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                  <text>8* Annada

Mars

-

N° 40

Abrilh 1926

Gai

Lo

Revista de l'ESCOLA OCCITAN A

Dis Aup i

i

Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
14, Oarrièra

dels Arts, 14

Lo Numéro: lir. 50

�UO GAI

SABER

Revista de VESCOLA OCCITANA
BURÈUS

14, Carrièra

:

dels Arts

Fransa

Abonaments :

:

Estrange

un an

.

: un an

—
.

TOLOZA

.10 fr.

..

15 fr.

ENSENHADOR
del N°

Académie des Jeux-Floraux :
LA DIRECTION :
Abbé Joseph

SALVAT

Louis DELHOSTAL :
Jean-Paul RECIS

Prosper ESTIEU
J. S.

e

J. D. ;

:

:

:

(Mars-Abrilh 1926)

40

Concours de Poésie en Langue d'Oc.
Fête annuelle de l'Escola Occitana.

Préface du " Flahut Occitan
La Graphie Occitane en Auvergne.
Sò Nóstre.

Las Bucolicas de Vergili en Ritmes
occitans (Egloga ïi).
Bolegadisa Occitana.

Conselh de Direccion
Baron Desazars de Montgalhard, Capiscol;
Jozèp Anglade, Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Jos-Capiscòls ; J.-Rozès de Brousse, Secretàri ; Armand Praviel, Clavaire.

ASABER. - Per tôt sò que pertòca l'Administracion del Gai Saber escriure à la Libraria Edouard
Privât, 14, Carrièra dels Arts, TOLOZA.
Compte postal : Toloza N• 1673
Per la Redaccion,

escriure al Majorai Prosper

Estieu, 45, carrièra Contresty, CASTELNOUDARI.

�Prosper Estieu

Las Bucolicas
de
en

Vergili

ritmes occitans

*(toulo
pgr f-&gt;—v

castèlnoudari

Societat d'Edicion
37,

Occitana

Carrièra de la Bafa, ^7
MCMXXVI

��ACADÉMIE

DES JEUX FLORAUX

Concours de Poésie
en

Dans

en

Langue d'Oc

1926

séance extraordinaire du vendredi 19 mars, l'Aca¬
Jeux Floraux, sous la présidence de M. Louis Théron
de Montaugé, a ratifié les
propositions que lui avait faites pour
le Concours de langue d'Oc le bureau de XEscola Occitana,
réuni le 11 mars chez son capiscol, le baron Desazars de Montgailhard.
Elle a établi son palmarès comme suit :
sa

démie des

I. Poésies manuscrites

;

Las

Pregaries e las Gracies, recueil de poèmes, par M.
Palay, Majorai du Félibrige, à Gélos, par Pau. (BassesPyrénées), a obtenu un Souci.
2.
Chansos de devans lo Jorn, recueil de poésies, par M.
Jean Mouzat, professeur au Collège de Sillé-le-Guillaume (Sarthé), a obtenu une Eglantine d'argent.
3. Lo Laurier de las Augustinas et autres pièces, par M.
Gayrou,. vétérinaire à Montauban, ont obtenu une Eglantine
d'argent.
4. Crépuscule à Colliure et autres pièces, par M. Charles
Grando, vice-Président du Genêt d'Or, à Perpignan, ont obtenu
un
Rappel d'Eglantine d'argent.
5. L'Esclopier, poème, par M. Antoine Rey, à Agen, a obtenu
une Eglantine
d'argent.
6. La Reguinnada de la Vièlha, épître, par M. l'Abbé Jules
Cubaynes, curé de Gréalou, par Cajarc (Lot), a obtenu un
Rappel de Souci.
7. EAiiia d'un Pacan, recueil de. pièces, par M. Julien Galéry, cultivateur à Cambian, par Ytrac (Cantal), a obtenu une
1.

Simin

Primevère.

8. Lo vièlh Camin,
a

obtenu

une

pièce,

par

M. Eugène Séguret, à Rodez,

Primevère.

9. La. Bodofla de Sabon, sonnet, par M. Pierre-Augustin
Vayssières, à Tonneins (Lot-et-Garonne), a obtenu un Œillet.

�LO

184

GAI

SABER

10. L'Oliù mort et autres pièces, par M. Gaston
braire à Béziers, ont obtenu un Rappel d'Œillet.

11. Poésies

Vinas, li¬

imprimées.

d'un Grilh, par M. Guilhèm de Nauroza, à Mas
Saintes'-Puelles (Aude), ont obtenu un Rappel de Violier d'Or.
Los Cants

l'Académie

En outre,
suivantes :
L'Orne del

a

décerné les Mentions

Ker, recueil de sonnets, par

M. J. M. Servat,

pharmacien à Massat (Ariège).
Las Oras

dolentas, sonnets, par M. Clovis

l'Hérault

mont

Honorables

Roques, à Cler-

(Hérault).

Sur tournât et autres sonnets, par

M. Adrien Dupin, à Mé-

rignac (Gironde).
La

Louis
Al

Cànson de la Mar et lo Clam d'Ermengarda, par M.
Bousquet, à Armissan, près Narbonne.
Fot Bol, par M. Jean Pierre Lamourdedieu, à Toulouse.

Fête annuelle de

l'Escola Occitana

l'Escola Occitana se réunira à
mai, en Assemblée Générale.
A 10 heures, réunion du bureau chez M. le baron Desazars
de Montgailhard, Capiscol, 13, rue des Fleurs.
A 2 heures, dans la grande salle de l'Hôtel d'Assézat et Clé¬
mence Isaure, séance de l'Académie des Jeux Floraux, consa¬
crée au Régionalisme et à la Langue d'Oc : Rapports sur le
Conformément à

ses

statuts,

Toulouse le dimanche 2

M. J.-Rozès de Brousse,

Majorai du Fé-

quelquesGrilhs del Laicragués qui chanteront
Majorai Prosper Estieu.

les chansons du

Concours Occitan par

librige, secrétaire de l'Escola Occitana, et sur le concours Pujol par MM. Armand Praviel, clavaire, et de Gélis, membre
fondateur de l'Escola Occitana. Lecture des poèmes couronnés,
distribution des Prix. Cette séance sera présidée par le Comte
de Rességuier, membre fondateur de l'Escola Occitana.
A 19 h. 30, banquet au restaurant du Belvédère, où les lau¬
réats sont cordialement invités.
Les membres de l'Escola Occitana, les félibres membres
d'autres écoles, de passage à Toulouse, sont priés d'assister à
ce banquet, et d'envoyer au plus tôt leur adhésion à la Librairie
Privât, 14, rue des Arts, Toulouse. Délai de rigueur : 2S avril.
Prix de la cotisation : 15 francs.
Nous- pouvons compter pour ce banquet sur la présence de
Flaliut Occitan du

�LO

GAI

SABER

185

Préface du " Flahut Occitan " (I)
qui, en France et à l'étranger, s'inté¬
Félibrige connaissent les sonnets magni¬
fiques du Terradou et de Flors d'Occitania et les
poèmes lyriques et épiques de la Canson Occitana
et dû Romancero
Occitan ; ils savent que, dans
ces diverses œuvres, Prosper Estieu s'est montré le
chantre inspiré de la terre d'Oc et l'évocateur de son
passé.
Une surprise m'était réservée, le jour où j'abordai
le poète pour la première fois. Comme je montais
l'escalier qui conduisait à son modeste cabinet de
travail, j'entendis les sons d'un flageolet. Je crus rê¬
ver. Probablement, c'était lui qui soufflait dans l'ins¬
trument rustique, la tête penchée, ses grands cheveux
gris tombant de chaque côté du front. Mon entrée
arrêta la mélodie. Une sympathie profonde, d'où
devait naître une respectueuse amitié, eut tôt fait
de rapprocher mon âme de celle du Maître. Que de
sujets furent abordés dans ce premier entretien !
Mais une chose me préoccupait vivement, dont je
n'osais faire l'aveu : le fier poète de Remembrat\vos était-il bien le même qui jouait sur le flahut des
airs champêtres auxquels répondaient les oiseaux
dans le verger voisin ? Ma curiosité allait être vite
satisfaite. « Voici, me dit-il, ma dernière chanson ».
Et, après m'avoir lu les strophes de Las Dalha^ons,
il joua sur son flageolet l'air qui les lui avait inspi¬
rées. Ce fut pour moi une révélation. Je repartis, et,
tandis qu'au soir de cette chaude journée de Juin,
l'orage grondait sur la plaine et que mes poumons
aspiraient l'odeur forte des foins coupés, chantaient
en moi les vers du poète :
Tous

ceux

ressent au

(1) Lo Flahut Occitan, in-40, E.-H. Guitard, édit. Toulouse,
Ozenne. et Paris, 6, passage Verdeau (9°).

7, rue

�LO

i86

«

Lau^eta,

GAI

SABER

aici la dalhason !

trabalha :
Tu, fas ton obra am ta canson,
Nos aus, ambe la dalha■ »
Caduii com sab

Alouette, voici la fenaison ! Chacun travaille
il sait ; toi, tu fais ton œuvre avec ton chant,
nous, avec la faux. »

«

comme

et

Proschansonnier ; je

Depuis, je connus peu à peu les trésors que
per Estieu avait accumulés dans son
finis par le persuader qu'ils devaient

être connus du
public. Cédant à mes sollicitations pressantes, le poè¬
te consentit enfin à faire paraître Lo Flahut Occitan.
Ce livre n'était pas attendu : son action n'en sera pas
moins profonde.
Prosper Estieu n'avait composé ses chansons que
pour enchanter ses vieux jours, suivant sa propre
expression. Mais pouvait-il, même en s'amusant, ne
pas travailler pour la Cause qui a été, qui est sa
principale inspiratrice ? Aussi, tous les nobles sen¬
timents qui animent ses autres œuvres se retrouventils dans ce recueil. Cependant, alors que jusqu'à
présent ses poésies s'adressaient surtout à une élite,
il semble éprouver le besoin de parler de plus près
au cœur du peuple. Il a appris l'art d'être grand'père.
Sa tête a grisonné, sa haute taille s'est légèrement
penchée, et maintenant il incline aussi sa pensée vers
ce peuple d'Occitanie, dont il est issu et qu'il aime
tant

!

Qu'on lise attentivement le chant intitulé Lo Sau\e.
Le saule n'est autre que le peuple d'Occitanie, le vrai
peuple, demeuré fidèle à ses traditions, à ses souve¬
nirs, à sa langue. Ses racines plongent au fond de
cette terre féconde. Mais, hélas ! il n'ose plus relever
la tête, et, lorsque les oiseaux chanteurs, ses poètes,
viennent se poser sur ses branches, il n'a même pas
assez de force pour les porter et il ne sait que s'in¬
cliner. Il gémit, il verse des pleurs brûlants. A ses
pieds le ruisseau murmure, et, au fond des gouffres,

�LO

GAI

SABER

187

s'agitent les poissons, qui ne sont autres que les re¬
négats, ceux qui, tout préoccupés d'affaires matériel¬
les, se désintéressent de l'avenir de leur pays. La fée
d'Occitanie, l'harmonieuse langue d'Oc, a beau gémir,
cachée dans le tronc creux de l'arbre : ses plaintes
ont seulement pour écho le bruit de l'eau fuyant sur
les cailloux. Cette tristesse discrète du saule émeut le
cœur du
poète : il s'approche de l'arbre et lui dit tout
son amour en des vers d'un symbolisme admirable.
Peuple d'Occitanie, voici donc un troubadour qui
te chérit comme un frère. Ecoute ses chants. Salue
en lui tous les cœurs généreux qui ont su vibrer au
contact de ton âme, qui ont essayé de t'élever vers
les cimes et te donner l'espérance de la résurrection !
Fée d'Occitanie, sèche tes pleurs, prête l'oreille !
Contemplons d'abord un magnifique tableau de la
vie aux champs. Une jeune mère endort doucement
son nouveau-né en le berçant aux sons mélodieux de
la langue ancestrale. Les enfants chantent comme
des rossignols dans le parler des aïeux. Le laboureur
rentrant à la fin de sa journée, tandis qu'il admire
les rayons du soleil couchant, dont sont empourprés
les cimes pyrénéennes, est heureux à la pensée que
ses champs féconds, bénis par Dieu, seront labourés
par ses enfants. Venu le temps de la moisson et du
dépiquage, des couplets entraînants soutiennent les
paysans dans leurs pénibles travaux. « Quand serem
morts nous pau^arem », s'écriaient-ils en entendant
le « ^on\on » de l'abeille qui, tout comme eux, fait
à la fois son miel et sa chanson. Le vigneron qui
contemple amoureusement les bourgeons dans les¬
quels il a mis son espoir, engage avec la souche un
long dialogue, géorgique d'une admirable simplicité,
et chante le vin qui met le cœur en fête. Cependant,
un peu de
repos ne déplaît pas, et, tandis que les
disciples de Nemrod et les fervents de la pêche à la
ligne poursuivent les lapins dans les sillons de maïs
ou épient les poissons dans les eaux du Fresquel, aux
sons de la cornemuse, jeunes gens et jeunes filles

�188

LO

GAI

SABER

cours à leur joie : c'est
franche et saine gaieté.

donnent libre
tre dans sa

le bal champê¬

jambe boiteuse. C'est
l'époque des longues veillées où, près de l'âtre qui
flamboie, dans l'intimité de la famille, les cœurs
s'abandonnent. Alors chante le feu qui apporte les
nouvelles du temps passé : âme des ancêtres, pépie¬
ment des oiseaux, baisers des amoureux ont leur écho
dans les flammes qui montent du foyer. A son enfant
parti à la ville et revenu misérable, le vieux dit la
leçon de la terre : « Sous le toit où nous sommes
nés, mon fils, la joie vaut plus que les écus ! » L'aïeul
chante le village où il est né et où il veut mourir ;
l'aïeule, devant trois roses flétries, évoque nélancoliquement ses souvenirs de jeunesse, tandis qu'elle
tourne le fuseau, dont le gai bruissement endort ses
chagrins. Hélas ! elle est la dernière fileuse du pays
d'Oc... Tout se meurt, de ce qui faisait le charme du
vieux temps. Mais, si les hommes et les choses dis¬
paraissent, nous pouvons en garder le souvenir au
fond de notre cœur. Et c'est ainsi que les morts de
la grande guerre ne sont pas oubliés : leur sacrifice,
puisse-t-il servir au règne de l'universel amour, de
cette paix pour laquelle est venu au monde le Sau¬
veur ! Et c'est ainsi que revivent la vieille et rustique
légende du preux Renaut, et l'histoire de Jeanne la
Lorraine, dont je ne sache pas qu'aucun poète mé¬
ridional ait jusqu'à présent chanté les exploits, le
martyre et la gloire en des accents aussi simples et
aussi émus. Cependant, comme en France le rire ne
perd jamais ses droits, écoutons un instant l'originale
chanson du fier meunier Sans-Souci qui consentirait
Mais

voici l'hiver

avec sa

roi de Prusse, mais non
pas son moulin ! Enfin, ne serions-nous pas étonnés
de ne pas trouver ici comme un écho de Calendal et
de la doctrine mistralienne ? Ecoute donc, peuple
d'Occitanie ! Le printemps est revenu, la clarté de
l'aube monte à l'horizon : que ton clair génie refleu¬
risse ! Mais la veillée va prendre fin. Avant de se
bien à vendre

son

âne

au

�LO

GAI

SABER

séparer, on aime à voir pétiller dans les verres la
blanquette de Limoux, ce fameux vin du terroir qui
tant réchauffe le sang. Et, sur le blanc tapis de neige
qui couvre la terre, on entend le bruit étouffé des
pas, tandis que les voix murmurent sous la cape :
«

Bonne nuit ! Bonne nuit !

»

loin des vulgaires élucubrations
de ces chansonniers dit populaires, qui maintiennent
les âmes dans une effrayante banalité ! Comprends,
paysan de France, paysan -vaillant, la leçon que te
donne le nouveau troubadour, ton véritable ami !
C'est lui qui sera ton sauveur, si tu entends sa voix
interprétant celle de l'oiseau qui gazouille dans les
arbres, celle du vent qui souffle à travers les bran¬
ches, celle des cigales qui prient en chantant sur les
oliviers, celle des grillons qui retentit vaillante dans
l'herbage, celle de toute la nature qui nous enseigne
le bonheur. Pourquoi nous inquiéter outre mesure
du lendemain ? Aimons-nous ! Quand, au printemps,
tout renaît à la vie, que l'enfant n'aille pas dans les
halliers détruire les nids des petits oiseaux ! Quand,
en hiver, le vent de Cers gémit dans les pins, que le
riche ouvre sa porte aux miséreux ! Et puis, travail¬
lons, et nous aurons la récompense méritée ! La
nature n'est-elle pas la volonté de Dieu qui veille
sur toute
la création ? Si le malheur, la souffrance
ou la misère s'abattent sur nous, fions-nous au Cré¬
Que

nous sommes

de l'univers comme à la branche se fie le pas¬
! Ici-bas, tout ce qui a vie aspire à la lumière
céleste ; comme une fusée, l'oiseau s'envole : notre

ateur

sereau

âme est, elle aussi, une alouette qui ne saurait se
résoudre à vivre terre à terre et qui porte en elle
cet instinctif besoin de monter vers les cieux, vers les

qui chantent, dans leur ronde éternelle, la
gloire du Seigneur !
Peuple d'Occitanie, serais-tu incapable de goûter
ces ravissantes beautés ? Non. Le poète connaît tou¬
tes les ressources d'idéal, toute la noblesse qui palpite
dans ton cœur. Il ne veut pas abaisser ton âme comastres

�LO

GAI

SABER

me le font, hélas ! trop de mauvais apôtres. De la
contemplation de. la nature qui t'environne, de l'his¬
toire quotidienne de ta vie, il fait jaillir de hautes
pensées pour t'aider à communier avec lui dans
le culte du Beau et du Bien.
Ecoute-le donc ! Lui, malgré les offres les plus
séduisantes, il s'est toujours refusé à quitter son pays
où son cœur reste attaché « comme avec des chevil¬
les ». Il vit avec toi, dans le silence et la retraite,
après une vie de labeur. Les honneurs ne connaissent
pas le chemin de sa demeure ; mais il est heureux,
car il réalise son idéal : travailler à te rendre plus
attaché à ce qui fait la force d'un peuple, c'est-à-dire
à tes coutumes, à tes gloires, à ton histoire, à ta
langue.
Lui reprocherais-tu d'être trop noble et trop grand ?
Ah ! certes, il Lest, noble et grand. Sa Muse a tou¬
jours des ailes, et, si elle consent parfois à descendre
sur le sol, ce n'est que pour l'effleurer un instant et
y reprendre, comme Antée, une force nouvelle.
Oui, écoute-le. Ses chants te feront aimer cons¬
ciemment la terre, terre de blé, de maïs et de vin, et
te détourneront de la ville et des plaisirs trompeurs ;
ils te feront aimer ton ciel d'Occitanie, sous lequel
tous les peuples conquérants ont fait halte tour à
tour et laissé des traces de leur passage ; ils te feront
aimer ton genre de vie qui te donne la santé, la joie
saine, l'indépendance, le vrai bonheur. O paysan, toi
surtout qui es attaché à la glèbe, toi qu'on méprise
parfois, « tu resteras, malgré tout, comme dit Mistral,
le maître du pays ! Environné de l'ampleur et du
silence des guérets, tout en vaquant à tes travaux,
toujours attaché à la terre, tu vois, au lointain, com¬
me
des accidents du temps, passer la pompe des
empires et l'éclair des révolutions. Agrippé au sein
de la patrie, tu verras passer les barbaries et aussi

les civilisations

!

»

Peut-être, Peuple d'Occitanie, reprocheras-tu au
poète de se servir d'une langue que tu ne

reconnais

�LO

GAI

SABER

pas toujours comme la tienne. Ici, fais-lui confiance.
Tu fais bien confiance à d'autres qui le méritent
moins ! Cette langue te paraît à première vue étran¬
ge et tu seras tenté de dire : « Ce n'est pas notre
patois. » Et tu auras raison de parler ainsi, car cette
langue n'est pas ton « patois » ; elle est tout simple¬

Langue. Mais systématiquement, on t'avait
d'elle, on t'en avait dépossédé, et je com¬
prends ton étonnement. Je n'entreprendrai pas de te
raconter sa lamentable histoire. Ce serait trop long.
Sache seulement que la langue d'Oc, si chantante,
si harmonieuse, était, voilà sept ou huit siècles, la
langue souveraine, de l'Océan Atlantique à la Médi¬
terranée, et qu'elle a été parlée et écrite par des
princes et des rois. Hélas ! un jour, elle fut supplan¬
tée par le français, traitée en ennemie, et finalement
fut chassée de la chaire, chassée de l'école... Elle a
vécu cependant, mais en mendiante minable, dans ton
cœur et sur tes lèvres.
Là, elle s'est peu à peu dé¬
formée, altérée, elle a perdu ses plus riches atours.
Quand certains de tes enfants voulaient s'en servir
pour faire œuvre littéraire, ils ne trouvaient en elle
qu'un instrument grossier et incapable de traduire
ment ta

déshabitué

leurs sentiments, et, ne comprenant pas qu'on pût
l'écrire autrement qu'ils la prononçaient, ils contri¬
buaient à l'avilir tout en voulant la sauver. Mais de
vrais poètes, qui sont aussi des savants, se sont enfin
levés ; dédaignant de se servir de la langue d'Outrese souvenant de la splendeur passée de la
langue de nos ancêtres, il ont résolu d'épurer ses

Loire, et

dialectes et sous-dialectes et de la ramener par une
écriture classique à sa forme traditionnelle et histo¬

rique. Ils y ont si bien réussi, grâce aux matériaux
préparés et mis à pied d'œuvre par de grands philo¬
logues, que leur réforme n'a pu trouver de sérieux
contradicteurs. Ces poètes, auquels, il y a plus de
vingt ans, la célèbre Académie des Jeux Floraux
ouvrit ses portes, sont les chefs actuels de 1 'Escòla
Occitana et s'appellent :
Antonin Perbosc et

�IÇ2

lo

gai

saber

Prosper Estieu. Les futures générations applaudiront
aèdes, fils in¬
continuateurs.
Maintenant, il n'est pas douteux que notre langue
d'Oc, ainsi rénovée prenne bientôt à l'école la place
à laquelle elle a droit.
Pour l'instant, Peuple d'Occitanie, fier de ton
passé et de tes grands aïeux, fais confiance, je te le
répète, au poète du Flahut Occitan et résigne-toi
à lire les quelques conseils préliminaires que tu
trouveras plus loin et grâce auxquels tu parviendras
sans peine à
lire et à chanter des chansons de ton
pays. Tu ne tarderas pas à trouver à celles-ci plus de
charme qu'aux inepties de café-concert qui t'arrivent de la Capitale pour gangrener ton âme.
aussi à l'admirable effort de ces deux
tellectuels de Mistral et ses dignes

Abbé

Joseph SALVAT.

�LO

GAI

SABER

193

LA GRAPHIE OCCITANE EN AUVERGNE
Bien que né à Prunet, â seize kilomètres d'Aurillac, de parents d'autant plus authentiquement auver¬

gnats que mes aïeuls et aïeules l'étaient également,
bien qu'ayant constamment habité le Cantal (28
dans la vallée de la Cère), bien qu'ayant toujours
parlé et quelque peu écrit notre langue populaire,
bien que portant un nom fleurant le terroir, je fus un
jour menacé de perdre mon titre d'Auvergnat pour
avoir abandonné le dogme phonétique. L'aventure
était si étrange et si burlesque que je ne répondis
mêmè pas à l'excommunication ; par contre, je con¬
ans

tinuai

mes

travaux dans

aujourd'hui je le

le silence du cabinet et si

romps, ce

n'est

pas pour

ouvrir

une

discussion, mais simplement pour faire le public, qui
me fut toujours si sympathique, juge des motifs de
mon

attitude.

La graphie phonétique, chère à tant de personnes
qui n'ont guère étudié l'histoire du Félibrige, se pro¬
pose d'écrire les mots de la langue d'oc tels qu'on
les prononce en donant aux lettres la valeur qu'elles
ont en français. Ses adeptes oublient que, de com¬
mune
à commune, des divergences se constatent,
entraînant le

d'oc.

Ils

morcellement à l'infini des dialectes
de dire que, dans tous .les lan¬

omettent

gages écrits, certaines lettres changent de prononcia¬
tion et que toutes les langues exigent quelque étude
pour

pouvoir être lues couramment.

Si encore cette manière de représenter les sons
avait quelque origine spécifiquement auvergnate, je
m'inclinerais devant une telle préférence respectable ;
mais elle a été créée chez nous de toutes pièces par

Brayat, Labouderie, par ceux qui remirent en hon¬
neur le dialecte après trois siècles d'interruption dans
la tradition graphique. Elle se continua par Veyre,
Auguste Bancharel, fut améliorée par l'abbé Cour-

�LO

194

chinoux et par
et

GAI

SABER

Vermenouze, qui l'employa en 1895

Brousso. C'est pour cela,
croire certains confrères, le dialecte aurillaaurait alors trouvé son expression définitive et

1896 dans Flour de

qu'à

en

cois
devrait considérer l'œuvre
charte.

sus-nommée comme sa

Or, le destin malin a voulu que ce fut après cette da¬
que Vermenouze entrât en relation, d'un côté, avec
Mistral, qui avait si malmené les patoisants marseil¬
lais, avec Perbosc et Estieu, de l'autre. Le même
te

a voulu également que ce fût après cette date
les anciens documents écrits en langue populaire
auvergnate vissent le jour. En effet, en 1899, l'archi¬
viste Roger Grand publia les textes d'avant 1131 et
1274 ; son successeur, M. Esquer, donna en 1904 des

hasard
que

consulaires de la ville d'Aurillac
le tome I de
d'Aurillac,
contenant une analyse des paix de 1380 et 1298.
Avant même d'avoir connu les pièces faisant
l'objet des deux dernières publications, Vermenou¬
ze
était convaincu et, dans La Croix du Cantal
du 23 décembre 1901, il condamnait en ces termes la
graphie phonétique : « Certains estiment que c'est
la seule manière qui permette de lire couramment
le dialecte d'oc en usage dans l'arrondissement
Il va sans dire que je n'en crois rien
d'Aurillac
et que cette graphie me semble digne d'un sauva¬
ge qui chercherait pour la première fois à rendre
par des caractères écrits les sons et les vocables
de sa langue ».
Les documents publiés par la suite ne pouvaient
que renforcer sa conviction. Ainsi, je relève au hasard
les formes suivantes : honor, honneur ; esperit,
esprit ; tota, toute ; cort, cour ; pat%, paix ; dicha
vila, dite ville ; ostar, ôter ; ra^onablamen, raisonablement ; ospitals, hôpitaux ; sanc, sang ; coma,
comme ;
onglas, ongles ; ponh, poing ; costuma,
extrait des comptes

pour les années 1451, 1473, et en 1906,
Y Inventaire des archives communales

.

�LO

GAI

SABER

195

còssols, consuls, (aujourd'hui percepteurs
les environs d'Aurillac) ; valatfossés ; jorn,

coutume ;

pour

jour ; profich
tails ; nos,

,

profit

;

satina, saisie ; portais,

por¬

pau^ar, poser ; procuradors,
mostier, monastère ; mòstra, montre ;
; bestiasgròsas, bêtes grosses ; cabras,
nous

;

procureurs ;
òbra, oeuvre
chèvres ; fedas, brebis ; a^e, âne ; menuda, menue ;
montanhas d'Alvergne, montagnes d'Auvergne ;

sagramen, serment ;

trobar, trouver ; prior, prieur

balestiers, franc-archers
pensa, dépense etc...

;

rompuda,

rompue ;

;

des¬

Avec la traduction, chacun a reconnu les termes
usités de nos jours ; seulement on a employé
aussi bien au XVe siècle qu'au XIIe : a = 0, 0 =

encore

v=b, \

ou,

consonnes

Il

= s doux, l'r de l'infinitif et plusieurs
finales que nous ne prononçons pas.

s'agit nullement, ainsi qu'on l'a prétendu par
aux troubadours auvergnats, dont
œuvres furent publiées en 1910 par le duc de
la
ne

erreur,

les
Salle

de remonter

de Rochemaure

Lavaud, mais je dis

et

mon

bon confrère René

: au moment

où la langue d'oc

allait être chassée des écrits officiels, voilà comment
on l'écrivait à Aurillac. Les travaux d'Emile
Rho¬
des
qui m'ont été si utiles — sur les textes muratais, sanflorains, limagniers, prouvent que les mêmes
règles étaient appliquées pour le nord-occitan. Antonin Perbosc a montré que les frères Bonis, mar¬
chands Montalbanais, écrivaient la langue d'oc d'une
manière à peu près identique en 1369.
—

Donc, quand on se propose par la graphie pho¬
nétique de conserver aux mots leur forme auver¬
gnate, on fait simplement fausse route. La forme
auvergnate des mots nous a été laissée par nos pères,
les consuls d'Aurillac : nous n'avons pas à l'établir.
De même qu'ils nous ont transmis les mots que nous
ne devons
pas laisser envahir par des expressions
patoisées, de même ils nous ont indiqué les règles à
suivre pour les écrire.

�196

LO

GAI

SABER

J'ai démontré ailleurs que notre vocabulaire était
archaïque, mais composé des ressources locales ;
j'établis aujourd'hui par des textes irréfutables que
notre graphie s'inspire des derniers écrits officiels
aurillacois connus. Je puis donc proclamer qu'avec
mes amis
Galéry et Trin nous sommes dans la plus
pure tradition auvergnate. Vermenouze avait re¬
trouvé cette tradition avant nous ; ce nous est une joie
et un réconfort que de poursuivre son œuvre selon
non

ses

directions.

En

Basse-Auvergne, le majorai B. Vidal, Emile
Rhodes, Henri Gilbert suivent une voie parallèle ;
avec ses
deux dialectes différents, l'Auvergne va
néanmoins vers une graphie à bases communes ; ce
sera tant mieux pour l'extension du mouvement félibréen.
Louis

DELHOSTAL

Majorai du Félibrige.

�LO

La

GAI

SABER

Pròza

Occitana

SO NOSTRE1"
Abètz pas conescut de segur lo Catèt de
Secaperas.
Aquel brave òme quand èri mainat, me dizià sobent
tôt còp que repotegabi contra
quicòm que m'agradaba pas : « Laisa far Dius, qu'es un brabe ome ! » E
apondià tant-ben aquel reprovèrbi : « Am lo temps e
la pala las mespolas s'amaduran. »
Ai soscat plan sobent à-n-aquel dich, en vezent
cosin las idèas siègon lor caminòl. Los carretals fan
de contors, an def angases ont
s'alacan, de rocases,
ont trabucan, mas que volètz, i a
pas que lo que
demòra à l'asès qu'atrapa pas de lavasi.
Dempèi la renaisensa occitana, crezi pas que se
sià tant parlai de la lenga d'Oc coma ara. Quant las
sòrbas an pron rascoalhat, perdon lor amaror e las
podètz machugar sens aber pòu que vos fasquen rufar
las pòtas. Lo temps arriba ont se pòd dire de cauzas
que, i a gaire, las aurelhas èran pauc prèstas à escotar.

Crezi pas brica que la lenga d'Oc se pèrde. La
es sò que tôca al pus prigond de l'ama. I a
d'endreches fòra lo païs d'Oc ont de mèjornals, fòrabandits bèl-temps-a, an servat piozament la lenga

lenga

maire, de mentre qu'ai ròdol la lenga que rebombis
n'a res que retiple la nòstra. Podètz metre d'uòs de
perdic am d'uòs de pintarda. La cloca los coara, e,
quand seran espelits, menarà aquela polalha. Mas
tant lèu grandets, un bèl ser, dintraran
plus los per(i) Trait del Almanac Occitan

per

1926.

�LO

GAI

SVBER

digals. Los auzèls de bòsc pòdon èstre embarrats
dins una gabia : debremban pas las cansons dels ar¬
bres ont

son

nascuts.

lenga d'Oc es estada parada pel pòple, que n'a
quitat de la parlar. I a de lòcs ont s'es melhor
servada, n'i a pas cap ont se sià gandida à fons. Los
mots blozes se son escampilhats ; los cal casar e, se
dins un endrech ne manca un, lo cal amanar entà
l'vezin que l'a gardat. Sus acò gaire-ben totes los
La
brica

felibres

son

d'acòrdi.

Aquel abastardiment de la lenga risca de se far
plan plus viste auèi qu'autres còps, Antan lo
monde demoraba ont èra nascut. Ara los joves afranhan de bona ora, van veire de pais e, sobent, tornant plus al canton ont èran estais bresats. Los estrangers prenon lor plasa e se mesclan am los nòstres.
Se la lenga se pèrd pas, risca de .s'agrolir dins un
res. Se
n' cal donc malfizar. Lo gram a leu ganhat
la terra en boiga.
N'es pas tôt de mantenir la lenga ; la cal mantenir
bloza, franca d'aquel abastardiment que la menasa. E
la sola cauza quepòd la salvar, es justament sò qu'a
tant trabalhat, vanament, à la perdre : l'escola. Los
qu'an crezegut que farià debrembar lo parladis del
brès se son enganats. Quand lo pages o lo pastre
vòlon parlar frances, son plan esquerriers e, trop
sobent, fan pas qu'acatar de farda fransimanda la
lenga occitana. Trop sobent, tant-ben, de mots fransimans se mèsclan à la lenga d'Oc per que los joves
d'auèi sabon plus s'aquels mots son occitans o non.
Lo jorn ont las dòas lengas s'estudiaran ensem à
l'escola, s'ajudaran en plasa de se noire. Fòra acò,
tôt sò que se pòd far es coma un elhaus per un bartas. Es temps encara, mas lo plus lèu serà lo melhor.
Nòstres mainages debon poder apprendre à legir e à
escriure en occitan coma en frances.
Aisi se fa sentir l'utilitat d'aber una
que
que

grafia

unenca

serà facha per tôt lo monde, se se pòd dire, per
dins cada terraire, cada parlar deura èstre escrich

�LO

GAI

SABER

199

en partent d'una mèma
sorga : la grafia clasica. Acò
farà belèu crisar lo pièl sus la suça de mai d'un ; acò
n'empacha pas que, an bèl trastejar, cal pasar pel
pont o per l'aiga. Jamai, dusc'ara, aquela questiou n'abià fach tant de bruch. En tôt païs, dins totas las

revistas,

se

parla del biais d'escriure la lenga.

Abètz vist, belèu, de nadaires. Abètz remercat cosin fan quand venon de se despelhar. Los uns tastan

l'aiga del guin de l'artel,

per veire s'es pas trop frecha, i dintran de rionent, eri tremolant, e se tròban

calque còp, sazits pel fresc. Los autres capusan còp
sec. Atal per
la grafia occitana. Las reformas, los
uns
pensan que las cal far sens trastejar. D'autres
vòlon n'arribar al mêmes punt, mas plus tard, bosin
per bosin, de cambiament en cambiament. Riscan de
se
perdre pel camin.
D'autres enfin an trobat que i abià pas à se tracasar, que lo trabal èra fach e plan fach. Sô que cal
à lor avist ? O ! tôt simplament que totes los païzes
de lenga d'Oc escriben am la grafia mistralenca. E,
s'auzaben, dirian lo fons de lor pensada : que totes
los parlars occitans avalisquen per far plasa al provensal. L'unificacion de la lenga, la vòlon compléta,
totala, en parlant salament la lenga de Mistral.
E Catalans, Gascons, Carsinòls, Roergats, Auvernhases, Lemozins, Lengadocians, n'an plus qu'à fòrabandir lor parladis e viste lo remplasar pel provensal !
E son los
cridan que

qu'an aquela idèiasa darrier lo copet que
la grafia de YEscòla Occitana es trop
espefinhoza persò que demanda un quart d'ora de
trabal per l'aprendre. I a plan de lunas que lo que
vòl negar son can dis qu'es fol. Que voletz ? Cal pas
demandar à un perier de far de pomas. Los grapals
seran jamai de graulhas. Es vertat, saquelà, que la
paraula manca pas à totas las bèstias. On se n' tracha cada jorn.
Quand Mistral venguèt, i abià res o tant val dire.
Cadun escribià coma volià. Le grafia de Mistral

�lo

200

gai

saber

èra, per aquel tems, un brave pas. Tant-ben anguèt
pas tota
fèrn.
I

sola. Se fasquèt à l'entorn

un

caribari d'in-

d'ans, sò qu'èra reprochât à Forés,
pels sabentases. Dizian que lo pé¬
pie lo podià pas comprendre. Auèi los plus amalits
contra la grafia de 1 'Escòla Occitana escribon coma
Forés. E son aquels que repréchan ois qu'an contunhat l'ébra de Mistral e de Forés d'escriure unalenga
trop sabenta, coma se d'escriure un mot d'un biais
plus lèu que d'un autre, acò cambiaba la lenga.
Qu'òn òc vòlgue o non, i a que déas manièras d'es¬
criure : o foneticament am totas las letras que s'auzison, o d'aprèp de réglas. Aquelas réglas n'aparten
pas à un sol de las fargar per tota l'Occitania. Cal que
totes los escribans venguen far prodèl als obriers de
la renaisensa occitana. Cal que, dins cada terraire,
tasquen lo mêmes trabal, per que la lenga d'Oc a de
pichonas diferensas de lènc en lènc, e cal plan coneise
un
parlar per poder l'unificar sens lo desprofechar.
Gascons, Catalans, Lemozins, Auvernhases, Provensals deban far cadun per lor parlar lo trabal que
Estieu e Perbosc an fach per lor terraire, en obrant
am l'ama del pépie.
Se volèm que totes los parlars del païs d'Oc pésquen se legir féra de lar rédol, per tôt lo monde, cal
escriure la lenga am una grafia unenca.
E se cal destrigar d'adoptar aquela grafia, se volèm
èstre prèstes quand la lenga d'Oc prendra la plasa
que i reven à l'escéla. Autrament riscam de nos trobar embarrasats, aquel jorn.
Es plan polit de reclamar néstre drech. Es plus polit
encara de poder no' n' servir e lo far valer. Per acò,
cal debrembar las pichonas rivalitats de personas o
de cloquier, cal fa pasar dabant tôt la Patria occitana.
a

una

trentena

èra d'escriure que

Jan Paul REGIS.

�^4"

\4

w

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w

^

w

Las Bucolicas de

w

&gt;4

Vergili

EN RITMES OCCITANS

Bgloga II
Lo pastor

Coridon aimaba 1' bèl Alètsi,
Qu'èra 's delicis de son mèstre ;
Mas non sabià que n'esperar.
Anaba, solament, sens i mancar un jorn
Jols faus ramuts e solombrozes.
Aqui, solet, grosièrament
Mandaba als monts, mandaba als

Aquèstis planhs destimborlats
«

bòsques

:

Crudèl Alètsi, non te chautas dels mius cants !

Non

planhes ! Enfin, me vos faire morir !
A-n-aquesta ora, los tropèls

me

Cèrcan las ombras
Es

ara

e

lo fresc ;

que los verts lauzèrts

Son esconduts dins los bartases,

Que Testilis estrisa l'alh e lo serpol,
Erbas qu'an una òlga tant forta,
Pels segadors ablazigats pel calimàs.
E ieu, jos lo solelh cremant,
Cercant la

trasa

dels tius pases,

Veni mesclar la miuna
Al cant brauzent de las

vots

cigalas pels bartases.

�LO

202

GAI

SABER

Es que non m'aurià mal valgut
De sofrir las duras colèras
E l'ensolent

mesprèts de mon Amarillis ?
Menalc non m'aurià mai valgut que tu,
Malgrat que sià maurèl e qu'ajes la pèl blanca ?
O bèl mainat, te fizes pas à ta color !
Blancs cabrifèlhs tomban paisits
Es que

E
Per

Ni

son

tu som

culhits airadets negres.

quai som,
abonde.

mesprezat, non vos saber

quantis ai tropèls, ni s'ai lait

en

Mos mila anhèls landran suis monts de la Sicila ;
Tant ibèrn

com

Dizi los

estiu, blanca lait
que, solitari,

non me

fauta.

cants

Amfion lo Dircenc cantaba
Sus l'Aracinte de

l'Atica,
Quand recampaba sos tropèls.
Som pas tant laid qu'acò ! L'autre jorn me vejèri
Dins l'aiga de nòstre ribatge,
Dementre que lo vent laisaba la mar siauda.
Fau rampèu à Dafnis, e te preni per jutge,
S'aquel miralh non m'enganèt.
O !

poguès t'agradar de demorar amb ieu
Dins lo campèstre que mesprèzas,
De viure jol teulat de nòstras pauras bordas,
De traucar'cèrvis am sajetas, de menar
Mon tropèl de cabrits cap à las verdas malvas !
Com ieu, retrairàs Pan, en cantant dins las selvas.
Es Pan que, lo primier, ensenhèt à juntar
Los calamèls ambe de cira ;
Es Pan

qu'apara las ovelhas e los pastres.
Non crenh d'escaraunhar tots pôs al flahutets
Amintas,

per

saber

mos cants, que

fazià

pas

!
?

�LO

Mon calamèl

GAI

SABER

203

sèt canèls tots

despariers ;
faguèt prezent antan,
E me diguèt en moriguent
:
« A-n-aquesta ora,
aqueste t'a per segon mèstre.
Atal me parlèt Dametas.
Amintas ne foguèt plan bèstiament gelos.
Acò s pas tôt. Ai dos cabrôls
Qu'encara son tacats de blanc
E qu'am grand pena anèri quèrre dins la comba.
Dos còps per jorn secan las popas de lor maire.
Los te gardi. I a tems que Testilis me prèga
a

Es Dametas que me n'

De los

menar

dins

demòra,

sa

e

»

los aurà,

D'abòrd que mos prezents valon pas res per tu.
0 bèl mainat, arriba aici ! Mira las Nimfas
Portant de liris per tu sol à plenas descas !

Agaita la blanca Naiada
Que, culhiguent pâlies mamòises e pabòts,
1 ajusta lo narcise e lo fenolh bastard,
Dont la flor

es

tant

òudoroza ;

Enfin, mesclant la mistralia (1) à d'autras èrbas,
Relèva 1' sombre aires

lo

gaujet daurat.
Ieu, culhirai tendres codons blancs de borrilh,
E de castanhas, e de nozes
Que mon Amarillis aimaba.
I ajustarai la pruna qu'a color de cira ;
Aquel fruch, el tamben, mostrarà qu'a son prêts
E vos aus, mirtes e laurièrs,
Vos voldrai veze tòcà-tòca,
Pramor qu'atal mesclats abètz perfum tant dos !
am

;

(1) Le botaniste lyonnais Jules Fourreau a donné le nom de
mistralia, en l'honneur de l'auteur de Mireille, à un genre de
plantes, dont le garou (la casia de Virgile) serait le type. (Cf.
Lou Trésor d 'où Telibrige).

�-LO

204

Ès

res

GAI

SABER

qu'un grosièras, Coridon ! Tos prezents,

Alètsi pauc los prèza, e, s'ambé de prezents
Trabalhas per l'aber, Iollas non òc voldrà.
Ailas ! qu'ai dezirat, mizerable que som !
amor m'a
perdut ; ai
Subre de tendras Hors ; ai
Dins l'aiga clara de

Mon

fait bufar l'Austèr
largat los singlars
las fonts !
comprenes qui fugises ?

Ai !

desenat, es que
Antan, Paris lo Dardanenc e nôstres diuzes
Ajèron selvas per demòra.
QuejjPallas aime las ciutats ! Las bastiguèt.
Cal qu'à nos aus selvas agraden mai que tôt !
Sempre cèrca lo lop la feroja liona,
Lo lop, la cabra ; la cabreta amorozida
Cèrca l'alborn tre qu'es florit,
E Coridon es tu que cèrca, ò bèl Alètsi !
Cadun se laisa anar ont sa pasion lo mena.
Agaita ! Los taurèls s'entornan à l'estable
Ambé l'araire penjolat à la joata,
E 1' solelh trascolant dobla las grandas ombras.
Pracò, l'amor me crèma. Es qu'a 'na fin, l'amor ?
Coridon, Coridon, que granda es ta fadeza !
Subre l'ormèl
Encara

ramut ta

vinha

mièja-podada.
Perque fas pas, al mens, quicòm que te servigue,.
Ambe de joncs trenats o de vims plegadises ?
D'abòrd qu'aqueste te mesprèza,
Trobaràs plan un autre AÌètsi ! »
es

que

PROSPER ESTIEU.

�BOLEGADISA
Libres recebuts.

OCCITANA

Bibliographie Occitane (QuerTarn-et-Garonne ), per Antonin Perbosc (in8% 24 p. ). Edicions « Occitania », E.-H. Guitard, Pa¬
ris-Toulouse.
Lo grand poèta del Libre dels Au%èls es tamben, cadun òc sab, un sabent cercaire, e
nos dona uèi un trabalh
bibliografic com se n' debrià
far dins totis los terraires d'Occitanìa. Aqui se tròba
la lista de totas las publicacions occitanas e fransezas que, del punt de vista occitan, pertòcan l'encontrada carcinòla, tèrra mairala de Benazet, Castelà,
Daubasse, P. Froment, A. Quercy e A. Perbosc.
L'Èlh de la Ponnso, legenda de l'Atge-Mejan,
pel Dr Ch. Pelissier, (in-8°, 40-vx p.) Narbouno, Estampariè dal Lengadoc, 1925. — Dins aquel polit
raconte de la Basa-Corbièra, lo grand lauréat del
Felibrige, l'autor de La Cloto, se mòstra tornamai
un
mèstre de la pròza occitana e un valent manteneire de nòstras tradicions mièchjornalas.
—

cy et

—

MEMENTO.
Les usages
de Toulon (Texte provençal
—

M. Bruno Durand ) —
citania», Paris-Toulouse.
par

et coutumes de la cité
du XVe siècle, publié
(in-8°, 16 p.) Edicions « Oc¬

Nos Proverbes Gascons, IVe série : Le
per

M. l'abat Dambielle (in-8°,

24

Mariage,
p.) Auch, Cocha-

raux.

Discours

en

Langue d'Oc,

per

H. Gilbert et L.

Delhostal, (petit in-8°, 12p.) Clermont-Ferrand, Delaunay.
Onomastique des « Leys d'Amors », édition Gatien-Arnoult, per J. Anglade (in-8°, 14 p. ). Extrait
de la Revue des

Langues Romanes, Montpellier.

Terra d'Oc, pouèma, per Pèire Azema ( in-8°, 16
p.) Mont-Pelher, Parena e Vidal.
Lou Dragoun en Prouvènço, per A. Conio ( in-

8",

112

p.) Avinhon. J. Roumanille.

�LO

GAI

SABER

193.

— Almanach Occitan (SamaAlmanac Rouèrgas (Rodez); —Lou Bartavèu; — Almanac Narbonnes ;— Almanac Illus¬
trât de Toulouso; — Almanach de VAuvergne, etc.

Almanacs per 1926.

tan

)

;

—

J- s.

,

Los Grilhs del Lauragues. — Aqueste ibèrn, per
plan mostrar que, malgrat lo fred e la nèu, èran pas
morts, los Grilhs del Lauragues se faguèron auzir
al Radio-Toulouse. Aqui l'abat Jozèp Salvat faguèt,
lo 24 de Janvier, un a remirabla conferensa per T.S.F.
subre lo Flahut Occitan, de Prosper Estieu, e tota
una
còlha de grilhets abelugats cantèron cansons
d'aquel libre déjà populari e reprezentèron una obreta
dramatica occitana de Jan de la Ròca : Lo Mètge

de Cucunhan.
Acò 's pas tôt. Lo 13 de febrièr, granda vesprada
felibrenca al Teatre Municipal Sant-prances, de Cas-

tèlnòud'ari; ont Armand Praviel, Manteneire de l'Adels Jòcs Florals, parlèt am granda eloquensa del Felibrige en Gasconha, en Lemozin, en
Carsin, en Auvernha e en Lengadòc, ont las cansons
de Prosper Estieu resontiguèron tornamai nombrozas
e ont Lo
Mètge de Cucunhan foguèt reprezentat
ambe una reusida que se pòd pas dire.
cademìa

Revistas

e

Jornals.

—

Legir dins La Revue Fédé¬

raliste ( Janvier j : Canta maitiau, bèl siryentès de
Filadèlfa de Gèrda ; — La Nouvelle Revue (Mars),
un
bon estudi. subre la Cigala de VAr.c-de-Seda,.

F. Bertrand; — Le Mercure de France (1er de
Janvièr) : Jaurès et le Felibrige, per J. Anglade ; —
L'Indépendant du Midi: «Les Lettres Occitanes»,
per l'abat Jozèp Salvat, que cada semmana parla
per

aqui dels escribans

e

dels libres d'Qccitania

;

—

Le

Cantal Républicain : articles del majorai L. Delhostal suis jos-dialèctes d'Auvèrnha, etc.

J- D.

;
Le,Gérant:. E. LEVRAT.

Impr. de la &lt;c. Societat d'Edicio?i

Oçcitana"

—

Castelnaudary.

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du Maître Prosper ESTIEU

musique, texte occitan &amp; traduction française
(pouvant donc être chantées dans les deux
langues)..
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en

vers

....

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.....

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par M. l'Abbé J. S AL VAT
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300 p.) — rare.
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Flors d'Occitania, sonnets en langue d'Oc, avec tra¬
duction française, par Prosper Estieu (1 vol. in-8°,
tion

p.)..

280

duction

264

..

.

.

française,

par

traduction
344

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p.)

Lo Romancero

8e,

.

12.

»

d'Oc, avec tra¬
Prosper Estieu (1 vol. in-8°,

Occitana, poèmes en langue

La Canson

12.

»

langue d'Oc, avec
Prosper Estieu (1 vol. in-

Occitan, poèmes en

française, par

P-)

fr.

14.

»

occi¬
tans, avec traduction française par Guilhèm de
Nauroza. (1 vol. in-8, xvi - 100 p. ) . fr.
6.50
Lo Gai Saber numéro spécial donnant le compte
Cants d'un

Orilh, chansons, rondels et sonnets

rendu des Fêtes félibréennes de Castelnaudary en
l'honneur du troubadour Arnaut Vidal, (24 Mai

fr-

1925)
VIENT DE PARAITRE

3

:

CANTS D'UN GRILH
Gansons, Rondèls

e

Sonets occitans

Am Traduccion franseza
per

Guilhèm

de

NAUROZA

6 fr. 50
SOCIETAT D'EDICION OCCITANA, 37, Rue de la Batte
CASTEINAL'DARY
IMPR.

DE

LA

0OCIETAT

D'EDICIOH

OCCITANA

-

CASTELMAUMUT.

»

�</text>
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Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)&#13;
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&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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          <name>Contributeur</name>
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