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                  <text>Y UV

a,

\

^Mjiàjunh
At

°

N° 11

1921

•

,,.-

V"

.\i

V*®

Lo

Gai

Revisia de TESCOLA OCCITANA

(^i

Dis Aup ï Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA

Lo Numéro

f

MVii;

7

:

1 fr.

�UO

SABER

GAI

Revista de l'ESCOLA OCCITANA
BURÈUS

9, Carrièra Duranti, 9

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Fransa

Abonaments

:

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„

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Estrange

un

an.

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: un an.

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TOLOZA
.5 fr.
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6 fr.

ENSENHADOR
N-

del
LA DIRECTION

Paul PROUHO

11

( Mai

-

Junh

1921)

s" Fête de Z'Escòla

:

A

:

Óccitana.

Jean d'Occitanie.

A Paul Proulio.

Jean d'OCCITANIE :
J. D.

Bolegadisa Occitana.
Rapport de M. le baron Desa\ars de Môntgailhard sur le
Concours de Langue d'Oc en

SUPPLÉMENT:

11)21.

Conselh de Redacciôn
Montgalhard, Capiscòl;
Jozèp Anglade, Prosper Estieu, Antonin PerBaron Desazars de

Jos-Capiscòls ; J.-Rozès de Brousse, Secretàri ; Armand Praviel, Clavaire ; Ismael GI¬
RARD, Secretàri-adjont ; Dr E. LEVRAT, Cla-

bosc,

vaire-adjont.
ASABERS. - Per tôt sò que pertòca la Redacciôn
l'Administracion del gai saber e la Direccion de
1 ' Es cola Occitana, escriure al Dr E. LEVRAT,

e

clavaire-adjont, Mèstre

en

Gai Saber, 9, Carpièra

Duranti, TOLOZA.
—

Tots los obratges en

lenga d'Oc seran mencio-

condicion
dople etsemplàri.

natse, 's'òc cal, analizats, à
mandats

en

que nos

sian

Com los recobpaments pep la Posta son apa subpe-costozes,
los lïlembpes adepents de l'ESCOLA OCCITANA qu'an pas encapa
—

de mandap 5 fps. pep aco
Levpat, nostre clavaipe-adjont, que Iop delibpapà quitansa.
SABER sepà petapdat ... pels petapdatàpls !

pagat Iop escotison pep 1921 son ppegats
al Dr E.

Lo sepvici del GAI

�FÊTE DE 1 ESCOLA OCCITANA

2e

]^A deuxième fête annuelle de YEscòla Occitana,
conformément
à Toulouse. Elle

aux

a

statuts, a eu lieu le lundi 2 mai,

obtenu

un

très

grand succès.

a;.—RÉUNION DU BUREAU.
heures,

10

—

Le matin, à

le Conseil d'Administration de VEscòla

s'est réuni

au siège social, 9, rue Duranti.
Étaient présents : le baron Desazars de Montgailhard, capiscòl; Prosper Estieu et J. A.ng\dLàe, jos-caoiscôls] J.-R. de Brousse, secretàri; Armand Praviel, clavaire; docteur E. Levrat, clavaire-adjont;
Emile Cartailhac, François Tresserre, membres fon¬

dateurs.

M. Armand Praviel fait connaître l'état des finan¬
de YEscòla. Il insiste sur la nécessité de dévelop¬

ces

per notre

propagande, de façon à agrandir notre

ac¬

tion, l'an prochain.
La

proposition de M. Anglade de créer des mem¬
bienfaiteurs a obtenu déjà un réel succès, puis¬
que nous avons reçu les dons les plus généreux de
M. le baron de Bouglon, mainteneur de l'Académie
des Jeux Floraux, de M. Moquin-Tendon, mainteneur
de l'Académie des Jeux Floraux, et de M. et M'""
Rouzaud, en souvenir de leur fils, le regretté Henri
Rouzaud, vice-président des Toulousains de Tou¬
louse. Avec de pareils appuis, Lo Gai Saber est
sûr de pouvoir se développer et atteindre plus sûre
bres

ment son but.

Le docteur Levrat fait connaître les excellen
sultats obtenus par les Conférences organisa

�LO

34

GAISABER

concert, à Toulouse, pár YEscòla et l'Union Profes¬
sionnelle et Générale des Étudiants. Ces conférences,
en avril et mai, ont
permis au public Toulousain de
se mettre

au

courant de

la littérature méridionnale.

On y a entendu

MM. Anglade, Xavier Labrue, Simin
Palay, docteur Levrat, Joan Estelrich, sous la prési¬
dence de MM. Émile Cartailhac, Bernard Sarrieu,
j.-R. de Brousse, Antonin Perbosc, Armand Praviel, et sous la présidence d'honneur du baron Desazars de Montgailhard.
M. Praviel fait ressortir que l'honneur de l'orga¬
nisation de ces conférences revient en grande partie
au
jeune étudiant Ismaël Girard et il propose de le
nommer
secretàri-adjont de YEscòla Occcitana,
ce qui est adopté.
Après un amical échange de vues, aucune modifi¬
cation ne devant être apportée au Bureau élu pour
trois ans d'après les statuts, la séance a été levée.

LA SÉANCE DES JEUX FLORAUX. — A
heures, les félibres se trouvaient réunis dans la
grande salle de l'Hôtel d'Assézat pour assister à la
distribution des prix de langue d'Oc par l'Académie
des Jeux Floraux. Cette belle séance a commencé par
b).

—

deux

une

émouvante cérémonie

:

au nom

de l'Académie des

Jeux Floraux, le baron Desazars de Montgailhard a
remis à M. J. Anglade un jeton de vermeil, pour le
remercier de sa savante édition des Leys d'Amors.
Dans une charmante allocution, il a su louer com¬
me il convenait les mérites du Maître
qui honore l'U¬
niversité de Toulouse et l'Académie des Jeux Flo¬
raux et qui sait si bien unir l'étude du
passé au culte
des traditions vivantes.

M. Anglade a répondu avec la simplicité et la con¬
viction sincère qui le caractérisent et le rendent en¬

plus sympathique. L'auditoire, de ses bravos
enthousiastes, s'est associé à cette manifestation et a
pleinement ratifié les éloges mérités qui venaient
d'être adressés â M. Anglade, auquel notre Capiscol
core

a

donné

une

cordiale accolade.

�LO

M. le

baron

GAI

SABER

35

Desazars de

Montgailhard, présente
Rapport particuliè¬
rement important, parce que cette année, en sus du
concours ordinaire, le prix Pujol de poésie était
éga¬
lement réservé aux félibres, ce qui a permis de ré¬
compenser un plus grand nombre de concurrents.
M. Desazars examine avec une haute compétence
et de fins aperçus l'ensemble du concours. Il met en
son

23e rapport sur le

lumière

les

concours.

mérites des divers lauréats. En termi¬

nant, il rend un juste hommage aux fils illustres
de notre Lauraguais, récemment disparus : Déodat
de Séverac et Jean-Paul Laurens, Maître ès Jeux
Floraux.
Les

prix suivants sont ensuite distribués

:

Cants Carsinols, poèmes par M.. Antoine Rey,,
à Agen (Lot-et-Garonne), ont obtenu une Églantine
—

d'Argent. Lecteur, M. Anglade.
Ro^àri, sonets à la Santa Vièrja, par M. l'abbé
Jules Cubaynes, à Saint-Hilaire-Lalbenque (Lot),
ont obtenu un Lys d'Argent. Lecteur, M. Praviel.
Sidi-Yahia, poème, par M. Jules Bourilly, juge
de paix à Rabat (Maroc), a obtenu une Primevère..
Lecteur, M. Anglade.
A traies nostros palhados, poèmes, par M..
Frédéric Cayrou, vétérinaire à Montauban (Tarn-etGaronne, ont obtenu un Œillet. L'auteur, chaudement
applaudi, en a lu un fragment.
La mort dons dus higueys, poème, par M..
Emilien Barreyre, marin, à Arès (Gironde), a obtenu
un
rappel d'Eglantine.
—

—

—

—

Poésies

imprimées

:

•

Canti Còrsi, par M. J.-P Lucciardi, à SantoPietro-di-Tenda (Corse), ont obtenu une Églantine
—

d'Argent.
—

zeuze

Rabelaes à

Mount-Pelié,

par

M. François Dea obtenu une

( l'Escoutaire ), à Montpellier,

�3&amp;

LO

M.

Primevère.
avec
—

GAI

Dezeuze

SABER

en

a

déclamé

un

passage

beaucoup de succès.
Poésies Béarnaises

(ouvrage posthume),

par

Jean-Baptiste Bégarie, de Pontacq (Basses-Pyré¬
nées), ont obtenu un rappel d'Eglantine.
Concours du Prix

Pujol

:

La Canson d'En Ramon de Sant Giles, par
M. Simin Palay, félibre majorai, à Pau: prix de 300
francs. Vivement applaudi, l'auteur à lu un beau
—

fragment de
—

son œuvre.

Bon Lauraire, bon Soldat, par

M. Jean La-

doux, professeur au Collège, à Béziers : 300 francs.
Lecteur, M. J.-R. de Brousse.
La
Toulouse
—

Legenda. del Milh,
:

par

M. L. Dellian, à

3Ò0 francs. Lecteur, M. P. Estieu.

c). — LE BANQUET. — Le soir, à 7 heures et
demie, grand banquet à l'Hôtel Baîchère.
La tablée était présidée par le baron Desazars de
Montgailhard, capiscòl, ayant en face de lui M. Béluel, adjoint aux Beaux-Arts, délégué par M. le Maire
de Toulouse pour

le représenter.

Autour d'eux: Mmes Dezeuze, d'Heilsonn, Cayrou,
Mlles Cazals et Balesse ; MM. Prosper Estieu et An-

glade, jos-capiscòls de VEscòla Occitana; J.-R. de
Brousse, secretàri ; Simin Palay, jos-capiscòl de
VEscolo Gaston Febus, tous Majoraux du Félibrige;
Armand Praviel, clavaire de 1'Escòla Occitana;
Cartailhac, membre correspondant de l'Institut; Moquin-Tendon, de Gélis, de Boyer-Montégut, mainteneurs
de l'Académie des Jeux Floraux ; Docteur
Levrat, mèstre en Gai-Saber ; Xavier Rivière, souscapiscòl de VEscolo Moundino ; Mesplé, secrétaire
général des Toulousains de Toulouse ; Dezeuze
(l'Escoutaire), directeur de la Campana de Magalouna, Antoine Rey, F. Cayrou, Albert Pons, lau¬
réats des Jeux Floraux; Dugarçon et Ricol, profes¬
seurs à la Faculté de Droit; docteur Escat,
professeur

�LO

GAI

SABER

37

à la Faculté de

Médecine; Durban, professeur au Ly¬
Fontaine, préparateur à la Faculté des Scien¬
ces ; Forg'ues, Boulouys, avoués à la cour
d'Appel
Ariste Passerieu, conservateur de la Bibliothèque
de Toulouse; E.-H. Guittard, archiviste-paléogra¬
phe, libraire-éditeur; docteurs Rigaud, Girou, Auban; Bouillères, président de l'Association des BeauxArts ; Henri Martin, président de l'Union des Étu¬
diants ; Jendrieu, Lots, Fourrié, Tibbal, Fouché,
Veyrac, Deille, Saint-Raymond et MM. Ismaël Gi¬
rard, Vidouze, Camélat, Mourgues et Aubertot, étu¬
cée ;

diants.
La presse était représentée.
Le menu était ainsi composé :

Potatge de Prima; Peis à la salsa Veniciana ;
Loîija de biòu Renaisensa ; Polalha rostida ; Ensalada barrejada ; Entremièches ; Desert: Ir an¬
ges de Malhòrca ; Vins : del blanc e del roje;
Café à la fina.
A l'heure des toasts, le baron Desazars de Montprononce une aimable allocution où il salue
les dames présentes au banquet, la municipalité de
Toulouse, les étudiants et les lauréats des Jeux Flo¬
raux. Il est vivement
applaudi.

gailhard

Après lui, le professeur Anglade engage les féli—
travailler, à ne pas se contenter de manifes¬
tations extérieures. Superbe brinde occitan.
Simin Palay, de sa belle voix, chante la Coupo,
reprise en chœur avec enthousiasme.
bres à

M. Béluel remercie
de la

Le

en

excellents termes, au nom

municipalité, et s'inscrit à VEscòla Occitana.
docteur Levrat, clavaire-adjont, donne lecture

de la lettre suivante de la Reine

Moun

:

Felibre,
paire me fa pourtar al Poujol, ount sioi vengudo ajudar un pauc de parents malautes, l'agradivo
letro que me mandèretz à Bassan.
car

Moun

Vous remèrci de

tout cor de

l'ounour que me vou-

�38

lo

gai

saber

liatz faire

en me couvidant à prezidar vostro taulela mort de moun neboudet, l'enfantoun de
ma sorre de Baugé, nous
met toutes en dol. Abèm
pas l'esperit à la gaietat, d'aquesto ouro, e, coumo
me privarai d'anar
à la Santo-Estèlo, me privarai de
venir à Toulouzo, malgrat lou plazer que me sariò
fach de coun'ouisse lous bèls pouètos Occitans que
moun paire
me vanto de longo.
Vouldretz pla me dezencuzar prèp d'eles e, en vous
assegurant de mous sentiments de bouno Occitano,
agradar ambe mous regrets l'espressioun couralo de

jado;

mous

mas

sentiments dévots.

E

visque VEscòla Occitana!
torne senhourejar Toulouzo !

e que

Mario
Rèino

sul Mièjour

VINAS,

del

Felibrige.

J.-R. de Brousse porte la santé de la Reine et du
Capoulié Fallen.
M. Emile Cartailhac, en un toast vibrant, salue la
Belgique, représentée par Mme d'Heilsonn, et les étu¬
diants, auxquels il rappelle la lettre qu'il reçut à
leur âge de Victor Hugo.
M. Praviel fait connaître à l'Assemblée Générale
les décisions du Bureau, qui sont ratifiées. La nomi¬
nation d'Ismaël Girard, comme secretàri-adj ont, est
acclamée.

Le
lit les

grand Majorai de Languedoc, Prosper Estieu,
vers admirables qu'il a consacrés à la mémoire

de Théodore

Ozenne, restaurateur des

concours

en

langue d'Oc à l'Académie des Jeux Floraux.
Simin Palay, au nom de 1 Escole Gastou-Febus,
boit à Toulouse, reine du Midi.
M. Moquin-Tendon, fils et petit-fils des illustres
précurseurs du Félibrige, assure VEscòla Occitana
de sa vive amitié et de sa fidélité à ses glorieuses tra¬
ditions familiales.
On applaudit ensuite: F. Dezeuze, (VEscoutaire)
dans une série de chansons charmantes, Antoine

Rey, qui dit Las Pèiros Carsinolos

;

Cayrou, lou

�lo

gai

saber

39'

Vent

d'Alita; Saint-Raymond, dans un vibrant toast
régionaliste ; Girard, qui remercie de sa nomination
et dit
VAbengue; xMourgues, qui récite un beau son¬
net: lou Vièi; Armand Praviel lit les vers suivants
de notre ami Raymond Lizop, de la Fédération Ré¬
gionaliste Française :
Amies que

festejat% la Prima polideta,

Manteneires, senhors e trobaires valents,
A vostres cants gaujos per respondre de lenh,
Del pais Albigés vos mandi la floreta.
O floreta de gaudj, de paratge, d'amor,
Jots lo solelh maienc frescamen espelida!
Se l'aura ven bu far d'amont enferohida,
Sempre florejaras dins l'brta de baudor.
Dins l'òrta de baudor ont cantaba Clemensa,
O trobaires ! tornât\ cantar lo Renovèl,

Mentre

qu'à las parets d'un merbelhos castèl
Auborat\ l'àuriflor de nòstra Renaisensa.
Vos qu'abra^a tostems l'ama del grand Mistral,.
Romius de la Beutat que seguiset; l'Estèla,
Ambe vos fesïejam VAiglentina novèla
Beurai lo vòstre vin dins lo Gòt patrial !
...

Ramon LIZOP.

»

On entend encore MM. Dugarçon, qui demande desformules pour le Félibrige ; Henri Martin, qui affir¬

l'enthousiasme

lequel l'Association des Étu¬
de VEscòla Occitana; F. de Gélis, qui dit un Counte Lauragués
me

avec

diants s'est associée à la campagne
sur

Molière

et

applaudir les

Goudouli. Puis le docteur Levrat fait

vers

suivants

CANSON

:

D'AMOR

Ont vas atal, bêla mainadai
Dolenta e lasa, ont vas atal ?
Lo solelh ris dabant l'ostal.
Mira ! La plana es mirgalhada.

�40

LO

GAI

SABER

Es l'or a d'Amor, be'la aimada ;
Lo calinhatje es al fogal !
Pan de nòsa, pan de sigal ?
N011! blad de terra encigalada !

T'espéra lo fier laurador,
Ton encantaire trobador,
E sa man cèrca ta maneta.
Demòra ! Vèici flors d'estiu,
Per te coronar, polideta.
Balha-me 'n potet agradiu!
Dr E. LEVRAT.

C'est le tour des chansons. On fait entendre suc¬
cessivement : Aquelos Mountanhos et Bet Cèu
de Pau (Palay), La Coumtesso et Ion Ma\et de
Mèste Roumiéu (Praviel), Lis Estello ( Anglade ),
Vièio Chansoun (Mesplé), Magali et la Toulousaino (Boulouys).
Vers minuit, après quelques mots cordiaux du
baron

Desazars, cette amicale et brillante réunion
s'est terminée. Elle a montré le développement et la

prospérité de notre chère Escòla, sûre désormais du
plus fécond avenir.

Djg,

T

�LO

GAI

SABER

41

Questions Philologiques

A

JEAN D'OCCITANIE

excellente revue Lo Gai Saber, après
avoir cité des textes occitans fort intéressants des

T\ANS votre

Xlil", xive et xv° siècles,

vous ajoutez : « Arrêtons
là nos citations. Nous aimons à croire que celles-ci
suffiront à démontrer que les règles graphiques que

adoptées pour la langue d'Oc moderne
système à la fois traditionnel et scien¬
tifique hors duquel il ne peut y avoir que pitoyable
nous

avons

constituent
décadence

un

et

mortelle anarchie. Les défenseurs des

patoisants attardés ont-ils des objections sérieuses à
nous faire ? Nous sommes tout disposés à les enten¬
dre et à leur répondre. »
Permettez à un vieux félibre, qui n'est ni un défen¬
seur des patoisants attardés ni un romanisant, mais
qui voudrait que notre belle langue d'Oc puisse s'é¬
panouir librement, de répondre à votre aimable in¬
vitation.
Les règles

graphiques que vous avez adoptées sont
inattaquables au point de vue scientifique ; mais leur
application rigoureuse est-elle opportune ? Peut-elle
-assurer l'avenir de notre langue? Je ne le crois pas.
Si la langue d'Oc était une langue morte, il est évi¬
dent que les philologues qui voudraient l'enseigner
■devraient adopter les règles graphiques de l'époque

�LO

42

GAI

SABER

où elle était une langue vivante. Leurs élèves appren¬
draient ainsi à écrire des vers qui seraient goûtés
par
au

l'élite des romanisants, comme nous apprenions
collège à écrire des vers latins à l'usage des lati¬

nistes.
Fort

heureusement, la langue d'Oc n'est pas une
langue morte. Elle a survécu au néfaste édit de Villers-Cotterets et, comme toutes les langues vivantes,
elle a évolué.
Il ne s'agit donc pas de
conserver.telle qu'elle est

la faire revivre, mais de la
après son évolution. Il s'a¬
git de lui donner un système graphique basé sur ce¬
lui qui était le sien lorsqu'elle était une langue écrite,
mais adaptée à sa forme actuelle et pouvant conve¬
nir à ses principaux dialectes.
Mais si la langue d'Oc n'est pas morte, c'est parce
que le peuple a voulu la conserver. Il est donc néces¬
saire qu'elle garde les caractères d'une langue popu¬
laire. et il importe qu'elle soif écrite avec un sys¬
tème graphique facilement intelligible pour la masse
des lecteurs. Malheureusement, avec la graphie adop¬
tée par votre Escòla, il n'en est pas ainsi.
Mettez dans les mains d'un homme du peuple ayant
reçu une bonne instruction primaire les très beaux
livres de nos romanisants ; il les ouvrira avec plaisir
et il essaiera de les lire ; mais, vite découragé, il les
fermera et ne les ouvrira plus.
Il est encore une autre considération qui a son im¬
portance.
Si la langue parlée a son esthétique qui s'adresse
l'ouïe, la langue écrite a la sienne qui s'adresse à
la vue. Notre dialecte albigeois parlé est doux, et har¬
à

monieux

minutifs

avec

ses

diminutifs

et ses

diminutifs de di¬

( drollo, droulleto, droulletoto ) ; ses 5 se
prononçant i avant les consonnes autres que c, p, t
( las flours se prononçant lai flours ); son j se pro¬
nonçant par un espèce de zézaiment intraduisible, t%.
Ecrit avec votre graphie, il prend l'aspect dur et pres¬
que brutal, il perd son caractère.

�lo

En

gaisaber

43

résumé, les objections que je vous soumets sont

les suivantes

: i° vous ne tenez pas assez compte de
l'évolution de la langue d'Oc; 20 vous lui enlevez son
caractère de langue populaire, en rendant sa lecture

fatigante ; 30 vous déformez son esthétique, sinon au¬
ditive, du moins visuelle.
Est-ce à dire que votre système graphique doit être
rejeté en bloc? Telle n'est pas ma pensée. Vos rè¬
gles grammaticales sont excellentes, mais vos règles
graphiques sont trop rigoureuses. Croyez-vous vrai¬
ment qu'il soit nécessaire d'écrire le son 0 avec un a
le son ou acec un 0 ?
Notre grand Mistral a écrit ses chefs-d'œuvre en
faisant vibrer les cordes de la lyre provençale, dont
les sons harmonieux avaient charmé son oreille dès
et

sa première enfance. Il s'est servi de son dialecte tel
qu'il l'entendait parler ; il l'a embelli et purifié sans
le déformer ; il a conservé ses i et n'a changé ni ses
0 en a, ni ses ou en 0. Faisons comme lui. Ecrivons
Toulou^o et non Tolo^a, pouderous et non poderos, poutoun et non poton, afin que le peuple, qui
a si jalousement gardé
sa langue, puisse la lire faci¬
lement dans les livres de nos poètes et comprendre
ainsi' qu'elle est belle et qu'il doit la respecter.

Paul PROUHO.

A PAUL PROUHO

Jevoir
d'a¬
vousbien
remercie
félibre,à l'ap¬
voulu sincèrement,
franchise
répondre en mon
toute cher
pel que, dans cette Revue, j'ai adressé à ceux que je
supposais hostiles au système préconisé par YEscòla
Occitana pour la bonne graphie de la langue d'Oc
moderne. Je vous avoue tout de suite que votre loyale
argumentation m'a intéressé et je crois comprendre

�LO

44

que

d'autres doivent

GAI

SABER

penser

à

peu

près comme

vous.

C'est pourquoi je songe aussi à eux, en écrivant ces-

lignes.
Au fond, notre désaccord n'est pas aussi complet,
qu'on pourrait le croire ; il ne l'est même qu'en appa¬
rence, puisque vous et moi, nous désirons de tout
cœur la conservation, l'embellissement et l'illustra¬
tion de notre chère langue ancestrale. Nous ne dif¬
férons que sur les moyens à employer pour l'écrire
congrument.
Vous êtes

déconcerté, j'allais dire épouvanté,
à la fin des vocables féminins et par
nos o fermés qu'il faut
prononcer ou. Vous dites :
« Plcrit avec votre
graphie, mon dialecte albigeois
prend un aspect dur et presque brutal. » Voilà de
bien grands mots. Pensez-vous franchement que la
langue des Troubadours, qui a servi de base solide à
notre réforme graphique,
soit également « dure » et.
«brutale»? Dans ce cas, ce sont bien ces pauvres a
et ces malencontreux o qui ont tout le tort. Quant
au maudit
j, que vous trouvez « intraduisible », rien
que la mort n'est capable d'expier son forfait ! N'aije pas le droit .de parler ainsi, puisque toutes vos ob¬
jections ne se bornent qu'à ces trois cas?
Eh bien ! je veux vous mettre à l'aise. Il y a bien
d'autres choses, dans notre système graphique, qui,
pour les esprits superficiels ou non avertis, — eus¬
sent-ils «une bonne instruction primaire » — sont de
nature à les «fatiguer» et à les «décourager». Je
veux
parler des consonnes terminales muettes que
nous rétablissons :
flor pour flou, aimar pour aima,
pan pour pa, fin pour fi ; du s toujours dur et jamaisdouble ; du v étymologique que nous prononçons b ;
de Vò accentué auquel nous donnons le son de o
tout

par nos a muets

ouvert, etc., etc.
Tout cela, il a bien fallu

l'adopter, cependant, pour
langue à l'état misérable où les pa¬
toisants l'avaient laissée choir depuis des siècles.
Une langue vivante qui a des prétentions littéraires.
arracher notre

�LO

c'est bien le

et

—

cas

GAI

SABER

de la

45

langue d'Oc moderne

—

peut pas s'orthographier d'après sa phonétique.
Cela, tous les philologues et tous les linguistes réunis
ne

vous

le diront.

près les lois de
vieux
male.

Il faut que sa graphie soit fixée
sa formation, son génie propre,

monuments

littéraires

et son

évolution

d'a¬
ses

nor¬

J'appelle ainsi ses modifications successives,
qu'elle n'est pas officiellement supplantée et bat¬
tue en brèche par un idiome étranger. Si on se met¬
tait en tête d'écrire la pure langue de Racine comme
on la prononce dans nos diverses
régions françaises,
n'édifierait-on pas une belle tour de Babel et ne se¬
rait-ce pas à bref délai la mort de cette langue ? Par
contre, si vous désiriez lire comme il convient un texte
de Shakespeare ou de Milton, y parviendriez-vous
sans le secours d'un
professeur ou d'un citoyen du
Royaume-Uni ? Restons dans le domaine des réa¬
tant

lités. Pour savoir lire

et

écrire

correctement une

lan¬

gue littéraire, il
Pour apprendre

faut apprendre. Mais rassurez-vous !
à lire à haute voix un texte de Perbosc ou d'Estieu, de manière à donner aux auditeurs
l'impression absolue que, dans l'espèce, il ne s'agit
ni d'une « langue morte» ni d'une langue factice, il
ne faut pas se livrer à de
longues et transcendantes
études : dix minutes d'initiation y suffisent ample¬
ment.

En somme, votre

grief le plus solide contre la gra¬
phie Occitane se réduit à ceci : déformation de «l'es¬
thétique visuelle » de la langue d'Oc moderne. C'est
peu, et ce reproche constitue — sans que vous le vou¬
un beau
liez
compliment à l'adresse de nos réno¬
vateurs. Cela prouve tout simplement que vous et
moi, nous ne voyons pas du même côté de la lor¬
gnette. Eh ! oui, nous la déformons passablement,
« l'esthétique visuelle» de
la langue du Roudiè de
Rabastens, votre jovial compatriote ! Et c'est ce qui
vous
navre.
Mais cette « esthétique visuelle » qui
vous est si chère, qu'est-elle, sinon le résultat de l'i¬
gnorance et de l'abandon dans lequel tomba notre
—

�46

LO

GAI

SABER

malheureuse langue, après l'édit de Villers-Cotterets?
Jusqu'alors, l'aspect g'énéral de la langue d'Oc avait
été, dans son ensemble, —je crois l'avoir prouvé dans,
le n° 9 de cette Revue — celui que YEsc òla Occitana lui a restitué ; ultérieurement et jusqu'à la fon¬
dation du Félibrige, ce fut le plus bel épanouisse¬
ment de la loi du moindre effort, le
triomphe du ca¬
price et de l'incompétence, la cour du roi Pétaud
Vous déclarez, en terminant, que Mistral'« s'est
servi de son dialecte tel qu'il l'entendait parler. » En
êtes-vous bien sûr? S'il en avait été ainsi, il n'aurait,
pas trouvé en Provence tant de contradicteurs irré¬
ductibles, depuis le vigoureux chansonnier Victor
Gélu jusqu'aux derniers rédacteurs du Tron de l'Èr
et de la Sartan
La vérité est que Roumanille et
lui, après de laborieux tâtonnements, adoptèrent
pour le sous-dialecte de Maillane et de Saint-Rémy
un
système graphique bien timide, qui apparut ce¬
pendant comme le comble de l'audace et comme un
défi jeté aux tenants des divers parlers populaires de
...

...

Provence.
Hélas ! les grands réformateurs sont d'abord mal
accueillis et âprement discutés. Ce n'est que transi¬
toire. Leur volonté est plus forte que tous les obsta¬
cles et la justice de leur cause finit toujours par

triompher.

�BOLEGADISA

CÈM
^

urozes

d'anonciar

OCCITANA

qu'à l'acamp consistorial

ten-

gut à Bèl-Caire, lo bèl jorn de Pentacosta, lo fe-

libre

Jozèp Loubet, baile de la Societat parizenca
Langue d'Oc», es estât elegit Ma¬
jorai, al primier torn.
Mandam à-n-aquel valent nôstras melhoras felicitacions. Es d'òmes de sa trempa que cal al Felibrige !
«les Amis de la

Abèm recebut

Paul Marièton

d'après sa Cor¬
respondance, per Critobule (E. Vial). — 3 vol. in16, G. Crès, edit., Paris. — Per los que, com nos
:

viscut felibrencament aicestas quaranta daraici una publicacion que los apasionarà. Un tal libre se legis pas: se degòra. Es sò qu'abèm fait am grand plazer, e sèm reconeisents à son
autor, un fidèl amie d'enfansa del brabe e afogat
Pauloun, que faguèt tant pel Felibrige ! Lo legeire
trobarà aqui, d'aprèp de documents segurs, mas ont
mancan
qualque còp de sinnaturas necesàrias, tota
l'istòria de la Renaisensa Occitana, de 1880 à 1920.
aus, an

rièras annadas,

�48

LO

Las

GAISABER

Conferensas Occitanas organizadas pel Comi-

de l'U.P.G. dels Estudiants de

Toloza, jos la preMontgalhard,
Majorai del Felibrige, Manteneire dels Jòcs Florals
e
Capiscòl de VEscòla Occitana, an agut la bêla
reusida qu'esperabem. La sala del Senescal èra cade
còp claufida de monde afric e estrambordat ; mas la
sezilha del 15 de Mai, ont lo Dr E. Levrat parlèt remirablament subre la poezia Lengadociana, foguèt
un vertadier triomfe. Es
pas crebada la pèl del rampèl, e i aura encara de bèls jorns, à Toloza, per la
reconquista patriala ! D'abòrd que los jovents de l'Utat

zidensa d'onor del baron Desazars de

niversitat
es

lo

venon

còp de dire
A

à la Cauza
am

Ven de

nos

òuvelhas à la sal,

lo poèta :

l'ori\&lt;Ai delpaïs d'Oc lo cil

se

daura !

arribar aicesta carta, à

naisensa de Robert Estieu
Lo

com

Majorai Estieu

E f arbre de

l'ocazion de la

:

tornamai grand-paire,
jorn serà brancut,

es

sa rasa un

D'abòrd

qu'aiceste cèpes un masclepopaire
Que jol sût teulat es nascutl

Fazèm los melhors vòts

Le Gérant

:

pel novèl Occitan.
J. D.

E. LEVRAT.

Impr. de la ccSocietat d'Edicion Occitana"

—

Castelnaudaiy.

�Supplément au N° Il du Gai Saber.

��RAPPORT
SUR

CONCOURS DE
Lu

Par M.

le

en

LE

POÉSIE EN-LANGUE D'OC

séance

publique le 2 mai 1921,

Baron DESAZARS
l'un des quarante

de

MONTGAILHARD

Mainteneurs

Messieurs,
C'est

simple « fait divers » ; mais il est carac¬
téristique. Il remonte à l'été dernier, et voici com¬
ment il a été rapporté par un témoin :
Paris. Sept heures du soir. Sur les boulevards
un

extérieurs.

Incroyablement brun, immensément chevelu,
çeil sombre et peau de cuivre, un Ghanteur ambu¬
lant s'arrête devant les tables garnies d'un café.

Lentement, avec des regards magnétiques qui
prendre possession de' l'auditoire, il
extrait de sa gaine d'étoffe une guitare dont on
devine qu'il saura tirer de savants accords.
En effet, dès les premières notes, harmonieuses
et pleines, règne un silence précurseur de grandes
semblent

choses.
L'artiste
sur

jouit du charme qu'opère la musique
peuple. Superbe et généreux comme

l'âme du

�—

aux

temps romantiques, il

accent résume en
■—

52

Pour que

je vais parler
Et c'est

soi la

—

parle. Il parle, et son

saveur

du Midi.

tout le monde me comprenne,
en

une

dit-il,

langue d'Oc.

mélopée sonore et chaude dont

s'enorgueillit Toulouse, riche en ténors.
Les applaudissements crépitent. D'un geste
dédaigneux, le chanteur impose le silence. Et de
dire, le regard hautain, la lèvre lourde, comme pour
s'excuser de délaisser l'idiome dont il vient d'affir¬
mer la réputation mondiale :
Et maintenant, pour quelques-uns seulement,
je vais chanter en français.
Ce chanteur ambulant a pu paraître présomp¬
tueux en ses dires : ils n'en sont pas moins véridiques. Semblable au vin généreux qui mûrit au
soleil de la France méridionale, notre langue d'Oc,
excitée par la douce et forte chaleur du foyer
domestique, a sans doute le goût du terroir, l'odeur
de la patrie, un cachet qui lui est particulier; mais
elle a des formes si claires, des accents si expres¬
sifs, des qualités si mélodiques et si harmoniques,
qu'elle sait se faire écouter, même par ceux qui
ne la comprennent pas.
Lorsque les Troubadours et les Jongleurs 'se
mirent à aller de ville en ville, de châteaux en
châteaux, récitant leur cansos et leurs sirventes
dans les pays les plus divers, en France, en Italie,
en Espagne, en Portugal, ils furent admirablement
accueillis; mais, pour satisfaire leur clientèle,
et aussi pour l'agrandir, ils sentirent de bonne
heure la' nécessité d'employer une langue litté¬
raire accessible à tous ceux qui parlaient des dia—

�53

—

lectes

provignés

sur

—

le tronc roman. A défaut
naturellement amenés à

d'académies, ils furent

adopter le dialecte le mieux

sélectionné de leur

temps; et ce dialecte était celui qu'on employait
dans les Cours, d'où son nom de langue « courtoise »,
nous dirions aujourd'hui la langue de la « bonne
». Sans doute, on y retrouve
des différences dialectales; mais elles sont

compagnie

parfois
l'excep¬

tion, et, dans l'ensemble, la langue poétique ten¬
dit toujours à être uniforme. Aussi fut-elle employée
de préférence non. seulement par les poètes méri¬
dionaux, mais encore par certains poètes'nés dans
le domaine de la langue d'Oïl, en Saintonge, par
exemple, et surtout dans le Poitou. Ainsi unifiée,
elle put être comprise même en Angleterre, lorsque
Ëléonore d'Aquitaine, après
illustres
surtout

avoir épousé Henri II,

anglaise les troubadours les plus
de la France méridionale. Elle y devint
familière avec son fils Richard Coeur-de-

attira à la

cour

le trône en 1189 : l'annaliste
anglais contemporain, Roger de Hoveden, nous
apprend que ce prince se livrait à la poésie pour
accroître sa gloire et que, « par des présents, il
avait attiré du royaume de France des chanteurs
et des jongleurs pour célébrer ses louanges sur

Lion, qui monta sur

les

places publiques ».
IX,'comte de Poitiers

(1086-1127),
grand-père d'Ëléonore d'Aquitaine et bisaïeul
de Richard Cœur-de-Lion, est le premier en date
Guillaume

des troubadours connus.

Dès

voyons la langue poétique
forme artistique pour la

technique élégante pour

son

temps, nous

à la recherche d'une

composition et d'une
la métrique. C'était la

�-54

-

conséquence du progrès de la civilisation, de la
profonde qu'avait produite dans
les mœurs le développement de l'esprit chevale¬
resque et Courtois.
Si, dans la suite, la poésie des Troubadours
périclita, si la langue courtoise perdit son unité,
transformation

Mistral

en

a

dit la raison dans

son

discours

aux

Jeux Floraux de
se

Montpellier en. 1878 : « Comment
voila donc cette éblouissante lumière ? Comment

s'éclipsa cette, splendeur? Comment enfin s'arrêta
cette ascension de notre race, de notre race pure,
vers le soleil levant des nationalités ? La
réponse,
Messieurs, l'histoire de cette douloureuse catas¬
trophe est écrite en lettres sombres sur les tours
incendiées et les châteaux démantelés de Toulouse,
de Béziers, de Carcassonne et de Beaucaire. »
Mais la tradition fut reprise par les « Sept Bour¬
geois de Toulouse » lorsqu'ils établirent la Com¬
pagnie du' Gai Savoir : Las Leys &lt;TAmors sont là
pour
témoigner des nombreuses règles qu'ils
établirent en vue d'instruire les ignorants et de
corriger les mauvais poètes : ad estructio dels ignorens e refrenamen dels fols e
nescis aymadors. Assu¬
rément, leur œuvre ne fut pas parfaite. Les Trou¬
badours de la geste « bourgeoise » médiévale se
sont

montrés

de la geste «

beaucoup

très

inférieurs

aux

Troubadours

aristocratique » féodale. Ils le devaient
enseignements pédantesques des
Gaye Science, suivant la mode du

aux
docteurs de la

temps. Ils sauvèrent du moins l'unité de la langue,
au lieu de la laisser péricliter dans la bouche des
«
gens de petite extrace », pour parler comme Vil¬
lon. Et

nous

la retrouvons exactement la même

�—

dans

les

actes

55

—

judiciaires,

contrats, etc., et dans les
leur

coutumes,
littéraires de

temps.

Dante
était

chartes,
œuvres

un

rêvait

d'une

monarchie

universelle

et

adversaire déclaré des individualités natio¬

nales. Il

ne voulait pas de la Chrétienté «à
plusieurs
têtes »; et, cependant, il admettait, il désirait
même une Chrétienté à plusieurs langues, et il

demandait la

séparation de l'Oc, de l'OïletduSi.
même temps, il réclamait l'unification
de chacune de ces langues pour les rendre plus
.compréhensibles, et il travaillait avec une sollici¬
tude touchante non seulement à perfectionner son
idiome natal, le toscan,
mais encore à « unifier
les quatorze dialectes de la Péninsule en un seul
type noble et beau ». Et il a si bien travaillé à
Mais,

en

cette unification

que son dialecte provincial est
langue nationale de l'Italie.
Tel fut aussi le programme élaboré par les Sept
Félibres de Fontségugne pour mettre un frein au
dévergondage verbal et écrit des Troubaires pro¬
vençaux, ces rapsodes populaires sans principes
et sans règles. Il ne suffit pas à Frédéric Mistral
de fournir des modèles à ses adeptes avec ses admi¬
rables poèmes de Mirèio et de Calendau. Il y ajouta
un dictionnaire
Lou Trésor dóu Félibrige —
et, pour étendre autant que possible, 1' « Empire du
Soleil » qu'il méditait, il eut recours à toutes les
compétences linguistiques non -seulement de la
Provence, mais encore du Languedoc, et il adjura

devenu la

—

l'Académie des Jeux Floraux de
il

rétablir à

ses

l'usage de la « langue historique », comme
l'appelait, c'est-à-dire la langue courtoise des

concours

�—

56

—

car celle-là seule était vrai¬
académique. Sans doute, il a
dit dans le préambule de Mirèio, qu'il chantait
pour les pâtres et les gens des mas. Mais il pré¬

anciens
ment

Troubadours,

littéraire et

conisait avant tout la délivrance

captive

de la Comtesse

:

Quau len sa lengo ten la clau
Que di, cadèno lou deliéure.

Mistral enten¬
langue aristocratique des Cours, et non
parler vulgaire des champs et des rues.
Nous devons suivre de si nobles traditions et

Et

ce

titre de «Comtesse «dit bien que

dait la
le

pas nous en tenir à tel ou tel dialecte avec ses
formes plus ou moins dégénérées. Et, s'il en est qui
n'ont pas encore aperçu
aux Sept Rayons
ne

l'Etoile

Frédéric Mistral a fait briller au ciel Occitan
pour nous guider dans notre marche vers un hori¬
zon plus étendu et des régions plus éthérées, qu'ils
se laissent conduire par la Pastorèla que vient de
nous envoyer Antonin Perbosc; elle
leur dira,
cette « Bergeronnette », avec toute la conviction
que-

d'une

convertie sincère
Se l'i

:

vezes

pas,

Aco's que vos pas pron

l'i

veire;

à forsa d'i creire
Qu'amie ta je l'aluearas.

L'Eslèla,

Chantecler
C'est la nuit

es

aj outerait

:

qu'il est beau de croire à la lumière.

C'est donc avec raison que nos poètes Occitans,
remplis de cette foi et animés par cette espérance,
s'étudient plus que jamais à rechercher les formes
normales de la langue d'Oc et que l'Académie des

�-

57

-

Jeux Floraux, revenue aux principes de sa fon¬
dation par les Sept Bourgeois de Toulouse, leur ré¬

plus belles fleurs printanières. Et qui sait
jour, l'Académie française ne les appellera
pas également à ses concours ? En 1852, elle a
bien donné à Jasmin un prix extraordinaire de
cinq mille francs et une médaille d'or frappée tout
exprès pour lui et portant ces mots : « Au poète
moral et populaire ». Sans doute, c'était « l'homme
de bien » qu'elle entendait surtout récompenser:
mais Villemain ajoutait qu'il était «de la meilleure
famille des poètes » et que l'Académie devait
d'autant plus l'honorer que « la France était assez
riche pour avoir deux littératures ». Quelques
années après, c'est Frédéric Mistral que l'Académie
française voulait appeler dans son sein, quoiqu'il
n'eût jamais rien publié en français. L'Acadé¬
mie sentait, en effet, que la littérature française
avait besoin d'un sang nouveau pour l'infuser
dans ses veines taries par le romantisme et
par le réalisme, et que c'était par les poètes
serve

si,

ses

un

du terroir que

cette

génération pouvait s'accom¬

plir. Mais l'amour du sol natal fut plus fort que
les séductions académiques, et Mistral déclina les
offres qui lui étaient faites. Malgré ce refus, l'Aca¬
démie française est restée toujours pleine de sym¬
pathies pour la langue d'Oc. Et quand elle
trouve

l'occasion de l'entendre résonner sous

sa

coupole, comme l'a fait naguère un de ses mem¬
bres, originaire des bords de la Garonne, —
M. Marcel Prévost, — pour donner une saveur
plus complète au récit pittoresque d'un épisode de
son pays natal, elle ne manque pas d'y
applaudir.

�—

58

—

Est-ce à dire que toutes
d'Oc

présentées cette année

les poésies

en

aux concours

langue

de l'Aca¬

démie des Jeux Floraux seraient

honneur? Nous

ne

saurions le

dignes d'un pareil
prétendre. Mais, s'il

est

d'insuffisantes, d'autres ne sont pas à dédai¬
quelques-unes sont vraiment intéressantes
par les sujets traités comme par leurs modes de
présentation.
en

gner et

I.

Même

-—

Prix Ozenne.

parmi les pièces non retenues pour des
Fleurs, plusieurs se sont fait remarquer, auxquelles
il a manqué peu de chose pour être mises au pre¬
mier rang. Nous citerons en particulier deux pièces
patriotiques en dialecte de l'Aveyron, l'une intitu¬
lée En soubeni de nùostres Mùorts (En souvenir
de nos Morts) et l'autre Le Pastre de Masnoubel
(Le Pâtre de Masnoubel). Nous devons y joindre
un sonnet : Lou Bièl
(Le Vieux) en dialecte de la
commune de Bages
(canton de Narbonne) et L\lnnoucent
(L'Innocent), en dialecte de la Chalosse,
dans les Landes. Mais toutes ces pièces ont
été
distancées par d'autres jugées plus méritantes.
Telle estla Pastorale (Pastouralu) dialoguée qu'a
présentée un poète de las lanas de Balensa (les plai¬
nes de
Valence-d'Agen), sur les bords de la Garon¬
ne.
Segondet, habillé en « Monsieur », une valise
à la main, s'apprête à partir pour la
grande ville.
Un vieux berger, Pierril, essaie de le retenir en
lui rappelant les bienfaits de la terre et les beautés
du sol natal. Segondet lui répond que
les ouvriers
de la ville prennent moins de peine et
gagnent

�—

5g

—

davantage. Pierril lui parle de sa maison familiale,
de ses parents qu'il abandonne, des souvenirs
ancestraux qu'il méconnaît, de sa liberté
qu'il va
aliéner. Mais Segondet reste sourd aux objurgations
de Pierril, car il trouvera dans la ville un vie
plus
douce

tous

les

plaisirs. « Pauvre enfant,
finissant, je te souhaite le bonheur
sur
lequel tu comptes; mais moi, je reste fidèle
à mon devoir terrien : comme mon
père et comme
mes aïeux,
je veux mourir où je suis né. » Le thème
n'est pas nouveau. Les vieilles églogues de Virgile
sont sans doute plus
poétiques. Mais l'auteur de
cette Pastorale, M. Joseph Cantagrel, à Goldech
(Tarn-et-Garonne), connaît bien sa langue. Il
s'est efforcé do l'écrire purement. On peut compter
sur lui
pour une réussite plus complète à l'avenir
En attendant, l'Académie lui alloue une Mention.
Il y a également de sérieuses promesses dans
le poème que Mme Abeilhou, de Lafrançaise
(Tarn-et-Garonne), a consacré à la Forêt de Francour
(A la Selva de Francor). La description qu'elle
en fait est pleine de
poésie, — une poésie tour à
tour gracieuse et élevée, chaude et vibrante, dénon¬
çant un vrai tempérament lyrique. Mais elle écrit
une langue un peu
artificielle. On y trouve, mêlés,
du gascon, du quercyaois, des mots pris aux vieux
Troubadours. Il y a, en outre, quelques maladres¬
ses dans la graphie. Ce qui est vraiment louable,
c'est l'effort vers l'unification de la langue, et une
avec

dit Pierril

en

Mention lui est accordée.

Elle

obtiendra

mieux

en
retrempant plus directement sa langue à son
parler maternel.
C'est ce qu'a fait M. Irénée Cuxac,instituteur

3*

�—

6o

—

(Aude), en écrivant une ode Al
lauragués (Au Laboureur lauraguais). Il
s'est contenté de son idiome local, qui est, du reste,
excellent, à peu près celui d'Auguste Fourès, et
à Montferrand
Bouiè

donner aisément la graphie
s'en est fallu qu'il n'ait obtenu
fleur. Il devra se contenter d'une Mention
honorable; mais nous y ajouterons des éloges,

auquel il aurait

pu

Occitane ; et peu
une

très

l'espoir de le revoir à nos concours pour y
un succès complet. Nous lui aurions de¬
mandé seulement plus de verve prime-sautière
et plus de chaleur communicative pour exalter

avec

obtenir

celui dont il connaît si bien le dévouement à

la

services rendus à la patrie.
Cette verve et cette chaleur qui caractérisent

terre et les

le vrai

poète lyrique, nous les retrouvons avec
marin à Arès, canton d'Audenge (Gironde), le poète épris des grandes mers

M. Emilien Barreyre,

ce n'est pas l'Océan qu'il chante cette
fois dans le dialecte gascon du pays de Buch. Ce
sont deux figuiers jumeaux dont il déplore la mort

folles. Mais

(La Mort dous dus Iligueys). Us avaient été plantés
du rivage et défiaient les flots
rongeurs. L'été, pêcheurs et résiniers aimaient la
dans les sables

fraîcheur de leur ombre et
fruits

savoureux.

bien des

noms

se

délectaient de leurs

Sur leur éwrce luisante

se

lisaient

d'amoureux. Us étaient sacrés pour

Cependant, un jour, une hache bar¬
qui les a fait disparaître, et rien ne
vit plus d'eux à l'endroit où ils étaient plantés.
Mais ils sont restés dans la mémoire des pêcheurs,
et le poète en veut conserver le souvenir. Nous l'y
aiderons en lui décernant, pour la seconde fois,

tout le pays.

bare est

venue

�—

6i

—

Rappel de VŒillet qu'il a obtenu en 1914.
Jules Cubaynes, de Saint-HilaireLalbenque (Lot), nous a envoyé quinze sonnets
en l'honneur de la
Vierge sous le titre général de
un

M. -l'abbé

Rozàri

(Rosaire). Ces sonnets sont écrits dans le
Haut-Quercy, dont il connaît admi¬
rablement le parler vivant du peuple. Il a adopté
la graphie Occitane : ce
qui rend son oeuvre d'au¬
tant plus intéressante. L'effort savant n'est
pas
douteux; mais il se ressent trop parfois du souci
qu'a l'auteur de ramener les vocables à leur source
dialecte du

latine. Il faut savoir ne rien exagérer et tenir
compte des lois de la morphologie. Ces réserves
faites, on ne peut que louer tous ces sonnets qui
se succèdent comme les
grains d'un chapelet et
qui forment autant de chapitres caractéristiques
de l'histoire de la

Vierge : Y Annonciation, la Vi¬
sitation, la Présentation, auxquels succèdent les
Mystères douloureux » de la Mère du Christ : la
Flagellation, le Couronnement d'Épines, le Chemin
de la Croix, VAgonie, et qui se
terminent par les
.«
Mystères glorieux » delà Résurrection, de Y Ascen¬
sion, de la Pentecôte, enfin du Couronnement de
la Vierge, inspiré par le fameux tableau de San«

dro Botticelli. Le
valeur

tout

inégale, mais

forme

un

ensemble

de

témoignant

d'un travail
d'un
lau¬
réats habituels. Il a obtenu un Œillet en 1918,
une Primevère en
1919, un Rappel de Primevère
considérable que l'Académie a récompensé
"Lis. M. l'abbé Cubaynes est un de nos

en

1920. Nous attendons de lui un nouvel effort pour
donner une œuvre maîtresse qui le classe dé¬

nous

finitivement parmi nos meilleurs poètes

Occitans.

�62

Voici

un

nouveau venu.

M. Jules Bourrilly

juge de paix à Rabat, et il nous a envoyé du
une
œuvre copieuse intitulée Sidi- Yahia,
qui n'est autre que la légende de saint Jean à
travers le monde et l'âme arabe. En ce temps-là,
est

Maroc

légende maugrabine, un homme
qui vivait à Tibériade, Maître Jean, fils de Jonas le Peseur, avait
vu en songe Monseigneur
Jésus qu'il avait accompagné jadis dans ses pré¬
dications en Galilée, et Monseigneur Jésus lui avait
dit : « Tu t'es flétri pendant assez d'années dans
la macération. Pars dans un grand voyage pour
te diriger vers le Père céleste. » Mais Jean avait
répondu : « Maître, plus desséché qu'un vieux
tonneau abandonné aux ardeurs du soleil, jamais
je n'aurai la force de dépasser même les portes
de la ville. » A quoi Jésus avait répliqué : « Laissetoi conduire comme un aveugle au bon abri, et
je te mènerai, par des sentiers de myrtes, vers le
bercail des élus ». Et Jean était parti, vêtu de
haillons gris, assis tout branlant sur sa chamelle,
avec ses deux serviteurs, le suivant à pied. On eût
dit un squelette cheminant à travers les déserts,
les vastes espaces où croît le jujubier sauvage, les

raconte

la vieille

vallons stériles et les collines dénudées.

temps où il avait connu Jésus,
notable, un homme riche et dur à ses
semblables, enfoncé dans les basses jouissances,
fréquentant les mauvaises compagnies, hantant
les tavernes, allumant du feu le jour du sabbat et
en faisant un jour de paiement (choses abomina¬
bles !). Mais un matin qu'il était allé à Capharnaum,
dans la maison du péager Mathieu, il y avait ren-

Autrefois,

Jean était

un

au

�—

contré Jésus

63

—

avec ses
disciples. Il avait entendu
enseignements. Il l'avait vu ressusciter la fdle
de Jaïre, qui était le chef de la
Synagogue, et il
avait senti la paix véritable
s'emparer de lui comme
une flamme irrésistible.
Il avait juré de diriger
sa vie suivant les
préceptes de Jésus et il l'avait
accompagné jusque sur le Golgotha. Puis, il avait
vendu son bien pour en distribuer le produit aux
pauvres de la ville. Et, avec deux serviteurs, il
vivait d'aumônes, se rendant de bourgade en bour¬
gade, conjurant les sorts et guérissant les malades.
Or, Jésus voyant l'oeuvre de Jean accomplie, lui
apparut en songe et lui dit : « Il est l'heure. Lors¬
qu'il voit l'Etoile, le pâtre rentre. » Et Jean répon¬
dit : « Ainsi soit-il, Maître. » Le pauvre vieux
n'avait plus rien que l'âme. Ses serviteurs, avec
précaution, le chargèrent sur la chamelle qui,
douce, s'agenouilla pour le recevoir sur son dos.
Et, tous ensemble, ils prirent le chemin vers l'hori¬
zon où se couche le
soleil, traversant les sables et
les dunes sans fin, arrivant jusqu'à la mer dont
ils suivirent le rivage. Rien ne les arrêtait, ni les
déserts, ni les montagnes; et cela dura des lunai¬
sons et des lunaisons,
lorsqu'un spir, arrivée à un
bosquet de térébinthes, la chamelle, à bout de
forces, s'arrêta et s'accroupit sur le gazon. Le saint
homme, également accablé, se laissa choir sur le
sol; un tremblement secoua tous ses membres,
et la sueur de l'agonie le
prit. L'Ange de la Mort
le tenait affectueusement dans ses bras, surveillant
sa face bouleversée;
et, lorsqu'il fut temps, il lui
enfonça dans la poitrine son poignard effilé et
empoisonné. Les deux serviteurs ont creusé pour
ses

�—

—

de la source qui jaillit
pied des térébinthes. Ils l'ont couverte de bran¬

leur maître
au

64

une

fosse près

ches et de feuilles. Ils ont ramené la terre et élevé

au-dessus

de cailloux. Puis, ayant rempli
envers leur maître leur devoir de disciples, et gar¬
dant la mémoire de ses paroles, ils ont repris leur
un

course vers

tas

les hasards du lendemain. Pendant

ce

temps, l'humble chamelle s'est étendue sur le sol,

allongeant son museau vers le bord de la tombe,
et, fidèle et soumise comme elle avait toujours
été, elle s'est laissée mourir d'inanition.
Pour apprécier dans toute sa saveur cette légende
concernant

Sidi-Yahia

ben

Joànes

—

maître

— comme l'appellent les Arabes,
lire le récit dans le texte original, car la

Jean, fils de Jonas
il faut

en

langue provençale qu'a employée M. Bourrilly
est savoureuse autant que pittoresque. La forme,
d'antre part, est relativement nouvelle : il s'est
servi du vers libre basé sur la mesure des pieds
rythmiques et sur l'unité formelle du vers, terminé
régulièrement par des syllabes muettes nonrimées.
M. Bourrilly a pris pour modèle le Poème du Rhône
de Frédéric Mistral, — un chef-d'œuvre non moins
que Mirèio et Calendau, — et son essai a été jugé
favorablement par l'Académie, qui lui a décerné
une Primevère.
Toutefois, nous ne saurions con¬
seiller à nos poètes Occitans d'user habituellement
de la forme poétique employée par M. Bourrilly.
Mistral lui-même ne s'en est servi qu'une fois;
et, quoique le Poème du Rhône soit une de ses
œuvres maîtresses, on ne peut s'empêcher de cons¬
tater que ses vers terminés invariablement par des
muettes

féminines

non

rimées finissent par pro-

�_

duire

une

C'est

65

—

monotonie extrême,

difficile à supporter.

dans

l'Amérique du Nord, pendant la
Grande Guerre de 1914-1918, qu'a été composé
le recueil de poésies en langue d'Oc intitulé A trabès
nostrosPalhados{Au Seuil de nos fermes)1. L'auteur,
M. Frédéric Cayrou, est originaire d'un « village
perdu » des environs de Castelsarrasin, les Calbets.
Il avait été envoyé aux États-Unis et au Canada,
en qualité de vétérinaire affecté au service des
remontes. Puis il avait été commis à l'inspection
du ravitaillement sur les ports de New-York,
Boston, Portland, etc. Pendant les longs déplace¬
ments qu'il était obligé de faire en ces pays immen¬
ses, il lui arrivait souvent de passer des nuits et
des journées entières dans les trains. Au cours
de ces voyages que la. fréquence rendait forcément
monotones, sa pensée se reportait vers le coin de
terre où il avait grandi parmi les paysans et où il
avait apprécié les saines beautés de leurs occupa¬
tions champêtres. Il se mit à traduire en vers ses
souvenirs, et le nombre de ses pièces est devenu
si considérable qu'elles ont fini par former un recueil
de plus de cent pages petit in-4°. M. Frédéric Cayrou
a trouvé des accents émus et simples pour célébrer
la terre aimée. Il en dit les saisons et les mois, les
jours et les heures. Il nous confie en de courts et
délicats poèmes les tendresses de sa vie d'enfance
et de jeunesse. Les confidences se mêlent agréable¬
ment

aux

paysages

qu'il sait peindre

avec

des

traduction, qui ne contient aucun mot du
fidèle que possible quant au
sens, qui ne serait nullement rendu par une traduction
littérale. On sait que palhado signifie «cour de ferme».
1.

Cette

texte, est cependant aussi

�—

66

—

touches exactes,

de même qu'ils sait aussi avec
impressions et exprimer ses
sentiments. La langue dont il use est le parler vul¬
gaire de Castelsarrasin qu'il connaît à merveille
et qu'il a noté très exactement. Son effort s'est
borné à éviter l'emploi des mots francisés. Son
œuvre fait penser au premier livre de Paul Fro¬
ment : elle n'est pas moins intéressante. Nous
signalerons parmi ses pièces les mieux réussies :
Coumo se causson (Comment se chaussent les
paysans), La Lèbre (Le Lièvre), Lou Trigos (sorte
de chariot rudimentaire pour transporter la char¬
rue), Las Caminolos (Les Sentiers). Elles lui ont
justesse noter

valu

un

ses

Œillet.

M. Antoine Rey habite

Agen. Mais il est ori¬
ginaire de Moissac, et il nous a envoyé trois belles
pièces lyriques sous le titre de Cants Carsinols
(Chants Quercynois). Dans l'une de ces pièces, il
chante son pays « à l'écorce dure et à l'âme sau¬
vage. »
Moun

pais

la rusco rufo e l'amo auribo,
forte e cal l'èime ardourous
Per.regar de selhouns soun tue escalabrous
E raibar dei meissouns dins sa pèiro en frachibo.
a

E cal la relho

Quoiqu'il soit rude, revêche et mauvais hôte,
Quercy gardait ses enfants et ses coutumes anti¬
ques; il conservait son vieux parler, son parler
occitan. Mais, peu à peu, le machinisme l'envahit :
on
y laboure sans bœufs. C'est le progrès! et, avec
lui, rien ne compte plus que l'or et le bien-être.
La langue est mise au tombeau avec la tradition
séculaire. Pour recueillir la flamme qui meurt au
le

�—

sanctuaire,

nous

67

—

remettrons l'huile sainte

au

crois-

set du Passé.

A côté de cette ardente

protestation patriotique,
également citer la pièce intitulée Un Rai
dins la Fount (Un Rayon dans la Fontaine), d'une
inspiration plus douce et d'une forme plus harmo¬
nieuse. La langue est épurée : il ne manque à
l'auteur que d'adopter la graphie Occitane pour
se
classer parmi les meilleurs poètes actuels.
M. Rey a été notre lauréat en 1910 avec un
Œillet, et en 1911 avec un Rappel à'ŒiZfei^jGçtjte.
fois, l'Académie lui décerne une Églantiue.
il faut

./*fcm ,.-yf ■ ;
II.

—

Prix Pujolà

Les concurrents des Prix Ozenne

nous

avaient

donné de

grandes satisfactions. Ces satisfactions
sont plus grandes encore avec les concurrents du
Prix Pujol.
Dès ses premiers débuts devant nous, M. L.
Dellian, de Toulouse, se fait remarquer par une
excellente pièce intitulée La Legenda do Milh (La
Légende du Maïs).
L'auteur a hardiment entrepris la restauration
d'un sous-dialecte gascon qui s'est illustré entre
tous dans notre

littérature. Ses maîtres sont Guil¬

Ader, d'Astros, Bernard de Saint-Salvy,
le moins connu, et qui cependant les
dépasse tous, le véritable précurseur de nos meil¬
leurs écrivains occitans actuels, Pierre de Garros,
laume

et surtout

qui, vers le milieu du seizième siècle, adressait

�—

à

ses

68

—

compatriotes ce fier appel qui ne devait être
trois cents ans plus tard :

entendu que

Armem-nos de

plumas agudas
lengatge,
Per qu'oui prezique d'atge en atge
La gent, la bera parladora...
Per

ornar

lo Gascon

Per Vhonor deu pays sostengue
E per sa

Ah!

dignitat mantengue.

qu'il est à souhaiter que tous les félibres
s'inspirent do Garros comme celui-ci
inspiré!
Voici, nous dit M. Déllian, ce que conta la grand'mère, au coin du feu, un soir, tout en filant sa
quenouille de lin : Il fut un temps où les jeunes
filles de nos contrées ne songeaient qu'au plaisir,
et le jour et la nuit. Au galetas poussiéreux avaient
été relégués la quenouille et le fuseau. Aucune
ne filait plus même les
draps du lit nuptial. Il
en résulta sur le
pays une telle honte que bientôt
on ne vit plus aucun
épouseur pour mener une
jeune fille à l'autel. Pendant qu'ainsi tournait mal
tout le pays, les aïeules d'antan,
les vaillantes
fileuses qui avaient toujours suivi les sentiers con¬
duisant au Paradis, s'émurent dans le ciel. Elles
allèrent trouver Dieu pour lui demander de sauver
leurs petites-filles perdues. Mais Dieu leur dit :
Saintes femmes, allez aux champs où vous avez
vécu et voyez vous-mêmes quel est le remède qui
pourrait guérir le mal; je vous en laisse le choix. »
Les grand'mères aussitôt descendent sur la terre.
Elles retrouvent sans peine chacune son clocher
et sa maison. Elles vont aux champs
qui les avoigascons
s'en est

«

�—

6g

—

sinent, et, pendant la nuit, toutes

y plantent leurs
quenouilles d'autrefois. Puis, elles retournent au
ciel comme un vol de palombes. Quand vint le
matin, les jeunes filles virent toutes les combes
couvertes de belles tiges au vert feuillage, et, à
leur sommet, les quenouilles portaient chacune
un gros épi garni de grains dorés. Stupéfaites de ce
miracle, les filles des champs changèrent désormais
de vie. Toutes, bientôt pardonnées de Dieu et
sauvées du péché, filèrent leur quenouille en gar¬
dant un troupeau. Chacune trouva un fiancé vail¬

lant et beau.
Cette

simple légende vaut surtout par la façon
magistrale dont elle est contée. La langue, très
habilement restaurée, est à la fois savante et rus¬
tique; elle est en contact direct avec le parler
populaire qu'elle rehausse dans sa « dignité »,
selon le mot de Garros; elle ne s'entache d'aucun
des archaïsmes dont ne se sont pas assez gardés tels
autres de nos lauréats. Avec cela, quel beau lyrisme
calme et serein dans

ces

teurs de la noblesse et

des travaux,

vers

de la

des saisons

sobrement évoca-

poésie des champs,

:

qu'autan, au cohin o pe's prats,
Au carelh, au sorelh, tota sazon, hilauan
Hiu de lana o de lin, à la canson do grilh,
Las conolhas

Estogon d'aqui enlà lo Milh, lo brave Milh.
Est-il

possible de mieux résumer, en quatre vers,
pleins qu'ils constituent un tableau grandiose,
toute la vie des Pileuses qu'accompagne, — au
coin du feu comme dans les prés, à la lampe comme
au soleil, — la chanson du grillon?
si

L'Académie est heureuse de décerner à l'auteur

�—

7o

—

part du prix Pujol s'élevant à trois cents
francs.
une

Si le recul manque encore aux
en des œuvres
épiques la

brer

poètes

pour

plus grande

célé¬

guerre

qui ait existé dans tous les temps, il serait profondé¬
ment injuste de n'accordei aucun mérite aux
poé¬
sies patriotiques d'Edmond
Rostand, d'Idenri de
Régnier, d'Henri Bataille, de Paul Fort, d'Emile
Verhaeren, de la Comtesse de Noailles-et d'autres
encore.

En attendant le

grand poète national capa¬
géniale à la hauteur des
événements formidables qui se sont
accomplis de
1914 à 1918, nous devons donc nous contenter des
poèmes fragmentaires relatant les exploits des
héros de notre temps. « Des braves ont vécu avant
Agamemnon, disait Horace; mais ils sont enseve¬
lis dans une nuit
d'oubli, parce qu'ils ont manqué
d'un poète sacré. » C'est un de ces braves
dignes
de passer à la postérité, et
qui serait resté inconnu
sans un
poète révélateur appartenant à son pays,
qu'a chanté M. Jean Ladoux, professeur du Col¬
lège Henri IV, à Béziers, sous ce titre caractéris¬
tique : Bon lauraire, bon soldat.
En effet, « le laboureur-soldat » a été le
principal
artisan de la victoire française. Il ne
s'agissait pas,
cette fois, de se" livrer à des antithèses
fulgurantes
comme celles
que Victor Hugo a prodiguées dans
son Année terrible. Nous sommes en
présence d'un
simple paysan du Rouergue forcé de quitter inopi¬
nément sa charrue pour être mobilisé et
qui, sur
les champs de bataille, s'est montré à diverses
reprises l'égal des anciens preux par son courage
et par son dévouement. Un
jour, notamment, à lui
ble de

produire

une œuvre

�seul, Camille Pagès
avec

de la

a

capturé douze Allemands

leur

mitrailleuse, et il a été fait chevalier
Légion d'honneur. C'était là une page d'his¬

toire vécue, à

la fois document et poème, « vérité
poésie », comme disait Goethe, et elle a remarqua¬
blement inspiré M. Ladoux, qui a fait de son héros
un
Guilhem de Toloza paysan. Le poème
qu'il
a
composé a l'allure d'une grande chanson popu¬
laire. Il est rapide, sobre, plein de force et d'éclat.
On y trouve beaucoup
d'expressions rustiques
savoureuses et bien
employées. Il peut être con¬
sidéré comme un des meilleurs poèmes épisodiques qu'a inspirés la dernière guerre. Il vaut à
l'auteur une somme de trois cents francs à prendre
sur le Prix Pujol. M. Ladoux a été
plusieurs fois
lauréat de l'Académie. Il a obtenu une Eglantine
en 1913 et deux
Rappels en 1919 et en 1920.
A la petite épopée du laboureur-soldat du Rouergue est venue s'ajouter la grande Canson de Ramon
de Sant-Gilles (La Chanson de Raymond de SaintGilles), par M. Simin Palay, majorai duFélibrige,
publiciste à Pau.
Raymond IV, comte de Toulouse et de SaintGilles, fut un des hommes les plus remarquables
du moyen âge. Il fut aussi, parmi les comtes de
Toulouse, celui qui donna le plus d'illustration à
sa maison. Tous les annalistes de son
temps, tels
par exemple Guillaume de Tyr, considéré comme
un des historiens les mieux renseignés et les
plus
impartiaux des événements arrivés en Terre-Sainte
depuis 1095 jusqu'en 1184, l'abbé Guibert, auteur
de YHistoria hierosolymilana seu Gesta Dei per
Francos, Guillaume de Malmesbury, en sa chroniet

�—

72

—

que De gestis rerurn Anglorum, et même Raoul
de Caen, l'historien et l'admirateur de Tancrède

qui fut

un ennemi acharné de Raymond de SaintGilles, s'accordent à proclamer les mérites de ce
prince et à rendre hommage à l'élévation de son
caractère. Les Troubadours

ont

célébré

enthousiasme et les Preux ont

avec

son

nom

envié

ses

exploits. Il avait d'abord combattu les Sarrazins en
Espagne, et on l'a fait le compagnon et l'émule du
Cid, de ce héros tellement vanté, tellement mis
au-dessus des proportions humaines qu'on ne sait
plus aujourd'hui ce qu'il y a de vrai ou de menson¬
ger dans les hauts faits qui lui sont attribués et
que certains sont allés jusqu'à le considérer comme
un
mythe. Raymond de Saint-Gilles devait se
signaler surtout pendant la première Croisade.
A deux reprises, il refusa la couronne de roi de
Jérusalem qui lui était offerte par ses pairs. Il
portait sur sa figure des traces glorieuses de sa
valeur, ayant perdu en Espagne un oeil qui lui
fut enlevé par une flèche sarrazine. Cette bles¬
sure

rehaussait l'éclat de

sa

bonne mine devant

les soldats

qui l'avaient en singulière estime et
en profonde
vénération. Il possédait, du reste,
dans le fond de l'âme, toutes les qualités qu'on
pouvait souhaiter pour en faire un grand prince
et un parfait honnête homme ; aimant sur tou¬
tes choses l'honneur, la justice, la bonne foi ;
gardant invariablement sa parole ; étant sage,
prévoyant à tout, magnifique, prudent dans
les conseils et inébranlable dans

Mais, s'il était
était

«

lion

avec

« agneau avec
les superbes »,

ses

résolutions.

les humbles

dit

un

»,

il

chroniqueur

�~

l'i

—

contemporain, et il ne les ménageait pas : d'où
conflits parfois avec certains chefs de la Croi¬
sade. Dans son poème de la Jérusalem délivrée,
placé à juste titre parmi les chefs-d'œuvre de la
littérature italienne, Le Tasse n'a pas été tou¬
jours équitable à son égard. Mais il serait trop exi¬
geant de demander à un poète de sacrifier des con¬
trastes piquants et de brillantes images à la simple
vérité. M. Simin Palay a été plus véridique. Il
s'est conformé aux vieilles chroniques et il nous a
ses

donné

œuvre de haute envergure rendant un
hommage à la mémoire d'une grande et

une

brillant

noble existence dont s'honorent tout à la fois le

Languedoc et la Provence. Les strophes succèdent
aux
strophes pleines d'élan lyrique et disant bien,
d'abord ce que Raymond fut en Espagne où, pour
le remercier de

son valeureux concours, le roi de
Castille, Alphonse-le-Grand, lui donna en mariage
sa troisième fille, Elvire, avec une belle dot en ar¬
gent; puis comment, plus grand encore, il se montra
pendant la première Croisade, bon pour tous ceux
qui le suivirent en Palestine, tendre pour sa femme
et son nouveau-né, mais terrible aux Musulmans.
Il lui associe son compatriote, le vicomte de Bëarn,
Gaston le féal, le juste et l'habile; il les réunit tous
deux dans sa Canso, comme ils furent liés durant
/
toute la Croisade; il termine chacune des stro¬
phes enflammées qu'il leur consacre par le cri de
Hoi! qui ponctue d'ordinaire les chants de bravoure
et d'allégresse béarnais, et qui est l'équivalent
du cri provençal Zóu et du cri français Hourrah !
L'Académie y ajoute les sons trébuchants de cent

écus.

�—

III.

Si les
sérieuses

—

œuvres

—

Œuvres imprimées.

manuscrites

satisfactions,

féliciter des

nous

74

nous

ont

donné de

avons également à
imprimées.

nous

œuvres

Celle qui est intitulée Rabelœs à Mount-Pelié
(Rabelais à Montpellier) émane d'un poète plein
de

verve

Elle fait
concerne

d'un

et

érudit

des mieux

renseignés.
revivre, d'après la tradition, tout ce qui
la vie des étudiants de l'Université

au

seizième siècle. Une aventure d'amour y est

mêlée
qui rappelle quelque peu celle de Mignon dans les
Années du voyage de Wilhem Meister, par Gœthe.
Au nom de Rabelais, le cœur de Lamartine se
soulevait. « Ne parlons pas de Rabelais, écrivait-il
dans son Cours familier de Littérature, le
génie
ordurier du cynisme, le scandale de l'oreille, de
l'esprit, du cœur et du goût, le champignon véné¬
neux et fétide né du fumier du
cloître, le pourceau
grognant de la Gaule, non le pourceau du troupeau
d'Epicure, comme dit Horace,
...

Epicuri de

grege porcum,

mais le pourceau des moines
défroqués se délec¬
tant dans sa bauge immorale et faisant
rejaillir
avec

de
lier

délices les éclaboussures de

son

siècle...

»

L'auteur de

«

sa

lie

sur

Rabelais à

la

langue
Montpel¬

partage pas ces sentiments d'exécration.
en Rabelais un
joyeux étudiant capa¬
ble des plus humoristiques galéjades; s'il met dans
sa bouche
l'éloge pompeux des vins du Midi :
» ne

S'il montre

�-

75

-

Tavel, Saint-Christol, Saint-Aunès, Saint-George,
et

surtout Lunel

:

O Lunel !

Rei de

s'il le fait le

toutes lous

vis,

rex

muscat

d'or,

et imperator !...

boute-en-train de toute la jeunesse
en fait aussi le savant par excel¬

universitaire, il

lence, le guérisseur des malades, le protecteur de
justicier des criminels.
Il ne peut rendre
Belou, volée dans son enfance
par le soudard Malcroc, à la noble famille flamande
de Dinanstal, parce qu'elle a été assassinée
par
son prétendu
père au moment où elle va devenir
la femme légitime de son cousin
Garlos, étudiant
à Montpellier; mais il y
emploie les soins les plus
habiles comme les plus
dévoués; et, après sa mort,
il console tous ceux qui la
pleurent, il relève tous
les courages, il « fait nager dans le
ciel, avec leurs
ailes toutes grandes, les âmes au-dessus des tris¬
tesses de la vie, en buvant au divin flacon du
l'innocence et de la vertu, le

savoir

»

:

Fai nada dins lou ciel, l'ala ben
espandida,
Toun ama per dessus lou Iristum de la vida!

Crei

Dieu, tèn-te naut, siègues gai e béu jresc,
cousoularàs, coumo iéu, Rabelœs,
En beguent au divin flàscou de la
sciença...
en

E te

L'auteur de cette pièce distinguée et considéra¬
ble, M. F. Dezeuze, est bien connu à Montpellier
par de nombreuses œuvres en langue d'Oc : chan¬
sons, pastorales, comédies, drames. Il est, en outre,
l'éditeur d'un joyeux journal
hebdomadaire, La
Campana de Magalouna (La Cloche de Maguelone),
où il écrit des poésies d'actualité sous le
pseudo¬
nyme de VEscoutaïre. Il lui restait à se faire con-

�—

76

—

naîtré à l'Académie des Jeux
lœs à Mount-Pelié y a
valu une Primevère.

Floraux, et son Rabeété fort apprécié: il lui a

Enfin, voici qu'après être restée longtemps à
l'écart, la Corse vient mêler sa voix au concert
de nos cigales ! Et cette voix, écho fidèle de la vieille
Chanson Latine, est à la fois mélodieuse et puis¬
sante. La langue Corse, comme un des nôtres l'a
déjà dit, « est une rameau direct de la langue d'Oc ;
sous la plume de M. J.-P.
Lucciardi, elle s'est révé¬
lée un instrument d'expression de premier ordre,
un idiome des
plus souples et des plus littéraires, »x
Le poète qui nous présente aujourd'hui ses Canti
Corsi (Chants Corses) jouit dans l'antique Cyrnos
d'une notoriété bien méritée, comme auteur dra¬
matique. Ses drames : A Vindelta di Lilla (La
Vengeance de Lilla), Maria Jentille, etc., écrits en
dialecte de la région du Nebbio, partie septentrio¬
nale de « l'île de beauté », ont obtenu le plus grand
succès sur la principle scène de Bastia; mais c'est
pour la première fois que M. J.-P. Lucciardi nous
apparaît comme poète lyrique. A la vérité, son
lyrisme est souvent discret et contenu, et, si l'Élé¬
gie était encore à la mode, nous le classerions plu¬
tôt parmi les meilleurs élégiaques. Quoi qu'il en
soit, rares sont, de nos jours, ceux qui savent expri¬
mer comme lui les nobles
sentiments, les douleurs
morales, les regrets du passé. Dès le début de
Canti Corsi, nous entendons les Lamentations de
la Corse (Lamentu di a Corsica). Elles sont poi¬
gnantes. L'Ile infortunée, trop souvent oubliée
(1) Cf. Lo Gai Saber, n° 4, mars-avril 1920.

�77

—

de la
elle

—

métropole, déplore

se

sa misère, l'abandon où
voit réduite et surtout les querelles intes¬

tines, et parfois sanglantes, dont elle est encore le
théâtre. Soudain, ses plaintes se transforment en
véhémentes imprécations, et alors c'est le grand
souffle qui passe... « Rotondo et Cinto, s'écrie-t-elle,
que faites-vous dans les hautes régions ? Pourquoi
ne descendez-vous pas pour abîmer ces
plaines et
tout bouleverser : routes et monts, maisons et
arbres, ne laissant partout que ruines et désolation?
Et toi, Liamone, et vous, Golo et Tavignano,
impétueusement répandez-vous au loin! Portez
l'angoisse partout et n'épargnez rien, afin que
chacun cherche en vain son village ! Fièvres mali¬
gnes, et vous, animaux de proie, accourez tous, et,
du soir au matin, ravagez ces campagnes! Semez
partout la ruine et que le plus lugubre silence désole
ce
pays! Oiseaux charmeurs, fuyez ces lieux!
Soleil, étoiles, ne les éclairez plus! Laissez dans
les ténèbres ces terres de discorde! Que celles-ci
soient

éternellement

vivant!...

abandonnées

de

tout

être

Mais

grâce, Seigneur! Epargnez-nous
aveuglée par ma grande dou¬
leur... Ma raison s'égare, tant je souffre!.. »
Remarquons, en passant, un beau sonnet sur la
mort de Mistral, dont voici la fin :
ces

fléaux! Je suis

E la Corsica anch'ella è addulurata

Bccchj e zitelli, tutti ti pienghjmu.
Tu, chi onorasti a Francia quanle

:

u

primu !

(La Corse tout entière est dans la tristesse :
jeunes, tous te pleurent, toi, ô
Frédéric Mistral, qui fais si grand honneur à la
les vieux et les

France!)

�—

78

—

Écoutons un patriotique Chant Corse (Cantu
Côi'su) inspiré par la Grande Guerre et où retentit,
comme au
temps de l'héroïque résistance contre
l'oppression de Gênes, le fameux Colombo (conque
marine); laissons-nous émouvoir par le désespoir
de Lilla, à laquelle on apporte son amant assassiné,
et par quelques autres
coceri, genre littéraire
tout particulier à la Corse, et arrivons à la troi¬
sième partie du recueil,
qui en est incontestable¬
ment la plus belle. C'est là, en
effet, que le poète
trouve sa meilleure
inspiration pour nous dire ses
regrets des us et coutumes corses maintenant à
peu près disparus. C'est ainsi que sont évoquées
et que nous apparaissent, et
que nous parlent com¬
me des
personnes, de bien vieilles personnes, ces
choses du passé corse: la Lampe à huile
(A Lumera),
la Torche de bois résineux ( A Deda), la
Quenouille
(A Rocca), le Four démoli (U Fornu zappatu),
le Tamis (U Stacciu), la Cafetière (A
Chicarra),
la Mantille des femmes corses (A
Falletta), le Bon¬
net Phrygien (A
Barretta-misgia), la Cartouchière
(A Cherchera), vêtement des anciens Corses, qui
était un vrai magasin, car « on y
trouvait des
ciseaux, un couteau, un petit miroir, un peigne,
un
briquet, un morceau de silex, une pelote d'ama¬
dou, une aiguière, du fil, une alêne, un rasoir, du
chanvre, des aiguilles, de petits clous, de la poix,
du suif, des balles, de petits
plombs, de la poudre,
des chapelets et des amulettes! »
Hélas ! il faut

nous

borner à cette sèche énumé-

ration; mais, pour donner une idée de cette poésie
évocatrice qui est du meilleur aloi et d'une
grande
valeur morale, citons ces
pathétiques accents

�du pilone, manteau traditionnel, tissé en
poil de
chèvre, des paysans et des bergers corses :
Pourquoi, Corses, m'avez-vous délaissé sitôt?
«

Demandez à Sambucucciu s'il m'a oublié! De¬
mandez-le à tous ceux d'autrefois!
«

Demandez à

Sampiero,

vieux Cardone ou à
que valait le pilone! Demandez-le
à Lœtitia Ramolino, quand elle était au lac de Nino !
« Et
toi-même, Napoléon, combien de fois tu
t'es roulé sur le vieux
pilone que tu trouvas à
Milelli, lorsque, trahi et effrayé, tu revins de
Pascal Paoli

au

ce

Sardaigne!
«

Ce fut à

mon

contact que

tu acquis l'énergie,
l'intelligence, le génie qu'il te fallait pour devenir
un
grand Empereur!
Tous vos aïeux, Corses, où se sont-ils
logés, si
ce n'est dans le
pilone, qui les a toujours préservés
sur les monts et dans les
plaines, de la pluie, de la
glace et de la neige?... »
«

Voilà de la noble et belle poésie ! Voilà des chants
a le droit d'être fière et
auxquels
l'Académie a unanimement applaudi. C'est pour¬
dont la Corse

quoi elle
une

a

décerné à leur auteur, M. J.-P. Lucciardi,

Ëglantine d'argent.

En

1913, l'Académie des Jeux: Floraux a décerné
ses premières fleurs à un
jeune poète de
Pontacq (Basses-Pyrénées), sur lequel elle fondait
les meilleures espérances. Mais,
peu après, M. JeanBaptiste Bégarie était
incorporé comme sol¬
dat dans un régiment
d'Afrique. Il aimait nos
concours, et son ambition était d'y glaner bien
d'autres récompenses. Il avait, en conséquence,
préparé quelques poèmes, lorsque la mort est
une

de

�—

venue,

8o

—-

la mort sur le champ de bataille, face à l'en¬
son oncle, M. l'abbé Bégarie, n'a pu que

nemi. Et

recueillir

pieusement

ces

reliques, les faire impri¬

présenter à l'Académie. On trouve dans
ce recueil des pièces charmantes, pleines de foi et
de cœur, vibrantes de patriotisme. C'est ainsi qu'en
janvier 1914, comme s'il avait le pressentiment de
mer

et les

la Grande Guerre

fusil et il s'écriait

qui allait surgir, il chantait son
: «

Je te brandis, fusil, comme

harpe féale, et lorsqu'il faudra, demain, sonner
le terroir, comme elle tu vibreras dans mes
vaillants, et je te ferai vainqueur. » Hélas, il
ne devait pas voir la victoire française. Il est tombé
à Roclincourt le 17 janvier 1915. Il a été décoré

ma

pour
bras

de la médaille militaire et de la Croix

L'A,cadémie s'associe

deuil de

au

sa

de guerre.
famille et à

lui ont rendu les poètes de la Gasy/xfì-'iiogne en décernant à son recueil posthume un
l'hommage

^0/'^
.

O

que

Rappel d'OEillet.

0/

v

*

t&gt;*^'

La Mort

—

*

*

la Mort impitoyable

—

ne

fait pas

champs de bataille : elle
est venue chercher des victimes dans les rangs de
l'Académie. Sa dernière proie a été notre illustre
maître ès Jeux, Jean-Paul Laurens. Sans doute,
il est décédé plein de jours, à quatre-vingt-trois ans;
mais il avait conservé toute l'activité d'un esprit
alerte et d'un corps infatigable, toute la puissance
de travail et de production qui lui était habituelle.
Sa fin rapide fut une surprise d'autant plus doulou¬
reuse à tous ceux qui connaissaient et
qui appré¬
ciaient les mérites de l'homme et le talent de l'arsa

moisson

sur

les seuls

�—

8i

-

tiste. C'était pour nous un compatriote et un vieil
ami. Dès notre première jeunesse, nous l'avions
trouvé dans la société de Bernard Bénezet

(qui
plus tard lauréat à diverses reprises de l'Aca¬
démie, maître ès Jeux, enfin mainteneur), alors
que nous recevions de son père, M. Etienne Bénezet,
des leçons de littérature et de philosophie. Tous
fut

deux étaient alors élèves de l'École des Beaux-Arts
de Toulouse; tous deux devaient devenir ses lau¬

réats, aux concours triennaux pour la Bourse de
Paris, et tous deux promettaient de fournir une
brillante carrière dans la peinture. Mais Bernard
Bénezet s'arrêta à mi-chemin. Il rentra à Toulouse,
n'ayant pas la patience d'attendre le succès à
Paris. Jean-Paul Laurens, au contraire, ne déses¬
péra pas de l'avenir et il a fini par conquérir une
renommée mondiale. Mais il n'a jamais oublié la
petite patrie Lauraguaise où il était né, non plus
que la cité éducatrice où il avait fait ses premières
études artistiques, et il leur a consacré des pages
magistrales qui témoignent d'une réelle affection
pour elles. Ce fut d'abord Le Lauraguais, dont il
a fait une saisissante et grandiose interprétation
avec ses collines et ses plaines, ses laboureurs et
ses bœufs de travail, pour la Salle des Fêtes au
Capitole. Puis vint, pour le grand Escalier d'Hon¬
neur à l'Hôtel de Ville, la Première Distribution des
Fleurs au Collège de Gai Savoir par les Sept Bour¬
geois de Toulouse — une vaste toile d'aspect
monumental, mais toute différente des conceptions
symboliques de Puvis de Chavannes, car JeanPaul Laurens était surtout à la recherche des réa¬

lités

historiques, tout

en

donnant

cours

à

sa

riche

�§2

—

imagination. A
raux

son tour, l'Académie des Jeux Flo¬
voulut reconnaître le mérite de son œuvre

et elle lui

conféra des Lettres de Maîtrise. Il

fut

fier

aussi

en

que reconnaissant, quoiqu'il fût
déjà comblé d'honneurs à Paris, comme membre
de l'Institut, président d'honneur de la Société
des Artistes français, grand-officier de la Légion

d'Honneur.
L'influence de la

petite patrie n'a pas été inutile
former son talent. Le

à Jean-Paul Laurens pour

sol natal lui avait donné

ses

facultés maîtresses

de

patience et de labeur. Son enfance avait.été
sa jeunesse pénible. Mais
nulle
contrariété, nul obstacle n'avaient pu atténuer
l'enthousiasme qu'il portait à l'art. Les difficultés,
au contraire, lui avaient servi à
développer ses
aptitudes naturelles à exprimer la vie morale des
hommes par leurs actions. Il aimait à faire revivre
les civilisations disparues; mais il voulait être
aussi exact que possible dans la représentation des
figures du passé. Il ne se bornait pas à mettre des
oripeaux antiques sur des épaules contemporaines.
mouvementée et

Il

s'efforçait de rechercher les caractères de la race,
temps et du milieu pour donner aux personna¬
ges qu'il évoquait un accent plus certain de véracité
du

ou

la

tout

au

moins de crédibilité. Il avait le

sens

de

grandeur, mais il voulait cette grandeur dans
simplicité dè l'attitude et du geste. Pour arriver
à ce résultat de peintre d'histoire et de peintre
de mœurs, quelle somme d'études et de réflexion
avait dû faire le petit campagnard illettré qui n'a¬
vait débuté dans l'art qu'aux approches de la
vingtième année !
la

�—

83

—

Une vie aussi

remarquable par ses efforts labo¬
résultats féconds constitue un
enseignement précieux pour tous ceux qui ont la
conscience du devoir à accomplir et le souci de
l'avenir à conquérir. Elle se recommande, en par¬
ticulier, aux méditations des poètes Occitans
pour les exciter aux nobles œuvres. Mais elle n'est
pas seule à leur servir d'exemple. Il y a aussi la
troupe des morts toujours vivants qui ont aimé
la lumière et qui sont maintenant notre lumière,
ainsi que le rappelait éloquemment Antonin Perrieux que par ses

bosc

aux

funérailles de cet autre artiste éminent

vient de perdre le
Lauraguais. Il y a les porteurs de flambeaux de la
race Occitane qui nous adjurent de croire au devoir
de la race et de l'accomplir pour notre part. A
travers les siècles, ardents, ils se dressent sur la
voie, ceux d'autrefois, ceux d'aujourd'hui, ceux de
l'avenir : c'est l'armée triomphale où, chacun à
son rang, est, chef ou soldat, défenseur de notre
y'
génie pour maintenir ce qui doit vivreV éternelle¬
ment au cœur du pays d'Oc!
—

Déodat de Séverac

° '

—

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7

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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
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&lt;/head&gt;&#13;
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&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>Escòla occitana</name>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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