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                  <text>La pratique du breton
de l’Ancien Régime à nos jours
La thèse de Fañch Broudic

La Révolution française et les idiomes
Analyse de discours1
Il n'est sans doute pas superflu de commencer par établir la chronologie des principales
décisions votées par les assemblées révolutionnaires concernant les problèmes linguistiques 2 :
• 14 janvier 1790 : l'Assemblée nationale décrète que le pouvoir exécutif sera chargé de « faire
publier les décrets de l'Assemblée dans tous les idiomes qu'on parle dans les différentes parties
de la France3 ».
Le texte qui suit est extrait de la thèse soutenue par l'auteur en juin 1993 sur « L'évolution de la
pratique sociale du breton de la fin de l'Ancien Régime à nos jours », à l'Université de Bretagne
occidentale, à Brest, et dont il constitue les pages 43 à 63 de la première partie. Ce texte, resté inédit
jusqu'à ce jour pour diverses raisons, analyse les discours et les choix de la Révolution en ce qui
concerne les idiomes et les patois (pour s’en tenir aux formulations de l’époque), singulièrement ceux
de Barère et de Grégoire en rapport avec les réalités sociolinguistiques de la période et il les confronte
aux assertions de Brunot et d’autres chercheurs. L'auteur le propose ici à l'attention des candidats à
l'agrégation « Langues de France ».
• Il va de soi que les extraits ici présentés de la thèse de l'auteur le sont dans l'état de leur rédaction
au début des années 1990. Ils ne prennent donc pas en compte les nouveaux acquis de la recherche
intervenus entretemps en sociolinguistique comme en histoire.
• Pour référencer des citations extraites de cet article, noter qu’il est consultable en ligne sur le blog
de l’auteur : www.langue-bretonne.org
• Les références de la thèse et de l’ouvrage qui en est issu sont les suivantes :
Broudic, Fañch. Évolution de la pratique sociale du breton de la fin de l'Ancien Régime à nos jours. Brest,
Université de Bretagne occidentale, 1993, 4 vol., 1473 p. (Tapuscrit).
Broudic, Fañch. La pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours. Presses universitaires de Rennes,
1995, p. 265-274. (Épuisé).
• La thèse fera prochainement l’objet d’une mise en ligne sur un sité dédié : www.la-pratique-dubreton.org
• Fañch Broudic est journaliste, il a été responsable des émissions en langue bretonne à France 3
jusqu'en 2007. Il est chercheur associé au Centre de recherche bretonne et celtique (Université de
Bretagne occidentale, Brest).
2 Un « repérage chronologique des mesures linguistiques de la Révolution » figure dans : Alcouffe, Alain
et Brummert, Ulkrike. Les politiques linguistiques des États Généraux à Thermidor. Lengas, n° 17,
1985, 55-71.
3 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française des origines à nos jours. Tome IX. La Révolution et
l'Empire. Première partie. Le français, langue nationale. Paris, Armand Colin, 1967, p. 25.
Sauf mention particulière, la plupart des citions de ce chapitre sont extraites de cet ouvrage, capital
pour la période et pour le sujet.
1

�• 7 novembre 1792 : la Convention nationale décrète qu'il sera nommé une commission
chargée d'accélérer la traduction des divers décrets en langue allemande, italienne,
castillane, basque et bas-bretonne. Elle charge le ministre de la Justice de lui rendre compte
des travaux qui ont été faits 4. .
• le 20 juin 1793, le Comité de salut public « considérant que le défaut d'instruction est la
principale cause des égarements auxquels une partie du peuple se laisse entraîner dans
quelques départements où la langue française n'est pas la seule langue vulgaire (…) Arrête que
le ministre de l'Intérieur est chargé d'établir incessamment un bureau de traduction, qui
traduira en allemand, en italien, en bas-breton et en basque les lois, Bulletins de la Convention
nationale, proclamations et autres pièces, dont l'envoi direct aux municipalités, dans l'une ou
l'autre de ces langues sera jugé nécessaire, et que lesdites traductions seront imprimées et
envoyées auxdites municipalités dans le moindre délai possible après leur publication 5 ».
• 8 pluviôse an II (27 janvier 1794) : « Rapport du Comité de salut public sur les idiomes », dit
rapport Barère. La Convention décide d'établir dans les dix jours « un instituteur de langue
française dans chaque commune de campagne des départements du Morbihan, du Finistère,
des Côtes-du-Nord, d'Ille-et-Vilaine, et dans la partie de la Loire-Inférieure dont les habitants
parlent l'idiome appelé bas-breton ». Le même décret définit le rôle des instituteurs à l'école,
précisant qu'en outre « les jours de décade, ils donneront lecture au peuple et traduiront
vocalement les lois de la République en préférant celles relatives à l'agriculture et aux droits
des citoyens ». Il invite enfin « les sociétés populaires (…) à propager l'établissement des clubs
pour la traduction vocale des décrets et des lois de la République, et à multiplier les moyens de
faire connaître la langue française dans les campagnes les plus reculées6 ».
• 16 prairial an II (6 juin 1794) : rapport du Comité d'Instruction publique « sur la nécessité et
les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française », dit rapport
Grégoire. La Convention décide de le diffuser 7.
• 2 thermidor an II (20 juillet 1794) : un décret, dit décret Merlin, stipule que « nul acte public
ne pourra, dans quelque partie que ce soit du territoire de la République, être écrit qu'en
langue française », et que « tout fonctionnaire ou officier public, tout agent du Gouvernement
qui (…) dressera, écrira ou souscrira, dans l'exercice de ses fonctions, des procès-verbaux,
jugements, contrats ou autres actes généralement quelconques conçus en idiomes ou langues
autres que la française, sera traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa
résidence, condamné à six mois d'emprisonnement, et destitué ». L'exécution de ce décret est
suspendue dès le 16 fructidor (2 septembre) 8.
• 27 brumaire an III (17 novembre 1794) : une loi sur l'enseignement, stipule qu'il « sera fait
en langue française, les idiomes ne pourront être employés que comme moyen auxiliaire »
(chapitre IV, § 3)9. Pour le recrutement des instituteurs, l'administration est tenue de
s'assurer de la connaissance du breton dans les régions où il est en usage.

Ferdinand Brunot, linguiste français (1860-1938), est né à Saint-Dié. Il a été professeur à la Sorbonne.
Son œuvre majeure, bien qu'inachevée, est l'Histoire de la langue française des origines à 1900, dont
10 tomes sont parus de son vivant. Pour chaque période, il étudie le vocabulaire, la morphologie, la
syntaxe, ainsi que l'histoire de la prononciation et de l'orthographe. Il montre la corrélation entre les
faits linguistiques et les faits sociaux, en particulier l'expansion du français au détriment des «
dialectes » et des « patois ». Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, 1982, p. 1546 et 6126.
4 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 158-159.
5 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 162.
6 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 184.
De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel, Jacques. Une politique de la langue. La Révolution
française et les patois. Paris, Galimard, 1975, p. 298-299.
7 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 215.
De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel, Jacques. Une politique de la langue…, op. cit., p. 317.
8 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 186-187, et 291.
9 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 312-313.

2

�Ce sont là les dates principales auxquelles des décisions concernant la langue bretonne ont été
prises. En réalité, sous la Révolution française, il en a été débattu à de multiples reprises, et la
question, telle qu'elle est relatée par Ferdinand Brunot dans son Histoire de la langue française, doit
même être considérée comme récurrente 10. Il importe d'en analyser les données.
Pourquoi l'Assemblée décide-t-elle en janvier 1790 de faire traduire ses décrets ? Ferdinand
Brunot en donne cette interprétation un siècle et quelque plus tard : « la monarchie avait pu
gouverner pendant des siècles en demandant à ses sujets d'obéir et de payer. Ses ordres, les actes de
ses agents, appuyés sur une autorité traditionnelle et indiscutée, proclamée à l'occasion d'origine
divine, n'avaient besoin d'aucune adhésion volontaire. Tout au contraire, la loi nouvelle, quoique votée
au nom du peuple et par ses représentants, n'avait de chance de s'imposer qu'avec l'assentiment de
l'opinion. Il eût été contraire à l'esprit même de la démocratie qu'on prétendait instituer et aux
principes de gouvernement qu'on posait, de faire des réformes, fussent-elles des plus bienfaisantes, sans
les faire connaître, sans en exposer l'économie et les motifs aux citoyens « actifs « et même « passifs « .
C'était aussi le moyen d'éviter les plus graves malentendus11 ».
C'est ce que, dans la terminologie d'aujourd'hui, l'on définirait sans doute comme un problème
de communication. Au début de l'année 1790 – moins d'un an après la première réunion des États
généraux et après la prise de la Bastille - nombreuses sont déjà les décisions de la Constituante, qui
transforment l'organisation sociale, et dont les répercussions sur la vie quotidienne des nouveaux
citoyens sont considérables : nuit du 4 août, déclaration des droits de l'homme (le 26 août), la
confiscation des biens du clergé comme biens nationaux (2 novembre), etc. L'on peut penser que
ces répercussions ont été telles qu'elles aient pu ébranler l'enthousiasme né de la rédaction des
cahiers de doléances, et que pour maintenir l'élan révolutionnaire, il fallait pouvoir continuer à
compter sur « l'assentiment de l'opinion ».
Tout s'est passé comme si la Révolution française à ses débuts avait voulu, dans un premier
temps, associer pleinement la masse des citoyens non francophones à son développement 12, puis,
dans un deuxième temps, compenser par la diffusion d'écrits et de textes de référence en breton (et
en d'autres « idiomes vulgaires ») le manque d'adhésion spontanée dont commençait à souffrir le
mouvement révolutionnaire lui-même. On en veut pour preuve l'intervention inquiète de Grégoire
le 9 février 1790, pour qui « dans certains pays des troubles graves s'expliquaient par d'énormes
erreurs sur le sens des mots, des paysans prenant les décrets de l'Assemblée nationale pour des décrets
de prise de corps13 ».
10 Brunot (voir note 2, supra) en traite d'ailleurs en véritable jacobin, épousant complètement le point

de vue de Grégoire et Barère. Commentant la loi scolaire de Vendémiaire, qui n'accordait pourtant,
selon lui, que « des facilités passagères » aux langues régionales, il parle de « fâcheuse rédaction » :
« on créait un danger… » (p. 313). A plusieurs reprises, il pourfend « le fédéralisme linguistique ». Il
n'hésite pas à parler d' « erreur politique grave » lorsque le Comité d'instruction publique envisage
en novembre 1792 que l'on apprenne à lire et écrire en français, mais que les autres matières soient
enseignées en même temps en français et dans l'idiome du pays : « on se montrait impitoyable aux
patois qui la gênaient peu (la République), tolérant aux idiomes qui menaçaient jusqu'à son existence »
(p. 136-137). Il fait a posteriori le tri entre bons et mauvais patriotes : parlant des Alsaciens ou des
gens du Nord qui continuaient à « désirer que l'école se fît dans l'idiome du pays », il les qualifie de
« patriotes, ou soit-disant tels, (qui) ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir que l'unification nationale »
ne se ferait pas à ce prix (p. 145).
11 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., tome IX, vol. I, p. 23.
12 Grégoire évaluera un peu plus tard cette masse à 12 millions de personnes sur 15 : 6 qui ignorent
la langue nationale, autant qui ne peuvent tenir une conversation suivie en français.
13 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française,… op. cit., p. 23.

3

�La Révolution butait donc sur l'évidente existence de parlers autres que le français – des parlers
qui étaient le langage usuel de la majeure partie de la population dans des régions entières et, au
total, celui de 80 % de la population française. Mais la politique linguistique qu'elle définit à ses
débuts - comme toutes les initiatives politiques qu'elle prend en d'autres domaines - marque une
rupture par rapport à l'Ancien Régime : c'est la première fois dans l'histoire qu'en France les
pouvoirs publics tiennent compte ainsi des usages linguistiques au profit des langues autres que le
français. Il est d'ailleurs tout à fait significatif d'observer que le Roi prend l'initiative, lui, d'opposer
son veto au nouveau décret 14.
Cette rupture est plus que de tolérance vis-à-vis des « idiomes vulgaires » : elle aboutit même à
leur promotion comme moyen d'expression – et singulièrement comme mode d'expression
politique - au même titre que le français. Significative est à cet égard l'argumentation avancée par
Bouchette, député de Bailleul, qui avait déjà traduit diverses lois en flamand : c'est lui qui, en janvier,
supplie le pouvoir exécutif de faire publier les décrets de l'Assemblée dans les différents idiomes de
France : « Ainsi tout le monde va être le maître de lire et écrire dans la langue qu'il aimera le mieux et
les loix françaises seront familières pour tout le monde15 ». Il ne s'agit pas d'une sorte d'officialisation
du parler breton – il est important de le préciser pour la suite des événements - mais le désir des
nouvelles instances de mieux faire connaître et comprendre leur action aboutit à la mise en œuvre
d'une vigoureuse politique de traduction, au bénéfice des « idiomes vulgaires16 ».
Renée Balibar et Dominique Laporte 17 commentent très justement ces initiatives : « première
mesure touchant directement au problème des échanges linguistiques, la traduction des décrets fut
indéniablement une décision politique. Elle apparaît à la fois comme le symptôme de l'importance
accordée à la question et comme une première tentative en vue de la résoudre ». Ces deux auteurs
poursuivent en prétendant qu'il est cependant « difficile, sur cette seule base, de créditer la
Constituante du mérite d'une politique inaugurale si l'on songe à ce que fut, sous la Convention, la
politique de la langue ». Mais la référence ne doit pas être seulement la politique qui sera suivie par
la suite, elle doit aussi prendre en compte celle qui a été suivie jusque là, ainsi que le temps pendant
lequel les nouvelles mesures ont été mises en œuvre. Si l'on en croit Balibar et Laporte, les décisions
de l'Assemblée de faire traduire ses décrets n'auraient été qu'une courte parenthèse qu'il n'y aurait
qu'à passer par pertes et profits, avant la définition par la Convention jacobine d'une nouvelle
politique, distincte de la précédente, « à la fois (…) plus radicale et (…) plus conséquente ».
Or, la Convention nationale à ses débuts – elle est alors girondine - ne rompt pas avec la pratique
qui a été définie par l'Assemblée : fin 92, elle veut même « accélérer » la traduction des décrets en
« idiomes vulgaires, basque, bas-breton, etc…18 ». Un projet de décret avait été élaboré pour organiser

Brunot rapporte, p. 30, que le décret n'a pas été « sanctionné ».
Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 25.
16 Idiome n'est pas utilisé ici dans un sens péjoratif. Les révolutionnaires usent généralement, et
Ferdinand Brunot après eux (p. 16), de la distinction entre les pays à idiome - dont les parlers sont le
basque, le breton, le flamand, l'allemand, l'italien - et ceux où l'on ne parle qu'un patois. Brunot, au
lieu de patois, emploie de préférence le mot dialecte.
17 Balibar, Renée, Laporte, Dominique. Le français national. Politique et pratique de la langue nationale
sous la Révolution. Paris, Hachette, 1974.
18 Balibar et Laporte le reconnaissent d'ailleurs, p. 94. À la même époque, avait été prise une décision
selon laquelle la rémunération « des instituteurs qui seront tenus d'enseigner dans les deux idiomes
serait la même dans les pays basque, breton, et du Haut et Bas-Rhin, et que cette augmentation serait
de deux cents livres » (14 novembre 1792).
14
15

4

�ce travail de traduction « en langue allemande, italienne, castillane, basque et bas-bretonne19 », sur
place, dans chaque département, sous l'autorité d'un « chef de traduction », et sous la surveillance
des directoires. Le 20 juin 1793, puis le 27 juillet, le Comité de salut public lui-même revient sur la
question des traductions, en raison de motivations et d'objectifs qu'il précise.
Nous avons déjà cité une partie de ce texte en début de chapitre : aux yeux du Comité, c'est en
raison de la méconnaissance du français « dans quelques départements » que « des égarements » s'y
produisent. Or, « il importe que l'opinion de tous les citoyens soit éclairée au moment où ils vont tous
être appelés à donner leurs suffrages sur le projet d'acte constitutionnel, où les ennemis de la liberté
redoublent leurs efforts pour diviser les esprits et faire perdre de vue l'intérêt général ». Le Comité de
salut public demande donc au ministre de l'Intérieur « d'établir incessamment un bureau de
traduction, qui traduira en allemand, en italien, en bas-breton et en basque les lois, Bulletin de la
Convention nationale, proclamations et autres pièces (…) », afin de pouvoir les envoyer aux
municipalités20.
C'est seulement six mois plus tard – dans un contexte en rapide transformation - qu'à la suite du
rapport présenté par Barère le fameux décret du 8 pluviôse est adopté. Balibar et Laporte
interprètent les nouvelles décisions comme le passage d'une politique de « traduction » à une
politique de « francisation » : « le problème de la langue en démocratie bourgeoise n'a(vait) pas été
posé réellement (au niveau de l'État) avant l'intervention jacobine (…), poser le problème c'était le
poser dans la question de l'uniformisation ». Or que décide concrètement le décret du 8 pluviôse an
II ? Tout d'abord de nommer dans les dix jours « un instituteur de langue française dans chaque
commune de campagne » des cinq départements bretons21. En fixant un délai de dix jours pour la
mise en œuvre du décret, les Conventionnels témoignent de l'urgence que présente à leurs yeux la
question linguistique. Mais ils sont également bien conscients que la mesure qu'ils adoptent ne peut
avoir d'effet qu'à terme. La preuve en est la double mission fixée tant aux futurs instituteurs qu'aux
sociétés populaires existantes : procéder à « la traduction vocale » des décrets et des lois de la
République, « faire connaître la langue française dans les campagnes les plus reculées ».
Balibar et Laporte tout occupés à la théorisation du processus révolutionnaire en matière de
langue, mais sans guère se référer aux pratiques ou aux réalités linguistiques concrètes sur le
terrain, analysent cette nouvelle politique comme étant une politique de « francisation à outrance
succéd(ant) à la traduction des décrets ». Que l'objectif visé par la Convention jacobine ait été de
propager l'usage du français est indéniable : elle n'aurait pas envisagé, autrement, de nommer des
instituteurs de langue française en pays bretonnant. Il y a donc bien volonté de francisation. Ceci
étant, elle n'est pas dirigiste - ne pouvant ou ne voulant pas l'être, peu importe - puisqu'elle laisse
aux sociétés populaires le soin de définir elles-mêmes localement le moyen de diffuser le français
dans les campagnes.

Dentzel justifie les traductions en breton par un argument tout à fait politique : « nos frères du
Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord, ne sont-ce pas ceux qui ont contribué à renverser le trône
du despote ? » Cité par : Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 137 et 158.
19 C'est peut-être la seule fois que le breton est considéré non pas comme un idiome, mais comme une
langue. Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 158-159.
20 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 162.
21 Il convient de noter que les auteurs du décret sont mal informés sur l'étendue de la zone
bretonnante, puisqu'ils y incluent l'Ille-et-Vilaine, ainsi que les départements du Morbihan, des Côtesdu-Nord et de la Loire-Inférieure, en totalité.

5

�Car les jacobins, toute radicale qu'ait été leur politique, aussi tranchées qu'aient été leurs
motivations, sont réalistes et ne se font pas d'illusions. Ils pressentent bien qu'en matière de langue,
les transformations ne peuvent pas s'effectuer par décrets. Il n'y a donc pas, de leur part, abandon
de la politique de traduction inaugurée par la Constituante, il y a seulement un changement du mode
d'intervention : au lieu d'être diffusés sous forme d'écrits, les lois et décrets de la République seront
désormais traduits de vive voix, « vocalement ». Pour R. Balibar et D. Laporte, il ne s'agirait là, en
somme, que d'une concession des jacobins, « le trait d'union de deux politiques », annonciatrices du
décret du 2 thermidor – une semaine avant la chute de Robespierre - lequel va imposer l'usage du
français, à l'exclusion de toute autre langue ou idiome, dans tous les actes publics écrits dans
quelque partie que ce soit de la République.
Quelques observations complémentaires doivent être formulées sur cette politique que Balibar
et Laporte n'ont cependant pas tort, après Brunot de qualifier de « terreur linguistique22 ». Tout
d'abord, en imposant le français pour la rédaction des actes publics, les Conventionnels n'innovent
pas et, tout en croyant rompre avec le passé, ils ne font qu'actualiser l'ordonnance de VillersCotterêts signée par François Ier deux siècles et demi plus tôt, non pas d'ailleurs contre les idiomes
locaux, mais contre le latin : même sous la Constituante, il n'avait pas été question de les rédiger en
breton, par exemple, et sous l'Ancien Régime, cela n'avait pas été davantage le cas.
Au bout du compte, la politique linguistique de la Convention, même au plus fort de la Terreur,
reste prudente : à analyser strictement le contenu des décrets qu'elle a votés, l'on voit bien que la
francisation dont elle définit la perspective n'est pas du tout « à outrance ». Les députés restent bien
en retrait par rapport aux mesures extrémistes envisagées localement en Alsace (interdiction de
l'allemand, déportations de masse de la population germanophone, exécutions…). La traduction
« vocale » décidée le 8 pluviôse – « pour une intelligence plus facile dans les premiers temps », explique
Barère lui-même dans son rapport - n'était probablement pas tout à fait inadaptée aux réalités du
moment : en Basse-Bretagne, les bretonnants n'avaient pas tous été touchés par l'alphabétisation,
bien au contraire.
Surtout, lorsque Grégoire présente son projet « sur la nécessité et les moyens d'anéantir les
patois », il subit un échec : aucune mesure autre que la diffusion de son rapport n'est adoptée par la
Convention23. Celle-ci ne le suit jamais quand il préconise l'élimination des « patois » : Barère avait
fait écarter sa proposition d'étendre à tous les patois les mesures qu'il avait lui-même préconisées
à l'égard du bas-breton et des autres idiomes ; cette fois, le bref décret qui est adopté n'en fait même
pas mention et ne songe qu'à « uniformer » la langue française. En adoptant la loi Lakanal sur
l'enseignement, le 27 brumaire an III, la Convention, devenue thermidorienne il est vrai, concilie à
la fois l'objectif qu'il lui paraît indispensable d'atteindre de diffusion de la langue nationale, et
l'existence concrète des parlers locaux. L'enseignement sera donc dispensé « en langue française »,
mais « l'idiome du pays » n'en sera pas exclu.
D'où vient, alors, que l'on puisse néanmoins parler de « terreur linguistique » ? Il y a, en réalité,
un décalage considérable entre les décisions effectives de la Convention et le discours des jacobins.
Les historiens et les hommes politiques des XIXe et XXe siècles ont été marqués par leurs diatribes
Balibar, Renée, Laporte, Dominique. Le français national…, op. cit., p. 97.
F. Brunot, toutefois, ne fait état de « terreur linguistique » que pour l'Alsace, p. 188-195.
23 Le rapport Grégoire se fixait en réalité un double propos : éliminer les patois et « uniformer » la
langue française. Mais même sur ce second point, la Convention se contente de réclamer au Comité
d'instruction publique un… nouveau rapport « sur les moyens d'exécution pour une nouvelle
grammaire et un vocabulaire nouveau de la langue française ».
22

6

�en faveur d'une langue nationale unique, et F. Brunot n'a pas tort d'écrire que si Grégoire par
exemple, « n'a pas inventé (cette) idée, il l'a du moins personnifiée. Il est un de ceux auxquels on doit
ce qui n'a jamais plus été perdu complètement de vue : une politique de la langue24 ». Que disent
Barère et Grégoire à six mois d'intervalle, en 1794, en pleine période de guerre étrangère et de
soulèvements intérieurs, c'est-à-dire au moment où la Révolution doit se battre sur tous les fronts ?
Leurs propos sont peut-être connus, mais il n'est pas inutile de les rappeler.
Reproduisons les principaux passages de l'intervention de Barère 25 concernant la langue
bretonne, qu'il faut considérer comme un document capital :
• « Quatre points du territoire de la République méritent seuls 26 de fixer l'attention du législateur
révolutionnaire sous le rapport des idiomes qui paraissent le plus contraires à la propagation
de l'esprit public et présentent des obstacles à la connaissance des lois de la République et à
leur exécution (…). L'idiome bas-breton, l'idiome basque, les langues allemande et italienne
ont perpétué le règne du fanatisme et de la superstition, assuré la domination des prêtres, des
nobles et des praticiens, empêché la révolution de pénétrer dans neuf départements
importants et peuvent favoriser les ennemis de la France ».
• Et Barère de commencer par les départements bretons : « là l'ignorance perpétue le joug imposé
par les prêtres et les nobles ; là les citoyens naissent et meurent dans l'erreur ; ils ignorent s'il
existe encore des lois nouvelles. Les habitants des campagnes n'entendent que le bas-breton ;
c'est avec cet instrument barbare de leurs pensées superstitieuses que les prêtres et les
intrigants les tiennent sous leur empire, dirigent leurs consciences et empêchent les citoyens
de connaître les lois et d'aimer la République (…).
• Les conséquences de cet idiome, trop longtemps perpétué et trop généralement parlé dans les
cinq départements de l'Ouest, sont si sensibles que les paysans (au rapport de gens qui y ont
été envoyés) confondent le mot loi et celui de religion, à un tel point que, lorsque les
fonctionnaires publics leur parlent des lois de la République et des décrets de la Convention, ils
s'écrient dans leur langage vulgaire : Est-ce qu'on veut nous faire sans cesse changer de
religion ?
• Quel machiavélisme dans les prêtres d'avoir fait confondre la loi et la religion dans la pensée de
ces bons habitants des campagnes ! Jugez, par ce trait particulier, s'il est instant de s'occuper
de cet objet. Vous avez ôté à ces fanatiques égarés les saints par le calendrier de la République ;
ôtez-leur l'empire des prêtres par l'enseignement de la langue française (…).
• Quelle contradiction présentent à tous les esprits les départements du Haut et du Bas-Rhin, ceux
du Morbihan, du Finistère, d'Ille-et-Vilaine, de la Loire-Inférieure, des Côtes-du-Nord, des
Basses-Pyrénées et de la Corse ? Le législateur parle une langue que ceux qui doivent exécuter
et obéir n'entendent pas. Les anciens ne connurent jamais des contrastes aussi frappants et
aussi dangereux.
• Il faut populariser la langue, il faut détruire cette aristocratie de langage qui semble établir une
nation polie au milieu d'une nation barbare (…).
• Vous avez décrété l'envoi des lois à toutes les communes de la République ; mais ce bienfait est
perdu pour celles des départements que j'ai indiqués. Les lumières portées à grands frais aux
extrémités de la France s'éteignent en y arrivant, puisque les lois n'y sont pas entendues.

Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française, op. cit., tome IX, vol. I, p. 12.
Bertrand Barère de Vieuzac, homme politique français (1755-1841). Né à Tarbes, il fut avocat à
Toulouse, puis conseiller à la sénéchaussée de Bigorre. En 1789, il est élu député aux États Généraux.
En 1792, il représente les Hautes-Pyrénées à la Convention, où il évolue de la Gironde à la Montagne.
Membre du Comité de salut public, il abandonne Robespierre le 9 thermidor. Après Germinal (avril
1795), il est condamné sans jugement à la déportation et emprisonné. Sous la Restauration, il sera
proscrit comme régicide. Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, op. cit., p. 1048.
26 C'est nous qui soulignons.
24
25

7

�• Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l'émigration et la haine de la République
parlent allemand ; la contre-révolution parle l'italien, et le fanatisme parle le basque. Cassons
ces instruments de dommage et d'erreur » (…)27.
Barère est donc hanté par l'idée que les Bretons bretonnants, ne connaissant pas le français, ne
comprennent rien aux nouvelles lois promulguées par la Révolution, et c'est la raison pour laquelle
il suggère de nommer dans chaque commune un instituteur de langue française, dont la vocation –
on ne l'a pas assez observé - sera double : enseigner, certes, le français aux enfants ; mais aussi,
chaque décadi, traduire vocalement les nouvelles lois de la Convention. Et c'est parce que la
connaissance « exclusive28 » du breton et la méconnaissance du français peuvent conduire les
locuteurs à l'« erreur » sur le sens de la Révolution qu'il veut « casser » les idiomes29. Le propos n'est
pas tout à fait nouveau. C'est en fait Talleyrand qui, le premier, en proposant en septembre 1791 à
la Constituante de développer l'instruction populaire, estime que « les écoles primaires vont mettre
fin à cette étrange inégalité : la langue de la Constitution et des lois y sera enseignée à tous ; et cette
foule de dialectes corrompus, dernier reste de la féodalité, sera contrainte de disparaître ; la force des
choses le commande30 ».
C'est d'ailleurs dans le cadre des très nombreux débats que les assemblées successives
consacrèrent à la question de l'école qu'il fut aussi débattu des aspects linguistiques qu'elle revêtait.
Le décret présenté par Lanthenas en novembre 1792 définit en son article 3 que « dans les contrées
où l'on parle un idiome particulier, on enseignera à lire et à écrire en français ; dans toutes les autres
parties de l'instruction, l'enseignement se fera en même temps en langue française et dans l'idiome du
pays, autant qu'il sera nécessaire pour propager rapidement les connaissances utiles31 ».
Celui du 30 vendémiaire an II (21 octobre 1793) stipule que les enfants « apprennent à parler,
lire et écrire la langue française », précisant même, dans un article additionnel, que « dans toutes les
parties de la République, l'instruction ne se fait qu'en langue française 32 ». En même temps, la
finalité de cet enseignement est clairement affirmée comme devant contribuer à
l'intercompréhension sur tout le territoire de la République : « l'enseignement public est partout
dirigé de manière qu'un de ses premiers bienfaits soit que la langue française devienne en peu de
temps la langue familière de toutes les parties de la République33 ».
C'est en réalité en raison de ce que Brunot appelle l'« embarras des représentants en mission » que
« les idiomes deviennent un danger » et sont déclarés « suspects34 ». Ces représentants, munis de
Rapport du Comité de salut public sur les idiomes, dit rapport Barère. In : De Certeau, Michel, Julia,
Dominique, Revel, Jacques. Une politique de la langue…, op.cit., p. 291-299. Reproduit d'après les
Archives parlementaires, 1re série, tome LXXXIII, séance du 8 pluviôse an II, n° 18, p. 713-717. Paris,
éd. du CNRS, 1961.
28 C'est exactement cela qui gêne Barère, puisqu'il reconnaît qu'il existe « d'autres idiomes plus ou
moins grossiers dans d'autres départements ; mais ils ne sont pas exclusifs [souligné par nos soins],
mais ils n'ont pas empêché de connaître la langue nationale ». Les références sont identiques à celles
de la note précédente.
29 Notre analyse sur ce point rejoint celle de W. Busse, selon lequel la phrase de Barère : « cassons les
instruments de dommage et d'erreur » doit s'entendre « cassons ce qui fait de ces langues des
instruments de dommage et d'erreur ». Busse, Winfried. « Cassons ces instruments de dommage et
d'erreur »: glottophagie jacobine ? Lengas, n° 17, 1985, p. 133.
30 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 13-14.
31 Cité par : Busse, Winfried. « Cassons ces instruments de dommage et d'erreur »…, op. cit., p. 129.
32 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 147-148.
33 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue français…, p. 148.
34 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 173-184.
27

8

�pouvoirs extraordinaires pour intervenir au nom de la Révolution, étaient rarement envoyés dans
leur département d'origine : s'il en est cependant qui eurent l'occasion de se servir des parlers
locaux dans le cadre de leur mission, la plupart d'entre eux – en Alsace, en Basse-Bretagne, ailleurs
- ne comprenaient pas tout ce qu'on leur disait, et ne parvenaient pas à se faire comprendre de tous.
Ils observaient également que ceux qui ne s'exprimaient pas dans la langue nationale n'avaient
pas suivi le rythme de la Révolution. Ainsi, ce rapport de Prieur de la Marne depuis Brest : « en
général les villes sont patriotes, mais les campagnes sont à cent lieues de la Révolution, et tout jusqu'à
leur maintien, leurs costumes, et surtout leur langage annonce assez qu'il faudra de grands efforts
pour les mettre à la hauteur35 ». Son homologue dans le Morbihan, Bouret, veut faire preuve de
patience autant que de perspicacité : « je n'ai pas cessé de vous dire (…) que les progrès de l'instruction
étaient lents, et qu'un peuple ignorant et fanatique ne changerait pas de mœurs et d'opinion dans si
peu de temps, surtout quand il avait un idiome qui lui était propre, ce qui était un moyen
puissant pour ceux qui étaient intéressés à alimenter son fanatisme et à l'entretenir dans ses
erreurs36 ».

Il est bien exact que le clergé réfractaire, largement majoritaire, se servait du breton dans ses
relations avec la population rurale de Basse-Bretagne, comme il le faisait avant la Révolution et
comme il le fera ensuite37 : les révoltes de la chouannerie pourtant se sont peu développées en pays
bretonnant, mais on ne peut considérer celui-ci comme ayant été favorable au mouvement
révolutionnaire. Barère considère dès lors que « ces jargons barbares et ces idiomes grossiers (…) ne
peuvent plus servir que les fanatiques et les contre-révolutionnaires ». Son opinion sur la question des
traductions a donc changé, puisque 15 mois plus tôt, le 6 novembre 1792, c'est lui qui était intervenu
à la Convention pour demander fermement l'exécution des traductions (écrites), en insistant pour
que les moyens nécessaires soient accordés à cette tâche 38.
Tout se passe donc comme si le représentant du Comité de salut public avait désormais changé
de tactique : ne pouvant s'opposer à la contre-révolution sur le terrain linguistique –bien qu'il
continue à préconiser la traduction « vocale » des décrets - il semble abandonner et laisser l'usage
des parlers régionaux aux forces antirévolutionnaires, et cherche à les contourner par un nouveau
dispositif consistant en la mise en place d'un enseignement de la langue française – ce qu'il n'avait
pourtant pas les moyens de faire. Mais s'il faut constater que parmi les révolutionnaires, on n'exclut
pas l'utilisation du breton pour faire connaître oralement les lois de la République, aucun
bretonnant ne semble s'être manifesté pour souligner le parti que la Révolution aurait
éventuellement pu retirer d'un usage plus étendu de la langue bretonne 39. Parmi leurs adversaires
35

Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 177.

36 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, p. 283. La portion de texte en gras est soulignée

dans l'ouvrage.
37 Mais il s'agit d'une perception tout utilitariste de la langue bretonne. F. Brunot constate (p. 177)
« l'absence de discussions, de démonstrations, même de manifestes ».
38 Signalé par : Alcouffe, Alain et Brummert, Ulkrike. Les politiques linguistiques des États Généraux
à Thermidor…, op. cit., p. 56.
39 Joseph Lequinio, l'un des correspondants de Grégoire, en mission en Charente, semble pourtant
évoquer cette hypothèse : « Je parierais sur ma tête qu'il n'y a ni Vendée ni Basse-Bretagne que je ne
ramenasse à la raison, et je crois fermement que cinq ou six Représentants, connaissant l'esprit de la
campagne comme je le connais, sachant un peu écrire et parler, et ayant autant de fermeté que de
douceur, vaudraient à la France des armées et lui épargneraient des millions et une multitude
d'agitations en la parcourant pour répandre l'esprit philosophique dans les campagnes. » Lequinio était

9

�en tout cas, la conception que l'on en avait restait tout aussi utilitaire : il n'existe aucun texte contrerévolutionnaire qui propose d'établir le breton comme langue d'une école à laquelle ils n'aspiraient
d'ailleurs pas, comme langue de l'administration ou comme langue nationale. En aucun cas, le
breton, à terme, ne serait gagnant.
L'analyse de Barère recèle quelques contradictions. C'est par crainte d'une nouvelle Vendée qu'il
veut établir des instituteurs de langue française dans les campagnes bretonnes : mais la Vendée
n'est pas une région à idiome particulier. Il reconnaît que les Basques « malgré la différence de
langage et malgré leurs prêtres, sont dévoués à la République » : une langue autre que le français n'est
donc pas en soi synonyme de contre-révolution. Barère pourtant veut leur imposer l'apprentissage
du français. La traduction des premières lois « dans les divers idiomes parlés en France », outre qu'elle
a été, selon lui, coûteuse, a pour conséquence de les perpétuer, « comme si c'était à nous à (les)
maintenir » : il n'empêche que le décret qu'il propose à la Convention prévoit de continuer à en
assurer la traduction « vocalement » - ce qui sera assurément moins dispendieux, mais ne
contribuera pas à leur affaiblissement rapide.
Sur le fond, Barère manifeste sa préférence pour « des instituteurs de notre langue que (pour) des
traducteurs d'une langue étrangère ». Le rapport qu'il présente au nom du Comité de salut public
n'est pas seulement une diatribe contre les idiomes, il est aussi l'affirmation de la prééminence de
la langue française. Les arguments du rapporteur sont de plusieurs ordres :
• le français est le moyen d'expression de la liberté, et tous les hommes libres ont vocation à se
l'approprier : « la langue d'un peuple libre doit être une et la même pour tous ».
• le français est la langue de la Révolution : « nous avons révolutionné le gouvernement, les lois,
les usages, les mœurs, les costumes, le commerce et la pensée même ; révolutionnons donc aussi
la langue, qui est leur instrument journalier (…) Donnons donc aux citoyens l'instrument de la
pensée publique, l'agent le plus sûr de la révolution, le même langage ».
• le français a vocation à devenir langue universelle40 : « il n'appartient qu'à une langue qui a
prêté ses accents à la liberté et à l'égalité ; à une langue qui a une tribune législative et deux
mille tribunes populaires (…) ; qu'à la langue française qui depuis quatre ans se fait lire par
tous les peuples (…) ; il n'appartient qu'à elle de devenir la langue universelle ».

pourtant partisan de l'élimination des « idiomes étrangers ». Cité par : Brunot, Ferdinand. Histoire de
la langue française…, op. cit., p. 198.
Se reporter au chapitre 11 de la version papier de l’édition parue aux Presses universitaires de
Rennes, 1995, p. 265-274. Ce chapitre, intitulé « La Révolution, langue de la politique », sera également
mis en ligne prochainement sur ce site.
40 Cet argument reprend l'idée exposée quelques années plus tôt par Rivarol, lequel fut primé par
l'Académie de Berlin, en 1784, pour son « Discours sur l'universalité de la langue française ». Cette
dissertation faisait l'apologie de la langue française dont il s'efforçait de démontrer la supériorité.

10

�L'argumentation de Grégoire41 n'est pas exactement la même42. Il faut dire que son approche de
la question ne correspond pas à l'idée que l'on s'en fait 43. Il a diffusé, en 1790, son questionnaire
relatif « aux patois et aux mœurs des gens de la campagne 44 ». Michel de Certeau souligne avec
justesse la manière dont ce questionnaire, associant une enquête scientifique à une analyse
d'opinion, impliquait un projet politique : « sa première partie visait la description des patois ; la
seconde, leur destruction, mais en n'avouant qu'à demi son objectif45 ». La cause semble donc, dès le
départ, entendue. Il est dès lors d'autant plus surprenant d'observer que Grégoire était, en
novembre 1792, membre de la Commission de traduction, et qu'à ce titre il contribua à l'élaboration
d'un projet de décret stipulant que « les lois (seraient) traduites en langue allemande, italienne,
castillane, basque et bas-bretonne46 ».
En mission à Nice en 1793, en compagnie d'un certain Jagot c'est en deux langues, français et
italien, qu'il fit imprimer « procès-verbaux, proclamations, instructions et arrêtés concernant le
renouvellement des municipalités, la démarcation des districts, les assemblées primaires et
électorales, la convocation des électeurs, l'organisation des bataillons volontaires, une
proclamation à leurs collègues pour le recrutement, etc…, des ouvrages destinés à combattre
l'aristocratie, à vivifier l'esprit public 47 ». Quelques jours avant de présenter devant la Convention
son rapport sur les patois, le Comité d'Instruction publique le chargea, le 11 prairial an II (30 mai
1794), de vérifier si les traductions décidées par décret s'effectuaient. Alors qu'on le crédite d'avoir
voulu anéantir les patois, Grégoire s'est donc préoccupé de mettre les textes révolutionnaires à la
portée des non-francophones. Doit-on considérer son comportement comme contradictoire ?
D'après Brunot, c'est le signe que l'« on entendait combiner des moyens d'action qui ne s'excluaient
Henri Grégoire, dit l'abbé Grégoire, homme politique français (1750-1831). Né à Vého, près de
Lunéville, il fut curé d'Embermesnil, en Lorraine. Député du clergé aux États Généraux de 1789, il
prête serment à la Constitution Civile du clergé de 1790. Évêque constitutionnel du Loire-et-Cher,
député de la Convention, il réclame l'établissement de la République. Membre des Cinq-Cents (17951798), du Corps Législatif (1800), puis du Sénat (1802), il s'oppose au despotisme napoléonien et
démissionne de son évêché après le Concordat. Il est élu député de l'Isère en 1819, mais les ultraroyalistes l'empêchent de siéger. Libéral convaincu, il meurt sans avoir renié ses positions. Grégoire
est célèbre non seulement en raison de son enquête sur les patois, mais également pour avoir été à
l'origine de l'émancipation des Juifs français et avoir fait voter l'abolition de l'esclavage. Ses cendres
ont été transférées au Panthéon en 1992. Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, op. cit., p. 4974.
42 A. Alcouffe et U. Brummert d'une part, et Winfried Busse d'autre part, considèrent aussi qu'il y a eu
« deux politiques linguistiques de la Révolution » et qu'elles se chevauchent : la première, jusqu'au
décret Barère y compris, doit être considérée comme une politique de propagation du français, mais
qui reste favorable au bilinguisme, tout au moins à ce que Busse décrit comme « un bilinguisme
partiel » ; la seconde, représentée en particulier par le rapport Grégoire et par le décret Merlin, est
une politique d'éradication des parlers autres que le français.
W. Busse considère à cet égard que le rapport de Grégoire peut être considéré comme glottophage,
alors que celui de Barrère ne le serait pas. Nous croyons pour notre part que tous deux se rejoignent
sur le fond, concernant les idiomes. Par contre, il est exact que la politique linguistique de la
Révolution a oscillé en permanence entre la tolérance du bilinguisme et la volonté d'unification
linguistique à outrance.
Alcouffe, Alain et Brummert, Ulkrike. Les politiques linguistiques des États Généraux à
Thermidor…, op. cit., p. 58 sq.
Busse, Winfried. « Cassons ces instruments de dommage et d'erreur »…, op. cit., p. 127 sq.
43 Toutes les interventions de Grégoire sur ce problème mériteraient une étude spécifique.
44 On en trouvera le texte intégral dans : De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel, Jacques. Une
politique de la langue…, op. cit., p. 12-14.
45 De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel, Jacques. Une politique de la langue…, op. cit., p. 50.
46 Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 158.
47 Cité par : Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 165.
41

11

�pas : se servir des idiomes en attendant, faute de mieux, et former en même temps des générations
qui connussent le français 48 ». Les convictions de Grégoire auraient-elles évolué avec le temps ?
Dans son rapport du 16 prairial 49, l'abbé insiste sur tous les désavantages que présente à ses
yeux la politique des traductions : « vous multipliez les dépenses50, en compliquant les rouages
politiques, vous en ralentissez le mouvement : ajoutons que la majeure partie des dialectes vulgaires
résistent à la traduction ou n'en promettent que d'infidèles ». Plus loin, il admet l'intérêt
circonstanciel de la traduction : « si cette traduction est utile, il est un terme où cette mesure doit
cesser, car ce serait prolonger l'existence des dialectes que nous voulons proscrire, et, s'il faut encore
en faire usage, que ce soit pour exhorter le peuple à les abandonner ». Le texte de Grégoire fut
effectivement traduit en italien, mais apparemment pas en breton.
Alors que Barère ne s'intéressait qu'aux idiomes « périphériques », l'abbé Grégoire est préoccupé
par tous les parlers autres que le français, et il use du terme « patois » pour les désigner, que ce soit
le bas-breton, le normand, le lyonnais, le béarnais, etc., et même l'italien ou l'allemand, parce qu'ils
sont « très dégénérés » : « nous n'avons plus de provinces, et nous avons encore trente patois qui en
rappellent les noms (…) Nous sommes encore, pour le langage, à la tour de Babel, tandis que pour la
liberté, nous formons l'avant-garde des nations ».

Grégoire pourtant est bien conscient que l'on ne peut aboutir du jour au lendemain à un
changement de langue, mais il se montre optimiste : « sans pouvoir assigner l'époque à laquelle ces
idiomes auront entièrement disparu, on peut augurer qu'elle est prochaine ». Il n'est pas convaincu
que l'on puisse parvenir à réduire le nombre des langues, sauf… en France : « quoiqu'il y ait
possibilité de diminuer le nombre des idiomes reçus en Europe, l'état politique du globe bannit
l'espérance de ramener les peuples à une langue commune (…) Une langue universelle est, dans son
genre, ce que la pierre philosophale est en chimie. Mais au moins on peut uniformer le langage d'une
grande nation, de manière que tous les citoyens puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées ».
Ce sont là les convictions profondes de Grégoire : pour lui aussi, le français est la langue de la
liberté, mais elle est en outre celle du commerce et des affaires : « tant de jargons sont autant de
barrières qui gênent les mouvements du commerce et atténuent les relations sociales (…) C'est surtout
l'ignorance de l'idiome national qui tient tant d'individus à une grande distance de la vérité (…) Pour
perfectionner l'agriculture et toutes les branches de l'économie rurale, si arriérées chez nous, la
connaissance de la langue nationale est également indispensable (…) Pour extirper tous les préjugés,
développer toutes les vérités, tous les talents, toutes les vertus, fondre tous les citoyens dans la masse
nationale, simplifier le méchanisme et faciliter le jeu de la machine politique, il faut identité de
langage ».

Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 230.
Convention nationale. Instruction publique. Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les
patois et d'universaliser l'usage de la langue française. In : De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel,
Jacques. Une politique de la langue…, op. cit., p. 300-317.
Reproduit d'après : Gazier, Augustin, Lettres à Grégoire sur les patois de France. 1790-1794. Documents
inédits sur la langue, les mœurs et l'état des esprits dans les diverses régions de la France, au début de
la Révolution. Suivis du rapport de Grégoire à la Convention […]. Paris, G. Pedone-Lauriel, 1880.
Reprint : Genève, Slatkine, 1969.
50 C'était aussi, on l'a vu, un argument de Barère.
48
49

12

�On ne peut mieux dire que la liquidation des « patois » est, aux yeux de la bourgeoisie
révolutionnaire au pouvoir, la condition de la réalisation de l'unité nationale, en même temps que
celle de la création d'un marché national. Alors que le discours de Barère se référait essentiellement
à l'actualité politique du moment, celui de Grégoire apparaît de nature plus idéologique et vise à
plus long terme.
Nous avons déjà dit qu'il y avait un décalage considérable entre les décisions effectives de la
Convention et le discours des jacobins. La seule décision qui suivit le rapport de Grégoire fut, en fait,
que la Convention, dans une adresse aux Français, mit « l'idiome de la liberté à l'ordre du jour ».
Ferdinand Brunot lui-même reconnaît qu'il s'agissait là de « mesures bien anodines51 », mais il
n'explique en rien pourquoi, si ce n'est qu'il y avait dans le texte de Grégoire admet-il, « de la
déclamation et des outrances52 ». D'où provient donc ce décalage entre le discours et la pratique ?
Nous nous permettons d'avancer deux éléments de réponse.
S'il n'était pas difficile, dans l'élan de la Révolution, d'imaginer une politique de la langue, il était
beaucoup moins aisé de la mettre en œuvre. La politique linguistique de la Révolution française
doit, à cet égard, être mise en parallèle de sa politique scolaire : ni l'une ni l'autre n'ont abouti aux
résultats escomptés. Nous nous séparons ici des conclusions de Balibar et Laporte pour lesquels
« une contradiction manifeste oppose les résultats de la politique linguistique aux résultats de la
politique scolaire des Assemblées révolutionnaires », la première aurait eu « des effets immédiats », la
seconde n'aurait existé « que sur le papier pour les organes de base53 ». Or, si la connaissance du
français avait progressé tout au moins dans certains milieux, les idiomes n'étaient absolument pas
éliminés, et la Terreur linguistique n'aboutit donc pas aux résultats qu'elle escomptait.
Il faut se souvenir par ailleurs du moment où sont intervenus Barère et Grégoire en pleine
période de menaces extérieures et intérieures, sous le règne de la Terreur. Leurs interventions
n'ont-elles pas eu, du coup, une fonction incantatoire ? Pendant la Révolution, l'État n'était pas en
mesure d'avoir prise sur les réalités linguistiques : il ne pouvait pas obliger les gens à s'exprimer
dans une langue qu'ils ne comprenaient même pas – et de là proviennent les « outrances »
envisagées par Grégoire : « pourquoi les futurs époux ne seraient-ils pas soumis à prouver qu'ils savent
lire, écrire et parler la langue nationale ? 54 ». Par ailleurs, l'appareil scolaire n'avait pas été mis en
place ; l'Église était déstructurée ; il n'y a eu, en Basse-Bretagne du moins, que des velléités de presse
en breton…55 Le pouvoir d'État ne peut donc songer qu'à transformer sa propre pratique, dans un
domaine où il en a une, et c'est la raison pour laquelle il décide de passer d'une politique de
traductions écrites à une autre de traduction vocale, tout en formulant l'hypothèse qu'il ne soit
bientôt plus procédé à aucune traduction, et tout en affirmant la nécessité d'une langue unique 56.
L'historien Michel de Certeau n'est pas loin de cette analyse, quand il avance l'idée selon laquelle
« au corps imaginaire du roi qui, sous l'Ancien Régime, avait valeur de mythe susceptible de faire
La Convention décide simplement de diffuser le raport de l'abbé Grégoire, et lui demande un
nouveau rapport (voir note 12, supra). Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française, op. cit., p.
215.
52 Id, p. 213.
53 Balibar, Renée, Laporte, Dominique. Le français national…, op. cit., p.119.
54 De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel, Jacques. Une politique de la langue…, op. cit., p. 313.
55 Se reporter au chapitre 11 de la version papier de l’édition parue aux Presses universitaires de
Rennes, 1995, p. 265-274. Ce chapitre, intitulé « La Révolution, langue de la politique », sera également
mis en ligne prochainement sur ce site.
56 Sur « l'échec » de la politique des traductions, voir l'étude de : Schlieben Lange, Brigitte. La politique
des traductions. Lengas, n° 17, 1985, p. 97-126.
51

13

�symboliser entre elles des pratiques sociales, se substitue sous la Convention un corps de langage,
affecté au rôle, mythique et opératoire, d'articuler la Nation comme système propre (…) La langue
remplit et circonscrit le lieu politique. Là où l'attachement ’féodal’ au roi et l'attachement naturel à
la terre sont remplacés par un attachement politique à une collectivité à créer, là où il n'y a plus ou
pas encore de référence avouable au sol, à la tradition ou à une histoire propre, c'est le langage qui
doit prendre en charge la symbolisation nécessaire du patriotisme (…) Fonder une nation et lui faire
un langage ne constituent qu'une même tâche politique57 ».
Le discours des jacobins marque effectivement une rupture par rapport à la pratique définie
préalablement par la Révolution, mais elle est uniquement idéologique. La Convention n'a pas les
moyens de substituer, comme il lui est suggéré, la langue française aux patois. C'est la raison pour
laquelle Barère tout en désirant mettre en place des instituteurs de langue française dans les pays
à idiome comme la Basse-Bretagne, continue à préconiser la traduction vocale des décrets de la
République. Mais cette période de six mois de l'année 1794 pendant laquelle finit de s'élaborer le
concept selon lequel « la langue (est) partie intégrante de la nation modern58» aura pour l'avenir des
répercussions fondamentales. La politique linguistique de la Révolution française se révèle, en
dehors des schématismes trop facilement établis, beaucoup plus complexe qu'on ne le dit
généralement.

57
58

De Certeau, Michel, Julia, Dominique, Revel, Jacques. Une politique de la langue…, op. cit., p. 164.
Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 420.

14

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&lt;p style="margin-bottom: 0cm;" align="JUSTIFY"&gt;Ce chapitre est extrait de la th&amp;egrave;se de doctorat de Fa&amp;ntilde;ch Broudic, travail de r&amp;eacute;f&amp;eacute;rence sur l&amp;rsquo;&amp;eacute;volution des discours et des usages autour de la langue bretonne depuis l&amp;rsquo;Ancien R&amp;eacute;gime jusqu&amp;rsquo;&amp;agrave; la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&amp;egrave;cle. Le chapitre in&amp;eacute;dit ici pr&amp;eacute;sent&amp;eacute; porte sur les discours d&amp;eacute;velopp&amp;eacute;s sur les langues de France, et en particulier sur le breton, au cours de la p&amp;eacute;riode r&amp;eacute;volutionnaire. Ce chapitre, de m&amp;ecirc;me que d&amp;rsquo;autres textes en lien avec la langue bretonne, est &amp;eacute;galement disponible sur le blog de l&amp;rsquo;auteur&amp;nbsp;: &lt;a href="http://www.langue-bretonne.org/"&gt;http://www.langue-bretonne.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;</text>
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