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                  <text>18a Annada

*

N° 152

Junh 1937

Lo Gai Saber
Revista de l'ESCOLA OCCITANA

Dis Aup i Pii'enèu

.

F. Mistral.

TOLOZA
1-4,

Carrièra

dels

Arts,

14

Lo Numéro: 2 fr.

�SABER

OAI

LO

Revista de l'ESCOLA

.

BUREUS :

14, Cai-l-ièra

ciels Arts —

Fransa :

Abonaments :

OCCITANA

un an

.

Estrange : un an

(Edicion de luxe sus papièr

.

.

.

.

TOL.OZA

15 fr.

25 fr.

Lafuma : 35 fr.)

ENSEjSTHADOR
del N° 152

LA

DIRECTION:

Ï.-ROZÈS DE BROUSSE :

(Junh 1937)
de l'Escôla Occimai 1937.
l'estatua de Vestrepain.

La XVIIIe Fête
tana, 2

Dabant

Brinde.
Emili R1PERT :

Raiinond LIZOP :

Prosper ESTIEU:
Anna-Maria PONROUCHPETST

:.

CRI-CRI:

Brinde.
Brinde.
La Polida

\

Vièlha.

La Janada.
Bolegadisa- Occitana :
La Santa Estèla

de 1937.

Supplément: Rapport sur-le Concours de Langue d'Oc
le Prix Pujol poésie, par M. J.-Rozès de Brousse — Poè¬
mes occitans couronnés de M.M, Paul Bergue, Clovis Roques,
Paul Eyssavel, Guilhem de Nauroza, Mme Séguret (Calelhon),
M.M. Tomas Garcés, Edmond Brazès, Jean Narach.

et sur

BURÈU DE L'ESCOLA

OCCITANA

capiscôl ; Antonin Perbosc, J.-Rozès de
Jaques-Emili Abelous, jos-ccipiscòls; Armand Praviel,
clavaire; JozèpSalvat, seçretapi; Joan Séguy, secretari-adjunt.
Filadèî.ka de Gerda, Francés Tresserre, Lois Théron
de Montaugé, Juli Cubaynes, Joan Ladoux, amiral d'Adhémar
de Cransac, conseillers.
Paul Sibra, jôs-capiscôl dels Grilhs del Lauragués; Jordi
Bousquet, capiscôl de YEscòla Rochegude ; Fernand Albert,
capiscôl de la Campana d'Agot; Joan Girou, capiscôl de YEscòla Audenca; Teofile Ferrie, capiscôl de YEscòla d'Autpol;
Elia Lagarde, capiscôl de VÉscàla Dom Vaissete, conseillers.
Prosper Estieu,

Brousse,

�Supplément au N» 152 du Gai Saber

(Juin 1937).

�—

tait à cette tâche
une

compétence

15a

une

—

conscience scrupuleuse,

avertie et

une

bienveillance

Lauraguais ensoleillé dont
les collines nous sont toutes proches, il aimait
notre vieille « lenga mairala » avec laquelle il
était familier dès le berceau; il aimait la retrouver
dans nos lointaines annales académiques dont
il s'était fait le sagace historien; il l'étudiait
dans son livre de recherches sur « la Vraie Langue
d'oc »; il la maniait parfois, toujours avec bon¬
heur, dans des strophes harmonieuses et il fut
des sept fondateurs de cette Escàla Occitana
qui naquit, comme vous le savez, autour de la
fraternelle. Fils de

ce

table cordiale et chère

aux

Muses latines du véné¬

majorai baron Désazars de Montgaillard,
dont nous pleurons toujours la perte, avec celle
de cet autre savant confrère et gai compagnon,
le majorai Joseph Anglade, dont le coeur et l'es¬
prit avaient la sève vivifiante des vins généreux
rable

de chez

nous.

jour prochain, nous entendrons faire ici
l'éloge de M. de Gélis, comme le veulent à la fois
la justice et nos coutumes; j'ai voulu seulement
saluer d'un mot sa mémoire et marquer le vide
qu'il a laissédans notre Commission de langue d'Oc.
Laissez moi saluer aussi, ne fût-ce que d'un
geste reconnaissant, la mémoire du comte du
Bourg de Luzençon et de M. le bâtonnier Boscredon qui, comme secrétaire perpétuel et comme
dispensateur, se montrèrent toujours très compréhensifs et très bienveillants pour les cigales
et les grillons de dame Clémence. Ils furent tous
Un

deux

plus accoutumés à manier — et fort brillam-

�—

ment

153

—

la

langue française, mais ils étaient
d'origine et toulousains
d'habitude. Le gentilhomme de notre Languedoc,
valeureux officier supérieur de la grande guerre
savait, comme le général de Castelnau, combien
un chant
populaire occitan aidait nos paysanstous

—•

deux méridionaux

soldats à bondir à l'assaut des tranchées ennemies

et, entre les mains du regretté bâtonnier, qui fut
le grand Argentier de l'Académie, la cassette de
Clémence Isaure ne fut jamais celle d'Harpagon,
quand nos cigales frappaient timidement à sa

demandant, chaque printemps, quelques
subsister jusqu'à la saison nouvelle et
quelques fleurs pour encourager leurs chansons.
A ces deuils des Mainteneurs occitans, qui
sont
particuliers à notre Compagnie, d'autres se sont
joints qui ne pouvaient nous laisser indifférents.
Saluons, au moins d'une pieuse pensée, la mémoire
de l'ancien capoulier du Félibrige Yalère Bernard,
le brillant peintre et poète de Bagatouni et
des Ballades dl Airain, dont les yeux s'étaient
clos, bien avant la mort, éblouis peut-être par les
visions de l'idéal et par le soleil trop étincelant
sur la Méditerranée et le vieux
port de Marseille,
et saluons deux dignitaires du Félibrige que
Tou¬
louse a naguère perdus : Louis Saint-Raymond,
mèstre dlobro, qui recueillit dans VAuta des Tou¬
lousains de Toulouse les inscriptions occitanes
du Midi, et le Dr Étienne Levrat, mèstre en Gai
Saber, qui fut, à V Ame latine, le camarade et l'ami
de plusieurs d'entre nous et que l'Académie fleurit
jadis de maintes fleurs pour ses beaux vers en
langue française et en langue d'oc.
serrure,

grains

pour

2*

�154

—

—

Mais les Muses sont immortelles.
tinue. Les fleurs refleurissent
au

bord du chemin et

dans

La vie

con¬

chaque printemps
le verger du Gai

Savoir, et les cigales et les grillons, musiciens du
inspirés par lui, continuent à chanter.
Voyons donc ce qu'ils nous apportent et si

bon Dieu et

leurs chants ont été heureux.

*
*

*

L'année dernière cent six ouvrages avaient été
présentés au concours d'oc. Cette année, nous n'en
eu

avons

que

soixante-quatorze. Mais ne nous

plaignons pas : la qualité a remplacé avantageu¬

quantité.
odes, cette fois, n'ont

sement la

Les

dans leur vol audacieux.

Elles

pas été heureuses
sont pas montées

ne

aussi haut que nos avions. Peut-être
du plomb dans l'aile ? En tout cas

ont-elles

elles n'ont

eu

eu

pas

de fleurs.
Le

poème, personnage d'importance, a eu plus
remporté une belle fleur et c'est,

de bonheur. Il a
comme

Ah!

ces

hasard, un Catalan qui l'a conquise.
Catalans! Ils sont comme César. Veni,

par

vidi, vici. A eux le maillot!
C'est donc M. Paul Bergue,
Rivière

de Pézilla-de-la-

(Pyrénées-Orientales), qui

a

obtenu le

prix du poème avec Festeig rùstic. — Festeig
rùstic, c'est une chose assez difficile à traduire en
français. Il faudrait dire : Flirt rustique ; mais
ici, nous ne voulons pas parler anglais depuis la

�—

Guerre de Cent
nous

ans

traduirons

:

155

—

et la bataille de Toulouse
amourettes

ou

plutôt

(1);

amour

rustique. Du reste, voici de quoi il s'agit. C'est
un bel et robuste
gars delà-bas, dans le Roussillon.
Il tient à sa bien-aimée un
petit discours qui,
pour n'être pas électoral, ne manque ni d'élo¬
quence ni de persuasion. « C'est le printemps,
dit-il. Viens avec moi. Tu ne veux pas ! Ce n'est
pas l'heure ? Hé, tu ne m'as point paru toujours
aussi froide et à ce point silencieuse. Tu ne m'as
pas toujours trouvé ennuyeux quand, certains
soirs, je t'ai serré les doigts un peu fort. Viens,
asseyons-nous sous le saule. Je ne sais pas parler
comme les charlatans. Mais
je te prouverai qu'il
n'y a pas un homme au monde qui t'aime tant.
Tu ris ? Allons, assez de rebuffades; nous nous marie¬
rons aussitôt
que nous aurons entré la vendange. »
Voilà ce qu'est un Festeigràstic: une déclaration,
une entreprise d'amour, «un
calignage» diraient
les Provençaux. Et quand il est ciselé par M. Paul
Bergue, bon poète du Roussillon, déjà lauréat
de l'Académie, dans sa jolie langue et avec la
couleur à la fois réaliste et poétique de son
pays,
cela fait penser aux dialogues siciliens de Théocrite et à VOaristys de Chénier, avec le ton
plus
moderne et plus fruste des paysans de Millet ou
plutôt de Jules Breton.
L'Académie, séduite comme la petite Catalane,
donne aux amoureux un Souci d'argent, non point
pour que l'argent leur donne des soucis en ménage,
mais parce qu'à défaut de sa Violette, prix de
(1) La bataille du 10 avril 1814.

�—

156

—

genre du poème, le Souci est la plus belle fleur et
aussi celle qui est affectée à l'idylle et à l'églogue.
Le Souci de Clémence Isaure sera

la première

fleur de la corbeille de noces.

plaintive élégie a trouvé un vainqueur et,
fois, dans le bas Languedoc. M. Clovis Roques,
le distingué majorai de Clermont-1'Hérault, déjà
maintes fois lauréat de l'Académie, a écouté le
La

cette

rossignol qui chante dans le saule planté sur la
poète. Le rossignol est un sage et sa
voix harmonieuse est apaisante et consolatrice.
Il dit au félibre, qui a perdu quelques êtres
chers, des vérités qui pourraient être un peu bana¬
les si elles n'étaient éternelles et dont la succes¬
tombe du

sion

le

et

développement rappelleraient peut-

artificiel, de

être iin peu le « procédé », parfois
telles odes d'Horace, s'il n'y passait comme

souffle de la Bible et comme un écho

un

des versets

inspirée, dont
graphie occitane, malgré quelques
formes hasardeuses, l'Académie, à défaut du Souci,
a
donné une Primevère. Le printemps fleurit
de Job. A cette œuvre, en somme
on

a

noté la

même

sur

les tombes.

représenté que
la bonne fortune
et un Pro¬
talent, M. Paul Eyssavel, l'éminent

L'Hymne à la Vierge n'a été

par une seule pièce, mais il a eu
de la devoir, cette fois, à un Provençal

vençal de
auteur

de Lou Lume

subre la draio (la Lampe

grand mutilé de guerre, actuelle¬
résidence à Auxerre (Yonne), souvent
lauréat de l'Académie et du Félibrige. M. Paul
sur

le sentier),

ment

en

�—

Eyssavel fait parler

un

157

—

simple pêcheur des côtes

de Provence et il le fait s'adresser tout naturelle¬
ment à la Vierge, étoile de la mer, en une ballade
de forme presque

entièrement classique qui, maniée
habile artiste tel que lui, ne pouvait man¬
quer de séduire l'Académie. Ce n'est pas que le
brave pêcheur dise à la Vierge des choses bien
extraordinaires. Malgré le calme de la mer au
départ, il se méfie du mistral et de la tempête.
En cas de danger il promet à la virginale Pro¬
tectrice un cierge pieux, una candela piosa et, en
cas de
naufrage mortel, il confie ses foyers à la
par un

Bonne Mère aimante et ses
beau fruit de sa chair » :
I

petits

en

larmes

« au

pescadors siàtz pietoza,

Dona, Estela de la Mar !

Le naturel et la

simplicité même de cette jolie
prière lyrique, la parfaite convenance du ton au
personnage et aux circonstances, l'exactitude et
la richesse du vocabulaire marin, l'harmonie des
vers et, enfin, la belle sonorité des rimes
répé¬
tées de la ballade, tout cela a charmé l'Académie.
Clémence Isaure, qui fut peut-être, dans le zénith
fleuri du Moyen Age, l'ombre terrestre de la Virgo
clemens, offre le Lys d'argent, prix du genre, au
maître félibre, en témoignage de son talent et en
hommage à la « Bonne Mère » de Provence qu'il
appelle si joliment « la Bona Maire amistosa ».
Les sonnets, même avec

des défauts, valent
toujours un long poème, estime notre époque de
gens pressés, parce qu'au moins ils ont le mérite,

�—

fort

158

—

appréciable, d'être courts. Cette année, ils

n'ont pas

été très brillants, les sonnets. Nous en
remarqué quelques-uns certes, mais un
seul envoi a paru mériter un prix: c'est Triptic
occitan, d'un bon félibre qui nous est fidèle et
qui nous est cher, Guilhem de Nauroza, d'Ayroux,
par Labastide-d'Anjou (Aude). Le poète-paysan
du Lauraguais chante en un triptyque vigoureux
son Occitanie natale, terre de héros et de labou¬
reurs et les usages primitifs du terroir que
la con¬
quête ancienne et les temps actuels ont fait dis¬
paraître. Il y a de la colère dans ses trois sonnets
et il semble que le poète ne pense pas seulement
à la centralisation, mais aussi un peu au malaise
général de nos populations paysannes, quand il
se dit plein d'horreur pour le temps où nous som¬
mes, «plen d'orror pel temps ont sèm ». Nous com¬
prenons, dans une certaine mesure, son sentiment.
Nous reconnaissons dans sa belle langue et dans
son talent de sonnettiste le digne
disciple qu'il
est de Fourès et de nos chers Prosper Estieu et
Antonin Perbosc. Nous remarquons, en outre,
avec plaisir
que, pour une fois dans tout notre
concours, un poète s'est fait l'écho des préoccu¬
pations de son temps et nous espérons avec lui
des jours meilleurs qu'annoncera, sur sa table
de félibre, la Primevère que nous lui donnons.
avons

Les
ne

Pièces diverses », c'est, pour nous, ce qui
rentre dans aucun genre nettement déterminé.
«

Dans les
si

« Pièces diverses », il y a de tout;
c'est,
j'osais hasarder cette image gastronomique, la

bouillabaisse

ou

le cassoulet du

poétique banquet,

�'5g

—

—

de

non

—

Platon, mais de Clémence Isaure.— On
plats ne manquent ni de charme

sait que ces deux
ni de saveur.

Quatre des pièces diverses ont été

couronnées.

Dans Vivolier de davalada

(Violier d'automne),
distinguée félibresse Calelhon (Mme SéguretFraysse), de Rodez (Aveyron), couronnée chez nous
et estimée partout, chante, en fort
jolies strophes
musicales et mélancoliques, la fleur embaumée
qui fleurit sur les vieux murs quand tout le jardin
va mourir.
Lorsque le froid arrivera, la fleur sté¬
la

rile tombera. Et la poétesse compare tristement à
la

giroflée son cœur qui, lui aussi, se trompant de
saison, refleurit parfois sans raison. « Puisque
jeunesse est révolue, en vain tu refleuris, moncœur;
tu es pareil au violier d'or, tu es un violier d'au¬
tomne! » Langue, sentiment, nuances,
musique,
tout est poésie dans cette pièce, bien digne du
talent et du

cœur

de

son

auteur.

L'Académie la

Ëglantine, c'est-à-dire d'une des
plus belles fleurs de sa corbeille. Oui, d'une Ëglan¬
tine et je m'en réjouis, moi qui connais Calelhon,
qui ai eu l'honneur et le plaisir de l'avoir quelque¬
couronne

fois à

d'une

mon

bras

au cours

d'heureuses félibrées et

qui sais qu'elle est toujours jeune et toujours
charmante.
mence,

tout

démenti,
fleur du

en

pure

violier

d'automne !

Dame

Clé¬

en l'applaudissant, lui en donne le
lui envoyant l'Églantine qui est la

printemps.

La Nit de
en

Un

San-Joan, la nuit de la Saint-Jean,
une rêverie,

langue catalane, est plutôt

�-—

une

i6o

—

méditation vaporeuse. Le « dernier rossignol »
musical et mélancolique au poète;

ouvre son cœur

le feu-follet lui

murmure une

chanson

nostalgique,

plus troublante

que précise, et la
être du reflet des feux rustiques,

lune, dorée peutle baigne de son
silence et de son mystère. ■— Rêverie ? Méditation ?
Symbolisme? C'est bien, en tout cas, là aussi, le
«
Songe d'une nuit d'été», dont la poésiefait penser
de loin à Shakespeare et l'imprécision à Verlaine.
Que le bon poète de la Catalogne espagnole, M. Tho¬
mas Garcés, salué ici
pour la première fois, cueille,

Saint-Jean, l'Ëglantine que lui
qu'il trouve le repos et la paix
dans son refuge albigeois de Saint-Sulpice-laPointe (Tarn), comme nous souhaitons la paix à
sa belle patrie,
aujourd'hui déchirée, dont les
blessures, tras los montes, font saigner nos cœurs
dans

sa

nuit de

offre l'Académie et

fraternels.
La Mula
ses

le

encegada (la Muse aveuglée) affligée de

deux œillères, tourne autour de sa noria avec

rythme lent du sage qui médite. Elle rêve, elle
aussi, elle rêve de ce qu'elle n'a pas: la lumière,
l'abondance, la fortune. C'est tout.... en vingtcinq vers. Ce n'est pas beaucoup. Aussi est-ce
peut-être plutôt pour sa langue catalane, malgré
sa syntaxe un peu heurtée et martelée,
qu'elle
aura la surprise d'avoir
gagné un Œillet à son
auteur, M. Edmond Brazès, de Céret, que l'Acadé¬
mie avait déjà remarqué antérieurement et dont
elle a noté, cette année même, quelques autres
envois qui ont influé sur sa décision.

�—

161

-

Enfin, la troisième des pièces diverses, Llâgrimes
(larmes) est encore d'un catalan, M. Jean Narach,
de Perpignan, l'auteur de Flors d'Hivern,
que nous
avons

aussi couronné antérieurement. Dans

une

langue et avec un vocabulaire plus heureusement
accessible, il chante en strophes harmonieuses
les larmes de l'enfant, celles des
mères, celles des
pères particulièrement émouvantes, celles des
fiancées et des épouses des martyrs de la
grande
guerre; ce sont les armes des faibles, mais leur
force est immense et leur rôle divin, car ce sont elles

qui ouvrent les portes de la bonté. Si la pensée n'est
pas très originale et si le procédé se devine un
peu, il n'est pas moins vrai qu'il y a du sentiment
et de la poésie. Aussi, pour cette
pièce, en tenant
compte de ses autres envois, M. Jean Narach
obtient

un

Comme
huit

le voyez, on a

donné, cette année,
plutôt sept fleurs et un rappel.
joint deux prix en espèces.
vous

fleurs,

On y a

rappel de Souci.

ou

Un

prix de 500 francs est octroyé à un jeune
Languedoc, M. Léon Cordes, de
Siran (Hérault), pour son recueil manuscrit, Libret
de las doas cents rimas, le Cahier des deux cents
rimes. C'est un simple cahier en effet où, le
soir,
après le travail des champs, après la journée pas¬
sée à la vigne, le vaillant gars du terroir
langue¬
docien note quelques impressions,
quelques sou¬
venirs, quelques couleurs, quelques sourires au
passage, quelques rêves... Il note la jolie fille
qui rit sur le seuil de sa porte, les vendanges qui
félibre du Bas

3*

�—

iôa

—-

pénibles certes et pas trop abondantes,
mais joyeuses quand même — n'a-t-il pas vingt
ans ? •— dans leur « âpre volupté ». Il note sa gour¬
mandise malchanceuse : sous la grappe de muscat
ont été

essaim caché d'abeilles l'a piqué.
quelques grains sur l'endroit qui
te démange et suce ton doigt! » Il note les ven¬
danges d'amour, qui font penser à une idylle virgilienne largement esquissée par Steinlen; il note
l'été qui fuit, mais la maison paternelle qui reste,
le zéphir qui passe embaumé... embaumé de quoi ?...
qu'il

«

a

saisie,

un

Etourdi! écrase

souvenir, et ce martinet aux vastes
qui, tombé à terre, ne peu.t plus s'envoler,
pareil à son propre rêve à lui, dont les ailes étaient
trop grandes
Ce ne sont pas de longs poèmes, Dieu merci;
ce sont des notations brèves, des touches légères
de couleur, rapides mais justes. Il y a là à la fois
du réalisme, de l'impressionisme, du pointillisme;
pas un brin de littérature, malgré l'albatros de
Baudelaire, mais sûrement de la poésie, et de la
poésie avec un accent très personnel, fait de fraî¬
cheur, d'heureuse joie et de lumière, de la poésie
dans une belle langue savoureuse, vraiment ter¬
rienne et pure et avec des rythmes souples, légers et
d'un cher
ailes

sonores comme en

Ainsi que

avaient

nos

anciens troubadours.

l'an dernier, l'envoi du jeune félibre a
conquis l'unanimité de la Commission de langue
d'oc. En le voyant, en mai passé, ce jeune brun
de chez nous, en écoutant sa voix juvénile, chaude
et sonore, et en lisant ses Boas cent rimas cette
année, je pensais au jeune Paul Froment dont
nous couronnâmes aussi les premiers vers — qui

�—

163

furent, hélas! les derniers,
une

—

mais qui fut aussi
Félibrige et dont la

—

belle promesse dans le

voix

sincère, malgré la mort, y est restée vivante.
un prix de 500 francs au jeune Léon
Cordes, l'Académie entend lui donner son encou¬
ragement le plus sympathiquement attentif.
En donnant

Un

prix de 300 francs a été octroyé à une félicatalane, nouvelle venue chez nous, Mme Lu¬
cie Bartre, à Ille-sur-Têt, pour l'ensemble de son
œuvre qui se compose
de trois volumes imprimés :
El Testament de Voncle Pone (Le testament de
l'oncle Pone), Retalls (Morceaux), Flors d'Argelag (Fleurs de Genêt) et de trois pièces dacty¬
lographiées. Ce sont de petites comédies ou
saynètes en prose où la vie populaire catalane
est évoquée avec une parfaite connaissance des
milieux, avec des dons de fine observation, et
aussi avec esprit, non sans un brin de joyeuse
malice qui n'est pas pour déplaire. Cela rappelle,
de loin, les scènes dialoguées d'Henri Monnier,
mais avec autrement de verve, de jeunesse alerte
et de gaîté. Ces pièces, qui paraissent toutes récen¬
tes, ne sont pas datées et aucune mention n'indi¬
que qu'elles ont été jouées, quoi qu'elles l'aient été
effectivement. En donnant un prix à Mme Lucie
Bartre, l'Académie montre l'intérêt qu'elle atta¬
che à la vitalité du théâtre populaire catalan.
bresse

Il

ne

faut pas

croire

que,

couronnées offrent des preuves

seules, les pièces
de talent et ont

�—

retenu l'attention de
autant de

qui
1

Nous
:

avons

—

l'Académie. Il

mérite dans les

nous avons

rables

164

y a presque

pièces et les envois à

donné des mentions.

octroyé trois mentions très hono¬
Torna, Istiu, idylle et

à Hora d'Idilli et

pièce de M. Gumersindo Gomila, à Perpignan;
I mort en inar, pièce, par M. Antonin Joannon, le
distingué félibre de Marseille, et à Cadun son
compte, pièce, par M. Pierre Fauré, à Toulouse.

Cinq mentions honorables ont été données aux
: A las vièlhas Goiatas, ode, par
M. Joseph Cantagrel, attaché à l'église du Taur,
à Toulouse, maître en Gai Savoir du félibrige,
déjà remarqué antérieurement; à Nòstra Lenga,
nòstre Perigord, ode, par M. Pierre Miremont,
officier ministériel à Villefranche-de-Rouergue,
mèstre d'obro du Félibrige, qui a déjà publié de
nombreux volumes remarqués; à VIzar embausat,
(l'Izard tombé dans le précipice), pièce, parM. Jules
Ponsolle, ariégeois des Cabannes, en résidence
à Archères (Seine et-Oise) ; à Lou bro'i Paneï
(Le joli Panier), chanson en dialecte bazadais, par
M. Gérard Tissoire, à Nogent-sur-Marne (Seine),
déjà mentionné l'an dernier et, enfin, à un ouvrage
en prose, La Vie et les Mémoirescommentés de Del¬
phine Roumieux, par M. Jean Amiel, à Carcasenvois suivants

sonne.

pièces, tous ces envois ont été bien
près de la fleur. Tous, ou presque tous, ont obtenu
des voix, et des voix particulièrement autorisées,
pour mue fleur. Seulement ils n'ont pas réuni la
Toutes

ces

�—

165

—

majorité nécessaire. C'est dire que leurs auteurs
auraient grand tort de se décourager. Leur talent
a été reconnu, le fait même de la mention
qui
est loin d'être une mention de
complaisance — le
proclame, et Clémence Isaure entend bien leur
donner rendez-vous pour l'avenir.
Une simple mention, comme vous venez de le
voir, a été affectée au volume sur Delphine Roumieux. C'est pourtant une œuvre importante qui
a vivement retenu
l'attention, et l'attention la
plus sympathique de l'Académie. Ce beau livre,
de près de quatre cents pages, enrichi de
précieuses
illustrations documentaires, contient les mémoi¬
res
la meilleure partie du moins — écrits au
jour le jour, et pour elle seule, par Delphine Roumieux, la noble et sainte épouse du célèbre et
joyeux félibre Louis Roumieux, l'auteur de la
—-

—

fameuse chanson Lou Mazet de Mèste Roumieu.
Pauvre Delphine! Il en ressort que sa vie a été

long martyre, un martyre moral, auprès de
Roumieux, que nous avons tous appelé « le bon
Roumieux», et qui sort singulièrement diminué de
ces pages, diminué au
point de vue moral, car
sa légèreté,
son inconduite et même son incons¬
cience, non seulement à l'égard de sa femme mais
aussi à l'égard de ses enfants, nous causent autant
un

d'étonnement que de gêne. En face de

lui, sa
femme, toujours meurtrie et toujours
résignée, atteint les sommets de la noblesse
morale, et presque de la sainteté héroïque. On
n'est pas surpris que d'éminents religieux se
soient intéressés à la publication de ce livre. Il n'est
pas seulement un document précieux pour l'hispauvre

�—

toire

166

—

du

Félibrige, il est aussi un livre d'une
digne des plus graves méditations.
Pourquoi n'a-t-il eu qu'une simple mention ?
Parce que la Commission lui a reproché, dans les
pages de son commentateur, des négligences de
style trop apparentes, une connaissance insuffi¬
sante de l'histoire des lettres félibréennes, et des
erreurs regrettables dans ses traductions des textes
provençaux (dans un sonnet de Paul Arène,
p. 209, il traduit : ma ninjeto sauro, par : ma petite
nymphe sœur, au lieu de : ma petite nymphe
blonde). Aussi le volume a-t-il été médiocrement
accueilli par les critiques du Félibrige. C'est
pour cela que les partisans de ce livre, dans notre
Commission de langue d'oc, n'ont pas eu la majorité
pour un prix — il a pourtant eu bien des voix
importantes — et qu'on n'a pu lui donner qu'une
mention; mais cette mention signifie que l'Aca¬
démie approuve fort la publication méritoire de
volume et que, toutes réserves faites, elle
ce
félicite M. Jean Amiel de l'avoir entreprise et
haute moralité

menée à

d'un très

sa

fin. Les documents de

ce

genre

sont

grand intérêt pour l'histoire d'une lit¬
térature et, à part les Mémoires et Récits de Mistral,
à quoi nous ne songeons point évidemment à les
comparer, à part la Vido d'Enfant de Bonnet, nous
n'avons guère autre chose, dans ce genre, que ce
livre, ce livre que nous aurions tant voulu cou¬
ronner.

�PRIX PUJOL

Et

maintenant, Messieurs, que le concours
fini, je voudrais bien pouvoir me
taire. Vous le voudriez, certes aussi, et vous avez
bien raison. « Seul, le silence est grand », a dit
Vigny.
Mais je suis contraint et forcé de vous dire un
mot du concours pour le Prix Pujol,
poésie, qui,
cette année, est affecté à la
langue d'oc.
Rassurez-vous, je le ferai avec la brièveté que
nous souhaitons
tous, vous qui me faites l'honneur
et qui avez la patience de m'écouter et moi qui
ordinaire est

voudrais bien remiser les bœufs à l'étable.
Pour le Prix

Pujol, destiné à récompenser un
en vers et en langue d'oc cette
sur Toulouse, sa
région ou son histoire,
deux ouvrages avaient été présentés. Nous en
avons joint un 'troisième et nous avons donné
deux prix.
Nous aurions voulu donner un troisième prix
à M. Ëmilien Barreyre, vigoureux poète de la
mer gasconne, au
pays de Buch, que nous avons
antérieurement couronné. Son poème, Lo Sauze
de Toloza (le Saule de Toulouse) a eu, au point de
vue du fond,
d'éminents partisans. L'un lui a
donné la première place du concours Pujol; l'au¬
tre, la première place du concours d'oc tout en
entier; d'autres lui ont reproché d'être beaucoup
trop long, d'être peu intéressant et de s'être donné
une peine trop
visible pour amener la galerie des
ouvrage
année

—

libre

—

�—

168

—

grands toulousains. D'autres, enfin, et non des
moindres, ont estimé le poème* « sans valeur ».
Preuve nouvelle de la relativité des jugements
humains, même chez des juges également qualifiés
et également impartiaux. Totcapita, totsensus. Des
goûts et des couleurs... Mais, en revanche, tous
ont été d'accord pour condamner les graves erreurs
graphiques de l'auteur. Il écrit mon paira, pour
mon paire (mon
père), un mèstra pour un mèstre
(un maître), reveira pour reoeire (revoir), estra
pour

estre (être),

mon

Senha

pour

mon

Senhe

Seigneur), et tout le temps ainsi. Ces erreurs
importantes. Lorsque nous avons couronné
l'auteur, antérieurement, nous avons tenu compte
de ce qu'il faisait de visibles efforts pour purifier
son
dialecte, rude et peu fixé du pays de Buch et
de ce- qu'il tentait louablement de
l'ortographier
en
graphie occitane. Mais nous espérions qu'il
irait jusqu'au bout et que ses erreurs de
naguère,
qui ne nous avaient pas échappé mais que nous
n'avions pas voulu souligner, disparaîtraient.
Elles persistent, hélas! aujourd'hui. Nous avons un
institut linguistique, le Colètge âCOccitania que nous
avons couronné récemment et
qui a pour but de
purifier notre langue, notre syntaxe et notre ortho¬
graphe. Ses conseils sont utiles à tous. Pourquoi
^mon
sont

l'auteur

ne

le consulterait-il pas, comme le font

tant d'autres

également qualifiés? Si nous nous
sur
lui, que nous espérons re¬
trouver ultérieurement, c'est que nous l'estimons
un véritable
poète, un poète de valeur et qu'il
lui est aussi facile
qu'indispensable de faire dis¬
paraître ces poussières de son manteau royal.
attardons

ainsi

�Donc, Messieurs,

donné deux prix :
Paulin, à Réalmont (Tarn), pour son poème Cant cL'Ibern;
l'autre, de 500 francs, à M. Bénézet Vidal, félibre
majorai, à Lezoux (Puy-de-Dôme), pour son
poème A Na Clemensa Izaura. Tous deux nous
reportent à l'époque lointaine de la Croisade contre
les Albigeois et de la sanglante épopée toulousaine.
nous avons

l'un de 1.000 francs à Mme Louisa

Mme Louisa

Paulin, dans son poème en alexan¬
strophes de quatrains, nous met brus¬
quement en présence d'un pendu couvert de neige
que le vent berce lamentablement aux branches
d'un noyer dans une combe sauvage, solitaire et
glacée. C'est Beaudouin, fds de Raymond V de
Toulouse et de Constance de France, qui embrassa
le parti des Croisés et de Montfort. La félibresse
s'adresse au supplicié et le plaint d'avoir été aban¬
donné par son père, d'avoir été privé des tendresses
de sa mère infortunée, d'avoir été exilé sur les
rives du Nord, loin du lumineux héritage langue¬
docien, et d'avoir été trompé, haï et traîtreuse¬
drins et

en

ment condamné à la fois par son faux ami Simon
de Montfort et par son frère dénaturé Raymond VI.
«

Oh! de la

col

neige

le pauvre
le beau Baudouin de
sur

le noyer! De la neige

le
neige
et horrible pendu qui, vivant, fut
sur

sur

noirâtre et meurtri! Un manteau de

La Commission

Toulouse!

»

a été unanime à
applaudir le
poème de la félibresse tarnaise, disons plûtôt
albigeoise. Elle a déjà fait, croyons nous, ses
preuves en français. Elle vient à nous pour la
première fois et elle nous donne ici, sans doute,

�—

I7ò

~~

premières œuvres en langue d'oc. Ce
quelques défaillances très excusables
au départ. Mais la graphie est déjà bien
fixée,
nette, ferme, correcte. Le sujet, choisi hors des
banalités courantes, est traité avec une émo¬
tion un peu mystérieuse et voilée, évocatrice des
jours les plus sombres, et en partie trop mal
connus, de notre histoire toulousaine. Trop de
vague peut-être, mais du talent et du cœur. Là
se révèle, au dire d'un de nos meilleurs juges, un
vrai poète, original, véhément et hardi. C'est
plein de promesses. C'est un beau poète de l'Albi¬
geois qui se lève, le premier sur son terroir. Le
comte Raymond de Toulouse-Lautrec, le regretté
majorai et mainteneur, qui était le descendant de
Beaudouin, en serait fier et consolé.
une

de

ses

n'est pas sans

poème, en alexandrins et en vers plats,
coupé de strophes à huit pieds, ' A Na Clemensa
Izaura, de M. Bénézet Vidal, a été distrait par nous
L'autre

du

concours

ordinaire et classé dans le

concours

sJadresser à Clémence Isaure
et il lui fait hommage d'une page d'épopée, la
lutte des femmes pendant le siège de Toulouse
par Simon de Montfort. Il met ces femmes en scène
d'une façon familière et vivante; on les voit agir et
armer la catapulte de la fameuse pierre, qui va
Pujol. Il

ne

fait

que

écraser et tuer l'horrible Montfort. C'est une

belle

à la gloire des femmes de Toulouse et
cela, notamment, qu'elle est dédiée à
Clémence Isaure, la Femme par excellence de
l'idéal toulousain. M. Bénézet Vidal, le bon majo¬
rai d'Auvergne, a écrit là un feuillet de notre
page toute
c'est pour

�-

1-Jt

-

légende des siècles toulousaine qui est bien dans
l'atmosphère de la Canso de la Crozada et nous y
reconnaissons une fois de plus tout son talent et
tout

son

Tel est,
Comme
nous

cœur.

Messieurs, le

concours de cette année.
le voyez, il est de qualité et il
montre une fois de plus la richesse, la verdeur

et les

vous

ressources

fraîches et,

semble-t-il, inépui¬

sables de notre jeune littérature félibréenne et
de notre poésie occitane.

�RÚSTIC,

FESTEIG

poème;

qut a

ofiteiiu

uu

Aouci,

BERGUE, à Pézilla-de-la-Rivière

M. Paul

(Pyrénées-Orientales).

La

primavera espellei.

Com

un

aibre

el

cor

borrona;

poncella qu'hi nei
gentillesa el corona.
Estimada, vos venî ?
Penrem qualsevol cami,

cada
de

mentres

que

Penjadeta

a-n

l'aucell hi canti.
el meu braç,

d'això i d'allô
per que,

parlaràs,
t'escotant, m'hi encanti.

AMOURETTE

RUSTIQUE

printemps éclôt. — Le cœur bourgeonne comme un arbre;
chaque bouton qui y naît — le couronne de gentillesse. — Mon
aimée, veux-tu venir? — Nous prendrons n'importe quel chemin,
pourvu que l'oiseau y chante. — Gentiment pendue à mon
bras, — tu parleras de ceci et de cela, •— pour que, t'écoutant, je
Le

—

—

m'y enchante.

�—

i73

—

Es pas

hôra de festeig. »
diues, valenta com guapa.
Més d'un còp perxô, a passeig,
calque mot d'amor t'escapa.
—

«

—

Pensant tots dos lo matei,

fingir fredor mai te rei.
dònques; treballa i calla.
Ai! del còr capriciós
que son temps més preciós
ambe silencis desgalla!
Vés

Me

respònes pas tant sec,
su la ruta, al diumenge,
prop d'un om, vora del rec,
cacauets torrats hôm menja.
Nos estem aqui tots dos.
Hé? (iMe tròbes enfadós,
si, guinyant quan ningù passa,
més ardit que'ls més ardits,
te princ dins la mà très dits
i te'ls apreti un bri massa?...
quan,

Ce

n'est

pas l'heure du flirt. ,» — — dis-tu, aussi vail¬
belle. — Plus d'une fois, pourtant, à la promenade —
quelque mot d'amour t'échappe. — Ayant tous deux la même
pensée, — feindre de la froideur jamais ne te réussit. — Va
donc! travaille et tais-toi!
Ah! Fi du cœur capricieux — qui
gaspille avec des silences — son temps le plus précieux!
lante que

—

Tu

réponds pas si sèchement, — lorsque, sur la route,
près d'un orme, au bord du ruisseau,— on mange
des arachides grillées.— Nous nous tenons là, tous deux.- — Dis?
Me trouves-tu ennuyeux, — si, guignant quand personne ne passe,
plus hardi que les plus hardis, — je te prends dans ma main
trois doigts— et te les serre un peu trop?

le

—

ne

me

dimanche,

—

�174

—

J ò i tu, ara
ne

sem

—

matei

fet

prou

per

la junta.

pas que d'aquet
bona flaire munta,

Sentes

^

una
un

que
se

fumet

dolç

tant

i

dins la boca del
vuida

en

com

Un hôm és

grei

fort

cor
calze?

un

mig-encantat.

Vina! Costat

a

costat,

sentem-nos sôta del salze!

M'anyori, quan son tôt sol.
quin daler tinc, quan te miri!
Ets el meu viure, el meu sol.
Sempre cap a tu me giri.
Tant pôc bago, i bé, renom!
aprôp de tu, sé pas com,
me

vén

una

mala mandra...

que riues? Per te burlar
ja ets bona. Ah! Refilar

sapigués,

com un

calandre!

— nous avons assez besogné pour
la bonne odeur — qui monte de ce
effluve si doux et si fort — qui se vide dans la bou¬

Moi et toi, en ce moment
cette fois.

guéretj
che
—

—

—

du

—

un

Ne sens-tu pas

cœur comme en un

Viens! Côte à côte

-

calice?

-

On est à moitié enchanté.

asseyons-nous sous

le saule!

languis quand je suis tout seul.— Quelle ardeur j'ai, lors¬
je te contemple! — Tu es mon vivre, mon soleil. — Toujours
vers toi je me tourne. — Si peu fainéant que je suis, eh bien! crénom! - Près de toi, je ne sais comment, — il rne vient une vilaine
paresse.... — Que ris-tu? Pour te moquer, —oui, tu es bonne.
Ah! Si je savais — gazouiller comme une alouette!
Je

que

�—

Per

parlar,

I

mon

crec

estic pas,

Donc,
Com

Mira
nos

—

xarlatan
(vos que t'ho pròvi?)
t'estimi tant,
pas que se'n trôbi.
jò, per enganys....

cap

pas. Més
d'hòme que
son

al

i75

manyaga, prou reganys!
m'hi fai ambe tema.

tu

que

son somiat :
tant aviat

casarem

tinguem entrada la

vrema.

Pour parler, je ne suis pas un charlatan. — Mais (veux-tu que
je te le prouve?) — je ne crois pas qu'il se trouve homme — au
monde, qui t'aime tant.— Et je ne suis pas pour des tromperies.
Donc, ma douce, assez, de rebuiïades! — Comme toi j'y mets de
l'entêtement.
Vois ce que j'ai rêvé : — nous nous marierons
aussitôt que — nous aurons entré la vendange.

•—

—

�ROSINHÒL

LO

DEL CEMENTER!,

ÉLÉGIE

qui

obtenu

a

éPuutevèie,

une
par

ROQUES, félibre majorai,

M. Clovis

à Clermont-l'Hérault

A la

cara

memùria de
de

e
«

fraire Artur

La vie des hommes passe comme

(Job,

Lo

mon

neboda Jana.

ma

xiv, io ;

l'ombre.

»

Ps. i43,/j.)

poèta abia dit : « Amies, quand morirai,
Plantatz

un

albre

al

cementèri.

Aqui, dins l'amauzant mistèri,
Fòra l'monde

Son ombra sarà dolsa

LE
Le
arbre

cimetière;

du monde et de son

réjouira,

t

e

ROSSIGNOL DU

poète avait dit
au

trebolèri.
m'en regaudirai. »

e son

CIMETIÈRE

Amis, quand je mourrai, — plantez un
là, dans le calme mystérieux, — hors
trouble, — son ombre sera douce et me

: «
■—

�Darrèra volontat

a

la mòrt

escapada!

Dever fidèlament trasat!

Rans

aquel clôt de fresc tampat,
fusquéc mastat,
^ongs regrèts d'uxi'amistat tarnada.

Un ramelet

Demèst los

E l'albre tôt menut, pauc a pauc, s'enairèc.
Sas brancas sogantas e tôrtas,
Al mièch de tant de cauzas môrtas,

Semblavan
De

plus vivas e fôrtas;
fuelhatge espés lo tombèl s'azombrèc.

son

Per

un

luscre de Mai, quand lo vèspre se pauza,
l'aire siaud e sense son,

Dins

Coma

un

S'auzic
Linda

coma

armonïos

una

clara

reson,
canson,

lo riu eascalhant

sus

la lauza.

échappée! ■— Devoir fidèlement
Auprès de cette tombe à peine close, — un jeune rameau
planté, — au milieu des regrets d'une amitié brisée.

Ultime volonté à la mort
tracé!
fut

—

Et l'arbre tout menu, peu à peu, s'éleva. — Ses branches sou¬
ples et tordues, — au milieu de tant de choses mortes, — sem¬
blaient plus vivantes, plus fortes; — de son feuillage épais le
tombeau fut ombragé.
Par

crépuscule de mai, lorsque le soir se pose, — dans l'air
bruit, — comme un harmonieux écho — s'enten¬
claire chanson, — pure comme le ruisseau qui bruit sur

un

calme et
dit

une

la roche.

sans

�Dins l'albre de tristor ont la

rama

fruzits,

Lo rèi dels aucelons

cantaires,
Lo rosinhôl que dins sos aires
Sab traduzir planhs e dezaires,
Al resès silensios abia bastit
E

son

nits.

cada

nèit, dempèi, jos la vota estelada
Semblava, al cèl de claietat,
Quand pujava lo cant mannat,
Que Jo poèta rezurgat
Largava los balams de son ama inspirada.
*
*

*

Qu'es la vida? canta l'aucèl.
Sorgent de lagremas amaras,
Laguis punhents per d'oras caras
Menasadas pel sort crudèl!
Bonur pasat gauj lèu fugida,
Nivolum, santat demezida,
Pou d'abastar

jamas al cèl!

Dans l'arbre de tristesse

on la frondaison frissonne, — le roi
chanteurs, — le rossignol qui, dans ses roulades, —
sait traduire plaintes et chagrins, — dans l'abri silencieux avait

des oiseaux

bâti

son

nid.

Et

chaque nuit, depuis, sous la voûte étoilée, — il semblait,
éclairé, — quand s'élevait le chant parfait, — que le
poète ressuscité — livrait les élans de son âme inspirée.
dans le ciel

Qu'est-ce

que la vie? chante l'oiseau.— Une source de larmes
des soucis poignants pour des heures chères — mena¬
cées par le sort cruel!—Un bonheur passé,une
joie bientôt enfuie,
des nuages, une santé chancelante, — la peur de n'atteindre

amères,

-—

—

jamais le ciel!

�—

Aquel
Mas

es

179

—

pensa aber la fortuna,
tant tèunhe l'escabôt,

Que quand crets de la tene, pot
La veire autant lènh que la luna,
E pasar son tems aisi-bas
En la sercant, la trobar pas.
Pramor que vòla e qu'es res qu'una.

Aquel

a vist, a son entorn,
La Camarda trebolar l'aire.
Davant

sos

èlhs

es

mòrt

Prezat com'un rebat de

Apèi
De

filha tant aimada,

sa

son

fraire,
jorn.

son

ostal la bona fada,

Raubada à trent'ans,

sens

retorn (1).

(l) .Mluzion à la mòrt, del fraire e de la neboda de
survenguda i

a pauc

Celui-là pense

l'autor

de tems.

avoir la fortune,

—

mais il est si mince le trou¬

la tenir, il peut

peau (de ceux qui l'ont) — que lorsqu'il croit de
la \oir aussi loin que la lune, — et passer son
à la chercher sans la trouver jamais, — parce
-—

—

ailes et

qu'elle est unique.

Celui-là
l'air.

—

rayon

de la

temps ici-bas
qu'elle a des

a

vu,

Sous

ses

dans
yeux

entourage, —- la Camarde troubler
est mort son irère, — estimé comme un

son

du jour. — Ensuite sa fille bien-aimée, — la
maison, — enlevée à trente ans, sans retour. (1 )

(1) Allusion à la mort du frère et de la nièce
de temps.

y a peu

bonne fée

de l'auteur survenue il

�i8o

—

Atal

—

la vida que pasa :

es

Semena las penas, lo dôl,
Dona pas a fèct sò que vol
A lo que seguda sa trasa.
Lo bonur s'atura de fes,

Mas'

maitin ôm

un

susprés,
plasa.

es

Quand lo malastre

pren sa

L'eizistensa

dolent

Un

es

un

côp perduda,

S'en

va

coma

Rastumant lo

jôc :
côp ganhada,

un

la

prigolada,
de

cor

foc.

son

Laisem donc lèu los

tarabustes,
Siaguem lèials, braves e justes,
Ambe l'amor en primer lôc.
Lo lum s'escantis dins la vasca,
Lo riu s'acaba dins la mar,
Dins lo brumàs môr lo lugar,
E

nos-aus

Vendrà,

quand la

coma

negra masca

nôstres aimats

Anirem ont s'en

son

La volontat de Dius
.Ainsi est la vie
elle

qui

passe :

—

anats..,.
se

fasca!

elle sème les peines, le deuil,

—

donne pas tout à fait ee qu'il veut — à celui qui suit sa
trace. — Le bonheur s'arrête parfois, — mais un matin, l'on est
ne

surpris

—

de trouver la détresse à

L'existence est

gnée,
feu.

—
—

bons et

sa

place.

méchant

jeu : — tantôt perdue, tantôt ga¬
la foudre, — brûlant le cœur de son
Laissons donc bientôt les chicanes, — soyons loyaux,
équitables, — avec l'amour en premier lieu.
elle s'en

un

va comme

La lumière s'éteint dans la vasque,

dans la

mer.

—

—

le ruisseau s'achève
—
et nous, quand

l'étoile meurt dans la brume,

la noire sorcière
là où ils sont allés

—

viendra, comme nos aimés — nous irons
Que la volonté de Dieu se fasse!
—

�-

181

-

*
*

*

Que de còps 1'a.i'scotat lo manhac rosinhôl,
E sentit la pena de l'ora
Fatela ont lo volam s'aubora...
La mòrt de l'èstre car qu'ôm plora
E que laisa macat lo paure còr en dôl.
Pèi, sembla dins la vots armonïoza e bêla,
Demèst los resons agradius,
Coma una paraula de Dius
Que dits lo remembre dels vius,
Amauzant, pauc à pauc, la dolor trop crudèla.

prigonda ont tant d'èlhs sont tampats,
Trespira un sorgent de repaire;
E, canda serena de l'aire,
Lo magie aucelon cantaire
Lauzenja la dolsor de l'eternala pats....

De la

erra

Que de fois je l'ai écouté le tendre rossignol, — et senti la
peine de l'heure — fatale oń la faux se dresse
— La mort de
l'être cher que l'on pleure — et qui laisse tout meurtri le pauvre
cœur en

deuil.

Puis, l'on sent dans la voix harmonieuse et belle, — parmi
d'agréables échos, — comme une parole de Dieu — qui dit le
souvenir des vivants, — apaisant, peu à peu, la douleur trop
cruelle.

profonde où tant d'yeux sont fermés, — suinte
de repos;—et, pure sirène aérienne,— le magi¬
oiselet chanteur — vante la douceur de l'éternelle paix

De la terre

comme une source

que

�*—

Quand

se

182

—•

calha lo cant diuzenc, que la nèit tomba,
l'espaci vengut plus trum,

Dins

D'un foleton aliza

l'ium,
lo fum,
d'escur peza sus cada tomba.

Que s'esvalis
E lo mantèl

coma

Parpalholeja sola una sentor de flors
Que, per la dralha lumenoza,
Caps al Cèl puja, garba bloza
De sovenensa pietadoza,
De regrèts esmovents, de
pregarias, de plors!

Lorsque

se tait le chaut divin, que la nuit tombe, — dans l'es¬
devenu plus sombre, — d'un feu-follet glisse la clarté —
qui s'évanouit comme une fumée,— et le manteau de l'obscu¬
rité pèse sur chaque tombe.

pace

Seul

voltige

neux,

—

reux,

—

un parfum de fleurs —■ qui, par le sentier lumi¬
le ciel monte, gerbe pure — de souvenirs doulou¬
de regrets émouvants, de prières, de pleurs!

vers

�DON A,

ESTEL A DE LA MAR,

HYMNE

A

EA VIERGE

3'afcgewt.

qui a obtenu (e

pux 311 petite,

par

M.

Paul

EYSSAYEL,

à Auxerre.

Davant que
E
E

sal'har l'antena
largar vela au gregau,
mai siá l'aiga serena

Fins i termes de
Gom

un

revers

l'airau,

de mistrau

Es

causa pron catilhosa,
Pregam vostra gracia blosa

Au lindau dau gorg amar.
I pescadors siàtz pietosa,

Dona, Estela de la Mar!

DAME,

ÉTOILE DE LA MER

de hisser l'antenne—et de larguer la voile au vent
bien que les eaux soient paisibles — jusqu'aux bornes
de l'étendue, — comme un grain subit de mistral — est chose
des plus périlleuses, — nous invoquons votre purêfaveur — au
seuil du gouffre amer. — Aux pêcheurs soyez miséricordieuse,—
dame, Etoile de la Mer!
Avant que

grec,

—

�—

i84

—

E quora, se descadena
La furor dau temporau,

La tartana que

s'abena,
Ai, butatz-la dins l'engrau!
Car vos darem, franc de mau,
Una candela piosa,
Qu'emai nostra vida ardosa,
Costarà pas qu'un patar.
I pescadors siàtz pietosa,
Dona, Estela de la Mar!
Mai

se

pas-mens

l'ersa plena

Popa

en son avenc verdau
La taifa que se despena,

Amb nostre darrier

badau,
fogau,
0 Bona Maire amistosa,
E la mainada plorosa
Vos fisam cada

Au Beu Fruch de vostra Garn.
1

pescadors siàtz pietosa,
Dona, Estela de la Mar!

lorsque se déchaîne — l'ouragan plein de fureur, — la tar¬
qui s'épuise, — ah ! poussez-la dans le port. — Car, sauvés
de tout mal, nous vous offrirons — un cierge pieux—qui,
malgré
notre pénible vie, —coûtera plus d'un sol. — Aux pêcheurs
soyez
miséricordieuse, — dame, Etoile de la Mer!
Et

tane

Mais si pourtant les ondes grosses—aspirent en leurs abîmes
glauques— l'équipage qui se débat, — dans notre soupir dernier,
nous vous confions nos foyers, — ô bonne Mère
aimante, —
et nos petits en larmes —■ au Beau Fruit de votre Chair. — Aux
pêcheurs soyez, miséricordieuse, — dame, Etoile de la Mer!

—

�Mandadís.

Reina à la gent

aurelhosa.

Nos caup vostra man cachosa
De l'empenta au talha-mar.
I

pescadors siàtz pietosa,

Dona, Estela de la Mar!

Envoi.

Reine attentive
entiers dans
—

Aux

Mer 1

vos

aux

prières des humbles,— nous sommes tout

invisibles mains

—

de l'étrave

pêcheurs soyez miséricordieuse,

—

au gouvernail.
dame, Etoile de la

�TRIPTIC OCCITAN,
SOMMETS

qui ont

obtenu

LIBRES

une

î'iinievèïe,

pak

M. Guilhem

de

à Airoux

NAUROZA,

(Aude).

I
A

l'Occitanîa.

Païs d'eròs

e de lauraires sens
parius
Que pr'escazensa la natura fa trobaires,
Se viviam pas dins los ligams encadenaires
Auriam mai gauch que las cigalas suis olius.

TRIPTYQUE OCCITAN
i

A l'Occitanie.

Pays de héros et de laboureurs extraordinaires — que par
—
si nous ne vivions dans les liens
enchaîneurs, — nous aurions plus de joie que les cigales sur les

hasard la nature fait poètes,
oliviers.

�—

187

—

viste se n'van uzatges primitius,
n'escampan, de plors, los filbs de1 s tius terraires,
Elis qu'an dins lo cor l'azir dels conquistaires
E l'espèr de tornar veze jorns agradius.

Mas,

com

Ja!

pracò que tos grilhets son nôstris fraires
fan, coma nos-aus, tindar imnes venjaires
Suis òrts e'is prats e las aradas dels tius camps.

Acò's
E

Vai, ne veirem la fin, del temps de malauransa,
E pôs creire que lèu, l'ardor dels nôstris cants,
La farà resontir, l'ora de delibransa.

Mais, comme vite disparaissent les usages primitifs, — certes,
en versent, des pleurs, les fds de tes terroirs, — eux qui ont
au cœur la haine des conquérants —- et l'espoir de revoir des

ils

jours meilleurs.

cela que tes grillons sont nos frères —et font, comme
tinter des hymnes de vengeance — sur les jardins et les'
prés et les arées de tes champs.
C'est pour

nous,

Va, nous en verrons la fin, de ce temps malheureux, — et tu
croire que bientôt l'ardeur de nos chants—la fera retentir,
l'heure de la vengeance.
peux

�II
Al ombriu dels linlàs.

Bèls linlàs florits à l'aurièra

Del camp ont ma vinha a crescut,
Dins ma jovensa uroza e fièra,

Qu'èretz refofants de vertut!
Dempèi, vôstra ardor
De mai

en

Tant-ben

mai n'a

mon

èime

parièra
perdut.

sens

res

a

Quand à vôstra ombra

pas

flaquièra

som

jagut.

Cantador aimant mon terraire
E plen d'orror pel temps ont sèm,

Prèp

vos-aus

cèrqui l'vam estrèm.

Il
A l'ombre des lilas.

Beaux lilas fleuris à l'orée
dans

—

de

ma

du champ où a poussé ma vigne,
jeunesse heureuse et fière,— comme vous débordiez
—

vigueur!

Depuis, votre ardeur sans pareille— de mai en mai n'a rien
perdu. — Ausoi mon esprit est.-il exempt de faiblesse — lors¬
qu'à votre ombre je suis couché!
Chanteur aimant
où

nous

mon terroir'— et plein
d'horreur pour le temps
vivons,— près de vous je cherche l'élan extrême.

�—

18g

—

Arbrets que tant perfumatz l'aire,
Donatz-me l'estèc consolaire
Del mal

pudent

que

sofrisèm.

III
Tras

un

grand fum.

Sul bòrd d'un camp, ont mon
Arranca erbum de mala grana,

arnés

Aluqui'n foc que lèu-lèu és
Bèl fogairon subre la plana.
Me bremba

Cantèt
Al

aquelis

sus sa

que

Forés

lira Occitana,

temps ont jol cèl Lauragués

Tindaba

sa

votz sobeirana.

Arbrisseaux qui tant parfumez l'air, — donnez-moi le moyen
pouvant me consoler — du mal puant que nous souffrons.

III
A travers

une

grande fumée.

Sur le bord d'un champ où ma charrue - arrache des herbes
nuisibles, — j'allume un feu qui bientôt — devient beau feu de
joie sur la plaine.
Il
—

me

au

raine.

rappelle ceux que Fourès

—

chanta sur sa lyre Occitane,
— tintait sa voix souve¬

temps où sous le ciel Lauragais

�Tras lo vel negre

de son fum,
Que de montar jamai s'alasa,
M'apareis lo rei del clarum.
Atal, dins un raibe que pasa,
Vezi de còps com un grand lum
Es lo trïomfe de

A travers le voile noir de

ment,

—

sa

ma

fumée

:

rasa!

—

qui monte inlassable¬

m'apparaît le roi de la clarté.

Ainsi, dans un rêve qui passe, — je vois parfois
grande lumière : - c'est le triomphe de ma race!

comme une

�VIVOLIER DE DAVALADA
PIÈCE

qui a

Mme

ofjtewu

une

£q(awtiwe ò'aiqewt,

SÉGURET FRAYSSE (Calelhon),
-

à Rodez.

Vivolièr que tòrnas
sus la vièlha paret

florir
daurada

pel solelh de la davalada,
que tòrnas florir
quand deman tôt l'ôrt va morir,
vivolièr

d'abòrd
ta flor

qu'un rai d'ôr l'ensolelha,
com'

un encensièr nôl,
perfumant tôt lo caminôl;
e, d'abord qu'un rai l'ensolelha,

fa sinne à la darrièra abelha.

VIOLIER D'AUTOMNE
Violier qui refleuris, — sur le vieux mur doré — par le soleil
d'automne, — violier qui refleuris — quand tout le jardin va
mourir,
rayon l'ensoleille, — tafleurcomme un encensoir
parfumant tout le sentier,— et, parce qu'un rayon
l'ensoleille, — fait signe à la dernière abeille.
parce

qu'un

embaume,

—

�—

tga

—

Amb'un estrambòrd

primadièr,

amb'un espèr que s'atardiva,
com'una flamba clara e viva,
amb'un estrambôrd
te

primadièr,
quilhas drech, à vivolièr!

Mas

la paret

qu'ensolelhas
joventum
e que perbocas de perfum,
mas sus la paret qu'ensolelhas,
paurôt, es en van que regrelhas.
sus

de ton ultième

Quora lo frech arrivarà,
sens donar cotèla granada,
ablaiada per l'aubieirada,
quora lo frech arrivarà,
ta flor

estèrla tombarà.

printanier, — avec un espoir qui s'at¬
flamme claire et vive, — avec un enthou¬
tu te dresses, ô violier!

Avec un enthousiasme

tarde,
siasme

—

comme une

printanier,

■—

le mur que tu ensoleilles — de ton ultime jeunesse'
tu éclabousses de parfum, — mais sur le mur que tu
ensoleilles, — pauvret, c'est en vain que tu renais.
Mais

—

sur

et que

Lorsque le froid arrivera,— sans donner de gousse pleine, —
blanche, — lorsque le froid arrivera,— ta

détruite par la gelée
fleur stérile tombera.

�—

i

g3

—

*
*

*

Coma la paura giroflada,
lo cor se trompant de sazon,
florir

tôrna

sensa

razon,

la paura giroflada
al ôrle de la davalada.
coma

Ailàs! l'ibèrn arriva lèu,

portant lo gèl e la frechura :
s'atuda la

regrelhadura,
l'ibèrn arriva lèu,
jos l'escantidor de la nèu.
quora

Per que jovensa es trescolada,
tôrnas florir, mon cor :

en van

revèrtas lo vivolièr

d'òr,

sias vivolièr de davalada!

Comme la pauvre

refleurit

parfois

giroflée, —le cœur se trompant de saison —
raison, — comme la pauvre giroflée — au

sans

bord de l'automne.
Hélas! bientôt l'hiver arrive,
—

sous

—

—

s'éteint le bourgeon renaissant,

portant le gel et la froidure :
—

lorsque l'hiver arrive.

—

l'éteignoir de la neige.

Puisque jeunesse est révolue, —en vain tu refleuris, mon cœur :
tu es pareil au violier d'or, — tu es un violier d'automne.

�LA NIT DE SAINT

JOAN,

PIÈCE

qui

06tenu

a

(í/^fawtiue d'atqeut,

line

par

GARCËS,

M. Tomas
à

Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn).

I

Cançó de l'ùltim rossinyol.

El cel rodolaria cel avall
i

un

sense

que

infmit de cendra esdevindria
les meves llances de cristall

l'apuntalen nit i dia.

LA NUIT

DE LA SAINT-JEÀN
I

Chanson du dernier
Le eiel s'effondrerait

plein de cendre
nuit et jour.

•—

si

sur

mes

rossignol.

lui-même— et deviendrait

lances de cristal

—

ne

un

infini

le soutenaient

�—

tg5

—

desig assadegat va fer
vall, exquerpa la clotada.
El món naixia com la flor que es bada.
Ara el meu cant s'hi lliga, presoner.
El

meu

verda la

Jo vull cantar la nit de Sant Joan
i cada

una

de les nits que esperen.

II

Cant del foc follet.

No

ploris, Joan, la flor s'exbadella

i mai

no

sabrà ton délit.

La grassa blavor solcava la
estels hi sembrava la nit.

Mon désir effréné
—

a

Le monde naissait

mon

Je

chant
veux

en

est le

avec ses coins glacés.
qui s'épanouit. — Maintenant

créé la vallée verte

comme

la fleur

relia,

—

prisonnier.

chanter la nuit de la Saint-Jean —et toutes les

nuits

qui doivent venir.
II
Chant du feu follet.
Ne pleure pas, lean, la fleur s'épanouit;— elle ne connaîtra
jamais ton désir effréné.— Le charriot traçait tout à l'heure son
sillon
dans un azur compact où la nuit semait ses étoiles.
—

�J96

—

—

Pels marges florits les herbes
esclaves de llur voluptat.
Les fades de lbosc
fumera d'un

mon

suspiren

lleugeres eixiren,

oblidat.

S'escolen els anys,

llur dansa

no

acaba.

Tampoc

mon esclat fugitiu.
Al cim del noguer s'enfila la

les aies

No

saba,

emplenen el niu.

ploris, Joan, perfumi la
pensatiu i la mà.

rosa

el front

La vida és oblit, i sota la llosa
un etern recordar.

la mort

Toutes les fleurs
de leur

volupté.

—

les rives fleuries soupirent, — captives
Et les fées légères du bois sont sorties, —

sur

fumée d'un monde évanoui.

Les années

plus
—

que mon

s'écoulent, leur danse ne s'achève jamais; — pas
éclat furtif.— La sève monte au sommet du noyer,

les ailes couvrent le nid.

Ne

pleure

et ta main.

n'est

Jean, que la rose parfume— (on front pensif
La vie n'est qu'oubli, et sous la dalle — la mort

pas,

—

qu'éternel souvenir.

�Î97

—

—

III
Lluna de Saut Joan.

La lluna de Sant Joan
és

lluna cansada.

una

Navega sense délit,
mel i rosada.
primes del cel
li menen sospirs i aufàbrega

xopa de
Les ones

i amb sommis que no es
claror de fogueres altes.

desfan

A terra, danses i foc;
al mar s'esvai la vida.
Per

la

aiguës d'un altre

nau

mon

afinada llisca.

Silenci i enllà d'enllà
mil espurnes movedisses;
el misteri que les mou

la lluna el sap

i l'oblida.

III
Lune de la Saint-Jean.

dolente.—Elle navigue
Les ondes subti¬
y apportent dans un soupir l'odeur du basilic, —
rêves immuables — la clarté des jeux qui s'élèvent.

La lune de la
sans

élan

—

les du ciel

Saint-Jean

—

est une lune

toute mouillée de miel et de rosée.—

—

et avec des

des danses autour du feu: — sur la mer la vie éva¬
d'un autre monde — la nef s'afline et glisse.
silence et tout au-delà — mille étincelles fugaces : — le

Sur la terre,

nouie.— Pur les eaux
—

Du

mystère qui les mène

—

la lune le connaît et l'oublie.

�—

ig8

—

Ai, lluna de Sant, Ioan,
padrina de les fogueres.
Tria la flor del desmai
i la rosa de
l'extepa.
En el vaixell de la nit

sies fanal i senyera,
lluna trista de la mar,
lluna blanca de les pedres.

Ah, lune de la Saint-Jean, — aïeule des bûchers!
Cueille
soupirs — et le calice des cistes.
Sur le vaisseau
sois un fanal et un guide,— ô lune triste sur la
mer,
lune blanche sur les pierres!
—■

la fleur des
de la nuit

—

—

•—

�LA MELA

ENCEGADA,

PIÈCE
qu.i a

oèteuu

uu

©oifíet,

PAR

M. Edmond
à Céret

BRAZÈS,

(Pyrénées-Orientales).

Des de l'alba camina entorn
de la sinia. Ofensa d'ulleres.

Ningù coneix el seu trastorn
palleres.

sinó les veïnes

Observa el ritme lent
de

savi

que

reflexiona.

Fa
i

parada un moment
reprén la rodona.

Oh tu que vas voltant
dins la nit que perdura,

l'instant

sents passar

no

LA MULE

AVEUGLÉE

-- de la noria. Offense d'œilconnaît son tourment — sinon les paillers
voisins. — Elle observe le rythme lent — du sage qui médite. —
Elle s'arrête un moment— et reprend le circuit.—O toi qui tournes.

Dès l'aube elle chemine autour

lères.

-

—

Personne

dans la nuit

ne

qui

se

prolonge,

—

ne sens-tu pas

l'instant qui

�—

ioo

—

amb

braçats de llum pura ?
lluny del mas,
pais sens estel ni lluna,
l'aigua canta a cada pas

On ets ? Ben
en
on

bé de Déu i fortuna?

Tritlleig de monestir
el vent t'aporta;
de masti
que la ràbia s'emporta :
no importa!
Sola dins el mati,
sens esquellins ni
escorta,
o mula, obeeix al Destr
per la vida de l'borta!
que

reny

passe — avec des brassées de lumière pure?
loin du mas, — en pays sans étoile ni lune,
à

—
—

Où es-tu? Bien
où l'eau chante

chaque pas — abondance et fortune?
Carillon de monastère
que t'apporte le vent; — remontrance du mâtin •— que la
colère emporte : — n'importe. — Seule dans le matin,
— sans
grelots ni escorte, — ô mule, obéis au Destin— pour la vie du pota¬

—

ger.

—

�LLÀGRIMES,
PIÈCE
qui

obtenu

a

uti

lappef de Jouet,

par

M. Jean

I

NARAGH, à Perpignan.

quin poder teniu, gotes miraculoses?
El vostre doll misteriós

remulla les

rigors i les fa llastimoses

arnb

son

sentit tan dolorôs.

Llàgrimes de l'infant, d'ànimeta afligida,
quin cor no voldrà s'enternir
de us veure a perlejar sus la cara entristida?
Quina mare bi pot resistir?

LARMES
Et

quel pouvoir avez-vous, gouttes

jet mystérieux
tes

—

—

avec son sens

si douloureux.

l'enfant, de petite âme affligée, — quel cœur ne
— à vous voir perler sur le visage
attristé?
Quelle mère peut y résister?

Larmes de

voudra s'attendrir
—

miraculeuses?— Votre

ramollit les rigueurs et les fait compatissan¬

�202

Llàgrimes de la mare, exutori de penes,
raig calent d'aquell fons cremant,
quan del foc de l'amor bull la sang de les venes
i qu'estanca un somris d'infant.
Qu'immensa és ta dolença,
bé deveu tenir més

o

tu, pare, quan plores!

valor,

llàgrimes

que sortiu molt més commovedores
d'un cor més fort a la dolor!

Germanes i
de la

mullers,

dones de França,
seus soldats,
pàtria heu pagat la seva deslliurança.
Ai ! pobres ulls, que
plors ban dats !
tan

com

Llàgrimes,
com

dels

no rageu que quan

esbravant
i

mares,

la sang

el

cor

s'esqueixa,

l'amarga dolor,

soleu passar per una coent

bretxa,

comprenem la vostra calor.

Larmes de la mère, exutoire de peines,— jet chaud de
ce fond
biûlant, —quand du feu de l'amour bout le sang des veines —
et qu'étanche un sourire d'enfant.

Qu'immense

est ta

peine, ô toi, père, quand tu pleures! —Vous
plus de valeur, — larmes qui sortez bien plus
d'un cœur plus fort à la douleur!

devez bien avoir
émouvantes

—

Sœurs et

épouses, mères, femmes de France, — autant que le
soldats, —de la patrie vous avez payé la délivrance.
Ah! pauvres yeux, que de pleurs ils ont donnés!

sang
—

de

ses

Larmes,
sant

vous ne coulez que quand le cœur se déchire, — expul¬
l'amère douleur, — et comme vous passez par unebrûlanie

brèche,

—

nous

comprenons votre chaleur.

�2O3
De

qualsevol sentit, llàgrimes, quan sou veres,
car podeu portar ficció —
injustes, algun cop, mes que creiem sinceres,
sempre nos deu aflicció.
—

Per

força és immensa.
quin fort pot veure a plorar
participar a la vostra dolença?
quin no se deixa desarmar ?

ser armes

de flacs, Yostra

I

sense

0

llàgrimes,
vostre

que

De
vous

que

els ulls vessen silencïoses,

ofici deu

ser

sagrat

del vostre poder, dutxes miraculoses,
aguseu la nostra bondat.

car
quelque sentiment, larmes, quand vous êtes vraies
porter de la fiction
injustes quelquefois, mais

pouvez

que nous croyons

sincères,—vous nous donnez toujours de l'afflic¬

tion.
Pour être des armes de

faible, votre force est immense.— Et

quel fort peut voir pleurer
Qui ne se laisse désarmer?

—

sans

participer à votre peiné? —

office

O larmes, que les yeux versent, silencieuses, — votre
doit être sacré — car de votre pouvoir, douches miraculeuses,
—-

vous

aiguisez notre bonté.

��Lo Gai Saber, N° 152

JUNH

1917.

La XVIIIe Fête de l'Escôîa Occitana
2 mai 1937

Le Ier mai.
La

fut dite à Notre-Dame la Daurade. L'Escbla Occi¬
confondait avec Y Académie des Jeux Floraux pour

messe

tana

se

pleurer la mort d'un de ses sous-capiscols, M. François de Gélis, et de deux de ses escolans les plus fidèles: M. le comte du
Bourg de Luzençon et M. le comte du Faur de Pibrac.
A 14

heures, notre escolan M. de Boyer-Montégut reçut, au
d'Assézat, un jeton
le Marquis de Palaminy, modérateur du trimestre. Dans son rapport sur différents
concours, il fit un éloge mérité de M. Horace Chauvet, de Per¬
pignan, lauréat du prix Lacroix-Barréra, et de M. Albin Amouroux, titulaire d'un prix d'Académie pour son étude sur Goude la Séance académique à l'Hôtel
de vermeil que lui remit notre escolan M.
cours

douli.
Le 2 mai.
Ce

fut, à 14 heures, à l'Hôtel d'Assézat, la grande séance an¬
nuelle consacrée au régionalisme et à la langue d'Oc, à laquelle
assistaient, outre les mainteneurs habituels, M.M. Emile Ripert,
J.-Sébastien Pons et Albert Pestour, tous trois maîtres ès-Jeux
et membres de la commission de

langue d'Oc.
Après le rapport sur le grand prix de prose Fabien-Artigue
par M. Puntous, mainteneur, qui mit en relief les mérites des
ouvrages d'intérêt régionaliste de M. Norbert Casteret, Au fond
des Gouffres (grand prix: 5.000 frs.), M. le chanoine Contrasty,
Rieux et ses Eveques (4.000 frs.), Mmc Christiane Aimery, Samson
aveugle (3.000 frs.), M™ Marguerite de Bévotte, La Sculp¬
ture à la fin de la
période gothique dans la région de Toulouse,
d'ATbi et de Rode\( 3.000 frs.), notre sous-capiscol M. J.-Rozès
de Brousse, majorai du Félibrige et président de la Commission
de langue d'Oc, prononça son rapport sur le concours annuel
de langue d'Oc, auquel s'ajoutait, cette année, le concours du
prix Pujol poésie.
C'est le

morceau

l'Académie des

attendu de

ces

Jeux Floraux n'a

fêtes, celui qui montre
oublié ses pl

pas

que

�I

lo

26

gai saber

que la langue et l'inspiration des troubadours
toujours chez elle des juges attentifs et bienveillants.
Cette année, en plus des nombreuses fleurs qu'elle avait cueil¬
lies pour ses lauréats dans le verger d'Isaure, l'Académie avait
décerné en espèces le prix Pujol à Mme Louisa Paulin et au ma¬
jorai d'Auvergne, M. Bénézet Vidal, plus deux autres prix, l'un,
de 500 frs., à M. Léon Cordes, et l'autre, de 300 frs., à Mme
Lucie Bartre, pour son théâtre populaire roussillonnais. Ainsi,
d'un bout de l'Occitanie à l'autre, sans oublier les félibres exi¬
lés au nord de la Loire, Clémence Isaure avait répandu ses fa¬

traditions, et
trouvent

veurs.

Plusieurs lauréats vinrent ensuite
: M.M. Guilhem de Nauroza et

nés

poèmes furent lus par
Salvat

dire leurs poèmes couron¬
Thomas Garcés. D'autres

M.M. J.-S. Pons, Ripert, Tresserre, abbé

(1).

Avant la fin de la séance, à 15 h. 30, notre collaborateur
Armand Praviel fit applaudir une admirable paraphrase de La
Belle
maître

Vieille, de Maynard, traduite en vers occitans par le
Prosper Estieu, que sa santé avait empêché d'assister à

la séance

(2).

A l'issue de la
eut

Séance académique, un concert

lieu dans la cour de

languedocien

l'Hôtel d'Assézat, où un très nombreux

public applaudit une adroite sélection d'airs anciens et nou¬
chants populaires, poèmes de Goudouli et d'Estieu —
présentés par la Clémence-Isaure, sous la direction de M.M.
Henri et Louis Fonvielle. Ce dernier, qui avait harmonisé quel¬
ques-uns de ces airs, fut appelé et acclamé par le public, dont
l'enthousiasme engagera sûrement le jeune compositeur à per¬

veaux

—

sévérer dans cette

voie.

Après ce beau concert, VEscòla Occitana, les Toulousains de
Toulouse, de nombreux membres de l'Académie se rendirent en
cortège, précédés de la Clémence-Isaure, à la statue de Vestrepain, dans le square de la Cathédrale Saint-Etienne.
Là, M. J.-Rozès de Brousse, sous-capiscol de 1 'Escòla Occi¬
tana et président des Toulousains de Toulouse, prononça le
discours suivant :

Caris Amics,

sèm del vèspre, es pas temps, me sem¬
gargarizar de longas parladuras. Parlem
parlem beu, se podèm.

A l'ora que

bla, de
pauc, e

se

(1) On trouvera ces poèmes

dans le Supplément à ce numéro.

(2) Voir ce poème, plus loin, à

L'Ort dels Trobaires.

�LO

SABER

GAI

127

L'Escòla Occitana, e los Felibres amies venguts

rampèl de Clemensa Izaura, qualques-unis dels
e dels Mèstres en Jòcs de l'Academia dels
Jôcs Florals, qualques trobaires en lenga d'oïl, e los
companhs de la Societat dels Tolo^ans de ToLoqa,
al

Manteneires

totis sèm venguts portar una
tua de Vestrepain.

garba de flors à l'esta-

E

perqué?
qu'aquela estatua es tota novèla aici. Ne
fazèm, coma qui diria, l'inauguracion. I a longtemps
qu'es estatua, saquelà! Fosquèt escalprada per lo mèstre esealpraire tolozan Anto.nin Mercié, qu'abia conescut Vestrepain quand èra mainatge, e qu'èra un
grand amie de Pedro Gailhard, director de l'Operà,
e
antan aprendis de Vestrepain dins sa botiga de
Pramor

cordonièr.
Mercié aimaba lo libre de

Vestrepain, Las Espi-

gos de la Leiigo Moundino, e un jorn me
en rizent La Cansou de Moussa Pourgobi,

mostrèt
qu'abia

portaba desus una
carriòla, o, se volètz, sus una broeta! «E! d'aquel
Vestrepain! sa me diguèt; qun brabe companh! Quna bona idèa, aquela carriòla' Res que per acò, s'alo

ventre

tant

pansut que se lo

merita ben l'estatua!»

Fetivament, l'estatua foguèt pauzada e

inaugurada

paraulis lo 9 d'agost
1898, al moment de las fèstas dels Catèts de Gasconha, que pasejèron l'estrambòrd e la poezia dins
tôt lo Miechjorn. L'estatua, pauzada dins lo Jardin
del Muzèu, carrièra de Metz, i demorèt una vintena
d'annadas; mas, coma èra de plastràs, un bèl jorn
d'ibèrn, rozegada per las pluèjas e las geladas, s'espotiguèt e tombèt pel soi. Alavets, Antonin Mercié
amb

un

trïomfe

de flors

e

de

èra mort.
Lo

Municipe de Toloza faguèt talhar una autra es¬

tatua, tota pariuna e fidèlament

copiada,

per

los jo-

mèstres-escalpraires Enric Parayre e Jòrdi Vi¬
vent, per la tornar plantar dins lo Jardin del Muzèu.
ves

�128

LO

GAI

SABER

Mas abia comptât sens

la familha d'Antonin Mercié.
Aquesta faguèt opozicion, e l'estatua novèla demorèt dins las cafornas e las rezèrvas del Muzèu, duscas

al

an

Totis

pasat.

los Tolozans èrem

plan regretozes de veire
plus aquela bêla òbra e de plus aber nòstre bon Vestrepain al mièch de nòstra vida vidanta. E gar'aqui
que nòstre Municipe d'ara faguèt plantar l'estatua
novèla dins aqueste novèl Ort de Sant-Estièine, lo
i" d'ag-ost 193Ó.
Acò, sens tambors ni trompetas, sens flors ni dis¬
cors.
Mas, saquelà, i èri vengut, e poguèri gramaciar d'un mòt lo senhe Valatz, lo Capitol dels BèlisArts, al nom del Felibrige e dels Tolozans de Toloza.
Ara, que sèm totis aicl, Manteneires, Tolozans e
Felibres, gramaciam de grand còr lo Municipe tolozan que nos a tant urozament tornat nòstre bon Vestrepain, nôstre aimable trobaire populari.
Vos sovenètz qu'èra nascut à Toloza lo 17 d'agost
1809, e qu'i moriguèt lo 25 de décembre 1865, à 56
ans. Acampèt
totas sas òbras dins un polit libre,
galantament ilustrat de gravaduras sus bôs per Chambaron, Las Espigos de la Lengo Moundino (Tolo¬
za, Delloy, i86o)(i).
Era cordonièr, botièr de son mestièr, coma Jansemin èra perruquièr.
Tôt es pas égal dins son òbra. Quand a volgut escriure de grandas tròbas coma Jansemin — L'Ange
de la Caritat, La Mort de Marcel, La Nobio bengndo folo — s'es un pauc enganat; abia pas lo buf
que calia. Mas, quand s'es acontentat de cantar las
cènas de la vida popularia tolozana — Las Abanturos d'un

campagnard à Toulouso, Las Aban-

turos d'un

Toulousèn à la campagno, La Balotcho de Sant Subra —, quand a volgut cantar, coma
(1) Segonda edicion, ambe las mèmas ilustracions. e una noticia biografica e literaria de J.-Rozès de Brousse (Toulouse, Marqueste, 1911;.

�lo

gai'

saber

129

Désaugiers e' Béranger, lo vin e la gaietat al entorn
taulejada d'amies, o encara de cansons patrioticas, coma las Stanços à la Lengo Moundino o la
Baniero TouLousèno, qu'es devenguda, gracias à
Pedro Gailhard, una segonda Toulousèiio, alavets
"Vestrepain es el-mèmes : manca pas d'engenh e
d'inspiracion, e se legis totjorn amb interès e mêmes
ambe plazer.
En despièit de sa paura parladura mai pateza que
mondina, e de son buf un pauc cort, Vestrepain à
mantengut la lenga autant qu'a poscut, e es estât
un aimable trobaire populari que nos a gardat, dins
sas
pajas, mantunas costumas e gaietats de nòstres
aujòls mondins, que trobariam pas en fòra d'el. Es
pr'acò que s'amerita l'estatua de Mercié, las flors
dels felibres, e un pichòt ramèl del lauzièr de l'imd'una

mortalitat.

Après

ce

discours, une magnifique gerbe offerte par XEscòla

Occitana, fut déposée aux pieds delà statue de Vestrepain, par
les soins de M"" Doëtte

Angliviel, lauréate de l'Académie des

[eux Floraux.
La Clémence-Isaure chanta magnifiquement Banièro toulonsèno, et, à la demande générale, La Toulousèno, écoutée res¬
pectueusement tête nue.
Le soir, dans la belle et vaste salle du «Clocher de Rodez»,
cadre rêvé pour de telles manifestions, les félibres, les lauréats
et les amis des Jeux Floraux se réunissaient, sous la présidence
de M. [.-Rozès de Brousse, assisté de Mmc Christiane Aimery
et de M"e Marie Barraillé, et faisaient honneur à un menu occi¬
tan parfaitement servi.
Au

Champagne, le président prononça le brinde traditionnel.
Caris Amics,

Tranquilizatz-vos. Vos vòli pas faire un discors :
es à la poezia e pas à la pròza. Vòli soiament
portar un brinde à vòstra santat. . e à la santat de
nòstra lenga occitana.
Mas, en primièr, laisatz-me vos dire ont sèm, ara.
l'ora

.

�LO

13°

GAI

SABER

Ont sèm? Mas, al Cloquièr de Rodésl... al Cloquièr de Rodés, qu'es l'ostal dels Felibres.
Un jorn, bèl temps a, — èrem joves estudiants,
Praviel e ieu
se ténia à Toloza, à l'ocazion d'un
Congrès de Societats Sapientas, una bêla sezilha de
romanistas: i abia Paul Meyer, Leite de Vasconcellos, Salverda de Grave, Jeanroy, Chabaneau, ... e
Jozèp Anglade, qu'èra alara un jove estudiant coma
nautres, e, naturalament, complètament inconescut.
Se debia faire una granda taulejada al « Hôtel Ri¬
che». Dins la carrièra d'Alzacia-Lorrena, rescontrèri En Camille Chabaneau, qu'èra un grand romanista
e un grand felibre,
mas un òme pichòt, coma ieu.
Ajèri l'ocazion de li demandar: «Ont ètz decendut,
Mèstre, aici à Toloza? Ont abètz près la retirada»?
«Ont som decendut? me respondèt, leugèrament
estabornit per ma question, mas, al Cloquièr de Ro¬
dés, al Cloquièr de Rodés, qu'es l'ostal dels Feli¬
—

—

bres !

».

Sèm donc, caris Amies,
Ostal dels Felibres.

al Cloquièr de Rodés, al

Mas sèm tant-ben à 1 ' Escòla Occitana.
Es YEscòla Occitana qu'a, uèi, convidat, non pas
solamentlos Felibres, mas encara los lauréats en len-

francimanda, en lenga d'oïl, de l'Academia dels
Jòcs Florals.
E perqué? Pramor que l'Academia es en grand dòl
de son Secretari Perpétuai, lo valent e regretat comte
du Bourg de Luzençon e de nòstre brabe amie En
Francés de Gélis, qu'èra, l'an pasat, tant gaujozament
ambe nautres à-n-aquesta taulejada. L'Academia a
demandât à l'Escòla Occitana de receure, al siu nom,
ga

sos
na

lauréats francezes de l'annada. L'Escòla Occita¬
a

à refuzar à Clemensa Izaura, qu'es, am¬
Estèla, nòstra Patrona aimada, corteza, e

pas res

be Santa

generoza.
Recebèm donc totis los lauréats ambe los brases

�LO

GAI

SABER

dobèrts

e d'un même còr, totis los lauréats, occitans
francezes, que son, totis, los inspirais de la Tèrra,
de la Patria, e de la Muza eternala.

e

Mas, abant de portar lor santat, laisatz-me saquelà
veire à la nòstra lenga d'Oc. Es mon deFelibre, de Capiscòl, de Majorai. E es mon
plazer. Mon plazer, perque podèm veire, auèi, qunis
progrèses a faits nòstra lenga, dempèi lo temps de
Vestrepain, qu'abèm onorat, aqueste vèspre, pïozament e justament.
levar

mon

ber de

Ici, notre sous-capiscol lut une pièce de Vestrepain et un son¬
d'Estieu, montrant les progrès réalisés dans la réforme de
la langue occitane.
net

Es pas

mestièr de ne dire mai. Sèm pas à l'escôla
Comuna, o de la Facultat, per faire de filologia. Sèm à-n-una taulejada felibrenca.
Ai volgut solament vos remembrar sô qu'es devenguda la lenga de Vestrepain, ambe Forés, amb Estieu e Perbòsc, ambe Salvat e ambe totis los felibres
de la

de XEscòla Occitana

e

del

Colètge d'Occitania.

Es

pr'acò que podèm beure à nòstra lenga, ambe
gauch e fiertat, pramor qu'es mai bloza e mai escrincelada que jamai.
Et M.
visation

J.-Rozès de Brousse termina son brindeen une impro¬
remarquable d'à-propos et pétillante d'esprit, saluant
les principaux convives assis

les lauréats occitans et français et
à notre table fraternelle.

Notre secrétaire M. l'abbé Salvat présenta les excuses des
absents : Prosper Estieu, notre cher capiscol, dont il fit applau¬
dir un beau sonnet, Aprèp los Mòrts de Guernicà, Jean Girou,

A.-J. Boussac, Joseph

Niel, Pierre Fauré, Th. Ferrié, Mmc

Louisa Paulin, et salua la mémoire des défunts: le majorai Valére Bernard, le comte du Bourg de Luzençon,de Gélis, Levràt,

Saint-Raymond,

de Lavallière, M™1"

jane Auriffeuille, Paul

Gourdou, Mgr. Gieure. Il fit applaudir les nominations, propo¬
sées à l'Assemblée par
me

le bureau, de M. le doyen Abelous com¬
sous-capiscol, et de l'amiral d'Adhémar comme conseiller
rappela brièvement l'œuvre multiple et féconde

de YEscòla. Il

�lo

132

gai

saber

Occitana, et l'éclosion d'un nouveau groupement,
affilié, YEscola Dom Vaissete, de Gaillac.
de l'Escbla

Après lui, M. Emile Ripert, maître ès-Jeux, majorai du Félibrige, capiscol de YEscolo de là Mar, de Marseille, prononça
un brinde éloquent.
Gènti Dono, bravis

Ami, car Felibre,

Veici loti segound cop qu'ai l'ounour emai la gau
de m'asseta, Prouvençau, à la taulejado amistouso
de l'Escolo Ouccitano e de faire clanti la lengo, qualo que siegue, que Roumaniho e Mistral an fisado,
escricho coume an pouscu, à sis escoulan pious. Mai,

de fes que i'a, pouden discuti sus lou biais de
vesti la lengo que voulen aussa 'n glòri, nous retrouvan tôuti
liga de cor, estrechamen, pèr Founoura
emai pèr l'apara contro aqueli que la mespreson, la
secuton vo la mascaron, e m'es bon de l'afourti 'n
se,

Aup i Pirenèu,
la Coupo Santo
au crid seculàri
que recampavo nòstis aujòu dins li
batèsto de l'independènci miejournalo, au crid d'Avide mai: sian tôuti coumpan, dis
pèr sousteni la Causo e pèr auboura
cop

Toulouso!
Aquesto verita, l'ai sentido i 'a
ro pèr lou primiè
cop, i 'a trento

gnoun,

aviéu coumença

proun tèms, quouan, d'Albi, ounte

d'ensigna, venguère vers la ciéuta

moundino; l'ai sentido miei encaro quouro

Clemènço

guierdouna de si flour li mai
requisto, e quouro, en me noumant mèstre en Jo
Flourau, mi counfraire de l'Acadèmi me dounavon
lou dre de dire, en 1912, dins la grand Salo dis Ilustre, la lausenjo de Clemènço Isauro. I a d'acò vintcinq annado, noço d'argènt qu'ai la gau de pousque
célébra mé vautre, en revesènt pròchi la rèino dôu
Gay-Saber lis ami que m'avien endraia dins lou caIsauro voulié bèn

me

min toulousan.
Lis ami, o, li valènts ami de ma jouinesso cantanto,
Francés Tresserre, lou decan toujour jouine de vostro

Acadèmi, J.-Rozès de Brousse,

Fempuraire

ar-

�GAI

LO

SABER

133

derous di Toulousan de

Toulouso, que tout aro nous
largué de bèlli dicho, Armand Praviel, afouga coume autre-tèms, èu
qu'a tant fa pèr la Causo felibrenco, emé sis antoulougio, si bèu libre mistrah'n, sis
article, si counferènci, valènt chivaliè de la Coumtesso prouvençalo e de la
glòri lengadouciano.
Ai! las, tambèn quàuquis-un defàuton au rampèu
amistous, lou baroun Desazars, e Francés de Gélis,
istourian fidèu de Clemènço Isauro, lou marqués de
Suffren que pourtavo

Mai,

dôu

fieramen lou bèu

noum prou-

Baile Sufren, que sus mar coumando»,
e, mai que tóuti, nostre mèstre bèn-ama e sempre regreta, Jousè Anglade, qu'a reviéudapèr tôuti li trou¬
badour, dounant de libre ounte tôuti lis escoulan podon aro estudia lis obro di vièi pouèto miejournau.
vençau

en

«

toumbant

sus

la terrod'ò, mounte avèsjus-

auboura soun mounumen, Anglade a counfida
lou fìò de la pouesio e de la sciènci ouccitano à si valènts escoulan, entre tôuti à l'abat Salvat, que porto
de tout caire la paraulo d'ò dins la cadiero crestiano,
coume lou fasié
lou mes passa dins nostro poulido
ciéuta de Brignolo en l'ounour dôu grand roumanistamen

te
sa
sa

Raynouard,

que
avès
ciéuta d'Albi.
mort coume

festejavian pèr lou centenari de
festeja Rochegude en 1934 dins

O, mis ami, afourtissen-lou, maugrat «li gent qu'an
dur», coume lou disié Jôusè Salvat, Ro¬

lou cerbel

chegude

Raynouard, fiéu dôu Miejour, sènso agué
estrangiero, nous an rendu lou
secret di Troubadour; es lou Miejour que s'es sauva
d'esperèu.
e

besoun de la sciènci

Raynouard, en adusint à
Brignolo tôuti li saberu d'Europo vengu en Prouvènço pèr lou Coungrès di lengo roumano au Centre
Mieterran de Niço, avèn vougu faire assaupre en
tôuti que la Prouvènço, coume lou Lengadò, poudié
« far da se »,
coume dison lis Italian, e trouva dins
En

ounourant

Francés

�LO

134

soun

GAI

SABER

terraire tóuti li resoun dè

pouesio, de sciènci e

patrioutisme vertadié.
tambèn faire assaupre que Raynouard
avié dubert i Felibre lou camin de Font Segugno, e
que la glòri di Troubadour, pèr èu reviéudado, dévié
pèr li jouine poueto de Prouvènço èstre un eisemple,
un testimòni, un simbèu, uno resoun de mai de trouba, de canta, de parla sa lengo autre-tèms glouriouso.
Es pèr acò que, prega de prendre la paraulo au
noum de l'Acadèmi de Marsiho, que Raynouard n'en
fuguè mèmbre coume lou fuguè de l'Acadèmi di Jo
Flourau (un liame de mai entre nautre!), ai larga davans soun mounumen lou sounet que vous demandarai d'ausi, emai siague franchimand; mai Raynouard
fuguè, èu tambèn, un poueto franchimand, autour de
la tragedio di Templié, uèi bèn ôublidado, alors que
soun Lexique roman e sis obro escricho à la glòri
di Troubadour soun mai que mai à l'ounour, e belèu
un jour, quouro mis autris obro franchimando saran
ôublidado tambèn, ma Renaissance provençale sara legido encaro pèr l'ounour de Mistral e dóu Felibrige.
Le temple que bâtit ta forte main, poète,
Ce n'est pas, fait de pierre et lié de ciment,
de

Avèn vougu

Celui des chevaliers, dont le rayonnement
Pour la première fois a couronné

ta tête.

Non, mais c'est, irréel de sa base à son faite,
Le Temple aux murs d'azur, oh, comme un talisman,
Un peuple a retrouvé son langage charmant
Et le secret subtil dont sa

gloire était faite:

mistralien,

O Lexique roman, Trésor
De nous à nos aïeux vous tressei le lien
Oui lie entre eux les cœurs ardents, les

hommes libres,

Brignole et Maillane, aux bords d'un même ciel,
au signal d'un double et même appel,
chants des Troubadours aux refrains des Félibres.

Car

Unissent,
Les

vous ai proun retengu, mai noun
riicho sènso vous counvida tóuti à

Messiés,
clava

ma

vouldrié

m'ajudá

�LO. GAI

SAEER

135

uno toco que me douno proùri de soucit, Liston
deve escriéure, pèr l'editour de Gigord, de la literaturo de lengo d'ò, di Troubadour fin qu'à nostre
tèms, per tóuti li prouvinço dóu Miejour, e que sara
la primiero qu'un editour de Paris aura lou courage
de publica, en 600 pajo, pèr elava uno istòri en
vounge voulume de la literaturo franchimando.

dins
que

Aquesto ajudo que vous demande en tóuti, en aquesbello journado di Jo P'lourau e de Ì'Escolo Ouccitano, quauquis un me l'an deja proumesso, mai sarai urous d'agué de vautre tóuti lis entresigne necite
sus li poueto de vuei o d'autre-tèms qu'an pouscu ounoura lou païs ounte travaias. Pèr auboura la montjoio de l'istòri literari dóu païs d'ò, ai besoun de
tóuti li bono voulounta, e lou jour mounte sus aquèu
mounumen poudren pausa lou bouquet de flour que
marco l'obro finido, lou tèmpl,e basti, vendrai festeja
mé vautre tóuti, ami valènt dóu terraire lengadoucian, que despièi trente an avès soustengu ma fe de
vostro preciouso amistanço.
to

de vòstri grand poue¬
vueja lou vin pur de vostri plant, i 'ai begu des¬
pièi proun tèms ; vostri cansoun m'an proun souvènt
reviscoula, e tout aro, quouro, davans l'estatuo de
Vestrepain, fraire de nostris oubriè-poueto de Prouvènço, escoutave s'enaura coume à l'Oustau d'Assézat lou cant de Mengaud, me semblavo que ièu tambèn poudièu canta 'mé vautre:
Lou Got ouccitan, mounte un

to a

O moun païs, 0 Toulouso,
Qu'aimi tas flour s, toun cèl, toun snulel d'or...
E tout aici me réjouis lou cor.

me rejouis lou cor, en foro de la pendeman, après agué revist la Salo dis Ilustre ounte i 'a vingt-cinq an cantave, jouine poueto,
Clemènço Isauro, après agué prés sus l'autar dé la
Daurado li flour de pouesio e lis agué pourtado au
tour de vostro cièuta, me faudra m'enana, entristesi

O, tout eici

sado que

�136

lo

gai

saber

pèr la malincounié de la partènço necessari, emé tambèn l'esperançode vous retrouva, quauquis-un, à miécamin de Marsiho, dins la cièuta de Beziers,
capitalo dóu vin, pèr beure à la Coupo Santo dóu Felibrige, un cop de mai, la couneissènço dôu Verai emai
dôu Bèu, élis auti jouissènço que se trùfon dôu toumbèu.

Vivo lou Lengadô,
Vivo Toulouso,
Vivo l'Escolo Ouccita.no !

Quand

se turent les applaudissements, on entendit le salut
Raymond Lizop, majorai du Félibrige, et capiscol de

de m.

l'Escolo de-ras Pirenèos

Senhe

:

Jotz-Capiscol, Donas, Felibres.

Un còp de mai torna florir lo renovèl, lo dos tems
de Primavera tant agradiu à nôstres trobadors, lo
tems que

vei espelir las flors del Gai Saber jotz los

rais tutelaris del solelh Ramondenc. Al mièit d'un
sècle d'aziransas e d'ôrras pelejadas, l'Estèla de lutz,
de

poezìa, d'embelinament e de patz luzls mai clar
naut encara dins aquela fèsta benezida de la
e de l'Ama Occitana. Mai
que mai, mentre que
tôt se trebola e sembla s'aclinar de
cap à-n-un gorg
mortal, mentre que, coma a dit lo Mèstre de Malhana :
mai
Rasa

e

Boufo

au

Uno

secle mounte siàn

superbo
Que vhu faire ren qu'un tiàn
De touti lis erbo,
l'idéal

felibrenc diu

deguna

aurasa

auro

èstre per nos-autis lo roc que
poirà arrancar, que degun côp de periclada poirà brizar. Es pr'acô que Cobra que perseguisèm, mèstres e felibres de l'Escòla Occitana, eiretièrs de la mai vièlha de las tradicions, manteneires de tôt sò que i a de mai naut e de mai pur
dins l'idéal felibrenc, es una ôbra santa mai que totas. Damoratz totjorn, malgrat tôt
sô que se pòt dire,

�LO

GAI

SABER

137

los

aparaires invincibles de l'Ama latina, de l'Ama
Occitana, de l'Ama Mietjornenca, los aparaires
de tôt sò que fa la dinnitat de la
lenga mairala, la
dinnitat de Pesperit uman, e, per tôt dize, la dinni¬
tat del òme, aquela dinnitat
que diu périr se l'òme
■es desmamat de la tèrra e del
parlar dels aujòls.
Es un grand aunor per nos-autis, felibres de las
escólas, de menar, cadun dins son canton de
la tèrra d'Oc, lo bon combat que menatz dins tôt
vòstre grand e idéal reiaume d'Occitania, de menar
autras

aquel combat dins

una

d'idéal ambe vos-autis

union prigonda de doctrina
en

e

trabalhant à ensenhar de

contunh, al pòple nòstre, l'amor, lo respèt de sa len¬
ga maire, de sa poezia la mai vièlha e la mai bêla
de totas, l'estacament prigond
à sa vièlha tèrra ont
los aujòls an viscut, an trabalhat, an sofèrt, an pelejat per l'independencia e la religion de totas las cauzas que fan 1 orne vertadièrament
grand e libre. E
s'abèm poscut solament abrazar qualques òmes de
bona
pas
E
que

fòc

volontat del

fòc

d'aquel

amor sacrat,

aurem

perdut nòstre tems.

pr'acò, al nom d'aquela Escòla deras Pirenèas
dempèi mai de trenta annadas mantenh lo
sacrat

al mièit de las vièlhas tèrras de Comen-

de Cozerans e d'Arièja, lèvi la copa al Mèstre
totjorn jove e valent, al capiscòl nòstre En Prospèr
Estieu e à son fraire de glòria En Antonin Perbòsc,
malastrozament aluenhats totes dus, dins aqueste
jorn, d'aquela taula frairenala. Lèvi la copa à 'n
Jozèp Rozès de Brousse, lo mai ben emparaulat
dels jotz-capiscòls. Lèvi la copa à 'n Jozèp Salvat,
l'apòstol afogat dont la paraula es arderoza e sabenta,
al aparaire, al animadorque ren non pòt alasar. Lèvi
la copa tambèn à nòstre grand amie En Armand
Praviel e, mai que mai, à totas las gentas felibresas, à tots los lauréats del Gai Saber, à tots los trobaires, à tots los felibres e amies de la Cauza acampats uèi dins la Ciutat Mondina per aquela fèsta de
ges,

�LO

GAI

SABER

poezìa. E, per acabar, vos pòrti à totis lo salut que
nòstra granda Muza d'Occitania, Na Filadèlfa de
Gerda, retenguda ela tambèn, a son grand dòl, lènh
de nos-autis, m'a pregat de vos mandar. Al nom de
totis, brindi à n'Aquela qu'es la granda amiga de
l'Escòla Occitana, à-n-aquela qu'es nòstra Esclarmonda

nòstra Clamensa Izaura !

e

On applaudit ensuite M. le doyen Abelous et le Docteur Py
Sunyer, de Barcelone, qui évoquèrent la fraternité de la Cata¬
logne et des autres terres occitanes en des paroles rendues plus
émouvantes par les circonstances actuelles.
Les poètes Henry Muchart et Albert Pestour, maîtres ès-Jeux
Floraux, offrirent des vers à Fernand Mazade, grand lauréat
du prix de poésie Fabien-Artigue, qu'un malencontreux enroue¬
ment empêcha de répondre. Paul Janot, doyen des maîtres ésJeux, dit un exquis poème; le mèstre d'òbra Lajoinie leva la
coupe en l'honneur de Toulouse au nom de Bordeaux et de la
Gascogne; Jules Pigasse, mainteneur des Jeux Floraux, évoqua
délicatement le souvenir d'Albi et de YEscòla Rochegude.

On applaudit plusieurs lauréats : Mmes Doëtte Angliviel et
Cangardel-Pujos, M.M. Guilhem de Nauroza et Amouroux.
Notre clavaire Armand Praviel répondit au nom de la presse
et félicita la Clémence-Isaure et son directeur, M. Henri Fonvieille, qui, à son tour, affirma son entier dévouement àl'œuvre

félibréenne.

Il était minuit

Coupo Sanio,

lorsque le majoral-abbé Salvat

que tous

entonnait la

les convives chantèrent avec enthou¬

siasme.

Le 3 mai.
Tandis

qu'à la Salle des Illustres du Capitole, sous la prési¬

auditoire
lisait son
délégation académique

dence de M. le marquis de Palaminy, et devant un
nombreux et distingué, notre clavaire Armand Praviel

rapport sur les poésies françaises, une
allait chercher, suivant le programme traditionnel, les fleurs
bénites à N. D. la Daurade.

chanoine Lassalle, curé de
Daurade, qui se réjouit de voir, cette année, la plus belle
récompense du concours aller à un hymne à la Vierge, M. l'abbé
A l'allocution très élevée de M. le

la

Salvat, notre secrétaire, président de la Délégation, répondit
par un discours en langue d'Oc qui figurera dans le prochain
numéro du Gai Saler.

LA DIRECTION

�L'Ort dels Trobaires

La Polida
d'aprèp Francez

de

Vièiha

Maynard

(1582-1646)

Clorìs, que dins mon còr ai tant de temps servida
E que mon grand amor mòstra à tôt l'univers,
Cambiariàs pas la destinada de ma vida,
En donant

polits jorns à

mos

darrièrs ibèrnsi

Opo^es pas ton dòl al bonur que cobejil
Ton vi^atge, es qu'es fait per demorar velati
Quita ta nèit funebra e permet que remiri
Las diu^encas clarors dels èlhs que m'an cremati
Es pas

de uèi que me sentisi ta conquista ;
De^empèi que m'as près, i a mai de quaranta
Tôt aquel temps fidèlament t'ai adorada
Jos pelses castanhencs, jos pelses gri^ejants.

Dels tiunis

ans ;

joves èlhs mon ardor es nascuda ;
primièris agaits me trauquèron lo còr ;
E mentrestant, tant qu'es estada maridada,
Per tu me som mostrat autant fred que de tòr.
Tos

�LO GAI SABER

140

Sabi, per ton onor, lo respèt que te debi,
qu'ai sofert, te n'ai jamai parlât.
Se qualque còp ai dit sò que tant me rofega,
A quels que m'an au\it foc an pas raportat.

E de sò

Pr'adosir Vamarum de la pena

qu'enduri,
planhisiai als ròcs, demandabi conselh
A de grands bòsques, dont Vespesa ramadura
Fa\ià de bèls ombrius malgrat lo viu solelh.
Me

L'ama

plena d'amor

e de melancolta,
Jlors e còsta d'irangèrs,
Difiai ma blesadura à las mars d'Ltalïa,
Fafiai tindar ton nom als resons estrangèrs...

Colcat subre de

Clorïs, la grand pasion que mon còr fa jurada
Tròba pas sa pariera als sècles los mai vièlhs.
La Natura
Del

fòc de

e

l'Amor remiran la durada

mos

defirs

e

del foc de tos èlhs.

La beutat que te sièg dempèi ton primièr atge,
Al déclin de tos jorns, te vòl pas delaisar,
E lo temps, ufanos d'aber fait ton vi^atge,

Ne

conserva

V trelus

e

crenh de

Vesfasar.

Agaita

sens espant la fin de totas causas ;
Consulta ton miralh ambe d'èlhs plan contents:

Se

son

pas enanats tos liris e tas ràqas,

E l'ibèrn de ta vida

es

ton

segond prim-temps.

�LO

GAI

SABER

141

Fer ieu, pietatl los ans se vé^on sus ma barba ;
Me caldrà lèu quitar lo terrestre sejorn;
Mon sang se

refregis,

ma

Mas, per me destorrar,

for sa es amermada ;
demòra VAmor !

me

Prosper ESTIEU.
en

Antologia poëtica
ritmes occitans (Tòme II).

�LO

142

GAI

SABER

La Janada

Vèlha de
Com
Se n'

Sant-Jan, los jovents,
l'u\atge vièlh nos l'ensenha,
son anats,
fiers e valents,

A la selva faire de lenha.

Filhetas, dins lor dabantal,
Pòrtan gabèls per la Janada,
Fanent lo geste ritual
De la tradicion consacrada.

Mentre que la nèit
Sa capa bruna sus

U11

espandis
la plana,
fòc aprèp l'autre lufts

Sus tota la terra occitana.

Sant

Jan, sant Jan,
Dona-nos van,
E fai-nos creise ;
Sant

Jan, sant Jan,

Dona-nos van,
E vin, e pan,
E pan tôt

l'an.

�LO

GAI

SABER

143

E mentre

quels jovents ardits
juntats sàutan dins la flama,
Los vièls soscaires, reculits,
Pèds

De songes se

comolan l'ama.

Pèi, comptant los fòcs dins la nèit,
di^on, la vots esmoguda :
Un, dos, très, quatre... e quatre, uèit
Ne manca pas : Dins nos ajudal

Se

Com autres

temps, à lor entorn
son dansadas,

Las vièlhas rondas

E suis mêmes aires, totjorn
Se càntan las vièlhas tornadas.

E la

garbièra subre V ròc
mainatge la sauta

Descreis. Un

E dis Vincantacion del fòc,
Del foc. blos

«

Una

Dos

qu'enrogis

sa

gauta :

fes,

e

très,
E lo diable

Espantable...
Una fes,
Dos

e

très,

E lo diable

N'es

plus

res. »

La maire del

plus menudet
sus la bra^a :
« Sant
Jan, fai-lo fort, bel, adret,
Dona-li gauch à copa ra^a.»
Dis

en

l'enausant

...

�GAI

LO

144

Pèi

lo

SABER

ven lo pacan :
rejunida,
Porta d'èrba de trescalan (i)
Granada, e del matin culida.
vers

Dins

Très

fòc

una saca

còps pasa pel fòc, sa vots
plan naut : ccSant Jan la grana! »

Crida

Tôt l'an

sas

branquetas en crots

L'apararan de la
Lo

marra7ia.

gardaran de mala mòrt,

E de las causas
Emmascaments

malfasièras,
e

michant sort,

Brècbas, grimauds e fachinièras.
E lèyih, lènh,
A cada caire

d'aval

en

amont,

fòc s'atuda.
quilhat lo front...
an dit : « Dius nos ajuda ! »
un

Podem tene
Los vièlhs

ANNA-MARIA PGNROUCH-PETIT.

(i) Trescalan

:

Èrba de Sant-Jan,

ratum», en francés

«millepertuis».

en

latin «hypericum perfo-

�BOLEGADISA

OCCITANA

La Santa Estèla de 1937

Es à Beijèrs, la ciutat-martira de la Cro\ada Albige\a, que
s'es tenguda ongan la fèsta de Santa-Estèla. La jove Escôla

Clardeluna, Domergue e Beaumadier, abia
engimbat una bêla seguida de manifestacions.
Mencionarem la recepcion à la Comuna amb un discors del
Conse en lenga d'Oc, la mesa felibrenca à la catedrala de SantNa\ari amb un sermon en lenga d'Oc del senhe Archiprèire,
Tinauguracion de carrièras portant lo nom de felibres biterrencs, Vomenatge al majorai Renat Fournierper sos trenta ans
de majoralat, la pasejada dins las Cevènas e d Menèrba, etc...
Lo grand esfórs s'èra portât sul teatre en lenga d'Oc : las
tropas de Mont-blanc, de Sauvian, dels Cigalons Narbone\es
joguèron comedias e drames de Vieu, De\eu\e, Barthe. Nbstra
amiga Julieta Dissel, del Teatre d'Oc, contribuât à la.creacion
de "-Nèit d'Estiu», drame paï\an, òbra de Clardeluna.
A la taulejada de la Copa, lo Capolièr Jouveau faguèt miranda coma totjorn, e s'au\iguet de bèls brindes. La rèina del
Felibrige, Mla, Su\ana Imbert, era seguida d'un cortège florit
ont se ve\ian
repre\entadas totas las provincias occitanas. S'aplaudiguèt las dansas lemo\inas de la tropa del Barbichet, e
Trencavel, ambe

«Las Trelhasi&gt; dels Trelhaires biterrencs.
Lo Consistòri elegiguèt dos majorais : à Bruno Durandfi^èt
la cigala del abat Spariat (Cigala de Marselha) e d Pèire Reynier la cigala de Valèri Bernard (Cigala dóu Var). Marins

Jouveau foguèt tornamai elegit capolièr. A Mla. Marcèla Drutel (VAubanelenca) se donèt la cigala d'argent dels mèstres en
Gai Saber. E la cigala dels mèstres d'àbra foguèt atribuïda à
Paul A\éma, Auguste Domergue, Marins Fayard, Julieta Fi¬
naud, Albert Janicot, Rò\a Roux, Emili Sogno, Francés Tresserre. Demest las novèlas Escòlas afilhadas, senhalam Z'Escôla
Dom Vaissete, de Galhac, la darnièra Jìlhòla de l'Escòla
Occitana. Se decidèt que la Santa-Estèla de içq8 séria celebrada en ciutat de Fois jos l'aplat de Z'Escòla deras Pirenèas.
Dins los jornals qu'an seguit lo 2 de mai ont se tenguèt lo
mach final del campionat de Fransa de ì'ugbì, abèm pogut veze
lo retrat del senhe Lucian Barbe, de Narbona, qu'arbitrèt la

partida. Aquel ôme se vei aqui desus amb una vèsta que retipa
un
pauc aquelas dels gardians camargucncs, mas sò que nos

�146

LO

GAI

SABER

agradèt que mai foguèt de constatar que portaba sul pitre la
d'aur de Lengadôc. Oscaper Lucian Barbe que pôrta sas
sens cap de vergonha!
E acó nos fa regretar un côp de mai que la Federacion de
Rugbi aje plasat Toloza dins lo Comitat dels Pirenèus, Toloza
que porta dins sas armarias aquela crotz, dempèi... tant val dire
dempèi sempre.
crotz

colors

legeiresan pogut veze dins l'Abèm legit del mes de
suis timbres-pôsta de l'Expauzicion parizenca de 1937. Senhalam auèi qu'abèm legit dins l'Echo de la
Timbrologie del 28 de febriér, jol titol « Oblitérations de circons¬
tance», las paraulas que seguison : « L'un de nos abonnés, M.
Paul Rozès, nous signale une oblitération utilisée par le bureau
de Font-Romeu (Pyr. Or.)»: «Font-Romeu—1800 mètres — en
hiver
soul y neou ». (Aquela grafia mièja-franceza, mièja castilhana a degut far rizolejarlos Catalans). «La langue d'Oc, no¬
te notre correspondant, commence donc à pénétrer dans la phi¬
latélie et cette nouvelle oblitération vient s'ajouter à celle de
Cassis ; « Qu'a vist Paris e noun Cassis a ren vist ».
Acô a donat à-n-un dels nôstres amies l'idèa que se podria.
fondar una Societat filatelica occitana per l'escambi entre feli—
bres. Aquela societat podria èse interesanta à mai d'un titol e
notadament al punt de vista especial del \ ocabulari filatelic. De
mai, podria èse una adjuda precioza pel Felibrige en ensatjant
d'espandir sas doctrinas aqui corn endacôm mai.
Los qu'aquela idèa lor agradaria an d'escriure lors indicas àn-Andriu-|. Boussac, Domaine del Chapitre, per Sant-Juèri
(Tarn).
—

Nôstres

mars

pasat una critica

—

—

Lo

Pirenèus

dijôus 6 de mai, lo senhe doctor Deguiral fazia à Tolozaun radio-reportage dempèi Róca-fòrt, lapatria incon-

testada del gostos fromatge roergat. A-n-un moment
rem nôstre amie Galy, de
Sant-Roma-de-Tarn, mudat

i auziguè-

en pastre
la circonstencia! I cantèt una canson en simili-francimand
que valia pas, tant se n' manca, la plus pichona besucarieta de
Bessou. Coma Galy parlaba occitan, las dônas e joventas que
l'ajudàban dins aquel «intermède» respondian «oui, oui, oui» à
las seunas questions. Acô nos faguét pensar que, i a dos ans,
coma davalàbem de Ciutat de Carcasona aprèp la mesa felibrenca de S. Nazari, una dôna demandaba à-n-una autra : «Com¬
ment se dit: oui, en langue d'Oc?» Auziguèrem pas la responsa, mas es de pensar que las dônas de Rôca-fôrt la podrian pas
per

far.

Aquel radiò-reportage èra plan ensenharèl e i picam de las
mans ; mas es que séria demandar de trop que dins d'es-

doas

�LO

cazensas
«

GAI

SABER

parieras la lenga d'Oc siague

bofonaire del rei

2

147

pas

reduzida al rôlle de

?

A-z-Albi, qualques «mens detrenta ans» simpatics an fach
un movement literari e artistic plan interesant que dîzon
Les
Veillées Albigeoises, Cada quinze jorns s'acàmpan
dins una sala del vièlh Ostal de Reynès, e aqui se fa de rapòrts,
de charradisas, de lecturas ont la lenga nòstra e la nòstra istò—

grelhar

ria

pas demembradas. Losenhe Couffin i faguèt tindinar de
rizarèls de Bessou e En Andriu-J. Boussac i expliquèt
las encauzas de la Crozada albigeza. Es de notar qu'aquel groson

verses

pament abia mandat un

dels

seus

jos-prezidents, lo senhe Au-

rilhon, à la Santa-Estèla de Bezièrs.

ABÈM

LEOIT:

(oct. 1936): Géographie ecclésiastique de la
province de Narbonne au Moyen Age, par Elie Griffe. La lenga
e la literatura d'Oc an pas cap de plasa dins aquela «Revue de
Annales du Midi

la France méridionale».

Dins Le

Périgourdin de Bordeaux dels mezes d'octobre e de
nos cal notar una charradisa de Robèrt Benoît sus
Auguste Chastanet, facha al micrò de Bordèus-Lafaièta lo 21
d'agost. Bona charradisa de propaganda felibrenca, amai que
lo majorai de Perigus s'engane d'à-fonze sul sens dels mots
«poésie pure» (Enric Bremond se n' deu èse levât d'orror dins
son clôt), e qu'apichone
un pauc lo Felibrige en démembrant
complètament son rôlle social. Mas nos fa veze que lo pòste B,L. mezura pas al compta-glop lo temps que dona als seus charraires.
Almanacli paroissial d'Aynac pour 1937: dona lo
tèxte del bèl prezic que faguèt l'abat Cubaynes abant la benediccion d'una granda crotz al Calvari d'Aynac, en terraire carnovembre,

—

sinòl.
Lou Bournat dels très

primièrs

mezes

del

an

de Dius

1937 nos

porta lo reson d'una polemica entre lo senhe Vital-Mareille,
avocat à Bordèus, e lo majorai En Robert Benoît, que val son
pes d'aur. L'avocat que se fa glôria de coneise pas lo parlar

perigòrd perque «le dernier de nos paysans, dis, sent très bien
supériorité du français» e qu'apond à-n-aquela cabordiza
d'unas de mena meteisa, es plan penchenat pel mèstre-cofaire
de Perigus. Nos pensam pracô qu'ajèt la man plan leugèra e
que lo monsurôt s'ameritaba una litson mai bêla. Pels nôstres
legeires, rapelarem simplament qu'aquel avocat es lo que sabia pas qu'una societat pôd pas prene lo nom d'una autra, e
qu'escribèt una brocadura sul régionalisme tal que lo vei, es à
dire un régionalisme que se pauzaria pas sul pasat e que tendria dins l'aire per miracle. Dos afars que faguèron de bruch i
a
pron temps... e qu'urozament son, ara, enterrais e plan en-

la

�148

LO

terrats.

SABER

Derevelhem pas

los morts, mêmes dins lo zon-zon de
Era Boutsdcra Mountanho (1937, Nos 1 à 3): bèl.
claufit de pròzas (J. Palmade, M. Carrières) e de poè¬

las abelhas !
numéro

GAI

—

(R. Lizop, A. Mdulis) ; critica de revistas occitanas per L.
Laporte; novelum, ilustracions.
Nos es un grand gauch de legir dins Les Nouvelles Littérai¬
res (2.I.37) una intèrva del bèl trobaire catalan Sagarra, faita
à Paris, ont s'es enfugit, pel senhe Ella Richard. Pracô, nos
sera
permés de dire qu'E. R. retarda un pauc dins la cauzida
de sas cansons. Quand parla de «l'esprit troubadour », de «l'ar¬
chaïsme félibréen» coma de tota la fèrreblanquaria dels adversaris del Felibrige, se dobta pas segurament qu'escriu de bestizas, per pas dire mai. — Tolosa (3.J.37) conten un flame arti¬
cle d'Andriu-J. Boussac sus Philadelphie, poète national, ont
fa un retrat de la dôna de Gerde dont dis :« Voilà une figure de
Philadelphe que l'on ne verra pas de longtemps dans les ma¬
nuels littéraires à l'usage des écoliers méridionaux...» — Le
Petit Méridional (4.I.37) : François Raynouard, per J. Lesaffre.
L'Archer (févr. 1937): Oras occitanas, bêlas impresions deMaria Barraillé sus lasfèstas del estiu pasat à Fendelha (Prosper Estieu), à Montjard (Lo Blad novèl), al Cailà (Amistat Gueriniana). Compliments à la valentarevista deToloza que dorbis
atal sas colonas à la lenga occitana: los estrangèrs i trobaran
la traducéion françeza. — Pampres et Lys (février 1937) : Sur
le Théâtre d'Oc, Entretien avec Mette Juliette Dissel, per P. et
L. ; Les idées politiques de Frédéric Mistral, per L. Gonnet;.
Pour apprendre le provençal,
per M. Rigoir.
Courrier Royal (13.Il.17) : Une province tourmentée, le Lan¬
guedoc, per J. Maubuisson, que remembra lo bèl rôlle dels Es¬
tais de Lengadòc, e laCrozada contra los Albigezes :«Si l'auto¬
rité royale a toujours le dernier mot, les Etats sont tout de
même une entrave et la contraignent à des ménagements et à
des actes d'autorité devant
lesquels elle recule... Sur le plan
économique, cette organisation a une efficacité incontestable et
mes

l'administration
press

ressent

en

les bienfaisants effets...»

—

L'Ex¬

du Midi (16.II.37): Rabelais et la langue gasconne, per

P.-L. Berthaud.

Le Leu (mars 1937), n° especialament consacrai à J.-F.-M.
Raynouard, à l'ocazion de las fèstas de Brinhôla en onor del
célébré romaniste : i trobam las sinnaturas de J. d'Arbaud, A.
Jaubert, R. Lavaud, M. Jouveau. B. Durand, J. Salvat, L.
Brun, E. Ripert, d'omenatges de mai
abondoza nota blo-bibliografica.

Impr. Lauraguaise

-

Castelnaudary.

�Règles de Phonétique Occitane
dans le corps d'un mot,
français ; mais s'il
constitue une terminaison féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et o, suivant la région ;
e sonne comme é fermé français, et è comme è ou¬
vert français ; — i équivaut à i français ; —• u. égale¬
i°

VOYELLES.

accentué

ou

seul

a,

—-

ou

non, sonne comme a

—■

mais, après

ment ;

çais
o

;

une

voyelle, il

a

le

son ou

fran¬

ò ouvert se prononce comme o français, et

—■

fermé

français.

comme ou

c, d, f, g, j, 1, m, n, p, q ( toujours
suivi de u ), r, s, t, z sonnent comme en français ; mais
c devant e et i est sifflant comme s français; — j sonne
comme tz, dans certaines régions; — m se prononce
comme n à la fin de la ire pers. du pluriel des verbes ;

2° CONSONNES.

—

n

est

muet,

—

sauf quelques

des substantifs ;

substantifs

b,

—

r

rares

exceptions, à la fin

est souvent muet à la lin des

des

adjectifs, sauf en Provence, ainsi
est toujours dur et sifflant; — t est
muet à la fin dès participes présents et de la plupart
des mots en ment; —- v sonne comme b, sauf en Pro¬
et

qu'à l'infinitif;

—

s

—■

ch, Ih, iih se prononcent; ich, ill, gn.

vence.

3° GROUPES.

11 fil 11111151119 E E S1111 í I ■ 1111111G11B1111118 ! 11B S 91B E1111 ■ IE

La

Los
annadas

Rampelada \

escolans se pòdon procurar
de La Rampelada, buletin

las vièlhas
del Colètge

d'Occitania, en s'adresant al Secrétariat
Montmorency, Castèlnóudari.

2,

plasa

annada, 1928-29: 3 buletins, de 4 pajas cadun, policopòd pas mai, ajent res qu'un iuterès de curiozetat biblipgrafica 30 francs.
ia

piats,

rares que se

N08 4-8, plan rares:
1930-31, Nos 9-13: 15 fr.
,193), N" T4: 3 fr.
,
1932, Nos 15-19: 10 fr.
,
1933, N08 20-24: 10 fr.
» 193.4» Nos 25-29: 5 fr.
1935. N°s 30-33: 5 fr,

2a

an., 1929-30,

3a

—

,|a

—

Sa

—

6a

—

-

7a

—

8a

—

9a

— ,

1936, Nos

34-39 : 5

fr.

20-fr.

�EIV VENTE

l'Imprimerie d'Editions Occitanes
3, Quai du Poi-t

-

CASTELNAL'DARY

Prosper ESTIEU.
Lou

Terradou,

sonets

franceza, ( i vol. in-8°,
Fiers

d'Occitania,

occitans

ambe

p.)—rare

300

sonets

.

traduccion

fr.

30.

»

occitans ambe traduccion

franceza, (1 vol. in-8°, 280 p.)
La Canson Occitana,
poèmes en lenga
traduccion franceza, (1 vol. in-8°, 264
p.)
Lo Romancero Occitan,
poèmes en lenga
traduccion franceza, (1 vol. in-8*, 344
p.)

fr.

20.

»

d'Oc,'ambe
fr.
20. »
d'Oc, ambe
fr.
20. »
musique, texte

Lo Flahut Occitan, 43 chansons avec
occitan et traduct. franç. pouvant se chanter dans les
deux langues, (1 vol. in-8°,
104 p.) . . fr.
16. »
Las Bucolicas de

Vergili

en

in-8, 68 p.)
Lo

fr.

Fablier Occitan, avibe

(1 vol. in-8,
Las Oras

ritmes occitans ( 1

170

lexic

p.)

vol10.

»

occitaii-francés
fr.

20.

»

Cantairas, sonets occitans ambe traduccion
carrat xvi-276 p.) . fr.
20. »

franceza, (1 vol. in-8

imimmimiiiimiiiiimiimmimimmiiiiiiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiimimiiiimi

n'oubliez pas qu'en 1938, l'Académie
des Jeux Floraux ajoutera, au Concours Ordi¬
naire des

Fleurs, une Violette d'Or qui
attribuée à un poème en langue d'Oc se
portant au pays occitan.

sera

rap¬

(Clôture du Concours, 31 décembre 1937.— Demandez
le programme à M. le Secrétaire
Jeux Floraux, Hôtel d'Assézat,

de l'Académie des

Toulouse).

IMPR.

D'EDITIONS

0CCITANE8

-

CA8TELNAUDARY.

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              <text>Lo Gai Saber. - Annada 18, n° 152 junh 1937</text>
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              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/5aba1261bda940fe1ae130e063c15433.jpg</text>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>1 fasc. (pp. 126-203) ; 22 cm</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Eyssavel, Paul (1886-1957)</text>
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              <text>Lèvefaude, Guillaume (1898-1993)</text>
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              <text>Calelhou (1891-1981)</text>
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              <text>Ponrouch-Petit, Anne-Marie (1905-1977)</text>
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