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                  <text>12a Annada

Lo

Octòbre*Novémbre 1930.

N° 72-73

Gai

Revisia de VESCOLA OCCITANA

Dis Aup i Pii-enèu

...

F. Mistral

TOLOZA
1-4,

Carrièra delà Arts, 14

Aqueste Numéro

:

5 fr.

�LO GAI SABER
Revista de l'ESCOLA OCCITANA
1-*. Oarrlèra dels Arts — TOUOZA
12 fr.
Fransa : un an

BUREUS:

.

Abonaments

:

Estrange : un an

.

.

.

.

25 fr.

ENSENHADOR
del N° 72-73

Frédéric MISTRAL :
Frédéric MISTRAL, neveu:
Prosper ESTIEU :
Prof. J. ANQLADE:
Filadèlfa de YÈRDA :
Armand PRAVIEL :
Antonin PERBOSC :
Albert PESTOUR:

Joseph-S. PONS :
Vaièri BERNARD :

Deux Notes de Calendau.

Frédéric Mistral.
Pel Centenari de Frédéric Mistral.
Mistral et le Peuple.
Limos tabè !
La traduction française de Mistral.
Coronament del Centenari.
Mandadis à la Memôria de Mistrau.
Lettre sur Frédéric Mistral.

Lugar.

Joan LADOUX :

J.-Rozès de BROUSSE:
Cecila CUXAC :
Emile RIPERT :
N. Van RVSSEL:
Joan LESAFFRE :

Jozèp SALVAT :
CRI-CRI

(Octobre-Novembre 1930)

Mistral à Bezièrs.
Mistral à Toulouse.
L'Arbre de Mistral.
Les Résultats du Centenaire.
Frédéric Mistral et Guido Gezelle.
Mistral e la Jovensa lengadociana.
La Litson de Malhana.-

Bolegadisa Occitana.

:

pertòca l'Ádministraà la Libraria Edouard
14, Carrièra dels Arts, TOLOZA.

ASABER. - Per tôt sò que
cion del Gai Saber, escriure
Privât,

Compte postal :

Per la

Tolóza N• 1673

Redaccion, escriure al Majorai Prosper
carrièra Contresti, CASTELNOUDARI.

Estieu, 45,

Se

parlarà

que

dels libres mandats en dople

etsemplari.

�^tgni

&lt;•■

V',

.

/'::

,

�©
Tout lecteur du
les élèves

étudier La
io

ou

Gai Saber devrait figurer parmi
du Collège d'Occitanie et

les amis

Rampelada.

frs. par an :

45, rue

Contresty, Castelnaudary

(Aude.)
♦♦♦

Cada lector del
mest

tania
10

dari

Gai Saber deurià comptar

los escolans o los
e

amies del Colètge

de-

d'Occi-

estudiar La Rampelada.

frs. per an : 45,

(Aude.)

carrièra Contresti, Castèlnòu-

�( Cliché Seỳtimanie)

Deux Notes de CALENDAU
Quand les barons picards, allemands, bourguignons
( quand li baroun picard, alemand, bourguignoun), allusion à la guerre des Albigeois et aux
sièges de Toulouse et de Beaucaire par les envahis¬
seurs

du Nord.

�386

LO

GAI

SABER

commandée par Simon de
ostensiblement que contre
les hérétiques du Midi et plus tard contre le Comte
de Toulouse, les villes libres de Provence comprirent
admirablement que, sous le prétexte religieux, se
cachait un antagonisme de race, et, quoique très ca¬
tholiques, elles prirent hardiment parti contre les
Croisés. Il faut dire, du reste, que cette intelligence
de la nationalité se manifesta spontanément dans
tous les pays de langue d'Oc, c'est-à-dire depuis les
Alpes jusqu'au golfe de Gascogne et de la Loire jus¬
qu'à l'Ebre. Ces populations, de tout temps sympa¬
thiques entre elles par une similitude de climat,
d'instincts, de mœurs, de croyances, de législation et
de langue, se trouvaient à cette époque prêtes à for¬
Bien que la Croisade
Montfort ne fût dirigée

mer un
Etat de Provinces-Unies. Leur nationalité,
révélée et propagée par les chants des Troubadours,
avait mûri rapidement au soleil des libertés locales.
Pour que cette force éparse prît vigoureusement con¬
science d'elle-même, il ne fallait plus qu'une occa¬
sion : une guerre d'intérêt commun. Cette guerre s'of¬

frit, mais dans de malheureuses conditions.
Le Nord, armé par l'Eglise, soutenu par cette in¬
fluence énorme qui avait, dans les Croisades, préci¬
sur l'Asie, avait à son service les mas¬
innombrables de la Chrétienté, et à son aide l'ex¬
altation du fanatisme. Le Midi, taxé d'hérésie, mal¬

pité l'Europe
ses

gré qu'il en eût, travaillé par les prédicants, désolé
l'Inquisition, suspect à ses alliés et défenseurs
naturels (entre autres le Comte de Provence), faute
d'un chef habile et énergique, apporta dans la lutte
plus d'héroïsme que d'ensemble et succomba.

par

Il fallait, paraît-il, que cela fût, pour que la vieille
Gaule devînt la France moderne. Seulement, les
Méridionaux eussent préféré que cela se fît plus cor¬
dialement et désiré que la fusion n'allât pas au-delà
de l'état fédératif. C'est toujours un grand malheur,

quand par surprise la civilisation doit céder le pas

�LO

à la

GAI

387

SABER

barbarie, et le triomphe des Franchimands re¬

tarda

de

deux

siècles

la

marche

du

progrès. Car

remarque bien, ce fut
moins le Midi matériellement parlant que l'esprit du
Midi. Raimond VII, le dernier Comte de Toulouse,
ce

qui fut soumis, qu'on le

reconquit ses états et ne s'en dessaisit qu'en 1229,
de gré à gré et en faveur de Louis IX. Le royaume
et comté de Provence subsista longtemps encore, et
ce ne fut
qu'en i486 que notre patrie s'annexa libre¬
ment à

la France, non comme un accessoire à un

principal, mais comme un principal à un autre
principal. Mais la sève autochtone qui s'était épa¬
nouie en une poésie neuve, élégante, chevaleresque,
la hardiesse méridionale qui émancipait déjà la pen¬
sée et la science, l'état municipal qui avait fait de
nos cités autant de républiques, la vie publique en¬
fin circulant à grands flots dans toute la nation, tou¬

politesse, d'indépendance et de vi¬
bien des siècles.
Aussi, que voulez-vous ? bien que les historiens
français condamnent généralement notre cause, —
quand nous lisons, dans les chroniques provençales,
le récit douloureux de cette guerre inique, nos con¬
trées dévastées, nos villes saccagées, le peuple mas¬
sacré dans les églises, la brillante noblesse du pays,
l'excellent Comte de Toulouse, dépouillés, humiliés,
et, d'autre part, la valeureuse résistance de nos pè¬
tes ces sources de

rilité étaient taries, hélas ! pour

aux cris enthousiastes de:
Tolosa! Marselha !
Avinhon ! Provensa ! il nous est impossible de ne
res

pas

être ému dans notre sang et de ne pas redire

Lucain :
victa Catoni.
avec

Victrix

causa

Diis

placuit, sed

( Calendau, éd. orig., Note 2 du Chant I).
+++

Mise nu-pieds et bâillonnée ( messo à pèd nus,
badaiounado). «Si les Troubadours dirent franche-

�388

lo

ment et

les

gai

saber

courageusement son fait à la

Croisade

con¬

en prit bien sa revanche.
Ses suites furent mortelles pour la poésie provença¬
le. Les procédures de l'Inquisition contre les person¬
tre

Albigeois, celle-ci

d'hérésie, l'institution d'une univer¬
la guerre déclarée aux livres écrits
en
langue romane, etc., accélérèrent la chute de la
littérature provençale; elles la tuèrent en fleur, sans
lui laisser le temps de porter des fruits. » (Introduc¬
nages suspects
sité à Toulouse,

tion à l'Histoire de la Croisade contre les

hérétiques
albigeois écrite en vers provençaux par un poète con¬
temporain, traduite et publiée par Fauriel, Paris,

1837).
Ajoutez à cela l'interdit impitoyable qui proscrit
encore
ce

les

notre

idiome des écoles de l'Université. Est-

les Français du Midi ne paient pas comme
autres l'impôt de la terre et du sang?..

que

( Calendau, éd. orig. Note 10 du Chant IV).

Frédéric

MISTRAL.

�LO

GAI

389

SABER

Frédéric MISTRAL
(8 septembre 1830-25

mars

1914)

La

prétention serait grande de prétendre résumer
quelques pages la vie et l'œuvre du poète de Maillane, dont Arnavielle a dit, fort justement, qu'il était
le Père de la Patrie. A peine a-t-on commencé la
relation d'une vie harmonieuse, digne, à maint
égard,
de servir d'exemple et de modèle ; à peine a-t-on
ébauché l'étude d'une œuvre cyclopéenne qui, remar¬
quable dans toutes ses parties, forme un tout com¬
plet et inséparable. L'avenir permettra sans doute,
lorsque toutes les sources auxquelles on pourra pui¬
ser seront décadenassées, à
quelqu'un qui consacrera
en

sa
vie à l'étude de cette vie et de cette œuvre, de
dresser à la mémoire du Maître de Maillane et à la

gloire du Midi le monument qui mettra en pleine lu¬
mière cette grande figure et donnera tout son relief
à cette exaltation de la Patrie qui va de Mireille
aux Olivades.
Peut-être convient-il cependant, en
cette année 1930 qui voit la célébration du centenaire
de la naissance de Mistral, de tracer ici en quelques
traits sommaires une esquisse de cette noble car¬
rière et de souligner les principaux aspects d'une
œuvre impérissable.
*
*

*

Né, le 8 septembre 1830, au Mas du Juge, dans
famille de paysans aisés, Frédéric Mistral sera
puissamment et fortement impressionné par l'admi¬
rable décor que ses yeux d'enfant, d'adolescent et de
jeune homme contemplent avec émotion et joie. Dans
la préface à la première édition des Iles d Or où l'on
une

�LO

390

GAI

SABER

plan résumé des Mémoires, le po¬
justice à ces collines qui, barrant la plai¬
ne, " ont réjoui sa vue, rendu ses vers sereins et re¬
posé son âme". Dans ce mas, vont et viennent des
laboureurs, des pâtres, des jeunes filles se livrant
aux travaux des champs sous la direction
du père,
du maître, de François Mistral. Lorsque le jeune
Frédéric sera mis au collège à Avignon, il se sou¬
viendra de tout cela, du retour des saisons, des ma¬
trouve comme un

ète rendra

nières d'être de tout
les auteurs

ce

monde et il retrouvera dans

qu'on lui fait traduire

un peu de sa terre:
la sublime beauté des écrivains antiques péné¬

«

trait mon cœur, et dans Virgile et dans Homère je
reconnaissais vivants les travaux, les idées, les cou¬
tumes et les mœurs du paysage maillanais »(i). Quant
à la majestueuse et patriarcale figure de son père,
pour savoir combien elle l'a
de lire les Mémoires et de

impressionné il n'est que
se

souvenir de

ce

cri

re¬

lettre à

Adolphe Dumas publiée, la
première fois, par mes soins, dans la Revue Méri¬
dionale de Bordeaux: " C'est mon père qui m'a ren¬
du poète. Devant ces mœurs austères, homériques,
bibliques, devant ce saint modèle de poésie vivante,
je ne pouvais faire autre chose que je n'ai fait, être
autre chose que je ne suis".
L'école de Maillane, un court séjour dans la Montagnette, à St. Michel de Frigolet chez le bon Mon¬
sieur Donnât, l'internat chez Monsieur Millet et Mon¬
sieur Dupuy, à Avignon, préparent la providentielle
levé dans

une

de Mistral avec Mathieu et surtout avec
Roumanille. De ce jour, à 16 ou 17 ans, le jeune
homme se voue au service de la Provence et au relè¬
rencontre

de

Une fois bachelier, il passe
son mas et touche, au pré¬
texte de la révolution de 1848, à la poésie française...
Comme, entr'autres frasques, il a chanté la Carma¬

vement
une

sa

langue.

année de far-niente à

gnole,

en

ceinture

rouge, sur

la place de Maillane,

(1) Préface à la ir= édition des Iles d'Or.

�LO

son

GAI

SABER

père s'émeut et l'envoie faire

39'

son

droit à Aix.

Il y écrit en langue d'Oc, il y travaille, il
et rentre, en août 1851, au mas paternel.

s'y amuse
Il ne quit¬
tera plus Maillane. Les congrès d'Arles et d'Aix, la
publication des Prouvençalo préparent la fondation
du Félibrige (21 mai 1854J et de Y Armana Pronvençau (1855). Mistral, lui, travaille kMirèio... Son père
meurt à la fin de 1855, laissant le Mas du Juge à son
fils aîné, mon grand-père. Le poète quitte le mas
pour s'installer dans une petite maison, à 1.800 mè¬
tres de là, connue depuis sous le nom de Maison du
lézard. C'est là qu'il reçoit Adolphe Dumas, là qu'il
termine Mirèio (1859), qu'il écrit Calendau (1867),
les Isclo d'Or (1875), qu'il travaille à son Trésor
dóu Felibrige qui ne paraîtra que plus tard (18781886). Après son mariage (1876), Mistral s'installe,
à quelques mètres de là, en face, dans une maison
qu'il a fait construire. Il y écrit Nerto (1884), la Rèino

Jano (1890), lou Pouèmo dôu Rose (1897), les Memòri e Raconte (1906), la Genesi (1910) les Oulivado (1912); il y termine et y publie son diction¬
naire provençal-français. Le Félibrige, le Museon
Arlaten, 1 'Aiòli, les Fèsto Vierginenco, une volu¬
mineuse

correspondance, des visites sans nombre,
quelques voyages à Paris, en Suisse, en Italie : voi¬
là, avec ses œuvres, toute la vie de Mistral. Né à
Maillane, il y vit dans un rayon de quelques milliers
de mètres et il y meurt, le 25 mars 1914. Maillane à
la naissance, Maillane à la mort, Maillane toujours.
Une vie droite, simple, harmonieuse, heureuse, la
vie du sage, d'un poète qui compose tous ses poèmes
en plein air et qui se félicite, chaque jour, de pou¬
voir œuvrer pour la Provence, pour ce Midi dont il
est "l'empereur". Voilà Mistral.

Si lJon voulait
drait dépasser le

parler de l'œuvre en détail il fau¬
cadre de cette revue. Il nous con-

�LO

392

GAI

SABER

vient seulement de dire ce par quoi elle se distingue
de celle des amis, des frères d'armes de Mistral et la

portée qu'elle
rons

a sur

le Midi tout entier. Nous essaie¬

ensuite de situer Mistral dans le cadre des Let¬

françaises et universelles.
fait, tout jeune, figure de chef. C'est lui
qui, à 22 ans, ouvre et clôt le recueil collectif Li
Prouvençalo. C'est de lui que Roumanille écrit,
en
1855, à Jean Brunei, un des sept de Font-Ségugne : « Mistral est venu nous faire une petite vi¬
site. Quel admirable félibre! Il a une auréole au front
et quel saint enthousiasme ! Comme nous nous trou¬
vons nains à côté de ce géant !»
Il a 25 ans. Sans
doute est-il inutile de rappeler le succès triomphal
de Mirèio et que ce succès de Mistral sera celui du
Félibrige dont il devient l'âme. Si les autres provin¬
ces du Midi
viennent s'ajouter à la cohorte proven¬
çale, c'est Mistral qui en est cause. Lui seul voit
grand, voit loin. Ses amis— Roumanille lui-même —
sont étonnés, ne comprennent plus, n'osent pas croire
que le mouvement qu'ils ont créé peut avoir cette
importance, cette étendue. Ils ne cherchent guère
au-delà du Rhône un débouché à leurs compositions,
à leur propagande. Mistral, lui, sent que le Félibrige
est un mouvement de grande importance; il le sait,
il veut qu'il en soit ainsi. Et, non content de s'exer¬
cer dans tous les genres, de publier poèmes épiques,
poèmes lyriques, nouvelles, récits en prose qui arra¬
chent à tous les lettrés de France et de l'étranger des
cris d'admiration, il pousse ses amis à produire, il
les y oblige quasi. Mieux ! il s'attelle à ce travail de
bénédictin que seul un romaniste pouvait, semblet-il, faire et que lui, sans études spéciales, sans di¬
plômes spéciaux, entreprend, ce Trésor du Félibri¬
tres

Mistral

dont M. Camille Jullian disait, dans son discours
réception à l'Académie Française, qu'il égalait
s'il ne dépassait le Dictionnaire de Littré. Il forge
une doctrine assez ferme pour mener la lutte contre
tout ce qui vient se mettre en travers du mouvement,

ge,
de

�LO

GAI

SABER

393

souple pour obtenir l'adhésion des tenants de
les partis politiques et des adeptes de toutes les
■confessions religieuses. Il la
propage non seulement
par ses poèmes, mais encore par ses discours, dont
quelques-uns réunis et groupés sous le titre Discours
assez

tous

Dicho

(1906),
(1891-1899), par
e

vues, aux

par
ses

ses articles parus dans VAiòli
lettres aux journaux, aux re¬

personnalités

en vue.

Il fonde le Museon

Arlaten, il crée les Fèsto Vierginenco. Il présidera,
le cas échéant, une mise à mort de
protestation.
Œuvre cyclopéenne de poète, de citoyen, de lexico¬
logue, d'orateur, de journaliste. Sans le vouloir, il
■éclipse ceux qui sont autour de lui, à ses côtés, com¬
me le soleil éteint les étoiles. La
Provence, c'est lui ;
le Midi, c'est lui. S'il avait voulu, il aurait, au mo¬
ment des événements de
1907, pris la tête du mou¬
vement viticole et suscité la résistance.
Mais, sage,
grand Français, sentant la menace venir sur nos fron¬
tières de l'Est— souvenons-nous de sa lettre
prophé¬
il ne voulut, travaillant
tique à Jules Boissière
pour la Provence et sa gloire, encourir aucune res¬
ponsabilité de désordre ou de désunion. Au contraire,
par ses exemples, par ses conseils, par ses écrits, il
—

donna

qui,

à

la France toute

une

armée

de défenseurs

la parole, la plume ou l'épée, la servirent
et la servent encore
puissamment. Par la vogue qu'il
donne aux théories du Régionalisme, de la Décen¬
tralisation, du Fédéralisme, Mistral apparaît comme
un
de nos sauveurs, lui qui ne craindra
pas de dé¬
clarer: «Ma conviction, partagée par quelques hom¬
mes
de pensée, est que le Félibrige
porte en lui la
solution des grandes questions politiques et sociales
qui agitent l'humanité ». Ah 1 le noble, le grand
par

chef !

La position de Mistral dans les Lettres françaises
mériterait de longs développements et des compa¬
raisons. Bornons-nous à l'essentiel. Lui seul a su,
recréant le poème épique et puisant avec discrétion
aux

sources

de toute

poésie, l'Antiquité, réussir,

au

�lo

394

iç° siècle,

gai

saber

récit pastoral

comme Mirèio, une gran¬
Calendau et cet admirable Pouèrno dôu Rose qui devrait être un poème national
comme ceux qui, en Allemagne,
célèbrent le Rhin.
Remarquons aussi que Mistral est le seul poète du
19° siècle qui chante le Passé non comme quelque
chose de mort ou tout au moins de momifié, mais
comme capable de donner naissance au Présent et
de susciter l'Avenir. Sa poésie n'est pas d'un embau¬
meur de cadavres,
mais d'un guérisseur. Tout se
tient, dit-il. Les aïeux sont reliés aux petits-fils par
la race et le sang. Enfin, en un siècle où l'on se
pâ¬
me devant Tolstoï et Ibsen, Mistral affirme
que les

de

un

fresque

races

comme

latines

ont encore une

belle chance à courir

et

d'elles tout renaîtra.
A la voix qui affirme que les races ne disparais¬
sent pas si l'on sait maintenir et conserver la lan¬
gue ancestrale, tous les peuples opprimés regardent
vers Maillane et
y cherchent une leçon, un conseil,
un
signe du Destin. Le prophète, au sens antique du
mot, ce n'est pas Hugo au verbalisme excessif ; c'est
Frédéric Mistral. Il maintient, il conserve, il ensei¬
gne, il livre le secret qui délivre des chaînes.
que

Telles

d'autres,

sont

quelques-unes des raisons,

que

nous

entre bien
êumes, les fils de la Terre d'Oc,

de célébrer avec recueillement et piété le centenaire
de Frédéric Mistral qui, du berceau à la tombe, nous

enseigna la route à suivre

et les

devoirs qui nous

incombent.

Frédéric MISTRAL, neveu.

�Pcl Centenari de Frédéric MISTRAL
Allegretto.

Vièlh aire
0

populari.

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/ub-reun ai re po-pu-la-ri Del fer- rai-re mièehjor-

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F

m

Irai ! Ce- le-brem loCenie-na-ri

J Jl

F

Delgrand f?èdertcMi/fral !

I

Subre un aire populari
Del terraire mièchjornai
Celebrem lo Centenari
Del grand Frédéric Mistral!
REFRIN

Celebrem lo Centenari
Del grand Frédéric Mistral
II

Venjador de la Patria,
Fa rajar dempèi cent ans
La dots de son armonia
Pr espertar los Occitans.

!

|
j

s

�396

lo

gai

saber

III

Abant el, la
Nòstra bêla
Ara

di^ian mòrta,
lenga d'Oc :

tinda, subrefòrta,
Alpas al Medòc.

De las

IV

Abant el, dins nòstra
I abià

res

Ara i a,

que

Fransa,
Fransimans :

plens d'esperansa,

Los Bretons

e

Los Flamans.
v

/ a, noirits de

sas

idèas,

Provensals, Lengadocians
E, darrièr las Pireneas,
Nòstres praires Catalans.
VI
I

a

los

Que,

filhs de la Gasconha

los del Lemo^in,
aber vergonha
De seguir lo siu camin.
com

Vòlon pas

VII

S'aprenèm à son escòla,
engenh aura regrelh
E farem la farandòla
Dins l'Empèri del Solelh !
Nòstre

Prosper ESTIEIL

�LO

GAI

SABER

Mistral et le

397

Peuple

Voici l'année du centenaire de la naissance de
Mistral. Les pouvoirs publics se remuent, les
cigales

préparent leurs chants, les capiscols s'agitent, les
néo-mistraliens demandent à

toutes

les librairies les

complètes du Maître et on annonce une
pluie de décorations. Il est difficile d'éviter ces ma¬
nifestations caractéristiques, dont plusieurs, sinon
toutes, seront plus bruyantes que sincères. Et il vaut
mieux, sans doute, être témoin de cet enthousiasme,
même tapageur, qu'avoir à regretter une indifférence
•coupable.
œuvres

Cependant il ne faut pas oublier que Mistral a
marqué très nettement de quels lecteurs il sollici¬
tait les suffrages :
Car cantan que

pèr vautre,

o

Pastre

e

gènt di

mas

!

+++

Mistral a été foncièrement un paysan, c'est-à-dire
homme qui a vécu sans contrainte dans le pays
où il était né. Mais quel pays! Il en a noté lui-mê¬
me le caractère dans ces vers célèbres :
un

Si an Gau-Rouman e gentilome
E marchait dré
Dirts nostre endré.
«Nous

sommes

■et nous marchons

Cfallo-Romains et gentilshommes
droit dans notre pays».

Pays admirable, en effet, où s'allient la noblesse
la Race, l'intelligence et l'enthousiasme, la joie
de vivre et de penser, où les plus humbles ont le
don divin de la poésie comme un héritage. Renan
signalait, dans l'Avenir de la Science, qu'un des

•de

�398

LO

GAI

SABER

princes de la philosophie alexandrine, Ammonios
Saccas, était portefaix à Alexandrie. C'est à de pa¬
reils miracles que l'on reconnaît la Race, créée
par
des siècles d'intelligence, de
goût et de Gai Savoir,
depuis la conquête romaine jusqu'à nos jours. C'est
pour cette race privilégiée que Mistral a écrit ; c'est
par les «paysans gallo-romains et gentilshommes»
qu'il doit être exalté.
C'est que Mistral a compris l'âme de son
pays,
Midi tout entier. Qui ne se souvient de la
gran¬
diose invocation du début de Calendau ? «Amo de
et du

païs— Tu que dardaies, manifèsto... T'apelle,.
prouvençau !»
Et cette âme, il l'a incarnée en effet dans ses
per¬
sonnages, si humbles qu'ils soient. Elle donne une
vigueur singulière à la querelle de maître Ramon et
du vieux soldat de l'Empire. Elle
inspire au vieux
moissonneur mourant sa sérénité
philosophique ; elle
moun

encarno-te dins mi vers

explique l'enfance

amoureuse

et

si

maladroite,

en

apparence, de Mireille et de Vincent.

C'est cette âme encore qui
transparaît dans le
Tambour d'Arcole, chez les vieux marins et les
vieux soldats. C'est elle, cette âme de
longo renadivo, qui a créé «le beau charpentier blond» que
le

pas
me

peuple, le pauvre peuple galiléen, pleurait,
comme une abstraction théologique, mais
un

Et

frère de chair

je voudrais,

et

pour

non
com¬

d'os.

l'exaltation de Mistral,

une

cérémonie bien simple, bien humble et
qui le tou¬
cherait profondément. Je voudrais
que par un clair
matin de septembre — ce mois béni
qui n'est plus
l'été et qui n'est pas encore l'automne — une
gaie
cohorte se transportât devant le tombeau du
poète .
Elle comprendrait: un
groupe de bruns moissonneurs
devenus vendangeurs, un détachement de soldats
de la Grande Guerre, des marins de la côte de Pro¬
vence, avec quelques magnanarèlos ou ligarèlos
alertes: ce groupe, en costume de
travail, chante—

�LO

rait la

GAI

SABER

399

Coupo Santo,

en insistant sur la Pouësio—
l'ome en dieu; puis le groupe, se
dispersant, irait à ses diverses occupations.
Viendraient ensuite
après déjeuner, naturelle¬
ment
les fêtes bruyantes et
poussiéreuses, avec
orphéons, fanfares et surtout farandoles, discours et
récitations. Pendant ce temps l'âme du
Poète, tra¬
versant l'espace, irait errer
( treva, comme on dit si
joliment en Provence) autour de la frise du Panthé¬
on, «tout près du grand Napoléon», où le
rejoindrait
l'âme légère du «petit tambour d'Arcole».

que tremudo

—

—

PROF.

J. ANGLADE.

Ces pages de notre regretté capiscol ont été les
dernières
•qu'il ait écrites. Hommage émouvant, au " poète du Peuple ",
de cet " enfant du Peuple
" qu'était le professeur Joseph
Anglade.

(N.D.L.R.)

�LO

400

GAI

SABER

Limos tabé !

■

i

Limos tabé ! Limos

...

Bo sinne !

Tôt ed Meidia à bèts drinos
Toma esta

fier, torna esta dinne
:
visque Limos!
Ara, escotat sà qui-s déu di^e :
Tems de cantar e tems d'arrivé
S'en son anats en tôt plorà
Ed gran preshèt d'aqnesta pau^a

...

Limos -tabé

...

Ei de servi
A

qui

mes

ra

nosta can^a

pla la servira !

I

Limoux aussi ! Limoux !

Bon signe ! Peu à peu, tout le Mi¬
fier, redevient digne ! Limoux aussi : vive Limoux !
Écoutez à présent ce qu'ily a lieu de dire : Temps de chanter
et temps de rire s'en sont allés en
gémissant. Le grand devoir
de l'heure présente est de servir notre cause à
qui mieux la ser¬

di redevient

vira !

...

�LO

GAI

SABER

II

l'a tant d'arra^os à servi-la,
E tant de gost e tant d'auno,

.

Que, quand no seré cau^a utila,
I 'auré pecat à di\e no.
Or úfatrebits s'en vei pas g aire ...
Edsyoens s'en van ed nas en l'aire,
Eds vièlhs

marmuran : «

Autant

vau

■

!

Mes, pusque era mula ei arranca,
Sié

Burgòs o sié Salamanca,
pozada anà que eau ...»
Donc, 110 vau pas autant, s'en manca !
E-n atretant qu'alata ed mau
Ara

E-d atelatye que

s'estanca

...

III

Gent de Limos, pramo de Diu,
Ha^em menti ra renomada
Qui dits qu'ara patria ainada

II

tellement sujet de le faire et il en résulte tant d'agré¬
d'honneur qu'alors même que ce ne serait pas une
œuvre nécessaire, il y aurait péché à refuser. Mais de prêts à
tout, on n'en voit guère ... Les jeunes vont le nez au vent ; les
vieux murmurent : « Autant vaut! mais puisque la mule boite,
que ce soit Burgos ou que ce soit Salamanque, au relais il faut
Il y a

ment et tant

aller

...

»

ne vaut pas autant, bien s'en faut ! et, entre temps,
augmente et la monture arrête de marcher ...

Or cela
le mal

III

Gens de Limoux, pour
nommée

l'amóur de Dieu, faisons mentir la re¬
qui dit qu'à la patrie première le peuple d'Oc a renon-

�LO

4-02

GAI

SABER

EcL pòble d'Oc a dit adiu.
No-ei pas vertat ! mes donc, s'en
Seré mes que mort e misera :
Serè vèrgonha e tant ! e tant !

èra,

Desipem-la aquera mentida !
A queste an ei ed an de hida,
Qu'ei ed an de gracia aqueste an!
IV

E-d ancian crid Hòra tristesa !
De cada boca e-pòd parti !

Qu'ei aqueste an que ra Comtesa
nègre deu sorti.
Eds oelhs virats cap à Malhana
Ded couvent

Ont, net
Truca

e

eras

dia,

era

campana

bras ded desvelh,

Dempuch Bordèu entib Marselha,
u parla sense parelh,
Dab ùa ardo sense parelha,
Tota ùa arrasa qui cabelha
Torna volé sparià sorelh.

En

cé. Cela n'est pas
et

que

songe
an-ci !

! mais si cela était, ce serait plus que mort
misère : ce serait la honte à l'infini ! Dissipons-le, ce men¬
! Cette année est l'année promise : c'est l'an de grâce, cet
IV

Hors, la tristesse ! de toutes les bouches peut
c'est cette année que la Comtesse du couvent sombre
va sortir !
Les yeux tournés vers Maillane où, nuit et jour, la
cloche sonne le réveil, depuis Bordeaux jusqu'à Marseille, dans
une langue incomparable et avec un élan sans pareil, toute une
race florissante veut, de nouveau, répandre du soleil !
Et le vieux cri

partir

:

�LO

GAI

SABER

403

V

Der' aute costat dera Lèira,
«

Eds òmes

qui

an

pelatye

arros »

Di^en quèm cercados de hèira
E que yamès no seram pros.
Yent de Limos, ha\em los véie,
Que no-an arré qu'òm los envéie
E qu'en an mentit coate còps !
Qui pèch,
Mistrau

Sense

pèch, qui brosta, brosta,
Fòch, son hilhs de nosta,

que
e

parlà d'ets d'aute s còps.
VI

Aube, tè ! qu'ac volhet 0 nàni,
No-ei pas de vòsta ed Capitani
Qui, l'aute còp, tôt ac sauve !
No-ei pas de vòsta ed arrei brabe,
Ed Noste Enric

qui-us i hé cabe
Espanhòus e-ds Francés, hè !..
No-v aibèm pas cercat peleya.
Mes, quand òm no-ei pas ùa abelha,
No eau pas hurgà-d abelhe !..

Eds

V

Loire, "les hommes qui ont les cheveux
roux" disent que nous sommes des chercheurs de discorde et que
jamais nous ne serons le nombre. Gens de Limoux, faisons leur
voir que nous n'avons rien à leur envier et qu'ils en ont menti qua¬
tre fois ! Qui paît, paît et qui broute, br.oute, Mistral etFoch
De l'autre côté de la

sont

fils de chez nous, sans

parler de

ceux

d'autrefois !

VI
Eh bien !

que vous le veuilliez ou nenni, il n'est pas de
Capitaine qui tout sauva dernièrement ! Il n'est
pas de chez vous le roi vaillant, le Noste Enric qui régla les
comptes des Espagnols et des Français, hein ! Nous ne vous
cherchions pas querelle... Mais lorsqu'on n'est pas une abeille,
il ne faut pas jouer avec la ruche !
chez

vous

le

oui,

�LO

4P4

GAI SABER.

VII

O!

qu'ac sabèm ! u còp, u dia
Qui no-v hè pas gaire d'auno,
Que holeyèt : « Aquet Mèidia
Qu'a trop de vita ! e — comedia !
Qu'ei eretic» Ronia enteno ...
E-11 dabant

era

barbaria !

...

Mes, que siè morta, era Patria,
Yent de Limos, que bramam : No !
VIII

Salut, ara, aras blancas còhas,
Ats cotilhos amples e drets,
Aràs dabantièras balòhas,
Aràs capulas e-ds
E gran-mer ces ara

berrets !

Gasconha,
Lengadòc,
sorelh honha !
Vergonha
Ë glòria at bèt Enipèri d'Oc!

Arà Provensa, at
Tôt eti païs que-d
Arrè ra Pòu e ra

VII

'

Oh! nous le savons: une fois, un jour qui ne vous honore
guère, vouá vous écriâtes, avec fureur: « Ce Midi est trop vi¬
comédie! — il est hérétique...-» Rome entendit... Et
vant et
—

en

...

avant la barbarie !...

Mais que
Non!

soit morte la Patrie, gens de Limoux, nous cla¬

mons:

VIII

Et, maintenant, salut aux blanches coiffes, aux cotillons^ amr
pies et droits, aux devantières vaporeuses, aux capulets et aux
berrets !

Et/grand merci à. la'Gascogne, à la Provence, au'

Languedoc, tout ,1e pays . que le, soleil tourmente ! Arrière,
(jrainte et la Timidité et gloire au bel Empire d'Oc !

là

�LO

GAI

SABER

405

IX

Gloria aràs

Mu^as e ras Gracias
Qui flbcan èsta Cort d'amor
E

van

hè sclòie mila audacias

Ped

long der ' Aude e totentor.
E, tant que ra copa ei arraqa,
Haqem ed serament qui eau ;
Truquent ed her mentre qu'ei caut,
Bohem ed hoec mentre Ta

bra^a,
Esparrisquem-ne ed arriscaut
E ha^em vale ed bè de ca^a!
X

E, d'ara-enlà,

se

Diu

ac

vb,

En tôt

garda ras vielhas causas
Que cridaram : Tòca-i, se gauzas !
Car, d'ara etilà, se Diu ac vb,
Qu'auram fenit de porta do.
Ulhets, arrosas e pervencas,

Espiat dey à

ras

Limoqencas !..

IX

Gloire

Muses et

Grâces

qui parent cette Cour d'a¬
long de l'Aude et tout
autour ! Et, tant que la Coupe déborde, faisons le serment qu'il
faut ; frappons le fer tant qu'il est chaud, soufflons le feu pen¬
dant qu'il flambe, jetons-en la braise au vent et faisons valoir
aux

mour et vont

aux

déclancher mille

forces le

le bien des ancêtres !
X

Et, désormais, si Dieu le veut, en défendant les vieilles choses
crierons ! Tauches-y, si tu l'oses ! Car, désormais, s'il
plaît à Dieu, nous aurons fini d'être en deuil. Œillets, roses et
pervenches, voyez déjà les Limouxines !... Œil brillant et gentil
nous

�LO

4-0Ó
Oelh

GAI

SABER

yentilh sorris,
Narbone^as !..
Ai! praubas casquetas angle^as
E praubas pelhas de Paris !..
Adichat, adichat, praubinas !
Anat pescà ras es char dînas,
Anat, anat, hòra ed pais !
lurent

Gardat tabé

e

ras

FILADÈLFA DE YÈRDA.
per

Limos, lo 29 de Jun 1930,
la fèsta en l'onor de Mistral.

sourire, voyez aussi les Narbonnaises !.. Aïe! pauvres cas¬
quettes anglaises et pauvres robes de Paris!.. Au revoir! au
revoir, pauvrettes !.. Allez à la pêche aux sardines, allez, allez,
hors du pays

!
Ph.

de

G.

�LO

GAI

SABER

407

La

Traduction

Française de MISTRAL

A notre époque, plus que jamais, où les lecteurs,
après le naturalisme, ont été accoutumés à un style
direct, prenant, à un langage dru, savoureux, par¬
fois brutal, le texte français de Mirèio, de Calendau, des Isclo d'Or, les baigne dans une espèce
d'éloquence molle, qui ne peut manquer de les re¬
buter, et qui détruit même toute vague ambiance
vraiment littéraire. Car Mistral, avec le soin appli¬
qué qui l'a toujours caractérisé, s'est évertué, non
pas à traduire ses chefs-d'œuvre, mais à composer
parallèlement à eux ce que l'on appelle, dans les
versions de collège et de baccalauréat, «un français»,
c'est-à-dire un texte qui les transpose dans l'acadé¬
misme le plus faux.
Acordo-me que te

dit Vincent à

Écoutez

ce

sa

petite

fague

Vincèn ! Acô's

un

Mirèio, escouto: dins lou Rose,
Ambrose,
' no erbo, que nouman Verbeto di frisoun ;
A dos floureto, separado
Bèn sus dos planto, e retirado
Au founs dis oundo enfresqueirado.
quand vèn de l'amour pèr éli la sesoun,
Disié lou fiéu de Mèste

a

Mai

:

pecat negre !

—

I'

!

amoureuse.

qu'elle lui répond

—

un poutoun

�4O8

LO

GAI

SABER

Uno di

flour, touto souleto,
sus
l'aigo risouleto,
E laisso, au bon soulèu, espandi soun boutoun.
Mai, de la vèire tant poulido
I' a l'autro flour qu'èi trefoulido
E la vesès, d'amour emplido,
Que nado tant que pòu pèr ie faire un poutoun.
Mounto

E, tant que pòu, se
De l'embuscun que

D'aqui, paureto!
Voici
—

—

«

ce

que

que

cela donne

Vincent ! C'est

«Mireille,

desfrisouno
l'empresouno,
roumpe soun pecoulet!

un

nommons

Vherbette

fleurs, bien séparées

aux
—

:

dans le Rhône, disait le
est une herbe que nous

—

boucles

:

sur deux
fond des fraîches ondes.

tirées
au
vient pour elles
—

français

péché noir !

écoute:

fils de maître Ambroise,

en

—

elle

a

deux

plantes, et
—

re¬

Mais quand

la saison de l'amour,
fleurs, toute seule, monte sur l'eau ri¬
euse, — et laisse au bon soleil épanouir son bouton;
mais, la voyant si belle,— l'autre fleur tressaille, —
et la voilà, pleine d'amour, — qui nage tant qu'elle
peut pour lui donner un baiser.
«Et, tant qu'elle peut, elle déroule ses boucles —
(hors) de l'algue qui l'emprisonne, — jusqu'à tant,
pauvrette! qu'elle rompe son pédoncule...»
«L'une des

—

Ah !
traînait

pédoncule ! Avant d'en arriver là, elle se
péniblement, la poésie ailée de tout à l'heu¬
re, avec ces fauvettes et ces pendulines, et ces bou¬
tons de fleur entrain de s'épanouir... Mais après le
le pédoncule, j'ai à peine la force de finir !
Et je suis convaincu que si Vincent avait raconté
à sa petite compagne ces histoires de pédoncule, elle
ne se serait jamais laissé embrasser.
ce

�LO

GAI

SABER

En voilà assez, je l'espère, tout a la fois
pour jus¬
tifier l'altissime poète, et aussi le
public français, et
même M. Joseph Delteil
qui, frappé de ces éviden¬
ces,
en

avait soulevé quelque scandale, il y a deux
qu'il fallait retraduire Mistral.

ans,

déclarant

M. Delteil a ses défauts, que je serai le dernier à
dissimuler. Mais il faut bien reconnaître
que, méri¬
dional fortement raciné, félibre à ses heures,
est

il

extrêmement bien placé pour sentir l'incompréhen¬
sion fatale dont.Mistral est la victime auprès du pu¬
blic français. Comme nous, il l'aime, il le vénère.
Il souffre de constater que son dieu ne recueille
au
nord de la Loire qu'une admiration de com¬
mande.
Pour

sole,

triompher de

un

cet état de choses qui nous dé¬
: refaire des traductions qui

seul remède

transposeraient le plus nettement, le plus fortement,
le plus exactement possible dans le français, la
force, la couleur, la musique des chefs-d'œuvre mis
traliens. Pour cela, plus de périphrases, plus de
mots académiques ou scientifiques ; quand le terme
provençal est intraduisible, le franciser hardiment ;
conserver autant que faire se peut le
rythme et les
rimes. Qu'importe si le texte apparaît d'un français
un
peu barbare, bourré de néologis mes ou de provincialismes ! Il ne s'agit pas de fabriquer de belles
pages françaises, mais, tout simplement, de faire
comprendre Mistral par les gens de langue d'oïl.
C'est ainsi qu'a procédé maintes fois Léon Daudet,
notamment quand il a traduit certaines strophes du

Renegat.
On connaît
d'Or.

cette

admirable

chanson

des

Isclo

Jean de Gonfaron a été fait prisonnier par les
barbaresques, comme il arrivait fréquem¬
ment, jadis, sur les côtes de Provence. Las de l'es¬
clavage et de la bastonnade, le malheureux a renié
corsaires

�L0

4io

GAI

SABER

sa foi.
Il est devenu un forban comme les autres.
Tellement que, général vainqueur, il est aimé par
la fille d'un roi maure, qui n'hésite pas à lui faireune
déclaration sans ambages et à lui donner un
rendez-vous nocturne dans son jardin paradisiaque,,
où la brise de mer répand l'odeur des tubéreuses...

Mais, au moment où le renégat va répondre à l'ap¬
pel de la jeune sultane, qu'entend-il? Des matelotsmarseillais' qui chantent un refrain du pays de Pro¬
vence... C'en sera assez pour arracher Jean de Gonfaron à l'Islam, à ses richesses, à sa puissance, et
même à l'amour de la belle infidèle

Quau

vous a pas di qu'estènt
De l'ouro prouspèro

Sus loii

Canta marsihés

Em'

à l'espèro

ribeirés,

Jan, d'un bastimen preste
Entènd l'equipage
Béure

:

au

descampage

:

l'alegresso

uno

mestresso

Es de Mahoumet la felecita ;
Mai sus la mountagno

Manja de castagno
l'amour sènso liberta.

Vau mai que

Mistral

traduit cela

a

avec

sa

méthode habituelle

t

«Or, croiriez-vous bien qu'étant à l'affût — de l'heu¬
prospère — sur le rivage, — Jean, d'un bâtiment
prêt à lever l'ancre, —entend l'équipage — chanter
re

marseillais

:

«Boire l'allégresse — avec une amie — est de Ma¬
homet la félicité ; — mais sur la montagne — man¬
ger des châtaignes — vaut mieux que l'amour sans
la liberté».
Mais

Daudet

Qui

:

ne vous a

dit qu'étant à l'espère
prospère

De l'heure

�lo

gai

saber

411

Sur le bord de l'eau,
Jean, d'un bâtiment prêt au descampage
Entend l'équipage

Chanter marseillais
Boire

:

l'allégresse

Avec une maîtresse
C'est de Mahomet la félicité ;
Mais sur la montagne

Manger des castagnes
l'amour sans la liberté!...

Vaut mieux que

Si barbare que semble cet à peu près, il présente
néanmoins deux grands avantages : d'abord, celui
de nous transmettre, plus directement que n'importe

•quelle élégante traduction, la saveur joyeuse et fran¬
che de cette étincelante et pétillante chanson; et en¬
suite, en ne s'écartant pas du mot à mot le plus strict,
-de nous persuader doucement qu'il n'est pas bien
difficile d'apprendre, tout au moins, à lire le pro¬
vençal.
Pour les personnes
ne se pose pas ;

originaires du Midi, la ques¬
de n'importe quel dialecte oc¬
citan, elles passeront avec la plus grande rapidité
-au langage mistralien ; pour
les autres, avec un peu
d'italien ou d'espagnol, cette étude ne présente vrai¬
tion

ment aucun

Autant

obstacle sérieux.

des

le basque, ou
travail long et com¬
pliqué auquel il n'est pas donné à tout le monde de
même le

langues-mères

breton, réclament

pouvoir s'attacher

comme

un

quelque suite, autant le pro¬
s'amusant, c'est le cas de le
■dire, puisqu'on le pénètre surtout à travers des poè¬
tes, dont l'un est génial, et dont la plupart sont
■exquis.
Voilà ce qu'indiquerait, ce que suggérerait à cha¬
cun, nous semble-t-il, une traduction plus directe dé
vençal s'apprend

avec

en

Mistral.
Armand PRAVIEL.

�LO

412

GAI

SABER

Coronament del Centenàri
I a cincanta-dos ans ongan
que Mistral acabèt
l'òbra qu'a tengut dins sa vida la
maja part e qu'es
la mens conescuda : « Lou Trésor dóu

Felibrige».
d'aquela òbra, aqui meteis ont se tròba
mai-que-mai, dins los Dicçionàris, una sabenta «prefasa », un bel «discors preliminàri », lo Méstre a
mes un
simple sonet:
En cap

AU

MIEJOUR

1

En terro, fin-qu'au sistre., a cuva moiin araire,
E lou broun^e rouman e l'or dis
emperaire

Treluson

au

soulèu dintre lou blad que sort...

O

pople dóu Miejour, escouto maun arengo :
vos
recounquista Vempèri de ta lengo,
Pèr t'arnesca de nòu, pesco en aquéu Trésor.
Se

Acò

rementa

lo bordon de Mirèio

Car cantan que

Quai
cat

vei

pèr vautre,

o

pastre

:

e

gènt di

mas.

lo pòple n'a que plan pauc pesMistral, — mens encara de segur
poèmes? Que mai bêla saria la respelida,,

non

que

al «Trésor» de

qu'à

sos

s'abiam arabe nos-aus los
«pastres» o se solament los
« felibres »
abian pescat al «Trésor» ! Es triste à.
d'ire, — es la pura vertat, — lo «Trésor» es inconescut de
mens

jorn.

la

granda majoritat dels felibres, e n'es pas
bezon coma del pan de cada

vertat que man

�I.O

GAI

SABER

Lo Diccionàri de Mistral n'es

■còp,

413

consultât, de còp

en

que dins las bibliotècas publicas, :— quand s'i
tròba. Aqui, los que per tal astre i botan lo nas son
estonats- per

■caban,

vegadas d'i descurbir

pas

sè&gt; qu'i

cer-

mai espantats de tôt sò qu'i vezon enclaus : es à
dire, ni mai ni mens, tota la vida
vidanta del pòple occitan, non pas solament de la
Provensa, mas de tota la tèrra d'Oc. Lo felibre
qu'un còp a dubèrt lo « Trésor » a lèu comprés, per,
mas

encara

felibre que sia, que pòd escriure res, quai
parlar mairal, sens aber jos la man à
totas oras aquel
adjutòri incomparable. Tôt n'es pas
aqui, cèrtas, mas tôt part d'aqui,—duscas à mai.
d'un desplec de l'òbra mistralenca
qu'es aparescut à
tòrt coma anti-mistralenc : los bons
diciples son
pas los que siègon simplament una per una totas las
piadas del Mèstre.
tant pauc

que

sia

son

Lo Diccionàri de Mistral es
indispensable à tôt
Occitan que vòl saber sa lenga abans de
l'escriure,
òc dizi amor qu'acò n'es pas estât belèu encara
e

qu'en tôt

dich,

estât pron dich* On se pasa —
mai .d'un còp à tòrt —• d'un diccionàri francés :
acò's qu'on a, pauc o pron, après lo francés dins
cas es pas

las escòlas ; mas
l'occitan, que s'ensenha pas à
l'escòla, quai lo t'ensenhara ? Ta maire en primier,

ACÒ

's

entendut ;

manca

trobaras
De

à
o

ton

mas

parlar

retrobaras

mai, lo

aprèp ela,
mairal, lo

tota

la

per
«

tôt sò que
»,
ont

Trésor

lenga reirala.

Trésor » faria bravament bezon à mai
d'un autor que tremuda en francés de mots occitans
de tal biais que mòstra clafament que los
compren
■cap de pauc. Mensonarai qu'un exemple d'aquel biais
de parlar e d'escriure que cal perdonar als païzans,
l'escòla lor a pas ensenhat à faire autrament, —
mas
non pas à d'autors coma
aquel qu'escriu, dins
un roman
que ven de pareise e qu'a fach justament
bèl bruch : « L'effet fut tel que les trois sueurs le
prirent ». E ai retrobat aquelas € trois sueurs »
—

«

�lo

4i4

dins dos

gai

autres romans

saber

d'autors occitans novèlament

parescuts. Aqui très estafiers — e ne manca pas
d'autres d'aquela borra ! — que, « per s'arnescar denòu », coma

dis lo Malhanenc, farian

pas

mal d'a-

pescar » à sa rica gorga : atal poirian aprendre à coneise e à revirar coma cal lo mot « tressunar

«

sour ».

Amor que s'aparelha una novèla edicion del Diccionàri de Mistral, sò que sara lo subrebèl coronament de las fèstas del Centenàri, es plan lo moment
de dire
e voldriai
poder èstre entendut pertot ont
—

de bezon — qu'aquel Diccionàri diuria èstre:
i°
sus la taula de tôt felibre
que vòl aprendre seriozaes

lenga e de tôt autor que vòl apondre al vocabulàri francés de vocables o de viradas manlevats.
ment sa

à la

lenga d'Oc, e 20 dins totas las escòlas del Mèjorn, non solament per ensenhar als esc.olans la len¬
ga de lors aujòls, mas encara per lor ensenhar à la
revirar en francés en guiza de la francimandejar'
coma cadun pòd vèire —
e coma se veira tant que,
coma ara, se fara tôt so que
cal per qu'atal ne vire..
Antonin PERBOSC.

�LO

GAI

SABER

415

Maiidadis
à la memòria de Mistrau

i

Mistrau, davant ta memòria
fach fumejar l'encens
Esventat d'aquesta glòria
An

Dont sobreres eici-cent.
II

Los

platusiers de tota enja,
Mietjor emais dau Nòrd,
Per te porgir lor lauvenja
Son venguts en grand conòrt.
Dau

I

Mistral, devant ta mémoire on a fait fumer l'encens
gloire dont tu regorgeas ici-bas.

éventé

•de cette

II

Les bavards de

toute

race,

du Midi et du Nord, pour t'apen grande liesse.

porter leur louange sont venus

�4i6

gai

lo

saber

III

Jol fais de bufeca pr'o^a,
An cochat

coma

un

argat,

Mila turlauds à ta
E cent

crò^a
jòtglars ań fringat.
IV

Mas iu

qu'ai mas la mia Mu^a,
Te mande, amb mos recorsos
Dins 'questa vielha lengua u^a
Que refolis

en

chansos,
V

Amb Los lums d'hueï mais los

flaires

'Quis rebats de tortolos
Que colenen, fajilhaires,.
Sus lo pelen micolos
...

Albert PESTOUR.

m
Sous

peau,

un

fais

de prose creuse, ont accouru comme un trou¬

mille cuistres

vers ta

tombe et cent jongleurs ont dansé.
IV

Mais moi qui n'ai que
ma
dans cette vieille langue

Muse, je te dédie, avec mes refrains
usée qui refleurit en chansons,
V

Avec les clartés et les parfums d'aujourd'hui, ces reflets
tourterelles .qui glissent magiques sur le tendre gazon...

à. p.

de

�LO

Lettre

sur

GAI

SABER

417

Frédéric MISTRAL

Le Roussillon fait-il partie de cet Empire du So¬
leil que Frédéric Mistral fondait dans l'espace ? Je
ne saurais l'affirmer, mais cette
province était «chère
à ses souvenirs d'enfance », et il m'en a écrit la rai¬
son :
« xMon pauvre vieux père, soldat à Perpignan
et au Boulou (en 1793 !) nous en parlait sans cesse
d'un pays

de Dieu ! » Puisque je suis né dans
de Dieu, je puis ajouter que je suis un mistralien fervent. J'ai lu Mirèio sur les bancs du col¬
comme

ce

pays

lège. Les œuvres complètes du maître provençal
m'ont beaucoup soutenu durant un hiver que j'ai
passé dans les Marches du Limousin, à la frontière
même de la légendaire Occitanie. Cette lecture m'a
fait découvrir un ordre de grandeur sereine, tandis
qu'elle me délivrait de l'envoûtement du symbolis¬
me. Je discernais alors deux courants contraires, ce¬
lui de l'inquiétude et celui de la confiance, celui de
Baudelaire et de Mallarmé, à demi perdu dans les
feuillages du crépuscule, et celui de Mistral. Ce der¬
nier

courant

était celui de

mon

enfance.

Et

ainsi, la pensée du poète venait se mêler à mon
pays de Casenoves, à son église en ruines, à ses
champs de fenouil, à ses granits, à ses micocouliers.
Je sentais combien un régionalisme spontané, com¬
me celui de Mistral,
l'emportait sur un régionalisée
comme celui de Barrés. Je désignais
d'un seul mot la vertu que je découvrais en lui : l'en¬
thousiasme. J'étais ravi par sa fierté vigoureuse. Il

d'application,

�4i8

LO

GAI

SABER

m'apparaissait un peu comme cet Archange, terras¬
sant un dragon d'un vert de menthe, à peine deviné
dans une peinture de Domanova, qui est un ermita¬
ge sur une colline du Confient. J'admirais tout au¬
tant cette alacrité, cette bonhomie légère, ce chefd'œuvre qui semble né du jeu le plus simple: Memòri e Raconte. Aujourd'hui, comme il faut lui
accorder une pensée, j'ai choisi Calend.au parmi mes
livres de vacances, mais je n'en aurais rien écrit,
mon cher Salvat,
si vous ne m'aviez demandé cette
page à l'ombre de Maguelone :
En

Aigo-Morto

Esterello

un

matin

e

Magalouno
paisse li brau.

meno

( Calendau, IV.)
J

★
*

Mistral
vers

son

est

*

toujours lui-même et il

œuvre

à tra¬
semble

conserve

la,même unité de ton. Il

me

que son style n'a pas varié, ce qui prouve qu'il a
gardé une force inaltérable à travers les années. C'est
le style du conteur épique, mais c'est aussi celui des
monuments de son pays. La strophe qu'il emploie on¬
dule et se replie et se retire dans le dernier vers:
cette technique ornementale n'est pas classique, mais
à coup sûr elle est provençale. Elle a parfois une
beauté sereine, et qui serait froide, sans une perpé¬
tuelle vibration solaire. Cela ne suffit pas pour qu'on
le considère comme un génie isolé dans son époque.
Certaines toiles de peintres provençaux obéissent à
un art
parallèle au sien. Il est impossible qu'il n'ait
pas été sensible à l'élan du romantisme. Par une élaboration géniale, que dictait l'indépendance de
son
esprit, le romantisme aboutit dans son œuvre aux
résultats les plus inattendus.
Le romantisme renouvelle le sens épique, et seul,
Mistral est épique avec sincérité ; il continue l'an-

�LQ

eienne

41g

GAI,SABER

poésie provençale, en lui rendant, après sept

siècles, l'épopée qui n'avait pas :pu
Le romantisme

se

s'y manifester.

pel*d dans la vision des siècles dis¬

parus, et seul Mistral en rapporte une
te. Il retrouve la Joie d'amour. Là

flamme vivan¬
Princesse des

Baux, cette sœur un peu sauvage de
étinceler l'auréole de l'amour courtois.
Le romantisme

se

plaît

au

Béatrice, fait

fantastique et au mer¬

subtilité, les
rattache à la tra¬

veilleux, et Mistral, avec une aimable
ramène à la source populaire et les
dition gréco-romaine, comme s'il y

voyait des vesti¬

de
ges de la mythologie. Lamartine connaissait
décrire avec ampleur les paysages des golfes et des
cimes alpestres. Les paysages de Mistral sont larges,
d'un dessin plus précis, d'une minutie vibrante.
ne

l'art

Il

perd pas dans une incantation d'automne. Il ne
fait pas chanter le vers : il fait chanter son pays de
Provence, et toutes ces strophes parfumées et mica¬
cées, pourtant si incisives, semblent s'évanouir de¬
vant la réalité des arbres et de la mer. Personne,
depuis les narrateurs latins et depuis Dante, n'avait
montré une telle acuité du regard :
$e

Entre li

roco

rousso

e

blanco

Qu'en miejo-luno fan calanco...

(Calendau, III.)
*
*

"

.

*

Le plus grand secret de Mistral réside dans l'em¬
ploi d'une langue populaire, d'une langue retenue
par le concret et par les sentiments simples et vi¬
taux. Ce n'est point l'unique source de poésie, mais
c'est vraiment une source, et des plus abondantes. Ce
serait toutefois une erreur de croire qu'une langue
populaire permette d'atteindre à la beauté, presque
spontanément et sa.ns délibération. On ne parvient
à de tels résultats que si on est doué d'un sens.inédit
de la vie des mots.

�LO

420

GAI

SABER

Il est assez normal qu'un poète soit aussi un phi¬
lologue, mais dans ce cas la philologie ne se replie
pas sur elle-même. L'œuvre de Mistral révèle une col¬
laboration prodigieuse avec l'esprit de son peuple.
Son peuple parle avec lui. Il ne faut pas chercher ail¬
leurs l'origine de ces images énergiques, de ces phra¬
ses
presque nues, qui manifestent une élocution na¬
turelle. Voici comment s'exprime la Princesse des
Baux, lorsqu'elle s reconnu la félonie du Comte Séveran

:

Aviéu dóu
E

de la pastouro

mau

Qu'à-n'un valat l'estiéu s'amourro,
qu'avalo uno serp e que n'a lou sóulèu.
(Calendau, II.)

J'étais semblable à la bergère qui, au torrent,
l'été, plonge ses lèvres, et qui avale une couleuvre,
et qui en a des haut-le-cœur. »
La connaissance du parler populaire et de ses mille
locutions détermine de toute évidence le génie de Mis¬
tral, et le guide à travers les paisibles méandres de
ses épopées. Sa composition est d'une sage lenteur,
mais l'expression est toujours vive. Au surplus, il est
avant tout un conteur. Que l'on ouvre Calendau'. le
narrateur populaire est toujours là ; on le voit, sur
les pentes herbeuses, exposer avec mille détails fée¬
riques la vie des pêcheurs de Cassis. Il passe norma¬
lement du chant à la conversation, et il côtoie la
plus sereine limite de la familiarité.
Le récit glisse de quelque hauteur lumineuse sur
la pente du parler populaire et se redresse avec la
flamme de l'inspiration ; toutes les strophes s'avan¬
cent comme des barques de jouteurs, au fil de l'eau
«

du Rhône.
★
*

*

Mistral a donné à sa poésie la
horizon ou de son climat, qu'il a

limite même de son
appelé l'tEmpire du

�lo

gai

saber

421

Soleil. Il est possible que son classicisme provienne
dé cette limitation d'ailleurs généreuse, ou que cette
contention soit un effet de son classicisme naturel,
celui de son caractère et de sa vie. On n'enlève rien
à son génie si on observe qu'il a été aidé par des
circonstances exceptionnelles, et que l'on ne saurait
toutes énumérer : unité de la Provence, bienfait de
son

climat, facilité de la vie, vivacité des coutumes,

charme de l'amitié, grâce des provençales souples.
Son œuvre se confond avec le destin de la langue

provençale ; la menace qui semble peser sur cette
langue lui donne une fascinante parure. Le grand
Maillanais a parfois pressenti ce crépuscule, et cepen¬
dant il ne pouvait douter de son œuvre qu'il appelle
avec une juste fierté " le monument mystique". La
même menace pèse sur toutes choses, mais les jours
naissent des nuits. Et encore, n'a-t-il pas laissé quel¬
ques épigones ? Et ces derniers n'ont-ils pas révélé
quelques modalités nouvelles du provençal, quelques
musiques presque ignorées de la langue d'Oc ?

Joseph-S. PONS.

�LO

422

GAI

SABER

LUGAR"'

tròs d'un
en

Ansin s'en vai, se

poema

preparacion.

noirisent de fruchas

E s'abèurant à las

fònts cristalencas,
perdut dins l'inmensa boscasa
Lugar s'en vai. Las brancas entremesclas
Fan sus son cap un arc-vòlt d'esmerauda.
E lo piu-piu gauchos de Vauceliha,
Lo tetar-dols de l'aiga sus los feules (2)
L'apà^ian lèu en bresant son angoisa.
Ansin

Es al pus fons
Onte fai nuech

de la selva feresta 0)
tre que solèl trecòla,
E, mita-mòrt de lanha (4) e de lase^a
Vèn s'alongar à la vòra dèuna aiga
Cascareleta. A
Laisan tombar

son
sas

entorn de sauves

traginas (5) de fuelhas,

E, lèu, bresat pel murmùri de l'aiga,
Pel

fregadis cantador de la rama
Arpa verdenca al fregar de Vaureta —
Lugar s'endòrm. Non sembla d'aquest monde,
—

(1) Lugar, étoile du matin. Nom du héros du poème. (2)féu\e,
fougère. (3 ) fer est-a., sauvage. (4) lanlia, tristesse, chagrin. (5)
tragina, traîne.

�LO

Diriat\
Vec !

GAI

SABER

423

un ange acropit sus sas alas.
es bel d'una beltat divina !

co?na

Dins lo

E

folhat, dins la barta florida
ròc mofut paumant sa testa,
los dardais de la luna folesca

sus un

Vec!

Escostament (6)

e

tras de la ramiha

Vènon pau^ar sus sa cabesa un nimbe.
O dormicion ! baume de l'anma en pena!

Freirastre de la mòrt, ò sòm

! ranima

Son còr dolent, pauqa sus sas parpèlas
Tos lords potons, bresa-lo dins tos sonb.es,
O sòm belin ! tu que raubas l'anmeta
De V enfant on sus las raias de luna

Cap als palais de nivols de las fadas,
Tu que fas vèire al jovent l'anma-sòrre,
E lo lumdar (1) de la mòrt al velhonge.

Mas vec-lo ! que

pantai^a
Lugar, una està^i tremuda
espresion desconortada (8) e lasa.

O sòm belin !...

Lo bel

Son

VALÈRI BERNARD.

(6) escostament, en secret, clandestinement. (7) lumdar, le
(8) desconortat-da, découragé, affligé.

seuil.

�LO

424

GAI

MISTRAL

SABER

à

Bezfcrs

Entre totas las ciutats, Be^ièrs se debià de plan
celebrar lo centenari de la naisensa del Mèstre
de Malhana. Lo reviscolaire de l'ama mièjornala aimaba aquela vila ont bron^isià lo reson
de sas idèias e d'ont li venià l'omenage cor al
d'un pòple amistos.
I venguet un prumier còp en 1864, à la fèsta
de l'Arqueologica, per asistar al coronament
dels lauréats, convidat qu'èra per d'amies pode-

ro\es que badaban Mirèlha. Romanilha l'acompanhaba. A la taulejada, ont frairejèron ambe
de sabents

coma

l'academician Viennet

e

lo poe-

flològue Gabriel A^ais, los dos felibres encantèron lo monde ambe lors galejadas e lors
causons, talament que, se, de dabant, los admiraban à cau^a de-lors òbras, quand los ajèron vistes e audits, los aimer on encara mai.
En 1902, la Santa Estèla se celebrèt à Be^ièrs.
Los Be^ierencs tenian que Mistral la pre^idèse e
abian après que belèu podrià pas venir. Per lo
decidar, li mandèron un'jovent, Emili BartKe,
que dempèi a fach de camin al lum dels set rais.
Alara fa^ià repre^entar Coucourdou, una de sas
prumier as pesas. Coma acò li parlât Mistral :
« Mon enfant, tombas mal. Patisi de las dolors e
ai una camba enrelhada. Vau un pauc melhor
peracò, mas Be^ièrs es mai luèn que Mausana...»
De gròsas lagremas perlejèron als uèls de Barthe e li redolèron sus las gantas. « Deque fas?
ta

Ploras ! Anem,

consòla-te,

mon

enfant; veni

;

a^ardi lo paquet. »
Podèt\ pensar se li faguèron fèsta.
Aqueste bel an de Dieu 1930, al nom de Mistral
Be^ièrs encara un cap s'es estrementit. Jost Va-

�LO

GAI

SABER

425

flat arderos del majorai Doctor Vabre, Capiscòl
de la Cigala Lengadociana, gracia à la
genero^a
benvolensa del Mèstre d'òbra Peire Roques, ambe l'ajuda biaisuda del Municipe de Be^ièrs, se
celebrèt, lo 6 de julhet, lo centenari de la naisensa

del

Mèstre.

Frédéric Mistral nebot

e

sa

genta dòna venguèron onorar la fèsta de lor pre^ensa. A non or as, los felibres faguèr on recebuts
à la maison comuna pel Còiise, M. Suchon,
que
lor faguèt servir un vin d'onor e los benastruguèt
al nom de la vila. Lo Cònse, lo
Jost-Prefèt, lo
Comandant Baret président de l'Arqueologica,
Mistral nebot, los majorais Vabre, Salvat, Vinas, Barthe, etc., prenguèron la testa d'un long
cortètge, ont, joisgonfalons e drapèls, lu p. an los
polits costumes arlatencs, be^ierencs, narbonés
e ont
gaucho^ament tiraban l'uèlh las ricas far¬
das e los ceucles enribanats e enramelats dels treIhaires e de las trelhairas. Lo cortètge pasèt pel
baloart de Strasbourg, que portarà d'ara en lai
lo nom de Frédéric Mistral, e arribèt dabant
l'Escòla pratica. A qui Dòna Mistral nebot tirèt
un vel e
descubriguèt la lau^a de marbre clavelada la vèlha à la paret per rapelar las doas vi¬

sitas de Mistral à Be^ièrs e portant aqueles
tre vèrses de sa rampelada :
Nautre

qua¬

plen jour
parla toujour
La leng-o dóu Miejour
Qu'acô's lo dre majour.
en

Voulèn

Sus la plasa atenenta grandament ornada s'au%iguèron las dichas enauradas del Capiscòl, del
Président de l'Arqueologica, del Cònse, que parlèron en felibres afogats. S'au^iguèt encara en
l'onor de la memòria del Mèstre de Malhana

un

superbe del majorai Barthe que lo poèta nos
debitèt el même ambe un estrambòrd que pasaba
dins l'ama de totes e fa^ia picar las mans ; e, en

■cant

�426

LO

Vescotant martelar
ma

de

GAI

sos

parpalhonejar clins
Prosper Estieu :
Lq còr

a

SABER

fiâmes coplets, sentiài co¬
ma

memòria lo polit

sempre

vint

vers

ans.

Pèi, lo cortètge virèt cap à Sant-Na^arï, ont
Vabat Salvat nos faguèt entendre, sul catolicisme de Mistral, un dels mai polits e gostos
sermons qu'aje prononsats.
M.

Aprep la mesa, en autò per Linhan ! Mosur e
Madama Roques recebèronlos felibres ambe una
amistat que s'oblida jamai. Granda e gaucho^a
taulejada dabant lo Castèl, anciana demòra d'es¬
tieu dels evesques de Be^ièrs, brindes enfiocats,
granda Cort d'amor dins lo parc ont trèva lo
sovenir del Paire Vanière, que i escribèt, en partida, sonpoèma florit del Praedium rusticum, dan¬
sa de las trelhas, cants e causons,
repre^entacion
d'una comedia ri^olièra de Gaston Vinas, i man¬
quât res per acontentar, tant que faire se pbd,
lo monde vengut talame?it nombros que barrejaba de vivas colors

e

la terrasa

e

totas las anadas.

Retorn à

Be^iers en cantant de causons. Lo se¬
granda repre^entacion, dins las Arenas, de
la pesa plan coneguda de Barthe, La Filho de la
Mar, que fuguèt jogada en perfeccion per la tropa de Montblanc, e en seguida un bal populari
plan animat que duret tota la nuèch jusca à la
poncha del jorn.
Tala fuguèt, à vista de pais, la fèsta del centenari de la naisensa de Mistral, fèsta que demorarà, coma una esbleugisenta solelhada, dins la
memòria d'aqueles que i asistèron.
ra,

JOAN

LADOUX.

�LO

GAI

SABER

427

MISTRAL à Toulouse
Les villes de la Grèce se disputaient la gloire d'a¬
voir donné le jour à Homère: les villes de notre

Midi, celles du moins qui y ont des droits, s'enor¬
gueillissent d'avoir eu, ne fût-ce qu'un jour, Mistral
dans leurs

murs

ou

d'avoir

un

instant occupé

sa

pensée.
Toulouse est
des premières.

de

ce

nombre, à tous les titres, et

Il vint en effet à Toulouse, le 3 mai 187g, à la
Fête des Fleurs de cette année, qui se tint, comme

jadis et toujours, à la Salle des Illustres au Capitole,
remercier l'Académie des Jeux Floraux qui venait
de lui décerner, comme à Voltaire, Chateaubriand,
Victor Hugo et Jasmin, le titre de Maître ès Jeux.
Ce fut à Toulouse un grand événement littéraire.
La vaste galerie, décorée des bustes de toutes les il¬
lustrations de Toulouse et du Languedoc, était pleine
jusque dans ses abords, et l'élite de la ville et de la
région, dans ses plus élégantes toilettes de printemps,
s'y était donné rendez-vous pour voir et entendre le
poète provençal déjà illustre qui avait donné alors
Mirèio et Calend.au et qui venait de nouer la gerbe
des Isclo d'Or.
Il

est à

peine besoin de dire qu'il eut les honneurs

de la séance.

Il fut reçu au nom de l'Académie par un des
les plus anciens et les plus distingués

mainde la
Compagnie, M. Ferdinand Delavigne, qui était doyen
teneurs

de la Faculté des Lettres et dont la culture était tou¬
te

imprégnée du plus pur atticisme.
L'Académie était la fille directe de la

Subregaia
Companhia dels VII Trobadors de Tolo^a de
1323, qui s'était réunie pour «maintenir» la langue

�428

d'Oc

LO

pourchassée

par

GAI

SABER

les Sénéchaux du Roi après la

réunion du Comté de Toulouse à la Couronne de
France. Elle l'avait maintenue, en effet, tant qu'elle
l'avait pu, mais aux environs de la Renaissance elle
n'avait plus à ses concours que des concurrents en

langue française et, faute de combattants en langue
d'Oc, c'est aux poètes de langue d'Oïl qu'elle fut obligée de décerner ses Violettes d'or, ses Eglantines,
ses Soucis et ses autres fleurs
qu'elle continue à don¬
ner chaque année.
Elle n'avait cependant jamais renoncé complète¬
ment à la
langue d'Oc. Ses mainteneurs, presque
tous de race toulousaine et méridionale, gardaient
une souriante tendresse à la vieille
langue des aïeux
et, comme l'abbé Salvat l'a montré dans son magis¬
tral discours de réception, elle avait accueilli, avec
une
faveur persistante, Goudouli au dix-septième
siècle et, au dix-neuvième, elle avait marqué de di¬
verses
manières, toutes significatives, son intérêt
pour la langue d'Oc: c'est ainsi qu'elle avait présidé
solennellement au transfert des cendres de Goudouli
des Grands Carmes à la Daurade
(1808), qu'elle avait publié pour la première fois, grâce à ses mainteneurs

d'Aguilar, d'Escouloubre

les manuscrits de

ses

Flors del

et Gatien-Arnoult,
Gai Saber (1841)

qu'en 1853 elle s'était adjoint Jasmin au titre de
Jeux.
En 1879, il y avait précisément encore à l'Acadé¬
mie Gatien-Arnoult et quelques autres mainteneurs
plus particulièrement informés sur la personnalitéde Mistral et sur le mouvement du
Félibrige, comme
le comte Raymond de Toulouse-Lautrec,
qui était
un
ami personnel de Mistral, dont le nom figure à
la dédicace d'un des chants de Nerto, et qui devait
devenir majorai. Ceux-là surtout devaient désirer
voir Mistral entrer à l'Académie des
Jeux Floraux.
D'autre part il semble que Mistral de son côté ait
désiré, surtout pour son œuvre, cette sorte de conséet

maître ès

�LO

cration

méridionale

GAI

que

SABER

429

la vieille

Académie des

Sept Troubadours avait donnée à Jasmin.
C'est ce qui ressort de l'allocution
que lui adressa
M. F. Delavigne. « A la tête d'une
grande école po¬
étique, lui disait-il, applaudi à l'Académie Française
-et, malgré le voile d'un idiome que toute la France
ne
parle pas, lu dans toute la France, populaire
jusque dans votre pays, ce qui est rare, quel désir
littéraire pouviez-vous former?
Quel fleuron sem¬
blait manquer

à votre
voulu le

riche couronne? Un seul,
conquérir. Vous vous êtes
souvenu qu'il
y a des cités qui donnent la gloire, des
monuments qui la consacrent, de
poétiques aréopa¬
ges qui, pour les vrais fils du Midi, ont seuls le droit

•et

vous

avez

de distribuer le rameau d'or. Et
entrer dans Toulouse, dans son

Compagnie du Gai Savoir. Tous

vous

avez

voulu

Capitole, dans
vos

vœux

se

sa

ré¬

alisent.
hôte

Aujourd'hui, Toulouse vous accueille comme
glorieux et cher, le Capitole retentit des ap¬
plaudissements que soulève votre nom, l'Académie
des Jeux Floraux vous accueille comme un de ses
un

maîtres...»
Et M. Delavigne, avant et après ces
lignes, fai¬
sait un très brillant et
intelligent éloge de Mistral,
de son œuvre et du
Félibrige, alors dans Son ado¬
lescence, tout en laissant percer un doute et un re¬
gret sur l'avenir et la résurrection de la langue d'Oc.

{«L'avenir

le dira et, pour ma part, je le crois
que je ne l'espère.»)
Mistral répondit par le célèbre Gramaci a Na
Clemènço Isauro qui se trouve, comme on sait,
dans les éditions postérieures des Isclo d'Or et
que
nous

peut-être moins

tout

le monde connaît.

Notons

seulement qu'on était au lendemain de
Calendau, de la Coumtesso et des polémiques con¬
cernant un soi-disant
séparatisme et que Mistral rëmerciait

Clémence Isaure

Felibrige» assaillie

par

«

d'abriter

«la

barco dôu

la tempesto jalouso

» : et

�LO

430

GAI

SABER

qu'il proclamait Clémence Isaure héritièreTroubadours et
presque — Toulouse
capitale historique de la langue d'Oc :
notons

directe des

—

Car

es vous,
pèr lou sang, que sias drecho eiretiero
D'aquéli rèi troubaire e di troubàire rèi
Qu'au parla toulousen dounèron pèr frountiero

Tóuti li souleiant e tóuti li coustiero
Ounte l'Amour fai lèi.

Est-il besoin de dire que le
véritable triomphe et qu'il
ter ses fruits ?
un

succès de Mistral fut.
devait peu à peu por¬

Du reste, le lendemain, Mistral
Félibres.

appartint tout

aux

Il fut accueilli, lui et Madame Mistral, chez Tivollier, par le félibre majorai Paul Barbe, de Buzet,
syndic de la Maintenance d'Aquitaine, en une belle félibrée où il lut le Gramaci à Na Clemènço Isanro et où il chanta
peut-être pour la première fois ?
Li bon Prouvençau. Dans cette félibrée on dit
force vers, presque tous en langue d'Oc, débordant
d'estrambord et qui avaient pour auteurs le majo¬
rai Chastanet, vice-syndic de la Maintenance d'A¬
quitaine, le mèstre en Gai Saber Castela, les féli¬
bres Lacombe de Caussade, Louis Sarlat, Caries de
Carbonnières qui devait devenir majorai, le mainteneur des Jeux Floraux de Marion-Brézillac, de
Combettes-Labourelie, «capiscol de l'Escolo de Goudouli », Charles Desjardins et d'autres.
Cette félibrée n'eut malheureusement que des len¬
demains lointains. C'est en effet longtemps après
que parurent Les Grilhs d'Auguste Fourès (précédés
—1877-85— j&gt;a.rVArma?iacde la Lauseto). L'Escolo
Moundino suivit pendant longtemps le conseil que
Mistral avait donné aux Jeux Floraux de revenir a
leur langue ancestrale. Ceux-ci le suivirent à leur
tour dès que les fondations du
banquier Ozenne leur
permirent de rétablir les concours anciens de langue
d'Oc, alors que la municipalité de Toulouse, surtout
pour des raisons politiques, venait de supprimer à
—

—

�ld:

l'Académie
à l'Escolo

gai

sabek

431

subvention séculaire pour la donner
Moundino, — ce qui causa une polémi¬
sa

où Charles Maurras prit une part importante (en
faveur de Y Escolo) et au cours de laquelle Mistral,
ainsi qu'il l'écrivit lui-même, se trouva quelque peu
que

gêné, entre l'Académie, dont il faisait partie, et
VEscolo, dont il ne pouvait désapprouver l'attache¬
ment à la langue. Aujourd'hui, l'Académie des Jeux
Floraux et l'Escòla Occitana, étroitement unies,
ont pleinement réalisé, semble-t-il, le vœu de Mis¬
tral, dont elles ont, elles aussi, célébré le centenaire
le

2

mai dernier.

Il y aurait encore beaucoup
tions de Mistral avec Toulouse.
que

nous avons

sur les rela¬
Dans deux causeries

à dire

faites à la Société félibréenne des
janvier

Toulousains de Toulouse, sur ce sujet, dès
1930,

pendant qu'Armand Praviel commençait sa

belle série de conférences qui ont été réunies dans
son
excellent livre, «Notre Mistral» (Perrin), nous
avons signalé le poème du Maître sur L'Or de Toulouso (des Oulivado), nous avons lu et commenté
quelques-unes de ses lettres à des Toulousains com¬
me Armand Praviel, Paul Mesplé et nous-même, et
nous
avons
dit comment la municipalité socialiste
de Toulouse n'a pas cru devoir autoriser l'apposition

Capitole, que nous avions proposée, d'une plaque
l'honneur du Centenaire de Mistral et d'une se¬
conde en l'honneur de celui de V. Hugo, tous deux
au
en

ayant joué, au

Capitole, si l'on ose dire, un rôle illus¬

à des époques différentes. Mais tout cela, que
nous écrirons peut-être
un jour, dépasserait les li¬
mites qui nous sont données.
tre

Qu'il suffise de dire que Toulouse a occupé une
place assez notoire dans la vie et l'amour du Maître,
qu'elle a su l'entendre et le suivre et que, dès janvier
1930, elle a été la première à célébrer le centenaire
de

sa

naissance

providentielle.
J.-R. de BROUSSE.

�432

lo

gai

saber

L'Arbre de MISTRAL

En

Dreit
Ai

Mont-Segur, subre

fait

Pr' i

Es

brèmbant lo temps reiral,

me

una serra,

trauquet dins la terra
plantar l'arbre de Mistral.

un

un

nanet

garric d'ongan,
radies ièr son nascudas
dont doas fèlhas plan menudas

Dont las
E

Venon d'entre-durbir
Ambe
Ai

un

l'aglan.

veirat de vin novèl

volgut faire son batisme,
l'espèr que, gracia al Autisme,.

Dins

Los mius nebots lo veiran bel.
Sos

pèds s'enfon\en al prigond
terrador, sant relicari,
Per que devengue centenari
E tòque l' cèl ambe son
front!
Del

Coma demest
Las
E
Lo

auras

un

i sian

v

carvenal,

bron^inantas

resontigue dins lors cantas
nom de nòstre
grand Mistral!
Cecila

CUXAC..

�LO

GAI

SABER

433

Les Résultats du Centenaire 0

Le Centenaire de Mistral aura donné des ré¬
sultats durables et féconds. Il aura prouvé que le
mistralisme est au-dessus de toute politique, Mistral
...

ayant été célébré dans la même semaine par M.M.
Lautier, Mario Roustan, E. Herriot, Léon Daudet et
Charles Maurras. Il aura prouvé de la part du peu¬

ple de Provence une ferveur et une compréhension
presque inattendues de l'œuvre de Mistral ; il aura
montré son influence profonde à l'étranger ; il aura
aussi posé et posera de plus en plus le problème, qui
n'est pas résolu et qui doit l'être, de l'enseignement
du provençal. Lui accorder, comme on l'a fait il y
a dix ans, une chaire magistrale, que
j'ai le grand
honneur d'occuper, à l'Université d'Aix-Marseille,
c'est bien ; mais l'enseignement supérieur reste un
luxe ; c'est au lycée, c'est à l'école, c'est aux examens
publics que la langue de Mistral doit avoir accès !
Car notre gouvernement doit être logique : il doit se
refuser à célébrer Mistral, à décorer sa veuve après
lui-même, ou bien il doit reconnaître que sa langue
a le droit de vivre et que pour vivre utilement et di¬
gnement une langue a besoin d'être enseignée. In¬
terpellé l'an dernier à ce sujet, M. le Ministre de
l'Instruction publique répondait: «Je suis moi-même
du Midi et j'aime tant la langue d'oc que je me refu¬
se à la laisser enseigner,
car elle y perdrait sa sa¬
veur et sa verdeur ! » Simple plaisanterie sans doute,
galéjade, répartie de tribune, mais non pas réponse
sérieuse d'un ministre conscient d'un grand pro¬
blème.

(i) Extrait de La Revue de France du 15 octobre 1930.

�lo

434

gai

saber

Il

s'agit de savoir en bref si la France veut, dans
d'uniformité, laisser périr sur son territoire
toutes les langues qui ne sont pas le français, ou si
elle désire, sans attenter à son unité, qui ne doit
pas exclure la diversité, sauvér tout ce qui reste de ses
richesses linguistiques et, parmi toutes, cette richesse
toute spéciale qu'est la langue de Mistral, le plus
grand poète gallo-romain qui soit né depuis Virgile.
La question est telle ; le centenaire mistralien la
pose à nouveau dans toute son intensité. Dans quel
un

but

sens

va-t-on

la résoudre ?

Le silence

n'est pas une
ou par non à

réponse. Il faudra répondre par oui
question précise, et de cette réponse dépendra
l'orientation future du Félibrige.

cette

Emile RIPERT.

�LO

GAI

SABER

435

Deux Centenaires

Frédéric Mistral &amp; Guido Gczcllc
Tandis qu'en cette année 1930, si féconde en cen¬
tenaires, l'Occitanie célèbre Mistral, la Flandre a
commémoré la naissance du plus pur de ses poètes
du i9m,! siècle, Guido Gezelle. Mais ces deux événe¬
ments synchroniques sont infiniment mieux qu'une
simple coïncidence. Entre les deux grands hommes,
en
effet, le sort a établi un rigoureux parallélisme.
Les analogies de leurs destinées, les affinités même
de leurs inspirations puisées aux sources d'un com¬
mun idéal
frappent dès l'abord quiconque étudie leur
vie

et

leurs

œuvres.

Combien

ils étaient, l'un et l'autre, faits pour se
comprendre mutuellement, rien ne le montre mieux
que le livre que Caesar Gezelle a consacré à son on¬
cle Guido et qui porte précisément pour titre géné¬
ral, donné à la série d'études dont il est composé,
une devise flamande empruntée à
l'auteur provençal:
Voor on^e
littérale du

Mirèio.
défini

mispre^en moedertaal (1), traduction
Per
nosto Icngo
mespresado de
Comparé avec les «Mémoires » où Mistral
ambitions

espérances, cet ouvrage
des préoccupations qui
peuvent guider les véritables pasteurs des foules.
On y trouve également des références précises qui
prouvent qu'ils eurent une claire conscience de leur
alliance spirituelle.
a

révèle

ses

et ses

la véritable identité

En 1890, en effet, dans sa revue « Biekorf», Guido
Gezelle écrivait : « Ce serait une belle chose si, nous

(1) C. Gezelle. Voor
Haye.

éd. La

on\e

mispre\en moedertaal. 1 vol. Veen&gt;

�436

LO

GAI

SABER

Flamands, avions quelque notion de ce qui se passe
(dans le Midi), ne fût-ce que pour compren¬
dre, grâce à l'exemple du peuple du «Miejour», quel
doit être notre respect Per nosto lengo mespresado, «pour notre langue méprisée», comme chante Mis¬
tral, v. 13 de sa merveilleuse et virginale Mireille».
là-bas

Dans «Biekorf», également (6me année, p. 176), il
rendait compte en ces termes de la conversation d'un
de ses amis récemment rentré de Provence où il

avait visité la maison de Maillane : « Il y

vit que le
poète du Sud est tout à fait au courant de notre mou¬
vement flamand... Mistral éprouve véritablement un
sentiment fraternel à l'égard de nos lutteurs fla¬
mands qui, comme il l'est lui-même en Provence,
sont les défenseurs de la langue,
d'une langue qui
est la gardienne des mœurs chrétiennes et des sur¬
vivances de la patrie».
Gezelle et Mistral, qui se proposaient semblablement d'honorer et d'illustrer « par la flamme de la
divine poésie » le parler de leurs aïeux, ont accompli
leur tâche et atteint le but, que d'aucuns jugeaient
chimérique. Si le premier a traversé une dure exis¬
tence, semée de difficultés, tandis que le second sui¬
vait la route droite d'une carrière triomphale, ces
fortunes diverses n'ont pas détourné nos grands hom¬
mes de leur but commun. Ils laissent, l'un et l'autre,
un héritage durable
où la masse peut prendre sa
part comme le font les érudits et les savants. A cet
égard, Rond den heerd, revue de vulgarisation lit¬
téraire, folklorique et historique fondée par Gezelle,
a
joué un rôle assez analogue à celui de VArmana
Prouvènçau. Loquela, autre revue où le poète re¬
cueillait et commentait les particularités des dialec¬
tes west-flamands, se peut comparer (1) au Trésor
dóu

Felibrige.

(1) Au moment où l'on réédite le Trésor du Félibrige, il est
piquant de remarquer que les matériaux philologiqjues amas¬
sés par Gezelle dans les fascicules de sa Loquela viennent d'être

�L0:

GAI

SABER

437

Plus encore et au-dessus de tout, les œuvres con¬
tinuent, après la mort de leurs auteurs, leur rayon¬
nante action. Leur gloire posthume, mieux
que les
procédés qu'ils ont employés, continue à servir les
intérêts de leurs familles

spirituelles.

Noublions pas, en effet, que s'ils furent
d'incompa¬
rables
illustrateurs » de leurs langues, leur straté¬

gie de défenseurs fut parfois en défaut et que seules
les ressources inépuisables du
génie purent compen¬
ser des erreurs de
tactique sur le terrain des conflits
linguistiques.
Nous aurons garde de nous mêler aux controverses
qui, sur la terre d'Oc, divisent partisans des dialec¬
tes et champions de la langue
unifiée. Mais, si notre
qualité de profane nous incite à la neutralité, si no¬
tre
respect pour le chantre de Maillane nous interdit
de juger s'il eut tort ou raison de préférer les formes
particularistes à un langage plus général, plus acces¬
sible aux foules voisines et parentes, nous n'en de¬
vons
pas moins verser au débat des pièces importan¬
tes : les documents de notre
propre expérience.
Quelle que soit la vénération des Flamands pour
Gezelle, ils ne se dissimulent point les dangers que
son
particularisme west-flamand, très accentué, eût
pu faire courir à l'unité linguistique néerlandaise.
Les Flamands de France eux-mêmes, situés pourtant
à l'extrême pointe occidentale des dialectes westflamands et honorés par Gezelle de nombreux em¬
prunts à leur parler populaire, se félicitent que sur
ce point
le poète n'ait pas fait école. C'est qu'à
la différence de ce qui s'est passé en Occitanie il
se
trouvait en présence d'une langue écrite déjà
remaniés et

publiés sous forme de dictionnaire (Ed. Lannoo, à
Thielt). — Un des collaborateurs et amis de Gezelle, L. de Bô,
doyen de Poperinghe, avait d'ailleurs, du vivant même du prê¬
tre-poète brugeois, composé une œuvre, qui constitue le
strict parallèle du Trésor dòu Felibrige, le West Vlaemsch
Idioticôn, qui a déjà eu deux éditions.

�43§

LO

parfaitement unifiée,
académies
et

officielles

GAI

SABER

l'autorité des¬

consacrée par
des

écoles

(

en Hollande
Belgique du moins ) et dotée d'une abon¬

en

et

dante littérature, connue dans le monde sous le nom
de littérature néerlandaise. Dès lors, quel qu'ait étéle retentissement des chefs-d'œuvre de Gezelle, ils
ne pouvaient être et ne furent
pas le point de départ
d'un mouvement qui, en brisant l'homogénéité intel¬
lectuelle des territoires d'expression flamande ou né¬

erlandaise,

par ailleurs partagés politiquement en
Europe entre trois états, eût porté un coup mortel à

leur vitalité, à leur force de résistance dans la
currence acharnée des idiomes.

con¬

Rien ne montre mieux que l'exemple de sa propre
descendance spirituelle combien Gezelle a échoué à
créer

langage écrit west-flamand distinct du néer¬
général. Cet éveilleur de vocations littérairesa vu tous ses admirateurs, les
Hugo Verriest, les Albrecht Rodenbach, les Caesar Gezelle, les AloïsWalgrave, les Eugeen Van Oye enrichir la littéra¬
ture néerlandaise à laquelle son propre neveu
Stijn
Streuvels a fourni un de ses plus grands prosateurs,
cependant que la West-Flandre lui apporte des nomscomme ceux de Cyriel Verschaeve, d'Edward Vermeulen, de Willem Putman et de tant d'autres.
un

landais

La

cause

est entendue et

n'est même pas

contestée.

Considérant que les Bretons n'ont pu rénover leur
littérature, en faire un véritable instrument de cul¬
ture et élever

cole des

en faveur de son
enseignement à l'é¬
revendications précises, que lorsque, sous-

l'impulsion des jeunes de Gwalarn, ils

eurent su¬

dialectes du Léon, de Cornouaille, du
Trégor et de Vannes une langue unifiée puisant des¬
richesses à cette quadruple source; considérant aussi,
il faut bien l'avouer, l'anarchie linguistique dans la¬
quelle se débattent encore les pays d'Oc, les Fla¬
mands, qu'ils soient de France ou d'ailleurs, et, avec
eux, ceux-là qui parlent le west-flamand aux partiperposé

aux

�LO

•cularismes si variés

et

GAI

SABER

439

si réellement savoureux, ont

compris la nécessité de l'union autour d'un mode d'ex¬
pression commun, seul capable de donner à leur fa¬
mille la prospérité que le rôle incontesté du
français
de l'Ile de France a assurée à la famille des
parlers
d'Oïl.

Est-ce à dire pourtant

qu'ils renient la moindre
envers un génie unique,
aussi exceptionnel, aussi original, aussi «hors série»
■que le fut Gezelle, si semblable à Mistral ? Il n'en
est rien. Ils savent trop bien au contraire
quels ser¬
vices rendent à une race des prophètes
inspirés. Et
tous les rameaux de la famille
linguistique néerlan¬
part de leurs lourdes dettes

daise

se

sont resserrés autour

de la mémoire de l'im¬

mortel

poëte brugeois. Le 4 mai dernier, lors de l'i¬
nauguration du monument élevé dans sa ville natale
en présence du roi des
Belges, on entendit également
■des délégués de la Hollande, de la Belgique, de la
Flandre française et de l'Afrique du Sud, où les «boers», descendants des colons établis au 17°" siècle, con¬
tinuent à parler la langue importée des Pays-Bas.
Le 27 juillet, c'était à Cassel l'hommage plus spé¬
cial de la Flandre Française à celui qui, lui ayant
voué un particulier amour, s'inspira à maintes re¬
prises de ses traditions, célébra ses paysages et no¬
tamment le panorama qui s'étale aux
pieds du mont
même de Cassel.

A cette occasion, le Vlaamsch Verbond Vanfirankryk, en un sentiment de fraternité interrégionale,
joignait au souvenir de Guido Gezelle celui de Fré¬

déric Mistral. Poètes tous les deux et tous deux res¬
d'une civilisation, le Flamand et l'Occitan
devaient être fêtés ensemble. Le majorai CharlesBrun
ainsi qu'il tint lui-même à le rappeler dans
•son discours à la
Sainte-Estelle, à Avignon, le 7
taurateurs

—

Septembre — développa pour ses auditeurs
dre les leçons du chantre de Maillane.
A leur tour,

les Flamands offrent à l'idéal

de Flan¬
commun

�LO

44°

GAI

SABER

l'enseignement qui

se dégage de la vie de leur maî¬
tre, de ses erreurs passagères comme de l'immortel
rayonnement dé son œuvre. Ils ont reconnu que le
génie confère aux particularismes mêmes, qui chez
d'autres seraient redoutables, une signification uni¬
verselle. Ces variantes dialectales, dont de moins ha¬
biles ou de serviles imitateurs feraient une arme di¬

rigée contre l'homogénéité intellectuelle d'une race,
deviennent, sous l'action d'un talent suprême, de pré¬
cieuses ressources pour les langues unifiées, usées
par le cosmopolitisme débilitant de la vie moderne.
Elles sont l'éternelle Fontaine de Jouvence à laquelle
vient puiser l'esprit national, en quête de trouvailles,
avide de renouvellement, anxieux de maintenir le
contact entre l'élite et les masses profondes du peuple.
De même que Gezelle a finalement contribué à re¬
vivifier les lettres flamandes mieux dénommées né¬

erlandaises, de même souhaitons-nous à
d'Oc

qu'arrivent enfin les jours,

que

nos

amis

M. l'abbé Salvat

annonçait dans un article récent de la revue Le Lion
de Flandre, «où les générations nouvelles sauront et
surtout

Tel

pourront mieux suivre

est le vœu que

l'appel de Mistral».

tout écrivain de Flandre forme,

de cette année

qui, au septentrion comme
bords de la mer du Nord comme sur les
rives de la Méditerranée, amena les plus émouvants
centenaires dont puisse s'exalter l'esprit.
au

terme

au

sud,

aux

N. VAN RYSSEL.

�LO

GAI

SABER.

441

MISTRAL
e

la

jovensa lengadociana

Sò que

remiram dins Mistral es Vengenh latin,
fruch merabilhos d'aquela cultura mièchterrana, eternala malgrat las a^iransas e las gelo-

lo

^ìas.
Aimam

Mistral

drech, franc...

pramor qu'a
latin.

pensât clar,

com un

L'aimam pramor

qu'a tornat à la lenga occitaaprèp de sècles de demembransa, sa plasa en
plen j'orn ; pramor qu'a rebotat en luqor l'istòria mièchjornala e las glòrias del pasat e qu'a
luchat de tota son ama generoqa per la subrevivensa de las plus nòblas tradicions, las costumas,
las vièlhas cansons, las fèstas e los jòcs de sa
na,

Provensa.

L'aimam pramor que son òbra es fòrtament
la natura e dins l'ama païqana,

racinada dins

sempre atenent à la terra,
ment

e,

per acò, prigonda-

umana.

L'aimam pramor que, segon Emili Ripert, " en
faisant mieux connaître les gloires et les tradi¬
tions de chaque pays de France, Mistral a con¬
tribué à donner à la notion trop vague d'un pa¬
triotisme français le support précis d'une vision
concrète du sol et de l'histoire".
Mas cre^èm que lo milhor biais de celebrar Mis¬
tral es pas solament de l'estatuficar e de cantar
sa
lau^enja, mas de veire dins son òbra de principis de vida, de rayons de creire e d'obrar. Se
nos reviram vers lo
pasat, acò's per i poqar de
leisons d'enabant e d'accion.

�LO

442

GAI

SABER

L'article primièr de nòstra doctrina es de parlar en plen jorn nòstra tindanta lenga d'Oc : la
cara de nòstras revendicacions es
ment de la lenga d'Oc dins las escòlas

plus

l'ensenhamièchjor-

nalas.
Mas nòstre régionalisme vòlpas solament mantene la lenga e las tradicions. Vòl tamben èstre
acordat ambe nòstre temps. Vòl la prosperitat

materiala

e

intelectuala de nòstra encontrada.

Volèm èstre de vivents : es per acò que nòstra
asociacion s'es apelada " Lo Novèl Lengadòc
Es dins Mistral que prenèm los principis d'aquela accion viventa, enfiocada.
Sabèm que Mistral botaba tota sa fi^ansa dins
los jovents : élis, perseguiran son òbra; élis, sauran entendre la vois de Malhana :
Soun mort li bèu disèire,
Mai li voues an clanti ;
Soun mort li

bàstissèire,
tèmple es basti.
Vuei pou boufa
L'aurouso malamagno :
Au front de la Tour-Magno
Lou sant signau es fa.
Mai lou

JOAN LESAFFRE,
prezident del Novèl Lengadoc.

t

�LO

GAI

SABER

443

La Litson de Malhana
Al mes de
Provensa

julhet

faguèri mon primièr viatge
plus un jovent, e m'èri asèit dé¬
jà suis bancs de la Facultat. De Sant-Giles, montèri
duscas en Avinhon. Aqui, anèri veze la glèiza SantAgricòl, e pasèri dabant la libraria de Romanilha
sens ne faire cas. E,
quand d'Avinhon decendèri sus
Tarascon e Arles, ajèri pas l'idèa de m'arrestar en
gara de Gravezon per anar saludar la tomba ont dormisià, dempèi quatre mezes solament, lo poèta de
Malhana. Abiai pas legit encara res de Mistral, e
en

coneisiai
Al

son

mes

:

1914,

n'èri

nom

à pron-pena.

de setembre

1930,

tornabi

en

Provensa,

portant sus ma sotana la cigala d'òr de majorai. Que
s'èra donc pasat dins tant pauc de temps ? Eri vengut al Felibrige, sens coneise Mistral, sens coneise
cap de felibre provensal. Mas n'abiai trobat d'autres,

qu'èran

pas de Provensa e que me menèron cap à la
luts mistralenca. Ambe quna admiracion me parlaban de Mistral, qu'èra estât lor mèstre ! Elis abian
comprés l'òbra e la mision de Mistral, e, se ieu las
ai comprezas, es gracia à-n-elis. Per las comprene, es
pas brica bezonh d'anar en Provensa ; abasta d'escotar la vots de la tèrra, la vots de l'istòria del païs que
va
de las Alpas à las Pirenèas. Los Aujôls de la
Crozada cridaban : Avinhon! Tolo^a ! La vots de

la

rasa

s'auzis à Toloza

com

en

Avinhon.

Mistral es estât lo grand espertaire de l'Ama occiSa rampelada a pasat lo Ròze, e los resons se
n' son auzits sus tôt l'Empèri del Solelh. La maire
Provensa a batut l'aubada, òc ; mas, se Mistral deu
èstre solament un poèta provensal, n'es finit amb el,
e son òbra de
gigant serà lauzada, en francimand,
tana.

per un
mai

es

jos-ministre de Paris, cada cent ans... Mistral
qu'un poèta provensal ; es lo poèta occitan,

�LO

444

GAI

SABER

vòli dire lo

poèta del Miechjorn, en qui se reconeismièchjornala que parla la lenga d'Oc.
Alavets, son ôbra monta, grandis, treluzis. Mistral
deven un grand fare esbleugisent quJesclaira tota
nòstra tèrra, jitant la luts de nòstre Pasat sus un Avenidor comol d'espèras.
tota la

rasa

Las fèstas de Provensa

en

l'onor de Mistral

an mos-

l'ensenhament del Mèstre es pas estât encara comprés, mas qu'òc serà un jorn.
Lo gobèrn de Paris abià mandat, per lo reprezentar, un jos-ministre plan conegut dels Felibres per
sa
paraula bresaira e melicoza. Al entorn d'el, de
personatges oficials, de foncionaris, de parlamentaris
que tenian las primièras plasas, en ne rezervant sotrat

que

lament

doas,

una

à Madama Mistral

e

l'autra al Ca-

polièr. La Rèina del Felibrige abià pas sa plasa ni
à l'inauguracion del monument d'Avinhon, ni à la
mesa
de Malhana. A la taulejada de Malhana, los
Majorais, eiretièrs de la pensada del Mèstre, foguèron pas totis convidats. Dabant la
porta del Cementéri, los Majorais e las delegacions del Lengadòc se
vejèron arrestats per los gents d'armas, e, jos lor
nas
vos n' soven, Caries-Brun ? —
pasèron de per¬
sonatges qu'èran de politicians de profesion. Lo brabe catalan Francesch Mathèu, lo grand amie de Mis¬
tral, s'alasaba pas de me dire: «mas se parla que
francés ! » En Avinhon, mêmes à Malhana, los cònses, los prezidents dels Comitats parlaban res qu'en
franciman. Francamen, tôt acò fazià soscar à-n-una
espozicion d'agricultura... E gar' aqui de quai biais
foguèt glorificat en Provensa Frédéric Mistral poèta.
provensal. M. Lautier aurià plan pogut parlar atal
sens que trobès nombrozes contradizeires :
—

Mesdames

Messieurs, :mes chers compatriotes —• car
du Midi —, Mistral a été un grand po¬
Il a écrit de beaux livres, composé un
dictionnaire, organisé un musée. Voici cent ans qu'il est né.
Pour que son œuvre ne disparaisse pas, nous allons l'embaumer;.
et

sachez bien que je suis
ète français, universel.

�LO

ainsi, elle
drait de

pendant,
dans les
Mistral

sera

sa

GAI

SABER

445

éternelle ! La langue dont se servait Mistral per¬
enseignée dans les écoles ; ce¬

fraîcheur si elle était

nous autoriserons les municipalités du Midi à mettre
bibliothèques scolaires le livre de M. Thibaudet sur
avec

les

commentaires

de M. Abel Hermant. Nous

regrettons qu'après Mistral il n'y ait plus eu d'écrivains de
langue d'Oc, car nous aurions peut-être pu obtenir, pour les
héritiers de sa pensée, quelque Croix d'Honneur...

Aqui, non pas los mots que prononcièt lo jos-ministre, mas lo fonze de sa pensada aqui l'impresion
que faguèron totas aquelas parladisas oficialas.
E pracò l'ora èra plan cauzida per metre à la portada del pôplë la pensada del Mèstre. Ne diguem
pas mai, que ne diriam trop ! L'ora vendrà ont lo
pòple de Provensa e de tota l'Occitania auzirà las
paraulas necesarias.
Malgrat tôt, en Avinhon, dabant lo buste de Mis¬
tral, qualas aclamacions saludèron Lou Lioun d'Arle, magistralament dit per un vertadièr mièchjornal,
e lo discors del
Capolièr, que nos faguèt debrembar
un
pauc l'eloquensa dels politiquejaires. A la taulejada de la Bartalasa, coma los còrs èran bategants
•en
auziguent los brindes afogats dels delegats estrangèrs ! Quna emocion delicioza dabant la glèiza
de Malhana, en auziguent lo canonge Pépin, fil h del
terrador, recomandar al pòple de mantene.sa lenga !
L'adius esmogut del Capolièr dabant la tomba de
Mistral, e Caries Maurras i diguent Amo de moun
païs !... Vèrs lo Mas dóu Juge, tôt un pòple estrambordat seguisent, jol solelh embabarilhant, lo camin
ont èra pasat lo Mèstre encara mainatge ! Al Mas,
tôt foguèt subrebèl, e la vizita del maitin, e la taulejada de la nèit jos la luna : Frédéric Mistral nebot
,

coma
se
deu la tradicion. A Malhana, la
Mirèio de Giran foguèt una revelacion e un triomfe.
M'an dit qu'à la taulejada oficiala de Malhana, de
felibres faguèron un pauc de bruch — la batalha de
Malhana
e cantèron La Respclido.
Que volètz ?
Es qu'es pas Mistral el-mèmes qu'a escrit endacòm:

manten

—

�446

lo

Avès de

gai

jour

saber

que

la belugo
peirard.

Gisclo souleto dóu

Laisèri la Provensa

en me

remembrant La Coum-

tesso, qu'aurià degut èstre lo vertadièr cant del Centenari. En m'entornant cap als monts pirenencs, à
travèrs lo Lengadòc antan martirizat, en pasant à
Bezièrs e à Carcasona, compreniai, milhor qu'en au-

ziguent M. Lautier, la litson de Malhana, la litson
de Mistral poèta de la Rasa d'Oc. D'aprèp un jornaliste, M. Caries Géniaux, Mistral, poèta provensal,
es res
que « un point d'or à la forme d'étoile ».
D'aprèp ieu, Mistral, poèta occitan, es una estèla luminoza que, del front de la Torre-Manha e dels bar¬
ris de Mont-Segur, clareja sus tota l'Occitania, sus
totis los terraires del Empèri del Solelh.
Abat

Jozèp SALVAT.

�LO

GAI

BOLEGADISA

SABER

447

OCCITANA

Mentre que s'acaban en Provensa las fèstas mismentre que la Mantenensa de Lengadòc
se
prépara à festejar lo Mèstre à Pezenàs lo 16 de
novembre, pasem en revista las publicacions de lenga
d'Oc o de lenga d'Oïl qu'an parlai de Mistral
per son
Gentenari.

tralencas,

De

numéros

especials

son estats consacrais à Mis¬

tral per :

Septimanie : Jouveau, Estieu, Salvat, Mistral nebot, Barthe, Raynal, Valéry, J. Lebrau, P. Duplessis de Pouzilhac.

La

Cigalo Narbouneso (junh): P. Azéma, Bous¬

quet, Salvat, Barcelò.

Lemou^i : Farniér.
La Paraula Cristiana

(octobre) : Salvat, BerPijoan, Bulart i Rialp, L. Théron de Montaugé, Falgairolle, Carbonell.
La Nouvelle Revue Française (i" de
mai) : Comtesa de Noailles,
Maurras, Chamson, F. de Baroncelli, V. Bernard, Pestour, Loubet.
Abèm legit ambe plazer d'articles e d'estudis sus
Mistral dins Le Feu
(Dezeuze), La Terro d'Oc (Alibert), La Campana de Magalouna (Dezeuze), L'E¬
veil Catalan (Francis), La Pignato (Bayle, Toni
de la Margo), Marseille-Libre
( Reboul, Bayle,
Gamproux).
tran

i

Demest las
lât de Mistral

publicacions

en lenga d'Oïl qu'an par¬
Gentenari, citem : La Revue Heb¬
domadaire (Praviel); Le Correspondant (Praviel);
La Revue des Deux Mondes
(Ripert) ; L'Illustra¬
tion (Brousson) ; La Revue des Provinces de Fran¬
ce
(Charles-Brun) ; La Nouvelle Revue (Mistral neBot) ; Le Mercure de France (Mistral nebot, J.-S.
Pons, Coulon) ; La Revue Universelle (Maurras) ;
e

del

�448

LO

GAI

SABER

La Revue de France (Devoluy). Caldrià parlar encara de La Renaissance Provinciale
(Sarrazin), Le
Lion de Flandre (Salvat), Les Nouvelles Littérai¬

(Jullian, Brousson), L'Esprit français (J. Ajalbert), Le Figaro (Mistral nebot), Notre-Dame (Da¬
vid), La Vie Catholique [Salvat), L'Auvergnat deParis (Gandilhon Gens d'Armes), La Croix (J. Vin¬
cent), Le Salut National (Pestour).
res

Gar' aqul las publicacions favorablas al Felibrige.
Demest las aittras, arriban en tèsta : Le Temps (A.

Thérive), Gringoire{Abel Hermant), L'Animateur
des Temps nouveaux, e la revista
Europe ( 15 d'oct.)
ont

i

a

un

manifèste antifelibrenc de

profesors del

Clapàs.
Ajustem
tene
coma

que tots los jornals mièchjornals, sens
compte de lors opinions politicas, an festejat
calià lo Centenari del immortal Malhanenc.

Abèm après ambe dolor la mòrt, lo 22 de setembre, de nòstre amie d'Welles, manteneire dels Jòcs
Florals, que, malgrat que foguèse nascut en Picardìa, aimaba nòstra lenga e ajudaba à sa renaisensa.
La Gasconha

ven de
pèrdre dos valents occitans :
Tallez, mòrt à la fin de mai, felibre delsmilhors e poèta ; e lo canonge Dambielle, mèstre en
Gai Saber, escriban e grand animator de l'accion occitana, mòrt tragicament lo 8 d'octobre.
Que santa Estèla recebe sos fidèls dins son trelu-

lo canonge

zent

Paradis !

CRI-CRI.
Le Gérant

:

E. LEVRAT.

Irapr. Lauragu.aise

-

Castelnaudary.

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��ACADÉMIE DES JEUX
GRAND
de

FLORAUX

PRIX

poésie

FABIEN

-

ARTIGUE

L'Académie des Jeux Floraux décernera, en 1931,
le Grand Prix de poésie Fabien-Artigue indivisible de
10.000 francs qu'elle a attribué précédemment aux po¬
ètes Tristan Derême, Frédéric Saisset et Marguerite

Henry-Rosier.
Ce prix sera réservé en 1931 à la Langue d'Oc et
attribué, s'il y a lieu, à un ouvrage de poésie ou de
prose, ou même a une étude en français (histoire, cri¬
tique, philologie) se rapportant à la Langue d'Oc.
Seront admis les ouvrages

édités dans les quatre an¬
précédentes : 1927, 1928, 1929, 1930.
C'est la première fois que la littérature d'Oc sera
gratifiée d'un prix de cette importance.
nées

Ce Concours

sera

irrévocablement clos le 31 dé¬

cembre 1930.
Le programme sera envoyé
conque en fera la demande au

gratis et franco à qui¬
Secrétariat de l'Acadé¬
mie, Hôtel d'Assézat et Clémence Isaure, à Toulouse.
♦♦♦

Le
nuel

prix Fabien-Artigue est distinct du Concours An¬
poésie en langue d'Oc, auquel prennent part des
concurrents tous les ans plus nombreux, et qui est clos
également le 3i décembre.
ae

�E§COLAN§, LEGISÈTZ

Î

Lo Fablièr Occitan
per

Prosper ESTIEU

( Illustracions de

Paul

SIBRA)

Paris n'a pas de fabuliste. Les lettres d'Oc,
après
Roumanille et, si l'on veut, après Bigot, en ont un. »
«

José VINCENT.
Sur Madagascar, 60 fr.

—

Sur

pur

fil Lafuma, SO fr.

Ordinaire, 20 fr.
SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS OCCITANES, 37, Rue de la Baffe, Castelnaudary (Aude).

Notre Mistral
par
«

livre

Armand PRAVIEL

sincère, dense et instructif.

»

Gandilhon Gens-d'Armes.

Paris.
35&gt;

Librairie Académique Perrin
Quai des Grands Augustins
—

C 12 fr- )

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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>1 fasc. (pp. 386-448) ; 22 cm</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>Escòla occitana</name>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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