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                  <text>1° 4
*

20a Annada

Octobre 1939

1

N" 180

Lo Gai Saber
Revisia de l'ESCOLA OCCITANA

Dis Aup 1 Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
1-4,

Carrlèra

delà

Arts,

1-4

Lo Numéro: 2 fr.

V.

�LO

SABER

OAI

Revista de l'ESCOLA OCCITANA
LibraHa Privât,

AO-VlIMSTliACION :

Carrièra dels Arts, TOL.OZA - C.
■

14,

Abonaments

:

( Fransá
_

: un an

.

G. Toloza 1673

.

.20 fr.

.

.

,

,

( Estrange : un an

30 fr.

ENSENHADOR
del N- 180

Pierre-Louis BERTHAUD :

(Octobre 1939)

Le gascon

langue politique, à Bor¬

deaux et dans le

Felibrige. (VII, VIII).

lozèp SALVAT:

Lo

Louis-Xavier de RICARD:

Lettre de
à

Bordelais (fin).

Louis-Xavier de Ricard

Auguste Fourès.

losep MIRACLE :

Resurrexit !

La DIRECCION:

La Guèrra.

BURÈU DE L'ESCOLA OCCITANA
Estieu, capiscôl ; Antonin Perbosc, J.-Rozès de
Jaques-Emili Abelous, jos-capiscòls; Armand Praviel,
Jozèp Salvat, secretari; Joan Séguy, secretari-adjunt.
Filadèlfa de Gerda, Francés Tresserre, Lois Théron
Montaugé, Juli Cubaynes, Joan Ladoux, amiral d'Adhémar
Prosper

Brousse,
clavaire;
de

de

Cransac. conselhèrs.

Paul Sibra, jos-capiscòl dels Grilhs del
Bousquet, capiscôl de l'Escòla Rochegude;

Lauragués; Jordi
Fernand Albert,

capiscòl de la Campana d'Agot; Joan Girou, capiscôl de l.'Fscòla-Audenca; Teofile Ferrie, capiscôl de 1 'Escòla d'Autpol;
Elia Lagarde, capiscôl de l'Escola Dom Vaissete ; Calelhon,
capiscôl del Calelh del Roèrgue, conselhèrs.

�Lo Qaì Saber,

n° 180.

LE

octobre 1939.

GASCON

langue politique, à Bordeaux et dans le
Bordelais

Mais si

«

(suite et fin)

la mère du nouvel Henri

»

usait ainsi du

Bordelais, pour souhaiter la bienvenue aux
princes, ne voulaient point d'autre langage — du moins
le vrai peuple de Bordeaux; en 1823, quand Leurs
Altesses Royales vinrent dans la capitale de l'Aqui¬
taine, on les régala d'un Impromptu Gascon en cinq
strophes — qui, au surplus, représentent assez bien
ce que peuvent donner la flagornerie et le mauvais
goût conjugués avec l'ignorance quasi-totale de la lan¬
gue gasconne. En 1828, lorsque Madame (la duchesse
d'Angoulême) arriva à Bordeaux, on fit imprimer une
Relation de son heureuse arrivée, en gascon, tant il
était clair que cette langue dût être plus aisément, si¬
non uniquement, comprise par nos populations. Hom¬
mage indirect rendu à la persistance de notre parler !
Les jours passent sans se ressembler. On sait com¬
gascon, les

ment la mère de l'Enfant du

Miracle,

en

1832,

se

trouva

à nouveau enceinte... bien qu'elle fût veuve depuis
douze ans. Faite prisonnière après son équipée dans

l'Ouest, Louis-Philippe la fit interner dans la forteresse
de Blaye, sur la Gironde. Mais les Bordelais, fervents
légitimistes, ne voulaient pas croire que la mère de
«

leur

»

duc fût grosse

d'un enfant adultérin. Pour les

convaincre, la politique louis-philipparde employa
le style, le nom même et la langue de Verdié. Un cer¬

en

tain

«

secret

tre pages
cesse.

écrivit en gascon Le Mariage
»
l'Enfant du Mystère, petite plaquette de qua¬
où il était pas mal daubé sur la volage prin¬

Verdié Cadet
ou

:
X,y

�LO

218
Cela
à

son

ne

GAI

SABER

Louis-Philippe ne fût
Révolution. Il paraît que la

fit d'ailleurs point que

tour victime de la

proclamation de la Deuxième République fut accueillie
dans toute la France avec enthousiasme : on planta
partout des arbres de la Liberté. A Bordeaux aussi,
mais au milieu d'un enthousiasme plus tiède, car voici
le quatrain qui fut composé à cette occasion :
An bien heyt

de plantar das casses

Per aubres de la libertat :
Los

glans noiriran las agasses
los an plantai.

E loti porcs que

C'est que

Bordeaux, et le Bordelais, sont des pays

où l'on préfère l'autorité à la liberté. On le vit quelques
années après, quand Louis-Napoléon Bonaparte prit

personnellement le pouvoir. Plusieurs poètes — si l'on
peut ainsi dire ! — populaires entonnèrent la louange
du Prince-Président : A. Monier, Ch. Bardèche. Ce sont
d'ailleurs de bien pauvres productions : la langue est
du vrai patois et les idées sont d'une indigence non
moins pitoyable; par contre, les vers en sont souvent
étonnamment généreux quant au nombre de syllabes.
Voilà donc la politique installée 'jusqu'au fond des
villages, avec le suffrage universel. Désormais, aux
élections, on verra paraître, en gascon, de petits pam¬
phlets, ici ou là : A Messius lous Electurs de Macaou,
ou bien Un payzan a sous camarades de Becgles, ou
bien encore, Aous Electurs de la
Circounscriptioun.
Lorsque, en 1898, M. Marcel Cachin sera candidat so¬
cialiste à Libourne, un brave vigneron lui dédiera une
chanson, sur l'air alors à la mode 'des « Stances à Ma¬
non
»
(respectons l'orthographe de ce paysan, que
nous avons d'ailleurs connu et apprécié) :
L'abèni

E,

ma

nous appartèn
foey, s'en bai bien tèn !

;

An hounle des scandales.

Gueyte

:

aou

«

Parti Oubrey

Bèn fermiès et meytadeys,
Cridèn : Bibe la Sociale !...

»,

�LO

GAI

SABER

2

79

Même la moindre élection cantonale verra surgir des
feuilles volantes ou des brûlots, rédigés en gascon, où
des personnages plus ou moins imaginaires
l'électeur « Le devoir républicain » — ou

dictent à
autre. En

1882, dans un coin du Fronsadais, on voit ainsi paraî¬
tre une Lettre de Cadichonne à Mayan, où la première
communique à la seconde quelques réflexions choisies
sur un candidat.
Cadichonne, Mayan, ce sont deux dames de la Halle
dont Meste Verdié a immortalisé — on peut bien le

plus que vert. Ce sont des
types bordelais, que le théâtre local lui-même a mis en
dire

—

scène

le

nom

avec

et le langage

succès.

point qu'au plus vif des luttes politiques pour
ou contre le nouveau régime, au temps de l'Ordre Mo¬
ral, Bordeaux et la Gironde s'offrent un luxe que bien
d'autres coins du Midi pourraient lui envier : le lundi
10 septembre 1877, paraît La Cadichounne, « journal
poulitique hebdoumadaire », entièrement rédigé en dia¬
lecte bordelais, et dont le programme tient en quelques
phrases énergiques :
« Direy la beritat a tout lou mounde, ... soutendrey
la Counstitutioun; attaquerey lous que bolent tout cha¬
vira per s'empli les caousses et se mouqua daou
praoube mounde. »
La Cadichounne parut pendant près de six mois,
jusqu'à fin avril 1878, puis disparut devant la victoire
des républicains-radicaux, qu'elle combattait.
Les polémiques étaient violentes depuis longtemps.
Sardou, on s'en souvient, avait écrit, contre Gambetta,
une pièce de théâtre, Rabagas. Contre Sardou, un ami
bordelais de Gambetta écrivit Le Petit Rabagas. Raba¬
gas demeura pour beaucoup le type de ce qu'on appel¬
lera plus tard l'Opportuniste. Mais, jusqu'en 1880,
Rabagas, c'est Léon Gambetta. Pour l'exposition commémorative que la Bibliothèque Nationale organisa
récemment, elle aurait pu faire figurer dans ses vitrines
le très curieux et important pamphlet en vers gascons,
œuvre de l'abbé Ferrand, qu'est La Rabagassade. On ne
A tel

�28o

lo

gai

saber

là d'un véritable chefprosodie parfaite, langue épurée (dialecte du
Bazadais), graphie correcte, pour ce qui est de la
forme; quant au fond, nous possédons là une satire
qui égale par moments celles d'Horace. La Rabagassade, publiée en 1879, est une charge terrible contre
Gambetta ; une telle œuvre mériterait plus qu'une sim¬
ple mention; tout, jusqu'à son importance (environ
3.000 vers), en fait la production principale de la litté¬
rature politique gasconne dans le Bordelais. La Rabagassade, malheureusement, n'a eu ni imitateurs, ni
continuateurs : personne n'a repris l'outil, relativement
parfait, de l'abbé Ferrand; la succession était, au sur¬
plus, difficile.
Tout près de nous, l'œuvre du regretté Dr Roger Romefort (en littérature gasconne, Gric dé Prat), relève
aussi de la la polémique et de la politique — ou, pour
mieux dire, du genre satirique. Ses productions, réédi¬
tées en septembre 1938, au moment même de sa mort,
méritent d'être lues. Elles ne sortent pas, sans doute,
du genre comique auquel le véritable génie de Verdié,
populacier et rabelaisien, semble avoir voué pendant
longtèmps la littérature gasconne du Bordelais. Elles
ne sortent pas non plus du genre « littérature dialec¬
tale » et même patoisante. Mais elles sont la continua¬
tion de ces mazarinades d'il y a tantôt trois cents ans,
où la verve drue du peuple gascon se plaisait à tourner
en ridicule les malfaisants, les tyranneaux et les imbé¬
saurait nier qu'il ne s'agisse
d'œuvre

:

ciles.

Ainsi, la ligne se poursuit ininterrompue. Ainsi se
vérifie ce que nous affirmions au début : non seule¬
ment, à Bordeaux et dans le Bordelais, le gascon n'a

jamais cessé d'être parlé et même écrit et imprimé;
mais encore il est resté une langue presque officielle,
puisqu'on haranguait en gascon les princes et les mo¬
narques; en tout cas, une langue politique, puisqu'il
n'est de grand ni de petit événement de notre histoire
qui n'ait son reflet dans notre littérature gasconne.
Pierre-Louis BERTHAUD.

�LO

LO

GAI

281

SABER

FELIBRIGE "

dònas,
Damaizèlas,
e Senhes,
Duscas ara vos ai dit sô qu'èra lo Felibrige, sô que
volia, cosi èra nascut en Provensa ambe Mistral, cosi
s'èra espandit e organizat dins totas las provincias
occitanas ('). Vejem, uèi, per finir, quala es estada sa
vida, sô qu'a fait, sô que se pôd esperar d'el dins

I'avenidor.

VII

Sa vida
Lo

s'espandiguent à
vezia, à mezura
cada jorn dabant el de

Felibrige ajent pasat lo Rôze

e

travèrs totas las provincias occitanas,
que

s'agrandisia,

se

pauzar

problèmes novèls.
Los enemics li

manquèron

pas.

d'ajudaires que li fazian tort. Cada novèl
vengut portaba una concepcion que crezia bona. Las
questions prenian un caractari diferent segon la région
e segon lo temps. Pèi li calia tene compte de la repercusion qu'abia sul anar de las idèas la politica nacionala de la Fransa e mêmes la politica internacionala.
durât, s'es mantengut, e dura encara. Per conduzir la
I

A
(1)

abia

travèrs

totas

aquelas dificultats, lo Felibrige a

Toloza-Pirenèus, 6 de julhet 1939.

�282

LO

GAI

SABER

levaba, à cada ora, l'òme que calia, un còp
pacifie, un còp ardit e plen d'audacia. Los capodel Felibrige foguèron

barca,

se

seren e

lièrs

Frédéric Mistral (1876-1888).

Jozèp Romanilha (1888-1891).
Fèlis Gras (1891-1901).
Pèire Devoluy (1901-1909).
Valèri Bernard (1909-1919).
Doctor Fallen (1919-1922).
Marius Jouveau (1922-encara en foncion).
Las fèstas de Santa-Estèla

marcàban, cada

an,

dins

novèl terrador,

l'espandiment de l'idèa felibrenca :
Montpelhèr (1878), Garcasona (1893), Briva (1895),
Pau (1901), Peirigus (1907), Perpinhan (1910), Marselha (1919), Canas (1922), Clarmont (1925), Lemòtges (1928), Rodés (1929), Albi (1934), Fois (1938).
un

Las

grands lauréats dels Jòcs Florals Setenaris èran
totjorn prdvensals : en 1899, foguèt la trobairis
bigordana Filadèlfa de Yerda, e, en 1920, foguèt lo
Doctor Pelissier, del païs narbonés.
pas

Se pôd dire que, pauc à pauc, lo Felibrige a finit per
încarnar l'ama e l'esperit de tota l'Occitania, e que,
pauc 0 pron,
se

li

inspira tôt sò que s'es fait
l'èime de nòstra rasa.

e

tôt sô que

fa per enaurar

Segur, los enemics li podian pas mancar. N'i a que
son venguts de defòra, e n'i a que li son venguts de

dedins.

Defòra, i a de gents que lo comprénon pas, mêmes
aquels que lo deurian comprene. Lors criticas,
qu'èran adresadas à Mistral, son adresadas encara à
sos dicipols. En primièr, coménsan, aquelas gents, de
se trufar : « De que servis de far tôt aquel bolegadis ?
d'escriure dins una lenga qu'es « un patoès » ? d'organizar de cortèges ambe de tamborinaires e de joventas
portant res que per un jorn la vestidura del païs ?
Res de tôt acô es pas serios. » — Mas, coma las trudemest

�LO

GAI

SABER

283

farias descoràjan pas los felibres, alavetz

es la pietat :
planhe, aquels felibres, que pèrdon lor temps
e farian plan mehor de s'ocupar à quioòm mai. Ten I
se dizon, se soiament Mistral abia escrit en francés,,
se séria fait un nom, belèu, dins nòstra literatura ! »
E la pietat, tant-pauc, pren pas. Alavetz es la colèra,
la calomnia : « Aprèp tôt, de que se màilan, aquels
felibres ? Es que per azart voldrian que « lo patoès »
prenguèse la plasa del francés ? Es que voldrian pas
copar la Fransa en dos ? » E los tràtan de separatistas... res qu'acô.
«

Son de

—

pietat, s'i respon pas. A la ca¬
respondut. Mistral el-mèmes respondèt, en
cantant, en de poèmes esmoguts, las dolors de la Patria
en 1870. E los felibres d'i a vint ans i respondèron
tant-ben, en moriguent valentament per la Fransa.
Dizètz-me, cars auditors, s'es pas acô la melhora de las
A la trufaria, à la

lomnia s'es

responsas.
son estais de crenhe, tantpel Felibrige. Coma dins totas las institucions
umanas, es rare que tôt ane sus de carrèlas, e los que
ménan lo moviment son forsats de metre d'ôli dins 'los
engrenages. E, segur ! los felibres son d'òmes. Alavetz,
i a d'ambicions que se realizan pas, i a de gelozias e
de rivalitats que se fan la guèrra. I a d'esperits pichonets, que se sàbon mal s'ôm los pren pas per sô que

Los enemics de dedins

ben,

a que son aflambats coma de pefarian abocar la carreta s'ôm los laisaba
tirar sols. Aoô fa que, forsadament, lo Felibrige realiza
pas tôt sô que voldria. Sobent, i a de novèls venguts
que son esbleugits, embalauzits per l'esperit de franca
amistat, per l'estrambôrd que buta los felibres dins lo

crézon d'èstre. N'i

lhenc,

e que

camin del idéal

:

Sian tout d'ami,

sian tout de fraire,

primièrs. Pèi s'avizan de cauzas pichonas e
lor fan mal, e alavetz comprendrian gaireben la paraula de Mistral, un jorn que poguèt pas se
dizian los

marridas que

�LO

284

retene

:

GAI

SABER

«Lou Felibrige, es un

sà de gàrri» (un sac de

rats). Mas lèu vézon qu'aoò es plan pauc

de cauza, e

la fe, la comunion dins lo même idéal gàrdan, units
al entorn de la Copa Santa de l'amistat, los felibres

que

valents

e

generozes.

Tôt aoò vos explica, cars auditors, la vida del Feli¬
brige que, fondât en 1854, festejarà son centenari dins
quinze ans. E, gaireben, cent ans de vida al temps que
sèm, es plan quioòm. Déjà, se pòd dire que quatre generacions d'òmes an inscrit lor nom, e lor òbra, dins
son

istòria.

primièra generacion, que compren los fondators,
primadièrs », coma se dis, vei flambejar très
noms gloriozes : Mistral,
Aubanel, Romanilha. Totis
très son de Provensa : bèl rencontre, aquel de très famozes escribans, tôt al còp òmes d'accion e organiLa

los

«

zators.

segonda generacion, très noms encara ménon
Fèlis Gras, de Provensa; Auguste Forés, de
Lengadòc; e lo canonge Roux, de Lemozin. Lo Feli¬
brige es sortit de Provensa, e de novèlas concepcions
s'ajùstan à las primièras, ambe las teorias federalistas
e la reforma mai prigonda de la lenga.
A la

lo

cor

:

Una

trezenca

generacion s'es levada, perseguisent

totis los punts l'ùbra entrepreza, ambe
André e Valèri Bernard, de Provensa, Antonin
sus

e

Marius
Perbòsc

Prospèr Estieu, de Lengadòc.

conegut Mistral. La
d'ara, a pas conegut
lo Mèstre; fôrsa mêmes d'aquels jovents an pas belèu
fait lo pelerinage de Malhana, per anar pozar la fe e
l'espèr sut tombèl del Mage. Aoò per dire cosi Mistral,
ambe sa doctrina, cosi lo Felibrige son òbra correspónTotas aquelas generacions an
novèla generacion, la generacion

don al èime del

pople occitan.

Ara, lo Felibrige s'es espandit pertot sus las tèrras
d'Oc.

Quai

es,

de totis vos-aus que m'escotatz, que n'a

�LO

GAI

285

SABKR

auzit parlar ? Lo Felibrige es intrat pertot, dins
Gomunas, dins las Academìas e dins las Glèizas,
coma dins los jornals e sus las cènas del teatre.

pas
las

E, quantas de dificultats Ira calgut vencir ! Quantas
d'entreprezas li a calgut menar al cap o abandonar !
Quantas de crizis an mancat de lo roïnar, d'arrestar
sa

creisensa !

naise, trobèt dins son sen los primièrs
quand lo famos Garcin, immortalizat per
Mistral dins Mirèio, acuzèt son mèstre de séparatisme
dins son libre « Français du Nord et Français du
Midi » (1868).
Tant

lèu

ênemics,

En 1876, Auguste Forés e

Savièr de Ricard, venguts
d'Avinhon, vôlon pas admetre que lo Feli¬
brige dernòre catolic e reaccionari — coma a l'aire
e res que provensal, e, reclamant pel dialècte
d'èstre
lengadocian los mêmes dreits que pel dialècte proven¬
sal, fóndon sò que s'apelarà « Le Felibrige rouge », ins¬
pirât de la tradicion albigeza e libertaria.
al acamp

—

Las amistats

amies, d'abòrd
los Italians en
càuzan de difi¬
cultats provenent de l'evolucion politica d'aquels diferents païzes, que pèdon pas realizar la federacion dels
pôples latins raibada per Mistral dins l'Empèri del
ligadas

per

Mistral

e sos

ambe los Catalans en 1867, pèi ambe
1874 e totis los pòples romans en 1878,

Solelh.
Una granda esprôba, pel Felibrige, foguèt la Declajoves federalistas faita à Paris lo 22 de
febrièr 1892, e sinnada per Marius André, Amouretti
e Caries Maurras, ont se dizià : « N'avèn
proun de nous
teisa sus nôstis entencioun federalisto... Davans touto
causo, reclaman la liberta de nòsti coumuno... etc. » 0)
racion dels

I

ajèt, à-n-aquela ocazion, granda borrolha dins lo
Felibrige.
(1) Veze lo tèxte dins Caries Maurras, L'Etang de Berre,

p.

126.

�286

LO

GAI

SABER

Dins la familha felibrenca ela-mèmes,

es

pas

esto-

nant que

i aje agut de separacions, de menasas de dislocacion. Un oòp, son los felibres de Lemozin que,
volent pas demorar jos la dependensa de la Provensa,
s'acàmpan al entorn de lor capdal Jozèp Roux per
organizar una vida autonôma. Un autre côp, es lo ma¬
jorai Joan Monné que, dins la Provensa même, fonda
una asociacion,
« la Freiriè prouvençalo », independenta del Felibrige. Un autre oôp encara, son de ques¬
tions de reformas lenguïsticas qu'escàrtan del Feli¬
brige oficial los majorais de Montpelhèr Roque-Ferrier
e Caries de Tourtoulon, que demisiónan e fóndan « Le
Félibrige latin ». Plus tard, en 1909, de questions d'organizacion interiora, se raportant à las relacions de
las Escòlas ambe las Mantenencias provincialas e lo
Felibrige central, càuzan la demision del capolièr
Devoluy. Una luta mens violenta, e pracô mai longa,
s'entemena dins lo Felibrige à partir de 1895, quand
los majorais Estieu e Perbòsc, seguisent l'exemple
d'Auguste Forés e de Jozèp Roux, pàuzan los principis
de la grafia clasica occitana, à bazi d'etimologia :
aquela luta dura encara, lo Felibrige oficial demorant
fidèl als principis grafics propauzats e establits per
Romanilha

e

Mistral.

Mas, que prôba, tôt acò ? E pròba, simplament, que
Felibrige es pas mort, que i a dins el, al contrarî,
de principis de vida. La diversitat de las opinions e
lo

de las metòdas

se

marida armoniozament ambe l'uni-

tat del idéal.
E la vida del

Felibrige

se

conei à l'òbra complida.

auria pogut, belèu, melhor faire. Dizi
sabi perqué. L'ôbra entrepreza èra tant
ruda, tant malaizida ! Se Mistral e sos amies abian
vist, quand comensèron, ont los menaria aquel prêtsfait, aurian agut pour e lo coratge lor auria mancat.
Segur,

«

belèu », e

N'i

a

que

dizon

que,

malgrat los esfôrs del Felibrige,

�LO

GAI

SABER

287

la

lenga d'Oc pèrd al lòc de ganhar. Acô se meritaria
e se pôd dire que, se la lenga d'Oc
pèrd d'un caire, ganha del autre.
d'èstre tratat à fons,

Es pas mens que lo Felibrige a salvat la
lenga, inspiráira de caps d'òbra immortals. La lenga de Mirèio,
de La Miougrano entreduberto, de La Chansou lemouzina, dels Cants del Soulelh, del Gàt occitan, del Ro¬
mancero occitan, pôd pas morir. Som plan
plasat, ieu,
per saber l'amor qu'an per ela los enfants de nòstre
terraire. Vos los auria calgut veire, mos enfants del
Seminari, quand, i a très jorns, lor cantabi la polida
Bresairòla d'una felibresa del Albigés, quand, ièr
à la nèit, lor comentabi las estròfas
inspiradas de
La Coupo, de Mistral. E sabètz, vos-aus gents d'Occitania, cosi lo pòple de nôstras ciutats s'estrementis als
jorns de fèstas felibrencas. Lo bèl espetacle que ve.jèrem
à Fendelha, i a très ans, quand nôstre mèstre
Prospèr Estieu dintraba dins son vilage, entre lo eònse
lo rector, e seguit de tota la
e
populacion estam-

bordada.
Lo

Felibrige

a

espertat

e

a

mantengut l'èime de

nôstra rasa, en préparant l'utis que li servirà per far
valer e trïomfar sa personalitat :
Qu'un pôple toumbe esclau,
sa lengo, tèn la clau
Que di cadeno lou deliéuro (1).
...

Se tèn

VIII

So que sera
Me vôli pas mainar de faire lo profèta. Mas, que
serà lo Felibrige, dins lo temps avenidor ? Es qu'arri(1) Mistral, Lis Isclo d'Or, I troubaire catalan.

�la lenga d'Oc
s'ensenharà dins las esoòla lenga lo pòple d'Oc aura un jorln

barà à la tòca que
se

SAliER

TJT) GAI

288

s'es donada ? Es que

salvarà ? Es qu'un jorn

las ? Es

qu'ambe

la conciencia de sa

nacionalitat ?

avenidor depen

Om gauza pas profetizar... Lo temps
de tant de cauzas ! Dabant la multiplicitat de las fôrsas
viziblas o inviziblas que de tôt caire se contrazizon, los
Felibres son, coma totjorn, despartits en doas grandas
còlhas : i a los ancians, que sobent la vida a macats,

à la litson de l'experiensa, àiman pas trop lo
e lo trebolèri; i a los jovents, totis nous, raibant de reformas e d'accion.
Totis an al còr l'amor de lor lenga e de lor tèrra.
e

que,

revolum

Totis

an

la fe.

Sàbon, joves e vièlhs, totis los prejujats popularis,
dont Mistral parlaba déjà en 1875 0), e que lor caldrà
vencir. Sàbon tôt lo pes d'una administracion centralizada

que

sembla far necesariament

partida de la

nacion.

de crenta.
qu'à de còrs fidèls l'ora astrada portarà l'inspiracion e la fòrsa que caldrà.
E sàbon qu'i a totjorn lo miracle, lo mistèri de la
lenga, coma dizia Mistralrà Toloza, lo 3 de mai 1879,
dabant los manteneires de Dôna Clemensa, dins la Sala
dels Ilustres, al Capitòli :
Sàbon tôt acò, e an pas cap
Sàbon

Dins la lengo un

Chasque

mistèri, un vièi trésor s'atrovo...
de plumo novo,

lou roussignòu cargo
Mai gardo sa cansoun (2).
an,

;
Jozèp SALVAT.

o

Dicho, p. 18.
d'Or, A Na Clemènço Isauro.

(1) Discours e
(2) Lis Isclo

�lo

gai

289

sabèr

DOCUMENTS
pour

l'Histoire du Félibrige
'

II. LETTRE
de

Louis-Xavier

de

Ricard a Auguste Fourès

30 janvier
Cher Confrère

et

1876 ('),

Ami (2),

vous dire tout le plaisir que m'a fait
(3). Je suis fort heureux de nous trouver
si absolument d'accord sur tout; et je ne doute pas que

Je

ne

saurais

votre lettre

puissions nous entendre et nous unir tous deux
profitablement pour notre idée commune. Au moment
où je recevais votre lettre, où vous me disiez être décidé
à ne pas suivre le félibrige provençal — s'il y persiste
nous ne

(1) La lettre de Mir

—

publiée dans Lo Gai Saber de sep¬

janvier, on voit, par la proximité des da¬
tes, combien pouvait être différente, devant les mêmes événe¬
ments et les mêmes problèmes, l'attitude de deux félibres écri¬
vant à un même correspondant et ami.
tembre

—

étant du 29

(2) La première lettre de Xavier de Ricard à Fourès, en date
20 janvier 1876, portait en suscription :
« Monsieur et cher
Confrère » ; la troisième, du 6 février, portera : «Cher ami et frè¬
re»; la quatrième, du 17 février, tout simplement «Frère». On
juge par là de la progression rapide du sentiment d'amitié qui
lia les deux félibres. jusqu'à la mort de Fourès, Xavier de Ri¬
card l'appellera généralement «Cher frère et ami».
du

(3) Fourès n'avait pas tardé, on le voit, à répondre à Xavier
Ricard, auquel, si l'on en juge par les termes de la seconde
lettre de Ricard, il se livra tôut entier.
de

�LO

2g o

GAI

SABER

dans l'ornière Roumanille (4), je recevais une lettre
de M. Félix Gras (5) qui m'annonçait de sa part la
même détermination. Arnavielle (6), aussi, m'a écrit
pour me

féliciter de

nos

articles : c'est donc qu'il en

(4) loseph Romnanille, né à Saint-Rémy en 1818, mort à Avi¬
1891, fut avec Mistral le fondateur du Félibrige. Majo¬
rai en 1876 [Cigala di Jardin), il fut capoulié de 1888 à 1891. Il
publia de nombreuses poésies et des contes, réunis sous le titre
Oubreto en vers, Oubreto en proso, et dirigea la publication
de YArmana prouvençau. Le promoteur de la Renaissance pro¬
vençale ne pouvait que déplaire, par son traditionnalisme te¬
nace et son catholicisme fervent, à X. de Ricard et Fourès, qui.
l'accusaient de maintenir le Félibrige dans une « ornière » dont
ils voulaient le faire sortir.— On a beaucoup écrit sur Rouma¬
nille, mais nous ne connaissons aucune œuvre spéciale qui lui.
gnon en

ait été consacrée.

(5) Félix Gras, né à Mallemort-du-Comtat (Vaucluse) en 1844,.
Avignon en 1901. Majorai en 1876 (Cigala dòu Ventor), il fut capoulié de 1891 à 1901. Quoique beau-frère de
Roumanille, il. fut considéré toujours comme un des « rouges»
du Midi à cause de ses opinions républicaines: delà sa sympa¬
thie déclarée pour de Ricard et Fourès. Gras a écrit des poè¬
mes: Li Carbounié, Tolo\a, Lou Roumancero prouvençau, et des
romans ou nouvelles : Li Papalino, Li Rouge dóu Miejour. —
A consulter: Fèlis Gras, per Marius Jouveau, Ais, Ed. dóu
Porto-Aigo (in-12, 36 p.).
Pour ce qui est des majoraux Mir, Fourès, de Ricard, de
Tourtoulon, Arnavielle, Roumanille, Gras, sans parler de Mis¬
tral, nos lecteurs peuvent consulter un ouvrage précieux publié
par Marius Jouveau d'après les papiers d'Edmond Lefèvre: Les
Majoraux du Félibrige, Aix, Impr. Universitaire, 1934 (in-12,
168 p.); ils y trouveront, avec une courte notice biographique,,
une abondante bibliographie des œuvres de ces auteurs et des
études qu'on leur a consacrées.— Ils peuvent aussi lire les no¬
tices publiées dans les anthologies : Anthologie du Félibrige
provençal (2 vol.), par Julian et Fontan (Paris, Delagrave); Les
Poètes du Terroir (4 vol.) par Van Bever (Paris, Delagrave) ;■
Anthologie du Félibrige, par Praviel et R. de Brousse (Paris,
Librairie Nationale), etc...
mort en

(6) Les termes montrent le rôle important joué par Albert
Félibrige languedocien. Malgré les sollici¬
tations de Fourès et de Ricard, Arnavielle ne devait jamais
les suivre dans leurs théories, sauf pour les revendications en
faveur du dialecte languedocien, et même il détacha d'eux Achil¬
Arnavielle dans le

le Mir.

�LO

approuve

GAI. SABER

291

l'esprit. J'espère qu'il comprendra la néces¬

sité de débarrasser le félibrige de toute compromission
officielle avec la réaction : j'entends par là que, si le

félibrige continue à faire comme il a fait aux fêtes de
Forcalquier (7) par exemple, c'est à dire à se poser
ouvertement en instrument de l'Eglise, nous ne sau¬
rions, je crois, accepter la situation qui, logiquement,
serait faite à la suite d'une telle déclaration. Libre
félibres catholiques de catholiciser à leur saoûl,
mais il faut que la constitution de la Société soit telle

nous
aux

qu'ils n'engagent que leurs personnes dans ces sortes
de manifestations, et que nous ne puissions, en aucun
cas, partager la responsabilité d'actes contraires à nos
•croyances et à nos convictions. Il faudra donc que nous
nous voyions, nous entendions, avant
la séance du
21 mai (8), afin de bien arrêter la conduite que nous
(7) Aux fêtes en l'honneur de Notre-Dame de Provence orga¬
nisées à Forcalquier du 11 au 14 septembre 1875, le Félibrige
fut invité officiellement, et prit une part prépondérante avec
Mistral, Aubanel, Roumanille, Gaut, Roumieux, Christian de
Villeneuve-Esclapon, Victor Lieutaud, Léon de Berluc-Pérussis
■etc... Aubanel y prononça un discours célèbre, véritable décla¬
ration de guerre à la centralisation française. Il y eut des Jeux
Floraux mémorables. On y joua, pour la première fois, un
drame provençal, Lei Mouro, de J.-B. Gaut. Au banquet offert
aux Félibres, un
bouquet de fleurs était placé devant le capoulié Mistral. Au crépuscule, les félibres portèrent solennelle¬
ment ce bouquet aux pieds de Notre-Dame de Provence, et
Victor Lieutaud dit ces paroles : «L'amo de la Prouvènço, Pau¬
se dire,
es eici touto entiero à vòsti pèd, dins l'acamp de si felibre naciounau. Lou cor de la patrio ie bat emé si cor, e éli, o
Maire, Vous vènon chausi pèr sa patrouno especialo, la patrouno dóu
Felibrige e di felibre, 0 Vous deja la patrouno de là pa¬
trio touto entiero e de tóuti li Prouvençau!
» Malachie Frizet
suspendit au manteau bleu de la Vierge la fleur d'or qu'il avait
gagnée par son cantique demeuré si populaire, Prouvençau e
Catouli (Armana prouvençau 1876). Pouvait-on avoir des fê¬
tes félibréennes plus religieuses ?
...

(8) Une circulaire, signée d'Aubanel, Bonaparte-Wyse, BIuGras, Mathieu, Mistral, Roumanille, avait été adressée
«dins tóuti li pais ounte lis orne dison o», à tous les amoureux
•de notre langue, leur demandant de venir s'assembler le 21 mai,
net,

�LO

292

GAI

SABKR

devons tenir à la réunion du

raisons

encore

nous

félibrige (9). Et d'autres-

convient à

nous

voir

:

je crois,

qu'il faut aller chercher le paysan chez:
lui. Qui nous empêche — même si, comme je l'espère,,
le félibrige assagi ne nous oblige pas à une scission —
de publier à plusieurs, pour l'année prochaine, un
almanach (10) de propagande languedocienne, moitié
français, moitié languedocien (almanach du patriote
languedocien par exemple) ? La traduction en langue¬
docien de la Déclaration des Droits de l'Homme, quel¬
ques pages d'histoire locale bien sentie et d'un ensei¬
gnement approprié à l'intelligence paysanne, des galé¬
jades républicaines, bien affilées, etc..., le tout saupou¬
dré de vues et de considérations rapides, sous une
forme bien populaire... ne pourrait-on pas ainsi exé¬
cuter une œuvre vraiment utile et bonne, qui circule¬
rait facilement dans les campagnes ? Songez-y. Je
crois qu'il y a là quelque chose à exploiter pour le pro¬
comme

vous,

jour de sainte Estelle, en Avignon, « pèr estudia ensèn, déli¬
béra e pièi voûta lou nouvèl Estatut dóu Felibrige e elegi li
Majourau de l'Acadèmi dóu Miejour ». 54 félibres devaient ré¬
pondre à cet appel : parmi eux, Mir, Fourès et Xavier de Ri¬
card. (Cartabèu de Santo Estello, Nîmes, Baldy, 1877, in-8,
60 p. )

(9) Les comptes-rendus qu'on peut lire de cette assembléementionnent aucune intervention spéciale des félibres qu'on
appellera plus tard « rouges ». Les statuts proclamés par Mis¬
tral à la suite du «banquet literàri, autramen di felibrejadoi*
ne

contenaient celui-ci

: « Article II : Soun enebido, dins lis acamp
Felibrige, li discussioun poulitico e religiouso ». C'est là
que devaient être nommés les 50 premiers majoraux (21 catalans
compris), et que pour la première fois Mistral devait chanter
La Coupo. — Auguste Fourès, se rendant en Avignon, devait
s'arrêter le 19 mai chez Xavier de Ricard, à Castelnau-le-Lez,
près de Montpellier, pour lier connaissance avec son ami et la

dôu

famille de celui-ci.

(10) Cet Almanach devait paraître, en effet, pour l'année
1877, sous le titre La Lauseto. Armanac dal Patrioto lengodoucian. Il devait se continuer avec un titre chaque fois légè¬
rement modifié, en 1878, 1879 et 1885.

�LO

GAI

SABER

293

grès de notre idée. Pour moi, si mon Histoire de Lan¬
guedoc (n) a quelque succès, j'ai l'intention, après sa
publication en français, d'en faire un abrégé en langue¬
docien très clair, très précis, et très accessible à la
foule. Si nous en venons là, je vous demanderai pour
cela votre collaboration; dès maintenant, j'ai quelques
projets, auxquels nous pourrions nous atteler tous les
deux. Nous en reparlerons. Il faut attendre les élec¬
tions, savoir quelle majorité elles donneront, et si c'est
une majorité républicaine, à quelle nuance (12). La
nôtre ne sera probablement pas même représentée, ou
si faiblement que ce sera comme si elle ne l'était pas;
mais, si la majorité républicaine est pleinement assu¬
rée, nous pourrons, alors, commencer notre campagne
de propagande, et, s'il le faut, d'opposition constitution¬
nelle. Il faut donc attendre la fin de février, afin de
bien savoir ce que nous pouvons tenter et dans quelle
mesure nous pouvons le faire. Mais je ne vois pas
qu'aucun événement politique puisse nous empêcher de
faire cet almanach, tout pratique et populaire.
Quoiqu'en effet les félibres républicains soient rares,
je crois cependant que l'on pourrait trouver, dans le
félibrige, un groupe assez important en recueillant
naturellement les protestants et les pasteurs opposés
aux menées cléricales. M. Félix Gras pourra nous être
utile pour ce groupement; voyez de votre côté ceux que
vous connaissez, afin que le 21 mai nous puissions nous
offrir en minorité respectable. En cas de scission, cette
minorité constituerait naturellement

une

autre société

(11) L'Histoire populaire du Languedoc devait paraître en
1879 chez Fischbacher à Paris. La traduction en languedocien,
désirée par Lydie de Ricard (Dulciorella), ne devait jamais
être écrite, pas même en abrégé.
tant

(12) Ces élections devaient porter au Sénat une faible majo¬

rité conservatrice, mais à la Chambre une majorité «républi¬
caine » qui provoquerait bientôt le « coup d'autorité « de MacMahon au 16 mai 1877. La «nuance» politique de X. de Ricard
—

—

sans
ne

doute pour

devait pas y

le moment le « radicalisme» de Clemenceau
être encore représentée.

�LO

294

GAI

SABER

félibresque qui devrait immédiatement

se

mettre à

l'œuvre. Il faut de l'énergie et de l'activité.
Je vous remercie des offres que vous me faites pour
l'Histoire de Languedoc. Je vous serai reconnaissant de
tout

ce

que vous

ferez

pour

la propager. Vous

pensez

bien que je ne veux pas faire une œuvre d'apparence
inédite : il s'agit, pour moi, de réformer, par la série
des

faits, la tradition de la liberté languedocienne, tra¬
faussée par les tenants de l'église et de la
royauté. Je veux prouver que notre peuple est essentiel¬
lement républicain, et qu'il doit tous ses malheurs, la
perte de son indépendance et de sa liberté, au catholi¬
cisme et à la monarchie. J'accepte donc avec reconnais¬
sance les livres que vous vous offrez à me prêter, et
qui, j'en suis sûr, me seront d'une grande utilité.
J'ai l'Histoire des Albigeois de N. Peyrat (13) ; et, par
ce livre, je connaissais l'existence du registre de l'Inqui¬
sition. M. Peyrat s'en est servi. Mais on y trouvera cer¬
tainement quelque chose, même après lui.
dition

J'ai reçu vos deux dernières brochures; j'en rendrai
compte dans la République (14), en même temps que de
la Cansou de l'Alauseto, à laquelle j'ai souscrit, aussitôt
après avoir reçu votre brochure sur Achille Mir. Je
vais lui écrire pour le remercier de la dédicace très obli¬
geante qu'il m'a faite.
Savez-vous

ce

qu'il faudra faire ? Faire représenter

(13) Napoléon Peyrat, né aux Bordes-sur-Arise (Ariège) le 20
janvier 1809, mort à St. Germain-en-Laye le 4 avril 1881, pas¬
teur protestant, historien-poète, fut le précurseur du «Félibrigerouge», dont il se disait lui-même l'Aujol. Son œuvre princi¬
pale, l'Histoire des Albigeois en 3 volumes, Paris, Librairie In¬
ternationale (1870-1872), devait inspirer Fourès, Félix Gras, et
plus tard Prosper Estieu. Xavier de Ricard et Auguste Fourès
eurent pour Napoléon Peyrat un véritable culte, comme on
peut le voir particulièrement dans les chroniques de La Lauseto
(1885) où est annoncée la mort de l'Aujol.
(14) Probablement La République Française, journal politique
quotidien fondé le 9 novembre 1871 par Gambetta pour défen¬
dre les idées républicaines.

�LO

GAI

SABER

■295

théâtres du Midi des sujets, en français ou en
languedocien, n'importe ! tirés de notre histoire, afin
de ranimer le patriotisme. Le jour où elle
s'adressera,
en chair et en os, au peuple même, sur le
théâtre, notre
idée acquerra une singulière puissance. Il faut viser à
cela ! et des romans historiques, mais des romans
vrais (15)... Je compte m'y mettre aussitôt que
j'aurai
fini cette Histoire de Languedoc, qui sera, en même
temps, pour moi, une occasion d'embrasser l'ensemble
sur nos

de notre histoire et de classer
J'ai été deux
trouver. Je

acceptés

ne

par ce

mes

documents.

trois fois chez Lemerre (I6), sans le
sais donc pas si vos sonnets ont été

ou

comité mystérieux

que personne ne

sait

Je crains que celà ne se soit fait un peu en
coterie. La Vie Littéraire (n), dans un prochain
numéro, publira (sic) vos deux sonnets. Je vous envoie
la fin de mon article sur Mistral. M. Félix Gras m'a
nommer.

envoyé

pour

le même journal

un

fragment de

ses

Car-

bouniers (,s). C'est très beau.

(15) Nous ne savons si les romans laissés par X. de Ricard
correspondent à cette définition, assez vague d'ailleurs.

(16) Alphonse Lemerre, éditeur français, né à Canisy (Manche)
1838, mort à Paris en 1912. Sa librairie, établie au Passage
Choiseul à Paris, à l'enseigne de l'Homme qui bêche, ouverte
aux
jeunes poètes, était le rendez-vous des hommes de lettres.
Il publia, par une série de livraisons, un recueil de vers, intitu¬
lé Le Parnasse
contemporain, que devait suivre une Anthologie
des Poètes français du XIX' siècle en 4 volumes. Xavier de
en

Ricard avait fondé Le Parnasse

avec

Catulle Mendés. Son influ¬

fut combattue par

des rivaux qui, peu à peu, sournoise¬
ment, le chassèrent. Son amitié pour Fourès explique un peu
pourquoi les sonnets en français de ce dernier ne furent pas ac¬
ceptés par le «comité mystérieux».
ence

(17) La Vie Littéraire, publication parisienne dirigée par Colfignon. Xavier de Ricard en parle souvent dans sa correspon¬
dance ; il avait obtenu qu'une page du journal fût réservée par¬
fois

aux

félibres.

(18) Il s'agit d'un fragment du poème de Félix Gras, Li Carbounié, épopée en douze chants qui parut chez Roumanille et

�LO GAI SABER

296
Je

vous

serre,

ment la main et
A

cher Monsieur et Ami, très cordiale¬
espère bientôt de vos nouvelles.

vous.

L.-Xavier

Lemerre

en

de

RICARD.

1876. C'est en tête de ce poème que Félix Gras écri¬
souvent répétées, et parfois faussement attribuées-

vit ces lignes
à Mistral:

Ame moun vilage mai que toun vilage.
Ame ma Prouvenço mai qtie ta Prouvinço.
Ame la Franço mai que tout.

\

�L'Ort dels Trobaires

Resurrexit !

Un parrac

d'home se n'entra a la França
clapada d'estels;
el seu esprit es talment pie de vels,
que als ulls té cendra i no foc d'espefança.
Despulla humana que avorta la guerra,
camp on pasturen els poils a pleret,
el Josafat trobaràs a Ceret,
oh mort vivent que no colga la terra !

sota

una

vesta

Pluja de mans s'adeliten i fora
per redimî el misérable sofrent;
si eres la fulla al caprici del vent,
de ser l'al^ina t'haurà arribat Vhora.
Qui no et coneix et vesteix i fabraça,
i el qui t'ignora t'aplaca la fam...
Com heu pogut fer de mi un non Adam,
jo, que ni d'ombra ténia la traça Ì

�298

lo

gai

saber

Jamai dels mais

no sabré com descriure
lliçò d'amistat
dels qui ignorant-me m'han ressuscitât
pel sol plaer de saber-me fer viure.
Sien tots ells dins la meva abraçada:
ben prop del cor el peò de camins,
i amb ell els homes mes doctes ifins
que han coronat l'obra ben començada.

la incontestable

Si per lloar-los la llengua se'm trava
i el cor bâtent al parlâ em posa un vet,

fiecto els genolls per l'Antoni Calvet
en
homenatge a la gent bona i brava;
fiecto els genolls per en Prats i VElias
i per Gustau Viollet Vexquisit...
Gracies a tots els qui m'heu redimit,
braus cavaliers rivetats de Messias !

Jo vetllaré per que el
cremi tôt

meu esperit
amb
el flam d'aquests diesl
temps

Josep MIRACLE.
(Ceret,

20

febrer 1939).

�BOLEGADISA OCCITANA
La Quèrra
Sian tout d'ami, sian tout de fraire

...

Aquela paraula de Mistral s'aplica als felibres mai que mai
•dins las oras d'espróba. Una ora de granda
espròba a picat
per totis los íilhs de la Fransa, e los felibres d'ara, coma totis
lors ainats, se mostraran los melhors demest los
aparaires de
la Patria.
Lo

Capolhèr

FELIBRIGE

a

mandat la circularia

que

Lou jé de

:

(Burèu dóu Counsistóri).
Ais, lou

Car

seguis

/5

de Setèmbre 1939.

Counfraire,

Setèmbre, avèn ỳrega li

Sendi de Mantenènço de

en relacioun estrectio emé lis Escolo
pèrpousqué agué
lèu poussible la situacioun e lis adrèisso di felibre
moubilisa, de biais que nosto ajudo mouralo, e autro, siegue
pourgido sènso retard.
Iè demandan vuei d'estudia la
poussibleta de créa dins chasque burèu mantenenciau uno caisso de secours que permetrié
de manda de journau e de libre, à défaut d'autro causo; e pregan li cabiscóu de metre à rensigna li sendi — que nous rensignaran à soun tour — loti mai de siuen e de diligènei pous¬

metre

se

lou pus

sible.

Vousfasèn assaupre, enfin,
na

Marcello Drutel

es

Ais,

que —franc de contre-ordre —
noumado proufessour à VE. P. S. de-\

e que poudra teni toucant lou Capoulié
souto-baile à parti dou it d'Outobre.

Aguès dounc pas cregnènço de

da

d'entresigne autant souvènt

de nous deman¬
necit.
garde subre-tout nosti

nous donna vo
que lou creirès

Que Santo-Estello nous garde,
counfraire dis armado.

e

Marius
La Mantenencia de

lièr,

e nos a

li founcioun de

Lengadbc

mandat aquesta letra

JOUVEAU.

fait rampèu al senhe Capo-

a
:

�LO

30o

GAI SABER

Mount-Peliè, 7 de setembre 1939.
Lou Sendic

de

Lengadoc,
as

membres dau Burèu

as

Cabiscôus d'Escolas felibrencas,
Bailes de Revistas felibrencas,

as

Vène

de

reçaupre, dau

letra-circulària

mantenencial,

Capouliè dau Felibrige, aquestœ

:

(cf. lo tèxte de la letra del Capolièr).
Aquela couiminicacioun a pas de besoun de ges de coumend'espandi lou mai poassible soun rampèl,
segu d'avança que toutes lous felibres que Vausiran se faran
un debé de ié respondre.
tari. Vous demande

Pèire AZEMA.

L'Escòla Occitana respondrà
e à la crida del Sendic.

pel melhor à la crida del Capo¬

lièr

Per ara, voldriam que totis los escolans mobilizats s'acampèsen dins un grand sentiment de fraternitat. Remerciam totis
los que déjà nos an fait tene de novèlas. Donam aici lors noms
En mai del n° del Gai Saber que déjà recébon
à lor adresa ordenaria, e que podran conservar per lor coleccion, lor mandarem à cadun un exemplari à lor adresa militaria : i trobaran una prôba de nòstra prezencia espirituala e de
nòstra frairala amistat.

Lieutenant Clovis Roques ;
Sergent A. Maurand;
3. Lieutenant Maurice Vidal;
4. Maurice Bascoul ;
5. Alban Boulet, secrétaire Etat-Major ;
6. Adjudant Pierre Fauré ;
7. Léon Cordes, Cie de Commandement ;
8. Caporal Paul Lasserre ;
9. Alfons Mias, Chef de détachement. (Adresas suprimadas
per la Censura.)
A totis nòstres valents companhs mandam los vôts fervoro1.

2.

zes

de nòstres còrs.
LA DIRECCION.
o

Impr. Lauraguaise

-

Castelnaudary.

-s

Z&lt;? Gérant'. A. P RAVI EL.

�EN VENTE A

l'Imprimerie d'Editions Occitanes
3, Quai du Port

-

CASTEL.NAUDARV

Prosper ESTIEU.
Lou

Terradou, sonets occitans

franceza, ( i vol. in-8°,

300

ambe jtraduccion

p.)—rare .$ fr.'"'

30.

«

Flors d'Occitania, sonets. occitans ambe traduccion

franceza, (1 vol. in-8°, 280 p.)
fr.
20. »
La Canson Occitana, poèmes en lenga d'Oc, ambe
traduccion franceza, (1 vol. in-8°, 264 p.)
fr.
20. »
Lo Romancero Occitan, poèmes en lenga d'Oc, ambe
traduccion franceza, (1 vol. in-8", 344 p.)
fr.
20. »
Lo Flahut Occitan, 43 chansons avec musique, texte
occitan et traduct. franç. pouvant se chanter dans les
deux langues, (1 vol. in-8°, 104 p.)
fr.
16. »
Las Bucolicas de Vergili en ritmes occitans ( 1 volin-8, 68 p.)
fr.
10. »
.

Lo

Fablier

(1 vol. in-8,

Occitan, ambe lexic
170

p.)

.

0ccitan-francés
fr.

20.

»

Las Oras

Cantairas, sonets occitans ambe traduccion
franceza, (1 vol. in-8 carrat xvi-276 p.) . fr.
20. »

Malgré les difficultés de l'heure présente

L'Imprimerie d'Éditions Occitanes
( Imprimerie Lauraguaise )
3, Quai du Port - CASTELNAUDARY (Aude,

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tation irréprochables. — Prix sur
se

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�Répertoire

populaire

DE CHANTS OCCITANS
+&gt;44+

CANSONS:.
1.

Se canta, que cante !

2.

Las

paraulas

Batezons, paraulas de P.

vièlh aire.

3. La Canson de

subre

5.

Auzlsetz
un

aire

los

popuiaris.
paraulas de P. Estieu

Auzelets,

populari.

6. Me parles pas mai!
bre un vièlh aire occitan.

paraulas de P. Estieu

7. La Cansoun de la Coupo,
subre un aire de Saboly.

Reina del

aire catalan.
Cantem

su¬

paraulas de F. Mistral

CANTICS

2.

un

Castèlndu, paraulas de P. Estieu

Los Esclòps, paraulas e aire

1.

aire popuiaris.
Estieu subre

vièlh aire occitan.

un

4.

subre

e

:

Cèl, paraulas de P. jEstieu subre

Nadal, paraulas de P. Estieu subre

un

un

vièlh aire occitan.
3.

Dius Poderos, paraulas de P. Estieu, muzica de

D. de Severac.
4.

Ndstra'Dama dels Camps,

muzica de

J

.

S.

paraulas de M. B.,

A sauta Germana, paraulas de M. B. subre un
populari.
6. Uèi, subre de palha torrada...
(Nadalet), parau¬
las de P. Estieu, muzica de D. de Severac.
5.

aire

7. Patrona de Limos,
muzica del abat Prax.
8. A saut

de

paraulas del abat Bouichère,

Cristôl, paraulas de M. B. subre

un

aire

gòig catalan.

L'unité 1 Iranc; la douzaine 10 francs.
Colètge d'Occitania, 2, plasa Montmorenci, Castèlnôudari.
Impr. d'Editions Occitanes

-

Castelnaudary.

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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Berthaud, Pierre-Louis (1899-1956)</text>
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