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                  <text>22» Annada

Mai*Junh

N° 194

1941

Lo Gai Saber
Revista de l'ESCOLA OCCITANA

—m—

Ois Aup 1 Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
14, CarHèra

dels Arts, 14

Lo

numéro:

2 fr.

�SABBR

GAI

LO

Rovista de l'ES COLA

Ulii-aria Privât,

AOMIMSTWACION :
Carrièra dels Arts,

14,

Abonaments

\

:

OCCITANA

TOL.OZA

-

Fransa : un an

II Bstrange
„

.

C. O. Toloza 1673
.

: un an

.

.

20 fr.

.

.

or. ,
30
fr.

ENSENHADOR
del N°

LA

19A (mai-junli

19-if)

La XXIIe

DIRECTION

Fête de l'Escôla Oc¬

citan a.
Le cinquantenaire
de Roumanille.

Abbé

Joseph SALVAT :

Joseph Roumanille
Sa vie.

—

AVRIL

Canonge

Paul-Lois
Lois

GRENIER

GOIÈR

En ôunour de

:
:

Roumaniho.

Remèdi d'Amor.

:

CORRESPONDENCIA :
Antonin PERBOSC !

La

S.E.O.

en

:

(1818-1891).

La Reclusa.

(A.-J. Boussac).

CRI-CRI

de la mort

.

publica de poèmes

los i'alsificant.

Bolegadisa
occitana.
La Santa-Estèla.

d'Oc, par

Supplément: Rapport sur le Concours de Langue
J.-Rozès de Brousse. — Poèmes couronnés de M M.
vain Toulze, Clovis Roques, Allons Serra Baldó, Paul
M.

gue,

Edmond Brazès, Robert

Trouetle-Valadon.

Syl¬
Ber-

BURÈU DE L'ESCOLA OCCITANA

Francés TresArmand Praviel, clavaire;
Jozèp Salvat, secretari ; Joan Séguy, secretari-adjunt.
Filadèefade Yerda, LoïsThéron de Montaugé, Joan Ladoux,
Antonin Perbosc,

serre,

capiscôl ; J.-R. de Brousse,

Juli Cubaynes, j os-capis còls ;

de Cransac, conseillers.
jos-capiscôl dels Grilhs del Lauragués ; Jôrdi
Bousquet, capiscôl de VEscòla Rochegiide ; Fernand Albert,
capiscôl de la Campana d'Agot; Joan Girou, capiscôl de l'£scòla Audenca; Teofile Ferrie, capiscôl de YEscàla d'Autpol ;
Elia Lagarde, capiscôl de YEscàla Dam Vaissete ; Calelhon,
capiscôl del Calelh del Roèrgue, conseillers.
Amiral d'adhémar
Paul Sibra,

�Supplément au N° 194 du Gai Saber

(Mai-Juin 1941).

��RAPPORT
SUR LE CONCOURS DE
ET LE PRIX
LU EN

LANGUE D'OC

PUJOL (POÉSIE)

SEANCE PUBLIQUE LE 2 MAI

1941

par

J.-ROZÈS

M.

DE BROUSSE

fèlibre majoral
_

l'un des quarante mainteneurs

Messieurs,

Patrie, les cœurs meurtris
portés à chanter?
Les filles de Sion, durant l'exil de Babylone,
refusaient les chants qu'on leur demandait de
faire entendre et suspendaient leurs harpes aux
saules de la rive. Mais, d'autre part, plus d'un
poète a chanté ses malheurs et l'un d'eux, l'un
des plus exquis et l'un des plus atteints — il est
vrai que c'était par l'Amour —, celui de la Miougrano entreduberto, Théodore Aubanel, assurait,
dans sa devise célèbre, que le chant berce, endort
Dans les deuils de la

sont-ils

et

enchante

la douleur. Quau canto, souri mau

encanto.

doute, de son avis puis¬
après la défaite, ils nous ont envoyé autant
d'ouvrages que l'an dernier ou presque : cent
Les félibres sont, sans

que,

�-

vingt et
d'Oc

a

pièces que
à examiner.

une
eu

On les

344

examinées

—

la Commission de langue

conscience, comme
toujours, et avec courage, même quand c'étaient
de vastes poèmes en neuf chants, et vous m'avez
demandé, une fois de plus, de vous en faire le
rapport.
Cette persistance dans la confiance m'honore,
mais vous me permettrez de vous avouer que la
tâche devient bien lourde à mes épaules.
Voilà

a

onze ans

—

avec

dont neuf années consécutives

que je fais ce rapport et j'ai déjà demandé plu¬
sieurs fois d'être remplacé par quelques-uns de

—

confrères

plus jeunes et bénéficiant de plus
tyrannies quotidiennes se font de
plus en plus prosaïques et exigeantes et, après le
labeur de la journée, quand on n'a plus les flam¬
mes de la jeunesse, on aspire à s'asseoir
au seuil
de sa maison, ou tout au moins à y rentrer pour
s'occuper de son foyer, au lieu de pâlir sous la
lampe, pendant bien des nuits, sur des œuvres
innombrables, et débordantes, souvent mysté¬
rieuses et voilées, et à en extraire laborieusement
le suc pour en donner ici un aspect autant que
possible condensé et fidèle.
J'ai le ferme espoir que Clémence Isaure, comme
pour le soldat du front, pensera enfin à la « relève »
après tant d'années —-, d'autant plus que les
talents les plus autorisés ne manquent pas autour
nos

de loisirs. Les

—

d'elle.
Vous m'excuserez donc, Messieurs, si le rapport
d'aujourd'hui est plus bref que d'ordinaire et si
ma lassitude ne donne peut-être pas à nos lau-

�réats toute l'ampleur qu'ils semblent avoir méri¬
tée.

Les angoisses de l'heure — des heures d'hier,
d'aujourd'hui et de demain — ont inspiré plu¬
sieurs de nos concurrents, mais pas les meilleurs,
malheureusement.
Sur les six

pièces couronnées, une seulement
événements. C'est une ode,
les autres pièces sont d'ins¬
pirations différentes et diverses.
Cette ode, Cant d'Esper — chant d'espoir —
ne craint
pas de mettre la France en présence-de
ses fautes, comme le Maréchal l'a
fait, et après
lui. Recherche des loisirs, mépris de la
discipline,
oubli de la loi divine et des rigides préceptes de
l'honneur. Pour ne point tomber au fond du gouffre
il nous faut, sur le champ, un homme, une
règle,
un gouvernement. Il nous faut
reprendre la charrue
et le marteau, la pelle ou la plume; il nous faut des
berceaux et des mères généreuses et saintes et il
est influencée par les
Cant d'Esper. Toutes

nous

faut l'amour de notre travail. Ainsi la France

garder l'espoir de reprendre la place his¬
torique que lui ont faite Jehanne la Pastourelle et
pourra

la Dame de Pontmain et de Massabielle.

L'Académie

a

aimé dans cette ode des sentiments

qui sont les siens
Protecteur et
encore

de

comme

tous

réfléchir. Elle

l'éloquence sobre et
a

aimé la

mesure

en

les
a

ceux

de

son

illustre

Français qui savent
aimé le ton grave et

sans rhétorique, et elle en
qui a su se condenser en six

�—

346

—

strophes et aussi la langue, un languedocien
souple et harmonieux en bonne graphie occitane.
L'auteur en est un prêtre-soldat de cette guerre,
M. l'abbé Sylvain Toulze, de Trespoux (Lot), qui
a obtenu en 1933 une partie du prix Pujol pour
un poème sur la Canson de la Crozada. Cette fois
l'Académie est heureuse de lui remettre une
Eglantine d'argent.
Parmi les
et

ne sont pas inspirées par
actuels, deux sont d'inspiration

pièces qui

les événements

classiques ou plutôt romantiques.
celui qui se contente
méningite au lecteur
rechercher ce que le poète a bien voulu dire.

de forme

C'est presque l'art d'hier,
de plaire sans donner de
pour

L'une, La Môrt del Gitan, est le poème du vieux
des chemins à son heure dernière. Il a
fait arrêter sa roulotte, il s'est fait asseoir au
coucher du soleil dans l'herbe du fossé et, dans sa
coureur

fièvre, il revoit toute sa vie :

misères et peines,

haridelles

peaux de lièvres et peaux de lapins,
et chevaux indomptés, amours de vingt

ans et
de
hyménée aux Saintes Maries
Camargue; heures
de joie, heures de misère, mais heures de liberté;
et maintenant, en fermant doucement sa pauvre
paupière, « on eût dit qu'en ses yeux il prenait
le soleil

»

poème a le mérite de n'être nullement une
réplique du Chemineau de Jean Richepin. Peutêtre est-il plus proche des Boumian de Valère Ber¬
nard? Mais il reste personnel parce qu'il est,
dans sa conception et dans son exécution, réaliste
à la fois et poétique, comme le sujet le comporCe

�—

347

—

tait. La variété du

rythme, alexandrins du récit
strophes lyriques, et la solidité de la langue
en bonne
graphie occitane, ont valu une Prime¬
vère à l'auteur, M. Clovis Roques, félibre majorai,
souvent lauréat de l'Académie et l'un des poètes
bien connus et justement appréciés du Félibrige.
ou

L'autre

poème, de technique romantique, La
Prat, est écrit en strophes dont le dernier
revient chaque fois comme le refrain des

Font del
vers

ballades
de

ou

celui des chansons de

Béranger et

Nadaud.
La Fontaine du Pré voit successivement

bords,

sur ses

dans les tableaux de la Marche à
l'Etoile du défunt Chat Noir, les enfants qui
comme

chassent les

grillons, les

amoureux qui s'asseyent
rives, les lavandières qui, en
bavardant, font plus de bruit que leurs battoirs,
le faucheur qui fait rafraîchir la bouteille de vin
dans son eau glacée, le vieillard, enfin, qui vient
se reposer à son bord.
C'est une suite bien composée de jolis tableaux,
de gracieux quadros, comme disait Chénier, qui
ont une bonne odeur rustique — eux aussi réalis¬
tes et poétiques, comme dans le poème précédent
et à qui l'harmonieux dialecte catalan, heureu¬
sement sans recherches difficiles, permet de pren¬
dre plaisir sans poser des énigmes à l'esprit.
Pour la Font del Prat, M. Paul Bergue, de
aux

buissons de

ses

—

Pézilla-de-la-Rivière
vent

couronné,

a

(Pyrénées-Orientales),

obtenu

un

sou¬

rappel de Violette

d'argent.
Les trois autres

poèmes n'ont pas l'inspiration

�—

et la

348

—

technique d'hier. Ils ont celles

d'aujourd'hui

peut-être de demain.
sujet leur importe peu. Il n'y a pas de sujet :
une eau qui coule, une feuille qui tombe; cela
leur suffit. Ce qu'ils recherchent, c'est le mot, le
vocable plus pur et plus rare — et, par suite,
malheureusement, moins clair pour le lecteur
ordinaire; c'est la musique du vers, le rythme
subtil aux ondulations souvent libérées des nor¬
et

Le

conséquent, difficilement
perceptibles, parfois, aux oreilles qui ne sont pas
prédisposées ou extrêmement averties. — C'est
la musique avant toute chose » de Verlaine et
l'imprécis qui au précis se joint ».
Tels sont les poèmes El Camp i V Aigua (le
Champ et l'Eau), de M. Alfons Serra Baldo, un
jeune catalan de Tras los Montes résidant à Tou¬
louse. La terre desséchée par le soleil de midi
boit avidement l'eau de la rigole que le petit
âne fait monter du puits à noria. C'est tout...
mes

habituelles et, par

«

«

peut-être avec une

intention symbolique qu'il

loisir de rechercher.
De même Camins de Poesia, de

faut avoir le

Brazès, un

M. Edmond
catalan de Céret déjà couronné par

l'Académie.
Ces chemins de

poésie, c'est une place de

vil¬

dévorée de soleil; c'est l'escalier du
gravissent deux amoureux — là,
du moins, il se passe quelque chose, quoiqu'en
réalité, si j'ose dire, il ne se passe rien; c'est jan¬
vier dans un bois de hêtres; c'est un rocher, le
Rocher du Lézard-Gris qui sait peut-être des
secrets; c'est la fontaine qui converse avec la

lage catalan
clocher

que

�—

perdrix,

ce

sont les

349

eaux

—

claires du Tech dont

l'amour suit la vallce

tranquille.
De même, enfin, la Cansoun de ço que ven, de
M. le docteur Trouette, de Salon-de-Provence.
La Chanson de ce qui vient... qu'est-ce qui vient?
11 vient l'eau à la cruche, la vague à la plage,
le vent à la branche, l'étoile au berger, l'amour à
la fillette, l'éclat au lis, la rime à la strophe...
et une aile fragile à la timide chanson du félibre
provençal.

—

Dans

poèmes, on le voit, le sujet est peu de
léger de fantaisie qui flotte dans l'air,
comme l'Ariel, de Shakespeare. Tout est dans la
musique et datjs la couleur... ou peut-être plutôt
dans la nuance, qu'il s'agisse de vers libres où de
mètres connus ou même, comme chez le félibre
provençal, d'un genre de strophe nouveau et qui
ne manque pas de musicalité.
L'Académie, également sensible à toutes les
formes de l'art, celles de l'avenir comme celles
du passé, fleurit d'une Primevère les Chemins de
Poésie, de M. Edmond Brazès, et couronne d'un
Œillet M. Alfons Serra Baldo et M. Raymond
Trouette, deux poètes nouveaux chez elle, à qui
chose

ces

: un

fil

elle souhaite la bienvenue.
En

des

prix, des mentions honorables ont
(l'Ode des
d'Antan), de M. le docteur Trouette, de

sus

été décernées à L'Odo disOuro d'Antan
Heures

Salon, l'auteur de la Canson de ço que ven
d'obtenir

qui vient

Œillet; ■— à l'idylle Jos las Estelas
(Sous les Etoiles), par M. Pierre Gardes, de Montauban; — à un hymne à la Vierge, Lo Chipelet,
un

�—

350

—

Lafeuille, curé de Clairvaux,
l'Aveyron; — au Sonnet Lo Calelh (Le Calel,
de Mn,e Raymonde Tricoire, institutrice à Lavede M. l'abbé Albert

dans

(Ariège); — et à San-Jan pasadis (Les
Saint-Jean passés), pièce de M. Jules Ponsolles,
en
deux petits poèmes dont la présentation
rappelle les manuscrits patiemment enluminés
du moyen âge.
Ces envois, qui n'ont pu arriver jusqu'à la
fleur, présentent une valeur certaine, gage pro¬
bable de succès plus complets dans l'avenir.
lanet

*
*

*

L'Académie avait, cette année5 à affecter

à la

langue d'Oc le Prix Pujol sur un sujet laissé au
choix des auteurs, mais ayant trait à la région
toulousaine
Trois

ou

à

son

histoire.

prix ont été décernés.

L'un d'eux

est allé à

Mon Homenatge

à la

santa Pastora de Pibrac.
Cet

hommage à la sainte Bergère de Pibrac est

sept chants,' plus un prologue
fait neuf chants, presque
tous en
ce qui est beaucoup.
L'auteur, M. l'abbé Barthélémy Barcelo, prêtre
catalan de Majorque et aumônier de l'Institu¬
tion Notre-Dame des Anges, à Espira-de-l'Agly
(Pyrénées-Orientales), déjà lauréat de l'Académie,
s'est laissé aller, dans ce vaste poème, à tant de
longues digressions que la pauvre petite bergère
de Pibrac risque d'y être submergée et de dis¬
paraître.

un

et

long poème
un épilogue,

en

ce qui
alexandrins —

�—

351

—

passages
sont émouvants,
quand le poète fait allusion à ses
souffrances et à ses périls lors de la récente révo¬
lution espagnole et quand, dans son épilogue,
rappelant les douleurs et les cruautés de l'heure
présente dans la presque totalité de notre pauvre
monde, il évoque Germaine, « Bergère du troupeau
des prisonniers ».
Dans cette œuvre trop touffue et tumultueuse,
il y a pourtant, en maints endroits, le battement
généreux du cœur chrétien et le souffle de la
poésie. Aussi l'Académie donne-t-elle à M. l'abbé
Barcelo un prix de 500 francs.
Mais

certains

notamment

émouvant, mais cette fois avec la
l'équilibre indispensables à toute œuvre
d'art, est l'envoi de M. l'abbé Paul Lasserre, d'Auvillars (Tarn-et-Garonne), jeune professeur au
Petit Séminaire de Toulouse, qui, ces deux der¬
Non moins

mesure

et

conquit un Œillet pour une Ballade
Vierge et une Primevère pour deux sonnets

nières années

à la

à Notre-Dame des

Cimes et à Notre-Dame du

Liban.
a fait la présente guerre
caporal d'infanterie en Syrie. De son long
et pénible séjour en Orient il a rapporté, pour
nous, deux groupes de sonnets.
Dans l'un, qui a pour titre Dins las Regas (Dans
les Sillons), il chante les bûcherons qui hésitent
à abattre les peupliers splendides de nos ramiers
tandis que de mauvais fils n'ont pas hésité à
saccager un jour l'œuvre de notre race et à tuer
la langue de notre terroir; il chante la plaine en

M.

l'abbé Lasserre

comme

�—

352

—

friche que les laboureurs feront renaître comme
les nouveaux troubadours ont fait renaître notre

langue d'Oc déchue et il chante la douleur, sa
purificatrice, qui émonde les âmes des
mauvais sarments du péché.
Dans l'autre groupe de sonnets qui a pour
titre Sirianas, les Syriennes, il dit la nostalgie du
prêtre-soldat qui, dans le lointain pays de sable
rouge, pense à son village natal et souhaite la
fin du cauchemar sanglant et de l'exil; il évoque
le château en ruines du comte de Toulouse, Ray¬
mond de Saint-Gilles, la bannière de Languedoc à
croix d'or sur les murs conquis de Jérusalem et
les chants des muezzins sur les mosquées de Damas,
qui ne remplacent pas pour lui les cloches de paix
et les Angélus de fraternité des horizons langue¬
sœur

dociens.
Ces sonnets, en pure langue et en stricte graphie
occitane, ont une gravité et une sobriété de ton
où

mêlent la mélancolie des

regrets que connut
Bellay dans un exil moins lointain et plus
pacifique et où passe parfois, quand il s'agit
de nos vieux comtes des Croisades, quelque chose
d'un souffle épique qui viendrait de très loin, du
temps de nos chansons de geste méridionales.
C'est là de la poésie.
se

Du

L'Académie
Lasserre

un

a

donné

aux

envois de M. l'abbé

prix de 1.000 francs sur le prix

Pujol.
L'autre

poème, La Ronda dels Môrts, est aussi
d'épopée qui nous ramène également au
moyen âge, mais à un moyen âge moins lointain,
une

sorte

�—

et

au

353

—

temps des Croisades, mais de la Croisade des

Albigeois.
Par

une

nuit de Toussaint le poète

plutôt
évoque auprès de sa vieille grand'mère la ronde des morts qui, dans la brume et le
vent, tournent autour de la maison, tourbillon¬
nent sur le village, et vont, innombrable écharpe
funèbre, de vallées à collines, de châteaux ruinés
à cités endormies, à travers tout notre
pays d'Oc.
Et la félibresse les devine, tous ceux que son
cœur occitan n'a pas oubliés
Ce sont nos preux chevaliers, les comtes de
Toulouse et de Foix, les Trencavel de Béziers, les
Raymond de Montpellier, et les Guillaume de
Rouergue, qui sont morts en défendant la terre
d'Oc contre les hordes des barbares du nord, des
Normands, des Hongrois et des mécréants qui
sont venus saccager, incendier et ruiner le
pays.
Mais ce sont aussi les petits, les obscurs, les
paysans, les pied-terreux, les laboureurs, les vigne¬
rons et les pâtres et aussi les artisans, les ouvriers,
les briquetiers et les manœuvres qui, après avoir
fait la terre du Midi riche et belle, se sont battus
et sont morts pour elle.
Et ce sont aussi, malgré tout, Esclarmonde de
Montségur et les malheureux faidits qui ont été
suppliciés et qui sont morts les derniers — ultime
sacrifice
pour la Patrie occitane.
Et c'est, enfin, la vieille grand'mère, morte
elle aussi avant la fin du poème, la vieille
grand'¬
mère qui revient la nuit de Toussaint. C'est une
strophe d'amour et de tendresse qui, en couron¬
la

poétesse

—

ou

—

—

nant l'œuvre, accueille la bonne aïeule.

«

Que la
3*

�—

nuit

vous

354

—

garde dans son brouillard jaloux, dit
âme chemine, sans peur,

la félibresse, mais mon

auprès de vous.

»

La nèit

Dins
Mas

vos

garda, Menina,

son

mon

fum gelos,
s'encamina,

ama

Sens pôu,

prèp de vos.

L'Académie n'a pas eu de peine à
et à apprécier la haute inspiration de

reconnaître
cette œuvre
qui évoque, sans doute, avec ces morts de notre
Croisade, tous les morts de notre pays, chefs
illustres ou obscurs soldats, qui ont donné leurs
souffrances, leurs sacrifices et, enfin, leur vie pour
la Patrie chérie et sacrée.
Nous avons apprécié l'œuvre — non en théolo¬
giens, assurément — mais en poètes et en félibres, en Occitans et en Français. Nous en avons
goûté l'inspiration qui, même après la romantique
Revue nocturne d'Henri Heine, garde toute sa
personnalité et nous avons senti l'appropriation
heureuse de la forme à la pensée dans la diversité
des rythmes et des strophes, diversité parfaite¬
ment adaptée aux sentiments successifs et aux
mouvements du poème.
Enfin, nous avons apprécié comme il convient
la richesse de la langue — dialecte languedocien —
et la pureté de la graphie occitane, tout cela em¬
porté dans un beau souffle lyrique.
L'Académie a attribué le plus haut prix, un
prix de 1.500 francs, à l'auteur, Mme Louisa Pau¬
lin, de Réalmont (Tarn), qui a eu déjà un prix
Pujol en 1937 pour son Cant d'Ibèrn, et une Vio-

�—

355

—

d'argent en 1938 pour son
dans le concours fondé par le

Jette

Poème A Muret
commandant de

Roquemaurel.
Elle
œuvre

se fait un plaisir de couronner ainsi son
nouvelle, qui fleurit quelques mois à peine

après son beau livre Sorgas (1) qui, dans ses vers
libres, a la pureté et la fluidité des sources, en
effet, avec le charme d'un chant discret d'amour
sur l'aile légère de la Poésie.

soient
leur dialecte, écrivent dans la langue retrouvée
par Mistral et restaurée, purifiée par nos maîtres
Prosper Estieu et Antonin Perbosc, dont les prin¬
cipes et la graphie, adoptés et patronnés par
l'Académie, sont enseignés et répandus par Y Escôla
occitana et Lo Gai Saber, dont notre affectionné
confrère le majorai abbé Salvat est le toujours
jeune et vaillant nautonnier.
Cette année, son cours supérieur de littérature
Tous

ces

félibres, Messieurs, quels que

fortune de
présenter la vie et l'œuvre de Mistral aux Ven¬
dredis si appréciés de l'Institut Catholique, dans
quatre conférences magistrales qui ont fait affluer
au pied de sa chaire tout ce que Toulouse compte
de félibres, de poètes, d'humánistes et de lettrés.
Elles n'ont eu qu'un tort, celui de coïncider
mêmes jours et mêmes heures —
exactement
avec les cours publics qu'a donnés, pour la pre¬
mière fois, à la Faculté des Lettres, notre fin et
occitane

a

eu

l'honneur et la bonne

—

(1) Toulouse, Privât, 1940.

�—

356

—

charmant confrère M. André Ferran, sur Gérard
de

Nerval, le délicieux rêveur qui, lui aussi, dans
populaires et les rondes du Valois,

les chansons

sut retrouver les fées du pays de Sylvie, comme
Mistral retrouva la fée Esterelle aux pentes des
Maures et

golfes bleus de Cassis.
Nerval, véridiques miroirs
de nos vieilles provinces, purs génies de la France,
fille de Rome et d'Athènes, unissons-les l'un et
l'autre dans le solennel hommage que, depuis notre
dernière fête des Fleurs, le maréchal Pétain, notre
illustre Protecteur, le 8 septembre 1940, rendait à
l'un des deux, au père de Mireille et de Calendal,
quand, si magnifiquement et si opportunément,
il a salué « le chantre inspiré de la race latine
et des trésors spirituels dont elle est l'héritière
et qui constituent pour elle une promesse d'éter¬
aux

Mistral et Gérard de

nité.

»

�CANT DESPER
ODE
qui a obtenu une

églantine d'argent

PAR

M. l'abbé Sylvain TOULZE
a

trespoux (LOT)

Lo malaud que coneis sa plaga
ajuda 1' mètge lo pus fin.
Pagariàs pas trop bêla paga,
Fransa, se la pòu de la fin
sus tos efants guèrlhes venguda

mudaba lor aula abituda
de
de
se

cercar

mai-que-mai sujorn,

mesprezar la disciplina,
trufant de la Lèi divina,

de tôt sò que

mérita onor!

CHANT

Le malade

qui connaît sa plaie

—

D'ESPOIR

seconde le médecin le plus expert.

—

trop grande rançon, — France, si la peur de la fin —
tombant sur tes indociles enfants — changeait leur malheureuse habitude
de chercher surtout les loisirs, — de mépriser la discipline, — faisant

Tu

ne

payerais

pas

—

fi de la Loi

divine,

—

de tout ce qui mérite honneur!

�—

358

—

al fons de l'iga
perlongar pas mai l'ivèrn,
plasa neta! — Nos cal de triga
un òme, una régla, un govèrn !
Amor de servar nòstra plasa
al solel, cal totes à masa
prene l'esteva e lo martèl,
lo volam, la pala o la ploma,
Per tombar pas
e

nos

cal de brèses

generozas e

e

de maires

santas; cal

que cada còrs de mestier sache
far son òbra segon lo pache
dels trabalhaires d'ancian

temps;

que per l'estat e l'ostalada
drechura sià la cantonada
que

ten còp à totes los vents...

fond du gouffre —, et ne point prolonger
Il nous faut sur le champ — un homme, une
règle, un gouvernement! — Afin de garder notre place — au soleil, il
nous faut, d'emblée, — prendre la charrue et le marteau, — la faucille,
la pelle ou la plume, —
Pour

l'hiver,

ne
—

point tomber

place nette!

—

saintes; il faut

il

selon les honnêtes
l'état et la famille

les orages...

faut des berceaux et des mères

—
généreuses et
chaque corps de métier sache — faire son œuvre
principes — des travailleurs d'autrefois; — que pour
droiture soit la pierre d'angle — qui résiste à tous

nous

—

au

—

que
—

�359

—

—

Lo nòstre

pòple revertaba
ganelòt de Fil Unie
que non coneis pas mai sa cava
que son tirador, tant es rie !

un

Quantes suzèron la codena

—

atrasar l'òr qu'el semena !

per
—

Mas

un

s'avalir
—

lo

jorn arriba
una

coma

que 1'
rantèla

vei

quista aduèi amb l'escarcèla
qu'ièr s'encrezià coma un rèi!
e

qu'ès ara aqui, vencida,
qu'es un mot francés
lo mòt « d'esperansa » e de vida
e
garda-lo! — T'an pas tôt prés :
ni ta te, ni la pura glòria
dont s'illumina ton istòria,
ni tos grands protectors del cèl,
ni Joana la Pastoreleta,
ni la Dòna de la Saleta,
Fransa

soven-te

de Pontman

e

de Masabièl!

à l'insouciant Fils Unique — qui ne
— — Combien ont
sué et peiné — pour amasser l'or qu'il gaspille! — — Mais un jour vient
où il le voit
s'évanouir telle une toile d'araignée
et il tend aujour¬
d'hui la sébile, — celui qui hier paradait en grand prince!
Notre

peuple ressemblait trop

connaît ni

sa

cave

—

ni

son

—

tiroir, tant il est riche!

—

France, maintenant que te voilà vaincue, — souviens-toi qu'il est un
français — le mot « d'espérance » et de vie — et garde-le! — On ne
t'a pas tout pris : — ni ta foi, ni la pure gloire — dont s'illumine ton his¬
toire, — ni tes grands protecteurs du ciel, — ni Jehanne la Pastourelle, —
ni la Dame de la Salette, — de Pontmain et de Massabielle!
mot

�360

—

Plan doloroza
e

es

—

ta tombada

dura ton umiliacion :
sul monde as pas acabada,

mas

ò Fransa, ta nòbla mision...
■—

Quand lo correire li s'acranca,

del

prigond del abis non manca,
s'arpant del pè, del pic, del pun,
de lèu reveire la rengada
dels pèches à cresta nevada
tôt oscats d'azur
Stalag X

e

de lum!

—

(julhet 1940).
(Obra transmeza per la jamilha del autor.)

Bien douloureuse est ta chute
et dure ton humiliation :
mais sur
le monde tu n'as point achevé, — ô France, ta noble mission...
Quand
le montagnard s'y obstine, — des profondeurs du précipice il parvient, —
—

—

s'agrippant des pieds, du pic et du poing,

—

des cîmes

—

aux

crêtes

neigeuses

—

— à bientôt revoir la chaîne
toutes dentelées d'azur et de lumière!

Stalag X.... (juillet 1940).
(Œuvre transmise par la famille de l'auteur.)

�LA

MORT DEL GITAN
POÈME

QJJI

OBTENU UNE PRIMEVÈRE

A

PAR

M.

CLOVIS ROQUES

MAJORAL DU FÉLIBR1GE

CLERMONT-L'HÉRAULT (HÉRAULT)

A

Duspèi
Dins

sa

Tosìs
Dins
Las
E

una longa semmana,
cariòla rancunhat,
ten torbilhat

e se

una

cobèrta de lana.

tenon

plus d'aplomb,
de plomb
sul pitre e l'escana

camas

coma una

Li peza

LA

MORT

Depuis une longue semaine,
et

se

tient entortillé

tiennent
sur

—

plus l'aplomb,

la poitrine et

dans
—

l'étouffé

capa

—

DU

GITAN

au fond de sa roulotte
couverture de laine.

une

blotti,
—

et comme un manteau de plomb
....

—

il tousse

Les jambes ne
—

lui pèse

�—

362

En sercant, per un
Las pèls de lapin o

—

dolent jorn,
de lèbre,

Acasèt la marrida fèbre

Que lo rozentîs com'

forn.

un

Lo mai

sapient de la familha,
Potingaire que requinquilha,
Bransòla l'cap à son entorn.
Dins la

Qu'ai

longa

mes

e

polsoza rota

de mai

à la mar,

mena

Belèu

pel revolum amar
La fèbre s'esvalirà tota.
Las Santas

gàrdan de morir,
aiga que sab garir
que ne pòt beure una gota.

An un'
Lo

E la còlha va,

rosegant,

Cada vèspre plus lènh s'atura;
Muls e rosins an vida dura
A butar lor carri carnhant.
Mas lo malastre sempre atisa
Lo paure vielhàs que glatisa,

A cada ancada cahinant!

En
—

il

cherchant, par
a

contracté

d'un four.

lardir,

—

Dans la

une

un

mauvais jour,

mauvaise fièvre

Le

—
—

les

plus savant de la famille,
branle la tête auprès de lui.
—

peaux

de lapin

qui le brille

—

—

ou

de lièvre,

comme au

feu

guérisseur qui sait regail-

longue et poudreuse route

— qui, au mois de mai, conduit à la
tourmente salée — la fièvre disparaîtra toute.
la Mer) empêchent de mourir, — elles ont une
celui qui peut en boire une goutte.

mer, — peut-être, dans la
Les Saintes (Maries de
—

eau

qui sait guérir

—

Et la tribu s'en va, se

traînant, — chaque soir elle s'arrête un peu plus
à traîner leur chariot grin¬
loin; — mulets et roussins ont la vie dure
çant. — Mais le mal toujours persécute — le pauvre vieux qui grelotte,
et, à chaque cahot, gémit !
—

—

�—

363

—

Quand pensèt que la mòrt traitoza se sarraba,
E que venia l'estona ont tôt es acabat,

Volguèt, pel darrèr còp, sul toral ajasat,
Sentir l'aire tebés, l'aire libre qu'ainraba.
Volguèt èstre colcat pels sius, sul amargal,
Son vièlh cap ennairat, aquì, còsta lo sauze
E virât al ponent ont, abans que se pauze,
Lo solelh, son amie, met son rnantel rèial
De porpora e d'òr pur. Lènh, plan lènh, la montanha
Es coma una paret que clava l'orizon.
De sos pòts tremolants sembla qu'una orazon
S'escapa; en même temps qu'una lagrema banha
Sa cara ont cada gauta a son òs reganhat.
Sos èlhs clucatejants adès, s'alàndan ara,
E sembla, qu'abastant à-n-una aurièra clara,
Vòl poder mezurar lo camin qu'a ganhat.
Es son ora darrèra..., e sa vida gitana
Longa tièra de jorns, de contunh nrirgalhats,
Ont los magres profits èran lèu degalhats —
—

— et que venait le
dernière fois, couché sur
le talus, — sentir l'air tiède, l'air libre qu'il aimait. — Il voulut être cou¬
ché par les siens, sur l'herbe haute, — sa vieille tête rehaussée sur le tronc
du saule
et tourné vers le couchant où, avant qu'il ne se pose, — le
soleil, son ami, revêt son manteau royal — de pourpre et d'or pur. Loin,
bien loin, la montagne — est comme une muraille qui ferme l'horizon. —
De ses lèvres tremblantes, l'on dirait qu'une prière — s'échappe; en même
temps qu'une larme mouille — son visage où chaque joue a son os en relief.
Ses veux clignotants tout à l'heure, s'écarquillent à présent, — il
semble qu'atteignant à une lisière claire — il va pouvoir mesurer le chemin
parcouru. — C'est son heure dernière.., et sa vie gitane — longue série
de jours sans cesse bariolés — où les maigres gains étaient vite absorbés

Lorsqu'il pensa que la mort félonne

moment où tout est

—

—

fini,

—

s'approchait,

il voulut, pour la

�—

364

—

Qu'a trigosat antan de la sèrra à la plana,
De sos mlla tablèus li pasa pel sicap.

estât plazent dins l'èizistensa!
conegut, segur, los planhs e la sofrensa,
Mas los tèunhes bonurs non los debremba cap!

A! tôt es pas
A

gitan maurèl, menut,
l'camin maitat nut,
Lo pel rebosièr, bormelut,
Que pana frucha e sò que trôba,
Que dròm dijol resès del pont,
Que beu l'aiga linda à la font,
E que s'allègra pertot ont

0 lo

Que trèpa

S'adòba!
Es

fièirals,

grandet, tròta pels

cabals,
l'aze lo plus fais,

Coneis d'à fons muls e
Crenta pas

tableaux

qu'il a jadis traînée de la colline à la plaine, — avec ses mille
l'esprit. — Ah! tout n'a pas été agréable dans l'existence!
Il a connu sûrement les plaintes et la souffrance, — mais les minces
bonheurs il ne les oublie pas!
—

lui revient à
—

0 le
nu,

—

petit gitan brun, tout menu, — qui
les cheveux hirsutes, morveux, —

Il est

qui vole les fruits et tout ce

qui dort à l'abri sous l'arche d'un pont, — qui boit l'eau
fontaine, — et qui est content partout où — il s'arrange!

qu'il trouve,
claire de la

folâtre sur le chemin, à demi-

—

grandet, il court sur les champs de foire, — il connaît
mulets, les chevaux, — il ne craint pas l'âne le plus

ment les

parfaite¬
rétif,

—

�365

—

Es

un

—

cabalhèr de naisensa !

Descaus, a jamai d'agasins,
Mas, escambarlat suis rosins
El tròba, lo long dels camins,
Plazensa!

Quand los bèls vingt ans an sonat,
Dins son còr quicòm a trucat :
Es l'amor que

s'es despertat,

Que com'un despòta comanda.
E

fogairon benezit,
florit,
Cada vesprada, à jorn falit,
son

Al fons del caminòl

S'abranda.
Es dins la

planura de fòc
Santas, plan mai qu'enlòc,
Ont los seraments son de ròc,
Que lo gitanum se marida.
E dins un carri dezanat,
Cadun torna corre à son grat,
Sa molhèr maurèla al costat,
De las

La

c'est

un

cavalier de naissance.

mais

toujours chevauchant
mins, — de l'agrément.

un

vida!

—

Pieds nus, il n'a jamais de

roussin

—

durillons,

—

il trouve, tout le long des che¬

Lorsque les beaux vingt ans ont sonné, — dans son cœur quelque chose
frappé: — c'est l'amour qui s'est éveillé, — et comme un despote il com¬
mande.
Et son brasier béni, — au fond du sentier fleuri, — chaque
jour, au crépuscule, — s'enflamme.
a

—

C'est dans la grande plaine de feu — des Saintes Maries, mieux qu'ail¬
leurs, — où les serments sont de pierre, — que la gent gitane s'unit. —
Puis, dans une carriole désuète, — chacun reprend à son gré, — son épouse
brune à côté, — la vie !

�366

—

—

grand aire e lo grand camin,
pèl de lapin!
Sense laguis, sense chagrin,
Un pièlòc d'efans s'amolona.
E l'gitan, eternal romiu,
El qu'a pas res, dis : « Tôt es miu ! »
Trobant la vida, ivèrn, estiu,
Lo

Pèl de lèbre e

Plan

Parions als

bona!

lanibrets dins lo cèl

Los remembres an mes sos

entrumit,

raises dins sa vida,

gitan soris e son ama ravida
qu'a reviscut son pasat endurmit.
A sentit, als lentans rebats de sa jovensa,
Tôt son còr frezinar d'un dois trefoliment
En pensant als balans de son amor brozent
Quand, volguent profitar d'una tendra escazensa,
E lo

Sembla

grand air et le grand chemin, — peau de lièvre et peau de lapin! —
chagrin, — les enfants nombreux s'entassent. — Et
le gitan, éternel pèlerin, — lui qui n'a rien, dit : « Tout m'appartient! » —
Et il trouve la vie, en toute saison, — agréable!
Le

sans

souci et sans

dans le ciel obscurci, — les souvenirs ont mis
dans sa vie, — et le gitan sourit et son âme ravie — semble
avoir revécu son passé endormi. — 11 a senti, aux lointains reflets de sa
jeunesse, — tout son cœur tressaillir d'un doux frisson — en pensant aux
Semblables aux éclairs

leurs rayons

élans de son amour

brûlant

—

lorsque, voulant profiter d'une

tendre

�—

Ë67

—

S'escapaba la nèit, amb sa bruna molhèr
0 s'èra vist jovent, dins manta cabalcada,
Subre una bèstia fèra e gaireben 'ndomdada,
Sens cabestre ni sèla, amauzar sa folhèr
Abia ganhat la jòia al dabant dels vincèires!
E duspèi, malgrat tôt, abia sempre viscut
Sul grand camin, anant tôt dreit, inconescut,
Carrejant, tôt mesclat, los manits e los rèires,
Rodant encà plus lènh. Abia la libertat,
L'orizon

grand dubert dabant el, lo bon aire!
n'jautaba gaire

E del rèsta del monde el se

Dins

Lo

èlhs alandats tôt èra lèu

pasat;
luscre, al naut del cèl, fazia pujar l'estèla,
sos

Mentre que

lo solelh falis, per s'ajasar.

Alavetz, lo gitan qu'anaba trespasar,
Lo pitre palsemant, als visions la rantèla,
De fèbre tremolant, com lo lum d'un calelh,
Gaitèt de l'astre-rèi la suprèma béluga
E, tampant dolsament sa paura parpeluga,
Semblèt que dins sos èlhs prenia tôt lo solelh!
occasion,

—

il s'échappait la nuit,

avec sa

brune épouse

—

il s'était vu, tout jeune, dans mainte chevauchée, — sur une bête
et presque indomptée, — sans bride ni selle, calmant sa folie

Ou bien
sauvaeg
—

Il

remporté le prix au devant des vainqueurs. — Et puis, malgré
tout, il avait toujours vécu — sur le grand chemin, allant tout droit,
avait

inconnu,

—

charriant, entremêlés, les enfants et les aïeux,

—

roulant

plus loin. Il avait la liberté, — l'horizon grand ouvert devant lui,
le bon air, — et du reste du monde il se moquait un peu
—
Dans
ses yeux qui fixaient, tout cela venait de passer. —
Le crépuscule, au
haut du ciel, faisait déjà monter l'étoile — tandis que le soleil descend
pour se coucher. — Alors, le vieux gitan qui allait trépasser, — la poi¬
trine haletante, aux yeux un voile, — la fièvre le secouant comme la
flamme d'un quinquet, — regarda l'astre-roi lançant sa suprême étin¬
celle, — et, fermant doucement sa pauvre paupière, — on eût dit qu'en
encore

ses

yeux

il prenait le soleil !

�L'AIGU A

EL CAMP I
poème

QUI A OBTENU UN

ŒILLET

PAR

m.

ALFONS

serra baldo

TOULOUSE

A

Estampit dins l'atzur, un sol reial,
Fabulós d'anys, els seus trofeus proclama :
Migdia veilla auster, imparcial
sota la seva túnica de flama.
Cotó de lluna,
sa

l'ase résignât

ruta interminable

descabdella,

i, lentament, el crit acompasat
de la cinia diu sa cantarella.

LE

CHAMP

ET

L'EAU

soleil royal, — fabuleusement âgé, proclame ses
Midi, austère et impartial, veille — sous sa tunique enflam¬

Rivé dans l'azur, un

trophées

:

—

mée.
Le

petit âne résigné, au doux poil cotonneux couleur de lune, — dé¬
son interminable route — et lentement le cri rythmé — de la noria
sa
cantilène.

roule
dit

�—

369

—

L'aigua adormida, emperesida encar,
degota fresca avall de la cadena
i trenca el vidre lluminós i rar

que

al fons del pou el seu mirall ofrena.

Però el rosari

va muntant pausat
repicament après de dies,
i l'aigua canta, amb un darrer esclat,
damunt la pica verda de falzies.

amb

un

Canta

un

moment

encara en

la canal

abans d'esdevenir la muda vena
que lentament, vers l'abrasat bancal,
el seu serpent pel reguerot destrena.

L'ocre dels camps

dòcil al sol

s'ajassa sota el cel,

ardent, amb

una mansa

joia animal, corn el canic fidel
que als peus de l'amo emperesit descansa.

L'eau

endormie, encore paresseuse,

la chaîne
offre

son

Mais le

chapelet monte lentement

et le dernier

clapotis

L'eau chante

veine muette
la

terre

dégouline, fraîche, le long de
— qui au fond du puits

—

—

encore

chante
un

sur

moment

—

avec son

martèlement habituel

—

l'auge toute verte de mousses.
sur

la dalle

—

qui doucement déroule son serpent

avant de devenir la
—

par

la rigole, vers

embrasée.

L'ocre des
une

—

et brise le cristal lumineux et rare
miroir.

—

douce

champs s'étend sous le ciel, — docile au soleil ardent, avec
joie animale, comme le petit chien fidèle — qui repose

—

engourdi aux pieds de son maître.

�370

—

—

I dins la

turpitud, oblidadís
primaveres totes verdes,
allargassat sobre el pendis,
la seva set proclama en les esquerdes.

d'haver-hi

Damunt l'atzur, un mirambell consum
la seva flama immòbil, sens recança,
i al bassiol,

sorprès de tanta llum,
púdicament la seva imatge dansa.

Un

raig de sol, enjogassat i ardit,

que al tons blavenc del reguerot ve a caure,
entre les randes de l'herbei tupit,
la fina

arena

sollevada daura.

Alliberada de l'ombros cami,
a la fi, lliure de nosa i brides,
s'esbocina en el blau del demati,

l'aigua,

damunt les

Et dans

étendue
Sur

sur

pedres netes i polides.

la torpeur, oubliant — qu'il y a des printemps tout verts, —
la pente, — la terre proclame sa soif par les fissures du champ.

l'azur, un myrte consume

et, surprise de tant de lumière,
flaque.
Un rayon
la

rigole,

fin

—

—

—

sa

son

flamme immobile, sans regret, —
image danse pudiquement dans la

de soleil, enjoué et hardi, — qui tombe au fond bleuâtre de
à travers les dentelles de l'herbe épaisse, — dore le sable

soulevé.

Délivrée de

sa

sombre

brise dans le matin bleu

route,
—

sur

—

à la fin, l'eau, libre d'entraves,

les pierres nettes et

polies.

—

se

�371

—

—

I abans de lliurar el de fresc del seu cant
a

la set de la terra

calcinada,

déposa en cada caire un diamant,

brilla al sol com una lieu rosada.

que

Entra en el camp

amb
i

després, i

es va

extenent,

tremolor ventissa i sorda,

una

l'esquerda la beu goludáment
pel camp ja tèrbola desborda.

fins que

L'instant

es

i l'hora fixa's
Devana el
i el

dóna

inesgotablement

l'esclat del dia.
cristall Fonda turgent

en

seu

burriquet va fent la seva via.
l'aigua i sequedat del camp :
desig que un Ordre lliga

Frescor de

certitud i

La vida indiscontinua és un clam

Que espera l'aigua d'una

Deu amiga.

Et, avant de livrer le don frais de son chant — à la soif de la terre cal¬
cinée, — elle dépose sur chaque arête un diamant — qui brille au soleil
comme

une

rosée

menue.

Ensuite, elle pénètre dans la glèbe où elle s'épand — avec un frisson
léger et sourd. — Les fentes l'engloutissent avidement — jusqu'à ce qu'à
travers champ elle déborde souillée.

répète inépuisablement — et l'heure s'immobilise dans
journée. — L'onde lisse déroule son cristal — et le petit âne
toujours sa route.

L'instant

se

l'éclat de la
va

Fraîcheur de l'eau et sécheresse du

d'une

champ

:

—

certitude et désir qu'un
— et espère l'eau

La vie clame sans trêve son appel
Fontaine amie.

Ordre accorde...

—

�LA FONT

A

DEL PRAT

POÈME
QUI

A OBIENU UN RAPPEL DE VIOLETTE

D'ARGENT

par

PAUL BERGUE

M.
A

PÈZILLA-DE-LA-RIVIÈRE (pyrénées-orientales)

A !a Font del

prat tardes o matis
tança.

els nins se'n hi van quan l'escòla
Per ajar ricrics i pallagostis,
passer, l'aigamuix sus de
Cambrioles fan, com els
escabòten
Aviat fins

la palanca.
esquiròls,
flós, maten parpanyòls.
al còll són xops d'aigalera.

Allavóns cadun, sense altra
de

se posa a beure
la Font del prat.

ginolls
a

A

A la fontaine du

LA

pré, soirs

falera,

amurrat

FONTAINE DU PRÉ

ou

matins,

—

les enfants y vont quand l'école

— ils franchissent le
la passerelle. — Ils font des cabrioles, comme les écureuils,
coupent fleurs, tuent papillons. — Bientôt ils sont trempés jusqu'au
cou.
Alors chacun, sans autre manie, — à genoux se met à boire à
pleines lèvres — à la fontaine du pré.

est fermée.

marécage
—

—

—

sur

Pour

attraper grillons et criquets,

�—

373

—

prat se'n hi va'l jovent,
trepitjant aclaps vermeils de roselles.
Ell pela una llata i parla rabent;
tota pensativa, ella cull poncelles.
Voreta dels verns, abrigall de nius
i ombra tentadora amb discrets xiuxius,
sus de l'herba mofle ell vòl fer posada.
Ni basta a calmar sa galta abrasada,
quan de sa maneta ella l'ha abeurat
a la Font del prat.
A la Font del

A la Font del

prat bugaderes van
mitj de la bòga.

rentà'n la banca al

a

Piquen batadós, pim-pam, i endavant!
Ai, filial Els veïs, quina sinagòga!

—

«

«

El pare, corn

fòll, diu, l'ha d'escanyar.

Tabé, el pillardaç, cóm la va enganyar!.. ».
Quan tôt a l'entorn han estès la ròba,
fan dinar de rie ambe ceba i anxòva;
«

i contenten sempre el canyó
a la Font del prat.

alterat

pré y vont les jeunes gens, — piétinant des touffes
coquelicots. — Lui pèle une baguette et parle vite; — toute
pensive, elle cueille des boutons de fleur. — Au fin bord des aulnes, refuge
de nids
et ombre tentante aux discrets chuchotements, — sur l'herbe
moelleuse il veut faire pause. — Et cela ne suffit pas à calmer sa joue
embrasée, — quand de sa mignonne main elle l'a abreuvé — à la fon¬
A la fontaine du

pourpres de
—

taine du
A
au

pré.

la fontaine du

milieu des iris.

banquette,
avantI —
Le père, comme fou,

pré vont des lavandières — laver, sur la
Les battoirs frappent, pan-pan, et en

—

Ah, ma fille i Les voisins, quel tapage! —
qu'il l'étranglera. — Aussi, le vaurien, comme il l'a trompée!... » —
Lorsque tout à l'entour elles ont étendu le linge, — elles font dtner de
riche avec oignons et anchois; — et contentent toujours le gosier al¬
—

«

dit

téré

—

à la fontaine du pré.

�—

A la Font del

374

—

prat, als finals de juny,
ajegut retraça

el rude dallaire

braços peluts, mentre, apròp com lluny
del plà ruent vibra la Hum rossa.

sos
sus

Com

un

seti fresc el marge

l'acull,

i li fa d'ombrela el brancam
Per

Més

ser

del poil.
de se'n creure..

ben hurós, n'hi ha prou

mitj-jornal resta. Un trago cal beure;
l'ampolla és casi gibrat

el vi dins
a

la Font del prat.

prat se'n va pòc a pòc
gaiato.
Cada die hi seu sus d'un tronc o un ròc,
i aqui dels hiverns sent pas pus el fato.
L'agulla que al bòsc, serpejant, se pert,
li guardi el recòrt eternament vert,
com l'agram vivaç rebrota i perdura !
Mai cansat de beure al raig d'aiga pura,
demà com avui se'n vingui alegrat
a la Font del prat.

A la Font del

el vell s'afermant ambe'l seu

juin, — le rude faucheur étalé
auprès comme au loin, — sur la
plaine brûlante vibre la lumière blonde. — Comme un siège frais le francbord l'accueille, — et le branchage du peuplier lui sert d'ombrelle. —
Pour être bien heureux, il suffit de croire l'être... — Mais la tâche du
jour n'est qu'à moitié. Il faut boire un coup; — le vin dans la bouteille
est quasiment glacé, — à la fontaine du pré.
A

la fontaine

retrousse

—

ses

du pré, vers la fin de
bras poilus, tandis que,

du pré s'en va tout doucement — le vieillard s'appuyant
bâton. — Il y seoit chaque jour sur une souche ou une pierre, —
et là il ne sent plus le fardeau des hivers. — La rigole qui, serpentant, se
A la fontaine

sur son

perd dans le bois, — puisse-t-elle lui
vert, — comme pousse et repousse le
de

boire au filet d'eau

comme

aujourd'hui,

—

garder le souvenir éternellement
vivace chiendentl — Jamais las

— qu'il s'en vienne allègrement, demain
à la fontaine du pré.

pure,

�GAMINS DE POESIA
ELOGI DE LES AIGUËS CLARES
PIÈCE
qui a obtenu une primevère

PAR

M.

Edmond
a

BRAZÈS

céret

Siguis lloat, Tech de les aiguës clares,
reflecta el moli dels meus pares,
acollidor del teu sait transparent

on se

qui fa voltar la mola del forment.
Siguis lloat, Tech de la gorga blava,
qui aclareixes un somni que no acaba,
entre castell de penyes i el sorrer
allisant en la platja un front seré.

CH.EMINS DE POÉSIE
Eloge des

eaux

claires.

— où se reflète le moulin de mes
accueillant ta chute transparente — qui fait tourner la meule
du froment.
Sois loué, Tech au gouffre bleu — qui épures un rêve
sans fin, — entre un château de roches et la berge — qui adoucit en sa

Sois

pères,

loué, Tech aux eaux claires,

—

—

�—

376

—

Siguis lloat pel rabeig cançonaire
qui emperla l'ala del bernat-pescaire
i dona

balbs i

veu

als llavis de l'hivern

ressecs

com

També per l'oratori
on la Verge Maria,
mira l'ona

davantal

les branques

del

vern,

de la riba,

pensativa,

qui corra dolçament,

ras

de flors del firmament.

Lloat, sempre lloat pel goig de l'illa,
cant de puput i festeig de jonquilla,
que mantenes dins un abraç suau
de regalims anguilejant en pau.
Tech

ta conca d'argila;
d'on treu flautes el vent,
siguis lloat. Per la tarda d'advent,
I'Amor segueix la teva vall tranquil-la.
ajaçat

en

Tech dels canyers

plage son front serein. — Sois loué pour la chanson du confluent
qui emperle l'aile du martin-pêcheur — et donne voix aux lèvres
de l'hiver
engourdies et desséchées comme branches de verne.
—

—

—

Aussi pour

l'oratoire de la rive,

—

où la Vierge Marie, rêveuse,

—

con¬

temple l'onde qui court doucement, — tablier gorgé de fleurs du firma¬
ment.
Sois à jamais loué pour la joie de l'île, — chant de huppe et
—

jonquille, — que tu maintiens dans une étreinte suave — de
qui ruissellent en paix. — Tech mollement couché en ta crique
d'argile; — Tech aux roseaux d'où le vent arrache des sons de flûte, — sois
loué. En cette après-midi d'Avent, — l'Amour suit ta vallée tranquille.
flirt de

sources

&amp;

�LA

CANSOUN

DE

ÇO QUE YEN

PIÈCE
qui a obtenu un

œillet

PAR

M. le Docteur Robert
a

TROUETTE-VALADON

salon (BOUCHE5-DU-RHONE)

Dins

la

Vèn

gerlo

soumesso

L'aigo de font s'amata,
Vèn

en

Pèr

Diéu

perlo

Nèblo i fueio
Sus

messo

s'agouta.

l'areno

Vèn à roundo

La

mar

traire

long souspir,

Vèn, Sereno,
Dins li broundo
L'auro mescla soun respir.

LA CHANSON DE CE

Dans la cruche
mise

—

vient

Sur le sable
frondaisons

—

en

—

—

vient docile

perles

—

—

brume

—

l'eau de
feuilles

aux

vient à la ronde

vient, Sirène,

QUI VIENT

—

la mer

source se

tapir,

—

par Dieu

s'égouter.

jeter long soupir,

la brise mêler

son

souffle.

—

dans les

�—

378

—

Pèr cop d'astre
Vèn amouro

pèr l'aucèu,
pastre
Vèn, à l'ouro
Dicho, estello dins Ion cèu.

Brout de roumi

Pèr lou

A

chatouno

Vèn à bòudre

Rai d'amaire

barbelant,

Que mistouno
Vèn assòudre
Elo, d'un riset galant.

De flar

Vèn à
Mai que
Vèn

mounde,
l'iéli,

d'or à Salamoun,
au

mounde

d'Evangèli
tau d'eilamount.

Tant que ne

Par
le

bonheur,

pâtre

—

A fillette
tille

—

—

— bout de ronce pour l'oiseau, — pour
convenue, étoile au ciel.

devient mûre

vient

en

—

nombre — troupe d'amants en
— d'un petit rire galant.

émoi,

—

que gen¬

elle vient absoudre

lis, — éclat sans mélange, —
monde — d'Evangile — autant

Il vient au

il vient

—

vient à l'heure

au

plus que d'or à Salomon, —
qu'il en faut de là-haut.

�3;9

—

Vèn

-

chausido

Pèr la

primo
baneja,

Courbo-dono
A

l'ausido

Vèn la rimo

Talo

ansindo

pouncheja.

Talo ansindo
Vèn

d'aleto

Felibrenco à

ma

cansoun,

Qu'à lus lindo
Vèn souleto
Faire

Par le
à l'ouïe

printemps
—

son

chanson

—

éclosion.

—

qui,

—

— le narcisse montrer ses pousses,
pareillement poindre.

viennent de
en

espandisoun.

vient choisi

vient la rime

Pareillement
ma

—

soun

modestes

la limpide lumière,

ailes
—

—

d'apprenti félibre à
vient toute seule — faire
—

��Lo Gai Saber N°
194

M Al-JUNH

1941.

La XXIIe Fête de l'EscôIa Occitana
Elle eut lieu cette année encore sans
solennité,
fut marquée seulement
par la séance solennelle de
l'Académie des Jeux Floraux à l'EIôtel
d'Assézat,
le 2 mai à
quatre heures.
et

On

entendit le rapport
spirituel et délicat de
sous-capiscol le majorai J.-Rozès de Brousse
sur le concours annuel
de langue d'Oc.
Quelques lau¬
réats y lurent leurs
poèmes couronnés ou mention¬
nés: M. M. Alfons
Serra-Baldò, Edmond Brazès,
Jules Ponsolles. Des mainteneurs et des maîtres èsJeux, M. M. Rozès de Brousse, Praviel, Salvat, Ripert, firent applaudir les œuvres des autres lauréats.
v

notre

A la réunion

du Bureau, M. l'abbé
Jules Cubayconseiller, fut élu sous-capiscol à la place du
regretté doyen Abelous.
nes,

Le

Cinquantenaire de la

mort

de Roumanille

A l'occasion du
cinquantenaire de la mort de Rou¬
manille, nous sommes heureux de publier une partie
de la leçon consacrée au Père du
Félibrige par M.
l'abbé Salvat, à l'Institut
Catholique de Toulouse,
le 4 avril 1941, ainsi
qu'un extrait du sermon en
langue provençale prononcé à l'église Saint-Agricol
d'Avignon, le i"juin 1941, par M. le chanoine Avril,
vicaire général du diocèse
d'Avignon.
LA DIRECTION.

�0

LO GAI SABER

318

Joseph

ROUMANILLE
(1818-1891)

VIE

SA

Joseph Roumanille peut être considéré comme le
Félibrige, le promoteur de la Renaissance
occitane au XIXe siècle.
Père du

Pommiers,
Petite
nord

naquit le 8 août 1818, au mas des
près du village de Saint-Rémy, dans la
Crau, qui s'étend de Tarascon à Cavaillon, au
des Alpilles qui la séparent de la Grande Crau.
Saint-Rémy est à peine à quelques kilomètres à l'est
Il

tout

de Maillane.
Dans un mas

qui sé cache au milieu
des aires, je suis né

des pommiers, un

beau

d'un jardinier et d'une
jardinière, dans les jardins de Saint-Rémy. — De sept pauvres
enfants je naquis le premier... Là, ma mère, au chevet de mon
berceau, souvent veillait des nuits entières son petit malade
qui dormait. — A présent, autour de mon mas, tout rit, tout
reverdit; loin de son nid de fleurs, soupire et bat des ailes l'oi¬
sillon qui s'en est allé!— Je vous en prie, mon Dieu! que votre
main bénie, quand j'aurai assez bu l'amertume de la vie, fer¬
matin,

au

me mes

temps

yeux

où je suis né.

s'escound au mitan di poumié,
tèms dis iero,
na d?un jardinie 'mé d'uno jardiniero,
Dins li jardin de Sant-Roumiè.

Dins un mas que
Un bèu matin, au
Siéu

De set
De

pàuris enfant

venguère lou proumié...
à la testiero
vihavo de niue 'ntiero

Aqui ma maire,
ma brèsso, souvent

dourmié,
Aro, autour de moun mas, tout ris, tout reverdejo ;
Liuen de soun nis de flour, souspiro e voulastrejo
Soun

pichot malaut que

L'auceloun que

s'es enana !...

�LO

GAI

SABER

319

Votis n'en

prègne, o monn Diéu. ! que vosto man benido,
Quand aurai proun begu Vamarun de la
vido,
Sarre mis iue mounte siéu

Dans
cueil de

sonnet-prologue, qui ouvre le premier
vers de
Roumanille, Li Margarideto,

qui fut écrit

en

de cette âme
de

son

(Où je

na.

ce

1847,

re¬

et

goûter toute la poésie
simple, élégiaque et tendre, amoureuse
11

pays.

on

a pour

peut

titre

Mounte vole mouri

mourir), et il est dédié à sa mère, Pier¬
rette, de Piquet. L'oisillon ne s'était envolé
guère
loin :
quelques lieues à peine séparaient Avignon,
où il vivait
alors, de son village natal. La vie ne
devait pas être, à ce
qu'il peut nous sembler, très
amère
veux

pour le troubadour.

à

Saint-Rémy;

nier sommeil.

Il

ne

devait pas mourir

du moins devait-il y dormir

son

der¬

Et c'est un détail curieux à
enregistrer, que celui
des trois grands rénovateurs de la
poésie occitane
enterrés dans leur pays
natal : Roumanille à Saint-

Rémy, Mistral

à Maillane, Aubanel en Avignon.
Les parents de Roumanille étaient donc
jardiniers,
et c'est dans les
jardins
contact avec

de le voir

que le futur poète a pris
la nature. Nous ne sommes
pas surpris

mettre en

garideto, les

vers

épigraphe, au début de ses Mar¬
du troubadour Bertran de Born :

Be'm

plai lo dos temps de pascor
Que fai fuelhas e flors venir ;
E play me, quand
aug la baudor
Dels au\els que
fan retentir
Lor chan per lo
boscatge.
J'aime le doux temps de Pâques qui fait pousser feuilles et
fleurs ; et j'aime entendre la
joie des oiseaux qui font retentir
leur chant dans le
bocage.
Nous ne sommes pas
surpris non plus de le voir
prendre, lors de la fondation du Félibrige, le nom
de felibre di

Jardin.

Cette enfance

passée parmi les fleurs explique
peut-être un peu le tempérament doux et paisible de
Roumanille qui ne se préoccupera
jamais de cher-

�LO

320

GAI

SABER

Il ne montera pas, lui, com¬
Château de Tarascon pour y contem¬

cher d'autres paysages.
me

Mistral,

au

pler les horizons de Provence et y voir les monu¬
ments de son histoire, ou aux Alpilles pour 'y inter¬
roger le lion d'Arles sur la destinée de son pays.
n'escaladera pas, comme

Il

Aubanel, les cimes des col¬

lines pour regarder la mer, pour
lable sur le départ de son aimée.

y

pleurer inconso¬

Il sera plus pacifi¬
plus réaliste, semant autour de lui le rire avec

que et
la charité.
Il est

cependant fils de soldat, car son

père, Jean-

Denis, tout comme celui de Mistral, a été soldat de
la Révolution et de l'Empire, et il gardera de lui ce
goût et cet amour de la lutte, de la polémique.
De cette famille profondément catholique, roya¬
liste, attachée au sol et aux traditions, il héritera des
convictions religieuses et politiques que rien ne fera
fléchir, et un amour de sa terre auquel il consacrera
toute sa vie.
Ses parents l'envoyèrent faire ses études au Col¬
lège de Tarascon dans l'espoir qu'il s'engagerait
dans la voie du sacerdoce. Mais une autre vocation
l'y attendait, et, tout jeune, il se révéla poète, en

développant, non en vers latins comme le maître le
demandait, mais en vers provençaux, une pensée sur
la misère et la charité.
Il écrivait des vers français aussi bien que des vers

filial le

à écrire

provençaux. Mais son amour
poussa
surtout de ces derniers, car il aimait lire ses produc¬
tions à sa mère, et sa mère ne comprenait pas les
vers

français

(i).

d'une

Les circonstances allaient d'ailleurs favoriser
manière extraordinaire sa vocation poétique et

de la langue provençale.
condaires, il alla comme maître

amour

nat

d'études au Pension¬
Or, il trouvait

d'Hyacinthe Dupuy, à Nyons.

(i) cf. Cornut, Les

son

Après ses études se¬

Maîtres du Félibrige, pp. 112-113.

�LO

GAI

SABER

là deux

poètes provençaux, le directeur lui-même,
professeur Camille Reybaud, originaire de Carpentras, qui devait un jour écrire en vers une pré¬
face pour le premier recueil de Roumanille. Notre
jeune maître d'études, qui avait déjà beaucoup de
productions dans son portefeuille — quelques pièces
des Margarideto sont datées de 1835 et 1836 — de¬
vint là rédacteur assidu, et assez abondant, du jour¬
et

le

nal marseillais Lou Bouïl-abaïsso de Désanat.
Lassoncia de Reybaud, l'aimable Roumanie,
Din la Droumo per ieou callo seis haméçouns.
Parei que lou mistraou, la négeo et leis glaçouns
Pouedoun pas refregea lou fue de sòun genio.

Voilà

ce

que disait Désanat de son jeune
le numéro du 27 janvier 1844.

collabo¬

rateur dans

En 1845, le pensionnat, désormais sous la-direction
d'Antoine Dupuy, était transféré en Avignon, rue
de l'Hôpital, où Roumanille était maintenant pro¬
fesseur. C'est là qu'il connut Mistral, jeune pension¬

naire, ainsi qu'Anselme Mathieu. Mistral

nous a

dit

combien fut décisive pour lui la rencontre de Rou¬
manille au pensionnat d'Avignon. Courue eran.vesin de terro
ÌAaiano e Sant-Roumié soun dóu
—

e que 110sti parent se couneislongo toco, fuguerian lèu coulègo. Roumaniho, deja poun pèr l'abiho prouvençalo,
acampavo d'.aquéu tèms soun libre di Margarideto.
Autant-lèu maguè moustra, dins soun nouvelun maien, aquéli genti flour de prado, un beu
trefoulimen vai s'empara de iéu, e cridere : «Vaqui l'aubo que moun amo esperavo pèr s'escarrameme

cantoun—,

sien de

biha~»(i).1
La poésie de Roumanille enchanta le jeune ado¬
lescent deMaillane. Roumaniho, lou proumiè sus
lou ribeirés dôu Rose, cantavo dignamen, dins
uno formo simplo e fresco, tóuti li sentimen dôu
cor.

Le maître

et

l'élève devinrent aussitôt deux bons

(1) Lis Isclo d'Or (r° Ed.), Prefaci,

p.

XVI.

�LO

322

GAI SABER

du désir de relever le
ils étudièrent ensemble les vieux
livres provençaux, et se proposèrent de restaurer la
langue selon ses traditions et ses caractères nationaux.
Où et comment Roumanille avait-il acquis déjà
toutes les connaissances qu'il possédait? Nul doute
qu'il dut éblouir Mistral. Nous savons, par les nom¬
breuses notes, références, citations, exergues, dédi¬
caces, etc... de son livre des Margarideto, publié
1847, que Roumanille connaissait les œuvres de
tous les poètes occitans, depuis les troubadours et les
Leys d'Amors jusqu'à Godolin et aux auteurs de la
décadence, jusqu'à Jasmin, jusqu'aux auteurs con¬
temporains de Provence et de tous les pays occitans,
sans oublier tous les savants et érudits ayant étudié
la langue d'Oc, depuis Raynouard et Fauriel jus¬
qu'au docteur Honnorat.
En 1847, Mistral quittait le pensionnat pour Maillane, tandis que Roumanille entrait comme correc¬
teur d'épreuves à l'imprimerie Seguin, d'Avignon,
qui éditait alors d'importants livres en latin et avait

amis.

Embrasés tous deux

parler maternel,

en

besoin d'un correcteur

lettré.

année, Roumanille publiait, à Paris,
Techener, mais imprimé chez Seguin avec une

Cette même
chez

qu'on vou¬
d'aujourd'hui, son

correction et une perfection typographique
drait retrouver chez les félibres
recueil des Margarideto; son ami Camille
écrivait pour ce livre une préface en vers assez
miste,
Paouro Muso patoiso, oh! toun règno éï passa !

Reybaud

où il faisait ses

de langue d'Oc,
Gaut, Leydet, Péla'oon,

adieux aux poètes

Bellot, Couret,
Crousillat.
D'ailleurs,

pessi¬

Dupuy,

Roumanille était

aussi pessimiste que

fin de volume: « Le doux
parler de Provence meurt, malgré les efforts que
font, pour en retarder le trépas, tant d'intelligences

son

ami, dans une note en

d'élite»,

(p. 250):

�LO

GAI

SABER

323

Le

succès des
Margarideio fut très grand. Déjà,
quelques poésies publiées à part, comme Li
Pijoun,
avaient répandu dans
Avignon la réputation de

leur auteur.
Une autre occasion
s'offrit,
nille de donner une nouvelle

qui'permit à Rouma-

preuve de son talent
d'écrivain. La Révolution de
1848 avait passé, sans
procurer tous les bienfaits sociaux
qu'on en atten¬
dait. C'était la faillite du socialisme et
de toutes ses
branches. Un journal, La
Commune, fut fondé en

Avignon

pour consommer la ruine de

«ces partis de
lança à fond dans la
lutte sociale,
désireux, peut-être, d'y jouer le rôle
d'un Veuillot
provençal, publia dans La Commune
des dialogues d'une
grande actualité, où, sous une
forme très populaire, il mettait aux
prises catholi¬
ques et socialistes. Evidemment, les
catholiques, les
royalistes aussi à l'occasion, avaient le dernier mot.
Tous ces
dialogues étaient dévorés par un public
avide. Le dernier, Li
Capelan, consacré aux prêtres,
eut un
grand retentissement ; il valut à son auteur
l'amitié de nombreux
évêques ou futurs évêques, Mgr
Plantier, de Nîmes, Mgr de Mazenod, de Marseille,
l'abbé de Cabrières,
Mgr Debelay, d'Avignon: ce der¬
nier obtint même du
pape Pie IX une lettre excep¬
tionnellement élogieuse à l'adresse de
Roumanille,
le félicitant «d'avoir si
vigoureusement défendu la
dignité du sacerdoce». De son côté, le Comte de

désordre».

Roumanille, qui

se

Chambord lui écrivait
pour approuver sa campagne.
Catholique et royaliste, Roumanille le sera jus¬
qu'à sa mort avec une fidélité absolue. Et, comme il
sera reconnu fondateur
et père du
Félibrige, on com¬
prend aisément que plus tard des félibres

républi¬
Xavier de Ricard et
de secouer ce qu'ils
ap¬
pelleront « le joug papiste et royaliste de Rouma¬
nille ». Il faut noter
cependant que jamais la dignité
cains

et

anticléricaux, tels
Auguste Fourès, essaient
et

que

la tolérance de ce dernier ne se
trouveront en dé¬
et qu'elles lui vaudront le
respect unanime.

faut,

�LO

324

GAI

SABER

Mais, dans sa campagne religieuse
Roumanille n'oubliait pas ce qui déjà

et

politique,

depuis quel¬
ques années brillait devant ses yeux comme l'idéal
à poursuivre, à atteindre, la réhabilitation dé-la lan¬
d'Oc. Lou

gue

Bouil-abaïsso de Marseille était

Roumanille accueillit dans le journal La Com¬
mune les poètes qui collaboraient au journal mar¬
seillais et avec lesquels il avait lié amitié. Il rece¬
vait leurs envois, et, pour les publier, afin de dimi¬
nuer aux yeux des lecteurs l'impression de dissem¬
blance qu'offraient tous ces poèmes venus d'un peu
mort.

partout, il les soumettait à quelques
dant à l'unification de l'orthographe.

retouches ten¬

C'est ainsi que
multiple contact, il se pénétrait de

à peu, à ce
nécessité de quelques

peu

principes essentiels de ré¬
appliquait d'ailleurs à ses
propres productions (x). De nouveaux poètes parmi
amis se joignaient à leurs aînés ; c'est ainsi que
Mistral et Mathieu, qui s'étaient retrouvés à la Fa¬

la

forme

graphique qu'il

ses

culté de Droit d'Aix, devenaient maintenant
laborateurs. Roumaniho enterin, a

ses

col¬

écrit Mistral,

publicavo en Avignoun lou recuei Li Prouvençalo, e ie jiterian noste proumiè bout (et nous
fîmes nos premières armes dans ce recueil (2).

fut publié ce recueil,
la direction éclairée et minutieuse
de Roumanille. Il parut en 1852, et ce fut une révé¬
lation, qu'accentua encore la préface écrite par SaintRené Taillandier. Cette anthologie groupait un très
grand nombre de poètes, et était le témoignage
C'est

encore

chez Seguin que

évidemment sous

élo¬

d'un vrai réveil.
Tout cela fut incontestablement l'œuvre de Rou¬
manille. Mais il ne s'en tenait pas là. Il avait encore
des hésitations sur ses corrections orthographiques.

quent

d'Anselme).

(1) cf. La Commune du 7 déc. 1850. (Note de H.
(2) Lis Lsclo d'Or, Prefaci, p.XX. Notons que,
mune, les poésies de Mistral sont signées A. Boufarel.

dans La Com¬

�LO

Il étudiait à la
crits de

Saboly

GAI

SABER

325

Bibliothèque d'Avignon les
et rééditait

manus¬

fameux Noëls en y
plume et de la plume

ses

ajoutant quelques Noëls de sa
de ses amis. Cette édition
sortait cette même année
des presses d'Aubanel.

Désormais, la vie de Roumanille appartient au
Félibrige. Avec J.-B. Gaut, poète d'Aix, vrai tem¬
pérament de journaliste, il organise les
congrès poé¬
tiques d'Arles en 1852, d'Aix en 1853. C'est ensuite
la fondation du
Félibrige en 1854, la publication de
VArmana Prouvençau à partir de
1855. On ne s'y

trompe pas: Roumanille est l'âme de tout
et Mistral le salue en ces termes
grès d'Aix :
vement,

ce mou¬
au

Con¬

E tu que nous
acàmpes,
Tu que de
longo escàmpes
Li perleto e li

flour,

Ounour à tu, genio
D'amour e d'armounio !
Ounour à

Roumanio,
(ij

Ounour !

Roumanille organisait, mais écrivait
toujours : en
1852, le poème élégiaque Li Sounjarello en
;
1853,
le poème moral La Part don bon
Dieu ; en 1857,
le poème
héroï-comique La Campano mountado.
Et voici qu'en 1857 il
quitte son métier de correc¬
teur chez
Seguin, et fonde une librairie, qui sera une
maison d'édition. C'est de là
que partiront ses propres
œuvres ; c'est de là
que partira, deux ans plus tard,
en
1859, la première édition de Mirèio. Dès 1857,
Roumanille, installé d'abord au n" 10 de la rue S'
Agricol, édite Y Armana Prouvençau, jusqu'alors
édité par Aubanel.
Désormais, c'est lui qui en sera

l'éditeur, jusqu'à
férera

en

1858

sa mort; et sa

maison, qu'il trans¬

au n° 19

de la même rue, éditera après
sa mort Y Armana
jusqu'en 1927. C'est chez Rouma¬
nille que se publieront de nombreux
ouvrages des

principaux félibres.

(1) Lou Roumavagi deis troubairts,

p. 24.

�LO

326

GAI SABER

La maison de la rue Saint-Agricol fut d'ailleurs
immédiatement achalandée et put heureusement con¬
currencer la maison Aubanel, ce qui n'alla pas sans
refroidir quelque peu les rapports entre les deux

grands félibres. La couverture de YArmana pour
1858 et pour 1859 montre le nombre et la variété
des articles en vente à la librairie. Roumanille de¬
vait demeurer toute sa vie un homme d'affaires ac¬
compli. Quelques lettres inédites de lui à Achille
•Mir, à Auguste Fourès montrent un homme inquiet
des intérêts du Félibrige se réalisant dans la vente
des livres et le placement des Almanachs. Cela
d'ailleurs ne contribua pas peu à l'heureux lance¬
ment des œuvres
félibréennes. Chaque année, la
couverture de l'Almanach annonçait la parution de
quelque livre important de Provence ou de Lan¬
guedoc.
Roumanille était alors bien placé pour préparer
une édition à peu près complète de ses œuvres, qu'il
publia en 1860 et en 1864. En 1860, ce furent Lis
Oubreto en vers, et, en 1864, Lis Oubreto enproso.
Mais il continuait à prendre une part active au
mouvement félibréen. Le 12 mars 1859, il assistait,
avec Mistral et Aubanel, au triomphe de Nîmes, et
avec eux était couronné par Jean Reboul. Le 14 sep¬
tembre 1862, il était secrétaire du premier jury fé¬
libréen qui couronnait les poètes aux Jeux Floraux
d'Apt, et à lui revint l'honneur de remettre la violette
à la grande lauréate de la poésie, Rose-Anaïs Gras,
laquelle devait devenir sa femme l'année suivante.

Roumanille fut exempte d'événements
Il continua à suivre le mouvement félibréen,
rédigeant de nombreuses chroniques pour Y Arma¬
na Prouvençau où il signait très souvent Lou CasLa vie de

graves.

carelet.

1876, lors de l'organisation officielle du Féli¬
brige en Avignon, il fut évidemment parmi les pre¬
miers majoraux. A côté de la cigale d'or, de nom¬
En

breuses

décorations viendront orner sa

poitrine: la

�LO

GAI

SABER

|27

Croix de la

Légion d'Honneur, celle de Charles III
celle de la Couronne de Roumanie.
En 1883, il
publia Li Conte prouvençau e li Cas-

d'Espagne,

careleto, recueil des contes et
galéjades parus pour
la plupart dans
YArmana Prouvençau depuis l'éditiôn des Oubreto en
proso. Cette édition porte la
traduction française de
quelques-uns de ses contes,
et le nom de certains
traducteurs, Armand de Pontmartin, Alphonse Daudet, montre le
qu'avait
acquis Roumanille. Les journaux et prestige
les revues de la
Capitale avaient publié ces traductions,
répandu dans
les milieux littéraires la
gloire de Roumanille. Cer¬
tains
amis

tentèrent même de l'entraîner à
Paris. Il
demeura sagement en
Avignon,
consacrant toutes
ses forces à la
Renaissance

occitane.
En 1888, sur la
proposition de Mistral, il.fut nom¬
mé à sa place
capoulié du Félibrige. Mais, bientôt,
la maladie

l'empêcha de participer à la

vie exté¬
il demeura cependant le
jusqu'à sa mort qui survint le 24 mai
1891.
Sa mort fut
digne de sa vie, car il mourut en
poète et en chrétien, «bon,
calme, souriant comme
il l'avait
rieure

du

chef

enfants

Félibrige dont

toujours été, entouré de sa femme, de ses
de ses amis, sous les
yeux du Christ et

et

de la Madone,
à côté du portrait de
Mistral, au mi¬
lieu d'une foule de
petits objets qui racontaient dans
leur émouvant et
pieux langage cette belle et serei¬
ne

existence»: son cierge de
première communion,
gagnée par sa femme aux Jeux Floraux
d'Apt, la maquette de la guirlande de fleurs et de
fruits qu'il avait fait
placer sur la tombe familiale
de
Saint-Rémy. «Une auréole de foi et un parfum
de dignité
patriarcale flottaient sur ces soixantetreize ans qui allaient se
perdre dans l'éternité...
Après l'extrême-onction, on lui donna le saint via¬
tique. Le malade se fit alors apporter un
petit cha¬
pelet et une médaille, et il voulut
la

fleur

communier, pour
la dernière fois, en
ayant sous les 3'eux ces souve¬
nirs de sa vénérable mère. Il
parlait continuellement

�lo

328

gai

saber

de Dieu, des siens, de ses amis. «Tu diras à Mistral,
répéta-t-il plusieurs fois à sa femme, que j'ai pensé
à lui pendant toute mon agonie».
On lui fit de solennelles funérailles.
Son corps
fut transporté à Saint-Rémy. Aux croisements des
routes, les paysans accourus nombreux se décou¬
vraient avec respect devant la dépouille mortelle du
Cascarelet dont ils ne liraient plus les belles et sa¬
voureuses histoires dans YArmana. Le village d'Eyragues accourut tout entier et les cloches sonnèrent
le glas. On fit une halte au mas des Pommiers. A
l'église, on chanta les mélodies populaires de La
Chato avuglo et de Li Dons Serafin. Au cimetière
tière, le P. Xavier de Fourvières fit en provençal
l'éloge de l'homme et du poète (i).
Mistral faisait alors un voyage en Italie avec sa
femme. C'est à Venise qu'il apprit la mort de son
vieil ami. Il écrivit une lettre où il disait toute sa
peine, en même temps que toute son admiration pour
le compagnon disparu. « Qui m'aurait dit, quand je
partis pour ce voyage de deux mois, que je ne verrais
plus sa mine franche et souriante ! Je ne t'oublierai ja¬
mais, noire gondole de Venise, qui, avec ton petit
falot à la proue, te balançant dans la brune, m'ap¬
portas, un soir, à l'heure où montaient les sérénades
au Grand Canal, la dépêche de la mort de Roumanille ! » Quau m'auriè di, quand partiguère per
aquest viage de dous mes, que noun reveiriéu
plus sa caro franco e risouleto ! T'.óublidarai fa-

mai, negro

goundolo veniciano, qu' emé toun pi-

chot lume àlapro, balin-balant, un vèspre, dins
la bruno, au moumen que mountavon li serenado au Canau Grand, m as adu la despacho de la
mort de Roumaniho !

(2)
abbé Joseph

(1) D'après Cornut, Les

Mariéton dans La Revue

Maîtres du Félibrige,

p. 135, et

Félilréenne (avril-juin 1891).

(2) La deuxième partie de la leçon

de Roumanille.

SALVAT.

P.

était consacrée à l'Œuvre

�LO

En óunour

32g

GAI SABER

de Roumaniho
Opéra illorum sequuntur illos ;
sis obro lis

acoumpagnon.

Mi bèus ami,

Quant pòu n'i agué, veguen, d'aquéli que, i'a cin¬
lou 24 de mai, à l'entarramen dóu bon
Roumaniho, o lou 1" de jun à lamesso de soun canta, an ausi o aprouficha dins 'questo glèiso la paraulo

quante an,

biblico que nosto santo liturgìo enclauso dins
ce di mort : Opéra enim illorum sequuntur
sis obro lis acoumpagnon ?
Coume
soucit de

uno

nous

l'oufiillos:

maire atenciounouso qu'a sempre lou
ensigna e de nous manteni dins la

draio, es ansin que la Glèiso, s'en 'n-cop un de
sis enfant a barra lis iue pèr toustèms sus aquéu
mounde fugadis, noun se countento de l'ounoura cou¬
bono

me

res, en

mourtau

de

envoûtant de lume e d'encens lou vièsti
soun amo inmourtalo, mai se viro vers

reston, aclapa, desvaraia coume lou sian tóuti,
la mort destruissi escarpiho lou fougau e n'amosso loufìò: Anen, nous dis, courage, mis enfant,

li que

quouro

lou qu'a parti n'a fa quç chanja de vido e lou bèn
•qu'emporto es aquéu qu'a fa. Pensas-ié per éu, pensas-ié pèr vautri, se voulès amourti lou cop e vous
meinaja, quand sara vosto ouro, la mort di benurous.
Noun sai, i'a cinquanto an, se l'atahut o lou cros.
■dóu patriarcho dóu Felibrige èron clafi de «Margarideto» o de «Flour de Sauvi». Sabe pamens que
«Li Capelan» i 'èron forço noumbrous eici, coume de
juste, estèn que lis avié tant bèn apara e tant facho
:

De segur, s'en'cop l'emde Sant-Roumié, «La Cam-

bello «La Part de Diéu».

pourtavon dins sa terro

�330

LO

pano mountado» de
rello» dóu quartié,

GAI

SABER

Sant-Deidié,

duguèron

terin que li

«Li

Sounjalagremod'en-

coume

samena si

«Clube» istavon barra e
que lis «Entarro-Chin» s'escoundien
Ai nouma,
dins.
louvesès,
aquelo alegourio — li Felibre m'auran
coumprés— la
flour dis «Oubreto» de
Roumaniho, lou Paire incountesta
...

de nosto

reneissènço.
Mai, oubreto qu'oubreto, en vers coume en
proso,
la semenço a
grana ; la planto a trachi ; l'aubre s'esespandi. Coume l'avié escri éu-meme bèn
davans

Aro,
Aro,

moun

o

Dieu, pode mouri,
bonur, qu'ai vist flouri
plantère en Prouvènço.

L'aubre que

Roumaniho
l'aubre

a

renèu

a di verai
; lou Patriarche a fa
souco;
carga que se pòu pas dire. Dis

Aup i Pi-

a
esperlounga si branco e poussa de jitello.
N'avèn iuei la
probo escalustranto ounte sa frucho,.
vole dire sis
enfant, si felen, escampira dins tout
lou Miejour, n'an
pas agu pereso de parti, coume li
Mage, i rai de la Santo Estello, maugrat proun d'entravadis e d'empache,
pelerin fervourous dóu Cin-

quantenàri, fin qu'en Avignoun, lou
Capitolo dóu
ounte, cinquanto an de
Primadié a viscu e lou mai oubra sa.vido, l'einat di
pèr soun espelidoe soun
espandimen. Opéra illorum
sequuntur illos: l'obro majouro de
Roumaniho, mai la vaqui,.
souto mis iue : es
l'acamp d'elei de sa famiho felibrenco, fièro coume jamai de soun rèire, afeciounado
mai que mai pèr soun
presfa naciounau e fisan pièi,.
coume Eu, lou
gouvèr de sa nau au barquejaire d'a-

Felibrige,

mount, que soulet

meno

tout.

Canonge AVRIL.

�L'Ort dels Trobaires

La Reclusa (')

La

reclusa, qui s afana
prejar per los pechadors,
fiala la charbe (2) e la lana;
à las vet^(j), coma una arcana,
à

traslú^on, dins sa chabana,
las alas d'un angel ; degrana
amb ela daus chants prejadors.

Per los
de la

pechadors

vila,

lo Diable avila(4)
gaita, silentós lobar($),
la reclusa prej a e plora, à Vescart,

los desfortunats que
e

dins

sa

chambrilha

ont, la nueit,
chalelh.

brilha

son

(1) Jusque vers 1720, la Municipalité de la Ville de Limoges
chargée de prier pour les habitants; (2)
■chanvre; (3) parfois; (4) avilit; (5) grand loup silencieux.
■entretint une recluse

�332

LO GAI

SABER

La

reclusa, que lo solelh
jamais ne treva(6),
preja per los que greva (j)
Vombra daus tombels
e,

per

sauvar mòrts

la Dolor amb

Per los vivents

sos

e

vivents, convida

clavels.

per los morts, ufre sa vida,
reclusa, esperant
que benleu jloriran,
dins sa charn, à sa
crida,
au
vespre dau Divendre sant,
sots las divinas
rajas (8),
las ròsas de las
cinq divinas plajas.
e

la

Paul-Lois GRENIER.
(Vieux Limoges,

lemo\in.

(6) visite; (7) écrase

;

(8) rayons.

p.

ioo)

�LO GAI

333

SABER

Remèdi d'Amor

Lo tristum a

velat la clartat de tos

elhs.

pensativa e sorna. Tas jomadas
plus com aièr de rò^as coronadas,
aurage a casat lo solel de tos cèls.

Te vaicì,
Saran

Un

trebolar, adorçida,
Ta pichona dolor : la dolor es sacrada.
Mas bèn cacho^ament (i), dins cada or a en rumor,
Fer tu reculirai tant de raibes d'amor,
Tant de bontat, tant de clartats vivas o rò^as,
Tant de mots melicos, tant de perfums de rò^as,
Tant de causons, tant de potons, tant d'estrambòrd,
Que sempre lo Printèms reviurà dins ton còr.
Per

ara

vòli pas

f Lois GOIER.
provensal.

(i) très discrètement.

�334

LO

GAI

SABER

CORRESPONDENT
Aici

una

letra recebudà ambe demanda
d'insercion.

6 mai 1Ç41

Sénher
Es amb

un

Gerent,

sentiment

d'atupiment dolorós

que

prengueri coneissença (dins lo Gai Saber de nov.-dec.
1940 paregut a fin de març
1941) de Earticle consacrât,
per En Antonin Perbosc a la Societat

d'Estudis Oc¬

citans dont ai l'onor d'èsser lo
président de
selh d'administración.

son con-

Atupiment, perque la personalitat d'En A. Per¬
bosc comanda lo
respect emai aja tustat sus un
organisma que li cerca
pas brega de cap de biais;
atupi¬
ment dolorôs
perque pensam pas que las polemicas
de reire-temps
poscan ni degan renàisser dins nostre
pais matrassat. Los temps que vivem
comandan élis
tanbén lo respect e nos es
pas permés de ne trebolar

l'aiga.

Nos cal pr'aquò
respondre perque podem pas daislos legeires del Gai Saber sus

sar

l'impression d'aquela dicha del capiscol de l'Escola
Occitana, del
decàn del
Consistori, del trobaire inspirât del Gòt
Occitan. Per o far, daissarem de caire
las paraulas
injuriosas que caup l'article incriminât.
Que sià «lo^
combin
Alibert-Carbonell», los «detz ans de torta
vida» de la S.E.O., son
«aiga que n'es (sic) pas trop
canda», o que sià las insinuadas de talas
o de talas
frasas
que passe ! Admetem que volem
qu'aquelas
paraulas an despassat la pensada de lor autor.
Se
d'asart, las afortissià, ne portarià, sol, la
responsa...

bilitat.

Aquò dich,

passem al detalh.

�LO

1.

335

GAI SABER

de prétendre qu'acò (lo
la S.E.O.j 's l'obra de la

Lo «tort d'Alibert es

—

trabalh

S.E.O.

jos la firma de
»

Per que i aja «tort», cal que qualqu'un o quicom
qiatiga, sià macat, panat, enganat. Si l'Alibert
près al seu compte l'obra de la S.E.O., aurià portât
tort a aquela societat perque li aurià panat ço qu'era
seu. Segón En Perbosc el-meteis ... a fach lo contrari. A donat a la S.E.O. lo meriti de son trabalh
Personal. Aqu° se ditz : desinteressament. Es de lausenjar, non de castigar.
'D'alhors, se i ajamai ajut ni convocacion ni
acamp de sos membres imaginaris, i aguet la correspondéncia entre los membres actius. La podem
mostrar. E de tôt aquel trabalh de preparación, l'A¬
libert tiret la Gramatica Occitana que... Mais
daissem la paraula a En J. Rozès de Brousse, joscapiscol de l'Escola Occitana, dins son raport sus
10 concors pels Jocs Florals de 1939: «Le livre (la
Gramatica Occitana d'Alibert), tel qu'il se pré¬

avià

sente, est

construit solidement, avec une

méthode

•scientifique et linguistique tout à fait louable et avec
une clarté qui
en rend le maniement très facile. Il
représente un effort considérable
heureux. L'Académie lui donne un

avec un résultat
prix de 2.000 frs,

très
d'Oc

persuadée qu'il rendra, et qu'il a déjà rendu de
grands services à la renaissance de notre langue
et au Félibrige. Si ce livre n'est pas œuvre poétique,
et ne pouvait à ce titre concourir qu'en seconde ou
troisième ligne pour le Prix Artigue, il est l'instru¬
ment excellent qui conduit aux chemins de poésie et
11 conduira vraisemblablement le nom de son auteur
vers

une

Amb
dre

a

tôt ço

d'abord
2.

appréciable postérité».

n'avem pro dich per responqu'escudela En Perbosc sus la grafia

aquel testimoni

qu'en definitiva es pas qu'aquò que li
aquel punt d'alhors, lo capiscol de

Sus

la Occitana

cita

un

tesmonh a la barra.

prusîs.
l'Esco¬

Lo mai aisit

�336

de

LO GAI

farparlar;

SABER

un mort: nostre

L'Alibert aurià profieitat de
vençal avià perduda la vista,

fia de La

grand Valeri Bernard..
ço que lo mestre
pro¬
per «falsificar» la gra¬

Legenda d'Esclarmonda, Aqui dessûs,
tôt

respondi (en fora de

ço contra que podem mosr
trar): Plan abans la parucion d'aquel libre, receberi
d'En

Bernard una letra
esmouventa, escricha per elmeteis ja orbs, en
grafia pura de la S.E.O., en grafia à'Esclarmonda
Emai aquô serià
estât, es que
se deu
parlar de «falsificacion» grafica dins un ostal
que lo cambiament de la
grafia i es una régla absoluda, per Mistral tanbén ?
...

3"
ans»

—

a

La S.E.O. «n'a jamai
pas

donat

res...

A pas donat los Sants

(sic) viscut»;

«en

detz

qu'Esclarmonda falsificada.
Evangelis, de l'abat Cubay-

; la Gramatica d'Alibert ;
Los Somnis dau
matin, de Max Roqueta, e quatre o cinc librilhons
traits en tiratge a
despart de sa revista Oc ?
nes

...

Mas la S.E.O.

anonça que

contunha dins un encartatge de Terra d'Oc paregut efectivament lo 20
de décembre 1940. La data es
de notar e de
comparar amb la
parucion reala
es a dire a fin de
març
1941 — de l'article d'En Perbosc.
«Aqueste
cop,
ditz
nostre ome
(per emplegar l'estile d'En Perbosc elmeteis), los que figuran sus la lista dels membres
son pas estais mai
consultats qu'en 1930. Demècb los
que son aqui sens oc saber, n'i a de Paris e
d'endacom mai
que poiran pas dire lor non-consentiment».
—

a) — Segòn l'Estatut, los membres del Conselh
d'Onor son désignais
pels membres actius e avertits
de la décision
coma los Socis del
Felibritge. Son
libres d'acceptar
pas. Se dison pas de non son consi¬
dérais coma ajent dich de oc. La
correspondéncia
es a la
disposición de quai la voldrà véser.
b) — Totis los membres actius pagan un escotissôn.
...

Se lo pagan, es
qu'acceptan ; s'acceptan es que
consultats. Los de Paris
tanbén, emai d'endacom mai. Nostres amies
presoniers fasiàn

fogueron

partida.

�LO

337

GAI SABER

reorganización.
«D'autres, coma ai fach dètz ans durant, pensaran
que tant val laisar corre l'aiga ».

■de la

S.E.O. abans sa

D'efecte, En Perbosces

membred'onor delà S.E.O.,

totis los trabalhs de nostra societat son apiejats sus la restauración que faguet de la grafia de
la lenga d'Oc. Força exemple de la Gramatica d'Alibert son posats dins son obra. A pasjamai co-laurat
personalament a la S.E.O. se son rampel pel libre
perque

E aquò's vertat

d'En Bernard compta pas per res.

li

son
que respond pas a las letras que
-emai quand s'agls de signar un messatge
l'Estat.

mandadas,
al Cap de

Aqul tôt.

lei e en fait; la S.E.O.
dirigida contra degun mas se
los agacins perque vol «attein¬
dre au succès complet d'une cause qui n'importe pas
seulement à (nos) légitimes aspirations, mais au bien
La S.E.O.

existis segón la

viu e obra. Es pas
daissarà pas plautir

escrivià, lo 21 de
lo Marescal el-meteis dins sa letra
d'aprobación a la S.E.O. (pareguda en suplement

de la France

elle-même» coma o

décembre passai,

dins Terra d'Oc de febrier, es a
la parución de l'article d'En

dire

un mes

abans

Perbosc).
sénher Gerent, l'assegurança de mos

Agradatz,
confrairanals.

sentiments

Président del

Andriu-J. BOUSSAC,
Majorai del Felibrige,
Conselh d'Administración de la S.E.O.

�338

LO

LA S. E. O

GAI

SABER

PUBLICA DE POÈMES

en

los falsificant

La Societat d'Estudis
Occitans
cacion de las Obras
'

anonsat la
publipoeticas de Julian Galery, e
aqui que dins Oc, novela séria, n°
i, legisèm un dels
poèmes que formaran lo libre anonsat, non
pas tal
que l'autor l'a escrich, .mas falsificat
segond lo «sis-

tema

»

a

alibertenc.

Se tròba qu'ai dins

mos

papiers

una bêla pila de
de 60, totas escrichas
de sa man, pauc abans sa mòrt
( 1931), dins la grafla
qu'abia adoptada dempèi la prima de
1924. D'ont es
tirât lo poème publicat dins Oc ?
Probablament
de
Lo Cobreto. Cal saber
que Lo Cobreto, qu'estampèt las primièras obretas de
Galery en 1923, — la
darrièra : Sul cros de ma
maire, dins son n° del 1"
de febrier 1924, — ne donèt
cap plus del jorn ont
l'autor reformèt sa
grafia, coma se sab que fasquèt
per Loïs Delhostal ; mas à la mòrt de
Galery, la revista auvernhata, dins son n°
del 15 de novembre
193X, publiquèt cinc de sas
poezias, «sos dornièiros».
Las estampèt de
segur talas que i èran estadas comunicadas per la veuza o per un amie
del autor. Ara

poezias de Julian

aici que
sus

un

Oc publica

d'aquelas poezias: Un lire
detzena de falsificacions
plan
acò dins una obreta de 18 vèrses de 6 sil-

cros

volgudas,
labas.

Galery, mai

amb

una

una

Dins son n° 2,
Oc,-publica un sonet de Loïs Del¬
hostal : Escota !
(tirât de Beluguetas, p. 137) parelhament falsificat

(1).

Dins sa Gramatica occitana
(vol. 1, p. 3), lo senhe Alibert nos avertis
que «los exemples (citais dins
(1) Poiriai mensonar un poème de Caries Maurras
qu'i fa seguida e qu'es non nïens alibertizat
que los autres; mai aici parli que dels
que son morts.

�LO

GAI

SABER

339

Son

son pas donats dins lor text original.
transposais en grafia classica e mesis en acordi amb nostres principis linguistics ». Admetem acò,
-valga que valga, per de citacions enseridas dins un
libre d'ensenhament ; agachatz saquelà quai lin par¬
son

libre)

estais

se pòd tirar d'aquel biais d'enganar calques-uns
d'aquels que legiran dins la dicha Gramatica (II,
18) de citacions coma aquesta : Cisampa bufa-a-

tit

mont, Carcinol buta, aval (Bessôn). En metènt
Carcinol al loc de Carsinol (coma a escrich ambe
razon l'autor citât (Bagateletos, p.
156), lo senhe
Alibert a de segur la pretencion d'ensenhar à sos

legidors la bona

etimologia d'aquels mots que tro-

dins son Vocabulari ortografic : carcin,
carcinol. Om pòd que s'estonar de lo veire escriure
Caors e non pas Caorç ; acò i auria pas mai costat

baran

d'escriure : brac, braçada e embraçar, — cabeç
cabeçal, — jaç e ajaçar, — caça e caçaire, —cauç e cauçanel, — farç e farçum, — petaç e
que
e

petacar, — o canviar
Mas aqui n'i a pron

al lôc de cambiar!
de dich sus de maladobats

rebufar ; sò que
tolerable, acò 's aquela òrra
vista fin qu'à nòstre paure
falsificacion de las òbras d'un trobaire

qu'òm pòd se contentar de

entenèrcs

pasa l'òsca e n'es pas
malafacha que s'es gaire

temps:

aprèp

la
sa

mort.
Antonin

PERBOSC.

�BOLEGADISA OCCITANA
LA

Se

tengu'et

SANTA=ESTÈLA

ongan en

Avinhon, lo

lo cinquantenari de la
cion de L'Aiòli

mort de

l" de junh, per comemorár
Romanilha e de la fonda-

(i8çi).
ajèt Mesa felibrenca à la glèi\a de Sant-Agricòl, parrbqnia de Romanilha ; lo
canonge
fa guet tin bel pre\ic provcnsal dont Lo GaiAvril, grand vicari,
Saber dona un tros.
Phi se tenguèt lo Consistori à la
Comuna, ont recebèron la cigala d'òr de majorai la felibresa Clardeluna
(c.igala de Be\ièrs), l'abat Lafeuille (cigala del
Orb) e Caries Matirras (cigala de Porquièras). Nòstre amie Edmond
Brades foguèt elegit
mèstre en 'Gai Saber ;
L.0 maitin, i

demest los mèstres d'bbra senhalam nbs-

tre amie

Miquèl de Viviès. Lo titol de Sbci d'Onor foguèt créât
pel Marescal Petain. La carga de Capolièr
foguèt fi\ada à
Frédéric Mistral, nebot del Mèstre de
A totis
Malhana.
mandam nbstres
compliments, e nbstres vbts de bon trabalh
per la Cau\a occ'itana.
Podèm pas laisar nbstre bel amie
Marius Jouveau laisar lo
Capolherat, aprèp i&lt;) ans d'activitat,
sens li dire tota nbstra
fidèla simpatia.
Aprèp dinnar, i ajèt al Palais del Roure comemoracion de
la fondation de L'Aiòli ambe
discorses e poèmes dels
majorais
Folco de Baroncelli e
Ripert.
La. serjlha de la
Copa se tenguèt en Bartelasa : proclamation
dels Jàcs Florals Setenàris
;— senhalam demest los lauréats
nbstres escolans dbna
Lo'i\à Paulin e l'abat Barcelb (2àprèt\
de poefja),
Jo\èp Dengerma (fprèt\), G. Gomila, E.
P.
Miremont, J. Palmade, dbna Tricoire (mentions Martin,
depoefja),
J. Maffre e J. Dengerma (mentions de
prá^a) —; proclamation,.
per la granda latireata de poejja, dbna Nona
Judlin, de la novéla rèina del
Felibrige, madamai\èla Iolanda Costes; lausde
Romanilha
—

—

pel novèl baile Gabriel Bernard
mandam al
ancian baile Lois Eerchet tota nbstra
afeccion—; brindes del
ancian e del novèl
capolièr, delnovèl majorai Caries Maurras,
etc...
nbstre secretari, l'abat Salvat brindèt à
la membria
—

—

d'Auguste Forés,
cant de la
Copa.
La

nèit, i ajèt

mort i
una

a

cinquanta

ans, coma

Romanilha—;

vesprada plan reiisida.
CRI-CRI.

Imp. d'Editions Occitanes, Castelnaudary. Le Gérant

:

A.

PRAVIEL..

�Règles de Phonétique Occitane
dans le corps d'un mot,
français ; mais s'il
une terminaison féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et o, suivant la région ;
e sonne comme é fermé français, et è comme è ou¬
vert français ; — i équivaut à i français ; — u égale¬
ment ; mais, après une voyelle, il a le son ou fran¬
çais ; — ò ouvert se prononce comme o français, et
o fermé
comme ou français.
i° VOYELLES.

accentué
constitue

ou

—

seul

a,

ou

non, sonne comme a

—

2° CONSONNES. — b, c, d, f, g, j, 1, m, n, p, q ( toujours
suivi de u ), r, s, t, z sonnent comme en français ; mai®
c devant e et i est sifflant comme s français; —- j sonne
comme tz, dans certaines régions; — m se prononce
comme n à la fin de la jre pers. du pluriel des verbes ;
n est muet, sauf quelques rares exceptions, à la fin
des substantifs ; — r est souvent muet à la fin des
substantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi
—

s est toujours dur et sifflant;
t est
participes présents et de la plupart
v sonne comme b, sauf en Pro¬
ment;

qu'à l'infinitif;
muet

—

à la fin des

des mots

en

—

vence.

3° GROUPES. —ch, lh, nh se

Paraîtra

I AS

très prochainement

&lt;) R A S
(Les Heures

1

|
|
1

prononcent; tch, il!, gn.

1.0 S C R AI. A S
Crépusculaires)

traduction
française, de Prosper Estieu. — Prix
de souscription maintenu jusqu'au 15
septembre 1941 (60-25 frs.).

SONNETS OCCITANS,

avec

|
|
|
|

�A NOS ESCOLANS
souscripteur aux ORAS LUSCRALAS
Prosper Estieu pourra obtenir les œuvres sui¬
vantes, non encore épuisées, du majorai avec une
réduction atteignant 30 ou 40 °/0 sur le prix actuel
de vente. Voici donc, les prix pour les souscripteurs,,
maintenus jusqu'au 15 septembre 1941 :
Tout

de

Lou

Terradou,

franceza

occitans

sonets

( 1 vol. in-8°,

300

Flors d'Occitania, sonets

franceza

traduccion

ambe

p.)—rare

.

fr.

.

22.

»

occitans ambe traduccion

(1 vol. in-8°, 280 p.)

fr.

14.

»

d'Oc ambe
fr. 14. »
Lo Romancero Occitan, poèmes en lenga d'Oc ambe
traduccion franceza (1 vol. in-S% 344 p.)
fr. 13. »
Lo Flahut Occitan, 43 chansons avec musique, texte
occitan et traduct. franç. pouvant se chanter dans les.
deux langues (1 vol. in-8°, 104 p.)
fr. 11. »
Lo Fablièr Occitan, ambe lexic occitan-francés
(1 vol. in-8°, 170 p.) ilustracions de P. Sibra. fr. 13. »
Occitana, poèmes en lenga
traduccion franceza (1 vol. in-8°, 264 p.)
La Canson

.

.

.

Las Oras

franceza

.

Cantairas, sonets occitans ambe traduccion
.
fr. 13. »•

(1 vol. in-8° carrat, xvi-276 p.).

Las Bucolicas de

in-8% 68

.

Vergili en ritmes occitans

p.)

Lo Metge de Cucunhan
cions de P. Sibra

Cantiques et Chansons

Adresser

toutes

(1 vol in-8% 30

fr.

(l'unité)

(

1

vol--

fr.
6. »
p.) ilustra¬
6.

»

0.50

les demandes à M. le Directeur de

l'Imprimerie d'Editions Occitanes, 3, Quai du Port,
Castelnaudary (Aude).
Le prix de Las Oras luscralas (60-25 frs.) et
des ouvrages demandés sera
quitté dans les huit
jours après réception, par chèque postal, pour éviter
les frais de recouvrement (frais de port en sus).

�</text>
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              <text>Salvat, Joseph (1889-1972). Directeur de publication</text>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Toulze, Sylvain (1911-1993)</text>
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              <text>Roques, Clovis (1876-1958)</text>
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              <text>Serra i Baldó, Alfons</text>
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              <text>Bergue, Paul (1866-1948)</text>
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              <text>Brazès, Edmond (1893-1980)</text>
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              <text>Trouette-Valadon, Robert</text>
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              <text>Grenier, Paul-Louis (1879-1954)</text>
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              <text>Gouyer, Louis (1865-1924)</text>
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              <text>Boussac, André-Jacques (1889-1964)</text>
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              <text>Perbosc, Antonin (1861-1944)</text>
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      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>Escòla occitana</name>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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