous

Mais étant donné l'air, tous mes lecteurs
chanter le
les autres.

De

nos

plus charmants concerts

Que tout retentisse
Le Ciel à
Est

nos maux

Accordons
La

divers

enfin propice
flûte

en ce

avec
Timbalet lé lé

beau jour

le tambour

Tituba trom, trom, trom
Timbalet, timbatrom
Timbale et trompette
Hautbois et musette.

père Roche passe pour l'auteur du beau Noël,
de Gloire, plaqué sur un air joyeux
composé par le maître de chapelle Ducaurroy, ayant
exercé à la cour sous Henri lit et Henri IV.
■Le

Le Fils du Roi

�loi

LA

N9EL

EX

PROVENCE

Saboly a fait dans son œuvre une foule de digres¬
historiques et satiriques contreies travers de son
époque et se montra toujours l'esclave passionné des

sions

traditions.
L'année où le

chapitre de Saint-Pierre cédant au
goût de l'époque fit subir à la décoration
intérieure de son église une transformation impor¬
tante. il publiait son LX* Noël où je relève ces trois
strophes : c'est saint Pierre qui parle, et s'adres^ant
au Seigneur, lui
dit qu'il va lui faire une demeure
plus honorable qu'une étable, et que puisqu'il a les
clés de Saint-Pierre il veut lui faire hommage de sa
mauvais

maison.
Moun liouièn

Que

mei canounge.

e

souti un pau

mai de vounge (1)

Gent de sèn et de résoun
Garniran vosto nieisoun
De tout

ce

qu'aura besoun.

Per la voulo

qu'es fort belio

Li

d'estello.

samenara

Mai de milo per

lou

Lusiran

candelo

Cresi

coumo

men ;
;

qu'efétivamen

Semblara lou firmamen.
Enfin touto
E que

(I) C'était bien

ma pensado
siegue ben ournado

peu

d'honneur

pour

le douzième dernier élu.

�155

appendices

N'y aura ren de plus pouli,
estre acabado.,.
Mai sera coume se dit,
Lou pont d'aou Sant-Esprit.
S'en cop pou

pont du Saint-Esprit qui ne fut jamais achevé
plus que la collégiale de Saint-Pierre qui pré¬
sente encore romme coup d'œil un méii-mélo de dé¬
tritus archéologiques rappelant le fameux plat du sou¬
per de Saboly.
Ce LX" Noël de Saboly n'est point heureusement
dans le répertoire de ceux chantés à la métropole de
Saint-Sauveur ; il pourrait y inspirer des réflexions
Le

pas

analogues à
s'avisaient de

celles qui précèdent, si les auditeurs
aux étoiles du chœur.

bailler

..

§ x
vingt-huit Noëls d'Antoine
plus d'une douzaine consacrés
divers corps de métiers, aux ordres religieux,
organistes, aux sonneurs, à la boustifaille, lu

Page 84.

—

Dans les

Peyrol on en trouve
aux
aux

cent

onzième nouvè est une revue

religieuses de femmes ; voici un
couplet des Ursu/ines ■

tés

des communau¬

échantillon du

Lei Ursulines, uinblamen

compliment
Divin agnèu,
Venen nous rangea sou vostre drapèu
Sara I'oujet de noste amour

L'an t'a

En ie disent :

Divin Redemtour.

�156

LA.

NOËL

EN

PROVENCE

vingt et un couplets de cette facture, un
chaque communauté.

Il y a

pour

flattées

Les bonnes sœurs
au

réclames

le chantant

en

d ctre mises

en

dans leurs monastères

sur l'air très gai de Viro lou tour,
Jano. Le jardinier de leur couvent en eût

pectifs

autant

Les

sur

scène,

poète-menuisier la plus efficace des

durent faire

res¬

la pauro
fait tout

commande.

onze

couplets du Noël des organistes est de
fait sa tournée de toutes
de la ville papale, il arrive

la même facture ; Peyrol
les paroisses et chapelles
à

l'église Saint-Pierre

.

Tout bèu

just sièu esta à San-Pierré
Qu'éron i darrieri leiçoun

l'organiste ana querre
Un lumé per mounta eilamount

Ai vis

Quand lou célébrait s'es leva
A lausa Diéu

plen de bounta

Per Te Deum laudamus

L'organiste a toujour touca
Jusqu'au Benedicamus.
J'ai connu un maçon qui sur un timbre donné,
improvisait plus correctement des virelais semblables.
Et la chanson des sonneurs ! Et le couplet de SaintPierre

encore :

�157

APPENDICES

Sant-Pierre
Lou

a souna

campanié

tard
part

'n pau plus

ero en quauco

Que pensavo pas is ouro
Es mounta d'au tout trévira
A timbala une bono ouro
Sens s'arresta ;
ün pau
Lou

Je
bien
Il

ne

traduire, la banalité serait

m'attarderai pas à

plus sensible.
se

en scène dans ses composi¬
Noëls contre le diable, il en a

mettait souvent

tions dans un
fait

après qu'agu fen i
la près, s'es endormi.

som

de

ses

plusieurs sur ce sujet, il chante :
Só

Peyrol t'atrapo,

Dedins

soun

oustaou

Griruaud
Te copo

leis arpo.

Eme sa Jestrau
N'as

qu'à vité courre
bas

A toun pays

Judas !
Autrarnen toun moure

Pagara si pas,
Siès
Tan

un

laidas,

mouca

Et ailleurs toujours

lou

nas.

à propos du diable ;

�158

LA

Lou diable
Ses

NOËL

es

EN

PROVENCE

malaut ;

plagnegu aqueste vèspre.

Fau

ana souna

Lou

manescau

per

lou

sauna

l'ourta lou martèu
Em'un gros

clavèu
Coupas-li l'artero
Et crebas-li lou bedèu.

I.es
de

un

religieuses du Verbe incarné qui figurent dans
ces couplets
ne devaient pas chanter ce der¬

nier devant leur crèche.
Ces citations

donueronl

une

suffisante idée de la

manière du Noëlisie Peyrol.

§ XI
composition re¬
marquable un appoint sérieux à la théorie que j'ai
Page 84.

—

Je trouve dans cette

humblement soumise à mes iecleuis dans le cours de
ce

chapitre et si je faisais un appel loyal à l'esprit et
de l'éminent félibre, il me répondrait, je n'en

au cœur

doute pas,

que

l'air

suave

de Scudoa donné des ailes

poésie
J'ai été pendant deux mois le commensal de Scudo
à une table d'hôte parisienne ; j'avais soulevé cette
thèse devant le grand critique de l'art musical qui a
prouvé qu'il pouvait devenir à ses heures un compo¬
siteur cinérilc. Il ne fit que de très courtes restrictions
à ma théorie et ne se doutait certainement pas que
à

sa

�APPENDICES

je pourrais, à trente années de distance,ciler
position comme exemple et, je le crois aussi,
preuve.

XII
Page 85.
LA

DINDOULETO

L'aueeloun,

que

A

piéta,

vous

faire

tremouelo

S'envoulant de la couelo
A travers l'auro fouelo

M'a

pièuta

:

Vai, lou nis que bastissi
Es

courous

que noun sai.

M'es egau que

M'es egau que
Soûl

gemissi
patissi

lou fai !

A

lin, souto la baumo,
pichoun innoucent.
Entre un buou, m'une s innio
Dins la grupi
qu'embaumo
Es jacènt.
Un

Jeu

buscaji pecaire!
loung dôu rien,
buscaji per faire

De banco
lett

La liassaco à la maire

Em'

au

lion !

159

sa com¬

comme

�NOËL

LA

460

EN

PROVENCE

LHIRONDELLE

tremble
pitié,
S'envolant de la colline,
A travers la forte brise

L'hirondelle qui
A vous

taire

M'a crié

:

Va, le nid que je
Est aussi

bâtis

beau que

possible.

Qu'importe que je gémisse
Qu'importe que je souffle
Sous le

fardeau !

Là-bas dans une grotte
Un

petit innocent

Entre

un

bœuf et une ânesse.

Dans la crèche

qu'il embaume

Est couché.

Je cherche
Le

donc des herbes

sèches

long du ruisseau

Pour faire une
Et à

paillasse à la mère,

l'enfant.

toujours demander grâce pour les traduc¬
qu'on apporte après ces œuvres originales, mal¬
gré toutes les précautions prises pour essayer de don¬
ner l'esprit et la lettre. J'ai même soumis la précé¬
dente à railleur qui a bien voulu ne pas la répudier.
Il faut

tions

�appendices

J.-B.

Caut

161

d'une fécondité
prodigieuse qui
la correction de ses œuvres légères qu'il
sème à profusion dans toutes les
publications pério¬
diques de la région. Et ce qu'on connaît de publié
représente à peine le tiers de ce qu'il a en portefeuille
d'œuvres de longue haleine, petits
poèmes, drames ou
pièces diverses provençales.
Il fit représenter à
Forcalquier en 1875, à l'occasion
des fêtes de Notre-Dame de
Provence, son drame
des Maures (Lei Mouro), en trois actes et en vers
; il
m'a montré dans ses cartons
plus de vingt-cinq pièces
achevées n'attendant que les honneurs de la
repré¬
sentation. C'est ce que j'avais en vue
lorsque j'écri¬
vais (chapitre V, page 55) que les
poèmes ne feraient
pas défaut si on voulait substituer la langue proven¬
çale à des vaudevilles français peu heureusement re¬
maniés, dans les représentations dont de bons ouvriers
composent le personnel scénique.
est

n'exclut pas

Page 56.
en

le

effet la

—

Le vent est

au

Félibrige, etc,

langue provençale rentrant

avec

etc. Voilà

éclat dans

langage liturgique.
Mgr Vigne, évèque de Digne, aujourd'hui arche¬
vêque d'Avignon, bénissait, il y a un an, une statue
de saint Clément érigée dans le
parc du château de

�162

la

noël

en

provence

Voix, (Basses-Alpes , et ac¬
vingt jours d'indulgence à tous les fidèles qu1
réciteraient la prière suivante gravée sur le
de la statue et composée par Mistral :
M. d'Ille de Gantelmi, à

cordait

piédesta'

Beù

san

Clamen

Gardas li gèn,
L'ave, lou ben
E ieu tan ben.

gardez les gens, — le trou¬
la propriété, — et moi aussi.
Au mois de janvier 1885, Mgr Forcade, archevêque
d'Aix, honorant de sa bénédiction le mariage de
M. le marquis de Forbin avec mademoiselle L. de
Boisgelin, introduit dans son allocution aux fiancés,
un vers du poème de Mireille :
Beau saint Clément

—

peau,

E li Fourbin què toujou novo
sa noublesso.

Mantenoun

divers concours, Mistral n'aurait jamais
qu'il prendrait rang parmi les Pères de
l'Eglise dans un discours archiépiscopal.
Dans

ses

osé rêver

Décidément le vent est

au

Félihrige.

§ XIII
Voici, dans l'ordre où nous avons lu
dans la série de l'Almanach Provençal
dans les divers recueils de ces œuvres réunies,

Page 85.

—

leurs œuvres
0u

�APPENDICES

les

noms

des poètes

naise dont les

noms

163

provençaux
nous

ont

mention très honorable dans les
souvenirs

de l'école avignodignes d'une

semblé

tablettes

de

nos

:

Louis Roumieux, de
Beaucaire;
Crousillat, de Salon ;
■

Le peintre Brunet,
d'Avignon
Bonnet, d'Avignon ;

Marius Girard ;
Guihen C Bonaparte

Marcelin Roumié

Daproty

;

Sabatier

;

Gazais, de Nîmes

;

Wyse, félibre cosmopolite

;

;

;

A. Arnavielle ;

Ricard-Bérard, de Pélissannc ;
Frechier, de Maussane ;
Fredol de Maguelone,
pseudonyme de A. Mocquin
Grabié, pseudonyme de Glaup de Mouriès ;
Borel, typographe, d'Avignon;
Anselme Mathieu, de Nyons ;
Chalvet du Ponthias, de
Nyons:
Boudin, d'Avignon ;
L'abbé Lambert, de Saint-Gervais
;
L'abbé Moyne :
A. Tavan, de Châteauneuf
;
Camille Reybaud, de Nyons
;
E.

Garcin, d'Alleins ;

�LA

NOËL

EN

PROVENCE

Delphine Roumieux, de Beaucairey
Jules Canonge, de Nîmes;
Bonaventure Laurent, de Carpenlras
Félix Gras, d'Avignon ;

;

A.

Gautier, de Tarascon ;
Bourrelly, de Marseille ;
LéonideConstans, de Toulon;

Marins

Ranquet, de Paris ;

E.

A. Dumas,

de Cabanes

Casimir Bousquet,
La liste n'est

;

de Marseille.

peut-être pas complète; je supplie les

absents, s'il s'en trouve, de me pardonner des oublis
bien involontaires, et le moyen le plus certain de ne

être oublié dans une édition subséquente serait
gracieux envoi d'un ou plusieurs Noëis si¬
gnés, qui prendraient rang dans ma mémoire à côté
de ceux qui m'ont procuré de si douces heures, en
lisant des œuvres ou même de simples hluettes que
j'ai le regret de ne pouvoir citer à côté des noms
d'auteurs ; mais je ne suis pas éditeur de Noëls et je
ne peux aller au devant d'un procès en contrefaçon,
pas

celui du

que
en

pourraient m'intenler, à juste titre, les maîtres
matière, Aubanel et Seguin.

la

�appendices

§ xiv
Page 86.
LOU

RAMOUNUR

BETELÈN

A

Iéu siéu neissu dins la Savoio
Ounte li gènt soun
Ounte

Ounte

bon crestian,
plouren quand s'enanan,
revenen enté joio !

Ah ! ramouna,

ramouna, ramouna

La chaminèio d'aut

0 bel agnèu, noste

en

bas !

Sauvaire,

Nous autre l'aman que noun
E t'óufrissèn noste travai
Pèr que

sai,

lou benigues, pécaire !

Ah ! ramouna, ramouna, ramouna.
La chaminèio d'aut en bas !
Dintre la

masuro

proun

vièo,

Bel

enfanloun, mounle sies
Ère vengu pèr ramouna,
Mai

rta,

i'apasgèns de chaminèio.

Ah ! ramouna, ramouna, ramouna,
La chaminèio d'aut

en

bas !

Mai, pèr que iéu n'ai rèn à faire,
Dins aquest jas, de moun mestié,
Iéu vóu

Que fai

cura

mau

tout lou

de

cot

femié,

à la maire.

Ah! ramouna, ramouna, ramouna,
La chaminèio d'aut

en

bas !

�166

LA

NOËL

EN

PROVENCE

N'agues pas pòu, s'ai lou visage
Negre de sujo emai li raan,
N'agues pas pou, poulit enfant !
Acò

vèn rlóu
ramounage.

me

Ali ! ramouna, ramouna, ramouna,
La chaminèio d'aut en bas !
Mandas

me

forço chaminèio,

Pèr que posque gagna mou pan ;
Lou que mange es pas gaire blanc :
Dorme dins li feniero vièio.
Ali ! ramouna, ramouna, ramouna,
La chaminèio d'an!

Aguèu
De la

bas !

en

pur, ramouno moun amo

sujo de mi pçcal !

Lai que müun corsiegue touca
Que de ta puro et santo flamo !
Ah ! ramouna, ramouna,, ramouna
La chaminèio d'aut en bas I

LA

BUGADETO

DE

L'ENFANT

Quand la Vierge-Maire lavavo
souu enfant blound,

Li hanèu de

dùu riéu que cascaiavo,
D'amonnt souvent iédavalavo
Au bord

De

(roupelado d'angeloun.

JÉSU

�167

APPENDICES

l'aigo claro

Dins

e

risouleto

Que sourgentavo dóu roucas,
Metien trempa li camiseto,
E li fichu, 'me li bounelo,
E li raubelo, li pedas.

Vierge risounejavo
coumbour
E lou linge que sabounavo
Blanc coume l'ile esbriliauilavo

E la

En li vesènt tout en

E de l'ile

Lis

aviè la sentour....

angeloun clins si manelo
linge refresca,

Prenien lou

Pièi estemlien li camiseto,
Li

pedas émé li raubeto,
faire seca.

Pèr fin de li

E se vesié la bugadelo,
Blanqueja sus lis aubespin ;
E lis ange emé sis aleto

Esmóuvènt

uno

Secavon lou

tèbo aureto,

linge divin.

la picholo bugado,
bèi enfant bloud,
Ero sèco e touto plegado,
Dounavo au pichot'no tetado
E lis ange èron à ginoun.
E, quand

De Jèsu soun

E

*

pièi, prenien sus sis aleto

néu ;
bras de sa maireto,
L'Enfant-Diéu ic fasié bouqueto,
Bon e manse coume un agnèu !...

Lou

paquetoun blanc coume

E, sus lou

�168

LA

NOËL

E la celèsto
A

EN

PROVENCE

troupelado

entour tre-foulissié ;

soun

dintre labourgado,
jougant de dòucis aubado,
Rèino e soun Rèi seguissié.

E, jusqu'en
En
Sa

Je

serait

ne

traduis pas ;

flagrante

:

la trahison même involontaire
Aubert fut mon ami.
*
#

*

Un

simple trait qui peindra l'homme et qui me
aux premières relations :
Aubert avait vingt-cinq ans et venait de recevoir
la prêtrise quand il fut nommé, pour se reposer, en
attendant les fatigues du ministère, surveillant au
le révéla

Petit Séminaire d'Aix.
Je terminais dans cette

institution

mes

études de

latinité, lorsque le petit Aubert, c'est ainsi qu'on le
désignait, nous arriva.
Par quelles affinités secrètes nos âmes se trouvè¬
rent-elles en rapide contact ? Peut-être à cause d'une
équation dans nos facultés physiques, une similitude
dans la chéliveté, car ce fut à l'infirmerie
que se
nouèrent nos premiers rapports.
L'abbé Aubert avait une guitare dont il pinçait
de la façon la plus élémentaire,
une voix érailiée
qui expirait sur de pauvres lèvres décolorées ; mais
il chantait quand même et me
proposa un jour de

�APPENDICES

collaborer pour mettre en

musique Le jeune Diacre
Chrétienne, une des élégies de Casimir
Delavigne. un poète qui le passionnait.
la Grèce

ou

De

Messine

Muse des

au

cercueil, fille auguste et plaintive,
revers et des nobles douleurs

grands

etc.

Nous travaillâmes

etc.

avec un

acharnement

meilleur résultat à dévaliser tout

tiques spirituels
trouver

a

digne d'un

le recueil des

l'usage de la maison,

sans

can¬

arriver à

le timbre voulu.

Aubert avait

dans son répertoire une romance
l'époque dont je n'ai oublié, après
quarante ans, ni l'air, ni les paroles et surtout l'en¬
train avec lequel il la chantait ; cela s'apeliait; Le

sentimentale de

torban Ionien
Tu

veux

devenir

Jeune Albanaise

ma

aux

compagne,

pieds légers,

etc., etc.
Et

pas davantage sur les majes¬
poète.
Quel malheur ! l'air est si beau disait Aubert !
et comme je
lui faisais remarquer que les paroles
étaient un peu comme les pieds de l'Albanaise :
ça

ne

plaquait

tueux alexandrins du
—

—

pis

Eh bien ! faisons-en

pour

d'autres

sur

cet

air, tant

Casimir Delavigne, mé dit-il. Et il fit des

1

�170

LA

NOËL

paroles, un espèce de

PROVENCE

EN

cantique sur l'air du Forban

Ionien.

langoureux qui lui

Ce fut un air

inspira ses pre¬

mières rimes.
*
*

La

*

première noie de son talent fut la vraie, Auresté une sensitive. Le sentimentalisme est
de ses œuvres sans exception, Noëls, Fables,

bert est

la clé

Elégies, etc., etc.
Et pour

être impartial dans mon

appréciation, je

âme d'apôtre l'a empêché
de s'apercevoir de la petite fatale qui l'a quelque¬
fois fait glisser du sentimentalisme au sensualisme.

dois

ajouter que sa belle

*

*

*

toujours débordé chez lui, mais quel
ne d'une très nom¬
à sa charge cinq ou
six ascendants, un père octogénaire et des sœurs
Le cœur a

en faisait I Dernier
breuse famille, il a toujouts eu

bel usage

il

Agées et infirmes.
Engageant un jour un
son
presbytère, et qui
pressé :

ami de passage à entrer à
s'en défendait comme trop

visiter mon Musée ?
près de quatre siècles à contempler,
je vous assure que c'est curieux , »
Oui, curieux, en effet, comme le mot dont il pei¬
gnait l'idée; et le conservateur de ce musée de vieux
parents est parti hélas ! avant ses fragiles collections.
«

Vous

voulez donc pas

ne

disait Aubert

;

�appendices

171

§ xv
Page. 87.

Un ecclésiastique, mon voisin de
à qui je faisais remarquer la pénible impres¬
sion que j'éprouvais en voyant le gaz substitué aux
—

stalle,

cierges,
«

me

Vous

répondit

avez

avec une pieuse
raison ! le gaz dans les

protestantisme du luminaire !
Je trouvais

exaltation :
églises, c'est le

»

l'image digne d'un professeur de rhéto¬

rique.

§XVI
Page 88.
Statuette.
Ce diminutif de statue
n'est pas venu au hasard sous ma plume.
En dehors du goût très contestable de l'œuvre d'un
—

—

sculpteur moderne qui a, fort gratuitement, dénaturé
typique de l'effigie du Sacré-Cœur, le vrai
et le beau modèle de
Paray-le-Monial, berceau delà
dévotion, la plus grande faute commise est celle du
manque absolu de proportions, vu la place de la sta¬
le modèle

tue dans

l'abside.

Cette statue

mètre 75 de hauteur de¬
être mise au point
architectonique de l'optique. Ce n'est en l'état qu'une
statuette digne d'un chœur d'église de village, en la
regardant même de la base de l'abside.
Michel-Ange ne commettait point de ces erreurs :
vrait

en

qui

mesure I

avoir au moins trois pour

Saint-Pierre de Home et la cathédrale de Milan ont
merveilleux témoignages pour défendre le prin¬

de

cipe.

�172

L,&gt;.

NOËL

EN

PHOVËNCIi

Malgré les irrégularités de ses proportions, Saintdepuis bien longues années la seule vraie
cathédrale du Midi de la France où les pompes litur¬
Sauveur est

giques puissent le plus grandiosemenl se développer.
Fes édiles marseillais fout attendre depuis bientôt
trente-cinq ans le superbe temple destiné aux suc¬
cesseurs de
saint Lazare ; Notre-Dame des Doms
d'Avignon n'est qu'une petite chapelle papale; Fréjus n'a qu'une sombre cave gothique; Saint-Sauveur
reste donc jusqu'à ce jour la seule basilique monu¬
mentale.

§ XVII
l'autel

de

saint-sauveur

Dans un Guichi local tout récent pu¬
l'éditeur A. Makaire. et dont la partie trai¬
tant de l'histoire religieuse nous parait écrite par une
plume autorisée, nous lisons à propos des magnifi¬
ques bas-reliefs de l'autel démoli, que ces sculptures
de Puget et de Veyrier, de Trets, ne sont déposées
que provisoirement dans l'escalier de l'archevêché,en
attendant de reprendre leur place dans la construction
Page 89.

—

blié par

du nouvel autel

projeté.

pourquoi démolir avant l'heure ?
Et surtout pourquoi retirer au domaine de la fa¬
brique de Saint-Sauveur, vraie et seule propriétaire
Alors

�173

appendices

de

richesses, des objets d'arts qui ne sont pas. hors
giron de l'église, à l'abri des caprices des archi¬
tectes
gouvernementaux ?
Le bel autel de Saint-Sauveur avait été racheté,
après sa démolition dans l'église des Carmélites pen¬
dant la révolution, avec les fonds d'une
souscription
faite parmi les paroissiens et qui produisit 730 francs.
Il est donc la propriété de la fabrique de SaintSauveur. (I)
ces

du

§ XVIII
Page 90.

L'attitude

technique de l'aimable
n'avons pas
voulu atteindre personnellement dans une humoris¬
tique digression, nous a remis en mémoire la pose ul¬
tra-langoureuse d'un timbalier de théâtre.
—

non

tambourineur de Saint-Sauveur que nous

A demi étendu sur le dossier de
constamment

tournée

sa

chaise,et la tète

le parterre

ou les loges,
l'air de se douter du bruit que font ses ba¬
guettes sur la peau d'âne, et semble prendre plaisir à
vers

il n'a pas

faire oublier

son

rôle. C'est

un

contraste

au

tambou¬

rineur de Saint-Sauveur

qui ne détourne la tète de
son instrument que
pour essayer de lire quelques
mesures sur le pupitre de l'organiste.
Si

vous

aviez

reconnu

le timbalier Gouraud à celte

ne le lui dites pas,car c'est un profane dont
n'avons pas à nous occuper dans une étude de

esquisse,
nous

musique religieuse.
(1) Notes intimes de feu Roux-Alphéran.

�174

LA

NO l'X

CORTÈGE

LE

DE

KN

PROVENCE

L'ENFANT

DU

BOEUF

La lête et l'altitude du tambourin

leusement

sculptées

par

Numa Roumestan, sont,

Tisté, si merveil¬
Daudet, dans son roman de
paraît-il, un portrait d'après

nature.

Deux
ces

générations

peuvent

encore

se

brillantes escouades de tambourins

raient les

raies,

ce

Giniez

rues

de Marseille, la

souvenir de

qui

parcou¬

veille des vogues ru

qu'on nommait des trins. Le trin de Sainlle trin de Mazargues étaient les
plus

et

courus.

Les tambourineurs, n'avaient pas de costume spé¬
cial, mais seulement un chapeau de feutre à bord re¬
levé à la mousquetaire, orné d'une cocarde de rubans
flottants Les abbés ou les prieurs qui suivaient l'es¬
couade, leis abba ou lei priou, avaient une riche te¬
nue, habit à la française, culotte courte à boucle
d'argent serrée au genou et découvrant de belles
jambes sur lesquelles s'étiraient des bas blancs. Le
chef était orné

d'un tricorne planté en bataille et
plumes blanches.
Ils portaient sur de larges bassins d'étain les
pa¬
quets d'épingles que les cavaliers offraient à leurs
danseuses après chaque contredanse et
qui représen¬
bordé de

taient la rétribution servant à

couvrir les frais de la

fête.
Dans
encore

quel infime village de banlieue trouverait-on
un

bal

au

tambourin ?

�APPENDICES

175

*

*

la

lit
le

Bœuf et

belle escouade
son

*

de tambuurins

enfant,VEnfant d'oou

précédant
Iiuou la veille de

la

procession de la Fête-Dieu et dans le cours de la
procession de la Major !
Quel entrain dans les rues de la grande ville lorsque
les galoubets et les retentissements
sonores des tam¬
bourins annonçaient que le
cortège débouchait d'un
carrefour ! Que de sourires au
petit saint Jean juché
sur la
croupe du bel animal enrubanné !
Ce petit saint Jean aux cheveux bouclés comme la
blanche toison dont il était
revêtu, les jambes enlacées
dans des cothurnes aux rubans
rouges était ordinai¬
rement

le

fils d'un maître

accompagnait fièrement

boucher, dont la femme
triomphale dan s

cette marche

les

rues de Marseille.
Tout cela est relégué aux

antiquailles, démode?
Non, mais proscrit de par la politique. Le
peuple,
le vrai
peuple n'aurait jamais renié ses traditions, si
on n'eût
pas imposé par ukases politiques leur abo¬
lition

On

a

volé à

ce

peuple

ses

plus douces joies,

ses

distractions les plus normales,sans avoir trouvé encore
à remplacer
par des fêtes dites patriotiques celte
grande semaine de la Fête-Dieu à Marseille.

�LA

176

Où cent
De

NOËL

mille habitants

EN

leurs loisirs
huit jours de plaisirs;

heureux de

de ferveur font

huit jours

PROVENCE

soi¬
côté

qu'écrivait si naïvement un poète du cru,il y a
donnait la note vraie, mais n'envisageait
que la physionomie morale sans toucher au

ce

xante ans,

commercial.

établi, preuves en main, que le
marseillais perdait plus de deux millions
de circulation monétaire à la suppression de ces fêtes
éminemment populaires ; abstraction faite du senti¬
Il

a

été depuis lors

commerce

religieux .
se souvient du reposoir
geait, à l'occasion de la
sur la fontaine de la place des Fainéants ; ce
coûtait dix mille francs, charpente ou
trouvait cette somme en quelques jours par
souscriptions recueillies dans le
quarts de ce chiffre étaient
par
grecs, turcs sujets de l'islam ou
regardaient pas au caractère et au
qui aimaient à voir la grande
en
pavoisées, jonchées de fleurs,
merveilleux des kaléidoscopes dans l'incessante
riété du défilé

ment

monumental qu'on éri¬
procession du Sacré-Cœur,
reposoir
décoration On
les seules
quartier, et les trois
fournis les négociants
schismatiques qui ne
but de la fête, mais
ville fête, des rues
offrant à l'œil le plus

On

protégeaient alors nos traditions proven¬
modernes édiles tiennent-ils à prouver
moins forts que des Turcs?

Les Turcs

çales; nos
qu'ils sont

va¬

�APPENDICES

§xix
MONOGRAPHIE

DU

TAMBOURIN

Un livre curieux signé
par François Vidal, écrit en
Provençal avec la traduction en regard (Aubin, édi¬
teur à Aix, sans
date) nous donne une histoire assez
complète de l'instrument essentiellement provençal

dont

nous

avons

décrit le rôle

joyeux dans

nos

fêtes

est

plus

traditionnelles.
La recherche des

origines de l'instrument

sommairement traitée que les détails intéressants de
son application et la série des
musiciens qui l'ont cul¬
tivé

plus ou inoins de talent.
Vidal, avec Marchetti. auteur des Usages et Cou¬
tume des Marseillais, voudrait faire
remonter l'ins¬
trument aux Salyens et an culte de
Cybèle, déesse
particulièrement honorée par les Phocéens. Les prê¬
tres et prêtresses de ce culte
frappaient en effet sur
des peaux tendues et le meilleur
moyen d'honorer
avec

M.

la déesse consistait à faire

beaucoup de bruit.
plus alors le tympanion ou
tympanon des Grecs qui peut revendiquer une origine
biblique et la faire remonter jusqu'à l'orchestre du
Mais

ce

roi David si

ne

serait

nous nous en

du 170. psaume :

Laudate

rapportons
eum

au

7"' verset

in tympano et choro.

�LA NOËL EN

178

PROVENCE

précédé par un autre verset qui cite le psalterion
et la harpe dont pinçait le roi soliste accompagné aussi
par les cymbales très résonnantes et les lymbales de
la jubilation.
Il faut se résigner à des lacunes dans cette his¬
car le tympanus, lytnpanion ou tympanon,n'est
le tambourin. Le tympanon a existé, existe peutêtre encore, sous la forme de deux petites timbales à
base de cuivre conique que le joueur se suspendait
au-dessous des mamelles et sur lesquelles il frappait
en cadence avec deux petites baguettes, accompagné

toire,
pas

par une petite flûte.
Tous les Marseillais

qui ent dépassé cinquante ans

souvenir du joueur de tympanons qui
précédait la statue de Notre-Dame de la Garde lors¬
qu'on la descendait processionnellement le jour de la
Fête-Dieu, pour la déposer sous le péristyle de l'hô¬
tel de ville, où les échevins chaperonnés la recevaient
jadis officiellement, en la saluant gardienne de la
peuvent se

cité.

ft).

de tympanons était borgne, mais il ins
dignité qui ne laissait aucun
doute aux auditeurs de son étrange musique sur le
rôle important qu'il devait s'attribuer dans le cor¬
Ce joueur

trumentait

avec une

tège.
Qu'est devenu ce tympanier ? Dans
sont accrochés ses

tympanons

(7) Custodia civitatis.

?

quel musée

�appendices

*
*

*

Si le tambourin n'est pas le
tympanon,
certainement le

taborellus, taborinus
dont parle l'historien Du
Cange, qui

sément par une

instrument

ou

il est bien
tarnborinum

préci¬

consacre

citation, l'usage qu'on faisait de

dans

les

cérémonies

religieuses

:

«

cet

Eo

etiam utebantur in

processionibus ecclesiasticis, » et
l'historien Muratori nous apprend
que l'instrument
n'était pas essentiellement
provençal, car il déclare
aïoir vu de son temps dans la ville de
Milan, un pré¬
dicateur célèbre promené dans la cité,
précédé par un
tambourin.

Un

singulier

moyen

d'inspirer

un

orateur

chré¬

tien.
Du

Cange fournit

une

bourin était associé à
cession

au

un

preuve nouvelle que le tam¬
orchestre et dans une pro¬

XII» siècle à Nîmes

fada est tam cordaram
trompatorum et

:

«

grossorum

Quidem processio

instrumentorum,

tabokelearum

Ne dirait-on pas du latin de Molière ?
Au XVIII8
encore entrer

siècle, plusieurs compositeurs faisaient
le

tambourin dans leur orchestration

Bell y sien,

Campra, Daudré, Bardon, Exaudet, l'au¬
teur du menuet célèbre qui a conservé son nom, ont
écrit pour le tambourin ou tout au moins pour le
galoubet qu'on peut faire remonter comme origine au
monaul» des anciens, llùte à

un

seul tuyau.

�!.A

180

NOËL EN

PHOVKNCE

enfant de chœur d'Aix), composa
tambourinaire Carbonel, de Salon,

Floquet (ancien
pour
son

le célèbre

ouverture

du Seigneur

bienfaisant.

mis en scène le Tambourin d'Aline.
Un compositeur d'un autre genre, le célèbre Vaucanson, avait fabriqué un automate qui jouait sur le
galoubet et le tambourin, vingt airs de menuets ou
de contredanse; ce chef-d'œuvre appartient à un mu¬
Dalayrac

a

d'Allemagne.

sée

a-t-il vécu,et ne devons-nous le re¬
dans des panoplies de musées?
d'Aix avait fait tout ce qu'il fallait pour

Le tambourin
trouver

que

La ville

galvaniser ce cadavre, si cadavre il y a.
maintenu à son budget le traitement d'un
de tambourin dans son
A l'heure même

Elle avait

professeur

conservatoire.
lignes, nos journaux

où j'écris ces

père
qui

annonçent la mort du dernier professeur, le
Michel, qui avait fait danser trois générations et

compositions qui pourront être
les adeptes de l'avenir.

laisse des
par

Le tambourin

n'était pas au siècle

recherchées

dernier le pri¬

vilège de joueurs gagés, d'artisans oisifs aimant à
faire danser des contredanses ou des farandoles ; plus
d'une main aristocratique avait promené des doigts

�481

APPENDICES

agiles sur les trous de cette, flûte champêtre qui porte
le nom typique de galoubet.
J'ai retrouvé,il y a un mois,parmi des portraits d'an¬
cêtres, dans le salon de notre excellent confrère
Charles d'Ille, une peinture représentant un gentil¬
homme jouant du tambourin. La généalogie de la fa¬
mille m'apprit que le noble jouvenceau qui devint un
brillant officier, se nommait le chevalier Platon de
Ganteaume.
En cherchant bien,
amateur en dehors

moire n'est

de

on

trouverait à Aix plus d'un
bien connus dont la mé¬

ceux

point oubliée, Félicien Agard, le notaire

Béraud, l'avoué Pontier, et parmi les adeptes vivants

après, le célèbre Louis Arnoux des Pennes, et le ty¬
pographe Vidal.auteur du livre-méthode auquel nous
venons de faire quelques emprunts.
On dit encore, mais je n'en ai pas la certitude ma¬
térielle, que le traducteur de Mireillo, l'ex-premier
président Rigaud, qui ainsi que M. Thiers, son pa¬
tron, a dû retourner avant l'heure à ses chères études,
cultive dans ses loisirs le poétique instrument qu'il a
chanté.
C'est du moins

ce

qu'expliquerait cette page de

l'album d'une châtelaine voisine de la

Mignarde,

priété de M. Rigaud.
Mignarde où jadis, sous les charmants o nbrages,
me pris à river d'Estelle et Némorin,
Je te revois coquette et défiant les âges,
Un écho pastoral anime tes bocages,
Un premier Président y joue du tambourin !

0

Je

pro¬

�18-2

I.A

Les beaux

PiOlìL

PROVENCE

jours du tambourin ont deux dates célè¬

bres à leur actif dans

En 1840, on

Marseille,

EN

une

ce

siècle.

imagina pour la réception d'Arago, à
aubade monstre composée de soixante

tambourins.
En 1852,

lors du passage du Prince-Président à
aubade de même nature renforcée par qua¬
rante bachas (1) lui fut offerte à l'archevêché dont le
palais avait été mis à sa disposition. Les murs de l'édi¬
fice résistèrent à ces crépitations ; c'est un hommage
pour l'architecte.
Aix,

une

1860, le maire de Cabanes, un
d'esprit doublant un médecin fort distin¬
le docteur Castagny, eut l'idée d'ouvrir dans

Plus récemment, en

homme

gué,
sa

commune un concours

doles,

de tambourin et de faran¬

divertissement chorégraphique

dont

on

raf¬

fole dans le Comtat.
Le bon docteur assis

voyait défiler
canton,

en

sur le perron
do son jardin
folles sarabandes tous ses malades du

et trouvait

une

annexe

au

codex pharma¬

ceutique.
Le prix fut gagné par la jeunesse de

Mollégès.

(1) Diminutifs de grosses caisses presque aussi sonores.

�183

appendices

découvrir il y a
chanson contre l'évèque Roux.
Un serrurier, M. Crépin, en démontant un vieux
fauteuil appartenant à M le chanoine Millet, trouva
sous le damas du dossier le manuscrit qui y avait été
probablement caché à dessein par un aïeul qui se
Page 92.

—

Un hasard étrange fit

trois ans, une autre

défiait des visites domiciliaires.
Voici le document

:

CHANSON EN PROVENÇAL

évêque constitutionnel
département des Bouches-du-Rhône, lors de
son arrivée à
Tarascon, le H juin 1791.

Faite à Charles-Benoit Roux,
du

sur

l'air

:

0

fllii et filiœ.

Accourès, tillos et garçouns.
L'intrus

ven

dédin Tarascoun
suborna,

Fer tacha de vous

Cacaraca!
Lou

couneissirès aisamen

Eou n'a tout

;

l'er d'un vieih haren ;

Es blèmé eoume un

rénéga,

Cacaraca!

Despni què porto la crous d'or
N'a lou diable
Et la mino

dédin lou corps,

d'un réprouva,

Cacaraca!

�18Í

la

Ten

noël

en

provence

mission de Lucifer

sa

.

N'es évesqué qué de l'infer ;
Per

vous

n'en

es

qu'un réprouva,

Cacaraca!
Préserva-vous dé sei

liçoun,
qué l'apotro d'où dérnoun,
quan vendra, toutei crida :

N'es
Et

Cacaraca1
Tout cé qué

vendra de

sa

part,

Melès-lou ben vit'à l'escar
Sé voulés pas estré
Cacaraca!

damna,

Cette satire n'est pas

la seule qu'eût à subir le mal
publierons quelques-autres
dans notre deuxième volume avec la biographie de
cetévèque.sur quelques notes inédites en notre pos¬
heureux

prélat; nous

en

session.

§ XX
l'abbé

de

robineal

Page 93.
Grand, maigre et sec, avec une voix de
petite flûte, l'abhe de Rohineau tirait une certaine
vanité de sa légèreté... physique. Il plaisantait les
—

chanoines

ses

nales faisaient

Il s'amusait
trouvé

un

confrères dont les
contraste à sa

à

moyen

les

défier

[importions abdomi¬
maigreur.

aux

Irois-sauts

curieux de faire parade de

et

avait

sa pres-

�1 85

appendices

la crédence de la
la force du poi¬
gnet pour venir s'asseoir à la place où il avait posé la
main.Cette gymnastique,pour un octogénaire,n'est pas
commune.
« Ah sùr !
» (Abbé Maurin, Noies in¬
tesse, c'était de poser une

main

sur

sacristie et de s'élever d'un bond par

times)

.

§ XXI
Page

9^

—

Le petit évêque, Dominas Episcopus.

chroniques des cathédrales de Rouen et de
Bayeux recueillies par l'abbé d'Artigny, relatent des
faits très curieux se rapportant à ces coutumes qui
avaient eu certainement leur origine dans la fête des
Fous. Un chanoine de Laon, Jacques Cannet, lègue
par son testament, 1527, 40 sous tournois, pour sub¬
venir aux frais et dépenses de l'évèque élu sous la
condition que les innocents diraient après le souper,
servi par les chanoines, une antienne et un De profundis.
Les

Notre deuxième volume contiendra de
notes

sur

conservé

ces
un

vieux

usages

très curieuses

dont notre métropole a

reflet.

§ XXII
Michelct « Il y avait alors
merveilleux génie dramatique, plein
de hardiesse et de bouhommie, souvent empreint
d'une puérilité touchante... Elle (l'Eglise) quelque¬
fois aussi, se faisait petite ; la grande, la docte, l'élerPage 97

dans

—

l'Eglise

Note 3.

un

—

�186

la

noël

en

provence

nelle, elle bégayait avec son enfant, elle lui tradui¬
en
puériles légendes.» (Michelet, t. 2,

sait l'ineffable
page

635).

§ XXIII
On

qualifié à Marseille de baehins
employés au déchar¬
gement des navires; ils sont ordinairement Génois
et parlent un italien corrompu qui se rapproche du
patois catalan, lequel a conservé le plus de consonnances de la langue d'Oc ou du vieux français dans
lequel sont écrits les Plangs de saint Estève.
Les Bachines sont les Génoises qui,assises sur leurs
grandes corbeilles, leur principal instrument de
Page 98.

et

—

de bachines les

a

manœuvres

travail, attendent qu'on les loue pour des transports
quelconques. Elles portent des poids considérables
dans ces corbeilles fort gracieusement juchées sur
leur tête.
Elles n'attendent même
pas
toujours
qu'on lesdemande et «pistent» la pratique au passage
avec cette
interpellation bien connue « Véni Moussu ! »
(Voulez-vous que faille monsieur !)

§ XXIV
d

où l'on
pendant la
messe, en langue vulgaire, ce que l'on appelait alors,
épitres farcies, {epístola farsila) dérivé d'après Pu
Cange de farciré (fourrer, remplir, entremêler.)
Eudes de Sully, évêque de Paris, prescrit dans
_Page 99.

était

de

—

faire

Ce chant découle
lire les actes

des

de l'usage
saints

�187

appendices

fêtes de Noël, que l'office de ces
de la messe, des heures canoniales
à quoi l'on ajoutera Yépitre farcie qui sera dite par
deux clercs en chapes de soie.
Un missel manuscrit de Saint-Martin de Tours,XIe
siècle, donne la formule des complaintes que l'on y
chantait le jour de saint Etienne. Elles se chantaient
encore à Dijon il
y a peu d'années.
On chantait à Eangres une épltre farcie en l'honneur
un

statut

fêtes

de

se

relatif

aux

composera

saint

moitié latin

Biaise,

et

moitié

en

vieux

français.
On attribue
à

Estèoe

la

Adon,

composition des Plangs de Sain1
archevêque de Vienne, mort en

875.

§ XXV
Page 98.

—

Il

n'est

même pas

certain

qu on

composition du chant du
Veni Creator ; c'est Garantes qui a émis cette opinion
et il fait autorité en matière de liturgie ; mais les
plus vieux antiphonaires et un cartulaire de la biblio¬
thèque Sainte-Geneviève l'attribuent à Baban Maur,
archevêque de Mavence, ce qui ferait remonter au
doive

à

saint Ambroise la

VHP siècle.

§ XXVI
Page 110,— Un mot

superbe du sacristain Chavi-

gnol qui peint sa personnalité, m'est

adressé par M.

�188

la

l'abbé M...,

en

noël

provence

curé du diocèse,

témoin de la scène alors

qui déclare avoir été
qu'il était encore simple sé¬

minariste.
La veille du

chœur,

au

en

sacre de Mgr Ginouilhac, on répétait
présence de l'archevêque les cérémo¬

nies solennelles du lendemain.
Une question d'ordre vient à se produire. Chavigriot est interpellé sur ses souvenirs pratiques.
Quand Nous sacrâmes MgrGuigou, Nous fîmes
«

ainsi !
»

nous

La

»

cause

est

ferons ainsi.

Un autre

mot

entendue, répondit l'archevêque,
»

typique du même

Lors du décès d'un

:

archevêques, les
employés travaillant au catafalque dans le chœur
firent observer à Chavignot qu'il y avait une planche
bien vermoulue qui pourrait se briser sous le poids
du cercueil. Chavignot monte sur la planche, pèse
dessus et redescend

des derniers

en

disant:

«

Laissez-la ! elle peut

servir pour une fois; quand nous
l'autre nous la ferons changer. »
encore

enterrerons

§ XXY1I
Page 99.
La Marche des Rois. - Cette musique
imposante fit une telle impression sur un bon curé
de village, l'abbé Masset, curé de Mimet, la plus
petite paroisse du diocèse, qu'il voulut se donner le
luxe d'un orchestre le jour de sa fête patronale, la
—

Saint-Eloi.

�4 89

APPENDICES

Ce brave homme d'une simplicité monumentale
(elle est restée légendaire) s'imagina qu'il n'y avait
qu'à se procurer des instruments pour former un
orchestre.
11 partit pour

Marseille et s'en fut décrocher chez
rue Belzunce, tout ce qu'il trouva
de violons fêles, de trompettes bosselées, de clari¬
nettes enrhumées, et ajoutant au stock une
grossecaisse et des cymbales, il arriva avec sa charretle char¬
gée de ce matériel lyrique (??) et s'empressa de con¬
voquer ses paroissiens auxquels il tint ce langage :
à Anan veiré,meis enfants,se
pouren pas coumo à Sa»'
Sauvaire faire péta dé bello musiquo.
les

«

fripiers deia

Nous allons voir,mes enfants,si

pas

belle

tout

musique !

nous ne

pourrons

à Saint-Sauveur faire éclater de la

comme
r

il distribue les rôles. Les

partitions n'avaient rien
les exécutants improvisés ap¬
prennent tant bien que mal à racler sur les cordes, à
souffler dans les cuivres, à taper sur les peaux, et
l'abbé ravi de ce bruit qu'il essayait de régler en bat¬
tant la mesure,fait ranger son orchestre dans le chœur
le jour de Saint-Eloi, pour la cérémonie de la béné¬

à voir dans l'affaire ;

diction des bestiaux.

Après le Credo, avant FOffertoire, il
étendant les bras,

il lance le solennel

se retourne et
« à
aro ! ! !

présent ! »
Les grincements, les émissions stridentes des trom¬
pettes, les vibrations des cymbales font trembler les
voûtes de la petite église,et ce qu'on n'avait pas prévu,

�490

LA

NOËL

EN

PROVENCE

les animaux rassemblés devant le

porche, effarouchés

par ce vacarme infernal, le doublent par des beugle¬
ments, des bêlements et des grognements indescrip¬
tibles ; les

femmes prennent peur et se sauvent. La
prétendue messe en musique se termina par une
effroyable déroute.
Le curé ne se tint pas pour battu et se contentait
de dire : « L'y avié tro d'instrument per lou veisseou qu'es pas tant grand que San-Sauvaire. » Il y
avait un peu trop de musiciens (??) pour la capacité du
vaisseau qui est moins grand que Saint-Sauveur. »
#
*

Ce n'est là

*

qu'une des cent et

Massot, il

histoires du curé
j'ai re¬
biogra¬
le moins inléressantdu 11*
une

y en a de non moins curieuses et
cueilli assez de documents pour un chapitre

phique qui
volume de

ne sera pas
Souvenirs.

ces

Ce brave homme est mort il y a

vingt-cinq

ans

à

une petite maison du cours Sainte-Anne,
laissant à ses héritiers un pauvre vieil âne dont il

peine,dans

jamais voulu se séparer, (touchante sympa¬
!) et qu'il avait trouvé le moyen de nourrir avec

n'avait
thie

des sarments.

Le mot célèbre du curé de Mimet organisant une
procession composée de trois personnes présentes, et
qui réglait ainsi la marche du cortège :

�APPENDICES

La croix passera

«

les fidèles suivront

Ce

mol

seule

en

&lt;91

tête, le clergé suivra et

en

foule.

»

n'est pas

de lui mais d'un de ses prédéces¬
révolution, car on parlait déjà à cette
époque de la procession de Mimet, un village qui avait
la

seurs avant

alors 80 habitants.

§ XXVIII
Un

imprésario de crèche parlante et mécanique, le
qui avait, il y a une vingtaine d'années,

sieur Décanis

petit spectacle installé dans la

son

réclamé

ses

droits

noit d'avoir voulu
vraiment

Au

suite,
au

étouff/r

et

un

mot

du Pont,

célébrité.

sa

moins

non

rue

accusait le

ou

a

père Be¬
C'eût été

libretto de Déca¬

légendaire

que

celui

procession de Mimet.
moment

un

Une

de

l'arrivée des rois mages et de leur
des chambellans du roi Hérode vient dire

monarque
*

l'histoire

dommage carié poème

nis contenait
de la

à

assis

troupe de rois
lis

roi

trône

sur son

vous

hiîrode

:

le chambellan
le roi hérode

:
:

:

demande audience ?

Combien qu'on sont?
TrOÌSS.

Qu'on rentre la moitié!

»

�1

192

LA

Décanis

avait

NOËL

EN

réellement

mention honorable.

PROVENCE

raison

de réclamer

Ce

sa

jugement de Salomon cou¬
pant en deux trois rois mages valait bien les hon ¬
neurs faits à l'imagination au
curé de Mimet pour
inventer la

foule.

j^XN

DES

Appendices

�MATIÈRES

TABLE DES

Chapitre
—

—

—

—

—

Introduction

II.

—

Le Gros

III.

—

premier.

IV.

—

V.

—

VI.

—

Page

Souper

Crèches et Pastorales..
La Crèche Benoit....

Pastorales à

—

—

25

—

34

—

Saboly.
VII.

16

Monographie du Noël,
Noëls et Noëllistes.

—

y

—

Marseille,

Aix et Toulon
—

5

—

Les

—

Fêtes de

73

Noël à

l'Eglise Métropolitaine
Saint-Sauveur
—

VIII.

—

Les

Fêles

des

—

87

Inno-

cen'tsetde saint Etienne
à Aix
—

IX.

—

—

Ü6

La Maichedes Rois à la

Métropole Saint - Sau veur
—

X.

—

—

97

—

104

Les Offices Solennels à

Saint-Sauveur, Services
et
—

XI.

—

Serviteurs

La Maîtrise

Métropoli-

taine
—

XII.

—

Postface, Conclusions..

.
—

—

113

121

Appendices et Notes Jus¬
tificatives

—

129

���OUVRAGES OU

Histoire du
de

iïiÊiïìE AUTEUR

Mont-Blanc et de la vallée
— Ascensions et Catastrophes

Chamonix.

célèbres, depuis

jusqu'à
Wev.

explorations
préface par Francis

les premières

nos jours, avec
Ch. Delagrave,

éditeur.

—

—

Prix:

3 fr. 50.
De Genève

a

Chamonix.

—

Voyage de la Fa¬

mille Robineau.

Jacques Balmat.
Le Schisme des vieux

Catholiques a Genève.

Biographies des premiers Apostats du culte
Loyson.
Le Lac d'Annecy et l'Abbaye de Talloires.
Splendid-Guides de Viciiy — Mont-Dore —
La Bourboule — Clermont — Royat —
—

3 vol. in-8°

POUE PAEAITEE

Miettes

de

l'Histoire

PROCHAINEMENT

de

Provence de 1789

jours. — Tome IL — Le Manuscrit
d'Olympe — Chapes et Chaperons.

à.

nos

�</text>
                </elementText>
              </elementTextContainer>
            </element>
          </elementContainer>
        </elementSet>
      </elementSetContainer>
    </file>
    <file fileId="94259" order="18">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/167d122605da978216b0884b1118bfc0.jpg</src>
      <authentication>0e86a3e30c44f58bc1ca28b5a6c30b1b</authentication>
    </file>
    <file fileId="94260" order="19">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/998bdedd9e1e19edaf6e6d9191deadf0.jpg</src>
      <authentication>0ca1003e87e11c84745e79da7d0cffe3</authentication>
    </file>
    <file fileId="94261" order="20">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/38e210c2a00993b37e99a2527df34ae3.jpg</src>
      <authentication>9670af2e02ff5d68489f8347081c2f9a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94262" order="21">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a52403190a47eb56f0b6c1b6bb73bf54.jpg</src>
      <authentication>9c1d63819eda5854716315c34d94ff0b</authentication>
    </file>
    <file fileId="94263" order="22">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/96b9a655843d5f2b33626164a91484e2.jpg</src>
      <authentication>223931e575e867f6d60070d4ef58b2e6</authentication>
    </file>
    <file fileId="94264" order="23">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/de76b6e825257327e499b8f07991a333.jpg</src>
      <authentication>997bb0f5684362a887de533f0104ed57</authentication>
    </file>
    <file fileId="94265" order="24">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9e3b9b052ccefb24222b8a086dc0ff5d.jpg</src>
      <authentication>deba401776cee686def516532d44c15c</authentication>
    </file>
    <file fileId="94266" order="25">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c180ff1453b838bdda8eab9c7d48d8c6.jpg</src>
      <authentication>845aebbb1522cca98bd9864fa96ab370</authentication>
    </file>
    <file fileId="94267" order="26">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/cb25fccd7cbbfef11970ae63ac50a5ab.jpg</src>
      <authentication>bc1fc1ac0cc1d83bc553cf2c40fb4abd</authentication>
    </file>
    <file fileId="94268" order="27">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/38f24de7ae7408ffc605340f86ff9b5d.jpg</src>
      <authentication>c3d1d2f58ffa36d22afe395f8b73ff53</authentication>
    </file>
    <file fileId="94269" order="28">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/179757a0858fdc739df2994aaa29f11f.jpg</src>
      <authentication>4d6c87a99f45aaaf27996560142a15ad</authentication>
    </file>
    <file fileId="94270" order="29">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5b16c0ca9b9a9bf6f2a582fdc09ed9db.jpg</src>
      <authentication>61a13b9d62a13ec2e094ff753019d0f2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94271" order="30">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7ebc19c8a2dc2126f953dc3863e0474b.jpg</src>
      <authentication>4f02bd07f26a0cc40005d3921b699f51</authentication>
    </file>
    <file fileId="94272" order="31">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ff000bddebb9b7420ae740cf2b9a018d.jpg</src>
      <authentication>60ff7db11df2110f4febcf59739895bd</authentication>
    </file>
    <file fileId="94273" order="32">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/76fc23c593233244fcb61990787b851c.jpg</src>
      <authentication>8882c21c0c880fc040bdfea305ce77d2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94274" order="33">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e569d931aa4dc604f899df55de820a83.jpg</src>
      <authentication>5f577e0935912da4aa57ecf5ea77bf6f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94275" order="34">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7e1657dd4d03ff14cf02a6a9b3f5be7d.jpg</src>
      <authentication>5004499a34c9e044002966b25f3dd7e1</authentication>
    </file>
    <file fileId="94276" order="35">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3c28afd4ceff92a5f3b608fd808ee263.jpg</src>
      <authentication>4d49a3c3fd6c6a293f4419fcbf914dc1</authentication>
    </file>
    <file fileId="94277" order="36">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ac7595995021fa54fe6352580cb6bb1d.jpg</src>
      <authentication>6ddaab79344dbbeccacb51be6473abad</authentication>
    </file>
    <file fileId="94278" order="37">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/4d301d8cf8bb0c0801cfad3d43431d09.jpg</src>
      <authentication>749b39915a92d8692dcdeb1f336879c7</authentication>
    </file>
    <file fileId="94279" order="38">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/80b22a087f876b89101cc1a255bde8c2.jpg</src>
      <authentication>c4539dc205d6077b66498dbcb5c56ee1</authentication>
    </file>
    <file fileId="94280" order="39">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2e41473020e7abab0040a34eb9f65502.jpg</src>
      <authentication>82043308b13144f3eb1b7620ff036f84</authentication>
    </file>
    <file fileId="94281" order="40">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/897ae983ec9cb3661d405dcbe0ad8fae.jpg</src>
      <authentication>41f86533a96d65d0b8baa1a61f2f7ba0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94282" order="41">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a04cb01d15a163bf1f4e69682b07d999.jpg</src>
      <authentication>c21f01ed7e0f91dbdca2c4f1a2d437b0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94283" order="42">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/452f5a3f67b13d190af65000142078cf.jpg</src>
      <authentication>72d0b5e14500f3c5178978366beb7798</authentication>
    </file>
    <file fileId="94284" order="43">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/eca8c147543c4bc08d07a5cb87e0a5bc.jpg</src>
      <authentication>8f0b311f4e10517988ae8c3f0c3ce1c4</authentication>
    </file>
    <file fileId="94285" order="44">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/aebcbcb108551b505fa1ba0b665d7c29.jpg</src>
      <authentication>a813d663dbb31ce07fe13d5fc948f562</authentication>
    </file>
    <file fileId="94286" order="45">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/6ad8fe8062770e7841d5079b44d23f40.jpg</src>
      <authentication>bf31e16cacfa96f63205c08da37ff066</authentication>
    </file>
    <file fileId="94287" order="46">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/cb50531e9813855bdb509d15c1b7743b.jpg</src>
      <authentication>3f98741c05db4eb31bd3e63f278b211a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94288" order="47">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a67b23ae886d0569608b2b03b0b70444.jpg</src>
      <authentication>909406e1a41838691983cd54d888e2f2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94289" order="48">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b8ca31d07eb3f85c0613ca017b8ca053.jpg</src>
      <authentication>009d47a7d145dda852cb0dc05f9313d7</authentication>
    </file>
    <file fileId="94290" order="49">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/6b349fee1e3e186e4fc47936f124a2a1.jpg</src>
      <authentication>698c08f6c3b2c8ce3b44b1611db99759</authentication>
    </file>
    <file fileId="94291" order="50">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/dd4fedc5f06a4dd84d4994e3280ad8c2.jpg</src>
      <authentication>7ca478d41517a04bb387f958362b3c08</authentication>
    </file>
    <file fileId="94292" order="51">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/97d2e262662274aa6ce86fede8f30a76.jpg</src>
      <authentication>19f5ba117ec51457025b78833bf9d178</authentication>
    </file>
    <file fileId="94293" order="52">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f42cb4f6307e0a0d32661fe12aded6e3.jpg</src>
      <authentication>def183d72b4dbc1acd4c15d1dc68f82a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94294" order="53">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5fc94c92458198fef26a3535ff42a27f.jpg</src>
      <authentication>0feb486e4b9f9a14c0d0988b1054071e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94295" order="54">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/dba46e01861f7579d6ee3bc368cd6365.jpg</src>
      <authentication>f5263fea6c9b0db0c257a7850c815435</authentication>
    </file>
    <file fileId="94296" order="55">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d50b3e5a4c002b853c1b154160663c3a.jpg</src>
      <authentication>dc89f9b80e000c17023e992d74447bd9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94297" order="56">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/1ad826111d215c2c3b02665cacbf6f4d.jpg</src>
      <authentication>502b00e4136bfb5caae92587706ca841</authentication>
    </file>
    <file fileId="94298" order="57">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c314b58ad1115df8f69e0f1e57d854b2.jpg</src>
      <authentication>c050f4972c7ca76d131edd75b6643048</authentication>
    </file>
    <file fileId="94299" order="58">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9199797f867984322084709c7fc8fc13.jpg</src>
      <authentication>cea375e651ea173fa23be35e52cbb5e0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94300" order="59">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a29c4e451aba1d3cb1996f9649ef0b7a.jpg</src>
      <authentication>5999bc238a10da14f4c8fc53abe8cddd</authentication>
    </file>
    <file fileId="94301" order="60">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9c90760a6e35b8d9bc54b9f596aa9a68.jpg</src>
      <authentication>ed829ee68500257209bdad23791cb2f2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94302" order="61">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ca3acc0203b89f143ddeb8a13bc3abe2.jpg</src>
      <authentication>3e7eaca1a6ea96c097c8d1a926c6f2b0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94303" order="62">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8b2aa6c13d8c91b3705527f0aff4aaad.jpg</src>
      <authentication>bb805ff0918ca36dcd68d577f2af59a9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94304" order="63">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b537328f3c2d5560febef0f3f074527a.jpg</src>
      <authentication>b6f76e5a7d26f8b820638418d7957117</authentication>
    </file>
    <file fileId="94305" order="64">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/903e17b752f6a42dea38cec4cdc9112d.jpg</src>
      <authentication>2c4bc5bfce790acd195328beef3c369e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94306" order="65">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f92883db5536c06b7c2fd25f32456ac8.jpg</src>
      <authentication>b8ad6f9f0b3f273ea76c47a7ec00fe18</authentication>
    </file>
    <file fileId="94307" order="66">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e6a8be723382dd60c8135e23b63045cf.jpg</src>
      <authentication>a72e06fad0471707ba75683f5b98ee85</authentication>
    </file>
    <file fileId="94308" order="67">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/bbe91747afca0776777c6303ab9bea2b.jpg</src>
      <authentication>e42d8049e8da975e7128220bbbc7dfb3</authentication>
    </file>
    <file fileId="94309" order="68">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/aad1921f308a5f91da081178f4ea1909.jpg</src>
      <authentication>7f33061fcf06746cb732dc8e78340251</authentication>
    </file>
    <file fileId="94310" order="69">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/513ff6989021f0f09d89241ec71ea638.jpg</src>
      <authentication>e33b06c2b8b4e4619426310cc61ca119</authentication>
    </file>
    <file fileId="94311" order="70">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/4852eb7d08396bb6d104a3e9df9d8392.jpg</src>
      <authentication>f0ad3e9d71b170beed70e50490040625</authentication>
    </file>
    <file fileId="94312" order="71">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a45772667f6345dc7a301856db9d1de7.jpg</src>
      <authentication>8acd48b2f7a680862bf870243e4b8815</authentication>
    </file>
    <file fileId="94313" order="72">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2a6a140f8a5141861c28e75935c3750b.jpg</src>
      <authentication>bcc049691921d1eae0f26b03cb4fec27</authentication>
    </file>
    <file fileId="94314" order="73">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/70250e1d1112f485209b7275aefb6d02.jpg</src>
      <authentication>2fa6d108176616402034b4d6bc3c48b2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94315" order="74">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/97bd63f19def76380912feb4be0a2948.jpg</src>
      <authentication>24e0b610a6e99adbd4a56ae2955af685</authentication>
    </file>
    <file fileId="94316" order="75">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/84f1936d31eba7a82a409fa87f947400.jpg</src>
      <authentication>0f9752b29114225a3f3ad6d0220e2c23</authentication>
    </file>
    <file fileId="94317" order="76">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c8ce905af16d94d5bbe4d5ba424596d9.jpg</src>
      <authentication>150148a298c5ceec858ff1efbef110df</authentication>
    </file>
    <file fileId="94318" order="77">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c7638e2f3737512b1c180b4312bec949.jpg</src>
      <authentication>a9d6735e6517d70d5af2b0fce8c526d0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94319" order="78">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2a019e87d08cb3d8f7f47617fbd53808.jpg</src>
      <authentication>80ccbe7acb944243768ce34104912a6a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94320" order="79">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/edb9bc2d3af4e5ff25238d808a3c48c1.jpg</src>
      <authentication>ab3cea66b24cc2603b9e59f7d654b064</authentication>
    </file>
    <file fileId="94321" order="80">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f25abdd8ce157e156b52eee6db41fded.jpg</src>
      <authentication>8f2a17f1236f1f0a65778f1d866d010e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94322" order="81">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c476fd81eb269f47cb13fbec9887ece6.jpg</src>
      <authentication>3d136a60a183c3e6af4aa49b2fc53058</authentication>
    </file>
    <file fileId="94323" order="82">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/53aa1dcadb4b4d7661aed5edbdc07888.jpg</src>
      <authentication>d17ea91ef7254a0ed6ed99a2617159bc</authentication>
    </file>
    <file fileId="94324" order="83">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/1a71aab7fd0502351b08f3b38701b561.jpg</src>
      <authentication>f5d406b8f0ed17750e345de2f4999752</authentication>
    </file>
    <file fileId="94325" order="84">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f4c25b5a2f9392af159b86faf15b5a6d.jpg</src>
      <authentication>a04b920e08927af24c6a26c2d919001a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94326" order="85">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ab7ea98a342ff48c9b015e7e0ff340c0.jpg</src>
      <authentication>603be61af78c8525cfff9f4580f6d7e4</authentication>
    </file>
    <file fileId="94327" order="86">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/20f6f4507d9bc8fb3f92e5cf2e0a8dcb.jpg</src>
      <authentication>1b94c09c543e8f8faff440aa19cc416e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94328" order="87">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/41de468966a1fad0cae55eb4e8836330.jpg</src>
      <authentication>3168b97399e1364ad4e9f283219d5706</authentication>
    </file>
    <file fileId="94329" order="88">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3b57dd40c8c8f2bda6af337ba31b861a.jpg</src>
      <authentication>ac13def9e55c3df05155a1ae3cb1acb7</authentication>
    </file>
    <file fileId="94330" order="89">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/47a4643ff7b5895f263430e87f345cb9.jpg</src>
      <authentication>ff4916165f5597344cdd013f4a559b20</authentication>
    </file>
    <file fileId="94331" order="90">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3838093b32ca25ee9a850b44f5c5b6e5.jpg</src>
      <authentication>78e6928c0a06e5c13c46695183ca2a51</authentication>
    </file>
    <file fileId="94332" order="91">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c11d3854df802cc60857118044b03f53.jpg</src>
      <authentication>52cb3995bf5c0d8a56d0d72ef9ee4633</authentication>
    </file>
    <file fileId="94333" order="92">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/6afee1831da89b742e061f371f98e3bd.jpg</src>
      <authentication>f4576fd5504a31aa7698daf62f51600a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94334" order="93">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/4aaa502f047f52baf583c87cd44c7185.jpg</src>
      <authentication>5ee9809522b86fd382b15cb76af14c87</authentication>
    </file>
    <file fileId="94335" order="94">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/34ddd9b0aea8bac52de29bebb7b925a3.jpg</src>
      <authentication>29349e796135c44523f5442238779123</authentication>
    </file>
    <file fileId="94336" order="95">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/53544ac84bc8900a8c5802d13b79b1c0.jpg</src>
      <authentication>5d26f5be1c09283c96ee2de465549712</authentication>
    </file>
    <file fileId="94337" order="96">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8b54ec5d22fd19e2f89d71fa45f823fd.jpg</src>
      <authentication>d13d663c43ffaad9c428d70ced79d913</authentication>
    </file>
    <file fileId="94338" order="97">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e8dad0ec945925daa890817f0c7de65b.jpg</src>
      <authentication>387289022c250dfe3540f7287e70ae02</authentication>
    </file>
    <file fileId="94339" order="98">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/32bac9763df8c84cc0bbe80ce84081f4.jpg</src>
      <authentication>8e8dab72ddad50b75742736627f8185f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94340" order="99">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ccd6effc4be63072f156ed2b3456536b.jpg</src>
      <authentication>b73c288d500da0ac47650a59b9fca356</authentication>
    </file>
    <file fileId="94341" order="100">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8bab79be7e7947a89867340ca0bc4d38.jpg</src>
      <authentication>91aed5b37aa3b2997df1df46b49ec686</authentication>
    </file>
    <file fileId="94342" order="101">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2813c751e8ea348c439e766473eb7a9b.jpg</src>
      <authentication>80dedc664a240b825364bacc3d980c1e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94343" order="102">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/90f9c615c28c491176deb0c7fbf6a067.jpg</src>
      <authentication>4a1eba11e3b5cc59924c721b4f8ef8f6</authentication>
    </file>
    <file fileId="94344" order="103">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/961b7f29ce8afe0fd11e2a11d4c7ac90.jpg</src>
      <authentication>c145513bb1ae259b092c4ff5c4eb7015</authentication>
    </file>
    <file fileId="94345" order="104">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/755e89a44041dc69f432a29b0e0a33df.jpg</src>
      <authentication>5465bc12d45d7bafbd5ee281a8f8374e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94346" order="105">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d767d9db5cefbf23804268f71689738c.jpg</src>
      <authentication>8d58cb8b490af9aa1be867b32b441ba2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94347" order="106">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/743b1fbaf34ddfd19c25fffb996ea2a3.jpg</src>
      <authentication>78f09325642f87f04c7f3b09693adcb9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94348" order="107">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/693ecbe413d704f68ba5fa6c286a4dcc.jpg</src>
      <authentication>4f224144caf9c0217aaecb9b8ab9a8f6</authentication>
    </file>
    <file fileId="94349" order="108">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/fa8cc5f3c1c6fd20c14685219663e67a.jpg</src>
      <authentication>2e287205a5749d762ce7e007e1b727af</authentication>
    </file>
    <file fileId="94350" order="109">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a468cb30925653cc418013f2efef1893.jpg</src>
      <authentication>b855cece2173b6a81149519a80fe53a3</authentication>
    </file>
    <file fileId="94351" order="110">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b6645f6aaa634b921d60cb9f6a2cc900.jpg</src>
      <authentication>55143c226f209add61151e5c80f18fd3</authentication>
    </file>
    <file fileId="94352" order="111">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7de96d625f9185281774b614b26eac7e.jpg</src>
      <authentication>ca418ed320e77322d5cc1d239a84ddef</authentication>
    </file>
    <file fileId="94353" order="112">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/cbedb45f2c04fa5d6fff8169eddecbec.jpg</src>
      <authentication>e649b14863bbcd33fa02641efb4c2dd5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94354" order="113">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2a376d054024e9e914a99bd9b90fea5b.jpg</src>
      <authentication>6e8c5a74274f82f608d87c68d69f2dc3</authentication>
    </file>
    <file fileId="94355" order="114">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8a2f00acdc8923665c2250fc734cf109.jpg</src>
      <authentication>19560f6962a17b0d3073b7a11b2530b1</authentication>
    </file>
    <file fileId="94356" order="115">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e110d150e5e20b02af472cfb2531c786.jpg</src>
      <authentication>9419281ae12e3d680e7d2b34ab335973</authentication>
    </file>
    <file fileId="94357" order="116">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/51d49e37fefdc1e68ef432922f8b43aa.jpg</src>
      <authentication>c748cdb381db8a4a87836614465b6663</authentication>
    </file>
    <file fileId="94358" order="117">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f111743eb01299654a595f3ae24c1d7a.jpg</src>
      <authentication>f2e25dcd6687be84eaee7c2a0a021920</authentication>
    </file>
    <file fileId="94359" order="118">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/86baf2bb4a1edc4f882f744bb336dd70.jpg</src>
      <authentication>3aa2e2999ddf55a70eefb24185c981d5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94360" order="119">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/87f047431f4cc2218d7a59566add831d.jpg</src>
      <authentication>dccb71a0ecdc0d303630e4c5c08144e9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94361" order="120">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8c6714d456f7996dfbeab7cd09209507.jpg</src>
      <authentication>b862626c01e659faf13c0647fefbb3e7</authentication>
    </file>
    <file fileId="94362" order="121">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/480a82258f2029c5582b2d8b4f069b3d.jpg</src>
      <authentication>ca1f261c7a3acf0ae802749c7a549b85</authentication>
    </file>
    <file fileId="94363" order="122">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/1f1153353bac50f198afcf3690511f09.jpg</src>
      <authentication>fc19e1fd55f1811f627736946bbe2f44</authentication>
    </file>
    <file fileId="94364" order="123">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ae02b753207f3a0c36278d2910017588.jpg</src>
      <authentication>6beba97ae56c7a2822bbe2f830ef63f0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94365" order="124">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/48c936e27e3ad86bd3becc0428e506e2.jpg</src>
      <authentication>e8bb5605555129e8b18e3183a9c9a744</authentication>
    </file>
    <file fileId="94366" order="125">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e216dbe897bd0299e5531b4af4f6b598.jpg</src>
      <authentication>f48665aceb06b22b2fa3ce463871a7a0</authentication>
    </file>
    <file fileId="94367" order="126">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d7895028b29a900df7e780ae85353326.jpg</src>
      <authentication>703ed656db02bec5cbe2e30cc210a627</authentication>
    </file>
    <file fileId="94368" order="127">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3b4fb0743161d972e0af075d99f5fbf9.jpg</src>
      <authentication>db329eebddf5b15d1b5ffb111fdd2fa8</authentication>
    </file>
    <file fileId="94369" order="128">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d868237e4090a8e0e6e0760bc8f0d3fd.jpg</src>
      <authentication>958ae6f296884a4a55b93c9ba8bb4475</authentication>
    </file>
    <file fileId="94370" order="129">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a8d01f63b1725eb297f5b525110c6f6f.jpg</src>
      <authentication>7becc8d8ff85ff82f938dd81b734394a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94371" order="130">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7be632781be324a00d5b95739ff8ad5d.jpg</src>
      <authentication>a4cc78fe912772c846d847f9ce6ec45b</authentication>
    </file>
    <file fileId="94372" order="131">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8ead50e70706b2d1a401c0e6a806f250.jpg</src>
      <authentication>ae8994a3b592652f0cc63c2640da20ad</authentication>
    </file>
    <file fileId="94373" order="132">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d6011bd7e30f962ea3a546c514414f72.jpg</src>
      <authentication>9a34e55dad7e1dbf99b10a18d0a9179f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94374" order="133">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9a4de448824d28e1e9bf9a9a91fe128c.jpg</src>
      <authentication>f465f455d75a8fd60c131482a5b1d7df</authentication>
    </file>
    <file fileId="94375" order="134">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7c64aa12c89ab350b0ff58476d4c4c66.jpg</src>
      <authentication>10501da2d8b3f2e927521afcd851a84f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94376" order="135">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/da02d9f7e4c3cc7bad4a27226b34f8c4.jpg</src>
      <authentication>f3998b9625c4457448ed3f720c3474dd</authentication>
    </file>
    <file fileId="94377" order="136">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/00fb7da2054277957402e15f0ac6d714.jpg</src>
      <authentication>6af2415d3f3bf51370b2a211b4528b7d</authentication>
    </file>
    <file fileId="94378" order="137">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/eb6f86261dd93ec87d10d04f1fd22248.jpg</src>
      <authentication>b1a07daab1703b85221a80b721364a10</authentication>
    </file>
    <file fileId="94379" order="138">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5c8344a1312c99fc957f8606c2312c92.jpg</src>
      <authentication>f976f51a2cef1c2f4e8ce9e3026c9479</authentication>
    </file>
    <file fileId="94388" order="140">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/0d63606fadb96b0ac1c57364f140dc71.jpg</src>
      <authentication>ba3b6060010efe9aeb631bd621f74e7b</authentication>
    </file>
    <file fileId="94389" order="141">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3a4a1f99034e030c6091af98a2b9b9de.jpg</src>
      <authentication>c2740384c4b27d2639a015cfcb17e087</authentication>
    </file>
    <file fileId="94390" order="142">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2f4993b3c0da75bde25b20df99e52617.jpg</src>
      <authentication>9c7a9d1be0b8bffc7801de1e441d91af</authentication>
    </file>
    <file fileId="94391" order="143">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/dc251b22e45b8f14d6a673a6c1011e08.jpg</src>
      <authentication>f7227aed0f883ddb752aae412bc80d8f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94392" order="144">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3d6a26e09f904d32c2b1eec849ff061f.jpg</src>
      <authentication>dfa6a25685deec177d7bc7a0b350e6fd</authentication>
    </file>
    <file fileId="94393" order="145">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/dc7050651c63eff1168cd167d556ef40.jpg</src>
      <authentication>b8f93d5cef6f5b0e0b246b6c6d1b7658</authentication>
    </file>
    <file fileId="94394" order="146">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/822e07eebbdb7e51c532f1c2596cdd79.jpg</src>
      <authentication>8b4f54812d9f6455d8b1d14915d548ca</authentication>
    </file>
    <file fileId="94395" order="147">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3587093c7a09eca8d9c7a4b1e44a042d.jpg</src>
      <authentication>e302cedbdb5c8b93083a30218254243f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94396" order="148">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/274ceb970d0bbed6bf996b9bdb598700.jpg</src>
      <authentication>1a671b063e3f87bc159674d3011993e8</authentication>
    </file>
    <file fileId="94397" order="149">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ec4f9d07d60019d22a4db781653f555d.jpg</src>
      <authentication>71204d9c960c3ce56c668bd27a0c0010</authentication>
    </file>
    <file fileId="94398" order="150">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9faec6e92c5a930ef7ab7bbb5c2cd3a4.jpg</src>
      <authentication>3c2cdc5ccacf263143369b1702f1d90f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94399" order="151">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f9da09169d75fd5e0f0ddb059bc71b28.jpg</src>
      <authentication>a414b42990ac9ec1bc1a3ec21fc9b72a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94400" order="152">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2cf7072d1addf39e10cf08e732779c40.jpg</src>
      <authentication>7e1fb31f7c7ecfb17e38faad499dad4f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94401" order="153">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/19f481dc25120bb10867691247466391.jpg</src>
      <authentication>048074a420239abbfdf9005cdd6996c5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94402" order="154">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/47ff7f261ea6365acfb6692fcc64afd5.jpg</src>
      <authentication>2fe842f7a48b37dd1bcda0ae72d0fd4c</authentication>
    </file>
    <file fileId="94403" order="155">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/4a5d25fd5329527bd18feb691ff19ae5.jpg</src>
      <authentication>9887e04c5d8aae309931c9f45c8ffdc9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94404" order="156">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c60bae261caa1685c7d6f239c4e6eb14.jpg</src>
      <authentication>a20e42225eac2d12f02170404971d5f7</authentication>
    </file>
    <file fileId="94405" order="157">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/54f995873c58846153e8ef0df7c065ce.jpg</src>
      <authentication>4b12cd846a96abc737d3c46e489fd8e4</authentication>
    </file>
    <file fileId="94406" order="158">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/6bf8a00fff6cc8dd19648976eed796cc.jpg</src>
      <authentication>8fbd67cd1c7cb19ca7caf06b3a43c600</authentication>
    </file>
    <file fileId="94407" order="159">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8a8e23a9eeff54c11586c0ffdde5987a.jpg</src>
      <authentication>150504bca06e58fe28dcf580f929f5f5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94408" order="160">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9f3912575fa79aa9d7c7418cb7aa8e6c.jpg</src>
      <authentication>8b1085993f0a1657dd4a452856e56f76</authentication>
    </file>
    <file fileId="94409" order="161">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/cf7850eeb575a5344ecddb1fb3e1821d.jpg</src>
      <authentication>51353d6c5a33bf7e32209de90e7d7228</authentication>
    </file>
    <file fileId="94410" order="162">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5068fdbc3c1bc834878d16a531720468.jpg</src>
      <authentication>e7d69712fee600508123df93c1101136</authentication>
    </file>
    <file fileId="94411" order="163">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/667d8ad8b22b9deb7671edf839ccabf0.jpg</src>
      <authentication>c6f917bbe838a38c77c2e86b7dd68c27</authentication>
    </file>
    <file fileId="94412" order="164">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/135753079171a581b5a7f724d7c81313.jpg</src>
      <authentication>7da7904ff0d5be376343560b3da4c434</authentication>
    </file>
    <file fileId="94413" order="165">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/0195a0c0a144f6129e9cfb799bb9b42c.jpg</src>
      <authentication>bc423a2f57e781a922bcd9a14b2cd873</authentication>
    </file>
    <file fileId="94414" order="166">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/33fcd79244426331c1647036b92d3973.jpg</src>
      <authentication>dcef2591933c62ccf85663e4220a25b6</authentication>
    </file>
    <file fileId="94415" order="167">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2e1a7bc33d3d416444232d362a2863a1.jpg</src>
      <authentication>15f43b607a3ffdb048ac53a3fb9c8b34</authentication>
    </file>
    <file fileId="94416" order="168">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e5986877d8809380b3b31bb239952cc9.jpg</src>
      <authentication>19d218c6535a558278895a6d84d8bc90</authentication>
    </file>
    <file fileId="94417" order="169">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/42eb0c2a7aadb5a7e02f9e42e8427003.jpg</src>
      <authentication>8cbccb4c460fec271e26136bd64ce753</authentication>
    </file>
    <file fileId="94418" order="170">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/855d28a52ea23bb87f90484bead0fc87.jpg</src>
      <authentication>e8b3b6dd4772b9a1504b43f115d3cc57</authentication>
    </file>
    <file fileId="94419" order="171">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/cd47bcfb494951f3434ffa9da1318fa7.jpg</src>
      <authentication>b9045dfe787290644390078819661715</authentication>
    </file>
    <file fileId="94420" order="172">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/6451e996d201b6f8ae8fc45bf228fdc2.jpg</src>
      <authentication>f163b8e948a6d67cecfa1aa02460266e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94421" order="173">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2959b9f79dd0052c3e1eb9ac15ea6146.jpg</src>
      <authentication>a2dbcfdceaf66db7354a89bdb4fda671</authentication>
    </file>
    <file fileId="94422" order="174">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/33cdf5de379ad6ac57641de8b3a57622.jpg</src>
      <authentication>085ae27b704c00aeb7f5948ae058ce94</authentication>
    </file>
    <file fileId="94423" order="175">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a5e5202d9ac47b341f6ef861a953baf5.jpg</src>
      <authentication>5a242b633a5ff7d805cb5d01ca6709b1</authentication>
    </file>
    <file fileId="94424" order="176">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/49845f8551390b6e4033fd14c4ef23d9.jpg</src>
      <authentication>7f2401dd522c3b3682924a30ce8d8743</authentication>
    </file>
    <file fileId="94425" order="177">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2902cb93fcd9aad3bb83b41ee799e3b5.jpg</src>
      <authentication>77c4a2ce67b20e8d5af551f2d23b17fd</authentication>
    </file>
    <file fileId="94426" order="178">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/1063d23691d178e58419488e6f0b5f1f.jpg</src>
      <authentication>f57b64d639b080a15aebac9b2762b0ba</authentication>
    </file>
    <file fileId="94427" order="179">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/621b32243ced5998430b17051bb3459f.jpg</src>
      <authentication>5a3fbdd628865a880df3fbccce415076</authentication>
    </file>
    <file fileId="94428" order="180">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/544f867706afa78bb5cbbf357e4ff5b5.jpg</src>
      <authentication>93122ef01bf4505dbdff92bb78be3fd9</authentication>
    </file>
    <file fileId="94429" order="181">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/84b739768c7992520599493d5ae8dc17.jpg</src>
      <authentication>05c4dffe7a32c822f6290998ce58e63b</authentication>
    </file>
    <file fileId="94430" order="182">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f47e8dc8ffd9859062e286c94e21a79a.jpg</src>
      <authentication>eb58d86f302435899ea2d309c03f8e7e</authentication>
    </file>
    <file fileId="94431" order="183">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/29c516a8139a62b447e32369f76e9120.jpg</src>
      <authentication>2ffa9f97410c960d5889c0dc22060bd5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94433" order="184">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e65152d15e83051b0234aec31bf5600e.jpg</src>
      <authentication>1269c96ecf4fd5704a3ed6b0bd62840d</authentication>
    </file>
    <file fileId="94434" order="185">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b691c9646ec9eed842ced4879df81200.jpg</src>
      <authentication>722ce2ddb58a67084caa28702ce31813</authentication>
    </file>
    <file fileId="94435" order="186">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/09a92aa8de54cc175b1a27b31c1a8531.jpg</src>
      <authentication>236104fa8ae59e3f81352667ae3b4449</authentication>
    </file>
    <file fileId="94436" order="187">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f6ecbf7dedbc79e18455846acead4087.jpg</src>
      <authentication>ab0bf4e099210ed9e4881afada511be2</authentication>
    </file>
    <file fileId="94437" order="188">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/58cfd7242d2714eea9b50b1b8bcd3b0d.jpg</src>
      <authentication>3839b29d3103e0d63d959564d22e308a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94438" order="189">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ba3c14c1c9ad3ee6bc0fd355d5dab40d.jpg</src>
      <authentication>93574781de51732c320360162d908345</authentication>
    </file>
    <file fileId="94439" order="190">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e2973ff5af0d7d90f37eeaf6ecba06ae.jpg</src>
      <authentication>f3492fafa9417201956d25dec200f886</authentication>
    </file>
    <file fileId="94440" order="191">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/71e43fe36dabac39bddc7d90776d061c.jpg</src>
      <authentication>4960ee9bbf8ad9a507ea4b459e6841b5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94441" order="192">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/766008611ef2f21cd4c2238b6e3c2407.jpg</src>
      <authentication>98d00a0b90c3a5704979a529ee1e63de</authentication>
    </file>
    <file fileId="94442" order="193">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/67cbcec80c11714d6262857b7593c3e3.jpg</src>
      <authentication>404e4832d7e5498d1f971edfe1ac454f</authentication>
    </file>
    <file fileId="94443" order="194">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e42f212c3b05bd84988b3f9518feeaac.jpg</src>
      <authentication>da811c3d9235b05210c20e4072f0b7ad</authentication>
    </file>
    <file fileId="94444" order="195">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7c31c6634a83cbf3c305ed640b005f05.jpg</src>
      <authentication>807e396d9a7dc578713cce18b5d5af2a</authentication>
    </file>
    <file fileId="94445" order="196">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/aaef2d22686ab7eeea9de4fc03f6ed1f.jpg</src>
      <authentication>6865e5a827f2fb4f80092a06f3e53019</authentication>
    </file>
    <file fileId="94446" order="197">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ee13d0814301ddea0842543b7a33ade1.jpg</src>
      <authentication>96d8fd45068c19cfeaf4d0735259b804</authentication>
    </file>
    <file fileId="94447" order="198">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c2d5461873c1b496f2f818bfba65632c.jpg</src>
      <authentication>1f4210a3e9cc9b1869a42bb386992f30</authentication>
    </file>
    <file fileId="94448" order="199">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/0a51308d3c8a4310d10ac55368e04758.jpg</src>
      <authentication>c9a2e830aa35ddd216a1e95fd06b9abb</authentication>
    </file>
    <file fileId="94449" order="200">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/72327b79af3341dfe80520fa39862ee8.jpg</src>
      <authentication>625ffe1c31bd8beeed9817f3872fff64</authentication>
    </file>
    <file fileId="94450" order="201">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3dcb909d75375f0e6a15dd1e7616741c.jpg</src>
      <authentication>60d2dfc94cc7bb82f9e4bfddf1f695b6</authentication>
    </file>
    <file fileId="94451" order="202">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5ca52e9da3357f57b08325c0622fdd9d.jpg</src>
      <authentication>e7857d795552741606cb2e3f43922eb5</authentication>
    </file>
    <file fileId="94452" order="203">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/f3fcbecacebd2808f80092e3b225511f.jpg</src>
      <authentication>92436c8cf522baa9410376908f088636</authentication>
    </file>
    <file fileId="94453" order="204">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/38574648b473c6725e14850f20f85bd6.jpg</src>
      <authentication>58bdc4b6ede56a99a91f461d0701f37c</authentication>
    </file>
    <file fileId="94454" order="205">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e18519d9f9972700a39dc3fda06c2bd1.jpg</src>
      <authentication>c68cb7838825402f6bb151da26225c19</authentication>
    </file>
    <file fileId="94455" order="206">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/810a7b1da7057355ca29c3b5acad7e55.jpg</src>
      <authentication>34ff98dc2dbb312e14b737cf7e49bdb8</authentication>
    </file>
    <file fileId="94456" order="207">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ef2557784336c9779c5e7070f473d033.jpg</src>
      <authentication>e4c73a637206d0ed0bc6dd5feb196b3c</authentication>
    </file>
    <file fileId="94457" order="208">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/49c6b2afbd8e8a94226f48652a3305da.jpg</src>
      <authentication>96f8d9a8eb24d9e335daf5f77e78f408</authentication>
    </file>
    <file fileId="94458" order="209">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/4b16b5b1f56efe148b8331d85e13cb2c.jpg</src>
      <authentication>2c011c66b0873aa239f2252595db37ac</authentication>
    </file>
    <file fileId="94459" order="210">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/1f9a7cb45df98371c6a502659b6eba11.jpg</src>
      <authentication>5e24eefbd7d28323c281573c8493362d</authentication>
    </file>
    <file fileId="94460" order="211">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/e106c8ac7d610a40dbacb46a1cf7059c.jpg</src>
      <authentication>6bf5cad477975e6d0e60de163a1709ab</authentication>
    </file>
    <file fileId="94461" order="212">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/ccf4522db71bfebfd55615d23d881857.jpg</src>
      <authentication>ef394947006896da9c5f4fd93db16538</authentication>
    </file>
    <file fileId="94462" order="213">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/22a7ab1492f953a36acff6a0128aae8c.jpg</src>
      <authentication>048000a9c6b2528162b5800046eac63c</authentication>
    </file>
    <file fileId="94463" order="214">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/951e50f7afd0edfee18b09a8411a7b5f.jpg</src>
      <authentication>e11017ccd048ca519b83753fb071c856</authentication>
    </file>
  </fileContainer>
  <collection collectionId="93">
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355725">
                <text>Patrimoine écrit occitan:imprimés</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355726">
                <text>Ce set contient les imprimés numérisés par le CIRDÒC issus des collections  des partenaires d'Occitanica</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
  </collection>
  <itemType itemTypeId="15">
    <name>Libre</name>
    <description>Item type spécifique au CIRDÒC : à privilégier</description>
    <elementContainer>
      <element elementId="127">
        <name>Région Administrative</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="519872">
            <text>Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA)</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="128">
        <name>Variante Idiomatique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="519873">
            <text>Provençal</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
    </elementContainer>
  </itemType>
  <elementSetContainer>
    <elementSet elementSetId="1">
      <name>Dublin Core</name>
      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="50">
          <name>Title</name>
          <description>A name given to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="519871">
              <text>Miettes de l'histoire de Provence : les fêtes de Noël, moeurs, coutumes, traditions et souvenirs / Stéphen d'Arve</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="43">
          <name>Identifier</name>
          <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="519874">
              <text>http://occitanica.eu/omeka/items/show/16507</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="520047">
              <text>FRB340325101_	CAB 2907</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="48">
          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520035">
              <text>CIRDÒC - Mediatèca occitana, CAB 2907</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="45">
          <name>Publisher</name>
          <description>An entity responsible for making the resource available</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520036">
              <text>Impr. J. Nicot (Aix)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="40">
          <name>Date</name>
          <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520037">
              <text>1885</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="94">
          <name>Date Issued</name>
          <description>Date of formal issuance (e.g., publication) of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520038">
              <text>2017-06-29 Gilles Bancarel</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="47">
          <name>Rights</name>
          <description>Information about rights held in and over the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520039">
              <text>domaine public</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="98">
          <name>License</name>
          <description>A legal document giving official permission to do something with the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520040">
              <text>Licence ouverte</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="46">
          <name>Relation</name>
          <description>A related resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520041">
              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/7343dd04b8731693b6e2a27aa1947173.jpg</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="42">
          <name>Format</name>
          <description>The file format, physical medium, or dimensions of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520042">
              <text>application/pdf</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="520043">
              <text>1 vol. (192 p.)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="44">
          <name>Language</name>
          <description>A language of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520044">
              <text>oci</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="51">
          <name>Type</name>
          <description>The nature or genre of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520045">
              <text>Text</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="520046">
              <text>monographie imprimée</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="116">
          <name>Temporal Coverage</name>
          <description>Temporal characteristics of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520048">
              <text>18..</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="86">
          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520066">
              <text>Miettes de l'histoire de Provence : les fêtes de Noël, moeurs, coutumes, traditions et souvenirs / Stéphen d'Arve </text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="49">
          <name>Subject</name>
          <description>The topic of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520067">
              <text>Noël -- France -- Provence (France)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="39">
          <name>Creator</name>
          <description>An entity primarily responsible for making the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="520068">
              <text>Arve, Stéphen d' (1820-1909)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
    <elementSet elementSetId="8">
      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="173">
          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="590923">
              <text>Mediatèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="174">
          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="590924">
              <text>Bibliotèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="172">
          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="590925">
              <text>Livre</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="182">
          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="644647">
              <text>Documents</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="171">
          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="720970">
              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
  </elementSetContainer>
</item>
