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                  <text>9a Annada

N° 46

Mars=Abrilh 1927.

Gai
Saber

Lo

^

Revisia de l'ESCOLA OCCJTA

V

r

c^&gt;

Dis Aup i Pirenëu

...

F. Mistral.

TOLOZA
1-4,

Carrièra

dcls Arts, 14

Lo Numéro: lfr. 50

�JUO

GAI SABER

Revista de l'ES COLA OCCITANA
BUREUS:

14,

,.

Carrièra

dels

At-ts

( Fransa : un an
( Estrange : un an
.

,

Abonaments

:

E

TOLOZA

—

,

.

10 fr.

.

.

15 fr.

,,

,

,

ENSENHADOR
del N° 46
La Direction

( Mars-Abrilh 1927 )
Mort et

:

de
De CROUZET de RAYSSAC :

Obsèques du Baron Desazars
Montgailhard.

Discours prononcé

aux

Baron Desazars de
Dr de SANT1

:

GÉLIS

:

F. de

Armand PRAV1EL

obsèques du

Montgailhard.

:

Abbé J. SALVAT:
Guilbèm de NAUROZA

Abbé J. SALVAT

Subre la mort del baron Desazars de

:

Montgalhard.
Marie-Louis, baron Desazars, mar¬
quis de Montgailhard. (Notice bio¬

:

graphique).
Académie des Jeux Floraux

La Direction

:

:

Résultat

du Concours de poésie en
langue d'Oc (Année 1927)..,
Programme de la VIIIe Fête de VEs-

cola Occitana:

CRI-CRI

Bolegadisa Occitana.

:

Hors-texte

:

Portrait du baron Desazars de

Montgailhard.

Conselh de Direccion
Baron Desazars de Montgalhard, Capiscòl;
Jozèp Anglade, Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Jos-Capiscòls ; J. Rozès de Brousse, Secretari ; Armand Praviel, Clavaire.
ASABER.
Per tôt sò que pertòca l'Administracion del Gai Saber, escriure à la Libraria Edouard
-

Privât, 14, Carrièra dels Arts, TOLOZA.
Compte postal

:

Toloza N■ 1673

Per la Redaccion, escriure al Majorai Prosper
Estieu, 45, carrièra Contresty, CASTELNOUDARI.

�MORT &amp;

OBSÈQUES

du baron

DESAZARS

DE

MONTGAILHARD

La nouvelle de la mort du vénérable Capiscol de
VEscòla Occitana surprit tous ceux qui connaissaient
la forte constitution et les ressources de vie que pos¬
sédait

cet

homme

exceptionnellement robuste. Jus¬

ses derniers jours, le Baron avait manifesté une
activité qui ne laissait pas prévoir un dénouement
aussi rapide. La nuit de Noël, malgré une tempéra¬

qu'à

rigoureuse, il avait tenu à assister à la messe
son église paroissiale. Quelques jours
après, à l'occasion des visites du Nouvel An, il prit
froid, et cette congestion devait l'emporter.
ture

de minuit dans

Contre le

mal

qui s'acharnait sur lui, le Baron
forces furent terrassées. La veille
même de sa mort, il dicta à son secrétaire un cour¬
rier dont les détails rigoureusement précis attestent
une lucidité étonnante. Avertis de la
gravité de son
état, nous pûmes aller le saluer avant qu'il rendît le
dernier soupir. Déjà la mort accomplissait son œuvre.
Toute la nuit, le malade avait déliré, et, dans son
délire, il avait prononcé de véritables discours en
langue d'oc. Il nous reconnut cependant, il essaya
vainement de se soulever, il nous étreignit les mains,
nous suppliant de rester près de lui. Quelques heures
après, l'âme du Baron s'était échappée. C'était le
samedi soir 8 janvier 1927.
résista, mais

Ce fut

un

ses

grand deuil

sur

la petite cité d'Avignola terre

net, sur tout le pays Lauraguais, sur toute
Occitane.

�2

6

LO

GAI

SABER

sépulture eut lieu le mardi, au milieu d'un grand
de population accourue, malgré le mauvais
temps, de tous les points de la commune et des
environs. Sous le ciel bas et humide, un long cortège
s'achemina vers l'église paroissiale.
La

concours

le Marquis Guy Desazars
Montgailhard, maître ès Jeux Floraux, fils du dé¬
funt, par le lieutenant Desazars de Montgailhard et
par le capitaine Olry de Saint-Sernin, ses neveux.
Le deuil était conduit par

de

Une délégation de l'Académie des Jeux Floraux
comprenait MM. de Gélis, modérateur, Praviel, se¬
crétaire des assemblées, Rozès de Brousse, Théron
de Montaugé, de Subra ; l'Académie des Sciences,
Inscriptions et Belles-Lettres était représentée par M.
le Docteur de Santi ; la Société d'Agriculture par
M. d'Aldéguier. Le Consistoire du Félibrige était
représenté par M. Rozès de Brousse, majorai, tandis
que VEscòla Occitana et l'association des Grilhs

del

Lauraguès avaient délégué M. l'abbé Joseph

Salvat, le poète Guilhèm de Nauroza, et Mlle Mi¬
reille Estieu, dont le père avait été retenu par la
maladie.
On remarquait encore dans le cortège la munici¬
palité d'Avignonet, de nombreux maires des envi¬
rons, l'instituteur et les enfants des écoles, la So¬
ciété de Secours mutuels de Saint-André, dont le
défunt était président, avec sa bannière, etc.

L'église paroissiale était recouverte de tentures
noires aux armes de Montgailhard. Après la messe,
célébrée par M. l'abbé Herqué, curé d'Avignonet,
et le chant de l'absoute, on se dirigea vers le cime¬
tière où le cercueil du Baron, couvert de fleurs et de

fut inhumé dans le caveau de famille, do¬
deux statues de femmes pleurant, revêtues
l'ancestral costume du Lauraguais.

couronnes,

miné par
de

Les dernières prières ayant été dites, M. Guilhem,
conseiller municipal, donna lecture du discours de

�lo

gai

saber

de Crouzet de Rayssac,
de la municipalité.

M.

adjoint

27

au

maire,

au

nom

Discours de M. de Rayssac.

Mesdames, Messieurs, Chers Compatriotes
« Chers
compatriotes ! » telle était l'expression fa¬
vorite usitée en public par celui à qui nous rendons

aujourd'hui nos derniers devoirs de reconnaissance.
Compatriotes ! cela voulait dire sans doute pour
lui : Français d'abord ! mais aussi et surtout, dans
le cadre plus restreint de la commune, habitants de
notre petite Patrie, berceau de nos familles respec¬
tives, réunion de souvenirs variés et toujours chers
de notre enfance et parfois de notre vie entière, com¬
mun refuge de notre fin dernière en ce monde.
C'est d'abord au nom du Conseil Municipal d'Avignonet du Lauraguais que je viens adresser, comme
son adjoint, un dernier
salut à notre maire regretté,
le Baron Desazars de Montgailhard.
Il le fut, en effet, près d'un demi-siècle, interrompu
seulement par une courte éclipse, de 1886 à 1892; et
pendant ce long espace de temps, son occupation
constante et première, quand il était parmi nous,
fut toujours une bonne administration de la commune,
que ses divers conseils municipaux lui avaient cons¬
tamment

confiée.

n'était pas cependant facile,
suite de la divergence d'intérêts d'une population
disséminée, en sus du village, en 8 hameaux sur une
surface de quatre mille hectares.
Il réussit à tenir une balance égale entre ces in¬
térêts divergents, qu'il rassemblait en les faisant con¬
verger vers l'intérêt général de la commune. S'il
nous proposait une dépense pour le village, le con¬
seil municipal votait à ses instigations, pour nos di¬
verses sections, des améliorations analogues, telles
Cette administration

par

�28

LO

que

GAI

SABER

chemins, écoles, cimetières, presbytères, églises,
puits et pompes.

mares,

Il n'avait

garde surtout d'oublier

nos trois

cimetières

communaux, auxquels il portait un soin particulier,
de même que nos trois églises et nos trois presbytères.

Sa

longue administration municipale peut donc à
juste titre être citée en exemple. De fait, il en était
ainsi, même pour les étrangers à notre commune,
qui tous reconnaissaient ses grandes qualités d'intè¬
gre administrateur.
Là ne se bornait pas, cependant, son attention soute¬
nue de notre terroir avignonétain. Elle se portait aussi
sur notre société de secours
mutuels Saint-André,
dont son père fut le président jusqu'à sa mort,et qu'il
présidait lui-même depuis cinquante ans. Il cherchait
toujours à la rendre plus prospère et ne manquait
jamais d'assister à notre banquet annuel. En plus
de quatre réunions générales trimestrielles ordon¬
nées par nos statuts, il présidait encore, en 1926,
celles particulières aux deux messes à l'église parois¬
siale, relatives, l'une à la fête patronale, l'autre au
pieux souvenir de nos sociétaires décédés.
C'est enfin au nom de la population entière que je
viens dire au Baron Desazars de Montgailhard, à son
fils et à sa famille, tous nos plus vifs regrets de ne

plus le voir parmi nous. S'il nous a quittés à l'heure
précise marquée par Dieu, nul ne peut lui reprocher
d'avoir mené, bien que très longue, une vie inoc¬
cupée en ce monde. Entre lui et nous, tout est fini
désormais ici-bas ; tout, au contraire,
s'il plaît à
Dieu, nous réunira un jour là-haut et alors pour
toujours !
Au revoir

donc, cher compatriote, au revoir là-haut,
retrouver celle qui fut votre
compapagne ici-bas, et que nous accompagnâmes dans ce
cimetière le premier jour delà mobilisation de 1914.
où

vous

Au

allez

revoir,

mon

cher ami personnel, dans cette éter-

�LO

GAI

SABER

29

nité, où chacun de nous retrouvera les siens. Elle
s'ouvre aujourd'hui pour vous, bientôt peut-être pour
moi. A Dieu !
Ce

discours, exprimant la reconnaissance de la
et de la population pour le maire dont le
dévouement éclairé et infatigable s'était
dépensé
sans compter, de nombreuses
années, dans l'intérêt
de tous, produisit une forte impression.
commune

M. le Docteur de
du Baron Desazars,
rendu

Santi, au nom des amis intimes
prit la parole. Voici le compte
analytique de son émouvant discours :

Discours de M. de Santi.

L'homme que nous conduisons à sa dernière
demeure et qui, après une très longue vie consa¬
crée sans défaillance à tout ce que l'esprit et le
cœur humains ont de
plus noble et de plus élevé,
s'est éteint pieusement, a, plus que tout autre,
sur ce coin de terre qu'il a aimé et embelli, à côté
de ceux qui lui furent chers, le droit de reposer
en

paix.

Je l'ai connu depuis que je suis au monde et
j'ai suivi sa vie entière. C'est donc comme témoin
que je peux parler ici et que je dois dire par
quel sentiment du devoir fut dominée et guidée
cette vie : devoir envers son pays, qu'il mit tou¬
jours au-dessus de ses préférences politiques, de¬
voir envers la société, dont Vempreinte profonde
a
marqué son esprit ; devoir envers ses conci¬
toyens, dont, jusqu'à sa dernière heure, il eut,
comme maire, le souci d'orner les
foyers et d'ac¬
croître le bien-être ; devoir envers lui-même enfin,
à l'observation duquel il apporta une probité et
une austérité
presque religieuses...

�LO

30

GAI

SABER

quelque chose peut, en présence de cet¬
tombe, atténuer nos regrets, c'est l'exemple,

Si donc
te

très noble et très

personnel, qu'il laisse à ses ad¬

ministrés, à ses amis et à son fils.
Je ne parle pas ici au nom des savants, des
èrudits et des hommes du monde, dont des voix
que la mienne vous exprimeront
le deuil ; je ne parle pas au nom de cette com¬
mune, dont on peut dire qu'il fut le père ; je parle
au
nom
d'une amitié de trois quarts de siècle,
c'est-à-dire d'une très longue camaraderie, dont

plus autorisées

n'a pu ébranler la solidité.
Desa^ars est l'ami qui, ici-même, a prononcé
sur les tombes toutes proches de ma mère, de mon
père, de mon fils, les paroles d'éternel adieu. Je
ne fais aujourd'hui que lui rendre ce pieux office,
et, un jour prochain, nous reposerons côte à côte,
aucun

orage

comme nous avons

De cette vie

vécu.

d'honnête homme et d'homme de

dégage, pour ceux qui, comme Desaqars, «e désertèrent pas leur village, mais gardè¬
rent au fond du cœur l'amour du foyer natal,
un exemple et un enseignement. Car ce vœu du
poète, ce simple programme :
bien, il

«

se

Naître, vivre et mourir dans la même maison

»,

avec le calme et le bonheur des
respect, l'estime, l'afifection et au¬
jourd'hui les regrets de toute une population...

lui ont assuré,
vieux j ours, le

Il est le dernier survivant d'une époque glo¬
rieuse et disparue, de cette génération de VEm¬

pire, dont il avait gardé non seulement le culte,
mais encore les traditions de courage, de loyauté,
et, par dessus tout, de haute conscience et de
probité.
Peut-être était-ce un orgueilleux ; mais de cet
orgueil mâle qui est une fierté et qui est le pré-

�LO

SABER

GAI

servatif des compromissions ou des défaillances.
Sous des apparences bourrues, il cachait, en

effet, un cœur compatissant et de secrètes bien¬
faisances. Combien dejeunesgens du Lauraguais
rìa-t-il pas encouragés de ses conseils et aidés de
sa bourse, dans la carrière des lettres Ì
Dans ces dernières années, accablé par l'âge
et les infirmités, sentant toujours saigner la
blessure que lui avait laissée la mort de sa femme
et qu'il cachait avec une sorte de pudeur, son
unique plaisir fut d'embellir son village.
Avignonet ne le remplacera pas, mais ne Vou¬
bliera pas,
mots

et on pourra sur sa tombe écrire les

simples qui sont l'éloge des cœurs simples :
Transiit benefaciendo
«

Il est

passé

en

faisant le bien

».

M. de
son

tre

Gélis, mainteneur des Jeux Floraux, apporta
hommage au travailleur infatigable que fut no¬

défunt.

Discours de M.

de Gélis.

Messieurs,

Quand nous perdons un ami, c'est au degré de
affection, non point à l'âge du défunt, que se
mesurent nos tristesses. Cependant, notre amertume
s'augmente de trouver abattu par la Mort celui qui
vaillamment lutta contre elle pendant toute la durée
d'une longue vie.
notre

Ce lutteur, ce fort, ce courageux, c'est Desazars.
Nous étions si bien habitués à le voir, à l'entendre,
à le consulter, que nous nous révoltons à l'idée qu'il
est maintenant inerte et, pour la première fois, in¬
différent à nos témoignages d'admiration et de

sympathie.

�LO

32

GAI

SABER

La bonté était dans sa nature, vous le savez. Il
était serviable, accueillant, charitable, cet homme
au front sévère
qu'il fallait bien connaître pour le
bien apprécier. Et peut-être ce visage un peu fermé,

qu'on lui trouvait quand on l'abordait pour la pre¬
mière fois, venait-il du souci qu'il avait d'être équi¬
table et de ne se laisser point entraîner dans l'erreur,
l'injustice ou le parti-pris.
Je ne l'ai pas connu dans la première période de
vie, dans cette carrière judiciaire où tant de beaux
exemples lui avaient été donnés, où ses études, ses
aptitudes, ses persévérants eiforts le rendaient digne
du premier rang, mais je l'ai vu plus tard à l'œuvre,
et
que ce fût l'œuvre politique, l'œuvre sociale,
l'œuvre humanitaire, l'œuvre littéraire ou l'œuvre
artistique qui l'absorbât, je me suis senti, comme
tous ses contemporains, saisi de respect pour ce tra¬
sa

vailleur dévoué.
Desazars était entier, parfois même intransigeant
dans ses idées. On eut à discuter ses théories, à
combattre

ses points de vue,
mais, en dépit des opi¬
nions, il fallut, coûte que coûte, admirer sa sincérité,

droiture et sa bonne foi. Tout le &lt;•&lt; vir bonus » de
Cicéron était en lui : on l'écoutait avec déférence,
on osait à
peine contredire un homme qu'on sentait
sa

soutenu par sa

conscience et la force de

ses

convic¬

tions.
A partir du jour où il fut atteint par une surdité
cruelle, il n'eut plus de contradicteurs, ou, du moins,
il ne les entendit plus. Mais quelle soufFrance que
cet isolement ! Quelle tristesse
que de se trouver seul,
toujours seul, au milieu des sociétés scientifiques ou
littéraires qu'il aimait tant !
Je laisse à de distingués confrères le soin de parler
au nom de ces sociétés. Ils diront mieux
que moi ce
qu'il fut aux Jeux Floraux, à l'Académie des Sciences,
dans les réunions de l'Agriculture et de
l'Archéologie.
Je ne veux célébrer ici, d'une façon très générale,

�LO

GAI

SABER

33

que la mémoire d'un homme qui scruta patiemment,
longuement, très utilement toujours, les problèmes
les plus divers de la science, de l'histoire et de l'art
contemporains.

Deux questions ont plus particulièrement retenu
l'attention de notre ami : V art et le régionalisme.
On connaît le bel ouvrage qu'il a consacré aux
peintres toulousains. Il y travailla — Dieu sait avec
quelle ardeur — jusqu'en son extrême vieillesse et
n'eut pas la consolation de l'achever. Tel quel, ce
livre'est un superbe monument d'érudition ; les fer¬
vents de l'art méridional y trouveront les renseigne¬
ments les plus sûrs et les
plus complets.
Son œuvre régionaliste, peut-être moins connue du
grand public, est plus importante encore par ses ré¬
sultats. C'est, je crois bien, celle qu'il a le plus amou¬
reusement poursuivie. Il avait compris que l'héritage
de Mistral nous revenait. Il fallait, non seulement
continuer l'impulsion donnée par le grand félibre,
mais étendre le mouvement par delà le Rhône jus¬
qu'à la mer en suivant la chaîne des Pj^rénées. Il
fallait rendre à la langue d'Oc le prestige qu'elle
avait au temps des Sept Troubadours et que l'influen¬
ce francimande lui avait
ravie. Desazars, aidé par
les deux grands poètes qui portent les noms d'Estieu
et de Perbosc, suivit la voie
précédemment tracée
par le comte Fernand de Rességuier et rédigea, de
1898 â 1925, toute une série d'éloquents rapports où
il relate, avec une précision et une fidélité remarqua¬
bles, et le but poursuivi, et l'effort accompli. Cette
rénovation d'une langue harmonieuse et forte en fa¬
veur de
laquelle la Compagnie du Gai Savoir avait
été

créée, cette résurrection de tout un bloc de mots
sans
lesquels le Midi m'existait plus, cet
appui solide apporté à la cause méridionale est, de

et

d'idées

les tâches du cher disparu, celle qui l'honore
plus. Notre devoir était de la rappeler devant

toutes

le

cette

tombe

ouverte.

�LO

34

GAI

SABER

Un mot encore, un simple mot, sur ce que j'appel¬
lerai la popularité du défunt. Le baron, comme on
disait familièrement ici, eut des adversaires politiques,
c'était dans l'ordre, mais personne, parmi ceux mê¬
me
qui le combattaient, n'aurait osé nier son dé¬
sintéressement et sa justice. Tous l'avaient vu cent
fois courir à Toulouse pour y défendre, devant l'au¬

préfectorale, les intérêts de

torité
ses

sa commune et

de

administrés.

La fermeté, l'application, la constance, laissez-moi
dire Vobstination que Desazars apportait aux causes
se trahissaient en sa personne. Sous ce large
front que le poids des années inclinait vers la terre,
la volonté n'avait point faibli. On sentait la volonté
dans les gestes. Et quand, sous l'effort d'une main

justes,

rude,

on

entendait la

canne

à bout ferré frapper le

on pouvait dire, avant même que
n'eût apparu : « C'est lui, le voilà ».

pavé,
Si

le vieillard

homme pénétré de son devoir
responsabilité, c'est bien le
Dans nos sociétés dites sa¬
vantes, mais où la science est toujours incertaine, on
attendait impatiemment ses conseils et ses avis ; il
ne les apportait, malgré nos instances, que lorsque
sa besogne administrative était entièrement terminée.
En 1927, cette échéance marqua la fin de sa vie. Les
fêtes de Noël et du jour de Lan le trouvèrent, com¬
me d'habitude, appliqué au devoir local. Il ne
songea
pas, même pour les austères délassements de l'hôtel
d'Assézat, à l'interrompre ou à l'abréger ; il mourut
en
vaillant soldat, fidèle à son poste, fidèle à sa
jamais il fut

un

et du

sentiment de sa
le maire d'Avignonet.

mairie.

J'ai glorifié, le mieux que j'ai pu, le fonctionnaire,
le littérateur, l'artiste et peut-être n'ai-je
pas tout dit. Lui même m'en voudrait, s'il pouvait
m'entendre, d'avoir oublié sa vertu la plus belle, cette
foi religieuse qui le ramenait souvent dans nos égli¬
ses
pour s'y prosterner devant Dieu. Quand le Maître
le savant,

�LO

GAI

SABER

35

l'appela dernièrement à lui, c'est, n'en doutez pas,
messieurs, en lui montrant le Ciel- et en lui ouvrant
les bras.

Après cet hommage suprême, il me reste, mon
Guy — souffrez cette appellation familière,
qu'excusent mon âge et nos vieilles relations—à vous
dire que nous ne vous oublions pas. Nous ne vous
cher

oublions ni

comme

confrère ni

comme

ami. A vous,

avez hérité les belles qualités d'art et de savoir
que j'évoquais tout à l'heure, à vous qui êtes le plus
directement et le plus cruellement atteint, j'offre nos
condoléances profondes, je donne l'assurance de no¬
tre très vive et bien fraternelle sympathie.

qui

M.

J.-Rozèsde Brousse prit ensuite la parole en sa
qualité de Majorai du Félibrige et de Secrétaire de
VEscòla Occitana. Nous regrettons vivement de
ne
pouvoir reproduire sa vibrante harangue en lan¬
gue d'Oc qui ne nous est pas parvenue au moment
où

nous

mettons sous

presse.

Dans une émouvante improvisation, M. Armand
Praviel, mainteneur des Jeux Floraux, rédacteur litté¬
raire à

VExpress du Midi, parla

au nom

de la presse.

Discours de M. Armand Praviel.

Dans une séance solennelle, l'Académie des Jeux
Floraux, apportera sonhommage au grand Mainteneur du Gai Savoir qui dort ici son dernier
sommeil. Ce n'est pas en son nom que je prends
la parole aujourd'hui. Mais le journaliste que je
suis ne peut oublier que, depuis soixante-dix ans,
le baron Desa^ars de Montgailhard, sous son

propre nom ou sous son pseudonyme de Jean de
l'Hers, a répandu généreusement dans les jour¬
de notre région non seulement les ardeurs
de ses convictions politiques et sociales mais aussi
les trésors de son érudition, de son goût, et de
naux

sa

longue expérience.

�36

LO

GAI

SABER

Soixante-dix ans ! A l'évocation de cette date,
nul ne s'étonnera de songer qu'il fut notre doyen,
.■

doyen vénéré et écouté, représentatif d'une
époque qui fut avant tout désintéressée, chevale¬
resque, fidèle à son idéal.
Et je rie puis oublier que ce journaliste, qui
ignora volontairement les appointements et
un

les droits
Revue des

d'auteur, ce rédacteur en chef de la
Pyrénées, de l'Art Méridional, du Lauraguais, ce collaborateur de la Gazette du Langue¬
doc, de l'Aigle, du Messager de Toulouse, voulut
terminer sa carrière à l'Express du Midi. Nos
colonnes

se

sont honorées de

ses

dernières

criti¬

d'art, elle ont soutenu ses polémiques à pro¬
pos de l'affaire Calas, d'Esclarmonde de Foix,
de la bataille de Muret. Il n'y a pas bien long¬
temps encore, il y saluait de ses vieux souvenirs
les peintres Paul Pujol etLoubat qui l'ont précédé
de bien peu dans la tombe.
Aux jeunes, qu'il aimait à accueillir et à en¬
courager avec sa franchise un peu rude, il laisse
un
magnifique exemple de labeur, de conscience,
de désintéressement. Sa main, jusqu'au dernier
moment, leur a tendu le flambeau qu'elle a tenu
sans défaillance.
Qu'ils sachent le prendre et le
tenir, toujours aussi haut et aussi clair !
Pour nous, ce n'est pas saiis émotion que nous
nous souvenons des
encouragements et des leçons
qu'il nous a prodigués. Avec ce grand travailleur,
c'est une grande part de notre vie elle-même qui
s'efface. Heureusement, avec un croyant comme
lui, elle ne s'enfonce pas dans l'ombre, mais
ques

dans la lumière éternelle.

Enfin, M. Tabbé Joseph Salvat, au nom des Grilhs
Lauragués, exalta brièvement l'œuvre éminem¬
ment salutaire de celui qui était hier encore le
pa-.
triarche du Félibrige languedocien.
del

�LO

GAI

SABER

37

Discours de M. l'Abbé Salvat.

Los Grilhs del Lauragués
son estats totis trebolats à l'anoncia de vòstra malautìa e de vòstra mòrt.
Lor cant, alertât e gaujos, s'es cambiat,
un

còpsec,

planh de dolor.

en

Elis sabon que son los filhs aimats de la valenta
Escòla Occitana que nasquèt, per la plus
granda glòrìa del Mièchjorn, jol vòstre teulat. Elis sabon com
los aimabetz e com vòstre còr trefozisià de

gauch e
plazer quand lor cri-cri resontisià, del pèch de
Castèlnòu, subre tota l'encontrada lauragueza, duscas
al cloquièr d'Avinhonet. Elis vos aimaban com un
paire, veziàn en vos l'Aujòl verturos que caminaba
sens relambi
cap à la clastra ont gemegaba, prezonièra, la Comtesa dels bèlis èlhs. Gracias à vòstre
trabalh de cada jorn e de cada
ora, qu'a enfonzat e
de

embrenicat las portas e mai las parets, nòstra muzicaira lenga d'Oc, la lenga del Gai Saber,
es tornamai à l'onor. Vôstra darnièra letra del
7 de jan-

vièr, qualquas oras abant vôstra agonia, foguèt per
élis, e la gardaràn com vòstre testament precios.
Tamben, subre aquela tèrra, dont abètz estudiat e

escriut

amorozament

l'istòria,

e ont.anatz

dormir

e vos

totjorn, Los Grilhs del Lauragués an
volgut que tindèse, planhibola, la lenga occitana.
Vòstre clam d'espertadura, sabètz com l'abèm entendut ; vòstre etsemple, podètz èstre
segur que lo
seguirem.
pauzar per

E ara, que nòstres gemècs fuzen cap al Cèl dins una
fervoroza pregaria ! Al reveze, car Capiscòl e car Mèstre ! Al reveze dins los
Aliscamps sant-estelencs !

Sur ces paroles de l'éternel au-revoir, la foule
s'écoula silencieuse, tandis que, sur la tombe
qui
allait se refermer, semblaient pleurer les deux Laura-

guaises, symbole émouvant de la Patrie Occitane.

�3«

LO

GAI

SABER

SUBRE LA

MORT

DEL BARON DESAZARS DE MONTGALHARD

Dins sa vida avalentada,
A pas laurat de bistòrt
E ri a pau^at l'agulhada
Res qui à l'ora de sa mòrt.

D'Avinhon dusP à Tolo^a,
L'abèm vist sempre afogat
Per l'Estèla miraclo^a
Dont Mistral s'èra inspirât.
Gracia à la siuna sapiensa,
Lo Mièchjorn s'es espertat
Pr' aparar ambè valensa
L'occitana libertat.
Abant que son front soscaire
Respeligue dins l'aram,
Los grilhets de son ternaire
Com òc cal lo cantaran ;

Sens esper de vana glbria,
Nèit e jorn lo lau^aran,
Per que d'el sèrven memòria
Los felibres de deman ;

E, dins lo tant clar lengatge
Que volià sempre à l'onor,
Rediran ambè coratge
Sa bêla òbra

e

sa

valor.

Gtjilhèm

de

Nauroza.

��Baron

DESAZARS

DE

MONTGAILHARD

�lo

gai

saber

39

Marie-Louis, baron Desazars
marquis de montgailhard
par

l'Abbé
de

JOSEPH SALVAT,

l'escola

occitana.

Quan la doussa

aura venta
Deves vostre pais,
M'es vejaire qu' eu senta

Odor de

paradis...

Bernât

de

Ventadorn.

En tête des

quelques feuilles volantes sur lesquel¬
de Montgailhard avait jeté,
au hasard, ses
impressions personnelles et ses notes
intimes, se trouvent écrits ces vers du grand Trou¬
badour limousin. Je m'en voudrais de ne pas les
conserver ici,
précédant, éclairant ces pages où je
vais essayer de faire revivre la physionomie origi¬
nale de celui que l'on pourrait appeler Le Patriarche
du Lauraguais.
« Le pays où l'on est né, a-t-il écrit, met sur cha¬
cun
de nous une empreinte profonde, et presque
indélébile. Aussi ne doit-on pas s'étonner de re¬
trouver en moi les qualités et les défauts de ma race,
la race lauraguaise : c'est-à-dire l'amour passionné
du sol natal, l'obstination au travail rude et patient,
le respect de la tradition ancestrale joint à l'in¬
dépendance du caractère, l'horreur de l'hypocrisie
et la passion de la vérité et de la justice (i). »
les le

Baron Desazars

Il

était nécessaire de montrer, en commençant,
ce grand Occitan, cet amour de la terre ances¬
trale, qui expliquera ou, du moins, permettra de mieux
comprendre certaines phases de sa vie, certains as¬
pects de son caractère. Et l'on n'est ainsi nullement
surpris de le voir mettre en exergue, sur le journal
chez

(i) Sauf indication contraire, les citations
cours

que

je ferai

au

de cette étude sont extraites des notes intimes du Baron

Desazars.

�40

&lt;&lt;

Le

LO

Lauraguais

GAI

SABER

», ces vers du poète

Que d'autres

anen

lènh

cercar

E de lor terrador siaguen
Mon cor al Lauragués ten

Prosper Estieu

:

de mirabilhas

lèu destacats !
ambe de cabilhas.

Marie-Louis, baron Desazars. marquis de Montgailhard, — dit le baron Desazars de Montgailhard,
naquit à Avignonet du Lauraguais (Haute-Garon¬
ne) le 16 mai 1837. Il appartenait au Lauraguais par
son
père Léon, maire de cette commune, et par sa
mère Eudoxie d'Holier dont la famille était
originaire
de Fanjeaux
(Aude). Lui-même devait épouser une
jeune fille lauraguaise, Maria Duplan, petite-fille du
député de la. Haute-Garonne de ce nom, conseiller
de Napoléon III,
instigateur de la création de Luchon
—

et de

Biarritz.

La famille du baron Desazars était
d'origine
raine et son nom s'écrivait « Des Hazards »
(De

lor¬
Hamardis). Elle était alliée à la famille de Jeanne d'Arc
par le mariage d'Olry' Colin des Hazards, écuyer,
avec Jeanne de
Lys, petite fille du second frère de
la Pucelle, Jehan d'Arc,
capitaine de Chartres et du
Vendômois, prévôt de Vaucouleurs. Un membre de
cette famille, Hugues des
Hazards, fut évêque de Toul
au XVP
siècle, et joua un grand rôle dans l'histoire
de sa province comme prélat et comme
président des
Etats de Lorraine. L'épitaphe gravée sur
son tombeau,
dans l'église de Blénod-lès-Toul,
plaisait au baron :
Nasci, laborare, mori.
Un

petit-neveu d'Hugues, Regnault des Hazards,

vint s'établir dans le Comté de Foix vers 1623.
Ses
descendants se fixèrent dans la suite à Toulouse où
leur nom s'écrivit Desazars. L'un d'eux, Jean-Fran¬

çois, devint capitoul en.1753, et marquis de Montgai¬
donation de Claude-Louis de Lourdes, mar-

lhard par

�LO

GAI

SABER

41

quis de Montgailhard, qui lui légua, le 10 août 1771,
la terre seigneuriale de Montgailhard, érigée
par
Louis XIV à Avignonet, « avec tous ses droits utiles
et honorifiques ».
Le fils de ce dernier, le baron Guillaume Desazars,
marquis de Montgailhard, fut, de 1800 à 1815, pre¬
mier président de la Cour d'Appel de Toulouse, qu'il
réorganisa sur les anciennes traditions du Parlement
et à laquelle il donna un grand renom de science et
d'intégrité. Ce fut le Baron Léon Desazars, fils du
magistrat, qui s'installa définitivement dans ses ter¬
res
d'Avignonet. Il fut maire de cette commune de
1833 à sa mort en 1869. Il se distingua par son cou¬
rage et son dévouement pendant la grande épidémie
de choléra de 1835, et sa belle conduite en cette cir¬
constance lui valut la croix de la Légion d'Honneur.
Il se mariait l'année suivante, et en 1837, naquit le
baron Marie-Louis Desazars.
« Dès ma naissance,
écrit ce dernier, j'ai trouvé
dans ma famille la tendresse la plus chaude et la

plus sûre, le milieu le plus sain et le plus droit, la
bonne parole, le bon conseil et le bon exemple. Je
me
suis senti le fils d'une vieille et forte race, qui
pouvait me donner toutes les vertus d'énergie et
de sacrifice de ce foyer, de ce sol. J'ai trouvé,
avec
mon
père d'un esprit vif et d'un caractère
enjoué, avec ma mère d'un intelligence très ou¬
verte et d'une raison saine et calme, une culture
appropriée. J'ai mûri, au bon air, mon enfance
et
ma
jeunesse... Tout, dans cet intérieur privi¬
légié, servait à éveiller mon intelligence, à for¬
mer mon esprit,
à tremper mon caractère, à éle¬
ver mon âme : la vue de parents
si dévoués, si ai¬
mants, si diligents ; les plaisirs simples et purs de
l'intimité dans une maison gaie, cordiale et ave¬
nante, les joies et les deuils partagés, les anni¬
versaires, les fêtes ; le développement sans con¬
trainte des facultés naissantes, la discipline sans
rudesse, doucement imposée, franchement consen-

�LO

42

GAI

SABER

pied, soit à cheval, pour
les visites de famille
dans les
environs, les relations quotidiennes du
petit bourg où tout le monde se coudoie et se con¬
naît, où les vaines distinctions s'effacent, où les
rangs se rapprochent sans se confondre, où mon
père était considéré et aimé par toute une population
qui lui devait une administration sage et dévouée à
tous les intérêts, où ma mère multipliait les œuvres
de charité et poussait la bonté jusqu'au sacrifice de
sa personne et de son bien. »
Le baron Desazars devait garder un culte filial à
ses parents.
Voici ce qu'il écrivait, le 27 septembre
1904 : « Mort de ma mère !... Pourquoi dis-je « ma
mère ?... » Je l'ai toujours appelée maman. Et ce
mot a eu pour moi une douceur incomparable. L'hom¬
reste
me
jeune, même lorsque les années se sont
accumulées sur sa tête, tant qu'il a le droit, tant
qu'il a la joie sans égale de dire à un être vivant :

tie ; les promenades soit à
distraire et pour fortifier,

!...

maman

»

père, le jeune Marie-Louis faisait de
longues chevauchées à travers la campagne lauraguaise, et ces chevauchées furent plus tard le plus
Avec

son

intéressant amusement des

vacances.

«Mon

père, dit-

il, aimait passionnément les chevaux. Il les montait à
merveille. C'était un véritable écuyer. Son plus grand
bonheur était de me prendre avec lui dans ses che¬
vauchées. J'avais commencé par un âne, je continuai
par un

petit cheval

corse.

Et chaque jour,

lions à travers les vallées et coteaux
sant

de tout

ce

pouvait former
lieux

que

nous

nous

voisins,

circu¬

en cau¬

mes yeux ou de ce qui
instruction. J'aime à revoir les
parcourions ensemble, les chemins

qui frappait
mon

où il fait si bon rêver, les vallées semées de
maisons blanches semblables à des ruches d'abeilles,

verts

simple de notre Lauraguais rappelant ceux
qu'a décrits Virgile, et où les vers des Bucoliques
le paysage

remontent à la

qu'un

vous

mémoire et chantent

comme

les murmurait à l'oreille. »

si quel¬

�LO

GAI

SABER

43

L'histoire de

cet âne qui fut la première monture
jeune cavalier est attendrissante. Mauricod, —
•c'était son nom
acheté à de pauvres saltimbanques
de passage, s'était gagné, par ses qualités exception¬
nelles, l'affection de son maître. On l'avait, plus tard,
vendu à un maraîcher du village qui le maltraitait,
et Marie-Louis le racheta pour le voir bientôt mou¬
rir : « Un matin, j'entrai dans son écurie pour aller
le caresser comme d'habitude. Je le trouvai couché.
Dès qu'il m'aperçut, il voulut se lever. Il s'y prit à
plusieurs reprises. Il réussit enfin à se mettre de¬
bout. Puis il me regarda d'une façon lamentable et
retomba tout-à-coup sur le sol comme une masse
inerte. Il était mort. Je ne pus m'empêcher de pleu¬
rer à chaudes larmes. Je venais de perdre mon com¬
pagnon d'enfance. Son souvenir est resté gravé dans
ma mémoire comme
peut l'être celui d'un véritable
ami.» Ainsi devait-il plus tard regretter sa jolie petite
chienne Kath, que connaissaient bien tous les habi¬
tués du château d'Avignonet, comme les visiteurs de
Maillane connaissaient le chien favori de Mistral,
Pan-perdut.

du

—

suis attardé à rappeler l'enfance du baron
d'après Taine, « la rivière, la
prairie, le bois qu'on a vus dans ses premières pro¬
menades laissent au fond de l'âme une impression
•que le reste de la vie achève et ne trouble pas. Tout
ce qu'on imagine ensuite
part de là ; même il nous
semble que tout soit là et que jamais le plein jour
ne puisse
égaler l'aurore. » — « Rien n'est plus vrai,
ajoute le baron lui-même dans un de ses écrits.
L'enfance laisse en nous un trésor que la vie n'ef¬
facera pas. Et, quand on se rappelle les souvenirs
de la famille où l'on a passé ses premières années,
Je

me

Desazars. C'est que,

�LO

44

rien n'est

GAI

SABER

plus doux, rien n'est plus consolant.

»

Marie-Louis Desazars eut, comme

premier profes¬
le maître d'école de son village, un ancien sousofficier au prénom révolutionnaire de Gracchus :
Grand, sec, toujours vêtu d'une longue redingote
et coiffé d'une casquette de drap noir à oreillettes,
il en imposait par sa haute taille et par son verbe
impérieux. Quand il dut apprendre le latin,
le jeune Marie-Louis fut envoyé à la ville voisine,
Villefranche du Lauragais, où il fut l'élève, en même
temps que le pensionnaire, d'un certain M. Cazajus.
Le baron Desazars devait garder toute sa vie une
reconnaissance profonde à ce pédagogue qui savait
agréablement couper ses leçons de langue latine de
promenades charmantes, gaies et hygiéniques, sur
les bords de l'Hers, et qui se mua en garde-malade
dévoué lorsque son petit élève fut atteint, chez lui,
d'une violente fièvre typhoïde : « Je fus soigné, de¬
vait écrire plus tard le malade, par toute la famille
Cazajus avec le dévouement le plus grand. Quand
je sortis de cette crise, je me trouvai tout changé :
mon
intelligence n'était plus aussi vive, ma mé¬
moire avait faibli, je n'entendais plus aussi bien.
seur,

Cette diminution de

mes

facultés intellectuelles

et

physiques m'a beaucoup nui dans la suite. J'ai dû
y suppléer par un travail d'autant plus énergi¬
que, d'autant plus opiniâtre. ».
Cette ténacité au labeur, Marie-Louis Desazars allait
donner des preuves lorsque ses parents confièrent
le soin de son éducation et de son instruction secon¬
daire à M. Charles Villars, qui dirigeait à Toulouse
le Collège Henri IV, et où le brillant élève conquit
en

grades de bachelier ès lettres et ès sciences en
1854 et 1855. Son père eût voulu alors qu'il préparât

ses

l'examen d'entrée à l'Ecole Polytechnique, mais, au
bout d'un an d'études spéciales au Lycée de Toulouse,
Marie-Louis se tourna délibérément vers l'étude du
droit. «Mon grand-père, lisons-nous dans ses notes,.

�LO

avait

été

GAI

SABER

45

premier président de la Cour d'Appel

de

Toulouse, et j'étais, par tradition et par carac¬
tère, tout disposé à suivre la carrière de la magis¬
trature.

tude du

Tout en prenant un goût assez vif à l'é¬
droit, Marie-Louis suivait aussi volontiers
»

les

cours de la Faculté des Lettres « où professaient,
a-t-il écrit, des hommes vraiment attrayants par leur
science et par leur esprit... M. Gatien Arnoult,... M.

Sauvage,... M. Delavigne, professeur de littérature
un véritable romantique, dont les leçons
étaient particulièrement suivies. » Au concours an¬
nuel organisé par ce dernier maître parmi ses élèves,
Marie-Louis fut assez heureux pour obtenir, en 1858,
une mention honorable, et, en 1859, la première mé¬
française...

daille.

C'est

au

lendemain de

ce

dernier succès littéraire

Marie-Louis fut attaché au parquet du procureur
général près la Cour Impériale, M. Gastanbide. Épo¬
que de travail intense, dont on peut juger par ces
quelques lignes : « Ce ne fut pas une petite besogne. Le
matin à l'Ecole de droit, le soir au Parquet. Puis,
mon stage d'avocat, avec les conférences auxquelles
je prenais une part active, quelques plaidoiries au
civil et au correctionnel, enfin chaque trimestre une
ou deux affaires d'assises. De plus, je ne voulais pas
abandonner les exercices physiques et les plaisirs
mondains. J'y joignais les fréquentations de l'atelier
du peintre Joseph Latour, où j'allais dessiner chaque
soir, n'en sortant que pour monter à cheval, faire de
l'escrime et nager dans la Garonne, dès que venait
le beau temps. Quand je songe à tous ces travaux
et à tous ces exercices de ma jeunesse, sans compter
que

des articles de littérature et d'art dans les

grands et
petits journaux de Toulouse, je me demande com¬
ment je trouvais le temps de satisfaire à tant de be¬
sognes si diverses. » Malgré tout cela, notre étudiant
remporta la première médaille d'Or, en 1861, au
Concours spécial du Doctorat : véritable succès, à la
suite duquel il fut nommé substitut du procureur im-

�46

LO

GAI

SABER

périal, près le tribunal de première instance de Villefranche du Lauraguais en 1862. «Je devenais ainsi,
écrit-il, magistrat près du village où j'étais né, dans
la petite ville où j'avais fait mes premières études
de latin. J'y retrouvais mes parents, mes camarades
d'enfance. Je ne pouvais demander mieux. »
Successivement chef de Parquet de Villefranche

Lauraguais, de Saint-Gaudens en 1871, et d'Albi en
1875, le baron Desazars devait volontairement quit¬

du

Prince Impérial ve¬
! « C'était, écrit le
catastrophe politique qui s'ajoutait à bien

la magistrature en 1879. Le
nait d'être tué par les Zoulous

ter

baron,

une

d'autres. L'avenir se fermait à nos espérances et à nos
ambitions. 11 était barré par une nouvelle tenture de
deuil. Peu après, la République, se tenant pour

à exiger de la part des
explicite qui ne
sauva pas de la destitution la plupart de ceux qui la
donnèrent. Pour moi, je ne voulais pas mentir, et
je souffris durement en conservant des fonctions qui
pourtant n'étaient pas politiques. J'étais dans cet état
de dégoût, de mélancolie et de mécontentement de
moi-même lorsque survint un incident qui me fit
quitter mon état non sans regret, mais avec quelque
orgueil. »
définitive,

ne

tardait

serviteurs de l'Etat

pas

adhésion

une

★
*

*

Quand son père était mort, en 1869, les électeurs
village natal l'avaient élu en qualité de con¬
municipal. Aussi, après sa démission de ma¬
gistrat, devint-il maire d'Avignonet. Il devait, jus¬
qu'à sa mort, sauf une courte interruption, exercer
de son
seiller

les fonctions de maire avec un zèle inlassable pour
le plus grand bien de ses administrés.
Désormais il partagea son temps entre la ville et
la campagne, entre Toulouse et Avignonet-du-Lau-

raguais. Il put consacrer librement ses loisirs à ses

�LO

études

GAI

SABER

47

préférées. Même quand il était dans la magis¬

trature, il avait continué ses travaux littéraires ; en
1864 et en 1865, il avait été lauréat de l'Académie
des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Tou¬
louse. Il fut un habitué des bibliothèques et des ar¬
chives de la Cité Raymondine, et, dans la fréquen¬
tation des livres, il vint dissiper la mélancolie qui

parfois lui venait de ses déboires politiques, de la
méchanceté des hommes ou des coups de la fortune.
Il souscrivait volontiers à cette parole de Jules Jamin : « Aimer les livres, c'est renoncer au jeu, à la
bonne

chère,

au

à l'ambition des

luxe inutile, aux chevaux de course,
sénateurs, aux tristes amours. Le

bibliothécaire est à l'abri des tempêtes de la politique.
Ses livres lui sont un rempart contre les hontes des
bassesses d'antichambre. Il est maître, il est roi... »

C'est

qu'il n'y a rien, disait le baron en commentant
citation, de supérieur à une vie calme, tran¬
quille, indépendante, consacrée aux études qui vous
plaisent le mieux, — et, pour moi, la lecture est le
«

cette

comble du bonheur de
Dans

ses

études

l'esprit.

et ses

»

travaux, le baron Desazars

pratiqua cette recommandation de Renan à la jeu¬
nesse : « Ayez une curiosité excessivement ouverte ;
c'est la curiosité qui est la mesure de la valeur intel¬
lectuelle ; ayez envie de tout savoir, les limites vien¬
dront d'elles-mêmes.

»

Ma

curiosité, a-t-il écrit, s'est étendue un peu à
tout : l'histoire, la jurisprudence, l'agriculture, l'éco¬
nomie politique, les beaux-arts, la poésie. Quoi qu'en
aient dit certains grands savants comme Henri
Poincaré, et quelques philosophes comme Auguste
Comte et Bourdeau, il semble difficile de séparer une
«

science d'une

autre

et

d'admettre les classifications

(faites par Auguste Comte) qui sont la ressource de
l'esprit humain, mais auxquelles la nature n'a pas
songé... Lorsque vous visitez l'atelier d'un peintre,
vous y voyez des croquis, des ébauches,
aussi bien
que des portraits achevés et de grands sujets d'his-

�LO

4§

GAI

SABER

toire, qui témoignent de la diversité de son talent
et en même temps du soin particulier qu'il a apporté
á certaines œuvres. Ainsi ai-je fait, butinant un peu
partout, m'intéressant un peu à tout, et m'attachant,
en
particulier, à certains travaux préférés. Mais
ces
travaux eux-mêmes étaient si nombreux et
si
divers que je me suis borné à les exécuter en dilet¬
tante.

»

La simple énumération de ses
tiendrait de grandes pages. Les
les lui étaient très familières et il

multiples études
questions agrico¬
a

traité de

nom¬

problèmes relatifs à la terre et à l'agriculture
scientifique avec une particulière compétence.

breux

son pays natal n'avait pas de secrets
lui, et, dès 1868, il publiait une très savante
Histoire authentique des Inquisiteurs tués à Avignonet en 1242. Et j'ai pu lire un jour une étude ma¬

L'histoire de

pour

nuscrite très fouillée des

Voies Romaines de Nar-

bonne à Toulouse.
L'histoire de la ville et de la
attira surtout ses recherches, et

région de Toulouse
je ne mentionnerai

qu'en passant Le Vieux Toulouse disparu, l'His¬
toire de l'Académie des Sciences de Toulouse,
surtout Les Avatars biographiques et iconogra¬
phiques de Clémence Isaure.
Son goût très marqué pour l'art ne devait pas se
ralentir même dans les dernières années de sa vie.
Il aimait l'art ancien dont il écrivait l'histoire, et
aussi l'art moderne, dont il suivait avec sympathie

manifestations. « Je suis traditionnaliste, a-t-il
écrit, et cependant je vois disparaître peu à peu les

les

conditions où

se

sont

élaborées les traditions. D'au¬

la nouveauté m'attire, le progrès me char¬
me, et j'apprécie la modernité. » Elève de Joseph
Latour, ami de Moulinier, Garipuy, Faure, Buisson,
etc... il avait un fonds inépuisable de piquantes anec¬
tre

part,

aux artistes.
Je.laisse de
multiples notices consacrées par lui à l'his-

dotes relatives à l'art et

côté les

�LO

GAI

SABER

49

toire de l'art à Toulouse, pour ne mentionner que son
dernier grand ouvrage L'Art et les Artistes tou¬

lousains

au

XIXe siècle, inachevé, dont trois vo¬
sur quatre ont paru.

lumes seulement

études ont été publiées par le
journaux et revues de
Toulouse, notamment dans Le Messager de Toulou¬
se et VExpress du Midi, dans La Volonté Natio¬
nale, La Souveraineté du Peuple, dans La Revue
de Toulouse et dans
La Revue des Pyrénées
qu'il a dirigée pendant plusieurs années, de 1899 à
1905, dans la Revue générale de Droit, dans l'Art
Méridional, dont il était rédacteur en chef (18991907 ), dans Le Lauraguais, journal hebdomadaire
de Villefranche, dont il était propriétaire et direc¬
Beaucoup de

ces

baron Desazars dans les divers

teur

(1887-1920).

Le baron Desazars

fut,

on

le devine, membre de

la plupart des Sociétés savantes ou académiques de
Toulouse : de la Société Archéologique du Midi
de la France (1880), dont les Mémoires et le Bulle¬
tin ont souvent publié de lui des articles importants ;
de la Société dAgriculture de la Haute-Garonne

(1884), dont il

a rédigé la Chronique Mensuelle, dans
», pendant de longues années ; de
l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles
Lettres (1894), dont il a été successivement directeur
son

«

Journal

1910 et 1911 ; de
(1897), où il fut,
le rapporteur du Concours annuel

1908 et 1909, et président en
l'Académie des Jeux Floraux
en

de 1898 à 1925,
de Langue d'Oc.

La célèbre Académie, revenant à sa tradition, avait
fini par rouvrir ses portes à la langue d'Oc pour le
maintien de laquelle, en 1323, elle avait été fondée
dans le Verger des Augustines. Je n'ai pas à racon¬
ter ici les étapes successives de ce retour aux origi-

�LO

50

GAI

SABER

nés : la nomination de Mistral comme Maître es Jeux,
suivie à une assez longue distance parcelle d'Achille
Mir et celle de Gaston Jourdanne, enfin le legs
Ozenne qui permit d'accorder quelques fleurs à

la

vieille langue populaire des pays
Languedociens » suivant les propres termes de l'A¬
cadémie. Le premier rapport sur le Concours de
Langue Romane fut donné en 1895 par le Mainteneur
de Peyralade : ce concours fut très pauvre. Le second,
en 1896, fut plus brillant : le rapporteur Jourdanne,
Maître ès Jeux Floraux et Majorai du Félibrige, fit
l'éloge des œuvres couronnées de Prosper Estieu et
d'Arsène Vermenouze. L'année suivante, Jourdanne
eut encore à prononcer le rapport où il loua l'œuvre
du Père Xavier de Fourvières. Mais, cette même
langue romane, « la

un événement exceptionnellement important
produit dans le sein de l'Académie. Le 14
mars, en séance publique, le baron Desazars, élu
mainteneur, avait prononcé un remarquable discours
de réception sur La Langue Moundine et la Patrie
Toulousaine. « L'heure où je vous arrive, disait le
nouvel académicien, est pleine d'espérance pour celui
qui, comme moi, a au cœur l'amour ardent de la pe¬
tite patrie... Il vous a été donné de remettre en hon¬
neur l'antique langue de nos pères, cette langue « ramoundine » ou « moundine », qui a pris son nom
des comtes de Toulouse,... vous avez élargi le do¬
maine de l'étude et de la pensée, et vous avez appelé
les intelligences à se retremper aux sources récon¬
fortantes du génie local. Vous ne pouviez trouver de
meilleur moyen que de rétablir dans vos concours l'i¬
diome parlé par les descendants des Troubadours
auxquels vous devez votre existence séculaire et votre
renom européen. »(1) En de magnifiques tableaux, le
baron Desazars racontait les origines de la langue
d'Oc, fille de la langue latine, la splendide floraison
de la poésie courtoise des Troubadours, la fondation

année,
s'était

(1) Jeux Floraux, 1897, p. 405.

�EO

du Consistoire delà

GAI

SABER

51

Subregaya Co7npanhiaetla.dèca.-

langue occitane, enfin les efforts courronnés de succès de la renaissance méridionale au
XIXe siècle. C'était une véritable Défense et Illus¬
tration de la langue Occitane qui se terminait par
un appel aux poètes d'Occitanie : « La vieille Com¬
pagnie du Gai Savoir s'est retrempée aux sources
vives de son institution pour mieux accomplir sa
mission traditionnelle... Vienne la moisson attendue
des œuvres en langue moundine, et qu'elle nous ré¬
vèle quelque Bernard de Ventadour, qui fut le Dante
de la langue d'Oc, ou quelque Mistral, qui en est le
Pétrarque: l'Académie des Jeux Floraux s'empres¬
sera de le couronner et la France entière applaudira,
car la petite Patrie toulousaine aura bien mérité de
la grande Patrie française. » (1)
On peut trouver dans ce beau discours les grandes
idées que soutiendra désormais le baron Desazars
dence de la

félibréenne : lutte contre la
au cours de sa carrière
centralisation et l'unitarisme, protestation incessante
de patriotisme, restauration de la langue occitane.
«

Il convient,

dit-il, d'encourager chaque province

idiome, à exprimer sa poésie et son
art, à célébrer ses gloires indigènes. Après la fa¬
mille, c'est à la cité que s'attache le plus le cœur de
à cultiver

son

l'homme.

Qu'elle soit grande ou petite, célèbre ou

inconnue, elle est toujours chère à ceux qui y sont
nés ou qui y ont fixé leur destinée. Là, en effet, se
trouvent le foyer domestique, la tombe des aïeux, le
berceau des enfants... Tout nous y charme : les
rêves de jeunesse, les conquêtes de l'âge mûr, les
consolations de la vieillesse, les longues et chè¬

contemplations des mêmes vallées, des mêmes
ciel, le vieux clocher qui a caril¬
lonné nos peines et nos joies, cette langue indigène
faite à la bouche et aux oreilles comme l'air à la
poitrine ...»

res

coteaux, du même

(1) Jeux Floraux, 1897,

p. 453.

�LO

52

GAI

SABER

Cette langue indigène,
l'avait jamais oubliée.
Il
louables efforts d'Auguste
Grilhs et des Cants del

le baron Desazars ne
avait été le témoin des
Fourès, le chantre des
Soulelh, qui venait de
s'éteindre, il y avait six ans à peine, à Castelnaudary.
Il aimait à rappeler le souvenir des poètes du Lauraguais qu'il avait connus ou auxquels il était attaché
par des liens de famille, comme les frères Fargues
de Montréal. Il comprenait que là, vraiment, dans
le culte de cette langue, résidait la principale raison
d'être de l'Académie

toulousaine.

Et

ses

confrères

Jeux Floraux n'hésitèrent pas à lui confier, dès
l'année
suivante, le rapport sur le concours de
Langue Romane. Il devait conserver cette charge
jusqu'à l'année 1925. Chaque année, ces concours
ont pris une importance plus grande. Successivement,
les grands poètes d'Occitanie, Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Philadelphe de Gerde, ont franchi
les portes de l'Académie, et les concurrents sont
venus, de plus en plus nombreux, cueillir les fleurs
occitanes au verger de Clémence Isaure. Les rap¬
ports du baron Desazars forment autant de documents
à consulter pour se rendre compte du mouvement de
la littérature et de la langue méridionales à la
des

fin

du dix-neuvième siècle et

au

début

|du ving¬

tième, des résultats du mouvement félibréen dans
la région de Toulouse et du rôle prépondérant de
l'Académie des Jeux Floraux pour encourager les
efforts des poètes occitans, contribuer à leur perfec¬
tionnement et

consacrer

leur mérite.

Cependant le baron Desazars se mêlait d'une façon
au mouvement félibréen,
en dehors de l'at¬
mosphère sereine de l'Académie. Il était inscrit à
l'Escolo Moundino, fondée à Toulouse par les
disciples d'Auguste Fourès. En 1903, il fut nommé
majorai du Félibrige. Ainsi étaient officiellement
reconnus et récompensés les
efforts de celui qui
active

(1) Jeux Floraux, 1897,

p. 443.

�LO

GAI

SABER

53

avait largement ouvert à la langue d'Oc les avenues
du jardin de Clémence Isaure. Il faut lire les comptes
rendus des visites faites à Mistral et des

grandioses
d'Arles en 1909, auxquelles le baron
Desazars représentait, avec M. François Tresserre,
l'Académie des Jeux Floraux, pour mesurer l'enthou¬
siasme de ce méridional déjà plus que septuagénaire.

journées

Mais de plus
celui que l'on a

douces joies étaient réservées à
justement appelé le Patriarche du
Félibrige Languedocien.
Le dimanche

6

juillet 1919, dans son manoir
le baron Desazars convoquait une
assemblée de félibres et de poètes qui décidèrent de
se constituer en Escòla, sous le titre d' Escòla
Occitana, et qui acclamèrent leur hôte comme capiscòl.
Dans cette Ecole, que l'on peut considérer comme
une
branche de l'Académie des Jeux Floraux, se
groupèrent tous ceux qui, suivant la parole même du
baron Desazars dans son discours de 1897, «s'efforcent
de ramener la langue d'Oc à sa pureté primitive,
de proscrire ses formes dégénérées, de restituer les
règles qu'elle avait comme langue complète à l'é¬
poque des Troubadours. »(1) Autour du Baron, cinq
autres majoraux, Anglade, Estieu, Perbosc, Rozès
de Brousse, Ratier, un membre de l'Institut, E.
Cartailhac, des mainteneurs et des maîtres ès Jeux
Floraux, Armand Praviel, le Comte de Rességuier,
Fr. Tresserre, de Gélis, Ripert, constituèrent le
noyau de cette vaillante Ecole qui ne cesse de faire
des adeptes et de rayonner sur toutes les provinces
méridionales. Elle a pour organe Lo Gai Saber,
revue bilingue
destinée « à répandre un dialecte
particulier qui soit à la fois le langage de tous et
celui d'une élite consciente de ses règles et de ses
formes
traditionnelles, pour en arriver graduel¬
lement à l'unité littéraire de la langue d'Oc.

d'Avignonet,

(1) Jeux Floraux, 1897,

p.

438.

�LO

54

GAISABER

«L'Escòla Occitana

se propose de ne rien négliger
rétablir suivant ses règles la « langue histo¬
rique » de la France méridionale, ainsi que l'a ap¬
pelée Frédéric Mistral, cette langue qui fut celle
des Troubadours de la geste royale et de la geste
féodale comme delà geste bourgeoise des Sept Trou¬
badours, et dont la graphie, trop longtemps aban¬
donnée à l'ignorance des Patoisants modernes, se
perfectionne chaque jour davantage en des œuvres
parfois remarquables. » (i)
Tous les ans, depuis la fondation, le dîner annuel
de l'Ecole fut présidé par le Baron, dont c'était la
plus vive joie. Quand, en plein Lauraguais, s'é¬
panouit la nouvelle Ecole des Grilhs del Lauraguès,
filiale de l'Escòla Occitana, le cœur du vieux maître
ne put contenir
son émotion. Il ne cessait, malgré
son âge et ses infirmités chaque jour grandissantes,
de favoriser la respelida. Quand l'Académie des
Jeux Floraux fêta son VIe centenaire, en mai 1924,

pour

iin Violier d'or de

il offrit

1000

francs

récom¬

pour

penser le meilleur poème en langue d'Oc. Et son
dernier geste, quelques semaines à peine avant sa
mort, fut d'adresser sa contribution au monument
que

la ville de Castelnaudar}" veut ériger

au

grand

Fourès.
Son
en

œuvre

toutes les

l'Académie

de restauration occitane se manifestait
occasions. Mais c'est surtout au sein de
toulousaine que s'exerça son
action

bienfaisante, et le poète mainteneur François Tresserre exprimait la pensée de tous quand il disait, le
2 mai
1922, au banquet de l'Escòla : « Vous avez
été à l'Académie l'annonciateur de la race Occitane.
A votre appel, les poètes, de la Provence à la Cata¬

logne, du Béarn au Limousin, se sont acheminés
vers les jardins d'Isaure ; et si,
un jour, Toulouse
succède à Maillane comme capitale des Félibres, c'est
à vous, majorai du Lauraguais, que nous devrons
(1) Lo Gai Saber, n° 5, mai-juin

1920,

Supplément,

p.

86.

�hO

cette

GAI

SABER

55

conquête et cette gloire. » (i)
•k
*

*

Le baron Desazars voulait qu'on
pût inscrire sur
tombe les vers du poète Ménandre : « Il aima de
la même inclination et du même souci les sciences,
les lettres et le bien public. » « J'ai, en effet, a-t-il
sa

écrit, passé toute ma vie à m'instruire, à recueillir
que j'avais appris, et à l'appliquer démon mieux,
soit dans la vie privée, soit dans la vie publique.
Et si je n'ai pas réussi à me faire un nom
parmi les
savants, les lettrés et les magistrats qui furent mes
confrères ou mes amis, si je n'ai écrit que sur le sa¬
ble et sur la poussière, j'aurai été, du moins, un
ce

homme de devoir
A

et

de bonne volonté !

»

grand cœur, qui éprouva des joies intimes
réelles, la vie ne ménagea pas les coups les plus
durs. Le i" août 1914, sous un ciel alourdi par la
mobilisation générale, il accompagnait à sa dernière
demeure celle qui avait été la compagne de sa vie
pendant plus de quarante années. «Ce deuil, écrivaitil plus tard, a fait pour moi la solitude, et la soli¬
tude est devenue mon amie la plus chère et' la plus
fidèle. Elle me tient compagnie au milieu de mes
livres. Je vis dans mon logis comme les moines
studieux de jadis dans leur cloître. Ma surdité crois¬
sante
avec
l'âge m'éloigne de plus en plus des
vivants afin de n'avoir pas à parler, d'ailleurs blasé
sur tout ce que l'on
peut dire... » La solitude ne
l'effrayait pas. « Je suis arrivé à un âge, écrit-il en¬
core, où il faut vivre en vue de la mort, et être avec
ce

et

elle comme avec une amie. Cela n'empêche pas de
revivre avec le passé. On y trouve, au contraire,
l'occasion... » Cette petite note est demeurée ina¬
chevée. Mais en voici une autre qui nous révèle

(1) Lo Gai Saber, n°

17,

mai-juin

1922, p.

178.

�56

LO

GAI

SABER

quelle puissance d'évocation le baron Desazars avait
conservée dans cette solitude où la vieillesse l'avait
cloué comme dans un cercueil : « Comme un arbre
à demi mort dont la sève s'est ralentie et dont la
tête seule reverdit encore, à mon âge on ne vit plus
que par le cerveau. Mais cet arbre, flétri et nu, se
souvient encore des avrils d'autrefois, des nids qu'il
ses
a cachés dans
branches, des oiseaux qui ont
chanté dans son feuillage.

Oui, tout cela me revient à l'esprit, dans ce ca¬
j'ai si longtemps travaillé, à cette table où
j'écris depuis cinquante ans, sous l'abat-jour d'une
lampe qui va s'éteindre, près du feu qui achève de
«

binet où

se

consumer.

« Le fantôme
de ma jeunesse frappe à la porte et
demande à entrer : « Entre, cher hôte, et viens causer
avec moi ; je t'attendais. » Il n'est pas venu tout seul :
il amène avec lui, derrière lui, pour enchanter les
dernières heures de ma vie, toutes les visions qui
ont été la joie de mon âme et de mes yeux. La pe¬
tite chambre s'emplit d'ombres amies. Je ferme les

yeux pour mieux les voir. Je me laisse aller à la
douceur du rêve, au charme de ces apparitions loin¬
taines et de ces entretiens secrets, qui sont un mys¬
tère entre mon âme et moi. Je revois tout le paysage
de ma vie écoulée. L'Amour, l'Amitié, le Travail,
le Rêve y passent comme des figures voilées dont
chacune a pour moi un sourire, un geste, une parole.
Il semble qu'un chuchotement très doux, pareil à un
murmure de voix lointaines, bruisse dans la chambre.
Autour de moi, la maison est endormie ; mais la ru¬
che du souvenir a lâché toutes ses abeilles et leur
bourdonnement réjouit tout mon cœur. Jerevois, avec
une lucidité singulière
et dans une sorte d'extase,
les heures du passé.
« On
ne songe pas à se plaindre
de la destinée,
quand la mort doit être si prochaine. On ne regrette
pas d'avoir vécu, si on croit avoir fait, jusqu'au bout,

�LO

un

bon usage

GAI

SABER

57

de la vie. Nos pensées prennent alors

grave et notre veillée s'achève en médi¬
tation. Avons-nous fait vraiment, dans toute la me¬
sure de nos forces et de nos moyens, un bon emploi
de notre vie ? Avons-nous réellement donné de
nous
l'idée que nous pouvions et que nous devions
en donner ? Avons-nous accompli dignement notre
un

ton

tâche

plus

d'homme, qui

n'était pas seulement de jouer
faire, en passant, un peu de bruit,
mais de faire, s'il est possible, un peu de bien, et
donner à d'autres un peu de joie ? »
un

rôle et

de

C'est ainsi que le souvenir et l'évocation du passé
finissaient en un examen de conscience chez cet hom¬
de caractère

qui, même aux dernières heures de
existence, avait le goût de la vie. Cette vie avait
été, par un effort soutenu, noble et grande. C'est
que, avec l'amour de la famille, et le culte du pays
natal, un autre levier demeurait à la disposition de
cette âme généreuse, je veux dire une foi religieuse
peu commune : « Plus je vais au fond de mon âme,
a-t-il écrit, plus je vois qu'elle est sincèrement reli¬
gieuse, pénétrée de ce qu'il y a de plus pur dans
l'espoir chrétien, habituée à se replier sur elle-même,
à se juger sans complaisance, à se sentir sous la
main de Dieu et à se préparer, par la prière ou par
la méditation, aux luttes de la dernière heure. Ma
vie est un effort pour se rapprocher de la perfection,
une aspiration sincère, quoique mêlée de défaillances,
vers
jla vertu chrétienne. Puissé-je conserver ces
sentiments au milieu des dangers incessants de cette
vie corruptible pour me conduire par le chemin de
la paix dans la patrie de l'éternelle clarté ! »
me

son

ces sentiments que mourut, le samedi 8
1927, le grand majorai d'Occitanie. Quelques
semaines avant sa mort, dans ce même salon qui
vit se fonder VEscòla Occitana, il me demandait de

C'est dans

janvier

chanter,

en

m'accompagnant sur le piano, quelques

�58

LO

GAI

SABER

mélodies du Flahut Occitan de

notre ami commun

Prosper Estieu. Se soulevant péniblement sur ses
béquilles, il vint tout près de moi, retenant son
souffle, prêtant une oreille attentive, et je vis sur
son visage ridé s'épanouir le plus doux sourire, quand
je chantai : Se ve^iat^ lo miu vilatge ...
Il dort maintenant

dernier sommeil dans cette

son

lauraguaise qu'il a tant aimée. Puisse le chant
des grillons, s'élevant de cette terreféconde, délicieu¬
sement le bercer toujours !
terre

Abbé

ACADÉMIE DES

JEUX FLORAUX

Concours de Poésie
en

Joseph SALVAT.

en

Langue d'Oc

1927

42 ouvrages en langue d'Oc ont pris part
poésie. Les prix suivants ont été attribués :
I. Poésies manuscrites
1.
une

Lou

au concours

de-

:

Balicot, recueil,
d'argent ;

par

M. P. Eyssavel, à Paris, aobtenu-

violette

2. La Clusida de la Menina, élégie, par M. l'abbé
Jules Cubaynes, curé de Gréalou, par Cajarc (Lot), a obtenu le souci,,
prix du genre ;
3. Nocturne et autres pièces, par M. Charles Grandô, à Perpi¬
gnan, ont obtenu une églantine d'argent ;
4. La Caiguda de les Fulles et autres pièces, par M. l'abbé
Barthomeu Barcelò, à Perpignan, ont obtenu une églantine
d'argent;

Pinhs d'à noiiste, pièce, par M. Adrien Dupin, à .Mérignac
a obtenu une primevère ;
6. Idila Rustica, idylle, et Alba Roja, sonnets, par M. ClovisRoques, à Clermont-l'Hérault, ont obtenu un œillet.
5.

(Gironde),
.

�LO

II. Poésies
1.

imprimées

GAI

SABER

59

:

Lo'us Rebats

merle,

sus VAutura,
par M. Albert Pestour, àChanteCoulounieix (Dordogne), ont obtenu une violette

par

d'argent

;

Flòc de

Gasconha, par M. Arthur Cambos, professeur au
•Collège de Bergerac, a obtenu une églantine d'argent ;
3. Las Paloumbos de Sant-Na\ari, par M. Emile Barthe,
Majorai du Félibrige, à Béziers, ont obtenu un rappel de
primevère.
2.

III. Mentions honorables

:

A Clemenço Isauro, sonnet, par M. Poudevigne, maréchal
logis, au 194e régiment d'artillerie, à Nîmes.
2. Lo Rodet, sonnet, par M. jPierre-Antonin
Vayssières, à
Tonneins (Lot-et-Garonne).
3. Causons d'Amor de la Terra Nostra, pièce, par M. Louis
Bousquet, à Armissan, près Narbonne (Aude).
4. Gitous e Flouquets, recueil, par M. Louis Delluc, à SaintVincent-de-Gosse, par Saint-Cyprien (Dordogne).
5. Sant Francés d'Asi^a, sonnet, par M. Roger Barthe, à Béziers.
6. L'Estiu de Sant-Martin, sonnet, par M. P. Vinche, à Auterive (Haute-Garonne).
1.

des

Vujme pête de I Bscòla Occitana

L'Escòla Occitana célébrera à Toulouse, confor¬
ses
statuts, sa VIII""' fête annuelle, le
lundi 2 mai.
mément à

A 10 heures du matin, messe célébrée à N. D. la
Daurade, église de Clémence Isaure et de Goudouli,
en
mémoire des défunts de l'Académie des Jeux
Floraux. Rappelons que les défunts de cette année
sont : notre vénéré Capiscol le baron Desazars de
Montgailhard, le comte de Rességuier, membre fon¬
dateur de VEscòla
Occitana, et M11" Berthe de

�6o

LO

Puybusque,

GAI

SABER

maître ès Jeux Floraux,

VEscpla Occitana. Nous convions

nos

membre de
amis à cette

cérémonie de

pieux souvenir.
heures, réunion du bureau, librairie Privât,
14, Rue des Arts.
A 2 heures, à l'hôtel d'Assézat et Clémence Isaure,.
séance de l'Académie des Jeux Floraux, consacrée à
la langue d'Oc et aux prix régionalistes.
Remise d'un jeton de vermeil au majorai Prosper
Estieu, maître ès Jeux Floraux, à l'occasion de son
jubilé académique.
Allocution de M. Joseph Anglade, majorai du
Félibrige, modérateur de l'Académie.
Réponse de M. Prosper Estieu.
Rapports sur les concours Pujol, par MM. Fran¬
çois Tresserre et F. de Gélis, membres fondateurs
A

ii

de l'Escòla Occitana.

Rapport sur le concours de langue d'Oc, par M.
J. Anglade.
Lecture des poésies couronnées et distribution des¬
récompenses.
Le soir, à 7 heures 30, banquet fraternel et As¬
semblée générale de l'Escòla, au restaurant du Bel¬
védère, allée Jean Jaurès. Les Lauréats y sont gra¬
cieusement invités.
Les membres de VEscòla Occitana et les
des autres écoles présents à Toulouse

bres

mem¬

sont

priés d'envoyer leur adhésion à ce banquet à la li¬
brairie Privât, 14, rue des Arts, Toulouse, avant le
28 avril. Prix de la cotisation : 15 fr.
LA DIRECTION.

�BOLEGADISA

OCCITANA

Libres recebuts : Menudos Trobos, per Auguste
Benazet (in-8°, 144 p.)
Vilafranca-del-Roèrgue, Sa-

lingardes. — Dins aquel libre, la muza del trobador
roèrgàs nos a donat un flòc de poezias de tota mena,
sonets, rondèls, cansons, galejadas, etc... ont se tròba,
de còps, l'emocion de Jasmin e de l'abat Bessou.
Abèm legit ambé plazer subretot La
Denougalhairo
e

la

dels

canson

Êsclops.

Lou Cami de la

Cronts,

14

sonets, ambé grava-

duras

d'Auguste Rouquet, pel Dr Albarel ( in-f°,
20 p.) Narbona, Estamp. del
Lengadòc. — Lo ma¬
jorai Albarel ven d'ajustar una bêla pèira à sa moatjòia literària. Abèm

pas bezonhde dire com lo Capiscòl de la Cigalo Narbouneso sab tornejar un sonet
dins sa lenga tindaira. Tots los qu'aiman las polidas
cauzas d'Occitania voldran aber
aquel libre supèrbament illustrât e estampai de man de mèstre.

L'Inventeur du Sermon du Curé de

Cucugnan&gt;

conferencia, pel Dr Albarel ( in-8°, 16 p.) Narbonaj
Estamp. del Lengadòc. — Dins aquel estudi, lo sa~
bent majorai mòstra que la bordesca istòria del
curât de Cucunhan, tant
plan contada per Romanilha
e Achille Mir,
foguèt trobada pel poèta marbonés
Ercule Birat e tamben pel curât mêmes de Cucunhan,
l'abat Ruffié.
Le Roman de

Flamenca, analiza e traduccion en
J. Anglade (in-120, 116 p.) Paris, de
L'egrègi profesor J. Anglade vende pu-

partida,

per

Boccard.

—

blicar, dins la coleccion de Poèmes e Racontes de
la Vièlha Fransa, lo roman de Flamenca, « una de
las jòias de la letradura mièchjornala, » que nos es es¬
tât conservât per un sol manescriut, qu'es à la bibliotèca de Carcasona. Lo
sobent

:

profesor Anglade, que dis
«Félibres, travaillons ! » mòstra qu'el sab

�62

LO

GAI

SABER

trabalhar mai que

lenga

e

Un

degun per far coneise
la letradura occitanas.

aimar la

e

poète bilingue: Adolphe Dumas,

per

Fré¬

déric Mistral, nebot ( in-12, 234 p. ) Paris, Prensas
fransezas.
Lo nebot del grand Malhanenc se móstra dinne de portar un nom tant glorios, en trabal—

bant

coma se

deu

àl'espandiment de l'idèa felibrenca.

Los que legison sas cronicas dins los jornals e las
revistas de Paris o de la provincia sabon ambé qun
bon biais parla de las produccions occitanas. Al contrari de fòrsa autres critics que fan que démolir, el

préféra bastir, e bastir solidament. Uèi, nos dona
un estudi
complèt de la vida e de l'òbra del poèta
fransés e provensal A. Dumas, lo que faguèt co¬
neise Mirèio à Lamartine. Vivas felicitacions.
Autour de la Maison du

Bourg, notas

e

docu¬

pel Canonge Clement Tournier (in-8°, 62 p.)
Toloza, Estamp. S. Subra. — Bèl estudi istoric ont
se trata,
en pasant, de dôas grandas damas tolozencas dels sècles XVII e XVIII, qu'aimaban d'emplegar lor lenga mairala e legisiàn à lor pòple la
doctrina e l'Evangèli en occitan.
Memento
Notes pour servir à Vhistoire de la
langue provençale, per Bruno Durand (in-8°, 26 p.)
Toloza, Occitania.
ments,

Les Fêtes dû Couronnement de la Vierge de
Font-Romeu et des Jeux Floraux, 4 et 5 août 1926

(in-8°, 96 p.) Perpinhan, Estamp. catalana.
Las

Anguialos de la Menino, pel Dr Albarel
p.) Narbona, Estamp. del Lengadòc.
Discours occitan pour la fête du Vin Nouveau
à la Cathédrale de Béliers, le 24 Octobre iç&gt;26,
per l'abat Salvat (in-8, 8 p.) Beziers.
(in-8°,

12

Los Grilhs del

Lauragués

ber à tots los felibres del

al

son urozes de far saque lo monument

Mièchjorn

grand Forés, òbra del escalpraire

Malacan,

se

�LO

podrà inaugurar
ciutat de

63

GAI SABER

origan,
Castèlnòudari.

mes de Septembre, en
Lo Felibrige, la Mante-

al

de Lengadòc, mantas Escòlas felibrencas de
Lengadòc, Provensa, Gasconha, Lemozin, Paris, an

nensa

-mandat lor contribution.

Las Escòlas

qu'an pas encara respondut à la ramson raras ; mas n'i a. Que s'afanen d'oc faire
lèu ! Per ara, aici la letra que ven de reeebre lo ma¬

pelada

jorai P. Estieu, Prezident del Comitat del Monument
Forés

:

Toulouse, le

2

Avril 1927.

Mon cher majorai et ami,
Je suis heureux de vous annoncer que, dans sa séance d'hier
soir ier avril, l'Académie des Jeux Floraux, sous la présidence
du majorai Anglade, modérateur, a voté sur ma proposition une
somme de
cinq cents francs pour le monument d'Auguste Fourès à Castelnaudary. L'Académie a voté cette souscription à
l'unanimité. Elle a entendu manifester par là son admiration
pour le génie poétique de Fourès, sa haute et affectueuse estime
pour vous-même, mon cher Majorai, et aussi sa gratitude pour
l'excellent accueil qu'elle a reçu de la municipalité de Castel¬
naudary.
Notre dispensateur, MB Boscredon, qui avait approuvé avec
empressement la pensée de cette souscription, a pris toutes
dispositions utiles pour verser incessamment la somme au Tré¬

sorier de votre Comité.

Je me fais un grand plaisir de vous communiquer tout de
cette bonne nouvelle et je vous prie de me croire toujours

suite

votre dévoué

confrère

en

Clémence Isaure.
Armand PRAVIEL.

La Santa-Estèla se celebrarà ongan, ambé los
grands Jòcs Florals Sèptenaris del Felibrige, à Mont¬
pellier, los 5 e 6 de junh.
La joventut lengadociana se bolèga. A Montpellier,
los escolans de l'Universitat an organizat una Societat felibrenca. Toloza vòl seguir l'etsemple de Mont¬

pellier. Osca pels jovents occitans !
Vous autri, li gent jouine,
Que sabes lou secret,

�64

LO

GAI

SABER

Fasès que noun s'arrouine
Lou niounument escret !
La Societat felibrenca de Nimes vòl enaurar un,
à la memòria de Batiste Bonnet, un
dels plus grands prozators- occitans. Mandar las.
monument

soscripcions à M. Malige André, 43, carrièra Roussy, Nimes. Compte postal Montpellier 8(42.
L'Academia dels Jòcs Florals de Toloza

ven d'eJòcs Florals : Monsenhor de, Carsalade,
bisbe de Perpinhan, e M. de Nolhac, de
l'Academia franseza, dos grands amies de la Cauza

legir Mèstres

en

occitana.

lo

Nòstre clavaire Armand Praviel faguèt, à Castras,
11 de febrier, una bêla conferensa
subre Mistral.
Es

grand tristor qu'abèm après la mòrt del
Resseguier, manteneire de l'Academia
dels Jocs Florals, membre fondator de l'Escòla Oc¬
citana, del poèta catalan Pin i Soler, e de l'escriban
Yan Bever, qu'a fait coneise lo Felibrige ambé sa
bêla antologia Les Poètes du Terroir.
am

comte

E. de

A Legir dins : Le Feu (itr febrier): Joui
Paubrilhou d'Assisa, per Albert Pestour.

sinne del
La Cigalo Lengadouciano (janvier) : Guilhèm de Mur,
per J. Ladoux; (febrier): Mas Amors, per P. Jepo.
Le Courrier du Midi (13 febrier): Mireille dans
la nature et dans Vart, per J. de Flandreysy. —
Paris-Provence e Le Cadet de Gascogne : cronicas
felibrencas de J. Loubet. — La Pignato (21 mars):
La Vénus d'Arles, per V. Bernard. — La Nouvelle
Revue (15 mars): Précisions sur le Félibrige ac¬
tif, par F. Bertrand, etc.
CRI-CRI.
—

—

Imp. Lauraguaise

—

37,

Rue de la Baffe

—

Castelnaudary.

�Règles de Phonétique Occitane
i° VOYELLES.

seul

dans le corps d'un mot,
a françis ; mais s'il
constitue une terminaison
féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et
o, suivant la région ;
e sonne comme é fermé
français, et è comme è ou¬
vert français ; — i
équivaut à i français ; — u égale¬
ment ; mais,
après une voyelle, il a le son ou fran¬
çais ; — ô ouvert se prononce comme o français, et
o fermé comme ou français
; — y n'existe pas en oc¬
accentué

ou

—

non,

a,

ou

sonne comme

—

citan.

2° CONSONNES. — b, c, d, f, g,
j, 1, m, n, p, q, (toujours
suivi de u), r, s, t, z sonnent comme en
français; mais
c devant i est sifflant
comme s

français;

comme
comme
—

n

est

—

j

sonne

tz, dans certaines régions ; — m se prononce
n à la fin de la i"
pers. du pluriel des verbes ;

muet, sauf quelques rares exceptions, à la fin

des substantifs ; — r est souvent muet à la fin des
substantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi

qu'au présent de l'infinitif; — s est toujours dur et sif¬
flant ; — t est muet à la fin des
participes présents et
des mots en ment; — v sonne comme
sauf en
Pro¬

b,

vence

—

;

—

ç,

k,

x, w

n'existent

pas en

occitan.

3° GROUPES. — ch, lh, nh se prononcent
ph n'existe pas en occitan.

VIENT DE

PARAITRE

FLÒC

Poezias

gn ;

:

lllustradas

traduccion

musica de P. Lacome
per

e

franse^a
F. de la Tombelle

ARTHUR CAMBOS
Prix

M.

tch, ill,

DE GASCONHA

am
e

:

s

20 fr.

CAMBOS, 66, Rue Pozzi - Bergerac,
ou SOCIÉTÉ D'ÉDITION OCCITANE
37, rue de la Baffe, CASTELNAUDARY (Aude)

�EXTRAIT

CATALOGUE

DU

de la

Societat d'Edicion Occitana
37, Rue de la Baffe

Lou

CASTELNAUDARV

-

en langue d'Oc, avec traduc¬
française, par Prosper Estieu ( i vol. in-8°,

Terradou, sonnets

tion
300
Flors

p.)

duction
280

fr.

—rare

française, par

30.

»

langue d'Oc, avec tra¬
Prosper Estieu (1 vol. in-8°,

d'Occitania, sonnets

en

fr.

p.)

20.

»

d'Oc, avec tra¬
Prosper Estieu (1 vol. in-8°,
264 p.) •
'.
fr.
20. »
Lo Romancero Occitan, poèmes en langue d'Oc, avec
traduction française, par Prosper Estieu (1 vol. inOccitana, poèmes en langue

La Canson

duction

8°,

française,

par

fr.

344 P

20.

»

chansons inédites du Maître
Prosper Estieu, avec musique, texte occitan et tra¬
duction française (pouvant se chanter dans les

Lo

Flahut Occitan

deux

43

langues. (1 vol. in-8°,

104

p.)

.

fr.

16.

»

Orilh, chansons, rondels et sonnets occi¬
tans, avec traduction française, par Guilhèm de
Nauroza. (1 vol. in-8°, XVI- 100 p.)
fr.
10. »

Cants d'un

.

Lo Gai Saber, numéro spécial donnant le compte
rendu des Fêtes félibréennes de Castelnaudary en

l'honneur du troubadour Arnaut

1925)

IMPR.

DE

LA

SOCIETAT

D'EDICION

OCCITANA

-

Vidal, (24 Mai
fr.
3 »

CASTELNAUDARY.

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              <text>Lo Gai Saber. - Annada 09, n° 046 mars-abrilh 1927 </text>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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