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                  <text>AUGUSTE

FOURÈS

La Muso

Silvestro

CARCASSONNE
Bibliothèque
3,

de

la

T^evite Méridionale

Rue Victor Hugo
-

1896

-

��I

L·a

Muso

Silvestro

�IMPRIMÉ
par

G.

Servière
pour

,

Carcassonne,

l'Escolo cAudenco.

�AUGUSTE

FOURÈS

La Muso

Silvestro

ji.i.D.Q.
SSEZIERS

CARCASSONNE

Bibliothèque
3,

de la

Heoue Méridionale

Rue Victor Hugo
-

1896

CIRDOC

-

OC0007

Donat a/
per

CIDO

IVES ROQUETA

�AoSòol

CAC

24 3 +-3

�AUGUSTE

FOURÈS

��NOTICE
BIOGRAPHIQUE

LITTÉRAIRE

&amp;

Coumo T deforo libre

Ramut

coumo

fourest.

(Devise d'iAuguste Fourcs) (r)

'Escolo
soins

Audenco, dont les
mis au jour cette

ont

édition

posthume,

l'honneur de
sente

de

voulu que
rédiger la pré¬
a

notice fût réservé à

ses

membres

et

compatriote du grand poète Lauraguais. Nous
déféré

à

ce

désir

avec

à

un
un

avons

fraternelle

émotion,
car
le caractère élevé
d'Auguste Fourès et la
noblesse de ses sentiments, que nous fûmes assez
heureux de pouvoir apprécier en des moments de
cordiale intimité, nous inspirèrent
toujours la plus
une

profonde sympathie.
(i) Cette devise
Muso Silveslro,

est

tracée de la main de Fourès

en

tête du manuscrit de la

�Il

I

FOURÈS

(Auguste-Armand-Laurent) naquit à

Castelnaudary le 8 Avril 1848. Il fut élevé par son

ancien directeur de l'enseignement mutuel,
perdit à l'âge de quinze ans. Dès lors,
il fit l'école buissonnière, grandissant en pleine
liberté et développant ce caractère primesautier,
ennemi de toute contrainte, qui devait devenir chez
l'homme.une exquise sensibilité unie à une indépen¬
dance presqu'ombrageuse. Folles échappées à travers
champs, courses bruyantes à travers les quartiers
populaires dont il aimait la grosse gaîtéet au service
desquels il avait toujours quelque nouvelle chanson
languedocienne qu'on chantait après lui, mais aussi

père,

mais il le

veillées studieuses où il

se

faisait

une

éducation des

plus complètes (sciences naturelles, mathématiques,
histoire, musique,) telle fut sa vie jusqu'à l'âge de
dix-neuf
A

ce

ans.

moment,

Toulouse,

le reste de la
nouvelle agiter

comme

France, sentait une effervescence

de la jeunesse. Ce qui se traduisait, en
publications politiques plus nombreuses,
par une avalanche de petites feuilles littéraires, aus¬
sitôt mortes que nées, mais où se prodiguaient des
trésors de verve et d'esprit, parfois aussi d'ardente
satire. Le fougueux jeune homme partit donc pour
les rangs
ourre

de

�III

Toulouse, et l'on pourrait retrouver plusieurs de ses
pseudonymes dans VEntracte (i866), /'Investigateur
(1867), Mèphistophêlès ( 1868), le Midi-Artiste (1869-

7079.) (1)
Mais

fut seulement

ce

après la chute de l'Empire

qu'il fit paraître ses premières plaquettes : Silves
païennes (1872), Oiselets et Fleurettes (1872), Àntée,
poème (1873), Marsyas, poème (1874), la Grande
Armoire, nouvelle (1875), les Sauveteurs obscurs
(1875), le Lion, poème (1875), /'Avocat muet (1876).

française avait eu toutes ses
; nous verrons sous l'empire de quels senti¬
il changea de direction, à partir de 1875.

Jusqu'alors la
faveurs
ments

Mais

si

française
rie où il

nous

nous

muse

continuons l'examen de

son œuvre

rencontrerons tout d'abord sa Gueuse-

dessiné

d'incomparables eaux-fortes ce
qu'il appelle les Coureurs de grands chemins et Bat¬
teurs de' pavès, types curieux de ces nomades aux
vagues métiers qui se rencontrent dans les campa¬
gnes de l'Aude ou du pays Toulousain (2). Il a
a

en

employé de nombreux pseudonymes: »Àdplfa Fôriiari, AlbertMagistre, 'Pierre Lamfri, Pierre &lt;A!espy, Jean Prouvaire ; au Petit
Toulousain il se servit souvent de celui de Pierre Tolosa, et, sous celui de Jean, des
Entonmeures il y écrivit la Chronique de l'abbaye de Théleme. Parmi ses.pseudony¬
mes
languedociens nous avons retenu : Le Gril de Griniaudo, La Cigaló deia
(1) Fourès

a

Faillit, Jean

Libertat.

(2) Les types de la Guenserie ont paru en diverses feuilles de 1868 à 1884.
en 1889 qu'ils
furent réunis en volumes.

C'est seulement

.

�IV

publié aussi de nombreuses biographies et Hommes
(1889-91) dont quelques-unes, celles des

de VAude

modernes surtout, sont assez exactes.
(1)
Etudiant sans cesse les hommes et les choses de

il donna presque coup sur coup : le Cassolet, monographie humouristique (1889), Potiers et
poteries du Lauragitais (1891), les Jeux des Enfants
en
Lauraguais (1891), la Bibliothèque de Castelnaudary (1891), les Poètes doc de Castelnaudary ( 1891 ).
son

pays

Le félibre que
son

nous avons vu

s'éveiller continuait

puisque, selon le vœu des statuts féliil travaillait dans l'intérêt de sa petite

œuvre

bréens

,

patrie. (2)
Qu'on le

remarque ;

parurent toutes les

c'est de 1889 à 1891

œuvres que nous venons

que

d'énu-

mérer. Cette

production précipitée s'explique par le
pressentiment qu'avait déjà Fourès de sa fin pro¬
chaine. Il

savait atteint par une

se

ble, l'ataxie

mais

maladie incura¬

intelligence était
(elle le demeura d'ailleurs jusqu'au
dernier moment) il dépensait ses dernières forces à
rassembler son œuvre éparse. C'est ainsi
qu'il mettait
restée

;

comme

son

entière

(1) De même les Hommes de V%Aùde

ne

furent réunis

qu'après plusieurs publi¬

cations successives.

ne

(2) Même pour sa biographie de Rodolphe Bresdin, dit Chien-Caillou, (1891) il
fit pas exception cl ce
principe, car Bresdin peut être considéré comme tou¬

lousain.

�V

la dernière main à

Gueuserie, qu'il réunissait ses
VAude, publiait les Cants del Soulelh,
et utilisait
quelques-unes des nombreuses notes qu'il
avait recueillies sur son cher Lauraguais, notes des
plus précieuses et d'une infinie variété sur l'histoire
sa

Hommes de

locale et le

folk-lore.

Mais achevons
retrouvons

à

biographie. Après 1871 nous le
Castelnaudary où l'avaient ramené
sa

certaines considérations de famille. Vers 1880 il tou¬
cha à la
et

politique, fut nommé Conseiller municipal
adjoint au Maire. Les républicains avancés le

poussèrent même à

présenter

élections légis¬
l'omnipotence d'un finan¬
Il ne semble pas de cet insuccès avoir eu beau¬
de regret; mais s'il ne manifesta, dans la suite/
se

aux

latives où il échoua contre
cier.
coup

désir de revenir à

qu'on appelle la politique
perdit jamais une occasion de formu¬
ler ses principes. Parmi les journaux
politiques de
l'Aude auxquels il a collaboré on peut citer : la Fra¬
ternité (1869-74), le B011 Sens (1876-78), le Radical
de VAude (1882-84) ; il fut même un des fondateurs
aucun

militante il

de

ce

ce

ne

dernier.

En

1885 le journal la Dépêche de Toulouse, auquel
avait, du reste, apporté auparavant sa collabora¬
tion politique
ayant acquis le Petit Toulousain
illustré, l'appela pour en être le rédacteur en chef.
Il exerça ces fonctions de Juillet 1885 à Mars
1888,

il

,

�VI

époque où la publication du journal fut suspendue.
La période de 1880 environ à 1888 fut pour Foucelle de la

rés

plus grande liberté ; dégagé des
préoccupations matérielles qui avaient assombri
parfois pour lui les années précédentes, il put vivre
à Toulouse de l'existence qui lui plaisait dans un
cénacle de littérateurs, d'artistes et de journalistes.
Son souvenir n'est pas encore

oublié dans ce milieu
lui la plus vive sympathie

où chacun

professait pour
plus grande estime.
Il occupait dans la rue de la Colombette une
chambre d'étudiant, des plus modestes en vérité,
et dont rien ne trahissait le locataire sinon la grande
quantité de livres qui l'encombraient du plancher au
plafond. Faul-il dire qu'il, apporta dans cette vie en
dehors l'impétuosité qu'il mettait en toutes ses ac¬
tions ? Ce n'est point nécessaire, et d'ailleurs la
morale bourgeoise, sage, rangée et comportant une
inaltérable uniformité d'existence ne pouvait s'appli¬
quer à un homme de son caractère.
Quoiqu'il en soit, son tempérament, naturellement
robuste pourtant, s'affaiblit au point qu'il revint à
Castelnaudary. Il ne devait plus en sortir. N'étant
pas marié il alla demeurer chez sa sœur Mme
et

la

Hermet et
raire ; tous

beau-frère M.

Hermet, notaire hono¬
deux lui prodiguèrent les soins les plus

son

assidus. Mais la

Negro Segairo.

comme

il l'appelle.

�YII

marqué de son sceau. Quel changement pour
ceux
qui l'avaient vu auparavant, grand, mince,
élancé, le chapeau de feutre aux larges bords fière¬
l'avait

ment
et

planté

fine,

son

sur la tête ! Sa physionomie spirituelle
clair visage à la fois aristocratique et

rabelaisien s'étaient décharnés. Ses

grands yeux s'é¬
agrandis, et au lieu de cette joie de vivre, de
cette bonhomie supérieure et intelligente qui les
illuminaient jadis, se voyait une opiniâtre volonté
de vivre malgré la douleur, malgré la torture physi¬
que, puisque de la prolongation delà vie dépendait
le sort de l'œuvre à accomplir.
taient

Pauvre

cher ami ! Trois années de

intolérables

vous

ont fait bien

souffrances

chèrement expier la

fougue avec laquelle vous aviez jeté à tous les ca¬
prices du vent l'exubérance de votre jeunesse.
Auguste Fourès, majorai

du Félibrige sous le
titre de Cigalo de la Libertat, est mort à Castelnaudary le 4 Septembre 1891.
II

Il ressort de

Fourès fut
que sa
tit pas

l'exposé de

sa

caractère peu

courte existence que

banal. Il en ressort aussi
foi républicaine et humanitaire ne se démen¬
un instant, mais que si les luttes politiques
un

�VIII

l'attirèrent à de
elles

aucun

S'il

fugitifs intervalles, il
espoir ambitieux.

ne

fonda

sur

leur prêta

qu'une attention momentanée,
qu'il avait trouvé ailleurs l'idéal indispensable
à sa nature ardente. Nous avons
constaté qu'il avait
25 ans lorsqu'il termina l'évolution qui le conduisit
de la poésie
française à la poésie d'Oc. Peut-être
ne

c'est

s'il fût resté

sans
interruption à Toulouse, au sein
d'un mouvement intellectuel
important, mais auquel
ne s'était
pas encore mêlé un renouveau de l'idiome

ancestral, serait-il devenu un de nos bons journa¬
listes, un de nos littérateurs français appréciés. Il
avait, à cet égard, reçu de précieux encouragements.
Victor Hugo lui avait écrit : «
Je lis vos beaux vers
et je salue votre noble
esprit. » Michelet, Sully Prudhomme, Laurent-Pichat, Quinet, Champfleury

avaient rendu
tré dans

sa

à chercher

hommage à

son

talent (1)

ville natale à l'âge où

;

mais

ren¬

on en est encore

voie

définitive, il ne tarda pas à sentir
Après avoir tant aimé l'école
buissonnière dans les
faubourgs de Castelnaudary
et les
campagnes lauraguaises, il ne pouvait avoir
oublié les chansons
languedociennes qu'il compo¬
sa

l'influence du milieu.

sait dans

ses

partout comme

jeunes
un

(1) Voir les lettres qui

ans

et le faisaient

accueillir

enfant gâté des classes populaires.

accompagnent Oiselets et Fleurettes,

�IX

Il connaissait

Galtier, qui fut, avant lui, le meilleur
languedocien du Lauraguais, mais c'est
surtout avec Vidal, le musicien
d'Issel, qu'il s'était
lié d'amitié. Sa
juvénile admiration était sans borne
pour ce ménétrier nomade qui possédait un réper¬
toire varié de farces de sa
composition, demeurées
légendaires dans le pays (i). Galtier n'était qu'un
bourgeois, d'ailleurs ravagé, à l'époque où il put le
connaître, par des infirmités de toute sorte, tandis
que Vidal était un bohème bien vivant et bien por¬
tant. Notez que le ménétrier avait
quelque part,
séduction irrésistible, un vieux fond de livres et
qu'il
était vaguement
bouquiniste. Aux yeux de Fourès il
était le
privilégié pouvant errer au gré de sa fan¬
taisie, bien accueilli partout, dans les noces rusti¬
ques comme dans les fêtes patronales, le rieur sa¬
chant tous les
commérages de la région, toutes les
bonnes histoires qui se transmettaient de
père en
fils, capable au besoin d'en inventer. Aussi ne fautil pas s'étonner si le
jeune poète, profondément
lié avec le vieux
musicien, a. voulu en 1870 faire
la préface de son
30 cahier, et s'il a recueilli avec
soin plusieurs deses contes inédits.
(2).
poète

,

(1) L·iis Farço s de \Bidal, Castelrïaúdary (1860-1875), 8 cahiers in 8. La collec¬
tion

est rare.

(2) Il a publié l'un d'eux, Crounjco de Fçullan h 'Baillant dans
guais, (février 1891.)

le Laura¬

�X

savoir si le pharmacien Viala,
peu délicate de /'Anglès à
rOupera(\), un homme fort distingué, du reste, en
matière de chimie agricole, vivait encore après 1870.
Nous n'avons pu

l'auteur de la farce

assez

Ce

qu'il y a de certain c'est que Fourès n'en a jamais
parlé que pour citer son œuvre en passant. Quant à
Combettes dit Cauquel, il ne le connut pas person¬
nellement, pour la bonne raison qu'il chantait ses
chansons

mais comme ce dernier avait
houspillé le Procureur du Roi, espèce que
Fourès, en sa qualité de libertaire impénitent, aimait
fort peu, comme il était aussi très farceur, on voit
figurer en très bonne place, dans la galerie des Bat¬
teurs de pavès, le chansonnier languedocien
vers

1830

;

fortement

dont les chansons

Semblaient

Avec

une

sans

rimes

magnétiser le peuple impatient.

attention

passionnée Fourès recherchait

donc toutes les

productions de la muse d'Oc dans
pays. Il les notait avec soin, depuis les courre
rase du XVIIIe siècle pour aboutir à Mounié, aux
frères Embry, à Fraisse dit l'Apendriss, au potier
Lasserre, au curé Revel, à toute cette pléiade qui
son

rendit si vivante /'Abeille castelnaudarienne de

1842

(1) Publiée dans YAbeille de Castelnaudary, (20 février 1851), et à Carcassonne
dessins de Falip (1878.)

avec

(2) Recuil de

causons

patoïsos. Castelnaudary, (1835.)

�XI

à

prédécesseurs (des infini¬
petits pourtant à son côté) qui ont fait de lui
un
poète d'Oc et c'est là ce que nous voulions faire
pressentir quand nous parlions plus haut de l'influ¬
1853. (1). Ce sont

ces

ment

ence

du milieu natal.

Il n'est pas

évidemment possible qu'il soit arrivé
jusqu'à cette époque sans connaître quelque chose
du mouvement littéraire qui s'épanouissait du côté
du Rhône depuis 1854; mais à ce Languedocien
convaincu c'était le Languedoc qui importait surtout,
et

si,

au

cours

de l'évolution félibréenne,

on a pu

faire à certains provençaux le reproche de trop tirer
la couverture de leur côté, ce n'est pas Fourès qu'on
eût pu accuser

la

de trahir le Languedoc

Provence.

Aussi

l'enthousiasme
de

la

nous

avec

Cansou de

bornerons à

au

renoncerons-nous

profit de
à

décrire

lequel il accueillit l'apparition
la

Lauseto

d'Achille

Mir

et

signaler la petite étude qu'il lui

(2). On y verra la joie patriotique qu'il
éprouve de voir enfin un vrai poète surgir sur les
consacra

bords de l'Aude.
Sa
par

première œuvre languedocienne lui fut inspirée
la lamentable inondation qui fit tant de ravages

(1) Voir la brochure
(2) Achllo Mir

e

:

Poêles d'Oc de Castelnaudary. Albi, Amalric, 1891.

la Cansou delà Lauseto. Carcassonne, Labau 1875.

\

�XII

à Toulouse

1875 et porte le titre de
(1).
ce
temps-là le Félibrige, constatant
en

:

La Croux

de l'Inoundaciou.
En

cherchait à
Le

donner

se

félibre

ses

progrès,

Constitution définitive.

une

fut pas

des derniers à se
Avignon pour assister à la solennelle assem¬
blée où furent votés les fameux Statuts de
1876. Il
y rencontra Louis-Xavier de Ricard et tout aussitôt
se forma
entre les deux jeunes gens une amitié si
inaltérable, une communauté de vues si étroite que
la mort seule put les faire cesser.
Ils revinrent d'Avignon, saisis par cette évocation
à laquelle ils avaient assisté, de la Renaissance
pos¬
sible de la patrie romane, mais en
désaccord
complet
avec les
promoteurs du mouvement sur les moyens
à employer. Nous avons eu l'occasion de nous éten¬
dre sur cette phase de l'histoire du
Félibrige (2),
aussi n'y insisterons-nous
pas. 11 nous suffira de dire
que les deux amis, républicains et libres-penseurs,
nouveau

rendre

tout

ne

en

en

affirmant leur adhésion à

méridionale,

et par

daient aider

au

voie de la

•

là même

mouvement

au

la

Renaissance

Félibrige, préten¬

l'orientant dans la

en

libre-pensée républicaine d'abord

fédéralisme ensuite.

En

(1) Castelnaudary, Chavnrd, 1875. —
grand aigat. Paris, Maisonneuve, 1897.

(2) Voir notre Histoire du Félibrige.

p.

vue

2e

87

de

édit.

et
la défense de

sous

le titre

:

du
ce

La Croux de

�xiir

naquit l'almanach de la Lauseto qui
(1877) pour se continuer en
1878, 1879 et reparaître une dernière fois en 1885.
C'est là que l'esprit combatif de Fourès se donna
libre carrière et il avait du lutteur toutes les
qualités :
la conviction, l'énergie, la ténacité.
programme

parut l'année suivante

A côté des deux affirmations de

fédéralisme la Lauseto
celle du culte

geoise.

en

libre-pensée et de
proclamait une troisième,

des victimes

de la Croisade Albi¬

A toute renaissance il faut des ancêtres,
avec
Napoléon Peyrat. Nous sommes les
descendants des Albigeois
nous devons honorer
«

disait-elle

,

leur mémoire.
Avec

»

quelle ampleur, quelle hauteur de pensée et
quel lyrisme Fourès s'est acquitté de ce devoir, certes
le savent ceux qui
connaissent ces admirables mor¬
ceaux
L'Espaso del siecle XIIIe, La Peiro de MountLas
fort,
Mouliès que desclusqueroun Mountfort. Et
il était vraiment l'homme de sa
poésie. Il en était
arrivé à devenir un
contemporain de ces âges passés ;
il vivait cette
période historique comme s'il en avait
connu les acteurs. Mais ceux
qui l'admirent le plus
comme
poète ne sauront jamais, s'ils ne l'ont connu
personnellement, quel Tyrtée il devenait quand il
évoquait, en d'intimes causeries, le souvenir des
luttes sanglantes où sombra l'individualité du Lan:

�XIV

III

L'œuvre que XEscolo
et aux admirateurs de

Audenco présente

lettrés
regretté compatriote ne
la
note
présente point
que nous venons d'exposer.
Il semble que le poète soit volontairement entré dans
une

aux

son

voie nouvelle.

Les

périodes de production poétique ne corres¬
pondent pas chez Fourès à celles de la publication
de
et

recueils.

Grillis n'ont paru qu'en 1888
les Cants del Soulelh seulement en 1891. Or nous
ses

Les

que ses débuts dans la poésie d'Oc sont de
1875 environ (1) et qu'avant de publier ses œuvres
en volumes,
il en avait fait paraître un certain
savons

nombre dans

la Lauseto et dans

plusieurs publica¬
périodiques, notamment dans la Revue des
Langues Romanes de Montpellier qui, à juste titre,
attachait un grand prix à sa collaboration
La date des poésies des Grillis oscille entre 1875
et 1877 ; celle des Cants del Soulelh entre 1877 et
1882. La plus grande partie de celles de la Maso

tions

Silvestro
La

c'est

va

de 1882 à

1884.

conclusion
que

qui découle de ces constatations
les poésies des Grillis et des Cants del

Ci) La plus ancienne poésie languedocienne que nous connaissions de lui est
1871 ; c'est celle qui ouvre le recueil des Grilhs, mais certaines nuances
nous font penser qu'elle a été retouchée depuis sa première composition.
datée de

�XV

Soulelh

furent,

majeure partie, contemporaines de
l'époque batailleuse de la Lauseto ; c'est là surtout
qu'à côté d'admirables symphonies rustiques comme
la Segairo nudo, le Grand Lauraire, un Parelh de
Vendemios, à côté de récitatifs passionnés comme
celui de
tes

ma

fanfares

Mais

en

Dono
en

Doulourès, retentissent de striden¬

l'honneur des victimes de Montfort.

quand la trompette guerrière a promené son
appel, sa remembranço, aux quatre coins de la terre
d'Oc le poète redevient l'homme de son temps. Si
Le Fargaire de lamos semble une note dernière,
apportée par un écho égaré il marque surtout une ten¬
dance nouvelle ; et cette tendance, qui amène le
poète à pleurer sur l'actuelle France blessée, est net¬
tement indiquée par la pensée
qui lui a inspiré la
publication du recueil Per IAlsacio-Lourreno (1883)'
où son Claroun d'EStrasbourg semble se dresser,
comme dans la ballade allemande,
pour sonner la
charge funèbre des Ombres.
Son esprit était trop moderne pour demeurer con¬
finé en des revendications contemporaines du moyenâge. Déjà, dans les Cants del Soulelh, il avait salué
les Valents Timouniès, allusion évidente aux félibres, qu'il avait soulignée en dédiant sa pièce au
Chef-Maître Mistral ; il avait chanté les Picaires de
Molos) Les Poutiès, les Paures Courdouniès, inspi¬
rations prolétaires, si nous pouvons nous
exprimer

�XVI

ainsi, qui

aboutissent à un véritable

La Coco del
Le

cri de révolte

:

Pople.

faidit Albigeois laissait donc

progressivement

conventionnelle pour
vouer son épée à la défense des revendications mo¬
dernes. En cela il était parfaitement logique. Après
avoir, au frontispice de son œuvre, proclamé la
poétique rancœur d'une race anéantie, il regardait
le drapeau tricolore déchiré, il interrogeait les souf¬
frants et les humbles dont il entendait le souffle

tomber

son

armure

un

peu

oppressé.
Le titre
nous

donné à la Muso Silvestro
recueil n'est point une œuvre

seul qu'il a

indique

que ce

le traduirons volontiers par Chan¬
et des bois, car nous y trouvons des

de combat. Nous
sons

unes

des

rues

et des autres.

Chansons des

bois,

incontestablement : La Serro

despouplado, Cervi de Calou, Les Taures, Les Crabits, Las Routos Roumanos, As Mamoisses del Cemeutèri, Le Tuaire de Roussiguols, A-n-uno Abel'no ;
mais chansons des rues : Lm Reino Pedauco, De Castel-nôu à Age//, Per Nadal, Cant des Vendeires de
Pignos, /'Alumaire de Gas, Carrièro de las Escravissos, rOurode /'Absii/to qui donnent la sensation
d'une flânerie à travers le grouillement des quartiers

populaires, à travers les

spectacles tour à tour atten-

�xvi r

drissants

comiques, poignants ou grotesques de
publique.
Mais, dans les bois comme dans la rue, le poète en
revient toujours à ses sujets
favoris, aux opprimés
qu'il salue dans cette pièce d'une bizarrerie voulue :
Les Doits John Brown, à la patrie mutilée dans le
Planh de /' Alsacio, Bitche, le Claroun
dEStrasbourg,
à la République dans XEscabot d'en
Falguiere. Et
comme il ne serait
pas poète s'il dédaignait la grâce
féminine, on saisit au passage de délicieux motifs :
La Mort de la
Bouqueto, le Trescalan, le Piano
tampat, le Bouquet de Verounicos, Tous Uelhs, A la
que veirè pas jamai.
ou

la voie

Deux notes

sont

aussi

caractéristiques en ce sens
les retrouve point, ou presque point, dans
les précédents recueils. C'est d'abord l'émotion avec
laquelle il tend la main à des patriotes d'une natio¬

qu'on

ne

nalité différente de la" sienne

quand il sent en eux
aspirations émancipatrices ou des ressemblances
avec son
Languedoc : As Troubaires Flaminjants,
Salut as Jerriaises, Salut as Canadians.
C'est ensuite la complaisance avec'
laquelle il
évoque la figure de Rabelais. Il n'y a pas moins de
trois pièces consacrées au père de
Gargantua, sans
compter celle dédiée à Frédéric Astruc, le peintre du
Rabelaisien et du Vin de France. Rabelais, en
effet,
des

fut

une

des constantes admirations de Fourès

;

il

se

�XVIII

mêla activement
y a

produisit il
une dizaine d'années et avait pour but de grou¬
tous les admirateurs du grand penseur de
au

mouvement

qui

se

per
Meudon.

IV

Nous

en sommes

convaincu,

ce

recueil fera bonne

devanciers. Quelques pièces,
dû en être retranchées, par
exemple le Sounet Umouristic ; mais les éditeurs
ont tenu à respecter scrupuleusement le manuscrit ;
d'ailleurs la présence du Sounet Umouristic n'est pas
absolument déplacée car elle rappelle un côté à
retenir du caractère de Fourès. Ce Tyrtée, ce démo¬
crate farouche était _un rieur et même un gros
rieur.
Si sa
sympathie pour Rabelais n'était
pas suffisamment expliquée par la tournure de son
esprit si net et si moderne, cette particularité suffi¬

figure auprès de
peut-être

ses

eussent

rait à la motiver.
Un mot maintenant

sur sa

langue. Il faut se redire

l'auteur de la Muso Silvestro commença de
en
langue d'Oc vers 1875. A cette époque il
n'avait aucun modèle pour le conduire. Ni Daveau,
ni Vestrepain, ni Mengaud, ni même Galtier, qui fut
le plus supportable de tous, ne pouvaient être d'au¬
cune utilité à un lyrique de son
envergure, doublé

que

rimer

�XIX

d'un lettré raffiné.

Quant à Mir, outre que son genre
différent, son dialecte est proprement
le narbonnais, non le lauraguais. Il fallut donc que
Fourès se fît une langue et on doit reconnaître qu'il
absolument

est

bien. Au contraire de certains poètes
d'Oc, qui tâtonnent de longues années, nous remar¬
quons l'uniformité à peu près constante de sa 1 angue
et de son orthographe depuis les Grilhs jusqu'à la

y

réussit

assez

Muso Silvestro.
Mais

on

l'a accusé de n'être pas

du

peuple. Ce reproche ne nous
l'a fait aussi à Mistral et G. Paris

toujours compris
émeut guère ; on
en

a

démontré

l'inanité

(i). Ce qu'il y a de vrai c'est que le pro¬
qu'était Fourès reparaît toujours, qu'il
écrive en français ou en langue d'Oc ; de plus, la
hauteur de sa pensée n'est pas accessible au plus
grand nombre. C'est pourquoi (on l'a dit et répété
sur tous les
tons) de même qu'il y a des Parisiens

fond lettré

ne comprennent guère Hérédia, il peut bien y
avoir des paysans languedociens éprouvant des diffi¬

qui

cultés à

comprendre YEspazo, les Valents Timouniès,
Ce n'est pas la langue
seule qu'il faudrait changer pour se mettre à cette
portée vulgaire, ce sont les sujets eux-mêmes et
surtout la façon de s'exprimer.
En Rabelais dins Castres.

(i) Penseurs et Poètes. Paris, Caïmann-Lévy, 1896.

�XX

Fourès était

un

chercheur,

un

dénicheur de vieux

vieilles tournures; il était aussi
ciencieux. Dans le travail d'épuration et de
mots et de

un cons¬

fixation

auquel sont condamnés tous les littérateurs ayant à
d'un idiome abaissé, labeur auquel Mistral,
tout le premier, a dû s'assujettir au moment d'écrire
Mireille, le grand poète Lauraguais a apporté une
user

absolue sincérité.

La

démonstration de ceci serait

trop longue, mais il nous suffira de signaler un
détail

insignifiant.

Les littérateurs

d'Oc, de Béziers à Toulouse, sont
qu'ils appellent la question du b et

divisés par ce
du v.
Pour

tenir à des

exemples pris uniquement
région de l'Aude nous voyons Galtier,
Viala, Birat, Revel, et, plus anciennement Combettes, Cazaintre, Samary s'en tenir au b et écrire
nous en

dans la

uniformément

,

trabal, chabal, bido, herses, au lieu
traval, chaval, vido, verses. Au XVIIIe siècle
les recueils de noëls portent : arriba, coubida. Au
XVIIe
nous lisons : metarn la belo al bent et non
metam la velo al vent(i). Il est vrai que nous voyons
aussi en 1776, M. Dartiguelongue, de Narbonne
écrire vostro, acava, au lieu de acaba, bostro. Mais
Dartiguelongue est un lettré dont la pièce, quoique
de

:

:

,

,

(1) Sur

tous ces auteurs, v, notre

Bibliographie languedocienne de V*Aude,

�XXI

d'enveloppe languedocienne, sent le français d'une
lieue et il n'est pas étonnant que la force de l'habi¬
tude lui ait imposé l'involontaire réminiscence de la
graphique française.
Plus

digne d'attention est le cas de Bergoing ( un
en 1652, s'amusaà traduire en
vers
quatrième
languedociens le
chant de l'Enéïde.
Il emploie le v et écrit reviscoula, averti, valou.
Celui-là aussi était un lettré; mais plus exact que
Dartiguelongue il distingue très bien les cas où le
génie spécial du dialecte admet le b de ceux où la tra¬
dition latine exige le v. Exemple : Le sort ba vol
a tal.
(2)
autre

Narbonnais) qui,

Quant à Mir ( dont l'opinion est, certes, prépon¬
en
l'espèce), il est demeuré inébranlablement
attaché au b, pour la raison, dit-il très justement,
que le v n'existe aucunement dans la prononciation
dérante

populaire de l'Aude.
La conclusion de cette

digression un peu longue
peut-être ) mais que nous avons cru devoir introduire
ici, personne n'ayant jusqu'à présent poussé cette
question à fond) c'est que si le langage populaire
a
pour lui la force de l'habitude, à dater surtout de
la période de décadence qui commence vers le milieu
,

(1) Las Nossqs de VQccèan

e

de la ÍVCedtferranco, Tolose, Boude, 1681,

�XXII

siècle, il a contre lui les principes philologi¬
ques. Pour résumer le débat, si les lettrés, rares,
se sont servis du v, la grande majorité
des poètes
du XVIe

populaires
Ce

a

adopté le b.

bien le souci de Fourès de ne
populaire qu'autant
qu'il le fallait absolument pour redresser de mauvaises
habitudes par trop évidentes, c'est qu'il évite de
prendre parti même en ce minuscule débat ; nous le
voyons, avec une égale indifférence, écrire : abrilh et
qui

prouve

s'écarter delà tradition du langage

avrilh
rité

trabalh et travalh. Son inébranlable sincé¬
répugnait à prendre parti entre la logique et
,

l'habitude.

Cette

guais lui
certains

persévérance dans l'étude du parler lauraa donné une incontestable supérioriré sur
de ses confrères, Aubanel et Crousillat

qu'ils étaient
lettrés, d'avoir pensé en français leurs poésies
d'Oc. Les réminiscences qui trahissent la version
sont rares
chez lui
surtout quand on suit la
progression des Grilhs aux Cants del Soulelh et de
par
des

exemple, qu'on

accuse,

parce

,

ceux-ci à la M uso Silvestro. Au reste,
arrivé à

il

en

était

parler l'idiome Lauraguais avec une perfec¬
qu'on en était à se demander
s'il était bien le même qu'on venait d'entendre s'ex¬
primer en un français des plus corrects,

tion tellement saisissante

�xxhi

V

En

publiant ce volume, en émettant l'espoir qu'elle
pourra bientôt faire imprimer La Sego, autre recueil
posthume de poésies pour la plupart inédites, I'Escolo
Audenco accomplit un pieux devoir. Elle paie une
dette de reconnaissance à celui qui prit une si grande
part à sa fondation, lui a tracé son programme et
lui

a

donné

Mais les

sa

fière devise.

œuvres

voulu lui confier le

poétiques dont M. Hermet a bien
dépôt sont-elles complètes? Nous

craignons le contraire. Il nous semble avoir vu en la
possession de personnes étrangères certains cahiers
qui n'étaient ni ceux de La Muso Silvestro ni ceux
de La Sego. Par suite de malentendus, les manus¬
crits de Fourès ont voyagé en diverses mains ;
souhaitons qu'il ne s'en soit pas égaré un trop
grand
,

nombre.

Enfin, si

la poésie d'Oc la mort du félibre
Lauraguais a été un grand malheur, cette perte a été
irréparable à d'autres points de vue. Les courtes
études qu'il avait publiées sur l'histoire, la littéra¬
ture, le folk-lore du Lauraguais ne sont que la plus
infime partie de ce qu'il aurait pu nous donner. En
dehors de notes volantes qu'il réunissait par les
moyens les plus primitifs, nous lui connaissions un
certain nombre de petits carnets où à chaque instant
pour

�XXIV

griffonnait quelque observation, car il en avait
toujours un ou deux sur lui. Que sont devenus ces
carnets? Quel privilégié pourra les utiliser?
il

suit partout, grands ou petits,
ignorants. Heureux peuvent s'estimer
qui furent les amis de ce grand poète, de ce

Le néant jaloux nous
savants
ceux

ou

patriote, d'avoir pu arracher à l'oubli quelques
parcelles de ce qui fut le meilleur de lui-même.
fier

Gaston
Poulhariez, par Carcassonne, 15

JOURDANNE.

Décembre 1896.

�faire revivre les traditions
la langue des anciens,
cette incarnation vivante de la petite patrie, /'Escolo
Audenco a décidé de publier les œuvres des poètes
Languedociens morts ou vivants qui par leur valeur,
leurs tendances et leur opportunité répondent le plus
au
programme qiielle s'est tracé.
Fondée dans le but de

locales

Le

et

de

conserver

présent ouvrage, œuvre posthume d Auguste
le grand poète Lauragitais, commence la série

Fourès

,

de cette publication.
L'Escolo Audenco.

�LA

REINO

PEDAUCO

cA'n B. Marcel

Dins aquel tems, le païs de Tûulouso

JN'ero pas mai joui 'gouber des Roumans,
L'abion vendut à d'aules gourrimans,
Al

noum

E

nonanto ans,

de Roumo autivo

An mounarcat

e

mai

gelouso.

aici, les Visigots
coumo sus

de ragots.

Aquelis flèus s'en venguèroun en
Forobandits per la fam e la tor

masso,

,

Dambe 1' martel
Per estrissa

matatruc

nostro

S'espandission

del Dieu Tor

valento raço ;

terribles agrums,
Enfalenant les pus maissants ferums.

Nautis

forts

en

pelsses roussels e grasses,
.En rauquejant de salvatges apels ,
Eroun vestits de quèr, cuberts de pels
e

D'ourses

,

gigants

I callio d'or

e

escanats dins lhours brasses;

de sang e

E brandission lhours

de foc.
pigassos de

roc

!

�LA REINE

PÉDAUQUE
A. 13. Marcel

En ce temps-là, le pays de Toulouse
N'était

plus

sous

le gouvernement des Romains,

Ils l'avaient vendu à de méchants rôdeurs
Au

,

de Rome

orgueilleuse et jalouse.
Et nonante ans, ici, les Wisigoths
Ont régné comme sur des nains.
nom

Ces fléaux vinrent

en

masse,

Exilés par la famine et la glace ,
Avec le lourd marteau du Dieu Thor
Pour écraser

notre

Ils s'étendaient

vaillante

race

,

;

terribles
Qui puaient les plus affreuses odeurs de fauve.
en

groupes

Grands et robustes, les cheveux blonds et gras,
En rauquant de sauvages appels
Ils étaient vêtus de cuir, couverts de peaux
D'ours géants, étranglés dans leurs bras ;
,

Il leur fallait de l'or et du sang et

du feu.
pierre ! (!)

Et ils brandissaient leurs haches de

�8

AUGUSTE

FOURÈS

A cavalhous

sus d egos sens cabestre
Courrion, courrion per grequeja les cams,
S'embriaigant dins las vilos pacans
Qu'oubedicion enlugrats, à-n-un mestre,
Rei enma'iit e fer qu'abio sannat
Soun cap de tièro e pel mens soun ainat.
,

,

,

Tu que pus tard fousquères la gardiano
De belis dreits bravoment counquistats,
Yès l'an
Es

cinq-cents, ères dins lhours estats.
alavès, ô cieutat palladiano,

Qu'abios
Les

un

loup rouge, un tiran afric !
l'apelaboun Uric.

sacamans

Adieu, soulelh, basilicos,

arenos

Ount s'ausissiò le

rugi des liouns,
O Capitol, ô fiers descuriouns !
Tresors qu'an fait ta faudo et tas mas plenos !
Adieu, escolo e sapiens proufessous
Qu'ai Mantouan

an

donnât de licsous !

Que t'an badado, ô frescouleto poumo
Al mièi de l'ort delicious del

Miechjoun !
Republico, e t'en brembos toutjoun,
De tu fasquèt uno segoundo Roumo.
Dins le fangas de la barbaritat
La

Trelusissiò toun antico beutat.
Le rei Uric

qu'en jugulant l'Espagno
desgrunèt nobles coumo milh rous
E n'ero pas qu'un assasin afrous,
Ai las ! abiò belo e douço coumpagno,
Te

�LA

A cheval

MUSO

SILVESTRO

des

juments sans licou,
allaient, ils allaient pour bouleverser les champs,
Ivrognant dans les villes , brigands
Qui obéissaient, aveuglés, à un maître,
Roi furieux qui avait assassiné
Son chef de famille et pour le moins son frère aîné.
sur

Ils

Toi

qui gardas plus tard

De beaux droits courageusement conquis, (3)
Vers l'an cinq-cents, tu étais dans leurs états.
C'est alors, ô cité

palladienne,
loup rouge, un tyran acharné !
pillards le nommaient Euric.

Que tu avais
Les

un

Adieu soleil,

basiliques, arènes
rugissements des lions,
O Capitole, ô fiers décurions !
Trésors qui remplissaient ton giron et tes mains !
Adieu, école et savants professeurs
Qui ont donné des leçons au Mantouan ! (4)
Où s'ouïssaient les

Que l'on t'a enviée, ô fraîche pomme,
Au milieu du
La

jardin délicieux du Midi !
République (5), et tu t'en souviens toujours,

Fit de toi

une

seconde Rome.

Dans le bourbier de la barbarie
Ton

antique beauté rayonnait.

Le roi Euric qui en soumettant l'Espagne
Egraina nobles comme (épis) de maïs roux
Et (qui) n'était qu'un assassin(G) affreux,
Hélas ! avait belle et douce compagne,

9

�10

FOURÈS

AUGUSTE

—

De

Pourtabo Pnoum estrange
e salvatjas
Ranachildo, e veniò de grand jas.

Elo, semblabo

uno

forto

estatuo

Faito per

'un grec, dambe engenh, al cisèl.
L'albo, sigur, daurabo le sieu pel,

Loung

e trenat, e

la

mar

Dins les sieus uelhs metiò

Quno

car

blanco

e

qun sé

verdo-bluo
sa prigoundou,
panadou !

Tout le païs couneissiò la

Regino.
Après abé dourmit costo las founts,
Coumo Diano, en trevant, sus les mounts,
Selvos d'Ardeno, — à través
l'escurino,
Cassabo loups, ourses e
porcs-singlas ;
Nadabo apuei, quand soun cos ero las.
Ero

toutjoun per les rieus coumo un cinne.
Fasquèt leva l'aquaduc gieuletat
Que, dins Toulouso, a loung-tems trespourtat
Doutce peds d'aigo e mai, qu'ero
pla dinne
D'esse metut sul' coumte des
roumans,
Les coustrutous

d'oubratges subrumans.

E les sieus banhs

qu'abion mai d'uno nauco !
glorio ? Ai ! l'empourtèt le vent !
Empacho pas que 1' pople se souven
Del genti tems ount la Reino Pedauco
Coumo uno fado, ambe la
pax al cor,
Veniò fia'la douçoment soun li d'or.
Ont

es sa

Quand tourno 1' miei de la poulido Primo,
E que
s'agafo à la randuro en flous

�LA

MUSO

SILVESTRO

Elle

portait le nom étrange et assez sauvage
De Ranachilde, et elle était de haute lignée.
On l'aurait

comparée à une robuste statue
génie, au ciseau.
L'aube, à coup sûr, dorait ses cheveux
Longs et tressés, et la mer d'un verl-bleu
Dans ses yeux mettait sa profondeur.
Quelle chair blanche et quel sein beau à ravir !
Faite par un grec, avec

Tout le pays

connaissait la Reine.
Après avoir dormi à côté des fontaines,
Comme Diane (7), en rôdant, sur les monts,
Les forêts de l'Ardenne, à travers l'obscurité,
Elle chassait loups, ours et sangliers :
Elle

nageait ensuite, quand

son corps

était las.

Elle était

toujours dans Jes rivières comme un cygne.
ériger l'aqueduc en briques
Qui, dans Toulouse, a longtemps transporté
Douze pieds d'eau et davantage (et) qui était bien digne
D'être mis sur le compte des Romains,
Les constructeurs d'ouvrages surhumains.
Elle fit

Et

bains

qui avaient plus d'une cuve ?
gloire ? Ah ! le vent l'emporta !
Ce qui n'empêche pas que le peuple se souvient
Du joli temps où la Reine Pedauque
Comme une fée, avec la paix au cœur,
Où

ses

est sa

Venait filer doucement

son

lin d'or.

Quand revient le milieu du joli Printemps,
Et

quand s'accroche à la haie

en

fleurs

�12

AUGUSTE

Un fiai de sedo

Disoun

:

«

ou

FOURÈS

de lux,

Soun fus

nous

miraclous,
le mando, suPimo !

La sieu counoulho

oubrejo

E per aco

pas soun

deminjo

relais
fais. »

sens

Preso

d'ennuch, se sentint alagado,
Tristo, perdèt le vam d'ana cassa ;
Se rufissiò, cresiò se sanglaça.
Fousquèt,
E

joun, de lepro roussegado,
as peds,
vestit superbe autant qu'espes.
un

s'amaguèt, del colh junquos

Joubs

un

Ero al moument ount, dedins l'Aquitano,
Subra, Marcial, Antón le Pamiercs
Fasion sens pòu miracles toutis tres,
En semenant la paraulo crestiano.
«
Fraires, dision, peds nuds e frount nirnbat,
La negro nueit davant la lux s'abat. »
«

Aro,

a

finit la bestialenco vido.

Levats le cap, ornes, et siots parieus,
Joubs le soulelh e per le nouvel Dieus.
Se cal aima. L'aulo guerro es

Que sentisquets clins l'armo
La belo pax
Dins

toumba

coumo

ourrido.
dins le cos
de ros ! »

e

palais, carriero Peirolado,
quartiè qu'es abuei Sant-Subra,
La Reino en plours se vouliò delibra
D'aquelo ourrou dount ero pla saulado.
soun

Al vielh

Quno tahino i balhabo

soun

mal !

Fasquèt manda dreit à-n-elo Marcial.

�LA

Un fil de soie
On dit
Sa

«

:

ou

MUSO S1LVESTRO

&gt;3

de lumière, merveilleux,
nous l'envoie sur la brise !

Son fuseau

quenouille travaille sans relâche
malgré cela le lin dont elle est chargée ne diminue

Et

Prise d'ennui, se sentant abattue,
Triste elle perdit l'ardeur d'aller chasser;
Elle

ridait, elle croyait (sentir) son sang se glacer.
fut, un jour, rongée de lèpre
Et cacha, du cou aux pieds, (son corps)
se

Elle

Sous

un

C'était

vêtement

magnifique autant qu'épais.

où, dans l'Aquitaine,
Saturnin, Martial, Antonin de Pamiers
Faisaient sans peur (des) miracles tous les trois
En semant la parole chrétienne.
« Frères, disaient-ils,
pieds nus et front nimbé,
au

moment

La noire nuit devant la lumière s'abat.

«

Maintenant,

a

»

fini la bestiale vie.

Levez la tête, hommes, et soyez égaux,
Sous le soleil et de par le nouveau Dieu.
Il faut s'aimer. La hideuse guerre est

Que

vous

La belle
Dans

bannie.

sentiez dans l'âme et dans le corps

paix tomber

comme

de la rosée.

»

La Reine

palais, rue Peyrelade,
quartier qui est aujourd'hui St-Cyprien,
en pleurs voulait se délivrer

De

horreur dont elle avait

son

Au vieux

cette

Quelle tristesse lui donnait
Elle fit

appeler Martial.

son

son

saoul.

mal!

pas.»

�AUGUSTE

14

FOÜRÈS

Cande, arribèt l'apostoul de Limotge
E Ranahildo ajèt, en le vesènt,
Coumo le crid d'uno
El

respoundèt

: «

jacent.
Aici, que l'Amour lotge ! »

Dins la crambasso

urouso

eroun

toutis dous soûls.

Elo, sul'cop, se metèt à genouls.

Preguèt

: « Tenetz ! Si la santat me tourno,
Balharè vite à 'n Jesus-Crist moun cor,
E les

gourris auran le mieu tresor ! »
Marcial prenent d'aigo dins uno dourno,
Dambe le biais de Sant-Jan l'oundejèt
E de tout mal tabes la

soulatjet !

Le

pople crei la vese, dins sa nauco,
Quand l'apostoul la tiro del canvalh,
A Sant-Sarni, qu'oundro le grand pourtalh,
E va disent : « La Regino Pedauco
Es fado e santo, — ambe soun
magie fus
Fialo toutjoun pes paures de Jésus. »

—

—

y

d'Outobre 1883.

AS

FELIBRES

D'AQUITANO

Coumo

uno
superbo drouidesso
lebo, pleno d'ardidesso,
Dins l'antico Divouno, al païs des garrics,
L'Aquitano qu'en plen esclaire

Se

,

�✓

LA- MUSO

SILVESTRO

15

Candide, arriva l'apôtre de Limoges
Et Ranahilde eut, en le voyant,
Comme le cri d'une heureuse accouchée.
Lui répondit : « Que l'amour se loge ici »
!

Dansl'immensechambre, ilssetrouvaient seulstousdeux.
Elle,

sur

Elle

pria

le champ, elle
: «

se

mit à genoux.

Tenez ! Si la santé

Je donnerai vite à Jésus-Christ
Et les mendiants

auront mon

me

cœur,

trésor !

Martial

prit bientôt de l'eau dans

Et

la manière de Saint-Jean il

avec

revient,

mon

une

»

cruche

l'ondoya

Et de tout mal aussi il la délivra !
Le peuple croit la voir dans sa cuve,
(Quand l'apôtre tire (la Reine) du gouffre,)
A Saint-Sernin, ornant le
grand portail,

Et

va

disant

Est fée

et

:

«

La Reine

sainte ; avec

son

Pédauque
fuseau magique

Elle file toujours pour les pauvres de Jésus.
3

Octobre 1883.

AUX

Comme

FELIBRES

D'AQUITAINE

superbe druidesse
pleine de hardiesse,
Dans l'antique Divonne, au
pays des chênes
L'Aquitaine qui en pleine clarté,

Se lève

»

une

�i6

AUGUSTE

FOURÈS

Gaujous, vieu, enmimarelaire,
fa tant africs.

Brandis le ramelet que nous
O felibres, lecs

d'ambrousio,
branquet de la pouesio
Nous agatis anaut, à sa divenco ma ;
E subre fangasses, tahino,
Azir, vergougno, e mai fahino
Se trufo de l'aial que 1' vouldriò derrama.
Le

Fa que nostre frount s'assoulelho
E que nostre cor s'arrevelho
Per canta sens relais tout ço qu'es bel e grand,
Plé d'alos

lauseto,
Que partis, s'anausso, à l'albeto
E semblo fuge apuei dins le cel enlugrant.
coumo uno

L'Aquitano, la be!o fado,
Garganto nudo, descoufado
Coumo las qu'autris cops amassaboun le vesc
Vous saludo à-n-toutis, felibres,
O pouetos franceses libres !
E sa paraulo va coumo un rieu clar e fresc :
Omes

qu'abets per la patrlo
bravo idoulátrìo,
Que voulets qu'apertout siogue pax dambe lum,
Toutjoun aimats la vostro bresso,
«

La puro e

Servant la mairalo
E le

parla
«

que

caresso

guido à través le tems trum.

Valents des

Junquos

as

pueches bearneses
sables santouneses,

�LA

MUSO

SILVESTRO

17

Joyeuse, vive, éblouissante,
Secoue le ramelet qui nous fait si ardents.
O

félibres, gourmands d'ambroisie,
petite branche de la poésie
Nous attire là-haut, de sa divine main;
Et au-dessus des cloaques de l'ennui,
De la haine, de la vergogne et de la misère
Se moque de l'aquilon qui voudrait l'effeuiller.
La

Il faut que notre front s'ensoleille
Et que notre cœur se réveille

Pour chanter
Plein d'ailes

sans

relâche tout

comme une

ce'qui est beau et grand,
alouette,

Qui part, se hausse, à l'aube
Et semble fuir après dans le ciel éblouissant.

L'Aquitaine, la belle fée,
Gorge nue, décoiffée
Comme celles qui autrefois ramassaient le gui,
Vous salue à tous, félibres,
O poètes, français libres !
Et sa parole va comme un ruisseau clair et frais
Hommes qui avez pour la
La pure et bonne idolâtrie,
«

patrie

Qui voulez que partout soit paix et lumière,
Toujours aimez votre berceau,
Conservant la
Et le

caresse

maternelle

parler qui guide à travers le temps obscur.

Vaillants, des yeux béarnais
Jusqu'aux sables santones,
«

:

�18

AUGUSTE

FOURÈS

Cantats vostre païs

dins sa lengo, cantats
Flumes, sérros, vilos eglorio,
La Natura dambe i'Istorio,
Graits coutiouls e cel dous, pacants e libertats.
Aucel fieulairo, eros que trouno,
Majo ribiero de Garouno,

«

E neviès de Pireno
Devoun

e

tene

bassi d'Arcachoun
dis vostris

verses

Que fargarets de sous esterses,
Per que

l'amour del brès dins les
«

E

se

Coumo

siò toutjoun.

l'armo de nostro raço
un

buf

Parieus à 'n Goudouli
Aurets

cors

uno

pouderous i
vous

passo,
veiram renoumats.

fuelho daurado

Del rameiet que tant agrado ;
Vous rendrets immourtals, mous felibres aimats!
Se calho, sa voux

franco et caudo.
Azemprats dedins la sieu faudo,
I pourtats vortre brinde, acoumoulat de cor.
Ieu que quand vòli nou me mudi,
Après vous aus, d'aici saludi
L'Aquitano adreitado ambe le branquet d'or.

9

d'Outobre i88j.

»

�LA

Chantez

MUSO

SILVESTRO

19

pays dans sa langue, chantez
Fleuves, sierras, villes et gloire,
La Nature avec l'Histoire,
Guérets productifs et ciel doux, paysans et libertés.
votre

Oiseau siffleur, héros qui tonne,
Grande rivière de Garonne,
Et névés des

Pyrénées et bassin d'Arcachon

Doivent contenir dans

Que

vous

Pour que

Et de l'âme de
Comme

vos vers

forgerez de sons purs,
l'amour du berceau soit toujours dans les

cœurs.

notre race

souffle

puissant qui passe,
Pareils à Goudelin, on vous verra renommés.
Vous

un

aurez une

Du ramelet

Vous
Elle

vous

se

Vous

tait,

vous

feuille dorée

qui tant plaît ;
rendrez immortels, mes félibres aimés ! »
sa

voix franche et chaude.

réunissez dans

son

giron,

Vous lui portez votre brinde, empli de coeur.
Moi qui, quand je veux, ne peux me déplacer.

Après vous autres, d'ici je salue
L'Aquitaine dressée avec le rameau d'or.

3

Octobre i88j.

�AUGUSTE

20

AS

FOURÈS

TROUBAIRES

FLAMINJANTS

flaminjants de Belgico e d'Oulando,
garlando

Felibres

Salut ! Trenats vostro
Des

rams e

de las flous crescuts ço de vous aus,

puei farandoulats, d'accord, à las Kermessos,
Mai vudats picharos espessos,
En gardant pel' païs amour sant ambe laus.
E

Flamands qu'abets

al

cor

la flambo patrialo,

Mantenets, le cap dreit; vostro lengo mairalo
E dambeelo, ardits, celebrats

pacifie, le sagnas, la nisoulo,
e mar que verdejo e jangoulo,

Le canal

Flume d'Escaut

E tabes votris

grandis prats.

le vam les vostris boudegaires !
sioguen dins milanto aires

Que vous tenguen
Ja que

pescadou d'arengs, le qu'arranco 1' carbou,
Aquel que fa ven i las superbos tulipos
E l'agit moullaire de pipos ,
Cado libre pacan que per soun nids ten bou.
Le

Ajats mai de cansous per vostros dentelieros,
( Le Lauragues couneis las flandresos laugieros.)
Salut à las fados del fiai

saboun brouca las brusselos tant finos
E, de la mémo ma, las soulidos malinos!

Que

vous

Salut per

lhour biais sense égal !

�LA

AUX

MUSO

21

SILVESTRO

TROBAIRES FLAMINJANTS

Flaminjants de Belgique et de Hollande,
Salut! Vous tressez votre guirlande
Des rameaux et des fleurs qui ont poussé chez vous
Félibres

puis vous farandolez, d'accord, aux Kermesses
vous videz pichets épais
En gardant pour le pays amour saint avec louange.
Et

Et

Flamands qui avez au cœur la flamme de
Vous maintenez, tête haute, votre langue
Et

avec

Le canal

elle, hardis, vous célébrez

pacifique, le polder, l'île,
qui verdoie et
vos grands prés.

Fleuve Escaut et mer
Et aussi

la patrie,
maternelle

se

lamente,

l'élan, vos cornemuses!
qu'ils soient en des milliers de chansons
Le pêcheur de harengs, l'extracteur de charbon,
Celui qui fait venir les superbes tulipes

Qu'ils maintiennent en vous
Et

Et l'habile mouleur de

pipes,

Chaque libre citoyen qui pour son

nid tient bon.

Ayez encore des chansons pour vos dentellières,
( Le Lauraguais connaît les légères flandraises. )
Salut

aux

fées du fil

Qui savent tricoter les bruxelles si

fixes

Et, de la même main, les malines solides!
Salut pour leur habileté sans égale.

�22

AUGUSTE

Tisseires de bel

FOURÈS

li, veloutiès utrechteses

Fan rampèu as fraires franceses ;
Ameritoun tourna qualque gaujous verset.
Ne debrembets pas cap des que fan bostro
E que marcoun lins per l'istorio,

Quand

soun,

glorio

dreit les tirans, partits coumo

un

laucet.

Que vostro pouesio ou beziado ou grandasso

Siogue le clar miralh de

vostro forto raço !
l'Atge-mejan.
Que, dedins Gand, Anvers, Ipres, Bruges e Lietge
Pr'amour d'indépendencio an balhat cor e fetge
En batent le reial aujan.
Cantats les de

,

O

Jacques d'Arteveld

e tu, Felip, brassaires
De la noublesso adreits cassaires !

,

O Guses lederats

qu'à lEspagnolh maissant
tengut cap tres ans, al rriiei de debourrados
Espetaclousos, descarados
que soun morts martis del Tribunal de sang !

An

E
O

,

nautos

libertats pes oupressous

Que costoun, i

a

bandiclos

,

de tems, fosso arderousos vidos,

Regrilharan be! Cado mort
Es

gra del semen de nostro delibranso.
Les bounis eretics del Miechjoun de la Franço
un

Fan que

89

es fort.

O Flandros! ô nacieu de l'iversenc
As la

tant

bravo,

Republico batavo
Descapant à l'Oustrio e mai al Louioula !
Mais fousquet pas, ai las! qu'uno albo pallifeco
,

;

;

�LA.

MUSO

SILYESTRO

23

Tisserands du beau lin, veloutiers d'Utrecht

Egalent les frères français ;
Ils méritent de nouveau quelque joyeux verset.
N'oubliez aucun de ceux qui font votre gloire
Et qui laissent une profonde trace dans l'histoire,
Quand ils sont, contre les tyrans, partis comme un éclair.
Que votre poésie ou délicate ou épique
Soit le clair miroir de
Chantez

ceux

du

votre

forte

race

!

Moyen-Age

Qui dans Gand, Anvers, Ypres, Bruges et Liège,
Pour l'amour de

En battant le
0

l'indépendance ont donné
royal troupeau.

cœur et

foi,

Jacques d'Arteveld et toi, Philippe, brasseurs,

Adroits chasseurs de la noblesse !
O Gueux fédérés

qui à l'Espagnol mauvais
pendant trois ans, au milieu de combats
Spectaculeux, horribles
E qui sont morts martyrs du Tribunal de sang !
Ont tenu tète,

O hautes libertés bannies par

les oppresseuis,
longtemps, de nombreuses vies
Vous renaîtrez bien! chaque mort
[ardentes,
Est un grain de la semence de votre délivrance.
Les bons hérétiques du Midi de la France
Font que 89 est fort.

Qui

coûtent

il y a

O Flandres ! ô nation du Nord si vaillante
Tu

la

République batave,
Echappant à l'Autriche et aussi à Loyola !
Mais elle ne fut, hélas ! qu'une aube pâle,
as

,

�AUGUSTE

24

F0URÈ5

E la

tirannio, cabeco,
Entrumisquèt le cel de soun afrous voula.
Grand mescordi vengut, esperanso

espoutido !

Aro, adoubais le mal qu'a fait la Despartido,
la mai d'un miech secle adeja.
Felibre's flaminjants de Belgico e d'Ouiando ,

pla e, dins vostro garlando
Cal que vous vejets barreja.

Amanadats-vous

,

O

boudegos, rounflats ! La grando Republico
Qu'a per deviso magnifico :
Fœdus, pax el labor respelira Ièu-lèu ,
Foro plejo e fangas, messourgo e maissantiso
Graciós à

vostro

Omes de libertat que

valentiso

,

risets de tout flèu !

L'AMOUR

A-n-qui somios bruno droulleto
Sourrisento, les uelhs satats
,

E frezinants

De
Ja

tous

coumo

uno

aleto

raives vite alertats ?

»

respoundèt la poulido :
un pouletou, dins moun
L'Amour per fa soun espelido

«

me

,

,

Coumo

Tusto devès le soulelh d'or.

»

cor,

,

�LA MUSO

Et la

25

SILVESTRO

tyrannie, chevêche,

Embruma le ciel de

son

affreux vol.

espérance écrasée !
arrachez le mal qu'a fait la séparation,

Grand désaccord venu,

Maintenant, vous

Il y a plus d'un demi-siècle déjà.
Félibres flaminjants de Belgique
Serrez bien

vos

et de Hollande,

mains, et, dans votre

Il faut que vous soyez

la grande

République

Qui a pour magnifique devise :
Association, paix et travail renaîtra

bientôt,

pluie et de la boue, mensonge et

méchanceté,

Grâce à votre vaillance.
Hommes de liberté

qui riez de tout fléau !

L'AMOUR

quoi songes-tu, brune enfant,
Souriante, les yeux mi-clos
Et frémissants comme l'aile (fragile)
De tes rêves vite réveillés ? »

A

répondit bientôt la jolie fille :
un poussin, dans mon cœur,
L'Amour pour faire son éclosion
Frappe vers le soleil d'or. »
Elle
«

me

Comme

,

confondus.

O cornemuses, ronflez !

Hors de la

guirlande

■

�20

AUGUSTE

Luscre estavanit,
Davalèt e fasquèt
Al miei de la

quand l'albeto
' scourcoulh
crambeto,

nostro

L'Amour cantabo

27

FOURÈS

coumo

un

poulh.

de Sètembre 1883.

REVIVIXIT !

l'oùrchestre coumplct s'ausls coumo un mourmoul
Que, per un pichou vent, s'enlairo d'un tremoul.
Les vioulouns, joubs l'arquet. frezinoun à prou-peno ;
Le graule e la flavuto an de
soupirs d'efant,
Que van, douçomentet, dins pauc, en s'estoufant;
La grando basso sousco e lèu res nou aleno.
A

Un

sou

Dreit

de

brusîs, apel de lenh vengut

cor

albo d'abrilh, fourtet mais emaugut ;
Puei encaro tourna la tendro mourmoulado.
uno

Gar'aqui que, demest, se fa 'ntendre un dous cant,
Ni trop naut ni trop bas, franc, parlaire et toucant,
Que prend coumo

un

Aco 's le vioulouncelo
Aro que

E canto,

aucel

sa

laugiero voulado.

amourous :

respelis,

tout renais, verdejo, s'abelis,

ambe

soun amo un pauc

Les mamoisses del bosc

Le rieu fresc

coumo un

De l'azur et la

qu'a

malancounico,

les sieus bourrons,
uelh de jouve, les clarous
mes

plano adeja magnifico.

�LA

27

MUSO SILVESTRO

Crépuscule évanoui, quand l'aube
Descendit et vint faire une perquisition
Au milieu de notre chambrette,
L'Amour chantait

comme un

coq.

Septembre 188?.

IL RESSUSCITE/

A l'orchestre

complet on ouït comme un murmure
Qui, sous une brise, s'élève d'un peuplier-tremble.
Les violons, sous l'archet, frémissent à peine ;
Le hautbois et la flûte ont des soupirs enfantins
Qui vont, tout doucement, en un rien (de temps) s'évaLa gran de basse songe et bien tôt rien ne respire, [nouissant;
Un

son

de

cor

bruit, appel venu du

lointain

aube d^avril, assez fort mais ému;

Vers

une

Puis

encore

de

Voilà que, au
Ni trop haut,

nouveau

les tendres murmures !

beau milieu, se fait entendre un doux chant,
ni trop bas, franc, parlant et touchant,

Qui prend comme un oiseau son vol
C'est le violoncelle amoureux;
Maintenant

léger.

il ressuscite

,

que'tout renaît, verdoie, devient beau,
mélancolique,
bourgeons,
œil de jeune fille, les

Et il chante, avec son âme un peu
Les violettes du bois
Le ruisseau

qui

a

mis

ses

limpide comme un
plaine magnifique déjà.

De l'azur et la

[clartés

�28

AUGUSTE

FOURÈS

Alavès la vioulouno e l'arpo e les vioulouns
Partissoun, en mesclant, tantost breus, tantost loungs,
Dambe lhours remenilhs, les de la clarineto.
,

E

mentre

Courroun

que,

darrè le souliste baudous,
per un e, de cops, dous

un en

S'arranco de l'ourchestre
Les couires

:

uno

fanfaro

per

dous,

neto.

alto, saco-buto, pistoun,

corn,

Troumpeto, sassoufone

e basso e baritoun
superbo e trioumphalo ;
Le tambour, la tambouro an braboment rounfl3t,
E, tems per autre, al miei de tout aquel esclat,
La cimbalo a patat sa parivo cimbalo.

Sounoun d'uno faissou

i(

Ave1 T(evixit !

»

clamo cado estrument

Al cantaire azimat que vibrejo un moument
Per soumica 'n d abord vès sa bruno pieucelo.
«

Ave ! Revivixit1

Tout

se

calho

Countunho,
16 de

e,

sens

»

Crounzino le tambour.

soulet, fat de lum e d'amour
relais, soun imne, l'violouncelo.

ü\£ovembre 1883.

�LA

MUSO

29

SILVESTRO

Alors, la contre-basse et la harpe et les violons
Partent, en mêlant, tantôt trop brefs, tantôt ténus,
Avec leurs trilles, ceux de la clarinette.
Et

pendant

Ils

vont

derrière le soliste hardi,
après l'autre et, parfois, deux par deux,

que,

l'un

Ùne fanfare
Les cuivres

nette

s'arrache de l'orchestre.

cor, alto, trombonne, piston (cornet à),
Trompette, saxophone et baryton et basse
Jouent d'une manière triomphale et superbe ;
Le tambour, la grosse-caisse ont vaillamment ronflé,
Et, de temps à autre, au milieu de tout cet éclat,
La cymbale a frappé contre sa pareille cymbale.
«

:

Salut ! 11 ressuscite

»

! clame

Au chanteur animé
Pour
«

qui un
soupirer bientôt vers

Salut ! Il ressuscite !

Tout

se

»

boürdonne le tambour.

tait et, seulet, fou d'amour et de lumière

Le violoncelle continue

16

chaque instrument
moment vibre
sa brune pucelle.

V^ovembrè 83.

sans

relâche

son

hymne.

�AUGUSTE

30

FOURÈS

A LA SERRO DESPOUPLADO
eA'

0 pauro serro despouplado
La selvo de sabo couflado
1

espandis

pas

mai les

rams

5\£ '■]■(. Couzinet.

!

sîeus

Que, raiats de manto voulado,
Eroun

plés de brezilhs
Coumo

uno

e

de flous, as estieus.

ourgueno

espelaclouso

Cantabo, fourest miraclouso,
E

me

venió bremba la

mar

Bressarelo,
Que semblo

se

azurenco e blouso
mescla naut ambe le cel clar.

Coumo

uno

inmmenso cieutat

pleno

D'ornes de couratge e

de peno.
Que fan trioumfa le travalh,
Marmulabo, grando séreno

Qu'escampilho

soun cant

de l'acrin al canvalh.

d'obre de felibre,
superbe libre
Qu'es bruzissent de rimos d'or,
Fasió parla soun councert libre
Que venió remena jusquos dedins le cor.
Coumo

un

cap

Libre ramut,

O !

qu'es tristasso, pauro serro !

L'ome

couves

t'a fait la guerro.

T'arranquèt ausis e sieuriès,

�LA

MUSO SILVESTRO

A LA SIERRA

DÉPEUPLÉE
A

O pauvre sierra dépeuplée
La forêt gonflée de sève

J\\ 'H.. Gou%inel.

!

N'y étend plus ses rameaux
Qui, rayés de maint vol,
Etaient pleins de gazouillis et de fleurs, les étés
Comme des orgues prodigieuses
Elle chantait, forêt merveilleuse,
Et

me

venait

rappeler la

mer

Berceuse, azurée et pure
Qui semble se mêler haut
Comme

avec

le ciel clair.

immense cité

remplie
de peine.
Qui font triompher le travail,
Elle murmurait, grande sirène
Qui éparpille son chant du faîte au précipice.
une

D'hommes de courage et

Comme

un

chef-d'œuvre de félibre,

Livre feuillu,

superbe livre

Qui est bruissant de rimes d'or,
Elle faisait

parler

Qui venait

remuer

libre
jusques dans le

son concert

cœur.

Oh ! que tu es triste, pauvre sierra !
L'homme convoîteux t'a fait la guerre.

Il t'arracha yeuses et

3ï

chênes-lièges,

venus.

�AUGUSTE

32

FOURÈS

E te vouldra fa bouno terro.
Les tieus

rocs

lèu

saran

la

proio des peiriès.

Les destrussis de la naturo
Les aziri ! Pr'uno escoussuro,
Desfarion l'obro de milo

ans.

De cops, l'uman coupo ras, furo,
Fa vale, fate folh, anduzacs puei voulams.
E toutaco... .per sa

pauriero !

Que labassié ! Se la ribiero

graits e vignès,
ambe auriero,
oustals, les troupels, les milhs e les legnès.
Azoundo

sus

Enmeno regos

Les

El

vous a

pas

souveni brico

Que coupét la tieu selvo antico,

s'a l'aigat dedins,
magnifico
mai las vapous de l'aire, sus acrins.

Serro,

Es que
Ten pas

e que

la

ramo

Pauro serro, es

gairebe nudo,
à-prou-peno s'ès erbudo.
Ai ! Calhos l'ergno del desert
E mostros la vido pus rudo,
Desempuei qu'as perdut toun damier albre vert.
Es

ig

de ü^ouvembre i88j.

�LA

MUSO

Et il voudra te transformer
Tes

rocs seront

bientôt la

SILVESTRO

en

bonne terre.

proie des carriers.

Les destructeurs de la nature,
Je les hais ! Pour

un

sac

de blé

sur

dix,

supprimeraient l'oeuvre de mille ans.
Parfois, l'humain coupe ras. fouille,
Fait valoir, deux fois, anduzacs et ensuite serpes.

Ils

Et

tout

cela.... pour sa

misère !

Qu'il pleuve à verse ! Si la rivière
Déborde

guérets et vignobles,
Emporte sillons avec orée,
Les maisons, les troupeaux, les maïs et les bûchers.
sur

souvient pas

du tout
Qu'il coupa ton antique forêt,
Sierra, et que s'il a l'inondation chez lui,
Lui

ne se

C'est que
Ne garde

la magnifique ramure
plus les vapeurs de l'air, sur les sommets.

Pauvre sierra, tu es presque nue,
C'est à peine si tu as de l'herbe.

communiques l'ennui du désert
la vie plus âpre,
Depuis que tu as perdu ton dernier arbre vert.
Aie !
Et

tu

tu montres

iÇ)

Novembre 1883.

33

�AUGUSTE

34

FOURÈS

A ' N ARTUR CONCHE
en

M'es

un

grand mercès d'un libre d'en Vitor Balaguer.

grand gauch, amic, coumuniè narbounòs

Qu'ai tems trum, as trevat païs Carcelounès,
De tene de tas mas aquelo obro de flambo
Qu'en record te mandèt ' en Yitor Balaguer

Roudant, despatriat pel ' Miechjoun,

disent

: «

Fer,

Esperto-te qu'a-bas tirannio trescambo ! »
Tu, quand l'as recepiùt. nòu, tout dreit, d'Avignoun,
Aquel libre ount le vers es coumo un garagnoun
Que nilho fort, mountat pr'un cap almogavare,
La Franço ero al Messique à mena TAustrician,
A-n-ieu m'arribo à l'ouro ount un prince prussian
—

dins l'Espagno, se carre.
toutjoun cansat !
Qui sap se tourna mai coumo de tems passat
Aurem la guerro folho e la malo vitorio,
E se nou veirem pas coumbatent pr'apara
Libertats qu'oupressous nous voloun degoura,
En ajustant un fulh sannous à nostro istorio ?
Dema belèu, parieu à ' n Vitor Balaguer,
S'al rambalh, per talastre, ò salvat le mieu quer,
Me caldra pas ana forobandit e paure,
Sus uno terro estranjo, en la, mai foro mar,
Trop lenh de moun nizet e de moun soulelh clar,
L'uelh prèst à lagrema, le cor prèst à s'esmaure ?
Se ven aquel mal-ur, que trobe un corafric
Coumo 1' tieu, ome franc, republican, amie
E que trobe tabès de valentis felibres
Cal que, proche l'Anfos,
O cel ennegresit ! Pople

—

—

—

�LA

A
en

11

m'est

MUSO

SILVESTRO

ARTHUR

35

CONCHE

grand remerciement du livre de Victor 'Balaguer.

une

grande joie, ami, communier Narbonnais

Qui, par le temps trouble,
De tenir de tes mains cette

as

erré dans le pays Barcede flamme
[lonnais,

œuvre

Qu'en souvenir te manda Victor Balaguer
Rôdant, dépatrié à travers le Midi, disant
Dresse-toi que

Toi, quand tu l'as
Ce livre où le

: «

là-bas la tyrannie chancelle !
vers

reçu,

Fer,

»

neuf, tout droit d'Avignon,

est comme un

étalon

Qui hennit fort, monté par

un chef almogavare,
Mexique à conduire l'Autrichien,
moi il arrive à l'heure où un prince
prussien
côté de l'Alphonse, en
Espagne, se carre.
ciel tendu de noir ! Peuple toujours abîmé !

La France était
A

A
O

Qui sait si de
Nous
Et si

aurons
nous

au

nouveau comme au

la guerre

folle

nous verrons

temps passé

et la mauvaise

victoire,

combattant pour défendre

Libertés que les oppresseurs nous veulent
dévorer,
En ajoutant une feuille sanglante à notre histoire ?
Demain peut-être, pareil à Victor

Balaguer,

(Si dans le remue-ménage, par hasard, j'ai sauvé ma
Il ne me faudra pas aller banni et
pauvre,
[peau,
Sur une terre étrangère, là-bas, et outre-mer,
Trop loin de mon petit nid et de mon soleil clair,
L'œil prêt à larmoyer, le cœur prêt à s'émouvoir ?
Si

malheur arrive, que je trouve un cœur ardent
Comme le tien, homme loyal, républicain, ami,
Et que je trouve aussi de vaillants félibres
ce

�FOURÈS

AUGUSTE

36

qu'endourmisquen moun cor,

Que bressen ma doulou,
Dambe lhour parla gent,

dambe lhours rimos d'or,
E me fasquen soumia de poples tiers e libres !
Mais, aro vau legi crounicos e mai cants
D'aquel forobandit que l'iro des pacans
Azimabo alavès dreit la raço bourbouno
E que, jouve, cridèt : « Mort ou be liberlat !
Am, via fora ! Alsàu ! O fer, sios espertat,
E que subre l'escur s'anausse Barcelouno ! »
E voli pas bremba que 1' grand fraire lati
A l'orro

reietat se

daissèt

counverti.

doumdat, demest la vaso !
Dedins l'Ers vieu que ten le cel avesinat,
la me tourni trempa l'amo qu'a frezinat,
Talo que l'alumelo en sourtint de la braso !
s'es perdut,

Le flume

2y

de

Nouvembre i88j.

L'AIGORDENT
tieu veire ;
d'aigo de roc,

T'embelino dins le
Blanco coumo

de foc,
ô beveire !

Mais ardento coumo
La dises sereno,

à l'estoc,
mai arreire

Beu-lo. Toun cap es
As la

trembleto

sentisses ta sang queire,
embriaic del païs d'oc !

Cremos,
Paure

e

�LA

MUSO SILVESTRO

37

Qui berçent
Avec leur

ma douleur, qui endorment mon
cœur,
gentil parler, avec leurs rimes d'or,

Et

me fassent rêver de
peuples robustes et libres !
Mais, à cette heure, je vais lire chroniques et chants

De

cet exilé que

Animait alors

la colère des va-nus-pieds

contre la race

des Bourbons

Et

qui, jeune, cria : « Mort ou bien liberté !
Allons ! via fora ! Debout ! O
fer, sois dressé,
Et que sur l'obscurité s'élève Barcelone !
Et

je

ne veux pas me souvenir

»

le grand frère latin
Se laissa convertir à l'abominable
royauté.
Le fleuve s'est perdu,
dompté, au milieu de la vase !
Dans l'Hers vifqui est voisin du
ciel,
Certe ! je retrempe mon âme
qui a frémi,
Telle que la lame en sortant
(du foyer plein) de braise !
23

que

Novembre. 1883.

L'EAU-DE-VIE
Elle t'enchante dans ton

Blanche

comme

Mais ardente
Tu la dis

comme

as

du

;

roche,

feu,

sirène, ô buveur

Bois-là. Ta tète est à
Tu

verre

de l'eau de

!

letau,

des tremblements

nerveux

et

puis

Tu brûles, tu sens ton
sang se cuire,
Pauvre ivrogne du
pays d'oc !

encore

�AUGUSTE

38

Ja te

dins

sarró

sas

FOURÈS

palpugos

E, de sas chucairos verrugos,
T'a Teime

en

te curant

cado os.

Vejo Taro poufre espantable,
Pus fort quel ' de Gilhiat ! Minable,
Anem,
4

descapo-s-i

se pos

!

de Décembre iS8y.

DE

CASTÈL-NOU DliNS AGEN

Te veirè, Jansemi, troubaire
Qu'en aram parlos dins l'esclaire.

Partissi del coustat d'Agen ;
M'embarri dins un vagoun negre ;

Cargat de verses, fort allegre,
Queque siogue laugiè d'argent,
Ambe

ma

couverto me

pessi

bruch-que fa 1' trin me bressi ;
Adeja, moun uelh s'es sa tat.
Douçoment, la som-som me gagno ;

E del'

Raive d'Ourient
—

e

d'Espagno,

Mais le counvoi s'ès arrestat.

Toulouso ! O fabrico

d'espasos,

Dins le soulelh coule te tabasos
Coumo de la sang

des Maurouls 1

Aï ! Somi ! Soum

davant Toulouso,

•

�lA táustì silvestro

Certes, elle te serre dans
Et, de ses ventouses,
Elle t'arrache l'idée

en te

ses

tentacules

vidant les

os.

Yois-la maintenant

poulpe effrayant,
celui de Gilliat ! Misérable,
Allons, échappe-lui si tu peux !
Plus fort que

4

Décembre /88?.

DE CASTELNAUDARY

Je te verrai,

Qui

en

A AGEN

Jasmin, poète,

bronze parles dans la clarté.

Je pars vers Agen ;
Je m'enferme dans

un

vagon

noir

;

Chargé de vers, fort joyeux,
Quoique léger d'argent,
Avec

ma

je m'emmaillotte ;
fait le train je me berce
oeil s'est mi-clos.

couverture

Et du bruit que

Déjà,

mon

Doucement, le sommeil
Je rêve de l'Orient

et

de

me gagne ;

l'Espagne,

Mais le convoi s'est arrêté.
olosa ! O

fabrique d'épées,

Dans le soleil couchant tu te barbouilles
Comme du sang des
h ! je rêve ! Je suis

Maures !
devant Toulouse,

;

�40

AUGUSTE

Del

Lengodoc

roso

Grando cieutat des
Grancido ! O

Roujo dins

FOURÈS

arderouso,
Capitouls.

milgrano maduro
esquissaduro !

soun

O libre vieu d'en Aubanel !
Gart ' aqui, vilo
mirgalhado !

Treluzisses, assoulelhado,
Bèlo
Ieu
De

coumo un

magie anel.

qu'ò dins las venos, rimaire,
sáng des Mauris, per ma maire,

M'enpensèbes un bricounet.
languissiò, Generalife,
Superbo Alhambra, bru calife
E Bouabdilh, le rei nenet !
Vous

Ount ets, les ourribles
carnatges ?
O trente-e-sieis

Descapitats,
•

Abenceratges

sens racocor !

Durbissi les uelhs, — bel frut, libre
Amourous de mèstre-felibre,
Vilo espagnolo, dins moun
cor,

Soun pla mesclat?, à l'ouro
d'aro,
E vesi '

Apuei

no

un

pichouno

garo,

viiatge pr'abas

:

La Granado subre Garouno
Ount le mieu vistou que

s'estouno

Se

passejo entrumit

e

las.

Tournamai la loucoumoutivo
Fieulo fort e, rounflanto, aurivo,

�LA

Du

Languedoc

Grande cité des
Granada ! O

Rouge dans

MUSO

SILVESTRO

rose ardente,

Capitouls.

grenade mûre
déchirure !

sa

O livre vivant d'Aubanel !

Te

voilà, ville peinte de mille couleurs !
étincelles, ensoleillée,
Belle comme un magique anneau !
Tu

Moi

qui ai dans les veines, rimeur,

Du sang des Maures, par ma mère,
Tu me rendis songeur un instant.
Je

languissais, Généraliffe,
Superbe Alhambra, brun calife
Et Boabdil, le roi nain !
vous

Où ètes-vous, les horribles
carnages
O trente-six Abencerages

Décapités,

sans rancœur

!

J'ouvre les yeux : beau fruit, livre
Amoureux de maître-félibre,
Ville

espagnole, dans

mon cœur,

Sont bien

mêlés, à cette heure,
je vois une petite gare,
Puis un village là-bas :
Et

La Grenade-sur-Garonne

Où

ma

prunelle qui s'étonne

Se promène embrumée et lasse.
De

nouveau

Siffle fort et,

la locomotive

ronflante, sauvage,

?

41

�AUGUSTE

42

Enmeno le trin

e

FOURÈS

s'enfuch.

Tampi las perpclhos e somii
Ou, per ba milhou dire, romi
De souvenis, demest le bruch.

Que fau de castels....

en Espagno !
la moun-tagno
Asseparo del país mieu,
Te toqui, sauti tas ribieros
E travessi tas irangieros,
Ieu, le sempiterne roumieu.

Terro del Cid que

Valencio ! crido

uno voux

forto.

O

joio ! Durbissi la porto.
Pople de la Huerta, salut !
Ah ! que ne vau chuca d'iranges
E de fruto d'albres estranges !
.

Badi tabès

coumo un

embut.

Qu'è vist ? La Valencio ageneso
Ount, pendent la guerro Albigeso,
Cremeroun mantis eretics.
Oh ! Qun revelh

desagradable !
del diable,
joubs la flou trouba d'ourtics.

De l'Eden
E

Encaro

ana

ço

cluqui la perpelho.
aurelho,

Mais arribi lèu ; nioun

Sourtint de la som, crei auzi,
Dins le bruch del trin

qu'es en garo,
guitarro,

Tambour de bascou mai
Rounfla

13

sens

relais et bruzi.

de Décembre /887.

(En cami de fer.

�LA

43

MUSO SILVESTRO

Entraîne le train et s'enfuit.

paupières et je rêve,
Ou, pour mieux dire, je rumine
Des souvenirs, au milieu du bruit.

Je clos les

Que je fais de châteaux.... en Espagne
Terre du Cid que la montagne

Sépare de
Je

te

!

mon pays,

touche, je passe tes rivières

je traverse les bois d'orangers,
Moi, le perpétuel pèlerin.
Et

València ! crie

une

voix forte.

O

joie ! J'ouvre la porte.
Peuple de la Huerta, salut !
Ah ! que je vais sucer d'oranges
Et de fruits d'arbres étrangers !
Je bée aussi

comme un

entonnoir.

Qu'ai-je vu ? La Valence agenaise
Où, pendant la guerre Albigeoise,
On brûla maints hérétiques.
Oh ! Quel réveil désagréable !
De l'Eden aller au pays du diable,
la fleur trouver l'ortie.

Et

sous

De

nouveau

Mais

je clos la paupière.

j'arrive bientôt ; mon oreille,

En sortant du sommeil, croit ouïr,
Dans le bruit du train
Tambour de

qui est en gare,
basque et guitare,

Ronfler

relâche et bruire.

iy

sans

Décembre i88y.

(En chemin de fer.)

�44

AUGUSTE

FOURÈS

LA PASSARELO

T'anairos,

per

toutjoun gandido,

Sens cregne Garouno ou beaials.
O passarelo, qu'es ardido !
Tocos as moundes celestials.
E dire qu' efanto poulido,

Courrent, dins de
Dambe

Countro

raives nouvials,

pas te ten brandido.

soun

tous

piliès,

as

tieus fiais.

De la terro, al dessus de
l'aigo,
Per tous tauliès, — l'amo

embriaigo

Del vi divenc de

l'esperit,
M'asemblo ana, les peds fangouses,
Dreit al païs des lugras blouses,
Pla lenh enfins del Mal ourrit.

Agen,

14

de Décembre 1883.

A ' N

JACQUES DE JANSEMI
(dedicat à 'n Jansemi lejilh.)

Jacques de Jansemi, dins le laugè brumatge
Que, de maiti, tremolo e curbis toun visatge
Naut, bel
Te vesi '

e

dreit

bras levât

coumo un

acrin,

l'autre que se pauso
Sus toun cor, — en auzint ta vouxclaro que gauso,
Coumoulo de ta muso en trin.
n

e

�LA

MUSO

SILVESTRO

45

LA PASSERELLE
Tu

t'élèves, pour toujours sauvée,
Sans craindre la Garonne ou bien les
O

passerelle, que tu

Tu touches

aux

es

aquilons

hardie !

mondes célestes.

Et dire

qu'une enfant jolie,
Marchant, dans des rêves nuptiaux,
Avec son pas te tient secouée
Contre tes piliers, à tes fils (de fer)
De la terre, au-dessus de l'eau,
A travers tes

tabliers, l'âme ivre

Du vin divin de
Il

me

Droit

l'esprit,
aller, les pieds fangeux,
pays des astres purs,

semble
au

Bien loin enfin du Mal abhorré.

Agen,

14

Décembre 1883.

A

JACQUES JASMIN
(dédié à Jasmin fils.)

Jacques Jasmin, dans la légère brume
Qui, de grand matin, tremble et couvre
Haut, beau et droit comme un sommet,
Je

te

vois

un

bras levé

et

l'autre

muse en

train,

vistige

qui est placé
qui ose,

Sur ton cœur, en ouïssant ta voix claire

Comble de ta

ton

�46

AUGUSTE

FOURÈS

Cantos le tieun endreit, troubaire

poupulàri,

Dins le brounze adreitat, devès Garouno e barri,
Subre le planai, e vivent
Coumo

quand paressios, foro de ta boutigo,
se vesiò la pauriero
enemigo,

Pertout ount

Mai'ount fìeulabo 1' maissant vent.
0 Gascou

qu'as un noum de poulido floureto,
pouesio embaumo, —es douço, fino e neto
Autant que 1* genti jansemi,
Mais ta voux pouderouso e las tieus brassejados
Soun las d'un jugleor e tenoun empachados
Las gens quevoulion l'entrumi.
Ta

Aro, coumo bas dit, porto al frount uno estelo.
Que trauco finoment de sous belets la telo
Tant vergougnouso de l'escur,
Lenh del maldit cresent que la sieu bavo tuo,
E ten le sieu cap naut coumo toun estatuo,

—

—

Aro, dins la lux

e

l'azur.

Vas

parlant de countunho, aquital, en plen aire,
porto-berret blu, brave oubriè, travalhaire
Qu'a suen del pruniè tant prezat,
A la bruno ageneso as joasses vieus, coufado
Del madras qu'ai chignoun nouso sa ma de fado,
Daissant sul ' frount le pel frizat.
Al

1

dins le cor l'amour grand de la bresso
parla mairal mai bou qu'uno caresso,

tenes

E del

En i disent les tieus bourdous
Tous récits emauguts :

:

L'oAbuglo, Françouneto,

�LA

MUSO

47

SILVESTRO

trobaire populaire,
les faubourgs,

Tu chantes ton endroit,

Dans le bronze dressé, vers la Garonne et

place, et vivant
quand tu paraissais, hors de ta boutique, (')
Partout où l'on voyait la pauvreté ennemie
Sur la

Comme

Et où sifflait le vent mauvais.

qui as un nom de jolie fleurette,
poésie embaume ; elle est douce, line et nette
Autant que le gentil jasmin,
Mais ta voix puissante et tes gestes
Sont ceux d'un jugleor e1 tiennent à l'écart
O Gascon
Ta

Les gens

qui voudraient la salir.

Maintenant,

l'as dit. elle porte

comme tu

Qui troue délicatement de

ses rayons

au

front une

la toile,

[étoile

Si triste de l'obscurité,
Loin du maudit croyant que sa bave tue,
Et elle tient la tête haute comme la statue,
Maintenant dans la lumière et l'azur.

parlant sans t'arrèter, là, en plein air,
porte-berret bleu, bon ouvrier, travailleur
Qui soigne le prunier tant prisé.
A la brune agenaise aux pas vifs, coiffée
Du madras qu'au chignon noue sa main de fée,
Tu

vas

Au

Laissant les cheveux frisés
Tu enfermes dans leur

Et du

sur

cœur

le front.

l'amour

grand du berceau

parler maternel meilleur qu'une caresse,

En leur disant tes

Tes récits émus

:

vers :

VAveugle. Françonnette,

�48

AUGUSTE

Tres de

Mai, Soubenis
Que

vous

FOURÈS

e manto cansouneto

daisso le pot audous.

Toun brave
De

parauli fa que la joio es grando
l'espacious Graviè dreit la belo garlando
E de l'oustalas de Mountluc

A-n-aquel
Que vei

Balhos

pount de peiro à las vint

e tres arcos

veni, qui sap quantos de barcos
E de barquiès
plés d'abeluc.
ana,

cieutadins le

as

vam

que vous enmeno,

Siogue
—

costo Lairac ou dedins la Gareno
Qu'a le sieti d'Escaliger,
E levos de ressous,
pus lenh,

per la Prouvenço,
L'Auverni, le Bearn, Paris, la vilo immenso,
Pertout ount i a de pople fier.

Troubaire, quand dision que la lengo ero morto
Fousqueres des prumiès à veni sus la porto
Del païs folh de libertat
: « M'
ajen dounc, les omes de magagno
E demoros depeds, tal
que, dins

Per crida

?

l'Alemagno,

Un Roulland que

Quand

se

trufo 1' bastard

gardo cieutat.

quand le pantou
Jansemi, toutjoun le tieun aram clarouno
Per nostro Franço des latis !
Servo forço del pople e vertut de la
raço,
Airisso l'ardiman e fa
prigoundo traço
e

O

Dins cado loc
E fera

sens

ount

restountis,

repaus brounzina la deviso

Agen ! Agem le cor, l'amo, la valentiso

:

rouno,

»

�LA MUSO

SILVESTRO

49

Trois SW ai, Souvenirs et mainte chansonnette
vous laisse la lèvre odorante.

Qui

Ton excellent parler fait
que la joie est grande
spacieux Gravier droit aux belles arcades
Et la maison de Montluc

Du
A

pont de pierre aux vingt-trois arches
Qui voit aller, venir qui sait combien de
barques
Et de patrons
pleins de vivacité.
ce

Tu donnes aux
citoyens l'élan qui nous entraîne,
Soit à côté de
Layrac, ou dans-la Garenne

Qui
Et

a

le

(2)

siège de Scaligerj

éveilles des échos, plus loin, à travers
la Provence
L'Auvergne, le Béarn, Paris, la ville immense,
Partout où il y a du
peuple fier.
tu

Trobaire, quand on disait que la langue était
morte,
Tu fus des premiers à venir sur le seuil
Du pays fou de liberté

[remue-ménage ?

Pour crier : « Qu'ils m'arrêtent
donc,
Et tu demeures debout, tel
que, en
Un Roland qui garde la "cité.
(3)

Quand le bâtard
O

Pour
Il

se

Jasmin, toujours
notre

conserve

Allemagne,

moque et quand l'imbécile
grogne,
ton bronze claironne

France des latins !
la force du

peuple et la

Il dresse le hardi et fait

Dans

une

trace

vertu de la race,

profonde

chaque endroit où il retentit,

Et il fera

sans

repos bourdonner la devise

Agen ! Ayons le

»

les hommes du

cœur,

l'âme, la vaillance

:

�AUGUSTE

5°

FOURÉS

E l'eime des fortis

aujols,
Agem toutjoun l'amour de la lengo encantairo
Que mêmes, dins le tems mascarat nous amairo
De souleih à grandis rajols !
Cafc
14

d'Agen.

de Décembre /88.?.

PER NADAL
A 'Douncelo Eleno Swarth

(de cBrusselos.)

Uno albo bourealo, à souleih coule,
Dins le eel esclarsit
A

e, soun

s'aluco

foc acatat,

l'escur, pel' fangas, miech-nud coumo uno cuco,

Un magre

ourfanel rodo à travòs la cieutat.

loung de las parets, joubs un pourtalh s'arruco.
al sieu coustat.
A-n-de clesques de lustro.el, tout descaus, trabuco,
E tourna, countro un us, triste, s'es arrestat.

Va

Es Nadal. D'embriaics passoun

parla dedins, voux de maire, voux franco :
d'ana, filhet, à la Capelo blanco,
cal pausa l'esclop costo les cafouiès ;

Auzis
«

Avant

«Te
«

A

miejo-nueit, Jésus i estremara 'no

coco. »

L'abandounat s'acato e, mentre que se toco
Les

peds, mourmoulo: «Ohi ! Qu'aje pas... de souliès ! »
2s

de 'Décembre 1883.

�LA MUSO SILVESÏRO

51

Et

l'esprit des robustes aïeux,
Ayons toujours l'amour de la langue enchanteresse
Qui, même par le temps noir, nous nourrit
De soleil, à grandes coulées !
Café
14

d'Agen.

Décembre /88.?.

POUR NOËL
A Mademoiselle Elène Swarth

Une

boréale,

(de Bruxelles).

coucher du soleil, s'allume
son feu éteint,
A l'obscurité, dans le bourbier, presque
nu comme une
Un maigre orphelin rôde à travers la cité.
[chenille,
aurore

au

Dans le ciel devenu clair et,

Il

va
le'long des murs, sous un portail il se rapetisse,
C'est la Noël. Des ivrognes passent à son côté,
[orteils)

A des écailles

Et, de

d'huître, lui, tout déchaux, il heurte ses
huis, triste, il s'est arrêlé.

nouveau, contre un

Il ouït

parler dans l'intérieur, voix de mère, voix franche
fillot, à la Chapelle blanche, (le lit)
te faut placer le sabot à côté des landiers
;

«

Avant d'aller,

«

Il
A

:

minuit, Jésus y placera un gâteau. »
se baisse et, pendant qu'il palpe [souliers !
»
Ses pieds, il murmure : « Oh ! Que je n'aie pas. .. de
«

L'abandonné

Décembre

1883.

�AUGUSTE

52

FOURÈS

L'ENGENH

d'aussado,
miej
pelat
e
plo
miej vert,
Cugo reto, mour naut e criniero airissado,
Que rugis grandoment, al miei del cel dubert.

Vesi 'n liounas
Arcboutat

rous

de milo peds

sus un

plano, joubs el, uno gent apressado,
coumo 's gras de sable del desert,
Dempuei de secles va mai ven, coumo uno
E crei tene toutjoun l'aveni descubert.

Per la

Menudo

ounzado,

Aquel lioun gigant es l'Engenh qu'unoraço
Levo, à forço de lems, desa prigoundo traço.
El, s'adreito lèu-lèu subre l'Umanitat,
Counquisto dins un rés la Naturo e

l'Istorio,

Yieu foro de la mort, per uno eterno
E de

sa

masclo

voux

de Décembre

ten le

1883.

glorio,

mounde alertat.

�LA

MUSO

LE

Je vois

S3

S1LVESTRO

GÉNIE

grand lion fauve, ayant mille pieds de taille,
plateau moitié pelé, et moitié vert,
La queue raide, le muftle levé et la crinière hérissée,
Qui rugit superbement, au milieu du ciel sans nuages.
un

Arcbouté

sur un

A

la

travers

Menue

plaine, au-dessous de lui, une gent pressée,
les grains de sable du désert,

comme

Depuis des siècles, va et vient, comme une vague,
Et croit tenir toujours l'avenir découvert.
Ce lion

gigantesque, c'est le Génie qu'une race
à force de temps, de sa trace profonde.
dresse bientôt sur l'Humanité,

Fait naître,

Lui,
Il

se

conquiert, en un rien (de temps) la Nature et l'Histoire,
gloire éternelle

Vit hors de la mort, par une
Et de

sa

mâle voix tient le Monde

31

Décembre 1883.

en

alerte.

�54

FOURÈS

AUGUSTE

CERVI

DE

CALOU

A ' N Léon Cladel.

Le cervi dex-ramels
De

quita las sigals

Cour,

arranco, en

viandat ; es l'ouro
per veni s'embousca.
tournant, qualquos fuelhos d'amouro,
a

prou

Vès le rieu del canvalh

«

ount se

vol refresca.

Romio, mut, pensatieu ; sa lagremiero plouro.
Cerco, dins soun païs, la que 1' sap envesca :
La bicho al pel luzent, sa poulido segnouro.
Travesso l'e sieu fort e va, prèst à bisca.
Davalo

grand penjal que pato de la solo,
Cap bas, cercant le trèu, leste, coumo qui volo.
Es arribat al gua, plé de
rouge soulelh,
un

Levo le mour, sentis à

E,

pleno

narro

l'aire

bosc enrennat, afric, se met à
Frezinant d'apertout, uno grumilho à
soun

2

de

Janviè 1884.

raire,
l'uelh.

�LA

MUSO

55

SILVESTR'O

CERF EN RUT
cA M. Léon Cladel

Le cerf dix-cors

a assez

viandé, c'est l'heure

quitter les seigles pour venir s'embucher. [amouries,
quelques feuilles aux
Vers le ruisseau du précipice où il veut se rafraîchir.
De

Il marche, il arrache, en revenant,

larmières pleurent.
celle qui sait le charmer :
poil luisant, sa jolie seigneuresse.

Il rumine, muet,

pensif

; ses

Il cherche, dans son pays,
La biche
Il

au

traverse son

fort et

va,

prêt à s'impatienter.

Tête basse,

grand versant qu'il bat de la sole,
cherchant la trace, leste, comme qui

Il est arrivé

au

Il dévale

un

gué, plein de rouge soleil.

muffle, il sent à pleines narines l'air
bois incliné, ardent, il se met à raire,

Il dresse le

Et,

son

Frémissant de partout, une
2

Janvier 1884.

larme à l'œil.

vole.

�56

AUGUSTE

ALBO

FOURÈS

DE MAI

Quand la Nueit al prigound se tanco
En sentint tourna le maiti ;
Garo aici l'albo touto blanco

Que, subre un puech, gaujouso e franco,
Pauso sous penous de sati.
Eselo la nouvieto cando

jouve Moun Segne Soulelh ;
fa grando
E, vès l'ourizounque s'alando,

Del

Sourris douçoment, se
Anausso
Le sieu

soun

poulit calelh.

cos rose e

D'un batiste

fresc

se

velo

d'argent lamat ;

Sa cabeladuro rousselo
Treluzis de mai d'uno estelo.

Atend

soun

magnifie aimat.

Trefousissent, prou be emaugudo,
Le cor i sautant dins le sé,
Semblo daurado e mai crescudo ;
Dins la sublimo soulitudo
De l'azur,

plouro de plasé.

qui l'a raubado
L'emporto anaut le bel Fèbus,
Mentre que, garganto tibado,
La lauseto i toco l'albado,
En mountant toutjoun mai ensus.

Mais lèu, coumo

8 de

Janviè 1883.

�LA

MUSO

SÍLVESTRO

AUBE DE MAI
Quand la Nuit dans les profondeurs
En sentant revenir le matin,
Voici l'aube toute blanche

Qui,

s'enferme,

joyeuse et franche,
petits pieds de satin.

sur un puy,

Pose

ses

C'est elle

l'épousée pure
jeune Mon Seigneur Soleil ;
Elle sourit doucement, elle se fait grande
Et, vers l'horizon qui s'élargit,
Elle hausse sa gentille lampe.
Du

Son corps rose et

frais

D'un batiste lamé

d'argent

se

voile
;

Sa chevelure blonde
Brille de

plus d'une étoile.
son magnifique amoureux.

Elle attend

Impatiente,
Le

cœur

assez

émue,

sautant dans son

On la dirait dorée et

sein,

grandie

;

Dans la sublime solitude
De

l'azur, elle pleure de plaisir.

Mais

bientôt, comme qui l'a enlevée,
l'emporte là-haut,

Le beau Phébus

Tandis que, gosier tendu,
L'alouette lui donne l'aubade,
En montant
8

toujours davantage.

Janvier i88j.

57

�58

AUGUSTE

FOURÈS

LA MORT DE LA

BOUQUETO

Bouqueto ount anguèt le mieu pot
Coumo un jouve auriolà las guinos,
Ount, naut, subre nostre chapot,
A begut de licous divinos,
Escrinh de pourpouro que pot
Tene trento-dos

T'esseudat
Yès las

perlos finos,

sense

eternos

dire

un

mot,

escurinos.

O frut que

le Mal a fraudit,
pichouno bouco de fado
Aro pallifeco e rufado !

O

Le vieu poutou se n'es bandit,
Coumo l'iroundo tre que torro,
—

ỳ

En vesènt la Mort

de Janviè 188-f.

toutjoun

orro.

�LA

MUSO

SILVESTRO

LA MORT DE LA BOUCHETTE

Bouchette où alla
Comme

un

ma

lèvre

jeune loriot

aux

guines,

Où, haut, au-dessus de notre bourbier,
Elle

(ma lèvre)

a

bu des liqueurs divines,

Ecrin de pourpre qui peut
Contenir trente-deux perles
Tu t'es soudé

sans

dire

un

fines,

mot,

Vers les éternelles ténèbres.
O fruit que le Mal a fané,
O petite bouche de fée
Maintenant décolorée et ridée !
Le vif baiser s'en est banni,
Pareil à l'hirondelle dès
En

qu'il fait froid,

voyant la Mort toujours horrible.
9

Janvier 1884.

59

�6o

AUGUSTE

LE

Dambe

sa

blodo

FOURÈS

GIPIÈ
loungo

e

blanco

E le sieu

Mestre

visatge engipat,
reti pat
Peirot, aquelo banco !

Que

rencountre,

Nous

a

se

mai d'un cop

Cubert de

sa

aper' aqui,
poulvero fino,

Disem.: Ount

a

la Couloumbino,

Le Gassandre

e

mai l'Arlequi ?

toutjoun, mai on l'agacho,
funambulesc,
Brassejant, sens mouti, bourdesc,
Quilhat, naut, subre soun estatjo.

Semblo

Un artiste

Visquen le plastrage e l'estue !
Dambe sa truelo laugiero,
Sap artista l'obro groussiero
Que daisso le massou pezuc.

Decops, per que 1' pintre de frescos
Posque essecuta soun travalh,
Fa la paret coumo un miralh
E te l'encadro d'arabescos.
n

de

Janviè 1884.

�LA

MUSO SILVESTRO

LE PLATRIER

Avec sa

blouse longue et

blanche,

visage plâtré,
plus d'une fois rappelé
Maître Pierrot, ce malandrin !

Et
Il

son

nous a

Qu'on le rencontre, par là,
Couvert de sa poussière fine,
Nous disons : Où est la Colombine,
Le Cassandre et

l'Arlequin ?

toujours, plus on
artiste funambulesque,

Il ressemble
A

un

le regarde,

Gesticulant, sans souffler mot,
Perché, haut, sur ses tréteaux.
Vivent le

fantasque,

plâtrage et le stuc !

truelle légère,
Il sait achever en artiste l'œuvre

Avec

sa

grossière

Que laisse le maçon lourd.

Parfois, pour que le peintre de fresques
Puisse exécuter son travail,
Il rend la muraille lisse comme un miroir
Et l'encadre
11

d'arabesques.

Janvier 1884.

6i

�i

i

02

FOURÈS

AUGUSTE

LE CAMI DES SAUSES

De
I '
De

l'Estanvigou dreit Camp-bord,
' n cami fangous e plé d'erbos
vielhis sauses al ped tort

a

I fan dos randuros

D'unis asclats

;

superbos.

coumo

de bues

Qu'ourrisquèt la darniero abelho,
Ragots, marcats de milo trucs,
Dambe uno espantablo capelho,
Seportoun, d'un tros, en davant,
E l'on diriò que dins lhoursgaulos
Sasissoun le que va raivant,
Tristas e toutjoun sens paraulos.
Lhour trouncas semblo l'atahut
De

qualquo moumio entecado,

E la ledro, al dedins, moufut,
Ten la pauro rusco estacado.
An prou de vielhuno e d'ennuch ;
I atrio de daissa lhour rengo,

Mais, la grando tahinoi fuch,
Tre qu'an un nids de viro-lengo.
Podoun saba mai

regrilha,
Malgrat mougnous e borgno fresco
An plasé d'auzi brezilha
La nisado de lhour ventresco.

;

�LA

MUSO

63

SILVESTRO

LE CHEMIN DES SAULES

De

l'Estanvigou droit à Chambord,
chemin fangeux et plein d'herbes
De vieux saules au pied tordu
Lui font deux haies superbes.

Il y a un

Certains, fendus

comme

;

des ruches

Que la dernière abeille quitta.

Trapus, marqués de mille coups,
Avec une épouvantable cîme,
Se portent, d'un coup, en avant,
Et l'on dirait que dans leurs gaules
Ils saisissent celui

va

Bien triste

sans

et

Leur énorme

qui
toujours

tronc est

rêvant,
paroles.

semblable

au-

cercueil

De

quelque momie détériorée,
lierre, à l'intérieur, moussu,
Tient la pauvre écorce attachée.

Et le

Ils ont

assez

de vieillesse

et

d'ennui ;

Il leur tarde de laisser leur rang,

Mais, leur grande mélancolie s'enfuit,
Dès

qu'ils ont

un

nid de mésanges.

Ils peuvent

avoir de la sève et reverdir,
Malgré moignons et tumeur fraîche ;
Ils ont plaisir à entendre gazouiller
La nichée de leur bedaine.

�64

AUGUSTE

FOURÈS

Mais, n'i a de jouves, dreits e bels.
e bluejanto es Ihour ramo.
Vergile ambe sous calumels
Te les lausariò, coumoul d'amo.
Griso

iy

de Janviè 1884.

A ' N OUNOURAT DE

BALZAC

engenh qu'as pastat la Coumedio Umano,
tipes immourtals,
Salut gigant demest les ornes gigantals
Qu'as per naut pèdestalh toun obro soubeirano !
Ounourat de Balzac, se t'an fait tourangel,
Del nostre Lengodoc as sul' frount le sagel !
Fier

Arderous creatou de

O, toun paire es nascut per la terro tarneso,

vilatge apelat ço de la Nougariè !
Fousquèt, en te fargant, un eccelent oubriè.
Dins tu, qu'es, malgrat tout, uno glorio franceso,
Que sul' Rouman d'abuei t'anaussaras toutjoun,

Al

Bulhisquèt librement sang nostro del Miechjoun,
Mentre que, goujatas, chucabes la mesoulho
D'en Rabelais qu'aimèt le païs agradieu

rajo le vi rouge e raio 1' soulelh vieu,
Mentre que te vesion, magnifico garroulho
D'un nouiè pouderous, creisse dreit e ramut

Ount

Per pourta, sens

lassiero, un estounable frut !

�LA MUSO

Mais, il

en est

65

SILVÉSTRO

de jeunes, droits et beaux.

Grise et bleuissante

est

leur

ramure.

sur ses pipeaux
Les louerait, plein d'âme.

Virgile

/7

Janvier 1884.

A

HONORÉ DE BALZAC

Bien portant génie qui as
Ardent créateur de types
Salut

Qui

a

pétri la Comédie humaine,
immortels,
géant au milieu des hommes gigantesques
pour haut piédestal ton œuvre souveraine.

Honoré de Balzac, si l'on t'a fait tourangeau,
Tu as sur le front le sceau de notre Languedoc

!

Oui, ton père est né sur la terre tarnaise,
Au

village appelé la Nougarié !
en te forgeant, un excellent ouvrier.
En toi, qui es, malgré tout, une gloire française,
Qui sur le roman d'aujourd'hui te hausseras toujours,
Fermenta librement notre sang du Midi.

Il

fut,

Tandis que,
De Rabelais

jeune homme, tu suçais la moëlle
qui aima le pays agréable
Où coule le vin rouge et où rayonne le soleil vif,
Tandis qu'on te voyait, magnifique rejet
D'un noyer puissant, croître droit et feuillu
Pour porter, sans fatigue, des fruits étonnants !

�66

O !

AUGUSTE

FOURÈS

venguèrestant grand que per la pourtanelo

Des Academicians

pousquères passa,
vesi, buei, les nenets s'alassa
A te cerca d'aram pr' uno estatuo belo !
N'i a pas prou de metalh e d'espàci per tu
Que, se vivios, del cap traucarios le cel blu.
Tant

grand

23

nou

que

de Janviè 1884.

LE PIANO TAMPAT

Chut !

Calhem-nous; lacramboes vudo.
Adieu, vido ! Adieu, poulit sort !
La
A

pendulo de brounze mudo
gardat i'ouro de sa mort.

SuP malbre de la

cheminiero,
baguiè d'argent nigelat.
Ount ets, anèls, ma poutouniero ?
Aro, aqui, tout es desoulat.
l'a 1'

Babarots, bestiotos gourrinos,
S'i
T

I

soun

dounadis rendets-vous ;

legissoun de tararinos ;
a de mirgos
e de cussous.

Soun blancs de

poulvero les mobles.

L'alcovo sentis à l'arlam
E les pertrats des aujols nobles
An, dessus, de tahino un pam.

�LA

Oh !

tu

MUSO SILVESTRO

devins si grand que
par la petite porte

Des Académiciens

tu

ne pus
passer,
que je vois, aujourd'hui, les nains
A chercher du bronze
pour ta belle statue !

Si

Il

grand

n'y

Ó7

se

lasser

a pas assez de métal

Qui, si

tu

23

et d'espace pour toi
vivais, de la tète trouerais le ciel bleu.

Janvier 1884.

LE PIANO

FERMÉ

Chut ! Taisons-nous ; la chambre est
vide.
Adieu, vie ! Adieu, beau sort !
La pendule de bronze muette
A

gardé l'heure de

sa mort.

Sur le marbre de la

cheminée,
baguier d'argent niellé.
Ou êtes-vous, anneaux, main à baiser
Maintenant, là, tout est désolé.
Se trouve le

Insectes, bestioles rôdeuses.
S'y sont donnés rendez-vous ;
Les araignées
y tissent leurs toiles
Il y a des souris'et des calandres.
Ils

sont

blancs de

L'alcôve

;

poussière, les meubles.

sent le relent

Et les portraits des nobles aïeux

Ont,

constamment ?

sur eux, un empan

d'ennui.

�68

AUGUSTE

FOURÈS

piano, caisso tampado,
tambouret,
Countro la tenduro fripado
Qu'amago lavielho paret.
Le

Se ten, rete, sens

Ount ets, manotos tant

allégros

Que semblavets de parpalhols,
Sus las tocos blancos e negros ?

armouniousis vols ?

Ount ets,

Ount ets,

Que

me

Ount

bruzissentos

caressos

fasion las notos d'or ?

ès, ô musico que bressos,
un ninarel, le mieu cor ?

Coumo

L'instrument
Semblo

un

es

plé de tristesso

auta nud e

:

daissat,

que la douço mestresso
Dedins la toumbo a cabussat.

Dempuei

Quand per le sieun acajou pato
L'afrous relotge de la mort,
O terrou ! sul'cop s'en alato
Un bruch de clas, à peno fort.
28 de

Janviè 1884.

�LA

Le

MUSO

69

SILYESTRO

piano, caisse fermée,

Se tient, raide, sans tabouret,
Contre la tenture

fripée

Qui cache la vieille muraille.
Où êtes-vous, menottes si vives

Qui sembliez des papillons,
Sur les touches blanches
Où

et

noires ?

êtes-vous, harmonieuses volées ?

Où êtes-vous, caresses

Que

bruissantes

faisaient les notes d'or ?

me

Où es-tu, ô
Comme

musique qui berces,
(on berce) un poupon,

L'instrument
Il semble

un

est

mon cœur

plein de tristesse

autel

nu

et

;

abandonné,

Depuis

que la douce maîtresse
Dans la tombe a plongé.

Quand dans

acajou frappe,
horloge de la mort,
O terreur ! sur-le-champ s'en élève
Un bruit de glas, à peine martelé.
son

L'affreuse

28 Janvier

1884.

?

�AUGUSTE

FOURÈS

AS CELS TRISTES
"Per iDono

0 cels toutis
Ount s'en

V^anci Mari-Lafoun.

grises, ô cels
pas les gais aucels

van

Las lausetos

e

:

las iroundos,

Gels tristes pcr les pauris orbs
E que rego 1' voula des gorbs,
Vudats de tahinos

prigoundos !

N'abets pas jamai d'esclairols,
Ets, ôcels, coumo de lançols

Que vouldrioun estroupa la terro,
Tant nudo
Coumo

se

qu'es

N'abiò fait

tourna

Ocels basses,

Quouro

pietat,

uno

la barbaritat
'n camp

de

guerro

plenis d'escur,

vous tournara

E l'immensitat libro

e

l'azur
claro ?

Quouro davant le mieu perpelh,

Aqui, naut, veirè le soulelh,
toutjoun, sens cap de taro ?'

'Coumo

Cels velats, que pouiriò cousta
Al Cers mai al terrible Auta
De

vous

balha 'n cop

d'engraniero ?

Mais, ô cels dirploumb, demourats
Pezucs

coumo sus

Unoantico
g

de Febriè 1884.

descarats

lausogroussiero !

!

�LA

MUSO

S1LVESTRO

AUX CIELS TRISTES
■Pour -Madame

O ciels tout
Où

ne

s'en

5\£a&gt;ici íMarie-Lajon.

gris, ô ciels
pas les gais oiseaux

vont

:

Les alouettes et les hirondelles,
Ciels tristes (faits) pour les pauvres
E que raye le vol des corbeaux,
Vous versez de profonds ennuis !

aveugles

Vous n'avez

jamais d'éclaircies,
ô ciels, comme des linceuls
Qui voudraient envelopper la terre,
Si nue qu'elle fait pitié,
Vous êtes,

Comme si la barbarie
En avait fait
O ciels bas,

Quand

vous

encore un

champ de guerre !

pleins d'obscurité,
reviendra l'azur

Et l'immensité libre et claire ?

Quand, devant mes paupières,
Là, en-haut, verrai-je le soleil,
Comme toujours, sans aucune tare ?
Ciels voilés, que pourrait coûter
Au Cierce et au terrible Autan
De

donner

vous

un

coup

de balai ?

Mais, ô ciels de plomb, vous restez
Pesants
Une

comme sur

les décharnés

antique dalle grossière !
g

Février 1884.

(morts)

71

�72

AUGUSTE

FOURÈS

LE PAVOUNIÈ

De la

espaciouso
muralhat,
L'escabot de paus s'es escampilhat,
Gaujousoment, à la boubbouso.
remeso

A través le bosc

Le pavouniè, page roussel

Qu'a '

Les

plumo uelhadoà la toco,
gardo plantat naut sus uno roco ;
Perd pas de visto cado aucel.
no

Yen le tems de las

Quand la
Le mascle

superbe,

apariados,
garric.
fringaire afric,

buto al

ramo

en

Ten sieis femelos devariados.

Cour, puei se pauso en s'estirant ;
Entre la falhero e la
brugo,
Le

mainatge dits
Es
«

un

: «

La sieu loungo cugo

fais desoulelh vairant !

Cado

grando plumo

a

»

'no oucelo,

Miralhet que sus founze escur
A de resquits d'or, de verte d'azur.
«

«

«

Quno pararo subrebelo !

L'enfant

»

qu'i remiro l' plumalh

En fieulant agroment le pico
A dubri sui' cop sa rodo
magico

Coumo

rousasso

de veiralh.

�LA

LE

De la remise

MUSO

SILVESTRO

7ì

GARDIEN DE PAONS

spacieuse

A travers le bois muré,

Le troupeau de paons

Joyeusement,

en

s'est éparpillé,
folâtrant.

Le

gardien, page blond,
a une.plume ocellée à la toque,
Les surveille, arrêté haut sur un roc
Il ne perd pas de vue chaque oiseau.
Qui

Voici venir le temps
Dés que
Le mâle

Poursuit

la feuille
superbe,
sans

;

des accouplements,
chêne.
amoureux ardent,

pousse au
en

trêve six femelles.

Il va,

puis il se repose en s'étirant ;
fougère et la bruyère,
L'enfant dit : « Sa longue queue
Est un faisceau de soleil changeant !
Entre la

«

Chaque grande plume

a une

ocelle,

Petit miroir qui sur fond sombre
A des reflets d'or, de vert et d'azur.

Quelle

parure

L'enfant

plus

que

belle !

qui admire son plumage,
aigrement le pique
sa roue magique

En sifflant
A ouvrir

Comme

»

rosace

de vitrail.

»

�AUGUSTE

74

FOURÈS

Le poulh s'adreito ; a la sang caudo.
Enrenno 1' colh de safir blous
Ount passoun,

demest un rai miraclous,
Toupazo, ametisto, emeraudo.

Desplego naut sa cugo en arc.
Qunos garbos de peiros finos
Que fan

en

roudant de clarous divinos,

Dins le prat,

al founze del

parc

!

Las pavos que per
Se
Lèu

se

la poulvero
gouludoun, costo les iaus,
levaran dreit les belis paus

Se pavanant
N'i

a

d'enjoucats

Tufo levado,
—

dins la clariero.

Saboun fa

souna

sus un

ourmèu.

à la capelho,

—

vès la lux vermelho

Lhour cricl mesclat
Le rouge vespre

d'agre

e

de grèu.

fuch. La troupo

As lits iîts tils del blound nenet

Yen, d'aici, d'ala, tene
Al

roc

De

soun

En

ount, cado

soun senet

joun, s'agroupo.

broc de

micoucoulhè,
partint, davant el la casso.

Per le caminas vert de moufo passo ;
La coundusis al poulalhè.
Las coulous enmimarelantos
Mai que las del pus bel arquet
Sembloun atuda lhour magie bouquet,

Dejoubs le luscre tremoulantos.
12

de Febriè

i88j.

�LA

MUSO

SILVESTRO

Le coq se dresse ; il a le sang chaud.
Il incline en arrière son cou de saphir pur
Où passent, au

milieu d'un rayon merveilleux,
Topaze, améthyste, émeraude.
Il

déploie haut

sa queue en arc.

Quelles gerbes de pierres fines
Qui font en tournant des clartés divines,
Dans le

pré, au fond du parc !

Les paonnes qui dans la poussière
Se roulent, à côté des hêtres,
Bientôt

se

lèveront pour

Se pavanant
Il y en a

aller droit aux beaux paons
dans la clairière.

d'accroupis sur un ormeau.
plumes levée — sur la tête.

Touffe de
—

Ils

savent

faire

sonner vers

Leur cri mêlé de colère et de

la lumière vermeille

joie.

Le rouge

soir s'enfuit. La troupe
l'appel de l'enfant blond
Vient, d'ici, de là, tenir son conseil
Sur le roc où, chaque jour, elle se réunit.
A

De

bâton de micocoulier.

son

En partant, devant lui il la chasse.
Par le vieux chemin vert de mousse elle passe ;
Il la conduit

au

volailler.

Les couleurs éblouissantes
Autant que celles du plus bel arc-en-ciel,
Paraissent éteindre leur magique bouquet,
Sous le

crépuscule tremblantes.

i2

Février

1884.

�76

AUGUSTE

CANT

FOURÈS

DES VENDEIRES

DE PIGNOS

I

Qui vol de pignos plenos
D'amellos que, sens penos,
«

Se destacoun talèu que las toco la ma ?
Sentissoun la rouzino ;

»

Embaumoun la cousino,

Quand, dins

un

poulit foc, vudos

venoun crema.

II

Qui vol fa de croucandos
Per las drollos

gourmandos ?
Qui vol, le porc sannat, garni de tri
pous blancs?
Aici la poumo belo
De l'albre de Cibelo !

Gar 'aici les

pignous grossis

coumo

d'aglans ?

III

Yenets, baccants agiles,
Se voulets d'estroubiles

Cugnats

coumo la bourso e le cor
Coumo de caps de cirse
N'i a de pichous, pel' tirse.

Prenets-ne

ou

d'Arpagou !

be crentats de Baccus la

IV
Soun de

pignès qu'embaumoun

Las serros,

quand

acaumoun

rigou !

�LA

MUSO

SILVESTRO

77

CHANT DES VENDEURS DE PIGNES
I
«

Qui veut des pignes pleines

D'amandes

qui, sans aucune peine,
Se détachent aussitôt que la main les touche ?
Elles sentent la résine ;

»

Elles embaument la cuisine,

Quand, dans

un

beau feu, vides, elles viennent brûler.
II

Qui veut faire des croquandes
Pour les

jeunes filles gourmandes ?

Qui veut, le cochon saigné, garnir des boudins blancs ?
Voici la belle pomme
De l'arbre de
Voici les

Cybèle !
pignons gros

comme des

glands !

III

Venez, bacchants agiles,
Si

vous

Serrés

voulez des strobiles

comme

la bourse et le

d'Harpagon !
(chardon),
Il en est de petits, pour le thyrse.
Prenez-en ou craignez la rigueur de Bacchus !
cœur

Comme des têtes de cirse

IV
Ils

proviennent de pins pignons qui embaument
sierras, lorsque elles accablent

Les

�78

AUGUSTE

FOURÈS

Las calous de l'estieu, dambe le vent d'auta.
N'an de frut, se pot creire.
Es que, maseou riseire,
Coumo de confetti ne vouldras pas

jeta ?

Y
N'i

a

de

plenos pagnieros.

Qu'à través las carrières

Boulinguen, le dimars del Segnou Carnaval !
Qui vol de pignos plenos
De pignons que, sens penos
Se destacoun talèu que s'i balho un tustal ?
de Febriè 1884.

i)

PER

LES

TAURES
I

Galoubets, ajets de brezilhs
Coumo un "vol gaujous de senilhs !
Qu'anguen vostris clars remenilhs !
Hòu ^ Tambouris que mas agidos
Fasquen, per las vostros bruzidos,
Las cigaletos enmudidos.
Buto ! Va metets

tout en

trin.

Del
Se
La

grand circou cado gradin
garnis, lèu-lèu, de visatges.
quadrilho se va moustra ;

Puei, les biòus

se

Un

negris, salvatges.

en

per un,

veiran dintra,

�LA

MU SO

SILVESTRO.

79

Les chaleurs de l'été, avec le vent d'autan.
Ils

ont

en

du fruit, on le peut

Est-ce que, masque rieur,
Ne voudras-tu en jeter comme

croire.
des confetti ?

V
Il y en a

de pleines corbeilles.

Qu'à travers les

rues

Ils

roulent, le mardi du Seigneur Carnaval !
Qui veut des pignes pleines

De

pignons qui, sans aucune peine
Se détachent aussitôt qu'on leur donne un coup
/5

Février 1884.

POUR

TAUREAUX

LES
I

Galoubets,
Comme

un

des gazouillis
joyeux vol de tarins !

ayez

Qu'ils aillent
Holà !

vos

clairs refrains !

Tambourins.que mains habiles

Fassent, par vos bourdonnements,
Les cigales muettes.
Va ! Vous mettez tout

en

train.

Chaque gradin du grand cirque
Se garnit, bientôt, de visages.
La quadrille va se montrer ;
Ensuite,
L'un

on verra entrer

les bœufs,

après l'autre, noirs, sauvages.

demain ?

�8o

AUGUSTE

FOURÈS

II
0 graules, plenis de douçou
Que, dins le bosc, darè 'n bouissou

Disets vostro bouno cansou,
Costo vous autros, ô

boudegos

Que

vous

Nilha

ausissets de dos

coumo

Sabets

Jegos
!

de bravos egos

apazima les braus

E les taures que bramoun,
raus,
En s'arrestant dedins las
prados.
1 cantats: Paissets

douçoment
Libres, lenh de l'afachoment,
Lenh d'arenos

e

de ferrados.

III
Vous aus, les prumiès, sounats fort
Pr' atissa, del frount al ped tort,
Le brau fèr à douna la mort.
Vous aus, ò galoubets gisclaires
Etambouris tant brounzinaires,

Anats estrementi les aires.

Apuei, fasets bulhi la sang
De l'ome que tourno maissant,
Yei tout rouge, goumis de soustres
E bramo

:

Tuo

coumo

cal,

Mentre que, de bas, l'animal
Yen le mai terrible des moustres.

�LA

MUSO SILVESTRO

II
O flûtes à bec, pleines de douceur
Qui, dans le bois, derrière un buisson

Dites

votre

Auprès de

bonne

ô

vous,

chanson,
cornemuses

Que l'on ouït de deux lieues
Hennir

Vous

comme

de vaillantes

juments !

apaiser les bouvillons,
qui beuglent, rauques,
En s'arrêtant dans les prairies.
Vous leur chantez : Paissez doucement,
Libres, loin de l'abattoir,
savez

Et les taureaux

Loin des arènes

et

des ferrades.

III
Vous autres, les premiers, vous sonnez fort
Pour exciter, du front au pied tortu,
Le taureau sauvage qui donne la mort,
Vous autres, ô

galoubets criards
bourdonnants,
épouvanter les airs.

Et tambourins si

Vous allez

Puis,

vous

faites bouillir le sang
qui redevient mauvais,

De l'homme

Voit tout rouge, vomit des jurons
Et crie : Tue comme il faut !

Pendant que, en bas, l'animal
Devient le plus terrible des monstres.

8i

�82

AUGUSTE

FOURÈS

IV

Tu, museto ambe calumel,

Embelinos
I cantos

:

le biòu maurel ;
L'erbo de taurel,

«

Pes endreits
De

girofle

Garde
«

sas

peirouses enlairo
bouno flairo !

uno

bestios, la vacairo !

L'espèut de l'amour

Per le bestial
Gar' aici le

es picant
al pacan,
de la mounto.

coumo

tems

Ets de bounis mascles, ô braus !
E le bistournaire à-n-vous
Vendra pas

jamai fa

cap

aus

d'ounto.

V

O

galoubets, ô tambouris !

A-n-aut, dins las selvos, s'ourris

L'espetacle ount le biòu soufris !
grando pax ten la Naturo,
Tre qu'a mai d'uno creaturo

La

L'umano gent se mostro
Daissats

duro.

l'ourquestre. jougats dous

audous
qu' aqui s'azimo,

Coundusissets al prat
La boualho

F, dins la belo libertat,
Mesclarets vostro
A las
22

gaietat
boudegos de la cïmo.

de Febriè

1884.

�LA MUSO

SILVESTRO

IV

Toi, musette

avec

chalumeau,

Tu enchantes le bœuf sauvage ;
Tu lui chantes : « L'herbe de taureau
(orobanche),
Dans les endroits
pierreux laisse s'envoler
Une bonne odeur de

Qu'elle surveille

ses

L'épieu de l'amour
Pour le bétail

girofle !
bêtes, la gardeuse de vaches !

est

piquant

le paysan.
Voici le temps de la saillie.
Vous êtes de bons mâles, ô taureaux !
Et le châtreur
Ne viendra

comme

jamais

pour

vous

faire subir de honte.
V

O

galoubets, ô tambourins !
Là-haut, dans les forêts, on a en horreur
Le spectacle où le bœuf souffre !
La grande paix emplit la Nature,
Pendant qu'à plus d'une créature
La gent humaine se montre dure.

Laissez l'orchestre, jouez doux ;
Conduisez

pré odorant
qui là s'animent,
Et, dans la belle liberté,
Vous mêlerez votre
gaîté
au

Les bœufs

Aux

cornemuses
22

Février

de la cime.

1884.

83

�AUGUSTE

84

A

FOURÈS

ESTELOS

LAS

Semblats, innoumbrablos estelos,
Per rOucean des belis cels,

semblats de vaissel
Que desplegoun lhours claros vélos.

Dins la nueit,

jamai jeta de ploumb,
Anats, pr' escadros magnificos,

Sense

Anats

Qui

ves

d'autros Americos ?

vous meno

Qui pot sapié

? Un autre Couloumb ?

dount

La vostro Armada ?

Veirió

es

partido

Qui

va sap

?

punteja qualque cap ?

Toucara lèu

uno

Atlantido ?

Quantis abets de marins forts
Plenis de fé mai d'arderecio
Coumo les de l'anciano

Grecio

Que founderoun les nostris ports

?

N'etspas, per la guerro, en alerto ?
Lenh de

Youldriò
Dessus

mous

terrestres

tourments,

pla esse, ò bastiments,

uno

vostro

couberto !

de dalfis,
courdatges cantaires,
l'alé des mai puris aires,

Nadats milhou que
Dambe de
A

Vès les ourizouns sense fis.

�MUSO SILV ESTRO

LA

ÉTOILES

AUX

Vous êtes

pareilles, innombrables étoiles,

Par l'Océan des beaux cieb,
Dans la

nuit,

vous

êtes pareilles à des vaisseaux
voiles.

Qui déploient leurs claires
Sans

jamais jeter du plomb,
magnifiques,
Amériques ?

Vous allez, par escadres
Vous allez vers d'autres

Qui

vous

conduit ? Un autre Colomb ?

Qui peut savoir d'où est partie
Votre Armada ? Qui le sait ?
Verrait-elle

pointer quelque promontoire ?

Touchera-t-elle bientôt
Combien

avez-vous

une

Atlantide ?

de robustes marins

Pleins de foi et d'ardeur
Comme

ceux

de l'ancienne Grèce

Qui fondèrent

nos

ports ?

Vousnetes pas, pour la guerre, en
Loin de mes terrestres tourments,
Je voudrais bien être, ô
Sur

un

de

vos

alerte ?

bâtiments,

ponts !

Vous nagez mieux que des dauphins,
Avec des cordages chanteurs,
Au souffle des airs les
Vers les horizons

sans

plus
fin.

purs,

�86

FOURÈS

AUGUSTE

O !

se

la

le cop d'alo
fa mounta dreit vous aus,

mort es

Que

nous

Que

m'emporte

belos naus,
inmourtalo !

aro,

Dins la vostro pax

Ai ! Quand ausissi, vès

en sus,

Se descadena las trumados,
Cars Iugras, estelos aimados,

Cresi que vous veirè pas pus.

Qun retrouni ! Perdi couratge.
Qun labassi ! Qunis laucets !
E tant

Dins

pòu que vous estrissets,
espantable naufratge !

un

Que le cel vengue à s'abeli,
Sui' cop me tourno
Astres de l'azur de

Que
4

vous

poudets

l'esperanso,
ma

pas

Franço
abali !

de [Mars 1884.

VENTOSE
Al retour de las

bergeretos,

Les mamoisses embaumoun l'ort
E Tamelhè negre e bistort
Es tout en nevat de flouretos.
Les blads marsoun,
Bufo

e

nou

'n fa

Tenem be de

e

vese

le vent fort
de retos.

douços ouretos,
Mais le tems folh tourno en d'abort.

�Oh ! si la mort est le coup

87

SIL.VESTRO

LA 'MUSO

d'aile

Qui nous fait monter droit à vous,
Qu'elle m'emporte maintenant, belles nefs,
Dans votre

paix immortelle !

Aie ! Quand

j'ouïs, au-dessus (de moi),

Se déchaîner les orages,
Chers astres, étoiles aimées,
Je crois que

je

ne vous

verrai plus.

Quels coups de tonnerre ! Je perds courage.
Quelle averse ! Quels éclairs !
J'ai si peur que vous vous réduisiez en
Dans un épouvantable naufrage !

poussière,

Que le ciel vienne à être serein,

Sur-le-champ

me

revient l'espérance,

Astres de l'azur de

Qui

ne

pouvez pas
4

ma

France

disparaître !

Mais 1884.

VENTOSE
Au retour des

bergeronnettes (grises),
jardin

Les violettes embaument le

Et l'amandier noir et tortu

Est tout

enneigé de fleurettes.

Les blés ont des
Souffle et
Nous

nous

avons

rejetons, et le vent fort
en

fait voir de raides.

bien de douces

petites heures,

Mais, le temps plein de rage revient bientôt.

�88

AUGUSTE

FOURÈS

Al Mars fèrouch cal de batalhos ;

Las

granissos

soun

de mitralhos,

Les baccajrals de canouniès.
Le Cers

es un

elaroun,

—

sus terro,

A

d'aspros sounarios de guerro,
Dreit l'albo des jouns primtaniès.
6 de Mars

1884.

LE TRESCALAN

Le trescalan creis al boun aire

:

S'acimo de flouretos d'or,

s'i veirió l'esclaire ;
S'abelis, vengut Messidor.
Finos que

A

sous

peds,

passo

l'Argentouire

Toutjoun cascalhejaire e vieu.
E sus la vermo d'un recouire,
Se

regalo, al fresc, dins l'oumbrieu-

Quand le soulelh tout rouge toumbo
Parieu à-n-un fènis blassat,
Unodrollo ven dins la coumbo,
En souscant,

Ven

amassa

d'un pas alassat,
la flou rousselo

Que gardo' un noum arabe pur ;
Soufris d'uno plago crudelo ;
Daisso

ploura sous uelhs d'azur.

�LA

Au Mars farouche

MUSO SILVESTRO

il faut des batailles ;

Les

grêles sont des mitrailles,

Les

giboulées des canonniers.

un clairon ; sur la terre,
d'âpres sonneries de guerre,
Contre l'aube des jours printaniers.

Le Cers est

Il

a

6 Mars

1884.

LE MILLE-PERTUIS

mille-pertuis croît au bon air :
de fleurettes d'or,

Le

Il

se couronne

Si fines que

l'on pourrait y voir à travers ;

Il devient beau,

Messidor venu.

l'Argentouire
Toujours cascadeur et vif ;
Au-dessous de lui, passe

Et
Il

se

la

berge, à un tournant,
régale, au frais, dans l'ombre.

sur

Quand le soleil tout rouge tombe

phénix blessé,
jeune fille vient dans le vallon,

Pareil à
Une
En

un

songeant,

d'un

pas

lent.

Elle vient cueillir la fleur dorée

Qui garde un nom arabe pur ;
Elle souffre d'une plaie cruelle ;
Elle laisse

pleurer ses yeux d'azur.

89

�FOURÈS

AUGUSTE

90

Acato lefrount

e

souspiro.

Que de fresquis poutous a set !
I

plantèt al

cor uno

viro,

Anteros, le maissant dieuset,
Ai las ! Se sentis
?

pla malauto.
galant
be per te tampa, sens fauto,
pugnido, as le trescalan. »
dit

an

Ou
La

:

«

Te cal prene un

Quicon i mourmoulo

:

nou muses

!

Aro, touto febrouso, cour
A la

Per

planto as milo pertuses
gari del mal d'Amour.

se

8 de Mars

i88j.

LES CRABITS
Uelhs

amello,

lis,
pendilhs, cornos que-van naisse,
Les dous crabits se vesoun paisse,
Dins la prado, ambe les poulis.
en

aus negre e

Fis

Qu'en s'alatant
Les

uno

efemero

aje à

prou-peno fregats.
Partissoun vite, espaurugats
Coumo s'abion vist la Chimero.
L'amour inoucènt les unis.
Soun

bessous,

e

lèu se counsoloun.
cabrioloun,

Bestios divencos,
—

11

Un

es

de Mars

Cloe, l'autre Dafnis.

1884.

�LA

91

MUSO SILVESTRO

soupire.
soif de frais baisers !

Elle baisse le front et
Comme elle
Il lui

a

planta au cœur une flèche,
petit Dieu !

Anteros, le mauvais
Hélas ! Elle

se

sent bien

malade.

prendre un galant
Ou bien pour te fermer sans faute
La blessure, va cueillir le mille-pertuis.

On lui

dit

a

:

Il te faut

Quelque chose lui murmure : ne lambines pas
Maintenant, toute fiévreuse, elle court
A la plante aux mille-pertuis
Pour

se

!

guérir du mal d'amour.

8 Mars

1884.

LES CHEVREAUX
Yeux

amande, toison noire et

en

lise,

glands délicats, cornes qui vont
paissent,
prairie, avec les poulains.

Pendants

ou

Les deux chevreaux
Dans la

éphémère

Qu'en prenant l'essor, une
Les ait frôlés à peine,
Ils partent

vite, pleins de peur

Comme s'ils avaient vu la

Chimère.

L'amour innocent les unit.
Ils sont jumeaux, et
L'un est
11

ils

se

consolent bientôt.

bêtes divines ;
Chloé, l'autre Daphnis.

Ils cabriolent,

Mars

1884.

naître,

�AUGUSTE

92

FOURÈS

L'ALUMAIRE

Le luscre

DE

GAZ

tout vela.

va ven

Dins la

Qu'es
—

vesprado adeja temo,
que vesi voula ?
fulgore porto-lanterno ?

aco

Un

Entre les
Coumo

plataniès del Cours,

uno

abelho butinairo

S'arresto, apuei tourna s'enairo
Per fa

qui sap quantis de tours.

Vejats,

qun estre ! A cado pauso,
Treluzent daisso un poulit lum

Qu'esclato

dins l'aire trum.

net

Jésus ! Quno

causo

Digats-me s'on
Uno

mouscasso

a

estounablo !

vist jamai

nouctiluco

Touto clarou
Dins le pus

vivo, qu'aluco,
caud luscre de Mai ?

Nou ! Me disi
Coumo

qu'es uno estelo,
parpalhol d'or belèu
per Proumetèu,

un

Enfiàlado

A l'azur, dins

Ah !

uno

nueit belo !

pla ! Greiriom agidoment
un poulit lugra que Halo
E qu'aici de bas se regalo
De voulastreja librement ?

Qu'es

�LA

MUSO

SILVESTRO

L'ALLUMEUR DE GAZ

Le

crépuscule vient tout voiler.
vesprée déjà terne,
Que vois-je donc voler ?
Un fulgore porte-lanterne ?
Dans la

Entre les
Comme

platanes du Cours,
abeille butineuse,

une

Il s'arrête, après s'envole de nouveau
Pour faire qui sait combien de tours.

Voyez, quel être ! A chaque pose,
Reluisant, il laisse une petite lumière
Qui éclate net dans l'air sombre.
Jésus ! Quelle surprenante
Dites-moi si

on a

jamais

chose !

vu

Une grosse mouche noctiluque,
Toute clarté vive qui allume,
Dans le

plus chaud crépuscule de Mai ?

Non ! Je
Comme
Prise
A

en un

dis que

c'est une étoile,
papillon d'or peut-être
filet par Prométhée,

me
un

l'azur, dans

une

belle nuit !

Allons donc ! On croirait aisément

Que c'est
Et

un

qu'ici-bàs

joli astre qui file
se régale

De voleter librement !

93

�AUGUSTE

94

FOURÈS

Tè, tè ! Ma visto n'es pas neto
Raivaire que soun, nigaudas
Aco 's l'alumaire de gaz

!

!

Passejant naut sa lanterneto.
18 de Mars

LE

1884.

BOUQUET DE VEROUNICOS

Quand

on

sentis fuge l'hiver,

Per las belos ouros marsencos,

Culhissiò, loung del

timbre vert,

De verounicos azurencos.
Sus lhour penet que
Dins

sa

manoto,

semblo

un

fiai,

tremoulèroun ;

buf d'aial
voulguèt brandi, s'enlaireroun.

Mais, à prou peno, un
Las

Paression de

parpalhols blus.

Elo, estabousido e

couflado,

Aregardabo, cap en sus,
Las sieus flous prene la voulado.
20

de Mars

1884.

�Tiens, tiens ! Ma

LA

MUSO

SILVESTRO

vue

n'est

pas nette.

Rêveur que je suis, grand
C'est l'allumeur de gaz
Promenant haut sa petite
r8 íMars

LE

Quand

on

nigaud !
lanterne.

i88-f.

BOUQUET DE

VÉRONIQUES

sent finir l'hiver,

Par les belles heures de Mars,

long du vert talus,
véroniques d'azur.

Elle ceuillait, le
Des

tige qui a l'apparence d'un fil,
petite main, elles tremblèrent ;
Mais, à peine, un souffle d'aquilon
Les secoua-t-il, qu'elles s'envolèrent.

Sur leur
Dans

sa

Elles ressemblaient à des

papillons bleus.

Elle, étonnée et émue,

Regardait, tète en l'air,
Ses fleurs prendre la volée.
20

Mars

i88j.

95

�AUGUSTE

96

LE

Frut en

bacco, negras,

—

FOURÈS

LAURIÈ

fuelho lanceoulado

Que, sus la braso, enlairo un baume san e fort.
Trounc dreit, escur e lis, crentaire de gelado,

toutjoun vert creis à l'abric, dins Tort.

Le lauriè

Apoullou ten la testo encelclado
vimounencs que salvoun de la Mort ;
en se remembrant Dafné descounsoulado

Al felibre,
De

sous rams

L'aimo

Que, per el, joubs la rusco
Sous

ajèt un nouvel sort.

branquets trioumfals preserveroun

del foulse

Nostris paires latis que, valents, venion mouise
Las tetos de la Loubo, as temses erouics.

Pouesio,
N'oundrejèt le tres-peds de sa bruno Pitio,
Sous vastis temples mai sous autas magnifies.

El, le soulelh raiant, Dieusde la

2y

de Mars 188./.

�LA

MUSO

SILVESTRO

LE LAURIER

Fruit bacciforme,

noirâtre, — feuille lancéolée
la braise, répand un baume sain et fort,
Tronc droit, obscur et lisse, craignant la gelée,
Qui,

sur

Le laurier

toujours vert croît à l'abri, dans le jardin.

Au félibre,

Apollon tient la tête ceinte
souples qui rendent immortels ;
Il l'aime en se souvenant de Daphné déconsolée
Qui, par lui, sous l'écorce eut un sort nouveau.
De

ses rameaux

Ses branches

triomphales préservèrent de la foudre
pères latins qui, vaillants, venaient traire
Louve, par les temps héroïques.

Nos
La

Lui, le Soleil rayonnant, Dieu de la Poésie,
En orna le trépied de sa brune Pythie,
Ses vastes temples et ses magnifiques autels.
23

Mars 1884.

97

�AUGUSTE

98

FOURÈS

A-N-UNO

0 maire

as

As brasses

MAIRE

peisses blancs, •
tremoulants,

Aici toun ftlh malaut que tourno.

qu'ero dreit e fort
palle coumo un mort
Que s'es levât de sa cafourno.
El

Es

Partisquèt bel e san.
O, qu'a fait de la sang
Que tirèt à tas poupos plenos,
Qu'a fait de
E de

soun

sa roso

Vetado de

uelh clar

car,

poulidos venos.

Pel negre, rire d'or,
Dents de perlo, boun cor

pécaire ?
quand les teniòs,
Toutjoun te souveniòs
toun orne mort, paure maire !

Ount

soun

pouscuts ana,

Joubs pots,

De

Que te coustèt l'efant
Pel' tene trioumfant,

de ta faudo !
plour,
Quand le tieu soul amour
Abiò sa manoto trop caudo.

Dins la douco pax

Te toumbèt mai d'un

�LA

MUSO

SILVESTRO

A UNE

O mère

aux

MÈRE

cheveux blancs,

Aux bras tremblants,
Voici ton fils malade

qui revient.
qui était droit et fort
Est pâle comme un mort
Lui

Qui

est sorti de

son

trou.

il partit beau et sain.
Oh ! qu'a-t-il fait du
sang

Qu'il puisa à tes mamelles pleines,
Qu'a-t-il fait de son œil clair
Et de

sa

chair rose,

Rayée de jolies veines.
Cheveux noirs, rire d'or,
Dents de perle, bon cœur
Où donc ont-ils pu aller, misère ?
Sous les lèvres, quand tu les

tenais,
Toujours tu te souvenais
De ton homme, pauvre mère !
Qu'il

te coûta de soins
Pour tenir l'enfant en
triomphe

Dans la douce paix de ton
giron !
Tu versas plus d'un

pleur,

Quand
Avait

ton seul amour

sa

menotte

trop chaude.

99

�AUGUSTE

100

bel,
agnel,
fousquòt la proio.

Abourit, grand
E dous

FOURÈS

e

coumo un

D'uno Loubo

Pla de tems, as bramat
Nueit

e

joun, toun aimat
veuso sens joio.

Que te daissèt

Garl'aqui bleime, agut
Coumo 1' Crist descendut
De la

croux, mas e

peds sannouses

:

Prend-le dins toun faudal.
Es vitimo del mal

Qu'atenh les candes amourouses.
Ten de tu

I

soun

mal-ur

(De dire aco qu'es dur !)
fasqueres l'amo trop douço.
La crudelo beutat
I

fousquòt sens pietat.
! Es que se courrousso ?

Le paurot

Ai ! Nou ! Coumo un tresor

Se dubris le tieu cor,

E, valento, malgrat toun atgc,
Sui' tieu sé toutjoun caud,
Sarros le filh malaut,
Coumo al temps ount ero
5

d'Abrilh 1884.

mainatge.

�LA

Hors de tout
Et doux

MÜSO

SILVESTRÛ

danger, grand et beau,

comme un

agneau,

D'une Louve il fut la

proie.
longtemps, tu as crié,
Nuit et jour, ton aimé
Qui te laissa veuve sans joie.
Bien

Le voilà

blême, exténué

Comme le Christ descendu
De la

Croix, mains et pieds sanglants ;
ton giron.

Prends-le dans

Il est victime du mal

Qui atteint les candides
Il tient de toi

amoureux.

malheur,
(De dire cela c'est dur !)
Tu lui fis l'âme trop douce.
son

La cruelle beauté
Fut pour lui sans pitié.
Le pauvret ! Peut-on le
Ah ! Non ! Comme

un

gronder ?
trésor

S'ouvre ton coeur,

Et, vaillante, malgré ton âge,
toujours chaud,
Tu presses ton fils malade,
Sur ton sein

Comme
S

au

temps où il était enfant.

Avril 1884.

101

�AUGUSTE

102

A

O

FOURÈS

PROUGNÈ

Prougnè 'n dolh, ò douço iroundo,

Yenes de Grecio, subre l'oundo,

Nous tournos brezilha toun cant
Toucant.

'Qui

sap se

Dins

toun

qualquo vielho pastro,
ramatge, aucel d'Isis,

Ausis

coumplanto de la Mairastro
Pleno, on diriò, del paure Itis ?
La

O ! l'as dito, aucelo

poulido
gieulo, à Margarido,
Fado, tenent soun drolle mort.
Davant la

Qun sort !
As fait
A

soun

manja le tieu mainatge
paire ; — dambe ta sor
Sens cor,

As

agut

De

sanna

l'ourrible couratge
1' drolle

as.pelsses cFor !

Canto, Prougnè, — lèu, Filoumelo
Qu'es à nostro primo fidelo

Dira,

sus

rousiès, à

L'amour

soun tour

�LA 'MUSO SlLVESTRO

PROGNÉ

A

O

Prognéen deuil, ô douce hirondelle,

Tu arrives de Grèce, au-dessus de l'onde.
Tu nous gazouilles de nouveau ton chant
Touchant.

Qui sait si quelque vieille bergère,
Dans

ton

ramage,
Ouït

oiseau d'Isis,

La complainte de la Marâtre
Pleine, dirait-on, du pauvre Itys ?
Tu l'as dite, oiselle

jolie
geôle, à Marguerite,
Folle, tenant son enfant mort.

Devant la

Quel
Tu
A

as

son

sort

!

fait manger ton

père ; avec ta

enfant

sœur

Sans cœur,
Tu

as eu

De

saigner l'enfant

l'horrible courage
aux

cheveux d'or !

Chante, Progné ; bientôt Philomèle
Qui est fidèle à notre printemps,

Dira,

sur

les rosiers, à

L'amour

son tour,

I03

�io4

AUGUSTE

FOURÈS

Que la rendèt tant criminalo !
Ai ! Coumo tu,

vei l'efant tieu

Pla vieu

:

Aucel que canto, en

brandint Talo,
Chieu, chieu !

7

d'Avril 1884.

CAP

DE TR'OUBAIRE

ACHILE

ROUQUET

Toun cap metourno

à la memorio
Aquel d'un amir Sarrazi
Adreitat dins la
Cantos à

La

vas

istorio.

estabouzi ;

nous

Arderous,

nostro

à la vitorio.

t'a

sapiùt cauzi
magnifica biais ou glorio

muso

Per

Des troubaires. Sabem auzi
Tas estrofos lèu councevudos
E que

beloment van aludos
gabians en sus la mar.

Coumo

Bru
Ta

mainatge de Carcassouno,

voux

dreit à

moun amo souno

Parivo à-n-un ouiifant clar !
7

Setembre 1890.

�MUSO

LA

105

SILVESTRO

Qui la rendit si criminelle !
Ah' ! Comme

toi, elle voit ton enfant

Bien vivant

:

Oiseau

qui chante, en secouant l'aile
Chieu, chien !

7

:

Avril 1884.

TÊTE DE POÈTE
ACHILLE

Ta tète

remet

me

en

ROUQUET

mémoire

Celle d'un émir Sarrazin
Dressée dans notre histoire.
Tu chantes à étonner.

Ardent, tu

vas

La

sû te choisir

muse a

à la victoire.

Pour célébrer talent
Des

gloire
poètes. Nous savons ouïr
ou

Tes

strophes tôt conçues
qui superbement vont ailées
Comme goélands sur la mer.
Et

Brun enfant de Carcassonne,
Ta voix droit à
Pareille à
7

un

mon

clair

âme sonne,

oliphant !

Septembre 1890.

�io6

AUGUSTE

A

LAS

FOURES

ROUTOS ROUMANOS

A 'N Valeri Bernat

O camises

ferrats, estrados

Que 1' Rouman

a

De trosses de calcari
Erets

e

carrieros

counstrut, à la forço del bras,
e

de lausos de gras,

plenis del bruch de las troupos guerrieros !

Avuei,

vous an

levât mai d'un brave

carras.

Regadis deroudals, sens balhats ni aurieros,
On vous prendriò,
sigur, per d'ancianos peirieros
Que 1' traçaire, en fugint, daissèt dins l'embarras.
Yoios de la

counquisto

ount

fosso militàris

Passeroun àchaval, à ped, subre de càrris,

Aro,

vous

desfaçats autant que les Cesârts,

Mentre que, per la selvo, à través
Las dralhos des grands brenns

rocs mai erbos,
serpentejoun, superbos,

E que

la Libertat
il

d'Abrilh

ten naut

1884.

sous

estendarts !

......

�LA

MUSO

SILVESTRO

AUX ROUTES ROMAINES

cA Valère 'Bernard

O chemins ferrés, estrades et carrières
Que le Romain a construit à la force des bras,
De

de calcaires

de dalles de

grès,
pleins du bruit des troupes guerrières !

morceaux

Vous étiez

et

Aujourd'hui, on vous a enlevé plus d'une grosse motte
Rayés d'ornières, sans fossés ni orées,
[de terre.)
On vous prendrait, à coup sûr, pour d'anciennes carrières
Que le carrier, en s'en allant, laissa dans l'encombre.
Voies de la

conquête où de nombreux militaires
pied, sur des chars,
êtes, maintenant, effacés autant que les Césars,

Passèrent à cheval, à
Vous

Tandis que, dans la forêt, à travers rochers et plantes,
Les chemins des grands brenns serpentent, magnifiques,
Et que

la Liberté tient haut
ii

Avril

1884.

ses

étendards !

�io8

AUGUSTE

A

FOURÈS

QUE VEIRÈ PAS JAMAI

LA

L'auta dourmissiò dins
Cado aucelou fasió
Dins las

soun

ouire.

soun cant.

prados de l'Argentouire,

M'en anavi

tout en souscant.

A-n-tu, Rolisma,

roso

belo

Trioumfanto al soulelh de mai,

A-n-tu, meravilho nouvelo,"
Qu'ai sigur veirè pas jamai.

Jamai, veirè

pas

la tieu gracio

Des mieus dous uelhs estabousits.
E tabes les trats de ta facio
Entre les mai

puris causits.

Veirè pas ta bouco escardenco
E l1 sieu sourrire treluzent,

Jamai, ô fado peiroulenco !
Aco d'aqui m'es escouzent.
Jamai, ta

manoto poulido
Se pausara pas sus moun cor
E n'aurè, dins ma pauro vido,
Pas

un

soul rai de toun tresor.

�LA MUSO

A CELLE

SILYESTRO

QUE JE NE VERRAI JAMAIS

L'autan dormait dans

son

outre.

Chaque oiselet faisait son chant.
prairies de l'Argentouire,

Dans les

Je m'en allais tout

en

songeant,

A

toi, Rolisma, belle rose
Triomphante au soleil de mai,
A toi, nouvelle merveille,
Qu'à coup sûr je ne verrai jamais.

Jamais, je ne verrai ta grâce,
De

mes deux
yeux étonnés.
Et aussi les traits de ta face

Choisis

Je
Et

ne

entre

les

plus

purs.

verrai pas ta bouche de pourpre
sourire éblouissant,

son

Jamais, ô fée de Peyrolles !
C'est ce qui m'est cuisant.
Jamais, ta jolie menotte
Ne
Et

se

posera sur mon cœur

je n'aurai dans

Pas

un

IO9

seul rayon

triste vie
de ton trésor.

ma

�AUGUSTE

110

Al

FOURÈS

primtems, l'iroundo tournado,
coumo espaurit

Moun raive fuch
Per
E

uno

me

lentano trounado

daisso,

sens

■

esperit.

Ahi ! Dins la Naturo

joio,
qu'on vèi raja d'en sus
De cascados de blousó glorio,
Per les prats verts ount les moussus
en

Mentre

Guignon las rosos cioumaiselos,
Toutis enroudats d'uno cour
De

qui

sap

quand de pimparelos,

Quand la tourtouro dits

:

amour,

Quand las flouretos esplandidos

Empregnoun de flairos de mel
Les aires e quand soun bandidos
D'apertout laspòus del toumbèl,
Ièu,

vau, cap bas, coumo une trevo,
Acoumpagnant de moun ai-ai !
Per ço que te veirè pas, Evo,
Ni vivo, ni morto,... jamai !
32

d'zAvrilh

1884, (Moulin de l'zArgentouire.)

�LA

MUSO SILVESTRO

Au

printemps, l'hirondelle revenue,
comme épouvanté
Par un lointain coup de tonnerre
Et me laisse sans esprit.
Mon rêve s'enfuit

Aïe ! Dans la Nature

joie,
qu'on voit couler d'en haut
Des cascades de gloire pure,
A travers les prés verts où les orchis
en

Tandis

rouges

Regardent les

roses orchis,
Entourés d'une cour

De qui sait combien de pâquerettes,
Quand la tourterelle dit : amour,

Quand les fleurettes épanouies

Chargent d'odeurs de miel
Les airs et quand sont bannies
De partout les peurs du tombeau,
Moi, je vais, tète bas, comme un fantôme,

Accompagné de mon aie-aie !
Parce que je ne'te verrai pas, Eve,
Ni vivante, ni morte,.... jamais !
22

zAvril

1884.

III

�AUGUSTE

112

FOURÈS

AUDE

Atax, Audax fan Aude. E foro de la faudo
Del

Capsir, en nilhant coumo un
Davalos roundoment per roucas,
E

jouve chaval,
barricaudo
puei enmuralhat d'un gigantesc ribal.

Après Cieutat, larjas, mai verd que Pesmeraudo,
Azagos vignès nous, oulieus e carbenal.
(Mais, toun aigo, qu'an dit tranquillasso, es maraudo.)
Regas le Narbounés, de costo ambe F Canal.
Gal, Rouman, Visigot, Mauroul e Franc begueroun
A tousguas enroucats ; mantis cops, te crengueroun,
O flume audacioLis ! Abios lèu azoundat.

E coumo Marssul sé de Venus
Al grau de
Te perdes,

20

soubirano,
Vendres, dins la mar Mediterrano,
frezinant e gairebe doumdat.

d'Abrilh 1888.

�LA MUSO StLVËSTRÔ

113

AUDE

Atax, Audax donnent Aude. Et hors du giron
Du

Capsir, en hennissant comme un jeune cheval,
Tu dévales vivement à travers rochers, petits ravins,
Et ensuite emmuré par des

rives gigantesques.

[l'émeraude,
Après la cité (de Carcassonne) assez large, plus vert que
Tu arroses les vignes nouvelles, les oliviers et lesroselières.
(Mais ton eau, que l'on dit tranquille, est perfide.)
Tu raies le Narbonnais, ayant à côté le Canal (du Lan[guedoc.)
Gaulois, Romain, Wisigoth, Maure et Franc burent
A tes gués couverts de rocs ; maintes fois, ils te craigniO fleuve audacieux ! Tu avais bientôt débordé.
[rent,
Et

comme

Mars

sur

le sein de Vénus souveraine,

Au grau de Vendres, dans la mer Méditerranée,
Tu te perds, frémissant et presque dompté.

20

Avril 1888.

�AUGUSTE FOtJRES

ii4

LA

FOUNT DE CARLES-MAGNO

CCosto Cieutat de Carcassounno.)

Carles-Magno

cavalo

sus sa

Del Puech-Mari, rete, davalo ;
.

Fa cali mas, aici
Es tout

pouls

e

mièchjoun.
la set l'aganto :

A de braso dins la garganto ;
—

Des sieus vistous cerco 'no

fount.

t

Cremo ! La set i

ven

'scousento

:

L'aigo d'Aude es pla malfasento,
Dangerous valhat coumo rieu ;
Fèrouj, del punch asclo 'no rocd,
Gar'aqui que de la signoco
Sui cop rajo 'n grifoulet vieu.
—

Puei, l'emperatou Carles-Magno

En-t-agaitant devès l'Espagno
Sèns relambi beu mai d'un

joun.

malgrat la set asimado
Des reises, s'es pos agoutado
La fount claro, la blouso fount.

E

2i

de Mars

1877.

�LA

LA

MUSO

SILVESTRO

FONTAINE DE CHARLEMAGNE

(iA côté de la Cîté de Carcassonne.)

Charlemagne sur sa cavale
Pech-Mary, roide, dévale

De

;

Il fait canicule, voici midi.
11 est tout
Il

a

De

(couvert) de poussière et la soif le saisit

de la braise dans la gorge ;
ses

prunelles il cherche

une

fontaine.

Il brûle ! La soif lui devient cuisante

L'eau de l'Aude

est

Dangereux fossé

comme,

bien

:

malfaisante,
ruisseau

:

Farouche, du

poing il fend une roche,
Voilà que de la balafre (qu'il vient d'y faire)
Sur-le-champ coule une source vive.
Puis, l'empereur Charlemagne
En guettant du côté de l'Espagne
Sans relâche boit plus d'un jour.
Et

malgré la soif embrasée
rois, elle n'a pas tari
fontaine claire, la pure fontaine.

Des
La

2i

Mais

1877.

:

�116

AUGUSTE POURES

JAPOUNISME

Toumbo de nèu à flocs. Costo la finestrasso,

foro d'ennuch,
proube grasso.
gotto japounés de l'estuch.

Dins le saloun calfat al gaz,
Uno damo s'assieto,
A sourtit

un

—

esroso e

carriero, van gourris que 1' frech sanglaço ;
gris, un vol de courbasses s'enfuch.
Pessugo, douçoment e coumo s'ero lasso,
Las courdelos desedoe n'ausis que lhourbruch.

Dins la

Per le cel

Un audou de mamois mounto de sa teleto.

garnint uno freulo tauleto.
primoveros de Tokio soun en flous ;

Davant elo,
De

Rosos, blancose mai carmezidos, esteloun.
Les fuelhatges qu'ai joun finoment se denteloun.
E la damo, en jougant, remiro lhours coulous.
de

Janviè 1891.

�LA

MUSO

SILVESTRO

117

JAPONISME

neige épaisse. A côté de la grande fenêtre,
hors de tout ennui,
Une dame s'assied ; elle est rose et assez grasse.
Il tombe de la

Dans le salon chauffé au gaz,

Elle

a

tiré

un

gotto

japonais de son étui.

[qu'au sang.
des vagabonds que le froid mord jusA travers le ciel gris, un vol de corbeaux s'enfuit.
Elle pince, doucement et comme si elle était lasse,
Les cordelles de soie et n'ouït que leur bruit.
Dans la rue, vont

Une odeur de violettes émane de sa

toilette.

garnissant une fragile table,
primevères de Tokio sont en fleurs.

Devant elle,
Des

Roses, blanches et cramoisies, elles étoilent
Les feuillages qui, dans le jour, finement se dentellent
Et la dame, en jouant, admire leurs couleurs.
23

Janvier 1891.

�ii8

AUGUSTE

FOURÈS

GASTOUN FEBUS

A 'n Gastoun

Jourdanne.

rousselo,
bru pla 'n selo,

Joubs le berret de nèu pamparrugo
Sus

soun

S'en

va

chaval tarbés d'un rouge

Gastoun Febus à la casso de l'ours.

O'n dirió

qu'es dins el ; penso à las sieus amours.

Sas mutos fan bada ; soun
N'i

de negres,

a

de setce-cents gousses ;

de blancs, de flapats e de rousses,

jaupa d'uno ouro lenh, al mens.
seguits à chaval, à pèd, pr'un fum de gens :

E s'ausissoun
Soun
De

picaires ardits, de sounaires de corno

Bufant à fa veni cabec
Van à

ou

taliborno.

galaup tout dreit la selvo
à

d'Ourioun.
poulit garagnoun,

Daissant

courre

Febus

toutjoun ; arregardo las cimos.
pots escardencs venoun tinda de rimos :

Sus

soun

grat soun

sousco

sous

Aquéres moantagnes — que ta hautes soun,
M'empèchen de bede — mas amous oun soun. »
«

Tocoun à la fourèst. Les
De

cournaires s'acalhoun ;

qualquis cops de fouet les moustis se

mourralhoun.

�LA.

MüSO SILYESTRO

PHÉBUS

GASTON

d Gaston

Sous le berret de
Sur

son

S'en

va

119

Jourdanne.

neige chevelure blonde,
brun, bien

cheval tarbais d'un rouge

en

selle,

Gaston Phébus à la chasse à l'ours.

On dirait

qu'il est

en

lui; il

pense

à

ses amours.

[chiens
Ses

11 y en

Et

on

Ils

sont

;

font béer de

plaisir ; elles sont de seize cents
a de noirs, de blancs, de tachetés et de fauves,

meutes

les entend

japer, d'une heure loin au moins.
pied, par de nombreuses gens

suivis à eheval, à

:

Des

piqueurs, des sonneurs de corne
Soufflant à faire devenir idiot ou sans cervelle.
Ils

vont au

galop tout droit à la forêt d'Orion.
son gré son bel étalon,

Laissant aller à
Phébus songe
Sur

ses

toujours ; il regarde les cimes.
lèvres fermes viennent tinter les rimes:

Ces montagnes qui si hautes sont
M'empêchent de voir mes amours où elles sont.

«

Ils arrivent à la forêt. Les
De

quelques

coups

sonneurs

de fouet

on

de

»

corne se

taisent;

muselle les mâtins.

�120

E la

AUGUSTE

casso

FOURÉS

coumenço entre faus

Gar'les ! toutis s'i fan

sense

e garrics.
relais, africs.

Febus seguis, mais lènh d'aqui per la pensado ;
Mourmoulo douçoment, cap bas, l'amo cansado :
«

Si sabi las bede

Passéri

Ount

es

l'aiguette

ou

—

las rencountra,

chens pou de

—

le trèu ? Se

cerco.

Atrobo. Aici 'n vailet que

Mais, el à
Uno

peno

corno a

'nega.

»

Un cap de muto jaupo,
vès Gastoun galaupo.

ausis le qu'i

bramat. Un

m

ven

de parla.

ours se montro

à-là.

Febus que l'a 'ntrevist de sa bèstiò davalo
E l'estaco à-n-un albre ; aro, al
penjal, escalo,
Vès le moustre, enroudat
pes gousses, qu'es depeds,
E raugno tant que pot. S'en va
passa d'espes.
Coumo 1' foulze

sus

E l'oursas des uals

e

el toumbo la
de las urpos

goussatalho
talho.

Mais, dins rés, s'espatarro. Escartant la sieu gent,
Febus tiro un pugnal qu'a le margue d'argent,

Puei, sourrisent, al miei de la muto que bramo,
cor de la
bèstio, sa lamo.

Enfounso dins le

�LA

121

MÜSO SILVESTRO

chênes.

Et la chasse commence entre

les hêtres et les

Voyez-les ! Tous s'y font sans

relâche, ardents.

mais loin par la pensée,

Phébus suit,
Il

murmure

«

Si je

à peine,

de cet endroit ;

tète basse, âme triste :

savais qu'il me fût possible de les voir ou
l'eau, sans peur de me noyer. »

Je passerais
Où est la
Il

trouve.

piste ? On la cherche. Un chef de piste
Voici un valet qui galope vers Gaston.

Mais, lui à peine ouït
Une

corne a

Vers le monstre,
Et grogne

là-bas.

Comme la foudre sur

Mais,

en

ours

un

[grimpe

penchant, il

qui est debout
Il va se passer quelque
chose
[d'affreux.

entouré de chiens,

tant qu'il peut.

grand

jappe,

celui qui vient de lui parler.

beuglé. Un ours se montre

Phébus, qui l'a entrevu, descend de sa bête
Et l'attache à un arbre ; maintenant, au

Et le

de les ren[contrer,

lui tombe la

chiennaille

des dents et des griffes

taille.

clin d'œil, il se laisse aller. Ecartant ses
coutelas au manche d'argent,
[gens,

Phébus tire un

Puis, souriant, au milieu de la meute qui hurle,
Il enfonce dans le cœur de la bête, sa lame.

�122

AUGUSTE

FOURÈS

Subre dous brancs crousats emportoun
La casso countinuo. E Febus es anat

l'ours sannat

A

soun chaval, s'i
quilho, e, per la salvo espesso,
Va, dits mai de boqrdous, tout Peime à sa mestresso

«

E

Aquéres mountagnes
mas

amourettes

—

16 de Febriè

A

—

que

s'abachéran
fiarechéran. »
que

i8gi.

'N

PASTOUR

Salut, ò franc-coumtès de la bouno calètro
Autant

Fouriè, Proudhon e mai Courbet,
roc, mais vieu coumo salpètro,
Salut, ô grand sabent à l'engenh dreit e net !
—

As

pla

Soulide

que

coumo

un noum

pacifie, ô terrible cassaire

Des enemics nenets de la belosantat,
O Pastour, atentieu, venes

jeta d'esclaire

Al founze le mai bas de l'animalitat !

Dejoubs le microuscope, après qu'as pouscut vese,
L'agrum se voulega coumo un levam, — pus fort,
Uelh clar, sens que jamai la tieu clusco te pese,
Mostros les vermenets se paissènt clins la mort.

:

�LA

MÜSO

SILYESTRO

Sur deux branches croisées, on emporte
La chasse continue. Et Phébus est allé

A
-

123

l'ours saigné.

cheval, il y monte, et, par l'épaisse forêt,
encore des vers, tout son esprit à sa maîtresse :

son

Va, dit
«

Ces

Et

montagnes se baisseront
amourettes paraîtront.

mes

16 Février

»

i8çi.

A

PASTEUR

Salut, ò franc-comtois de bonne qualité
Proudhon et Courbet,

Aussi bien que Foutïer,
Solide comme roc, mais

vif

comme

salpêtre,

Saltrt, ô grand savant au génie droit et net !
'Tu

as un nom

pacifique, ô terrible chasseur

Des ennemis nains de la belle santé,
O Pasteur,
Au fond le

Sous le

attentif, tu viens jeter de la clarté
plus bas de l'animalité !

voir,
levain,
Plus fort, œil clair, sans jamais avoir la tête lourde,
Tu montres les petits vers se paissant dans la mort.
microscope, après

L'amas de cellules

que tu as pu

se remuer comme un

�124

AUGUSTE

FOURÈS

Susprenes al travalh lasviventos poulveros,
campairols menuts gastant les nostris vis
E les vinagres mals e las poulidos bierros,

De

Tout

estre se mauvent

dins ço que se

pouiris.

Dises

: « Vous vesi
pla, tu, carbou, tu, mourino !
Bacilles, vibriouns, vous couneissi, bourrèus,

E sabi dount venets,

flaquario mai pebrino.
Ets, aqui, per eissams, misteriousis fléus !
Microbes de la

rabio, es à-n-vous au tris, aro,
E, qualquis jouns, vendrets augmenta mous vincuts !»
Des nouvelis sutjets tiraras pas ta caro
«
«

Avant de les abé

coumo

cal counescuts.

Esperimentatou oupugnastre que gausos,
Vas pel bounur de l'orné estripant l'animal.
De ço que se proudus troubaras fosso encausos.
Vas querre, dins lhour nids, las bestiotos del mal.
Cambiosmai d'un virus

en

picoto nouvelo.

Prenes le bestilh fer terribloment maissant
E tre

qu'i as agut la sieuno umou rebelo,
Le mandos preserva d^l vrim, dins nostro
sang.

O mouderne Eraclèsdela sciencio nauto,
De quant d'idros al cop nous as débarrassais !

Qui va sap, ó Pastour que nous gardos, sens fauto ?
Qunis moustris per tu, dema, saran cassats ?

�LA

MUSO SILVESTRO

125

Tu

surprends au travail les vivantes poussières,
champignons menus gâtant nos vins
Et les vinaigres excellents et les jolies bierres,
Tout être se mouvant dans ce qui se pourrit.
Des

Tu dis

Je

vois bien, toi, charbon,

toi, choléra !
Bacilles, vibrions, je vous connais, bourreaux,
Et je sais d'où vous venez, maladies des vers-à-soie.
Vous êtes, là, par essaims, mystérieux fléaux !
:

«

vous

Microbes de la rage, c'est à votre tour, maintenant,
Et, quelques jours, vous viendrez augmenter mes vain-

«

Des

nouveaux

sujets tu n'éloigneras

Avant de les avoir

connus comme

pas ton
il faut.

visage [eus!»

Expérimentateur opiniâtre qui oses,
vas pour le bonheur de l'homme éventrant l'animal.
De ce qui se produit tu trouveras maintes causes.
Tu

Tu

vas

chercher, dans leur nid, les bestioles du mal.

Tu transformes

plus d'un virus en vaccine nouvelle.
prends l'infiniment petit sauvage, terriblement mauEt dès que tu lui as enlevé son humeur rebelle,
[vais ;
Tu l'envoies préserver du venin, dans notre
sang.
Tu

O moderne Héraclès de la haute science,
De combien

d'hydres à la fois tu nous as débarrassés !
Qui le sait, ô Pasteur qui nous gardes sans faute ?
Quels monstres, par toi, demain, seront chassés !

�AUGUSTE

12 6

FOURÈS

Salut, glourious filh del tanaire de Dole !
Le tieu labouratóri es un divin endreit
Pel mendre uman sapient ço qu'es que de se dole.
E

qu'atend de toun biais calque nouvel
26 d'zAvrilh

LA
A'

La

n

espleit.

1884.

NEGRO

SEÇAIRO

T'aní (Marietoun per

la mort de sounJraire.

Negro Segairo es la Mort.

Sens cap d'arrest, toutjoun travalho.
E cado vivent, freule ou fort,
Sentis la punto

de sa dalho.

Negro Segairo es la Mort.
Coupo ras al ped, pla siguro,
Le qu'a rasou mai le qu'a tort,
La qu'es anaut, la qu'es escuro.
La

Negro Segairo es la mort.
dreitiero,
Vous destrus floureto de l'ort
E reino coumo loubo entiero.
La

Pleno de misteri,

La

Negro Segairo es la Mort.

Le que se

calho, le que clamo,

Que siogue nud,
Cado estre passo

qu'aje counfort,
joubs sa lamo.

�LA

MU SO

v

S1LVESTR0

I27

Salut, glorieux fils du tanneur de Dôle !
Ton laboratoire est

un

endroit divin

Pour le moindre humain connaissant le douloir
Et

qui attend de ton habileté quelque nouvel exploit
26 (Avril

LA

1884.

NOIRE MOISSONNEUSE

e4 T'ait! Marieton -pour

la mort de

son

frère.

La Noire Moissonneuse est la Mort.
Sans

arrêt, toujours elle travaille.
chaque vivant, frêle ou fort,
Sent la pointe de sa faulx.
aucun

Et

La Noire Moissonneuse

est la

Mort.

Elle coupe ras au
Celui
Celle

pied, bien sûre,
qui a raison et celui qui a tort,
qui est en haut, celle qui est clans l'obscurité

La Noire Moissonneuse

est

la Mort.

Pleine de

mystère, allant droit,
Elle détruit fleur du jardin
Et reine implacable comme une louve.
La Noire Moissonneuse
Celui

qui

est

la Mort.

tait, celui qui crie,
Qu'il soit nu, qu'il ait confort,
Chaque être passe sous.sa lame.
se

�128

FOURÈS

AUGUSTE

Negro Segairo es la Mort.
Decops, te va 'n trahidourici
E s'ausis courre d'un ped tort.
La

Atenh la bountat

le vici.

e

Negro Segairo es la Mort.
peiro coumo uno coulobro
Fieulo. O Rei, malgrat espefort,

La
Sa

Acabos pas ta

maissanto obro.

Negro Segairo es la Mort.
O ! Davant elo tout s'enclanco.
La

CARRIERO

DE LAS ESCRAVISSOS

A'n Charles

Yau, en sourtint de las Arcados,
Dreit la carriero Mouliniè|

Ount, cado

an, se

porto à

Carcados,

ps prouduit de mai d'un pruniè.

assecados

Las prunos negros,

—

Subre de cledos, al

graniè,

Se mostroun,

per

A peno

aqui,

—

descados.

è dit ; N'awrè 'n paniè !

'Kjatier.

�LA

MUSO S1LVESTRO

I29

La Noire Moissonneuse est la Mort.

Parfois, elle est traîtresse
Et

Elle

l'ouït marcher d'un

pied boiteux.
frappe la bonté et le vice.

on

La Noire Moissonneuse est la Mort.
Sa

pierre (à faulx) comme une couleuvre
(sur son instrument.) O roi, malgré tout effort,
Tu n'achèves pas ta mauvaise œuvre, [(toute résistance),
Siffle

La Noire Moissonneuse est la Mort.
Oh ! Devant elle tout

RUE

disparaît.

DES

ÉCREVISSES

cA Charles l^atier.

Je

vais, en sortant des Arcades,
Directement dans la rue Molinier
ans, on transporte à pleine barques,
produit de plus d'un prunier.

Où, tous les
Le

Les prunes noires, séchées
Sur des claies, aux greniers,

Se montrent, là, à corbeillées.
A peine ai-je dit : Tu en auras un

panier !

�FOURÈS

AUGUSTE

130

Qu'à

ma

dreito, sul'còp, t'airissos,

Carrière de las Escravissos
A las parets

d'un

rouge

vieu.

Ohi ! Qun bouissounas de prestos
Ne vóli croumpa. Qunos festos
S'en dèu

Agen,

14

!

fa, dins Agen, boudieu !

de Décembre 1884.

CALELH

LE

I

a quatre ouros que le soulelh
S''es afoundit. Mounto la Belo.

La Fino aganto le calelh
Que treluzis coumo uno estelo.
Se

despelho. Soun cos vermelh,
Dejoubs la fino e blanco.telo,
Va s'amaga. Le sieu perpelh
Daisso tremoula

sa

dentelo.

Es al leit. Bras nud sui'

cabés,

Sousco, badalho gaire bés

E, quand bufo
Un
«

astre

soun

lum

que

cluco,

i fusu susl'oustal.

Tè ! disi.

sa

lampo ! Es atal

Que dins le cel tourna s'aluco.
28 de Sètembre 1881

.

»

�MUSO SILVËSTRO

LA

Qu'à

ma

Rue des
Aux

main droite, sur le

champ, tu te dresses,

Écrevisses

murs

d'un rouge

vif.

Oh ! Oh ! Quel
grand buisson d'écrevisses prêtes
Je veux en acheter. Quelles débauches

(à être
[ mangées

On doit
14

en

faire, à Agen, bondieu !

Décembre 1884.

LA

LAMPE

Il y a quatre heures que
le soleil
S'est englouti. La Belle (lune)

s'élève.

La fine saisit

Qui luit
Elle

se

se

chaleu

comme une

étoile.

déshabille. Son corps

Sous la Fine
Va

son

vermeil,
(Joséphine) et blanche toile,

cacher. Ses cils

Laissent trembloter leur dentelle.
Elle est

au

lit. Bras

nu

contre le

chevet,

Elle pense, baille presque

Et, quand elle souffle
Un
«

astre

Tiens !

sa

lumière

file au-dessus de

dis-je,

sa

sa

maison

se

cache,

.

lampe ! C'est ainsi

Que dans le ciel elle s'allume de
28

qui

Septembre 188j

nouveau.

»

�AUGUSTE

1^2

FOURÈS

ROUNDÈLS
I

cA-n-un beveire d'avuei.

Vai al

cafè, bèu de bitter,
poutingo, e mai d'absinto.
Que parés magico, per finto,
O la Yerdo, pouisou d'infèr !
Novo

—

As

uno caro

Le tieu

d'ome fer ;

danso dins ta cinto.

cos

Vai al

café, bèu de bitter,
Novo poutingo, e mai d'absinto !
Amorri, daissaras le quèr
A chuca d'amarganto tinto.
Le vi fresc de la Cavo-pinto
Te tenguèt loung-temps gai e fièr.
Vai, al café, bèu de bitter !

29

d'Avrilh 1884.

II

A-n-un beveire d'autris

Amic, gardo toun god per veire,
Quand t'assietos ount an mes ram !

Visqué le vi rouge ! es toun bram
De vielh

e

soulide beveire.

cops.

�LA MUSO SILVESTRO

I33

RONDEAUX

I

A

buveur

un

d'aujourd'hui.

Va au café, bois du bitter,
Nouveau remède, et même de l'absinthe
Qui paraît magique, par tromperie,
O la

Verte, poison d'enfer !
visage d'homme sauvage
Ton corps danse dans ta ceinture.
Va au café, bois du
bitter,
Tu

as un

:

Nouveau remède, et même de l'absinthe.
Abruti, tu laisseras la peau
A sucer de la teinture amère.
Le vin frais de la
Te tint
Va

au

Cave-pinte
longtemps gai et bien

portant.

café, bois du bitter !
29

Avril 1884.

II

A

Ami, garde ton godet pour
Quand

tu t'assieds où

l'on

un

buveur d'autrefois.

verre,

mis
Vive le vin rouge ! est ton cri
De vieux et solide buveur.
a

un rameau

pour ensei-

[gne !

�FOURÈS

AUGUSTE

134

•

Fosso à

l'aigordent

se van

queire

Que davant tu faran d'agram.

Amic, gardo toun god per veire,
Quand t'assietos ount an mes ram !

Pourgo de nostre moust, arreire.
Es el que te balho de vam
Countro la Mort

e

soun

voulam.

Vieuras cent ans, va

podes creire !
Amie, gardo toun god per veire,
Quand t'assietos ount

30

an mes ram

!

d'Avrilh 1884.

L'OURO

DE L'ABSINTO

Qun terrible soulelh ! Al cafè,
Les absintaires

sus

la porto,

joubs la tendo azoumbrats.
Adoboun, sens parla, la Yerdo puro e forto ;
An la trembleto e mai les visatges malbrats.
Fan cascalheja l'aigo ; e, tristes, l'amo morto,
Les uelhs grandis duberts e coumo entenebrats,
Flairoun l'audou d'anis, en cresent que counforto
soun

Le brusc des adalits
D'unis bevoun à

e

I' cervel des timbrats.

gloups

;

tenoun miejo-pepido.

D'autris voloun d'un cop mata

la set finido
Qu'i ten toutjoun de foc dedins le gargalhol.
N'i

a que 1' veire agoutat, fumant lhour cigareto,
Agachoun fissoment la tendo, al soulelh, reto,
Ount va, ven, per mouments, l'oumbro d'un parpalhol.

S

de Mai 1884.

�LA

MUSO

SILVESTRO

135

[l'eau-de-vie,

De

nombreux hommes vont se brûler, en buvant de
Avant toi ils feront pousser du chiendent au
cimetière.

Ami, garde ton godet pour verre,
Quand tu t'assieds où l'on a mis

Ingurgite de
C'est lui

notre moût, de

un

rameau

[seigne !

qui te donne du courage.

Contre la Mort
Tu vivras

et sa

cent ans,

famille.

tu peux le croire !

Ami, garde ton godet (à deux ailes) pour
Quand

tu

yo

pour en-

nouveau.

t'assieds où l'on

a

placé

verre,

un rameau,

(oú Pon

[vend du vin !)

Avril 1884.

L'HEURE DE

L'ABSINTHE

Quel terrible soleil ! Au café, sur la
porte,
Les absintheurs sont à l'oinbre sous la tente.
Ils

préparent,

sans

Ils tremblotent

et

parler, la Verte

leur

pure et

forte

:

visage est marbré.

Ils font

rejaillir l'eau dans le verre ; et, tristes, l'âme
Les yeux grands ouverts et comme
enténèbrés, [morte,
Ils flairent l'odeur
d'anis, en croyant qu'elle réconforte
La poitrine des
anémiques et le cerveau des timbrés.
D'aucuns boivent à
gorgées ; ils ont presque la pépie.
D'autres veulent d'un coup
mater la
grande soif.
toujours en feu leur gosier.
Il en est qui, le verre vidé, en
fumant leur cigarette,
Regardent fixement la tente, au soleil, raide,
Où va, vient, par
instants, l'ombre d'un papillon,
Qui

met

j

Mai 1884.

�136

AUGUSTE

FOURES

AS CANADIANS

Cent suessanto-nau

ans davant qu'en Lafaieto
Américo, ajuda Washingtou
De soun espaso blanco autant qu'uno nouvieto,
O Canadians, teniots, a-bas, vostre cantou.

Venguesse,

Braves

en

venguts des ribals de la Liero,
mai tabès del terradou nourmand,

omes

Del

Perje

Ets,

aro, uno nacieu valento, nauto e fiero,
pla la Novo-Franço, ô fraires, vous aimam !

Ets

e

Dins la

prouvencio angleso, abets l'amo qu'abrando
toutjoun des jougs e des nivels,
parla de la Patrio Grando,
sapient l'enriqui de fosso mots nouvels.

E que se rits
Mantenets le
En

Ets d'aici fort

mort, servats nostros coustumos,
Le bounet rouge ou blu, mai gardats per vestits
La casaco à capusso aparant de las brumos,
La talholo garanço, — e demourats ardits.
e

Per la

neu moulinouso, ô sucriès, ô trapaires,
raquetos anats, dreit la vielho fourèst !
O carrassiès, sautats les rapides troumpaires,

En

La

pagaio à la

Demourats
Mais tabes

ma,

piejats

sens cap

d'arrèst !

laugierets e brico soucïnouses,
engausits, ounestes e leials,

Franceses dins

un

mot,

Coumo de la trumado

e

e risets des ergnouses
del buf des aials.

—

�LA

MUSO

SILVESTRO

137

AUX CANADIENS
Cent soixante

ans avant
que Lafayette
Ne vint, en Amérique, aider Washington
De son épée blanche comme une épousée,
O Canadiens, vous possédiez, ià-bas, votre coin.

Bons hommes

venus

des rives de la

Loire,

Du Perche et aussi de la terre normande,
Vous êtes, maintenant, une nation vaillante,
Vous êtes bien

la Nouvelle

France, ô frères,

[saine,
haute

et

nous vous

[aimons !
province anglaise, vous avez l'âme qui enflamme
Et qui se rit toujours des jougs et des niveaux,
Vous maintenez le parler de la Grande Patrie,
Dans la

En sachant l'enrichir de nombreux mots

nouveaux.

Vousêtesd'ici opiniâtrement, vousgardeznos coutumes,
Le bonnet rouge ou bleu, et vous gardez
pour vêtements
La casaque à capuche qui met à l'abri des brumes,
La ceinture garance, et vous demeurez hardis,
Par la

neige moulineuse, ô sucriers, ô trappeurs,
râquettes vous allez, droitàla vieilleforêt! [trompeurs,
O charrieurs d'arbres abattus, vous
passez les rapides
La pagaie à la main, sans appuyer vos pieds
contre au[cun arrêt.
Vous demeurez légers et nullement soucieux,
Mais aussi réjouis, honnêtes et loyaux,
Français en un mot, et vous riez des hargneux
Comme de l'orage et du souffle des aquilons.
En

�i38

AUGUSTE

Fouchats

FOURÈS

travaillais, sens flaquiero, à l'araire
graits coustejant leflume Sant-Laurens,
Toutjoun espitaliès à l'Indian vouiajaire.
N'i a pas demest vous aus cap de fais ni d'ourens.
e

Vostris

—

Dins les

lounguis ivers, 'tre que sus las ribieros,
Yesêts le frech crudel leva de pounts de tor,
Vous venets amusa de journados entièros
Dambe vostris trainels que

lisoun

sens

De nueit, fasets dansa vostros drollos

esfort,

poulidos

Que portoun le courset de pourpouro ou d'azur,
Sens margos,
—

quand las flous se vesoun respelidos,
Atal, tenets de rais tant qu'abets de tems dur.

Salut, ô Canadians ! Quno forto esperanso
Nous tourno dins le

Quand

vous vesem

cor. après nostro doulou,
aima tant bravoment la Franço

Que, malgrat l'Enemic, perdra pas sa valou !

Salut, ô Canadians ! ò Latis d'Americo,
Mountats belis

e

bous

En fasent restounti la
—

Le crid de

/5

coumo

vostre aceraut,

paraulo magico,
[naut
Loungfellow : « Pus naut, toutjoun j

de Junh 1884.

�LA

MUSO

SILVESTRO

139

Vous travaillez à la houe et, sans

faiblesse, à la charrie
guérets côtoyant le fleuve Saint-Laurent,
Toujours hospitaliers à l'Indien voyageur.
Il n'est pas parmi vous d'homme faux ou lambin.
Vos

Par les

longs hivers, dès que sur les rivières,
le froid cruel élever des ponts de glace,
vous amuser, pendant des journées entières,
vos traîneaux qui glissent sans effort,

Vous voyez
Vous venez
Avec

La nuit venue, vous faites danser vos

jolies filles

Qui portent le corset de pourpre ou d'azur,
[nouies,
Sans manches, quand les fleurs sont de nouveau épa-

Ainsi,

vous avez

des rayons tant que dure le temps

rude.

Salut, ò Canadiens ! Quelle forte espérance
Revient dans notre coeur, après notre peine,
Quand nous nous voyons aimer si vaillamment la France
Qui. malgré l'Ennemi, ne perdra pas sa valeur !

Salut, ô Canadiens ! ô Latins d'Amérique,
Vous

vous

élevez beaux et bons

En faisant retentir la

Le cri de

is

comme

votre

érable,

parole magique,
Longfellow : « Plus haut, toujours plus haut !»
Juin 1884.

�140

FOURÈS

AUGUSTE

TOUS

UELHS

Les tieus uelhs, ô ma blanco bloundo,
Soun de miralhs d'azur cambiant

Ount,

coumo uno

gaujouso iroundo,
virejant.

Toun pensa passo en

Tre

qu'i

soun

dessus, amigueto,

Dins le cadre round des vistous,
Se mostro la caro trufeto
—

Del

genti Dieuset des poutous.

Mai

quand la tahino les velo
qu'uno nivoul d'iver,
An de douços clarous d'estelo
Qu'ai cor malaut balhoun d'esper.
Talo

Quand le gauch engrano 1' brumatge,
Quand le sourire flouris mai
Subre le tieu

poulit visatge,

Tous uelhs sembloun

Coussi

me

un

cel de Mai.

rescalfuroun l'amo !

Es que soun pas

Que clarejen
Miralho à

21

de

dous nous soulelhs ?
toutjoun ! Ma Damo,

tous

Junh r88j.

uelhs

mous

uelhs !

�LA

MUSO

SILVESTRO

I4I

TES YEUX

Tes yeux, ô ma blanche blonde
Sont des miroirs d'azur changeant

Où,

comme une joyeuse hirondelle,
pensée passe en tournoyant.

Ta

Dès que j'en suis rapproché, petite
Dans le cadre rond des prunelles,
Se

amie,

le

visage moqueur
gentil petit Dieu des baisers.

montre

Du

Mais

quand l'ennui les voile
qu'un nuage d'hiver,

Tel
Ils

ont de

Qui

douces clartés d'étoile

au cœur

malade donne de l'espoir.

Quand la joie balaie les brumes,
Quand le sourire fleurit de nouveau
Sur

ton

joli visage,
semblent

Tes yeux

Comme ils

me

Ne sont-ils pas

un

ciel de Mai.

réchauffent l'âme !

deux soleils

nouveaux

Qu'ils éclairent toujours ! Ma Dame,
«

Mire dans

si

tes

yeux mes yeux

Juin i88j.

!

»

?

�AUGUSTE

M2

SALUT AS

Omes de

KOURÈS

JERRIAISES

l'Oucean, verturouses pescaires

Qu'en Ugo nouminèt lauraires de la

mar,

Salut del païs des lauraires,
Salut del Lauraguès qu'a boun blat e vi clar !

Le nostre vieil

arnes

semblo

uno

antico barco ;

E, parieual gazelh, vostre gouber valent
Va laura l'ounzado que s'arco,
Branco, s'aprigoundis e s'espelsso pel1 vent.
Abem de fortis bióus que nous

tiroun la relho,

Semenam de bel gra, èm sul' ferme toutjoun

E, parius à la gaio abelho,
Travalham dins la pax, tout

le

manne

del joun.

Vous autris, gourrimands autant que de cercaires
De païses lentans ou d'un mounde nouvel,
Anats pes selhous voulegaires,
Uno velo

espandido entre l'aigo

e

le cel.

Salut, Celtis roussels, omes de Cesareo
Que, dins voîtris aujols, abets de Fenicians,
Gardats

De

vouiaja

sens

l'enteca l'ideo

per mar coumo

aquelis ancians !

�MUSO

LA

SALUT

SILVESTRO

AUX

M3

JERSIAIS

Hommes de

l'Océan, vigoureux pêcheurs
Que Hugo nomma travailleurs de la mer,
Salut du pays des laboureurs,
Salut du Lauragais qui a bon blé et vin clair.
Notre vieille charrue ressemble à

une

barque antique í

Et, pareil au coutre. votre gouvernail vaillant
Va labourer la vague

Brame,

se creuse et

qui s'arque,

s'échevella dans le vent.

[rière eux),
qui tirent notre soc (derNous semons du beau grain, nous sommes toujours sur
Et, pareils à l'abeille joyeuse,
[la (terre) ferme
Nous travaillons dans la paix, tout le long du jour.
Nous

avons

des boeuls robustes

Vous autres,

vagabonds autant que les chercheurs
lointains ou d'un monde nouveau,
travers les sillons qui remuent,

De pays
Allez à

Une voile étendue entre l'eau et le ciel.

Salut, Celtes blonds, hommes de Césarée
Qui, parmi vos aïeux, avez des Phéniciens,
Vous gardez, sans la gâter, l'idée
De voyager par mçr comme cçs anciens

!

�144

AUGUSTE

FOURÈS

Joubs le vol des

gabians, que fasque clar ou negre,
Gouneissets les rouquets de lAreipel nourmand,
Ornes d'Augio al cor allegre

Que

sus

gourgs amargants anats

toutjoun trimant !

Que negets buhoutiès per prene de crevetos,
Que fasquets engrana la traino à dous batèus,
Abets cargos

bravetos,

E, tabes, de la lustro

e

del muscle

ets les flèus !

Mai valents que nous aus,
après las belos pescos,
Dins las coumbos fasets veni
legums e gras.

Vostros filhos

Amassoun de

varecs

à

rosos e

grand

frescos
cop

de bourras.

Puei, dins l'aire tebes, risets à las pieucelos,
ou Douço, — as belis
jouns prumiès,
Culhets de blus coumpagnous
pr'elos,

Poutounats Gracio
I levats de nizets

d'espipieusso-poumiès.

Coumo Toulouso, antan, vivets
E les bailes
La

en Republico,
qu'abets bremboun les capitouls.

Libertat, divesso antico,

Vous fa de

soun

Coumo

grand bastiment al rniei de las trumados,

un

alé

sens

relambi coumouls.

Vostro nisoulo ten cap à l'aial irat,
A la Margo ambe sas bramados,
E sous flots s'airissant çountro 1' çel descarat.

�LA

MUSO

StLVESTRÔ

145

Sous le vol des

goélands, que le ciel soit clair ou noir,
petits écueils de l'Archipel normand,
Hommes d'cAngia au cœur joyeux
Qui sur les gouffres amers allez toujours en trimant !

Vous connaissez les

[crevettes,
immergiez les buholiers pour prendre des
Que vous fassiez balayer la traîne entre deux bateaux,
Vous avez souvent de bonnes charges (de poissons),
Et, aussi, vous êtes les fléaux de l'huître et de la moule !
Que

vous

Plus vaillants que nous, après les belles pèches,
Dans les combes vous faites croître légumes et grains.
Vos filles

roses

et

fraîches

Récoltent des varechs à

grand

coup

de bourras.

Ensuite, dans l'air tiède, vous riez aux pucelles,
et Douce, aux premiers, beaux jours,
Vous cueillez de bleus compagnons pour elles,
Vous levez de petits nids d'épluche-pommiers.
Vous baisez Grâce

Comme

Toulouse, autrefois, vous vivez en République,
rappellent les capitouls.

Et les baillis que vous avez
La Liberté, antique déesse,

Vous emplit de son haleine.

Comme

grand bâtiment au milieu des
l'aquilon irrité,
Manche avec ses beuglements
un

orages,

Votre île tient tête à
A la

Et

ses

flots

se

hérissant

contre

le ciel'affreux.

�146

AUGUSTE

Es dreit à l'iversenc

Que

servo

gaito latino
lengatge d'oïl.
mairalo puetrino
uno

africoment

Subre

Sarrèt

coumo

sa

soun

d'efants les

Gloriò à Jersi !

FOURÈS

ornes

de l'eissil.

Vejèt naisse 'en Roubert de Wace

Que rimèt les Roumans del Rou

e

mai del Brut

;

Vol que

Vitor

dins soun faudal s'ajasse
Ugo, bandit, dambe soun mage lut.

Glorió à-n-vous aus, ver

dia ! pescaires jersiaises

Qu'abets pas renegat les vostris ancessous
E que tenets
A vostros lés autant

à vostris aises,
qu'à las vostros cansous !

MANDADIS

eA

Tais

5\C' FOUliJUNAT CALMELS

qu'iroundos de

mar,

voloun

mous verses

A-n-tu, fi calumel de la Moudernitat.
Lauso trouveres e felibres
E les latis davant tout Jersi espertat.
Abrilli

/879, revist

en

Mai 1884.

libres

�LA

Elle

droit

est

au

nord

MUSO

une

M?

SILVESTRO

sentinelle latine

Qui garde ardemment son langage d'oïl.
Sur

sa

Elle

serra comme

poitrine maternelle

Gloire à

des enfants les hommes de l'exil.

Jersey ! Il vit naître Robert Wace

Qui rima les Romans du Rou et du Brut
Il

veut

Victor

;

dans son giron se repose
Hugo banni avec son grand luth.
que

Gloire à

vous autres, ver dia ! pêcheurs jersiais
Qui n'avez pas renié vos ancêtres

Et
A

qui tenez à
vos

lois

vos

autant

libertés,

qua vos

chansons.

ENVOI

A

FORTUNÉ

CALMELS.

Pareils à des hirondelles de mer, ils volent mes vers libres
Vers toi, délicat chalumeau de la Modernité.
Loue trouvères

et

télibres

Et les latins, devant tout
Avril

i8jq,

revu en

Jersey debout.

Mai 1884.

�148

AUGUSTE

FOURÈS

SOUNET UMOURISTIC

Dins le balhat de la

grand route,
gourri magre coumo un pic
S'ajasso ; a ljuelh febrous ; escouto
Un

Rena dedins

soun

entrebic.

Manja 'n mos e beure uno gouto
Se dits entre el, malancounic,

«

Levant

sa

Vòs

poutèu telegràfic.

un

caro,

!

pallo touto,

Que vei ? Sieis callos alassados
Del

vouiage ! Sembloun passados,
l'ast, pes fialsses de fer.

Coumo à

De soulelh

rouzent soun

vestidos.

Se quèsoun ; toumbaran roustidos
Del cel, ô Dieus ! » fa l'orne fer.
«

r6 de [Mai

1884.

»

�LA

SONNET

MUS0

SILVESTRO

149

HUMOURISTIQUE

Dans le fossé de la

grand'route,
maigre comme un pivert
Se couche ; il a l'œil fiévreux ^ il écoute
Gargouiller dans ses intestins.
Un rôdeur

boire une goutte (de vin)!
lui-même, mélancolique,
En levant son visage, tout pâle,
Vers un poteau télégraphique.
«

Manger

Dit-il

un morceau et

en

Que voit-il ? Six cailles fatiguées
Du voyage ! Elles semblent passées,
Comme à la broche, dans les fils de

De soleil brûlant elles sont vêtues

fer.

.

«

Elles

«

Du ciel, ô Dieu ! » fait l'homme sauvage.

se

cuisent ; elles tomberont rôties

16 Mai

1884.

»

�■

AUGUSTE:

FOU'RÈS

SUS. XATFOUNT DE GRIMAUDO

Quand soulelho

et plau, 7^;.que l'::cel rits_è.. ploufo,:
diables, ce dits,■ipaibjsa nio.uliè...
La pauro Grimaudo a sá jLTiai'&amp;sflïlto^ò.urD
i
Crido : L' maridatge es pjeziie eoüliè.

Le

.

Le

-yèspre íbiarnat, la MaloSegnouro
escali'è
E, pr' apazima sa peno majouro,
Dreit à sa fount cour, nudo.e 1' ppd grouliè..;
Mounto de l'infer le negre

...

......

Al

dejoubs des tres pibou'ls tremoulaires,
un sauze plé de rouges,
esclaires,
On auzis grima .dedins le.grifoul.
Costo

Après soulelh coule, angues.pas, droulleto '
Aquital remplhdFa'igo ta dourneto,..
Se vos pas abé tounxixneilreboul.
,

.

77

de [Mai 1884.

.

.

.

�LA

MÜSO

SILVESTRO

SUR LA FONTAINE DE GRIMAUDE

Quand il fait soleil et pleut, que le ciel rit et pleure,
Le

diable, dit-on, bat sa femme.
Diablesse a sa mauvaise-heure ;
« Le mariage est un pesant collier.

La pauvre
Elle crie :

La

vesprée revenue, la Maligne
Monte le noir escalier de l'enfer

Seigneuresse

Et, pour apaiser sa grande_ peine,
Elle va, nue et en traînant la savate, droit à
Au-dessous des trois

peupliers-trembles,
empli de rouges clartés,
soupirer dans la fontaine.

A côté d'un saule
On ouït

Après le soleil couchant, ne va pas, fillette,
Là, remplir d'eau ta cruche,
Si tu ne veux pas avoir ton esprit troublé.
ry

Mai 1884.

»

sa

fontaine.

�AUGUSTE FOtJRÉS

I$2

A-N-UNO ABELHO

Per
A

ma

finestreto duberto

Pesplandiment del soulelh,
maiti, dintreres, alerto,
E te seguisqueri de l'uelh.

Un
—

Dount

me

veniòs, bruzento ameto ?

De l'Ibla ? Bessè de Mahoun ?
De Narbouno

ou

Coumprengueri

be de l'Imeto ?
pas toun zoun-zoun.

Per que voula foro tas prados ?
Toun erbo qu'embaumo le mel
Fasiò pas mai

de flous daurados ?

Qun vent te bufèt dins

moun

cel ?

Es que la divesso Mellouno
Abiò daissat cura toun bue
Pes clarouns que fan
En s'embriaigant de

la tampouno,
boun suc ?

Cercabes dins les mieus parages
Un jas per tourna prene vam,
Lenh des especs

abelhoufages

Que destrusoun mai d'un eissam ?
Dount

me

veniòs, melisso bloundo,

Tant carido d'en Aristèu ?
Sens

travessa serro

Arribabes

ni oundo,

aici, belèu.

�LA MUSO

SILVESTRO

A UNE ABEILLE

petite fenêtre ouverte
l'épanouissement du soleil,
Un matin, tu entras, alerte,
Et je te suivis de l'œil.

Par

ma

A

me venais-tu, bruissante petite àme ?
l'Hybla ? Peut-être de Mahon ?
De Narbonne ou bien de l'Hymette ?
Je ne compris pas ton bourdonnement.

D'où
De

Pourquoi voler hors de tes prairies ?
qui a l'odeur du miel
N'avait-elle plus de fleurs d'or ?
Quel vent te poussa dans mon ciel ?
Ton herbe

Est-ce que la déesse Mellona
Avait laissé vider ta ruche
Par les clairons

(insectes qui vivent dans les ruches) qui
[font grand bruit,

En s'enivrant de bon suc ?

Cherchais-tu dans

mes

parages

prendrais de nouveau courage,
Loin des especs mangeurs d'abeilles
Qui détruisent plus d'un essaim ?
Un

trou

D'où

me

où

tu

venais-tu. abeille blonde,

Si chérie par

Aristée ?

Sans traverser sierra ni onde,

Peut-être arrivais-tu, ici ?

�AUGUSTE

FOURES

Brounzinabes, pleno de flambo,
Dambe de cops
A través ma
—

Ount

mous

d'alo enratjats,
pichouno crambo
libres soun estatjals.

Puei, tems per autre, apazimado,
Te

pauzabes, douçomenet,
l'esquino d'uno obro aimado
poueto grand ou nenet.

Sus
De

Anabes

as

troubaires douces

Ourace, Bioun

O

des uelhs blus.

d'or que, per

la Primo,
parivos respoundiós

mousco

A tas

e

Mouscus,
pelsses rousses,

ou

As cantaires des

Del vi nouvel

:

Coumo

uno rimo à-n-uno rimo,
Aicital, dedins, te perdiós 1

Tabes, à la nueit estelado,
Tourna proumto, prengueres vam,
Te vejeri, clins ta voulado,
Mounta

20

de SVlai

pel cel, dreit toun eissam.

1884.

�LA

Tu bourdonnais,

•'SYbVESXRO

MUSO

livres sont

mes

$Ç

pleine de flamme,

Avec des coups d'aile furieux,.
A travérs m'a petite chambre
Où

I

,

,

étages.

Ensuite, de temps a autre, apaisée,
Tu te posais, tout, doucement,
Sur le dos d'une

aimée

œuvre

grand ou petit.
!".

Tu allais

aux.

Horace, Bion

i.

doux

trouveurs

ou

i.

..

0.

,i

:

Moschus,

.

.

•c

'

De poète

Aux chanteurs des cheveux blonds,
Du

vin nouveau

et des yeux
-

r
.

i.'

•

.

bleus.
r

0 mouche d'or
A tes

qui, à travers le Printemps,
pareilles répondais,.
,r
f...

Comme

une

rime à

une

autre

.rime, '

.

Ici, dedans, tu te perdais !

...|

,.0yt

,.

Aussi, à la nuit étoilée,

rî^

De nouveau, prompte, tu
Je te vis, dans ton vol,

repris9ÍÍ,î
;

.

Monter à

travers

le

ciel.;

tout

.

...

-

q
.y

droitj à..-ton-;essaim

,

[constellation cle l'Abeille.)
20

[Mai

1884.

�156

FOURÈS

AUGUSTE

BALLADO A LAS ESCALHEROS DE PARIS
I
Ets de

perletos, escalheros

Que le mour-lec toutjoun caris.
Per las

nouçairos degalheros,
l'iver ten le cel gris,
yostre mestiè creis e flouris.
Es que pouiriots cregne las lutos ?
Vengue aquel negre que dubris
Tant que

Sas cent lustros

en

tres minutos !

II
En

descauquilhant las cleieros,
toutjoun sourris ;
Las vostros maissos soun perlieros.
Ets, per escalha, de péris.
Oh ! Davant toutis les jurys,
Poudets pourta vostros disputos.
Vengue aquel negre que dubris
Vostro bouco

Sas cent lustros

en

tres

minutos !

III
O las mai valentos oubrieros
De la mar, qui vous espauris,
As bords de las grandos carrieros,
Pel flus

e

reflus de Paris,

�LA MUSO

BALLADE AUX

SILVESTRO

ÉCAILLÈRES DE PARIS
I

Vous êtes de fines

perles, écaillères

Que le gourmet chérit toujours.
Par les noçeuses

qui grapillent,

Tant que l'hiver fait le ciel gris,
Votre métier croît et s'épanouit.
Pourriez-vous craindre les luttes ?
Vienne le
Ses

cent

nègre qui ouvre
huîtres dans trois minutes !
II

En tirant les

coquilles des cloyères,
toujours sourit ;
Vos mâchoires sont perlières.
Vous êtes, pour écailler, des péris, (des lées).
Oh ! Devant tous les jurys,
Vous pouvez apporter vos disputes.
Vienne le nègre qui ouvre
Votre bouche

Ses

cent

huîtres

en

trois minutes !

III

O les

plus vaillantes ouvrières
qui vous épouvante,
bords des grand'rues,

De la mer,
Aux

A

travers

flux

et

*57

reflux de

Paris,

�auguste

I5S

fourès

descubris
.Le junt de dos escalhos brutos ?
Vengue aquel negre que dubris
A.mbe uelh milhou que

Sas cent lustros en tres

minutos !

Mandadis.

Princessos, risets des

gourris ;

Vostre coutelou fa Ihours futos.

Vengue aquel negre que dubris
Sas cent lustros en tres minutos !
12

de

Janviè 1884.

QUI QU'EN ROUNE !

famo,
l'Archambaut,

Coumo la tour à negro
Levado à Bourboun

Qu'après sa belo Nostro-Damo
En Ugo vouliò canta naut,

La

duegno laido, qu'a no gaugno

à pel,
las dents e graugno
que vei le dounzel.

Ambe de verrugos
Te regagno

Cado cop

�LA

Avec
Le

oeil meilleur

un

MUSQ

SILVESTRO

qui décou-vre

joint de deux écailles brutes ?
ce noir qui ouvre

Qu'il vienne

Ses cent huîtres

en

trois minutes !

Envoi.

Princesses, vous riez des vagabonds ;
Votre petit couteau les met en fuite.
Vienne ce noir qui ouvre
Ses

cent

12

huîtres

en

trois minutes !

Janvier 1884.

QUIQUENGROGNE !
Comme la tour à noire renommée,
Dressée à Bourbon l'Archambault,

Qu'après sa belle Nôtre-Dame
Hugo voulait célébrer,
La

duègne laide, qui a une joue
verrues poilues,

Avec des

Grimace, les dents de travers, et grogne,

Chaque fois qu'elle voit le donzeau.

159

�i6o

auguste

El

es

fourès

aimat de l'Adourado,

languiento joubs les ferroulhs
E, de la fi de la vesprado,
Yelho junquos al cant des poulhs.
Tant

A'n Peire Ramoun, le

Prend la deviso

: «

troubaire,

A me

non

Qui qu'en grona ! » L'espado
Attend

cal

à l'aire,

n'importo qun rival.

Aimo la rousselo Esclarmoundo,

i la vengue agi !
Aquel, veira 'n unosegoundo
La terro de sa sang rougi.
Qui qu'en roune

Malgrat gieuliero e porto-lamo,
Fortis barrèus
El

Per ço
29

e

nauto tour,

la Drollo per

Damo,
qu'a 'n ajude l'Amour.

aura

de Jativiè 1884.

LES

DOUS

JOHN BROWN.

(bourdescado)
punh, nas en l'aire,
roudaire

Moun broc de limouniè dins moun
M'en anavi

coumo un

Loung de la vermo del canal,
Souscant al bé, souscantal mal,
A ristoriò, à la Franço, à-n-qualque autre terraire.

�i6i

LA MUSO SlLVËSTRÔ

Lui est aimé de

l'Adorée,
languissante sous les verroux,
Et, de la fin de la vèprée,
11 veille jusqu'au chant des coqs.
Si

A Pierre Ramon, le trouveur,
Il

prend la devise : « II ne me faut
en grogne ! » L'épée tirée,
attend n'importe quel rival.

Qui
11

Il aime la blonde Esclarmonde ;

Qui

en

Mais
La

grogne vienne la lui saisir !
adversaire verra dans une seconde

son

terre

rougir de son sang.

Malgré geôlière et porte-lame,
Forts barreaux

et

haute tour,

Il aura, lui, la Jeune
Parce
29

Fille pour Dame,
qu'il a en aide l'Amour.

Janvier 1884.

LES

DEUX

JOHN BROWN

(Boutade)
Mon bâton de citronnier dans
Je m'en allai
Le

comme un

mon

poing,

nez en

rôdeur

long de la rive verte du canal
Songeant au bien, songeant au mal,
A l'histoire, â la France, à quelque autre patrie,

l'air

�jò2

As

auguste

fourès

-

imperatous folhs trepejant las naçieus,
A las reginos toutos baume,
devoucieus,

Toutos

amours e

Mentre

qu'ambe un terrible flaume
lhour noum, popleá quesoun trop vieus.

Soun sannats, en

Abiò, dins le cafè, trop legit de gazetos
E vesiò fa las candeletos
A

moun

Disió
Soul.

Bròu,

:

eime

un

pauc

Tusto ! Auriò

treboulat.

desparlat

dejoubs les tremouls, per las erbos

moufletos ;

tournèt la pax, tre vese en m'arrestant,
Une aucelo, uno bergeireto,

me

A

ma dreito, bato-cugant,
Poulido, fino, laugiereto,
Que lèu-lèu lugisquèt coumo un raivë, en cantant.

O

joio de la primo ! E mous uëlhs s'alanderoun
Sui1 cop, embrumats, s'acateroun.

!

Abion vist, tacant le cel clar
D'escur

e

cridant

: car, car, car,

Tres courbasses africs que, certos,

Voulaboun vès

ma

m'espanteroun.

'squerro : Ai ! Qun orre demoun
en gibet un sauze,

Me cambièt

Me bufèt dins l'aurelho
De

Crideri fort

un noum

grand màrtir ? ( O que se lause !)
:

le Crist des negres, en

John Brown.

�LA

Aux empereurs

MUSO

163

SILVESTRO

fous"piétinant les nations

Aux reines tout beaumes,
Tout

amours

et

dévotions

Pendant
Sont

qu'avec un terrible fléau
saignés, en leur nom, peuples qui sont trop vifs,

J'avais, dans le café, trop lu de gazettes
Et

je voyais faire les cabrioles
bon sens un peu troublé.
Je disais : frappe ! J'aurai déraisonné
Seul, sous les tremblements, parmi les herbes molettes
A

mon

:

Bientôt, la paix me revint, sitôt que je vis en m'arrêtant
Une
A

oiselle,

une

bergerette,

droite, agitant sa queue,
Jolie, fine, légère
ma

Qui tôt-tôt, s'enfuit comme un rêve, en chantant !

O

joie de la prime (saison) ! Et mes yeux s'ouvrirent (tout
Sur le coup, embrumés, il s'abaissèrent.
[grands) !
Ils avaient vu, trouant le ciel clair
Du noir

et

criaient

:

chair, chair, chair,

Trois corbeaux vaillants

Ils volaient
Me

changea

vers

main

un

saule

qui, certes, m'épouvantèrent.

gauche : Ah! Quel horrible démon
gibet,

en
Me souffla dans l'oreille

un

nom

De

grand martyr ? fOh qu'il se loue !)
Je criai fort : le christ des nègres, John

Brown.

�AUGUSTE

IÒ4

Les

FOURÈS

que la talent sens relambi roussego
Cercaboun cos de mano ou dego.

gorbs

I bramèri: Maissant

aujan

Dount venets ? Ount anats

Venets

? Vejam !

chapa le gra semenat dins la rego.

vint e quatre ans
pica la caro
A cinq valents, — nouvelis sants
Del gFand Martirouloge d'aro!
Fousqueroun mai que mai salvatges e maissants.

O les de vostro raço,

i

a pas

Que vengueroun

libre blanc, per les negres esclaves
Que voulios, dambe aquelis braves :

O Jan Bru,

Es

Stephens, Copp, Green e Copland,
Afranqui del joug accablant,
mort, tu que davant les forts nou t'acataves !

O t'anaboun

penja le dous Décembre afrous,

Républico
espantable et tenebrous
Que' s Estats-Units d'Americo

Per nostro Franço en
Joun

Voulion tourna marca de nouvelos ourrous.

Quatorze jouns

apuei dreit le gibet anguères,

Al nouzel courredou danseres

Eli Patris,
qu'ajèt le cor tris,
Quand i ajeroun raubat tout ço que defenderes.
Coumo, autris cops,

Le cossoul

�LA

Mtrso

Les corbeaux que la faim sans cesse ronge
Cherchaient des corps de vieille brebis ou
Je leur criai : Mauvaise engeance
D'où

Vous

venez-vous
venez

165

SÍLVESTRÒ

de cheval

? Où allez-vous?

dévorer le

Voyons !
grain semé dans le sillon.

O

ceux de votre race, il n'y a pas vingt-quatre ans
Qu'ils vinrent becqueter la figure

A

cinq vaillants, — nouveaux saints
Martyrologe d'à présent !
Ils furent terriblement sauvages et méchants.
Du

O Jean

Bru, libre blanc, pour les esclaves noirs
avec ces braves :
Stephens, Copp, Green et Copland,
Affranchir du joug accablant,
Tu es mort, toi qui ne t'inclinais pas devant les forts !
Que tu voulais,

O l'on t'allait

pendre le deux Décembre, afreux
en République
Jour épouvantable et ténébreux
Que les Etats-Unis d'Amérique
Voulaient de nouveau marquer de nouvelles horreurs.
Pour

notre

France

Quatorze jours après tout droit
Tu dansas

au

vers

le gibet tu allas,

bout du nœud coulant

Comme autrefois, Elie Patris,
Le Consul qui eut le cœur serré,

Quand

on

lui eut volé

ce

que tu

défendis.

�i66

AUGUSTE

Mais, ta

FOURÈS

Countro tu le Mal

a

'dreitat,

Parivo à la serp enemigo,
La cordo qu'escanèt l'orne de veritat

«

fraternitat,

voux toutjoun dits : « Grando
O des cieutadins santo ligo,

John Brown, le

!

»

servicial de la regino angleso,

Vengut d'uno serro escousseso !
Me mourmoulèt Mèstre Grimaud,
Le diables trufèt
En terro. i

Prend

a

pla 'n

maraud,

an que sa

desfardo

es meso.

aquel cap d'Highlanders ;
Victoria, « la divo
Gardant le buf de l'Univers, »
Que dins soun palais trevo aurivo
E plouro, quand sous peds s'arrestoun sus anders.
ta

Cagpipe

e

e canto

Counsolo

«

Sabes le

gaelic ? S'es o, mèstre troubaire,
l'arpo que te dèu plaire,
Digo-s-i 'n cant erse doulent
Subre

Que, dambe le sieu ritme lent,
La mounte douçoment dins l'Elfland,

Le trufandiè ! Per ieu, n' i a pas res

«

Le

plé d'esclaire.

de gaiant.
Fousqueroun sens misericordo !
En Ugo, nostre engenh raiant,
I pousquèt pas coupa la cordo !
grand bras du gibet se projette, effrayant. »

»

�LA M USO

Mais

ta

167

SILVESTRO

voix

O sainte

toujours dit : « Grande fraternité,
ligue des Citoyens,

Contre toi le mal s'est dressé
Pareil à la couleuvre ennemie

Qui étrangla l'homme de vérité !

«

»

John Brown, le serviteur de la reine

d'Angleterre,

"Venu d'une montagne écossaise ! »
Me murmura maître Grimaud
Le Diable railleur et maraud,
En terre, il y a bien un an que sa

Prends ta

Cagpipe et chante cette tête d'Higlanders

Console Victoria, « la déesse

.

Gardant le souffle de l'Univers

Qui dans

dépouille est mise.

»

palais se lamente
Et pleure, quand ses pieds se posent
son

sur

les chenets.

Sais-tu le
Sur la
Dis lui

Que,

Gaélique ? Si oui, maître poète,
harpe qui doit te plaire,
un

chant si dolent

avec son

rythme lent

Il l'élève doucement .dans l'Elfland

Le railleur ! Pour moi il
Ils furent

sans

n'y

a

plein d éclairs.

rien à

se moquer

miséricorde !

Hugo, notre génie rayonnant,
Ne put pas lui couper la corde !
« Le
grand bras du gibet se projette effrayant.

»

»

;

�i68

AUGUSTE

FOURES

Ohi ! Bou Dieus ! Ai ! Ai ! Le vesi ! Qun
Paure Jésus ! Aro,

suplici !

qu'ausissi ?

Es des Esclaves la Cansou,

Qun glas ! Qun espantable sou !
«

Le Carnaval !

reprend le diable, le carissi !

Em à las Cendres, o ! Per un tems descarat,
Les brasses dejoubs las cadenos,

Cap bas, visatge mascarat,
Les esclaves disoun lhours penos ;
Davant elis un blanc, à chaval, ten tirat.

«

Es beleu

un

Anglès mantenènt l'esclavatge,

Tre que 1' que passo salvatge,
Le Madhi, luto, ardit e vieu,
Per la
Des negres

Calho,

—
«

«
«

«

justo emancipacieu
africans que perdoun pas couratge.

fujoun les gorbs ! L'aucelo dits : «
Per l'iver, en trumado, velo
Le soulelh... quelafound, lèu-lèu,

e

Quand tourno la

sasou

nouvelo.

La veritat finis per engrana tout
14

de Mars 1884.

flèu.

»

»

La nèu,

�LA

l6g

MUSO SILVESTRO

Oh ! Bon Dieu ! Aï ! Aï ! Je le vois ! Quel
Pauvre Jésus ! Maintenant

qu'est-ce

que

supplice !
j'ouïs ?

C'est des esclaves la chanson !

épouvantable son !
reprend le diable, je le chéris !

Quel glas ! Quel
«

Le carnaval,

Nous

sommes au

jour des Cendres, oui ! par un temps
[affreux

Les bras enchaînés

Tête basse,

figure

morne

Les esclaves disent leurs

Devant

eux un

peines

;

blanc, à cheval, (la) tient tendue.

peut-être un Anglais maintenant l'esclavage,
Tandis que celui qui passe pour sauvage
Le Madhi, lutte ardent et vif,
C'est

Pour la juste

émancipation
qui ne perdent pas courage. »

Des noirs africains

tait et les corbeaux

Il

se

«

En

«

Le soleil...

«

«

hiver,

en

fuyent ! L'oiselle dit

brume, voile

qui la fond tôt, tôt ;
Quand revient la saison nouvelle.
La vérité finit par
14

Mars 1884.

balayer tout fléau.

»

: «

La neige,

�AUGUSTE

170

FOURES

MOUN

AZE

Sonnet reviral d'En Léon Cladel.

Per

blasoun abió 'no

l'esquinal !
e dent pouirido,
Vielbo osso, l'escourjaire i anaboagi la vido.
Le croumperi cinq francs ; me demoro à l'oustal.
soun

croux sus

Poussious, rougnous, courbut, sens pel

Sa

lengo africo tound la mieu prado flourido ;
e
pelenc del ri bal,
Sang del grand soulelh coule, arroumecs e penjal
Aro, le sieu rastel n'a pas cap de pugnido.
Soun uelh miralho albas

Costo el, t'a 'n rire fort de trouneire, e

Canto, trepo
E

sa narro

e me

me

gaujous,

ven,

d'espic touto empregnado.
;

chapo, bèu

dourmis, vai ;
bosques. Me plai,
de civado.
;

per mous prats e mous

Ieu, de t'acoumoula d'ounous
io

puei, fresc,

dits mai d'un mot pla bourdesc,

Mounaze. ten-te siau

Vieu,

;

de 5\&lt;lars 1882.

e

�LA

MUSO

SYLVESTRO

MON ANE

Sonnet traduit de Léon Cladel.

Pour seul blason il avait une

croix sur l'échiné !

poil et la dent pourrie,
l'écorcheur allait lui enlever la vie.
l'achetai cinq francs ;il a sa demeure en ma maison.

Poussif, galeux, courbé, sans
Vieille carcasse,
Je

Sa

langue ardente tond ma prairie en fleurs; [du rivage,
miroir reflète saules blancs et gazon

Son œil comme un

Sang du grand soleil couchant, ronces et penchant ;
Maintenant, son dos n'a aucune blessure.
il a un rire fort de tonnerre et ensuite, frais,
chante, il danse, il me dit plus d'un mot bizarre,
Et ses naseaux me viennent, tout imprégnés de lavande.

Près de lui,
Il

tranquille ; bâfre, bois ; mange, va ;
Vis, joyeux, à travers mes prés et mes bois. Il" me plaît,
A moi, de te combler d'honneurs et d'avoine.
Mon âne, reste

10

Mars 1882.

�172

AUGUSTE

LA

Revirat de

FOURÈS

DOUGARESSO
Jousep-Maria de Eredia.

Le

palais es de malbre, ount joubs nautos pourticos
Parloun de segnous tais que 'n pintro 1' Tissian,
E de couliès pezucs al pés del marc ancian
Anaussoun Fesplendou de roujos dalmaticos.

Agaitoun al prigound de langunos anticòs,
De Ihours uelhs ount 1 usis
l'ourgulh patrician,
Joubs le pavilhou clar del cel venitian,
Belugueja l'azur de mars Adriaticos.
E mentre que l'eissam coussut des cavaliès
Tiro l'or, la pourpouro, as

blanquis escaliès

Gaujousoment bagnats dins la lumiero bluo
Dapassiero

e

superbo,

uno

;

Damo, à Pescart,

Se virant à miech dins d'ounzados de broucart,
Rits à-n-un negrilhou que t'i porto la cuo.
11

de Mars 1882.

�LA

MUSO SILVESTRO

173

LA DOGARESSE

Le

palais est de marbre, où sous les hauts portiques
seigneurs tels qu'en peint le Titien,
Et des colliers massifs au poids du marc ancien
Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
Conversent des

Ils

regardent au fond des lagunes antiques,
De leurs yeux où reluit l'orgueil patricien,
Sous le pavillon clair du ciel vénitien,
Etinceler l'azur des

mers

Adriatiques !

Et tandis que l'essaim brillant des cavaliers
Traîne la pourpre et l'or par les blancs escaliers

Joyeusement baignés dans la lumière bleue
Indolente et

superbe,

Dame, à l'écart,
flots de brocart,
négrillon qui lui porte la queue.
une

Se tournant à demi dans

Sourit

au

;

ses

José-Maria de HEREDIA.
11

Mars 1882.

�AUGUSTE

174

FOURÈS

SOUNET

cA la Felibresso d'Areno.

Ausissi l'toc des tambouris !
La bloundo nòvio à belo targo
Ven touto en blanc ; elo sourris.
Se beu des uelhs ;

digus

nou

bargo.

Avuei, qu'es acò que mouris,
Digats-me, e qu'es acò qu'amargo ?
Tout es en joio e s'abouris.
De la serro à la mar s'alargo
Un frezinoment
Aici la nòvio del

amourous.

pel

rous ;

Salut, felibresso d'Areno !
Avios la mountagno, as
De Seto
Te dits

la mar
qu'ai ped de Sant-Clar

aro

*

rj

de Mars 1882.

la sieu

sereno.

�LA

MUSO

SILVESTRO

SONNET

cA la Félibresse d'Arène.

J'ouïs le toc des tambourins !
La blonde

épousée à belle démarche
Vient, toute (habillée) de blanc ; elle sourit.
On la boit des yeux ; nul ne parle.
Aujourd'hui, quelle est la chose qui meurt,
moi, et quelle est la chose qui est amère ?
Tout est en joie et vient à bien.
De la sierra à la mer s'épancl

Dites-le

Un frémissement
Voici

l'épousée

amoureux.

aux

cheveux blonds

:

Salut, félibresse d'Arène !
Tu avais la montagne, tu as la mer
De Cette qui, au pied du Saint-Clair,
Te

nomme

/,?

maintenant

Mars 1882.

sa

sirène.

J75

�176

AUGUSTE

FOURÈS

LE CADRE

Revirat de Charles Baudelaire.

Coumo

un

Pr'

que

aco

bel cadre

ajusto à la pintruro,
siò d'un pincel fort vantat,
que d'estrange e d'encantat

Sabi pas
En l'escartant de l'inmenso naturo,

Atal bijous, mobles, metals, daururo,

S'aptaboun juste à
Rés

sa raro bèutat ;
fasiò fousco sa claretat

nou

E tout semblabo i servi de bourduro.

Jvjai aurion dit de cops qu'elo creguèt
Que tout vouliò l'aima ; elo neguèt
Dins les poutous del satin e del
Soun bel

linge

nud, plé de frezinoments,
brusco, ambe sous mouvoments,
Abió la gracio efantouno del
singe.

E, lento

11

cos

ou

de Mars 1882.

�LA MUSO SÎLVESTRO

177
'hrirwwioi

LE CADRE

un beau cadre ajoute à la peinture,
qu'elle soit d'un pinceau très-vanté,
ne sais quoi d'étrange et d'enchanté

Comme
Bien
Je

En l'isolant de l'immense nature,

Ainsi

bijoux, meubles, métaux, dorure,
S'adaptaient juste à sa rare beauté ;
Rien n'offusquait sa parfaite clarté,
Et tout semblait lui servir de bordure.

Même

on

eût dit

parfois qu'elle croyait
; elle noyait
du satin et du linge

Que tout voulait l'aimer
Dans les baisers

Son beau corps, nu,

plein de frissonnements,
brusque, en tous ses mouvements,
Montrait la grâce enfantine du singe.
Et, lente

ou

Charles BAUDELAIRE.
11

Mars 1882.

�I78

AUGUSTE

AS

MAMOISSES

FOURÉS

DEL

CEMENTER!

I

Le rouge e le blu, dos coulous,
L'uno de la sang vivo e l'autro del cel
Se varejoun dins vostros flous,

blous,

Mamoisses finoment audouses !

Apazimats nostros doulous
De minables pla vergougnouses,
Coumo d'uelhados de velous.
II
A la

que trimo,
jouns de la mannado Primo,
gourg e subre la cimo,

creaturo

Avant les doucis

Dins le

Venets pourta counsoulacieu !
Que vous aimo le que trelimo
Dins le saganh e la passieu,
Sens falssis

crids,

sens cap

de frimo.

III

Le vostre
Dedins

un

plant s'es abourit

vielh enclaus per les

unis carit

E per les autris mai qu'ourrit.
Vous ets esplandits sus de toumbos.
Milhou

qu'aquelis qu'an flourit,

Demest le roubilh de las coumbos,
M'abets embaumat e garit.

�LA MUSO

SILVESTRO

AUX VIOLETTES DU

CIMETIÈRE

I
Le rouge et le bleu, deux couleurs,
L'une du sang vif et l'autre du ciel pur,
Se marient dans vos fleurs,
Violettes finement odorantes !
Vous

apaisez nos douleurs
De misérables bien vergogneux,
Comme des œillades de velours.
II

qui trime,
jours de la gentille Prime-Saison,
Dans le gouffre et sur la cime,
Vous venez apporter de la consolation !
Qu'il vous aime celui qui peine
Dans le remue-ménage et l'ardeur,
Sans faux cris, sans nulle frime.

A la créature

Avant les doux

III
Votre
Dans

a réussi
viel enclos par

plant
un

les

uns

chéri

Et par les autres plus qu'abhorré.
Vous vous êtes épanouis sur des tombes.
Mieux

qui ont fleuri

Au milieu des feuilles mortes des combes,
Vous m'avez embaumé et

guéri.

179

�i8o

AUGUSTE FOURES

IV

Flous delicados

simpletos,
Qui vous suspousquèt de perletos ?
Soun grumilhos de l'ome ou de l'albo, ò viouletos ?
Semblats d'uelhs raiants de candou,
Uelhs de vierge, uelhs de droulletos
e

—

Qu'encaro tenoun lhour ardou

Amagado joubs las veletos.

V

Del clot ount nostre

cos

finis,

Ount, à la fi, le paure ambe 1' riche s'unis,
Venets ! Vostre juntat garnis
Le mieu bouquetiè, canitortos,
Venets

coumo

de souvenis

De las nostros
E

moun

poulidos mortos,
ergno s'estavanis !

Jowi de las Cendres,

25

de Febriè 1884.

�LA

l8l

SILVESTRO

MUSO

IV

Fleurs délicates et

simples,

saupoudra de fines perles ?
Sont-elles larmes de l'homme ou de l'aube, ô violettes ?
Qui

vous

Vous ressemblez à des yeux

Yeux de

Qui

vierge,

encore ont

Cachée

sous

yeux

rayonnants

de fillettes

de l'ardeur

les voilettes.

V

Du trou où notre corps

finit,

Où, à la fin, le pauvre au riche s'unit,
Vous venez ! Votre bouquet garnit
Mon

bouquetier, violettes !

Vous

venez comme

De

nos

Et

notre

des souvenirs

jolies mortes,
chagrin s'évanouit.

Jour des Cendres, 25 Février j88j.

de candeur,

�AUGUSTE

I82

FOURÈS

EPITAFI
Revirat d'En Vitor

Ugo.

s'amusabo, ô gaio creaturo !
prés aquel drolle, naturo ?
qu'abios pas aucels, mirgalhats de coulous,

El viviò,

Que servis d'abe
Es

ounzado e lugras plés d'esclaire ?
Que servis d'abe prés aquel drolle à sa maire,
E de l'abe amagal joubs de pugnats de flous ?
Cel blu, bosques,

Pr'aquel efant de mai, n'ès

gaire mai pouplado,

mai risento, ô naturo estelado !
E le cor de la maire, en proio à tant de suens,
Aquel cor onnt tout gauch coungreo uno tourturo,

E n'es pas

Aquel gourg autant grand que tu-mèmes, naturo,
Es vude e desoulat pr'un mainajou de mens !

11

de Mars 1882.

�LÀ

MUSO SILVESTRO

EPITAPHE

Il

vivait, il jouait, riante créature.
sert d'avoir pris cet enfant, ô nature ?
N'as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,
Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l'onde amére ?
Que'te sert d'avoir pris cet enfant à sa mère,
Que te

Et de l'avoir caché

sous

des touffes de fleurs ?

Pour cet enfant de

plus en es-tu plus peuplée,
plus riante, ô nature ètoilée ?
Et le cœur de la mère, en proie à tant de
soins,
Le cœur où toute joie engendre une
torture,
Cet abîme aussi grand que toi-même,
ô nature,
Est vide et désolé pour cet enfant de moins !
En

es-tu

VICTOR

il

Mars 1882.

HUGO.

�184

FOURÈS

AUGUSTE

LE TUAIRE

DE ROUSSIGNOLS

I avió de blancos

esteletos

Sus las randuros

e

les prats

Ount frezinavoun las aletos
De

parpalhols blus e daurats.

Les

viro-lengo brezilhavoun

Al soulelh dè belis saluts
E les rieus clars
As

peds des

se

sauses

gaudinavoun
nouseluts.

las amos,
bouquetos les poutous,

Tout risió, les cors e
Sus las

Les lendris vents demèst las ramos,

Les rais al frount de las nautous.

Joubs las moufos, verdos dentelos,
Les mamoisses fasion l'uelh dous
As

crabiès, à las pastourelos
Qu'ai bosc s'en venoun dous per dous.

De lenh

lenh, dins le bouscatge,
roussignol,
Qun gauch de vese, pel brancatge,
en

Cantavo mai d'un
—

L'ufloment de lhour

gargalhol !

�LA

LE

MUSO

SILVESTRO

TUEUR DE ROSSIGNOLS

Il y

avait de blanches étoiles
et les prés
Où frémissaient les petites ailes
De papillons bleus et dorés.
Sur les haies

Les

mésanges gazouillaient

Au soleil de beaux saluts
Et les ruisseaux clairs
Aux

pieds des saules

se

réjouissaient

noueux.

Tout riait, les cœurs et les âmes,

Sur les bouchelettes les baisers,
Les tendres vents au milieu des ramures,
Les rayons au front des hauteurs.

Sous les mousses, vertes dentelles,
Les violettes faisaient l'œil doux
Aux

chevriers,

aux

Qui s'en viennent

De loin

bergères

au

bois deux à deux.

loin, dans le bocage,
plus d'un rossignol,
Quelle joie de voir, à travers les branchages,
Le gonflement de leur gosier !
en

Chantait

185

�i86

AUGUSTE

FOURES

Qun grand plasé

d'ausi dins l'aire

Lhour imne d'or

e

de cristal

Que, dins l'oumbrieu
Arribo pur e tant

Coussi l'on aimo

ou pcr

l'esclaire,

coural !

e

Ton remiro

Aquel pichou troubaire alat
Que vibrejo coumo uno liro,
Dambe soun cant fresc e perlât !
Mentre

qu'à través le campèstre
armounious
Fasiò miracles, i abió 'n estre
Qu'aquel boun gauch rendit) furious.
Lhour ganitèl

Ero

gourrimand sens
Caparrut e cilbo-barrat,
un

Cubert de

curet et

vergougno,

de rougno.

Roudabo, toutjoun descarat.

La maissantiso

e

las bambochos

Coumençaboun à le laga.
Courrió dambe de plenos pochos
De calhaus

amassats

Abiò la sinistro

al gua.

manejo
lapida les roussignols.
Puei, regardabo, toucho frejo,
Raja la sang c-audo à rajols.

De

�MUSO

LA

SILVESTRO

Quel grand

plaisir d'ouïr dans l'air
hymne d'or et de cristal
Qui, dans l'ombre ou à travers la clarté,
Arrive pur et si bon au cœur !
Leur

Comme l'on aime et l'on admire
Ce

petit poète ailé

Qui vibre
Avec

comme une

lyre
perlé !

chant frais et

son

Tandis

qu'à travers les champs
gosier harmonieux.
Faisait miracle, il y avait un être
Que cette bonne joie rendait furieux.
Leur

C'était

un

vagabond

sans vergogne,

Têtu et dont les cils

se

Couvert de

de

Il rôdait

joignaient,
gale.
toujours, visage hagard.
crasse et

La méchanceté et les bamboches

Commençaient à le courber.
Il courait, les poches pleines
De cailloux ramassés dans le

gué.

Il avait la sinistre manie
De lapider les rossignols.
Puis, il regardait, mine froide,
Couler le sang chaud à gros jets.

187

�i88

AUGUSTE

Tre

ne vese un

FOURES

dins la randuro,

Al bruelh, sul' cimel d'un rouziè,
Sa

peiro fieulabo e, siguro,
Toucabol' cantaire al gouziè.

Quantis tuèt d'aucels
De canta la Primo
Risiò de

sous

:

«

Les orts
Joubs

un

urouses

l'Amour ?

crimes afrouses.

Ero mai crudel

Disió

e

qu'un autour.

Vouldrió la selvo mudo,
sens ramos e sens

flous,

cel à mino carudo !

»

Galo, v'auriò tout fait galous.

Un

joun venguètqu'aquel'massacre
fousquèt finit.
gus qu'abió toutjoun un sacre
pots se vejèt pla punit.

D'inoucentous
Le
As

Dins

un

coumbo

ount de roucasses

Eroun

oumbrejats per d'ausis,
roussignol, ten sous passes
Soun calhau per l'aire bruzis.

Vei

un

L'azart ! A-n-uno vielho

roco

Pato, sui' cop resquito fort,
Subre le pous gauche le toco.
Le moustre s'espatarro mort.

;

�MUSO

LA

SYLVESTRO

qu'il en voyait un dans la haie,
sur la cîme d'un rosier,
Sa pierre sifflait et, sûre,
Touchait le chanteur au gosier.

Dès
Au

taillis,

Combien tua-t-il d'oiseaux heureux
De chanter le

Printemps et l'Amour ?

11 riait de

crimes affreux.

plus cruel qu'un autour.

Il était

Il disait
Les

ses

Je voudrais la forêt muette,

«

:

sans rameaux et sans fleurs,
ciel de mauvaise mine ! »

jardins

Sous

un

Gale., il aurait voulu que tout fût

galeux.

Un

jour vint que ce massacre
prit fin.
Le gueux qui avait un juron
Aux lèvres se vit bien puni.
D'innocents

Dans

une

combe où des

Etaient dans l'ombre
Il voit

un

rocs

énormes

d'yeuses,

rossignol, il ralentit ses pas ;

Son caillou dans Pair bruit.

Le hasard ! Contre
Il

frappe,

une

vieille roche

le champ rejaillit fort,
A la tempe gauche le touche. "
Le monstre s'étend de tout son long, mort.
sur

189

�AUGUSTE

O beau
Sur

sa

jour de juste colère !
sous l'azur,

branche,

L'oiseau

Reprit

FOURÈS

comme

si rien

ne

venait de

se

passer

encore son chant pur.

Mai

i88j.

A

LA

RATO-PENO

Dedicat à Moussu Francecli

Or

Pelay cBritroubdire catalan.

rouge coumo l'escut
De l'arderouso Catalounho,
e

Le soulelh coule
—

disparescut,

E le luscre tourna

vengut,

Fousquejante dambe vergounho,
Rato-peno, sourtisses lèu
De dedins qualquo ourmo curado.
T'aregardoun coumo un grand flèii
E te plantaran, -sens belèu,
Al puai fi d'uno agulhado.
T'aziroun

tant

! E,

saquela,
jamai coumés de fauto.
Espaurugo le tieu voula,

N'as pas

E n'i a prou per te clavela
A-n-uno pourtaliero nauto.

�LA

O bel
Sus

MUSO

SILVESTRO

joun de justo coulero !
branquet, dejoubs l'azur,

soun

L'aucel

coumo se res nou ero

Tournèt reprenc soun cant pur.
Mai de

1884.

CHAUVE-SOURIS

A LA

Dédié à M.

François Pelay Briz, trobaire catalan.

Or et rouge comme l'écu
De l'ardente Catalogne,
Le soleil couchant
Et le

disparu,

crépuscule de nouveau venu,

Violant tout et

avec

vergogne.

sors bientôt
quelque ormeau cavé.

Chauve-souris, tu
De l'intérieur de

On

regarde comme un grand fléau
plantera, à coup sûr,
pointe line d'un touchoir.

te

Et l'on te
A la

On

te

hait tant ! Et pourtant,

Tu n'as

jamais commis de faute.

Ton vol épouvante,
Et c'est
Aux

un

motif suffisant pour te clouer

grands montants d'un cadre de porte.

�IÇ2

AUGUSTE

FOURÈS

Ieu, te respèti. Pos cassa
Cap à vent, coumo las boupolos.
Chapos sens brico t'alassa
Babarots, mai t'en fas passa
Dins tas doublos gaugnos, e volos !

Semblos mudo. Quouro as grieulat
Taco negrasso e voulegairo,

?

Subre le cel tout estelat,

Vas, coumo, aici, 1* descounsoulat,
Yeuse de sa pouîido aimairo.

—

En Jaume le

Counquistadou

T'a fait acima

sa courouno,
Alatado e, coumo un dugou

Fabulous, plé d'orro grandou.
Te devió,

belèu, sabé bouno,

E que tenes mai d'un coustat
Pe l'ome. As tas reglos, femelo,
E 1' tieu, frount à frount, t'a sautat.
Prens, es dins un inquiet estat,

Avant l'oureto

ount se

cadelo.

Le ratet, nud coumo un droullou

Te

penjo pel' mounilh que coupos
machal, puei, touto malou,
L'as pres dins tas alos e, zou !
L'^laitos à las tieus dos poupos.
D'un

�LA

MÜSO SILVESTRO

I93

Moi, je te respecte. Tu peux chasser,
au vent, comme les
engoulevents.

Tète

Tu manges, sans te

Insectes, et même
Dans tes

lasser

tu t'en

un peu,

introduis

abajoues, et tu voles !

Tu sembles muette. Quand as-tu

grincé ?

Tâche noirâtre et remuante
Sur le ciel tout

étoile,
(va) le déconsolé,

Tu vas, comme, ici,

Veut de

sa

jolie amante.

Jacques le Conquérant
T'a placé à la cîme de sa couronne,
Ailes grandes ouvertes et, comme un grand-duc
Fabuleux, plein d'horrible grandeur.
Il devait, peut-être, te connaître inofïensive,

Et

(savoir) que tu tiens plus d'un côté
De l'homme. Tu as tes menstrues, femelle,

Et

mâle, face à face, s'apparie.
Enceinte, tu te sens inquiète,
Avant la petite heure de mettre bas.
ton

Le nouveau-né, nu comme un enfançon
Pend au cordon ombilical que tu coupes
D'un coup de dent, puis, toute souffrante,
Tu l'as

pris dans tes ailes et, zou !
Tu le portes à tes deux mamelles (pleines

de lait.)

�AUGUSTE

194

FOURÈS•

Vai, vai, porto-teto voulant,

(Malgrat qu'Aristote ne digue)
en te regalant

Yolo naut

De mai d'un bestiot desoulant
Per
13

nous

aus, e que

1' nèsci rigue !

Mai 1882.

LE GOD DEL REI

DE

TULÉ

(Revirat de Goethe.)

Un cop, ero un

rei de Tulé,

Junquos al cros amo fidelo.
I balhèt

un

En bufant

got.

la sieu belo,

soun

damier alé.

A-n-el coussi fosso

agradavo !

Sabés, tre qu'ero à-n-un banquet
E
Ja

qu'i vouliò beure un pauquet, soun uelhde plours s'emplenavo.

Ven la Mort. Coumto
—

Uno

Tout

en

aco

soun

tresor,

pr'uno, cieutat, bastilho,
la sieu familho,

"s per

Mais vol pas

balha le got d'or.

�LA

Va,

va,

MUSO

SILVESTRO

195

mammifère volant,

(Quoiqu'en dise Aristote),
Yole haut
De

en te
régalant
plus d'une bestiole désolante

Pour nous, et que l'idiot rie !
13

Mai 1882.

LA COUPE DU ROI DE

(T)er Konig von Tule,

von

THULÉ

Gothe.)

Une fois, il y avait un roi
deThulé,
Aine fidèle jusqu'au tombeau.
Sa belle lui donna
En rendant

son

une
coupe,
dernier souffle.

A lui combien elle

plaisait !
Aussi, dès qu'il était à un banquet
Et qu'il voulait y boire un
peu,
Certes, son œil s'emplissait de pleurs.
Vient la Mort. Il
compte son trésor,
L'une après l'autre, cité, bastille.
Tout cela
Mais il

est

pour sa

ne veut

pas

famille,

donner la coupe d'or.

�AUGUSTE FOURES

196

Coumo per uno grando festo,
Les vassàls venoum al rei car.
Pla duberto al
La nauto salo

ran
es

de la mar,

touto presto.

demest l'escabot,
de foc à la garganto ;

Cor asclat,

Dreit,
Beu,

a

puei jeto à l'aigo amarganto,
magnitic got.

Pla viide, le

Le vei davala

joubs l'ounzado
1' bé perdut !

Pleno de clarou,

jamai

E n"a pas
Le

27

rei,

veuse

begut.

pus

de soun aimado.

de Junh 1882.

L'ESCABOT D'EN

FALGUIERO

pel ' courounoment
DE

L'ARC

DE

TRIOUMFLE

A

Coufado del bounet

Rouge cascou del
S'assieto

L'ESTELO

'N Peire 13ertas.

frigian,

pople libre,

sus un carre

Ma dreitoal cap

DE

ancian,

d'un fulhde libre

�LA

MUSQ SILVES.TRO

197

Comme pour une grande fête,
Les vasseaux viennent au roi chéri.
Bien ouverte

au

La haute salle

ras

de la mer,

est toute

prête.

Cœur fendu,

parmi la troupe,
Debout, il a du feü au gosier ;
Il boit, puis il jette à Peau amêre,
Bien vide, la magnifique coupe.
Il le voit descendre

sous la vague
Pleine de clarté, le bien perdu !
Et il n'a jamais plus bu,

Le

roi, veuf de
27

bien-aimée.

sa

Juin 1882.

LE

GROUPE
pour

DE

l.'ARC

DE

le

DE

FALGUIÈRE

couronnement

TRIOMPHE

DE

L'ÉTOILE

A Pierre 'Bertas.

Coiffée du bonnet

Rouge

phrygien,
libre,
antique,

casque du peuple
Elle s'assied sur un char
La main droite

au

haut de la feuille d'un livre.

�AUGUSTE

iç8

FOURES

Ount luzis

aquelo enscripcieu :
l'Orne, e pue i ma 'squerro
Al drapèu de nostro nacieu,
Respetat subre mar e terro.

Les DreiLs de

Dins

l'emportoment fate folh.

Quatre chavals entiès la tiroun,
Nilbants e la brido su!' colb,
Que dos moulhès à peno viroun.

Davant, i

a

dous souldats ; l'un dreit,

Jouve voulountàri, s'abrando ;

jais, dambe soun espleit,
graugnard de l'Armado Grando.

L'autre
Vielh

Darrè, 'n pages, plè de calou,
Les uelhs ves les tirans, abrasso
La sieufemno mai soun droullou ;
A

sa ma

libro

a

'no

pigasso.

clar, en plen soulelh,
Republico forto e belo
Acimo, sens cluca 1' perpelh,
A l'aire

La

L'Arc-de-Trioumfîe de l'Estelo.

A per

pèdestalhs magnifies
d'epoupeio franceso

Trosses

Que vivoun dins le maibre, africs,
Cant del Desfart e Marselheso.

�LA

Où luit cette

MUSO

inscription

SILVESTRO

:

Les Droits de
Au

l'Homme, et puis la main gauche
drapeau de notre nation,

Respecté
Dans

sur mer et sur terre.

l'emportement deux fois i'ous,

Quatre chevaux entiers la tirent,
Hennissants

et la

bride

sur

le

cou.

Que deux femmes (peuvent) à peine conduire.

Devant (elle), il y a deux soldats ;
Jeune volontaire, s'enflamme ;
L'autre
Vieux

gît,

l'un droit,

exploits,
grognard de la Grande-Armée.
avec ses

Derrière, un paysan, plein de chaleur,
Les yeux vers les tyrans, embrasse
Sa femme et même son enfant ;
A

sa

main libre il

a

une

hache.

A l'air

clair, en plein soleil,
République forte et belle
Couronne, sans clore la paupière,
L'Arc de Triomphe de l'Etoile.
La

Elle

a pour magnifiques piédestaux,
Morceaux d'épopée française

Qui vivent dans le marbre, ardents,

(Le) Chant du Départ et la Marseillaise.

199

�200

AUGUSTE

FOURES

E le

grand pople de Paris,

Que

vous

Canvalh,
E

semblo

uno

fourmiguiero,

gaito la que caris
qu'aparo, sa Divo fiero,
—

La divesso al souiide frount,
Moullat pes encicloupedistes,
A la

voux

nauto de

claroun

Qu'alerto les gourrimands tristes.

La

Franço de la Counvencieu,
Roubespeire,
Superbes e cremants d'accieu,
Te fasion rampèu aJ trouneire,
Ount Marat, Dantoun,

Que partisquèt, cap laucejant,
Sannouso, al miei de la trumado,
Pr'ana, dreit al maissant aujan,
E terribloment

azimado,

La

qu'en cridant ferme : L' Salut
pople, aco 's la lé supremo !
Nous moustrèt, dins soun vam alut,

Del

De l'Aveni la rego estremo.
24

d'Agoust 1882.

�LA

Et le

MUSO SILVESTRO

grand peuple de Paris

Qui semble

une

fourmilière,

En bas,
Et

regarde celle qu'il chérit
qu'il défend, sa Déesse fière,

La déesse au front solide,
Moulé par les encyclopédistes,
A la voix haute de clairon

Qui réveille les va-nu-pieds sombres.
La France delà

Convention,
Marat, Danton, Robespierre,
Superbes et brûlants d'action,
Où

Faisaient

concurrence au

tonnerre,

(Celle) qui partit, tête ceinte d'éclairs,
Saignante, au milieu de l'orage,
Pour aller droit
Et terriblement

au

mauvais troupeau,

animée,

Celle

qui. en criant comme il faut : Le Salut
peuple est la loi suprême !
Nous montra, dans son élan
plein d'ailes,

Du

La limite extrême de l'Avenir.
/9

Août 1882.

201

�AUGUSTE

202

A'N

AGRIPPA

FOURÈS

D'AUBIGNÈ

(Castèl-nòu-d'àrri ; Mai 1577.)

Es

en

fals vailet de la Reino-Maire,

Fasent l'italian à

vous

I

ans, sens esse

a tres

cent

cinq

engana,

vist gaire,

Que vès Castèl-nòu te calguèt ana.

Mais, aqui, 1' barou d'Arquos, fi grilhaire,

Cap de you ! t'aganto e te fa mena
Subre Carcassouno ount ero soun

paire

Que lèu te daissèt pus lenh gourrina.

O

grand troubadou des Tràgics, l'istorio
e 'serieuto ambe nauto glorio
Te gardo, depeds, le punh rete, vieu !
Qu'as viscudo

Mostros Charles nàu, rouge

de sang caudo,
Qu'arquebuso, fo 1 h, la gent uguenaudo.
Salut, abuei, joun de Sant-Bertoumreu !
24

d'n\goust 1882.

�LA

A

MÜSO

SILVESTRO

AGRIPPA

20^

D'AUBIGNÉ

CCastelnaudary, SVlai 1577-) (')

C'est

faux valet de la Reine-Mère

en

Contrefaisant l'italien à
Il y a

Que

vous

,

y tromper,

trois cent cinq ans, sans être guère
Castelnaudary il te fallût aller.

vu,

vers

Mais, là, le baron d'Arques, fin guêteur.
Tête de moi !

(2) t'empoigne et te fait conduire
se trouvait son père (3)
Qui bientôt te laissa plus loin errer.
Sur Carcassonne où

O

grand poète des Tragiques, l'histoire
as vécue et écrite avec grande gloire
Te garde, debout, le poing solide, vivant !
Que tu

Tu

montres

Charles neuf, rouge

de

sang

chaud,

Qui arquebuse, fou, les huguenots.
Salut, aujourd'hui, jour de Saint-Barthélemy.
24

Août 1882.

�204

FOURÈS

AUGUSTE

LE

VIELH

GARRIC

(Mari Lafoun.)

Dins le

prigound del cel, tenes la cimo ardido,
Qu'es toutjoun verdejanto e nou plego à l'auta,

—

E

cargado d'aglans, souloumbrouso, espandido,

La tieu

ramo

s'auzis

Avesinant le trou,

coumo

la

mar canta.

póu de la brandido,
garric quercinès, es glourious de pourta
La superbo vertut joubs la rusco annadido !
sens

O

Sul' mount, à l'albo,

—

vielh,

es

bèl de s'adreita !

Trounc sencer, fortis brancs
qu'oundrejoun abesc, moufo
E nizes d'aucelous, penas ount la

majoufo
S'abrando, quand de gauch Naturo se vestis,
Es l'albre

pouderous de la selvo magico,
Carit, i a fosso jouns, per nostro terro antico
Que ten le recalieu des ancessous latis.
2

de

T^ouvembre 1884.

�LA

MUSO

SILVESTRO

205

LE VIEUX CHÊNE

(Mary Laffon.)

Dans la

profondeur du ciel, tu tiens ta cime hardie
toujours verdoyante et ne ploie à l'autan,
chargée de glands, ombreuse, bien étendue,

Qui
Et
Ta

est

ramure

s'ouït

comme

la

mer

chanter.

Avoisinant le tonnerre, sans peur de la
tempête,
O chêne quercinois, il est
glorieux de porter
La

superbe vigueur

sous

l'écorce ancienne !
il est beau de

Sur le mont, à l'aube, vieux,
Tronc

sans

se

dresser !

tare, fortes branches qu'ornent qui, mousse

Et nids d'oiseaux,

pied où la fraise
lorsque la Nature se vêt
[de joie,

Devient rouge comme braise,
Tu

es

l'arbre puissant de la forêt

Chéri, il

y a

magique,

de longs jours, par notre terre

antique

Qui contient les cendres chaudes des ancêtres latins.
2

Novembre 1884.

�20Ó

AUGUSTE

FOURES

SOULELH COULC

A

Vau escalant

un

'5\£ Camil Chabanèu.

pech, aploumbat joubs l'ergnasso

Que mounti douçoment coumo 1' roc Sisifenc,
Dins le luscre engrisaire, e tiri, l'armo
De l'estanalhadis d'un terrible delenc.

lasso

Afrous, le soulelh toumbo,

e, subre la sieu traço,
cel, miech estelat, es devengut rougenc ;
Vès el, uno nivoul semblo un vòutour que casso,
Le colh rete, alatat, del coustat de l'oumbrenc.

Le

Ieu, loutjoun pensatieu de la tristo cazenso,
Des vincuts erouics, de Ihour malo soufrenso,

Sui'penjal mal-planiè,

cop sec,

m'arresti lèu.

Agachi. L'aucelas atenh, d'un grand copd'alo,
Le soulelh cramezit qu'adeja le regalo,
Parieu al

cor sannous

de l'ardit Proumeteu.

26 de Sètembre 1882.

�LA

207

MUSO SILVESTRO

SOLEIL

COUCHANT

A Camille Chabaneau.

gravissant un puy, accablé sous le lourd ennui
Que je monte doucement comme le roc de Sisyphe,

Je vais

Dans

le

crépuscule qui rend (tout) gris, et je peine,
fièvre.
[l'âme lasse

Du tenaillement d'une terrible

Affreux, le soleil tombe, et, sur sa trace,
Le

ciel, étoile à demi, est devenu

rougeâtre ;

lui, un nuage semble un vautour qui chasse,
Le cou roide, les ailes toutes grandes ouvertes, du côté du
[Nord.

Vers

Moi, toujours pensif de la triste chute,
Des vaincus héroïques, de leur aigre souffrance,
Sur le

penchant abrupt, subitement, je m'arrête

bientôt.

regarde. Le grand oiseau atteint, d'un grand coup
qui déjà le régale,
[d'aile,
Pareil au cœur saignant du hardi Prométhée.

Je

Le soleil cramoisi

26

Septembre 1882.

�208

AUGUSTE

LE

PLANH

FOURES

DE

L'ALSACIO

A Dono

«

Julieto tAdam.

Ount ès, ount ès, aima mater,

Grando

patrio d'en Kleber
sa
raço : 'en Cremer ?
Ó Franço, ô pla-fasento maire !
E d'un de

Nous a, le canceliè de fer.

Quouro

«

Lèu,

te

se

tournarem, pecaire !
la Justicio

va

vol.

En esperant,

porti toun dol,
Mais, sui' mieu negre parpalhol,

Se vei treluzi ta

coucardo,
Lugra blu, blanc, rouge. E d'un vol,
Moun cor partis vès tu !
Regardo.
—

«

Agacho, el,

Al nids mairal

aucel,
toutjoun fidel.

es coumo un

Per las nivouls, à través cel,

Va, passo 's balouns
O

maire,

e se

pauso,

sus toun sé tant bel

Ount touto doulou

se remauso.

«
Aici, tout es triste e desplai,
Las drollos disoun : Pus ! Jamai !
Se valso pas,
visatge

gai,

�LA

MUSO

LA PLAINTE

SYLVESTRO

209

DE L'ALSACE

A

iM'""

Juliette Adam.

« Où
es-tu, où es-tu, aima mater,
Grande patrie de Kléber

Et d'un autre de
O

sa race :

Cremer ?

France, ô bienfaisante mère !
nous tient, le chancelier de fer.

Il

Quand reviendrons-nous à toi, pauvre de

nous

Bientôt, si la Justice le veut.
je porte ton deuil,
Mais, sur le noir papillon (de ma coiffure),
On voit briller ta cocarde,
Astre bleu, blanc et rouge. Et
d'une volée,
Mon cœur part vers toi !
Regarde.
«

En attendant,

«

Vois, il est

comme un

oiseau,

Au nid maternel
A travers les

toujours fidèle.
nuages, à travers le ciel,

Il va, il passe au-dessus des ballons et
O

mère,

sur ton

sein si beau

Où toute douleur

«

Ici, tout

est triste et

Les filles disent
On

ne

s'apaise !

valse

:

déplaît.

C'est fini ! Jamais !

plus, visage gai,

se

pose,

!

�AUGUSTE

210

FOURÈS

En coutilhou rouge à palhetos,
En tapiè qu'a cent plecs e mai.

Adieu, rire de las filhetos !
«

La

counquisto

Demest les

ornes

que ta de morts,
fiers e forts,

Qu'arranco d'un cop tant de cors,
Qu'a daissat, après la brandido,
La

grepitat subre 's dous bords
secles siogue ourrido !

Del Rin, pes

«

O ! m'ausiras, aima mater,

Grando

patrio d'en Kleber
sa raço : 'en Cremer ?
O Franço, ô pla-fasento maire !
Nous a, le canceliè de fer.
Fai nostro libertat, pecaire ! »
E d'un de

2;

de Janpiè 1883.

EPITAFI

Al Gous

T'en

dins l'eterno

'l^atas.

tahino,
seguint la Mort
Que pourtèt droullet e meni no.,
A bas, al prigound del triste ort.
vas

Lenh des vieus, en

�LA

MUSO

S1LVESTR0

En cotillon rouge à paillettes,
En tablier qui a cent plis et

davantage.

Adieu, rire des fillettes !
Que la conquête qui fait des morts
Parmi les hommes bien portants et
robustes,
Qui arrache d'un coup tant de cœurs,
«

Qui

a

laissé, après la secouée,

La misère

sur les deux bords du
Rhin,
Soit abhorrée à travers les siècles !

«

Oh ! tu

Grande

m'entendras, aima
patrie de Kléber

Et d'un autre de

sa race :

mater,

Cremer ?

O

France, ô bienfaisante mère !
Il nous tient, le chancelier de 1er.
Fais notre liberté, pauvre de nous !
2j

»

Janvier 1883.

EPITAPHE

Au

Tu t'en

vas

Loin des

Chien H,atas.

dans l'éternel ennui,

vivants, en suivant la Mort
Qui emporta enfant et grand'mère,
Là-bas, au profond du triste jardin.

211

�AUGUSTE

212

Ratas,
Ja

nous a

FOURÈS

virat l'esquino.

fieulam, mais, noum d'un sort !
Vos pas tourna de l'escurino,
te

Brave

—

sóu. fier

coumo un

e

fort.

Nous ès

toutjoun car, ô dous estre !
coumpanh, amic e mestre,
bestialenc Léon Cladel,

Le tieu
Le

Qu'aicital plouro efans e maire
Se dits
«

7

Es

souvent

dins

soun

desaire

partit ! Ai ! M'es enfidel !

:

»

de Febriè 1883.

ODO

A

CLAMENSO

ISAURO

I

Bouno Clamenso, ô troubairis flourido
Per le mamoïs,

e le gauch,
gauch,
Coumo la primo audourouso e poulido.
Venes canta, reino de jouventut,
Cent ans après lamaissanto Crousado
Qu'espoutisquèt nostro lengo presado
Que tourna mai counquisto sa vertut.
Tenes le

cor

l'englantino

acoumoulat de

�LA

MUSO

SILVESTRO

Ratas, tu nous a tourné l'échiné.
Certes, nous te sifflons, mais, nom d'un
Tu
Bon

Tu

neveux

pas revenir de

comme un sou,

sort !

l'obscurité,

superbe et fort.

nous es

toujours cher, ô doux être !
Ton compagnon, ami et
maître,
L'ami des bêtes Léon
Cladel,
Qui pleure, ici, enfants et mère
Se dit
»

souvent

Il est

dans

sa

douleur

:

parti ! Aie ! Il m'est infidèle !
7

»

Février i88y.

ODE

A

CLÉMENCE ISAURE
I

Bonne

Clémence, ô trouveresse fleurie
violette, legiantine. et le souci,
Tu tiens le cœur comble de
joie,
Comme le printemps odorant et fleuri.
Tu viens chanter, reine de
jeunesse,
Cent ans après la mauvaise Croisade
Qui écrasa notre langue estimée,
Qui de nouveau conquiert sa vigueur.
Par la

�FOURÈS

AUGUSTE

314

.

II

gai vergiè des set braves troubaires
toutjoun soun lauriè glourious,
Mais derramat per l'auta furious
Que las cieutats, decops, bufoun pes aires,
Dedins Toulouso, aro, tout te sourris,
S'estavanis, l'ergno ambe la manrouco.
A toun alé, sus ta pichouno bouco.
Le parla gent regrilho e reflouris.
Le

Abió

III

parivo à-n-uno tourtourelo
e le planh de l'amour ;
Puei fugissènt les faseires. de cour,
Sabés trouba mai d'uno pastourelo.
Sens debremba les darnieris adieus
Dises

Fosso Causons

De toun
T'en

vas

galant mort, lenh-lenh, à la guerro,
landrant subre la nostro terro

Dambe de cants suavis e

planhieus.

IV
Belo

vergés, tendra e

Venoun pertout

cando

sereno,

les tieus gentis bourdous,

plen soulelh, coumo un vol d'iroundous,
s'empleno,
Un vel tout blanc t'amago cap e colh,
Mais daisso vese uelhs, frount e gautos frescos,
En

E la maisou de rimaires

En remembrant 1' ahic de las maurescos,

E, laugeret, va

pi'

a toun

jouvedolh.

�LA

M USO

SILVESTRO

II
Le

gai verger, des sept trobadors
toujours son laurier glorieux,
Mais défeuillé par l'autan furieux
Que les cités, parfois, soufflent par les airs.
Dans Toulouse, maintenant, tout te sourit,
S'évanouit l'ennui avec la mauvaise'peine.
A ton haleine, sur ta petite bouche,
Le gentil parler renaît et refleurit,
Avait

III
Tu dis

pareille à

Force Chants

et

une

tourterelle

la .plainte

de l'amour ;

Puis
Tu

fuyant les galants empressés,
sais trouver plus d'une pastourelle.

Sans oublier les derniers adieux
De

ton amoureux

Tu

vas

mort, bien loin, à la guerre,

errant sur notre terre

Avec des chants

suaves

et

plaintifs.
IV

.

Belle

vierge, tendre et chaste sirène,
Ils naissent partout tes gentils vers,
En plein soleil, comme un vol d'hirondeaux,
Et la maison de ri meurs
Un voile

tout

blanc

s'emplit.

te cache tête et cou,

Mais laisse voir yeux, front et joues
En rappelant l'aïc des mauresques,

Et, léger, il

va

fraîches,

bien à ton jeune deuil.

21.5

�2IÒ

FOURÈS

AUGUSTE

V
Pas

un

goujat des sieus vistous

Pots escardencs

e

cilhos

en

nou

quito

arquet,

Mai

pel trenat parieu à-n-un bouquet
lis que l' de la Sulamito.
Auzissoun lèu, aflambats, ta voux d'or,
Les troubadous qu'adeja t'entournejoun.
Parlos, depeds ; tous negris uelhs clarejoun
Sui' pous pus

E la tieu

ma se

pauso sus toun cor.

VI
«

Belo sazou,

jouventut de l'annado,
joc tant dous
oundra fidelis troubadous,

Tourna fasets d'amour le

E, per
Abets de flous la testo courounado.
«

O fis

aimants, salut à la cieutat,
toutjoun e toutjoun pouderouso,
des aujols, la tant gentio Toulouso

Noblo
La

Qu'aimo les arts dambe la libertat.
VII
Foro

tahino

gelousio !
cadun siogue d'amour rajent,
ganba la Novella d'argent
As belis jocs de nostro pouësio. »
As souspirat, divo del Gai Sabé :
« A tort, souvent,
l'ourgulhous que se penso
Esse lauzat tant qu'aurets souvenenço.
Ieu, avant pauc, me doublidarets bé.
«

E que
Per se

vous aus

e

�LA

MUSO SILVESTRO

V
Pas

un garçon de ses prunelles ne quitte
Lèvres rouges et cils en arc,
Et cheveux tressés pareil à un bouquet

Sur la tempe plus lisse que celle de la Sulamite.
Us ouïssent bientôt, enflammés, ta voix d'or,
Les
Tu

poètes qui déjà l'entourent.
parles, debout ; tes yeux noirs brillent

Et ta main

se

pose sur ton cœur.

VI

saison, jeunesse de l'année,
faites le jeu si doux d'amour
Et, pour orner les fidèles trobadors,
Belle

De

nouveau vous

Vous

avez

de fleurs la tête couronnée.

0 fins aimants, salut à la cité,
Noble

toujours et toujours puissante,
gentille Toulouse

Celle des aïeux, la si

Qui aime les arts

avec

la liberté.

VII
Hors de

vous

ennui

et

jalousie !

Et que chacun soit débordant d'amour,
Pour gagner la ü^ovelle d'argent
Aux beaux

jeux de notre poésie.
soupiré, déesse du Gai-Savoir :
Il a tort, souvent, l'orgueilleux qui pense
Etre loué tant que vous aurez souvenir.
Moi, avant peu, vous m'oublierez bien.
Tu

as

217

�ai8

AUGUSTE

FOURÈS

v.iri
La flou de nèu que

fa roso l'albeto
Pameliè, ves le cel clarejant,
Es arrancado, ai las ! pel' Cers maissant
Que ven de nueit. Soum aquelo floureto.»
Toutis les qu'an l'enginh de pla trouba
Te cridoun : nou ! Te voloun inmourtalo,
Te vantoun naut, tu, la bruno vestalo
Del foc sacrat que 1' pec nou pot rauba.

«

Sus

IX

Quantis de Sons
Fas

e

de planhs musicaires

espeli dins le cap des moundis,
qu'à ta ma 1 à joia s'esplandis

Tre

Pr'ana flouri les valentis troubaires !

Quantis de corsalatos vès l'azur,
Lenh de l'azir

e

de la

maldisenço' ?

Quantis partits, sens pou de la cazenso !
Ai !

quand pertout

creses

qu'i

a

1' bourîur,

X
A

cinquante ans, mourisses bo'uno Isauro,
Douçoment, dins ta verginitat,
E 's troubadous, emauguts, an cantat
La

glorio claro

e

vivo

que te

dauro.

Abuei, — adieu ! — qu'an fait del tieu toumbòl
Que tu voulios cubert de rosos blancos ?
AT

Capitol ount, en malbre, te tancos,
Aro, qu'an fait de toun parla tant bel ?_

�LA

MUSO

SILYESTRO

JI9

VIII
La fleur de

neige que l'aube fait rose
l'amandier, vers le ciel éblouissant,
Est arrachée, hélas ! par le mauvais vent du nord
Qui vient pendant la nuit. Je suis cette fleur.
Tous ceux qui savent bien composer des vers
Te crient : non ! Ils te veulent immortelle,
Te vantent haut, toi, la brune vestale
Du feu sacré que le niais ne peut dérober.
Sur

IX

Combien de Sons et de

plaintes musicales

Tu fais naître dans la tête des toulousains,
Dès qu'à ta main la joie s'épanouit
Pour aller fleurir les vaillants trobadors !
Combien de

cœurs

Loin de la haine

et

tu fais

s'envoler

vers

l'azur,

de la médisance ?

Combien
Ah !

partis, sans peur de la chute !
quand tu crois qu il y a partout le bonheur,
X

A

cinquante ans, tu meurs bonne Isaure,
Doucement, dans ta virginité,
Et les trobadors, émus, ont chanté
La

gloire claire et vive qui te dore.
Aujourd'hui, adieu ! qu'ont-ils fait de ton tombeau
Que tu voulais
Au

couvert de

roses

blanches ?

Capitole où, en marbre, tu t'enfermes,
Maintenant, qu'ont-ils fait de ton parler si beau ?

�s

220

AUGUSTE

FOURÈS

XI

Dourmis

en

Te cantaren

pax, ô troubairis
sens

aimado,
relambi, countents,

Doumo 's aucels celebrant le

primtems :
toutjoun creisse ta renoumado.
Ta lengod'oc qu'ambe le païsan
An
mantengut, aicital, les felibres,
Per le campèstree les espàcis libres,
La mantendran, Clamenso, en te lausant.
Farem

j

de Mars 1883.

LE CLAROUN

A 'N 'Paul

Leser, redatou

D'ESTRASBOURG

en

cap de /'Alsacian-lourrenc.

Ço d'omes d'Estrasbourg que demoroun franceses,
Un claroun tout verdet, emboutit, es penjat.
I

«

doutce ans, se troubèt as cams

a

Al

punh, rete

A

Me

e sannous,

Wissembourgeses

d'un superbe goujat.

quicon de tràgic, — e sui' cop que le
diguèt un Rustaud brico descourajat,

Te tourno 1' souveni des sieis terribles

Resistenço, desfaito

e

veses,

meses :

milhards qu'an rajat.

�LA

MUSO

SILVESTRO

221

XI
Dors

paix,ô trouveresse aimée,
sans relâche, heureux
Comme les oiseaux célébrant le printemps
Nous ferons toujours croître ta renommée.
Ta langue d'oc qu'avec le paysan
en

Nous te chanterons

;

Ont maintenu, ici, les félibres,
Par les champs et les espaces libres,
Ils la

maintiendront, Clémence,
y

en te

louant.

Mars i88y.

LE CLAIRON

A (M. Paul

DE STRASBOURG

Leser, rédacteur

en

chef de f Alsacien-lorrain.

Chez des hommes de

Strasbourg qui demeurent français,
(couvert) de vert de gris, bosselé, est suspendu.
a douze ans, on le trouva dans les champs Wissem[bourgeois
poing, roide et saignant, d'un superbe garçon.

Un clairon
Il y
Au

«

Il

a

quelque chose de tragique, et dès que tu le vois,
un Rustaud
(qui n'était) point découragé,

Me dit

On

a

de

nouveau

souvenir des six terribles mois

Résistance, défaite et millards qui ont été versés,

:

�222

AUGUSTE

FOURÈS

Puei, t'asemblo que parlo ame sa voux de couirc,
quand le teniò, febrous, levant le couire,
Le pichou fantassin mort
erouicoment,

«

Coumo

E que dits clare net : Souni
toutjoun la cargo 1
Morts se cal adreita dambe les vieus ! Alargo
!
L'Alsacioe la Lourreno an prou d'orre tourment.»
«

4

de Febriè i88y.

'

EN RABELAIS DINS

Dins Castres

CASTRES

l'Agout. Mèstre Francès s'arresto,
apr'aqui vès quinze-cent vingt e vueit.
Demoro dins l'Alben'co ount soun obro
s'apresto
Gigantalo, de joun e mai que mai de nueit.
—

sus

Aco 's

Landro tout le maiti. Quand dintro à la
vesprado,
Le veiriots. de

punh soulide e plé de vam,
pauso canta sa plumo qu'es pla 'ncrado,
Souvent subre 1' papiè, decops sus
l'apargam.

Fa

soun

sens

Ajusto, cado joun, de fulhs à sa Crounico
Garganiino ; va, ven per le sieu mounument ;
Visito 's Jacoubis, les ataco, i
replico,
Toutjoun en l'aire, ardit, riseire à tout moument.

�LA

«

MUSO

SILVESTRO

Ensuite, il semble qu'ilparle avec une voix- de; cuivre,

Comme
Le

«

quand le tenait, fiévreux, dressant le coude,
petit fantassin mort héroïquement.

Et

qu'il dit clair et net

Morts il faut

se

dresser

:

Je

avec

L'Alsace et la Lorraine ont
4

sonne toujours la charge
les vivants ! En avant !

!

d'affreux tourments.

»

assez

Février i88j.

RABELAIS

A Castres

sur

A

CASTRES

l'Agout, Maître François s'arrête,

C'est par là vers 1528. (')
11 demeure dans l'Albenque

(s) où son oeuvre (3) se prépare
Gigantesque,'pendant le jour etsurtout pendant la nuit.
Il rôde toute la matinée.

Quand il entre le soir,

Vous le

verriez, de son poing solide et plein d'élan,
Faire, sans pause, chanter sa plume qui est bien encrée,
Souvent sur le papier, parfois sur le parchemin.
Il

ajoute, chaque jour, des feuillets à sa chronique
Gargantuine (4); il va, vient pour son monument ;
Il visite les Jacobins (3), les attaque, leur riposte,
Toujours en l'air, hardi, rieur à tout instant.

�224

AUGUSTE

FOURÈS

Se sentis qu'aqui, lèu, passara la Reformo.
se trufant Mèstre Marti Luter

I anòuncio 'n

Que

sus la papautat fa restounti sa gormo,
En filh de faure, afric, ambe uno ma de fer.

Es

qu'i vejèt, nouvici al

cap dous que s'aclenco,
Martini, pus tard le mounje revoultat
Que, foro del pourtalh e de la cour d'Albenco,
En

Vint-e-sieis

ans

après

cremeroun sens

pietat.

Dambe 's lanaires bruts que sentissoun le
surge
E les tisseires gais, parlo
junquos qu'a set.

Tenguèt d'elis belèu

ço que

dits 'En Panurge

Dins le Pantagruel, capitre dos-e-set.

Te

prègui creire, vos qu'ieu-mèmes t'en respounde?
Moun natural, aquel itifalle sacrat,
Messer Coûtai d'Albenco esse 1' prumiè del mounde.
«

—

Digos, escouto aici, coulhetos l'en

sucrât.

«
Teni pas res d'aiço de nescis ou de pastres
Que balhoun per sigur ço qu'an pas vist jamai.

Es que vejères, tu,
En Junh coumo 'n

Quand

froc del mounje de Castres ?
Agoust, en Janviè coumo 'n Mai,

veniò pausa

dedins qualquo lougado,
Fousquèsse à descubert, fousquèsse d'amagat,
«

Per

se

soun orro

vertut, proumtoment, l'oustalado
Ero de calou, tout : femno, orne, mirgo e
gat,

�LA

MUSO

SILVESTRÔ

22$

Il sent que là, bientôt, passera la Réforme.
Il y annonce en se moquant Maître Martin Luther

Qui

la papauté fît retentir

sur

En fils de

forgeron, ardent,

sa

(')

gourmade,
main de fer.

avec une

Y

vit-il, novice à la tête douce qui s'incline,
(7), plus tard le moine révolté
Qui, hors du portail et de la cour d'Albenque,
Vingt-six ans après on brûla sans pitié.
Martini

Avec les laineurs rudes

qui sentent le suint
joyeux il parle jusqu'à ce
Il tint d'eux peut-être ce que dit
Panurge
Dans le Pantagruel, chapitre XVII.
Et les tisserands

la soif
[l'ait pris.

que

Je te

prie de croire (8), (veux-tu que je t'en réponde moinaturel, ce phallus sacré (9),
[même ?)
Messer Cotai (1o) d'Albenque être le
premier du monde.
Dis, écoute ici, couillettesle....sucré,
«

Mon

«

Je

ne

tiens rien de ceci de niais

Qui donnent pour chose sûre

ce

de

pâtres
qu'ils n'ont jamais
ou

Vis-tu le froc du moine de Castres ?
En Juin

«

Quand

comme en

on

Août,

en

Janvier

comme en

venait le placer dans quelque bâtisse,

Soit à découvert, soit cachément,
Par son horrible vertu, promptement,

Etait

en

Mai,

rut, tout

:

la maisonnée
femme, homme, souris et chat.

vu.

�22Ó

AUGUSTE

FOURES'

juri qu'autris cops abió.per mas braguetos....
Algamana vertat ! Vietdàze Priapus !... »
Te

«

Chut ! Poudrion escouta nostros candos droulletos.

Qlue Mèstre Rabelais,

aro, nou

bargue pus !

Alavès, penso pas d'an' à Mount-pelhè vese
Mèstre Roundibilis de qui fasquèt grand laus
E que trento-e-sieis ans pus tard, dins tout soun lese.
Mouris per Reialmount d'un ventrat de bourraus.

Vilogoudou que dins l'Agout miralho
estatjats de cado vielh oustai
Qu'a, ras l'aigo treboulo, un barquet ount travalho
Tinturiè rouge ou blu. cintat d'un davantal.
Trevo

Les balets

A la cieutat

qu'a

:

Dreit !

per

deviso auturouso,

Brave. Mestre Francès, vieu mêmes per la mort,
Metes le bel levam dins ta mait pouderouso.
—

I fas confia le pa

de l'engenh gai

e

fort.

Dejoubs nostre soulelh, toun estre se regalo.
Gloupejos rais e vi. S'es nascut à Chinoun,
Aimos, libre e bulhent, la terro miejournalo :
Toulouso, Mount-pelhè, Castres puei Avignoun.
de sang

de la raço latino.
legauch e le foc.
Toun obro a fosso mots de la lengo moundino.
Es e demouraras del nostre Lengodoc.

Tas

venos an

Des nostris

i

de

as

l'ana, mai

y^ouvembre i88j.

�LA

Je

MUSO

SYLVESTRO

2.27

jure qu'autrefois j'avais dans mes braguettes.....
Algamana vrai (") ! Vietdaze Priapus (nj !...»
Chut ! Elles pourraient écouter, nos blanches fillettes.
Que Maître Rabelais, maintenant, ne parle plus !
«

te

Alors, il

ne pense pas à aller voir, à Montpellier,
Maître Rondibilis de qui il fit
grandes louanges [sirs(u),

Et

qui trente-six

Meurt à

ans

plus tard, (13) jouissant de tous loi-

Réalmont-(16) d'une indigestion de grosses figues
[violettes.

Il hante

Villegoudou (l6) qui dans l'Agout mire
étagés de chaque vieille maison
Qui a, à fleur d'eau trouble, un canot où travaille
Le teinturier rouge ou bleu, ceint d'un tablier.
Les balcons

A la cité

qui

Droit ! (17) pour devise altière,
François, vivant même dans la mort,
Tu places le beau levain dans ta met
(") puissante,
a :

Bon Maître

Tu y

fais gonfler le pain du génie fort et joyeux.

Sous notre soleil, ton être se régale.
[Chinon,
Tu bois, goutte à goutte, rayons
et vin. Si tu es né à
Tu aimes, libre et bouillant, la tête méridionale :

Toulouse(i0), Montpellier(!0), Castres (!l) puis Avignon.(-')
Tes veines

ont du

Des nôtres

tu as

Ton

contient force

Tu

œuvre

es

sang de la race latine. (!:l)
l'allure, et la joie et l'ardeur.
mots de

et tu resteras de notre

1"

Novembre 1882.

la langue toulousaine(!4)
Languedoc. (,s)

�228

AUGUSTE

SAVIÈ

FOURÈS

NAVARROT

Libre,

un pauc trufet, portos sus l'aurelho
Le tieu berret blu dambe rouge floc.

Cantos clar

e

La coumbo

naut. Ta voux airevelho

prigoundo

e

le

pus naut roc.

Sens nega l'engenh dedins la boutelho,
Dises le Bearn en soun parla d'oc
Flourit
Per la

«

coumo

1' prat ount

Republico

Maudit

A le que

as

le

rodo l'abelho.
foc.

cor tout

l'aubère ! » cridères sens crento
fasquèt la Franço doulento,

En forobandint Dreit, Ounou, Vertat.

Berangiè t'aimèt. Tas
Qu'an

mémo

Tenoun le païs

?

francesôs
bearnesos

cansous

vertut que tas

toutjoun encantat.

de ü^ouvembre 1882.

�LA MUSO

SILVESTRO

229

XAVIER NAVARROT

Libre, un peu railleur, tu portes sur
Ton berret bleu avec rouge flocon,
Tu chantes clair

La vallée

et

l'oreille

haut. Ta voix réveille

profonde et le plus haut rocher.

Sans noyer le talent dans la bouteille,
Tu dis le Béarn, en son parler d'oc
Fleuri

«

le

pré où rôde l'abeille.
République tu as le cœur plein de feu.

comme

Pour la

Maudit l'oiseleur !

A celui

»

crias-tu

sans

crainte

qui fit la France dolente,

En proscrivant Droit, Honneur, Vérité.

Béranger t'aima. Tes chansons françaises
Qui ont même vigueur que tes (chansons) béarnaises
Tiennent le pays toujours enchanté.
3

Novembre 1882.

�AUGUSTE

230

FOURÉS

LE BARBO-ROUS

à

'.7^ Jan Gaidan.

Al cap de ta mandoro canto
Un aucelet ivernenc, brun,
Tacat de sang à la garganto
Coumo la Franço en setanto-un.
—

Patrio mieuno

qu'es toucanto
doulou, quand le ten le Hun
Que te sulho e mai que t'aganto
Dos prouvencios, pel' treboulun.
«

Ta

Le bel tems

après la tempesto.
Republico ven. Es lesto,
Dins la pax dousso, al soulelh d'or.
«

La

Atal, le barbo-rous brezilho,
Se pavouno e mai naut se quilho,
Canto toutjoun ambe toun cor.
—

3

de ü^oiivembre 1882.

»

�LA MUSO

SILVESTRO

LE ROUGE-GORGE

à

Jean Gaidan.

A la tête de ta mandore chante

Un oiselet d'hiver, brun,
Taché de sang à la gorge]
Comme la France en 1871.

Ma

patrie, combien est touchante
Ta douleur, quand le Hun te possède,
Le Hun qui te souille et qui t'arrache même
Deux provinces, au milieu du trouble.
«

Le beau temps

après la tempête.
République arrive. Tu es debout,
Dans la paix douce, au soleil d'or. »
«

La

Ainsi, le rouge-gorge gazouille,
prélasse, et, plus haut, il se perche,
Il chante toujours avec ton cœur.
Se

3

Novembre 1882.

23I

�AUGUSTE

232

LAS

cA '5\?
Cabiscol

FOURES

FOCOS A MARSILHO

Alfred Chailan

des

felibres

de

la

e

è 'n Louvis

Mar.

Les Pichous-Bióus-maris

soun

Astruc,

Secretari

dins la

mar

de Nisso,

Régressant la trumado ambe plejo ou granisso
E lhour senet dejoubs laucets e retrouni.
Crentoun pas brico rés. Nadoun, fortis e douces,
Per eolhos, en jaupant, decops, coumo de gousses.
Yès Agoust, es atal que les vesem veni.

S'en

van dreit à l'ounzado e soun pas jamai lasses,
Le cap redound, les uelhs plaçats naut e grandasses
E le mourras espès de louiro, moustachut,

Ount, de cado coustat,
An dos

pichounos

Cridoun.

—

mais

mas ;

en

bel ual pounchejo ;
lhour pel negraut oundejo.

un

vesènt

Marsilho, lèu, fan chut.

S'al

prigound de la mar toumbo lhour voux que reno,
Fan s'enlaira dins pauc coumo un cant de sereno
Per tu soulo, per tu, cieutat des Fouceans :
«

0 citaro

iounenco, aro, cal que nous mènes

Al nids d'en Piteas

Que,

sens

póu,

e

mai d'en Eutimènes

soun anats a través

Ouceans !

�LA

LES

cA M.

MUSO

SILVESTRO

233

PHOQUES A MARSEILLE

(Alfred Chailan,

Président des

félibres

de

la

et à Louis Astruc,

Les Petits-Bœufs-Marins sont dans la

Regrettant l'orage

avec

Et leur réunion

sous

Secrétaire.

Mer.

mer

de Nice.

pluie

ou grêle
les éclairs et le

[tonnerre.
grondement du
Ils ne craignent rien du tout. Ils nagent, forts et doux,
Par troupes, en aboyant, parfois, comme des chiens.
Vers Août, c'est ainsi que nous les voyons venir.

Ils

vont droit à la vague et ne sont jamais las,
La tète ronde, les yeux placés haut et très grands
Et le museau épais de loutre, moustachu,

Où, de chaque côté, une grosse dent oeillère se montre
Ils
Ils

;

deux

petites mains ; leur poil noirâtre ondoie.
crient, mais en voyant Marseille, bientôt ils se taisent.
ont

Si au profond de la mer tombe leur voix rauque,
Ils font s'élever, en peu de temps, comme un chant de
Pour toi seule, pour toi, cité des Phocéens :
[Sirène
O cithare

ionienne, maintenant, il faut que tu nous
Au nid de Pythéas et d'Eutymènes
[mènes
Qui, sans peur, sont allés à travers les Océans.

&lt;

�AUGUSTE

«

FOURES

Qu'ambe nostre ourfeoun, tas cordos que soun ounze

Bruzisquen, dins le port, de las ribos al founze
espandido al cel clar.

De la Mediterrano

Toutis vam, celebrem la belo coulounìo

Que de navigatous partits de 1' Jounìo
Venoun sieta dessus la

peiro de lhour lar.

Soun

poudé fa rampèu à-n-aquel de Cartage,
S'esparidis à l'estrange e mai fort e pus mage.
Roumo devent sa sor, e lusto, per soun dreit,
Mantis poples ardits qu'flpelaboun Barbares,
Galeses, mountagnols liguris e Cavares,
Que counquisteroun pas jamai rés sus l'endreit.
«

Marsilho, tenes bou. La Gaulo

doumdado,
independencio e demoros ligado
A Roumo que pus tard te coupèt l'amistat.
Enemic de Poumpè, César te met le sieti,
Mais, toutjoun pla vivento e sens brico fa plèti,
JReflourisses, famouso, en nauto poutestat.
«

un cop

As toun

Fosso secles après, aici 's Maurouls que passoun
Coumo 1' Simoun afric e, per de. tems, te cassoun
L'estounable rambalh de toun port subrebèl.
Pauc à pauc, te refas e tournos magnifico ;
«

Puei, dins PAtge-mejan, te levos Republico
E countro les Segnous as tengut estampèl.
«

O Marsilho !

Es

un

Depeds qu'auta bufe ou que trou ne !
S'ajères le Petroune,
Puget, l'escultou des Titans.

brès treluzent.

Gardos Peire

�LA

MUSO

SILVESTRO

Qu'avec notre orphéon, tes cordes au nombre
Bruissent, dans le port, des rives au fond
De la Méditerranée étendue au ciel clair.
«

Pleins d'élan, célébrons la belle

d'onze

colonie

Que des

navigateurs, partis de l'Tonie,
Viennent asseoir sur la pierre de leur foyer.
«

Son

pouvoir tient tête à celui de Garthage,
l'étranger et plus fort et plus grand.

Il s'étend à

Rome devient

sa

sœur, et

elle combat, pour son droit,

Maints

peuples hardis que l'on appelait Barbares,
Gaulois, montagnards ligures et Cavares,
Qui ne conquirent jamais rien sur son endroit.
Marseille, tu tiens bon. La Gaule une fois domptée,
as ton indépendance et tu demeures liée
A Rome qui, plus tard, te supprima l'amitié.
Ennemi de Pompée, César fit ton siège,
Mais, toujours bien vivante et sans du tout t'incliner,
Tu refleuris, fameuse, en haute puissance.
«

Tu

De nombreuxsiécles

après, voici les Maures qui passe nt
long temps, ils
[chassent
L'étonnant remue-ménage de ton port plus que beau.
Peu à peu, tu redeviens ce que tu étais : magnifique ;
Ensuite, du Moyen-Age, tu te dresses République
Et contre les Seigneurs tu n'as jamais baissé le caquet.
«

Comme le Simoun ardent et, pour un

[tonnerre gronde.
«

O Marseille !

Debout que l'autan souffle ou que
berceau éblouissant. Si tu eus Pétrone,

Tu

es un

Tu

gardes Pierre Puget, le sculpteur des Titans.

le

�236

AUGUSTE

Fort

es

toun

Balhos toun
—

«

Al

cant

Sul'

bastiment
noum

superbo sa velo.
Franço nouvelo,
menèt cap as orres tirans.
e

al cant de la

que nous

trafic, ambe 1' frount raiant de pouesio,

Anaussos dreit la
La flou d'or de
Tout

FOURÈS

mar

la tieu flou de cacio,

l'amour,

caro

à la jouventut.

daissant raugna las gens qu'an l'armo seco,
O drollo de Fouceio, ô nostro divo greco,
en

Demoro à la clarou, coumoulo de vertut !

Les Pichous Bióus-maris fan salut à

»

Marsilho,
que nilho,
En se despacientant, parivoà-n-un pouli.
Iroundos e gabians van e venoun pes aires
E rasejoun la mar ount les valents pescaires
Trabalhoun al soulelh, en cantant Magali.
Se viroun

sus

l'ounzado

escrumouso

18 de Nouvembre 1882.

�LA MUSO

Fort est ton bâtiment
Tu donnes ton
Au chant

«

qui

et

nom au

nous

SILVESTRO

superbe ta voile.

chant de la France nouvelle,

conduisit tête

aux

affreux tyrans.

Au dessus du trafic, avec le front rayonnant
mer ta fleur d'acacia,

de poésie,

Tu élèves du côté de la

La fleur d'or de l'amour, chère à la
Tout

jeunesse.

laissant grogner les gens qui ont l'âme
O enfant de Phocèe, ô notre déesse grecque,
en

Reste à la clarté, comble de

vigueur !

sèche,

»

Les Petits-Boeufs-Marins saluent Marseille,
Ils

retournent sur la vague écumeuse qui hennit,
perdant patience, pareille à un poulain.
Hirondelles et goélands vont et viennent par les airs
Et rasent la mer où les laborieux pécheurs
Travaillent au soleil en chantant Magali.
se

En

18

Novembre 1882.

�238

AUGUSTE

FOURÈS

FRANCÈS RABELAIS

'EN

cA

'5\] Maurice Faure.

Caro riseiro

e pla flourado,
carnudo, uelh plê de rais,
Barbo fino e recauquilhado,
A 1* cap de Pan, 'en Rabelais.

JBouco

Eime

san e sano

courado,

Estudio à mort, manjo à
Se trufo de la Descarado,
Folh

d'antiquitat

que

bel cais

renais.

Mege, letrut e grand pensaire,
Es parieu à-n-un samoustaire
Que

sens

relambi

va

E que, gai, la talho
Mostro sa puetrino
Ount i

a

d'estelos

18 de Nouvembre 1882.

trepant

crescudo,
peludo

eoumo

Pan.

�LA

MUSO

SILVESTRO

FRANÇOIS RABELAIS
A

Visage rieur et bien frais,
Bouche charnue, œil plein de

Maurice

Faiirë.

rayons,

Barbe fine et annelée,
Il

a

la tète de Pan, Rabelais.

Idée saine
Il étudie
Il

et

poumons

sains,

acharnement, il mange à belles dents ;
rit de la Décharnée,

se

Fou

avec

d'antiquité qui renaît.

Médecin, lettré et grand penseur,
Il est

Qui

pareil à

sans

un

relâche

fouleur (de vendange)
va

dansant.

Et

qui, joyeux, la taille grandie,
sa poitrine velue
Qui est étoilée comme (celle de) Pan.
Montre

18 Novembre 1882.

�AUGUSTE

240

AL

PINTRE

FOURÈS

FREDERI

«Va milhou 'scrieure

en

risent

ASTRUC

qu'en plourant,

Per ço que rire es de l'ome la causo. »
O brave Astruc qu'as un pincèl que gauso,

Aques bourdous, t'abem vist les pintrant !

E

Rabelais, le naut galés, te lauso :
mièjournal, trioumflo en nous moustrant
Le gauch flourit, lenh des cels de quitran,

«

Franc

Mai

«

en

bevènt le vinas

sense

rauso.

Yertat dins vi coumoul de clar soulelh !

Visque la vido

e le magie boutelh,
Que daisso pas jamai sens esperanço !

«

En

se

trufant de la bierro

e

del

gin,

O, cal pinta, per pintra dambe enginh,
^
Le boun vi rouge, Astruc, le vi de Franço !

ç

de Junh 1883.

»

�LA MUSO SÎL/V ESÎftO

AU PEINTRE

Mieulx est de ris que

«

Pour

FRÉDÉRIC ASTRUC

de larmes escripre

que rire est le propre de l'homme. »
O bon Astruc qui as un pinceau qui ose,
ce

Nous t'avons

Et
«

ces

deux

vers

!

Rabelais, le grand Gaulois, te loue :
triomphe en nous montrant
joie fleurie, loin des cieux (noirs comme) spalme,

Même

en

buvant le vin

sans

tartre.

Vérité dans le vin

plein de clair soleil !
magique bouteille
laisse jamais sans espérance !

Vive la vie

Qui

«

peignant

Franc méridional,

La

«

vu

(])

ne

En

se

et

la

moquant de la bièce et du gin,

Oui, il faut boire,
Le bon vin rouge,

9 Juin

1883.

peindre avec génie,
Astruc, le vin de France !

pour

»

(2)

�242

AUGUSTE

FOURÈS

RABELAIS

A

'ÍAC Jan de cBeiissouiiat.

Salut, pla dote e vertuous
Qu'aimi, ieu, certos, e reveri,
O mèstre davant qui mai d'un foutrai
d'arleri,
Coumenfaire de lés, se troubèt vergougnous,
O

tu

qu'apareres Clamenso,
Yalentoment, mais pas soulet,
Te venguèt ajuda Mèstre Esteve Doulet'
Pr' anaira 's Jocs Flourals e la GaioScienço,

—

Salut ! Fau pas rés que passa.
Un pouc pressât, à la boubbouso,
E dit

:

Après Bourdèus, me cal vese Toulouso
aprend à pla dansa,

Ount le boun escoulier

Sustout, à jouga de l'espaso
Que

se ten

Le vesi

ambe las dos

maneja Touledo
Agit dins soun courset

ou

mas.

bé Damas,

sens

margos,

e tout

Visqué P goujat ! Fa doublida
Aques gabarriès bourdeleses
sus la grabo, à lhours leses
Ou quand, lenh del travalh, soun lasses de bada.
Qu'à las luetos fan,

braso.

�LA

MUSO

SILVESTRO

RABELAIS

A

Salut, bien docte

et vertueux

Jean de Boyssoné.

f1)

Que j'aime, moi, certes, et je révère,
O maître devant

qui plus d'une espèce d'extravagant,

Commentateur de lois, se trouva plein de vergogne.
O toi

qui défendis Clémence,
Vaillamment, mais non pas seul,

I! vint t'aider. Maître Etienne Dolet

Pour

placer

Salut ! Je

au

pinacle Jeux-Floraux

(2)
et la Gaie-Science.

fais que passer.

ne

Un peu pressé,
J'ai dit : Après
Où le bon

à l'étourdie,
Bordeaux, il me faut voir Toulouse (?)
écolier apprend à bien danser,

Surtout, à jouer de l'épèe
Qui

se

tient

avec

les deux mains.

Je le vois manier Tolède
Aisé dans

Vive le

son

bien

Damas,
manches, et plein d'ardeur.

ou

corset sans

jeune homme ! Il fait oublier
gabarriers bordelais
Qui font aux luettes, sur la grève, à leurs loisirs [neilles.)
Ou quand, loin du travail, ils sont las de
bayer (aux corCes

�244

auguste

fourès

Aici, demourarè pas gaire.
Vous i brulloun vieus, les regens.
Mouri
E

parivoment coumo s'eren d'arencs !
touljoun pla prou set, sens me calfa, pecaire !

Digo-me ! N'es pas acusat
De tene encountro le Sant-Paire ?
Tè !

Ven

Se t'en

l'enquisitou seguit del Grand Cremaire !
tiros, segnou, saras un fi rusât.
A Pòli !

—

Calhi. L'uelh que trauco,

Bruneto, à la bouco
Uno moundino

Dambe les

un

mamoïs,

pas brico de guingoïs,
peds patuts de la Reino Pedauco.
cour

Va cap à Garouno, e mai ieu.
I veirè 1' mouli del Bazacle

Que fosso vouiajous an pourtat al pinacle.
Auzissi

sous

traquets. Qun tapatge ! Bou dieus !

Mais,

pas à moun aise brico.
qu'è d'or toulousan,
Mourtal e pernicious coumo l'chaval
Sejan.
Un pessoment parieu me balho la coulico.
soum

On dirió

Adessiats, Jan de Beussounat !
Arri, bourriquet ! Vite, as barris !
Aici l'outicial e les grandis vicaris !
Ohi ! Doutou-regent, vas esse coumdanat !

�LA

Ici, je ne

MUSO

SILVESTRO

séjournerai guère.

On y brûle vifs, les régents.
Mourrir pareillement comme

J'ai toujours

si

Dis- moi ! N'es-tu pas
De tenir contre le
Tiens ! Voici

étions des harengs !
meehauffer, pauvre de

nous

bien assez soif, sans

[nous !

accusé

Saint-Père ?

l'inquisiteur suivi du Grand Brûleur !
seigneur, tu seras un fin luron.

Si tu t'en tires,

A l'huile ! Je

me

tais. L'œil qui troue,

Brunette, une violette à la bouche,
Une toulousaine marche point de travers
Avec les

Elle

va

pieds pattus de la Reine Pédauque,

droit à Garonne, et moi (j'y

vais) aussi.

J'y verrai le moulin du Bazacle (6)
Que de nombreux voyageurs ont porté au
J'ouïs ses cliquets. Quel tapage ! Bon dieu
Mais, je ne suis pas

à

mon

(s)

pinacle.
!

aise du tout.

j'ai de l'or toulousain,
Mortel et pernicieux comme le cheval Séjan. (7)
Un ennui pareil me donne la colique.

On dirait que

Adieu, Jean de Boyssoné !

Arri, bourriquet ! Vite aux faubourgs
Voici l'official et les grands vicaires !
Ohi !

Docteur-régent, tu vas être

!

condamné !

(4)

�246-

FOURÈS

AUGUSTE

Pauras ! Al diables de biterno !
Le

legnè flambo, cal parti.

E prou fait le badec. Hèu ! Nou vòli rousti
Pas mai sus toun endreit que dins la braso eterno.
14

de Mars 1883.

LE CAMPANAL DE LAS
Â

mowi

PRIMTANIEROS

parien de noum e amie Jan-Eli Fourès.
I

Las iroundos fan la naveto
Dins le cel blous ount la lauzeto
Va

semena soun

canttindent,

Joubs les tremouls,

plés de canilhos
qu'an, sul' trounc, de noums de filhos
Escrieuts dambe un coutèl prudent,
Per la vermo erbudo qu'estelo,
Astre menut, la pimparelo,

E

A la cimo de lhour

—

penet,

Dins lhour capso verdo e frounzido,
A belos sieis, fan sa brandido,
Las primtanieros d'or claret.
II
Ce

qu'es encaro renascudo
poulido reboundudo
Que dempuei Junh i ero pas mai.
«

La

tant

Yen d'estira cambos

e

brasses,

�LA

MUSO

SILVESTRO

Pauvre ! Au diable de biterne !
Le bûcher
J'ai

assez

Sur

ton

14

247

(8)

flambe, il faut partir.

fait le badeau. Holà ! Je
endroit que

ne

veux

pas

plus rôtir

dans la braise éternelle.

Mars 1883.

LE

CARILLON
A

mon

DES PRIMEVÈRES

homonyme et ami Jean-Elie Fourès.
I

Les hirondelles

vont et

A travers le ciel pur

Va

semer son

viennent

comme une navette

où l'alouette

chant tintant,

Sous les
Et

peupliers-trembles, pleins de bourgeons-floraux
qui ont, sur le tronc, des noms de filles

Ecrits

avec un couteau

bien coupant,

A travers la

berge herbue qu'étoile,
pâquerette,
A la cîme de leur lige,
Dans leur capsule verte et plissée,
Par six, elles se secouent
Les primevères d'or clair.

Astre menu, la

II
C'est

qu'elle est encore revenue
jolie enterrée
Qui depuis Juin n'était plus là.
Elle vient d'étirer jambes et bras,
La si

�248

AUGUSTE

Del
E

loung

se

levo

repaus un
sens

dire

FOURÈS

boussi lasses

un

ai !

Es

pla nous aus, las primtanieros
Que balin-balejam, premieros,
Per soun frount pur, soun pel sedous,
Per sa voux tendro e musicairo,
E per soun alé qu'a la flairo
Tant bouno del mamoïs audous.

III

E las campanetos couralos
T'an un bruch de finos cimbalos.

Spunoun de la jouve sasou
Las maitinos que

regaudissoun :
Depeds ! les jouns frejis finissoun !
Braves goujats, levats-vous, zou !
Aici 1' temps de la belo primo !
«

Am, felibre, casso la rimo !
O coucuts, lèu-lèu cantarets !
Drollos

jaurelos e mainados
Qu'abets tant pòu d'esse panados,
S'abets pas

aimat, aimarets.

»

IV

Après

uno pauso reprenoun :

Que lenh s'en anguen les que renoun,
Toutis les maissants descarats !
«

Emperlejados

per

l'albeto

�LA MUSO

Du
Et

SILVESTRO

repos un peu las
lève sans pousser un

long
se

aïe !
primevères
brimbalant, premières,

C'est bien nous, les

Qui

en

front pur, ses cheveux soyeux
voix tendre et musicale,

Pour

son

Pour

sa

Et pour son haleine qui a le parfum
Si bon de la violette odorante.

III

Et les clochettes cordiales
Ont

un

Elles sonnent de la
Les matines
«

cymbales.
jeune saison

bruit de fines

qui réjouissent :
jours froids finissent !

Debout ! les

jeunes gens, levez-vous, hop !
prinptemps !
Allons, félibre, chasse la rime !
O coucous, bientôt vous chanterez,
Fillettes rieuses et jeunes fillés
Qui avez si peur d'être volées,
Bons

Voici la saison du beau

Si

vous

n'avez aimé, vous aimerez. »

IV

Après une pause, elles reprennent :
« Qu'ils s'éloignent ceux qui grognent,
Tous les mauvais visages !
Emperlées par l'aube

249

�AUGUSTE

FOURES

De ros, espertan
Les
Le

clins l'erbeto
parpalhols blus e daurats.
campanal flourit baralho,

Lenh del voulam

ou

de ladalho

Que

va sego tout sens pietat,
Mentre que le soulelh poutouno
La Primo qu'a roufles nous douno

Gauch,
$

amour e

mai libertat.

d'Abrilh 1883.

LES

PLATANIÈS

A

'ÍA£ cAmat Grand.

Naut, dins l'aire tebés, loung de las passejados,
Les plataniès que fan rusco novo en creissènt,
Daissoun s'entremescla sas brancos estatjados
Ambe las bolos-flous e 1' fuelhatge naissènt.
Qunis gigants !

D'aici, las

serros

Joubsle soulelh d'abrilh, que se
Per lhour

enroujados
vei mourissènt,

capelh ardit, —d'un pam, sembloun passados.
al vespre assoupissènt.

S'estiroun douçoment

Tenoun la magestat,

la vertut, l'eleganço,
Aques albres prezats del' miechjoun de la Franço
E qu'aimeroun aujols, les Grecs mai les Roumans.

�LA

MUSO

SYLVESTRO

251

De rosée, nous réveillons dans l'herbe
Les

papillons bleus et dorés.

Le carillon fleuri sonne,
Loin de la serpe ou de la

faulx

Qui coupe tout sans pitié,
Tandis que le soleil baisotte
La Jeune Saison qui, en veux-tu

Joie,

amour et
jr

?

en

voilà !

nous

donne

liberté.

nAvril 1883.

'

LES PLATANES

A

Aimé Grand.

.Haut, dans l'air tiède, le long des promenades,
Les

platanes qui font écorce neuve en
Laissent s'entre-mêler leurs branches
Avec

leurs fleurs réunies

en

croissant,
étagées
tètes globuleuses et leur
[feuillage qui naît.

Quels géants !

D'ici, les sierras teintes de rouge
l'on voit mourant,
Par leur faîte hardi, d'un empan semblent dépassées.
Ils s'étirent doucement à la vesprée assoupissante.

Sous le soleil d'avril, que

Ils

la

majesté, la vigueur, l'élégance,
prisés du Midi français
qu'aimèrent nos aïeux, les Grecs et les Romains.
ont

Ces arbres si
Et

�AUGUSTE

252

FOURÉS

Superbis, le trounc lis coumo un bùst de divesso,
I atrio d'espandi tourna lhour ramo
espesso
Que vudo, en Messidor, de frescuro as umans.
8 d'Abrilh

1883.

A

JUDIT MENDÈS

Sounet revirat d'en Victor Hugo.

La

mort e

la bèutat

soun

Que

vous .tenoun tant

Que

se

dos

causos

d'oumbre

e

prigoundos

tabès tant d'azur

dirion dos sors, terriblos

Ajent mêmes secrets

e

e fecoundos,
devinalhs, sigur.

O

mouliès, voux, esgards, negre pel, trenos bloundos,
Vivets, mourissi ! Ajats amour, gració, esclat pur,
O perlos que la mar mesclo à sas grandos oundos,
O treluzents aucels de la selvo à l'escur !

Judit, nostris destins se
Que se creirió 'n vesent

tenoun mai
toun

Tout le canvalh divenc parés

visatge

encaro

e ma caro :

dins le vostre uelh.

E

ieu, sentissi 1' gourg estelat de moun amo ;
Se vei, em toutis dous vesis del cel, Madamo,
D'abord que, vous, ets
11

de Mars 1882.

belo

e

d'abord que soun vielh.

�LA

MUSO

SILVESTRO

Superbes, le tronc lisse

comme un buste de déesse,
Il leur tarde detendre de nouveau leur épaisse ramure

Qui

verse, en
8 zAvril

AVE,

Messidor, de la fraîcheur

aux

humains.

i88j.

DEA, MORITURUS TE SALUTAT !

La mort et la beauté

sont

Qui contiennent

d'ombre et d'azur, qu'on dirait

tant

deux choses

profondes

Deux sœurs,

également terribles et fécondes,
Ayant la même énigme et le même secret.
O femmes, voix,

regards, cheveux noirs, tresses blondes,

Vivez, je meurs ! Ayez l'éclat, l'amour, l'attrait,
O perles que la mer mêle à ses grandes ondes,
O lumineux oiseaux de la sombre forêt !

Judith, nos deux destins sont plus près l'un de l'autre
Qu'on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ;
Tout le divin abîme

Et moi,
Nous

je

sens

sommes

Puisque

vous

ii

apparaît dans

le gouffre étoilé de

vos yeux,

âme ;
ciel, Madame,

mon

tous les deux voisins du

êtes belle et puisque je suis vieux.

Mars 1882,

�AUGUSTE

FOURÈS

PLEJO D'AVRILH

A

«

Plau. Le canal boutiolo
Dreit le cel d'un

e

la

gris dous,

'

í/\£ zAlbert Savino.

vermo ven
—

molho.

toutis verds, les pibouls,

Daissats, i a pauc de tems, per l'auto fado e folho,
Bevoun, del cap as peds, retes e sens mourmouls.

Après le vent afric que brandis e degolho,
La plejo apazimairo es vengudo as tremouls
Que, dema, pel soulelh, — oundrejats d'uno colho
D'aucels, — s'assecaran, tranquillis e sadouls.
Dinsl'ort ount les rousiès

auran

lèu de flous vivos,

Roujos, blancos, d'or palle e toutos agradivos,
Parés le roussignol, valentament gaujous.
cugejant, — sus un branquet se quilho
de cristal s'enlairo, s'escampilho
semblo trauca le grand ridèu plejous.

Sautejo
Lèu,
E

me

en

soun cant

Abril h r88j.

,

�LA

MUSO

SILVESTRO

255

PLUIE D'AVRIL

A Albert Savine.

[devient molle.
pleut. Le canal se couvre d'ampoules et la berge
Droit au ciel d'un gris doux, tout verts, les peupliers,
Lâchés, il y a peu de temps par l'autan deux fois fou,
Boivent, du faîteaux pieds, roides et sans murmures.
Il

Après le vent ardent qui secoue et démembre,
Voici la pluie calmante pour les trembles
Qui, demain, au soleil, ornés d'un vol
D'oiseaux, se sécheront, tranquilles et repus.
Dans

le

[vives
jardin où les rosiers auront bientôt des fleurs

Rouges, blanches, d'or pâle et toutes agréables,
Arrive le rossignol, joyeux vaillamment.
Il sautille, en battant de la queue, sur une
Bientôt son chant de cristal s'élève
Et il semble
Avril

[il se perche ;
petite branche

qu'il troue le grand rideau pluvieux.
1883.

�256

FOURÈS

AUGUSTE

LE

ÇUPRESSIÈ

vejèt dins un ort de delicis,
sa bordo e, mai avant,
Zourouastre, en vincènt milanto desaguicis,
Al palais de Goustasp le planto e ven gigant.
Petroune le

Pline le Yielh n'oundrèt

Pel'

jouve Ciparisse ajèt de sacrificis.

Piramidal, sarrat, jamai nou s'alagant,
pourtat d'edificis.
Quefasqueun frech de loup, que rounfle l'ouragan,
De

soun

Gardo

soun

Partido,
Per ço

fust rousinous

vert

uno

a

tristas, subre les cementeris !

sieu bolo espanto les arleris,
vese un orre cap de mort.

qu'i semblo

Visque l'albre crestès ! La cardino ianiso.
Aimi le çupressiè que, countro vent de biso,
Paro les doussis iruts de la vigno e de l'ort.
4

de Mai 1883.

�LA

MUSO SILVËSTRÔ

LE

Pétrone le vit dans
Pline l'Ancien

CYPRÈS

jardin de délices,

en orna sa

maison de campagne et,

bien
vainquant mille désagréments,
[avant,
palais de Goustasp le plante, et il devient gigantesque,

Zoroastre,
Au

un

257

en

En l'honneur du

jeune Cyparisse il eut des sacrifices.
Pyramidal, (le feuillage serré), ne se pliant jamais,

Il

a

servi à la construction d'édifices

Qu'il fasse

un

froid de loup, que

avec son

bois rési-

l'ouragan ronfle, [neux.

Il

garde son vert triste, au-dessus des cimetières ! [dicules
Coupée en deux, une deses boules épouvante les niais riParce qu'il leur semble y voir une horrible tête de mort.
Vive l'arbre crêtois ! Le chardonneret y
J'aime le cyprès qui, contre la bise,

Tient à l'abri les doux fruits de la

4

Mai i88j.

niche.

vigne et du jardin.

�FOURÈS

AUGUSTE

258

A

BITCHE

O Bitche de la Mouselo

Que

ses arc

à PAlemand,

Mais que demoros fidelo
A la Franço, que t'aimam

!

E tant fiero Doumaiselo,

Abem, aici, toun galant
Que te mantenguet

El, valent

Teissiò,
—

—

coumo

nous

Probo de.
Lou

piucelo !

Talhant,

pourtèt toun gage,

sou n

bel courage,

drapèu francès broudat.

Quai te lou tournara cande ?
Quai

sera

Quai ?

—

(Parla d'Albi),

lou nostre mande ?
Teissiè, lou grand souldat !
Mai de

188y

�LA

MUSO

SILVESTRO

A BITCHE

O Bitche de la Moselle

Qui

es

Mais
A la

maintenant à l'Allemand,

qui demeures fidèle
France, que nous t'aimons !

O si fière

Demoiselle,

Nous avons, ici, ton amoureux
Qui te maintint pucelle !
Lui vaillant

Teyssier,

Taillant,

nous apporte ton gage,

Preuve de
Le

comme

son

beau courage,

drapeau français brodé,

Qui te le rendra, sans tache ?

Qui

sera notre

délégué ?

Qui ? Teyssier, le grand soldat !
(Parler d'Albi),

Mai

/88j.

�2Ó0

AUGUSTE

LES

FOURÈS

JOUVES DIEUSES
A

Per

uno

albo

' N Raoul

Lajageto.

emparadisanto,

Les Jouves Dieuses

soun

nascuts,

Dins la Naluro trioumflanto ;

Fiers, radiousis, envincuts,
S'en

la primo amourouso
toutjoun flourit,
Dambe lhour lingesso garbouso,
Le cap levât, Puelh aberit.
van

per

E le cami

S'en

van

dins lhour nuditat casto,

En auzissent pata lhour cor ;
Soun toutis armo entousiasto.

Devisatjoun le soulelh d'or.
Yoloun doumda

feramios, moustres,

L'ome azirous, l'orre animal,

Que s'espatarroun dins les soustres
E que soun

les estres del Mal.

Que venguen soûls ou per réngados !
Elis, an poupat de boun lait ;
Se trufoun de las

moussegados,
qu'es laid.

Des vrims, e de tout ço
As

bosques que de flous s'esteloun,
Per s'amusa coupoun de brocs,

�LA

LES

MUSO

JEUNES DIEUX
A Raoul

Par

aube

une

2ÒI

SILVESTRO

Lcijagette.

emparadisante,

Les Jeunes Dieux sont nés,
Dans la Nature

triomphante

;

Fiers, radieux, invaincus,
Ils

vont à travers

le

Printemps
toujours fleuri,
sveltesse galbeuse.

amoureux

Et le chemin
Avec leur

Le front levé, l'œil éveillé.
Ils vont dans leur chaste nudité,
En ouïssant battre leur
Ils
Ils

coeur :

l'âme toute

pleine d'enthousiasme.
dévisagent le soleil d'or.

ont

Ils veulent

dompter bêtes fauves, monstres,
animal,

L'homme haineux, l'horrible

Qui
Et

se

vautrent dans les sentines

qui sont les bêtes du Mal.

Qu'ils viennent seuls, ou par rangées !
Eux, ils ont tété du bon lait ;
Ils

se moquent des morsures,
Des venins, et de tout ce qui est

Aux bois

Pour

se

laid.

qui s'étoilent de fleurs,
des bâtons,

récréer ils coupent

�2Ó2

AUGUSTE

Les
En
Al

FOTJRÉS

jetoan naut e les aceloun,
galaupant, à través rocs.

dins l'oumbro d'un calpre,
le brusc emaugut,
E, dambe un calhau vieu pr'escalpre,
pèd

e

Se pausoun,

Faissounaran lhour branc ramut.
De fantasiós

d'ardidessos

e

N'an pas

jamai brico rigol ;
Aprivasoun las liounessos
E puei levoun un nids d'auriol.
Escaloun, sèns pòu, dreit l'aiero
De

l'agio; agantoun les aglous;.
Apuei fan un fais de falhero
E de milanto belos

Quand

flous,

veni de divessos,

vesoun

Sui' cop se van escamussa,
Et darrè las ramos espessos,

Tremoulants, las daissoun
Ai !

passa.

Qu'un joun lhour cor las remire,

Per la Beutat

sara

vincut ;

Alavès, l'Amour pouira dire :
Les Jouves Dieuses

an

viscut.

Mais, dambe la
Quand

souno

sasou maienco,
l'ouro del revelh,

Renais la Jouventut
Yalento
ij

e

belo,

de Juillet r88j.

en

divenco,
plen soulelh.

�LA

MUSO

SILVESTRO

Ils les

jettent haut et les reçoivent
En courant, à travers les rocs.

dans leur main,

Au

pied et dans l'ombre d'un charme,
reposent, la poitrine palpitante,
Et, avec un caillou aigu en guise de bédane,
Us façonneront leur branche feuillue.

Us

se

De fantaisies

et

de hardiesses

Ils n'ont jamais leur soûl;
Us apprivoisent les lionnes
Et ensuite ils lèvent

un

nid de loriot.

Ils montent, sans peur, droit à l'aire
De l'aigle ; ils saisissent les aiglons ;

Ensuite, ils font

un

bouquet de fougère

Et de mille belles fleurs.

Quand ils voient venir des déesses,

Sur-le-champ ils

vont se cacher,
Et derrière les épaisses ramures,

Tremblants, ils les laissent passer.
Ah ! Qu'un

jour leur

Par la Beauté il

sera

cœur

les admire,

vaincu ;

Alors, l'Amour pourra s'écrier
Les Jeunes Dieux

Mais,

avec

Quand

ont vécu

;

!

la saison printanière,

sonne

l'heure du réveil,

Renaît la Jeunesse divine,

Vaillante
/7

et

belle,

en

Juillet 188}.

plein soleil.

263

�264

AUGUSTE

FOURÈS

LA MORT DES UELHS

Tous uelhs

pel' darniè cop saludoun
salvatge gourri ;
Es à prou-peno se m'i vudoun
Les rais que le fasion flouri.
Moun

de

cor

Viroun,

on diriò que se mudoun,
Dejoubs le perpelh fan touri,
0 ma pauro amigo, e's'atudoun
Coumo d'astres que van mouri !

M'en

vau

Moun cel
Tre la

vite, amagant ma caro.
amourous se

mort

Qu'a-naut,

de

28 de

mascaró,

belis uelhs.

de negrostelos
sus las estelos,

coumo

S'espandisquen
Sus les

sous

lugras-e les soulelhs '

Julhet i88y.

�LA

MUSO

SILVESTRO

LA MORT DES YEUX

Tes yeux pour la dernière fois saluent
Mon cœur de vagabond sauvage ;
C'est à

peine s'ils y versent
qui le faisaient fleurir.

Les rayons

Ils tournent, on dirait qu'ils
Sous les cils, ils se cachent,

s'en vont,

O

ma pauvre amie, et ils
s'éteignent,
Comme des astres qui vont mourir !

Je

m'enfuis, cachant

mon

Mon ciel

amoureux se

La

de

mort

ses

visage.

mâchure,

beaux yeux venue.

Que là-haut, (des nuages) pareils à de noirs linceuls
S'étendent
Petites

et

28

sur

les étoiles

grandes et les soleils !

Juillet 1883.

265

�206

AUGUSTE

AS

FOURES

MARTINAIRES

cA'« Felis Hemoun.

Ausissets ! Dins la verdo coumbo

Ount s'es calhat l'aucel
Le martinet

aurieu,

ferme, toumbo,
Maugut pel' Sor claret e vieu.
va

A per margue uno

Semblo

un

bravo fusto
elefantesc ;

capas

Pezucoment

tusto

Nous estrissariò

e

;

retusto.

clesc.

coumo un

Coussi pato sus las pastelos
De rouge couire tout rouzent
E te fa resquita d'estelos
Subre 1'

fargaire aqui jacent !

El, dambe de doublos mourdassos
Fa
—

rouda,

fa 'n rigol,
l'autro, brutassos,
pairol sus pairol.

sens ne

L'uno dedins

Las

pèços

:

Soun ré que coupo negro,
D'ana passa per l'atelhè,

D'aqui sourtiran

coupo

i

manco

blanco,

Que ! L'ounou de l'escudelhè.

�LA MUSO

AUX

SILVESTRO

MARTINEURS

A M. Félix Hémon.

Ouïssez ! Dans la verte combe
Où s'est

tu

l'oiseau sauvage,

Le martinet
Mu par

va

ferme, tombe,

le Sor clair et vif.

manche une solide poutre ;
une tête d'éléphant:
Pesamment, il frappe et refrappe.
Il nous triturerait comme une coquille.
11

a

pour

Il ressemble à

Comme il

frappe sur les lingots
cuivre tout brûlant
Et (comme) il fait rejaillir des batitures
Sur le forgeron qui gît là !
De ronge

Lui,

au moyen

dédoublés tenailles,

Il fait tourner, sans en
L'une dans

Les

l'autre,

avoir son soûl,
brutes.

encore

pièces: chaudron sur chaudron.

Elles ne sont que coupe noire, il leur manque
D'aller passer par l'atelier,
De là elles sortirent coupe blanche,

Quoi ! l'honneur du dressoir.

267

�208

FOURÈS

AUGUSTE

Salut, ô negres martinaires
Qu'ai ped del rude Bernicaut,
Dins

un

oustal bas

Prenets peno,

aires,
talen e caud !
et sens

Gracios-à-n-vous la mestrairalo
Pot fa le milhas, aquel pa
Del gazalha que se 'n regalo,

Quand, bulhent,

ie

vudo al soupa.

Gracios-à-n-vous, sa ma siguro
A le plasé, le loung del rieu,
Ambe de sablou mai d'escuro,
De T tene d'un cramezit vieu.

Salut,

ornes

Del vielh

des martelasses

vilatge de Durfort !

Sabi que n'ests pas jamai lasses.
Tustats toutjoun, tustats à mort

Fasets tremouia

!

nostro terro

Per la pax que voulets à founs,
En plagnent les que per la guerro

Fargoun de salvatges clarouns.
4

de Setembre 1883.

�LA

MUSO

SILVESTRO

Salut, ô noirs martineurs,
Qui, au pied du rude Bernicaut,
Dans

une

maison basse

Prenez de la

Grâce à

vous

Du laboureur
on

aérée,

la maîtresse-valette

Peut faire le millas.

Quand

et non

peine, faim et chaud !

pain
qui s'en régale,
ce

le vide, bouillant,

au souper.

Grâce à vous, sa main sûre
A le

plaisir, le long du ruisseau,
et de la prêle,

Avec du sable fin
De lui

conserver sa

couleur d'un cramoisi vif.

Salut, hommes des lourds
Du vieux

marteaux

village de Durfort !

Je sais que vous

n'êtes jamais las.
Frappez toujours, frappez à tout briser !

Faites trembler notre terre
Pour la

paix que vous voulez complètement,
En plaignant ceux qui pour la guerre
Forgent de sauvages clairons.
4

Septembre 1883.

�AUGUSTE

270

LUSCRE AL' LUSCRE

DEL'

A

Le

FOURÈS

moun

amie Edouard

Calvignac.

joun s'enfuch douçomentet,

Mais la nueit

tourno cauto-cauto,

E, subre sa palloto gauto,
Pauso, emaugudo, un fresc poutet.
El s'en va,

quand elo demoro ;
les ort.s, le roussignol
Canto, canto à plen gargalhol,
De per

Pr'embelina tout le deforo.

Coumo

un

semen

de blad nouvel,

Las estelos, uno en per uno,

Entournejant la blanco luno,
S'escampilhoun à través cel.
La nueit s'enfuch

douçomentet,

Tourno la Primo-albo
Sa bouco

roso sus sa

Fa tinda vite
6 de Setembre

un

t88y.:

sens

fauto ;

gauto

clar poutet.

�LA

DU

MUSO

CRÉPUSCULE

A

Le

SILVESTRO

mon

AU

CRÉPUSCULE

ami Edouard

jour s'enfuit tout doucement,
de chatte,

Mais la nuit revient à pas
Et sur sa joue pâle,
Elle

dépose, émue,

un

frais baiser.

Lui s'en va, tandis

qu'elle reste ;
jardins, le rossignol
Chante, chante à plein gosier,
Au milieu des

Pour charmer tout le dehors.

Comme

une semence

Les étoiles, l'une

de blé nouveau,

après l'autre,

Entourant la blanche lune,

S'éparpillent à travers le ciel.
La nuit s'enfuit tout doucement,
Elle revient l'Aube
Sa bouche

Fait tinter vite
6

sans

rose sur sa
un

manquer ;

joue

clair baiser.

Septembre 1883

27I

Calvignac.

�AUGUSTE

372

FOURES

LA PIRAMIDO

(T)'après

Joubs le soulelh
Dins la

pintre russe)

que fa blancs cel e ter.ro,
vei d'albrasses counturbats,

rouzent

piano ount

S'adreito

un

se

mount afrous de cluscos que

la
Empialèt, aquital, après d'orres coumbats.
La

un

piramido creis, lèu doumino la

guerro

serro.

Trauco l'immensitat. Quantis cl'omes toumbats !
Les tirans fan pata, de dreito e mai d'esquerro,
Sens un boussi d'arrest, les poples acabats.

E la barbaritat,

coumo

le mesuraire

Davant les sieus
Amountairo

pialots, nou se pauso pas gaire,
toutjoun de caps cluscopelats.

Aco 's l'auta levât al dieus de las batalhos

Per

autris, martis nescis de las mitralhos
Que servissaits de proio as reises pla 'ntaulats.
vous

io

de

Juillet i8go.

�LA

MUSO SILVESTRO

LA

(D'après

273

PYRAMIDE

un

peintre l^usse)

Sous le soleil brûlant
Dans la

plaine où

Se dresse

un

Amoncela,
La

se

qui fait blancs ciel et terre,
voient des arbres tordus,

affreux

en cet

monceau de crânes
que la guerre
endroit, après d'horribles combats.

pyramide croît, bientôt elle domine la

Elle

troue

sierra.

l'immensité. Combien d'hommes tombés !

Les tyrans font se battre, de droite et de
gauche,
Sans le moindre arrêt, les
peuples épuisés.
Et la barbarie, comme le

Devant

ses

piles,

ne se repose

Elle amoncelle toujours

C'est l'autel
Par

érigé

mesureur

au

des

de

blé,

guère,

têtes

pelées.

dieu des batailles

autres, martyrs niais des mitrailles
Qui servez de proie aux rois bien attablés.
vous

10

Juillet 1890.

�FOURÈS

AUGUSTE

274

GARIBALDI

A'N

I

O belo
Des

e

nauto espaso

poples alertats

Per tourn'abe lhours libertats,
La

justicio t'abraso
lauceja sus reises acatats.
Dins ta roujo camiso,
Flambejos, magnifie,

Et te fa

Sus l'escur

e venes,

afric,

Balha ta valentiso
A la

Franço lutant countro un orre

enemic.

II

As vist le
De la belo Italio

ana

gouvernaire
vès l'Austrician.

Vol fa debrembra'n temsque n'es posbrico
Ount le Francès en fraire

ancian

en Francès-Jousep èro ambe l'italian.
Quantis de faseires d'enganos,

Countro

Apostoulsde mal-urqu'escouloun souvenltrop !
Es que n'an pas pensat de mounta'n segound cop
Las vespros Sicilianos ?

�LA MUSO

A

SILVESTRO

GARIBALDI

I
O belle

et haute
épée
peuples en alerte,
Pour reprendre leurs libertés,

Des

La Justice t'enflamme
Et te fait

jeter des éclairs sur les rois courbés.
chemise,
Tu flamboies,
magnifique,
Sur l'obscurité et tu viens, ardent,
Dans

ta

Donner

rouge

ta

vaillance

A la France luttant contre

un

affreux ennemi.

II
Tu

as vu le
gouverneur
De la belle Italie aller vers l'Autrichien.

Il veut faire oublier

Où le

Français

Contre

en

un

temps qui n'est guère ancien

frère

François-Joseph était avec l'Italien.
brouillaminis,

Combien de faiseurs de

Apôtres de malheur que l'on écoute souvent trop !
Est-ce qu'ils n'ont pas pensé de monter une seconde fois
Les vêpres Siciliennes ?

�276

AUGUSTE

FOURÈS

PASSAT

Le soulelh descendut,

joubs le cel

Mai ount la luno semblo

un

gros

que s'embrumo
trounche (*) gastat,

M'arresti, le cap bas coumo un taure que tumo
E, sui' passat prigound, l'eime triste acatat.

Esparrabissoment d'espers dins la nueit trumo.
E de gauches de flambo al canvalh espantat
Per l'aujan de la mort que toutjoun s'i agruno !
O miech-abaliment de ço que soum estat !

Mais, talis que dejoubs les coumpeirès afrouses
Sidobre, on auzis de rieuses vieus e blouses

Del

Brounzina

d'amagat per sourti verts e clars,

Mas joios de vingt ans, qualque tems reboundudos,
S'enlairoun del desastre ardidoment aludos.
E

tournoun

dins

moun cor coumo per

Lamalou-l'Ancian,

iç

les jours cars.

de Sètembre 1889.

�MUSO

LA

277

SILVESTRO

PASSÉ

Le soleil descendu, sous le ciel

qui s'embrume

gâtée,
qui donne des coups de
Et, sur le passé profond, la pensée triste penchée, [corne

Et où la lune semble

une

grosse orange

Je m'arrête, comme un taureau

d'espoirs dans la nuit trouble
gaîtés de flamme au précipice épouvanté
les oiseaux de la mort qui toujours s'y réunissent

Effondrement
Et de
Par

O presque

.

disparition de ce que je fus !

Mais, tels que sous les amas de rocs affreux
Du Sidobre, on ouït des ruisseaux vifs et purs
Bourdonner en cachette pour sortir verts et clairs,

Mes joies de vingt ans, pendant quelque temps
S'élèvent du désastre, hardiment ailées,
Et reviennent dans

mon coeur comme

Lamalou-l'Ancien,

ig

par

Septembre 1889.

ensevelies,

les jours chersi

��LA

NOTES

LA

MUSO SIL^ESTRO

DE

REINO

L'AUTEUR

PEDAUCO.

-

p.

8.

(1) Toulouse fut cédée,
trice

Constance,

au nom

en 418, aux Wisigoths par le pade l'empereur Honorius.

« Les haches de pierre sonnaient.» Chant d'Hildebrand
Hadubrand, — trad., Ampère.

(2)
et

(3) Libertés municipales, 1206-1229.« Une simple commune
France, dit Chateaubriand, la petite république de Tou¬
louse, brava, pendant vingt ans, les anathèmes des papes,
les fureurs de l'inquisition, les assauts de trois rois de
de

France.

»

Le mérite des professeurs fut tel qu'il donna nais¬
conte populaire que Virgile, abandonnant Rome,
était venu étudier la littérature au collège de Pech-David. »
Précis de l'histoire de Toulouse. Biogr., toulousaine, T. I,
1823.
(4)

«

sance

(5)
rang

au

L'an de Rome 678, Toulouse fut, dit-on, élevée
de colonie de la République. » id. id.
«

(6) Il assassina

son

frère Théodoric II.

au

�i8o

AUGUSTE

FOURÈS

(7) Histoire des Institutions religieuses, politiques, judi¬
par Alexandre

ciaires et littéraires de la ville de Toulouse,
du Môge. T. I. P. 120.

AS

TROUBAIRES

FLAMINJANTS.

-

p. 20.

(Envoi retrouvé dans les papiers de l'auteur.)
la

(Dans la « Lauseto
poésie de Fourès :)

de 188j

»

ou

trouve

CMandadis à 'ÍA£

un

sonnet de Paul de S\Cont

en

réponse à

Pol de Mont.

Qui n'aimo pas soun brès n'a pas cap de patrio !
Siogue toun ferme crid, troubaire à-n-qui atrio
f

De

vese

»

la Federacieu !

O Pol de

Mont, coumbat dreit l'acrin ! Le que mounto
A l'assaut de l'escur, sense cap de falso ounto,
A l'aveni treluzent sieu.

A

N'

ARTHUR

»

GONCHE.-p.

34.

(1) D. Victor Balaguer fut-il, comme Castelar et Py y
Margall, proscrit à la suite de l'insurrection de Juin 1866 ?
Arthur Conche m'a écrit à la date du
dû

dire que

22

Novembre

:

«

J'ai

j'ai connu Balaguer en France, proscrit,
conspirant, en 1867, je crois. C'était un révolutionnaire alors.
Bien que fouillant nos bibliothèques pour préparer sa
grande « Historia de Cataluna, » il écrivait des couplets
vous

comme

celui-ci

:
«

Como à democrat

&lt;l

Juro ante la ley divina,
Beber sangre de Cristina

«
«

fiel,

En el cràneo de Isabel.

»

�SILVESTRO

MUSO

LA

281

d'Avignon, à la date du 8 Décembre 1866, qu'il adressa
hommage, à Conche, ses deux livres, reliés ensemble,
que je possède aujourd'hui : « cAmor à la Patrici, suivi de
lo Trovador de (Montserrat, et Ausias (March, drame en 4
actes, 1858. »
C'est

en

Font-Segugne, le 30 Juin 1867,
Lluys Cutchet, « fill de Cerdanya, ceretà indomable,
(a) » historien barcelonais, Asensio de Alcantara, poète
dramatique, Genove, poète de Barcelone, avec les princi¬
paux félibres. Cette fête fut organisée par William C. Bonaparte-Wyse (b). Dona Balaguer y assistait. Bonaparte-Wyse
a dédié ses Parŷaioun
T3lu (1868) à Mistral et à Balaguer ;
Mistral qui avait adressé, en Août 1861, son sirventes : I
troubaire Catalan, publié, pour la première fois, dans
l'Armana prouvençau de 1862, parle ainsi de Balaguer dans
son Avant-Propos des Parpaioun blu : « — e quand li Prou«
vençau, emé li Catalan entre li quau brihavo, e per sa
«
poucsio e pèr soun elouquénci, En Victor Balaguer.... »
Il assistait à la félibrée de
D.

avec

Voici quelques notes
de

du livre de B-W., où il est question

Balaguer : Page 71, note 27 :
«

Lou mai

&lt;r

Q.ue

courous

pènson

en

di troubaire

catalan.

Balaguer, de Barcelone, poète, dramaturge, ora¬
historien, publiciste, homme d'Etat, — l'homme de la
Catalogne. »— Page 77. note 31 :
«

Victor

teur,

(a)

&lt;r

(b)

«

sourcil

«

Se vuei de toun

c

As

souto un

grand soulèu d'or
ploumb ; »

cèu de

vimor à la Tatria t&gt; p. 204.
Mon bon ami Victor Balaguer, a dit B.-W., à Fontsegugne,
lorsqu'il voit à main gauche voler des corbeaux. »

fronce le

�282

AUGUSTE

Voici

le

morceau

de

FOURÈS

poésie

que

l'exilé Dom Victor a
: Any orans a, et

composé, l'année passée, à Anvers, intitulé
dont le refrain est ainsi

VV.-C.
A

:

«

O, que m'anyore, m'anyore,

&lt;í

Sota

aquel cel de ploumb.

»

Bonaparte-Wyse lui adresse

une

pièce de

vers :

ami Victor

Balaguer de Barcelounp, à prepaus
de sa letro don 29 de Janvié 1867. » Balaguer a traduit en
catalan, le 1" Mars 1867, à Paris, une poésie de B.-W., : «A
Videalo ;» la traduction porte ce titre : « A cRosa-cBella ! »
«

mouii car

On trouve dans

lis Isclo d'or de

Mistral, deux sonnets à

Balaguer : « A-n-un prouscri patrioio. Au même, Septembre
1867. » Dans la Rampelado de Roumieux, (1876) p. 197 :
« Victor
Balaguer, sounet, 1866. Lou célébré pouèto catalan,
despatria per uno revirado de l'amaro poulitico, dins li beu
vers

enserri clins l'Armana

prouvençau de 1866, demandavo
Li Felibre en Catalougno, letro à
Roumanille, 21 Mai 1868, p. 279. Brinde i Catalan, p. 325.
Dans lis Aupiho de Marius Girard, 1878, p. 206, note 35, et
un sonnet « à
V. 'Balaguer, » Dans Long dòu Camin de
Rémy Marcelin une pièce de vers aux catalans proscrits.
Dans lou Flasquet, d'Alphonse Michel, Li despatria catalan,

l'ouspitalita i Felibre.

»

p. 52.

Nous lisons, dans les Fleurs felibresques de Constant Hen(1883) la note suivante, p. 324 : — « Don Balaguer
dont M. Crouzillat a imité « La Nòvi », poète catalan, et pro¬

nion

moteur du mouvement littéraire

de

sa

province, historien

des

troubadours, homme d'Etat espagnol, a écrit quelques
poésies provençales telles que la Mort de cBezès, la Balaio de
(Muret (c) et Au bord dòu Rose. Voici cette dernière pièce

(c) M. Hennion doit ignorer que D. Alberto de Quintana est l'auteur d'une
pièce de vers catalans : La Batalla de fiïúirct. Balaguer n'aurait-il pas traduit cette
pièce en provençal

�LA MUSO

où,

383

SILVESTRO

clans les deux autres, on retrouve,
rimes, des assonnances catalanes. »

comme

nos

Balaguer rentra

au

lieu de

Espagne,

en 1868.
représentés aux fctes littéraires de
Barcelone, en Mai 1868, par MM. Mistral, Roumieux, Bonaparte-Wyse et Paul Meyer. Les représentants des lettres
en

Les félibres furent

aux fêtes félibréennes
de St-Rémy de
Septembre 1868, furent D. Victor 'Balaguer (d),
et ses deux neveux, Marin, D.
M. Angelon, D. Alberto de
Quintana, etc., etc. (Notes des Aupiho. p. 206.)

des arts catalans

et

Provence,

Le

en

Mai

1878, avec Castelar, Gaspard Nunez de Arce et
Balaguer regrette de ne pouvoir assister au
banquet de l'Alouette, société d'oAlliance latine. Il donne à
l'Alliance latine de Juin 78 son Jitan de Aubusson, qui fait
partie, croyons-nous, de ses études historiques et littéraires
sur les troubadours, dont
il publie des chapitres dans la
21

Roméro Ortiz,

Revue du Monde latin.
Il est curieux de

Xavier Navarrot, l'auteur
dirigée contre l'homme du 2
Décembre 1851 : « Ah ! Maudit sie l'Auzère ! offrit l'hospita¬
lité, en 1836, au ministre espagnol Antonio Alcala Galiano.
(V : Chansons de Xavier Navarrot, p. 315 et seqq, — Pau,
de

l'admirable

rappeler

que

chanson

1868.)

A ' N

JACQUES DE JANSEMI.

—

p. 44.

(1) La maison de Jasmin, située Quai Voltaire, porte le n°
23 ;

elle est étroite et n'a que deux étages. La boutique fer-

(íí) « Balaguer dut répondre à Mistral. C'est un type magnifique d'orateur
populaire que le célèbre Trovador de Montserrat. La parole vigoureuse, sonore,
grandiose ; la conviction qui se traduit avec une rare puissance de voix, dans le
geste, dans le regard, toutes les qualités qui émeuvent et entraînent les masses,
D. Victor Balaguer les possède au plus haut degré. Il improvise toujours,... »
(Renaissance de la litt., catalane et de la litt., prov., Les fêtes Littéraires internatio¬
nales de 1868, par Ch. de Tourtoulon, Toulouse, 1868. p. 25.)

�284

AUGUSTE

FOURES

niée est peinte eh vert sombre ; l'enseigne est en lettres
rougeâtres, grasses, sur fond jaune. Les fenêtres du premier
ctage, cintrées dans le haut, et celles du second étage, car¬
rées, ont, chacune, un petit balcon de fonte ouvragée.

(2)

«

dans

On montre aussi, dans la Garenne,
bloc

fauteuil taillé

un

de

pierre et qui, d'après la tradition, servait
souvent de siège à l'illustre philologue, (Joseph-Juste Scaliger), pendant ses promenades à travers bois.»(De Bordeaux
à Cette, etc.; par Ad. Joanne. p.
8i.)
un

(3) Statue de Roland.

CANT
«

DES

VENDE1RES

DE

PIGNOS.

-

p.

76.

Qui vol de pignos plenos de belis pignous que se desta-

coun sens

peno

talèu

que

la

ma

les toco ?

»

(Cant des vendeires de pignos. — Cants de Carnaval. —
Obros coumpletos de N. Machiavelli, T. n.
p. 121. Paris,
Desrez, 1837.)

SALUT AS JERRIAIRES.

(1)
ne

0

-

p.

142.

Les premiers habitants du pays furent des Celtes. On
appelaient leur contrée, »

sait comment ils

(2)

«

(3)

'

Les Romains l'estampillèrent Ccesarea.
Mais,

&gt;

les Phéniciens débarquèrent
L'Ile prend alors le nom d'Augia,
lequel fait fortune au loin, puisque Childebert l'a employé.
Rabelais, dans Pantagruel, désigne même tout l'archipel
normand sous sa dénomination phénicienne. » Mais, dist
Panurge, faisons mieulx. Les Iles Ogygies ne sont loin de
St-Malo, faisons-y un voyaige après qu'aurons parlé à
on

pense

presque en même temps.

nostre roy....»

que

�LA

(4) Les Travailleurs de la

285

SILVESTRO

MUSO

mer, par

V. Hugo, L.iv., y Partie,

V. La Grande Tombe.

(5) « Robert Wace nomme alternativement son pays Jersi
Gersey. C'est l'appellation normande, c'est-à-dire Scandi¬
nave, (ainsi Guernesey, Orkney, Anglesey, et, plus près de la
France, Chausey.) Mais on devait prononcer Jersi. Aujour¬
d'hui les Jersiais purs nomment leur île Jêrri — et s'appellent
entr'eux Jerriais. »
et

(6) Les Trav. de la

mer.

Liv.

1.

i= Partie, iv. Impopularité.

(7) Fortuné Calmels est mort, le

24

avril 187g, âgé de

42 ans.

SUS LA

FOUNT DE

GRIMAUDO.

-

p.

150.

(1) Fontaine de Castelnaudary, 1722-1766.

BALLADO

A LAS

ESCALHEROS

DE PARIS.

-

p.

156.

(1) « Le nègre Williams Tydings qui vient d'être proclamé
champion des écaillers d'Anapolis, après avoir réussi à
ouvrir cent huîtres en trois minutes, va se rendre à Paris
pour défier les plus habiles écaillères. » — Gaulois du 9
Janvier 1884.

QUI QU'EN ROUNE.
(1) Quiquengrogne.
un roman. «

La

Sous

ce

-

p.

158.

titre, V. Hugo devait écrire

Quinquéngrogne est le

nom

populaire de

�386

AUGUSTE

Tune des tours de

Bourbon l'Archambault...» Victor Hugo

témoin de

raconté par un

FOTJRES

sa

vie. T. II.

p. 352-53.

(2)
Gellosia

d

m

tol

e m

dona

mais vuelh,
cal qui qu'en grona,
dossamens m'acuelh

So que pus am e
A

me

non

Pueys

que

Ma donna

(Peire Ramon. « Pos lo prims verjans botona. i&gt; Die Werke
troubadours, etc., C. A. F. Mahn, 1846. p. 138-139.)

der

LES

(1)

I

«

a pas

(2) Jan Bru,

DOUS JOHN

BROWN.

-

p.

160.

vint e quatre ans, » (16 Décembre 1859.)
—

John Brown, (angl : brown, brun.)

(3) Eli Patris, consul de Carcassonne, qui appartenait à
l'Albigéisme au XIIIe siècle ; il fut pendu.)

de la reine, est mort. John
du prince Albert, était de¬
venu, peu de temps après la mort de ce dernier, un person¬
nage considérable. La reineserétaitattachéparticulièrement.
et en avait fait son ami le plus intime. » (27 Mars 1885.)
(4) « John Brown, le serviteur
Brown, qui avait été au service

On sait que la reine d'Angleterre est

déjà impératrice

Indes, mais cela ne devait pas être son
respect de ses sujets hindous. D'impératrice,

dernier titre au

(5)

«

des

vient

effet,

la reine Victoria
d'être proclamée déesse. Une tribu de l'Inde vient, en
d'accorder à la reine d'Angleterre les honneurs de la

divinité et d'instituer un culte en son

honneur. La reine est.

selon cette tribu, qui s'appelle les Orissa, dépositaire dit souffle
de l'Univers et seule cligne de leur adoration. Le «( '■Petit
[Marseillais du 26 Mars 1883.J

�LA

MUSO

287

SILVESTRO

(6) « Un mot sur John Brown par Victor Hugo. » Quant à
moi, qui ne suis qu'un atome, mais qui, comme tous les
hommes
ai en moi toute la conscience humaine, je
m'agenouille avec larmes devant le drapeau étoilé du nou¬
veau monde, et je
supplie à mains jointes, avec un respect
profond et filial, cette illustre République Américaine, sœur
,

de la

République Française, d'aviser

au

salut de la loi

mo¬

rale

universelle, de sauver John Brown, de jeter bas le
menaçant échafaud du 16 Décembre, et de ne pas permettre
que sous ses yeux, et

j'ajoute

en

frémissant,

presque par ma

faute, le premier fratricide soit dépassé. Oui, quel'Amérique
le sache et y songe, il y a quelque chose de plus effrayant
que Caïn tuant Abel, c'est Washington tuant Spartacus. .2
Décembre 185g.

(7) Alexandrin de Catulle Mendès. « Le Gibet de John
(Victor Hugo delineavit)
pièce de vers qui
accompagnait, dans la Revue fantaisiste, 1" livraison, i5
février 1861, un dessin de Victor Hugo, gravé par Chenan.
John Brown, mort pro Christo, sicut Christo, écrivait Hugo
à Chenan, en Janvier 1861 ; son gibet est une croix ; il est le
point de départ de la rupture de l'Union... grand malheur!...
de l'abolition de l'esclavage, immense progrès ! »
Brown

—

«

,

,

Le musée de Genève vient de s'enrichir d'un buste de

John Brown. Ce buste est l'oeuvre d'un sculpteur de mérite,
M. du Blezer, et a été fort remarqué à Paris, au salon de
1860. 11 a été offert à la ville de Genève par une dame fran¬
çaise, mère d'un jeune officier de l'armée de l'Est, en témoi¬
gnage de reconnaissance pour l'hospitalité que la République
Helvétique a si généreusement accordée à nos soldats, lors
delà dernière guerre. M. du Blezer exécute en ce moment
marbre colossal pour la ville de New-York. C'est la statue

un

pied de John Brown qui sera élevée sur l'une des princi¬
pales places de la grande cité américaine. » (Un passant,
en

•Rappel du 6 Novembre 1871.)
(8) La chanson des Esclaves

;

elle

a

été chantée, pendant

longtemps, à Castelnaudary, le jour des Cendres,

�288

AUGUSTE

A

'N

AGRIPPA

FOURÉS

D'AUBIGNÉ.

—

p. 202.

« Il passa par Tolose, contrefaisant l'Italien et y passa
domestique de la Reine-mère ; mais à Castelnaudary
reconnu par le baron d'Arquez (lisez :
d'oArques), fils
vicomte de Joyeuse, etc..» Rapp., par Labouisse de

(ï)

pour
il fut
du

Rochefort,

—

Voy., à Rennes-les-Bains,

(2) Baron de Fœneste.

p. 273.

p. 10.

(3) Guillaume II, vicomte de Joyeuse, maréchal de France,
puiné de Jean Joyeuse et de Françoise de Voisins, ba¬
ronne d'Arques, dame de Puyvert, etc., etc.

fils

EN

RABELAIS

DINS CASTRES.- p. 222.

(1) 1528. «... Nous trouvons une date certaine (1525 à 1531),
pendant laquelle il vint en Languedoc, non pas avec la
-permission de ses supérieurs, mais libre, indépendant,..., »
Labouisse de Rochefort.

(2)
Albi.

«
»

Albinque, celle des portes de Castres qui conduit à
Glossaire des œuvres de Rabelais, éd., Gennequin,

1866.

(3) « Il ne faut pas oublier à mettre entre les personnes
qui honorent Castres, François Rabelais, médecin, qui y a
composé une partie de ses œuvres, et y a exercé la méde¬
cine (?) » Pierre Borel, Antiquités de la ville de Castres. Liv.
il. p. 45. Chez Arnaud Colomiez, 1649, in-8°.
(4) Rabelais publia sa Chronique gargantuine. en 1532.
(5) « En 1258, les Dominicains, connus dans la suite sous
nom de Jacobins,
s'établirent autour de l'église de StVincent.... » Hist., de Castres et des environs par Anacharsis
Combes, (1836.) p. 20.
le

�LA

MUSO SILVESTRO

289

(6) « La réforme religieuse,... ne pénétra dans Castres et
environs, que vers l'année 1550. » ici. p. 27. — «... Pen¬
dant que Luther réforme, Rabelais bafoue.
Lequel va le
mieux au but ?... » Victor Hugo. William Shakespeare. Les
ses

Génies § vu. p. 99.

(7)

«

Le

25

avril

1554,

Martini, prédicateur Jacobin,.... fut

dénoncé par l'inquisition établie à Castres depuis la guerre
des Albigeois, et exécuté hors de la porte de
l'Albinque... »

(La porte) de l'Albinque était précédée d'une espèce de
oblongue, irrégulière, avec un corps-de-garde inté¬
rieur... » Hist., de Castres et, par A. Combes,
p. 28. p. 81.
—

«

cour

(8) «... Je te prie croire (et ne croiras chose qui ne soit
vraie) mon naturel, le sacré ithypalle, Messer Cotai d'Albinque, estre le premier del mondo. Escouteça, couillette. Vidstu onques le froc du moine de Castres ? Quand
on le pesoit
en quelque
maison, fust à découvert, fust à cachettes, soubdain par sa vertus horrifique touts les manants et habitants
du lieu entroient en ruit, bestes et gens, hommes et
femmes,
jusques aux rats et aux chats. Je te jure qu'en ma bra¬
guette
» Pantagruet. Chap., XXVII. Liv., III.

(9) Ithyphalle ( du
(10) Coûtai, s.
Jrançais, et 8. I.

m.

p.

grec

iti, phallos.)

dl. voiturier. Honnorat, Dict., provencal258. c. 2. — Couzinié. Dict., castrais, etc,

p. 133. c. 2.

(n)
XVI.

«...

Liv.

le vietdaze, le vrai Algamana.» ^Pantagruel. Phdp.
iv.

(12) «... Grand vietdaze Priapus...
prologue de l'auteur. Liv. iv.

»

Pantagruel, Nouveau

(13) Rondibilis, « nostre maistre Rondibilis
Rondelet, 1507-1566.
(14) Mort

en

»,—

Guillaume

1560 d'une indigestion de figues.

(15) Réalmont (Mont royal) ch. 1. de canton,
(Tarn.)

arr.,

d'Albi,

�AUGUSTE

290

FOURES

(16) Ville d'Agout, Ilist., de Castres, et p. 22.

(17) Debout !
(18) Met. Gargantua. Chap. xl.

(19) Toulouse. "Pantagruel,
Liv.

iv.

Ch.

Chap., v. .xxii. xxvi. xxix.

xv. xli.

(20) Montpellier, Pant., Liv., 11. Ch., v.
xiv.

Liv.

iv.

Chap.,

xlii.

(22) Avignon, Pant., Liv., 11. Ch. v. xxiv. Liv., iv.
xvii.

Ch.

lu.

(21) Castres, Pant., Liv., m. Ch., xxvn.
(23) «.... Rabelais en effet

n'est

pas gascon

d'avoir reçu le jour au midi de la Loire, mais
enrichi son français d'une innombrable quantité

pour le fait
pour avoir

de mots et
d'expressions patoises ; pour avoir transporté le théâtre de
ses romans philosophiques en pays d'Aquitaine et fait mille
allusions aux usages, aux habitudes de cette partie de l'an¬
cienne Gaule, etc. etc.. » Hist., du Caractère et de l'Esprit
Français, etc., par Cénac-Moncaut, p. 418 et seqq. — Paris,
Didier, 1868.

(24) Mundus, net, clair.
(25) 1 Nov., 1530, date de l'inscription
mémoires delà Faculté de médecine de

AL

P1NTRL

de Rabelais dans les
Montpellier.

FREDERI ASTRUC. p. 240.

(1) Le tableau d'Astruc : le1{,abelaisien (1882) portait en
épigraphe les deux vers de Rabelais. Il a été acquis par M.
G. Jourdanne, maire de Carcassonne ( 1888) au profit du
Musée de cette ville.

(2) Le vin de France, autre tableau

d'Astruc (1883.)

�LA

MUSO

SILVESTRO

RABELAIS.

(1)

«...

très-docte

et

-

vertueux

p. 258. — « Jean de Boyssoné,
de Toulouse fut le premier

291

p. 242.

Boissoné.

»

Pant.,

Liv.

m.

docteur-régent de l'Université

professeur qui ait dépouillé
de barbarie qu'y avaient
imprimé les commentateurs. Boyssonné entretenait une
correspondance suivie avec les hommes de lettres les plus
célèbres de son temps. André
d'Alciat, Etienne Dolet, Ferrerius, J, Voulté, Matthieu
PaCj Richer, Hugues Salel, JeanPhilippe Melancthon, Clément Marot étaient ses amis, j
"Biog., tout., T. I. p. 7_3.
l'étude du droit

de cette rouille

(2) « Etienne Dolet,... en 1527, lut une hymne à Clémence
Isaure, lors de l'ouverture des Jeux... Boyssonné célébra les

bienfaits d'Isaure.

(3)

«...se

mist

en

1530...»

sur mer et

Biogr., tout., T. I.

p. 322-323.

vint à

Bourdeaulx, auquel lieu ne
grand exercice, sinon des gabarriers jouant aux
luettes sur la grave. De là vint à Toulouse où
apprint fort
bien à danser et à jouer de
l'épée à deux mains, comme est
l'usance des escholiers de la dicte université
; mais il n'y
demoura gaires, quand il vit
qu'ils faisoient brusler leurs
regents tous vifs comme harans sorets, disant : Ja Dieu ne
plaise que ainsi je meure, car je suis de ma nature assez
altéré sans me chauffer
davantage. » Pant., Liv. II. p. 115.
trouva

et

(4) « Il fut accusé d'avoir
l'inquisiteur de la foi

T. I. p. 73.

embrassé les opinions de
Luther,
le lit arrêter. »
'Biogr.
—

toul.,

Et estoient largement pattés, comme sont des
oies,
jadis à Tholose les portoit la reine Pedauque...»
Pant., Liv. IV. p. 391.

(5)

«...

et comme

(6) «... Bazacle à Toulouse... » Pant., Liv., II.
p. 162. «...
traquets de moulins du Bazacle lés.Tholoze. » Pant., L.iv. IV.
p.

498.

(7)

«...

plus estoit

aux

chicanous

et

records

pestilent,

mor-

�tel et

FOURÈS

AUGUSTE

2Ç2

pernicieux, que n'estoit jadis l'or de Tholose et le

cheval

Sejan...» Pant., Liv., IV. p. 351.
(8)

Au diable de biterne ! »
169.

«

juron de Toulouse. Pant.,

Liv.. II. p.

PASSAT.

—

276.

p.

(1) Troitnche, mot emprunté aux
Il a été employé, vers
Combettes, dit Cauquel.

naudariens.

Catalans par les Castel-

1830, parle chansonnier

ERRATA

ï

28, ligne 16

«

34,

«

48,
62,

«

2

«

«r
a

«

27

fera,

«

16

cil

72

de

carcados,

((

72,

«

«

lire

croun^ino,
carcelo unes,

dedins,

moi fut,

paus,

128,

«

15

«

13°,

«

20

«

144,

«

7

ahets cargos

c

160,

c

7

«

205,

«

11

Vespado,
qui,

&lt;

221,

«

3

«

227,

«

*9

«

232,

«

2

«

252,

«

8

fusu,
hravetos,

fara.

«

al dedins

«

de

harcados.

«

fuso.

«
«

«

«

tête,

«

€
«

moi

fut.

pans.

a

doumo,

oumbre,

brounzino.
harcelounès.

ahets souvent cargos

Vespado.
gui.
coumo.

terre.

a'11.

oumhro.

hravetos.

�TABLE

Notice

DES

MATIÈRES

biographique et littéraire

La Reino Pedauco

par

G. JOURDANNE
6

As Felibres d'A.quitano
As Troubaires Flaminjanls

20

L'Amour

24

Revivixit !
A la

A

serro

' N

14

26

despouplado

Artur Conche

30
34

L'Aigordent

37

De Castel-Nòu dins Agen
La Passarelo

38
44

A 'N Jacques de Jansemi
Per Nadal

50

L'Engenh

52

44

Gervi de calou

54

Albo de Mai

56

La Mort
Le

de la

Bouqueto

Gipié

Le Garni des Sauses
A

'N

Ounourat de Balzac

58
60
62
64

Le Piano tampat
As Cels tristes

66

Le Pavouniè

72

Gant des Vendeires de Pignos..

76

70

�2Ç4

TABLE DES MATIERES

Per les Taures

78

A las Estelos

84

Ventôse

86

Le Trescalan

88

Les Crabits

90

L'Alumaire de Gaz

92

Le

Bouquet de Yerotinicos

94

Le Lauriè

96

A-n-uno Maire

98

;

A Prougnè

102

Cap de Troubaire

104

A las Roulos Roumanos

106

A la que

108

veirè

pas

jamai

A.ude

112

La Fount de

Carles-Magno

114

Japounisme

116

Gattoun Febus

118

A 'N Pastour

122

La

126

Negro Segairo

Carriero de las Escravissos

128

LeCalelli.

130

Roundèls

132

L'Ouro de l'Absinlo
As Canadians

134
"

136

Tous Uelhs

140

Salui

142

as

Jeri iaises

Sounet Umouristic

348

Sus la Fount de Grimaudo

150

A 'n-unoAbelho

152

Ballado

156

a

Qui qu'en

las Esealheros de Paris
roune

158

�TABLE

DES

MATIERES

2Ç5

Les dous John Brown

160

Moun Aze

170

La

172

Dougaresso

Sounet

a

la Felibresso d'Areno.

174

i

Le Cadre

176

As Mamoisses del Cementèri

178

Epitafi

182

Le Tuaire de

184

A la

190

Roussignols
Rato-peno

Le God del Rei de Talé

194

L'Escabot d'en

196

A

202

Falguiero
'N Agrippa d'Aubigné

Le vielh Garric

204

Soulelh coule

206

Le Planli de l'Alsaeio

208

Epitafi al gous Ratas
Odo

a

210

Clamenso ïsauro

Le Claroun

212

d'Estrasbourg

220

En Rabelais dins Castres

222

Saviè Navarrot

228

Le Barbo-Rous

230

Las Focos

a

Marsilho

232

En Francès Rabelais

238

Al

240

pintre Frederic Astrue.

Rabelais

242

Le

246

Campanal de las Primtanieros

Les Plataniès

250

AJnditMendès

252

Plejo d'Avrilh

254

Le

256

Çupressiè

A Bitclie

«

258

�2gb

TABLE

DES

MATIERES

Les Jouves Dieuses

260

La Mort des Uelhs

264

As Martinaires

266

Del' luscre al' luscre

270

La Piramido

272

A

'N

Garibaldi

Passat

274
276

Notes de l'Auteur

279

Errata

292

Table des Matières

293

��Imprimerie G. SERVJÉRE, Carcassonne

�</text>
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              <text>Poésie languedocienne -- 19e siècle</text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, CAC 243</text>
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              <text>Mediatèca</text>
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              <text>Livre</text>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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