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                  <text>Marie-Jeanne VERNY
Lei Cants de la tibla de Robert Allan :
de l’histoire d’une édition impossible
au projet de réédition

�Lei Cants de la tibla de Robert Allan :

de l’histoire d’une édition impossible au projet de réédition
par Marie-Jeanne VERNY
Communication donnée dans le cadre de la journée d’études

Les manuscrits du poème (1930-1960)

Université Paul Valéry, Montpellier, le jeudi 23 octobre 2014

�Avant-propos
L’œuvre de Robert Allan est demeurée en grande partie manuscrite ou dispersée dans des revues ; d’une
manière générale, elle est très largement méconnue, la partie éditée étant très réduite, difficilement accessible et
peu inventoriée, en dehors des Cants dau deluvi1. J’ai entrepris conjointement un travail d’édition – ou plutôt
de réédition – commentée et une série de recherches sur cette œuvre importante. Dans ce cadre, l’étude des
nombreux manuscrits conservés, pour une grande part par la famille de l’auteur, par le CIRDOC d’autre part2,
est très éclairante.
Deux objectifs guident ces recherches :
 tenter de comprendre la genèse de l’œuvre et s’interroger sur les variantes, nombreuses, à
l’intérieur des textes, comme à l’intérieur des recueils inédits préparés pour l’édition, la plupart du
temps par Robert Allan lui-même.
 s’interroger sur les modalités d’édition ou de réédition des textes à partir de ces projets conçus
par l’auteur, auxquels j’ai pu accéder grâce à la confiance de ses enfants, et à mes recherches dans les
fonds du CIRDOC.
L’édition du premier volume, en 2012, m’avait déjà confrontée à de nombreuses difficultés, limitées
cependant par le fait que j’avais pu scrupuleusement respecter l’architecture retenue et le choix des textes par le
poète. Restait à signaler l’existence de variantes, éditées ou manuscrites, à choisir entre telle ou telle de celles-ci,
à harmoniser la graphie suivant les demandes exprimées par l’auteur lui-même auprès de ces éditeurs effectifs
ou attendus.
L’édition du deuxième volume, prévue pour 2015, pose des problèmes plus nombreux, car elle doit intégrer
des poèmes « oubliés » par Allan dans son projet d’édition complète, alors qu’ils avaient été parfois publiés en
revue, avec son assentiment, ainsi que des textes postérieurs à son dernier projet d’édition et qui ne figurent
donc pas dans l’architecture prévue. Plus difficile encore, le cas des poèmes de jeunesse, jamais intégrés par
Allan dans un quelconque de ses projets de publications… Ne révèlent-ils pas cependant une étape de son
métier poétique ? Heureusement, la possibilité de publications électroniques permettra sûrement de résoudre
la question en fournissant un lieu d’édition complémentaire aux livres.
Une question non encore résolue : alors que je dispose actuellement d’un volume considérable de manuscrits
avec de nombreuses variantes, la première version des traductions de Lorca en graphie mistralienne, apportée
par Allan à Lafont en 19503 est demeurée introuvable… D’ailleurs l’édition des traductions de Lorca en 1976
est la seule pour laquelle je ne dispose pas d’un manuscrit complet, même constitué de textes dispersés… La
découverte récente, dans un carnet de 1953, de quelques-unes de ces traductions ne résout pas le mystère : ce
corpus est incomplet et utilise la graphie classique, adoptée par Allan après sa rencontre avec Lafont en 1950.
Il s’agit donc d’un second état d’un texte initial demeuré introuvable.
L’objet de cette communication est triple :
 faire le point sur l’aventure éditoriale de l’œuvre de Robert Allan, dont la publication que j’ai
entreprise, guidée par l’étude précise des manuscrits, est le dernier avatar
 analyser les premiers manuscrits de l’auteur, entre 1946 et 1953, date à laquelle son œuvre
occitane commença à être éditée4. Pour ce faire, étant donné l’abondance matérielle des documents
1 - IEO, coll. « Messatges », n° 28, 1960.
2 - Nos remerciements vont à la famille de Robert Allan, ainsi qu’à Aurélien Bertrand, archiviste au CIRDOC, qui nous a permis d’accéder à de
précieux documents.
3 - Ce que révèle un texte autographe de Lafont de 1956, probablement destiné à constituer une préface pour une édition qui ne put se faire à ce
moment-là.
4 - Des textes français avaient déjà été publiés en revue, dont nous n’avons retrouvé aucune forme manuscrite :
- dans la Revue artisitique et littéraire, domiciliée à la fois à Paris et à Pamiers, nelle série, n° 6, 42ème année, décembre 1948, il publia un poème sans
titre, au ton très rimbaldien.
- dans le n° 1, de janvier 1949, de la revue mensuelle Œuvres nouvelles, dirigée à Lodève par Henri Sol et imprimée par Subervie à Rodez, revue
destinée aux « jeunes écrivains » un poème intitulé « La complainte du troubadour », accompagné d’une épigraphe de Zorilla (Los cantos del
trovador : « Yo soy en trovador / que vaga errante. Il s’agit d’un poème plein des clichés bien connus sur les troubadours poètes vagabonds…
Preuve qu’Allan n’avait, en ce temps-là que la culture commune en ce domaine de la littérature occitane.

�et l’impossibilité dans le cadre présent de tous les inventorier et analyser, je m’en tiendrai à cinq
carnets rédigés entre les années de l’immédiat après-guerre et 1953 où furent publiés les premiers
textes de Robert Allan, en raison de leur cohérence matérielle. Je n’ai eu accès à trois de ces carnets
que très récemment, mon travail d’édition s’étant effectué à partir de tapuscrits plus récents (1984),
soigneusement organisés par Robert Allan lui-même en vue d’une publication de son œuvre qui n’eut
jamais lieu. Cependant ces carnets me semblent porter des éclairages nouveaux pour la connaissance
de la genèse de l’œuvre.
 poser quelques questions de méthodologie éditoriale à partir du cas concret de l’œuvre d’Allan,
entre fidélité au manuscrit (mais quel manuscrit ?) et travail de normalisation et d’organisation des
textes.5

L’histoire d’une édition
Une aventure mouvementée
L’exemple de Robert Allan est significatif du sort de l’édition occitane de la période qui nous occupe : une
créativité étonnante dont ne témoigne qu’incomplètement la partie émergée de l’iceberg, à travers la collection
« Messatges » ou les livraisons de la revue òc. Les courriers d’Allan6, entre 1955, date à laquelle son œuvre Li
Cants de la tibla obtint en 1955 le Grand prix des Lettres Occitanes, et 1960, où elle fut éditée sous le titre Li
Cants dau deluvi, une fois considérablement amaigrie et « formatée » selon les cadres de la collection, révèlent
cet écart entre l’aspiration à publication et les moyens de l’édition. J’ai montré ailleurs (Verny 2009 et Verny
2011) les difficultés concrètes dans le cadre desquelles l’édition avait pu se faire, ainsi que l’écart considérable
entre une première architecture conçue par l’auteur et le résultat publié. Depuis le début de mes recherches, la
découverte de nouveaux manuscrits n’a fait que confirmer mes premières analyses. Elle a aussi, paradoxalement,
confirmé à la fois mon parti-pris initial d’édition (la plupart des ensembles manuscrits organisés reprennent, à
peu de chose près, le classement retenu par celui que j’ai pris comme référence) et considérablement compliqué
ma tâche, notamment par la mise au jour de nouvelles versions de tel ou tel texte, et la découverte de très
nombreux écrits de jeunesse.
Allan, entré à la SNCF dans la foulée de son engagement dans la Résistance, avait écrit – et publié –
ses premiers textes en français7 alors qu’il résidait à Paris. Son séjour dans la capitale l’avait mis en rapport
avec divers milieux littéraires et lui avait permis de rencontrer Hervé Bazin, Rosemonde Gérard ou Jean-Paul
Sartre. On suppose que son appartenance au PCF et son statut d’ancien résistant expliquent les relations
qu’il entretenait avec la revue Les Lettres françaises. C’est à ce titre, revenu à Nîmes en 1950 et secrétaire
du Cercle Nîmois des « Amis » des Lettres Françaises8, qu’il fit la connaissance de Robert Lafont, lequel lui
conseilla d’écrire en occitan. Ses premiers poèmes occitans, par l’entremise de Lafont, avaient été publiés dans
la revue Òc9, en 1953. Mais Allan avait, entre 1953 et 1954, rassemblé un nombre important de textes dans un
ensemble intitulé Li Cants de la Tibla [Les Chants de la truelle]. Sur les conseils de Lafont, comme en témoigne
un courrier du 15-11-1954 :
« diga-me se pode te mandar ma causida (15) de poemas per lo mes de gener ; saves plan que m’avias dich
que li farian publicar dins « Messatges ». D’autre las, diga me de segur, s’ai lo drech de me presentar au
mes de mai au Grand premi di letras occitanas »,
il présenta son manuscrit au Prix quinquennal des Lettres Occitanes10 de l’IEO, et le prix lui fut décerné par
5 - Dans cet article, j’ai conservé intégralement la graphie initiale des documents consultés.
6 - Qui figurent dans les archives de Robert Lafont
7 - Il lui arriva encore, très rarement, après son passage à l’occitan, de publier quelques poèmes en français.
8 - Autobiographie manuscrite de Robert Allan, propriété de la famille.
9 - Trois poèmes parurent dans le numéro 190, octobre 1953, « Auton », « Li pèiras », et « La pichòta escala », pp. 28-29. C’est, à ma connaissance, la
première publication occitane d’Allan.
10 - Attribué en 1950 à Lafont lui-même pour sa Vida de Joan Larsinhac.

�le président d’alors, Max Rouquette, en 1955, « en présence du grand poète catalan Joseph-Sébastien Pons »,
note Allan avec fierté11.
Le Prix des Lettres Occitanes lui avait fait espérer la publication, dans la foulée, des Cants de la tibla. Ses
courriers à Lafont témoignent de son impatience à ce sujet. L’ouvrage initial ne parut cependant jamais. Il
ne correspondait pas, semble-t-il, au format de la collection « Messatges » qui était à l’époque la collection
poétique de l’IEO. La mince brochure datée de 196012, reprenant le titre d’un des poèmes, ne contient qu’une
petite partie du manuscrit initial. Le changement de titre et la nouvelle composition avaient visiblement été
négociés avec Andrée-Paule et Robert Lafont, auquel Allan écrivait notamment en octobre 1958 :
« Autre chose ; j’aimerais, puisqu’il n’y a décidément pas moyen de le publier, récupérer le manuscrit de
mes Cants de la tibla ; je me débrouillerai pour les faire publier à Avignon, pas chez Joly13, rassure-toi ;
j’ai horreur de profiter de la situation ; crois-tu qu’en écrivant à Toulouse
il me soit possible de récupérer ce manuscrit ? Si oui, tant mieux ; sinon,
pourrais-tu t’en charger toi-même ? Merci d’avance. »14
puis, en novembre 1960 :
« J’espère que vous avez reçu ma dernière lettre où je vous donnais mon
accord pour le titre Li Cants dau deluvi ! ».
Les ébauches de composition élaborées par Allan pour ses Cants de la tibla révèlent
l’écart avec ce qui en resta dans Li Cants dau deluvi. La principale suppression
concernait des poèmes longs auxquels Allan tenait pourtant particulièrement et
qui constituent une des principales originalités du poète. Deux au moins de ces
poèmes étaient écrits en 1955, et figuraient dans le projet conçu par Allan : Lo
Cantic dau Brau, et Lo Poèma de l’ametla.
Dans l’attente d’une publication d’un recueil de ses poèmes, Allan ne resta
pas inactif. Il proposa Lo Cantic dau Brau aux Cahiers du Sud, par l’entremise de
Nelli. Le manuscrit fut accepté et publié dans le n° 334 (1956), avec une notice
de Nelli sur l’auteur, ce qui représentait une belle reconnaissance. De même, le
Poèma de l’ametla, dont le manuscrit est daté de 1955, fut publié en 1957 par la
revue ruthénoise Entretiens sur les lettres et les arts, éditée par Subervie, au comité
de rédaction de laquelle on trouvait notamment F.J. Temple15. Allan continua
à proposer des poèmes à la revue Òc et à écrire dans les Reflets Méditerranéens
et La Dépêche de Provence. Il publia aussi des tirés à part de nouveaux poèmes
longs, ainsi en 1960 La Cantada di Cantadas – daté de 1958 –, transposition
du Cantique des cantiques et lo Poema dis amics, dont l’édition, préfacée par A.-P.
Lafont, portait les dates « 1960-1962 ».
Allan trouva donc une solution complémentaire à celle que lui offrit
régulièrement, et jusqu’en 1992, la revue Òc : la parution en revues et l’autoédition,
les deux étant combinées à travers Reflets Méditerranéens ou La Dépêche de Provence.

11 - Cf. note 8.
12 - Date indiquée dans les bibliographies et à l’intérieur du livre. En réalité, celui-ci ne paraîtra qu’en 1961, la lettre d’Allan à Lafont datée du
8-01-1961 en témoigne, qui demande « Où en sont li Cants dau deluvi ? » ; ce n’est que le 7-09-1961 qu’Allan peut écrire à A.-P. Lafont : « Avec un
très long retard dont je te prie de m’excuser merci de tout cœur pour les deux exemplaires de luxe des Cants dau deluvi ».
13 - Le patron du groupe de presse avignonnais qui employait alors Allan. À noter qu’Allan publia de nombreux textes dans les organes du groupe :
Reflets Méditerranéens et La Dépêche de Provence …
14 - Notons que les lettres d’Allan à Lafont sont majoritairement en occitan. Il ne passe au français que dans les situations de tension.
15 - Que l’on retrouve encore dans deux revues qui publièrent aussi Robert Allan, Dire et Les Cahiers de la Licorne. Dans toutes ces revues, Allan
semble bien le seul poète occitan auprès de grands noms de la littérature mondiale comme Juan Ramon Jimenez, Heinrich Böll, Henk Breuker, Jean
l’Anselme, Henry Miller, Lawrence Durrel, o encore Ernest Hemingway.

�Le contexte éditorial des années 1950
Mon enquête autour de la constitution de l’œuvre d’Allan s’est montrée riche d’enseignements : l’aventure
éditoriale à laquelle fut mêlée cette œuvre concerne quelques acteurs, peu nombreux, au centre desquels Robert
Lafont, éveilleur de talents, correcteur de manuscrits, pour Allan comme pour tant d’autres, ainsi que le font
apparaître ses archives conservées au CIRDOC... Et puis d’autres, qui apparaissent au fil des correspondances :
René Nelli, qui permit la publication du long Poèma del brau dans les Cahiers du Sud en 1956, Andrée-Paule
Lafont, qui travaillait avec son mari pour la collection « Messatges » : saisie des textes, négociation avec les
auteurs et les autres responsables de la collection dont Manciet, qui apparaît comme celui qui choisissait et
qui tranchait ou encore Henri Espieux. Les moyens d’édition étaient limités, ce dont témoigne le gabarit de la
collection « Messatges ». Ce gabarit (entre 40 et 50 pages, bilingues) est-il la cause de l’élimination des poèmes
longs ? ou bien vient-il corroborer un choix esthétique ?
En ce qui concerne les poètes provençaux dont fait partie Allan, la question de la graphie et des querelles entre
occitanistes et mistraliens, particulièrement exacerbées dans les années 195016, est souvent au centre de l’œuvre
telle que la révèlent les manuscrits. Si Allan choisit la graphie occitane à partir de 1951, suite à sa rencontre
avec Lafont, il publia aussi des textes en graphie mistralienne dans les organes édités par le groupe de presse où
il travailla à partir de 1956. Il justifia son choix dans ses lettres à Lafont par la nécessité de se plier aux attentes
des autorités intellectuelles satellites du dit groupe de presse. Ainsi dans une lettre du 21 novembre 1955 :
« A ! Carles Galtier e Robert Joly de « Reflets de Provence » m’an demandat qu’escriguèsse un poëma de
Nadau pèr sa revista. L’ai escrich : es un poema de vonge estrofas de 5 vers, onte fau parlar la palha de la
grupia. Mais era escrich en grafia occitana, e m’an talament embestiat qu’ai autorisat Galtier a lo revirar
en grafia mistralenca ; i aura tambèn la grafia francesa en regard. Ai belèu fach un bestitge. De que ne
dises ? »
ou, à l’inverse, celle-ci, datée du 25 novembre 1960, à propos de La Cantada di cantadas, son adaptation du
Cantique des cantiques :
« Crois-moi, l’occitanisme est pour moi plus qu’un habit. C’est le seul moyen de sauver la langue ; en ce
qui concerne la graphie du Cantique, c’était pour moi une question d’efficacité : je veux mettre de mon
côté pour ce poème-clé le plus de chances d’être lu. Donc je le publie en graphie occitane. Galtier va en
faire une jaunisse. »
Outre cette alternance de deux choix graphiques, on observe aussi, au cœur des textes – manuscrits comme
autoéditions – une certaine insécurité linguistique. Allan, qui connaissait l’espagnol, en utilise certaines des
notations, comme les finales en –ón. Il ignore globalement les règles d’accentuation graphique, plaçant des
accents aigus inutiles ici, les oubliant ailleurs. Des règles communes aux deux graphies sont ignorées, comme
celle qui régit l’alternance entre lei et leis (ou li / lis, selon la graphie… et la période). Par ailleurs, le choix –
majoritaire17 – par d’Allan de la graphie classique l’emmena parfois à des formes qui me semblent être des
languedocianismes, ainsi, parmi de nombreux exemples, l’emploi de « daissar » pour « laissar », ou encore de
« alba » pour « auba ».
Ces constatations m’ont amenée, autorisée par la demande de l’auteur lui-même, dûment précisée par une
note sur le manuscrit 136 détenu par le CIRDOC, dont je parlerai ci-après, ou dans les correspondances
échangées avec Lafont, à tenter une harmonisation graphique de l’œuvre, chaque modification étant signalée
dans les « notes et variantes ».

16 - Dont j’ai donné quelque aperçu dans mon étude « Mistral ou l’illusion de Robert Lafont (1954) : genèse et réception », in Los que fan viure e
treslusir l’occitan, Actes du Xe congrès de l’AIEO, Béziers, 12-19 juin 2011, Carmen Alén-Garabato, C. Torreilles, MJ Verny, éds. Limoges, LambertLucas.
17- À l’exception de son dernier ouvrage paru aux éditions de Garlaban où il retranscrivit tous ses textes en graphie mistralienne.

�L’édition en cours
Entreprise à partir de 2012, elle a pris pour base des manuscrits conservés par ses enfants, soigneusement
paginés et calligraphiés pour être confiés à l’impression, ce qui témoigne de la volonté d’Allan, à plusieurs
reprises, d’organiser une édition complète de son œuvre. Les poèmes – dont l’écriture est, à quelques exceptions
près, datée – y sont classés, organisés en plusieurs chants constituant de grands ensembles dont il n’est pas
toujours aisé de dater la constitution, ensembles eux-mêmes variables d’un manuscrit à l’autre.
Parmi les plus complets de ces manuscrits figurent un cahier d’écolier de grand format et un ensemble
de textes reliés dans un classeur. Ce dernier est relativement récent puisque Allan y emploie la graphie des
déterminants provençaux en –ei, adoptée en 1979.
Une découverte récente dans les fonds du CIRDOC m’a permis de dater cet ensemble. En effet, le CIRDOC
en possède deux exemplaires cotés Ms 136 et Ms 137, identiques, à l’exception des annotations manuscrites
qui ont été augmentées dans le tapuscrit 136 où figure la mention suivante, juste après l’insertion des premiers
poèmes édités dans la collection « Messatges » :
« Per leis poemas que seguisson, daisse an aquéleis que, belèu, après ma mòrt, li agradarà de lei publicar,
la corvada de lei vestir d’una grafia mai convenènta, mai racionala vo mai... oficiala. Dissabte, 10 de
novembre de 1984, R. Allan »

�L’hypothèse que je formulerai, étant donné l’admiration éprouvée par Yves Rouquette, alors responsable du
CIDO – ancêtre du CIRDOC – pour l’œuvre d’Allan18 est qu’il s’agissait de la préparation d’un recueil dans
la lignée de ce qui avait été réalisé par le CIRDOC ou par l’IEO pour les œuvres de Charles Camproux, René
Nelli, Léon Cordes et Jean Larzac19.
Il existe aussi, dans le fonds Robert Lafont, un autographe d’Yves Rouquette, où celui-ci présente le projet
d’une exposition conçue autour de l’œuvre d’Allan.

Un bilan rapide des écrits d’Allan, entre manuscrits et éditions, révèle la dispersion de cette œuvre alors
même que mes investigations me semblent témoigner de sa force et de sa cohérence, tout au long de 30 années
d’écriture, et au-delà des aléas du contexte éditorial et idéologique dans lequel elle s’est écrite. Il m’a donc
semblé indispensable de rassembler ces écrits et d’en mettre en lumière l’architecture et la cohérence, à l’aide,
notamment, de l’examen des manuscrits de Robert Allan. Si ce projet d’édition concerne essentiellement les
textes écrits entre 1950 et 1993, en occitan (à quelques exceptions près de textes en français qu’Allan avait
inclus dans son propre projet éditorial), j’ai jugé intéressant de tenter une investigation dans des manuscrits
antérieurs à 1950, parce qu’ils me semblent porteurs d’éléments de compréhension précieux sur les sources et
la genèse de l’œuvre.

18 - Sensible dans la nécrologie qu’il écrivit du poète, ainsi que dans un courrier qu’il nous adressa lors de la parution de notre édition de 2012.
19 - 1983 : Carles Camprós, Òbra poetica occitana, Occitània / IEO. La même année, le CIRDOC avait édité une plaquette Hommage à Charles
Camproux / Omenatge a Carles Camprós.
- 1985, Renat Nelli, Òbra Poetica Occitana, IEO.
- 1985, Leon Còrdas / Léon Cordes, CIDO, en collaboration avec “Occitania”, plaquette de présentation de l’auteur.
- 1986, Joan Larzac, Òbra Poëtica, IEO.
- 1997, Leon Còrdas, Òbra poetica, CIDO, Béziers, 1997.

�Les manuscrits d’Allan,
entre itinéraire biographique et itinéraire poétique
Les carnets des années d’avant 50
Il s’agit de trois carnets à spirales, de tout petit format, l’un de 15,5 x 7,5cm et deux de 10,5 x 17 cm, que
nous signalerons par « Carnet 1 », « Carnet 2 », et « Carnet 3 ». Ces premiers cahiers préparent déjà ce que
seront Li Cants de la Tibla et livrent d’autres enseignements.

Carnet 1
Le plus petit est tout en français, les textes – jamais datés – y sont soigneusement calligraphiés sur la page
de droite, suivis de la signature de l’auteur et de la mention A.R. Allan. C’est ainsi qu’Allan procédait lorsqu’il
considérait un texte comme achevé. La première page porte la mention d’un titre : « Adrien Robert Allan Les
Feuilles d’aube – poèmes – première partie ». Cette page a d’ailleurs servi ultérieurement de brouillon et permis de
noter un plan… Les pages de gauche du carnet, initialement laissées vierges, ont été ensuite également utilisées
comme brouillon et contiennent des annotations de toute sorte : adresses, calculs, dessins préparatoires à
des travaux de bricolage, préparation
de stands ou de défilés politiques, ces
deux derniers points complétés par
des listes de matériel à acheter… La
dernière page du carnet, après une
sorte de poème / aphorisme, donne la
liste de plusieurs philosophes :
L’oiseau a pour lui l’espace
L’arbre a pour lui le soleil
L’amant l’amour de la vierge
Et le poète hélas a le mépris
des hommes.
Non oui Lénine
Karl Marx
Friedrich Engels
Feuerbach Heidegger
Hegel. Kant Leibnitz
Spinoza Platon Malebranche.
Le deuxième poème s’intitule « Odelette / à la manière de Ronsard », alors que l’on sent ailleurs l’influence
de Baudelaire ou des Parnassiens, ainsi dans un poème intitulé « À une négresse ». Le poème « Le Beau » est
ouvert par une épigraphe de Rousseau. L’inspiration des Cants de la Tibla se sent déjà ça et là, ainsi dans le
premier des deux « Poèmes sans sujet »20 ou le « Rêve d’été »21. C’est aussi dans ce carnet qu’on trouve un poème
dialogué « Après l’orage »22. Or Allan pratiqua toute sa vie ce genre proche du théâtre qu’il aimait tant, alors
qu’il n’écrivit pas d’œuvres dramatiques.
20 - Variante de la version française du « Poèma sens tòca » / « Poème sans but », p. 41 de notre édition. Ces deux poèmes sont numérotés I et II.
21 - Qui préfigure « Cant d’estiu » / « Chant d’été », p. 39 de notre édition.
22 - Très différent cependant d’« Après la chavana », p. 53 de notre édition.

�Carnet 2
Les 16 poèmes qu’il contient y sont également copiés sur la page de droite alors que la page de gauche a été
réutilisée ensuite comme brouillon, la mention du nom et de la signature est accompagnée d’une date pour
trois des quatre premiers poèmes, recopiés dans l’ordre inverse (28-2-49, 15-2-49, 10-2-49). Parfois figure la
mention d’un lieu, ainsi : « Écrit à Paris dans une chambre frigidaire » qui accompagne le poème « À une dame
en rêve », dans lequel nous reconnaissons une version française de « Cant pèr una dòna de sòmi »23. Des phrases
de « Nocturne fantastique » ont été reprises dans le poème en prose « Sòmi »24.
Un parcours rapide des poèmes et des épigraphes montre le réinvestissement par l’auteur de ses lectures des
textes du XIXe siècle : Baudelaire, Rimbaud, Chateaubriand. De ce dernier, Allan retient sa nouvelle Le dernier
Abencérage25, dont il donne un extrait en épigraphe du dernier poème « Doña Bianca ». Ce choix dans l’œuvre
de Chateaubriand est d’une totale cohérence poétique avec la fascination de l’auteur pour l’Andalousie, son
imaginaire et ses poètes. Il en a livré la source dans son autobiographie : la découverte, au collège technique
de Nîmes, en cours d’espagnol, des poètes de la génération de 1927, Lorca, Machado, Alberti, Jímenez…
D’ailleurs, le premier poème du carnet, daté du 28-2-49, intitulé « La virgen de los cuchillos ». (La vierge aux
poignards) » est d’un ton très lorquien26. En voici les premières strophes :
Le soleil a fait place à la lune
Le soleil reflète du sang
Et doucement s’évanouit
Ils ont sorti mille poignards
Mille poignards trempés d’acide
Ils lui ont donné mille coups
Et mille gouttes ont jailli
Là-bas, là-bas, loin dans la plaine
Brillent les poignards de la vierge
Brillent les poignards incrustés de sang
Comme dans le carnet 1, l’observation des pages de
gauche, et des dernières pages du carnet, utilisées comme
brouillons, livre bien des renseignements. Des mentions
de dates, par exemple, de 1949, donc après le retour de
Paris d’Allan à 1953 : mention « prochaine réunion 28
janvier 1953 Mercredi » après quelques notes intitulées
« Toponymie méridionale. Des extraits de textes :
la première strophe du « Bateau ivre » de Rimbaud,
une strophe du poème « Première solitude » de Sully
Prudhomme :
On leur a donné les chemises,
Les couvertures qu’il leur faut :
D’autres que vous les leur ont mises,
Elles ne leur tiennent pas chaud.
qui évoque le sort de petits pensionnaires éloignées de la tendresse maternelle.
23 - P. 27 de notre édition, traduction occitane datée de janvier 1952.
24 - P. 12 de notre édition.
25 - Dont voici l’argument : à Grenade, en 1526, Aben-Hamet, dernier descendant de la lignée des Abencérage, revenu sur la terre de ses ancêtres,
s’éprend de la noble chrétienne Blanca. Ce roman, indique Jean-Michel Cornu, dans sa présentation de son édition aux Encres du Calloscagathos
(2001), « qui fascina les romantiques, contribua à réhabiliter l’héritage de l’"Espagne musulmane", […] eut un impact décisif sur des générations
d’écrivains et de poètes qu’il engagea sur le chemin de Grenade et des Andalousies : Gautier, Barrés, Aragon. » On pourrait ajouter Robert Allan,
lui-même fasciné par l’Andalousie et ses poètes.
26 - Il en existe une deuxième version, légèrement différente, datée du même jour, dans le carnet 3.

�C’est le premier carnet où apparaît l’occitan, dans une graphie qui se cherche. La première page porte les
mots « O béu souléu / béu », début d’un texte développé ainsi quelques pages plus loin : « O béu souléu de maï
/ escáufo la Prouvenço / abriu abri [le mot « Abri » étant biffé] abriou / Mas fas pas proun per nous ».
Le carnet 2 contient aussi plusieurs visages caricaturés, dont l’un intitulé « vision de cauchemar ».

Carnet 3
Ce carnet a été rempli « par les deux bouts » : lorsqu’on le retourne et qu’on commence par la fin, on y
découvre une nouvelle série de textes.
Les textes de la première partie sont écrits pour une part parallèlement aux spirales du carnet, toujours
soigneusement calligraphiés. Ils sont signés et datés, avec parfois l’indication d’un travail de réécriture. L’ordre
du carnet ne suit pas l’ordre chronologique d’écriture puisqu’un poème daté de 1946 suit plusieurs textes de
1950. Les engagements militants de Robert Allan, membre du PCF dans les années 40, y apparaissent à travers
un poème intitulé « 1er Mai », daté du 2 mai 1950 ou un autre intitulé « Au poète communiste turc Nazim
Hikmet », daté de « Saint-Marcel d’Ardèche. Mai 1950 ». Hikmet était alors emprisonné depuis 13 ans. Sur la
page suivante du carnet est collé un article de journal intitulé « Nazim Hikmet est libéré », accompagné de la
mention manuscrite d’Allan « Libéré le 15 juin 1950 ».

�Autre poème de la même inspiration, page suivante : « Dit de la Résistance », accompagné de ces mots en
épigraphe : « Ô mon pays est-ce bien mon pays ? Louis ARAGON – « Richard Cœur de Lion ». Il s’agit en
réalité d’une des nombreuses autobiographies que Robert Allan a rédigées de lui-même. Il y raconte son entrée
en résistance en janvier 1944, alors qu’il était élève d’un collège technique, nomme ses compagnons « Roustan,
Avril, Jourdan », il évoque l’emprisonnement de l’un d’eux, livré à la torture, et la décision du groupe de se
séparer pour échapper à la Milice, puis son engagement après la Libération, la campagne d’Alsace, d’Allemagne
« avec des maquisards pour compagnons ». Il énumère ses lectures : « …Marx Lénine Staline / et le grand Louis
Aragon », ses déceptions de voir perdurer les injustices, et sa décision de s’engager :
Alors j’ai vu des milliers d’hommes
Des hommes saturés de mots
Qui comme moi voulaient des faits
J’ai pris leurs mains entre mes mains
Depuis je lutte à leurs côtés
Le temps des journaux clandestins
Est comme revenu pour moi…
Écrit à la maison de repos de Saint-Marcel d’Ardèche ce vendredi 23 juin 1950

�Un texte daté du dimanche 8 octobre (probablement 1950) est un fragment de journal où Allan, après
avoir raconté les réactions de spectateurs au sortir de la projection du film Lucrèce Borgia27, évoque l’interdit
dont venait d’être victime l’Abbé Boulier, compagnon de route des communistes, signataire de l’Appel de
Stockholm :
« Un nouveau Savonarole28, dans un autre sens, a fait entendre sa voix. Il s’appelle M. L’Abbé Boulier. On
lui a interdit de célébrer le culte. Dommage que Sa sainteté le Pape ne détienne pas la toute-puissance
comme Alexandre VI. Avec quel plaisir se serait-il empressé de brûler l’Abbé Boulier. Heureusement
pour lui et pour l’humanité tout entière nous n’en sommes plus là… »
Le dimanche 26 novembre [1950], à partir de sa lecture d’un article de Roger Vaillant dans Les Lettres
françaises, Allan se livre à une réflexion sur les rapports entre capitalisme et impérialisme. Une autre page
contient une brève biographie de Marat, le nom de Simone Evrard, sa maîtresse, la référence non datée de
l’ouvrage d’A. Bougeart, L’Ami du peuple (1865)…
La nouveauté de ce carnet est la présence de nombreux textes en occitan, en graphie mistralienne (avec les
finales féminines parfois en –o, parfois en –a), à l’état de brouillons (non datés ni signés, porteurs de ratures).
Il s’agit essentiellement de traductions :
 d’Allan lui-même, comme ce « Proumié diour maienc », ou « Pèr l’alba maienca », traduction du
premier poème français « À l’aurore ».
 de Baudelaire : « Lou fourestié » ou « La desespéranço de la vièio » (traductions de « L’étranger » et
« Le désespoir de la vieille »)
 de Blake : « Guihèn Blake. Cant d’inóucenci e d’esperienci. Entrouducioun »
 de Laforest : « Fresquiera »
 de Théocrite: « Boumbicà »
Figurent également quelques compositions originales d’Allan lui-même, la plupart inachevées, comme ce
poème sans titre commençant par « Sus lou crestenc de la mountanha ».
C’est aussi dans ce carnet que
s’observe le passage d’Allan de la
graphie mistralienne à la graphie
occitane. Et cela par l’entremise
de Lafont, dont la trace est
physiquement présente à travers
sa réécriture manuscrite d’un
texte en graphie occitane, à partir
d’un essai hybride d’Allan : « A
l’alba clara se marida / Lou clar
canta di bouscarida… ».
Ailleurs, un simple titre
et un début de vers : « Cant
nouviau ». « Vendrai vers tus »,
avec une note manuscrite de
Lafont qui fait penser à une
leçon d’orthographe donnée au
cours d’un échange verbal : « li
tortora’auràn »… Ailleurs encore, des recherches de vocabulaire avec des termes français et leur traduction.
27 - Vu la date indiquée, on peut supposer qu’il s’agit du film d’Abel Gance (1935) et non de celui réalisé en 1953 par Christian-Jaque. Le rôle de
Savonarole y était occupé par Antonin Arthaud.
28 - Prédicateur italien (Ferrare 1452-Florence 1498), il s'enhardit à critiquer la corruption des prélats romains. Le pape Alexandre VI Borgia lui
interdit de prêcher (1495), puis l'excommunie (1497). Savonarole n'en tient pas compte ; il est arrêté, torturé, condamné à mort, pendu et son corps
réduit en cendres.

�Comme souvent dans ses cahiers, Allan a inséré dans le carnet 3 des feuillets arrachés d’un cahier à spirales
(17 x 22), avec la version calligraphiée de deux poèmes « Face à Dieu » (à Nîmes Dimanche 25 avril 1948) dont
deux dernières strophes sont biffées et « Les chiens » (1946) dont le brouillon figure dans le carnet.

Les carnets d’après 1950
L’un est de format 17 x 22 (Carnet 5), l’autre de format 13 x 21 (Carnet 4). Le carnet 4 est une découverte
récente de la famille de Robert Allan (décembre 2014), alors que j’avais pu consulter le carnet 5 au moment de
l’édition du premier volume des œuvres.

Carnet 4
Ce carnet contient de nombreuses informations qui m’avaient jusqu’alors manqué. Comme le carnet 3, il est
consultable « par les deux bouts ».
Il renferme à la fois des notes variées pour lesquelles il semble avoir fait office de brouillon, et des textes
littéraires, certains sous forme de brouillons raturés, d’autres (les mêmes textes parfois), soigneusement
calligraphiés. Parmi ceux à l’état de brouillons, quelques inédits, dont une petite part en français. À l’intérieur
du carnet sont insérées des feuilles volantes et des fiches bristol contenant des textes soigneusement calligraphiés,
datés et signés par Allan.

Les varia
Dans un sens, le carnet s’ouvre par un brouillon : Allan y prend des notes sur une formation qu’il devait
suivre, et ces notes s’ouvrent par un titre en occitan, calligraphié à l’encre noire « Programa di córs. Programa
dau concórs d’amessión ». Puis figurent les indications suivantes, toujours à l’encre noire – où nous observons
le passage progressif à l’occitan – « Arimetica – Nombres entiers – Nombres decimaus – Sistema metric –
Mesura di caires, dis arcs, di temps – Addition – Soustraction ». Suivent, au crayon noir, des notes sur des cours
de mathématiques, puis de géologie, puis de français. La troisième et la quatrième pages comportent des notes
sur le questionnaire de caractérologie Heymans e Wiersma29. Un peu plus loin, au milieu de la traduction de
« Romance de la luna, luna » de Lorca, est intercalée une série de définitions de figures géométriques.
Juste avant les premiers poèmes, le carnet contient un début de réflexion daté du 18 novembre 1951, au
crayon noir, témoignage des idées d’un moment… :
« Quora avia vint ans me pensave que l’art era una causa sobeirana mai que mai dessubre lis autras causas
de la vida vidanta. Ara que la vida m’a marcat de sis arpas ponchudas, me pense que l’art non es necessari
per vièure. Li sabents, li trabalhadors, an drech a la nostra consideración ben mai que lis artistas de toutis
menas. E de fièu en cordura n’en sièu vengut a me demandar perdequé lis artistas son generalament mai
pagats que li trabalhadors manuaus per exèmple. »
Si nous ouvrons le carnet dans l’autre sens, nous y rencontrons le Robert Allan moraliste, sous la forme
d’un ensemble de 22 aphorismes, numérotés de 1 à 22, intitulé « Mélanges » dont le quinzième se réfère
explicitement à La Rochefoucauld, au courage duquel « un seul homme peut être comparé » : Nietzche. Pensées
amères, teintées de misanthropie : « L’homme est un animal pensant, orgueilleux de sa pensée et amoureux
de l’esclavage », de misogynie parfois : « La pire chaîne que puisse se forger un forgeron est celle du mariage.
Amour physique d’accord, mais n’allons pas plus loin. Toutes les minutes que l’homme consacre à la femme
sont perdues sans retour pour les choses de l’esprit. », ou encore « La femme belle et ignorante est un instrument
de jouissance physique. La femme cultivée est un instrument de jouissance intellectuelle. Il existe des femmes
belles et cultivées. Elles sont rares. » Et que dire de cette considération, datée, certes, et néanmoins surprenante
par le refus du tabou de l’inceste : « Etrange morale qui accepte tacitement les rapports homosexuels et qui
réprouve les rapports sexuels normaux entre un fils et sa mère ». D’autres maximes apparaissent ça et là dans
29 - Voir F. Gauchet et R. Lambert, La caractérologie d’Heymans et Wiersma. Étude statistique sur le Questionnaire de M. Gaston Berger, 1959, PUF,
collection du travail humain

�le carnet, souvent de caractère misogyne : « I a mai d’omes sentimentaus que de femnas sentimentalas » ;
« L’esperit de la femna es una maquina de comtar ». Un peu plus loin, on trouve, avec la même présentation
que les « Mélanges » 3 autres maximes numérotées de 63 à 66.
Dans le même ordre d’idées, une anecdote figure un peu plus loin avant une version du poème « Manidet
èra lo babau » :
Una femna prensa es intrada dins l’especiaria. Tenia per la man un manidet de sos ans vielh. L’especiera i
es venguda : « Dejà siatz encara prensa ? E ben fasetz ben li causas ». E la jova femna i respondeguet « Oc,
ara mon espos vòu crompar una moto ». Acò non es una sornetta. Oc te ne balharia iéu d’allocacions
familialas an aquelis fabricas de manits.
Faits anecdotiques… Le carnet comporte aussi deux essais de grilles de mots croisés en occitan ou encore
un comptage de la présence des différentes voyelles dans 5 textes de 200 lettres en français, ancien français,
espagnol, italien, provençal. Preuve de l’intérêt d’Allan pour les autres langues romanes, dont témoigne sa
bibliothèque. Il comporte aussi une transcription dans une étrange graphie phonétisante d’un extrait du Siècle
de Louis XIV.
Plus intéressant, au milieu d’une série de poèmes qui sont des brouillons plus ou moins soignés des Cants
de la tibla, figure un texte en deux versions sur deux pages côte à côte, la deuxième version plus soignée que la
première, où Allan livre des considérations sur Françouneto de Jasmin qu’il compare à Mirèio :
« Dins un libre de trocs causits dis escritors occitans avia legit aier un troç de « Françoneta » un poèma
de Jasmin qu’es dins « Las Papilhotas » e m’avia agradat. Es d’acò que voguère legir ma rejoncha en plen.
Ai ! Pecaire ! Non se pot dire lo vomi que n’aguere i a una ora. Es acò li cap d’obras dau « Mestre di jòcs
floraus » ? E ben aquela empega ! Quantes necigadas ! s’encara i aviá de flaquesas que dins lo trobar ! Mais
n’i a tanben dins la lenga. Pèr dire de qu’ai fach ? Jasmin emplega l’expression « Qu’ey jou fey » valènt dire
lo francés « Qu’ai-je fait ». Aco’s se trufar de sa lenga meirala, res de mens. Quante marrias ! Mais non
ne vole mai parlar que n’en barraria pas l’uelh de la nuechada. Ai Daissatz me que torne legir « Mirelha »
aquela sorga de veraia poesia aquela font de musica. »
L’indignation d’Allan amuse, évidemment… Au-delà de l’anecdote, elle livre cependant des enseignements :
la curiosité de l’auteur, tout d’abord, qui n’hésite pas à découvrir une œuvre éloignée de son univers culturel
immédiat, mais aussi sa difficulté à décrypter dans la graphie employée par Jasmin des formes de langue
authentique qu’il prend pour des francismes. Même difficulté, semble-t-il, à entrer dans l’univers de Jasmin…
trop éloigné, certainement, des références culturelles d’Allan qu’il faut chercher ailleurs, dans l’œuvre de Mistral,
comme il le suggère, ou dans d’autres auteurs que nous avons suggérés au fil de nos recherches. Étonnante
cependant, sa difficulté à entrer dans cette œuvre… Nous avons envie de rapprocher cette incompréhension de
l’absence absolue de référence dans les écrits de l’auteur à l’œuvre de Bigot qu’il connaissait cependant, dit son
autobiographie, grâce aux récitations de son père nourricier nîmois… Comme si l’intérêt de tout un pan de la
littérature d’oc du XIXe lui avait échappé…

Les manuscrits des traductions de Lorca
On trouve d’abord un brouillon au crayon noir intitulé « – Romancero Gitan – Romansa de la luna, luna ».
Suit un ensemble de sept textes calligraphiés à l’encre, précédés du titre « – Federico García Lorca – /
Romancero Gitano / (Lo romancier Caraca) / Revirat de l’espanhòu au Provençau / pèr AR Allan. Ces textes
sont :
-

Romança de la luna, luna
Preciosa e l’aura
Brega
Romança sonambula
La monja caraca

�- La molher infidèla
- Romança de la lanha negra
Ces poèmes figurent – dans cet ordre – dans l’édition de 197630 qui contient 21 poèmes de Lorca (suivis de
la traduction du poème de Machado « El crimen fue en Granada »). Ils y sont précédés de « Cigala ! ». Les titres
peuvent être légèrement différents. Lo mot « Romança » est – en bonne logique – remplacé par le masculin
« Romance » ; « Brega » est devenu « La Garrolha ». Les textes de l’une et l’autre version sont très différents. Un
simple exemple31 pour « Romance de la luna, luna » :

Texte du carnet 5

Texte de l’édition de 1976

Romança de la luna, luna

Romança de la luna, luna
A Conchita GARCÍA LORCA

Texte de Lorca

La luna venguèt a la farga
Amb sa gonella de nards
Lo manit la mira,la mira
La mira lo manit
Dintre l’aire movedis
La luna espandis si braç
e alanda lubrica e blosa
si nenets de dur estam
Fugis luna, luna, luna
Se li caracas arribavon
Farien amb lo tiu còr
d’anellas e de colanas blancas

Venguèt la luna a la farga
dins sa joba d’asarets
Lo dròle la mira, mira.
Lo dròle la mira mai.
Dins l’aire que se destorba,
la luna alanda sei braçs
e mòstra, afrontada e blosa,
sei popas de dur estam
Fugís luna, luna, luna.
Que, venguèssen lei caracos
fargarián ambé ton còr
de colars e d’anèus blancs

La luna vino a la fragua
con su polisón de nardos.
El niño la mira mira.
El niño la está mirando.
En el aire conmovido
mueve la luna sus brazos
y enseña, lúbrica y pura,
sus senos de duro estaño.
Huye luna, luna, luna.
Si vinieran los gitanos,
harían con tu corazón
collares y anillos blancos.

30 - Federico Garcia Lorca (1898-1936). Poèmas causits revirats dau castilhan en occitan, per Robèrt Allan e illustrats per Miquèu Barjòu, Vedena,
Comptador Generau dau Libre Occitan, 1976.
31 - Nous signalerons les autres variantes dans notre édition du deuxième volume des œuvres d’Allan.

�Ces nombreuses différences interrogent sur le travail de l’écriture entre cette version manuscrite – qui n’est
pas la première – et la version imprimée. Il est fort probable que le dossier préparatoire à l’édition de 1976 se
soit perdu. En effet, cette unique (à quelques fragments près isolés ça et là) version manuscrite, par ailleurs très
incomplète, est un cas d’espèce. Pour tous les autres textes écrits par Robert Allan, il existe toujours plusieurs
versions manuscrites prêtes pour l’édition, dont le nombre peut approcher la dizaine. Parfois identiques,
souvent porteuses de variantes, elles témoignent du souci de l’auteur de « cent fois sur le métier » remettre son
ouvrage…

Des versions – ou fragments – de textes poétiques édités ultérieurement
Après les traductions de Lorca, figurent d’autres textes qui portent presque tous le titre laconique « Poema ».
Ces textes sont parfois soigneusement calligraphiés et, dans ce cas, datés, parfois ils sont d’une écriture plus
négligée qui témoigne de leur statut de brouillon :
Le texte intitulé « Fins qu’a la nuech » est une version non datée du « Cant dau calabrun », qui figure dans
le livre 1 des Cants de la Tibla (p. 77 de notre édition).
Suivent trois versions du « Cant de la nuech » (p. 25 de notre édition). Les deux premières sont sensiblement
différentes. La première, non signée, est sans titre, mais précédée de cette remarque : « Quora sortiguère d’en
cò miu, amb ma molher penjada a mon braç ». La deuxième porte le titre « Poèma » et la signature « Adrien
Robert Allan ». La troisième, qui suit d’autres textes également intitulés « Poema » est écrite à l’encre avec soin
et datée du 4-1-52.
On trouve encore le titre « Poema » pour une version du « Cant de l’òme » (p. 21 de notre édition), daté du
10-1-52, avec quelques variations syntaxiques et lexicales.
Sous le même titre encore, et avec la même date, figure une version, assez différente toutefois, de la « Cançon
francassa » qui figure dans le livre 2 de notre édition des Cants de la tibla. Nous renvoyons aux notes de cette
édition quant aux avatars de ce texte énigmatique.
Figurent encore deux brouillons – dont le premier, intitulé « Poema », est incomplet et dont le deuxième
contient de nombreuses ratures – du poème « Cant de languison » (p. 23 de notre édition des Cants de la tibla).
Sept pages sont consacrées à des brouillons du « Cant funèbre per un aucèu mòrt »32, Livre IV des Cants de
la tibla, p. 145 de notre édition. L’un de ces fragments porte la date du 12-4-1953, alors même que le texte
préparé pour l’édition était daté « 12-28 d’abrieu de 1953). Ce carnet semble donc contenir le premier état
du texte. Par ailleurs deux des bristols insérés dans le carnet contiennent, sous forme de poèmes isolés, deux
extraits de ce long texte, le premier intitulé « La consciença » composé de 31 vers répartis en 4 strophes de
longueur croissante (5, 6, 8, 12 vers), le deuxième, intitulé « Primier amic », composé de 9 strophes de 8, 4, 3,
3, 4, 3, 3, 3 et 8 vers.
Un autre bristol contient une version sans titre, datée du 18-3-53 et signée de ce qui deviendra la « Pròsa
per Ofelia » (p. 111 de notre édition). En tête du poème, en vert, figurent les mentions « Li cants de la tibla /
Libre II / Cant XI ».
Quatre pages sont consacrées à des brouillons d’un poème qui figure à la page 51 de notre édition sous le
titre « Porgidas / Per Joaneta ». Il s’agit de versions de travail où des indications chiffrées au-dessous des vers
indiquent des comptages métriques.

32 - Dont il existe de nombreuses versions manuscrites, dans les carnets d’Allan, dans les ensembles préparés pour l’édition, sur des feuilles volantes
intégrées à tel ou tel ensemble. Au moment où nous avons réédité ce texte, nous insistions déjà sur la complexité du système des variantes d’une
édition à l’autre (cf. p. 211 de notre édition).

�Une version signée et datée du 19-6-53 figure par ailleurs sur une feuille volante insérée dans le carnet ; elle
porte le titre « Imatges – Vo Porgidas » ; deux autres, dont l’une est incomplète, figurent au recto et au verso
d’un bristol inséré dans le carnet.
Si l’on prend le carnet dans l’autre sens, sous le titre « Cantada – Per Luciana » on trouve deux versions
différentes entre elles, séparées par une version française du texte, et différentes de la version publiée plus tard
sous le titre « Cançon per Joaneta (1) »33.

33 - p. 33 de notre édition.

�Des inédits
Signalons d’abord un cas d’espèce. Dans ce cahier figure le texte en prose « Cant de l’egoïste », daté « 3 de
julhet 1953 », qui aurait dû figurer dans le volume 1 des Cants de la tibla. Or, ce texte, qui figure aussi dans
le carnet 4, avait été ensuite oublié ou omis par Allan dans le manuscrit préparé pour l’édition. Il sera intégré
dans notre volume deux.
L’intention moraliste que nous avons observée plusieurs fois dans le carnet apparaît dans un texte intitulé
« Lo maçón »
- Maçón, te vòu34 balhar d’obratge
Prepara de caus vas blanquir
Es qu’acò sara long coratge
Espincha aquel escrabochit
Vai sa consciencia es pas sens taca
En moda de biòu vend de vaca
Balha de cabrit pèr d’anhèu
Zo ! maçon un cop de pincèu.
D’autres textes inédits apparaissent aussi, souvent à l’état de fragments :
- Plòu pas plòu pas encara
Mais vai plòure o sabe
E sentirai lo pèrfum de la terra
E fara mai caud qu’abans la plueja
E susarai e asigarai la terra
La terra nostre ostau
Coma s’era pas prón banhada.

34 - Peut-être faut-il comprendre « vau » (je veux) et non pas « vòu » (il veut).

�- Un sentimènt cande
Sort sens faire de bruch
Per evangelisar
Una manada de [mot illisible]35
En aquel temps, cada jorn a detz oras
[mot illisible] un sentiment cande
Ont son li gents calinhaires
Que seguissái au reire temps
Tant plan cantant tant plan parlant
Tant gauchós de fachs e de dichs
D’unis son morts e enredits
D’ellis ara i a pas pus rèn
Sis armas son au Paradís
E Dieu sauve lo demorant.
- Per t’agradar aprendrai a escotar cantar lo vent dins lis aubres vius, m’assadolarai de l’olor de ti mans e
de ti cabèus desmasiats.
Notons une amusante version occitane de la chanson à la mode « Adieu, Venise provençale », dont nous
reprenons le début :
- Car pichot vilatge
Au ras de la mar
Te laisse pèr gatge
Tot çò que m’es car
L’estiu eternau
D’un cèu encantat
Ont auria volgut viure mi sommis
Exercice de style ? Intérêt véritable pour le texte ? Témoignage, quoi qu’il en soit, du plaisir que prit toujours
Allan à la traduction et que nous retrouvons, à la page suivante avec un texte intitulé « Fr. Petrarca / Contra la
veleta de sa dona », traduction occitane du sonnet 11 du Canzoniere36
Notons pour l’anecdote l’existence d’un seul texte en français intitulé « Au peuple français » qui témoigne
des idées politiques d’Allan en ce début des années 1950, marquées par le patriotisme français et les idées
quelque peu simplistes de la guerre froide :
Peuple fier, peuple indiscipliné
Peuple léger et d’esprit saturé
Disait naguère la clique qui te vendit
Et ceux qui aujourd’hui débattent ton prix
Peuple de conquérants, enfin peuple de France
Toi qui donnas les héros de la grande armée
Les héros de Verdun et de la Résistance
35 - Ces quatre premiers vers sont encadrés.
36 - Lassare il velo o per sole o per ombra, / donna, non vi vid’io / poi che in me conosceste il gran desio / ch’ogni altra voglia d’entr’al cor mi
sgombra. / Mentr’io portava i be’ pensier’ celati, / ch’ànno la mente desïando morta, / vidivi di pietate ornare il volto; / ma poi ch’Amor di me vi
fece accorta, / fuor i biondi capelli allor velati, / et l’amoroso sguardo in sé raccolto. / Quel ch’i’ piú desiava in voi m’è tolto: / sí mi governa il velo /
che per mia morte, et al caldo et al gielo, / de’ be’ vostr’occhi il dolce lume adombra. http://www.letteraturaitaliana.net/pdf/Volume_2/t319.pdf

�De l’autre côté de la mer il y a un peuple sans passé
Mélange de déchets que les vieux peuples crachent
Un peuple qui s’est civilisé à coups de hache
Avec des frigorifiques, des lave-vaisselle automatiques
Et des revues pornographiques
Un peuple qui danse comme les ours pour passer pour original
Et ces Américains, ces Yankees que tu sais inférieurs à toi
Ils finiront par te manger.

Carnet 5
Tout laisse à penser que ce cahier contient le premier manuscrit organisé des Cants de la Tibla, même si ce
titre ne figure nulle part. Nous reviendrons sur cette première organisation de l’œuvre. Les textes y sont datés
à partir de « 11-1951 » jusqu’à « En Avinhón lo 19-1-55 ».
Le carnet s’ouvre par un journal intitulé « Mon diari » dont la première page est datée du « 9 de gener 1953 ».
Ce journal concerne 4 dates (9, 13 et 16
janvier, 5 et 16 juin 1953). Les pages écrites le
« 13 de gener de 1953 » sont un bon exemple
du contenu, mélange de considérations
idéologiques, de réflexions personnelles sur la
femme idéale, de notations sur le quotidien
d’ouvrier-maçon qui était alors celui d’Allan :
« lo mortier se jala dins li gamatas… », ou encore
d’échos de ses contacts avec l’occitanisme :
« escrive davans lo fogau, assetat dins un
cadieras de tela e pense qu’E. Espieux m’a pas
mandat sa responsa a ma darriera letra : aco’s
estranhe. Ai obtengut lo premi A. Perbosc i
jocs Floraus de lenga catalana de Tolosa. Lo
pres eu meteis prova pas grand causa. Eron li
5000 francs de libres que me fasian barbelejar
e lis ai aguts ».
Allan livre là son amour de la lecture hérité
d’une enfance nîmoise bercée par les lectures
(Bigot notamment) que lui faisait son père
adoptif, amour nourri ensuite par la rencontre
du professeur d’espagnol qui lui donna le goût
des poètes contemporains, au collège technique
nîmois où il fit des études interrompues par
l’entrée en résistance. Cet amour ne devait jamais se démentir, comme en témoigne la bibliothèque conservée
par la famille. Allan fait part également de son souci de reconnaissance de son œuvre, qui ne cessa de le hanter.
La date du « 5 de junh 1953 » nous informe de la composition du texte « Cançon dau cranc au bòrd de la
mar » (p. 49 de notre édition), dont le premier vers aurait été inspiré à Allan par sa lecture d’un fragment de
la… Vida de Joan Larsinhac :
« Ai escrich Dimecres un poema que i ai donat pèr titol « Cançón dau cranc au bord de la mar ». es lo
primier poema que conoisse sa genesia. La semana passada, me remembre pas pus quora, pensère que li
tros de gip que cason dau plafón erón d’escaumas de tartuga. Piei me pensère que d’escaumas de blancas

�èron d’una tartuga blanca, mai acò me venguèt après. Pièi i pensère pas pus. Pièi lo Dimècres tornère
legir un tros de la « Vida de Joan Larsinhac » de R. Lafònt. I avia un paragraf que començava coma acò
« cada jorn a la vesprada… ». E lo poèma me venguèt coma es ara.
Le 16 juin 1953, Allan rapporte un écho d’un événement personnel : sa rencontre avec de petits Gitans qui
portent des bouquets de lauriers-roses, scène que l’on retrouve dans le poème « Porgidas / Per Joaneta », p. 51
de notre édition.

Deux pages contenant des dessins, une tête de coq, un visage de profil recouvrant le brouillon au crayon
noir du début du poème « Cant de la femma desesperada », puis une page blanche précèdent le manuscrit des
poèmes des Cants de la Tibla. Le corpus présent dans le cahier suit un ordonnancement différent des premiers
livres tels que nous les avons édités. Les poèmes (mis à part ceux du Chant I) y sont organisés en 5 livres et le
cahier contient deux feuillets pliés où est transcrit le « Cant funèbre per un aucèu mòrt », qui constitue le livre
IV de notre édition, p. 143-151.
La version soigneusement calligraphiée des Cants de la tibla contient des textes numérotés en chiffres romains,
organisés en livres, eux-mêmes numérotés du libre II au libre V :
- aucune mention de numéro de livre dans la première section qui contient 15 textes ;
- le libre II contient 11 poèmes en prose ;
- le libre III est composé du poème long « Tres planhums per un aucèu » (qu’Allan compte comme une
succession de 3 textes) suivi de 7 textes, dont le « Cant de l’egoïste » qui fut oublié – ou omis – dans le
manuscrit de 1984 ;
- le libre IV contient 13 textes, dont « Lo somi dau gardian » qui fut oublié – ou omis – dans le manuscrit
de 1984.
- le libre V en contient 7 dont « I conquistaires d’astres » qui fut oublié – ou omis – dans le manuscrit de
1984.

�Cette version initiale des Cants de la tibla est incomplète. Elle contient 46 textes alors que la version que nous
avons éditée à partir du manuscrit de 1984 contient 61 textes composés avant 1955. Y manquent notamment
les poèmes longs, « Lo Cantic dau brau » (18-23 d’abrieu de 1955) et « lo poèma de l’ametla », daté « junh de
1955 – remanejat en novembre de 1955 ». Cette absence s’explique certainement par les dates limites inscrites
dans le carnet : à partir de « 11-1951 » jusqu’à « En Avinhón lo 19-1-55 ».
L’organisation de l’œuvre hésite entre générique et chronologique. Globalement l’organisation chronologique
est respectée d’un texte à l’autre. Elle s’articule avec un classement générique. Mais les deux premiers livres,
ainsi que le livre IV, obéissent à un classement scrupuleux (vers pour I et IV / prose pour II) alors que le livre
III, essentiellement composé de textes versifiés, contient deux textes de prose. Il contient aussi le long poème
« « Tres planhums per un aucèu » qui fit par la suite l’objet d’un seul « livre » dans les architectures successives
de son œuvre conçues par Allan.

Rééditer Robert Allan ? Mission impossible ?
La description des cinq carnets que nous venons de tenter montre l’ampleur de la tâche pour qui veut rendre
compte de la genèse de l’œuvre, notamment dans le cadre d’une édition critique. Or, les manuscrits d’Allan
sont loin de se limiter à ces cinq cahiers. Et les difficultés de l’édition (de la réédition pour partie) de l’œuvre
sont multiples.
Heureusement le corpus des manuscrits d’Allan contient un indicateur précieux : l’immense majorité des
textes sont datés, de la date de création à celle(s) des éventuelles révisions. Pour autant, l’entreprise d’édition,
si elle n’est pas impossible, s’avère difficile, assurément, pour toute une série de raisons :
 la dispersion du fonds des manuscrits. Malgré la grande confiance que me témoigne la famille, je n’ai
jamais pu travailler en disposant conjointement de l’ensemble du volumineux dossier manuscrit de
l’œuvre qui mériterait, assurément, d’être inventorié et numérisé, pour être plus aisément consulté et
utilisé
 l’existence d’une grande quantité de variantes, parfois éditées, parfois inédites. Il me semble d’ailleurs
qu’Allan est un cas d’espèce en ce domaine
 la variation des projets d’édition de l’auteur : il hésita entre édition bilingue et édition monolingue
accompagnée d’un glossaire ; il adopta des organisations différentes d’un projet à l’autre ; il oublia –
ou élimina – tel ou tel texte selon les corpus constitués : deux exemples : « L’egoïste » et « lo sòmi dau
gardian » qui figuraient au sein du cahier 5, à la fois le plus complet et le plus ancien manuscrit des Cants
de la tibla sont absents du tapuscrit de 1984.
Faut-il alors se résoudre à accepter que le travail d’édition critique soit forcément imparfait ? Ne convient-il
pas, cependant, de définir collectivement des exigences méthodologiques minimales ?
Ce qui n’a pas fait problème :
- le choix de l’harmonisation graphique. Elle a été souhaitée par Allan, comme nous l’avons indiqué ; sa
correspondance avec Lafont en porte témoignage37. Jusqu’à une époque très récente l’écrivain occitan
n’avait presque jamais été alphabétisé dans sa langue et ceux sur lesquels j’ai eu l’occasion de travailler
sont souvent demandeurs de corrections38. Pour ce qui concerne Allan, l’édition préparée par lui-même
estt de 1984, donc après le passage, en provençal classique, de la désinence –i / –is a –ei / –eis. Tout a
donc été harmonisé sur cette base. Les incohérences graphiques de l’auteur ont été revues avec l’aide
37 - Comme les lettres de Bodon ou celles de Serge Bec à Lafont.
38 - La situation n’a d’ailleurs guère changé quant au rapport des écrivains occitans à la langue. Je renvoie à mes travaux sur les écrivains
actuellement vivants :
- MJ Verny : « Le point de vue des auteurs. La littérature occitane vue par ceux qui l’écrivent : littérature périphérique ou littérature tout court ? », in
Des littératures périphériques, Mannaig Thomas et Nelly Blanchard (dir.), Presses Universitaires de Rennes, 2014.
- MJ Verny : « La littérature occitane, une littérature en situation de diglossie », à paraître au premier semestre 2015 dans Contacts, conflits et
créations linguistiques, actes du 139e Congrès CTHS, sous la direction de Ghislaine Brun-Trigaud, Éditions du CTHS, p. 115-123.

�du Tresor dóu Felibrige et le recours à des modèles linguistiques comme Gardy ou Lafont. Les « notes et
variantes » en fin de volume signalent les divers états des textes.
- le premier volume a été relativement plus facile à élaborer que ne l’est le suivant. Je me suis effectivement
fiée à un tapuscrit préparé par Allan lui-même dans lequel les différents livres d’une édition de ses œuvres
complètes étaient repris, classés, intégrés dans des pages prénumérotées, selon un gabarit auquel l’ouvrier
typographe qu’il avait été était habitué.
- la composition des deux volumes a été guidée essentiellement par la chronologie d’écriture des textes,
suivant en cela les indications de l’auteur.
Une fois arrêtés ces grands principes, bien des questions demeuraient. Quel poids accorder aux apparentes
volontés – changeantes– de l’auteur ? Les nombreux projets d’édition de son œuvre qu’il avait conçus et qui
figurent dans le fonds documentaire possédé par la famille sont très variables au-delà des solutions graphiques.
La première question est celle du choix de la langue / des langues d’édition… En l’occurrence, j’ai adopté
le choix de l’éditeur Letras d’òc d’une édition bilingue, ce qui a généré le problème de la traduction. Après une
première tentative de garder les traductions françaises d’Allan lui-même, lorsqu’elles existaient, il est apparu
évident qu’elles avaient plus vieilli que le texte occitan et qu’il fallait les revoir systématiquement, de même qu’il
fallait assurer la traduction des textes qui n’en possédaient pas.
Les deux autres questions qui restent encore en suspens sont celle des poèmes oubliés ou omis et celle des
poèmes de jeunesse dont vient de rendre compte cette communication. Il me semble que ces textes sont
éclairants quant à la genèse et au déploiement de l’œuvre d’Allan et qu’il serait utile de les insérer dans le second
volume en préparation, ne serait-ce que dans la partie annexe des « notes et variantes ».

Bibliographie
Verny Marie-Jeanne, « Robert Allan (Montpellier 1927 – Avignon 1998). L’itinéraire singulier d’un poète
dans le siècle. », in Angelica Rieger, éd. : L’Occitanie invitée de l’Euregio. Liège 1981-Aix-la-Chapelle 2008 : bilan
et perspectives Actes du Congrès de l’Association Internationale d’Études Occitanes - Aix-La-Chapelle, août 2008.
Shaker Verlag, 52018 Aachen, www.snaker.de, p. 937-949, 2011.
Verny Marie-Jeanne, « L’œuvre poétique de Robert Allan (1927-1998), entre enchantement et
désenchantement du monde », in Marie-Jeanne Verny, éd. : Max Rouquette et le renouveau de la poésie occitane :
la poésie d’oc dans le concert des écritures poétiques européennes, 1930-1960. PULM, collection « ‘Etudes
occitanes », pages 257-281, 2009.
Allan Robert, Lei Cants dau deluvi / lei Cants de la tibla 1, édition bilingue établie par Marie-Jeanne Verny,
Toulouse, Letras d’òc, 2012.

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&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/17058"&gt;Les manuscrits du Po&amp;egrave;me (1930-1960) &amp;ndash; Journ&amp;eacute;e d&amp;rsquo;&amp;eacute;tudes RedOc&lt;/a&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
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&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;De 1947 aux ann&amp;eacute;es 1980, Robert Allan a laiss&amp;eacute; de nombreux manuscrits de son &amp;oelig;uvre, essentiellement po&amp;eacute;tique, &amp;eacute;crite pour l&amp;rsquo;essentiel aussi en occitan. Ces manuscrits sont parfois accompagn&amp;eacute;s d&amp;rsquo;une version fran&amp;ccedil;aise de l&amp;rsquo;auteur.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;On s&amp;rsquo;attachera d&amp;rsquo;abord &amp;agrave; la description mat&amp;eacute;rielle de ces manuscrits, dont une bonne part &amp;eacute;taient compos&amp;eacute;s en vue d&amp;rsquo;une publication imm&amp;eacute;diate (soigneusement calligraphi&amp;eacute;s, avec des indications de pagination et parfois d&amp;rsquo;illustrations), d&amp;rsquo;autres &amp;eacute;taient des documents de travail, annot&amp;eacute;s ou corrig&amp;eacute;s.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;Ce corpus donne de nombreux renseignements :&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;- sur l&amp;rsquo;&amp;eacute;cart entre l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre &amp;eacute;crite et l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre publi&amp;eacute;e, d&amp;ucirc; notamment &amp;ndash; mais pas exclusivement &amp;ndash; &amp;agrave; des raisons mat&amp;eacute;rielles&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;- sur le processus d&amp;rsquo;&amp;eacute;laboration de l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre, l&amp;rsquo;&amp;eacute;crivain ne cessant de r&amp;eacute;&amp;eacute;crire de nombreuses pi&amp;egrave;ces, notant soigneusement les dates des diff&amp;eacute;rentes versions,&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;- sur les interventions ext&amp;eacute;rieures : corrections graphiques et remaniements des volumes.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;Pour l&amp;rsquo;&amp;eacute;diteur de l&amp;rsquo;&amp;oelig;uvre, la richesse de ce corpus est source de questionnements m&amp;eacute;thodologiques et litt&amp;eacute;raires&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;- quelle version choisir en cas de versions multiples&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;-&amp;nbsp;&amp;nbsp; peut-on &amp;laquo;&amp;nbsp;jouer&amp;nbsp;&amp;raquo;, dans l&amp;rsquo;&amp;eacute;dition, sur les choix de l&amp;rsquo;auteur entre plusieurs versions du m&amp;ecirc;me texte&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;- quel sort r&amp;eacute;server &amp;agrave; des traductions fran&amp;ccedil;aises qui ont parfois plus vieilli que le texte occitan dont elles ont rarement la qualit&amp;eacute;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/915a4394db05563cceea91efe457a9be.jpg</text>
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              <text>Allan, Robert (1927-1998) -- Critique génétique</text>
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