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                  <text>4a Annada

Lo

N° 17

Mai=Janh 1922

Gai

;&gt;*

Revista de l'ESCOLA OCCITANA

Dis Aup i

Pirenèu
F. Mistral.

TOLOZA

Lo Numéro

:

1 fr.

...

Sa
\

�SABER

GAI

UO

Revista de l'ESCOLA OCCITANA
——r^é

BURÈUS
.

9, Carrièra Duranti, 9

:

,

Abonaments

:

( Fransa
I

_

: un an.

—

TOUOZA

...

S fr.
,

.

Est range : un an.

.

.

.

6 fr.

ENSENHADOR
del N- 17

LA DIRECTION

( Mai-Junh 1922)
?me Fête de /'Escòla

:

Occitana.

Baron DESAZARS de MONT-

GAILHARD

Souvenir d'Arles.

:

J. D.

.

XXX.

SUPPLÉMENT

:

Bolegadisa Occitana.
Liste Bibliograpkîque.
Rapport de Ml' le baron D.es.al
\ars de MJmbgaiVpard sur. le
concours'rde/ Laiigue À\Qc en
l&gt;)22.

•

!

v

Conselh de Redaccion

Baron Desazars de Montgalhard,

Capiscòl ;

Jozèp Anglade, Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Jos-Capiscòls ; J.-Rozès de Brousse, Secretàri ; Armand ' Praviel, Clavaire; Ismael Gi¬
rard, Secretàri-apj ont ; Dr E. Levrat, Clavaireadjont.
ASABERS. - Per tôt sò que pertòca la Redaecion
l'Administracion del gai saber e la Direccion de
VEscòla Occitana, escriure al Dr E. LEVRAÏ,
e

clavaire-adjont, Mèstre en Gai Saber, 9, Carrièra
Duranti, TOLOZA.
—

obratges en lenga d'Oc seran mencios'òc cal, analizats, à condicion que nos sian

Tots los

nats e,

mandats
—

en

dople etsemplàri.

Com los recobraments per

la Posta son ara subre-costozes,

l'ESCOLA OCCITANA qu'an pas encara
pagat lor escotison per 1922 son pregats de mandar 5 frs. per aco
al Dr E. Levrat, nostre clavaire-adjont, que lor delibrarà quitansa.
Lo servici del GAI SABER serà retardât ... pels retardatàris !
los Membres aderents de

�y?

3me

FÊTE DE L'ESCOLA OCCITANA
a).— LA

r
•*-'

E

MATINÉE

mardi 2 mai, VEscòla
troisième fête annuelle, à

sans

cesse

Occitana
Toulouse,

a célébré sa
avec un éclat

grandissant.

matin, le bureau s'est réuni au siège social, 9,
rue Duranti, sous la présidence de son vénéré Capiscòl, le baron Desazars de Montgailhard. Après la
communication et l'approbation des comptes du cla¬
vaire, diverses questions ont été agitées.
Conformément aux Statuts, le Bureau devait être
renouvelé. Il a été décidé qu'il se représenterait tout
entier sans modifications devant l'Assemblée géné¬
Le

rale.
Le jos-capiscòl Prosper Estieu fait remarquer
combien la cotisation de VEscòla est minime. Il pro¬
pose de l'élever à 10 francs. Sur les remarques du
clavaire Armand Praviel, il est admis que cette coti¬
sation demeurera fixée à 5 francs, pour permettre à
tout le monde d'adhérer à VEscòla, mais qu'il sera
bien entendu que ce chiffre est un minimum et que
tous les félibres qui le peuvent devront verser à VEscòla des souscriptions supérieures.

Dailleurs, la classe des membres bienfaiteurs com¬
prend déjà les noms suivants :
M. le baron de Bouglon, mainteneur de l'Académie des
Jeux Floraux ;
M. Moquin=Tandon, mainteneur de
l'Académie des
Jeux Floraux;
M. &amp; M"1" Rouzaud, en souvenir de leur fils Henri
Rouzaud ;

�i78

LO

GAISABER

M. le baron Desazars de Montgailhard, mainteneur des
Jeux Floraux.
A midi, un déjeuner intime réunissait les membres
du bureau à la table du Capiscòl. Au dessert, un des
membres-fondateurs, le poète François Tresserre,
lui a adressé la parole en ces termes :
« Mon cher Ami,
« Voici 25
ans que nous marchons côte à côte.
Hélas ! que j'en ai vu mourir, des jeunes filles !
Hélas! que j'en ai vu passer, des Mainteneurs! Vous,
cher et vénéré Ami, plus fidèle à notre devise, vous

maintenez,
mes

ici

sement
«

—

pour

vous vous maintenez, — et nous som¬
nous en réjouir et saluer le reverdis-

superbe de

vos

Voici 25 ans que

je

85

ans.

.

vous accompagne, 25 ans que

je vous admire et que je vous envie. J'envie votre
puissance de travail, l'universalité de votre science,
cette robustesse de chêne qui vous permet de suppor¬
faiblir un innombrable effort.
Pendant que je jouais un petit air

ter sans
«

coin du verger

d'Isaure, j'ai

vu toutes

de flûte,
les Muses

au

se

pencher autour de votre table, et, comme à chacune
d'elles vous saviez parler la langue qui lui est chère
et lui dire ce qu'il convient, elles restaient groupées
autour de vous et ne vous quittaient plus. J'aurais pu
être jaloux : je vous admirais et je vous aimais.
« Il y a des érudits abrupts et inaccessibles comme
des Himalayas. Votre érudition s'ouvre à tous com¬
me les allées du
jardin d'Académos. Vous êtes à la
fois familier de l'histoire et de la légende, de la phi¬
losophie et de l'art, des lois qui durent un jour et de
celles qui sont éternelles. Comment n'auriez-vous pas
pris parmi nous figure de conducteur d'intelligences

d'animateur ?
Vous avez été, à l'Académie, l'annonciateur de
la race Occitane. A votre appel, les poètes, de la
Provence à la Catalogne, du Béarn au Limousin, se
sont acheminés vers les jardins d'Isaure; et si, un
et

«

jour, Toulouse succède à Maillane comme capitale

�LO

des

Félibres, c'est à

GAI

SABER

vous,

1

79

majorai du Lauraguais,

que nous devrons cette conquête et cette gloire.
« Ce que je rappelle ici, tous le savent ; quant

moi, je n'oublie
vénération

vous

à

rare estime, de quelle
ont accueilli et entouré tous les amis

pas

de quelle

de

l'Occitanie, des deux côtés des Pyrénées. Je fus le
témoin encore de ces triomphes. Rappelez-vous les
fêtes d'Arles

et

les fêtes de Barcelone

!

Je lève mon verre à cette œuvre aussi féconde
que variée, séduisante à la fois et puissante. Que
votre gloire rayonne longtemps encore ! Que votre
nom soit
toujours un drapeau ! Je bois au confrère,
au
frère d'armes et à l'ami. Je bois au félibre, au
patriarche aimé de notre Gai Saber, toujours jeune
et plein de sève.
«

«

a

Ad multos

annos

!

»

M. le baron Désazars de Montgailhard, très ému,
chaleureusement remercié son confrère et porté la

santé de tous les convives.

b).
A

—

L'APRÈS-MIDI

heures de l'après-midi, 1'Escòla Occitana
s'est trouvée réunie à Y Hôtel d'Assénât, pour assis¬
ter à la grande séance consacrée par l'Académie des
2

Jeux Floraux au concours de Langue d'Oc.
On remarquait à cette belle séance, tenue dans la
grande salle de l'Hôtel d'Assézat sous la présidence
de notre adhérent, le Colonel du Bourg de Luzençon,
les majoraux Désazars de Montgailhard, Prosper
Estieu, Antonin Perbosc, J.-R. de Brousse, Dr Vinas,
les membres fondateurs de VEscòla, le comte Etienne
de Rességuier, F. de Gélis. F. Tresserre, Armand
Praviel.
Ont été

le baron Dé¬
d'une
verdeur étonnante, et les lauréats: Mlles Jeanne Bénita
Azaïs et Fraysse, MM. Pierre Jalabert, Albert Bausil, Cayrou, Henri Mouly, Louis Stehlé, etc.
sazars

de

particulièrement applaudis

Montgailhard, dont le 25""

:

rapport est

�i8o

MM.

lo

gaisaber

Praviel, Perbosc, Tresserre, ont donné lec¬

poèmes de MM. l'abbé Cubaynes, J.-S. Pons
Jean Bouzet.

ture des
et

c).
de

—

LA SOIRÉE

A 7 h. 30, brillante réunion
l'hôtellerie du Clocher de

dans la grande salle

Rode^, où Prosper

Estieu, J. Anglade et Armand Praviel maintiennent
la vieille tradition de Camille Chabaneau.
M. Béluel, professeur à l'Université de

Toulouse,

aux Beaux-Arts, préside, en remplacement
de M. Paul Feuga, notre adhérent de la première
heure. Autour de lui, nous remarquons MM™ de Mes-

adjoint

Jalabert, de Marliave, Cayrou, Mouly, Gazagne,
Bénita Azaïs, Fraysse, Mireille Estieu,
majoraux Desazars de Montgailhard,
Prosper Estieu, Antonin Perbosc, docteur Vinas,
J.-R. de Brousse. Viennent ensuite les maîtres en
Gai Saber J. M. Servat et docteur Levrat, MM. Milhoz, président de la Société des Artistes Méridionaux,
Mesplé, secrétaire général des Toulousains de Tou¬
louse, F. de Gélis, F. Tresserre et A. Praviel, mainteneurs des Jeux Floraux, Tastavin, Vincent, Guittard, représentant la presse de Toulouse.
A l'heure des toasts, notre vénéré Capiscol porte
may,

MM"es Jeanne
ainsi que les

le brinde suivant

:

Brinde du Baron Desazars

de

Montgailhard

Capiscòl de l'Escnla Occitana
«

Mesdames,

«

Messieurs et chers amis,

« Veuillez m'excuser si je viens encore présider le
banquet annuel de V Escòla Occitana. Quand on a
mon
âge et mes infirmités séniles, il semble que
l'heure de la retraite eût dû sonner pour laisser la
place à de plus jeunes et à de plus dignes. Mais j'ai
tant de plaisir à me retrouver au milieu de vous que

�LO

GAI

181

SABER

je n'ai pas su me priver de ce plaisir, au risque de
vous importuner.
« Oui, c'est de tout cœur que je salue à cette table
tous ceux qui y sont assis.
« Lorsque les Sept Troubadours se réunirent pour
la première fois en leur verger du faubourg des Augustines ( aujourd'hui quartier Saint-Aubin ) pour y
inaugurer leur concours poétique de 1324, ils y con¬
voquèrent la municipalité toulousaine, et elle s'em¬
pressa d'y assister. Elle fut si frappée du succès de ce
concours qu'elle voulut en faire les frais au nom de
la Ville. Et, depuis, la Ville a toujours participé à ces
frais. Nous n'oserions pas lui demander d'étendre sa
munificence jusqu'à 1 Escòla Occitana ; mais nous
ne
désespérons pas de la voir favoriser un jour une
institution aussi patriotique que la nôtre. En atten¬
dant,

nous

saluons cordialement la bienvenue de

son

représentant et nous lui demandons d'agréer person¬
nellement l'expression de nos sentiments recon¬
naissants.
Notre gratitude va de tout cœur à la Presse toulou¬
saine, qui nous aide si aimablement à populariser
l'œuvre Occitane, chaque fois que l'occasion s'en pro¬
duit. Et nous prions ceux qui la représentent ce soir

à notre table de nous continuer leur bienveillance et
leur précieux concours.
« Nos hommages
reconnaissants vont enfin aux
Dames qui honorent de leur présence notre banquet.
Nous regrettons

seulement

que

la Reine du Félibrige

n'ait pu accepter notre invitation. Nous aurions été
heureux de lui présenter nos hommages respectueux
et de lui donner la présidence de notre banquet. Mais
son honorable père, M. le Docteur Vinas, est ce soir
des nôtres. Il voudra bien être auprès d'elle l'inter¬

prète de
nos

nos regrets et garder pour
sentiments les plus cordiaux.

lui l'expression de

« Oui, les Dames sont les bienvenues à notre réu¬
nion, car la langue d'Oc leur doit beaucoup. J'ai eu
souvent l'occasion de le rappeler, et je ne saurais trop

�I

82

LO

GAI

SABER

le redire. La

langue d'Oc a ce privilège sur toutes les
langues qu'elle n'est pas seulement la langue
des hommes. Pour la première fois dans l'histoire du
monde, les femmes ont pris part à sa formation, en
versant goutte à goutte sur la « parlure » rude et vio¬
lente de leurs maîtres, assagis par leurs charmes au
retour des combats, la douce huile brûlante de la
lampe de Psyché. C'est pourquoi, sans doute, la lan¬
gue d'Oc convient si parfaitement à l'expression de
l'amour et de la pitié en même temps qu'aux fou¬
gueux chants de guerre et aux âpres sirventés. Et
autres

comme

elle était à la

fois celle des hommes et des

femmes, elle fit l'unité dans les sexes, comme elle a
fait l'union entre les classes sociales, parce qu'elle
était la langue du peuple et de l'élite. Elle devait de¬
venir la première en date des langues littéraires de
l'Europe moderne, et elle a puissamment contribué à
l'éducation morale et chevaleresque des peuples chré¬
tiens. Noblesse oblige : elle doit tenir à honneur de
reprendre dans la littérature contemporaine le rang
que lui a fait perdre la politique étatiste. Et c'est pour
l'y aider que YEscòla Occitana a été instituée.
« Merci donc à vous tous, Mesdames et Messieurs,
chers amis de la petite patrie, d'être venus ce soir à ce
banquet pour y affirmer une fois de plus votre dévoue¬
ment à l'œuvre racique que nous avons entreprise.
Buvons à

son

succès ! Vive YEscòla Occitana !

»

Aussitôt, le majorai Prosper Estieu lui répond par
un
magnifique sonnet que nous publierons dans notre
prochain numéro et par ce double brinde :
« Pòrti 'n brinde à la santat e à la mirabilhoza jovensa de còr e d'èime de nòstre tant car Capiscòl, lo
majorai Desazars de Montgalhard, qu'a legit uèi, à
l'Academìa dels Jòcs Florals, à l'atge de 85 ans, son
25e rapòrt subre lo eoncors de lenga d'Oc ! Pòrti tamun brinde al triomfe avenidor de las lèimas revendicacions de la Fransa Occitana, de las Alpas à
las Pirenèas !»
M. l'adjoint Béluel remercie au nom de la munici-

ben

�LO

GAI

SABER

183

palité en fort aimables termes, et il est vivement
applaudi. Puis, c'est au tour du majorai Antonin
Perbosc, qui lit son admirable Cant dels Pois en trait
de son prochain livre: Lo Libre dels
Autels. Nous
le donnerons également dans notre prochain numéro,
ainsi que tous les vers occitans qui furent dits à cette
magnifique taulejada.
On applaudit ensuite, tour à tour, des vers cha¬
leureux de M. de Gélis: A la
Lengo d'Oc, un toast
du docteur Vinas, qui veut bien excuser la
gente
Reine du Félibrige de n'avoir pu encore assister à
notre fête annuelle ; le majorai J.-R. de Brousse
qui
lève son verre au Capoulié et à Mme Mistral.
Aussitôt après, on chante la Coupo Santo.
MxM. Tresserre et Bausil, au nom des Catalans,
répondent par Lo Pardal et Montanyes Regalades.
Grand succès pour le lauraguais Xavier Rivière,
qui dit la Piucèla, ainsi que pour le cévenol Louis
Stehlé et le spirituel Cajœou, de Montauban, dans
leurs œuvres. Puis, Henri Mouly nous porte le salut
du vaillant Grel

Rouergat, Pierre Jalabert nous dit
la Chanson des Fondeurs de Cloches, J. M. Servat une amusante fantaisie, et le docteur Etienne
Levrat un vigoureux sonnet : Campanejada.
Tour à tour, on applaudit encore M1" J. B. Azaïs,
Jean Suberville, grand lauréat de l'Académie des
Jeux Floraux et de l'Académie Française, Albert
Bausil, Ismaël Girard, Milhoz, Albert Guittard, au
nom de
l'Albigeois, M"° Fraysse, qui chante à ravir
des chansons rouergates, le félibre Lèvefaude, du
Mas-5aintes-Puelles, et le lauraguais Raymond Ro¬
ques, qui clame admirablement le Remembrat^-vos !
de Prosper Estieu.
.Avant de lever la séance, notre clavaire fait
approuver à l'unanimité les décisions du Bureau, rend
hommage à notre membre - fondateur Emile Cartailhac décédé dans l'année. Il présente à l'assem¬
blée les excuses des absents : notre éminent jos-capiscol J. Anglade, appelé en Italie pour donner une

�184

L.O

GAI

SABER

série de conférences à Florence

jorai Simin Palay,
poète Albert Pons,
ronde, S. Bach, et
qui nous envoie, de
lées

:

à Rome ;

le

ma¬

Als Trobaires Occitans.

Enfin,
lou

et

le lauréat J.-Sébastien Pons, le
notre confrère de la Petite Gi¬
enfin notre ami Raymond Lizop,
Tarbes, de belles strophes intitu¬

on

chante

:

Lou Maset de Mèste Roumiêu,

Renegat (Mistral), lis Estello (Aubanel), la

Toulousaine, etc. On le voit, VEscòla Occitana
glorieusement la tradition de Toulouse,
capitale de la langue d'Oc. Ad multos annos!
maintient

LA

T

DIRECTION.

�LO

GAI

SABER

i*5

Souvenir d'Arles

POURQUOI LES ALLEMANDS
ÉTUDIAIENT
LA LANGUE

PROVENÇALE

mois de mai 1909, Arles était en fête. Des savants
de tous les pays d'Europe et d'Amérique s'étaient

A u
1 *

empressés d'y venir rendre
Frédéric Mistral. Parmi

ces

un

solennel hommage à

savants, se trouvait un

professeur de l'Université de Kœnigsberg, ancienne
capitale de la Prusse, où est né Kant; et l'on sait
quelle a été l'influence de Kant sur toute l'Allemagne
et, notamment, sur ses compatriotes du Brandebourg,
avec ses théories ajoutant à l'idéalisme
fondé par
Leibnitz l'obligation morale de contribuer par tous
les moyens à la grandeur de la patrie allemande. Ce
professeur était accompagné de sa fille. Tous deux
étaient imbus de la doctrine de Kant

et

de

son

«

im¬

pératif catégorique». Pour y satisfaire, ils s'étaient
appliqués à apprendre le provençal le plus pur et ils
le parlaient couramment. Ils furent fort étonnés qu'il
pût se trouver en Provence des indigènes ne parlant
pas la langue du pays et même, parfois, ne la com¬
prenant pas. Ils en firent l'observation à un savant
alsacien; qui, de son côté, avait remarqué qu'ils ne
parlaient jamais français ; et celui-ci leur en demanda
la raison. «C'est, répondit l'Allemand, parce que ni
ma fille ni moi n'avons jamais appris la langue fran¬
çaise. Et nous l'avons négligée parce que nous n'en

�i86

LO

GAI

SABER

la connaissance du pro¬
jour plus utile. En effet, à la

avions nul besoin, tandis que

vençal

nous sera un

prochaine

guerre,

du

ou

monde,

d'Arles, qui

à

la France disparaîtra de la scène
près. Nous rétablirons le royaume
appartenait au temps passé, et la

peu

nous

Provence deviendra florissante

sous

le gouvernement

d'un

prince allemand catholique ».
En s'exprimant ainsi et en se montrant si orgueil¬
leux pour l'Allemagne et si méprisant pour la France,
ce herr
Professor pensait et parlait comme tous les
« Intellectuels »
boches, philosophes et historiens,
poètes, romanciers et auteurs dramatiques, publicistes et journalistes, qui avaient endossé la «livrée
du Kaiser» pour préparer la guerre de 1914, et, en
particulier, comme tous ses collègues des Univer¬
sités allemandes devenues le bouillon de culture par
excellence du pangermanisme. Les uns et les autres
n'hésitaient pas à remonter jusqu'aux âges les plus

reculés, et parfois les plus contestables, pour justi¬
fier leurs ambitions symbolisées par l'aigle de Prusse
au bec avide
et aux serres rapaces. Se souvenant

qu'en

Rodolphe Wolf, dit Rodolphe III, déjà
Bourgogne transjurane, ayant réuni les deux
Bourgognes, avait fait d'Arles la capitale de ses états,
auxquels il avait donné le nom de Royaume d'Arles,
et les avait légués à sa mort, en 1032, au roi de Ger-.
manie, Conrad II, dit le Salique, qui s'était fait cou¬
ronner empereur d'Occident à Rome, en 1027, et qui
appréciait d'autant plus son héritage provençal qu'il
mettait l'Allemagne en communication avec la Médi¬
terranée par Marseille et par Toulon, les Allemands
de nos jours ne songeaient à rien moins qu'à 'reven¬
diquer pour leur Kaiser, en outre de la Flandre
belge et de la Flandre française, tous les pays tra¬
versés par le Rhône. Ils avaient, en outre, à venger
la mort de leur empereur Conradin, que Charles d'An¬
jou, frère de saint Louis, marié à la comtesse de Pro¬
vence et devenu roi de
Naples, avait fait prisonnier
à la bataille de Tagliacozzo, en 126.8, et qu'il avait
933,

roi de la

�LO

GAI

SABER

187

fait

décapiter pour mettre fin à la dynastie impériale
Hohenstauffen, sans cesse menaçante pour l'Italie
comme pour la France.
Enfin, Charles Quint, devenu roi d'Espagne et puis
empereur d'Allemagne, avait eu également l'ambi¬
tion d'annexer à ses états la
Provence, et il avait
même trouvé pour complice un prince
français, le connétale de Bourbon. Dès cette
époque (1523), le dé¬
membrement de la France avait été
envisagé. Le roi
d'Angleterre Henri VIII réclamait les provinces oc¬
cidentales. Charles Quint voulait reprendre la Bour¬
gogne et les villes de la Somme. Et le connétable de
Bourbon, abandonnant traîtreusement François Ier,
comptait sur le Lyonnais, le' Dauphiné et la Pro¬
vence
pour s'en faire un royaume. Ils oubliaient qu'il
y avait, depuis Jeanne d'Arc, une France qui voulait
être unie pour constituer une seule et
grande patrie.
Il eut beau y avoir une triple invasion, car les
Espa¬
gnols s'étaient joints aux Allemands et aux Anglais,
la Provence résista victorieusement, quoiqu'elle fût
tout ouverte, sauf Marseille qui se trouvait assez bien
fortifiée, et quoique le connétable de Bourbon assurât
que trois coups de canon étonneraient si fort les bons
bourgeois de la Cannebière qu'ils viendraient, la corde
au cou et les clés de la ville à la
main, se jeter aux
pieds de l'Empereur d'Allemagne. Les uns et les au¬
tres avaient compté sans l'amour de la
petite patrie.
des

Marseille reçut fort rudement le Connétable. Les fem¬
mes même travaillèrent à fortifier les
remparts, et les
contre-murs faits du côté de
l'attaque furent appelés
la «tranchée des Dames». Le connétable de Bourbon

s'opiniâtra pendant quatre jours à
derrière lui et sur
moins poussés par

son

ce

siège. Mais,

flanc droit, les paysans, non

leur patriotisme, se répandirent en
descendant à l'improviste de leurs montagnes,
pour enlever les convois, égorgeant les traînards et,
finalement, obligeant le Connétable à rebrousser che¬
armes,

min

vers

Malgré

les

Alpes.
précédents, les Allemands n'ont

ces

pas

�lo

188

gai

saber

persister dans leurs prétentions sur la Pro¬
prétentions étaient si ancrées dans leur
esprit que, lors de la dernière guerre ( 1914-1918),
les jeunes officiers boches prisonniers en Provence
s'étudiaient à se familiariser avec la langue proven¬
çale. Eux aussi considéraient, comme leurs maîtres
d'école et leurs chefs militaires, que la connaissance
de la langue locale était un des meilleurs moyens
d'assurer la conquête du pays.
Dans un tout autre but, ils appliquaient le célèbre
précepte de Mistral :

cessé de
vence.

Ces

Quaii tèn sa lengo
Que di cadeno lou
Baron

tèn la clau
delicuro.

DESAZARS de MONTGAILHARD.

�BOLEGADISA OCCITANA
darrier acamp
ciutat de Canas,

A L

del Consistòri, tengut ongan en
lo bèl jorn de Pentacosta, foguèron
elegits Majorais del Felibrige :
Loïs Bechet ( Cigala del
Delfinat), vice-sendic de
la Mantenensa de
Provensa, capiscòl de la Poumo
Vauriasso ;
Amadieu Mu^ac ( Cigala de la

secretàri de

la Mantenensa del

Montanha-Negra),

Lemozin,

autor de
Flors Lemozin as ;
Paul Roustan (Cigala de
Castèl), mèstre en Gai
Saber, capiscòl de la Tabò, d'Alès, autor de la Pichoto Istòri de la Literaturo d'O.
Mandam à-n-aquels très novèls dinhitàris de Santa
Estèla nòstras coralas felicitacions.
Nòstre valent Capolher Fallen
es

ara

al

ajent fait sa plega,
Majorai Marius Jouveau qu'es estada fizada

l'Estela dels sèt raises.

Onor

e

laus

al

novèl Ca¬

polher! E que mène à bon pòrt la Barca felibrenca !
Abèm recebut

Le

sentiment religieux che% A.
Vermenouse, per L.-A. Layé, profesor al Licèu
d'Aurilha'c (in-32, 40 p. Imp. Moderne,
Aurillac).
Le Baron Guillibert
( discours prononcés à ses
obsèques, le 13 mars 1922 ), per C. Rigaud e Audoard
Aude, majorai del Felibrige, ( in-8, 16 p. Makaire,
Aix-en-Provence ).

se

:

Le 8me anniversàri de la mòrt de Frédéric Mistral
celebrèt al cementèri de Malhana, lo
27 de mars

pasat. Aquela pioza recordansa de la disparicion del
Mèstre, dont la doctrina es enclastrada dins lo còr de
tots los bons felibres,
foguèt una bêla manifestacion
de la fe felibrenca que de mai en mai
s'espandis
subre tota l'Occitania. Demest las nombrozas dichas

qu'aqul resondiguèron, citem aquela del Capolher

�LO

GAI

SABER

Fallen, del Majorai Folcò de Baroncelli, que leg'iuna bêla tròba d'En Jozèp Loubet, de FagesFabre, capiscòl del Flourege, d'Avinhon, de Jozèp
Blanchet, capiscòl d'onor de Y Escòla d'Argensa,
de Bèl-Caire, de Jan Grand, capitàni de la Nacioun

guèt

Gardiano, (Camarga) e enfin la Declaracion del
Comitat d'Accion e de Revendication nacionalas
del Mièchjorn, que foguèt legida per l'arderos felibre de Montaut-Manse, avocat à la Cort d'Apèl de
Mont-Pelher. l'a de felibres que son estats espavenper aquela declaracion e qu'an clamat, à-naquela ocazion : « Trop de politica ! » Pracò, i'a politica e politica. Se lo Felibrige se deu gardar com del
foc de la politica parizenca, a per deber de faire la
siuna, acò's dire de mantene, tôt còp que l'ocazion
se prezenta, la doctrina Mistralenca. Es clar com lo
jorn que, dins la declaracion legida à Malhana per
de Montaut-Manse, i'a pas autra cauza, fin finala,
que lo remembre dels ensenhaments del Mèstre, e regretam que certans felibres non òc ajen comprés. S'a
l'ora de l'accion, tornam al malastros «sa de gàrri»,
lo Felibrige n'a plus sa razon d'èstre. Mas tôt aquel
van bruch s'amudirà e
empacharà pas l'aiga del Rôze
tats

de

corre

à la

Vès la fin

mar.

d'abrilh, l'egrègi profesorj. Angla.de faguèt à Florensa e à Roma de conferensas literàrias
que foguèron bèlament seguidas e aplaudidas. Aici,
d'aprèp sò qu'abèm legit dins las gazetas, com respondèt als jornalistes de Roma qu'èran anats lo questionar subre sas empresions, al moment que quitaba
ritalla : «J'ai reçu partout le meilleur accueil et
trouvé les meilleures dispositions intellectuelles dans
les auditoires qui ont bien voulu m'écouter. Je suis
heureux de déclarer que je reviendrais à Rome avec
joie». Es atal que, gràcia à de felibres de la valor
d'Anglade, se renozan pauc à pauc los vièlhs ligams
d'amistat entre dos pôples fraires. Curioza endevenensa, à l'ora ont YEscòla Occitana fazià, à Toloza,

�LO

GAI

SABER

3a Fèsta, En Jozèp Anglade e nòstre amie Jan
Carrère felibrejâban à Roma e bebian de bon vin de
Frascati à la santat dels felibres Tolozans !
sa

Lo 7 de mai, lo poèta catalan
J.-Sébastian Pons,
profesor al Licèu de Mont-Pelher, lauréat de l'Academìa dels Jòcs Florals, prononcièt un bèl discors als
Jòcs Florals de Barcelona.
Lo 18 de mai, lo

majorai Prosper Estieu faguèt una
lenga d'Oc e lo melhor biais
dins las escòlas primàrias à las da-

conferensa subre la

de l'emplegar
maizèlas de l'Escòla Normala d'Estitutrisas de Carcasona. l'a
déjà qualque tems, n'abià fait una subre

aquela question als escolans-mèstres de l'Escòla Nor¬
mala d'Estitutors. Es clar que, se volèm
que la lenga
d'Oc intre dins l'ensenhament
primàri, es atal que
cal faire per preparar aquela reforma. Am
quna
afeccion las valentas Audencas que seran
lèu estitutrisas escotèron lo conférencier ! Aquesta
sola fraza
que trazèm de lor letra de remerciament ne dis pron
aqui-subre : «Vous avez ravivé en nous l'amour de
Midi

notre

sommes

et de sa langue sonore et nous vous en
bien reconnaissantes ...»

Debrembem pas d'ajustar qu'à la fin de la confe¬
las Normalianas entonèron en còr e am lo mai
viu estrambòrd, subre l'aire d'aquelas montanhas,
rensa

una

Canta

racion de
Aires.
Lo 4 de

felibrenca traita d'un libre

Prosper Estieu

:

Cantas nòvas

en

prepa-

sus

vièlhs

Junh, bèl jorn de Pentacosta, mentre que
Felibrige festejaba santa Estèla à Canas, l'asociacion Aveironeza Lo Grelh
Roergat, de Rodez, tenguèt sos primiers Jòcs Florals e donèt, com jòias à
sos lauréats de
lenga d'Oc, las Obras poèticas dels
majorais Antonin Perbosc e Prosper Estieu. Aqul
un bèl
etsemple que non pòd mancar d'èstre seguit.
J. D.
lo

�LrISTE

BIBLIOGRAPHIQUE

de.» Adhérents à 1 ' ESCOLA

OCCITANA

( Suite)
25.

—

Jean

CARRÈRE.

La Dame du

Nord, poème en prose. Bernard Grasset, Paris.
d'Or, poèmes. Librairie Perrin, Paris.
La Gloire et la Bête, poèmes. Une
plaquette, 72 pages, chez
Bemporad et fils. Florence, 1920.
La Terre Tremblante,
( Calabre et Messine ) un vol. in-16.
Pion, Paris.
Les Mauvais Maîtres, un vol. in-16,
270 pages, 1922. PlonNourrit, 8, rue Garancière, Paris.
—

—

Les Buccins

—

—

—

26.

Jean BRABO

(Jan Castagno), baile du Cacalaca.
(contes, poèmes ) gravures de A. Brabo, 1 vol.
de 300 p. Imprimerie Brabo, Alès.
Grumos e Rires dins lou Sang. (Récits de
guerre), avec le
portrait de l'auteur, par A. Brabo. un vol. de 300 p., chez
Brabo, Alès.
Vitourino, prose. 1 vol. de 300 p., avec 4 dessins de A.
Brabo, Alès.
—

—

La Mielado

—

—

27.
Dr. Ch. PÉLISSIER, maître en
gai-savoir, lauréat des
grands Jeux-Floraux septennaires.
La Cloto, roman des
temps gallo-romains. 1 vol. de 280 p.
1918. Imprimerie Caillard, Narbonne.
—

—

Le Gérant

:

E.

LEVRAT.

Imŷr. de la "Societat d'Edicion Occitana"

—

Castelnaudary.

�Supplément au N° du Gai Saber, Mai-Juin 1922.

ì

��RAPPORT
SUR

LE

CONCOURS DE POÉSIE EN LANGUE D'OC
Lu le 3 Mai
EN

SÉANCE PUBLIQUE DE

Par M.

le

L'ACADEMIE

Baron DESAZARS
L'un des

1933

de

DES JEUX-FLORAUX

MONTGA1LHARD

Quarante Mainteneurs.

Messieurs,

qu'il consacrait
naguère à la politique du jour et avec l'autorité
qui s'attache à sa personne après les éminentes
Dans

une

fonctions

des

qu'il

a

«

Lettres libres

»

remplies, M. Raymond Poincaré

qu'aucun pays d'Europe n'est plus
solidement unifié que la France. En effet, nous
n'avons pas à notre flanc, comme la Grande-Bre¬
tagne, une Irlande frémissante que n'ont subju¬
guée ni la force, ni le temps, et qui met, dans la
revendication de son indépendance, une passion
tous les jours plus ardente. Nous n'avons pas,
comme l'Espagne, des conflits d'intérêts et des
oppositions de tempéraments entre une Castille
et une Catalogne encore insuffisamment accordées.
Nous n'avons pas, comme l'Italie nouvelle, des
députés protestataires, allemands ou slaves, dans
une partie des territoires incorporés à la mère
patrie. Nous n'avons pas, comme l'Allemagne
a

fait observer

�—

i96

—

elle-même, si fâcheusement centralisée qu'elle ait
été par la paix de Versailles, des gouvernements
locaux subsistant au-dessous d'un gouvernement

une Bavière en querelle avec Berlin, une
Rhénanie sourdement hostile à l'autorité prus¬

d'Empire,

nationale, longuement façon¬
les siècles, est un des plus parfaits chefs-

sienne. Notre unité
née par
d'œuvre

de

l'histoire.

ajouté M. Raymond Poincaré, il n'en
moins, entre les diverses populations
qui se sont fondues dans la France indivisible, de
légères nuances, qu'il faut, du reste, nous garder
de détruire, car elles contribuent, mieux qu'une
sèche uniformité, à l'harmonie nationale. Et ces
nuances se manifestent par le particularisme de
nos anciennes provinces. Il n'y a donc pas lieu de
s'effrayer du particularisme Occitan, pas plus que
du particularisme Breton ou Normand, et même
du particularisme Alsacien; et c'est avec raison
que, dans son discours de réception, un de nos
confrères les plus avertis de notre histoire méri¬
dionale, s'autorisant des leçons de six siècles,
souhaitait du plus profond de son âme toulousaine
une place dans la France nouvelle
au particula¬
risme d'Oc traditionnel et toujours vivant, et,
par suite, à la langue qui en est l'organe, — une
langue qui est parlée par des millions d'honnêtes
travailleurs, qui a été illustrée par de nombreux
chefs-d'œuvre et qui est comprise, appréciée et
enseignée même à l'étranger.
En exaltant ainsi la langue d'Oc, nous n'avons
pas l'intention de manquer de respect à la majesté
Mais,

reste

a

pas

de la France vivante et

florissante, ni de porter

�—

»97

—

préjudice au prestige séculaire de la langue Fran¬
çaise et de faire ainsi le jeu de certaines langues
étrangères, peut-être plus répandues dans les clans
secondaires du monde actuel, mais qui n'ont pas
à leur actif cette parole de Charles-Quint que
« la
langue française est entre toutes la langue
des hommes ». La langue d'Oc est aussi une langue
de France. Elle est la sœur de la langue d'Oïl,
car toutes deux ont été « provignées » sur le même
tronc latin, suivant l'expression de Cazeneuve.
Elle a même été avant elle une langue littéraire,
les Troubadours ayant précédé les Trouvères.
Si elle a cédé son droit d'aînesse à la langue d'Oïl,
c'est que de vassale la langue d'Oïl est devenue
suzeraine, et de suzeraine souveraine, parce qu'elle
était l'organe attitré de la Royauté française
travaillant à l'unité territoriale. Mais, dans cette

unité, il y a place pour les deux langues sans qu'elles
se

nuisent.

comme au

Elles

se

complètent,

au

contraire,

temps où les Trouvères rivalisaient avec

les Troubadours. Les rôles sont seulement inter¬

vertis, et il s'agit de rétablir l'équilibre. Si la langue
d'Oïl a passé la Loire et si la langue d'Oc lui a cédé
le pas même dans son propre domaine, c'est sans
rancune,
de Fiers,

quoi qu'en ait dit le marquis Robert

délégué de l'Académie française, en son
discours sur la Langue française et la Guerre,
prononcé à la dernière séance pubbque annuelle
des

cinq Académies constituant l'Institut. C'est
la langue d'Oc que d'ajouter
qu'elle s'est « retirée sur Toulouse en se disant
qu'après tout un jour viendrait peut-être où Tou¬
louse pourrait bien conquérir Paris. » Toulouse
même calomnier

i*

�—

198

s'est contentée d'être un

—

chef-lieu de province,

après avoir été. plusieurs fois une capitale
d'Empire comme au temps des Wisigoths, au
temps de Louis le Pieux, et au temps de ses Ducs
et de ses Comtes. Et, si elle est devenue la « Rome
même

de la Garonne », comme

l'appelait Saint-Jérôme,

Lutèce n'était pas encore sortie des
île, c'est qu'elle a été un excellent
poste d'écoute pour percevoir les échos de la civili¬
sation méditerranéenne et s'en assimiler les princi¬
pales aptitudes. Trois cents ans avant la fondation
de l'Académie française, elle avait un Consistoire
du Gai Savoir chargé de défendre l'intégrité de la
langue Occitane et d'assurer la culture du plus
pur idéal. Son influence civilisatrice s'exerçait
dans tout le Midi français et s'étendait même audelà des Pyrénées sur les terres sœurs de la Cata¬
logne et de l'Aragon. Aujourd'hui encore, l'Aca¬
démie des Jeux Floraux continue ces mêmes tra¬
ditions de l'attachement au sol, à la race, à la
alors

que

roseaux

de

son

langue, sans aucune
Des

Alpes

au

arrière-pensée de séparatisme.

golfe de Gascogne et du Plateau

Pyrénées, elle y perpétue l'Empire
a reçu le dépôt sacré et la commu¬
nication féconde. Elle n'a jamais failli à sa haute
mission d'éveiller les esprits et de grandir les âmes.
Et, dans la plupart de ses concours, elle a trouvé
une parfaite émulation pour répondre à ses invita¬
central

aux

idéal dont elle

tions. Cette année encore, nous avons pu
tater

nouveaux

et

ment dans

le Béarn.

le

cons¬

de la langue d'Oc, dont de
jeunes talents se sont révélés, notam¬
l'Agenais, le Rouergue, l'Auvergne et

les poètes

avec

�—

I.

Ce

qui

i99

Ouvrages

—

manque

—

manuscrits.

trop souvent à nos poètes Occi¬

tans, c'est l'étude exacte et approfondie de la
langue indigène. Leur éducation est essentielle¬
ment française, et ils ne se préoccupent pas assez
d'œuvrer

avec

les

parlers populaires

en

les déga¬

geant de toutes les scories et de toutes les adultéra¬
tions. Tel est, notamment, le reproche qui a été
fait à

pièce intitulée : La Priero de V Alauseto
(La Prière de l'Alouette), petit poème dont le
sujet est gracieux et la facture alerte et facile,
mais dont les gallicismes jusque dans son titre
l'ont fait priver d'une « Mention honorable ».
Cette récompense a été, au contraire/décernée
à M. Charles Pimprenelle, à Albi, pour ses trois
pièces intitulées : Riqueton (Le petit Riquet),
la Mort del Drac (La Mort du Drac) et Las Baladas
une

de las

Temporas (Les Ballades des Saisons), parce
qu'il les a écrites avec beaucoup de soin et en
usant de la graphie la plus étudiée.
La Legenda de Lapeyroza (La légende de Lapeyrouse) nous est racontée par Mme Cyprienne
Abeilhou, de La Française(Tarn-et-Garonne). Elle
paraît empruntée à la tradition populaire plutôt
qu'aux cartulaires épiscopaux de Moissac. La
langue en est un peu vulgaire; mais le récit est
coulant et
ce

une

Mention honorable

a

été accordée à

petit poème.
Une Mention honorable est

également décernée

�200

(Pierre-Augustin) à Saint-Eutrope
(Lot-et-Garonne) qui nous a fait part, en dialecte
de Tonneins, d'une Remembrensa de la Festa de
Sent-Jean (Souvenir de la Fête de Saint-Jean).
L'auteur a conscience de ses devoirs envers l'Aca¬
démie des Jeux Floraux, car il accompagne son
œuvre du distique suivant :
à M. Cayrou

Lo que

Diu

laira

saver

una
enregar,

flor del cazal de Clemensa
parla blos e sapient.

effet, son récit est soigné, son vers est correct,
langue est étudiée, et sa pièce mérite bien la
distinction qui lui est décernée.
M. Louis Stehlé (connu sous le pseudonyme de
Delpont de las Cabras) habite Montpellier; mais il
écrit en dialectede Ganges, dans l'Hérault. Il nous
a envoyé trois sonnets et une pièce intitulée La
Pimpanela (La Marguerite). Cette dernière pièce a
En

sa

été

surtout

mentionnée honorablement pour sa

primesautière et sa verve facile. C'est
chanson en cinq couplets, où l'auteur
nargue les jeunes filles qui vont, à la saison nou¬
velle, cueillir la marguerite sans prendre un chien
pour les garder. Le loup les mord, et elles s'en
facture

presque une

reviennent attristées
Flour d'èli

en se

disant

:

blanquinela,
la pimpanelal

Valiès mai que
«

Blanche fleur de lis,

Tu valais mieux que

La Fable est

malgré

un

»

des plus difficiles à traiter,
de simplicité et de bonho-

genre

ses apparences

la marguerite!

�201

—

mie. Combien
et le latin

s'y sont essayés depuis le grec Ésope
Phèdre dans tous les temps et dans tous

les pays, et

qui n'y ont pas réussi! Il lui faut des
qualités particulières d'invention et d'exécution,
de finesse et de naturel, de justesse d'esprit dans
ses applications les
plus variées et les plus délicates,
qui font de chaque sujet une étude de mœurs et de
caractère, un tableau pittoresque et saisissant, où,
comme dit La Fontaine, le maître en ce genre,
Hommes, dieux, animaux, tout

y

fait quelque rôle,

comportant une morale, c'est-à-dire une leçon.
Les Fablos Gascounos (Fables gasconnes) que nous

envoyées M.l'abbé J.Villeneuve, résidantàBordeaux, sont au nombre de vingt-trois et forment un
a

recueil intéressant. Certaines

de

ces

fables sont

ingénieuses, voire nouvelles peut être. Mais elles
mériteraient
un

une

révision sévère. Si l'on

en

croyait

mot de la

était

un

duchesse de Bouillon, « La Fontaine
fablier qui portait des fables comme un

pommier porte des

Cependant, chaque
long et minutieux
pour arriver à la perfection. M. l'abbé Villeneuve
ne s'étonnera donc
pas que nous lui rappelions
l'exemple de La Fontaine, tout en lui accordant une
fable lui coûtait

pommes. »
travail

une

Mention honorable.
Le recueil de six

pièces intitulées Laurès e ClaJacinthes) constitue une œuvre
importante et soignée, en dialecte de Tonneins.
Il débute par un « chant des Druides » portant
pour titre VAguilhounè que l'auteur, a traduit
«
Au gui l'an neuf! » Cette traduction est-elle
bèls (Lauriers et

�202

dit d'abord en langue d'Oc :
Aqui Van nèu (ou nou), et n'a-t-on pas ensuite
traduit en langue d'Oïl Aqui (voilà) par « Au gui »?
C'est là une question intéressante qui deman¬
derait de savoir en premier lieu si le gui a joué un
rôle dans ce qu'on a appelé les A guilanneu. Pour le
exacte? N'a-t-on pas

—

moment, nous n'avons à nous occuper que de la
valeur poétique du recueil, et elle ne saurait être

pièces qui le composent sont
présentées, dans une langue correcte, élé¬
gante même. Il y a là deux petits poèmes héroï¬
ques qui méritent l'attention : Rouncibal (Roncevaux) et Rocroi. D'autres sont pleins de délicatesse
comme Ma Migo (Ma Mie). Festo galanto (Fête
galante) fait penser à Watteau, le peintre attitré
des mondanités de la Régence. L'auteur de ce
recueil, M. Gaston Lavergne est originaire du
Lot-et-Garonne, mais il demeure à Oran (Algérie).
Il a été plusieurs fois lauréat de l'Académie des
Jeux Floraux, qui salue son retour en lui décernant
un Rappel de la dernière fleur qu'il a obtenue à
ses concours et qui était un Souci.
Nous sommes également heureux de retrouver
parmi nos concurrents de cette année M. Rarreyre
(Émilien), pêcheur à Arès (Gironde), avec son
parler de Buch, riche en mots expressifs et pitto¬
resques. Mais la pièce qu'il nous a envoyée y prête
moins que celles que nous connaissions. Elle est
intitulée UEntournance dou Marin (Le Retour du
Marin) après la grande guerre à laquelle il a pris
part. Jean le Pêcheur est amputé d'un bras et
défiguré. Il a été porté « disparu ». Mais, après
sept ans, il est revenu des geôles de l'Allemagne avec
douteuse. Toutes les

bien

�—

2O3

poitrine fleurie de la Croix d'honneur. Il rentre
sa demeure familiale, et son bonheur est de
contempler sur la grève solitaire la mer grondante, '
dont le grand tapis d'azur est bordé de larges va¬
gues cimées d'argent; de revoir au loin sur la dune
son toit émergeant des pins verdissants. Quoiqu'il
ait à peine trente ans, il n'est pas reconnu par sa
la

en

femme tant il

vieilli. Il la trouve allaitant

a

un

enfant, et cet enfant n'est pas de lui. Sa fureur est
extrême. Mais elle se calme quand il apprend

qu'après cinq ans d'attente sans nouvelles, sa
femme s'est remariée, et que son second mari a
été peu après victime d'une tempête qui a englouti
son bateau corps et biens. Il pardonne à sa femme,
il l'étreint tendrement et il adoptera son fils. C'est
un simple épisode dont le cas n'est pas nouveau;
mais il est raconté avec une émotion communicative

qui vaut à M. Barreyre un Rappel

d'Églan-

tine.

Compolibat, près de Lanuéjouls (Aveyron)
surgi deux charmants poètes qui se révèlent à

De
ont

nous pour la première fois. L'un est instituteur et
l'autre institutrice. Tous deux semblent doués des

généreux et parlent le même
langage délicat et tendre. Pourtant, il se présen¬
mêmes sentiments

tent à nous sous

Mlle Fraysse

des apparences différentes.

nous

a

envoyé deux sonnets en

dialecte rouergat. Le premier
soscaira (Heure rêveuse), et le

est intitulé : Ora

second : Lo Pastre

(Le Pâtre attardé). Ce ne sont pas des
œuvres parnassiennes à la façon de Leconte de
Lisle, de José-Maria de Hérédia, ou même de Joséatardibat

phin Soulary. Il y a moins de technique

parfaite,

�204

cherché, mais, en revanche, plus de
souplesse, plus de sensibilité. L'Académie n'a pas

moins d'art

hésité à leur

attribuer

une

Primevère.

pièce à son Père
Paire), dont il exalte la vie laborieuse et
ordonnée. A son retour de la conquête duTonkin,
son père trouva sa famille ruinée. Il se mit coura¬
geusement au travail, releva la maison paternelle
désemparée et trouva une jeune fille forte et vail¬
lante, qu'il associa à sa besogne. Peu à peu, sur le
M. Henri Mouly

(A

a

consacré

sa

mon

puech,les champs de ronces disparurent,les rochers
éclatèrent, les blés ondulèrent au mois d'août et la
famille prospéra. Depuis, l'alouette, au clair matin
doré par le soleil, ne cesse de chanter dans le ciel
bleu pour célébrer la grande tâche accomplie par
le vaillant travailleur. Tout

un cœur

reconnaissant

s'épanche en strophes chaleureuses dans cette
poésie qui vaut un Œillet à son auteur.
Avec M. Jean Bouzet, professeur de langue
espagnole au Collège de Cognac, nous passons à un
dialecte tout différent de celui duRouergue, si dif¬
férent même que l'ancien Collège des Sept Trouba¬
dours considérait le béarnais comme étranger à la
langue d'Oc. Nous sommes aujourd'hui plus éclec¬
tiques; et nous regretterions de ne pas l'être, car la
pièce que nous a soumise M. Bouzet a conquis tous
les suffrages de l'Académie. Elle est intitulée :
Quoan bengue VAymade (quand viendra l'Aimée).
Ce sera par un beau jour d'avril tiède et clair, à
l'heure vermeille où le jardin, tout humide de la
rosée matinale, se réveille lentement sous les bai¬
sers

du soleil

avec

des chants

bourdonnements d'abeilles.

d'oiseaux et des

Et, tout à

coup,

il

se

�2O5

lèvera, le

cœur frémissant, en voyant rayonner
robe blanche ainsi qu'un grand lys

soudain

sa

blanc

milieu de la barrière auréolée

d'aubépine.
d'Elle, et
Elle sourira la première en disant : « Me voici! »
Il tombera à ses genoux pour baiser son âme au
Il

au

courra comme un

bord de
sa

sa

dément

au

devant

robe de lumière. Mais Elle le relèvera de

main

mignonne et, s'appuyant toute contre lui
geste câlin, Elle laissera tomber lentement
son épaule sa tête que les cheveux couronnent

d'un
sur

d'or

pâle. Il l'amènera ainsi vers la maison, l'âme
sienne; et le soleil, le
long du sentier du jardin, ne fera plus derrière eux
qu'une seule ombre. — Le tableau est charmant. Il
enivrée de la sentir enfin

est exécuté de main

d'ouvrier. L'Académie l'a

cou¬

ronné d'un
auteur le

Œillet, et elle espère bien trouver en son
poète désiré que prophétisait naguère

Antonin Perbosc pour

remplacer dignement le

regretté poète béarnais Jean-Baptiste
la cruelle Guerre

a

ravi à

nos

Bégarie

concours

que

:

Un, belèu, que te retrai.
qu'as « la saba e lo rai »,
arbora-te per orta !
Ont èsl acô's tu que, se vds,
...

O tu

reviscolaras dins
la santa

Mais voici

un

son

cràs

flamba môrta.

genre

de poésie qui diffère de tous

que nous avons eus jusqu'ici à apprécier.
M.Frédéric Cayrou est vétérinaire à Montauban,
ceux

et il

parle des petites gens qu'il pratique, et
qu'il soigne. On pourrait sou¬
haiter des sujets plus relevés : M. Cayrou a montré
nous

même des animaux

�f

—

206

—

qu'il était capable de les traiter,

car

c'est

un

vrai

poète. Le genre admis, on ne saurait trouver de
tableaux plus fidèles de la vie rustique que ceux
qu'il nous a présentés dans son recueil intitulé
Al

Campestre (Aux champs). L'Académie a parti¬
pièce intitulée Nostre Balet
(Notre Auvent). M. Cayrou nous le montre riant
au soleil et garantissant de la pluie, attirant gens et
bêtes, l'hiver comme l'été. De là, on peut contem¬
pler tous les champs que l'on chérit, et le blé, et la
prairie, et le jardin. C'est là que le petit enfant
apprend à marcher, sans que sa mère le soutienne.
Et, l'hiver, il est le meilleur endroit de la maison
pour les vieux qui le préfèrent même au coin du
culièrement retenu la

feu,
et

flambée, le
bain de soleil

car une

vaut pas un
sans

la marmite, ne
l'auvent sans fumée

nez sur

sous

suie.

M.

Cayrou nous avait présenté, l'an dernier, un
recueil semblable qui lui a valu un Œillet. Il ob
tient, cette année,

une

Êglantine.

Nous arrivons à la fin du
manuscrites

concours

des

œuvres

poème important dû à
Cubaynes, de Saint-Hilaire-Lalbenque (Lot) et intitulé Prèire (Prêtre).
L'humanité est quelque chose de mixte, d'in¬
décis, d'intermédiaire entre Caliban et Ariel, entre
avec

un

M. l'abbé Jules

la bête et l'hommê. Et il est des individualités

qui éprouvent le désir ardent de s'arracher à la
matière, de rendre la créature plus pure, plus
parfaite, plus angélique, plus divine, s'il est possi¬
ble : ce qu'un chrétien appelle « l'angoisse du
salut

»,

�■

207

fournit de nombreux

exemples
depuis saint Augustin et Pascal, jusqu'à Ernest
Psichari, le petit-fds deRenan; et, tout récemment
encore, notre éminent confrère, M. Zyromski,
dans ses études savoureuses sur les « sublimes jeu¬
nes gens du Cayla » nous a montré comment, en
face de la Nature, la pensée succède dans l'âme à la
matière et la conduit à la méditation pour aboutir
L'Histoire

au

en

divin.

qui aguidéM.l'abbé
Cubaynes dans la pièce qu'il nous a envoyée et
qui n'est autre qu'un examen de conscience pour
une vie à préférer, pour la meilleure destinée à sui¬
vre. Depuis longtemps, il était hanté par l'idée de
la prêtrise. Mais, au moment de prendre une déci¬
sion définitive, il s'est demandé si son devoir n'était
pas le mariage plutôt que le célibat. Et il se pose
cette question non pas en littérateur de séminaire,
ni même en exégète ou en critique à la recherche
d'explications rationalistes ou d'hypothèses scien¬
tifiques ou psychologiques, mais en honnête
homme soucieux de son devoir à remplir pour le
C'est

mieux

un

sentiment semblable

sur

la terre.

Un tel sujet est-il vraiment lyrique ? — Il faut le
prendre comme une sorte d'oratorio, où le récitatif
est à chaque moment coupé d'invocations, de
soupirs, d'élégies, d'élans et de prières. Ce qui nous
touche, c'est le spectacle d'une âme qui se recherche
et qui nous dit ses émotions à mesure qu'elles se
déroulent dans

son

for intérieur. Et il se trouve que

plus passionnées qui soient
pour le bien, une de celles qui sont les plus propres à
ressentir dans toute leur énergie l'influence des
cette âme est une

des

�—

2o8

dogmes chrétiens. Peut-être les ravages de la
laquelle le poète a pris part, peut-être
se débat le monde depuis la paix ont-ils
accentué cette propension naturelle vers la prê¬

guerre à
l'effroi où

trise. Gomme les Chrétiens de l'an Mil

ou comme

l'Évangile éternel, il suppute, il
calcule, il aperçoit les signes du ciel, il entend la
voix qui l'appelle, il se hâte d'accourir vers le
royaume qui n'est pas de ce monde et demande à
prendre place à côté des martyrs et des saints.
Quelle âme demeurerait insensible à cette faim, à
cette soif, à cette flamme d'amour divin et de
passion sacrée, à cette .« folie » de la Croix, comme
le rêveur de

dit Saint-Paul?
Le

style est à l'avenant, clair, ferme, dégagé de
fioritures, ne ressemblant en rien à celui des « par¬
fumeurs » de toutes les littératures. Il est inspiré
par le pur parler du pays natal, de cette terre cadurcienne un peu abrupte, sans luxe, mais pleine de
trésors latents où

se

sont

conservés les vieilles

traditions de

famille, une longue expérience reli¬
tissu de disciplines antiques.
M. l'abbé Cubaynes a été plusieurs fois lauréat de

gieuse, tout

un

l'Académie. Elle lui décerne cette fois

une

Êglan-

tine.
II.

—

Ouvrages imprimés.

Tel est le bilan des ouvrages

manuscrits soumis
jugement de l'Académie. Les ouvrages imprimés
sont plus importants encore. L'on ne peut que s'en
étonner quand on sait quels frais exige actuelle¬
ment leur publication. Mais il en est dont la dépense
au

�—

2og

—

a été supportée par des amis passionnés de la petite
patrie qui ont voulu tout à la fois servir ses intérêts
et honorer ses poètes. Et cela est caractéristique et
mérite d'être encouragé.

L'Académie s'est associée à

ces

sentiments

en

Rappel d'Êglantine à M. J. P. Luc
directeur d'École à Santo-Piétro-di-Tenda
(Corse), pour un poème dramatique intitulé U martiriu di Santa Divota (Le martyre de Sainte
Dévote), patronne de la Corse. C'est à Mariana,
dans la plaine de la Marana, non loin de la ville de
Bastia, que vivait, au quatrième siècle de notre èfe,
la jeune patricienne Dévote, qui s'était vouée au
culte du Christ, et c'est dans cette ville qu'elle fut
martyrisée. D'après la légende, ses restes soustraits
à la profanation des païens furent miraculeusement
transportés à Monaco. M. Lucciardi a chanté en
dialecte corse de Nebbio le martyre de la jeune
vierge de Mariana et il en a fait une espèce de
mystère » dialogué en quatre actes, comme ceux
qu'on avait coutume de représenter, au Moyenâge, à Toulouse sur le parvis de l'église de la Dau¬
rade, et dans beaucoup d'autres villes de France
sous le nom de « Puys Nostre-Dame », comme en
Espagne sous le nom d'Autos sacramentales.
On trouve dans l'oeuvre de M. Lucciardi de nobles
décernant

un

ciardi,

«

sentiments et l'on y

peut citer de beaux passages,
description d'une tempête dans la
Méditerranée pendant que la barque, portant les
restes de Dévote, vogue vers la Côte de France.
Le pilote est plongé dans le plus profond sommeil;
le bruit du vent, des vagues et du tonnerre lui est
étrangef; et, cependant, la barque est sauvée. Il
notamment

la

�210

signaler la scène finale du dernier
qui résume bien l'esprit dans lequel l'ouvrage a
été conçu et exécuté.
Tout autre est l'œuvre de M. Bénezet Vidal,
à Châteldon (Puy-de-Dôme). Elle se compose de
pièces diverses sous le titre de Flours de Mountagno
(Fleurs de Montagne). M. Bénezet Vidal a voulu
marcher sur les traces de son compatriote Michalias,
et il nous a donné une série de poésies qui
rappellent les Ers d'uen Païsan, couronnés par
l'Académie des Jeux Floraux. Comme Michalias,
il a chanté la Dore aux flots d'argent et d'au¬
tres rivières de la Limagne, telles que la Sioulo (la
Sioule) qu'il affectionne particulièrement et lou
Vouziroun (le Vauziron). Il y joint, en quelques
sonnets, de justes notations de la petite montagne
et de la vie'paysanne dans la Basse-Auvergne. Mais
le poète est tout à fait lui-même dans les Chansons
d'une fantaisie légère où se révèle le sens du folk¬
lore musical et littéraire. L'on y trouve également
une pièce
Tristour (Tristesse) d'une mélancolie
toute verlainienne, et cette autre pièce A-n-ZJno
que Mistral aurait sûrement appréciée. A ces divers
titres, l'Académie des Jeux Floraux a décerné une
Mention à Flours de Mountagno, tout en demandant
convient aussi de
acte

à M. Bénezet Vidal dé donner à l'avenir à
mes

des

ses

thè¬

développements plus lyriques et à

sa

langue

une graphie plus sélectionnée.
Non moins méritoire et de plus belle expres¬
sion est l'œuvre de M. Louis Delhostal, di¬

d'Ecole

Thiézac

(Cantal), un disciple
Vermenouze, doublement lauréat de l'Aca¬
démie des Jeux Floraux en langue française et en
recteur

de

à

�211

langue d'Oc. Ses poésies n'ont pas, assurément,
l'envergure de celles du grand poète parnassien
de la Haute-Auvergne; mais elles ont toutes
les qualités de terroir, poussées même à l'excès.
En effet, la langue de M. Delhostal n'est nulle¬
ment sélectionnée, comme l'abbé Four en a donné
l'exemple dans les derniers ouvrages de Yermenouze, et cela rend plus difficile à toute l'Occitanie
la lecture de ses poèmes. Sa graphie est celle des
patoisants » auxquels le phonétisme suffit. Enfin,
il ne se préoccupe guère de l'art. Mais il aime bien
son pays et il le chante
avec fougue, et parfois avec
«

une

tendresse

pleine de charmes. Il est seulement

regrettable qu'il n'ait, pu donner, vu la dépense,
sinon une traduction complète de son œuvre, du
moins un glossaire qui facilite à ses lecteurs nonauvergnats la compréhension de certains vocables
indigènes, tels, par exemple, que le titre même de
son

les

livre Rescouoto

qu'on chercherait en vain dans

lexiques de la langue d'Oc et qui

signifie « la

qu'on cueille à l'automne et
qu'on met à mûrir plus complètement pendant
l'hiver dans la paille ou le foin, tels les pommes,
les poires et les coings.
Ce qui caractérise la poésie de M. Delhostal, c'est
une imagination active et féconde qui ressuscite,

réserve des fruits

»

animés, les êtres et
l'Auvergne. Né en pleine campagne,
au Garric, commune de Prunet, M. Delhostal a
appris, dès son enfance, à lire dans le grand livre
de la Nature et il a vécu dans la familiarité des

en

des tableaux vivants et

les choses de

âmes

simples dont il partageait les sentiments.
perspicacité, il a su

Plus tard, et avec une rare

�212

démêler les voix
trer

qu'il avait entendues et les orches¬
symphonie où se retrouve toute l'Au¬
avec ses paysages et ses habitants, ses

en une

vergne,
traditions et

ses

mœurs.

Il s'est même efforcé de

raviver dans les âmes la flamme chancelante de
l'Idéal. L'Académie des Jeux Floraux l'en

pensé

en

décernant

un

Œillet à

son

a

récom¬

livre de Res-

couoto.

De

l'Auvergne brumeuse nous passons au Rousensoleillé, et nous y retrouvons un de nos plus
distingués lauréats, M. Joseph-Sébastien Pons,
dont nous avons déjà couronné deux recueils de
poésies en dialecte catalan : Roses y Xiprers (Roses
et Cyprès) en 1911 et El bon Pedriç (Le Bon Perron)
en
1919. Cette fois, c'est Y Estel de U Escamot
(L'Étoile du Troupeau) qu'il nous envoie de
Montpellier, où il est professeur du Lycée. Le livre
s'ouvre par d'émouvantes évocations de la Courlande, où le poète fut prisonnier de guerre, et ces
sillon

évocations

sont

burinées

en

sonnets

sobres

et

vigoureux comme des eaux-fortes. De retour au
pays, il y retrouve, avec la liberté, l'éclat de sa
lumière d'or, la fécondité de son sol plantureux, la
fraîcheur de ses eaux vives, le parfum de ses garri¬
gues fleuries. Il y revoit le vigneron du Confient
et de la Salanque, les bergers du Canigou, les con¬
trebandiers de l'Ampourdan, les gitanes des fau¬
bourgs de Perpignan, et il leur consacre des por¬
traits aussi vrais que poétiques. C'est tout son
pays natal qu'il nous montre dans ses vers pitto¬
resques : la maison peinte du bord de la mer,
l'escalier fleuri qui descend vers la place publique
arrosée pour les danses d'été, la vieille église romane

�2

13

qui domine la vallée, la cigale qui chante à midi
sous l'olivier, le troupeau qui rentre au bercail aux
premières étoiles. Parfois, une douce mélancolie se
répand à travers toute cette poésie chaude et colo¬
rée et prend pour thème la brièveté de l'amour et
celle de l'amitié, rappelant le fameux tableau de
Poussin

:

en

Arcadie.

Le

livre

se

termine

par

UAdéu-siau à Déodat de Séverac, où se retrouve le
dernier écho des vifs regrets qu'a occasionnés dans
tout le Roussillon la mort

prématurée du grand
Lauraguais décédé à Céret.
On a dit de M. Pons qu'il était « le plus racé de
nos poètes du terroir », et, en effet, il pense essen¬
musicien

du

tiellement

en

catalan et il écrit de même. Mais

ce

n'est pas un « patoisant ». Sa langue est sélection¬
née et sa graphie est correcte. Alafois pittoresque et

clair, précis et poétique. Et les
qu'il exprime ont une cha¬
leur communicative qui vous pénètre et qui vous
coloré,

son vers est
sentiments élevés

charme.
Toutes

VEscamot

ces
une

qualités réunies ont valu à VEstel de
de nos plus belles fleurs, laYiolette.
*
#

*

Après ce compte-rendu, quelque sommaire qu'il
soit, il parait inutile d'ajouter qu'il y a lieu de se
de cette année. N'en

déplaise
marquis Robert de Fiers et à ses confrères
de l'Académie française qui partagent ses préven¬
tions sur le Midi, nos poètes Occitans valent les
Rhétoriqueurs » du Nord. Et, s'il en est qui pré¬
fèrent employer le langage de Paris, il en est d'auféliciter.du
à M. le

«

concours

�-—•

2l4

très

qui ne sauraient abandonner le langage indi¬
gène quoi qu'il soit pratiqué par « les laboureurs et
les valets, les chambrières et les nourrices », car
il est également propre aux classes élevées et aussi
aux savants qui l'étudient dans les Universités de
la France et de l'étranger. Nous n'avons pas même
besoin de nous servir du latin, comme au temps de
Ronsard, « pour nous truchementer en Allemagne,
Pologne, Angleterre ou tous autres lieux de ces
pays-là». La langue d'Oc nous suffit. Nous pourrions
en citer de nombreux exemples. En voici un tout
récent.
Il y a
trouvait

quelques mois,
en

un de nos diplomates se
mission officielle au fond de la Lithua-

nie. Personne à

qui parler français. On le conduit

auprès du curé du pays avec lequel il s'entretient
tant bien que mal en latin.
Mais je connais bien un grand poète français,
—-

dit

l'ecclésiastique.

—

—

Ah! Victor Hugo?
Non.
Lamartine?

—

—

—

—

Non.

Rostand, alors?
Non

:

Mistral.

Eh oui, le grand poète
l'Univers entier
de

son

œuvre

un

sert

particulariste est pour
poète de France; et le prestige
à l'étranger non seulement la

gloire occitane, mais aussi la gloire française.

Jy

���Règles de Phonétique Occitane
dans le corps d'un mot,
français ; mais s'il
terminaison féminine, il est semi-son¬

i° VOYELLES.

accentué
constitue

ou

a,

—

seul

ou

non, sonne comme a

une

entre a et o, suivant la région ;
français, et è comme è ou¬
i équivaut à i français ; — u égale¬

nant et se prononce
—

sonne comme

e

é fermé

français ; —
mais, après une voyelle, il a le son

vert

ment ;

çais

;

—

o fermé
citan.

ô ouvert se prononce comme o
comme ou

français;

—

y

ou fran¬
français, et

n'existe

pas en o,c-

2° CONSONNES. — b, c, d, f, g, j, 1, m, n, p, q, (toujours
suivi de u ), r, s, t, z sonnent comme en français ; mais
c devant i est sifflant comme s français ;
— j sonne

tz, dans certaines régions ; — m se prononce
à la fin de la ire pers. du pluriel des verbes ;
n est muet, sauf quelques rares exceptions, à la fin
des substantifs ; — r est souvent muet à la fin des
substantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi
comme

comme n
—

qu'au présent de l'infinitif; — s est toujours dur et sif¬
flant ; — t est muet à la fin des participes présents et
des mots en ment; — v sonne comme b, sauf en Pro¬
vence

;

-—

ç,

k,

3° GROUPES.
—

x, w

—

n'existent

pas en

occitan.

ch, lh, nh se prononcent : tch, ill, gn ;

ph n'existe pas en

occitan.

REVISTAS E JORNALS RECOMANDATS
Lou Felibrige, — Malhana-en-Provensa.
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L'Autà,

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d'Oc, avec
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CASTELNAUDARY.

d'éditer et de
Auteurs vou¬

�</text>
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              </elementTextContainer>
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      <name>Dublin Core</name>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
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&lt;/head&gt;&#13;
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&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>Escòla occitana</name>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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