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                  <text>N° 200

Mai-Junh 1942

23» Annada

Lo Gai Saber
Revisia de

l'ESCOLA OCCITANA

D3a Aup ì

Plrenèu
F. Mistral.

TOLOZA
14,

Carrlèra dels Arts, 14

Lo nunierô:

4 fr.

�L,0

SABER

GAI

Revista de l'ESCOLA OCCITANA
ADMINISTHACION

:

Ubi-ai-ia Privât,

Carriè'fa deis Arts, TOLOZA

Fransa

Abonaments

:

:

un

-

G. G- Toloza 1673

an

.

Estrange : un an

.

.

20 tr.

.

.

30 fr.

ENSENHADOR
del N° 200

LA DIRECTION

La XXIII,nc Fête de 1 'Escòla

:

Armand PRAVIEL

(Mai-lunh 1942)

:

LA LANGUE D'OC A
L'ECOLE :

Documents. — Vœux du Congrès de
l'Enseignement de la langue d'Oc ( Ar¬
les, 27 sept. 1941).
Lettre de M. Carcopino à M. l'abbé
Salvat (28 nov. 1941).
Discours de M. Carcopino à Toulouse
(30 nov. 1941).
Vœux du Congrès de Phonétique et
Linguistique Occitanes (Toulouse, 4
déc. 1941).
Arrêtés ministériels(24 déc. 1941)."
Lettre de M. Terraclier, secrétaire gé¬
néral de l'Instruction Publique (13 mars
1942).
Vœux du Premier

Frédéric CAYROU:
Antonin PERBOSC :
PanI LASSERRE :
Yvan CAZOTTES :

Cri-Cri

:

Qccitana.

François Tresserre.

Congrès du Collège

d'Óccitanie (Rodez, 12 avril 1942).
Al amie Antonin Perbosc (per sos
80 ans).
Cantabit qui cantavit.
DÒ1.
Contricion.

Bolegádìsa Occitana.
Lo Mas.

Congrès del Colège d'Occitania.
Disques occitans.
Supplément: Rapport sur le Concours de Langue d'Oc, par
— Poèmes couronnés de M.M. Paul

M. J.-Rozès de Brousse.

Bergue, Robert Trouette-Valadon, Allons Serrá Baldô, M™"
Louisa Paulin, M.M. Edmond Brazès, Etienne Rey, M'"" Raymonde Tricoire, Fraysse-Séguret (Calelhon).

�Supplément

au

N° 200 du Gai Saber

(Mai-Juin 1942).

��RAPPORT
SUR LE CONCOURS DE LANGUE D'OC
lu

en

séance publique le

2

mai 1942

PAR

Jean-Joseph ROZÈS

M.

FÉLIBRE

L'UN

de

BROUSSE

MAJORAL

DES QUARANTE MAINTENEURS

Messieurs,
Le

de

langue d'Oc de cette année 1942
guère de ceux des années précédentes
et, notamment, de celui de l'année dernière.
Peut-être réunit-il un peu moins de concurrents
que celui de l'an dernier : 88 pièces au lieu de
121. Nous avons reçu dans le concours français
moins d'envois de la région occupée — à cause
de la « zone »
et il en a été de même pour le
concours occitan. L'obstacle est à
peu près le même
11e

concours

diffère

—

dans les deux cas, car si les Félibres habitent
dans le Midi par définition, il en est un nombre

appréciable qui résident en fait à Paris
partie de la France qui n'est pas libre.

ou

dans

la

Peut-être aussi cela vient-il d'une certaine las¬

situde, bien compréhensible. Les circonstances ne
prêtent guère aux chants et, en dehors des consi¬
dérations générales et nationales qui commandent

$

�—

76

—

mêmes de nos vies
quotidiennes ne nous incitent point à la poésie,
mais nous baignent dans une atmosphère de som¬
bre prose qui nous étreint de tous côtés. Nous
pleurons nos morts, nous souffrons et nous nous

à tous les cœurs, les conditions

privons pour nos prisonniers, nous manquons de
plus en plus des choses les plus nécessaires à la vie.
Dans les

civilisations anciennes

-—

je ne parle

les hommes avaient du
vin pour leur cellier, de la
tunique, du bois pour
leur foyer, et de l'huile pour leur lampe d'argile.
Aujourd'hui tous les peuples de l'Europe, même les
neutres, en sont plus ou moins privés et l'on
assiste, à ce point de vue, à un recul de la civili¬
sation d'autant plus surprenant que si le monde,
et le monde entier maintenant, se bat avec des
engins infernaux que Dante n'avait pas prévus,
c'est tantôt et indifféremment dans un esprit de
conquête et tantôt dans un esprit de lutte contre
des doctrines qui seraient la mort même de toute
civilisation. Et l'Humanité courbe la tête et
saigne dans un cataclysme qui s'étend au globe
tout entier et dont aucune lueur ne laisse entrevoir
pas de la préhistoire —
blé pour leur pain, du
laine et du lin pour leur

la fin.

Comment chanter dans ces
de chanter nos

conditions, à moins

détresses et de lancer, comme

des époques barbares,
lamentations sur un'
monde en folie et sur une civilisation qui s'écroule?
Mais, pour planer dans ces hauteurs, il faut
une puissance que bien peu de joueurs de lyre
possèdent, surtout en un temps où « l'art pour

Jérémie ou les poètes latins
des imprécations et des

�77

—

—

l'art

» a totalement anémié
les énergies, où les
petites chapelles ont obstrué les anciennes cathé¬

drales et où le "dilettantisme et le snobisme ont
rendu les esprits sourds aux grandes voix poétiques

qui autrefois électrisaient les foules. Comment
aujourd'hui, même et surtout
des lettrés, les élans lyriques
de Tyrtée qui
seraient accueillis

conduisait les Grecs à la bataille, de Bertrand de
qui excitait le choc des épées médiévales,

Born

de

Béranger qui faisait chanter en refrains l'épopée
l'Empire, de Hugo qui était loin de « tordre
le cou à l'éloquence », d'Auguste Barbier dont les
Ïambes enflammaient le peuple de 1830, et de
Déroulède qui, sous ses coups de clairon, aujour¬
d'hui bien dédaignés — peut-être injustement dédai¬
gnés — a retrouvé plus d'une fois — mais oserai-je
de

(

le dire?

—

le souffle

d'airain de Corneille?

Les lettrés

n'acceptent que des poètes obscurs et
quintessenciés; quant au peuple, il ne veut con¬
naître que les pitoyables chansonnettes de café
concert et les lamentables

«

lirics

»

des

opérettes

et du cinéma.
Aussi

les

événements

contemporains — et
quels événements! — n'inspirent-ils plus les poètes,
parce que ceux-ci savent bien qu'ils n'ont aucun
public pour les écouter.
'

'V'

\

'

/

*
❖

*

Ces

considérations, que je m'excuse d'esquisser,
qu'elles me sont personnelles, sont amenées
par le concours occitan actuel.
parce

Nous n'avons eu que peu

de pièces relatives

�—

78

—

événements historiques
que nous subissons et qui nous entraînent. La
plupart n'étaient pas très heureuses, quelques
unes étaient au-dessous du médiocre; une seule

aux

a

événements,

mérité

une

aux

fleur.
poème,

A sant Sebastià (A saint
Sébastien). L'auteur, M. Paul Bergue, de Pézilhade-la-Rivière, dans les Pyrénées-Orientales, déjà
souvent couronné, invoque en sept strophes de
douze vers octosyllabiques, terminées par une sorte
de refrain, le saint guerrier qui, né à Narbonne,
fut un soldat, chef de la première cohorte préto¬
rienne sous Dioclétien, qui mourut percé de flè¬
ches païennes et dont le martyre et l'ensevelisse¬
ment ont inspiré plusieurs fois notre regretté
confrère le noble et pur peintre Bernard Bénezet(l).
Le poète invoque pieusement le saint pour nos
prisonniers dont il évoque, sans fausse rhétorique,
mais avec réalisme et émotion, les souffrances
physiques et morales, les privations matérielles et
sentimentales, les hivers angoissants, les sépara¬
tions inhumaines et les espoirs depuis si long¬
temps déçus. Chemin faisant, « pendant qu'il y
est », dirais-je, il l'invoque aussi pour lui-même,
pour les paysans du Roussillon dont il est, et dont
les terribles inondations que l'on sait ont affreuse¬
ment raviné les champs et ravagé le pays. Cette
note, personnelle et naïve comme dans un ex-voto
de primitif, est touchante; mais il ne faut pas
C'est un

(1) Saint Sébastien jeté dans une mare (Musée des Augustins
Toulouse) ; Le corps de saint Sébastien découvert par des Séna¬
teurs (Musée des « Toulousains de Toulouse »).
de

�-

%

-

Oublier que M. Paul Bergue est un poète
qui con¬
naît

son

cimes

métier. Son

petit poème ne hante pas les
vertigineuses; il est à mi-côte, et même dans

la

vallée, au bord du torrent comme la bastide
catalane; mais il est sincère, vrai, pittoresque et
il rie manque ni d'art ni de cœur. Aussi Clémence
Isaure donne-t-elle à M. Paul Bergue une Eglantine
d'argent, aux feuilles de laquelle elle attache ses
vœux

pour

Un autre
et

le prompt retour des prisonniers.

poème Tremount e Cop de Mar (Couchant
Coup de mer), par M. le Dr Trouette-Valadon, à
,

Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), a obtenu
aussi un pri^c. C'est une description, sinon d'une tem¬

pête, du moins de coups de mer qui battent furieu¬
sement les récifs cependant que le cap, incliné dans
les tourbillons et les écumes, tient tête aux trombes
et aux rafales déchaînées. Puis,
peu à peu, tout
s'apaise et le couchant règne sur l'étendue, dans
toute sa sérénité et sa multiple splendeur.
C'est tout. C'est une marine, sans plus,
« Ut
pictura poesis », comme dit Horace. Mais c'est,
si jose dire, « très bien fait ». En petits
quatrains
de cinq pieds, comme ceux des Émaux et Camées, le
poète provençal a fait un tableau exact et puissam¬
ment évocateur de ce qu'il veut décrire et il l'a fait
avec autant de souplesse
que d'habileté dans une
langue précise et riche. Peut-être même se com¬
plaît-il dans sa virtuosité. Il y a quarante et une
strophes. « Les longs ouvrages me font peur», eston tenté de penser avec La Fontaine; mais ce
poème
prestement enlevé et peut-être quelque peu sym¬
bolique est, dirait-on, si brillant qu'il ne pouvait
—

3*

�80

•«-

faire naufrage. Il
votre Primevère.
Un autre

—

est arrivé au port et

il y a trouvé

poème a retenu l'attention de la Com¬
fach, la bûche de hêtre

mission. C'est la Tronca de

pendant la nuit de Noël, le vieillard voit
avec la cendre de ses souvenirs,
poème de M. Jules Ponsolles, le sympathique félibre
de Pamiers, déjà mentionné l'an dernier, auteur de
Sa Mai, intéressante petite pièce dramatique en
vers et en dialecte ariégeois qui gagnera à se rap¬
procher de la graphie occitane. Le poème a obtenu'
que,

se

consumer

une

Mention honorable.

n'ayant pas été heureuses à ce concours,
idylles, ni les ballades, ni les fables, ni les
hymnes à la Vierge, nous rencontrons en revanche
une élégie, Très Dictais, de M. Alfons Serra Baldo,
jeune et distingué poète de langue catalane rési¬
dant à Toulouse, qui obtint un Œillet l'an dernier
pour un délicat poème, El Camp i l'Aigua. Ses trois
Les odes

ni les

Dictais de cette année

sont comme qui dirait

trois

soupirs légers qui nous viennent de très loin, des
Troubadours, de nos Leys d'Amors ou du Roman
Baigné des tendres couleurs de l'allé¬
gorie, Amour, vainqueur d'Esprit, fait la conquête
d'un château où le Cœur dort, prisonnier dans les
bras de TEspérance. Le troisième volet du triptyque
chante en trois courtes strophes Celle qui est venue,
un matin, de la côte ensoleillée et qui a ébranlé le
cœur du poète; mais celui-ci n'ose pas dire le mot
qu'il faudrait et se résigne à murmurer seulement
ce refrain mélancolique : « Tu ne seras pas pour
moi, frais œillet de la montagne. Adieu donc et
de la Rose.

�8Í

fais ton chemin!
obtenu
a

paru

—

Ce

petit poème, pur et subtil, a
Rappel d'Œillet seulement, parce qu'il
une fleur habile mais un peu mince, un
»

un

jeu peut-être un peu factice cJ'érud,ition troubadouresque. Mais qui sait si, sous le voile discret de
l'allégorie, cette gracieuse musique de mots ne va
pas plus loin?
Dans le domaine des sonnets libres, trois ont
été

remarqués.

Mme Louisa

Paulin, de Réalmont (Tarn), qui est

beau poète inspiré, déjà lauréat de l'Académie et
auteur d'un livre noble et pur, Sorgas (Sources), a
obtenu une Primevère avec son sonnet A SainteCécile d'Albi. L'auteur évoque
magnifiquement
un

belle langue occitane et en nobles vers colorés
pleins cette « nef d'argile naviguant fièrement
d'âge en âge avec sa cargaison de rêve, d'art et de
foi, nef qui unit les mystiques lueurs de la lumière
éternelle et la païenne lumière de notre terre d'Oc. »
Mme Louisa Paulin, qui vient à l'instant de pu¬
blier un autre beau livre, Fresca (Fresque), dont
l'Académie a couronné l'an dernier la partie prin¬
cipale, Mme Louisa Paulin, dis-je, est un poète
en

et

dont

nous

suivons la marche ascendante avec inté¬

rêt et avec

Très

plaisir.

proches du sonnet couronné

celui de M.

nous

ont paru

André Schmitt, instituteur à Saint-

Santin
pure
se

(Aveyron), qui rappelle aux Français, en
langue occitane, que sous la neige du champ

cachent la

semence

des futures moissons et l'es¬

pérance de l'été, du soleil et de la paix, et enfin,

�—

&amp;—

bouquet de sept sonnets provençaux sans titre
général, que nous avons su être de M. Eugène
Martin, le « poète paysan » de Montségur-surle

Langon (Drôme), lauréat des Grands Jeux Floraux
Septennats du Félibrige en 1941, dont paraît en ce
moment en souscription le volume de poèmes
Soulomi d'un jour d'estieu (Cantilène d'un jour
d'été) avec bois gravés de Mireille Bringer et une
chaude préface de Marcel Provence. — A ces deux
envois, émergés de tous les autres sonnets, nous
avons donné deux Mentions honorables. Ces deux
félibres distingués paraissent pour, l'a première fois,
nous semble-t-il, chez Clémence Isaure. Nous espé¬
rons

que nous

les retrouverons dans l'avenir.

voici devant la dernière corbeille, celle
des Pièces diverses. Sur l'ensemble, cinq ont été
Et

nous

distinguées. Trois ont obtenu une fleur, la qua¬
trième a eu un rappel de fleur et la cinquième une
mention.
La

première, Al Fil de l'Aire (Au

fil de l'Air),

chante, en jolies strophes catalanes de M. Ed¬
mond Brazès, de Céret, que nous avons souvent
couronné, les hôtes et les bruits de l'air. C'est la
La Busaroca — qui gémit dans la nuit,
hulotte
—

qui soupire dans le filet de la toile d'arai¬
gnée, la chatte blanche qui miaule, les tourbillons
qui dansent sans fin. On a couronné l'ensemble,
mais surtout La Busaroca, dont le félibre cherche
à interpréter la plainte nocturne. Çhante-t-elle
pour l'amoureuse déçue, chante-t-elle pour le
félibre vieilli qui a perdu les illusions de la vie?
le vent

Peut-être

ne

chante-t-elle pour personne, sinon

�'

—

83

—

complaire à son cœur. Seul un poète peut
interpréter ainsi et traduire en notes fines et déli¬
cates les multiples voix de la nature et du silence.
pour

Aussi lui remet-on

une

Eglantine d'argent.

Mme

Raymonde Tricoire, institutrice à Lavelanet
(Ariège), déjà mentionnée l'an dernier, a évoqué la
grêle, la catastrophe redoutée de nos campagnes.
Elle a peint le phénomène atmosphérique avec un
parfait réalisme d'expression et elle a traduit ses
conséquences, et là légitime désolation des cultiva¬
teurs ruinés avec une émotion toute proche de, la
terre. Cette pièce, en bonne langue occitane et en
vers parfois libres, mais toujours alertes et vifs, a
mérité un Œillet. Puisse MHie Raymonde Tricoire,
à. cette première fleur dans nos concours, voir
l'expression de nos compliments de bienvenue et
y voir aussi notre souhait de la retrouver ultérieure¬
ment. Elle est de ceux et de celles qui, par leur foi
occitane, leur talent et leurs fonctions éducatrices
peuvent faire beaucoup pour la langue d'Oc à
l'école paysanne ou villageoise. Nous mettons en
elle de sérieuses espérances.
M. Antoine

Rey, d'Agen, a chanté la Vigne de
Jasmin, la célèbre et charmante vigne que le poète
dès Papillotes, notre cher et illustre Maître ès
Jeux, a célébrée lui-même en des vers inoubliables
et dont il était justement fier, parce que ce fut
celle de Scaliger dans la combe ombreuse que le
grand humaniste avait baptisée «vallon de Vérone»
en

mémoire de

son

Italie natale. Ce double

souve¬

nir, joint à la beauté du site, avait fait de cette

vigne

un

lieu de pèlerinage pour tous les amis de la

�—

84

—

poésie et pour tous les fidèles du passé. Un article,
malheureusement beaucoup trop bref, de M. G.
Bauer du 2 février 1940, paru dans la Revue de
l'Agenais de janvier-juin de la même année, nous
avait appris que cette vigne, «le dernier souvenir
vivant de Jasmin, avait disparu pour jamais »,
sans donner d'autres détails. M. Antoine Rey,
heureusement, nous en donne, des détails, dans un
beau poème de neuf strophes, chacune de neuf vers
de dix pieds, où il évoque avec beaucoup de charme
et de précision cette vallée et cet enclos devenus so¬
litaires et sauvages dans leur abandon. Mais, pour
le pèlerin cherchant l'ombre aimée, ces simples
débris étaient magnifiques car, dit-il, « il y a de la
majesté dans la grandeur morte, dans un tombeau
ruiné tombé dans l'oubli

».

Et dans ses dernières

strophes le poète nous apprend que tout a été
saccagé, rasé et remplacé par une voie publique.
« Comme un
mépris, un chemin y passe, et le songe
fleuri est bien achevé.
M. Antoine

»

Rey, qui a bien fait de consacrer un

poème à ce triste événement et à ce grand souvenir,
l'a fait en beaux vers fort éloquemment descriptifs
dont aucune fausse rhétorique ne vient déparer
la légitime émotion, émotion, est-il besoin de le dire,
que nous partageons tous. L'Académie, décernant
à M. Rey une Primevère, ne peut dissimuler sa tris¬
tesse. Ainsi Agen, la ville du Jasmin d'argent, n'a
pas su conserver la petite maison du Gravier où
nous lûmes jadis l'enseigne.« Jasmin coiffeur »,
elle n'a probablement pas pu sauver, malgré les
louables efforts, la belle et si expressive statue de
bronze du poète avidement convoitée par les

�—

85

—

métaux non ferreux » et voici maintenant qu'elle
n'a pas su garder ces quelques empans de terre,
trois fois sacrés par la nature, l'histoire et la poésie.

«

Souhaitons

qu'à défaut de la Cité, qui déjà, il
longtemps, avait laissé saccager par les
politiciens les noms historiques, si pitto¬
resques, de ses vieilles rues, souhaitons, dis-je, que
des particuliers se trouvent, ou la Société Acadé¬
mique d'Agen ou YEscôla de Jansemin, — et
pourquoi pas les Pouvoirs publics? — pour faire
y a bien
néfastes

élever là

une

modeste stèle, une humble

borne,

s'il le faut, avec une courte inscription
rative. Si l'on ouvre une souscription,

commémol'Académie
des Jeux Floraux s'y inscrit la première.
Et maintenant, Messieurs, oublions pour l'instant
ces tristesses que M. Rey a bien judicieusement
placées sous une devise empruntée au Maréchal
Pétain dans son Message de Noël 1941 : « La nuit
s'épaissit sur le monde ». Oublions et, avec la der¬
nière pièce couronnée, remercions son auteur,
Calelhon (Mme Fraysse-Séguret), à Rodez, remercions-la de nous ramener le sourire. Dans une petite
piécette d'une charmante et vive fantaisie qui ne
manque ni d'esprit ni même de poésie, elle fait
dialoguer des crapauds qui, suivant un dicton popu¬
laire
« As d'esclòps, tu? as d'esclòps?— se deman¬
—

dent l'un à l'autre s'ils ont des sabots.

—

Ah ! le beau

rêve, pour des crapauds, de pouvoir chausser des
sabots! Qu'en feraient-ils, mon Dieu? Ils les feraient
sonner, tout en buvant le clair de lune au
la source et en jouant de leur flûte de

Cette amusante fantaisie imitative,

bord de

cristal.
qui introduit

peut-être pour la première fois le folklore chez

�—

86

—

Clémence Isaure, n'est évidemment qu'une bluette,
mais elle est parfaitement réussie et enlevée. Aussi
obtient-elle un

Rappel d'Eglantine,pour la vaillante

Rouergue dont nous avons souvent
couronné et dont nous aimons toujours le ta¬
félibresse du

lent.

Enfin, une Mention honorable a été décernée
pièce, Canson d'Espéra, de M. Marcel Baïche,
de Pamiers. Tantôt les rimes masculines et tantôt
les rimes féminines, au commencement et à la fin
des strophes, se heurtent désagréablement, et
à

une

peu, sans que nous soyons trop puristes,
jolie petite pièce d'amour, d'attente et
d'espoir qui est écrite en bonne langue occitane
et qui nous fait souhaiter de revoir dans l'avenir
M. Marcel Baïche, dont le nom paraît pour la
première fois dans nos palmarès. II est de ceux,
assez nombreux cette année, qui nous font bien
augurer d'une éclosion ou d'un renouveau du
Félibrige dans notre cher pays de Foix et de
Montségur.
ont nui

un

à cette

Le Concours

miné. 11

me

ordinaire de langue d'Oc est ter¬
de deux prix en espèces

reste à parler

qui ont été décernés à deux volumes imprimés.
Le

premier est la Grammaire Catalane de M. PomFabra, qui vient de paraître (1941) à Paris
aux Editions des Belles Lettres dans la Collection
Catalonia, publiée sous les auspices des « Amis de
la Fondation Ramon Llull », dont le président

peu

�est M. Mario Roques, réminent professeur au
Collège de France, membre de l'Institut.
M. Pompeu Fabra est bien connu. Né en 1868,

ingénieur 'et jadis professeur à l'Ecole spéciale
d'ingénieurs industriels de Bilbao, il s'attacha de
bonne heure à l'étude des parlers catalans qui
étaient en pleine désorganisation et en plein
chaos, et à l'étude des écrivains catalans anciens.
C'est ainsi qu'avec ses amis de la revue L'Avenç il
s'adonna à l'œuvre linguistique et littéraire qui
a été sa vie et, dès 1886, il écrivait, en castillan,
un Essai de grammaire du catalan moderne, pu¬
blié en 1891, qui est le début d'une œuvre consi¬
dérable de grammairien et de philologue. Dans
une importante Gramatica de la lengua catalana,
en castillan, il établissait fes grandes lignes d'une
orthographe rationnelle du catalan comme l'ont
fait Mistral, Fourès, Estieu et Antonin Perbosc.
Car, comme l'a dit M. Mario Roques dans sa
préface au présent livre, M. Pompeu Fabra
« est
autre chose qu'un grammairien et un pro¬
fesseur habile, il est aussi un créateur, un légis¬
lateur, un « docteur de la loi ». L'Institut d'Estudis Catalans, en 1913, reconnut la nécessité
d'adopter une orthographe uniforme pour ses
publications érudites qui devaient être répandues
dans les milieux scientifiques étrangers et c'est
M. Pompeu Fabra qui eut à rédiger et à codifier
les règles orthographiques et syntaxiques qu'il
avait établies et qui avaient été unanimement
approuvées.
Quand l'Université autonome de Catalogne fut
organisée en 1932, il y occupa la chaire de langue
4*

�S8

—

même temps qu'il devenait

président

du Conseil de l'Université. C'est ainsi

qu'il put

catalane

en

développer son œuvre magistrale et publier notam¬
ment, en 1918, une Gramatica catalana en cátalan,
en castillan, en français, un Diccionari ortogràfic
(1918 et 1938) et enfin, avec bien d'autres publi¬
cations dans le même domaine,

un

Diccionari

général de la llengua catalana.
On le voit, il s'agit ici d'une maître, d'un patriar¬
che, d'un créateur, d'un législateur, d'une grande
physionomie des langues et des lettres européennes.
Sa Grammaire catalane, qu'il a bien voulu nous
soumettre aujourd'hui, est faite en français, à
l'usage des Français et, à ce point de vue, elle a
grand soin de noter les concordances entre les
sons catalans et les sons français. Elle est ainsi
une

réédition, mais remaniée et refondue, de son

Mario
avait trouvé auprès du public français
accueil si favorable qu'une réimpression était

ancienne Grammaire Catalane qui, dit M.

Roques,
un

«

devenue nécessaire
Est-il besoin de

».

dire

que

cette Grammaire
parfaite

actuelle est, non seulement une œuvre

modèle, mais 'aussi une œuvre personnelle
originale qui est l'aboutissement et le couron¬
nement d'une longue vie scientifique et d'une
doctrine qui méritent tous les respects? L'Académie
prie M. Pompeu Fabra de vouloir bien accepter
un prix de 1.000 francs.
et

un

et

L'autre volume

imprimé est Trelus de Prouvènço
(Reflets de Provence) du Dr Jules Roubion, à Nice,
paru avec une très affectueuse préface de Charles

�Maurras son ami. C'est là une recommandation
qui compte. Du reste, le livre se défend de luimême. Ce sont, le plus souvent, de petits
poèmes
composés de quatrains et d'alexandrins de bonne
venue malgré quelques
négligences et de facile
coulée, en assez bonne langue provençale cou¬
rante des régions du Var; ils chantent les déli¬
cieux et embaumés terroirs de Digne, de
Sorps, de
Moustiers, de Roquevaire, où l'on sent « l'air du
paradis sous la main de Dieu ». Et, en chantant
son terroir, le poète s'abandonne au\
plaisir de
multiples et charmantes causeries où il nous livre
le fruit de sa vieille expérience
et de sa sagesse
terrienne. Ai-je besoin de vous dire qu'il est pour
la fidélité au sol, pour les simples et
pures mœurs
du passé, pour le culte des traditions et de la
vieille langue du berceau, et qu'il n'a aucune ten¬
dresse pour les théories dangereuses et pour les
politiciens avides qui ont fait le malheur de la
patrie? Ses opinions, il les exprime en des vers aisés
et harmonieux, qui s'accompagnent d'une bonne
traduction, et dans des commentaires en français
qui suivent-chaque poème et où l'auteur raconte
ses souvenirs et développe sa
pensée avec une
liberté et une bonhomie tout a fait agréables et
attachantes, et dans un esprit auquel nous sommes
tout à fait sympathiques. Avec lui et avec Charles,
Maurras nous plaçons toute notre confiance recon¬
naissante dans le Maréchal et
les destinées de la France.

nous avons

-—

foi dans

En remettant

un

prix de 500 francs à M. le Dr Roubion, nous le
remercions du plaisir que nous avons pris à le lire
et de l'occasion qu'il nous a fournie de redire

-,

�attachement au Maréchal, notre illustre
Protecteur et à Charles Maurras qui sont, avec

notre

Mistral,

nos

l'avenir.

étoiles lumineuses sur le chemin de

.

•

*
*

*

Enfin, un dernier mot relatif à l'enseignement
langue d'Oc.
a fait ces temps-ci beaucoup de bruit à

de la
On

propos

de récents décrets de M. le

Secrétaire

d'Etat à l'Instruction publique et à la Jeunesse
concernant l'enseignement des dialectes : ces
décrets autorisent les instituteurs et institutrices
à donner aux élèves de leurs écoles, dans les locaux

scolaires,

en

dehors des heures de classe, des

dialecte local.
Ce n'est certes pas beaucoup que ce
sourire du Grand Maître de l'Université à

leçons-

de

timide
l'égard

lenga istorica. C'est tout de même mieux
l'ostracisme. Nous espérons même que ce
sera le point de départ d'un nouvel état de choses
qui permettra de donner à notre langue et à ses
écrivains la place qui leur revient dans la forma¬
tion des nouvelles générations françaises.
Il est de notre devoir de fixer un point d'histoire
et de préciser, en ce pâle rayon d'aurore qui se
lève, hésitant encore, sur la reconnaissance offi¬
cielle des dialectes occitans, la part de notre
de notre
que

Académie.
A la date du 15 octobre dernier, M. le
taire

Secré¬

perpétuel recommandait, par une lettre per-

�—

91

—

sonnelle à M. le Secrétaire d'Etat à l'Instruction

publique et à la Jeunesse, la démarche que s'ap¬
prêtait à faire auprès de ce dernier l'un des
nôtres, M. l'abbé" Salvat, majorai du Félibrige,
professeur de langue et littérature occitanes à
l'Institut catholique de Toulouse, et Directeur du
Collège d'Occitanie. Celui-ci était reçu le 30 octo¬
bre par M. Carcopino, qui discutait longuement,
en tête-à-tête avec lui, toutes les faces du pro¬
blème complexe que constitue l'introduction de
la langue d'oc à l'école.
Notre confrère n'a pas encore rendu publiques
ses impressions et ses espérances; il nous a seule¬
ment dit que ses impressions étaient bonnes et
ses espérances pleines de promesses..
Et voici que M. le Ministre a fait coup sur
coup trois démonstrations de vive sympathie
pour la langue d'oc à l'Ecole. Le 30 novembre,
il écrivait à M. l'abbé Salvat une lettre, pu¬
bliée dans La Rampelada de novembre-décembre,
où il félicitait le Collège d'Occitanie de son œuvre
.

salutaire

en

lui adressant

ses

meilleurs

vœux

de

prospérité. Le 2 décembre, il venait inaugurer
solennellement, à Toulouse, le Congrès de phoné¬
tique et linguistique occitanes auquel l'Académie
a pris une part très importante. Et, le 24 décembre,
il publiait les décrets relatifs à l'enseignement
des dialectes.
Ces décrets ont, provoqué des réserves et des
critiques, en particulier de la part d'un membre
de l'Académie Française, M. Jacques de Lacretelle; qui les juge à la fois inutiles et dangereux.

On devine

que ses

arguments ne sont pas de-

�—

92

—

meurés sans réponse, et la meilleure des réponses
été donnée par un autre membre de l'Académie

a

Française qui s'apprêtait à entrer aussi chez

nous,

M. Charles Maurras.
Pour

nous,

il

nous

attendant mieux, de

plaît de nous réjouir, en
premières mesures de

ces

justice.
Il est, au cœur de

l'antique cité de Carcassonne,
église merveilleuse, dont la vieille et sobre
nef romane, qui vit prier les fastueux vicomtes
d'Occitanie, s'accommode fort bien, en un parfait
équilibre, du sanctuaire ogival aux fines nervures
et aux éclatantes verrières que bâtirent, après la
une

Croisade, les Sénéchaux du Roi de France : sym¬
magnifique de l'union indéfectible de deux
races, de deuxsesprits, de deux langues, que les
plus grandes, les plus douloureuses épreuves de
bole

l'histoire ont contribué à fondre

au

lieu de les

séparer.
Nous, héritiers des Sept Troubadours de 1323
avant de recevoir

en

1694 du Roi Soleil des Lettres

patentes, nous sommes fiers de contribuer à main¬
tenir, à développer cet équilibre harmonieux,
accordant nos faveurs et nos soins à la langue de
Ronsard, de « la Deffence » et de Victor Hugo
comme à celle d'Arnaut Vidal, des Leys
d'Amors
et de Mistral.

�LANGUE D'OC

A

SEBASTIÀ

SANT

POÈME
Q.UI A OBTENU UNE ÉGLANTINE DARGENT
y

*

.

par

M.
A

PAUL BERGUEr

PÉZILLA-DE'LA-RIVIÈRE

Sant Sebastià, Sant

(pyrénées-orientales)

preciòs!

Sem

pòc devòts per les pregaris,
i passent pas gaires rosaris;
perxò seguim - bé les funciós.
Ara qu'és temps de penitencia,
al Cel nos cal cridar clemencia;
més cap socors no és poderós
corn el vòstre, òh Sant
generós.
Dòncs, de pou qu'aquet purgatòri
en un infern se nos tornés,
doneu-nos èl vòstre
i

sobretot

A

Saint

SAINT

et

Sébastien, Saint précieux!

adjutòri,
presonés!

SÉBASTIEN

Nous sommes peu dévots pour prier,
— pourtant nous suivons bien
les offices.
En ce temps de pénitence, — il nous faut implorer clémence;
— mais aucun secours n'est puissant — comme le vôtre, ô Saint généreux.
Donc, de peur que ce purgatoire — ne se change en enfer, — donriçgIIQUS votre aide, — et surtout aux prisonniers!
—

nous

ne

—

,

als

—

disons

—

guère le chapelet;

�—

94

—

Bon Sant, penseu com s'ha
Per una malastruga guerra,

patit !

deixant aqui

la dolsa terra,
marits, girmàs, fills han partit;
i ara lluny de tots los seus viuen.
Tant com se'ls-hi permet, escriuen
còses de còr més que de cap.
Que fan al just, Déu sol ho sab.
.

I'I que rumien llurs desvaris,
mal qu*als entorns s'endevinés!
Surruts

estan,

com

solitaris...

Bon Sant, vetlleu suis

presonés!

Gran patró, 'ls pagesos també

malavera!
botaç, la nòstra ribera
va fer d'un bel jardi un gravé :
rocaços, surra, a carretades;
sòques, rabaces arrencades.
Quina destròça a l'hòrta i al camp!
Vam coneixe casi la fam,
massa

que sem en

D'un

souffert! — Laissant ici, pour une malheu¬
le doux terroir, — maris, frères et fils sont partis; — et
présent loin de tous les leurs. — Autant qu'on le leur permet,

Saint,

songez comme on a

guerre,

ils vivent à
ils écrivent

—

des choses du

—

juste, Dieu seul le sait.

cœur

plus que

Et

dâyerveau.

ce que ruminent
malheur si on le devinait autour d'eux! -4 Ils sont

au

solitaires...
•.

g

rocs,

Ce qu'ils font

,Bon Saint, veillez sur les prisonniers!

«

'

-

..

.

\

•

...

'/

aussi V trop mal en point. —
une crue, notre rivière — fit d'un beau jardin un gravier : — gros
sable, à charretées; — souches, ceps arrachés. — Quel ravage au

Grand
Avec

—

.■

—

leurs divagations, —
sournois, comme des

■

Bon
reuse

verger

patron, les

et (tu champ!

paysans nous sommes

-

Nous connûmes.quasiment la faim,

-

tous espoirs

;

�—

totes

95

esperances

i buids rebòstos i

—

perdudes,
grarjés.

Més,S aitrament cruels i rudes
els hiverns pels presonés!

son

Sant tôt frescó, 'l terme ensorrat,
d'ont tirar

esplet o récolta?
trobarem, altra vòlta,
un trist cantó
per un sembrat?
Garriga amunt, fret de ía llòsa,
el conreu és ben pòca còsa.
i Que'l gel, pitjor que secorrom,
no mati borrós i llegum!
Si tôt, de còp, nos fa freitura,
ni se pòt, amb tant pòcs dinés,
enviar calque vestidura
i provisiós als presonés.
I aront

Gloriós Sant, nosaltres rai!
passem amb un plat qualsevulga.
Més la nòstra angunia i trifulga
és

pels desterrats d'alli bai.

perdus, garde-manger et greniers vides.— Mais autrement cruels et rudes
sont les hivers pour les prisonniers!
—

Saint toute fraîcheur, la campagne ensablée, — d'où tirer récolte ou
cueillette? — Où trouverons-nous encore un modeste coin — pour une
semaille? — Sur le coteau, hors du schiste, — le bon terrain est rare. —
Que la gelée, pire que le feu, — ne nous tue pas bourgeons et légumes! —

Si, d'un coup, tout nous manque, on ne peut,
envoyer quelque vêtement — et des provisions

avec
aux

si peu d'argent,
prisonniers.

Glorieux
que.

—

—

Saint, peu nous chaut, — nous passons avec un plat quelcon¬
Mais notre angoisse, notre désarroi — sont pour les exilés de là-bas:
5*

�—

yé

—

tmagineu si'ls-he peixeixen!
Ferrenys i tôt, se consumeixen,
en
sunjant que mesos tant llarcs
s'han de comptar, i tant amarcs,
abans que, a cap del mal viatge,
com

si llur cel

retròbin
nòstres

s'jluminés,
campanâ i vilatge
estimats presonés!

Sant Sebastià

màrtir, passió
d'espasa i de fletxes.
Més que curanderos o metges
valdrà la vóstra protecció.
i Ampareu tots els fills del pòble,
majorment que per causa nòble
sufreixen en pals estrany!
i Feu que, sense esperar cap-d'any,
vers la pau el bon vent se
giri,
alber, gregal o narbonés!
Per que tothòm enfi respiri,
deslliureu nòstres presonés!
vau

tenir

on les gavel — Si robustes qu'ils soient, ils se consument —
songeant qu'il faudra compter des mois, — si longs et si amers,
qu'au terme du maudit voyage, — comme si leur ciel s'illumi¬
nait, — ils retrouvent village et clocher — nos prisonniers chéris!
—

Imaginez si

en
—

avant

Saint Sébastien martyr, vous eûtes passion

— de glaive et de flèches.
rebouteux ou médecins — nous servira votre protection. —
Protégez tous les enfants du village, — surtout parce qu'ils souffrent
pour une noble cause — en pays étranger! — Faites que, sans attendre
le bout de l'an, — vers la paix tourne le bon vent, — d'Albère, Grec ou
Pour que tout le monde enfin respire, — délivrez «os
Narbonnais!
prisonniers!
—

Plus que

—

�Oh Sant ditxós, han
prou pagat
ellos dé llur pàtria les faites.

Mireu-vo'Is-hé, beguts de galtes,
aganyits, el còs masegat!
Que s'acabi llur captiveri!
Y guardeu-nos de la miseri!
i

Pregueu

sigui per
Que
de

a
sos

Déu que bondadós
vells servidós!

donem assegurança
valents i mâtinés

vos

ser

per redreçâ i refer la França
tots nos altres i'is presonés!

O Saint bienheureux, ils ont assez
payé — les fautes
Regardez-les, joues creuses, — hâves, corps meurtris!

leur

captivitél

de bonté
rance

—

France,

de leur patrie.
—

—

Que s'achève

— Et gardez-nous de la misère!- — Priez Dieu
d'être plein
'pour ses vieux serviteurs. — Et nous vous donnons l'assu¬
d'être vaillants et matineux —
pour redresser et refaire la
— nous tous et les prisonniers!
—

�TREMOUNT

COP DE

E

MAR

POÈME
qui a obtenu une primevère

par

M. le Docteur Robert TROUETTE-VALADON
a

salon-de-provence (bouches-du-rhone)

D'amount, cabussant,
Lou soulèu s'atubo;
Sus la

mar

en

sang

L'escumasso tubo.

Soulenne, reiau,
Lou tremount s'entrono;
Gisclon milo uiau
De la mar que trono;

COUCHANT ET COUPS DE MER

Dans

sa

haute

chute,

—

le soleil s'embrase,

la mer en sang

—

sur

—

mille éclairs jaillissent

—

fume l'épaisse écume.

Majestueux, royal,
—

de la

mer

—

qui tonne.

le couchant s'installe;

�99

—

—

'Mé li nivoulan,
La largudo. treno
De

pèu d'or, voulant

Sus lou gourg que reno.

Se vèi rèn

qu'un boui

Dins la founso pielo;
Sus lou grand bourboui
Lou pounènt s'empielo;

Dirias qu'i secant
Vòu cerca

garrouio
L'aigo, qu'en rouncant

Trestoumbo

e

virouio.

Quet orre councèrt,
Quet tramble, quet dramo
Meno dins lou sèr

L'auristre que bramo!

Avec les nuages,
—

sur

— le vent du
l'abîme grondeur.

Ce n'est
chaos

—

qu'un bouillonnement

le couchant

L'on dirait
en

ronflant

—

-

—

sur

des cheveux d'or, qui vòlent

—

la

mer

profonde;

—

sur'le grand

s'appuie.

qu'aux brisants

—

veut chercher querelle

—

l'eau, qui

—

crée dans

rebondit et tourbillonne.

Quel farouche concert,
le soir

large file

—

quelle

l'ouragan hurleur!

agitation, quel drame

�T

(

100

—

Dins

brand d'enfèr
crussis, tout sauno

un

Tout

l'a de
Au

—

fèr

resson

paret di

cauno,

Rabino, au ressaut
De si blànqui
groupo,
Dins

un

La mar

fum de sau,

agouloupo

Tout ço, qu'au desbord
De sa folo cargo,

Souinant de l'esfors,

S'oupauso

o

tèn targo.

I
Rufe, escalabrous,
Gigant que s'enausso,
'Mé soun glàsi rous
Que trauco lis ausso,

Dans

tumulte, infernal
tout grince, tout
—
à la paroi des cavités marines.

un

—

échos naissent

Rageuse,

tout

qui,

ce
—

— de ses blanches
croupes,
la mer enveloppe

en un spasme

droiement de

l'effort,

saigne;

sel,
au

—

débordement

—

de

sa

folle

charge,

s'oppose et fait obstacle.

Rude, escarpé,
dant les vagues.

—

géant qui se soulève,

—

de

son

—

—

—

dans

d'âpres

un

pou¬

et geignant sous

glaive fauve

fen¬

�101

—

—

Souto li turtau
Dóu rounfle
Di

escrachaire,

glavas brutau,

S'enarco, luchaire,
Lou

baus, que, de clin,
Dins li desbourdado
E li remoulin,
Fai tèsto is oundado.

De

fes, dóu mesclun
pourrido,

Di vairo

Mounto

regoulun
agarrido,

un

De bèstio

Vo, peréu, la voues,
Que mai s'enverino,
Pèr crida l'ancoues

Di trevo marino;

Sous les coups
—

se

dresse,

—

pour

de la rafale violente
la lutte,

le cap, qui, incliné,
—

tient tête

comme
—

crues

et des trombes d'eau brutales,

soudaines

—

et les tourbillons,

embruns.

aux

Parfois, du chaos
de bête

dans les

—

—

—

des fosses marines,

—

monte

comme un

râle

—

traquée,
aussi, la. voix,

—

des fantômes marins;
*

toujours plus amère,

-

qui crie la complainte

�102

-

E

—

long di calanc,

De si

mourdeduro,
Laisso, pièi, calant,
De blàvi courduro,

La mar,

qu'à l'assaut
roumpènt, epico,
Ruscle universau,
Charpo, furgo e pic©;
Di

La mar,

qu'en tubant,

Alabro,

acoumpagno
taraban

Soun

De

rau

jauno

Dins li

escupagno.

bourroulis,

Au

clouta di craso,
An li caiau lis
De' rebat de

Et tout

au

reflux,

—

ses

'la

.

—

Dans

de

ses morsures,

—

laisse, dans

—

comme un

déluge,

la mer,

ment

—

des marques livides,

qui, à l'assaut — des promontoires, épique,
— déchire, lacère et ébranle tout;

mer,

immense

long des escarpements,

braso;

qui, fumante
de

ce

— et avide, accompagne
jaunes et monstrueux crachats.

tohu-bohu,
braise;

des reflets de

—

au

fond des criques,

—

—

son

rauque roule¬

les galets luisants ont

—

�—

103

—

Founs dóu coudoulíé,
Lis

augo estrassado
Bouton soun coulié
De car

matrassado,

E souto lou

cèu,

Tout acò reverto,
Emé si bacèu,
Si clamour

souverto,

Si

brande, si to,

Si

boulegadisso,
long cop d'estò

Si

E si

bramadisso,

Si tron, si tai e
Sis anti gisclado,
D'un

La

fond des anses caillouteuses,
collier — de chair meurtrie,

au
en

prat bataié

grand barrulado.

et

sous

clameurs

ses

le ciel,

—

—

les algues arrachées

tout cela rappelle,

—

avec ses

—

s'entassent

entre-chocs,

—

ses

farouches,

ébranlements, ses.heurts, — ses hauts,et
prolongés — et ses hurlements,

ses

bas,

—

ses coups

d'estoc

bruits de tonnerre, ses déchirements et — ses fortes
d'un champ de bataille — la vaste confusion.

ses
—

déflagrations,

�—

104

—

Pièi, pau à cha pau,
Glàri

que

varaio,

Cercant

tou repaus,
Lou tremount s'estraio;

jour a feni;
Dins li rago sourno,
Lou

Toumple achavani,
L'aigo s'encafourno;
Dóu
Lou

relarg amar
plagnun s'óupilo,

D'un orle de mar
Lou

regiscle espilo;

Quauqui gabian, ras
Dóu front di calanco,
Dins l'aire negras

Radon, fueio blanco,

Et

puis, peu à peu,

couchant

le

—

spectre qui chancelle,

Le jour touche à sa fin; - dans les
agités — l'eau s'engouffre;

de

—

en

quête de repos

—

s'éparpille;

anfractuosités sombres, — en courants

l'âpre immensité — la complainte
le jaillissement;

s'opiniâtre,

—

d'un liseret marin,,

monte

—

— du faîte des falaises, —
planent, feuilles blanches,

quelques mouettes, le long
bri

—

dans l'air assom¬

�105

—

—

Vo, clinant soun vòu,
Vènon, d'un cop d'alo,
Frusta lou revòu
Dis

verdaio...

erso

sèr, plus rèn

Dins lou

Que la

mar

E dóu

calabrun,

carcagno,
Que sèmpre, à de rèng,
'Mé lou vènt s'encagno,

Tragico vestalo,
Viro
Sa

l'oumbrun

vers

voues

Enterin

tourmentalo,

qu'au lus

Dóu fare, aliuen, mesclo
Soun cande angélus

cheresclo!

L'estello

ou

bien, inclinant leur vol,

remous

—

—

viennent, d'un coup d'aile,

soir, plus rien — que la mer courroucée,
de concert avec le vent, s'entête,

Dans le
cesse,

—

—

frôler le

d*s vagues glauques...

et des derniers reflets du jour, —
l'obscurité Vsa voix tempétueuse,

—

tragique vestale,

qui, sans trêve ni
—

détourne vers

cependant qu'aux feux — du phare, dans le lointain, mêle
tranquille angélus — l'étoile toute petite!

—

son

�TRES

DICTATS

«

»

élégie
qui a

obtenu

un

rappel

d'œillet

PAR

M Alfons serra baldo
a

toulouse

Cançó.

Petites

ones

lasses que de tan

l'embat de la

■a

i

ara a

no

la

meva

lluny veniu
brisa, sobre l'espill del riu,
riba beatament moriu

sabrieu vosaltres
el

en

:

quin indret esquiu

tendre amie viu?

meu

Ai, Déu d'Amor!,
perquè a les meves queixes ell

TROIS

roman

sord?

«DICTATS»

Chanson.
Ondes

petites et lasses qui

le miroir de la rivière
ma

berge

:

—

venez

de si loin

—

poussées

par

la brise

sur

et qui maintenant mourez paisiblement contre
ne sauriez-vous pas dans quel endroit farouche — vit mon
—

tendre ami?

Las, Dieu d'AmourI

—

pourquoi à mes plaintes demeure-t-il sourd?

�—

107

—

Brisa que débats l'ala dins el mati serè
i arribes d'on sojorna : no em diries
perquè
Ii arriba el

no

missatge constant del

meu daler?
aire habites, atorga'm la mercè
d'un poc del seu alè !

Tu que

el

perquè

Infla,

seu

Ai, Déu d'Amor!,
a les meves queixes ell roman sord ?

mon

fabulôs del

pit, oh brisa ! testimoni del joc
viure! Pénétra a poc a poc

seu

la meva

que

dolça tarda, i amb ton amable toc
cenyl sa presència entre l'arbre i el roc
apaivaga el meu foc!

Ai, Déu d'AmorJ,
perquè a les meves queixes ell

Brise

séjour
de

roman sord !

qui bats tes ailes dans le matin serein — et arrives du lieu de son
diras-tu pourquoi — ne lui parvient pas le message constant
désir?
Toi qui vis près de son souffle, accorde-moi la grâce —

: me

mon

d'un peu

—

de

son

haleine!

Las, Dieu d'Amour !

—

pourquoi à mes plaintes demeure-t-il sourdl

Oonfle ma poitrine, oh brise! témoin du jeu — fabuleux de son exis¬
tence. Pénètre peu à peu — ma douce soirée, et, de ton aimable toucher,
toi qui Tas ceinturé entre l'arbre et le roc, — apaise mes feux!
—

Las, Dieu d'Amour!

—

pourquoi à mes plaintes demeure-t-il sourd?

\

�Vers.

Roda el vent aspre pel

boscatge,

i l'alta

cima, que vesti
de tendre verd i gai
plomatge
la dolça brisa d'un mati
tebi d'abril, ara es
despulla
de l'or rogenc de la tardor.
Adéu!
diu a l'ocell la fulla;
i fuig l'ocell per la blavor.

—

—■

On trobaré, en aquest naufragi
que ara m'envolta, un millor port
que el de l'ofici que m'assagi
a acordar mot, cant i record?
Acordaré ritme i paraula
tôt revivint

aquell moment,
una faula,
què d'Amor fui el servent.

meravellós
en

corn

Vei'9.

v

Rôde le Vent âpre à travers le bocage,

— et la haute cime, habillée -+
plumage — par la douce brise d'un tiède matin
maintenant se dépouille — de l'or rougeâtre de l'automne. —
dit à l'oiseau la
feuille; — et s'enfuit l'oiseau à travers l'azur.

de vert tendre et de gai

d'avril,
—

—

Adieu!
Où

—

trouverai-je dans

meilleur port

ce

naufrage

—

qui maintenant m'entoure

un

que celui du métier dans lequel je m'efforce — d'accor¬
der mot, chant et souvenir? — J'accorderai
rythme et parole — essayant
de faire revivre ce moment, — merveilleux comme une
fable, — où
l'Amour a fait de moi son serviteur.
—

�109

/

—

Breu,

com un aire que sospira
arremorat entre els abrulls,

morôs i

tustà

insistir

sense

gaire,

la porta de mos ulls.
L'Esguard, guarda en el freu, la porta
obre astorat, i ell cap endins
a

s'esmuny testés i amb ell s'emporta
els centinelles dels camins.

En va, la Ment, des de la torre

interior,
i amb

el tropell,

veu

son

exèrcit vol socérrer

la plaça forta del castell.
Armât només de son somriure,

quin dolç fluid Amor difon
que tots el pas li deixen lliure,
retuds en somnieig pregon?
Roden per terra les cuirasses,
cauen

les armes de les mans

res no

s'oposa ja

res no

detura el

seu

Bref, comme un soupir léger de l'air
nonchalant et sans beaucoup insister,
yeux.
vers

—

—
—

avanç...

qui

murmure parmi les ronces,—
toque à la porte de mes

amour

Etonné, Regard, gardien du détrçit, —

l'intérieur

—

se

faufile et

avec

:

a ses passes,

lui

emporte

la porte, et Amour
la garde des chemins.

ouvre
—

En vain, Esprit, qui de la tour — intérieure voit la
défaite, - avec sa
troupe veut secourir — le donjon du château. — Armé uniquement de
son
sourire, — quel doux fluide Amour répand? — Tous lui cèdent le
pas, — vaincus par un lourd sommeil.

Roulent à terre les cuirasses,
n'entrave

ses

pas,

—

—

rien n'arrête

tombent les

sa

marche...

—

des mains : — rien
Comme par jeu, il avance

armes

�—

I

110

—

per joc, avança entara
l'assalt del clos darrer,
abraçat à l'Esperança,

com

per a
on,

el Cor dormita presoner.

Tarda ben poc.el clos a caure :
lliura la Ment del Cor la clau.

Victoriós, l'Amor restaura
el castell

joiosa pau...
Sigues fidel, subtil memòria,
en recordar aquell dolç moment
en

meravellós de la Victoria
en

què d'Amor fui el servent.

On és la

dolça primavera

i el foll estiu abrusador?
L'Amor que no coneix espera
se n'és anat amb la tardor.
I ara que em

volta aquest naufragi
port
que el de l'ofici que m'assagi
a acordar mot, cant i record.
trobaria millor

no

toujours — pour l'assaut de la dernière enceinte,
d'Espérance, — le Cœur dort prisonnier.

—

ofi, dans les bras

L'enceinte ne tarde guère à tomber : — Esprit rend la clef du Cœur.' —
Victorieux, Amour restaure — dans le château une paix joyeuse. — Sois
fidèle, mémoire subtile, — à rappeler ce doux et merveilleux — moment
de la victoire

—

où Amour a fait de

Où s'en est allé le

moi

son

serviteur.

printemps suave — et l'été fol qui tout consume? —
attendre — s'est enfui avec l'automne. — Et main¬
tenant, au milieu de ce naufrage — je ne trouve un port meilleur — que
celui du métier où je m'efforce — d'accorder mot, chant et souvenir.
Amour

qui

ne

sait

pas

�111

—

—

Dansa.

Puix no has d'ésser per a mi,
fresc clavellet de muntanya,
adéu, i fes ton cami!

Arribares

mati

un

amunt la' costa solana
tota la

del

:

fràgil

campana
viure s'extremf...

meu

Perd no eres per a mi,
fresc clavellet de muntanya
adéu, i fes ton cami!

El

meu

i al

viure s'extremf

pit el

una

:

s'adalera
primavera

cor

nova

:

hi acababa de florir...
Perd

per a mi,
fresc clavellet de muntanya
adéu, i fes ton cami!
no eres

:

Danse.

Puisque tu n'es pas. pour moi,
fais ton chemin!
Tu

es

cloche

arrivée

—

de

un

mon

—

frais œillet de montagne,

matin — par la côte ensoleillée :
existence s'est ébranlée.

Mais tu n'es pas pour

moi,

—

—

—

adieu, et

toute la fragile

frais œillet de montagne

:

—

adieu, et

fais ton chemin!
Mon

existerile s'est ébranlée

plus fort

—

et dans

ma

poitrine le

printemps — y avait fleuri...
pour moi, — frais œillet de montagne :

cœur me

bat.

: — un nouveau

Mais tu n'es pas

fais ton chemin!

—

adieu, et

�—

La

112

—

primavera florí,
un mal vent la malmena
veda el pas la cadena
mot que no sabré dir...

peró
em

del

I

\\
Le

mène
pas

no

seràs per a mi,

fresc clavellet de muntanya
adéu, i fes ton cami!

printemps fleurit dans
:

—

mes

pas

mon cœur, — mais
sont entravés par la chaîne

dire...

Et tu

ne

seras

fais ion cheminI

:

pas pour moi,

—

un
—

:

vent mauvais le mal¬
du mot que je ne sais

frais œillet de montagne

:

—

adieu, et

�A SANTA-CEZELHA D'ALBI
SONNET LIBRE
QUI A OBTENU UNE PRIMEVÈRE
par

Mme LOUISA

PAULIN

DE RÉALMONT (tarn)

Nau de bart, navegant fièrament d'aje en
En ta banda portant la rica
cargazon

aje

,

De sosc, d'art e de fe, subrebèla orazon
Dels rèires, qu'as totjorn gandida del

naufraje,

Aparelhas

sens fin cap al diuzenc rivaje,
supèrbe élans, de l'umana prezon
Nos desliura, esbleugits del preclar orizon
E ton

E del encantament luminos del

A

vïaje.

SAINTE-CÉCILE D'ALBI

Nef d'argile, naviguant fièrement
d'âge en âge, — dans ton flanc
portant la riche cargaison — de rêve, d'art et de foi, magnifique orai¬
son
de nos aïeux, que tu as toujours préservée du
naufrage,
—

Tu

appareilles

le divin rivage, — et ton superbe élan, de
délivre, éblouis par le splendide horizon — et
par l'enchantement lumineuK du voyage,
l'humaine prison

sans
—

fin

nous

vers

�—

114

—

Melodïoza nau, la Santa que dormis
Al

prigond de ton còr sa sòm de paradis
T'a donat, tendrament, son ama muzicala,
Tre que sabes donar, en un sobeiran jòc,
Las misticas luzors de la lutz eternala
A la pagana

lutz de nòstra Tèrra d'Oc.

Mélodieuse nef, la Sainte qui dort — au profond de ton cœur
meil de paradis — t'a donné, tendrement, son âme musicale,

Puisque tu sais donner,
la lumière éternelle

—

en un

souverain jeu,

à la païenne

son sonv

— les mystiques lueurs de
lumière de notre Terre d'Oc,

�AL FIL DE L'AIRE
PIÈCES
qui ont obtenu une églantine

d'argent

PAR

M. Edmond

BRAZÈS

céret

a

La busaroca canta.

La busaroca canta dins la nit
el malestar de la serena,
,

mentre la lluna encèn
el

-

seu

en

la caréna

fanal arrodonit.

Belleu canta per tu, nina malalta
d'un anior que guardes secret.
Escolta

corn ressona en

el turment callat

AU

l'aire fred

qui t'assalta.

FIL

DE

L'AIR

ta hulotte chante.
La hulotte chante dans la nuit
que sur

la cime la lune éclaire

—

Elle chante peut-être pour toi,
Ecoute résonner dans l'air glacé

—

le malaise du ciel

serein,

—

pendant

son fanal arrondi.
—
—

fille accablée d'un amour secret.
le tourment muet qui t'assaille.

—

�\

lie

—

Canta belleu

per jo qui
fins Pil.lusió de la vida.

he tôt perdut,

Sa

me convida

veu no

dona

esglai si

als encants de la solitud.

Per

ningù més canta-la busaroca,
complaure al seu cor,
llençant a intermitencies un dolor
qui dintre el silenci s'ajoca.
sinò per

Canta com sap, si no sap altrament,
amb la tonada muntanyenca

qui s'aparia al sofriment
de la llomera escardalenca.

Quan dins la nit no s'escampa el seu plany,
una eternitat l'espera,
i al llarg del platanar se desespera
la ventada del désengany.
és

Elle chante peut-être pour moi, dépouillée
vie.

—

Sa voix

ne

donne nul effroi

—

puisqu'elle

même de l'illusion de la
convie — aux enchan¬

me

tements de la solitude.

La hulotte

chante pour personne

ne

coeur, — lançant par
le silence.

Elle chante à

montagnarde
Lorsque

éternité,

—

sa

—

—

sinon

intermittences une douleur

complaire à

pour
—

qui

se

son

confine dans

manière, elle ne sait pas autrement, — avec l'intonation
qui s'harmonise à la souffrance — de l'arête décharnée.

sa

plainte

ne se

répand

pas

dans la nuit,

et au long des platanes se désespère

—

—

l'attente est

une

le vent de la tristesse.

�La

Als

terenyina del carrerô.

jocs de la contraclaror,

suspesa en l'aire s'endevina

sedàs de seda fina

com un

qui passa el goig del carrerô.
Pli

Arpa de

pura resonança

qui canta a la llisor del vent,
i qui encomana encantament
a l'aranya que s'hi
balança.
L'aire de la tarda és lleuger
i l'amor té la vista clara.

La terenyina fa més rara
la pau qui raja del graner.

La toile

Aux

jeux du contre-jour,

comme un sas

de soie fine

l'enchantement

—

à

—

on

la devine

en

suspens

dans l'air

—

qui tamise la joie de la ruelle.

—

Harpe de résonnance pure
pense

d'araignée de la ruelle.

—

qui chante

au

vent glissant,

—

et qui dis¬

l'araignée qui s'y balance.

L'air de l'après-midi est léger — et l'amour a le regard clair.
d'araignée fait plus rare — la paix qui s'écoule du grenier.

—

La toile

�I el sol, qui sobre els rets se
posa,
té el seu raig metamorfosat
en

un

joiell tôt abrasat
taronja i de

amb focs de

Et le
en un

rosa.

soleil, qui sur les rets se pose, — a son rayon métamorphosé
joyau tout embrasé — de reflets d'orange et de rose.

I

—

�LA VINHA DE JANSEMIN
PIÈCE
qui a obtenu une primevère
PAR

M-

Etienne RE Y
a agen

I

La Vinha de Jansemin.

Un lòc de

belor,

tèrra astrada
e los èls,
Abeurèt, un jorn, à sa font sacrada,
Un dels mages fils dels mai bèlis cèls :
Trobaire e sapient, vengut de Verona,
Aquel pelegrin d'un camin d'amor,
Trepant dins lo lum, las flors, l'aura bona
Del mai bèl combèl de tèrra gascona,
Volguèt, enfadat, i viure totjorn.
A

vos envescar

LA
Un lieu de

una

lo còr

VIGNE DE JASMIN

terre heureuse — à vous séduire le cœur et les
à sa fontaine sacrée, — un des plus grands
Poète et savant, venu de Vérone, — ce pèle¬
rin d'un chemin d'amour, — passant parmi la lumière, les fleurs et le
bon vent, — au plus beau vallon de terre gasconne, — voulut, enivré,
beauté,

une

yeux, — abreuva un jour,
fils des plus jolis cieux : —

y

-vivre toujours.

�—

120

—

E, lo còr comol de fòla alegransa,
I prenguèt molher, i fondèt l'ostal;
E pèi, per bresar dosa remembransa,
I balhèt lo nom del pais nadal.
Mantis sècles son cazuts dins la tomba,
E de Scaliger l'ostal es quilhat !...
Coma un long reson que romba e borromba,
Verona, aquel nom astruc de la comba,
Tinda encara al còr esperdigalhai

E lo bèl combèl èra ensorcilhaire :

Abià, mentretant, darrer de boisons,
Amagat un fresc cazal de trobaire
Ont de fontanèls fan bruch de potons;
E n'èra, pracò, qu'un mòs de vinhòta
Catada de rams, al ombra del pèch,
Un enclaus polit que l'aura minhôta,
Ambe', per asès, un trauc : una gròta...
Mas

Et, le
—

cœur

puis,

natal.

—

un

trauc de

rempli de folle allégresse, — il

prit femme, fonda sa maison;
lui donna le nom du pays
la tombe, — et de Scaliger
long écho roule et se prolongey

pour bercer douce remembrance, —
Maints siècles depuis ont chu dans

la maison est debout...

Vérone,

gril encanta la nèch.

ce nom

—

Comme

un

heureux de la combe,

—

tinte

encore

dans tout

cœur

joyeux.
Et

ce

sons,

—

vallon était

plein de sortilèges : — il avait jadis, sous des buis¬
caché un frais jardin de poète — où des ruisselets font un bruit
de baisers; — ce n'était pourtant qu'un bout de vigne, — sous la ramée,
à l'ombre du mont, — un enclos joli que la brise caresse, — avec, pour
abri, un trou : une grotte,,, — Maj§ un trou de grillon çftchantè la
nuit,

�—

121

—

E lo

vinhairon-trobaire, son mèstre,
gril paure e coma el cantant,
Celebrèt aquel brigal de campèstre
D'una votz ausada à son còr patant :
Jamai òrt n'ajèt ròzas tant polidas,
Ni tant blancas flors un blanc amelier,
De prunas de mèl, de peras cauzidas;
Prèp d'el lo bèl òrt de las Esperidas
N'èra qu'un cazal tangos de grolier;
Coma lo

.

Lo

bèl, l'abondier, lo lum, l'armonia,
gaubi fol del combèl en flor,
Madurant aquel fruch de poezia,
L'uflèron d'un chue de mèl e d'amor;
Un But davalèt, vengut de l'Autura,
Sus aquel cazal del bòrd del camin;
Un grand But de flamba e d'encantadura,
E que maridèt, dins |a trobadura,
E lo

L'ama de

Et le
lui

Vergèli

vigneron-poète,

chantant,

—

son

célébra

que son cœur ardent :

ce
—

e

maître,

de Jansemin,

—

comme

coin de verdure

le grillon pauvre et comme
—

d'un verbe aussi chaud

jamais jardin n'eut d'aussi belles

roses,

—

ni si blanches

fleurs, un blanc amandier, — des prunes de mie), des poires
choisies; — près de lui le beau jardin des Hespérides — n'était qu'un
courtil boueux de savetier;
Le

beau, l'abondance, la lumière, l'harmonie, — et le charme fou du
en fleurs, — mûrissant ce fruit de poésie, — le
gonflèrent d'un suc
d'amour; — un Souffle descendit, venu des Hauteurs, — sur
jardinet des bords du chemin; — un grand Souffle de flamme et d'en¬

vallon

de miel et
ce

chantement,

Jasmin,

—

et qui unit, dans la

poésie,

—

l'âme de Virgile et l'âme de

�—

Jansemin

122

—

mòrt!... amai sa vinhòta!
neguèt figas e persècs,
Mas l'èl aberit vezià « Papilhòta »
Que dormià débat un lèch de rornècs;
Las negras orties e la boisonada
Podian capelar la vinha sens vits!
Pel noble romiu, cercant l'ombra aimada,
Qu'i venià, soscant, l'ama aginolhada,
Aquels sols brigals èran manhifics.
es

L'erbunr i

I a de

majestat dins la grandor mòrta,
cròs roinat, mes al debrembier;
E lo còr amie sab veire, per òrta,
Lo rozier d'antan dins un garravier;
Dins

un

Sab reviscolar lo nom e l'istòria
D'un très de paret, dins un romegàs,

E, de Jansemin servant la memòría,
Sabià veire, aqui, flambejar sa glòria,
E

coma

de rais sortir del bartàs.

Jasmin est mort!... ainsi que sa vigne! — L'herbe y noya figuiers et
— mais l'œil avisé voyait « Papillote »
— qui
dormait sous un

pêchers,

lit de ronces; — les noires orties et la broussaille —
pouvaient bien
cacher la vigne sans ceps! — Pour le noble pèlerin, cherchant l'ombre

aimée,

—

qui venait, rêvant, l'âme agenouillée,

—

ces

simples débris

un

tombeau ruiné,

étaient magnifiques.
Il y a

de la majesté dans la grandeur morte,

—

dans

tombé dans l'oubli; — et le cœur ami sait voir dans la friche — le rosier
de jadis dans le rosier sauvage; — il sait réveiller le nom et l'histoire —
d'un pan de mur dáns un roncier, — et, de Jasmin conservant la
—

il

savait voir là

halliers.

flamboyer

sa

gloire,

—

mémoire,
et des rayons sortir des

*

�—

îââ

—

Mas sonèt, un jorn, una ora maisanta
Ont

dalhas, fosors, pigasas, bigòs,
Truquèron, ailàs ! !a relica santa
A pics e patacs, dusc'al darrier très!...
Tôt s'avalisquèt dins aquela orasa!
E del sovenir que i abià trevat
Ne demòra, auèi, ni perfum, ni trasa;
E coma un mesprès un camin i pasa;
E lo

sosc

florit

ara es

acabat.
(

Ara

es

'

acabat!... La comba

Res i tornarà sos

ne

plora

:

joièls perduts!

Tindatz, campanals de la marrida ora :
Los cars sovenirs son plan rebonduts.
E tôt lo campèstre es en grand dezaire
Pel dòl

sens

A! tornarem

solàs d'un claus avalit.

plus, felibre soscaire,

Cercar dins l'erbum l'ombra del Trobaire
I

:

veiriam, auèi, son còr espotit!...

— où lés taux, les houes, les
frappèrent, hélas! la relique sainte — à coups re¬
doublés, jusqu'au dernier lambeau!... — Tout s'évanouit dans cette mâle
heure!
Et du souvenir qui l'avqit hanté — il ne reste plus ni parfum,
ni trace; — et comme un mépris un chemin y passe; — et le songe

Mais

un

jour sonna une heure méchante

haches, les crocs,

—

—

fleuri est bien achevé.

pleure : — rien ne lui rendra ses joyaux
Tintez, glas de la mauvaise heure : — les chers souvenirs sont
ensevelis.
Et tout le « campestre » est dans la tristesse — du deuil sans
espoir d'un enclos perdu. — Ah! nous n'irons plus, félibre rêveur, —
chercher dans l'ortie l'ombre du Poète : — nous n'y trouverions aujour¬
d'hui que son .cœur meurtri!...
Il est achevé!... Le vallon en

perdus!

—

—

�LA GRANISÀ
pièce
QUI A OBTENU UN

ŒILLET

par

MME raYMONDE
A

tricoire,

Institutrice

LAVELANET (ariège)

Tôt

uèi, la Provensala a quinlhat sos castèls
Espeluchats e blancs coma coquèls de lana.

Una vapor de fòc a rostumat la plana.
es ablazïat :
bèstias, flors e auzèls.
E puèi, à solelh colc, lo Cèrs a fait
virada,
E, del Clôt de l'Anhòl, un brumatje dolent
Tôt

S'es espandit d'arreu, butât
per un mal vent,
Cap à nòstres cazals que dromiàn la vesprada.
E

ronca

la trôna,

Ronca de contunh;
Dirian lo restrunh
Del riu fòlh que rona
E nèit

e

jorn brunh.

LA

GRÊLE

Tout le jour les cumulus ont échafaudé leur châteaux
pelucheux
et blancs comme écheveaux de
laine. — Une vapeur de feu a
grillé la
plaine. — Tout est las : bêtes, fleurs et oiseaux. — Et
puis, au coucher du
soleil, le Cers a pris le dessus, — et du clos de l'Agnol un vilain
nuage —
s'est bientôt étendu, poussé
par un méchant vent, — vers nos jardins
qui dormaient la vêprée.
—

—

Et gronde le tonnerre, —
gronde.sans répit;
du ruisseau fou
qui gronde — et tout le

—

on

dirait la

jour bruit.

—

Et

rumeur

tin, tan,

�125

—

—

Ê pim! pam! pam! à grand balan,
La campana

Que batana;
E

pim! pam! pam! à grand balan,

La campana de Sant-Jan...
L'òme la bat

e

De

ronca

plus fort,

la sona;

la trôna...

Còp

sec, un rais de fòc!
Lo bram d'un pet de tron

Nòstre còr, tôt mostit,
Cunhat dins un estòc.

brigola lo silensa.
palsema de sofrensa,

E tic, tac, tac, una per una,
La grava del cèl que degruna
E tac e

tac,

e

tic

e

..

tic,

Del molin sembla lo

repic.

Pata sul teulat que s'estrisa,
E los

aibres, jos la granisa,
EspelHinsats dusca l'cimèl,

Emparant la rabia del cèl,
Tòrsen lors brases de mizèra;
Un long sanglot d'espant socat la

plana entièra...

tan, à toute volée, la cloche sonne; — et tin, tan, tan, à toute volée,
la cloche de Saint-Jean... — L'homme la bat et la
sonne; — et plus
fort gronde le tonnerre—

Tout à coup, un éclairl
cœur,
Et

—

Le fracas du ciel brise le silence.

oppressé, palpite de souffrance,

—

coincé dans

un

—

Notre

étau.

tic, tac, tac, un par un — les graviers du ciel qui s'égrènent; — et
tac, et tic et tic,— on dirait le repic du moulin. — Ils tapent sur les
tuiles qui se brisent, — et les arbres, sous la grêle, — déchiquetés jusqu'à
la cime, — endurant la rage du ciel, — tordent leurs bras de misère. —
Un long sanglot d'épouvante secoue la plaine entière.
tac et

■

�—

126

—

La fin del mon! Senhor, mon Diu! ajatz pietat!
Lo delòvi d'amont ara s'es demairat,
E del grand respalmier a dobèrt la restanca.
Tôt nada

: lo felhum, la brutisa, la branca
Sièguen los regasòls coleruts e comols.
Un grand lhacàs jaunenc amaga los restols...

E

puèi, cap à l'Autan s'en va la prigolada.
solelh, tôt pallòt, sòrt d'un brumatje ros
E gaita, malcorat, gaita d'un èlh crentos
Lo travalh malazit de sa sòr corrpsada.
Paures òrts tant polits! Unes flagèls de fèr
An tôt escapitat! Quna trista enramada
De flors e de branquets! Blat, parmola e cibada
Son colcats e trepits pels chavals de l'infèrn;
E, dins nòstres malhòls, las diuzencas mamèlhas,
Sus un solat de fuèlhas,
Lo

Faran fems

en

ivèrn...

Lo solelh,

pietados, vets la tèrra morenta
Que plora sos espers tant vite matrasats.
Lo paire de las flors, dels razims e dels blats
Non pòt gaitar son dòl e sa pena amarguenta.
La fin du monde! Seigneur, mon Dieu!
ayez pitié! — Le déluge du ciel
maintenant s'est déversé, — et de la grande écluse a ouvert les vannes.
Tout nage : les feuilles, les débris, les branches — suivent les ruisseaux
coléreux et comblés. —Un grand lac jaunâtre couvre champs et chaumes...
—

Et
roux

puis, l'orage s'en
—

vail de
fer

et
sa

va vers l'Autan. — Le soleil tout pâle sort d'un nuage
regarde, consterné, regarde d'un œil craintif — le maudit tra¬

sœur

courroucée.

—

Pauvres

jardins si beaux! Des fléaux de

ont tout

décapité! Quelle triste jonchée — de fleurs et de branches!
Blé, paumelle, avoine — sont couchés et piétinés par des chevaux d'enfer;
et dans nos vignes, les divines grappes, — sur un
tapis &lt;je feuilles —
—

—

feront du fumier
Le

en

hiver.

soleil, pitoyable, voit la terre mourante — qui pleure ses espoirs
si vite écrasés.
Le père des fleurs, des raisins et du blé — ne peut voir ,son
deuil et sa peine amère.
—

�—

127

—

0 ! ba garîrai tôt, miga, que ton
S'envole dins lo cèl coma bruma

«

Nòstre amor es
E

«

la Tèrra fregis al poton de son diu.

Oh!

comme

—

mal viu
leugièra.
plus fòrt qu'aquela mòrt falsièra.,»

je guérirai tout, amie, que ton mal vif

brume

légère.

—

—

s'envole dans le ciel

Notre amour est plus fort que la mort traîtresse.t

Et la terre frémit au baiser de son Dieu.

�LO CANT DELS GRAPALS
PIÈCE
QUI A OBTENU UN-RAPPEL D'ÉGLANTINE
PAR

Mme

FRAYSSE-SÉGURET

(CALELHON)

A RODEZ
«

As

d'esclôps, tu?

—

Non.

»

(Dicha popularia.)

Clop !
glop
d'aiga rajarèla;
Un

una

esclaca d'estèla.

Clop!
un

tech de lum que

canta;

.greraa tindanta
tombant sus de cristal
una

:

la flahuta del grapal.

Jos l'estèla mirgalhada,
los grapals fan la velhada
e, parlant totes al còp,
se demàndan s'an
d'esclôps.

LE CHANT DES CRAPAUDS

Cloup!
Cloup! —
bant

sur

gorgée — d'eau qui ruisselle;
goutte de lumière qui chante; —
du cristal :
la flûte du crapaud.
—

une

une

fois,

une

une

flaquée d'étoile.

larme

sonore

—

—

tom¬

—

Sous l'étoile

à la

—

—

se

diaprée,

— les crapauds font la veillée — et,
parlant tous
demandent s'ils ont des sabots. — « As-tu des
sabots, toi?

�—

129

—

As

d'esclòps, tu?—Non! — Pecaire!
n'abiam, que ne fariam? ■—
Clop! Clop! n'esclopejariam. »

«

—

Se

A! lo raive embelinaire :

poder calsar los esclòps!
E totjorn, de côp en còp :
As d'esclòps, tu? N'as, d'esclòps?

—

—

Cant de raive e de regrèt,
malanconica complanja,

poder secrèt
poezia estranja?
Clop, clop!
Glop à glop,
lo cant de doze s'engruna.
Los grapals, en rodelet,
engolan lo clar de luna
en clapejant del galet.

d'ont ven lo

de ta

:

Clop!
glop

Un

d'aiga rajarèla;
una

—

Non!

—

d'estèla.

esclaca

Pauvrets!

—

Si

Cloup, cloup! Nous les ferions

en avions, qu'en ferions-nous? —
sonner! » — Ah! le rêve enchanteur : —
Et toujours, à tout moment : — « As-tu des
nous

pouvoir chausser des sabots! —
sabots, toi? As-tu des sabots?

».

mélancolique complainte, — d'où vient
étrange? — Cloup, cloup! — Goutte à
le chant de source s'égrène. — Les crapauds, en ronde, — ava¬

Chant de rêve et de regret, —
le charme secret — de ta poésie

goutte,
lent le

—

clair de lune

Cloup!

—

—

Une gorgée

en

—

clapotant du gosier.

d'eau qui ruisselle;

—

une

flaquée d'étoile.

—

�—

Í3Ô

—

Clop!
un

tech de lum que

una grema

canta;

tindanta

tombant sus de cristal
la flahuta del grapal.

Cloupl

—

tombant

Une goutte de lumière qui chante;

sur

du cristal

:

—

la flûte du

—

crapaud.

:

une

larme

sonore

—

�'«■

��ho Gai Saber, N° aoo.

MAi-JUNH *943.

La XXIIIme Fête de 1'EscòIa Occitana
Aucune solennité n'a

marqué,

pour

cette année en¬

notre fête annuelle.

core,

Floraux,
l'Hôtel d'Assézat, était présidée par M. le

La séance solennelle de l'Académie des Jeux
le 2 mai, à
duc

de

Lévis-Mirepoix, ayant à sa droite M. Alfred

Jeanroy, le célèbre romaniste, membre de l'Institut et
maître ès-Jeux Floraux.

jos-capiscòl, le majorai J. Rozès de Brousse, lut
— publié en supplément dans ce numéro,
avec les poésies couronnées — sur le concours de lan¬
gue d'Oc.
Quelques lauréats : M""
Raymonde Tricoire,
MM. Alfons Serra-Baldó et Jules Ponsolles, lurent leurs,
poèmes couronnés ou mentionnés.
MM. Joseph-Sébastien Pons, Praviel, Salvat, Rozès
de Brousse firent applaudir les œuvres des lauréats
Notre

son

rapport

absents.
Le soir, un dîner

intime était offert

par

le Bureau

parmi les¬
quels le philologue barcelonais Pompeu Fabra, cou¬
de l'Ecole

aux

lauréats présents à Toulouse,

Grammaire Catalane.
mai, les fleurs étaient distribuées aux lau¬
réats, à la Basilique Notre-Dame la Daurade, après la
messe traditionnelle dite pour les défunts de l'Acadé¬
ronné pour sa
Le lundi 4

mie des Jeux Floraux.
Les

trois

mainteneurs

décédés

dans

l'année,

MM. Paul Sabatier, François Tresserre, Henri Duméril,
étaient des membres fervents de VEscòla Occitana.

M. François Tresserre a été remplacé comme joscapiscòl par M. Charles Maurras, majorai du Félibrige
et maître ès-Jeux Floraux.

La Direction.

�LO

50

GAI

SABER

François TRESSERRE
plus cruels ne cessent de nous acca¬
Après Prosper Estieu et le doyen Abelous, notre
sous-capiscol François Tresserre nous a quittés, précé¬
dant de quelques jours à peine sa chère et douce com¬
Les deuils les

bler.

pagne.
D'autres diront ce que

fut le poète

français, que ses

pairs se plurent à nommer « prince des
lettres roussillonnaises » : mais il faut noter ici ce que
fut le félibre, le catalaniste, le mèstre d'òbra.
émules et

Ami de

ses

Fourès, avec lequel il
littéraire' des Mousquetaires Gris

jeunesse d'Auguste

avait fondé le groupe

auquel il fit élever un monument à Castelnaudary,
François Tresserre, à côté de son jœuvre française, fut
toute sa vie ardemment dévoué à l'expansion et au
prestige du Félibrige. S'il ne publia aucune œuvre dans
son dialecte roussillonnais, il le lisait et le parlait cou¬
ramment. C'est dans cette langue qu'il harangua Mis¬
tral, en Arles, au jour inoubliable du Cinquantenaire
de Mirèio. Ambassadeur de l'Académie des Jeux Flo¬
raux en Provence, il ic fut aussi auprès du Consistoire
des Jochs Florals de Barcelone, qui le reçut avec les
plus grands honneurs^ et qu'il amena au Capitole de
Toulouse, le 4 mai 1924.

et

Organisateur et rénovateur

des concours occitans

à

l'Académie des Jeux Floraux avec son grand ami le
baron Désazars de Montgailhard, fondateur de ì'Escòla
Occitana, fondateur de la Compagnie du Genêt d'Or, à
Perpignan, grâce à une heureuse entente avec la

Colla

hommes
trop rares, et comme il en faudrait tant dans toutes
nos provinces, pour lesquels la vie ne vaut vraiment
pas la peine d'être vécue si elle se restreint à fine tâche
étroitement personnelle. Partout où il passa, il fut un
ciel Rossello,

François Tresserre était de ces

�LO

animateur

: un

GAI

51

SABER

animateur de poésie, de

patriotisme, de

charité.
C'était une âme exquise qui ne connut jamais la
jalousie, la vanité mesquine, les calculs tortueux. « La
main tendue et le

cœur

sur

la main

», comme

disait

grâce, sa courtoisie, son esprit
étaient tels qu'ils avaient survécu à la guerre de 14-18,
à tous les bouleversements qui lui ont succédé, et qu'il
était demeuré gentilhomme, chevalier français et trou¬
badour jusqu'aux pires moments de muflerie.
On connaissait son éducation, ses convictions, ses
espérances : cependant chacun le respectait, dans tous
les camps, car on savait aussi quelles étaient sa loyauté,
sa tolérance, sa largeur de vues. Les hautes personna¬
lités qu'il fréquenta, de Mistral à Gaston Doumergue,
de Fernand de Rességuier à Prosper Estieu, de Stéphen
Liégeard à Joseph Anglade et tant d'autres n'eurent
pour lui que de l'amitié. Il s'est éteint. paisiblement,
imperceptiblement, un matin de janvier, discret et
charmant comme il avait toujours vécu... Et l'on dirait
qu'il a emporté avec lui les pauvres derniers restes de
ce qui évoquait la douceur de vivre, à l'orée d'un temps
où les hommes comme lui ne se comprendront plus.
Paul

Feuga. Et

sa

Armand PRAVIEL.

�LO

52

LA LANGUE

GAI

SABER

D'OC A

L'ÉCOLE

DOCUMENTS

i

Vœu émis par le Congrès de l'Enseignement
d'Oc organisé par le Félibrige, en Arles, le
bre 1941 :

de la langue
27 septem¬

x

Acampa en ciéuta d'Arle lou 27 de setembre 1941
un eoungrès, li Felibre, disciple de' Mistral, après
agué près ^couneisisènço de raport présenta sus la questioun de l'Ensignamen de la Lengo d'O e lis agué dis¬
cuti, demandon au Gouvèr qu'aquel ensignamen siegue
ouficialamen recouneigu dins li très ordre d'ensignamen : primàri, segoundàri e superiour.
en

En esperant que

siegue aministrativamen ourganisa,
li poudé publi e li capo d'establimen
escoulàri siegon invita à favourisa de tout biais aquel
ensignamen emé l'ajudo dôu Felibrige.
demandon que

Un

raport coumplet sara manda au pu lèu à M. lou

Secretàri d'Estal, menistre de l'Educacioun naciounalo,
lou

Coungrès so.uvetariè qu'uno delegacioun cargado
présenta fuguesse reçaupudo en audiènci à
Vichy.
e

de

lou

A

l'unanimita, li membre dôu Coungrès mandon, dôu
dôu Felibrige, au Marescau Pétain, Capo de
l'Estat, en souveni dôu message dôu 8 de setembre
1940, soun salut lou mai respetuous e lou mai r.ecouPalais

neissènt.

�lo

gai

saber

53

II
Lettre de M. Jérôme Carcopino,
cation Nationale et à la Jeunesse,
teur du Colège d'Occitania :

Secrétaire d'Etat à l'Edu¬
à M. l'abbé Salvat, direc¬

cabinet du ministre
de

l'éducation

nationale

Vichy, le 28 novembre 1941.
Secrétariat particulier
du Ministre

Monsieur l'Abbé,

où j'étais, jus¬
à Vithy, de l'existence du Collège
d'Occitanie. Vous excuserez le Secrétaire d'Etat qu'as¬
saillent tant de problèmes divers, et l'homme du Nord
trop peu familier avec les Institutions de langue d'Oc.
Cette lacune est désormais comblée grâce à l'entre¬
tien que nous avons eu ensemble et à la documentation
que vous m'avez soumise.
De quoi s'agit-il, en effet ? Non pas de donner aux
enfants et aux jeunes gens un enseignement philologi¬
que et linguistique qui risquerait de rebuter ceux
d'entre eux que leurs aptitudes et leurs goûts n'attirent
pas vers de telles études, mais il est, au contraire, très
souhaitable de fournir aux élèves de nos écoles primai¬
res, de nos établissements secondaires et, d'une façon
générale, à tous ceux qui, nés dans nos provinces mé¬
ridionales, parlent et aiment leur dialecte, le moyen de
préciser leur vocabulaire, d'améliorer leur syntaxe et
leur style et de maintenir cette, belle « langue mayrane » qui, dans un avenir plus ou moins éloigné, et
suivant la loi du moindre effort, se dégraderait, sur
leurs lèvres, jusqu'à n'être plus qu'un patois.
J'avoue très humblement l'ignorance

qu'à votre

venue

Votre enseignement par
avez

eu

correspondance que vous

récemment, je crois, l'heureuse initiative de

�lo

54

gaí saber

compléter par des leçons

à la Radio, répond tout

à fait

êtes proposé et ne manquera pas,
j'en suis sûr, de rendre les plus grands services.
En formant des vœux pour la prospérité du Collège
d'Occitanie, je vous prie, Monsieur l'Abbé, d'agréer
l'expression de mes sentiments les meilleurs et dévoués.
but que vous vous

au

Jérôme

CARCOPINO.

III
Extraits du discours
tre

Secrétaire d'Etat à

nesse, au
tanes

prononcé par M. Carcopino, Minis¬
l'Education Nationale et à lia Jeu¬

Congrès de Phonétique et de Linguistique
le 30 novembre 1941 :

de Toulouse,

Occi¬

Messieurs,
Au moment de prendre à mon tour la parole,
j'éprouve à la fois une grande confusion et une
joie, une grande confusion parce que je n'étais encore
jamais venu à Toulouse, une grande joie parce que
m'y trouve aujourd'hui à l'occasion d'un
groupe l'élite de nos diverses provinces de langue
et

qu'ainsi je puis mieux

admirer

grande
je
Congrès qui
d'oc
la fière et douce mé¬

l'Histoire proposent à leur dilection.
Je dois donc commencer par remercier ceux qui l'ont
préparé et, tout d'abord, M. le Préfet régkmal qui a été
l'inspirateur et l'animateur de cette manifestation,
M. le Recteur de l'Académie de Toulouse et M. le Doyen
de la Faculté des Lettres, grâce auxquels les journées
de linguistique occitane ont été organisées. Puis, mes
tropole que l'Art et

de France, mon collègue de la
Alfred Jeanroy, et M. Joseph Calmette,
m'approuveront de m'incliner en leur nom, comme au
mien, devant MM. les représentants de l'Académie des
Jeux Floraux qui témoignent, par leur présence ici, de
l'intime union qui existe entre l'Université et leur
Compagnie.
confrères de l'Institut
Sorbonne, M.

�GAI

LO

55

SABER

saluant les Délégués de nos quatre Univer¬
Toulouse, Montpellier et
Aix-Marseille, dont la réunion revêt, au travers de la
ligne de démarcation, la signification d'un double sym¬
bole : unité française, espérance française, je m'en
voudrais d'oublier aucune des collectivités qui ont
répondu à leur appel et dont la diversité atteste la vie
intense qui circule en vos terroirs et, tout naturelle¬
ment, à considérer cette brillante assemblée de savants
et de félibres, d'érudits et de poètes, ma pensée s'élève
pieusement vers la haute figure de Mistral qui plane,
semble-t-il, au milieu de vous, comme elle revit dans le
splendide hommage que le Maréchal lui a rendu l'an
Enfin»

en

sités méridionales : Bordeaux,

passé.
été votre précurseur, il reste votre guide
décisifs où le poète nous apparaît
le créateur d'une réalité salutaire : le régiona¬

Mistral
à

aura

moments

ces

comme

lisme, approfondissement et régénération, de la Patrie.
C'est donc à cette œuvre, Messieurs, que vous vous
consacrez, vous qui êtes les mainteneurs, non seule¬
ment des traditions

linguistiques et coutumières, mais

aussi, des traditions morales. Vous avez maintenu votre
langue, cette langue, comme l'a dit l'un des vôtres, qui
est un monument immense où chaque famille a apporté
sa pierre, et, si l'on tient pour méritoire de sauver un
manuscrit précieux ou d'exhumer la Vénus d'Arles,
quel honneur et quelle satisfaction sont vôtres puisque
vous

avez

empêché la langue de votre peuple de dis¬

paraître.
c.

&lt;

.

.

...

.

.

.

.

.

.

.

.

.

Aussi, n'est-ce point hasard, mais préméditation et
récompense, si le Maréchal a choisi votre ville pour an¬
noncer, le 6 novembre 1940, son intention de rendre à
la France l'animation et la noblesse de sa vie

provin¬

ciale.

J'ai la charge de l'éducation,

et je ne peux omettre

�LO

56

SABER

GAI

cette donnée de la pédagogie qu'il n'y a pas chez les
enfants de meilleure formation que la pratique simul¬

participant
propriété des
termes, en même temps que la souplesse et la force de
l'expression. Sans introduire le dialecte occitan, dans
l'école, qui est celle de la France, je conçois et je
souhaite qu'on puisse faire de lui, près d'elle, dans des
cours complémentaires et facultatifs et dans les for¬
mations de Jeunesse, une sorte de latin du peuple, un
latin qui, bien loin d'être un obstacle à l'enseignemept
du français, le servira comme un frère.

tanée de deux

langues. Ils

y

acquièrent,

en

richesses de deux vocabulaires, la

aux

La connaissance des vertus

de leurs provinces donne

habitants la conscience de ce qui fait là beauté
et le charme de leur pays. Par elle, ils rejoignent ce
sentiment profond où l'homme se recueille pour mieux
recourir aux forces intimes qui sont en lui, dans le
aux

petit cercle qui l'entoure et dont dépend son existence.
L'amour de sa province ne peut qu'affermir le senti¬
ront de cette unité française qui, comme les biens que
J'on possède depuis longtemps, ne sont jamais si pré¬
cieux qu'au moment où ils semblent menacés.
Tel est le
nous

profond de l'admirable passage que
Mistral, fondant en la fédération unique

sens

devons à

patries régionales. Je regrette de ne pouvoir citer
provençal les « Iles d'Or »; du moins, dois-je en
traduire une strophe :
les
en

Il est bon d'être nombre. Il est

«

rir

sur

vation.

les peuples,

bon de s'appeler les

parlé, de voir cou¬
de soleil en soleil, l'esprit de réno¬

enfants de la France et,

lorsqu'on

a

»

L'esprit de rénovation, c'est celui que le Maréchal
nous inspirer, et c'est parce que j'ai conscience
que votre pensée et vos intentions lui obéissent déjà,
que j'ai désiré participer à votre Congrès.
veut

�LO

GAI

SÀBER

57

Les différences, les particularités que la Nature et
l'Histoire ont marquées entre les provinces sœurs sont
autant de racines qui fortifient l'âme, autant de liens

qui attachent à la France les peuples qui y vivent,
autant de vertus qui la perpétueront immortelle.
Comme Antée, dans la légende antique, reprenait une
nouvelle vigueur en touchant la terre maternelle, la
rénovation nationale s'accomplira en se retrempant aux
sources d'où jaillit la Nation. C'est cimenter indestructiblement au fond des qœurs l'unité française que ché¬
rir chacune des harmonies qui chantent en elles.
IV
vœux émis par le Congrès de Linguistique et
Phonétique Occitanes de Toulouse, le 4 décembre 1942 :

Extraits des
de

Les membres du premier Congrès interrégional
Linguistique et de Phonétique Occitanes offrent, à
M. le Ministre Secrétaire d'Etat à l'Education Nationale
et à la Jeunesse, le témoignage de leur respectueuse
gratitude pour la sympathie dont il les a honorés en
venant personnellement ouvrir leurs travaux.
I.

de

En attendant que les circonstances permettent le
développement plus grand du culte que nous devons à
notre langue aimée, le Congrès émet le vœu que la lan¬
gue d'oc soit admise à la licence d'enseignement et, à ti¬
tre facultatif, au baccalauréat, au certificat d'études pri¬
maires, à des conditions qui seraient déterminées par
les Académies intéressées, sous le contrôle de leur Rec¬
teur assisté des professeurs de langues méridionales.

préparer les candidats à ces
épreuves, des cours complémentaires et facul¬
tatifs de langue d'oc soient organisés dans les établis¬
sements d'instruction et dans les formations de Jeu¬
nesse avec le concours de maîtres qualifiés et rétribués
Il

souhaite que, pour

diverses

de

l'Enseignement.

�LO

58

GAI

SABER

premier Congrès interrégional de Linguistique
Phonétique Occitanes émet le vœu que soit créé
dans chaque Université un centre d'enregistrement
phonétique et que l'action de ces centres soit secondée
par des subventions des communes intéressées.
IV. Le premier Congrès interrégional de Linguisti¬
que et de Phonétique Occitanes émet le vœu qu'une
très large place soit faite dans les programmes des
Conservatoires de France aux chants et aux chœurs
qui traduisent avec tant de nuance dans l'émotion
l'âme populaire d'une région, et enrichissent le patri¬
moine national dont ils soulignent l'infinie variété,
attestant en particulier la musicalité de la langue d'oc.
III. Le

et de

V
Arrêtés ministériels du 24

(Introduction de

cours

tales dans les écoles

décembre 1942

:

facultatifs de langues dialec¬

primaires.)

VI. Les instituteurs et institutrices sont autorisés à
organiser dans les locaux scolaires, en dehors des heu¬
res de classe, des cours facultatifs de langue dialectale
(langues basque, bretonne, flamande, provençale), dont
la durée ne devra pas excéder une heure et demie par

semaine.

(Epreuves du certificat d'études
I.

—

primaires.)

(Epreuves de la première série.)

Une interrogation écrite d'histoire et de géographie
comportant quatre questions qui n'exigent que des ré¬
ponses brèves. L'une des questions d'histoire sera em¬
pruntée à l'histoire régionale. L'une des questions de
géographie pourra être l'exécution d'un croquis ou
porter sur la géographie locale.

(Epreuves.de la deuxième série.)
L'exécution d'un chant choisi sur une liste d'au
moins cinq morceaux. L'un de ces morceaux pourra
être pris dans le répertoire dialectal.
II.

—

�I

LO

GAI

SABER

"'..xv vv-'"

59

'

VI
Extraits de la Circulaire ministérielle du 24 mars 1942 :

a

secrétariat d'état
l'éducation ' nationale
et

a

la jeunesse

Objet

:

Enseignement dialectaux.

Vichy, le 13

—

mars

1942.

Le Secrétaire d'Etat à l'Education Nationale
et à

la Jeunesse,

Inspecteurs d'Académie,
Recteurs,
les Préfets,

à MM. les

les

L'arrêté du 24 décembre 1941, publié au Journal
Officiel du 27 décembre, autorise « les instituteurs et
les institutrices à organiser dans les locaux scolaires,
en dehors des heures de classe, des cours facultatifs de
langue dialectale (langues basque, bretonne, flamande,
provençale...), dont la durée ne devra pas excéder une
heure et demie par semaine ».
Je

vous

prie d'instituer

une

enquête dans toutes les

primaires élémentaires publiques de votre dépar¬
tement et de m'adresser, avant le 31 mai, sous le tim¬
bre de la Direction de l'Enseignement primaire, la liste
écoles

de celles dont les instituteurs et les institutrices envi¬

sagent de donner l'enseignement dialectal dans les con¬
ditions prévues par l'arrêté du 24 décembre.

prochainement la rémunéra¬
enseignement et en fixera les moda¬

Un arrêté déterminera
tion attachée à cet

lités de mandatement.

difficultés que
l'organisation
pédagogique de cet enseignement nouveau; les quel¬
ques indications qui suivent sont destinées à permettre
une première et provisoire orientation.
Vous voudrez bien

vous

me

faire part des

rencontreriez éventuellement dans

�6o

LO

GAI

SABER

Qu'il s'agisse du parler d'une localité nettement dé¬
terminée, que le génie ou le talent d'un écrivain ont
réussi à élever à
la dignité
de langue littéraire
(exception infiniment rare) ; qu'il s'agisse (le cas est
beaucoup plus fréquent) de parlers « régionaux » ou
« provinciaux »
dont les textes offrent en proportions
variables le mélange des formes et des vocables de plu¬
sieurs localités d'une région ou d'une province géographiquement mal définies et des formes et mots du

français commun plus ou moins assimilés; qu'il s'agisse
enfin (et c'est la règle normale) de parlers populaires
variant de commune à commune ou même de village
à village, qui n'existent que dans l'usage oral et n'ont
jamais été écrits, il est certain que les maîtres ne dis¬
poseront presque jamais des grammaires et des recueils
de textes établis d'après le parler indigène que prati¬
queront leurs auditeurs bénévoles.
Il semble donc que la méthode la plus rationnelle
consisterait, pour l'instituteur ou l'institutrice de cha¬
que école où sera institué l'enseignement dialectal, à
partir du parler populaire en usage dans la localité, à

dégager les éléments de la grammaire et du voca¬
caractérisent, soit par rapport à la langue
commune d'origine non romane (basque, breton, fla¬
mand), soit par rapport au français (parlers d'origine
romane), pour aborder ensuite la lecture et le com¬
mentaire des iœuvres écrites dans le « dialecte » le
moins éloigné du parler local.
en

bulaire qui le

Ce n'est qu'après des essais de cette nature que pour¬
raient être publiés des grammaires et des recueils de
textes dont l'emploi s'étendrait tout naturellement et
de lui-même à des groupes variables de parlers, canto¬

régionaux ou provinciaux; la méthode inverse,
qui imposerait d'emblée aux élèves l'apprentissage d'un
idiome qui ne serait pas exactement celui qu'ils prati¬
quent dans la vie courante, risquerait de les déconcer¬
ter en leur imposant un effort dont ils n'apercevraient
sans doute pas immédiatement tout l'intérêt et le profit.
naux,

�GAI

LO

On est, au contraire,
du

connu

au

moins

6l

SABER

fondé à croire qu'en procédant
ils prendront conscience de

connu

l'éclat qu'ont su donner à des parlera voisins du leur
certains écrivains dialectaux, et qu'ils acquerront ainsi,
avec la fierté de la tradition linguistique de leur terroir,
un sens

plus affiné de notre langue
Pour le Secrétaire

nationale.

d'Etat et par autorisation,

Le Secrétaire général

de l'Instruction publique,

A. TERRACHER.

VII

Extraits des Vœux émis par le Premier Congrès du
lège d'Occitanie de Rodez, le 12 avril 1942' :

Col¬

Successivement, sont présentés, et votés à l'unani¬
mité, les viœux suivants, qui ont déjà fait l'objet d'une
discussion à l'issue des divers rapports :

Que l'enseignement de la langue d'oc soit donné
Rouergue dans tous les établissements scolaires de

1°
en

tous ordres.
2°

Qu'une interrogation, orale, facultative, soit ins¬
examens du Certificat d'Etudes et du Bacca¬

tituée aux
lauréat.

Qu'en attendant cette réforme, soit institué dans
principaux centres du département, un Examen libre
langue d'oc sous les auspices du Collège d'Occitanie
sous la Direction de M. l'Inspecteur d'Académie de

3"
les
de
et

l'Aveyron.

Qu'une Commission pédagogique soit instituée
comprenant deis membres de l'enseignement et des félibres du Grel Roergat, pour mettre au point et déve¬
lopper l'enseignement de notre langue en Rouergue.
4°

5°

Que les éditeurs du

livres scolaires pour

Midi préparent l'édition de

l'enseignement de la langue d'oc :

�62

LO

GAI

SABER

(grammaires, anthologies, dictionnaires,
ture, sans oublier les livres pour
de la langue d'oc).

livres de lec¬

les maîtres ignorants

Que les traductions des grands classiques, sur¬
(Estieu, Cubaynes) soient largement diffu¬
sées dans nos lycées et collèges : bibliothèques scolai¬
res, distributions de prix, etc.
6°

tout latins

Que des disques occitans soient mis le

plus pos¬
instituteurs par la Discothè¬
que départementale et par les éditeurs régionaux.
8° Que, dans les Bulletins pédagogiques de chaque
Inspection académique, quelques pages soient réservées
aux
diverses questions d'ordre pratique concernant
l'enseignement de la langue d'oc.
9° Que les mères de famille s'appliquent à parler et
à chanter à leurs enfants en langue d'oc.
7°

sible à la disposition des

10°

Que soient composées des pièces de théâtre pour

anfants.

Erratum; —Dans l'article de M. René Farnier sur

dans Lo Gai Saber de mars-avril'
lieu de : « Robert Benoît... Mussidan », lire : «
du savant romaniste Ghabaneau, Robert Benoît
majorai et reçut la Cigale de Nontron. C'était
Benoît,

paru

Robert

(p. 28), au
A la mort
fut nommé
en

190Í).

N. D. L. R.

»

�L'Ort dels Trobaires

AI amie Anton in PERBOSC
(per

sos

80 ans)

Perbòsc !

un nom, un òme, un mèstre,
exemple que treluzis
que rciisejn sul campèstre

Un
E

Al

onor

d.e nòstre

Perbòsc !

una

païs.

ôbra sdbeirana

Ont bufa l'èime patrial
Partit del

fogal de Malhana

Sus la granda votz de Mistral.
Perbòsc / una ôbra capitula
Ont nòstres efants pozaran
Lo chue de beltat eternala

Qu'es al fons del Gòt occitan,
Car tôt sô que fa nôstra rasa,
Tôt sô que la met en valor,
Dins sos eserichs a trobat plasa
Pasat, pfezent, avenidor.
Pasat comol de tant de glòria;
Prezent

sorne

:

d'ont sortirem
sa boria

Coma 'n boièr sort de

Aprèp l'isaure, còr valent;
Avenidor plen de mistèri,

rescond darrièr V penjal
qu'apèli e qu'espèri
Per far regrelhar tôt airal.
Naut, dins un cèl sens niboladas,
Tornaran pasar Los Anzèls,
A quels de son libre, à voladas,
Mai brozencs, mai encantarèls.
S'aniran pauzar dins las combas
Mas que
Un solel

�lo

64

Tant

gai saber

frescas dont nos a parlât,
o sus las tombas,

Proche dels vius

Del frau duncas

al semenat.

pèch aíitiu, ò longa plana
Ont, amb el, aimam de trevar,
Per refargár l'ama occitana,
Per veire las meisons levar,
Es aqai que nos dibèm plaire
E nos plegar segond la le
O

,

Del trabal, sus nàstre tepraire,
Comols d'estrambòrd e de fe.

viure
Aquela vida, e sò qu'ai dit
De tu, sò que veni d'escriure,
A mon sens, es mal expremit;
Mas de tant qu'es longa la rega
Ont as, pendent quatre-vints ans,
Agranat e fait bêla plega,
Malaizat à sègre es ton bans.
Sèm fièrs d'èstre, dins ta pasada,
De tos amies, d'aber viseut
Dins ton ombra, dins ta pensada,
Sèm fièrs de t'aber conescut.
O grand Felibre, ò bel Lauraire,
Que longtemps encara, al clarum
De ton engenh, butant l'araire,
Diu nos perlongue ton vielhum.
Amie Perbòsc, as sachut

Frédéric CAYROU.

�GAI

LO

SABER

65

Cantabit qui cantavit

Entre la Patz avenidora
e

la

e

dusca dins lo cèl

Guèrra,

totas tèrras e mars
fin quai sab quora,
consin pensariai pas — ò sovenirs amars ! —
als bordons sus la Guèrra e la Patz qu'à lor ora
son venguts de mon cor à ma boca
espelir ?
Acò 's, remembratz-vos, Lo Gòt del Avenir:
que sus

aura

LO GOT DEL AVENIR

29.VIII.1901, in Lo Gòt occitan Ira ed. 1903, p. 216.
(Aquel poème

es

legit pèr lo majorai Salvat.)

Acà 's

apèi las campanadas blozas,
trefolisentas e gauchozas
clocant à brand, tram pèches e combèls,
l'aveniment tant esperat dels temps novèls

:

LAS CAMPANAS DE LA VICTORIA

11.XI.1918, in Lo Gàt Occitan, 2« ed. 1932, p. 236.
(Aquieî poème

es

legit

per

lo felibre montalbanés

Andriu Mittelhauser.)

0 campanas de la uictòria ! Nôstra paura
Victoria a malvirat coma totas faran

qu'als vièls camins torts los ornes correran.
Que te diziai, Cairon, mon amie, al intrant

tant

de tos darriers sonets

0) ?

(1) Estampèl de Lo Bestiari de la Bòrda, libre de sonets de
Cayrou, 1940.

F.

�66

LO

Atal

va

de solel

GAI

d'aura
en

SABER

en

aura,

solel,

la tèrra dempèi que l'umanitat sosca,
tropèl perdut cercant Io lum dins l'ombra fosca,
à la tant esperada alba qu'espelira
quand i aura plus d'azirs dins los oòrs, quand i aura
plus de batalhas, quand sus totes los terraires
los pòples sauran viure un oòsta l'autre en fraires.
sus

(Aquel

pasage es

legit

Lo sort vira

i

a

per

Frédéric Cayrou.)

lo vent;
ten còp à tota sopacada :
acò 's la fe, « la fe dins l'an que ven

quicòm

coma

que

».

Amies, abètz volgut festejar la plegada
de mos 80 ans, — n'i a pas, coma se dis,
tant per cadun, dins cap de conescut pais,
de l'espelida à la clucacla.
Plan vertat es qu'ai temps que sèm
mai duram aici-bas abcins qu'àm ijos rebonde,
mai de contun i patisèm
del ma je marrimenl qu'aja endolit lo monde.
Venir vièls, venir vièls e pensai• als jovents
que son la vida en flor e suis camps de batalha
son ara o saran lèu per mitions plus vivents !
Joves, vièls, vert e sec, es à bel tal que dalha
la\Mòrt, e i a degun qu'i diga': « Quand voldras.
I a cap de guindolier ciel ôrt o del campas,
autant ablazigat que sia per las torradas,
que se rezinhe en mars à tornar plus florir;
cadun a 1' subrefòrt voler de se gandir
de la mort e de las marriclas malparadas.
Acò 's

coma

la Vièlha

:

abia de

mens en mens

bon

pèd, bon agach, bonas dents :
volia jamai morir. 0 pauïe e triste temps
que lo nòstre ! Lo qu'es vengut à la virada
de

sos

80

de l'alba
"l

ans

tôt

en

soscant al lum

dezempèi milanta

ans

esperada

vei s'escantir dins l'ombra al cèl tôt l'estèlum.

�lo

67

gai saber

sort. Aurai pron

traulat sus la tèrra,
de gauch, ailas ! e tant de dois,
per veire d'òmes fats et fois
très còps i delargar à tôt brand l'orra Guèrra.
Quora respeliretz, estèlas, al cèl fosc ?
Amies, n'ai pas perdut saquelà mon bel sosc
Tal

es mon

ont i

a

tant pauc

de veire borronar la vinha ensolelhada
son ora fara lo vin de la taulada
ont los ornes beuran al Gôt del Avenir.

|

qu'à

Se vòstre èime

e

lo

meu son

per

s'endevenir,

\

fidèls à mantenir sò que val mantenensa,
cap naut, malgrat borrols, auvàris e malans,
trincarem de tôt còr al sosc de ma jovensa,
qu'es demorat lo sosc de mos 80 ans.
Antonin

PERBOSC.

28.III.1942.

Rostre valent iescolae&gt; Jaques Doumerg, jost-econôme del
Licèu de Gojats de Montpelibèr, a organizat una Bibliotèca
esoolaria occitana per sou escabòt de felibrilbons. Pregam
nôstres amies de li mandar, o de libres, o d'argent per ne

(M. Jacques Doumerg, sous-économe au
Garçons de Montpellier).

crompar.

Lycée de

�68

LO

GAI

SABER

DÒL

Sus la

mar

estranja ai fait

un

vïage

Un marrit vïage al païs lenhtan.
Adiul Lo terraire ont bufal'autan,

Fiblant los pibols dins lo miu

vilage.

Aici, de contun, lo «simon» salvage
Brama sa canson sinistra, alertant
Un fum de chacals que se ri van jaupant,
Al recèrc de mòrt

e

de

carnalage.

E l'arena roja à color de
sang
Sembla l'obrador del Orfaure ranc

Fargant pels ma^els d'armas asasinas.
A ! que
A ! que

lèu s'acabe aquel sosc de mòrt !
tornen lèu cantar las au^inas
Jol buf del autan, per ièu, dins mon àrt.
PAUL

Alèp de Siria, Febrièr 1940.

LASSERRE..

�LÒ

GAI

69

SABER

CONTRICION
\

Miserere

nostri, Domine !

Pietat, mon Diu I

Per Nòstra^Dama

Candelhèra

Abèm pas fach los pescajons ;
Nadal pasèt sens revelhons,

Que sèm ara dins

Farem

la misera.

Carnaval de pauriera

Amb 'un mos de pan, sens

grantons ;

Sèm magres del cap als talons
Nòstra malparada es entièra.

:

quel sort qu'es tant pietados,
fargat. Al temps uros,
la
familha, nbstra Fransa,
Diu,

A

L'abèm

renegat, pagans :
patisèm, aquestes ans ...
Que Diu nos tome l'Esperansa

Abiam tôt
Ne

YVAN
Febrièr 19.) 1.

!

CAZOTTES.

�BOLEG ADISA OCCITAN A

LO MAS
pesa

lirica

en

lenga d'Oc, al Teatre del Capitòli.

jogaba, al Teatre del Capitòli de Toloza,
d'Oc. Foguèt una supèrba e élo¬
la Renaisensa occitana, prezidida
pel Senhe Ghéneaux de Leyritz, prefèt régional.
Lo Mas, pèsa lirica en très actes, ôbra, per la muzicae
las paraulas, del Mèstre Canteloube, èra estât donat à Paris
en 1926. Los directors del Teatre del Capitòli, don à Bour¬
guignon e senhe Marquetti, an volgut i estrenar l'adaptacion occitana escrita pel majoral-abat Salvat.
L'afaire èra d'importansia : calia trobar una còlha d'artistas capables de far vattèr, dins; la lenga occitana, aquel
cap d'ôbra del art muzical occitan. Los artistas maniquèron
pas, sia per los cors, ambe las Coralas « Clemensa-Iz aura »
e « Escôla Ninon-Vallin &gt;, sia per los rôlles segondaris e
epizodics, sia enfin per lios primièrs rôlles, amibe Caries
Mouly, Gérard Loup et MJa Polly-Robert.
Aquela ôbra regionalista dins: lo tème — la tèrra perdona
à-n-aquel que l'a abandonada e lo torna aculhir — e dins
lo decôr
ja que se pasa dins lo Carsin — prenia tota sa
valor arabe la lenga del terraire.
Lo 27 de

mars

se

pesa lirica en&gt; lenga
quent a manifestacion de
una

—

CONGRÈS DEL COLÈGE D'OCCITANIA
Lo primièr Congrès del Golège d'Oociianla se tenguèt à
Rodés, jol aflat de la Seccioo locala del Colège. Los amies
del Grel roergat, del Calel del Roèrgue abian engimbat un
programe subrebèl, gracias à Tajuda die totas las Autoritats,
mai que mai del Inspecter d'Academia.
Aici coma se debanèron las Sezilhas de trabalh.
Disate vèspre, prezidensa de Calelhon : rapôrt's del abat
Bournier (Où en est l'enseignement de la Langue d'Oc en
Rouergue ? Que pourrait-on faire encore ?) e del profesor
Saysset (La Langue d'Oc et l'enseignement du latin).
Dimenge rnaitin, prezidensa del Senhe Défaut, Irispeçtor
d'Academia : rapôrts del abat Valat (La Langue d'Oc et
renseignement de la Littérature française), d'Enric Mouly

�LO

GAI

SABER

71

(La Lenga d'Oc à 1'EscòÌa prknaria) et de Calelhon (La
Langue d'Oc et la formation des élèves-maîtres).
Dimenge vèspre, prezidensa del abat Salvat : Discorses
del Senhe Défaut, Inspector d'Academla (L'Enseignement
de la Langue d'Oc) e del Senhe Enric Bousquet, prezident
de la iSocietait de Letras, Ciensa® e Artsi del Avairon (Le
retrouvement de la Langue d'Oc) ; vòts del Congrès; discors
dJe clôtura per l'abat Salvat.
Las sezilhas acampèron, respetivament, 120, 140, 240 audltors : inspectons, directors del Ensenhament, directors e
profesors de seminaris, licèus, colèges, regents, escolans
e amies del Colège d'Occitania. Aprèp la lectura de cada
rapôrt, la disicusiion èra menada per l'abat Salvat, e permetèt mantas intervencions de grandi interès.
Esperam que l'amor de nôstra lenga sera dins lo Boèrgue
encara mai fort e fegond aprèp
de jornadas fervorozas
mezas jol patronage del abat Bessou (Cinquantenari del
poème Del Brès à la Tomba), de Prosper Estieu, Antonin
Perbosc, e de l'Academia dels Jòcs Floral®.

DISQUES

OCCITANS

Lo bèl cantair\e roergat
a

enregistrât

sus

Loïs Viannenc, del Opera-Comic,
disques Lumen un a tièra dels plus célébrés

cants del terrador

,

:

1. Jol pont de Mirabèl.
2. Bre'sairòla (abat Bessou).
3. La Filha del païzan.
4. Nadal de Requistà.
5. Lo regrèt de Lizon.
6. Lo Boièr.
7. Mon Anneta.
8. Lai tornarem plus.

En

froncés :
9. Adieu, belle ïsabeau.
10. La chanson du pêcheur.
Cada disque ten dos cants, e es vendut 20i frs. {port en
sus) 1. Per los receure lèu-lèu, s'adresar directement à « Mon¬
sieur Viannenc, de l'Opéra-Comique, place Nationale, Villefranche-de-Rouergue (Aveyrori) ».
Los Canlaires de Godolin, bailejats à Tioloza pel mèstre
an un programe de cant excluzivament lengadocian. Los 8 e 15 de febrièr, prestèron îor ajuda à de vespradas organizadas à Cunhaus e P or t e t-sus-Garona al bene-

Fonvieille,

�Règles de Phonétique Occitane
i* VOYELLES.

accentué

-

seul

a,

—

ou

dans le corps

d'un mot,

français ; mais s'il
constitue une terminaison, féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et o, suivant la région
e sonner comme é fermé français, et è comme è oaT'en français ; — i équivaut à i français ; — u égale¬
ment ; mais, après une voyelle, il a le son on fran¬
çais ; — ô ouvert se prononce comme o français, et
• fermé comme ou français.
ou

non, sonne comme a

2° G9NS0NNES.

suivi de
c

devant

comme
comme
n

—

est

—

b,

c,

d, f,

g,

j, l,

m, n, p, q

( toujours

u),
e

r, s, t, z sonnent comme en français ; mai*
et i est sifflant comme s français; — j sonne

tz, dans certaines régions; — m se prononce
n à.la fin de la i" pers.
du pluriel des verbes ;

muet, sauf quelques rares exceptions, à la fin

des substantifs ; — r est souvent muet à la fin dessubstantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi

qu'à l'infinitif;
muet à

des

s est toujours dur et sifflant; — t est
participes présents et de la plupart
meut; — v sonne comme b, sauf en Pro¬
—•

la fin des

mots en

vence.

3° GROUPES. —"ch, îh, nb

Vient de

paraître

se

prononcent: tch, ill, gn.

x

Las Oras luscralas
(Les Heures crépusculaires)
(in-8,

152

p.)

Sonnets de PROSPER
et

Le

ESTIEU, avec traduction française
portrait du poète. '

prix de Las Oras luscralas ( 60 frs. les ex. de luxe nu¬
frs. les autres ) sera acquitté dans les huit jours
■après réception, par chèque postal, pour éviter les frais de re¬
couvrement (port en sus).
'
mérotés et 25

�</text>
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          <name>Relation</name>
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              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/b5e24c1d7d7cc98f0729b44c607d261a.jpg</text>
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          <name>Is Part Of</name>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>1 fasc. (pp. 76-130, 50-71) ; 22 cm</text>
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              <text>19..</text>
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          <name>Description</name>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
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              <text>Bergue, Paul (1866-1948)</text>
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              <text>Trouette-Valadon, Robert</text>
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              <text>Paulin, Louisa (1888-1944)</text>
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              <text>Serra i Baldó, Alfons</text>
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              <text>Brazès, Edmond (1893-1980)</text>
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              <text>Rey, Etienne</text>
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              <text>Tricoire, Raymonde (1899-1994)</text>
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              <text>Calelhou (1891-1981)</text>
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              <text>Praviel, Armand (1875-1944)</text>
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              <text>Cayrou, Frédéric (1879-1958)</text>
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              <text>Perbosc, Antonin (1861-1944)</text>
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              <text>Cazottes, Yvan</text>
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              <text>Bibliotèca</text>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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