<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<item xmlns="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5" itemId="20201" public="1" featured="0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5 http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5/omeka-xml-5-0.xsd" uri="http://occitanica.eu/items/show/20201?output=omeka-xml" accessDate="2026-05-30T03:32:31+02:00">
  <fileContainer>
    <file fileId="138243">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/91c5b75fc0a8e7a5b5014cfbacf7746a.JPG</src>
      <authentication>9000ad545fda7900b4639e7217e13fb6</authentication>
    </file>
    <file fileId="138244">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/97e132991fee07c9b804f7129267e325.pdf</src>
      <authentication>673c9e95c453b20a3a6f44d14d8a1e22</authentication>
      <elementSetContainer>
        <elementSet elementSetId="9">
          <name>PDF Text</name>
          <description/>
          <elementContainer>
            <element elementId="175">
              <name>Text</name>
              <description/>
              <elementTextContainer>
                <elementText elementTextId="620940">
                  <text>12* Annada

Junh

N" 68

1930.

Gai

Lo

Revisia de l'ESCOLA OCCITANA

c^&gt;

Dis Aup i

Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
1-4,

Carrièra

dels

Arts, 14

Lo Numéro

:

1 fr. 50

�SABER

LrO GAI

Revista de l'ES COLA OCCITANA
BUREUS

:

14, Carrièra dels A.rts

Abonaments

( Fransa

j

:

:

un an

.

Estrange; un an

--

TOEOZA

.

.12 fr.

.

.

2S /r.

ENSENHADOR
del N° 68

XIe Fête de YEscòla Occitana.

LA DIRECTION:

Prosper ESTIEU

( Junh 1930)

Ezòp

:

e

lo Païzan.

Guilhèm de NAUROZA :

A l'Occitanîa.

Jozèp SALVAT:

Libres novèls.
Bolegadisa Occitana.

CRI-CRI

:

/.y'/

Supplément

•

:

le Concours de Poésie en Langue d'Oc, par M.
poèmes couronnés de MM. Paul EYSSAVEL, Ciovls ROQUES, Martial DEDRF.A, Louis DELLUC, abbé Barthélemy BARCELO, René ESCOULA, Jean NARACH, Albert PESTOUR,
abbé MOUNAIX, abbé Jules CUBAYNES.
Rapport

sur

le Professeur ANGLADE, et

Burèu de l'Escôla Occitana

Jozèp Anglade, Capiscòl
Antonin

piscòls

;

Prosper' Estieu,

Perbosc, !J. Rozès de Brousse, Jos-Ca-

Armand

;

Praviel,

Clavaire

;

Jozèp

Salvat, Secretari.
ASABER.

Per tôt sò que pertòca l'AdministraSaber, escriure à la Libraria Edouard
Privât, 14, Carrièra dels Arts, TOLOZA.
-

cion del Gai

Compte postal

Per la

:

Toloza N• 1673

Redaccion, escriure al Majorai Prosper

Estieu, 45, carrièra Contresti, CASTELNOUDARI.

Se

parlarà
en

que dels libres mandats
dople etsemplari.

�Xr FETE
de

ANNUELLE

1'EscòIa Occitana
LE ier MAI

La XI1"" fête de VEscòla Occitana
année par

la taulejada traditionnelle
du Belvédère, le soir du i" mai.
Autour de notre

qui préside,

a

débuté cette

au

restaurant

capiscol le professeur Anglade,

remarque les majoraux J.-R. de
Brousse et abbé Salvat ; MM. le baron de
Bouglon,
de Gélis, Praviel, mainteneurs de LAcadémie
des
Jeux Floraux, le docteur Levrat, mèstre en Gai Saon

ber ; Mme

Marguerite Dufaur ; M. Raymond Lizop,
capiscol de YEscolo deras Pireneos ; l'abbé Bartomèu Barcelo, du
Félibrige catalan, lauréat de l'A¬
cadémie des Jeux Floraux; Guilhèm
de Nauroza, des
« Grilhs del
Lauragués » ; Mlle Suzanne Malard, lau¬
réate de LAcadémie des
Jeux Floraux, etc...
Après le défilé d'un menu particulièrement soigné,
les brindes pétillent avec le vin mousseux.
Le capiscol
Anglade brinde spirituellement à la
municipalité, à la presse. Il envoie un souvenir ému.
aux grands félibres
disparus et spécialement au doc¬
teur Paul
Albarel, qui fut un grand ami de 1 'Escòla Occitana. Puis il lève la
coupe à Mistral, dont
la commémoration réunit tout
particulièrement au¬
jourd'hui les félibres et tous les fidèles de la patrie
méridionale.

/?/\P&gt;&lt;?■■&gt;)
Ay

M/

ptf \°

C

�L1«
282

LO

GAI

SABER

M. le baron de Bouglon, toujours jeune et plein
d' estrambòrd, apporte en quelques mots charmants

sympathies de l'Académie des Jeux Floraux, où
si dignement le fauteuil du grand JeanFrançois Bladé, et il exalte le talent et l'œuvre méri¬
dionale si féconde de l'excellent professeur Anglade.
M. l'abbé Salvat, secrétaire de VEscòla, fait con¬
naître les excuses du majorai Prosper Estieu, retenu
par un deuil cruel, de Mme Philadelphe de Gerde,
de M. Emile Ripert, de M. Tresserre et enfin du po¬
ète catalan Charles Grando, qui envoie, de Perpignan,
le salut cordial de la Maintenance roussillonnaise
reconstituée grâce à son inlassable activité.
Voici d'ailleurs le salut éloquent adressé à YEscòla
par M. François Tresserre, secrétaire perpétuel du
les

il occupe

Genêt d'Or.

Puisqu'il m'est impossible, ce soir, d'être au mi¬
vous et de m'asseoir à la taulejada, lais¬
se% que je vous dise mon vif regret et ma ferveur
toujours persistante en la religion occitane.
Il m'eût été d'autant plus agréable de lever
avec vous la Coupo Santo que le Roussillon vient
lieu de

d'entrer solennellement cette année dans la gran¬
de famille félibréenne et réalise le dessein que
Mistral avait conçu dès le jour où il apporta
aux Catalans de Catalogne l'Hymne Sacrée.
Pour le Maître comme pour nous, l'Occitanie
sentimentalement, spirituellement, doit rester in¬
tangible dans les frontières que les siècles ni les
événements ne sauraient détruire.
L'accent peut n'avoir
ici et là et la consonne

pas la même harmonie
d'appui varier de Font-

Ségugne à Montserrat, l'âme est la même, l'âme

fleurie de tradition et fidèle à la Terre, à la Race:
Dis Aup i Pirenèu.
Nous avions la langue à Perpignan, nous avions
l'amour; mais, pobrets, nous étions obligés, le jour

�LO

GAI

SABER

des félibrées, de nous faire
Mainteneur de Narbonne.

283

représenter par le

C'était grand pitié, vraiment. Aujourd'hui, cet
état d'infériorité a cessé. Grâce au poète Char¬
les Grando, la Maintenance catalane existe et de¬

puis hier la famille catalane est rentrée au foyer
félibréen. C'est ce que f aurais voulu vous dire.
La nouvelle vaut qu'on la proclame sous le signe
de Santa Estèla.

Je lève de loin et de tout cœur mon verre à la
; à nos frères, Z'abrasada de

gloire de Mistral
germanor.

M. l'abbé Salvat rappelle l'activité de YEscòla
dans l'année qui vient de s'écouler. Elle a réussi à
rendre mensuelle sa revue Lo Gai Saber ; elle a re¬
cruté de nombreux adhérents nouveaux. Il fait ap¬

plaudir l'œuvre persévérante de notre capiscol à la
Méridionales, la précieu¬
se
contribution apportée au centenaire de Mistral
par notre clavaire Armand Praviel, qui, aidé par les
félibresses Germaine Martin-Foyssac et Juliette Dissel, s'est employé un peu partout à célébrer la gloire
du Maître. L'Escòla Occitana inspire et soutient le
Colètge d'Occitania, de Castelnaudary, dans son
œuvre
remarquable de vulgarisation. Nos escolanas
Marguerite Dufaur et Maria Ayrix ont organisé dans
le Lauraguais une propagande félibréenne admira¬
ble. Et n'oublions pas l'abbé Salvat lui-même, infa¬
tigable propagandiste et prédicateur occitan, auquel
l'Académie des Jeux Floraux vient d'ouvrir ses por¬
tes toutes grandes.
tête dellInstitut d'Etudes

L'abbé Barcelo fait une vibrante improvisation en
l'honneur des races latines et de la Catalogne tou¬

jours vivante. R. Lizop apporte le salut de VEscolo
deras Pirenèos et lit de beaux vers à Philadelphe.
Mlle Suzanne Malard dit

un

charmant sonnet

çais à la louange des Félibres.

en

fran¬

�LO

284

GAI

SABER

Rozès de Brousse, président des Toulousains
Toulouse, précise en quelques mots nets le re¬
grettable incident à la suite duquel la commémora¬
M.

de

tion du centenaire de Mistral à Toulouse
considérablement réduite.

a

dû être

L'Académie des Jeux Floraux et les félibres avaient
songé à faire apposer, dans la cour du Capitole, une
plaque commémorative rappelant que dans notre
Salle des Illustres, le 3 Mai 1879, Frédéric Mistral
est venu prononcer son

admirable sirventes A Macontient un splendide

damo Clernènço Isauro, qui
salut à la ville de Toulouse :
A Toulouse*
E canto emé
Iéu tire lou

vivènto, à Toulouso que canto
plasé li refrin de Mengaud,
capeu...

pressentie officieusement, sem¬
projet qui honorait grandement
encore hausser son prestige aux
yeux de tous les visiteurs. Brusquement, au dernier
moment, il fallut décommander le marbrier. Quel
La municipalité,
blait favorable à ce
notre ville et devait

avait soufflé dans les conseils secrets de M. Billières ? Toujours est-il que le maire se dérobait der¬
rière d'assez mauvaises raisons.

vent

Cette affaire sera tirée au clair certainement. Mais
dès à présent, l'Académie des Jeux Floraux, l'Escòla Occitana, les Toulousains de Toulouse et les
félibres dégagent leur responsabilité de cette fâcheu¬

bouderie, plutôt inattendue.
plus d'évoquer la pensée de Mistral.
Dissel, la gracieuse félibresse du Lauraguais, dit avec autant de cœur que de talent l'ad¬
mirable prière de Mireille aux Saintes ; Armand

se

Raison de
Mlle Juliette

Praviel chante Jan de Gounfaroun, la Coumtesso
la Cantato dóu Cinquantenari; G. de Nauroza
dit un beau poème à l'Occitanie, que nos lecteurs
trouveront dans le présent numéro; F. de Gélis chan¬
te
La Soqueta d'Estieu ; F. Labat dit de jolies
et

�LO

fables occitanes ;
la sympathie de

GAI

SABER

285

notre confrère H.

Chalot apporte
la Presse; l'abbé Salvat réclame
une place pour Mistral et les grands Félibres dans
nos manuels littéraires de l'Enseignement et il chante
Bêlas Pirenèas, une chanson inédite d'Estieu extraite
de son prochain volume Lo Novèl Flahut Occitan;
l'abbé Barcelo et tous les convives chantent

Mon-

Pardal, et l'on se sépare au
chant de La Coupo, que A. Praviel entonne avec
un accent
religieux et dont tous les Félibres et Mainteneurs reprennent avec enthousiasme le refrain.
tanyas regaladas et lo

2

MAI

(la matinée).

C'est encore sous le signe
s'ouvre la journée du 2 Mai,
vée aux concours de langue

de Frédéric Mistral que
particulièrement réser¬
d'Oc. A 10 heures du
matin, en effet, mainteneurs, maîtres et lauréats se
trouvent réunis dans la basilique de N.-D. la Dau¬
rade, où une messe solennelle est célébrée pour les
membres défunts de l'Académie, et particulièrement
en commémoration de Frédéric Mistral, son illustre
Maître ès Jeux.
M. le chanoine Lassalle, curé-doyen, aumônier de
l'Académie, célèbre la messe, pendant laquelle le
maître Debat-Ponsan, l'admirable organiste de la
basilique, et la maîtrise, sous la savante direction
de M. Cantenys, se font entendre.
LA
A 14
veau

SÉANCE (l'après-midi).

heures, l'Académie se trouve réunie de nou¬
grande salle de l'Hôtel d'Assézat et Clé¬

dans la

mence

Isaure sousla

présidencedel'amiral d'Adhémar,

ayant à sa droite le comte du Bourg de Luzençon,
secrétaire perpétuel, et M. de Gélis, président de la
commission du prix de prose Fabien Artigue, et à

�286

LO

GAI

SABER

gauche M. Anglade, majorai du Félibrige, prési¬
langue d'Oc.
Autour d'eux on remarque MM. d'Welles, Tresserre, baron de Bouglon, Duméril, Théron de Montaugé, de Vivie de Régie, de Boyer-Montégut, cha¬
noine Tournier, Amilhau, président Bussière, de
Subra, Rozès de Brousse, Perreau, doyen Abelous,
abbé Salvat, Mainteneurs, et Antonin Perbosc, Maî¬
tre ès Jeux.
Après le rapport de M. de Gélis sur les grands;
prix de prose récompensant des ouvrages d'esprit
régionaliste occitan, M. Anglade, avec l'autorité
pleine d'esprit et de bonhomie qui le caractérise,
donne lecture de son rapport sur le concours de
langue d'Oc, qui a été, cette année, exceptionnel¬
sa

dent de la commission de

lement brillant. Il
Paul Eyssavel, à

a

réuni des Provençaux comme M.

Paris, qui enlève encore une fois
la plus belle fleur du concours avec son ode A la
Doulour; des Bigourdans, comme M. René Escoula
et M. l'abbé Mounaix, couronnés pour la première
fois; (nouveau lauréat aussi, M. Martial Dédréa, de
Clermont-l'Hérault, qui remporte deux fleurs du pre¬
mier coup ) ; des Catalans comme l'abbé Bartomèu
Barcelo, professeur à Narbonne, et M. Jean Narach,
de Perpignan ; et aussi des Languedociens comme le
majorai Clovis Roques et l'abbé Cubaynes, des Périgourdins comme M. Louis Delluc, et des Limousins
comme

M. Albert Pestour.

L'Académie, qui a mis définitivement sur le même
pied les concours en langue d'Oc et en langue d'Oïl,
a même fait
davantage pour les félibres, puisque, en
dehors de ses fleurs traditionnelles, elle leur accorde
des prix en espèces pour des ouvrages imprimés ou
manuscrits. Cette année, elle a ainsi encouragé no¬
tamment l'œuvre théâtrale du majorai béarnais Simin Palay et des bons félibres rouergats Séguret et
Calelhon.
Les lauréats

présents à la séance viennent dire

des

�LO

GAI

SABER

287

fragments de leurs

œuvres qui sont chaleureusement
applaudies. Ce sont M. l'abbé Bartomèu Barcelo, l'é—
minent poète majorquin, et M. Jean Narach. D'au¬
tres pièces lues par MM. Rozès de
Brousse, Praviel,

abbé Salvat.
Ainsi VEscòla

grand succès
de Mistral.

Occitana

son œuvre

continue

avec

le

plus

félibréenne, dans le sillage

Elle donne rendez-vous
citanie pour le prix Fabien

poètes de toute l'Oc10.000 francs
que l'Académie des Jeux Floraux décernera, en 1931,
au meilleur
ouvrage poétique, selon les conditions
exposées dans le dernier numéro du Gai Saber.
aux

Artigue de

LA

Los Grilhs cleï

DIRECTION.

Lauragués

Los Grilhs del Lauragués, volent manifestar la
part que prenon al grand dòl de lor aimat capiscòl,

celebraran pas ongan lor fèsta annadièra. Los rezultats dels Jòcs Florals Escolaris
de 1930 seran
comunicats à la prèsa regionala e als lauréats.

�L'Ort dels Trobaires

Ezòp

e

lo Païzan

A quel

qu'es esperimentat
qu'un endevinaire.
Cre^èt\ qu'acò 's plan la vertat
E que vos parli pas en l'aire.
Ne sab mai

Un païzan

abià 'n bel tropèl de motons
Que paisian dins un prat enrodat de dos riu^es.
Èra

dins los venins cantons,
èse aimat dels diu\es.
bonur es pas durable, acò se sab.
Un jor n, quatre o cinq de sas fedas,

tant

Mas lo

uros que,
Pasaba pr'

En anhelant darrièr las

cledas,

qu'abian res que de cap.
Res que de cap ? Oc cal pas cre^e ;
Mas lo resta del còs èra tant estequit

Li donèron d'anhèls

Qu'èra una grand pietat de
Alavets lo pages, tôt apensamentit,
Va trobar un endevinaire.
—

Mon

tropèl dépéris, li dis ;

1'

que me

ve^e.

cal faire ?

�lo

—

—

gai

saber

289

Te cal

sacrificar un vedèl à Cerès,
O tombards dins la roïna.

Per

lèu roïnar tôt sembla

fait esprès !
fanent trista mina.
Pracò, tôt en repotegant
E los sius pelses s'arrancant,

me

■Se dis lo

paï^an,

—

en

Va cò d'un autre endevinaire.
Mon

tropèl val plus res, li dis ; que me cal faire?
Te cal sacrificar un taure à Jupiter,
O periran los tins mainatges. —
Los diu^es donc son de salvatges Ì
—
Clama lo paï^an dins un grand de^espèr.
Efop, qu'aperaqui pasaba,
En lo vexent tant malcorat
E coma prèst à venir fat,
Comprenguèt lèu de que viraba.
Veqi quès pas content dels diu^es. As plan tort,
Li diguèt; acò 's tu que causas ton malastre.
Se vos que ton tropèl aje plus mal de mort,
Fai-lo gardar per un bon pastre! —

—

—

—

—

Prosper ESTIEU.

Lo Fablièr Occitan

(Libre II, fabla XII).

&lt;5p

�lo

290

A

Terra d'eròs

e

gai

saber

rOccitania

de lauraires

sens

parius

Que pr'escaqensa la natura fa trobaires,
Se viviam pas dins los ligams encadenaires,
Auriam mai g au ch que las cigalas suis olius.
Mas,

vite se n' van uqatges primitius,
escampan, de plors, los filhs dels tius terraires,.
Elis qu'an dins lo cor l'agir dels conquistaires
E l'espèr de tornar ve\e jorns agradius!

Ja!

com

n

Acò's

pracò que tos grilhets son nòstres fraires
fan, coma nos-aus, tindar innés venjaires
Suis òrts e 'ls prats e las aradas dels tius
camps.
E

Vai,
E

ne

veirem la fin, del temps de malauransa,

pòs creire que lèu l'ardor dels nòstres cants
farà resontir, l'ora de delibransa !

La

Guilhèm

de

Nauroza.

�«f| W

W|W

W|5W

®»|«w»

Libres

•»!••

«QT|M IS»|W

M|W

PSovèls

M boulet rouge, cronicas
per Pèire Azema (in-16, 274

del temps de la guèrra,
p.) Tolon, libr. de «La
Pignato». — Les Valents de Loufignac cercaboun
d'aigo, per Jan-Pierre (in-8, 14 p.) Narbona, Estamp. del Lengadòc. — Lou Coumpagnounage,
per Jozèp Loubet (in-12, 10 p.) Bezièrs, Ed. de «La
Cigalo Lengadouciano ». — Cousino e Pataclan,
•comedia en dos actes, per l'abat Dambielle (in-8, 20
p.) Pau, Estamp. Marrimpouey. — Cha£ l' Foutougrafe, comedia en un acte, per Pèire Miremont
(in-8, 20 p.) Montignac (Dordonha), Estamp. «delà
Vézère».

—

Recueil de

a

la Bourrée »,

chants et

•danses

populaires du Massif Central (in-8, 128 p.)
Paris, Bd Beaumarchais, 13.—- La Sagrada Biblia
Vol. VI. Job, Proverbis, Eclesiasta, (in-8, 234 p.)
Barcelona, Editorial «Alpha». — Coutumes de
Labastide-de-Penne et de Lapenche, per Antonin
Perbosc e Severin Canal (in-8, 16 p.) Toloza, Ed.
Occitania.
La Conce^ione délia Natura in San
Francesco d'Assisi, per Na Artemisia Zimei (in-8,
.238 p.) Roma, Pustet.
—

La

lenga qu'escriu lo majorai Pèire Azemà merid'èstre mai bloza e mai conforma, per la g'rafia, à l'etimologia. Mas sò qu'òm li podrià reprochar
s'amendris dabant lo flam e l'estrambòrd que rajan
à cada paja, d'un cap al autre del libre. Aquelas
•cronicas paregudas al temps de la guèrra, dins lo
jornal Lou Gai, debrian èstre legidas per tôt lo
Mièchjorn. L'ama d'Azemà es, se pôd dire, una ama
tarià

�LO

292

occitana. Cal
à d'escribans

veze

GAI

SABER

cosin sab dire

sas

quatre vertats-

Lavedan, Masson, Tailhade, etc.,
que sabon pas res del Miechjorn e ne vòlon parlar,
cosin replèga lo clavèl à de malfazents coma lo senator Gervais e tota la «gervaizalha»
qu'escupiguèron
vergonhozament suis soldats occitans, cosin sab
traire, per nòstre païs, de sanitozas litsons de politica federalista d'aprèp los etsemples de Catalonha,
de Flandras,
d'Alzasa ! Om i apren, dins aquelas cronicas, los servicis renduts pendent la
guèrra.
per la lenga d'Oc (bêlas letras de Stehlé à son amie).
I a mêmes un curios sermon segon lo biais de M.
coma

Sistre
Lo que

vòl pasar un bon moment e se crebar la
pèl de rire a res qu'à legir la farsejada de Jan-Pierre, que mòstra una companha de Valents cercant
d'aiga e la trobant gracias al cant del felibre populari de Toloza : de tant que cantabo fais, à
peno
abiò doubert le bec que la plèjo toiimbabo à chichols. Cal creire qu'ongan, ambe las sazons qu'a
faitas, los Païbazòls auran pas bezonh de far cantar
Sanramon, qu'acò 's lo nom del felibre.
Qun agradiu raconte, lo del majorai Lobet par¬
lant del « companhonatge », fougau que
souleiava
un idéalisme cande, una noublessa
moitrala, una
frairessa pura, respetuousa que noun sai de la
libertat e de la persounalitat de chascun ! Filh
de fustièr, ieu tant-ben, ai retrobat, dins aquelas pajas, de remembres que creziai dezapareguts, coma lo
de las courdetas engipadas de blanc
que bastava
de pessugà en las sounlevant per
qu'en picant
lou sòu ié marquessoun sas regas. Dins lo compa¬
nhonatge, i abià la bella. coumunioun de las amas
ligadas pèr
même ideau. Aquela comunion,
lo majorai l'a trobada dins lo Felibrige... e ieu tant
ben.

La comedia de Dambielle, ont i a d'esprit e de
jòcs de sèna, trata de la vida de familha, ont la pats-

�LO

l'amor, trebolats

GAI

SABER

293

vezina geloza
pèca, finison per triomfar :
bona lenga, grafia trop fonetica. La grafia es milhora dins la pèsa de Miremont, mas sa lenga es pas
tant granada, e son òbra, sens
pretencion, es qu'una
farsejada de fièra : la reprezentacion deu far valer
la comedia mai que la lectura

•e

e

una

sirventa

un

un moment per una

pauc

.

Recomandi particulièrament à nòstres escolans los
cants e dansas publicats per «La Bourrée».
Dizi
pas res

de la grafia emplegada, lo prefasièr Gandi-

lhon-Gens d'Armes ajent donat la razon del manca
d'unitat d'aquela publicacion. Mai de cent cants e

dansas, sià

en lenga d'Oc, sià en francés, reculhits
Alvèrnha, Lemozin, Roèrgue ; muzica notada pel
sabent compozitor Canteloube, enfin un estudi sus la
borrèia. Es que n'i a pas pron amb acò per mostrar
la valor e l'interès d'aquel libre, ont se conservaran,
per las generacions venentas, los vièls aires ? Cal
ajustar que mai d'un dels cants que s'i tròban son
coneguts dins tôt lo Miechjorn, coma Lo Boièr,Jana d'Aimé, Los
Esclòps, La Filha del Païqan,
Maldit sià l'Amor, Sòm, sòm, vèni, vèni, La Trompu\a, etc. ...
en

Es ambe lo mai

grand plazer

que

recebi reguliè-

rament, de Barcelona, los volumes de la granda
Bïblia en catalan. Remiri lo coratge d'aquels valents qu'an entreprés un trabalh tant grand e lo biais
ambe lo

quai lo menan, pauzadament, à bona fin.
Uèi, lo canonge Cardò e lo Paire A.-M., de Barce¬
lona, nos prezentan los libres de Jòb, dels Provèrbis
e del
Eclesiasta. Lauzenjarai pas pron lor traduccion, literala e agradiva, lors notas abondozas, sens
parlar del bèl estampatge del volume. A ! fraires
de Catalonha, quora nos-aus, Occitans, podrem vos
mandar la Bibla Oecitana ? Qui sab ? Belèu plus lèu
qu'òc crezèm. Los lectors del Gai Saber an pogut legir un tròs de la traduccion de Job pel majo¬
rai Prosper Estieu. E, sus mon burèu, ai una autra

�lo

2Q4

gai

saber

traduccion de

Jòb, per un de nòstres escolans
bezon de dire l'interès que prezentan las.
publicacions de tèstes ancians de lenga d'Oc coma
las de nòstre jos-capiscòl Perbòsc, per l'istòria de la
lenga occitana e per la coneisensa de la civilizacion
mièchjornala. Aqui abèm, dret-à-dret, dos tèstes un
pauc diferents de costumas gaireben parièras ; e se
pòd legir dins la prefasa : « Il est curieux de consta¬
ter qu'en choisissant les bonnes formes
employées
dans chacun d'eux ou tantôt dans l'un, tantôt dans
l'autre, à l'exclusion des formes fautives, on obtien¬
Ai

drait

...

pas

texte presque

complètement correct. »
a publicat un bèl estudi
psicologic e literari sus la Concepcion de la Natura dins
sant Francés d'Asizi.
Dirai pas res d'aquelas bêlas
pajas sus l'epopèa franciscana de la Natura, sul Cantic del Solelh ; mas debi mencionar pels nôstres es¬
colans que l'autor parla pron longament dels trobadors qu'an pogut inspirar sant Francés
( Arnaut Danièl, Pèire Rogièr, Gaucèlm Faidit, Bernât de Ventadorn, Jaufre Rudèl, etc.... ) e dels felibres que s'a-parentan a.mbe lo joglar de Dius ( Mistral, Boudin,
Estieu, Jouveau, Boy, Mme d'Arbaud).
Na

un

Artemisia Zimei

Armanà prouvençaii

de-Provensa, libr.

del

pèr l'an de gràci

1930

rei Reinier)

Armanac

—

(Ais-

(Rodez, Carrère).
plan en retard aquels almanacs,
totis dos plan polits. Dins lo primièr, en fora de vèrses e de
pròza dels milhors escribans de Provensa,
se pôd
legir una abondoza cronica felibrenca. Dins.
lo segond, i a de bêlas pajas escriutas pels felibres
roergats, e tant-ben de notas sus la Santa-Estèla de
Rodés ambe lo tèste dels poèmes e discorses que s'i.
diguèron.
rouergas per 1930
Me

son

arribats

Abat

Jozèp SALVAT.

�s®»»®®®®®®
BOLEGADISA

OCCITANA

En

Gasconha, nòstre clavaire Armand Praviel
perseguis sas conferensas sus Mistral.
A

Rodés, lo

de mai,

lo centeCalelhon,
prezentada per lo cònse Raynaldy, faguèt, al Teatre
municipal, una bêla conferensa sus Mistral e lo Felibrige. Lo felibre Mouly diguèt de poèmes e las
joventas de l'Escòla Normala cantèron Magali.
Cal ajustar qu'ai Licèu de Rodés, nòstre amie Jan
Bonnafos dona regulièrament de litsons de lenga e
de literatura occitanas. De mai, lo felibre Seguret
organiza, pels nombrozes escolans del Licèu, una
bibliotèca felibrenca. Nòstres amies son pregats de
li mandar autant de bons libres que podran, pòrt
degut, à son adresa : i, carrièra de la Barrièra,
4

per comemorar

;nari de Mistral, nòstra escolana, la trobairis

Rodés.

Coma cada an, la Pasion es estada predicada en
catalan à la catedrala de Perpinhan ; l'orator es es¬
tât

l'abat Borateu.
secretari, lo majorai abat Salvat, l'a predi¬

ongan

Nòstre

tant-ben

cada

en

occitan

à

Ginestàs

e

à Chalabra

(Aude), los 17 e 18 d'abrilh. A fait, totjorn en lenga
d'Oc, lo panegiric de sant Estròpi à St.-Laurent-dela-Cabrerisa (Aude), lo 30 d'abrilh, e lo de santa Jana
d'Arc à St.-Vincent, à Carcasona, lo 11 de mai.
Lo
à

jornal Oc, del ir d'abrilh, anoncia la fondacion,
Toloza, de la Societat d'Estudis Occitans, que

■deu

trabalhar à l'unificacion grafica e al espandide la lenga occitana. Lo primièr prezident es

jnent

�m
296
nòstre capiscòl,
L. Alibert.

LO

GAI

SABER

lo profesor Anglade,

Abèm recebut lo ir

numéro

e

lo secretari

de la Revista Occita-

publicada à Madrid per nòstra escolana Na Euphemia Llorente. Li mandam nòstres vòts corals de
11a,

reusida.
Las fèstas mistralencas
en

preparan febrozament
Lengadòc.
Lo ir de junh, La Cigalo Narbouneso dorbirà lo
se

talh à Corsan.

Lo 8, serà lo torn de
mont-del-Eraut.

YEscòla Peyròttas, à Cler-

Lo 15, Lou Parage celebrarà lo remembre de Mis¬
à Montpelhèr, ambe l'ajuda dels Penitents
Blancs. Lo maitin, i aura mesa felibrenca e acamp
del Consistòri ; lo vèspre,
felibrejada e jòcs floralsà Magalona.
tral

Ambe tristor abèm après la mòrt de nòstre escolan Caries Derennes, bon escriban francés e tantben bon trobaire occitan. Los « Amies del Libre
Occitan » abian publicat d'el Romivatge. Es defun-

tat, lo 28 d'abrilh,
conha aimada !

à Paris, ailàs ! lènh de

sa

Gas-

Un autre de nòstres escolans de Gasconha, l'abat
Villeneuve, mantis còps lauréat, autor d'un libre de
fablas gasconas, es partit pel paradis sant-estelenc.
Dius vòlgue los i plan recebre !

CRI-CRI.
Le Gérant

:

H. LEVRAT.

�Supplément au Na 68 du Gai Saber

(Ier juin 1930).

��RAPPORT
SUR

LE

CONCOURS DE LANGUE D'OC
Lu

Par

en

séance

M.

L'uu des

publique, le 2 Mai 1930,

Joseph ANGLADE
Quarante Mainteneurs.

Messieurs,

suivent, mais ils
de l'an
dépasse
et de beaucoup. Nous avons eu à examiner des
œuvres nombreuses, où il n'y avait rien de trop
faible. Nous en avons retenu pour des fleurs
celles qui nous ont paru les meilleures; nous avons
dû nous contenter pour d'autres de simples men¬
tions; mais, même parmi les dernières, plusieurs,
avec un peu plus de soin, de travail et de réflexion
auraient pu prétendre à des distinctions plus
Les

concours

académiques

se

ressemblent pas toujours. Celui
dernier était moyen; celui de cette année le

ne

se

relevées.
en effet, la faiblesse ordinaire de nos
de langue d'Oc. Les câmes de poètes
sont nombreuses dans notre Midi; l'enthousiasme

C'est

là,

concours

■—■

passager ou

durable,

—

l'émotion

—

sincère

factice, — la verve — spontanée ou artifi¬
cielle, — rien de ce qui fait le poète moyen,
mediocris en latin, ne manque à ces âmes poétiou

�—

3i6

—

toujours mettre

ques; mais l'ouvrier ne sait pas
ces dons en œuvre.
Il se contente

de quelques

polissant à peine
molle facilité
excellence.
Or, l'art poétique est un art comme les autres; il
a des règles, dont la principale consiste à être
difficile, une technique qui s'apprend aussi : tout
cela formait jadis, et forme encore, la science
profonde du Gai Savoir. C'est à elle que le poète
doit toujours revenir, sinon pour maîtriser son
imagination et modérer ses pensers, qui sont
coups

de marteau ou de lime,

ouvrage et se laissant aller à la
d'une langue chantante et sonore par
son

l'essence même de la

poésie, mais pour donner à

fini, cette perfection, au

moins rela¬

tive, par laquelle, suivant le mot
Gautier, « le vers éternel demeure ».

profond de

son œuvre ce

I

souci de style nous
grand et noble poète que
ont plusieurs fois distingué :
nos
concours
M. Paul Eyssavel. Son Odu a la Doulour est
écrite dans une splendide langue mistralienne,
qui sait traduire toutes les nuances d'une pensée
naturellement élevée, dans un rythme varié,
plein de nombre et d'harmonie. Et nous nous
contenterions de ces qualités externes, les jurys
académiques n'ayant ni le droit ni surtout l'occa¬
sion d'être trop difficiles. Mais, à côté du tech¬
nicien, cohabitant avec lui plutôt, il y a l'âme
sincère, douloureuse et belle d'un grand poète.
Cette science du vers, ce

les trouvons chez un

�3i7

—

—

Une ode à la douleur!

Que l'on réfléchisse à tout
thème peut suggérer de Cris, de gémis¬
sements, de lamentations aussi truculentes que
peu sincères. Pour éviter ce défaut, il a suffi à
M. Paul Eyssàvel de repasser sa vie, depuis son
berceau. La douleur l'a hanté, dans son enfance,
dans sa jeunesse. Puis la guerre est venue et a
mis ce grand mutilé à l'école^ sanglante de la
douleur physique sans cesse renouvelée. Maudite
soit la douleur qui dévore les âmes et affaiblit
les corps, s'écrie le poète. Mais il se reprend aus¬
sitôt, comme d'avoir dit un blasphème : « Bénie
sois-tu, ô Douleur, ma Douleur! » Pourquoi ce
cri inattendu? Parce que le poète a vu venir
vers lui, mystique Compagnon de route de la dou¬
leur bienfaisante, « Celui qui vient des grèves
enchantées, Celui que nul n'a vu, Celui qui, des¬
cendu des sereins rivages des mondes infinis,
dans une averse de clémence, arrive à ma ren¬
contre même. » « Je te couronnerai, dit le.Poète
à la Douleur, de fraîches guirlandes et de fleurs
magnifiques, et mes lèvres bridantes diront ta
louange, Douleur, ma Douleur! Car tu m'auras
ouvert le clair sentier, de joie illuminé et de fré¬
missements, qui conduit au concert des harpes
qui chantent pour l'éternité! »
ce

que ce

Car m'auras dubert fa draiolo
De

lindo,
de frenimen,
l'acamp dis arpo que dindon

joio enfusido

Que

meno a

e

Eternalamen.

L'Académie décerne à l'auteur

poésie

une

Violette d'argent.

dq cette belle

�—

31S

—

Avec un grand bonheur d'expression, un rythme
large et aisé, mais aussi avec une sérénité un peu
froide, M. Clovis Roques, félihre majorai, a écrit
une belle ode A
la Beutat. La langue est dis¬
tinguée (je n'ai relevé que le gallicisme avuglat,
aveuglé); l'ensemble dénote du goût, du travail
technique, tout ce qui manque à d'autres pièces
présentées au concours. Le souvenir de Maria de
Padilla, maîtresse du roi de Castille, Pierre le
Cruel, nous surprend tout d'abord; mais la sur¬
prise cesse, quand le poète, nous renvoyant au
tableau de Paul Gervais, au musée de Toulouse,
nous rappelle les Castillans fascinés
par la beauté
de Padilla, au sortir du bain :
Los Castilhans dins lo

rajol
plen de gargalhol
L'aiga del banh ges trebolada.

Beben

a

Une

Eglantine d'argent récompense cette jolie
piècej d'une facture très classique et d'une langue
très châtiée.

Églantine d argent est décernée à
Dedréa, à Clermont-1'Hérault, pour son beau
poème sur YOlivier. Tout le monde a admiré,
dans les collines de Provence, ces jolies olivettes,
qui, hélas! diminuent de plus en plus, et qui
Une

autre

M.

donnent à

ce

coin de France

une

couleur grecque.

Qui ne se souvient du gracieux début d'Œdipe à
Colone ? « Où sommes-nous ? » dit le vieillard
aveugle à

sa fdle. « Dans
lauriers et les oliviers »,

la terre qui nourrit les
répond sa douce com¬
pagne. Les poètes l'ont sans doute chanté de tout

�—

319

—

temps l'arbre de la paix, celui dont le feuillage
est d'une simplicité si distinguée, celui qui, jadis,
au seuil de la maison de la « Comtesse », faisait
de l'ombre douce et claire, fasié iïoumbro dous e
clar. Et je ne sais, en vérité, comment M. Dedréa
a trouvé des accents nouveaux pour le chanter,
mais il en a trouvé. On sent que le poète aime
son arbre, non pas d'un amour livresque, mais
d'un amour humain et presque personnel. Il le
chante, son arbre, comme il chanterait une per¬
sonne aimée; il dit sa longue histoire : le rameau
porté par la colombe à Noé, l'asile que le Mont
des Oliviers donna au Christ, la consolation que
l'huile sainte offre aux mourants, une énumération
splendide et poétique, où l'émotion s'exprime en
si beaux vers. « Je ne suis qu'un modeste trou¬
badour, nous dit le poète, mais, pour mieux te
chanter, j'ai vagabondé dans les garrigues et les
rochers, dans les jardins... Je ne suis qu'un pauvre
troubadour, mais, si je t'offre aujourd'hui ma
modeste chanson, c'est que je l'ai conçue en
écoutant dans le vent

des

saisons ton âme

se

répandre dans la campagne. » Là est le secret de
la poésie : aimer la nature d'un amour naïf et
sincère et sentir l'âme des choses, qui savent
toucher, elles aussi, comme l'a dit le poète, le
cœur

gwit
M.

des

mortels

(Virgile

et

mentem

mortalia

tan-

En., I, 462).

Louis

Delluc, à Saint-Vincent de Cosse'
obtenu un Rappel de Souci pour
belle poésie intitulée VEstela del Tombel

(Dordogne),
une

:

...

a

(L'Étoile du Tombeau). Tandis

que

les autres

�:—

étoiles habitent
celle-ci est restée

mande

320

leur domaine
sur

pourquoi elle

terre. Au

ne

habituel, le Ciel,
poète qui lui de¬

rejoint

pas

ses

saurs,

dans leur brillant

Paradis, elle répond en strophes
harmonieuses qu'elle ne regrette rien : elle est
l'étoile aux sept rayons, vieille comme le monde :
Mos set rais
«

Mes

sept

L'Étoile

an

servat lo misteri del Nombre.

rayons

est

ont conservé le mystère du Nombre.

»

gardienne du tombeau, du tom¬

beau de Mistral.
Mais le Tombeau devient

grand

un

comme les plus grandes
haute tour s'en détache. Quant

temple énorme,
montagnes. Une
à l'Étoile, « elle

qui brille sur la tombe du grand Forgeron, elle
était là-haut, elle luisait comme un soleil naissant.
Le grand ciel du Midi seul pouvait la contenir
et, de chaque côté, débordaient ses rayons ».
Telle est la vision du poète. La pièce ne manque
ni de grandeur ni d'originalité, la langue est
bonne et plusieurs passages sont remarquables
par une rapide évocation de souvenirs classiques.
Nous avons des Mainteneurs-nés; M. l'abbé
Barcelo, de Majorque, est, lui, un de nos lau¬
réats-nés. La sévérité de nos règlements l'empêcha
de concourir l'an dernier. Il s'est rattrapé cette
année et nous a envoyé une collection biennale;
il y a, dans les sujets traités, et ils sont si divers!
de la poésie à foison, de l'inspiration à pleins
bords. Mais la commission ne pouvait pas tout
couronner; il y avait quelques longueurs et quel¬
quefois un peu d'obscurité. Elle a retenu deux

�—

321

pièces, les Aigles (Les Aguiles) et surtout la
Santa. Maria del

Cami, où se déploie, dans une
langue riche, nuancée, tout le charme de la poésie
mystique. « Où êtes-vous, demande le poète,
Vierge du Chemin? Qui me dira où se trouve
votre mystique enclos? Vous devez
y avoir le
repos d'une tourterelle qui couve...Qu'il me serait
bon, près de vous, le saint Silence! Silence et
paix d'un gouffre bleu, d'un bleu qui semble
penser. »
Que m'en fora de

suau

Yora vostre el sant Silenei!
Silenci i pau de gorg blau,

D'un blau

qui sembla

que

peusi...

Les

poésies à la Vierge sont parmi les genres
plus difficiles de nos concours; il faut, pour y
réussir, en plus d'une foi sincère et naïve, un sen¬
timent délicat et tendre, une inspiration intime
mais discrète, de l'émotion et du goût, une
grande
chaleur et jeunesse de cœur, toutes qualités qui
ne sont
pas souvent réunies. Elles le sont chez le
poète majorquin, Mossen Barcelo, et c'est pour¬
quoi l'Académie, qui l'a déjà couronné il y a
quelques années pour une belle poésie, sobre et
touchante, à la Vierge de Font-Romeu,lui décerne
cette année le Lis d'argent, prix du genre.
les

L'auteur du

joli poème

mérité

autre fleur pour ses

l'Olivier, M. Dedréa,
Belugo Antico
(Étincelles antiques). Ces « étincelles » jaillissent
des Pins (ce qui se comprend), des Sirènes (ce qui
se
îomprend encore) et des Éléphants, ce qui
a

une

sur

�pourrait dépasser notre entendement, si ie poète
disait

qu'il s'agit des éléphants d'Annibal.
pins le poète sent courir le sang d'Atys,
le martyr volontaire qui se sacrifia à Cybèle.
Quant aux Sirènes, froides et dures aux naviga¬
teurs, elles ont été subjuguées par la lyre d'Orphée
ne nous

Dans les

et elles sont descendues
au

chant

rythmé des

«

dans l'humide tombeau

rames ».

Éléphants qui a
jury. En quatorze vers,
M. Dedréa a condensé un tableau épique. Et le
genre n'est pas neuf depuis Leconte de L'Isle et
surtout depuis
Hérédia; mais il est difficile.
M. Dedréa s'est joué de cette difficulté. Il a vu,
avec
son
imagination de poète, les éléphants
d'Annibal traverser le Rhône. Pour la première
fois peut-être, les éléphants de guerre eurent peur;
puis, le matin, ils passèrent le fleuve, sur un
radeau. « Et foulant sous leurs pieds l'osier et les
roseaux, fantastiques, ils dressent d'un seul coup
leurs trompes triomphales vers le soleil qui rou¬
geoie à la pointe des crêtes. Et le dos arqué, en
groupes, tête haute, au son des rauques buccins,
des fifres et des cymbales, les éléphants saluent
les Alpes d'un formidable barrit. »
C'est surtout le sonnet

retenu

E

l'attention

vers

sur

les

du

l'Astre roujas, i pouncho di cresten,

Caucigant famarino

e la sagno, d'un tems
Aubouron, fantasti, si troumpo triounfalo.

El'esquino enarcado, arramba, lou front aut,
I

resson

di bieu rau,

di fifre

e

di cimbalo,

D'un bran espetaclous an saluda lis Aup.

M. Dedréa est
cours; nous

un

habitué récent de

nos

con¬

l'avons couronné l'an dernier.. Qu'il

�continue à

nous envoyer des poèmes aussi bien
inspirés, aussi bien écrits, et il entrera de plainpied parmi les amants de la Comtesse, Aqueli qu'an
de memori
Aqueli qu'an lou cor aut. L'Académie
—

lui accorde

Du

un

Œillet

d'argent.

village de Campan

nous est arrivé un
jolis sonnets, en dialecte bigourdan,
orné de la graphie occitane. Campan n'est pas
loin de Gerde, où habite notre gracieuse Philadelphe, et l'air de la vallée y est saturé de germes
de poésie. Les sonnets que nous donne M. René
Escoula, instituteur, ne sont qu'au nombre de
six, mais ils valent une demi-douzaine de longs
poèmes. L'auteur les a intitulés : Quauquas Eslos
ded mie Cazau (Quelques fleurs de ma Maison),
fleurs rustiques et saines, au doux arôme, où se
mêlent la bruyère et le genêt pyrénéens. L'auteur
a
su
chanter, avec des accents nouveaux, les
splendeurs de sa langue maternelle et les beautés
des vieilles chansons; il a compris l'âme des
choses et l'âme de nos amis inférieurs, les animaux
domestiques, chiens et chats, qui vivent si près
de nous; ces petits êtres nous donnent quelques
ennuis (moins que les hommes d'ailleurs), mais,
pour quelques miettes tombées de la table de nos
festins, ils nous témoignent tant d'amour! La
langue de M. Escoula est d'une grande richesse
et d'une grande pureté; en la mettant en graphie
occitane, il a montré combien cette langue épurée
pouvait se rapprocher des autres dialectes occi¬
tans sans perdre son caractère spécifique de gascon.
Le souci d'art élégant et simple que révèle ce
recueil

de

�■—

recueil
un

a

Œillet

—

beaucoup frappé les membres du jury

:

d'argent est décerné à M. René Escoula.

Le dialecte catalan-roussillonnais est

représenté
recueil de poèmes dont l'auteur est M. Jean
Narach, de Perpignan. C'est un poète aimable,
qui traduit avec art les souvenirs qui se rattachent
A la Bona Terra de VAvi, « A la bonne terre de
l'aïeul ». Devant le feu, l'hiver, dans son jardin,
à l'automne, le poète pense à sa famille, raconte
ses souvenirs, exprime ses
mélancoliques regrets,
dans une langue pure et simple, d'une simplicité
très artistique. L'ensemble de l'œuvre dénote une
âme délicate et sensible, née pour la poésie, comme
le montre la pièce intitulée : De que est jet un
Poema? (De quoi est fait un Poème?) L'Académie
a retenu surtout El Sembrador
(Le Semeur). C'est
un tableau volontairement ramassé des
semailles,
avec, à la fin, une belle envolée pour les semeurs
d'Idéal. L'Académie décerne au poète roussillonnais un Souci d'argent.
par un

Dans quatre sonnets intitulés : Las Sazos e
Cor (Les Saisons et mon Cœur), M. Albert Pes-

mon

traite, avec beaucoup de bonheur et dans
jolie langue, le thème ordinaire des Saisons.
poète prête une âme à ces divers aspects de

tour
une

Le

la vie et
même

.

comme

cette

âme

son

temps que les saisons.
M. Albert Pestour est fait de

cœur

varie

en

Le talent de
grâce, de sensi¬
bilité légère ou profonde, d'émotion aussi et de
force, comme en témoigne son Laus a la Lengua
Lemozina, « Louange de la Langue limousine ».

�Cette

pièce, écrite dans une belle langue, fraîche
jeune jusque dans ses archaïsmes, est d'une
inspiration élevée et originale. Les titres de gloire
de la langue limousine sont nombreux; la
guerre
en a ajouté
un autre : elle a été la grande Conso¬
latrice des malades, des blessés et des mourants.
Une Eglantine
d'argent récompense ce bel éloge
de la langue des troubadours.
et

Un Œillet

dargent est accordé à M. l'abbé Mouprofesseur à Notre-Dame de Bétharram,
pour son poème : Coum au Temps hoeytiu (Comme
au
Temps fugitif). Il est bref, ce poème; mais,
dans sa brièveté, il a charmé le jury. C'est une
histoire simple et triste : deux jeunes enfants se
sont aimés, ingénument, naïvement; puis,
à l'âge
de raison, ils se sont quittés; l'amour divin a
chassé l'amitié, au moment où allait éclore l'amour.
Et de ce temps passé il est resté au poète des
regrets fugitifs. Mais sa jeune amie, qu'il a ren¬
contrée plus tard à l'entrée d'une église, l'a con¬
solé : « Nous nous retrouverons au Ciel, parce que
nous avons eu le même idéal... Nous
y serons unis
d'une amitié fidèle, comme au temps fugitif où
nous
égrenions ensemble le maïs. »
naix,

Au Cèu,
Per abc
Units
Coum

Le

s'a Diu platz, que-s beyrara enquère;
'spousat medich Ideau,
qu'ey serem d'amistat feau,
au tems hoeytiu de l'espelouquère.

poète prétend qu'il a trouvé cette histoire
vieux parchemin; il ajoute que deux
un
strophes au moins ont été rongées par un rat,
■

dans

�—

un

E

3a6

—

couquin (Tarrat; c'est dommage... si c'est vrai!
non è vero, è ben trovato!

se

M. l'abbé Jules

Cubaynes, de Gréalou (Lot),
quelques nouvelles strophes de
la chanson moitié humaine, moitié
divine, qu'il
chante inlassablement. L'Orne de Diu? (L'Homme
de Dieu), s'il a renoncé aux joies humaines, les
a
cependant connues, au moins dans son enfance :
il les comprend, mais il préfère les joies austères
du sacerdoce; il y reste d'ailleurs en contact avec
les hommes, dont il partage
et les joies et les
douleurs. Ce qui fait le charme de ce poème, si
personnel, dont nous avons ici un nouveau chant,
nous

fait entendre

c'est

d'abord l'élévation et la délicatesse de la

pensée; mais c'est aussi l'émerveillement que nous
cause la
langue du poète. On croirait que seule
la langue de Corneille ■— du Corneille de
Polyeucte
peut développer avec subtilité et émotion
(l'artiste se joignant au croyant) les nuances si
fines d'un thème peu ordinaire. Il n'en est rien :
dans cette langue un peu rude des
pâtres quercynois, M. l'abbé Cubaynes trouve les mots les
plus simples, mais les plus pleins de sens pour
traduire toutes ses inspirations ,si variées et si
hautes qu'elles soient. L'auteur de la traduction
occitane des Georgiques nous avait préparés à ce
tour de force; mais nous ne pensions
pas qu'il
serait aussi complet. Un Rappel de Violette vient
récompenser, cette année, un des lauréats les plus
—

sympathiques de

nos concours.

�II

Toutes

fleurs étant

épuisées, nous avons
quelques récompenses en argent à plusieurs
de nos lauréats, qui, ayant imprimé ou désirant
imprimer (en général à leurs frais) une série de
poèmes, ne seront pas insensibles à cette forme
de récompense.
nos

donné

Au

premier

avons mis le, vaillant
Palay, qui représente si bien le
félibrige béarnais et même pyrénéen. M. Palay
a un talent des plus variés : il nous a charmés
jadis par des poésies lyriques, écrites avec un art
très fin dans une langue pure comme ,les gaves
de son pays. Il sait animer les soirées félibréennes

rang nous

Béarnais Simin

en

chantant des chansons vivantes et vibrantes.

Il sait surtout

plaire au peuple du Béarn, en lui
donnant, dans sa belle langue, des représentations
théâtrales qui ont un succès constant. C'est sur¬
tout

voulu

cette

dramatique que l'Académie a
récompenser. Comme Emile Barthe dans le
œuvre

Biterrois, Simin Palay est populaire en Béarn.
Ses pièces sont courtes, dramatiques; elles font
rire, comme Le Franchimand, ou pleurer, comme
Le Rey Malurous; elles sont surtout vivantes,
F une vite vitante, comme il dit; le grand secret
de l'art dramatique, ce poète béarnais l'a trouvé
depuis longtemps : il ne sera jamais joué à la
Comédie

Française!

�—

3a8

—

Calelhon et Seguret sont deux auteurs
que
connaissons déjà, et qui sont unis
par d'au¬
tres liens que des liens littéraires : c'est une
famille
félibréenne qui occupe ses loisirs
nous

(parcimonieuse¬
mesurés) à faire revivre notre langue en
pays rouergat. La comédie que nous couronnons,
Molins d'un cop èra, est tirée d'un roman de
François Fabié, Moulins dautrefois. Les auteurs
ont fait du gracieux
roman une pièce dramatique
ment

vivante et bien écrite. Leur
avec

franc

plaisir; elle doit
succès.

L'action

adaptation

connaître

au

se

théâtre

lit
un

est

brève, peu chargée
d'incidents; les caractères sont nettement des¬
sinés; un souffle de jeunesse et d'action anime ce
drame rustique. La
langue est bonne, malgré
quelques gallicismes, et se présente sous la forme
correcte d'une bonne
graphie occitane. Des lettres
du capoulié Marius
Jouveau, de nos confrères
Estieu et Perbosc donnent à Calelhon et à

son

mari, M. Séguret, de précieux encouragements.
M. Adrien

Dupin, de Bordeaux, nous a envoyé
joli recueil de poésies gasconnes intitulé :Bruc
e Brane
(Bruyère et Brande). Le recueil se compose
de quatorze pièces assez
brèves, qui dénotent un
talent original et sûr, et
auquel, d'ailleurs, l'Aca¬
démie a rendu un
hommage mérité. M. Dupin
connaît bien le pays
qu'il chante, la lande lan¬
daise, qu'on lui a changée depuis sa jeunesse. Il
en connaît les
habitants, depuis les bergers montés
sur leurs échasses
jusqu'aux animaux qui la peu¬
plent : pies, écureuils ou rats des champs; à tous
le poète prête une âme. M, Dupin écrit une
langue
un

�—

3^9

—

savoureuse, celle du pays

de Biich. Son recueil
odeur saine de brandes et de bruyères;
il mérite un grand succès.

répand

une

III

Après les fleurs et les prix, les mentions. Nous
avons divisées en deux
groupes : très hono¬
rables et honorables. Ce n'est
pas que le rappor¬
teur ait
beaucoup de goût pour des divisions de
ce
genre; mais elles ont paru au jury être le seul
moyen de récompenser à leur juste mesure des
œuvres à qui il ne
manque, pour mériter mieux,
qu'un peu plus d'inspiration ou quelquefois de
technique.
les

L'Académie

ainsi retenu

une plainte sincère
parfois touchante d'une Béarnaise, Mme Berthe
Lalanne, au Bouscat (Gironde), qui regrette le
temps qu'elle a perdu loin du Béarn. Ce passé,
c'est comme un livre, dit-elle, « dont les feuillets
n'ont pas été lus quand il fallait ».
a

et

Doun lous huelhets

Et

soun

pas estais

lejuts

quan

eau.

joli vers mériterait, à lui seul, une men¬
tion, si la fin du poème n'en méritait pas une
autre : « Ciel et vent, cailloux et terre du
Béarn,
venez, amis; je vous veux avec moi quand je
ce

m'en irai

vers

Dieu !

»

Amies, que-b bouy dap jou qu'an m'en ani ta Diu!
Et cela
mes

rappelle l'acte touchant d'un de
étudiants, Béarnais d'origine; le 2 août '1914,
me

�—

33o

—

emporta dans son sac de fantassin -— et il
déjà bien lourd le sac des pauvres soldats
d'août 1914!
il emporta, dis-je, une boîte con¬
tenant de la terre de son pays!

il

était

—

mention, très honorable comme la
précédente, est accordée à M. Julien Galéry, à
Cambian, par Itrac (Cantal), pour sa pièce : La
Fada del pichol molin (La Fée du petit Moulin).
Ce petit moulin est un de ces jouets rustiques
qu'on nous donnait, dans notre enfance, au lieu
des articles de bazar que connaissent les enfants
d'aujourd'hui. Une jeune bergère, une fée de
seize ans, se penchait sur ce joli petit moulin; à
côté d'elle le jeune berger se penchait aussi. Mais
il lui arriva, comme à tant d'autres, d'être trop
Une autre

timide

:

N'abiatz que setze ans a pron pena,
Mas per vos mon ama era

plena,

Anneta, d'un prigond amor;
Trop vergonhos per oc vos dire,
Lo rescondèri per totjorn!
Une troisième mention très honorable est dé¬
cernée à M. Paul

Sabathé, à Tournecoupe (Gers),

Lo Nizè men (Mon Nid)
(A une que je voudrais).
L'auteur y chante la mélancolie du retour au
foyer abandonné, les joies de l'amour familial
dans le pays natal. Un peu plus d'émotion don¬
nerait plus de vie à ces pièces écrites avec
grâce dans une bonne langue.

pour ses deux poèmes :
et En d'una que voleré...

Descendant d'un

léger degré (car toutes ces

�—

331

—

se suivent de près et leur classement n'a
été toujours facile), nous trouvons, parmi les
pièces mentionnées, un poème languedocien, écrit
dans le dialecte de Clermont-1'Hérault : Legenda
de Sant-Guilhem de Gellona, moine et soldat. Le
poème a du mouvement, mais le don épique n'est
pas accordé à tous les poètes : la comparaison

pièces
pas

avec

Guilhem de Toloza de Perbosc nuit

aux vers

de M.

Joseph Bertiiomieu, à Ceyras (Hérault);
peut-être réussirait-il mieux dans un genre plus
simple.
Quauquas Lagremas (Quelques larmes), de
Vaissade, à Montpellier, est une élégie
un
peu brève; elle manque de profondeur et
paraît assez froide, dans sa brièveté, encore que
l'on sente dans cette courte production un poète
qui ne manque pas de sens artistique.
M. Paulin

Les Plaintes du

Troubadour, par M. P. Vézian,
Gallargues (Gard), ont laissé le jury un peu
froid; elles ont l'air d'un bon exercice de rhéto¬
rique. Le troubadour n'a pas su faire passer dans
son œuvre, écrite d'ailleurs avec une facilité non
exempte d'art, cette émotion à laquelle on re¬
connaît la sincérité. Le jury a cependant retenu
la pièce pour sa bonne facture.
à

troubadour à la
M. Gaston Lad'Agen. La poésie embellit tout ce qu'elle

Et nous passons du cœur du
cuisine d'un bon poète gascon,
vergke,
touche : elle embellit donc
bien

peu :

un

ustensile de cuisine

humble, bien patient et qui se contente de

c'est le Chaudràn (Lou Payrol)\ Eh! oui,

�—

332

-

il joue un grand rôle dans la
le millas et les confitures, les

cuisine : on y cuit
boudins et la pâtée
pour les cochons. C'est quelquefois un beau mon¬
sieur, quand il a été bien nettoyé d'une main
énergique. C'est aussi un pauvre diable, quand il
est abandonné sans soins, au coin de la cheminée.
Mais c'est surtout un philosophe, à l'âme patiente,
bonne et simple : il a été le témoin de toutes les
joies de la famille, mais aussi de tous ses deuils :
du haut de son observatoire il a ri ou pleuré,
comme un bon ami qu'il est. Pour lui avoir donné
une âme, ou, du moins, car il l'avait déjà, cette
âme, pour l'avoir fait parler, M. Gaston Lavergne
a nqérité nos remerciements.
M. Henri

Martel, à Château-Renard, en Pro¬
(Bouches-du-Rhône), nous a envoyé un
recueil manuscrit intitulé : Au Pays de Mistral.
M. Martel écrit dans une bonne langue mistralienne; sa poésie ne manque ni de grâce ni de
facilité, mais cette deimière qualité tourne vite au
défaut; d'une manière générale, les intentions
sont meilleures que les résultats; avec un peu
plus de sévérité dans la facture du vers, plus de
concision dans le style et plus d'attention dans le
choix des mots vraiment poétiques et expressifs,
M. Martel peut arriver à mériter mieux qu'une
simple mention.
vence

*
*

*

Nous voici arrivés à la fin de notre
comme

tout

tâche, qui,
travail, n'a pas été sans fatigue, mais

�qui nous a donné aussi, comme toute lecture de
poèmes très divers, de belles joies. La Provence,
la maire Prouvènço qu'a batu l'aubado, nous a
envoyé cette année, avec MM. Eyssavel et
Dedréa, de nobles poésies dignes du Centenaire
de Mistral. Le Roussillon et Majorque représentent
à nos concours la belle langue catalane : Morta
diuhen qu'es, mes jo la crech viva. Gascons, Limou¬
sins, Béarnais, Languedociens ont rivalisé d'ar¬
deur et ont mis quelquefois le jury dans l'em¬
barras. Les talents sont si divers, et les dialectes
aussi !
Mais

nous

avons

été unanimes à reconnaître

quel art les poètes savaient transformer leurs
parlers en une langue poétique. C'est un des faits
qui ont toujours frappé le rapporteur. Les poètes
médiocres ne tirent de leur « patois », comme ils
disent, que des médiocrités : on ne peut, disent-ils
pour leur excuse, rien tirer de ces pauvres patois
qui ne sont bons qu'à raconter des gaudrioles au
avec

coin du feu

ou

de bonnes histoires

Mais vienne

un

poète inspiré et,

le violon du ménétrier
mots bien

se

au

cabaret.

sous ses doigts,
transforme en lyre; les

choisis, bien placés, et autant que pos¬
prennent un éclat de jeunesse

sible bien habillés
et de

virginité. Ce n'est plus la pauvre langue de
plaine ou de la montagne, de la cuisine ou de
la cave, c'est une langue littéraire, qui connaît le
nombre, la richesse et la splendeur, à qui l'on
peut confier les pensées les plus fines ou les
plus fières et qui donne sans compter au poète
inspiré qui les lui demande ses trésors, tous ses
trésors cachés. C'est là un des miracles accomplis
la

�par la Poésie dans les langues'

populaires; les

langues littéraires offrent moins de nouveauté et
d'imprévu, donc moins d'originalité verbale.
Nos poètes méridionaux, les vrais, non les ri¬
mailleurs, arriveront-ils à fixer cette langue? Le
rapporteur ne saurait lire dans les étoiles de
l'avenir. Mais que nos poètes continuent à relever
les mots qui parlent à l'oreille, aux yeux et au
cœur, qu'ils nous restituent la langue qui fut
dans le monde moderne la première à servir la
poésie; le grand poète viendra bien un jour qui
donnera à
«

une

»

ces

dans

dialectes

sa

si vivants

une

couleur

variété et fera sortir du fonds

populaire, c'est-à-dire de la vie, la langue nou¬
velle, aussi belle, mais plus jeune et plus vivante
que celle d'autrefois. A tous les bons ouvriers
de cette Renaissance
et nous comptons parmi
eux plusieurs lauréats de nos
concours ■— nous
disons en terminant : Gloire à vous, ô Poètes !
Vous avez retrouvé notre trésor perdu.
—

�A LA

DOULOUR,
ODE

Cjut a

oiteiiu.

uue

X^ioVette ò'aigentj

pau

M.

Paul

EYSSAVEL,

à Paris.

Despièi
e

coume

Despièi
e

quouro lou sian sòci, doulour,
emé tu se comton lis an?
quouro

l'aigo fèro bramo

tras la niue barrulo

Se i'a d'ouro dins

au

nautre,

gaudre,

l'est,elan ?
vido que ta

raubo
i'ague espóussa soun roujas rebat,
pa'n remèmbre ma mempri me n'en sauvo
noun sabon li lamp qu'eslucia creba.
ma

noun

:

A LA DOULEUR
Depuis quand sommes-nous liés d'amitié, douleur, — et com¬
avec toi
compter les années? — Depuis quand l'onde
sauvage gronde-t-elle au torrent, — et roule à travers la nuit le
peuple des étoiles?
ment

S'il est des heures dans

ma

vie où ta robe

—

n'ait point secoué

écarlate reflet, — ma mémoire n'en a pu garder la moindre
souvenance : — les éclairs ne savent que fulgurer et mourir.
son

�—

D'ùni

te

—

counèisse

qu'uno vôuto
tourmentau,
restèron, coume trèvo i blàvi gauto,

toun
e

creson

336

vanc

sauna

li

trusté, fièr

e

dóu bacèu de l'alen mourtau.

D'ùni

prôchi de tu creson que soun quouro
ti pèd si cant auturous;
mai, di noto subre-umano lèu sadoulo,
ié peton li cordo au lahut courous.
pauson à

Mai

pa'n èstre

la fàci d'aquest mounde,
dins lou cros o viéu,
pas ges qu'agues aclapa d'un tal abounde,
degun pèr parla de tu coume iéu.
sus

de troubaire tant,

Certains croient te connaître qui, une fois, — furent heurtés
impétueux et fort, — et demeurèrent, comme fantômes

dé ton vol
aux

joues blêmes,

—

exsangues sous

le choc

au

souffle mortel.

Certains croient

t'approcher lorsqu' — ils déposent leurs
orgueilleux à tes pieds; — mais, promptement fatiguées
notes surhumaines, — de leur luth
poli les cordes se brisent.

chants
des

Mais pas un être sur la face de ce
monde, — non plus que de
trouveurs, dans la tombe ou vivants, — aucun qui n'ait été
rassasié de tes faveurs, — nul qui, comme
moi, puisse parler
de toi.

�Just

parpello à la lus novo desplegave,
ja toun regard glaça d'aubanèu,
sus ma caro palinouso lou clinaves,
rampounado aubrès soul de l'ourfanèu.
que

l'a de fado

qu'espandisson, miraclouso,
nistoun;
iéu n-aguère, à guiso de cherpo ufanouso,
toun aleteja senistre e feroun.
l'aflat de si vèu subre lou

E, touc-ant iéu, de-longo as camina :
quand sourrisié", dins lou proumié matin
trempe de l'oulour di verd petelin,
l'Abriéu tout nòu tras li ilour de pessègue,
fléu dóu terraire

A

peine s'ouvraient

esbarluga;

à la lumière neuve, — que déjà
— tu le penchais sur mon
cramponnée au berceau solitaire de l'orphelin.
mes yeux

tpn regard glacé d'oiseau de proie,

pâle visage,

—

Il est de miraculeuses fées

qui éploient — sur le nouveau-né
grâce de leurs voiles; — j'ai eu, moi, au lieu d'écharpes triom¬
phales, — le farouche et sinistre battement de tes, ailes.
la

— alors que souriait,
plein du parfum des verts térébinthes, —

Et, près de moi, tu as cheminé sans cesse :
dans le

premier matin

—

à travers les fleurs de
terroir ébloui ;

pêchers l'Avril à peine éclos,

—

fils du

�—

338

—

l'estiéu drud coume un doun pourtavo
regounfle e tebés lou fais de l'anouno;
e quouro,
pourpau, bandissié l'autouno
l'or escrèt, l'or rous d'un mantèu reiau
sus li ren de la sèuvo
siavo;
quouro

quand la

frejo enregouïs
campèstre nus,
esparpaiejant dintre li long fus
dis aubre ennegri 'n vôu de parpaiolo
que plan davalo e refernis.
e

lou

cors

sesoun

fendascla dóu

Quand lou sèr las 'mé l'avé tourno,
pèr lou ílahut malancôni segui,
e

lou lume s'abro dins l'oustau sourne,
ères aqui.

quand l'été opulent portait
débordant et tiède des blés;

jetait
de

comme une
—

offrande

l'or pur, l'or fauve d'un manteau royal
la forêt paisible;

et
nue,
une

—

et lorsque, pourpré,

—

—

sur

le fardeau

l'automne
les épaules

quand la saison froide roidit — le corps crevassé de la glèbe
—
éparpillant parmi les longs fûts — des arbres noircis
nuée de flocons 1— qui, doucement, tombe et frissonne.

Quand le soir fatigué s'en revient

avec les troupeaux, —•
mélancolique, — et s'allume la lampe dans
la demeure obscure, — tu étais là,

suivi par la ilûte

�339

-

~

Au

pica de l'ouro nuechenco
lou gau s'eigrejo e, dóu garagai
d'oumbro, reboumbis sa crido lunchenco,
ères aqui mai.
que

Lou

matin,

l'aubo amigo
long di riéu,
penjo un goust d'erbo enca dins lou niéu,
ères aquito.
nèblo

sa
e

quouro

rousenco ausso

E

miejour, dóu mièi d'uno glôri
póusso endrudido e de nôbli rai,
rimavo la terro ensucado e sôri,
qu'ères aqui sèmpre mai.
de

Vèn

pièi lou

tourno à

li fiò

moumen ounte, apasimado,
brès la mar achavanido;

soun

d'estiéu, qu'engoulisson d'eimino

Au tintement de l'heure nocturne

l'abîme

sa

—

d'ombre, éclate

son

—

où le coq

cri lointain,

—

Au matin, quand l'aube amie — soulève le
brume rosée, — et qu'une odeur d'herbe

permane,

—

s'éveille et, de

tu étais là

encore.

long des ruisseaux
dans le brouillard

tu étais là.

Et

midi, du sein d'une gloire — de riche poussière et de nobles
— brûlait la terre étourdie et muette, — que tu étais
là toujours.
rayons,

où, apaisée, — l'orageuse mer retourne
les incendies d'été, qui dévorent des éminées (1)

Le moment arrive enfin

à

son

(1)
Ja

berceau;

ou o

—

héminées». Mesure agraire, toujours utilisée, qui vaut, suivant

région, 8

ou 10 ares,

�—

S/,0

—

d'aubras

pegoulous sus li colo nostro,
s'aflaquisson pièi dessus sa jassiho
de recaliéu; lis inmènsis emparo
em'un trou darrié qu'avanis s'espeion;
après très jour plen de tuert e de ràbi,
lou manjo-fango tout-subran
s'aplanto
e

tourno à l'eirau tras li n-àuti serro;

l'embriagadisso au revihun toco,
meme elo, li terme de soun
empèri;
mai tu, tu toujour, cafissènt à bóudre
aquéu tresanant calice d'argelo,
m'as sèns t'alassa

vuja l'oundo amaro,
qu'entre-mesclon li lagremo.
M'a pasta lis os ta pougno de ferre,
tis àrpio de fiò m'an 'sfiela li nèrvi,
e tout moun cors
lamentous, o crudèlo!
n'a, bono-di tu, viscu qu'à l'angôni.
flus de fèu

de

—

sur

grands résineux

leur litière

du ciel

■—

se

du tonnerre;

—

sur nos

collines,

déchire

en

lambeaux

finissent par s'assoupir
le large obscurcissement

—

de cendres chaudes ;

avec

les derniers roulements

bout de trois jours pleins de chocs et de rage,
le mistral soudain s'arrête
et regagne son gîte par-delà les
hautes montagnes; — l'ivresse, au réveil, connaît, —
même elle,
les bornes de son empire; — mais toi, toi
toujours, emplissant à
l'excès
ce tressaillant calice
d'argile,.— tu m'as inlassablement
versé le flot amer, — flux de fiel où se mêlent les larmes.
Tes
—

au

—

—

—

—

mains de fer ont
nerfs
a

en

pétri mes os, — tes griffes de l'eu ont mis mes
charpie, — et tout mon corps plaintif, ô cruelle! —

vécu par

toi dans

une

perpétuelle agonie,

�-

341

-

De touto joio desmama,

ananqui, blesi, gama,
quant de cop t'ai maudicho,
coumpagno sournarudo, à dieho
qu'en moun cor moulavo un sang deseima !
ai las!

cop, sout l'acip dôu mau,
pecaire ! ai larga de mau
à la modo d'un ruste ibrougno,
e, sènso n'avé la vergougno,
de mis ourlamen n'ai empli l'oustau!

Quant de

Ai las! coumpresso noun
coume

que l'Infèr t'aguèsse
reino di demôni, me

De toute

joie sevré,

hélas! combien de fois
à

mesure

—

t'aviéu.

sus moun lié me toursiéu
fai la bèsti nafrado,

Quand

que

—

racado,
lou cresiéu.

débile, meurtri, à bout de force,

—

je t'ai maudite, — sournoise compagne,

s'affaiblissait dans mon cœur mon sang refroidi!

fois, sous les coups de la souffrance, — hélas! j'ai
blasphémé — ainsi que fait un rustre ivre, — et, sans rougir
de honte, — rempli la maison de mes hurlements!
Combien de

Hélas!
me

t'avais point comprise. — Quand sur mon lit je
qu'une bête blessée, — que tu eusses été
l'Enfer, — reine des démons, je le croyais.

je

tordais

vomie par

ne

—

ainsi

�—

ìì\1

Me cresiéu

qu'èro pèr plesi
chabissiés ti lesi
à vèire gouteja ma vido!...
aro te dise
escarido,
crido aquéu pitre aflaquesi
que

Mai
te

e

«

Lausado

Car

fugues, doulour,

sabe enfin

aro

sènso estimo
e

es

ma

:

doulour!.

»

qu'uno drudiero

dedins tu,

qu'uno amigo à tu, doulour, pariero,
n'ai jamai agu.

Mi mèmbre

qu'antan sus éli plourave,
glourifica,
qu'un ourguei pouderous e grave
li sènte

mentre

me

vèn

enarca.

Je

croyais que c'était par plaisir — que tu usais tes loisirs —
regarder ma vie couler goutte à goutte!... — Mais maintenant
je te nomme très chère, — et cette poitrine déprimée te crie :
à

«

Louée sois-tu,

Car maintenant

est

en

je n'en

toi,
eus

—1

soulever.

—

ma

douleur!

»

je sais enfin qu'une opulence — inestimable
qu'une amie, douleur, à toi comparable, —

jamais.

Mes membres

glorifiés,

et

douleur,

sur lesquels
je pleurais autrefois, — je les sens
cependant qu'un orgueil puissant et grave — me vient

�Car tu, lou

grandas bate-cor dis âgé,
proumiero erso dis aven,
dins li

miéuno ai toun

cascaiage
à-n-aquest moumen.

veno

Mete-li 'n desbrando

aquélis enfèrri,
m'an trafiga!
sièr l'aram e perqué lou fèrri
que me n'as liga ?

liame que
En que

Dóu deliéure miéu

S'acò
entre li

:

lou

cor

linçôu

tant

poudié,

me

que

mourrié.

tapo mis estamo,
lauso lourd,

coume uno

l'abourrissiéu dóu bon de

que

l'embrasse

Car

tirèsses peno.

touca, mi dóuci cadeno,
lou

Ve

noun

meme se

em

moun amo,
'amour!

toi, le vaste battement de la vie des âges, — houle première
dans me» veines que tu sautes—en ce moment.

des abîmes, — c'est

Disperse
transpercé!
tu m'as

aux
—

quatre vents ces entraves, — liens qui m'ont
A quoi bon l'airain et pourquoi le fer — dont

lié?

Ne crains
—

le

à

point que je me délivre. — Si cela même se pouvait,
peine toucherais-je à mes douces chaînes, — que me faudrait

cœur.
: le drap qui recouvre mes cicatrices, — aussi lourd que
pierre d'un tombeau, — que je haïssais de toute mon âme, —

Vois

la

je l'étreins avec amour!

�—

ikk

—

Car, adès, Aquéu qu'à iéu t'a mandado,
es

messagiero au negre vis,
Aquéu que vèn di gravo enfadado,
que degun L'a vist;

Lou que, davala di seréni
di mounde sènso

ribo

dougan,

dins

raisso de clemènci arribo
moun bèu davans.

uno

à
E

ja vejo-eici, coume un brut d'abiho,
que Soun soulitàri pas,
liuench e mistoulin frusto moun
auriho,
apereilabas;
e, tras lou sóuprié que sort de
dins l'ivèr respir maien,
sènte que

ti teto,

m'adus l'esmougudo aureto
requist alen.

Soun
Lausado

Car Celui
noir
que

visage,
nul n'a

Celui
—

dans

fugues, doulour,

ma

doulour!

qui, naguère, t'a envoyée à moi, •—- messagère au
est Celui qui vient des grèves enchantées, — Celui

—

vu;

qui, descendu des sereins rivages
une averse

de clémence arrive

Et

—

—

à

des mondes infinis,

ma

rencontre même.

déjà voici, comme un bruit d'abeille, —■
solitaire, — lointaine et légère frôle mon oreille,

que
•—

Sa marche
tout là-bas;

et, au travers du soufre qui s'écoule de tes mamelles, — souffle
printanier au sein de l'hiver, — je sens que la brise émue m'apporte
Son exquise haleine.

—

Louée

sois-tu, douleur,

ma

douleur!

�♦

—

r

dóu Cantaire

A l'ouro ount falis la voues
'mé la lus

clot di nai,

au

à l'ouro ount fernis i

l'estello que

quand
e

que

poutoun de

sus l'ermas, au vènt
li fuiasso balaran,

de la despampo,

de toun iue veirai que
lou bèu darrié

s'escampo

lamp;

quouro de ma man 'squerido e
l'estevo s'escapara,
e

que moun

l'aire

nais;

tèms marca pèr

que

branto,

qu'Eu l'agante

vengu sara,

courounarai de frésqui garlando
e de subre-bèlli flour,

te

e

te lausaran

mi labro cremanto,

doulour,

ma

doulour!

l'heure où s'éteint la voix du Poète —• avec la lumière au
des bassins, — à l'heure où frisonne aux baisers de l'air —
la naissante étoile;
A

creux

lorsque sur la lande, au vent
jaunies, — et que de ton
dernier éclair ;
feuilles

d'automne,

—

danseront les
— le

œil je verrai s'échapper

lorsque ma main décharnée et qui tremble — lâchera le gou¬
vernail, — et que mon temps marqué pour qu'il le prenne —sera venu,

magni¬
douleur,

je te couronnerai de fraîches guirlandes —et de fleurs
fiques, — et m'es lèvres brûlantes diront ta louange, —
ma douleur!

2

�-

3/46

-

lindo,
joio enlusido e de frenimen,
que meno à l'acamp dis arpo que dindon

Car m'auras dubert la draiolo
de

eternalamen.

Car tu
de

m'auras ouvert le clair sentier, — de
— qui conduit au concert

frémissements,

chantent

—

pour

l'éternité.

j

joie illuminé et
des harpes qui

�L'OMENATGE,
ODE

cjui a

ollteuu,

£qfautitte ù'atq&amp;wt,

atie

par

M. Clovis

Félibre

ROQUES,

majorai, à Clermont-l'Hérault.

C'est l'heure où
La Beauté

nous

l'Abstrait enveloppant les Causes,
apprend le principe des Choses,

sous

Charles-André GrotTAS.

Dins la truma nibol ont comensa la
Tant lèu que

Coma

un

vida,

despèrta e grandis,
punteja, s'espandis
l'estenduda ennegrida.

la Razon

se

rais lumenos

E trauca de clartat

D'un pas trantalhejant l'Orne
La vièlha Lachezis, ambe son

marcha avuglat,

fus, lo mena.
Escompasa sos jorns de gauj, d'amor, de pena
E s'atura tôt côp, curios, afarandat.

L'HOMMAGE
Dans le sombre nuage

Raison s'éveille et
il s'étend

—

grandit,

— sitôt que la
lumineux semble poindre,

où commence la vie,
—

un rayon

et troue de clarté

l'immensité noire.

mal assuré l'Homme marche ébloui, — la vieille
Lachésis, avec son fuseau le guide. — Il franchit ses moments
de joie, d'amour, de peine, — et s'arrête parfois curieux, inté¬
D'un pas

ressé.

�—

348

—

nèich, dins l'èrba va, coitada,
rondinant, de l'acrin al timbal,
Dins un brumas d'escruma amb un brut infèrnal
L'Orne, miècb espantat, remira la Cascada.

Asi la sorga

Trebimba,

en

lènh, jos lo serron brauzit per la calor,
Arrapada al pèiral, lugreja l'ametista.
Del ròc escarbalhat una luzor requista
Plus

Fà staire lo

pasant que bada a sa

belor.

quand abasta a l'òrt comol de meravelhas
aquel sens pariu de las Filhas d'Atlàs,
La porpra de la ròza e l'òr dels mimòzàs
Li fan aimar lo sòrt valent de las abelhas.
E

Coma

l'estanh amauzat
salhis, esplendor d'estatua,
Encantaira serena o femna linja e blua,

Alà-bas sul rival de
Una fòrma

—

Totas las

perfeccions dins sa sola bèutat. —

naît, dans l'herbe elle va, rapide, — elle bondit,
grondant, du sommet au vallon, — dans un brouillard
un bruit infernal — l'Homme, presque effrayé, admire la

Ici la source
en

et

d'écume

Cascade.

la colline accablée de chaleur, ■— parmi l'amas
pierres scintille une améthyste. — Du caillou crevassé une
lueur attirante — immobilise' le passant surpris par sa beauté.
Plus loin, sous

de

Et quand il arrive au jardin plein de merveilles — semblable
l'incomparable jardin des Hespérides, — la pourpre de la rose
et l'or des mimosas — lui font envier le sort laborieux des abeilles.
à

Là-bas

sur

les rives de

l'étang apaisé

—

une forme

splendeur de statue, — sirène enchanteresse ou femme
et lointaine (litt. bleue),— toutes les perfections dans
beauté.

s'élève,

diaphane
sa

seule

�—

349

~

L'aiga siauda la pren, de son poton de seda
Li caresa los pèds; ela, ginols plegats,
Enclastrant sos popets dins sos brases crozats,
Fadeja, un pauc crentoza, ambe l'ondada freda.
Diàna, casaira al côs de flors cintat,
Que l'ardit Acteon va veire tota nuda,
0 Suzana la Casta, a la talha menuda,
Qu'ai resès del lambrusc los dos vièlhs an
Es

fintat...

dins ta linha armonioza
Aquels mateises dons que dins milanta lôcs
La Natura esparrica en capriciozes flôcs,
Que sabes alucar la béluga amoroza,
Femna que servas

Cascada, pèrla, flor, jamas no valdran
De ta cabeladura
De tos
De tos

o

la rôza

l'òr

espandida

pots vermelhàts, ni la flamba pèrflda
èlhs, fogairons ont s'abranda lo còr.

prend, de son baiser soyeux — lui caresse
pieds; elle, genoux ployés,— enserrant ses tétons entre ses
bras croisés, — s'amuse, un peu farouche, avec la vague froide.
L'eau tranquille la

les

C'est Diane, chasseresse au corps
cieux Actéon

taille svelte,
ont

va
—

voir toute nue,

ceint de fleurs, — que l'auda¬
ou Suzanne la Chaste, à la

—

qu'à l'abri des lambruches les deux

vieillards

surprise...

qui as enclos dans ta ligne harmonieuse — tous ces
qu'en plus de mille endroits — la nature disperse
capricieux morceaux, — toi qui sais allumer l'étincelle amou¬

Femme

mêmes dons
en

reuse,

Cascade, perle, fleur, jamais ne vaudront l'or — de ta chevelure,
rose épanouie — de tes lèvres vermeilles, ni la flamme per¬
fide — de tes yeux, brasiers où s'allume le cœur.

ni la

�—

35o

—

Nòstre èime

pivelat t'ennaira, incomparabla,
crentar lo trebol del dezir,
Pron nauta per cansar lo plus crudèl azir ;
Retrazes, per nos aus, la Bèutat renairabla!

Trop

pura per

*
*

*

Sièis lions dé

pèira

Dins

de

un nauc

badant

en

marme

d'Andôrra,

Lo comolan

d'aiga que tôrra
fruzis en resquitant.

E que
Sul cristal linde
Lo cèl

se

miralha

blu, l'ôr de la muralha
palais raisejant.

E tôt lo

Padilha

(1), mestresa rèiala

Acaba de prener son

Notre

I

esprit fasciné t'élève, incomparable,

craindre le trouble du désir,
cruel

banh,

dédain;

—

—

assez

trop pure pour
lasser le plus
nous, la Beauté qu'on

haute

tu représentes, pour

—

pour

admire !

Six lions de pierre en bâillant — dans un bassin de marbre
d'Andorre, — le remplissent d'une eau glacée — qui frémit en
jaillissant. — Sur le cristal transparent se reflète — le ciel bleu,
l'or de la muraille
et tout le palais rayonnant.
—

Padilla

(1), favorite royale

—

achève de prendre son bain, — et

(1) Maria de Padilla, favorite de Pierre de Cruel, roi d'Espagne
(1350-1369), d'après le tableau de M, P. Gervais au IMusèe de Toulouse,

,

�—

351

—

jos l'agach de son companh,
Dins la luts, s'aubora, idèiala.
Al torn, los cortezans fidèls
E

Espinchan, en clugant los èlhs,
Lo nudige que los regala.
Venus, que l'ondada a pastat,
Pôd pas amendrir l'Andaloza.
Sa carn de rôza solelhoza
A de l'alba

un

naeros'rebat.

plus bèls d'Espanha,
popets redonds reganha

Sos èlhs sont los
De

sos

Un boton de flor
Dirian

una

diuza

cap-lebat.
escalprada.

Pèire lo Crudèl enmascat

gaita, d'amor embriaigat.
poder de Phrinè d'Ellada!
Los Castilhans, dins lo rajôl,
Beben, a pleg de gargalhòl,
L'aiga del banh ges trebolada
La

O

regard de son compagnon, — dans la
— En cercle, les courtisans fidèles
clignant les yeux, — la nudité qui les réjouit.

sous

le

dresse, idéale.

clarté, elle se
lorgnent, en

—

Vénus, que la vague pétrit, — ne peut pas diminuer l'AndaSa chair de rose éclatante — a le reflet nacré de l'aube.

louse.
—

—

Ses yeux

dépasse

—

sont les plus beaux d'Espagne, —•

un

de ses seins ronds

bouton de fleur relevé.

une statue de déesse. — Pierre le Cruel ensorcelé —
enivré
d'amour. — O pouvoir de Phryné la Grecque!
regarde,
les Castillans, dans la rigole, — boivent, à plein gosier, —
l'eau du bain qui n'est pas troublée.,,,.

On dirait

la
—

�—

35a

—

*
*

Es

*

piohona capèla,

una

Dins l'escur

un

calelh luzis.

hoquet, en là, se pasis,
E, dins la sombror qu'enmantèla,
Un

Calcun aluca
Per la

una

candèla

glôria del rei Lois.

Una dòna fìna

polida
chapelet al bràs,
Salsa sense cap d'embarràs
Son digt dins l'aiga benezida,
E, debrembaira de la vida,
Sul côp, prèga que prègaras
Dintra,

e

son

És perduda dins las cadièiras,
qu'un jovent emblauzit,

Mentre

Cupidon

—

segur

l'a cauzit,

■—•

chapelle, — dans l'ombre un lumignon
bouquet, là-bas, se fane — et, dans l'obscurité
qui enveloppe, — quelqu'un allume un cierge — pour la gloire
C'est

luit.

—

une

minuscule

Un

du roi Louis.

élégante et jolie — entre, son chapelet au bras, -—
embarras — son doigt dans l'eau bénite, —
et, oublieuse de la vie environnante, — tout de suite, elle se met
à prier
Une dame

elle trempe sans

Elle est

perdue

homme fasciné,

milieu des chaises, — pendant qu'un jeune
Cupidon l'a sûrement choisi, — le seigneur

au

—

�353

—

—

L\&gt; senhe Payòt de Linhièiras
La bada

l'ombra de las

a

Sercant lo

(1)

pèiras,

vizatge carit.

Mas la dôna

sinha, es l'ora
pecadoras s'en van.
Lo fringaire pren son balan,
Sus l'aiga-senbadièr s'amorra
se

Ont las

Beu tôt

arreu

dusca la sorra,

Per provar sa fe de galant.

,

*
*

O forma subrebèla

e sens

*

dècas, prezada,

Que lo miralh prigond de l'aiga a retengut!
E tu, polida man menuda qu'as tengut
Una granda pasion dins tos digtons de fada!

Payot de Lignières (1) — la contemple
de pierre, — cherchant à voir le visage
Mais la dame l'ait le

pécheresses s'en vont.
bénitier il se penche,
—

pour prouver sa

à l'ombre des voûtes
adoré.

signe de la croix, c'est l'heure
—

—

— où les
Le galant aussitôt s'élance, — sur le
et boit d'un seul trait jusqu'au fond,

foi d'amoureux.

JD forme plus que belle, impeccable, appréciée, — que le miroir
profond de l'eau a reflétée! — et toi, jolie main toute petite qui
as tenu
une grande passion dans tes doigts fluets de fée !
—

(1)

Lignières (E. Rostand, Cyrano de

bénitier, se pencha sur sa conque et

Bergerac)

«

le but tout entier. »

,

courut au

i

�—

854

—

l'aiga a demorat de vos coma un polset,
Mirage o trebolum, un res, un pleg, un aire,
E per lo devistar, melhor qu'un orpalhaire,
Per lo trobar, al ions, sèm devorats de set.
Dins

quand l'aurem tastat, dins lo trelus d'un veire,
Qu'aurem rescalfurat, al rais bloz de son foc,
L'Amor bauj qu'espremis lo cor coma un estoc,
Sempre mas asedats, voldrem tornà lo veire.
E

solament una perfècta man,
lo côs mannat d'una bêla adorabla,
Ara sercam plus lènh la jôia inèstimabla,
Pujam plus naut auèi, plus naut encà doman.
E n'es pas
Tant pauc

— mirage
souffle, — et pour le découvrir
qu'un orpailleur, — pour le trouver, au fond, nous

Dans l'eau il est resté
ou

de vous comme un atome,

trouble, un rien, un pli, un

bien mieux
sommes

Et

dévorés de soif.

la clarté d'un verre, —
de son feu, — l'amour
un étau, — toujours plus

lorsque nous l'aurons goûté dans

que nous aurons réchauffé, au rayon
insensé qui étreint le cœur comme

altérés,

nous

pur

voudrons le voir encore.

n'est pas seulement une main parfaite, — non plus le
moulé d'une belle adorable, — maintenant nous cherchons
plus loin la joie inestimable, — nous montons plus haut aujour¬
d'hui, encore plus haut demain.
Et

corps

ce

�—

35S

—

E dins lo riuòt clar que
Dins lo beril prezat o lo
Dins lo liri de
Dins la femna

cascalheja e sauta,
linde robis,
nèu que per l'òrt se durbis,
a l'èlh negre, a la florada gauta,

Aquel quicôm qu'embesca e tèn l'èime riplat
Sô que nos apielôca en côlha ferveroza,
Plens de reculhiment

Diuzenca

magiciana,

e

d'estaza amoroza,

es sempre

tu, Bèùtat!

qui murmure et bondit, — dans le
précieux ou le transparent rubis, — dans le lis neigeux qui
s'épanouit dans le jardin, — dans la femme à l'œil noir, à la
joue veloutée,
Et dans le ruisselet clair

béril

qui surtout captive et tient l'esprit rivé, — ce qui nous
en théorie fervente,—• pleins de recueillement et d'extase
amoureuse, —.divine magicienne, c'est toujours toi, Beauté!
ce

réunit

�—

350

—

L'OlïLIVIE,
POÈME

qui

f

a

oCteiiu

£ç)£autiwe d'arqeut,

une

par

M.

Martial

DÉDRÉA,

à Clermon t-l'Hérault,

Difficiles primum terrae
Palladia gaudent silva vivaces olivae.
Virgile

( Qéorgiques, ii).

butes toun front sempre courous dins
dison li libre i raconte encantaire,
Dins lou vièi terradou de la Grèço siès na
D'un còp de ficheiroun de Palas-Atena,
Aubre fort, aubre sant, pèr canta ta memóri,

Tu que
E que,

Coume ti

l'aire,

s'ausse en glóri.

sagatun que moun vers

L'OLIVIER
qui élances ton front toujours riant dans les airs, — et
qui, disent les livres aux récits enchanteurs, — es né dans le
vieux sol de la Grèce — d'un coup de trident de Pallas Athéné,
arbre fort, arbre saint, pour chanter ta mémoire — que mon
vers s'élève glorieux comme tes tiges.
Toi

—

i

�Di cadeno dis

Aup, capelado de rô,

Enjusqu'i païs bas dóu planié Langadò,
Yo long li baus flouri di ribo Mièterano,
Toun renoum s'espandis pèr li mount e la piano :
Sout toun bouscage, à la soumbrour, Ion Crist ané,
Davans sa mort, prega au mount Gethsemané;
I tèms mitoulougique, à toun oumbro abelano,
Dins Delos as vist naisse Apouloun e Diano;
E dempièi qu'à Nouvé, 'm'un brout de ti ramèu
La couloumbo vengué, toun noum es lou simbèu
De councòrdi e de pas que fan lis orne fraire...
Siès mai lou paramen de nostre bèu terraire.
garrigo esterlo o sus si mourre, i bord
Yignarés, trapot, mountes nousu e tors,
Car noun pourriés greia dins la founsour fangouso
o li neblas jala di planuro ubagouso;
Dins si
Di

Des chaînes alpestres aux crêtes rocheuses — jusqu'aux
plaines du bas pays de Languedoc, — ou au long des terrasses
fleuries des rivages méditerranéens, — ta renommée s'étend
à travers les monts et la plaine : — sous ton branchage, à la
nuit obscure, le Christ vint,— avant sa mort, prier sur la mon¬
tagne de Gethsémani ; — aux époques mythologiques, à ton
ombre propice, — dans Délos tu vis naître Apollon et Diane,—
et depuis que la Colombe vint vers Noé avec un brin de tes
rameaux, — ton nom est devenu le symbole — de concorde et
de paix qui rendent les hommes frères. — Tu es encore l'orne¬
ment de notre beau

terroir.

ses garrigues stériles ou sur ses crêtes, aux bords —
vignobles, trapu, tu te dresses noueux et tors, — car
ne pourrais pas croître dans les profondeurs boueuses — ou
brouillards glacés des plaines du Nord; — pour s'élancer

Dans

ses

de
tu

les
tes

�—

Dóu païs

358

—

miejournau, pèr s'alanda, ti grèu

An besoun de poumpa lou calourènt soulèu,
E ta tèsto toujour verdoulènto e ramudo
Es l'eterne

printèms... La cabro banarudo

S'aganto trefoulido

a

toun fuiage amar;

salabrous, fiéu dis erso de mar
Que fai ferni ta ramo, à soun bais apalido,
Coume un jouvènt trustant la chato amourousido.
Te fau l'èr

Mai toun frout

es

foundu d'un

aliage

pur

Quand dóu brûlant miejour toumbo à travès l'azur
La raisso dóu soulèu sus ta broundo argentalo,
E sus ta rusco avoust fai brusi si cigalo.

Mai

se

l'auro

encagnado escoubo lis ermas,
oundejo toun ramas

I boute dóu vènt-d'aut
Eme lou ritme

Que

se

e

lou rebat d'uno aigo perso

giblon fougouso

e

s'enauron lis erso.

ont besoin d'absorber le chaud soleil des régions méri¬
— et ta tête toujours verte et feuillue — est un éternel
printemps... La chèvre encornée — frémissante se suspend
(pour brouter) à ton feuillage amer; — il te faut l'air salin enfant
des vagues marines — qui fait tressaillir ta ramure, pâle sous
son baiser, — comme lorsque un jeune homme frôle la jeune
fille amoureuse.
Mais ton front est fondu d'un alliage pur —
quand du brûlant midi tombe à travers l'azur — l'averse du
soleil sur tes feuilles argentées, — et sur ton écorce août fait
bruire ses cigales.
germes

dionales,

—

Mais si

l'aquilon irrité balaie les champs, —

vent du Nord tes rameaux ondoient

d'une onde perse

—

—

avec

aux

souffles du

le rythme et le reflet

dont les vagues en furie se ploient et se

�—

35q

—

E maugrat l'aspre biais de toun bos negre e
Ta liéurèio de primo a l'esclat lou plus pur,

dur

poulidamen Jun estaco à ti branco,
nèu, lou fin rasin de ti flour blanco,
Que semblo, pèr mourga lou ruscle de l'ivèr,
Qu'a neva de soulèu dins toun fuiage verd
Mounte l'estiéu fai coume un brusc rounca d'abiho.
E vengue pièi Nouvèmbre, un bel eissam de fiho
A toun entour roundino en aio, tourna-mai;
De ti verguello grèvo, emperlado d'eigai,
A bel èime derabo, e pèr lou gres degruno
Toun ougivalo frucho à car lusènto e bruno.
Di destré rajara lou jus linde e daura
Qu'en touti lis endré fai toun noum enaura,
E lou pacan, gardian di tradicioun rustico,
Vuejara l'ôli blound dins uno gerlo autico.

Car tant
Coume

uno

redressent.

Et malgré l'aspect rude de ton bois noir et dur —
printemps a le plus pur éclat, — car juin si joliment

—

ta livrée de

— comme une neige, le raisin léger de
qu'il semble, pour moquer les froidures
de l'hiver, — avoir neigé du soleil dans ton feuillage vert — où
l'Été fait telle une ruche bourdonner des abeilles. — Puis lorsque
arrive novembre, un bel essaim de fdles — autour de toi bruit,
affairé, de nouveau; — de tes tiges lourdes (de fruits) emperlées
de rosée, — il arrache à profusion ton fruit en forme d'ogive
à chair brune et luisante qui s'égrène sur le sol. — Des pressoirs
coulera le jus limpide et doré — qui rend ton nom exalté en tous
lieux, -—et le paysan, gardien des traditions rustiques, — recueil¬
lera l'huile blonde dans une jarre antique,

attache à tes branches,
tes fleurs

blanches,

—

�36o

—

—

I

jò dou cièri, autan, li fèr gladiatour
cors pèr li lucho. A l'erreur
Es èu que fai lusi, quand s'endort la ninèio,
L'amo di vièi calèu penja i chaminèio;
E quand ven lou moumen redouté de la mort,
Lou moumen que fai orre i mesquin coume i fort,
Pèr coucha de soun amo is ouro de l'angôni
La counchaduro e la sanio e li demôni,
Lou prèire escounjuraire ougno dóu sant signau
S'en vounchavon lou

'Me toun ôli

lou

sacra

cors

las di malaut.

Ansin

pèr te canta ai camina pèr orto
garrigo e li roucas, o dins lis orto,
E me siéu apiela à toun pege gaiard
Lou vespre en ausissènt lou crid dous di favard.
Dins li

A toun oumbro

me

siéu coucha dins l'erbo espesso

Quand miejour dins lou
Ai barrula li

souco

e

enfuso

sang

treva lou

Pèr faire miès dinda li

resson

sa

pigresso.

trescamp

de

moun

cant.

Aux jeux du cirque, autrefois, les féroces
gladiateurs —
oignaient d'elle leurs corps pour les luttes. Quand tombe le soir
c'est elle qui fait briller, lorsque s'endorment les petits enfants
l'âme des vieilles lampes pendues dans les cheminées. — Et
au moment redouté de la mort, — qui effraie le faible comme le
fort, — pour chasser de son âme aux heures de l'agonie — la
souillure, la sanie et les démons, — le prêtre exorciseur oint du
signe saint — avec l'huih sacrée le corps abattu des malades.

—

—-

Ainsi pour te

chanter j'ai vagabondé
jardins, — et je

et les rochers ou dans les
tronc robuste

—

le soir

A ton ombre

je

midi fait couler

sa

—

en

—

me

dans les garrigues
suis appuyé à ton

entendant le doux chant des ramiers.

suis allongé dans l'herbe drue — quand
paresse dans le sang. — J'ai parcouru les
me

vignobles et erré dans les.champs

—

pour que mon chant résonne

�36i

—

Las! sìéu qu'un troubadour escur e sens fourtuno,
E pèr côp dins moun vers la póusso revouluno;
Mai

se

Toun

en

s'escampa à travès la champino.
côp m'a frusta sa boufado divino

amo

Tant de

Dins li matin

0

vuei ma moudesto cansoun,
escoutant dins lou vènt di sesoun

te porge

L'ai facho

rousen e

dins li vespre

blous,

quand lou souleias t'abraso de belous!

Aubre

qu'is aubo douço abèures ta ramiho,
moun terraire, aubre de ma patrio
Que t'embroundes risènt au soulèu prouvençau
E portes dins toun sang l'amarun de la sau,
Tu que t'auboures fort coume es forto la Raço,
Tanco-te, pèr mourga lou rounile dis aurasso,
E qu'estiéu coume autouno e printèms coume iyèr

Aubre de

Cante dins toun fuiun l'eissame de mi vers.

Hélas! je ne suis qu'un chanteur obscur et sans gloire,
parfois dans mon vers la poussière tourbillonne; — mais

mieux.
—

et

■—

je t'offre aujourd'hui ma'modeste chanson,— c'est que je
le vent des saisons — ton âme
se répandre dans la campagne. — Tant de fois m'a frôlé son
souffle divin
dans les matins roses ou les so;rs bleus — ou
si

l'ai conçue en écoutant dans
—

quand le grand soleil t'embrase d'ét'ncelles!
qui dans les aubes douces abreuves ton feuillage, —
terroir, arbre de ma patrie, — qui étends tes tiges
feuillues au soleil de Provence — et portes dans ton sang l'amer¬
tume du sel, — toi qui te dresses fort comme la Race est forte,
raidis-toi pour braver les rafales des tempêtes — et qu'été
comme automne et printemps comme hiver — l'essaim de mes
vers chante dans ton feuillage.
Arbre

arbre de

—

mon

�—

362

—

L'ESTÉ LA SUL TOMBÈL,
POÈME
0|itt a

otëtewu

c)Tappe? ôc Jouet,

Mit

PAR

M. Louis

DELLUC,

h Saint-Vincent de Cosse

.,.6'S

(Dordogne).

lou loumbèu d'un

mage

Car d'uno estello à sèt raioun
Lou

mounumen

porto

F. MISTRAL

l'image...

(Moun Toumbèu).

I

Al front de las nèchs

esparadas
pron d'estèlas als pials d'aur
Que raion, princesas o fadas,
I

a

E luzison
Plan

trezôrs.

corna

sobent, à la

Ai dit

mon

dòl

canda,

pus

o mon

esper,
Pracô n'es pas ela que blanda
Dins mon raibe d'aqueste ser;

L'ÉTOILE

SUR LE TOMBEAU
i

Au front des nuits sereines

d'or

—

trésors.
mon

—•

il est

assez

d'étoiles

aux

cheveux

qui brillent, princesses ou fées, — et luisent comme dqg
Bien souvent, à la plus claire, — j'ai dit ma peine ou

—

espoir,

—

pourtant çe n'est pas elle qui flamboie

—

dans

�—

363

—

N'es pas

ela, flor fidèla,
Que senhoreja dins mon cèl
E

mon ama

vai à l'Estèla

Que belugueja sul Tombèl.
l'aparar dins lou voiatge
fanga e del maisant tems,
Per la gandir dusc'al ribatge
Ont bòtan flor tots los prim-tems,
I ai fat tinlar de rimas flèras,
I ai fat bronjir de vers d'amor;
Dins las estròfas auturièras,
Per

De la

Dins la

graci, dins la bluior,
qu'ai lum s'aparia
liurada ben à bèl,
ama a dit sa pregaria

Tota beutat
La i ai
E

mon

Dabans l'Estèla del Tombèl.
A

conegut lo cementèri
se pauza lo grand mort,
negada dins lo mistèri
s'es clafida d'estrambôrd;

Onte
S'es
E

mon

rêve de

ce

soir;

règne dans mon ciel
sur

—

ce n'est pas elle, ileur fidèle, ■—• qui
et mon âme va vers l'Étoile — qui scintille
—

le Tombeau.

préserver dans le voyage — de la fange et du mauvais
pour la mener jusqu'au rivage —• où sont en fleurs
tous les printemps, — je lui ai fait tinter des rimes fières, —
je lui ai fait bruire des vers d'amour; — dans les strophes hau¬
taines, — dans la grâce, dans l'azur, — toute beauté qui se marie
à la lumière, — je la lui ai versée à foison, — et mon âme a dit
sa prière — devant l'Étoile du Tombeau.
Pour la

temps,

Elle

—

a connu

le cimetière

s'est noyée dans le

—

mystère

où

—

se repose

le grand mort,

—

elle,

et s'est remplie d'enthousiasmé;

�364

—

—

Lo tinladis de la campana
•S'es

engrunat dins l'aire

A vist raioza

Tombar la nèch
E de

pur,

Malhana

sus

sans

far

l'escur,

fe l'imne que clama
Per cantar l'immortal simbèl
sa

S'es ennautat dusc'à la flama

De l'Estèla

qu'es sul Tombèl.

II

Estèla de sèt

rais, que sosques
Dins la pats de la pèira e que
Del cèl onte floris

L'espelida
Per

sans

clavelada
sès davalada

fin de las flors de lumièra

portar un blandon de clardat fajilhèra
Sul nôstre dos païs,

s'est égrené dans l'air pur, —
rayonnante sur Maillane — tomber la nuit sans faire
l'obscurité, — et de sa foi l'hymne qui clame — pour chanter
l'immortel symbole — s'est élevé jusqu'à la flamme — de l'Étoile
qui est sur le Tombeau.
le tintement de la cloche

—

elle

a

—

vu

II

Étoile à sept

rayons,

pierre et qui

qui

clarté enchantée

—

sur

clouée — dans la paix de la
du ciel où fleurit — l'éclosion
pour porter un flambeau dé

songes

es descendue —
éternelle des fleurs de lumière

—

notre doux pays,

�—

305

—

tTèstre

veńguda aqui, sès-t-el

Amont

vezes

Sul camin

La

vezes

Fai luzir

e

lo

pensada al flambèu de
E

Amont

eternai,

s'alucar blauzisenta
sa

regretoza ?

pas

ta sôr caminar arderoza

se

pastre
son astre

masta reial.

los èlhs

nombre del

espaoi
voidar dins las amas la graci,
Lo mèl de la moflor,
E las amas, pel lum d'amont, son de las copas
Que s'ennairan tant-ben, que vôlon beure en trcfpas
A la sorga d'amor.
vezes

Parpelhar

sans

e

Lo rai que ven d'amont un brezon mai cordura
Nôstra tèrra em lo cèl, un brezon mai madura

Lo frut del idéal.

Estèla, sès aqui, per totjorn, sus la Tomba,
Quand tas sors, dins l'azur, coma un fum de palombas,
Fan del cèl lor ostal!

d'être

là n'as-tu pas

de regrets? — Là-haut, tu vois ta
l'éternel chemin, — tu la vois
s'allumer éblouissante et le pâtre — fait luire sa pensée au flam¬
sœur

venue

cheminer ardente

beau de

son

astre

—•

et

—

se

sur

redresse

comme

unjoi.

nombre de l'espace —■ scintiller
grâce, — le miel de la douceur. — Et
les âmes, pour la lumière d'en haut, sont des coupes — qui
s'élèvent aussi, qui veulent boire en troupes— à la source d'amour.
Là-haut, tu vois les

yeux sans

et vider dans les âmes la

qui vient d'en haut unit un peu plus — notre terre
ciel, mûrit un peu plus — le fruit de l'idéal, — Étoile, tu
es là, pour toujours, sur la Tombe, —• quand tes sœurs, dans
l'azur, comme une nuée de palombes, — font du ciel leur maison.
Le rayon

et le

�—

366

—

III

Dins la pats

de la nèch, entai m'a dit l'Estèla :
regretar, ma part es ben pron bêla;
Al pais solelhos soi lo lum frairenal
Que garda e fai brilhar lo grand nom de Mistral.
—

N'ai

res

à

Mos sèt rais

servat lo mistèri del

Nombre,
del tems sombre,
Lo pastre en m'agaitant a copat dins lo bôs
Lo rampan que fara sa fluta de sèt crôs;
Las Musas an dansat sus l'erba de la prada,
M'a vista dins son cor l'Abugle de l'Ellada
Que portaba sa lira e dizia dins los borgs
Dels ômes lo coratge e dels dius las amors.
Mos sèt rais an supat Roma e las sèt colinas,
E sus la nôstra mar, à las barcas latinas,
Em l'ajuda de Diu ai mostrat lo bon port;

Ai luzit

sus

an

l'escur que monta

III

Dans la paix de la nuit, ainsi m'a dit l'Étoile : — Je n'ai rien
regretter, ma part est bien assez grande; — au pays ensoleillé,,
je suis le flambeau fraternel — qui garde et fait briller le grand
nom de Mistral.
Mes sept rayons ont gardé le mystère du
nombre, — j'ai lui sur l'obscurité qui monte du temps sombre,
le pâtre en me regardant a coupé dans le bois — le rameau
qui fera sa flûte de sept trous; — les Muses ont dansé sur l'herbe
de la prairie, — il m'a vue dans son cœur l'Aveugle de l'Hellade
qui portait sa lyre et disait dans les bourgs — des hommes
le courage et des dieux les amours. — Mes sept rayons ont effleuré
Rome et les sept collines, — et sur notre mer, aux barques
latines, — avec l'aide de Dieu, j'ai montré le bon port;— étendant
à

—

—

—

�Alongant

mon còp d'èlh, ai vist d'un autre
Cantar sèt trobadors e s'espandir Toloza,
E

pièi

una

bòrd

ma luts envejoza
tèrra a samenat l'escur...

nibol de

M'a clucada

e

sus

ben, quai jorn de glôria e quai jorn de bonur
Quand montèt dusc'amont l'estrôfa del Cantaire!
Sa trôba, de contun, decialèt mon esclaire,
Me tirèt em sos cants de ma prigonda som;
Mirèlha, lo trezôr del vièlh mèstre Ramon,
Me portèt benezir sa joinèsa estelada;
Coneguèri ma sòr, Esterèla la fada,
Ajèri sèt blandons que raièron cadun
Per maiar mon camin e côp-tèner mon lum.
Siasquèri, ieu tant ben, dabans lo Tabernacle,
Lo calel à sèt rais que manten lo miracle.

Tant

Nerta
E

se

me

manlevèt lo rire de sos èlhs;

rèsti totjorn

l'Estèla del Tombèl,

Es que trôbi pertot dil païs de
Lo revertèri clar de ma prima

Provensa
jovensa

regard, j'ai vu d'un autre côté — chanter sept troubadours
Toulouse, — et puis une nuée de ma lumière envieuse
m'a obscurcie et sur terre a semé la nuit. — Aussi, quel jour

mon

et s'étaler
—

gloire et quel jour de bonheur — quand monta jusque là-haut
strophe du chanteur! — Son œuvre, sans arrêt, découvrit
ma lueur, — il me tira avec ses chants de mon profond sommeil.
Mireille, le trésor du vieux maître Ramon, — me porta à
bénir sa jeunesse étoilée; — je connus ma sœur, Esterelle la fée,
j'eus sept flambeaux qui brillèrent chacun — pour orner mon
chemin et soutenir ma lueur. — Je fus, moi aussi, devant le
Tabernacle, — la lampe à sept rayons, qui maintient le miracle;
Nerte m'emprunta le rire de ses yeux; — et si je reste toujours
l'Étoile du Tombeau, — c'est que je retrouve partout au pays
de Provence
le clair reflet de ma prime jeunesse — dans le

de

la

—■

—

—

—

�—

bins l'alen de la

368

—

la canson del brès,
cèl, la nautor del ciprès
Que tôt d'un land, fisat dil soi coma una espaza,
Ten son cap auturos dins lo solel de braza...
Demorarai aisi per lo gardar, Aquel
Que prenguèt sa granda ama al païs del solel,
E la fasquèt raiar dins la rima immortala
Bêla coma la mar que miralha un côp d'ala.
La pèira qu'ai maiada es tant ben un autar
Onte espèri totjorn las albas del tems clar...
La fe m'espeliguèt, de la fe soi gardiana,
E la plasa es aqui de l'Estèla romana! —
mar e

Dins la bluior del

IV

Estèla, abem la fe dins tos rais poderos,
La fe viurala dins la Gauza,
Dins l'arna que ton lum per totjorn garda enclauza,
La fe dins ton astre arderos.

souffle de la

et la chanson du berceau,:— dans l'azur du ciel,
cyprès — qui d'un seul jet, fiché dans le sol comme
une épée, —■ tient sa tête hautaine dans le soleil de braise... —
Je resterai ici pour le garder, Celui, — qui prit sa belle âme au
pays du soleil — et la fit rayonner dans la rime immortelle —
grande comme la mer où se mire un coup d'aile. — La pierre
que j'ai ornée est aussi un autel —• où j'attends toujours les
aubes du temps clair... — La foi me fit naître, de la foi je suis
gardienne, — et la place est là de l'Étoile romane!
mer

la hauteur du

IY

Étoile,

la foi dans tes rayons puissants, — la foi
Cause, — dans l'âme que ta clarté pour toujours
garde enclose, —• la foi dans ton astre ardent.
nous avons

vivace dans la

�36g

-

Abem la fe
E

nos

-

totjorn de veire ta luzida

Caminar à nôstre endabans,
mostrar sus l'albre al pus bèl
Lo frut madur per

Abem la

priuda fe

que

Mandaras

un

dels

rampans

la culida.

dins los nostres gôts
rai

d'armonia,

Per que

beguiam

Abem la

priuda fe que dins las nòstras venas
Fara giclar un roje sang
fara pus forts endeinan qu'aqueste an
E soflara nôstras peitrenas.

Que

nos

em tu lo vin de poezia,
Lo vin d'anèt e d'autres eòps.

Abem la

priuda fe
Vei

sa

que, se nôstre
luzor ennibolada,

cel blu

Raiara mai que mai l'espandida estelada,
Se sabem nos virar vers tu !

Nous

avons

la foi de voir

toujours ta lumière

—•

au-devant de nous, — et nous montrer sur l'arbre au
des rameaux — le fruit mûr pour la cueillette.

la foi profonde que dans nos verres — tu enverras
d'harmonie, — pour que nous buvions avec toi le vin
poésie, — le vin d'aujourd'hui et d'autrefois.

Nous
un

de

avons

rayon

Nous

couler
que

avons

un

Nous

profonde que dans nos veines — tu feras
— qui nous fera plus forts l'an prochain
et gonflera nos poitrines.

la foi

rouge sang

cette année

lueur

si

cheminer
plus beau

avons

profonde que, si notre ciel bleu — voit sa
l'étendue étoilée brillera de plus en plus,—
nous tourner vers toi,

la foi

obscurcie,

nous savons

—

—

�370

•—

•—

V

Lo Tombèl s'ennautèt
Al cimèl embluiat
Lo castel de la fe

Montèt dins l'aire

siasquèt lèu un Temple,
s'apondèt una tor;
sus l'autar del esemple
siaud pus naut que lo Ventor.
e

Piada à piada montèt, esperlonguèt son ala
Amont dins lo païs dels auzèls e dels dius,
Tant naut que los grands monts qu'an la pats celestiala
E blanquejan de nèu al pus fort dels estius.
L'Estèla que blauzis sus lou crôs del grand faure
Era amont, luzisia coma un solel que nais;
Lou grand .cèl del Mèchjorn solet podia la claure
E

sus

cada ranvèrs s'abrondaban los rais.

V

Le Tombeau s'éleva

et fut bientôt

un

Temple,

—

au

faîte

s'ajouta une tour; — le château de la foi sur l'autel de
l'exemple — monta/dans l'air serein plus haut que le Yentoux.
azuré

Pas à pas il monta, il étendit son aile — là-haut dans le pays
des oiseaux et des dieux, — aussi haut que les grands monts

qui ont la paix céleste

—

et dont la neige blanchoie

au

plus fort

des étés.

L'Étoile qui brille

la tombe du grand forgeron — était
soleil naissant; — le grand ciel
pouvait la contenir — et de chaque côté débordaient

là-haut, elle luisait
du Midi seul

les rayons,

sur

comme un

�—

37i

—

A SANTA MARIA DEL
HYMNE A LA

qui

a

CAMI,

VIERGE,

ofrtewu. fe «Çió ò'afcqeut,

pu.x

Su. getwe,

PAU

M. l'abbé Bakthélemy BARCELO*

professeur à l'École lîeauséjour, à Narbonne.

Mare de Déu del

Cami,
Déu, qui'm diria
contrada on feu de guia
el poble mallorqui ?

Mare de
La
An

És d'alt d'un puig solitari
regnau Mallorca endins,
Mentr'us resen el rosari

Que

Esgranant pinyons els pins ?

A LA

Sainte

TRÈS

SAINTE VIERGE DU CHEMIN

Vierge du Chemin, — Vierge Divine, qui me dira
vous servez de guide — au peuple Majorquin?

—

l'endroit où

Est-ce d'un sommet solitaire
de
en

pendant
guise de chapelet?

Majorque,

—

que

que vous régnez dans le cœur
les pins égrènent •— leurs « pignon? »
—

v

�372

—

0
La

—

preferiu al penyal
planura assoleiada

On la sôl-lara s'hi

On s'estufa el

agrada,
figueral?

Sou pagesa 0 marinera?
Llir de platge ou de jardi?
Feu

com

Rut

d'espigolera

0 colliu fenoll mari ?

Qui m'ho digués

on se troba
Plantât vostre mistic clos!

Deveu servar-hi el repos
D'una tortora qui cova.

Que m'en fóra de

suau

Vora vostre el sant

Silenci,

Silenci i pau de gorg blau,
D'un blau qui sembla que pensi...

Ou bien
•—

préfèrez-vous à la montagne — la plaine ensoleillée
se plait, — où s'épanouit le figuier?

où la caille

Etes-vous paysanne ou

jardin?
vous

pêcheuse ?

Êtes-vous glaneuse

comme

— lys
de plage ou de
Ruth, — ou bien cueillez-

le fenouil marin?

Qui

me

devez y

Qu'il
et

—

dira où

avoir le
me

se

trouve

repos

—

votre mystique enclos!
d'une tourterelle qui couve.
—

serait bon, près de,

paix d'un gouffre bleu,

—

vous,

—

le saint Silence,

—

—

Vous

Silence

d'un bleu qui semble penser,

�M

-

-

*

*

*

El cantet de vostre

nom

Fà molt de

temps qu'em ressona
endins, mes ai! Madona,
Quan podré veure el tocom
Vida

On floriu

serena

Té el

fam i set de

cor

Si cad'ull

vos.

àngel fós,

un

Ja'ls tindria

i clara ?

a

vostra

cara.

Mes

l'enyor va a les palpentes
ceguet qui ensuma el cel...
Fa sol, s'esbraven les mentes...
Voleia al lluny vostre vel?
Com

*
*

Le doux chant de votre nom

—

*

résonne depuis bien longtemps

vie, mais hélas! Madone,
verrai l'endroit

—

dans

où

ma

vous

soif de

les auriez

—

déjà

quand est-ce que je

— Mon cœur a
Si chacun de mes yeux était un ange,

fleurissez sereine et pure?

vous.

—

sur

faim et
—

vous

votre figure.

Mais la nostalgie va à tâtons — comme un aveugle qui, tête
levée, s.mble flairer le ciel. — Il fait soleil, dans l'air s'exhale
la senteur des m°nthes... — Est-ce votre voile qui flotte dans

le lointain?

�Ès

tôt l'aire

d'aromes...

un mar

Hi navega vostr'odor ?
Si pogués com les colomes

Orientar's-hi l'enyorl
Grum de mirra
I s'exhala

Vers
Per

vos
un

qui 's

consum

boira pia,
mon cor volaria
en

cami de

perfum...

*
*

*

Mare de Déu del

Garni,
Guiadora!
Puig que cada bell mati
Tan bon punt trenca l'aurora,
0 segura

1 cada bell

cap-el-tard,
flameja i brilla,
Diu que beneiu l'esbart
De tots els àngels de l'Illa,

Quan el

L'air
Si

est

une mer

je pouvais

d'aromes...— Y navigue-t-il votre odeur?

comme

Grumeau de

mystique, —
de parfums...

mar

les colombes

—

y

orienter

ma

myrrhe qui se fond — et s'y exhale en fumée
cœur volerait vers vous — par un chemin

mon

Vierge Sainte du Chemin, — ô guide certaine!
chaque beau matin, — aussitôt que pointe l'aube,
.et

boie,

l'Ile,

chaque soir
—

on

—

nostalgie!...

au

crépuscule,

—

—•

puisque

lorsque la mer brille et flam¬
— de tous les anges de

dit que vous bénissez le vol

�S75

__

—

-

L'angel blanc qui vetlla el breâ,
qui vetlla el mort dins Varca,

I el

.1 el del moli ala-estés,
I el de l'arada i la

barca,

—

Vinguts tots a vostra ermita,
Vinguts de terra i de mar
Gom

a un

mistic colomar

Qui de llurs aies palpita;
Puig que'ls beneiu, o Mare!
D'un somriure pie d'amor
Qui vespre i mati fa clara
L'estrelleta del Pastor,
I ells tornen

a

llur desti

Mes contents i

escampadissos
Igual qu'els aucells feliços
Que Sant Francesc benei;

l'ange blanc qui veille le beroeau,
dans le

cercueil,

—•

celui du moulin

de la charrue et de la
tous
comme

venus

à

un

puisque
•d'amour
et ils

celui qui veille le mort
ailes ouvertes,

—

celui

—

à votre ermite, — venus de terre et de mer —
mystique pigeonnier — qui de leurs ailes palpite;

les bénissez, ô Mère 1 — d'un sourire plein
qui soir et matin fait luire — l'étoile du Berger,

vous

—

reviennent chacun

éparpillés
bénit,

barque,

—

aux

—■

comme

à

son

destin

les oiseaux heureux

—

—

plus contents et
saint François

que

�/.

Beneiu-hi el

meu

també,

Que hi sia 'mk tota la banda
Ell sab
Eli

us

on sou

farà

«

vous

comanda

«

Mare de Déu del

«

En terra i

«

Tôt fill d'Eva

«

I

arreu

bénissez le mien aussi;

qui sait où

ma

del

—

:

i aies té!

mar

:

Caml,

deu-me auxili

es

mon en

qu'il soit

êtes et qui a des ailes

:

pelegri
exili...

»

la bande,— lui
fera ma demande :

avec toute
—

vous

Vierge Sainte du Chemin, — aidez-moi sur terre ou
pèlerin — et partout triste exilé... »

tout fils d'Eve est

mer :

—

�^77

BELUGO ANTIGO,
SOMMETS LIBRES

cjui ouï c6te«u

uu

®£if£et,

par

M. Martial

DÉDRÉA.

Lon Pin.
S'embroundè sout lou cèu de

l'antico Frigio

trafiguè, la Sorre di Titau,
lou bèu jouvènt amavo tant :
Desespera, chaplè soun cors'me frenesio.

Lou

jour que
La Ninfo que

quand Cibelo vèi de qunto ardour impio
fai giscla soun sang,
De soun bras alanda l'arrèsto, e lou Frigian
Sentis greia dins èu la verdalo ramiho.

Mai

Se bourrelo la car e

ÉTINCELLES ANTIQUES
te Pin.

naquit sous le ciel de l'antique Phrygie — le jour où la
des Titans fit périr — la Nymphe que le bel adolescent
aimait si tendrement : — désespéré, il mutila son corps avec
Il

sœur

frénésie.
Mais quand Cybèle voit avec quelle ardeur impie — il mar¬
tyrise sa chair et fait gicler son sang, — de son bras tendu elle
l'arrête, et le Phrygien — sent germer en lui la verte ramure.
3

•\

�—

E dins lou clar

â78

—

di loumenous

acrin,
Long la mar founso e bluio, auturous e divin,
Espandis desempiéi si rampau d'esmeraudo;
azur

Car sout lis aspre tai de sa rusco courris
Uno sabo pourpalo, ardènto e sempre caudo,
Aeoulourido antan pèr

lou bèu

sang

d'Atis.

Sereno.

A vostre cant tant dous

espargi pèr la mar
rampèu d'amour, fasès, traiti Sereno,
Au dangié dis estèu resquiha la careno
Que s'esolapo, engoulido au founs dôu gourg amar.
Coume

un

Et dans le clair
mer
ses

azur

des lumineux sommets,

profonde et bleue, orgueilleux et divin,
palmes smaragdines;

Car

sous

les rudes entailles de

son

par

écorce court

ardente et éternellement chaude,
le beau sang d'Atys.

rouge,

le long de la
il étend depuis

—

—

—

—

une

sève

colorée autrefois

Sirènes.

Par votre chant si

doux, répandu à travers la mer — comme
appel, traîtresses Sirènes, — au danger des écueils
vous faites'glisser la carène —
qui se brise, engloutie au fond
du gouffre amer.
un amoureux

�—

379

—

Dins l'escuro vastour di salabrous

relarg,
Quand vostre crid belin trauco li niue sereno,
Di raro'roudejant jusqu'i bloundis areno,
Atrivo lou naarin enmasca pèr soun ilar.
Mai

quand Jasoun venguè, doumtant l'ersoque sauto,
pèr Capreo eme lis Argounauto,
Vous calerias, chalado, à, la liro d'Ourfèu;
De Coulcos

E

sens

temour l'Eros

Car la rego di pro
Mounte davalerias

gihè sus la mar semo,
sieguè l'ime toumbèu

au

cascaiun di

remo.

Lorsque dans la sombre immensité des étendues salées, —\
magique, tournoyant des horizons marins jusqu'aux
blondes arènes, perce les nuits sereines, — il attire le marin
fasciné par son éclat.
votre cri

quand Jason, domptant la vague bondissante, — vint
Caprée avec les Argonautes, — vous vous êtes
tues, charmées par la lyre d'Orphée;
Mais

de Colchos par

Et
car

sans

crainte le Héros

le sillon des proues

dîtes

au

navigua sur la
fut l'humide tombeau

chant rythmé des rames,

/

tranquille, —
où vous descen¬

mer
—

�Travessado dòu Rose

pèr Anibal.

Quand lou grand Capitàni aguè quita Cartage
E counquista Sagounto, en ribo de la mar,
Caminè pèr l'Espagno, e pèr mount e pèr larg,
E dôu Rose encagna gagné l'astra rivage.

Aqui dis elefant
Davans l'oundo

Pamens

sus

L'escarrado

lou
au

se calé lou courage
qu'espousco e rounco entre li bard.
radèu qu'escound lou flume amar

matin

franchiguè lou

Passage du Rhône

par

passage.

Annibal.

Quand le grand chef eut quitté Carthage — et pris Sagonte,
les bords de la mer, — il traversa l'Espagne, et les monts,
et les plaines, — et gagna les heureux rivages du Rhône tor¬

sur

rentueux.

Là, devant l'onde qui rejaillit et gronde entre les énormes
blocs de
sur
a

pierres, — l'ardeur des éléphants s'arrêta... — Pourtant
qui masque le fleuve redouté — la troupe au matin

le radeau

franchi le passage.

�Ë

vers l'astre
roujas i pouncho di cresteń,
Gaucigant l'amarino e la sagno, d'un tèms
Aubouron, fantasti, si troumpo triounfalo.

E
I
«

l'esquino enarcado, arramba, lou front aut,
di biéu rau, di fifre e di cimbalo,
D'un bram espetaclous an saluda lis Aup ».
resson

Et foulant sous leurs pieds l'osier et les roseaux, — fantas¬
tiques, ils dressent d'un seul coup leurs trompes triomphales —
vers le soleil qui rougeoie à la
pointe des crêtes.
Et le dos arqué, en groupe, tête haute, — aux sons des
rauques
buccins, des fifres et des cymbales, — « ils saluent les Alpes

d'un formidable barrit

».

3*

�QUAUQUAS ESLOSDED MIÉCAZAU,
SONNETS

qui ont

UBRES

obtenu

uw

PAR

M. RENÉ

instituteur à

ESCOULA,

Campan (Hau(es-Pyrénées),
Mes vciu tard que yàmes :
Benadit sià Diu !

Maugral séts

e

hàmes

Ed Gasco que viu !...
FILADÈLFA

A

ra

DE

YERDAé

lenga mairana.

O

paraulas d'aci, de vielh droguet vestidas,
qui m'ensenhèn n-ed brès, bèt desgranhà milhôc,
ras mananas ats
peus flocats de margalidas,
ò parlà bigordà, beròia
lenga d'Oc,

QUELQUES FLEURETTES
A la

O

DE MON JARDIN

langue maternelle.

paroles de chez nous, de vieux droguet vêtues, — que
au berceau, en égrenant du maïs, — les aïeules aux
cheveux fleuris de marguerites, — ô parler
bigourdan, exquise
langue d'Oc,

m'apprirent

�—

383

—

qu'aymi tas dosas flos pr'acitau esloridas !
Béies, luro com tu, no-n'i a nat aute enlòc.
Maugrat eds trufandès, tas camas esberidas
passaran ded Desbrom ed oabéns echaròc!
Deds mots
atau

tués, eds atis

que-s delisen n-a
u clà
mayti.

boca

aueràs coelhuts

com

E-ds autes,

ò

ma

bé! porics de bona cloca,

fìèrs encôra que son d'aué popat lati.
E tots, coma garos adentor dera soca,
bat ed noste cèu blu brotuan sense fi!

j'aime tes douces fleurs en ces lieux épanouies! — Vois-tu,
toi, il n'en est nulle autre part.— Malgré les moqueurs,

gars comme
tes

jambes alertes

De tes mots,

les

"noisettes cueillies
de bonne
fiers
germes
sans

—

sauteront de l'Oubli le profond fossé!

uns

un

fondent dans la bouche —• ainsi que des
Et les autres, ma foi! poussins

clair matin.

encore

sont d'avoir tété du latin.

autour de la souche,

fin!

—

glousse,

sous

Et tous, comme les
notre ciel bleu rejetonnent
—

�Vièlhas Cansos.

No las entene-òm
eras

mes

bèt tems-a

pr'ací hòra,

vièlhas cansos, totas de coma eau,

qui hasèn tringuilhà ras pareds de Bigôrra,
pela-pôrc e-ds sés de hèsta-nau.

eds sés de

Banherés ded mié tems, se b'en brombat encôra
deras de qui cantèm, dab quin gòi, Diu me dau!
mentre que ra

dauan ed

soc

buhéta e piucaua dehôra,
branlé, p-ed brèspe de Nadau?

Malayal desempucb qu'a birat era rôda...
Goyatas e goyats, enta segui ra môda,
no parlan que francés, no
portan mes esclôps...

Vieux airs.

On

ne

les entend

les vieilles
retentir les

plus, il y a longtemps, par chez nous, —■
chansons, toutes si comme il faut, — qui faisaient
murs de Bigorre, — les soirs de «
pèle-porc » et les

soirs de fête locale.

Bagnérais de mon âge, vous en souvenez-vous encore — de
celles que nous chantâmes, avec quel plaisir, ô mon Dieu! —■
durant que la bise piquait au dehors, — devant la bûche flam¬

boyante, à la veillée de Noël?
Hélas!
pour

depuis a tourné la roue!... Jeunes filles et jeunes gens,
suivre la mode, — ne parlent que français, ne portent plus

de sabots...

�385

—

B'auèn alas totu drin
ta

pôc

eras

que

vièlhas

las aidèsie
eansos

—

mes

que ras

d'adara,

drínòt de chinchara,
qui eantèra tant de côps!...
u

Vièlhs Yiulos.

Dansas nostas ded tems berôi deras capetas,

Cintas, Abricotets, Bilhano de Campà (1),
perqué at ompradiu deras verdas ometas,
eds sés de hèsta-nau no-nze hèt mes trepà
?
Eds viulos deds panans son véuses de

cordetas,
quèra-n solè qu'ôus se cura sampà,
mentre qu'u escabot d'aganidas murguetas
ras sobras deds claris es
craqua coma pà.
e ra

Elles étaient ailées pourtant

plus que celles d'aujourd'hui, —
les aidât un soupçon de musique, — les vieilles chan¬
nous chantâmes autrefois!...

si peu que
sons

que

Vieilles danses.
Danses nôtres du temps

joli des capuches, — Cintas, AbriBilhanou (1) de Campan, — pourquoi à l'ombre des
verts ormeaux, — les soirs de fête locale ne nous faites-vous
plus sauter?
coutets,

Les violons des aïeux sont veufs de leurs cordes,— et les
au

grenier les rongent

d'affamées souris

—

sans

doute,

—

les restes des musettes dévore

(1) Noms d'anciennes danses bigourdanes,

vers

tandis qu'un troupeau
comme

pain.

�—

386

—

Totu b'en èrat tots de'hèt de
casa-nosta,
despuch ed som ded Pic dentiô-d pèd dera

brosta,
cap-dauans (1) mespresats atau coma-ds esclôps,
de qui p-eds brèspes blus deras hèstas
arroyas,
daunas dab eds bailets, mèstres dab eras

goyas,

ta

plase à Sent Vizéns (2)

e

dansèm tant de côps!

Labrit.

Ed baran dera lua anét

qu'òu hè puchèu.
dehòra-nlà, arroyos de colèra,
que laira-lairaràs decap ed coégn de cèu
on ded carelh de Diu
lugreya era halhèra.
E per

Pourtant

vous

du Pic du Midi

méprisés ainsi

étiez tous bien de chez nous,

jusqu'au fond de la plaine,

que

—

—

du sommet

cap-douans (1)

les sabots,

les beaux soirs des fêtes solennelles, — patronne
valets, maîtres avec les servantes, — en l'honneur de
saint Vincent (2) nous dansâmes tant de fois!
que, par

avec

les

Labrit.
Le halo de la lune

enragé
—

la colère,

ce

soir

l'importune.

—

Et,

au

dehors,

comme

il aboie tant et plus vers le point du ciel
où du chaleil de Dieu resplendit la torchère.
par

—

(1) Noms d'anciennes danses bigourdanes.
(2) Saint patron de Bagnères,

�—

387

—

Faro, so ded besi, dauit qu'on hè rampèu.
De canhaulà, praubets, brica no-b hè nacèra
se-b creyét, bèt horrà, d'amorti-la, dilhèu,
n-ed larè d'aciu-haut, ra brasa luassèra?...

:

Que s'en entra totu. Ded hoéc on bèt tanôc
s'apressa, puch, bèt abachà r'aurelba,
que s'ayassa-n corné sus u'scobet de broc.
ard que

E, at

can

ded trubès de qui coa

vis à vis ded estrem

dauit que prèga

on

ra

vielha,

s'estenilha-d gat,

Diu ent-at

mau estrussat.

Farou, chez le voisin, bientôt lui fait écho. — A vous égosiller,
pauvrets, vous perdez votre temps : — croyez-vous, en aboyant,
l'éteindre, peut-être, — dans l'être de là-haut, la braise lunaire?...
Il rentre cependant. Du l'eu, où quelque épi de maïs égrené
flambe, il s'approche, puis, l'oreille basse, — il se couche en un
coin sur une balayette de bruyère.

Et, près du tabouret qu'a l'air de couver l'aïeule,
côté où s'est étendu le chat, —- bientôt « il prie Dieu
qui est mal rangé » (1).
au

(1) Allusion
ent-at

mal

mau

rangé.

—

face

pour ce

au proverbe bigourdan : « Ed cà e-d gat que prègan Diu
estrussat ». Le chien et le chat prient Dieu pour ce qui est

�—

388

—

Minonba (1).
At pèd ded hoéc gauyos on, penut en cremalh,
ed metau d'amerac bèt borri e
gorgueya,
era

gata, tapé qu'a lapat ed brespalh,

n-a

calo dera là

u

yas que

s'atoreya.

Ta

pentià-s, b'at sabet, n-a besonh nat miralh.
Que guèrda-n arronclà ra'slama qui holeya,
que-s dà drin en darrè quand peta bèt buscalh,
e
puch, oelh mei clucat, à pausap que sauneya.
E que-s trufa dehèt
qu'at pèd ded gabinet
arratàs deds peluts o drinôt de
murgueta

s'agusen eds cachaus

n-ua

codena d'ampeta.

Minougne.
Au coin du feu

joyeux où, pendue à la crémaillère, — la mar¬
pâtée des porcs en bouillant chantonne, — la
chatte, sitôt qu'elle a lapé son goûter, — dans la tiédeur de la
plaque du foyer se fait une couchette.
mite contenant la

Pour

peigner, vous le savez, elle n'a nul besoin de miroir.
regarde en ronronnant la flamme qui folâtre, — elle se
recule un peu quand éclate quelque bûchette, — et
puis, œil
mi-clos, par moments, elle rêve.
se

Elle

—

Et elle
ou

se moque bien
qu'au fond du buffet — gros rat poilu
souris minuscule
aiguisent leurs dents dans une couenne
—

de petit lard.

(1)

Équivalent bigourdan

de

«

Minette

»,

�—

No-u

baga

pas

38ç)

-

sampà de hè dau-mau anet.

Tôt yust se
ats

s'atrebits, entremei duas lucadas,
pions dera cuyôla à da senglas guinhadas.

Mauvezi.

N-arrebat ded sonelh, cap-sus

u bòsc de hau,
Febus, mei perbocat de yèira,
tubet carrat ded sué
donyo condau,

ed Castèt de

dab ed

planta

sus

ed terré

sa corona

de pèira.

Bèt très loénh no-i auè

gahus auta herau.
de picola, à pos de tira-pèira,
aganits de peleis, Anglés, puch Hugônau,

A patacs

e-i amièn bèts dias-a lèu brochami de hèira.

Elle n'a pas le temps de mal faire,
daigne-t-elle, entre deux petits sommes,
bouvreuils en cage à jeter un coup d'œil.

ce
—

soir.
vers

—

A peine

chacun des

Mauvezin.
\

y.

En

plein soleil, au-dessus d'une hêtraie, — le Château de
lierre, — avec l'aigrette carrée de son

Phébus à demi revêtu de

donjon

comta|,

—

dresse

sur

le coteau

sa couronne de pierre.

Bien loin il

n'y avait hibou aussi sauvage. — A coups de hache,
de fronde, — avides de combats, Anglais, puis Huguenot ■
vidèrent jadis d'infernales querelles.

à coups
—

y

3* *

�—

âgo

—

Oé, totu, Mauvezi que s'ei amistosat.
N'as pareds ded bèt som era sanc s'ei secada,
e n-eds cams ded bèt pèd eds milhòcs
qu'an hoelhat.
E no-i entene-ôm mes, at lonc dera vrespada,
dab ra canso ded vent n-a yèrba espeluhada,

qu-ed piu-piu d'u cardi

onaoom arremat.

Aujourd'hui, enfin, Mauvezin s'est assagi. — Sur les murailles
séché, — et dans les champs de la base

du sommet, le sang a
les maïs ont feuillé.
Et l'on

n'y entend plus,

long de la vesprée,
ébouriffée, — que le
quelque part bien caché.
au

chanson du vent dans l'herbe

d'un chardonneret

S

—

«

avec

piu-piu

la
»

�EL

SEMBRADOR,
PIÈCE

qui a

ofStewu.

un.

&lt;5ouct,

par

M.

Jean

NARACH, de Perpignan.

Quan l'erm

es artigat, la llaurada
acabada,
ben entaulat i la terra aplanada,
per un boil dia de tardor,
amb un sac llord de
grà sus l'espatlla que plega,
mirant sempre en davant, l'ull
fixât a la rega,

el camp

Vetaci lo bon sembrador.

De l'obra que va fent l'home ten consciencia.
De les cames el braç
d'un gest

LE

emprestant la cadencia,
ample i solemnial,

SEMEUR

Quand l'inculte est défriché, le labour terminé, —• le
champ
en planches et la terre
aplanie, :— par un beau jour
d'automne, — avec un sac lourd de grain sur l'épaule qui plie,
regardant toujours en avant, l'œil fixé au sillon, — voici le
bien divisé

—

bon

semeur.

De l'œuvre

qu'il fait l'homme

le bras empruntant la cadence.

a

—

conscience.

—

Des

jambes

d'un geste large et solennel,

�3g 2

—&gt;

la nlà dintre del sac, poa a plenes grapades
i l'aire rellueix de granes endaurades
per

éls raigs del soi capvespral.

Darrera, un vol d'ocells, pinsans i cogullades,
la bona part de les granes sembrades
Com delme sagrat que se deu.
També, bon sembrador, si no vols sembra clara,
gita sus del llaurat alguns grapats encare
pel qu'han prés els ocells de Déu.
prenen

Are, cobreix el grà d'una bona rasclada.
Aixi com fa la mare amb la seva mainada,
la terra el
per

cova

amb gran amor,

te tornar mes tard, sens comptar les mesures,
amb el teu blat en espigues madures

ta pena

al

—

centuple de la llevor.

la main dans le sac,

reluit des

graines dorées

il puise à pleines poignées -— et l'air
— par les rayons du soleil couchant.

un vol d'oiseaux, pinsons et alouettes, — prennent
part des graines semées — comme dîme sacrée qui se
Aussi, bon semeur, si tu ne veux la semaille claire, —

Derrière,
la bonne

doit.

—

jette sur le labour quelques poignées encore

—

pour ce

qu'ont

pris les oiseaux de Dieu.
le grain d'un bon hersage. — Ainsi que
progéniture, — la terre le couve avec grand
amour
pour te rendre plus tard, sans compter les mesures, —
ta peine avec ton blé en épis mûrs — au centuple de la semence.
Maintenant,

couvre

fait la mère avec sa
—

�—

Llanceu

3g3

—

plenes mans, sembradors de pensades;
giteu dins dels conreus bones granes triades
d'un gest de benediceió.
a

Cuideu de

espandir les idees malsanes;
si sembreu cogula o maies granes,

no

penseu que

Collireu maledicció.

Lancez à

pleines mains, semeurs de pensées; — jetez dans les
graines triées — d'un geste de bénédiction.
Gardez-vous de répandre les idées malsaines; — pensez que
vous semez de l'ivraie ou de mauvaises
graines,— vous récol¬

cultures de bonnes
—

si

terez la malédiction.

�-

LAUS

A

LA

3g4

-

LENGUA

LEMOZINA,

PIÈCE
qui a

06tenu

une

enfantine û'atqetit,

par

M.

Albert

PESTOUR,

Beu

lemozi, o lengua maire,
qu'avem popada em lo lact,
Que gardas lo gost dau terraire
Coma lo pa de nôstre blad,
Afortunada parladura
Que lo solelh roman madura,
Rojis e daura coma un fruch,
Bessona de nòstra pensada,
Combe de fols t'an mesprezada
Per un lenguatge mins astruch!
Tu

LOS

Beau

A

LA

LANGUE

LIMOUSINE

limousin, ô langue mère — que nous avons sucée avec
toi qui gardes le goût du terroir — comme le pain de
notre blé, — langue privilégiée que le
soleil roman mûrit,— rougit
et dore comme un fruit, — ô jumelle de notre pensée,—
combien
de fols t'ont dédaignée — pour un langage moins beureux!
le lait,

—

�—

Los

3g5

—

gròs meisiers

rica-raca

que

Vòlen far golar à lors filhs

(Paubra gent, lor testa n'en craca!)
jargos d'estranhs païs,
Tòrsen lo naz e fan la pôta,
Coma si vezian 'na lurôta,
Davant tu, rôza dau mati,
O jauventa, o linda, o sancieira,
Concba d'esper e de lumieira,
Tos los

O filha ainada dau lati!
Huei

bona per

las pauchas,
manôbras, los pastors,
Los boiers, las gardairitz d'auchas
E los curats de pitits borgs;
ses mas

Per los

Rebutida ôra de la vila
Em nòstra coeifa

qu'ôm eizila
ganhos,
Em la gracia de nôstra terra
Qu'an pas pogut panar denguera,

Chaz las bachairitz de

Te

ses

acialada entre

nos.

Les gros

messieurs qui, à toute force, — veulent faire avaler
(pauvres gens, leur tête en éclate!) — tous les
jargons des pays étrangers, — tordent le nez et font la moue, —
comme s'ils voyaient une effrontée, — devant toi, rose du matin,
ô généreuse, ô limpide, ô saine, — source d'espoir et de lumière,
à leurs fils

—

—

—

ô fille aînée du latin!

Aujourd'hui tu n'es plus bonne

que pour les servantes, —
les pâtres, — les bouviers, les gardeuses
d'oies'— et les curés de petites paroisses; — repoussée main¬
tenant de la ville
avec notre coiffe qu'on exile — chez les
porchères, — avec la grâce de notre terre — qu'on n'a pas pu
pops voler encore, — tu t'es réfugiée parmi nous,
pour

les

manœuvres,

—

�—

3g6

—

Sus las darzenas de l'autura
E dins los
pelens dau

valon,
pròscha aitau de la natura,
Coma quaucu temps Apolon,
Pus

Princesa afinforlada en pelhas,
Tochas l'aumalha e las
òvelhas,
Tiras davant los biôs
roseus,
Menas las junjas à la
còrda,
E ton chant montanher s'acòrda
Au chant daus rius e daus auzeus.

Aitabe los

perfums de glauba,

De mosa, d'herba, de
bornats,
Los as dins los plegs de
ta

rauba,
piaus d'ôr eschafenats;
E, sus ton front luzent respire,
Em ta freschor mais ton
sorire,
La quita halena e las sentors
Dins tos

De nôstra terra dosa

e

rufa

Ont, suis tuquets, lo

vent que bufa
Sembla neinar las vielhas tors.

Dans les landes de la colline— et

sur les pelouses de la
valléq
plus proche ainsi de la nature, — comme jadis Apollon, —
princesse attifée de loques, — tu touches les vaches et les
brebis,
tu tires devant les bœufs
roux, — tu mènes les génisses à la
corde
et ton chant
montagnard s'accorde — au chant des

-—

—

—

ruisselets et des oiseaux.
Aussi bien les parfums d'écorce, — de
mousse, d'herbe, de
ruches, — tu les as dans lès plis de ta robe, — dans tes cheveux
d'or ébouriffés; — sur ton front brillant
je respire, — avec ta
fraîcheur et ton sourire, — l'haleine môme et l'es
senteur
de notre terre douce et farouche
où, sur les coteaux, le vent
qui souffle ■— semble bercer les vieilles tours,
—

—

�3Q7

—

—

'quis vielhs murs son sò que
D'aqueu pasat meravilhos
Ont

anavas

Vestida

de festa

nos resta

festa,
vélos,
(coma òm davala!).
en

seda mais

en

Pastora anueg
sus 'na blancha cavala

Adonc
Tu

e Faidit
Luegs-Sents de Palestina
Ont t'espièt l'enja sarrazina
Prejar au Crôs de l'Hòme-Di...

seguias Bechada

Dreicia

aus

'quela esclardor, evanezida
Coma nivolet au trescôl,
Rejoiara si Diu décida
De far perlejar à ton col
Mais d'un lugrat qu'avias barona
E de te tornar la

corona

Qu'ondrava ton front au temps clar,
jamais siras mielh amada
Qu'en las gaulhas de la chavada,

Mas

Bona meirina dau sodard!

Ces vieux

sont ce

nous reste — de ce passé merveil¬
fête, — vêtue de soie et de velours,
bergère aujourd'hui (quelle décadence!) — alors sur une
blanche cavale, — tu suivais Béchade et Faidit — jusqu'aux

leux

—

murs

qui

où tu allais de fête

en

—

Lieux-Saints de Palestine
au

—

où les Sarrazins te virent

—

priant

Tombeau de l'Homme-Dieu...

Cette

splendeur, évanouie

refleurira si Dieu décide

—•

comme

de faire

fumée

au

couchant,

—

chatoyer à ton cou — quel¬
ques-uns des joyaux que tu portais étant baronne — et de te
rendre la couronne
qui ornait ton front au temps clair, —
mais jamais tu ne seras mieux aimée — que dans la boue de la
tranchée, — ô bonne marraine du soldat!
—

—

�3g8

—

-

Quo's justament la remembransa
De tant de morents conortats

Que

nos esblauja d'esperansa.
Non! tos jorns son briza

comptats!
brava;
Mas si chadun t'abandonava,
Trobarias plasa dins lo cor,
Dins los pantais e dins los libres
D'aquis qu'apelen los felibres
La vita te ris dosa

e

•

E dont

ses

la nôvia

e

la sòr!...

Mas que diz' iu e quala crenta
D'aver luchat, tengut, sufert

?!

A lors costats t'a facha senta
Pels

eschapats d'aqueste enfer.

Saben be pro qu'as bona ranha,
Tu que dins la sannoza fanha,
Lor

as

sauvat la bona

humor,
bargieira,
la faugieira

Yai! si deves restar
Nos

agradas

Tertant que

sus

reina

en cor

d'amor!...

C'est justement le souvenir — de tant de mourants consolés
qui nous éblouit d'espérance. — Non! tes jours ne sont point
comptés! — la vie te rit douce et belle; — mais si chacun t'aban¬
donnait, — tu trouverais un asile dans le coeur, — dans les
—

rêves et dans les livres
et dont tu

es

Mais que

—

de

ceux

qu'on

nomme

les félibres

—

la fiancée et la sœur!...

dis-je et quelle crainte?!

D'avoir lutté, tenu,
aux
échappés de
cet enfer.
Ils savent bien que tu as la vie dure, — toi
qui,
dans la l'ange sanglante, — leur as sauvé la bonne
humeur, —
va! si tu dois rester
bergère, — tu nous agrées sur la fougère —
autant que reine en cour d'amour!,,,
souffert

—

—

à leurs côtés t'a rendue sainte

—

—

�—

399

—

COUM AU TEMS HOEYT1U,
PIÈCE
c|ut a

ofiteHu

uu

PAR

l'abbé MOUNAIX,

M.

professeur à Notre-Dame de Bétharram,

Papès

bielhs, tout qu'at hourucam!
p'ou houns d'u bermious armari
Qui m'a l'er d'esta dus cops centenari,
Aço qu'èy leyit, sus yaune pargam.
En

naus e

cercan

*
*

*

Qu'ère à la sasou de l'espelouquère,
Oun, per passe-tems, mariden maynats.
Que-ns abèn touts dus biste encadenats...
You que-n èri fier : tant beroye qu'ère!

GOMME
Parmi les

AU

papiers neufs

ou

TEMPS

FUGITIF

vieux, partout

furetons!
qui
j'ai lu sur

nous

En fouillant dans le fond d'une armoire vermoulue —•'

paraît être deux fois centenaire,
parchemin tout jauni.

—

voici

ce que

—

me

un

*
*

C'était à la saison où l'on
à marier des enfants.
—

Pour

—

*

dépouille le maïs,— où l'on

On avait

eu

tôt fait de

moi, j'en étais fier, tant elle était jolie.

nous

se

divertit

enchaîner.

„

�—

4oo

•

Coum per

esprès-hèyt, parens e besis
toustem que-ns apariaben;
Lous autes parelhs souben
que
A

masse

Lou nouste

cambiaben,
jamey... Qu'èrem trop cousis!

Coum you nou

poudi, praube! auheri joyes,
Qu'ou hasi bouquets quoan èrem auquès...
Que-m disè labets : « Quin aymable qu'ès ! »
En poutiqueyan las
fresques liloyes.
A

hém la coumuniou,
dibinau, dou houns dou Segrari,
Au cô qu'ém disè, quoan basi
pregari :
Say! Que t'aymi tant! Que-t bouy enta You!
masse

quoan

La bouts

«

»

L'amigue, au sou tourn, maynade piouse,
Sancere qu'a dat sa bite au boun Diu :
En loegntagn
coumbent, u mati d'estiu,
La mante qu'a près de la
reliyouse.
Comme par un l'ait exprès, parents et voisins
ensemble
toujours nous réunissaient... Les autres couples, on les chan¬
geait souvent; — le nôtre jamais, tellement nous étions cousins!
—

Comme

je

pouvais, pauvret! lui offrir des joyaux, je lui
bouquets tandis que nous gardions les oies.
«
Que tu es aimable! » me disait-elle alors, — en baisottant les
fraîches pâquerettes.
cueillais

ne

des

—

Ensemble, quand nous fîmes la communion, —• la voix divine,
Tabernacle, — me disait au cœur, lorsque je priais :
« Viens! Je
t'aime tant! Je te veux pour Moi! »

du fond du
—

L'amie, à
au

a

son

bon Dieu.

—

tour, pieuse jeune fille,
En

un

couvent

—

lointain,

pris le manteau de la religieuse,

a

un

donné sa vie entière
matin d'été, — elle

�-—

4oi

—

*
*

*

Aiiades

après, à Diu counsagrats,
lous dus, à l'aube daurade,
Daban de la gleyse, au ras de l'entrade,
A la misse anan, que s'èm encountrats.
Tout

escas

En pensan au

tems de l'espelouquère,
Que demouri mud... Biste, ère que m'a
Dab respect metut u pot sus la ma,
Puch, cbens mey triga, qu'entre en la capère.
Nou s'èm pas mey

bists, mes que l'èy embiat
la mounye sente,
Dou houn^ dou coumbent, boune e coumplasente,
Amistousamen que m'a regraciat :
U libiot

pious;

e

Bien des années après, consacrés à Dieu, — par hasard tous
deux, à l'aube dorée — devant le porche de l'église, — nous
nous sommes rencontrés, allant à la messe.

temps où nous dépouillions le maïs, — je
grand respect, — elle me baise la main,
plus s'attarder, elle rentre dans la chapelle.

En songeant au
reste muet...

puis,

sans

un

dans

avec

plus nous ne nous sommes revus, mais je lui ai envoyé
petit livre pieux, et la sainte nonne, — du fond du couvent,
sa bonté complaisante, — m'a adressé ce remerciement

Jamais
—

Vite,

affectueux

:

�"■—

«

«
«

coustat,
qu'aberam acabat lou biatye. »

E lèu

«

Pregat Diu

«

—*

Si-b brembe dou tems de nouste
yoen atye,
Oun bîbèm touts dus en boune amistat ?
Partits qu'èm cadu dou nouste

«

«

i oâ

per you, coum hèy you per
En soegna bielhots
que bîbi coutente;
Lou die, la noeyt,

«Ta belha

coum

bous.

qu'èy d'esta balente
e paybous. »

may mimis

(Aci que-y abè dus bercets encoère,
qu'ou a'a minyats u couqui d'arrat...
Nou-u maudisiam
pas e sapiém-lou grat
Mes

De-ns abé dechat la fî de

l'istoère.)

«
Vous souvient-il du
temps de notre
vivions tous deux en franche amitié?
chacun de notre côté, — et tôt nous

jeune âge,

—

aurons

«

Partis

—•

nous

où

nous

sommes

achevé la route.

»

Priez Dieu pour moi, comme

je le fais pour vous. — En
soignant de pauvres vieillards je vis très
heureuse; — de jour
et de nuit, il me faut être
vaillante.
pour veiller maternelle¬
ment petites vieilles et
petits vieux. »
—

(Il

avait ici deux versets encore, — mais un
fripon de rat
grignotés... — Ne le maudissons pas, sachons-lui
gré, au
contraire, — de nous avoir laissé la fin de

les

y

a

l'histoire.)

�■=—

En

«

case

de Diu be

ioíi

—

seram urous

Eternalamen, au sé de la bite,
Au pèis oun lou cô d'amou blous
perpite,
De-ns ayma chens fî, coum rays e serous.

«
«
«

«

Au

«

Per abé

«

«

cèu, s'a Diu plats, que-s beyrám enquère
'spousat medich ideau,
Units que-y seram d'amistat feau,
Coum au tems hoeytiu de l'espelouquère. »

:

Per curiousè tout

qu'at hourucam !
pod demoura secrete?
P'ou miey dous papès de bielhe tirete,
Aco qu'èy leyit sus yaune pargam.
Cause escriute

«

e

En la maison du bon Dieu combien

nous serons

heureux

—

éternellement, au soir de la vie, en cette région — où le cœur
ne palpite que de pur amour, — de nous aimer fraternellement
comme

frère et

sœur.

ciel, s'il plaît à Dieu, nous nous reverrons : —• et parce que
épousé le même idéal, — nous y serons liés d'amitié
fidèle, — comme au temps fugitif où nous dépouillions le maïs
«

Au

nous aurons

ensemble.

»
*
*

Par curiosité

nous

demeurer secrète?

voilà

ce

que

j'ai lu

*

! —■ Chose écrite peut-elle
papiers d'un vieux tiroir, —
parchemin jauni par le temps.

furetons partout

—

Parmi les

sur un

�—

4o 4

—

OME DE 01 US,
PIÈCE
qui a

obtenu

uu

oR.appei 3e X^ioVette
par

M.

l'abbé Jules

Curé (le

Gréalou,

CUBAYx\tES,
Cajairc (Lot).

par

Levate oculos

giones,

quia

vestros

albae

et

sunt

videte

re-

jam

acl

messem.

(Joan. IV, 35.

Prèire, bêla es ta part; mas s'acô 's la melhora,
pòdes saber, tu dont jamai la man

que ne

n'a bruscat la d'una
tu que

defôra

as

aimadora,

barrolhat l'amor uman?

.+

HOMME DE

«

DIEU

Prêtre, grande est ta part; mais si elle, est
qu'en peux-tu savoir, toi dont jamais la main

main

aimée,

—

la
—

meilleure,
n'a frôlé

—

une

toi qui as verrouillé dehors
l'amour humain?

�—

4o5

—

*
*

•—

Arpics, ai

*

pron tastat

l'agradament del monde

per saber tôt sô qu'ai volât en lo laisant,
e i a
pas res d'uman que dins ieu non responde,
car ieu tant-ben soi carn e
sang;
car

ieu tant-ben soi fil d'una femna

e ma

gauta.

goludament s'es aparada a sos potons,
quand èri qu'un taupet que resola de pauta
e cascaleja pels
cantons;

e

ieu tant-ben

plan soi estât d'una ostalada
Reganèl, lo Cacha-Niuc e lo Regord
ma vida d'enfant es tota
enramolhada,
tota estrafilhada d'amor;

car

lo

Amis, j'ai

—

tout
rien

assez

goûté la joie du monde — pour apprécier
en la laissant, — et il n'est
son écho,— car moi aussi je suis

j'ai abandonné
d'humain qui n'ait en moi
ce

que

chair et sang;
car

moi aussi

s'est tendue à
sur

les genoux

je suis fils d'une femme et ma joue — avidement
baisers, — quand j'étais un marmot traînant
— et jasant autour du foyer;

ses

moi aussi j'ai été d'une grande famille — le bon dernier,
garde-nid, le tardillon — et ma vie d'enfant est toute emmêlée,
car

le
—

toute enchevêtrée

d'amour;

�4o6

—

ieu tant-ben n'ai

car

-

trantolhadas, de bresetas;

ieu tant-ben polidament ai caminat
ambe los meunes dets entremèch de manetas

car

que

los tenian

a

bèl ponhat;

ieu tant-ben ai vist dins lor

car

escovenensa

las

jovenôtas de mas èrbas e jamai
n'ai denegat sa resplendor, ni sa
nolensa,
ni

sa

dolsor al

mes

de Mai !

Es donc vertat

qu'ai long del camin de la vida
ajut a biais de man
prèp d'ieu, coma un randal a sa prima espandida,
de las

d'autre l'ai

e

lo mofle

e

sant amor uman.

E

foguèt pas un jôc de lo virar de caire,
aquel drech, onorable e razonable amor,
aquel que Dius agrada e que creis dins l'esclaire,
coma una

car

moi aussi

—

car

de

moi aussi

mes

parfum,

j'ai

herbes
—

ni

e

canda

flor,

j'en ai balancé, des berceaux; — car moi aussi
cheminé — avec mes doigts emprisonnés dans
qui les étreignaient à plein poing;

à petits pas j'ai
des menottes

«

flèunha

et

»

sa

dans toute leur grâce — les jouvenettes
jamais •— je n'ai dénié sa splendeur, ni son

vu

douceur

au

mois de Mai!

Il est donc vrai
et d'autre
une

haie

j'ai

en

sa

qu'au long du chemin de la vie — de part
à portée de la main
près de moi, comme
jeune frondaison, — le tendre et saint amour

eu

—

humain.
Et

ce ne

fut pas un jeu que de détourner de moi
et raisonnable amour, — celui
que

cet honorable

et

qui monte

en

plein jour

—

comme une

ce droit,
Dieu agrée

—

délicate et pure flenr,

J

�4O7

—

—

aquel qu'abètz cauzit, vos-aus e qu'ara frucha,
gaisa e probaina e multiplica en vôstre ostal...
Tant-ben, se l'ai darcat, n'es qu'aprèp dura lucha
menada

Belèu creiretz

un

briu

e

tal-e-tal.

qu'aduèi plus

res non me

demôra

qu'ai del

meune cor fach un vôje tombèl.
Mas non! Car s'ai botat l'amor uman defòra,
e

es

Se l'ai

de mercés

gardat,

amor

mai bèl.

idéal, tantas d'annadas,
vengut l'ôme de Dius,
per me clostrar dedins las caminadas,
sol coma un mort entre los vius,
mon

s'entre los ômes soi
es

pas

celui que vous avez

choisi vous-mêmes et qui, maintenant,
provigne et multiplie en vos maisons...
Aussi, ne l'ai-je dépassé qu'après une dure lutte — menée
longtemps et pied-à-pied.
fructifie,

—

bouture et

—

Peut-être croirez-vous

qu'aujourd'hui plus rien

ne me reste
fait un tombeau vide. — Mais non!
Car je n'ai mis dehors l'amour humain— qu'à cause d'un amour
plus grand.
—

et que

Si

j'ai de

mon cœur

j'ai gardé mon idéal de si longues années, — si parmi les
je suis devenu l'homme de Dieu, — ce n'est point pour
me cloîtrer dans les presbytères, -— seul comme un mort
près
dés vivants,
hommes

�-

4û8

-

pòdi l'emplenar, mon cor, dusca a l'abronde :
jamai pron claurà lo dople e naut amor
qu'ai cauzit, en laisant l'amor segond lo monde,
ieu, Prèire, Amie del Crist e, coma El, Salvador...
e

car

Amie del Crist!
ai lo

seu

0! l'ai aqui dins l'Ostia santa;
Tabernacle al ras de mon ostal
—

los anges

e

car

per

del cèl côsta ieu fan lor canta,
ieu, cada jorn, al autar, es Nadal!

Cada
e,

jorn, per ma vots, al autar El pren vida;
cada jorn, s'aparia amb ieu, frairalement,

l'Amie dont l'amistat n'a
Lo que

et
ne

dona

e

je puis l'emplir,

perdona

mon cœur,

e

jamai d'escurzida,
consola e sosten!

et le combler,

suffira à contenir le double et haut

amour

quand j'ai laissé l'amour selon le monde,
Lui, Sauveur...

—

—

—

car

que

jamais il

j'ai choisi,

moi, Prêtre, Ami

du Christ et, comme

Ami du Christ!

Oh! je l'ai là, dans l'Hostie sainte; —
Tabernacle auprès de ma maison — et les anges du
ciel chantent autour de moi, — car pour
moi, chaque jour, à
l'autel, c'est Noël!

j'ai là

—

son

Chaque jour, par ma voix, à l'autel II prend vie; — et chaque
jour, il s'unit à moi, intimement, — Lui, l'Ami dont l'affection
jamais ne défaille, — Lui qui donne et pardonne et console et
soutient 1

�—

/jOíj

-

Tant-ben, n'ajèsi ieu

per ma part

qu'aquela Comunion

am

qu'am totes los amors
ont i a sempre quicôm

de verquièrâ

lo Crist, n'auriai mai
empenats de la tèrra,
que se

dòl

o

mal-trai...

Pracòs, aquel amor poirià n'èstre, de gaire
que lo biais mistic de 1' « egoïsme a dos »...
Mas las Amas, bèl camp de blat madur e
ros,
dins la claror de Dius espèran lo
Segaire!
son

E

ieu, dins aquela claror
meu cèl
s'escarrabilha,
ieu Prèire, soi lo Segador
e lo gadal Trabalhador
dont lo

sul camp
côsta lo
e

Crist, soi

del Paire de Familha;
tal de Salvador

a mon

nòstra ôbra mechèra

es una

ôbra d'amor...

Aussi, aurais-je seulement pour ma part d'héritage — cette
avec le Christ,
j'en aurais plus —■ qu'avec tous les
amours réunis de la terre,—
qui comportent toujours meurtris¬
Communion

sure

ou

soucis.

Cependant, cet amour pourrait n'être, en somme, — que ia
transposition mystique de « l'égoïsme à deux »... — Mais les
Ames, beau champ de froment mûr et blondissant, — dans la
clarté de Dieu, attendent le Moissonneur.
Et moi, dans cette clarté — dont s'illumine tout mon ciel,
Prêtre, je suis le Moissonneur — et l'Ouvrier ami de sa tâche
sur

le

mon

—
—

champ du Père de Famille; — auprès du Christ, je suis à
rang de Sauveur — et notre œuvre commune est une œuvre

d'amour...

�41 o

—

Àbìai facli l'abandon de

—^

ma

tangensa uińańa :

centenals, d'autres Meus aisi son
qu'arremozats al siaud covit de la campana
me son venguts de tôt ranvèrs del orizon.
mas

E
e

ara, a

son mon

F Pastor

Ostalada! E ieu
e

1' Gardian

e

ne

ieu

soi lo Paire

ne

soi l'Amie

qu'ai resachut del Crist lo poder de lor traire
lo Pan de la Paraula

O ! dins lo monde ont,

e

1' Pan Eucaristic.

mai

que

mai, cadun non

sosca

que per asegurar lo seune establiment,
sans se trachar qu'el apiazona sus la posca
e sans

levar los èls devèrs lo

J'avais fait abandon de

ma

firmament,

parenté humaine

tenant, par centaines, d'autres Miens sont ici
au

calme

appel des cloches,

—•

me

sont venus

mais main¬
qui, assemblés
de tous les points
:

—

—

de l'horizon.

j'en suis le Père — et le Pasteur
moi, j'en suis l'Ami — qui ai reçu du Christ le
pouvoir de leur donner — le Pain de la Parole et le Pain Eucha¬
Et ils sont

ma

Famille ! Et moi,

et le Gardien et

ristique.

ce monde où, le plus souvent, chacun
ne songe
qu'à affermir son établissement terrestre, — sans remarquer
qu'il fonde sur la poussière — et sans lever les yeux devers le

Oh! dans

—

firmament,

�41

í

èstre lo qu'a-n aquel entipat rememòrìa
son

ama, pur

retrach

e

retiple de Dius,

e, sus el, alandada, en sa prochana glôria,
la « Ciutat permanenta » e la « Tèrra dels Vius »!

Estre lo Nonciador de la Bona Novèla
lo que balha testimôni a la Vertat

e

e

lo que

fa, pels

cors

luzir la fe

de bona volontat

coma una

y

estèla !

Dins lo monde ont lo Ben trop s'aparia al
Plazer,
jol Drech lo Revèrs acata sa fièl-gasta,
èstre lo qu'afortis e prononcia 1'
ont

Deber,

l'etèrna Lèi de Dius

qu'es immudabla

e

casta!

Dempèis lo brès dusca al tombèl,
mantene l'ôme

en

bêla

espéra!

Estre lo que fa de la tèrra
lo clarejant solhet del cèl!

être celui

qui à cet affaire rappelle — son âme, pure image
Dieu, —• et, sur lui, large ouverte, en sa pro¬
chaine gloire, —• la « Cité permanente » et la « Terre des Vivants! »
et ressemblance de

Être le Messager de la Bonne Nouvelle —• et celui
qui rend
témoignage à la Vérité —• et celui qui fait, pour les cœurs de
bonne volonté, — luire la foi comme une étoile !
Dans le monde où le Bien trop s'allie au Plaisir, —- où sous la
Droiture, la Félonie se glisse et se faufile,— être celui qui affirme
et définit le Devoir, — l'éternelle Loi de Dieu
qui est immuable
et chaste!
Du berceau

espérance !
du ciel!

—

jusques à la tombe — maintenir l'homme en belle
Être celui qui fait de la terre — le seuil lumineux

�!\ 12

—

Entre

qu'amont, a lor venguda,
carrilhons,
èstre lo que cambia e tremuda
los fils del ôme en angelons!

los saludan los

Estre lo qu'a, tota
tant-lèu de l'escôla

l'annada,
franhats,
alprèp d'el, los vols de mainats,
en
bolegadisa clocada !
èstre lo que lor demezis
e 1' mèl de la doctrina

lo lach
e

fa creise

a

la lutz divina

aquelas flors de Paradis!
E

quand aparian lors doas vidas

blanca nobieta

ligar

per
d'un bèl

Tandis
—

e

ôps lors
e

mans

unidas

sant sinne de Gros!

qu'au clocher les carillons

être celui

franc espos,

qui transfigure

—

—

les saluent à leur arrivée,

les fils de l'homme

en

petits

anges!

—■

—•

Être celui qui a, toute l'année, — dès leur
près de lui, les volées d'enfants, —■ telle

«

évasion

une

»

de

l'école,

nichée à l'essor!

Être celui qui leur dispense — le lait et le miel de la doctrine
et qui fait croître dans la lumière divine
ces fleurs de
—

Paradis !

Et lorsque assemblent leurs deux vies

blanche épousée et
époux, — lier pour toujours leurs mains unies — d'un
large et saint signe de Croix!
franc

—

�—

E

4i3

—

quand dins lo pecat qualqu'un dels Seus s'alôza,
qu'alavets, pietadozament,
ven parar la man e sus el arremôza

estre lo

i

lo Perdon
Estre lo

e

la Patz

e

lo Refortiment!

qu'ai matin de la jôia pascala

del autar tôt flocat de ramèls aborius,

lo cibôri d'aur devèrs los Seus davala

am
e

despartis

a sa
lo Pan

Estre lo que se

Familha perroquiala
Vivent, lo Pan de Dius !

délai sèrras e planas,
del seune cor,
pertal que siaguen pas solas dabans la mort
las piozas amas crestianas,
n'

va,

neportant la Santa Ostia al ras

per
per
per

qu'en elas lo Crist voje lo séune Amor,
qu'en elas el vèngue e qu'amb elas s'afraire,
que se fague, lor partensa, dins l'esclaire,
dins lo sant Potet del SenhorL.

quand dans le péché quelqu'un des siens s'enlise, — être
qui, alors, en affectueuse pitié, — vient lui tendre la main
sur lui accumule
le Pardon et la Paix et le Réconfort!

Et
celui
et

—

Être

qui, au matin de la joie pascale,
feuillages précoces, —1 avec le ciboire
descend
et distribue à sa famille paroissiale
celui

orné de

—

—

de l'autel tout
vers les Siens

d'or
—

le Pain vivant,

le Pain de Dieu!

Être celui qui va, par delà collines et plaines, — emportant
pressée sur son cœur, — afin que ne soient pas
seules devant la mort — les pieuses âmes chrétiennes,
la sainte Hostie

qu'en elles le Christ verse son amour, — pour qu'en
qu'avec elles il fraternise, — pour que se fasse,
leur départ, dans la lumière, ■— dans le saint Baiser du Seigneur!..,
pour

elles il vienne et

�4i4

-

-

*
*

O! s'ai sacrificat

quicòm de ma vida;
qu'ai donat fa bèlament compés
car
blesejadis d'una vots acantida
que me dis lo darrier mercés!

coma a

lo

E

*

coma

un

sô

clarament comprèni, a-n aquela ora,

que l'amor d'aisi-bas, lo qu'es segond la car'n,
acô's pas tôt l'Amor, e que la
meuna Part
acò 's encara la melhora.

*
*

*

Oh! si j'ai sacrifié quelque chose de ma
vie, — comme à ce
que j'ai donné fait bellement compensation — le cher balbu-/'
tiement d'une voix expirante —
qui me dit le dernier merci!
Et

comme je comprends, à vette
heure, que l'amour d'ici-bas,
qui est selon la chair, — ce n'est point tout l'Amour,
ettpie
Part, — est bien encore la meilleure.

celui
ma

J.es Frères DOULADOURE, imprimeurs, rue
565 (24-5-1930)

Saint-Rome, 39, Toulouse,

���Pour

paraître prochainement :

Lo Fablièr Occitan
par

Prospcr ESTIEU
Majorai du Félibrlge, Maître ès leux Floraux

Illustrations par Paul SIBRA
vol. in-8

i

sur

fort

vergé bouffant. En souscription au
sera porté à 20 fr.

prix réduit de 12 fr. 50, qui
en

librairie.

Sur Madagascar, 60 fr.
On souscrit à

la

n'y

Sur

pur

fil Lafuma, SO fr.

SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS OCCITANES,
37,

Il

—

aura pas

Rue de la

Baffè, Castelnaudary

(Aude)

d'exemplaires gratuits

iiiiiiiiiiiillliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiMiiiiiiiiiiiiiiniiiii
EXTRA.IT DU CATALOGUE
de la

Societat d'Edicion Occitana
37, Rue de la Baffe

-

CASTELNAUDARY

Prosper ESTIEU
Lou Terradou, sonnets
duct. franç. (i vol. in-8°,
Flors

duction

en

langue d'Oc,

300p.)

avec

tra-

fr.
30. »
d'Occitania, sonnets en langue d'Oc, avec tra¬
française, (1 vol. in-8°, 280 p.) fr.
20. »

La Canson

—

rare.
.

Occitana, poèmes

langue d'Oc, avec
traduction française, (1 vol. in-8°, 264 p.) fr.
20. »
Lo Romancero Occitan, poèmes en langue d'Oc, avec
traduction française,
(1 vol. in-8", 344 p.) fr.
20. »
en

�Lo Fìahut

Occitan, 43 chansons
franç. pouvant

musique, texte

avec

occitan et traduct.
deux langues, (1

chanter dans les
vol. in-8°, 104 p.)
16. »
fr.
de Vergili en ritmes occitans
( 1 vol.

Las Bucolicas

in-8, 68 p.)

se

.

Edition de luxe numérotée
Edition ordinaire

.

.

.

fr.
fr.

.

.

25.
10.

»
»

Jan de la ROCA
Lo Mètge de Cucunhan, conte
dramatique occitan,
avec 11 illustrations de Paul
Sibra, (1 vol. in-8°3op.)
Edition de luxe numérotée
Edition ordinaire

Guilhèm

de

fr.
fr.

8.
4.

»
»

NAUROZA

Cants d'un Qrilh, chansons, rondels et sonnets oc¬
citans, avec traduction française et portrait de l'au¬
teur, (1 vol. in-8°, XVI- 100 p. )
fr.
10. »
Abat Jozèp SALYAT
.

.

,

.

La

Langue d'Oc à l'Ecole, lin-8°, 16 p.) fr.
5. »
Lenga d'Oc e la Glèiza, (in-8°, 16 p.)fr.
3. »
Sant Francés d'Asiza etsemple
e aparaire dels Fe=
La

libres, (in-8°, 8 p.)
fr.
2. »
Auguste Fourès, sa Vie et son Œuvre, suivies
d'un choix de poésies et d'un
lexique, (1 vol. in-8°,
122
p. )
fr.
12. »
L'Ama Occitana, (in-8° 14 p.)
Edition de luxe
Edition ordinaire

fr.
fr.

CANTIQUES
Reina del

1.

paraulas de P. Estieu subre

CHANSONS
2.

»
»

:

Cèl, paraulas de P. Estieu subre

aire catalan.
2, Cantem Nadal !
vièlh aire occitan.
1.

10.
2.

un

un

:

Se canta, que cante ! paraulas e aire
popularis.
Las Batezons, paraulas' de P. Estieu subre un

vièlh aire.
3.

La Canson de Castelnòu, paraulas de P. Estieu

subre

un

vièlh aire.

(L'unité,:
—

;
'

1

fr.

—

1

MPR.

La douzaine:
—;

1
•

DE

LA

«OC1ETAT

D'EDICION

OCCITANA

.

1

10
.i?

CASTELHAUDARY,

..

fr.)
r

v

�</text>
                </elementText>
              </elementTextContainer>
            </element>
          </elementContainer>
        </elementSet>
      </elementSetContainer>
    </file>
  </fileContainer>
  <collection collectionId="92">
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355723">
                <text>Patrimoine écrit occitan:périodiques</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355724">
                <text>Ce set contient les périodiques numérisés par le CIRDÒC issus des collections des partenaires d'Occitanica</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
  </collection>
  <itemType itemTypeId="26">
    <name>Revista</name>
    <description>Item type spécifique au CIRDÒC : à privilégier</description>
    <elementContainer>
      <element elementId="127">
        <name>Région Administrative</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="620419">
            <text>Midi-Pyrénées</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="128">
        <name>Variante Idiomatique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="620420">
            <text>Languedocien</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="130">
        <name>Graphie</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="620421">
            <text>Graphie classique / Grafia classica</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="163">
        <name>Type de périodique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="715945">
            <text>Revistas literàrias e artisticas = Revues littéraires et artistiques</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
    </elementContainer>
  </itemType>
  <elementSetContainer>
    <elementSet elementSetId="1">
      <name>Dublin Core</name>
      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="50">
          <name>Title</name>
          <description>A name given to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620394">
              <text>Lo Gai Saber. - Annada 12, n° 068 junh 1930</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="86">
          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620395">
              <text>Lo Gai Saber. - Annada 12, n° 068 junh 1930</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="49">
          <name>Subject</name>
          <description>The topic of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620396">
              <text>Littérature occitane -- Histoire et critique</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620397">
              <text>Poésie occitane</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620398">
              <text>Occitan (langue) -- Orthographe</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="39">
          <name>Creator</name>
          <description>An entity primarily responsible for making the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620399">
              <text>Estieu, Prosper (1860-1939). Directeur de publication</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="48">
          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620400">
              <text>Bibliothèque municipale de Toulouse, P15053</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="45">
          <name>Publisher</name>
          <description>An entity responsible for making the resource available</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620401">
              <text>Escòla occitana (Toulouse)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620402">
              <text>impr. Lauraguaise (Castelnaudary)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="40">
          <name>Date</name>
          <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620403">
              <text>1930-06</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="94">
          <name>Date Issued</name>
          <description>Date of formal issuance (e.g., publication) of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620404">
              <text>2018-11-02 FB</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="37">
          <name>Contributor</name>
          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620405">
              <text>Anglade, Joseph (1868-1930)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620928">
              <text>Lèvefaude, Guillaume (1898-1993)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620929">
              <text>Salvat, Joseph (1889-1972)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620930">
              <text>Eyssavel, Paul (1886-1957)&#13;
</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620931">
              <text>Roques, Clovis (1876-1958)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620932">
              <text>Dédréa, Martial</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620933">
              <text>Delluc, Louis (1894-1974)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620934">
              <text>Barcelo, Barthélémy</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620935">
              <text>Escoula, René (1895-1965)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620936">
              <text>Narach, Jean</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620937">
              <text>Pestour, Albert (1886-1965)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620938">
              <text>Mounaix, Pierre (1882-1942)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620939">
              <text>Cubaynes, Jules (1894-1975)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="47">
          <name>Rights</name>
          <description>Information about rights held in and over the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620406">
              <text>Domaine public</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="98">
          <name>License</name>
          <description>A legal document giving official permission to do something with the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620407">
              <text>Licence ouverte</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="46">
          <name>Relation</name>
          <description>A related resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620408">
              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/91c5b75fc0a8e7a5b5014cfbacf7746a.JPG</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620409">
              <text>http://www.sudoc.fr/039236943</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="104">
          <name>Is Part Of</name>
          <description>A related resource in which the described resource is physically or logically included.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620410">
              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="42">
          <name>Format</name>
          <description>The file format, physical medium, or dimensions of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620411">
              <text>application/pdf</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620412">
              <text>1 fasc. (pp. 282-414) ; 22 cm</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="44">
          <name>Language</name>
          <description>A language of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620413">
              <text>oci</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620414">
              <text>fre</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="51">
          <name>Type</name>
          <description>The nature or genre of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620415">
              <text>Text</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620416">
              <text>publication en série imprimée</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="116">
          <name>Temporal Coverage</name>
          <description>Temporal characteristics of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620417">
              <text>19..</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="43">
          <name>Identifier</name>
          <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620422">
              <text>http://occitanica.eu/omeka/items/show/20201</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620424">
              <text>FRB315556101_P15053_1930_06_068</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="41">
          <name>Description</name>
          <description>An account of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620423">
              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="620425">
              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
    <elementSet elementSetId="8">
      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="173">
          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620426">
              <text>Mediatèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="174">
          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620427">
              <text>Bibliotèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="172">
          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="620428">
              <text>Numéro de revue</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="182">
          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="644926">
              <text>Documents</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="171">
          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="878017">
              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
  </elementSetContainer>
  <tagContainer>
    <tag tagId="260">
      <name>Escòla occitana</name>
    </tag>
    <tag tagId="1908">
      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
    </tag>
    <tag tagId="1053">
      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
    </tag>
  </tagContainer>
</item>
