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                  <text>24* Armada

N° 207

Julhet-Agost 1943

Gai
Saber

Lo

Rc'isia de VESCOLA OCCITANA

Dis Aup I

Pîí*enèu

F. Mistral.

TOLOZA
1-4,

Carpîèra

çî&amp;lœ

Arts, 1-4

Lo

numéro:

�SABER

L.O GAI

Revista de l'ES COLA

L,ibrarla Privât,

ADMINISTR/VOION :
14,

OCCITANA

Carrièra dels Arts, TOIUOZA Fransa

Abonaments

:

:

un

an

O. C. Toloza 1673
.

Estrange : un an

.

.

.

.

20 fr.

30 fr.

ENSENHADOR
del N° 207

( jnlhet-agost 1943)

prix réservés aux

Les nouveaux
Félibres par
Floraux.

1 Académie des Jeux

loan de MONTSEGCR :

Los Centenaris

Occitans.

Abbé A. ROUSSILHE :

Libre de Tobias

Armand PRAVIEL :

Jules
Inli CUBAYNES:

(traduit par l'abbé

Cubaynesj.

Benedicite.
Fieras d'an tan.

La DIRECTION :

Distinction.

Charles ROL'SSELY :

Le

La DIRECTION :

Cri-Cri

:

Félibrige en captivité.
Correspondance de captivité ( Delmas, Baudouy, Raynaud, Maris,
Prunet, Toulze).
Bolegadisa Occitana.
Lo Teatre d'Oc.
Lo

Colège d'Occitania.

BURÊU DE L'ESCOLA OCCITANA
Antonin Perbosc, capiscòl ; j.-R. de Brousse, Juli Cubaynes,
Maurras, jos-capiscbls; Armand Praviel, clavaire;

Caries

Jozèp Salvat, secretari; Joan Séguy, secretari-adjunt.
Filadèlfa de Yerda, Lois Tuérok de Montaugé, Joan Ladoux,
Amiral d'adhémar de Cransac,

conselhèrs.

Sibra, jos-capiscól dels Grilhs del
Bousquet, capiscôl de l'Escàla Rochegude;
Paul

Lauragués; Jórdi
Fernand Aubert,

capiscôl de la Campana d'Agot; Joan Girou, capiscôl de l'Escola Audenca; Teofile Ferrie, capiscôl de VEscàla d'Autpol ;
Elia Lagarde, capiscôl de VEscàla Dam Vaissete ; Calklhon,
capiscôl del Calelh del Roèrgue, conselhèrs.

�Lo Gai

Saber, n° 207

jolhet-agost 1943.

NOUVEAUX PRIX
RÉSERVÉS AUX FÉLIBRES

LES

PAR

L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX
L'année 1943 marquera une date

importante dans

reprise progressive, par l'Académie des Jeux Flo¬
raux, de ses plus anciennes traditions. Sur les conseils
de notre vénéré Capiscol Antonin Perbosc, sur les pro¬
positions des majoraux Rozès de Brousse, président
de la Commission de langue d'oc, et l'abbé Joseph Salvat, l'Académie, qui, depuis 1895, avait rendu « aux
félibres les fleurs d'Isaure », suivant le mot d'Arnavielle, et en avait, depuis 1919, homologué la distribu¬
tion à celle des fleurs françaises, a étendu encore aux
écrivains occitans l'ensemble de ses autres prix. En
la

voici le détail

:

prix de poésie Fabien-Artigue (10.000 francs)
Sylvain Toulze. Sera
de nouveau attribué dans quatre ans, soit en 1947, à
un poète occitan.
Mais dans l'intervalle seront encore offerts aux féli¬
Grand

décerné cette année à M. l'abbé

bres

:

grand prix de prose Fabien-Artigue (5.000 francs)
qui alternera tous les quatre ans, soit eń 1945,
1949, etc..., avec le grand prix de poésie. Il sera destiné
à récompenser un ouvrage en prose, soit en oc, soit
en français sur des questions d'histoire, de philologie,
de pédagogie occitanes;
Le

Le
mes

prix Pujol de poésie (3.000 francs) sur des poè¬
à la gloire de Toulouse et de sa

driennal

comme

1946, 1950, etc...

les

région. Prix qua¬

précédents. Prochains concours :

�LO

350

GAI

SABER

Enfin le prix triennal de la Violette d'Or, fondation
Roquemaurel, sera réservé chaque sixième année à un
ou plusieurs poèmes occitans : 1947, 1953
...

Ainsi donc, l'Académie attribue dès à présent sur

dehors des fleurs traditionnelles, dont
d'augmenter, 18.000 francs de
prix en espèces, sans compter les prix d'Académie que,
même en dehors de tout concours, elle n'a jamais re¬
fusé aux félibres qui lui soumettaient des œuvres di¬
gnes d'intérêt. En agissant ainsi, avec la pleine appro¬
bation de son éminent secrétaire perpétuel l'Amiral
d'Adhémar, elle estime répondre aux intentions les
plus chères de ses lointains fondateurs, et au désir de
son illustre Protecteur, le Maréchal de France, Chef
de" l'Etat français.
son

budget,

la valeur

en

ne

cessera

Armand PRAVIEL.

LOS

CENTENAR1S

OCCITANS

1843.
Lo 9 de julhet. nais à Bezièrs Frédéric DONNADIEU, que sera majorai del Felibrige, e escriurà, demest
í'òrsa d'ôbras, Les Précurseurs du Félibrige.
—

Joân

de

MONTS EGUR.

�LO

GAI

SABER

'351

LIBRE DE TOBIAS
(Traduit

par

l'Abbé Iules CUBAYNES )

La Bible est un livre sacré. Tellement sacré, eût dit
Voltaire, que personne n'y touche. En réalité, depuis
qu'il y a des lecteurs — et qui lisent — la Bible a
toujours eu ses fervents. On sait le profit littéraire
qu'un Victor Hugo a retiré de sa fréquentation. On
admet qu'un Paul Claudel lui doive de faire figure de
patriarche, presque de prophète. On ignore trop les
puissances d'émerveillement et d'enthousiasme que ses
vieilles pages suscitent en de jeunes cœurs passionnés
de justice et de pureté.

N'empêche que beaucoup de gens, même cultivés,
professent pour la Bible ce qu'on pourrait appeler un
respect excessif. La Bible, c'est l'honneur de leur bi¬
bliothèque, un livre aussi haut placé dans leur estime
que sur son rayon, mais ce ne serait qu' « un pesant
faix entre leurs mains ». Ainsi jugent-ils, et ils rou¬
vrent le dernier roman-fleuve de

bien plus

l'entre-deux-guerres,

léger à tous égards.

Pour détruire

ce préjugé paresseux, que faudrait-il ?
peut-être — aux grands maux les petits re¬
mèdes
de morceler le bloc redoutable, de le diviser
en autant de
fragments qu'il présente naturellement
de parties, puis d'offrir à la méfiance instinctive du
lecteur, non plus un ouvrage de la taille des Sommes,
mais une série de petits volumes d'extérieur attrayant

Il suffirait
—

et de contenu savoureux.

\

Le Colège d'Occitania

a

donné le modèle du

genre

0

�LO

352

le jour où

GAI

SABER

il a édité le Libre de

Tobias ('). Le volume

cinquantaine de pages, mais des mieux
venus avec sa couverture verte familière aux amis du
Gai Saber, son papier de qualité exceptionnelle en nos
temps d'ersatz, surtout l'agréable netteté de sa pré¬
sentation typographique. Ce sont là des mérites secon¬
daires, mais qu'il est bon de signaler. N'est-ce pas à
de tels détails qu'on reconnaît « l'ouvrage, bien
faite » ? Péguy le croyait, qui tenait tant à ces
est

petit,

une

détails-là.

grande his¬
les grands,
édifiante et charmante comme un chapitre de la Lé¬
gende Dorée et véridique par surcroît. On y voit com¬
Ce beau

toire,

une

petit volume contient une belle
histoire pour les petits et pour

méconnue, même
de cet homme, comment cette vertu se
comporte dans le malheur des temps et dans le mal¬
heur tout court, enfin comment elle reçoit sa récom¬
pense — une fois n'est pas coutume — dès cette vie.
On y apprend, à travers une suite de croquis pris sur
le vif, comment vivait, il y a vingt-cinq siècles et plus,
une famille curieusement semblable à nos familles ter¬
riennes, — depuis le train-train familier de tous les
jours jusqu'aux solennelles réjouissances d'un jour de
noces qui durait, en tout bien tout honneur, une bonne

ment la vertu

d'un homme peut être

par la femme

On y relève, presque à chaque page, des
précieuses pour la conduite de la vie —
même de la vie moderne —, qu'il s'agisse de piété
filiale, de justice et de charité, ou des conflits entre
la loi de Dieu et la loi des hommes. On y trouve même,
avant l'Evangile, une « théologie chrétienne de la dou¬
leur » et, avant saint Paul, une théologie chrétienne du
mariage, le tout en formules d'une élévation et d'un
relief étonnants. C'est assez dire l'intérêt que prendront
à cette lecture l'amateur de romanesque et l'amateur

semaine !
maximes

(1) Abat Juli

Cubaynes: Libre de Tobias (traduccion occitana).
carrièra de la Fondaria, Toloza, 1942 ( iỳ

Colège d'Occitania, 31,
frs. franco).

�LO

GAI

de réalisme,

simple

«

SABER

lé psychologue et le moraliste
honnête homme » (2).

353

comme

le

Toute cette beauté était

depuis longtemps à la portée
public de langue française ou latine, voire grecque
ou arménienne. Mais nous autres,- entre Rhône et Ga¬
ronne, nous espérions vainement l'entrée de Tobie
dans notre littérature. Ainsi la mère du jeune voya¬
geur l'attendait tous les jours sur la montagne. Or,
grâce à l'abbé Cubaynes, voici enfin Tobie chez nous,
« avec tous les serviteurs en bonne
santé, avec les trou¬
peaux et les chameaux », sans oublier le chien si bien
disposé à nous faire fête... Et tout ce monde — les
bêles comme les gens — a conservé dans le hasardeux
passage de la Vulgate à l'occitan une aisance entière et
un
naturel parfait. Habileté de notre traducteur ou
vertu de notre langue ? Les deux certainement, et l'on
serait mal venu à tenter de départager les mérites.
Mais ceux du traducteur ne sont pas les moindres.

du

Traduire est

une besogne beaucoup moins ennuyeuse
plus
ardue que ne le croient communé¬
beaucoup
ment les potaches. Il faut de la sagacité, le sens de la
couleur et de la nuance, une patience inaltérable, un
respect scrupuleux de l'œuvre originale. Quand on pos¬
sède ces qualités et plusieurs autres, notamment une

et

connaissance

approfondie des deux langues en pré¬

peut s'attaquer à cette redoutable quadra¬
ture : obtenir, sans rien perdre du sens, la spontanéité
de l'expression. Manquer à l'un ou l'autre de ces
points, c'est commettre, au nom de la vérité, les pires
platitudes ou, au nom de l'élégance, les pires menson¬
ges. Deux péchés également graves.
sence, on

L'abbé
dans

ces

(2) C'est
Libre
de

ce

Cubaynes est trop bon moraliste pour donner
faiblesses. Il sait depuis longtemps — depuis

assez

dire, et beaucoup trop, quand la préface du
si finement l'intérêt éternel et actuel

de Tobias analyse
chef-d'œuvre.

�LO

354

GAI

SABER

Las Georgicas et les Sants Evangèlis (3)

— éviter Chatomber dans Scylla. Que si l'on veut des
preuves, il suffira de prendre dans la Vulgate quelques
fragments et d'examiner ce qu'ils deviennent respecti¬
vement dans le français — d'ailleurs honorable — de
l'abbé Crampon et dans l'occitan de l'abbé
Cubaynes.

rybde

sans

Voici l'antisémitisme

de Sennachérib (Ch. I, v. 8)
Cum filios Israël exosos haberet in conspectu suo...
« Comme ce prince avait une grande haine contre
les enfants d'Israël... »
Aqueste podià pas veire de
cap de biais los efants d'Israèl. Voici la dignité de vie
de Sara (Ch. III, v. 17) : Nunquam cum ludentibus
...

...

—

miscui

neque cum his qui in levitate ambulant,
participem me praebui, — « Jamais je n'ai fréquenté
les jeux folâtres et n'ai eu de commerce avec les hom¬
mes de conduite légère. » — Jamai non me soi mesclada amb los que se divertison; jamai non me soi
facha dels que vivon sens retencion. Et voici l'inquié¬
tude du vieillard (Ch. X, v. 3) : Coepit autem contristari nimis ipse, et Anna uxor ejus cum eo. — « Il com¬
mença donc à s'attrister beaucoup, lui et Anne, sa
femme.» —Se daisèt donc ganhar pel pensament eAnna
sa femna fazià coma el. Enfin
voici, pour clôre digne¬
ment la série, la joie démonstrative du bon chien
(Ch. XI, v. 9) : Tune praecucurrit canis, qui simul fuerat in via, et quasi nuntius adveniens, blandimento
suae caudae gaudebat. — « Alors le chien
qui les avait
accompagnés dans le voyage courut devant eux, comme
pour apporter la nouvelle, caressant de la queue et
tout joyeux. »
Alavetz, lo can que los avià seguts
dins lor viatge lor pasèt davans coma per portar la
novèla e bolegava la coa, de tant content qu'èra.
La

me :

cause

est entendue. A

moins qu'on n'accuse la

(3) Vergèli : Las Georgicas. Traduccion occitana per Juli Cu¬
baynes. Edicions de la Galaria d'Oc, 7, Carrièra de las Lèis,
Toloza.
S. Matin, S. Marc, S.Luc, S. Joan : Sants Evangèlis.
Trad. Juli Cubaynes. S. E. 0., 1932.
—

�LO

GAI

SABER

355

partialité des citations ? Il est à la portée de chacun
d'instituer des comparaisons différentes. C'est un exer¬
cice de tout repos

— pour le critique, pour Tobie et
l'occitan de l'abbé Cubaynes. On trouvera partout
la même langue, tantôt forte sans raideur, tantôt sou¬
ple sans faiblesse, toujours franche et primesautière.
On ne sera pas surpris de constater la même vertu
tant dans la courte préface que dans les notes, les¬
quelles ont le mérite rare d'éclairer le lecteur dans les
passages difficiles sans l'importuner ailleurs...

pour

De contenu savoureux,

d'extérieur attrayant, le Libre

de Tobias a bien des titres à devenir le chef de file
d'une précieuse série. A quand le Libre de Jôb ou le

Libre

de Ruth ? L'abbé

Cubaynes n'est

de ceux
d'Occitania,

pas

que l'pn prend sans vert. Quant au Colège
où trouvera-t-il de meilleurs textes pour

ses

« esco-

lans » ?... Mettre à la disposition de notre jeunesse —
dans cette noble langue qu'il n'est plus possible de
lui interdire
les plus beaux chapitres du plus beau
des livres, c'est une entreprise qui n'irait peut-être pas
—

sans

risques, mais quel magnifique acte de foi
vèn » !...

«

l'an que

Abbé A. ROUSSILHE.

dins.

�L'Ort dels Trobaires

BENEDICITE

E donc per que

de ieu lo vos, lo cantarai,
cor de
prèire, aquel relai
lau^ensa universala !

trescolat
de la

en

mon

O causas

majas
a trachas,
e dont a dich
qu'èret\ caduka digna d'el,
benc^isètq lo que vos porta en sa pensada :
« e Dieu
vejet qu'acòs èra bon»
(')
Tu, solel,
sià que candejes dins l'estèla de roqada
o que rosejes sus
Vespiga e lo ra^im,
sià que fagues tustar lo sang à nòstre
timp
o nos botes la
jòia als els e dusca à Varna,
ò tu, simbòl de tôt sò que
bre^ilha o crama
freulas que d'un mot del

o

nonz-res

el

—

...

de sécréta fervor en nos-aus,
«

Aquel dont

coma

bcneqis

tu la facia

trelu^is

»

/ (2)

E tu, l'astre menor, qu'en lo silenci
paumas
lo teu caste polon suis brausèls e las rau^as,
luna dels sers de mai, tu qu'as embelinat
tantes de somnis de
tu dont
« en
—

e

jovent

e

de mainat,

l'arquet, segond l'Escriptura, se clina
biais d'escabelon jols pes de la Vergina
(3):.
vos-autras que perlejat% al cèl seren

�LO

dont

GAI

SABER

357

dich

qu'un jorn seretq «. dot\e de reng
e cauqidas per faire
à Ventorn de son front corona à nòstra Maire», (4&gt;
bene^isèt^ Aquel dont la man vos atrais

e

es

botadas à

L'espart

dins los vòstres draiòls de mistèri

e

de rais

:

E

beneqisètq-lo tant-ben dins los espacis,
plovina e marsencada e granisada, aigasis,
qu'à las terras donat% vida e verdejadis ;
—

e

tu, l'isaure, dont l'alena s'asiaudis

dins lo

mofle felhum de las grevas, ci\ampas,
e vents folets
que derocatf, enferonits, còtas e tampas;
tu l'elhaus, tu la tronoirada en
esclapets
dont en sas prigondors rebombis lo campèstre,
bene^isètq d'un laus sens fin lo Subre-Mèstre !
E vos-aus qu'ai tinèl de l'annada fielatq
l'ans dels jornais e dels trabals e tios
balhatf
la n'eu, la flor, lo pan, la frucha, armonïo\a
redonda que jamai se romp ni se desnoqa,
ò me^es e savons de l'annada de Dieu,
aquel Dieu, cantatq-lo tôt à masa ambe ieu !
autas, plojals, vents de soledre

—

Tenebras que portatq repaus

al trabalhaire,

sujorn al pastorèl de la prada e del frau,
pensament al descaminat, gèrs al malaud,
espaventa al morent ; — e tu, lo dolse esclaire
qu'à totes tòrnas audi e vòia e n'ou esper,
tu que de la primalba à la luscror del ser,
de las nivols de Vaire à l'algue gòt del lire
es coma se de Dieu retraqiàs lo sorrire,
A quel qu'a dich « soi ieu la Lutq e V qu'à ieu ven

�358

LO

lènc de tota

GAI

SABER

escuror aura

lo lum de vida »,

(?)

tu, Vesclaire, aquel Dieu, bene^is-lo tant-ben !
E

bene^iset^-lo dins la nauta espandida,
fraires d'aquel (6) ont pregava lo Crist
al manne de la nèch, fraires de V que l'a vist

ò monts,

los brases alandats s'ennairar de la terra ! (7)
E

bene^isèt^-lo, tota mejana-sèrra
que la prima vestis de sa joina esplendor :
es una coma set% vos-autras (mas pielada
e
nuda) qiï au^iguet la darrièra cridada
e
beguèt glop per glop lo Sang del Redemptor : (8)
—

E

bene^isèt^-lo, tôt sò que brelha o raisa,
probaina e brotona e fòlJia e buta en gaisa
e, mai que tôt, vos-aus la vinha e lo froment
dont lo fruch, à l'autar, de mas rnans ieu Vofrisi
amor que vèngue dedins l'òStia e lo calici
que

lo Crist real

E

e

vertadier, lo Crist vivent !

laugat^-lo, fonts

e torons, do^es e po^es
al temps dels patriarcas, arremo^es
sabeuran lo bestial de bòria, ont van po^ar
ont

las

coma

femnas,

coma

als jorns de la Samaritana !

Am ieu

apariat^-vos tant-ben per lo lau^ar,
plumes rajolant dins los plecs de la plana
am las cordadas de pibols à cada tap :
es d'un coma vos-aus que lo Crist sus son cap
resachèt l'aiga del Baptisme !
E tu que plègas
ò

—

�LO

GAI

ro^igas la terra ont

SABER

359

los umans,
dels cupes auragans,
descadenats, t'aufègas
e
pèi t'amai^as dins la patq de ton a^ur,
que ton on^ada à pena, bòta son murmur

e

corron

iu que dins Vesfraior
tal un vòl de démons

e son

blanc corduret de bruma

sus

la salila

(nimai

encara l'au^iguèses, la paraula
quel que comandava als vents coma à la mar » )
beneqis-lo, ton Dieu e Mèstre, dins Valarg
de tos blaus ori^ons e dedins los abises
ont, coma un grand dolent, sens relambi clusises!
d?A

E vos-aus,

companhons de nòstra vida, autels

que poplat\ de causons e de niucs los cabèls,
dins lo relai.de vòstras montas e davalas

benefsèt^ A quel

que s'es apariunat
quand tenèt% caudet e mitonat
lo vòstre car e.freule escauton jos las alas / (10)
à

vos-aus

E vos-aus, los

parels à Varada, e vos-aus,
debe^a e lo clans,
bene^isèt^ lo que, fach òme, v enguet naise
entre l'a^e e lo biòa dins la
grepia de fraise,
Aquel qu'estent VOmnipotent e lo Senhor,
nos a permés de
l'apelar « lo Bon Pastor (n)
qu'aima e coneis totas sas oelhas e las mena
e dont la
jòia à plec solament sera plena
comola e refofanta e sens ombra, lo jorn
ont non i aurà qu'un sol tropèl, un sol Pastor !
los escabots trevant la

Tirât d'Orne de Dieu.

»

JULI CUBAYNES.

(i) Genèzi, I. 10, 12,18, 21, 25, 31. (2) Matt. XVII, 2. (3) Apoc.
1. (4) Apoc. XII, 1. (5) Joan. VIII, 12. (6) Luc, VI, 12. (7)
Mont dels Oliviers. (8) Lo Calvari. (9) Matt. VIII, 26.
(10)
Matt. XXIII, 37; Luc, XIII, 34. (11) Joan. X, T4-16.

XII,

�3Óo

LO

GAI

FIÈRAS

Tota

SABER

D'ANTAN

vida s'èra carrai de

trafiquejar lo bestial :
prèisa dels trabals un bocin repazimada, se
tenià pas fièra de Cajarc à la Fr'anceza, de Verfèl à
Catus, sens qu'el i foguès amb son bastonàs à manada
e corretjas de cuèr, sa biauda de satineta negra
barrada
sul davans coma un camiàs e son capèl à largas alas.
Costa el, totjorn, la Lobeta, una polida canha, bona
e amistoza, plan onglonada, plan marcada, liza e lusa

tant-lèu la

zenta

coma un

mirai amb

una

estèla

rosa

sus

cada èl

regada blanca qu'i davalava de la maisa dusca
al brusc (') — e coma friutava e fringava, la paura
bestiôta, quand son Mèstre, tôt endimenjat, s'engulhava
sus la rota granda !
e

una

Enlai pels fierais èra lo mercandejadis rie à rie, pe¬
seta per

peseta, de gaire ardit per ardit. El de sa ma(2) tastava e bolegava anhèls e vacius,
bezòcas (3), tersonas e mairals, tôt acòs acantonat entremèch las cledas. Pèi, quand avià barrat mercat e
raiat à la greda verda sa cauzida, aut, aqui lo vinatge
pagat pel vendeire al cabaret !
nasa

tota surge

Plan mendra cauza,

pecaire : un talhon de bulit o
fromatge de forma o un
parel de cabecons (4) azagats amb qualques veirats
d'un vin negre coma d'encra, quite de se n' boisar los
pòts amb lo desus de la marga...
de cap-presat, una fèlha de

(1)
(2)
(3)
(4)

poitrail.
suint.
brebis de deux ans.
petit fromage blanc

dit

«

de Roc-Amadour

».

�LO GAI

SABER

Vinatge acabat, sul cornet de la taula lo compte se
reglava : acòs èra, alavetz, aqui tôt siaud, los escuts
acastelats, las pesetas blancas apiladas, los « lovidôrs » enrengats — amai de
vegadas, dòs o très sòunas
doplas botadas à l'espart per estrenar la pastrona.
Sul solel-colc, sovent, avià pas encara dezenfierat e
saquelà calià far las quatre o cinq oras à pè amb una
plena rota de bestial, tôt acô bialant, se degalhant, se
virant à cada pasador...
Brava Lobeta ! coma i eseovenià à governar tôt aquel
mondatge ! Coma ambe biais l'agrumeiava sens l'afloquejar e lo butava sens l'afalenar : n'avià, pracò, los
caisals totes lana

en

dintrant al Mas...

Juli CUBAYNES.

�3Ó2

JLO

GAI

SABER

DISTINCTION

Nos escolans et
notre

nos
amis se réjouiront d'apprendre que
jos-capiscòl l'abbé Jules Cubaynes vient d'être nommé

chanoine honoraire.

Nous n'avons pas à faire l'éloge de l'abbé Cubaynes, tra¬
ducteur de "Virgile et de la Bible, que les poèmes de La tèrra
e VOstal ont classé
parmi les meilleurs écrivains occitans de
la

génération actuelle, et qui prépare
tique sur le sacerdoce, Orne de Dieu.
Nous

ne

la lettre de

saurions mieux faire que
son

un

grand poème

mys¬

de donner le texte de

évêque.

Cahots, le

25

juin

194J

Cher Monsieur le Curé,
Les

poètes vivent ordinairement

humaines. Mais les lecteurs
et

en

des contingences
tiennent

plus
nous
vous

honorer dans la
a

au dessus
les auditeurs

trop honoré le clergé che\
dehors de che\ nous pour que je ne songe pas aussi à

facilement compte.

Vous

mesure

de

ou

mes

moyens.

De plus ce m'est une joie personnelle
écrit « l'Homme de Dieu ».

de penser

Aussi je vous demande de bien vouloi#
de chanoine honoraire de la Cathédrale.

Je pense que tous
d'autres

vos

en

ave\

au

prî'tre qui

accepter le camail

confrères s'en réjouiront, et beaucoup

avec eux.

Veuille\ agréer, Monsieur le Chanoine,
sympathie.

cordiale

mes

sentiments de

Paul Chevrier,
Evêque de Cahots.
A l'abbé Cubaynes, maître ès-Jeux Floraux, mèstre en Gai
Saber, VEscòla Occitana est heureuse d'offrir ses félicitations.

LA DIRECTION.

�LO

LE

GAI

FÉLIBRIGE

SABER

EN

063

CAPTIVITÉ

Oh ! vène leu; ai per te

plaire
Ço qu'as aima dins toun pais;
Despiei Touloun jusqu'à Bèucaire
Moun terraire

es

un

paradis,

Aberi.enc, 1874.
La Patrio es aqui ount sias touti countent,
Surtout quand perdounas li
fauto d'autri lems.

Dumas, 1858.
Ainsi donc, c'est vrai : j'ai retrouvé la
France, et,
dans la France, notre Occitanie. Au moment où le train
sanitaire

qui nous ramenait franchissait la frontière,
les sentiments qui gonflaient mon cœur étaient si di¬
vers qu'il me serait difficile de les
analyser. Pourquoi
l'essayer d'ailleurs ? Ne vaut-il pas mieux s'abandon¬
ner délibérément au
caprice des sensations et des rêves

qu'ils engendrent? Le ciel était gris. La Patrie

nous

ap¬

parut profondément belle et infiniment triste. Elle évo¬
quait pour moi une mère très chère qui, retrouvant ses
enfants après une très longue et bien pénible

absence,

toute accablée des deuils qui l'ont
frappée, et
des malheurs qui l'ont meurtrie, essaye pourtant de
leur sourire du fond de ses beaux
yeux encore tout em¬
plis de larmes. Et puis, au départ de Lyon, dans le train
qui me ramenait vers notre terre pyrénéenne, descen¬
dant la vallée du Rhône, c'est sur la Provence de Mis¬
tral que j'ai vu le soleil se lever pour nous présenter
dans une apothéose de lumière la tèrra
encore

pays

mairenala, le

d'Oc.

La Provence

: Valence, Avignon, Tarascon, et puis
le
Nîmes, Montpellier, Sète, Carcassonne,
Toulouse. Oh ! Bel Empèri dóu soulèu ! Dans une folle
griserie, mes yeux buvaient à pleine coupe tes nobles

Languedoc

:

�3&amp;4

LO

GAI

SABER

lignes et tes éclatantes couleurs. Mon pauvre cœur si
à tout rompre dans une poi¬
trine que je comprimais. Patrie deux fois bénie ! Ceux
qui ne t'ont jamais perdue ne peuvent pas savoir, ne
peuvent pas comprendre : c'est à la fois trop beau,
trop cruel et trop grand. Et à cette heure unique, c'est
à vous, mes frères de captivité que j'ai laissés là-bas
sur la terre étrangère et lointaine, c'est à vous que j'ai
pensé. Dans notre profonde communauté, chacun de
nous n'a-t-il pas pris un peu de chacun des autres et
avec moi, par moi, n'était-ce pas un peu de chacun
de nous que je ramenais à notre commune patrie?
A vous tous, chers félibres qui me lirez, je voudrais
essayer de dire en quelques lignes ce que nos frères
captifs de YEscòla dels Embarbelats ont fait et font
chaque jour pour le Félibrige et l'Occitanie.
En juillet 1940, je me
trouvais seul félibre à
l'Oflag XII B à Mayence. Je fis quelques causeries sur
notre œuvre et sur notre grand maître Mistral et, avec
des amis mièjornals, nous donnâmes quelques concerts.
Mais, dès le mois de décembre, nous fûmes dispersés
et je fus envoyé à Lubeck, Oflag X C. Là se trouvait
le mèstre en Gai Saber Miremont. Depuis deux mois il
avait créé une Escòla. Autour de lui étaient groupés
de nombreux camarades appartenant à toutes
les
maintenances et qui déjà travaillaient ardemment à
leur formation félibréenne. Tout d'abord, M. le lieute¬
las et si douloureux battait

nant-colonel

Roman,

M. Barthe, avocat

provençal, qui était capiscòl;

à Toulouse, qui présidait le groupe

régionaliste des &lt;&lt; Occitans » réunissant toutes les pro¬
vinces d'Oc; M. Barriéty, inspecteur des Eaux et Fo¬
rêts en Gascogne; Sautel, notaire de l'Ardèche; Morin,
instituteur à Tarbes; Maury, agrégé d'histoire, du Li¬
mousin; Vayrette, professeur au Séminaire d'Albi, qui
fut le premier cap élan de VEscòla; Sanson, instituteur
à Perpignan; Mordant, pasteur à Cannes et d'autres
de partout que je ne puis nommer, car ils sont trop
nombreux : une soixantaine d'escolans. Je pris place
parmi eux.

�LO

GAISABER

365

Là, dans des conditions matérielles très difficiles, du
se fit qui devait porter de beaux fruits ; études
de la langue, de la littérature, de
l'histoire, de Part des
pays d'oc; deux séances plénières par semaine, des tra¬
vaux, cours et discussions de commissions
chaque jour.
C'est là que nous célébrâmes la première SantaEstèla de captivité : cérémonie combien
simple, mais
qui revêtit pour nous un caractère combien noble et
grave. Il y eut même des Jòcs florals, fort réussis avec
de nombreux
envois de poésie., prose, proverbes, ce
dernier doté d'un prix de 100 cigarettes par le
capi¬
taine Barriéty. Celui-ci fut le grand
vainqueur de la
journée avec une traduction, dans le texte allemand,
de « Blanche Neige » de Grimm.
travail

En mai

trouvâmes

1941, changement de camp. Nous nous re¬
au camp de
Fishbeck-Hambourg, Oflag X D.

L'Escòla maintenant très bien organisée travaille
régulièrement. De nouveaux camarades qui ont été
joints à nous se font inscrire à 1 'Escòla.
Nous terminons l'étude de Mirèio commencée à Lubeck Le lieutenant-colonel Roman fait une présenta¬
tion des œuvres en vers de Mistral.
Maury fait des
conférences sur l'histoire et l'architecture occitanes.
Une commission étudie la graphie, une autre la pro¬
pagande. Un nouvel escolan, Arati, d'Aubagne, archi¬
tecte diplômé, fait même un projet de palais du Félibrige avec plans et maquettes splendides qui provoque
l'admiration de tous les officiers prisonniers. Un autre
escolan, Pénent, de Lézat (Ariège), est devenu le
grand animateur du théâtre du camp. C'est là que fut
célébrée la deuxième Santa-Estèla de captivité. Un
grand malheur venait de m'atteindre dans mon péni¬
ble exil qui me laissa le cœur brisé et l'esprit affolé,
m'obligeant à suspendre mon activité. Mais, dans ma
douloureuse retraite, les échos de la brillante fête des
félibres me furent un doux réconfort. Il y eut de nom¬
breux prix de littérature et d'art. Une messe pleine de
solennité et de ferveur, une présentation bien vivante

�366

LO GAI

SABER

de chants et danses de chez nous, et enfin un modeste

goûter qui remplaça la taulejada et qui, grâce à deux
escolans Bemontrond, du Tarn, et Laval, du Lot, fut
particulièrement réussi.
Pourtant, une nouvelle fois, nous quittâmes le camp.
Mais hélas ! nous fûmes divisés en trois groupes : l'un,,
avec
le lieutenant-colonel Roman, partit à Soest,

Oflag VI C, en Westphalie; l'autre avec Laval, Morin,
abbé Vayrette, Pénent, en Autriche, Oflag XVII A; le
troisième enfin, avec Miremont, à Munster(Westphalie),
Oflag VI D. J'étais de ce dernier. Nous nous étions pro¬
mis, avant de nous séparer, de continuer chacun dans
notre nouveau camp, le travail commencé ensemble.
Je sais que cela s'est fait partout et que ì'Escòla dels
Enibarbelats, maintenant divisée en trois groupes, est
plus florissante qu'elle ne le fut jamais.
Le groupe de Miinster devait bénéficier d'un privi¬
lège extraordinaire. Sainte Estelle, qui veillait sur
nous, nous amena, quelques jours après notre arrivée
en Westphalie, tout un important
contingent de cama¬
rades venant de Lixben près de Berlin. Quelle ne fut
pas notre joie en trouvant parmi eux Marcel Fournier,
de Chancelade en Périgord, capiscòl du Bournat et
nouveau Majorai du Félibrige, avec la Cigale de Nontron. Le Majorai des Prisonniers avec nous! Pour ceux
qui le connaissent, point ne serait utile de donner
d'autres renseignements : son activité, sa compétence,
son
estrambord, sa foi et son dévouement firent des
miracles. Le groupe, sous sa direction et avec une tren¬
taine de nouveaux escolans, tous plus ardents les uns
que les autres, se mit à l'œuvre. Les cours de langue
d'oc furent inscrits au programme de l'Université.
Nous donnâmes des conférences, des causeries; des
commissions se mirent à étudier et compléter les tra¬
vaux
commencés sur la langue, l'histoire, les arts.
Le 25 mars 1943, à l'occasion du XXIXe anniversaire
de la mort de Mistral, une.messe fut dite par le capelan
abbé Amadieu professeur au petit séminaire de Gour,

�LO

GAI

SABER

367

don (Lot), et suivie d'une séance solennelle
où, à côté
des félibres se trouvaient réunis M. le colonel

Meunier,

commandant français du camp, MM. les colonels de
Lassus Saint-Geniès, Elichondo,
présidents

Magne,
des
groupements de Languedoc, de Gascogne, du Pays
Basque, de Provence, et de nombreuses personnalités.
On y lut de nombreuses poésies à la
gloire du Maître.
Le majorai parla avec émotion et
éloquence en notre
nom à tous. Malade
depuis longtemps, je devais re¬
partir pour la France; ce départ devait avoir lieu le
3 juin, mais sainte Estelle se montra
jalouse, car mon
départ fut retardé en dernière minute. Le 14 juin, nous
célébrâmes ensemble la grande fête du Félibrige. Elle
fut particulièrement belle et émouvante. Le
provençal
Arati et quelques camarades de partout avaient décoré
la salle aux murs nus
qui nous était prêtée. L'abbé
Amadieu dit la messe et fit le prezic; la chorale d'Oc
fit entendre des chants composés
parfois, dirigés tou¬
jours par le limousin Jalicon. Il y eut une taulejada
à la même heure qu'en Provence; le grand chef en fut
le toulousain Mellet. Les colonels Meunier et de Las-

présidaient aux côtés du Majorai. On « brinda ».
émouvant, grandiose, et, dans son grand portrait
qui ornait le mur de la salle, le grand Mistral souriait.
A l'heure de la Coupo Santo nous allumâmes la
flamba
de la Patria dans un calel de terre cuite que les escolans avaient fait. L'après-midi se déroulèrent les Jòcs
florals. Il y avait de très nombreux envois; et ce fut
un régal de poésie, de prose,
où se distinguèrent parti¬
culièrement nos bons camarades Mérillou, instituteur
en
Dordogne, le capitaine Ducros, catalan résidant à
Marseille, Roger, professeur à Bayonne, Dumont, du
Var, Laguionie, un Périgourdin, Sarda, de l'Aude, Pomié, d'Albi; Conte, ingénieur à Lyon, languedocien, fit
un exposé des proverbes d'oc comparés. Il
y eut même
un prix de
musique, décerné à Jalicon, du Limousin.
Enfin mon bon ami Voillequé, ingénieur ariégeois, fut
félicité pour son remarquable travail sur la graphie.
Ce n'est là qu'un aperçu rapide et succinct de l'actisus

Ce fut

�368

LO

GAI

SABER

vité de VEscòla dels Embarbelats.

Le Consistoire

du

Félibrige vient de recevoir 72 de nos escolans comme
manteneires. H m'a fait le grand honneur de me nom¬
m'èstre d'òbra. Dimanche, à la félibrée de SaintGaudens, le majorai Lizop m'a remis la jolie cigale
d'argent. Ce fut pour mon cœur de félibre un bien doux
réconfort. Pourtant il m'est encore plus agréable de me
souvenir que, à l'heure où le Consistoire me la décer¬
nait, j'étais au milieu de mes compagnons d'exil, com¬
muniant dans la même foi, la même espérance.
Au Gai Saber que nous lisions en sezilha, à son di¬
recteur M. l'abbé Salvat, dans les travaux duquel nous
avons trouvé les meilleures sources pour nos études,
j'adresse, au nom de mes camarades embarbelats et au
mien,, le salut félibréen de l'amitié en Santa Estèhx.
mer

Charles ROUSSELY.

Montréjeau, 3 août 1943.

�LO

GAI

369

SABER

CORRESPONDANCE DE

CAPTIVITÉ

Comme complément de

l'émouvant exposé de notre
Roussely, voici quelques extraits de lettres
adressés à 1 'Escòla Occitana et au Colège d'Occitania.
ami Charles

Dans ce nouveau camp où nous avons été rassemblés, les
sous-officiers non travailleurs, un groupement languedocien
est né. Ce groupement a pour but, en premier lieu, l'en-

tr'aide, car dans nos camps, hélas ! certains camarades
souffrent, et, en second lieu, la connaissance plus com¬
plète de notre belle province. Certains camarades nous ont
déjà intéressés en nous parlant de chez eux... D'autre part,
beaucoup d'entre nous serions désireux de mieux appren¬
dre notre langue occitane. Aussi je vous demande de bien
vouloir mettre notre groupement sous le patronage de l'Escola Occitana et du Fôlibrige. Nous serions heureux si vous

pouviez nous envoyer une grammaire occitane, un lexique
occitan, quelques pièces languedociennes comme Le Lutrin
de Ladèr, des poèmes ou contes occitans pour organiser
des séances, etc...
Pierre Delmas, Stalag VI F,
6 août 1942.
Vous

ne

sauriez croire combien je suis heureux et lier

d'apprendre que la petite pièce de vers que je vous ai
voyée aura l'honneur de paraître dans votre revue. Je

en¬
se¬

rais très heureux si vous vouliez bien adresser le numéro
de Noël du Gai Saber à mes parents... J'accepte de grand
oceur l'envoi de livres en langue d'oc que vous m'offrez;
choisissez vous-même. Je vous enverrai une étiquette à cet
effet...
Aimé Baudouy, Stalag VIII C,
8 septembre 1942.
Nous avons réalisé une association avec les autres pro¬
vinces méridionales sous la présidence de M. le pasteurVer-

nier, à qui

situation dans le camp et ses qualités per¬
un prestige utile à notre cause. Réunion
chaque mois. Je viens de créer un cercle d'études occitanes:
langue, littérature, arts, histoire, régionalisme. Hier, j'ai
décidé mes camarades,.et nous avons fondé 1 Escôla de la
Gabia, que nous affilierons au Félibrige. Nous préparons
activement la Sainte-Estelle : messe, spectacle, casse-croûte.
Bon souvenir et souhaits de longue vie aux Ramondencs
et au Colège...
J. Raynaud, Stalag XI B,
24 février 1943.
sa

sonnelles donnent

�37°

LO

GAI

SABER

Remerciez beaucoup l'abbé Salvat, et dites-lui qu'il existe
au

camp une

Ecole félibréenne...
Roger Maris, Oflag VI D,
11 avril 1943.

J'ai reçu le colis avec la coiffe, le fichu, les photos, le
sarra-cap, etc... et aussi un colis de livres. Sitôt les fêtes et
l'exposition finies, je ferai un colis et renverrai le tout.
Nous avons un costume d'arlésienne, un costume de cata¬

lane, un couple de provençaux, etc... pas mal de petits ob¬
jets, beaucoup de gravures, dessins 11 photos...
Henri

Prunet, Stalag XI B,
18 avril 1943.

Votre lettre du 23 avril m'a fait un grand plaisir...
J'ai demandé à F. Mistral neveu d'affilier l'Escòla de la Gabia au Félibrige; c'est actuellement chose faite. Je ne vous
en remercie pas moins de m'avoir
proposé de la présenter
à la Sainte-Estelle. Nous l'avons affiliée directement au
Felibrige parce que ses membres sont d'un peu partout,
mais elle n'en est pas moins une fille spirituelle de l'Escòla

Occitana et du Colège dont elle a adopté la graphie et l'es¬
prit. Votre proposition de nous envoyer votre grammaire
et des textes de devoirs nous intéresse
vivement, cela nous
permettra de travailler plus sérieusement. Hier nous avons
fêté Sainte-Estelle, modestement certes, mais avec toute
la foi et tout l'enthousiasme dont nous sommes capables :
messe avec cantiques, Com
una fuzada et Nôslra-Dama dels
Camps; le soir, taulejada, ma foi pas trop frugale, dont la
base était un magnifique cassoulet au singe. Nous étions,
soixante-dix occitans à participer à cette cérémonie très
émouvante. A la fin, j'ai fait un petit discours en
langue
d'oc, et j'étais assez ému. Je n'ai pas encore pu réaliser le
concours des Jeux Floraux, mais ce sera
pour bientôt. En
ce moment, nous
organisons un spectacle folklorique avec
chants, danses des Treilles et du Cabalet, etc...
Jean Raynaud, Stalag XI B,
24 mai 1943.

Je vous remercie d'avoir bien voulu me représenter à la
séance du 2 mai. Inutile de vous dire quelle eût été ma
joie d'être parmi vous ! Ma pensée y fut à tout instant...
Autant que possible je suis de loin votre activité occitane.
Hélas ! quand rentrerai-je dans le mouvement et
pourrai-je
de nouveau vous écrire en oc ?...
_

Sylvain Toulze, Stalag III D,
(Grand Prix de Poésie Fabien-Artigue 1943.)
2 juin 1943.

�BOLEGADISA OCCITANA
L,0 TBATRB

D'ÒC

Aprenèm ambe placer
neisent lo meriti

e

que la Municipalitat de Tolo\a, recola valor del Teatre d'Oc bailejat per dòna

Julieta Dissel, li ven de votar una subvencion de 50.000 francs.
Aquì un bèl exemple per las ciutats miechjornalas.
LO

COLÈQE

D'OCCITANIA

Los Jôcs Florals Escolaris del Colège
d'Occitania, organi\ats
entre los sols escolans inscrits, an agut ongan bêla reûsida :
de tentenats de mandadises
ajent mai granda valor que

La

Rampelada de mai-junh

jamai.

1943 porta

lo palmarès.

VW vw

Nos cal

mencionar, en favor de la lenga d'Oc à l'Escôla,
escolari organizat dins lo Tarn per lo Senhe 1nspector d'Academia : acampèt de centenats.d'escolans. —■ Senhalam tant-ben lo Concors escolari organizat per 1 'Escòlo
de Bleuno, dins lo païs alpenc: Se tenguèron los Jôcs Florals
al Licèu de Dinha ambe discorses de J. Gavot, Caries Camproux, Pèire Hugues.
un concors

VWVVV

de fondar à Toloza L'Academia dels Arts ont comptam de nombrozes amies demest nôstres escolans: Pèire LesSe

ven

pinasse, prezident ; Paul Mesplé, ásesor; J.-R. de Brousse,
Calmette, R. Escholier, Marqués de Palaminy, comte Bégouën, Paul Sibra, Charles-Bellet, Jozèp Cantèloube, Paul
Voivenel, etc... Los complimentam.
J.

WVVÀV

Una novèla Escôla

felibrenca, LiEstèla delRa^és,
pelir à Limos. Que prospère e florigue !

ven

d'es-

VW-WA

Lo 22 de

junh, à Muret, los cantaires del Castèt de Garona
sapièron ilustrar, ambe de polits cants del terrador, una conferencia del Senhe Pèire de Gorsse.
/W\ WA

L'Escolo deras Pireneos celebrèt ongan à Sant-Gaudens sa
fèsta annadièra lo 1" d'agost jost la prezidensa de dôna
Fransa Séguy, la femna de nôstre secretari-adjunt. A la
mesa, es

nôstre escolan l'abat Brun que faguèt lo prezic.
VW wv

.

�LO GAI SABER

372

Lo 22

d'agost, à Limos, la Mantenensa de Lengadòc tenguèt
prediquèt al

sezilha. Es nôstre escolan l'abat Plancade que
santuari de Nôstra-Dama de Marcelha.

Sul
tiesso
a

gazanh realizat dins
de

sa

liguidacion, l'Auberjo de Joui-

Marselha-Alaus, fondada per Jôrdi Reboul en 1936,

mandat 100 francs à totas las publicacions
son mercès per aquel geste

Gai Saler manda

occitanas. Lo

de solidaritat.

wv wv

La Pignato d'agost 1943 porta un trôs del discors prononciat à la Santa-Estèla d'Arle per Jôrdi Réboul pertocant los
prezonièrs-felibres e l'ajuda que lor a portada l'òbra del Li¬
bre

prouvençau i presounié.

Lo 22 d'agost, lo poste de Radiò-Tolo\a festejèt
nari de la naisensa de Paul Arène. Ml» Mirèlha

lo centeAbric, la
genta filha del majorai de Lunèl, cantèt Plòu e souleio, Lou
Pont dóu Gard, Lou Vin prouvençau, e diguèt d'un biais requist lo Brinde à la Luno. L'abat Salvat, aprèp qualques
môts sus la vida e l'ôbra del poèta, prezentèt lo poème e los
cants.

Jòcs Florals del Felibrige portaran ongan sus l'Art :
e afichas, etc... Demandai- los entresinal baile Gabrièl Bernard, à Pioulenc (Vau-Cluza).

Los

projèts de diplômes
nes

A la fin de mai s'es môrt, à la Montanheta, prèp Tarascon,.
lo pintre Danis-Valverane. Grand amie de VEscbla Occitana,.
abia publicat de bêlas pajas de pròza dins Lo Gai Saber.
Abia escrit Lou Maianen e ilustrat las ôbras del Mèstre.

Mistral
lencs.

aura

aculhit

son

dicipol als Aliscamps sant-este-

■
CRI-CRI.

ô
♦-

•

*

Imp. d'Editions Occitanes, Gastelnaudary. Le Gérant : A. PRAVIEL.

�Règles de Phonétique Occitane
a, seul ou dans le corps d'un mot,
sónne comme a français ; 'mais s'il
une terminaison féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et o, suivant la région ;
e sonne comme é fermé français, et è comme è oitvert français ; — i équivaut à i français ; — u égale¬
ment ; mais, après une voyelle, il a le son ou fran¬
çais ; — ò ouvert se prononce comme o français, et
o fermé comme ou français.

i" VOYELLES.

accentué
constitue

ou

—

non,

—

2° CONSONNES. — b, c, d, f, g, j, 1, m, n, p, q ( toujours
suivi de u), r, s, t, z sonnent comme en français mais
c devant e et i est sifflant comme s français; — j sonné
comme tz, dans certaines régions ; — m se prononce
comme n à la fin de la ir* pers. du pluriel des verbes ;

muet, sauf quelques rares exceptions, à la fin
— r est souvent muet à la fin des
substantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi

—

n

est

des substantifs ;

s est toujours dur et sifflant; — t est
participes présents et de la plupart
ment; — v sonne comme b, sauf en Pro¬

qu'à Pinfinitif;
muet à la

des mots

—

fin des
en

vence.

3° GROUPES. —ch, lh, nh se prononcent:

tch, ill, gn.

VIENT DE PARAITRE

Gramatica Occitana
par

l'abbé

Joseph

SALVAT

(TEXTE BILINGUE)
Préface de M.

Jérômé CARCOPINO

(in-i2, XXIV-Ì78 p.)
des Arts, Toulouse, 27 francs franco.

Librairie Privât, 14, rue

C.C. Toulouse,

1673

�EN VENTE A.

l'Imprimerie d'Editions Occitanes
3, Quai du Port

-

CASTELNAUDARY

Prosper ESÏIEU.
Lou Terradou, sonèts occitans ambe traduccion
franceza (ivol. in-S", 300 p.);— ires rare fr.
50. •»

Flors d'Occitania, sonets occitans ambe traduccion
franceza (1 vol. in-8°, 280 p.)
fr. 30. »
La Canson

Occitana, poèmes en lenga

traduccion franceza

(1 vol. in-8°, 2-64 p.)

.

d'Oc, ambe
fr-, 30. »

Lo Romancero Occitan, poèmes en lenga d'Oc ambe
traduccion franceza (1 vol. in-8% 344 p.) . fr.
35. »
Lo Flahut

Occitan,

43

chansons

Fabïïèr Occitan, ambe lexic
vol. in-8% 170 p.) ilustracions de P.

Lo

(1

Las Oras

franceza

(1

Las Bucolicas de Vergiii en

Las Oras luscralas

200

.

.

occitan-francés
Sibra. fr.

30.

»

ritmes occitans ( 1 volfr. 18. »

.......;

Lo Mètge de Cucunhan
cions de P. Sibra

8°,

.

Cantairas, sonets occitans ambe traduccion
vol. in-8° carrai, xvi-276 p.). . fr. 30. »

in-8°, 68 p.).

sonets

musique, texte
chanter dans les
fr. 30. »

avec

occitan et traduct. franç. pouvant se
deux langues (1 vol. in-8°, 104 p.)

(1 vol in-8%

30

p.) ilustra¬
fr.

12.

»

(Les Heures crépusculaires),

occitans ambe traduccion franceza (1 vol. in-

p.)

fr.

.

(Frais de port

en

sus")

30.

»

�</text>
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              <text>Lo Gai Saber. - Annada 24, n° 207 julhet-agost 1943</text>
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              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/5c4e4338b72678bc372b088055b6ad66.jpg</text>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Cubaynes, Jules (1894-1975)&#13;
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