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                  <text>43* Annada

Lo

No 83

Setembre 1931*

Gai
Saber

Revisia de VESCOLA OCCITANA

Dis Aup i Pirenèu

.

F. Mistral.

m

TOLOZA
14,

Cárrièra dels Arts, 14

Lo Numéro

:

1 fr« 50

�GAI SABBR

UO

Revista de l'ESCOLA OCCITANA

14, CarHèi-a dels

BURGUS :

Abonanients :

( Fransa
_

Arts

: un an

...

/ 2 fr.
25 fr.
,

,

Estrange

TOUOZA

--

: un an

.

.

ENSENHADOR

(Setembre 1931)

del N° 83

Où

Jean d'OCCITANIE :

en

en est
l'an 77

la Renaissance Occitane
du Félibrige.

Sylvain TOULZE :

Mistral et le Peuple Occitan.

Albert PESTOUR :

Lauvenja à Clemensa Izaura.

Abat

Prezic subre lo Blat novèl.
Bolegadisa occitana.

Jozèp SALVAT :

CRI-CRI

:

Supplément: Eloge de M. Joseph
Joseph SALYAT.

ANGLADE, par M. l'ab¬

bé

Burèu de

l'Escòla Occitana

Prosper Estieu, Capiscòl; Antonin Perbosc,
J.-Rozès de Brousse, Francés de Gélis, Jos-Capiscòls ; Armand Praviel, Clavaire ; Jozèp

Salvat, Secretari.
ASABER. - Per la Redaccion, escriure al Majo¬
rai Prosper Estieu, 45, carriera Contresti, CASTÈLNOUDARI.

l'Administracion, escriure

Per tôt sò que pertòca
à la Libraria Edouard Privât,

14, Carriera dels Arts,

TOLOZA.
Compte postal : Toloza
Se

parlarà

que

N• 1673

dels libres mandats en dople

etsemplari

�Lo Gai Saber, N»

01

88.

.

SETembre 1931.

EN EST LA RENAISSANCE

Occitane

en

l'an

77

du

Félibrigc

la

question que tout bon félibre a le de¬
.après le triomphal Centenaire du
grand Mistral. Certes, si les VII de Fontségugne re¬
venaient au monde, ils conserveraient encore leur
foi profonde dans le succès définitif de la Cause félibréenne; mais sommes-nous bien sûrs qu'à leur con¬
fiance indéfectible ne se mêleraient point quelque
mélancolie et quelque impatience ?
Examinons rapidement et en toute sincérité les ré¬
sultats obtenus en soixante-dix-sept ans de Félibrige.
De 1854 à 1900, renaissance splendide et quasi
spontanée de la littérature d'Oc, d'abord en Pro¬
vence, puis en Languedoc, enfin dans les autres pro¬
Telle
voir de

vinces

est
se

poser,

du midi de la France

;

mais influence à peu

les pouvoirs publics, ennemis décla¬
rés de cette renaissance, qu'ils considèrent — bien
à tort
comme un
danger pour l'unité nationale.
Quant à la masse populaire, if faut bien reconnaître
que, vèrs la fin du siècle dernier, elle resta dans une
expectative voisiné de l'indifférence. A cela rien d'étónnànt. Depuis plus de six siècles, le peuple occitan
n'ést-il pas un grand vaincu, un vaincu qui a perdu
près nulle

sur

—

le souvenir

même

de

sa

défaite ? A la campagne,

cependant, il continue à parler par atavisme sa lan¬
gue dégénérée en une poussière de patois ; mais il en
rougit et s'en excuse auprès des riches citadins qui,
eux, ne parlent que le français.
■
Ce n'est guère que vers... ig'oò et surtout^ g.près la
mort de Mistral, survenue en 1914, qu'il commence

�194

LO

GAI

SABER

à secouer sa torpeur. Nous voici enfin à la vraie
riode de l'Action, action qui s'étend aujourd'hui

pé¬
des

Alpes aux Pyrénées et de la Méditerranée à l'Atlan¬
tique. Maintenant, en effet, ce ne sont, dans toute la
terre d'Oc, que jeux floraux littéraires et jeux floraux
scolaires, cours d'amour avec anciens costumes lo¬
caux, leçons gratuites de langue et d'histoire méri¬
dionales, chants, conférences radio-phoniques, ser¬
mons et pièces de théâtre en langue d'Oc restaurée.
On ne saurait nier que tout cela secoue vivement l'in¬
différence populaire et parvient à susciter un grand
•enthousiasme. Cependant la pénétration de l'Idée félibréenne dans le grand public d'Occitanie n'est en¬
core que l'œuvre de quelques apôtres aussi pauvres
•que dévoués et de quelques groupes locaux disposant
de ressources très restreintes. Dans ces conditions,
il ne faut pas s'étonner si on constate des lenteurs et
parfois des arrêts brusques dans ce mouvement de
rénovation de l'Ame populaire. Ce n'est pas une pe¬
tite affaire que de rappeler un peuple au sentiment
•de sa nationalité, quand on a contre soi l'hostilité de
l'Etat, l'enseignement officiel et une bonne partie de
la grande presse
C'est pourquoi il n'est que temps
...

de dire les mots nécessaires.

Le Consistoire du

Félibrige ne remplit pas encore,
avis, le rôle capital qui lui convien¬
drait, et il aurait bien plus à faire qu'élire des majoraux une fois par an et décerner des titres plus
ou moins honorifiques. Quand on
songe aux progrès
merveilleux accomplis par nos frères de Catalogne en
moins d'un demi-siècle, on est navré de voir encore
si éloignée la fameuse « branco dis aucèu », dont
parle Mistral.
à notre humble

Reconnaissons franchement

que

nous avons cru

trop longtemps aux cailles rôties qui devaient tom¬
ber dans notre bouche. Habitués à tout attendre de
l'Etat et à tout lui demander, nous nous étions endor¬
mis dans l'espoir que les modestes requêtes que nous
lui adressions seraient favoràblemèmént accueillies.

�lo

gai

saber

195

Nous savons maintenant à quoi nous en tenir sur les
sentiments de ceux qui nous gouvernent et il ne nous

plus qu'à compter uniquement sur nous-mêmes.
Ceignons donc nos reins, ouvrons les yeux autour
de nous et sachons vouloir ce que nous voulons !
Nous vivons en un temps où le syndicalisme est
devenu si puissant qu'il impose ses volontés à nos
législateurs et à nos gouvernants. Pourquoi le Félibrige ne mettrait-il pas à profit le mouvement syn¬
dical, en exigeant que chacun de ses membres fasse
partie d'un groupe syndical correspondant à sa pro¬
fession et y organise une propagande active et mé¬
thodique en faveur de nos revendications ? Pourquoi
n'entrerions-nous pas dans les organisations du Tra¬
vail, nous qui sommes d'un pays où la Confédération
Générale des Vignerons sait obtenir ce qu'elle de¬
mande et rend de si grands services ? Souvenonsnous que le Dr Ferroul, un de ses fondateurs, fut à
la fois un grand syndicaliste et un grand félibre !
En vérité, je vous le dis: après trois quarts de siè¬
cle d'existence, le Félibrige n'est encore qu'un bien
faible groupement de patriotes, au regard du but
qu'il veut atteindre, et ce ne sera que lorsqu'il sera
devenu un bloc solide, une force organisée et disci¬
plinée, qu'il pourra enfin être pris au sérieux et
écouté par les professionnels de la politique.
reste

Jean d'Occitanie.

�zç6

LO

Mistral

et

Mistral écrit

au

GAI

le

SABER

Peuple Occitan(I)

début de Mireio: Car cantan que

pèr vautre,

pastre e gènt di mas ! Certains ad¬
langue d'Oc — ses amis même quel¬
tentent d'exploiter ce mot et quelques au¬

o
versaires de la

quefois

—

relevés

tres

dans

l'œuvre

du

Maître ;

ne

pouvant

la renaissance du

nier

parler méridional, mais la
déplorant, ils veulent en restreindre la portée : cet
idiome, disent-ils, est apte à peindre la vie rustique
et la terre, les sentiments primitifs du peuple, —
■comment nier l'évidençe ?
mais qu'il ne prétende
pas parler littérature, religion, philosophie ; pour
ces critiques
il existe en {France deux langues : la
langue noble, hantant le tragique, l'épique, le subli¬
me, raisonnant dans les chaires, et son « valet de
Gascogne», langue «vilaine»,
—

«.pâtés*, bon per un péd-terros
que ten« V.agulhada e Vesteva
...

Eh

rait

bien,

une

sa

pensée fe¬

s'indigner Mistral ;
vole
:
,

notre

.

notre langue, dit-il,
qu'en glàri fugue aùssàdo

coumo uno

reino

...

langue,
Tant
corre
en

en

telle interprétation de

plan pod, quand s'endeven.
coma una

bêla dona
e corona!

rauba nobiala

Le Maître n'a pas
honneur le parler

caché

son

provençal

dessein de remettre
et de relever par lui

(i) Ce travail a mérité à son auteur, lors des Jeux Floraux
langue d'Oc du Colètge d'Occitania en 1931, un grillon d'ar¬
gent et un prix spécial de 200 fr., don anonyme d'un félibre du
Quercy.

■de

�LO

GAI

SABER

197

expliquer le vers?
voir une concession à l'opinion du temps ?
Quand Mistral publia Mirèio, la mode allait aux po¬
ètes ouvriers, jaillis spontanément du sol de France,
sans culture littéraire, et qui chantaient leur travail,
leurs peines et leurs inspirations en des vers médio¬
cres, loués à l'envi par un chœur d'écrivains dont
le chorège était G. Sand ; Lamartine se hâta de sa¬
luer en Mistral le génie « né d'un caillou de la Crau»;
Barbey d'Aurevilly s'indigna qu'il ne fût pas un
pâtre; pouvait-il remonter alors.le courant du siècle ?
Comblé de louanges par Lamartine, allait-il criti¬
quer ses jugements? Un peu ébloui par le succès, ou
doutant peut-être encore dans son subconscient de
l'avenir de la langue, il écrivit « ne chanter que pour
les pâtres » ; heureusement il n'en crut rien et se
hâta de prouver le contraire; aussi bien Mirèio ellela nation occitane. Alors comment
Faut-il y

même

démontrait l'inexactitude de

œuvre, son

son

vers.

Son

influence intellectuelle et politique per¬

de déterminer le véritable but du Maître :
chanter et remettre en honneur la race par la langue;
travailler pour les paysans sans doute, mais encore
pour toute la nation occitane et pour la France en¬
tière. En un, mot, Mistral est le héraut de notre re¬
naissance littéraire et politique.
mettent

I

les romantiques crurent long¬
l'existence d'une poésie populaire; à la suite
de Rousseau, ils affirmaient la supériorité de l'édu¬
cation par la nature et déploraient la civilisation
pour dire avec V. Hugo que
Entre

autres erreurs,

temps à

Les bois et les champs, du seul sage
Font Véducation de tous les grands

compris,
esprits.

Il manquait l'essentiel cependant, ce grand poète
jailli des champs ou de l'atelier; on se mit à sa re¬
cherche, et naturellement, quand Mistral parut, l'o¬
pinion en fit un paysan qui chante sa charrue et rien

�LO

198

de

GAI

SABER

plus. Mistral, c'était bien autre

chose, et, pour

s'en convaincre, il suffit de considérer les sources,
le sujet et la valeur technique de son œuvre.

l'expérience des siècles prouve que la po¬
populaire n'existe pas : même pour célébrer la
rustique et les simples, il faut une grande habi¬
leté, et c'est sans doute l'un des genres les plus dif¬
ficiles, car le génie et le talent redescendent malai¬
sément au niveau des humbles; si peu y ont réussi
comme Mistral; par cela seul, il se place bien au-des¬
sus des poètes ouvriers. Toute poésie, en effet, exige
une culture très développée, et quand dans un hom¬
me s'incarne le génie d'une race comme dans le Maî¬
tre de Maillane, il possède en général beaucoup de
talent, c'est-à-dire de science et d'art. De plus, l'his¬
toire montre que les grands poètes, Homère, So¬
phocle, Virgile, Dante, Racine, sont l'expression
ou, pour mieux dire, le résultat d'une civilisation en
général profonde et raffinée; or, que Mistral puisse
prendre rang parmi eux, y-a-t-il une preuve meil¬
D'abord

ésie
vie

«d'un caillou de
mais plu¬
civilisation, la ci¬

leure que son œuvre n'a pas jailli
la Crau/.&gt;, comme le voulait Lamartine,

tôt qu'elle suppose avant elle une
vilisation occitane? La source de la

poésie, il faut la
splendeur de ce moyen âge»,
chrétien, social et politique, dans la splendeur et
l'ordre d'une civilisation, jadis la première de l'Eu¬
rope, maintenue jusqu'à nos jours par sa langue,
chercher dans «la

la filha

Et Mistral

ainada del Latin.

pâtres ? —
la nation pro¬

n'aurait chanté que pour les

Allons donc ! mais

plutôt

pour toute

vençale,
de Clarmont à Malhòrca e d'Alpas à Medòc,
pertot ont rebombis lo preclar parlar d'Oc!

Aussi, en évocant au sujet de Mistral le nom d'Ho¬
mère, Lamartine ne pouvait comprendre tous les
traits de ressemblance qui unissent le chantre d'U¬

lysse et celui de Mir'eio, de

Calendau et de Nerto:

�LO

GAI

SABER

199

l'autre, avec un art consommé, ont peint la
vraie, la mer, les champs, les travailleurs ;
l'un et l'autre évoquent un pays et une époque très
civilisés; sans doute dans l'Odyssée ne parlent et n'a¬
gissent que des «princes», tandis que Mistral chante

l'un

et

nature

«paysans»; mais Homère sait descendre jus¬
qu'à Eumée, et Mistral se hausse jusqu'aux rois, aux
papes, aux bienheureux, aux anges; aussi bien ses
paysans eux-mêmes pourraient peut-être s'appeler
«princes» au sens homérique du mot, et Maître Ramon, «roi dans son gouvernements, aurait-il échoué,
comme la
jeunesse d'Ithaque, auprès de Pénélope.
des

ressemble donc à Homère: comme celui-ci
chez les Grecs l'idéal inaccessible pour les
écrivains postérieurs, ainsi fera celui-là pour les Oc¬
citans. Mistral n'est donc pas un poète populaire, sa
Mistral

demeura

poésie naquit de toute notre civilisation. Mais la lan¬
gue n'étant bien conservée que parmi le peuple, il fal¬
lait

un

homme né dins la

pastrihó

pour

connaître le

idiome provençal; ce paysan devait recevoir l'ins¬
truction, s'évader en un sens de son milieu sous pei¬
ne de rester médiocre ; en un mot partir de la terre,
de la nature, de l'histoire véritable pour s'élever à
la haute poésie humaine.
Le peuple cependant demeure le sujet principal
de la poésie mistralienne; dans l'ensemble des œu¬
vres du Maître ils occupent une place priviligiée, les
bons paysans des mas, les pâtres, les pêcheurs, les
marins, les soldats, les artisans; il les chante avec
amour; mais il embrasse un objet bien plus vaste; à
côté du peuple voici les nobles: le baron Pons, Nerte, Rodrigue de Lune, le comte Sévéran, Estérelle ;
voici les rois : la reine Jeanne, Louis de Provence ;
voici les papes avec la magnifique figure de Benoît
XIII. Mistral chante encore
avec tant de douceur,
d'harmonie et de force! — l'amour humain et Ramòur divin, l'amour chevaleresque et courtois qui
engendre l'héroïsme, l'amour ardent et passionné,
ljamour rustique et mystique. Enfin un sentiment
pur

—

�LO

200

la

de

nature

GAI

embaume

SABER

son

œuvre,

sentiment tel

écrivain

ne le retrouve peut-être chez aucun
au même degré, nature vivante, permanente,
tissante aux douleurs humaines, créatrice de

qu'on

de sagesse.

Sommes-nous loin du poète

compa¬
paix et

ouvrier, «né

d'un caillou de la Crau»? Mistral nous
core plus loin dans une autre demeure

conduit

en¬

du château
de sa poésie, l'évocation de l'histoire; dans Nerto,
par exemple, il évoque tout le moyen âge en des
chants magnifiques : le féodal, le pape, le roi, une
république, un couvent, et avec quelle vie, quelle
allégresse, quelle poésie enluminée de soleil ! Mis¬
tral, poète paysan sans culture? Mais, à relire son
œuvre

dans

l'ordre chronologique,

ne

semble-t-il

?

effet,

en
pas s'éloigner du peuple de plus en plus
s'il lui demeure toujours fidèle, le champ de sa poé¬
sie croît en extension: Mirèio chante le peuple des
la terre de Crau, la religion catholique; Calenglorifie la mer et la montagne, mais aussi le
moyen âge féodal et dans une langue déjà plus ri¬
che, plus savante; le lyrisme de Lis Isclo d'Or ne
touche guère la masse; sera-ce Nerto par l'évocation
d'une civilisation disparue? La Rèino Jano avec son
symbolisme, ou Lou Pouèmo dóu Rose avec sa
technique savante? Au moins personne ne classera
le Trésor parmi les œuvres «ad usum populi». En
somme la cause d'un
Mistral poète ouvrier est per¬
due; le peuple le goûtera peut-être plus qu'aucun
autre parce qu'il est plus vrai, plus humain; mais il
n'admirera pas son œuvre comme elle le mérite ; il
ne peut en comprendre toute la beauté, à cause
des
•objets divers qu'elle embrasse.
Un regard sur sa valeur technique achèvera de
démontrer cette vérité. Le Maître, en effet, a cultivé
mas,

dau

tous

les

genres,

employé les procédés de style les

plus divers, enfin mis dans son œuvre un
me

symbolis¬

savant.

Mistral est-il

un

poète épique?

—

A vrai dire il n'a

�lo

gai

saber

201

sujet d'épopée : Mireio raconte l'his¬
simple de deux amoureux; Nerto de
même, comme aussi Loti Pouèmo dón Rose; ce se¬
rait peut-être dans Calendau où le pêcheur de Cas¬
sis doit pour l'amour de sa belle accomplir de nom¬
breux exploits. Mais Mistral au souffle puissant sait
transformer un sujet menu en un large poème; dans
tous ses ouvrages abondent les pages épiques, et
l'ensemble de son œuvre a l'allure d'une grande épopée provençale et humaine. Mistral n'aborda le
genre tragique qu'une fois et sans doute La Rèino
Jano n'est pas un chef-d'œuvre; cependant quel po¬
ète, même parmi les plus grands, aurait à en rougir?
Ses recueils lyriques valent davantage. Son lyrisme
très noble qui chante l'amour et la nature d'une fa¬
çon objective, en des rythmes très variés, devient
souvent une évocation de l'histoire comme ses poè¬
mes; poésie calme, forte et riche. Enfin Mistral ex¬
celle dans la chanson et nul poète moderne n'a su
comme lui renfermer tant de pensée en des vers ap¬
propriés à l'idée, courts et sonores, majestueux, pleins
de frissons, qui soulèvent un peuple, tels que la
Coumtesso, la Raço Latino, la Coupo :
traité aucun
toire toute

Vuejo-nous la couneissenço...
Vuejo-nous la pouesio...
Ce lj'rique possède un
même d'orateur: à preuve

beau talent de conteur et

les Memòri e Raconte, à
preuve Nerto, la délicieuse nouvelle, à preuve ses
multiples discours dans les félibrées et les fêtes oc¬
citanes. Et le poète se double d'un savant, car il a
composé le Trésor dóu Felibrige, monument digne
•d'un Littré.
(A suivre)
Sylvain TOULZE.

�L'Ort dels Trobaires

Lauvenja à Clemensa Izaura
Lauvenja à tu, dòmna fiera:

Huei la terra
De Ventador e de Bòm,
De Mistral e de lors fraires

Enviblaires
S'incarna dins ton record.

Lauvenja à tu, dòmna dosa'.
Huei la posa
De las dòmnas de beutat,

Jol ciau preclar de Tolo^a,

Reviu blo^a
Pels poètes enfadats.

Lauvenja à tu, bleuja: bralla
Ton espalla
LOS A CLEMENCE ISAURE
Louange à toi, dame fière: aujourd'hui la terre de Vëntadour
Born, de Mistral et des enchanteurs, leurs frères, s'incar¬

et de
ne

dans ton souvenir.

Louange à toi, dame suave: aujourd'hui la cendre des dames
beauté, sous le ciel illustre de Toulouse, ressuscite éblouis¬
sante, pour les poètes ensorcelés.
Louange à toi, rayonnante: ton épaule fléchit sous l'éclatant
de

�lo

gai

saber

203

Dejos lo fais traslu\ent
D'un pasat tant greu de glòria
Que l'història
N'en sab pus noble eici-sent.
Lauvenja à tu, dòmna gaia:
Sus tu raia
Lo lum de l'envenidor,
que s'aubora
Mas à l'hora
Marcada pel Creator.

Aqueu solelh

Lauvenja à tu, fòrta: peina
Quita reina
N'a 'gui pus valents sodards
Per la segre à la batalha
Ont Diu balha
La Victoria aus blos fadards.

Mas

quis fadards son daus savis,

E lors glavis
Son tròbas d'òr e de fuech,
E la conquesta esvejada,

Dòmna-fada,
Quoes lo beu, lo beu escrech.
Albert

fardeau d'un passé
noble ici-bas.

PESTOUR.

si lourd de gloire que l'histoire n'en sait plus

Louange à toi, dame allègre: sur toi brille la clarté de l'ave¬
nir, ce soleil qui ne s'élève qu'à l'heure marquée par le Créateur.
Louange à toi, ô puissante: aucune autre, fût-elle reine, n'a
•eu plus vaillants soldats pour la suivre à la bataille où Dieu
donne la victoire aux

fous sublimes.

Mais ces fous sont des sages, et leurs glaives sont
d'or et de feu, et la conquête désirée, dame-fée, c'est

strophes

le beau,

le beau sans tâche.

A. P.

�La Pròza Occitana

Prezic subre lo Blat Novèl(I)

Sa

man ten
lo ventador, e el netejarà son aièra, e amasarà
froment dins son granièr, e cremarà la pa llia dins un foc
que s'atuda pas. (Luc. III, 17).

lo

Aqui, mos caris fraires, sò que dizià sant Jan lo
Batizaire de Nòstre-Senhe à las gents que li demandaban s'el èra pas lo Crist. Abètz
comprés que lo
froment reprezenta las amas santas qu'auran fait
la volontat de Dius e méritât la vida eternala dins
lo Paradis.
D'aquela fèsta del Blat novèl, qu'es un vertadièr
la vièlha e nòbla vila de Laurac-lo-Grand',
debèm, mos caris fraires, traire per nòstra ama una
benfazenta litson. Ai dit que la fèsta del Blat No¬
vèl èra un vertadièr triomfe, e, sus aquel
punt, degun me voldrià far mentir.
triomfe per

Grand mercés à vos, Senhe rector de
bètz comprés tôt sò qu'aquela fèsta

Laurac, qu'apodià procurar
d'alegria santa e de ben à vòstra bona parròquia.
Mercés à vos-aus, brabas gents de Laurac,
que, tre
que se parlèt d'aquela fèsta, abètz volgut la faire au¬
tant polida que se podià. Mercés à
vos-aus, gents
de tota l'encontrada, qu'ètz
venguts en còlha cap à
(1) Prononciat à Laurac-lo-Grand (Aude) lo
193I-

12

de jùlhet

�LO

GAI

SABER

205

Eaurac, pas per vos i amuzar, mas per vos junhe à
la parròquia crestiana
que fa moritar vèrs Dius un
inné estrambordat de
regaudisensa, de reconeisensa
e

d'amor.

Regaudisensa, reconeisensa,

amor, aqui los senti¬
debon comolar nòstre còr, uèi e cada jorn
del an, se volèm
qu'un jorn Nòstre-Senhe, lo grand
Bateire, arremòze nòstras amas per las metre dins
ments que

son

granièr eternal.

I
E

d'abòrd,

nos

cal regaudir.

Lo grand poèta de
Roma, à qui
demandât d'escriure de poèmes

l'Emperaire abià

per ensenhar als pa-

gezes cosi la vida als camps èra agradiva, dizià:
O for tu na tus n im vu m...
dSabètz pas, ò gents del

campèstre, quai es vòstre
totjorn un pauc vertat. Cal dire
que degun se tròba pas plan ont es, que degun es con¬
tent de son sort. Mai
que mai se pòd dire, acò, del
que viu als camps. Segur, aquì, li manca fòrsa cauzas que mancan
pas al de la vila: e, parli pas solament de tôt sò que pertòca
los interèses materials,
mas debrembi
pas tôt sô qu'a rapôrt al esperit e al
còr: educacion, instruccion. Ne, cal convenir.
Mas,
en escambi, la vida als
camps nos pàd procurar un
vertadièr bonur e d'alegrias sens
parièras, se sabèm
comprene aquela vida e la santificar.
bonur»... Acò

es

Lo boièr torna del camp ont a
jitat lo
de pasarlo tucòl que li
permetrà plus
revira un darrièr còp e

blat, e, abant
de lo veze, se
agaita aquela tèrra fresca son
amiga. Es content dins el, perque dins qualques mezes i vendrà cercar la récolta. Un
jorn, al fort del
ibèrn, i es tornat en se pasejant per veze se las aigas èran plan viradas, e se lo tòr abià pas fait mal
al blat que
puntejaba. Ambe la prima, lo blat a marsàt, es montât, amagant la térra jos un Vert e mofle'
tapis ■; e lo rollèu es pasat aqui-desiis, aplanisent la

�206

LO

GAI

SABER

tèrra, donant de vertut à las cambas finòtas del blat
que monta, monta dosament e lèu espiga. E lo còr
del pagés trefozis d'alegria quand vei sos bladals ondejar al alen del vent. Mas son bonur es encara mai
grand quand las espigas son vengudas rosèlas, repicotadas, e qu'un bon maitin de junh, sa dalha sul.
còl, es vengut dorbir lo talh. A ! vos aseguri qu'àn-aquela ora, l'òme cambiarià pas sa plasa ambe cap
d'autra. E, mentre que las espigas s'acatan d'elasmèmes al dabant de la dalha, el sentis pas lo solelk
que comensa de picar, sentis pas la suzor que li raja
per l'esquina, el es uros. O ! lo bèl blat ! Ongan i a
pas de causidas ; es madur à punt; farà de blanca,
de bona farina; i aurà de pan per l'ostalada... E, lospòts rizeires, s'alasa pas de dalhar. Lo Blat novèl
comola son còr sencer d'una alegria que se pòd pas-

dire.
Mos caris fraires, e
gaires, dizètz-me s'acò
d'autres

anen

lènh

vos-aus

subretot, valents

es pas un

cercar

dins las vilasas los

amu-

empoizonaires e trebolaires ! Nos-aus,
regaudirem sus nòstre terrador. e lo Blat novèl

zaments

dirà

sa

canson :

la

canson

se-

grand bonur. Que

del vent,

nosnos

lo tira-lira de-

l'alauzeta, lo cri-cri dels grilhs. E, dins la canson
aujòls que, dempèi de generacions que se comtan pas, an laurat e
segat sus nôstre terrador.
Nòstre còr serà rie de tôt lo bonur que claufisià
del Blat novèl, auzirem la vots dels

lor còr,
fièra.

de tôt lo bonur de tota

una

rasa

valenta

e

II
Nòstre

regaudit serà reconeisent.
diziai l'alegria qu'èra dins lo cor del
pagés quand agaitaba los bladals ondejar al alen del
vent, e quand vezià las espigas se coflar e venir ro¬
sèlas. Oc! mas vos ai pas dit que s'èra content lopagés, abià tamben l'espant prèp de son cor. La
Totara

cor

vos

�LO

GAI

SABER

207

Liât a escapat à las jaladas del ibèrn ; la secada del
estiu l'a pas empachat de creise e de butar. Sus sa
•camba fina e dreita, l'espiga se bransòla e sembla
far rizeta à-n-aquel que lèu la vendrà colcar

pelsòl...
Mas, sèm pas encara à la fin. E se venià una trumada, se las brumas que montan dins lo cèl coma
■de castelases venian à se crebar sus nòstre
terraire,
laisant tombar la
grèlla arroïnaira ? Los belets luzison dins l'escurina e los
pets de tron resontison. Lo
■còr del pagés se sarra dabant son
camp prèst à segar; sa pregaria monta fervoroza cap al cèl, cap à
Dius que, à-n-aquesta ora, ten dins sa man la roïna
■0 lo bonur. Al
ostal, dabant l'imatge benezit, la femna

a

alucat lo candelon.

La trumada es pasada ; lo solelh torna
orizon se vei l'arquet de Sant-Martin. Lo

luzir, al
pagés es
còr estrambordat s'enlaira cap à

-content, e de son
Dius l'inné de la reconeisensa.

S'unis al Psalmista per cantar alègrament:
Losprats se corbison de tropèls e las valadas s'abelison d'espigas; tôt se regaudis e canta. (Ps. LXV, 14).
Lo que demòra e que trabalha à la
vila, mos caris
compren pas sò que deu à son Dius tant aizidament que lo que demòra e trabalha als
camps.
A la vila, degun cren'n pas ni las

fraires,

geladas, ni la

se-

■cada, ni la grèlla, e las mezadas arriban com un balancièr de pendula. Aici, d'un cap del an al autre,
l'òme se sentis jos la man de Dius lo Mèstre sobeiTan. Sab
que, per tant que trabalhe, per tant que
suze, sa tèrra portarà pas res se Dius la benezis pas.
Al temps de las Rogazons, es vengut cantar, pels
■caminôls florits ont los auzèls bastisian los nizes, la

pregaria liturgica:
Utfructus terrae dare et
audi

conservare

digneris, te

rogamus,

nos.

Que vùlgues donar

e conservar

los fruchs de la tèrra, te n'

pregam, escota-nos.

(A seguir)

Abat JozÈP SAL\ AT,

�BOLEGADISA

OCCITANA

La vila de Marselha a décidât d'arborar un monument à Mis¬
tral. Lo comitat, dont fan partida nòstrès amies lo

majorai
Bertas, E. Ripert e Jérgi Rebo.pl, a fizat l'etsecucion d'aquel
escalpraire L. BotinellL

monument al

La Liga felibrenca Guièna e Gasconha
faguèt sa fèsta annadièra, lo 26 de Julhet, à Sant-Andriu-de-Cubzac (Gironda), jos
la prezidensa del mèstre d'ôbra A. Lajoinie. A
la mesa, bè.l
prezic del abat Giraudet en leng-a d'Oc, nombroza taulejada,
jòcs florals, cort d'amor. Nôstra escolana, la gracioza dizeira
Julieta Dissel, i reprezentaba l'Escàla Occitana e los Grilhs
del Lauragués.

Legisèm dins los Reclams de Biam e Gascougne (N° de Ju¬
lhet) que dins l'Armanhac, las Landas, la Bigôrra e lo Biarn
lo teatre en dialècte gascon es en
plena Horizon e que lo pépie
lo préféra al teatre en francés.
Aquela preferensa es tala qu'en
férsa endrets los actors an renonciat à
jogar de pèsas en fran¬
cés pramor que lo pépie s'i plazis plus... Acò 's uii bon sinne.
L'Alau\a d'Auvernha, jornal de la Mantenensa d'Auyerqha,
anoncia qii'aquesta farà sa fésta annadièra lo
13 de setembre à La Voûte-Chilhac (Auta-Leira). I aurà mesa
felihré'ncà)
prezic en lenga d'ôc, cort d'amor ambe vestiduras anciânas ebèla taulejada. Escriure al jos-sendic, lo felibre H.
Gilbert,.
42, carriéra dels Salins, à Clermont-Ferrand.
nos

CRI-GRI.

Le Gérant: H: L.EVRAT.

Impr. Lauraguaise

-

Castelnaudary.

�Supplément

au

N° 83 du Gai Saber

(Septembre 1931).

��ELOGE
de

M.

J
Lu

oseph
en

séance

ANGLADE

publique le 21 juin 1931
par

M. l'abbé

l'un

des

Joseph SAUVAT
quarante mainteneurs

Messieurs,
Quand le professeur Joseph Anglade me rece¬
parmi vous, il y a un an presque jour pour
jour, en un discours pétillant d'esprit, qui eût
pu prévoir que, trois semaines après, ce colosse,
terrassé en pleine vigueur, s'effondrerait comme
un
grand arbre sous la cognée du bûcheron !
Lorsque je revis mon maître vénéré, mon maître
aimé, il était couché, sans forces, à l'Hôtel-Dieu,
près de La Grave, ce « gravier » dont parle Peire
vait

Vidal dans

une

de

ses

fameuses chansons. Devant

corps inerte en qui se fânaient les fleurs de la
vie, je pensai à tout ce qui attendrait vainement,
désormais, le retour du travailleur : épreuves
d'imprimerie à demi corrigées, articles à demi
composés, conférences ébauchées, volumes en
préparation. Le silence pesait lourdement entre
le disciple et le maître. Est-ce que je ne rêvais
ce

2*

�2Í2

pas? Etait-ce donc bien vrai? Je m'approchai
de la fenêtre, et, vers le midi, j'aperçus le clocher
mutilé de la Dalbade, qui évoqua tout-à-coup
des visions de guerre, de ruine et de mort. Sur
l'horizon de Toulouse ne se profilait plus la flèche
harmonieuse; et le grand romaniste ne dresserait
plus sa haute taille sous le soleil d'or. L'ombre
de la mort me frôlait, tandis que sur l'antique
Pont-Neuf les gens passaient affairés, ignorant
ce drame; tandis que les eaux de la Garonne,
suivant leur cours, clapotaient insouciantes et
rieuses au pied des murailles.
Le clocher de la Dalbade, du moins, pourrait
un jour être relevé; mais, pour le majorai d'Occitanie, c'en était fini. Trois jours plus tard, en
effet, sa dépouille mortelle était ensevelie au
cimetière de Lézignan : dans les cyprès, les cigales
restaient muettes, comme pour prendre part au
deuil de tout

un

pays.

Mais

Joseph Anglade partait les mains pleines
vers le paradis des Troubadours. Et je compris,
une fois de
plus, la parole des Saintes à Mireille
agonisante :
E lou

grand, mot

Veleici

:

La mort

Cette

que
es

Vome óublido
la vido!

vie, Anglade l'avaij bien gagnée. L'immor¬
grandes ses portes.
Messieurs, d'autres que moi étaient parmi vous
plus qualifiés pour exposer l'oeuvre et faire la
louange du confrère trop tôt disparu. Vous saviez
cependant quelle affection unissait le maître au

talité lui ouvrait toutes

�2l3

disciple, et
tâche.

Je

en vous

avez voulu me confier cette
remercie d'un si grand honneur,

vous

vous

demandant

le maître

ne

I.

En

—

La Vie.

professeur Anglade au sein
Compagnie, M. de Gélis lui disait : « C'est

accueillant le

de votre
en

l'indulgence bienveillante que

cessait de m'accorder.

volontaire et

en

mené le combat de la

courageux

vie,

vous

que

vous avez

êtes fils de vos

œuvres, et voilà qui vous honore et nous honore
nous-mêmes autant que votre science et votre

érudition.

»

Joseph Anglade naquit à Lézignan (Aude),
1868, dans une famille de modestes
viticulteurs. Il dut à l'affection d'une tante
le 11 octobre

pieuse de faire ses études secondaires, en qualité
d'externe, au Petit Séminaire (actuellement Ecole
Saint-Stanislas) de Carcassonne. Il s'y fit remar¬

belle intelligence, son application au
son
caractère primesautier. Quel¬
ques-unes de ses lettres d'enfant, miraculeusement
sauvées, prouveraient à elles seules que le style
c'est l'homme. Le 27 juin 1885 — il devait être

quer par sa
travail et

alors

en

classe d'humanités

—

il raconte à

ses

l'on porta « un paou
qui aurait ressuscité un mort », et le
compare mélancoliquement à un autre repas,
bien plus modeste, pris à la campagne du Petit
Séminaire, où l'on servit « de la crème où l'on
parents un dîner de fête où
de bi bièl

avait fait

sans

doute passer le

canal

» ; vers

la

�2

fin, le rabelaisien
décidé

:

«

l4

—

herbe

se

mue

en

terrien

Vous continuerez à

me

tenir

au

courant

en

des morts de la gent canarde et poularde ainsi

des vignes et des champs. »
Après avoir terminé ses classes au Lycée de
Toulouse, il se décida pour la carrière des lettres;
inscrit à la Faculté de Toulouse, il y suivit les
cours
de M. Diirrbach, notre regretté confrère,
qui rappelait ce souvenir devant la tombe de
Lézignan. Le ministère lui ayant attribué une
bourse de licence près la Faculté des lettres de
Montpellier à laquelle il ressortissait d'après son
domicile, Joseph Anglade conquit dans cette der¬
nière ville, en 1892, son grade de licencié et,
trois ans plus tard, son agrégation de
grammaire.
A Montpellier se dessina sa vocation de roma¬
niste. Il y fut l'élève et bientôt l'ami de Camille Chabaneau, un de nos maîtres ès Jeux les plus éminents, remarquable travailleur autodidacte à qui
que

l'Université

avait

ouvert

portes quoiqu'il
diplôme officiel. Admis dans l'inti¬
mité du grand romaniste, il
garda pour Chabaneau, jusqu'à la lin de sa vie, une admiration
n'eîit

ses

aucun

respectueuse,

affectueuse vénération. C'est

une

à lui

qu'il devait dédier son ouvrage sur Guiraut
Riquier, et nous lisons dans une de ses lettres,
du 27 mai 1905, où il annonçait à ses
parents sa

soutenance de thèse
et assistera à

ma

:

«

M. Chabaneau

soutenance. Si

on

sera
me

à Paris

fait des

compliments, il en aura sa part. » Chabaneau
léguer, comme au meilleur de ses dis¬
ciples, sa bibliothèque, ses manuscrits et ses notes.
Ayant obtenu une bourse de voyage, Joseph Andevait lui

.

�210

glade alla
et

de

en

Allemagne,

aux

Universités de Bonn
les cours des

Fribourg-en-Brisgau, suivre

maîtres

réputés de la philologie romane. De ce
séjour de deux ans (1898-1899) il rapporta une
connaissance approfondie de la
langue et de la
littérature allemandes, en même
temps que la
pratique très exercée des méthodes de linguis¬
tique en honneur outre-Rhin.
Nommé professeur au
Collège de Béziers, il
enseigna successivement aux Lycées de Tulle,
La Roche-sur-Yon,
Montpellier et Bordeaux.
Il y fut — les notes
qu'il a laissées sont là pour
l'attester
un professeur
consciencieux, et, par
exemple, n'hésita pas à écrire de sa rqain, pour
ses élèves de 5me au
Lycée de Tulle, une histoire
grecque complète.
L'enseignement supérieur le réclamait. Il avait
déjà rempli, pendant l'année 1902, les fonctions
■—

,

de maître de Conférences à la Faculté des
lettres
de Rennes. Le 1er décembre
1905, il fut nommé
maître de Conférences de
langue et littérature

françaises à la Faculté des lettres de Nancy,
et professeur-adjoint à la même Faculté le 1er
jan¬
vier 1908. Mais une chaire
plus spéciale lui était
réservée, une chaire de langue et littérature
romanes, car, à côté de ses travaux professionnels,
il poursuivait toujours ses études favorites.
En 1897, il avait publié une intéressante étude
de phonétique sur Le Patois de
Lézignan. Son
court
passage à Tulle lui avait permis d'étudier
de faire connaître les Troubadours limousins.
Après d'autres publications de moindre impor¬
tance, il avait, en 1905, soutenu brillamment
et

3*

�=—

2iê

—■

principale, ayant
Riquier, obtenait
française.
Dans un discours de distribution des prix qu'il
prononça au Lycée de Bordeaux le 28 juillet 1904,
il disait : « Aimez la littérature classique et les
romantiques. Mais n'oubliez pas que ni notre
ses

thèses de doctorat, dont la

pour sujet Le troubadour Guiraut
le prix Saintour, de l'Académie

littérature

ni

notre

histoire

ne

datent d'hier,

l'une et l'autre ont de brillants commence¬
indulgence à ceux qui
ont fait de ces origines l'objet de leurs études. »
A Nancy, près de la frontière d'alors, il donna
une série de conférences publiques sur la poésie
des troubadours. Et ce geste avait la valeur
d'un symbole. En face des amoncellements de
notes, de fiches et de répertoires des romanistes
allemands, un esprit français, clair et souriant,
ouvrait pour le grand public, avec une clef magique,
que

ments, et gardez quelque

les

trésors

de

cette

littérature médiévale trop

longtemps renfermés et réservés à un petit nom¬
bre de privilégiés. Les Troubadours parurent en
volume en '1908. Ce culte voué par le jeune maître
aux

vieux aèdes d'Occitanie méritait une récom¬

Un jour, les chevaliers de l'Idéal vinrent
prendre par la main celui qui les avait si bien
glorifiés et l'installèrent dans la capitale des
pays de langue d'Oc. Le 1er février 1910,
Joseph Anglade fut nommé professeur de langue

pense.

et

de littérature méridionales à la Faculté des

lettres

fred

la chaire
Antoine Thomas et Al¬

de Toulouse, pour

illustrée avant lui par

y

occuper

Jeanroy.

Lui-même

a

conté, dans son Discours de récep-

�tion, comment, dès

son

arrivée à Toulouse, il

tint à saluer les vieux

registres des Leys cTAmors,
Compagnie, discrètement reve¬
depuis quelques années, à ses vraies tradi¬

et comment notre

nue,

tions, offrit à l'ami des troubadours un fauteuil
dont il prit possession le 21 mai 1911. Déjà, la
Société Archéologique du Midi de la France
l'avait admis parmi ses membres en 1910. L'Aca¬
démie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres
de

Toulouse

en

1918.

devait

aussi

lui

ouvrir

ses

portes

Quand Joseph Anglade arrive à Toulouse, il
quarante-deux ans. Il est en pleine maturité
d'esprit, et son activité se manifeste dans un
domaine très vaste. Désormais, il ne quittera
plus notre ciel occitan que temporairement, pour
accomplir des missions officielles en Italie ou en
Catalogne, nouant avec les romanistes de ces
pays des relations étroites d'amitié comme il
en pratiquait avec ceux
d'Allemagne et d'Autriche.
Mais, où il va souvent, c'est à Lézignan, son pays
natal, qu'il aime d'un grand amour. Dans la
seconde partie de sa vie, Mistral prenait souvent
le chemin qui mène de Maillane à Arles, Arles
dont il voulait faire la capitale de l'Empire du
Soleil. Joseph Anglade se porte incessamment
de Toulouse à Lézignan, les deux pôles de son
inlassable activité. Ces deux villes sont insépa¬
rables dans sa vie, et l'on ne saurait dire laquelle
des deux l'a le plus possédé. Toulouse, Lézignan :
deux noms ensoleillés, pays de blé, pays de vin,
l'un regardant l'Océan, l'autre tourné vers la
Mer bleue. Combien de fois ne m'a-t-il pas écrit :
a

�Mon G.

Q. G. est à Toulouse; mon G. Q. G. est
Lézignan. » C'est à Toulouse qu'il est mort,
c'est à Lézignan que son corps repose.
«

à

II.

Messieurs,

ce «

—

L'Homme.

volontaire

», ce « courageux »,

pour reprendre les propres termes de M. de Gélis,
avait l'étoffe d'un chef. On aimait à servir sous
ses

ordres.

Et

permettrez d'évoquer
de parler de son œuvre, sa

vous

devant vous, avant
forte personnalité.

me

lui était la

simplicité.
demeuré
peuple, il l'est
toute sa vie.
Ses titres et ses distinctions ne l'ont jamais grisé.
Au lendemain d'un dîner de gala où il avait
coudoyé les plus distingués représentants de la
société méridionale, il ne dédaignait pas d'aller
faire une causerie littéraire aux jeunes gens de
son pays natal. Joseph Anglade était la droiture
même, et l'idée seule de la moindre compromission
n'a jamais effleuré son âme. Si parfois, dans ses
travaux, il y avait des faiblesses et des erreurs,
il était le premier à les reconnaître et n'hésitait
pas à rectifier. Dans son amour de la vérité, il
La note dominante

en

Enfant du

demandait

sans

cesse

des lumières.

C'est ainsi

lorsqu'il édita nos Leys d'Amors, comme il
avait de nombreuses références scripturaires à
vérifier, à contrôler, il obtint par mon inter¬
médiaire la collaboration précieuse d'un de mes
maîtres de l'Institut catholique.
Il recourait
même, sans fausse honte, à l'aide de ses disciples :
que,

y

�—

jour, j'avais

219

—

préciser, au hasard d'une de
d'Aragon, à Barcelone,
une
citation de troubadour; quelle ne fut pas
ma
surprise quand je vis ma trouvaille faire
l'objet dans la revue Romania d'un article signé
un

mes

de

lectures

nos

deux

aux

pu

Archives

noms

côte à côte. Le moindre service

qu'on pût lui rendre dans ses recherches était
signalé par lui avec éloges. Lorsqu'il publia
Las Flors del Gai Saber à Barcelone, il me
pria
de relire les épreuves sur la photocopie du manus¬
crit; au reçu de mon travail, il m'écrivit, le
aussitôt

31 décembre 1926

:

«

Je tiens à

vous

remercier

spécialement du soin que vous avez mis à revoir
épreuves. J'ai corsé en conséquence le para¬
graphe qui vous est destiné dans ma préface. »
Et je pus lire, en effet, dans la préface du volume#
les

«

Mon élève l'abbé Salvàt

a

bien voulu relire,

une

épreuve corrigée par moi et me suggérer d'utiles
corrections; je lui en exprime mes bien sincères
remerciements. » On peut se rendre compte de
sa droiture en voyant
avec quel soin il précise,
dans beaucoup de ses publications, la part qui
revient à

son

maître Chabaneau dont il utilisait

les recherches.

Simple et droit, Joseph Anglade était bon.
ses appréciations, il a soulïert
lui-même des critiques acerbes dont il fut parfois
l'objet, et qui lui firent m'écrire un jour
(12 mai 1926) en m'annonçant le travail d'un
anglais : « Aucun as français — ou allemand
Bon dans toutes

même

—

n'a osé faire cela. On aime mieux

déchirer à coups

facile et plus

se

de comptes rendus; c'est plus

agréable,

»

II m'arrivait parfois

�320

de m'étonner devant lui

le voyant

collection¬
précieusement quelques publications félibréennes d'une valeur très infime, pour ne pas
dire plus; et lui, sans me gourmander toutefois,
me
répondait qu'on pouvait toujours puiser
partout quelque nouvelle connaissance, qu'en
tout cas il ne fallait décourager aucune bonne
volonté. Sa bonté proverbiale, on l'a dignement
louée sur sa tombe, lorsqu'une voix autorisée
rappelait « sa courtoisie exquise, sa serviabilité
inépuisable, sa tolérance presque sans limites,
son
dévouement à toute épreuve, son amitié
sûre et fidèle ». Mais ses élèves peuvent en parler
plus que quiconque : à l'encontre de certains
maîtres et savants jaloux de leurs connaissances
et toujours soucieux de s'envelopper, aux yeux
de leurs disciples, dans une sorte de mystère
inaccessible, il était toujours prêt, lui, à leur faci¬
liter la tâche, à leur ouvrir les trésors de ses
bibliothèques et de ses notes personnelles; l'un
d'eux, qui est parmi nos maîtres ès Jeux les plus
distingués, n'a-t-il pas dit de lui : « Il voulait
même nous donner l'illusion qu'il s'instruisait
auprès de nous. » Les étudiantes, il faut le dire, le
redoutaient aux jours d'examen ; comme certains
de nos vieux troubadours, il était quelque peu
misogyne, et sa sévérité, cependant plus apparente
que réelle, était calculée, voulue : il prétendait ■—
je ne veux pas dire s'il avait raison ■— que le
nombre toujours croissant des étudiantes dans
en

ner

nos

Facultés contribue à faire baisser le niveau

des études, et que le

sourire féminin, surtout

�221

—

quand il

se

double d'une crise de larmes, désarme

trop facilement la sévérité des examinateurs.
Cette

légère ombre au tableau ne sert qu'à
davantage en relief la gaieté franche et
gauloise de Joseph Anglade. Une fois débarrassé
de sa toge ■—• et Dieu sait si la fameuse toge l'embar¬
rassait!
le disciple de Rabelais ne tardait pas
à reparaître, débordant de bonhomie rieuse. Ah!
certes, M. de Gélis pouvait lui dire en l'accueil¬
lant ici même : « Quant à la Gaie Science, je suis
sûr qu'elle ne deviendra ni triste ni morose en vous
voyant entrer. » Que de bons mots, que de joyeuses
plaisanteries fusaient de ses lèvres et déridaient
en un clin d'œil les fronts les plus soucieux! Vous
souvient-il, Messieurs de la Commission de langue
d'Oc, du fou rire qu'il provoquait en nous disant
ses Valents de Fouich? Mais c'est jusque dans le
travail et dans les projets les plus sérieux qu'il
transportait, qu'il communiquait son amour du
franc rire, de la gaieté bienfaisante. Pour lui
comme pour le poète
mettre

—

Le

Gay-Sçavoir est seul le vrai Savoir.
lui disait

rien; le « Gai
contraire. S'agissait-il de
chercher un titre pour une collection littéraire ?
il l'appelait La Bibliotèca del Gai Saber; s'agis«

Savoir

Savoir

»

))

tout

seul

l'inspirait

sait-.il de fonder

ne

au

une

Société d'anciens élèves de

l'Institut d'études méridionales? il

proposait de
l'appeler Les Compagnons du Gai Savoir. Mais,
ai-je besoin d'insister sur ce point, quand nous
avons tous présent à la mémoire le discours par

�—

23

à

—

lequel il m'accueillit
donna

nous
«

occitan »,

une

en votre Compagnie, où il
définition savoureuse du mot

et où il chanta malicieusement la

louange du vin vieux ?
J'en aurai

assez

dit

sur

le caractère du maître

quand j'aurai parlé de son amour, de sa passion
le travail. On ne l'eût pas cru travailleur
obstiné en le voyant s'attarder souvent devant
plusieurs chopes de bière. Mais ses œuvres sont
là qui parlent. Il fallait le voir, la tête obstiné¬
ment penchée à droite pour mieux
lire de son
œil le moins invalide, corrigeant avec soin ses
épreuves, écrivant une affectueuse dédicace, déchif¬
pour

frant

nos

vieux manuscrits. Il travaillait ailleurs

bureau; quand il allait à la chasse à
garrigues de Lézignan, quand il sur¬
veillait dans ses vignes l'œuvre néfaste du
mildew,
il ne cessait de travailler,
relevant, sur les lèvres
du terrien, les thèmes, les expressions rares,
jusqu'aux déformations du langage occitan.
Après la mort de ma mère, il m'écrivait, dans
que sur son

travers les

une

lettre affectueuse

:

«

Vous trouverez dans

grande consolation; vous en
trouverez une autre, d'un genre différent, dans le
travail. » Et voici comment il apprenait à l'un
de nos grands mainteneurs, son ami Cartailhac,
la mort de son père, le 3 septembre 1916.
vos

croyances une

�223

Cher Monsieur

J'ai la vive douleur de

«

de

Cartailhac,

mon

che

père,

dernier.

vous annoncer

le décès

survenu presque subitement diman¬
Je n'ai pas voulu qu'un bout de

carton imprimé vint vous annoncer cette nouvelle :
l'amitié que vous me témoignez mérite mieux.
« Mon
père n'était pas souffrant, mais il avait
voulu rester viticulteur, petit viticulteur, et sa

santé s'usait

qu'il s'en doutât. Son décès
grand vide, surtout pendant les
vacances où je partageais
ses joies et ses soucis.
« Pour me divertir de ce
deuil, au sens pascalien, je me suis remis au travail des Leys dCAmors :
j'ai emporté ici la copie du livre III et dernier
et je mets la ponctuation définitive.
me

«

laisse

La

vailler

un

meilleure

travail de
■

sans

manière

d'honorer

la

vie

de

père est de faire comme lui : tratrêve ni repos; et c'est aussi une si

mon

sans

douce consolation!
«

Bien

vous.

:

amicalement, mais bien tristement à

»

Joseph Anglade avait le travail facile. iSa
mémoire, prodigieuse, le servait admirablement.
Il était une bibliographie vivante. Ses élèves
peuvent dire quel soin il apportait à la biblio¬
graphie d'un sujet. Je lui avais écrit, certain jour,
que je n'avais pas trouvé dans une bibliothèque
un livre qui pourtant y était, Après m'avoir mis

�—

sur

la

termes

voie, il
:

Et

«

me

224

morigénait doucement

nunc

erudimini...

Il

tromper bibliographiquement,

se

d'excuses.

On lui
son

a

en ces

faut

plus

cela n'a

pas

ne

»

reproché parfois

son

excès de facilité,

empressement à publier. Peut-être y a-t-il

du vrai dans

ce reproche. Mais
Joseph Anglade
prétendait jamais donner du définitif. Dans la
plupart des introductions à ses ouvrages, il
demande qu'on lui signale « lacunes et erreurs »,
il reconnaît que « souvent son opinion n'est
que
provisoire », il « accepte d'avance et bien volontiers
toutes les critiques de bonne foi ». Dès son premier
opuscule, Le Patois de Lézignan, il écrit, en 1897,
après avoir reconnu les imperfections de son étude :
«
Il faut bien pourtant se décider à grouper les
phénomènes observés, quand une fois on en a une
quantité suffisante pour justifier un groupement,
sans se flatter du
chimérique espoir d'avoir noté
ne

tous les

détails.

»

III.

—

C'est par le vif désir
trésor de notre passé

L'Œuvre.

de faire connaître le riche
littéraire, et aussi d'être
utile à ses étudiants, qu'il fut poussé à publier
d'innombrables travaux de tout genre. Sa biblio¬
graphie compte plus de soixante titres. Je me
bornerai, Messieurs, à mentionner les plus impor¬
tantes de ses publications, ne m'occupant que de
celles qui intéressent directement la langue et la
littérature occitanes, en les groupant sous trois

�chefs

principaux

:

études, textes, instruments

de travail.
Parmi

études, les unes concernent plus
particulièrement la phonétique et la morphologie
de la langue occitane moderne, et sont à propre¬
ment parler l'œuvre du philologue. Quoique très
grand, leur intérêt est dépassé par celui qui
ses

s'attache à
livre

ses

études d'histoire littéraire.

Son

Guiraut

Le troubadour

Riquier est une
œuvre maîtresse : il y étudie les poésies du célèbre
troubadour narbonnais qu'on a appelé à juste
titre « le dernier des Troubadours »; puis, à la
faveur de cette étude, il fait un magistral exposé
sur

de la littérature occitane

au

moment de la déca¬

dence, quand, après la Croisade des Albigeois
et les changements politiques et sociaux survenus
dans le Midi de la France, la poésie courtoise
subit de profondes modifications et devient, insen¬
siblement, religieuse et morale.
Son ouvrage sur Les Troubadours, leurs vies,
leurs œuvres, leur influence, est un livre de vulga¬
risation, dans lequel la science la plus rigoureuse
s'allie à un style limpide, parfois poétique, tou¬
jours agréable : désormais le grand public pourra
connaître

ces

troubadours ensevelis

chemins des manuscrits

sous

les par¬

noyés dans une atmos¬
phère de légende. Et je ne puis pas ne pas signaler
son livre sur Les Troubadours de Toulouse, résultat
d'un cours public professé en 1913, dans lequel,
à propos des principaux troubadours de notre
pays toulousain, il reprend à grands traits l'his¬
toire de la poésie occitane : « L'histoire des Trou¬
badours de Toulouse, dit-il, est comme un résumé
ou

�22Ô

de l'histoire de la

définitivement

en

quoi qu'on

—•

poésie méridionale.
lumière

ce

» Il y met
fait incontestable

ait dit, les plus grands et les
ne sont pas nés en Pro¬
vence, que l'appellation de « littérature proven¬
çale », si répandue, est historiquement fausse,
et que, du Limousin où elle
naquit, la littérature
occitane du moyen âge gravita autour de Tou¬
louse « métropole de la poésie romane ».
que,

en

meilleurs des troubadours

Les

oeuvres

jusque

des troubadours étaient connues,

la fin du XIXe siècle,

vers

recueils introuvables et
et

de

Rochegude,

encore

on

par

en

dehors des

indigestes de Raynouard
des éditions allemandes;

n'avait pas vu les collections entre¬

prises courageusement par Privât à Toulouse,
par Champion à Paris. Joseph Anglade avait
souffert de cette pénurie de textes, car il avait
dû étudier Guiraut Riquier dans
l'unique édition
existante, publiée en Allemagne par le doc-r
teur

Mahn.

Aussi

réclamait-il

sans

cesse

des

éditions, et non pas précisément des éditions
critiques, interminables, mais des éditions de
vulgarisation. Aussi publiait-il lui-môme Les Poé¬
sies de Peire Vidal, Les Poésies du troubadour
Peire Raimon de Toulouse, Les Chansons du trou¬
badour Rigaut de Barbezieux; aussi traduisait-il
Flamenca pour la collection des « Poèmes et
Récits de la Vieille France
Les

instruments

de

».

travail

proprement dits
défaut aux étudiants
en
langue romane, et le bon professeur était
obligé de faire polycopier des textes pour ses
élèves, Nous n'avions que des anthologies d'Ailefaisaient

complètement

�magne ou d'Italie; nous
maires d'Amérique ou

n'avions que des gram¬
d'Autriche. Anglade fit
successivement paraître une Bibliographie som¬
maire pour étudier les Troubadours, une Gram¬
maire de Vancien provençal ou ancienne langue
d'Oc,

Histoire sommaire de la littérature pro¬
enfin, une Anthologie
ces
ouvrages, il a été
un initiateur, et l'on demeure ébloui devant une
semblable accumulation de travaux pour lesquels
il n'avait guère de devanciers ni de modèles.
Sans doute, beaucoup de ces ouvrages seront
repris, et les futurs romanistes, réalisant d'ail¬
leurs le désir du maître, compléteront ses tra¬
vaux.
Ils n'oublieront pas que leur tâche aura
été singulièrement facilitée et que, s'ils marchent
dans une voie tracée, sur un chemin largement
ouvert, ils doivent cela au labeur et au talent du
premier pionnier.
Ce que fut Joseph Anglade dans notre Com¬
pagnie, Messieurs, vous le savez, certes, bien
mieux que moi qu'il a eu le temps à peine d'intro¬
duire parmi vous. Mais j'ai parcouru vos Recueils
depuis l'époque où il avait été admis chez Clé¬
une

vençale

au Moyen Age, et,
des Troubadours. Pour tous

mence

Isaure. Son Remerciement constitue l'une

des

plus belles exaltations que l'on ait pu entendre
de la langue et de la littérature occitanes,
après le discours du baron Désazars de Montgailhard sur « La langue moúndine et la patrie
toulousaine ». Le 2 mai 1913, Joseph Anglade
parlait au nom de l'Académie à l'inauguration
ici

de la statue de la «Poésie Romane». Le 6 novem¬
bre

1923, lors de la Commémoration solennelle du

�—

VIe Centenaire du

ûàii

—

Gai Savoir », il affirmait le
légitime de la vieille Académie ■:
La langue d'Oc, dit-il, a
repris à nos concours
la place qu'elle n'aurait
jamais dû perdre complè¬
tement. Nous croyons qu'elle
ne la cédera plus.
Rien n'aurait contribué
davantage à enlever à
notre Académie son caractère si
original, si elle
était devenue comme les autres. Son rôle est
plus
grand, son ambition plus haute : sa longue his¬
toire, le prestige dont elle jouit parmi les poètes
de langue d'Oc, tout l'autorise à devenir le centre
d'un mouvement littéraire
qui échappe à d'autres
Académies, même à celles du bord de la Seine...
En revenant à ses
origines et à ses traditions,
«

rôle et l'ambition
«

l'Académie toulousaine a, du même
coup, recon¬

quis un domaine d'influence qui était perdu pour
toujours. » Devenu, après la mort du regretté
baron Désazars de
Commission de
de

Montgailhard, président de la
langue d'Oc, il s'acquitta du rôle

rapporteur du Concours de poésie occitane
1927, 1929 et 1930. Et c'est ici-même qu'il
prit pour la dernière fois la parole en public
pour m'ouvrir les
portes de l'Académie le
19 juin 1930, trois semaines avant sa mort.- Et
je ne parle pas des nombreuses communications
qu'il faisait en séance privée, signalant à ses
en

confrères les événements et les

productions litté¬
qui pouvaient les intéresser. Vous savez
la bienfaisante influence
qu'il exerçait sur la
marche, les progrès, la vie même de notre Com¬
pagnie.
Celle-ci, d'ailleurs, avait daigné lui manifester
sa
gratitude en lui remettant, par une faveur
raires

�—

«ai) —

exceptionnelle, après dix ans à peine de présencê,
jeton de vermeil qui couronne d'ordinaire
vingt-cinq années de vie académique. Cette dis¬
tinction, il l'avait surtout méritée par sa publi¬
cation des Leys tVAmors, le code poétique des
fondateurs de la Compagnie du « Gai Savoir ».
Le vieux manuscrit qui raconte notre fondation
était chez nous depuis six cents ans, et nous
n'avions pas songé à le publier. Joseph Anglade
entreprit et sut mener à bien sa publication en
trois volumes auxquels il ajouta un quatrième
volume d'études historiques et littéraires, de
notes et de lexiques. Selon le mot du baron Désale

il fit ainsi « mieux connaître le rôle histo¬
rique de notre Compagnie, la première en date
zars,

des

compagnies littéraires de l'Europe ». « Je
garde, répondit alors Joseph Anglade,
de reporter cet honneur insigne sur ma personne,
pas même sur mes travaux : il va tout entier,
cet honneur, aux études qui nous sont chères et
qui nous rattachent si fermement par tant de
fils mystérieux à notre histoire, à notre race,
à notre sol. » Et il continuait : « Ah! si jamais
notre Académie devait devenir une trop vieille
personne, ennemie de la joie et du « Gai Savoir »,
qu'elle remonte à ses origines et elle y retrouvera
sa jeunesse; elle saura,
si elle l'oubliait, qu'elle
est née pour l'Amour et la Poésie, des dieux qui
ne vieillissent jamais. »
Les origines de notre Compagnie, comme il
les connaissait! Je crois qu'il eût été capable de
n'aurais

reconstituer de mémoire toute l'histoire de notre

fondation

par

les VII Troubadours du Verger

�des Augustines; Bernât de Panassac, Guilhem Molinier étaient

parmi ses meilleurs amis.
Cependant, quand le baron Désazars lui remit
le jeton de vermeil au nom de l'Académie, il
l'accorda non seulement au Mainteneur, mais
aussi

Professeur.

au

«

Au lieu de

vous

en

tenir

moule

universitaire, toujours le même pour
France, lui disait-il, vous avez inauguré
un enseignement nouveau, tout à la fois élevé
et pratique, savant et populaire. Vous avez prêché
l'impérieuse nécessité de mieux connaître nos
traditions ancestrales. Vous avez élargi le cercle
des études universitaires et académiques. Vous
avez fait œuvre racique et
patriotique. » Le baron
au

toute la

Désazars
d'Etudes

faisait

ainsi

allusion

à

cet

Institut

Méridionales,

tribua à fonder et

que Joseph Anglade con¬
dont il était directeur. Cet

Institut, annexé à la Faculté des lettres,

avec

des maîtres réputés, devait promouvoir l'étude
de l'histoire méridionale et surtout de la philo¬

logie

romane. Il n'est que
senté à ce sujet par Joseph

de lire le rapport pré¬
Anglade au Conseil de
l'Université, pour se rendre compte de ses projets :
il entrevoyait là un magnifique champ d'acti¬
vité où professeurs et élèves travailleraient en
commun
:
histoire et philologie, histoire litté¬
raire et histoire politique, étude des parlers
vivants, étude de documents d'archives, etc...
Ses élèves n'oublieront jamais son enseigne¬
ment pratique, sans pédanterie, qui était plutôt
une causerie familière, où l'on
apprenait surtout
à travailler, où maître et. disciples se sentaient
unis par une bonne et franche amitié, par une

�amitié
que
âme
et

toute

méridionale.

C'est

là, Messieurs,
je l'ai connu. C'est là que, au contact de son
vibrante, s'est, non pas éveillé, mais échauffé,

accru

en

moi l'amour de notre histoire et de

notre

langue occitanes. Auprès de lui, dans le
silence, parmi ses livres et ses notes, entre Lou
Trésor diôu Felibrige et La Canson de la
Crozada,
je

me trouvais à l'aise comme dans l'enthousiasme
d'une fête félihréenne.

Car, et ceci est

un

aspect particulier de la person¬

nalité de

Joseph Anglade, le savant éditeur des
Leys d'Amors et de Peire Vidal, grammairien et
philologue, ne considérait pas la langue d'Oc
comme

une

chose

morte;

pour

lui, elle était

vivante, et bien vivante. « Les écrivains occitans
de nos jours, a-t-il
écrit, soutiendraient brillam¬
ment la comparaison avec leurs illustres devan¬
ciers les troubadours

c'est que,
le culte de l'Art,

si les uns et les
il y a chez ces
derniers plus de vie : et, en toute
poésie, ceci
vaut peut-être mieux que cela. » En
Joseph An¬
glade s'opérait harmonieusement la liaison entre
la langue des troubadours et celle des
félibres,
qui sont la même langue, la langue immortelle
autres ont

eu

:

d'Occitanie.
Cette

langue,

écrit M. Armand Praviel,
peuple, dans les
vastes assemblées de
Sainte-Estelle, où sa parole
spirituelle et nourrie était impatiemment attendue,
longuement applaudie. Combien de fois ne l'ai-je
pas entendu, au Centenaire d'Achille Mir, à la
fête, de l'Ame Occitane à la Cité de Carcassonne,
aux réunions des Grilhs del
Lduragués, aux tablées
«

a

il aimait à la sexrtir vivre dans le

�—

a32

—-■

de VEscòla Occitana! Cet éminent

Majora]

com¬

mençait dans un sourire, il finissait toujours par
.quelque pensée grave, utile, émouvante. Rap¬
pelez-vous, à Carcassonne, quand il nous mon¬
trait la cour du Château, où Trencavel monta à
cheval pour aller se rendre à Simon de Montfort...
Trois cents convives l'écoutaient les larmes aux
yeux. Et pour les fêtes de Fourès, quand
l'âme des vieux troubadours écrasés par
sade

il exalta
la Croi¬

albigeoise, et dont la voix chante encore au

fond de la race, comme
de Lavaur

dame Guiraude au puits

:

Ausirés

uno

voués canta

La liberta!

:

»

professeur Anglade ne dédaignait pas de
au mouvement félibréen, souvent raillé
et tourné en dérision par le monde intellectuel,
car il n'ignorait pas sa valeur, sa richesse, puisée
au sein même de la Patrie. Le Félibrige l'accueillit
avec bonheur et, en 1918, lui accorda la cigale
d'or de majorai, la Cigala d'Aquitani, dont le
premier titulaire avait été, en 1881, notre con¬
frère le comte de Toulouse-Lautrec. Joseph An¬
glade fut, en 1919, au manoir d'Avignonet, parmi
les fondateurs de YEscôla Occitana, dont il devait
être élu capiscol en 1927, à la mort du baron Désazars.
Il prenait une part active au mouvement
félibréen, dont il rendait compte régulièrement
dans Les Annales du Midi, collaborait aux organes
de diffusion occitane, UAuta, Lo Gai Saber, s'inté¬
Le

se

mêler

ressait

au

recrutement

Consistoire félibréen,

des

majoraux dans le

�-

«

aSâ

-

Il pensait, a-t-on dit avec juste raison,

philologue de chez
félibre;

nous

doit avoir

une

qu'un

âme de

en revanche, il aurait
aussi un peu une

voulu que les félibres
âme de philologue.
Il y voyait une condition indispensable pour le
relèvement de la langue d'Oc. » Et il ne se lassait
pas de dire, dans les assemblées, ce mot que nous
ne
cesserons
nous-mêmes de répéter aux dis¬
ciples de sainte Estelle : « Félibres, travaillons! »
Messieurs, Joseph Anglade félibre, professeur,
académicien, romaniste, sera l'une des plus pures
gloires de notre Compagnie, l'une des plus pures
gloires de l'Occitanie qui déjà s'apprête à lui
ériger un monument. Notre pays occitan,
Joseph Anglade l'aimait profondément, et cet
amour a orienté toute sa vie. « Il n'y a pas un
pays dans les temps modernes, disait-il, dont
eussent

l'histoire littéraire soit aussi intéressante que la
nôtre. » Il était fier d'être de chez nous, de parler
notre langue. Il disait aux professeurs étrangers,
lors des fêtes du VIIe Centenaire de l'Université

de Toulouse

:

«

Tout

ce

que nous avons

gardé de

bon et de beau de notre

passé languedocien, nous
le maintiendrons, et notre langue et nos tradi¬
tions, et ce goût de la liberté et ce sens de la cour¬
toisie qui nous viennent de nos ancêtres. » Fier
de notre passé, il était sûr aussi de notre avenir.
Jugez-en par ces mots prononcés devant la statue
: « Quel sera l'avenir de la
poésie occitane? Jadis on n'élevait des statues
qu'aux morts. Mais depuis longtemps nous avons
changé cette coutume et c'est en pleine gloire
et en pleine vie que Mistral a été glorifié. Il en

de la Poésie Romane

�de même de la poésie romane. Cette statué
n'est pas élevée seulement à la
gloire du présent,
elle l'est aussi à la gloire du
passé et sans doute
êst

aussi de l'avenir.

»

Le

poète occitan Auguste Fourès eut un jour,
lauraguais, une vision sym¬
bolique : il vit un Grand Laboureur, superbement
musclé. « Poing droit au mancheron, haussant
son
aiguillon fort, le bouvier, en chantant, se
hâtait à travers la campagne. H disait une hardie
chanson, et sa voix puissante éveillait un long
du haut d'un coteau

écho de Béziers à Toulouse.
Punk dreit à
Son

»

Vesteva,

anautant

agulhada fòrla,
Lo boièr 'ra cantant

Artelhaba per ôrta.

El, dizià 'na ardida
E

sa

vots

canson,

poderoza

Fazià Vf long reson
De Bezièrs à Toloza.

Messieurs, lo Grand Lauraire de Fourès, c'est
Joseph Anglade. Il a creusé vaillamment, dans
le champ des richesses occitanes, un sillon
large
et profond. Il a exalté notre passé parfois
sanglant,
toujours noble et beau, et sa voix puissante reten¬
tira longtemps, des Alpes aux Pyrénées, conviant
au labeur les
générations futures pour la plus
grande gloire de notre Occitanie.

�/

—

a35

—

Monsieur (1),
Vous êtes

poète, et l'Académie, ayant épuisé
belles fleurs de sa cor¬
beille, vous offre le fauteuil de mon maître.
Il eût applaudi, j'en suis sûr, à un
pareil choix.
en

votre

un

faveur les plus

Son âme tendre et sensible avait
trop
vécu dans la

longtemps
Compagnie des troubadours et des

félibres, elle avait trop souvent erré dans le
temple de l'Amour — et Amour est chez nous
synonyme de Poésie — pour ne pas vous faire
fête. Ses yeux de travailleur obstiné savaient se
lever, et retrouver au-delà des nuages l'étoile
qui y brille toujours pour ceux qui savent la
chercher, l'étoile de l'Idéal!
Et s'il en est parmi nous — ce dont
je doute
un
peu —- qui ne soient pas poètes, ils sont du
moins grands amis de la poésie. Nous sommes
tous heureux de

vous

accueillir.

(1) M. de Bellomayre, avocat à la Cour.

Les Frères

DOULADOURE, imprimeurs,

rue

2199 (25-7-1931).

Saint-Rome, 39, Toulouse.

��Règles de Phonétique Occitane
i° VOYELLES.

accentué
constitue

ou

—

a,

seul

ou

dans le corps d'un mot,

non, sonne comme a

français

;

mais s'il

terminaison féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et o, suivant la région ;
e sonne comme é fermé français, et è comme è ou¬
vert français ; — i équivaut à i français ; — u égale¬
ment ; mais, après une voyelle, il a le son ou fran¬
çais ; — ò ouvert se prononce comme o français, et
o fermé comme ou français.
2° CONSONNES. — b, e, d, f, g, j, 1, m, n, p, q ( toujours
suivi de u), r, s, t, z sonnent comme en français ; mais
c devant e et i est sifflant comme s français; — j sonne
comme tz, dans certaines régions ; — m se prononce
comme n à la fin de la i" pers. du pluriel des verbes ;
une

—

quelques rares exceptions, à la fin
r est souvent muet à la fin des
substantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi
qu'à Pinfinitif; — s est toujours dur et sifflant; — t est
muet à la fin'des participes présents et de la plupart
des mots en ment; — v sonne comme b, sauf en Pro¬
n est muet, sauf
des substantifs ; —
—

vence.

3° GROUPES. —ch, lh, nh se prononcent: tch, iil, gn.
BIV VENTE A 1. A.

Societat d'Edicion Occitana
37. Rue de la Baffe

-

CASTEL.NAUDARY

Prosper ESTIEU
Lou Terradou, sonnets en langue d'Oc, avec
duct. franç. (i vol. in-8°, 300p.)— rare. fr.

tra»
Flors d'Occitania, sonnets en langue d'Oc, avec tra¬
duction française, (1 vol. in-8°, 280 p.) . fr.
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La Canson Occitana, poèmes en langue d'Oc, avec
traduction française, (1 vol. in-8°, 264 p.) fr.
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Lo Romancero Occitan, poèmes en langue d'Oc, avec
traduction française, (1 vol. in-8", 344 p.) fr.
20. »

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franç. pouvant se chanter dans les
deux langues, (1 vol. in-8°, 104 p.) . . fr.
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in-8, 68 p.)
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Lo Fíahut

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Lo

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CE

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•OClÉTAT

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OCCITANA

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�</text>
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                <text>Ce set contient les périodiques numérisés par le CIRDÒC issus des collections des partenaires d'Occitanica</text>
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              <text>Lo Gai Saber. - Annada 13, n° 083 setembre 1931</text>
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              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/dd737213240efff97fb123a07e0e3557.JPG</text>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>1 fasc. (pp. 194-235) ; 22 cm</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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