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                  <text>25* Annada

MarS'Abrilh Í944

N° 211

Lo Gai Saber
Revisia de l'ESCOLA OCCITANA

Dis Aup i

Plrenèu

...

F.. Mistral.

TOLOZA
14,

Carrièra

c!e&gt;I«

Arts,

14

Lo numerè:

4 fr.

�£

QAI

UO

SABER

Revista de l'ESCOLA

OCCITANA

: Ubraria Privât.
TOL.OZA - C. C. Toloza
(&lt; Fransa : un an . . . 20
fr.
„
( Est range : un an . .30 fr.

ADiVUrVISTRAOIOlN
Carfièra delà Arts,

14,

.,

Abonaments :

.

ENSENHADOR del N" 211 (mars-abrilh
ACADÉMIE DES IEUX
FLORAUX

:

Concours de langue

XXVme Assemblée

,1A DIRECTION:

tana.

Abbé

loseph SALVAT :

Guillaume de

PUYLAU-

RENS:

Napoléon PEYRAT s
LÉ VIS-MI REPOIX :

Son
Sa place dans la
Sa signification.

Siège et prise de

A-n-una Pèira.

Subre las roïnas

littérature.

Montségur.

del Castèl de Pe-

relha.
Sus una Pèira.

Lolza PAULIN :

DIRECCION
BOIËR :

d'Oc en 1944.

de 1 'Escòla Occi-

Montségur.
Le Temple du Soleil.

Antonin PERBOSC :

Lo

1944)

Montségur.
histoire.

Prosper ESTIEU :

La

1673

Loïza Paulin es môrta.

:

X.X.X.

Raymond ESCHOLIER :
lozèp SALVAT :

Défense de Montségur.
Los Imnes sacrats de Manzoni.
III. La Rezurreccion, revirat

Manzoni.

BUREU DE L'ESCOLA

de A.
»

OCCITANA
Juli Cubaynes,

Antonin Perbosc, capiscôl ; J.-R. de Brousse,
Maurras, jos-capiscòls; Armand PrAviel,

Caries

clavaire;

secretari-adjunt.

Jûzèp Salvat, secretari ; Joan Séguy,
Filadèlfa de Yerda, Lois Théron de Montaugé, Joan
ÀTniral d'adhémar de Cransac, conselhèrs.
Paul Sibra,

jos-capiscôl dels

Ladoux,

Grilhs del Lauragués ; Jòrdi

de l'Escòla Rochcgude; Fernand Albert,
capiscôl de la Campana d'Agot; Joan Girou, capiscòl de l'5scòla Audenca; Teofile Ferrie, capiscôl de YEscòla d'Autpol ;
Elia Lagarde, capiscôl de YEscàla Dom Vaissete ; Calelhon,
capiscôl del Calelh del Roèrgue, conselhèrs.
Bousquet, capiscòl

�Lo Gai Saber,

N°

mars-abrii.h 1944.

211

ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX

CONCOURS DE LANGUE D'OC EN 1944

La Commission de
sézat et Clémence

Langue d'Oc s'est réunie à l'Hôtel d'Assous la présidence

Isaure, le 2 mars 1944,
de M. J.-Rozès de Brousse, président.
Membres du Jury :
démie Française ; M.

M. le comte de Pesquidoux, de l'Aca¬
M. le général de Castelnau et Joseph
Calmette, membres de l'Institut, mainteneurs ; M. Alfred
Jeanroy, membre de l'Institut, maître ès-Jeux ; Mme Philadelphe de Gerde, maître ès-Jeux ; M.M. Théron de Montaugé,
l'abbé Salvat, Joseph-Sébastien Pons, mainteneurs ; Antonin
Perbosc, Emile Ripert, l'abbé Cubaynes, Albert Pestour,
Frédéric Cayrou, maîtres ès-Jeux.
55 ouvrages
Les

ont pris part à ce concours.
prix suivants ont été décernés :

a) FLEURS
1. Crida,

ode, par M. Pierre Miremont, de Villefranche-deRouergue, mèstre en Gai Saber, prisonnier de guerre, a
obtenu

un

ŒILLET.

sonnet libre, par M. Antoine Rey, à
Agen, a obtenu YEGLANTINE D'ARGENT, prix du genre.

2. Lo Fèc de Sant-Ioan,

�LO

3°

GAI

SABER

b) MENTIONS
Ont obtenu

une

mention très honorable

:

Rigal, à Coudon, par Monsemproii-Libos (Lotet-Garonne), pour son poème La Camtòrta del Trobador s
M.

René

M. Marcel

pour ses Très
M. Emile

Fournier, majorai du Félibrige, à Périgueux,
Pouemeis d'Eivasiu.

Freydier, à Marseille,

pour son

sonnet libre Lou

Sonveni.

Ont o'btenu

une

M. Théodore

mention honorable

:

Calbet, à Agen, pour son ode A la Lenga d'Oc.
à Toulouse, pour son poème La Bom-

M. Pierre Fauré,
hona.

Baïche, à Pamiers, pour ses pièces Resons.
Sicard, à Labastide-Rouairoux (Tarn), pour sa
pièce A mon Ainiga.
M. Marcel

M.

Paul

XXVme Assemblée de l'Escôla Occitana

Conformément

aux

statuts, la réunion annuelle des féli-

bres de l'Escôla Occitana
A 10

aura

lieu le 2 mai

prochain.

heures, à la basilique Notre-Dame-la-Daurade, Messe

les membres défutns de l'Académie des
Armand Praviel,
du Félibrige, clavaire de l'Escôlà).
11 heures, à l'Hôtel d'Assézat et Clémence Isaure : Réu¬

solennelle pour

Jeux Floraux et de l'Escôla Occitana (M.
sôci
A

nion du Bureau.
A

14

heures, à l'Hôtel d'Assézat et Clémence

Isaure

:

Séance consacrée au régionalisme et à la langue d'Oc, où
l'on entendra les rapports de M. le bâtonnier Puntous sur le
Grand Prix de Prose Fabien-Artigue et de M. l'abbé Salvat
sur le Concours de Langue d'Oc. Lecture des poésies occi¬
tanes couronnées.

LA DIRECTION.

�LO

GAI

SABER

31

MONTSÉGIIR

Sò

Montsegur vist del Ponent.
qu'òm vei en venent al castèl.

Sur le
à 15 km.

penchant nord du Pic Saint-Barthélemy, à
au sud de Lavelanet (7 km. à vol d'oiseau),
un
piton des Pyrénées Ariégeoises porte, à 1207 mè¬
tres d'altitude, les ruines encore
imposantes de ce qui
fut le château de Montségur. La prise par les Croi¬
sés, au mois de mars 1244, de ce château, refuge de
seigneurs méridionaux et de «parfaits» albigeois,
marque une date dans l'histoire de l'Occitanie.

�LO

32

Ce

nous

est

un

GAI

SABER

pieux devoir de célébrer ce

sep¬

centenaire, en rappelant le rôle historique de
ce château, la place qu'il occupe dans notre littéra¬
ture occitane, et en citant quelques pages de prose et
de poésie par lui inspirées à nos écrivains.
tième

I. Son histoire
Le château de Montségur ne
dans la Croisade contre les
de celle-ci.

tant

L'histoire

joua un rôle impor¬
Albigeois qu'à la fin

dit peu

de chose de lui jusqu'en
1215, l'évêque de Tou¬
louse Folquet reprocha au comte de Foix Roger-Ber¬
nard d'avoir consenti à ce que le château de Montsé¬
gur fût bâti pour recueillir les hérétiques chassés des
plaines de Carcassonne et de Toulouse.
1242.

nous

Au concile de Latran de

El

Pog de Mont Segur fo per aital bastit4
Qu'el les pogues defendre, els ht a cossentit\.
(La Canson de la Crozada,

v.

3260-3261).

Nouá savons aussi que, vers 1229, Guillabert de
Castres, évêque hérétique, avait fait à Montségur
une ordination
(Registres
toire de Languedoc, éd.

de ïInquisition, cf. His¬
Privât, t. VI, p. 766.)

Dans leur brièveté, ces deux témoignages authen¬
tiques nous permettent de croire que le château, tel
que le trouvèrent les Croisés en 1243, avait été cons¬
truit assez récemment
peut-être sur l'emplacement
d'un autre plus ancien —, et d'ailleurs le simple exa¬
men de l'appareil architectural légitime cette suppo¬
sition. D'autre part, il dut servir de refuge aux hé¬
rétiques poursuivis, et les pontifes de la secte purent
en toute sécurité y continuer le culte. Quelques do¬
cuments signalent une communauté de parfaits à
Montségur (cf. Jean Guiraud, Hist. de l'Inquisi¬
tion, t. I, p. 269).
—

�LO

GAI

SABER

33

Son

importance ne devait pas être considérable
début de la Croisade, car son nom ne
figure pas
sur la liste des trente châteaux ou villes
que le comte
de Toulouse s'engageait à démanteler
par le traité
de 1229. C'est sans doute à partir de
au

1229 que

de

le

le rôle

Montségur devint de premier plan. En effet, par
traité de Montargis conclu le 14 mars 1241 entre

Raymond VII et le roi de France, le comte de Tou¬
louse s'engageait à démolir au
plus tôt, quand il au¬
rait pu s'en emparer, le château de
Montségur : c'é¬
tait l'unique château nommément
désigné dans ce
traité.

Compris dans les terres données, au début de la
conquête, par Simon de Montfort, au sire de Lévis,
« maréchal de la Foi
», le château avait été repris par
Raymond-Roger, comte de Foix, qui l'avait remis à
ses anciens
possesseurs, Pierre-Roger, de Mirepoix,
Raymond de Péreille, etc..., lesquels étaient venus
s'y réfugier et organiser la résistance derrière les
murs

d'une véritable citadelle construite à

cet

effet.

Le comte de Toulouse, préoccupé
par ailleurs, ne
se hâta
pas de venir faire le siège de Montségur.
Mais un événement grave allait précipiter la chute
de la citadelle. Un jour de mai 1242, sur l'instigation
de

Raymond d'Alfaro, baile d'Avignonet, PierreRoger de Mirepoix quitta son aire de Montségur
pour venir assassiner les Inquisiteurs dans cette pe¬
tite cité lauragaise (28 mai, veille de
l'Ascension).
Ce

provoqua une grande émotion. Devant
preuve que l'hérésie persistait, ordre fut donné
de nouveau au comte de Toulouse de réduire la for¬
teresse. Mais celui-ci, engagé à ce moment dans une
coalition contre le roi de France, prêta à cette affaire
massacre

cette

très peu

d'attention. Quelques historiens prétendent,
qu'il envoya contre Montségur, vers la
fin de 1242, des troupes qui ne poussèrent
pas acti¬
vement le siège.
sans

preuves,

Celui-ci fut décidé par

le sénéchal de Carcassonne,

�LO

34

GAI

SABER

Hugues d'Arcis, qui partit, accompagné de l'arche¬
vêque de Narbonne et de l'évêque d'Albi, à la tête
d'une puissante armée.

Montsegur vist del Miechjorn.
Aquï per ont montèt la cata.
La

montagne cernée, on entreprit l'escalade du
bois roulante, une « chatte »,
assiégeants et hissée progres¬
sivement, au prix d'efforts inouïs, sur la pente méri¬
dionale, côté unique par lequel le château pouvait
être abordé. L'hiver de 1243-1244 fut très clément et
château. Une tour de
fut construite par les

n'arrêta pas le siège. On devine les luttes, les défis,
les combats qui se déroulèrent autour du château.
Les défenseurs étaient ravitaillés par des chemins
connus

des seuls paysans ;

promis et annoncés

;

des secours leur étaient
à plusieurs reprises, le comte

�LO

GAI

SABER

35

de Toulouse leur recommandait de

qu'à Noël, puis jusqu'à Pâques
venaient même de Lombardie.

;

tenir, d'abord jus¬
des émissaires leur

Montsegur vist del Levant.
Aqui per ont foguèt susprés lo castèl.

Cependant le découragement s'emparait des

Pierre-Roger lui-même

cœurs.

abandonna le château

et

put se retirer sans être inquiété. La trahison et la
surprise eurent raison des derniers défenseurs. Une
nuit de mars 1244,
quelques soldats conduits par des
gens du pays gravirent la roche, au levant, par un
endroit réputé inaccessible au-dessus de
précipices
vertigineux et massacrèrent les sentinelles. Le jour
venu, la citadelle fut assaillie de tous côtés et dut se
rendre.

�LO

36

GAI

SABER

Les parfaits, au nombre de deux cents environ,
furent livrés, parmi eux leur évêque Bertrand Marty.

Ayant refusé de se convertir, ils furent amenés au
pied de la montagne, enfermés à l'intérieur d'une
palissade à laquelle on mit le feu, et tous, hommes
et femmes, périrent dans les flammes.
Les chevaliers, à leur tête Raymond de Péreille,
étaient retenus prisonniers : l'Inquisition se pronon¬
cerait

sur

leur sort.

Le château de Montségur fut rendu à Guy de Lévis. Il fut, longtemps encore, « château-défensable »,
et une

ségur,

garnison l'occupa (D1 Paul Courrent, Mont¬
p.

71).
II. Sa

place dans la littérature.

Le souvenir de Montségur disparut, et son nom ne
fut conservé que dans les registres de l'Inquisition
et dans les traditions orales du pays. Il devait re¬

paraître sous la plume de l'historien des Albigeois,
Napoléon Peyrat. Celui-ci fit de Montségur le sym¬
bole de la résistance cathare en

même temps que ce¬

languedocienne.
La Croisade contre les Albigeois elle-même n'en¬
tra dans la littérature qu'avec la révélation de La.
Canson de la Cro^ada par Fauriel en 1837. Celle-ci
inspira l'allemand Lenau qui publia en 1841 son po¬
ème épique Les Albigeois. La Canson fut étudiée
par Guibal en 1863, par Mary Lafon en 1868. D'autre
part, VHistoire anonyme de la Guerre des Albigeosi, insérée par les Bénédictins dans les Sources
de leur Histoire de Languedoc, fut publiée à nou¬
veau, avec une introduction tendancieuse, par « Un
Indigène» (le marquis de Loubens) en 1863.
Le sujet était donc à la mode à cette époque. C'est
alors que l'ariégeois Napoléon Peyrat, poète romanlui de la résistance

�LO

GAI SABER

37

tique attardé et pasteur protestant à Saint-Germainen-Laye, décida d'écrire Y Histoire des Albigeois.
La Canson de la Cro^ada s'arrêtant à l'année
1218, quelque temps après la mort de Simon de Montfort, Peyrat voulut compléter ce récit, et les héros du
poète devinrent les martyrs du chroniqueur. «Nul
historien, dit-il, ne s'était encore aventuré dans cette
Josaphat albigeoise» (t. II, p. 6). Son livre sera «le
testament d'un peuple exhumé après six-cents ans du
sépulcre de l'Aquitaine » ( t. I, p. 7 ). En trois gros
volumes, qui parurent de 1870 à 1872, Peyrat con¬
duisit l'histoire occitane depuis la mort de Simon
de Montfort jusqu'au milieu du XVImc siècle, qui vit
« l'agonie de la foi cathare et de la
patrie romane »
(t. III, p. 362). L'épisode de Montségur, qui tient en
réalité, nous l'avons vu, très peu de place dans l'his¬
toire de la Croisade, et qu'un historien a pu traiter
d'« opération de police de grande envergure » (Belperron, La Croisade contre les Albigeois, p. 433),
occupe ici tout le volume II, et le volume III se ter¬
mine par un épilogue, Les Ruines de Montségur (p.
411-466), «fragment d'un journal d'explorations his¬
toriques», où Peyrat s'exprime ainsi: «Montségur
était oublié depuis six cents ans. Il s'était perdu dans
la nuit du moyen âge. On l'a retrouvé sur sa cime
comme on a découvert Palmyre
au désert» (p. 411).
Quelques années plus tard, Peyrat voulut encore
refaire pour son propre compte le poème lui-même
de La Canson, et il entreprit une nouvelle série de
trois volumes, traitant des origines et des causes de
la Croisade contre les Albigeois et de la Croisade
elle-même. L'ensemble aurait donc compris « un vo¬
lume de mœurs chevaleresques, deux de croisades et
de batailles, trois de proscriptions, de tortures et de
martyres (t. I, p. vu). « Le Michelet du Midi » ne put
pas finir cette œuvre, et les tomes II et III ne for¬
ment qu'un volume. Montségur y a une place assez
importante. C'était en 1880-1882. Peyrat était mort
le 4 avril 1881.

î

�LO

3»

GAI

SABER

1877, il avait publié Les Pyrénées, Roman¬
portant ces vers en épigraphe:
Je vous aime, 0 montagnes veuves!
Une âme est dans vos bois, un soupir dans vos fleuves,
Vos lacs roulent du sang, vos cascades des pleurs !
Et vos glaciers sanglants où le soleil expire
Semblent Véchafaud du martyre
Où pend, crucifié, l'Ange de nos douleurs.

En

cero,

La

préface du volume était une

déclaration du

faisait là l'historique de la renaissance mé¬
ridionale et de son orientation nouvelle : le groupe py¬
rénéen de 1830 avec Jasmin et Peyrat lui-même, le
groupe provençal de 1859 avec Mistral et Balaguer,
les provençaux et les catalans, enfin le groupe lan¬
guedocien de 1877 avec Fourès et ses amis qui pré¬
conisent la renaissance romane nationale au profit
du parler de Toulouse. A cette renaissance, il fallait,
selon Peyrat, une fête commémorative ; elle se ferait
à Montségur, « forteresse, sanctuaire et sépulcre de
la poésie occitane ... La chute de Montségur doit être
pour les Aquitains ce qu'est pour les Juifs la ruine
de Jérusalem, l'objet d'une commémoration funèbre,
filiale, nationale, perpétuelle, éternelle». (Les Pyré¬
nées, Préface, p. XVI).
L'histoire de Napoléon Peyrat est, on le voit,
essentiellement vivante et poétique. Peyrat a lu
beaucoup de livres, mais il n'indique jamais ses sour¬
ces, qu'il ne contrôle pas. Il faut donc attribuer une
poète qui

valeur historique
et dictée par des

restreinte à cette œuvre dominée
idées à priori. Mais quel souffle,

quelle puissance d'évocation
passé ressuscite et revit.
Peyrat recueillait

! Sous sa plume, tout le

des trou¬
qui, après la
les deux

directement l'héritage

badours du XIIme et du XIIIme siècles
Croisade contre les Albigeois, invectivaient

puissances destructrices de l'état social en terre d'Occitanie, le Pape et le roi de France, qui envelop¬
paient dans la même haine « les clercs et les fran¬
çais ». Peyrat ne pensait nullement à secouer le joug

�LO

GAI

39

SABER

de Paris pourvu que le gouvernement de la France
fût républicain, mais il professait un violent et

aveugle anticléricalisme qui s'accommodait fort bien
d'un protestantisme intransigeant, les protestants
étant, selon lui, les héritiers des albigeois. La tradition
occitane devait donc être républicaine et albigeoise.
On devine l'attrait qu'un pareil système, emporté
sur les ailes d'une
poésie fougueuse, échevelée, di¬
thyrambique, aux allures de prophétie, devait exer¬
cer sur certains jeunes félibres d'alors, républicains
et anticléricaux, d'autre part fervents languedociens,
qui brûlaient de secouer le joug du Félibrige officiel,
plutôt catholique, royaliste, et spécifiquement pro¬
vençal.
Le

jeune poète Auguste Fourès, dont

Peyrat salu¬

ait «la piété filiale et patriotique», adopta entière¬
ment les théories de l'Aujòl — tel était le nom
donné à Peyrat par les « félibres rouges» —, en par¬
ticulier l'identification de la patrie romane avec l'hé¬
résie albigeoise.

Cependant, Fourès n'a pas chanté Montségur, et

cela nous étonne de la part de celui qui s'appelait
« le dernier Albigeois» et qui a consacré à l'évoca¬
tion de la Croisade des sirventes dignes de Peire
Cardenal ou de Guilhem Figueira. Le nom de Mont¬

ségur ne se trouve même pas sous sa
découvert, dans ses papiers, l'amorce d'un

plume. J'ai

poème seu¬

ébauché, sur le siège de Minerve. Rien sur
Montségur. Cependant, il avait lu Peyrat, il n'igno¬
rait pas Montségur. Xavier de Ricard fait allusion,
à deux reprises, dans sa correspondance avec Fou¬
rès en 1890, à un «roman de Montségur» dont Fou¬
rès lui avait promis l'envoi. Je ne sais de quel livre
il s'agit là.
Ce sont les catalans et les provençaux qui semblent
lement

les

premiers avoir recueilli la pensée de

Peyrat au sujet de Montségur et avoir
épisode dans la littérature occitane.

Napoléon

fait entrer cet

�LO

4°

GAI SABER

Victor Balaguer connaissait, il le
dit, l'œuvre de
Peyrat. D'autre part, il avait voyagé et séjourné
dans le pays
d'Ariège au temps de son exil : une de

poésies est datée du i« septembre 1866 au Castell de Foix. Los Pirineus, trilogie des Pyrénées,

ses

Balaguer commença dès 1879 et qu'il rendit pu¬
blique en 1891, comprennent trois tableaux, dont le
premier se passe en 1218 au Château de Foix, le deu¬
xième en 1244 à l'abbaye de
Boulbonne, et le troi¬
sième au col de Panissars en 1285.
C'est le deuxième
qui nous intéresse. Le comte de Foix Roger-Bernard
s'est retiré à l'abbaye de Boulbonne. Il veut sous¬
traire son corps aux rigueurs de l'Inquisition, et
pour
cela il se fait passer pour mort et enterré. Mais il est
que

reconnu, et on

le décide à porter

secours aux

assié¬

gés de Montségur, lorsque survient un messager, le
catalan Corbari ; celui-ci a pu s'échapper du château
au moment de sa
chute, qu'il décrit longuement : les
détails précis d'histoire et de topographie montrent
que Balaguer connaissait bien les lieux et en savait
l'histoire. Nous lisons dans une note : «
Montségur
fou l'ùltim baluartde la patria romana »
( Tragedias,
t. II, p. 206).
Balaguer devait consacrer deux autres
poésies aux Pyrénées, avec Montségur, Foix et les
grottes d'Ornolac (Poesias Catalanas, t. I, pp. 348,

358)Los Pirineus de Balaguer devaient être mis à la
portée des lecteurs provençaux par la traduction
qu'en fit Marius André en 1897, Li Pireneu. Déjà,
dans La Glòri d'Esclarmoundo
(1894), Marius An¬
dré avait évoqué les morts de
Montségur, Raymond

de Péreille et

sa

fille Esclarmonde

:

Rouino dàu castèu soulotimbrous,
Remembre di glàri darriero,
Iéu vous saluàe d'à
geinous
Emé mis inné e mi preguiero !

(p. 234).

La publication de Li Pireneu
provoqua une cer¬
taine effervescence parmi les félibres, car M.

André,

�LO

GAI

SABER

41

dans le Pourtegue de sa traduction, attaquait les
théoriès de Fourès et de ses disciples, pour lesquels
&lt;f
l'albigisme es uno pousturo religiouso autant e belèu mai que poulitico » (p. lix). Les disciples de
Fourès répondirent sobrement à ses allégations: «es

verai que nostre Albigisme, l'albigisme de Fou¬
de Savier de Ricard, de Félix Gras, de Valeri
Bernard, de tota la Redaccion de « Mont-Segur», sia
una postura
religiosa e una manifestacion anti-catolica » (Mount- Segur, n° 9, 1898, p. 159).
Depuis 1896, en effet, paraissait à Foix, chez Gadrat, une nouvelle revue des félibres du pays de Foix
et du Lauragais, Mount-Scgur. C'était l'organe de
YEscolo de Mount-Segur, née le 6 avril 1896 chez
le banquier Arthur Caussou, à Lavelanet. L'anima¬
teur en était Prosper Estieu, alors instituteur à Ribouisse, petit village audois sis entre Çastelnaudary
et Mirepoix. La revue
Mount-Segur devait durer,
dans sa première formule, de 1896 à 1899, avec onze
numéros. Au n° 9 (1898) se trouve l'adoption, par les
disciples de Fourès, de la graphie dite « occitane »,
dont les principes devaient être définis et précisés
par Antonin Perbosc dans la revue Mont-Segur [2°
formule), publiée d'avril 1901 à décembre 1904.
Mont-Segur devait être suivi d' Occitania (1905).
C'est là que se trouve le principal, et le plus beau,
de la littérature occitane inspirée par la Croisade
contre les Albigeois en général, par l'épisode de
Montségur en particulier. Parmi ces poèmes, se font
remarquer ceux d'Antonin Perbosc qui, malheureu¬
sement non assemblés en volume, auraient composé
le recueil de La Canson Reirala, et surtout ceux de
Prosper Estieu, qui furent plus tard groupés dans le
La Canson Occitana, publiée en 1908 aux éditions
pas

rès,

de

«La

Revue

Méridionale»

à

Carcassonne.

Les

poèmes de Prosper Estieu sont de toute évidence ins¬
pirés de Napoléon Peyrat, épousant les exagérations,
les violences, même les déformations et les erreurs

�LO

42

GAI

SABER

historiques de Y Histoire des Albigeois, mais ani¬
més d'un souffle, d'une foi, d'une conviction incom¬
parables, magnifiques d'éloquence et de flamme. En

Remembrat^-vos, puis, sur les lieux, MontSegur, Aquelas Montanhas, A Napoléon Peyrat,
A-n-una Pèira, on revit intensément les heures tra¬
giques où les défenseurs de la citadelle écrivirent
une des pages les plus émouvantes de l'histoire d'Occitanie. La même puissance d'évocation se retrouve
dans la trilogie encore inédite de Prosper Estieu,
lisant

Ramon de Perelha, dont les trois actes se passent
au Castelar de Pamiers, dans le Château
de Mont-

ségur, et dans les cachots de

l'Inquisition, à la Cité

de Carcassonne.
Autour de Perbosc et d'Estieu, d'autres Languedo¬
ciens chantaient Montségur, ses gloires, ses souf¬
frances : Auguste Teulié, François Rigal, Paul Dunac,

J.-M. Servat, Paul Rey, Jules Azéma, etc

...

Des autres provinces occitanes venaient vers eux
Louis Funel, Louis Astruc, Valère Bernard, surtout

Philadelphe de Gerde, dont les sirventes enflammés
évoquent la Croisade sans toutefois

s'attarder à l'é¬

pisode de Montségur.
Pour tous ces poètes, la revanche de Montségur,
comme celle de Muret, doit se faire uniquement par
le triomphe de la langue d'Oc, et la doctrine cathare
les laisse généralement très indifférents.
Aussi, quelle joie, pour le poète vieilli de La Canson Occitana, de voir, un jour de l'été de 1938, les
félibres monter à xMontségur, capoulié en tête, au
lendemain de la Sainte-Estelle de Foix. 11 était, lui,
au bas de la montagne, dans l'attitude hiératique où
l'a figé, pour l'immortalité, le pinceau de Paul Sibra:
D'abord que
La

Mont-Segur

a

vist la Copa Santa,

Cau\a felibrenca es déjà trïomfanta.

Quelle joie aurait-il encore, s'il pouvait lire les
strophes ardentes et martelées de la poétesse albi-

�LO

GAI

SABER

43

geoise Louisa Paulin, qui a recueilli le cor, et qui, à
son
tour, exalte dans Lo Pastre maldit, dans La
Ronda dels Morts (Fresca, 1942), le souvenir de
Montségur, de ce Montségur qui, toujours debout,
nous

fascine

au

Montségur

bord du monde

nos

enluna al

ras

étoilé,

del estelum.

N.B. La littérature française s'est elle-même inspirée de
Montségur. En dehors du «roman de Montségur» dont il est
question dans la correspondance de X. de Ricard à Fourès
et que je n'ai pu identifier, il faut signaler divers ouvrages
de Maurice Magre (Magiciens et Illuminés, Le Trésor des Al¬
bigeois (1938), et le roman historique du duc de Lévis-Mirepoix, Montségur (1924), où le descendant du Maréchal de la
Foi
évoque avec talent cet épisode tragique auquel son an¬
cêtre lui-même
prit une part importante.

III. Sa

signification.

La résistance de Montségur, pour héroïque qu'ellefût, ne pouvait avoir que la valeur d'un symbole.
Déjà, en 1229, Raymond VII avait signé le traité de
Paris qui le dépossédait : le dernier des Raymond
perdait définitivement les territoires du Bas-Langue¬
doc, et les terres qu'il gardait iraient à sa fille Jeanne
qui devait épouser le propre frère du roi de France.
Les essais de révolte, soit par les armes, soit par la
diplomatie, que tenta Raymond VII pour secouer le
joug furent vains, comme furent vains les efforts de

(1240) en vue de reconquérir Carcassonne.
Que pouvaient donc l'entêtement et l'obstination
de quelques centaines d'occitans, hérétiques ou non,
réfugiés dans le château de Montségur et sur les
flancs de sa montagne ?
D'ailleurs, l'hérésie ne mourut pas avec la prise
de Montségur. Elle ne devait pas davantage mourir
Trencavel

�LO

44

GAI

-,

SABER

la prise, en 1255, de Quéribus, dernier repaire
fortifié des cathares dans le pays des Corbières. Il
semble cependant que la prise de Montségur fut un
rude coup, à la fois pour l'hérésie albigeoise et pour

avec

l'indépendance méridionale qui touchait à sa fin, car
l'année 1247 devait voir la soumission définitive de
Trencavel, et Raymond VII devait mourir en 1249.
Nous ne devons pas oublier que l'on ne cessa de
confondre, bien à tort, cathares et méridionaux. Les
Croisés avaient intérêt à faire passer tous les méri¬
dionaux pour hérétiques — et l'on sait comment fu¬
rent grands, et vains, les efforts de Raymond VII
pour se

désolidariser d'avec l'hérésie ;

—

d'autre part,

hérétiques avaient intérêt, de leur côté, à faire
croire que tous les méridionaux professaient leur doc¬
trine, car cela donnait à leur cause plus de chances
de triomphe.
Le malheur du Midi
il est permis aux méridio¬
les

—■

de considérer comme un malheur la ruine de
leurs libertés et de leur civilisation, si d'autres pré¬
tendent regarder cela comme un bienfait — vint de
cette confusion. Notre pays manqua d'hommes clair¬
naux

voyants capables, d'une part de se désolidariser d'a¬
vec l'hérésie en proclamant et en faisant reconnaître

pureté de leur foi, et, d'autre part, de mettre tout
pour obtenir le retour dans leurs terres des
«barons picards, allemands, bourguignons » (Mis¬
tral) une fois l'hérésie vaincue, ou du moins réduite
à l'impuissance.
Le jugement que l'on peut porter sur Montségur
se heurte à des données très complexes, comme celui
que l'on peut porter sur la Croisade contre les Al¬
bigeois toute entière. Il y eut, tout le temps que dura
la Croisade, des méridionaux hérétiques et des mé¬
ridionaux non hérétiques. De même, les défenseurs
de Montségur n'étaient pas tous des « parfaits » : on
livra ceux-ci, dont le nombre dépassait à peine deux
la

en œuvre

cents.

�LO

GAI

SABER

45

L'exaltation hyperbolique de
voit dans la doctrine cathare la

Napoléon Peyrat, qui
quintessence de l'âme
occitane, est en contradiction formelle avec l'histoire,
qui nous montre le pays occitan pétri de catholi¬
cisme. Les théories de Louis-Xavier de Ricard,

d'a¬
près lesquelles le catharisme se prolonge chez nous
par la Réforme, par les protestants des Cévennes,
les révolutionnaires de 178g et même les disciples
d'Auguste Comte, ne sont qu'une suite de sophismes. Napoléon
Peyrat et de Ricard se continuent
d'ailleurs avec les élucubrations fuligineuses de cer¬
tains occitans d'aujourd'hui, dont un numéro spécial
de Cahiers du Sud (août-octobre 1942) nous fournit
l'étrange équipe, et avec les déclarations stupéfiantes
de René Nelli, le nouveau président de la Societat
d'Estudis Occitans : « Sens voler arrestaurar lo catarisme
aquò sariâ ridicul e puéril, — pensam que
si nostras tradicions pregondas son pas dins la gnosi
—

albigesa, tant val dire que son pas enloc» (Oc, n°
d'ibèrn de 1944, segon Terra d'Oc, març 1944). Ré¬
édition de Peyrat ... moins l'éloquence.
D'autre part, il est des historiens, tels que Michelet,
Henri Martin, pour lesquels la Croisade — et donc
la chute de Montségur — ne sont répréhensibles que

point de vue religieux. Ils chargent l'Eglise et ses
légats, mais n'attribuent aucune importance aux con¬
séquences politiques et les approuvent même avec
complaisance.
Certains autres historiens, tel le dernier en date,
Belperron, approuvent en bloc la Croisade et ses con¬
séquences, parce qu'elle fut une victoire de Rome et
de Paris à la fois, et cherchent pour nous dans ce
lugubre drame «des exemples de virilité et d'éner¬
gie». Pour beaucoup d'entre eux, la simple évocation
d'un quelconque de ces événements, qu'il s'appelle
Béziers, ou Muret, ou Montségur, est inopportune
et même répréhensible.
Nous, fidèles à la tradition mistralienne, nous addu

�4&amp;

LO

mettons

que

GAI

SABER

l'âme occitane vit par sa langue, son

histoire, ses traditions. Certains défenseurs de Montségur pouvaient être cathares ; tous ne l'étaient pas
certainement, comme ne l'étaient pas tous les défen¬
seurs de Béziers et de Toulouse. Il faut croire que
si

de Montségur étaient en majorité
de Béziers et de Toulouse étaient en

ceux

cathares,

majorité
catholiques. Mais tous, ici comme là, étaient des
gens de chez nous. Et tous étaient, en un sursaut dé¬
sespéré, les défenseurs d'une patrie. Leur geste sym¬
bolique ne doit pas tomber dans l'oubli.
Nous n'irons pas vainement fouiller la montagne,
pas plus que les grottes du Sabarthés, pour y cher¬
cher, avec Otto Rahn, les traces du Saint-Graal, ce
fameux « trésor des Albigeois ». Nous n'organise¬
rons pas
des visites touristiques sur ce haut lieu de
notre terre occitane-, ni des sociétés des «Amis de
Montségur et du Saint-Graal » sous la coupe d'étran¬
gers en mal d'âstrosophie et à la recherche de vagues
impressions d'art.
Mais nous monterons dans le silence, tels des pèle¬
e los romius que pasaran ... —, jusqu'aux
rins
ruines qui rappellent une des pages les plus doulou¬
reuses et les plus sombres de notre histoire, nous bai¬
serons avec piété ces
pierres éclaboussées du sang
de nos ancêtres, et nous dirons avec Mistral :
ceux

—

l'a '« chapitre, dins Vistòri de Franço, que porto un noum
famous : la guèrro dis Albigés. E tout fiéu don Mie jour, en legissènt aquêli pajo, ressentira toustèms sauta soun cor. Aro,
voulèn pas saupre quau èro Venant, qu.au avié dre o tort. Loti
sang que regoulè dins aquelo orro mescladisso a belèu cimenta
li foundamento de la Franço, e sus l'autar de'lapatrio, coume
sus tóuti lis autar, ié deu agué si sacrifice.
Mai, Messies, ta 'no causo que li mort € an dre, quand soun
toumba dins la bataio : acà's la remembranço. Tout orne que
defend lou sou de sa patrio. que lucho e tnor pèr elo, merito
longo-mai la remembranço dàu pais. ( Discours, Santa-Estèla
d'Albi, 24 de mai 1882).
.,.

Abbé

Joseph SALVAT.

�LÓ

SIÈGE

GAI

SABER

ET PRISE DE

41

&gt;10MSÉGLR

Nous n'avons

qu'un récit du siège et de la prise de Montsédû à l'un des historiens de la Croisade. Il est l'œuvre du
chroniqueur latin Guillaume de Puylaurens. Celui-ci, chape¬
lain de Raymond VII, comte de Toulouse, a vu les événements,
a connu
beaucoup de choses par des rapports authentiques ;
modéré dans ses jugements, il est aussi un
chroniqueur fidèle.
Les détails complémentaires du
siège doivent être empruntés
à d'autres documents tels que les questionnaires des
Inquisi¬
gur,

teurs.

Voici la traduction

laurens.

française du récit de Guillaume de Puy¬

Le Comte de Toulouse

se rend à Rome, puis chez
l'Empereur Frédéric, et pendant ce temps le Châ¬
teau de Montségur est pris, et environ deux cents
hérétiques trouvés là sont brûlés.

Pendant ce temps (printemps de
rable Père Seigneur Pierre Amiel,

1243), le véné¬
archevêque de
Narbonne, et le Seigneur Durand évêque d'Albi, et le
Sénéchal de Carcassonne assiégèrent le château de
Montségur au diocèse de Toulouse, dont s'étaient de¬
puis longtemps emparés deux nobles, Pierre de Mirepoix et Raymond de Péreille ; il y avait là un re¬
fuge connu pour toutes sortes de malfaiteurs et d'hé¬
rétiques, comme une synagogue de Satan, à cause
de la puissance du château, qui, situé sur un roc très
élevé, paraissait inexpugnable.
Comme le siège durait depuis longtemps, et avan¬
çait peu, il arriva que des gens du pays furent en¬
voyés avec des hommes connaissant bien les lieux,
pour tenter de nuit Tescalade à travers d'effrayants
précipices. Guidés par le Seigneur, ils atteignirent
un
ouvrage situé à un angle de la montagne, et,
ayant eu rapidement raison des sentinelles, ils occu...

�lo

48

gai

saber

pèrent ce bastion et firent périr par le glaive les gensqu'ils y trouvèrent.
Le jour étant venu, se trouvant presque sur le mê¬
me
plan que les autres défenseurs de la grande for¬
teresse, ils commencèrent à les attaquer vigoureuse¬
ment, étonnés de l'aspect effraj'ant du chemin par
lequel ils étaient montés de nuit, au point qu'ils
n'auraient jamais osé s'y risquer de jour. S'étant ins¬
tallés sur la hauteur, ils permirent une ascencion
plus facile au reste de l'armée.
Comme les infidèles assiégés qui étaient dans l'in¬
térieur de la forteresse n'avaient de repos ni de jour
ni de nuit, et comme ils ne pouvaient résister aux
assauts des fidèles (du Christ), la vie sauve leur ayant
été accordée, ils livrèrent aux assiégeants le château
et les hérétiques « vêtus » (parfaits) qui, hommes et
femmes compris, s'y trouvaient au nombre d'envi¬
ron

deux cents.

Parmi eux était Bertrand Marty, qu'ils regardaient
leur évêque. Ayant refusé de se convertir
comme on les y invitait, ils furent enfermés dans une
enceinte faite avec des pieux, et le feu ayant été mis
comme

à cette

palissade, ils furent brûlés et ils passèrent au

feu du Tartare.
Le château fut rendu

au

maréchal de Mirepoix à

qui il avait appartenu auparavant.
Guillaume de PUYLAURENS.

Chronique, ch. XLVI.

�LO GAI

SABKR

49

MONTSÉQUR
par

I.

Napoléon PEYRAT.

IHontscgur accueille les évêques cathares.

Montségur, sans autre défense que l'escarpe¬
de son site, trouvait, comme le cœur des ca¬
thares, sa sécurité dans son élévation, et son calme
dans la proximité du ciel.
Voilà ce qui réjouit d'abord les regards des évê¬
ques du Consolateur.
C'est moins une forteresse qu'un sanctuaire, mais
un sanctuaire chevaleresque. Le monument, long de
cent mètres, large de vingt, haut de dix, occupe le
...

ment

sommet tout

entier.

La plate-forme est basse à cause de l'ouragan,
mais le souterrain plonge immensément dans les
entrailles poreuses de la montagne. Point de portes

extérieures,

car

la baie ogivale, visible aujourd'hui,

s'encastrait alors dans le corridor crénelé qui la reli¬
ait à la barbacane. Seulement, dans cette tour, une

château,
plusieurs pieds au-dessus du sol, défen¬
due par son élévation et les archères de la barbacane
et du donjon. La forteresse est construite avec Un
calcaire brun, arraché à la cime même aplanie par
le fer, et qui donne à ses murs la teinte du plomb et
la dureté de l'airain. Cette couleur ferrugineuse as¬
sombrit les montagnes environnantes, dont la plus
haute cime a reçu le nom de Montferrier. La nature
poterne masquée, et tournée du côté du
s'ouvrait à

est en

deuil et

sa

dure funèbre des

la

tristesse s'accroît

encore

de la

ver¬

buis, des houx, des ifs éplorés et de

grande attitude mélancolique des sapins. A cette
lugubre, on dirait un autel gigantesque pré-

pompe

�LO

5°

GAI

SABER

paré pour l'immolation d'un peuple. Le temps, cet
horrible sacrificateur, amènera la grande victime.
Mais Montségur, pendant plus de trente ans encore,
sera une roche de victoire et de salut, avant d'être
une pierre
d'holocauste.
(.Histoire des Albigeois, Paris, 1882.
t.

II. Les

II,

p.

85.)

envoyés du comte de Toulouse
arrivent à Montségur.

Toulouse, après deux jours de marche, au pas
chevaux, ils arrivent dans le pays d'Olmès
(Ulmorum). C'est un petit territoire bocager et pasto¬
ral, pittoresquement jeté sur les racines septentrio¬
nales des Montagnes du Thabor qui forment la limite
orientale du comté de Foix. L'Ers, qui sort de l'Estang-Mal, et le Lectorier, qui descend de l'EstangTort, l'entourent comme d'une écharpe de torrents
De

de leurs

et

de cascades.

Entre

ces

deux gaves, sur une

crête

chauve, qui domine des chaînes boisées, se dresse un
château qui semble le donjon aérien de toute cette
région gracieuse et sauvage. Ce château, ancien castellum romain, et, plus anciennement encore, sanc¬
tuaire cantabre du soleil, c'est Montségur. Vers le
nord, et comme à ses pieds, se trouvent Lavelanet
dans son vallon, et, plus bas encore, formant la base
du triangle, la Roca d'Olmès, sur son coteau rocail¬
leux, et Peyrèlha sur un monticule pierreux d'où dé¬
rive

son

nom

primitif de Peyrèla

...

Les trois Gourgs druidiques du Thabor (gurgites),
l'Ers qui sourd de ces cuves volcaniques pour dispa¬
raître en chemin dans d'autres gouffres, le Lectorier
sur les flancs obscurs du Montferrier va s'échevelant en guirlandes d'écume et en cascatelles, la fon¬
taine intermittente de Belestar qui jaillit d'une som¬
bre grotte, Fontestorbes, Fougars (Fouas) et plus haut

qui

�LO

GAI

SABER

le val de

l'Enchantement, des souvenirs fati¬
diques, des vestiges du culte héliaque ou vulcanien,
répandent sur ce territoire, d'ailleurs si pittoresque,
un charme de
religieux mystère et de grâce funèbre.
Les montagnes ont une teinte ferrugineuse ; leurs
roches plombées se revêtent de noirs sapins ; l'hori¬
zon est dentelé de leurs longues flèches lugubres ; la
nature en deuil semble contristée de quelque catas¬
trophe tragique. Montségur est posé sur sa cime com¬

encore

un
autel
raît d'en bas

me

et comme un

tombeau. Tantôt il appa¬
et désolé ; tantôt assis

sur son roc morne

flottent à sa base, com¬
tantôt sa masse comme fondue et
fluide par le plus ardent soleil semble étins'évaporer fantastiquement dans les hauteurs

rayonnant, sur des nuées qui
me un

catafalque

rendue

-celer et
du ciel.

;

(Histoire des Albigeois, Paris, 1870,
t. I, p. 356.)

III. Ramon de Perelha prisonnier
quitte Montségur après la prise de la forteresse.

Ramon de Perelha cependant s'acheminait vers
les tours de Carcassonne. Le noble vieillard put voir

longtemps encore son manoir démantelé. Plus il s'é¬
loignait, plus le glorieux donjon mutilé semblait se
dresser, par- dessus les collines et les montagnes, pour
regarder son maître infortuné qu'il ne devait plus re¬
voir. Dépouillé de sa crénelure, il était semblable à
un autel et à un tombeau : autel de la patrie romane,
tombeau de la race méridionale, cime à jamais célè¬
bre par le sacrifice d'un peuple dont la mémoire fume
devant Dieu

au

siècle des siècles.

Enfin, le monument transfiguré par la distance se
déroba, comme un rêve, dans les vapeurs du soir. Il
s'est éclipsé de même dans la nuit des temps. On n'a
plus entendu parler de lui pendant six cents ans. Ont

�lo

52

gai

saber

a oublié sa guerre, sa victoire et son martyre. De nos
jours seulement le noble donjon semble sortir de ses
ténèbres. Saluons sa résurrection historique. Montségmr, Montségur, forteresse impuissante, mais sé¬
pulcre glorieux, dresse tes créneaux au-dessus des
nuées, dresse les au-dessus des âges, et montre à
jamais, à l'univers frissonnant d'admiration et d'hor¬
reur, tes deux cents martyrs, immense holocauste,
dévorés sur ta cime par les flammes, et que ta san¬
glante auréole nous éclaire, ô Golgotha de la foi Johannite et de la patrie pyrénéenne !

(.Histoire des Albigeois, Paris, 1870,
t. II, p. 384.)

LE TEMPLE DU SOLEIL
sont
tues depuis
des siècles.
croissent parmi tes pierres, ô Mont¬
ségur ! Maintenant, du Nord au Midi, les Français
unis et apaisés n'ont plus qu'à passer devant toi et.
à t'admirer, socle superbe de grands souvenirs !
Salut à toi, colonne d'héroïsme, monument con¬
sacré par la Montagne et par les siècles à ceux qui
moururent à ton attaque ou à ta défense,
pic san¬
glant, sur lequel furent immolés, héros farouches,
les derniers contradicteurs de l'unité d'un grand
peuple !
Salut à toi ! Les mortels souffrants et inquiets ne
s'agitent plus sur tes pentes arides.
Ancien temple du Soleil, tu lui as été rendu, et ce
qui te reste de murailles démantelées s'ouvre comme
un calice pour
recueillir sa lumière. Lui seul, désor¬
mais, t'habite, rayonnant de ton sanctuaire sur des
vallées innombrables, dans le silence et dans la
splendeur.

Les clameurs
L'herbe et la paix

se

Lêvis-Mirepoix, Montségur,

p. 312.

�L'Ort dels Trobaires
A=N=UNA

PÈIRA
Dret\

es

lagrim.

Arnaud Daniel.

Dì^on que pèiras an còr dur,
E, mentretant, que de lagremas
Al fon\e de ton còr estremas,
Pèira

A

gri^a de Mont-Segur !

Mont-Segur t'ai amasada,
vèspre, pietado^ament ;

Un

Dempèi, ai fait lo jurament
sempre à la pensada.

De faber

O testimòn de las dolors

Qu'als Aujòls cau^èt la Cro^ada !
Ma Rasa es uèi tant escra^ada
Que non pòd plus escampar plors.
Lo sang

dont encara es tacada
Mòstra que pel Dret as lutat.
Ont es la vièlha Libertat,
O

pèira pels Martirs tocada Ì

Segur

que dels caps francimans
fait gisclar mantas cerbèlas,
E voldriàs que mescladas bêlas
Ajèsen autres endemans.
As

�LO

54

GAI SABER

pòs plorar, pèira sacrada !
valedors
Qu'am tu paràban terradors : —
Vai !

Son mòrts los reires

Regards plus vota a^urada.
fòra tu, qui se soven,
Ara, de l'albige^a Guèrrai
Ai !

Estrangèrs sus nòstra terra
bastit un van Covent ...

Los

An pas

E, pracò, sembla, ò bonauransa !
Que se fendàsclan sas parets ...
Oc ! sens trencar los liams estrets
Que nos estàcan à la Fransa,
D'unis

soscam am

Que la Comtesa es

ferni^on

embarrada ;

veire delibrada,
pèiras abèm plus be^on.

Mas, per la
De

O Pèira santa

e

glorïo^a

Que lo pasat m'as rebrembat,
esperat
Faràs plus òbra furïo^a !
Dins l'Avenidor

pron poderos
revenjar una patrïa !
Lenga d'Oc a pron furia

Lo Trobaire es
Per
La

Per

far son pòple coleros.

�LO

Aicest
E ten
Mas
E

non

son

son

GAI

SABER

coneis

dret

am

E Occitanïa,

Istòria

flacas mans ;

lo dels Romans,

sang es

refrescarem

son

55

sa

memòria.

ela, al trespàs 1

Tant que Vsolclh sus son ternaire
Bristolarà '« front de lauraire,
Dins Vatahut la veiran pas

!

■Veiran plus-lèu las Pirenèas
Jol cel estonat s'acatar,
Qu'un sol moment s'ajogatar
Nòstras ufano^as idèas !
Non mòr la Rasa!

Auqïs Mistral

Qu'am

mirabilhoqas

sas causons
Fa s'arborar Albas
E

s

claroqas
enfugir lo Temporal !

Està siauda, ò
Farem

sens

pèira gri^astra !

tu l'util Obral.

Sera 'n Revenge majorai
Ont dirà ceba la Sorrastra.

espantadors
Que dels esclaus fan ornes libres ;
Sèm los potents ! Sem los Felibres !
Sabèm los clams

E vencirem los Vencidors !
Prosper ESTIEU
La Canson

Occitana,

p.

216.

�56

LO

GAI

SABER

SUBRE LAS ROÎNAS
DEL

CASTÈL

DE

O Ramon de

Perelha,
Que vives dins la glòria
de Vistòria occitana !

Ont

foguèron tas torres
esparrabisadas,
pasi, landrant trobaire
que trèva la memòria
dels reires valero^es.
O splendors avalidas !
Demest garrabièrs, èdras,
boisons, romècs e cases,
milanta /lors florison
dins las parets mofudas
ont las fendalhas bàdan
coma bocas
que cridan
dòl e de^esperansa.
E las flors son de làbras
ont lo silenci parla
melhor que de paraulas.
O flors, sola ondradura
de la tomba faidida,
per ma man%tremolanta
non
saret^ pas raubadas.
Vers tu, terra sacrada,
m aclinant, vòli sonca
ara

�LO

GAI

SABER

57

simbol triste,
aquesta scabïo^a
que lo sang dels malastres
a belèu enrojada ;
apèi, aquesta pèira
qu'ai plan cau^ida subre
la paret la plus auta,
pèira de remembransa
que metrai sus la taula
ont escriurai mas tròbas,
amasar,

e

pèira drechurièra

dont s'armarà

mon

ira

per las escalhausadas,
se

cal asclar la clesca

als

Montfàrts del temps d'ara.
Antonin PERBOSC

Mont-Segur, n°

4,

setembre 1896.

�LO

5«

GAI

SABER

SUS UNA

PÈ1RA
Al abat J. S AL V AT.

Coma per

sagelar nòstra amistat frairala,

Amie, mi abètq portât una peira d'azur
Raubada, ambe pietat, à la paret reirala
Ont los nòstres

son

morts, aval, à Montsegur.

venguda, per ieu, una peira encantada
Gardant-, dins son secret, l'univers de belor

Es

Que li abia fi^at la vòstra ama abrandada
E que mon ama cerca e

canta ambe fervor.
Loïza PAULIN.

Reialmont, Autona 1941.

Loïza PAULIN es mòrta
grand regrèt qu'abèm après la môrt de
à Reialmont (Tarn), lo 23 d'abrilh.
Nôstre secretari lo majoral-abat Salvat a portât dabant sa
crôza à la bêla trobairis albigeza lo salut de ì'Escòla Occi¬
tane e del Felibrige.

Es ambe lo plus
dôna Loïza Paulin,

La Direccion.

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GAI

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—

Quand lo boièr

-

Quand serai môrta, rebond-me
al

Trôba

Los

femna al

-

pèd del fôc

plus priond de la

cava.

pèds virais à la paret,
jos la canèla.

tota desconsolada.

lo cap

Se n'ès

E los romius que pasaran

malauta, diga-z-óc,
potage.

te farem un

Amb
una

una

raba, amb un caulet,

lauzeta magra.

N. B.

—

prendran d'aiga-senhada.
E diran

:

quala es mòrta aici ?

Acô's la paura

Jana.

D'après certains folkloristes et historiens, La Can-

au temps de la Croisade
contre^les
Albigeois. Nos ancêtres l'auraient chantée pour se reconnaître
les uns les autres. &lt; La paura Jana » serait leur pays dépouillé
son

del Boièr remonterait

.et dévasté.

,

'

y?î

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planta son agulhada.
sa

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LO

DÉFENSE

GAI

DE

SABER

MONTSÉGUR

Protégeons Montségur, protégeons-le contre ses
ennemis

et surtout contre ses

mauvais amis.

déposer des ordures au pied de la ruine
doivent seuls hanter les aigles et la co¬

Défense de
sublime que

lombe du Paraclet.
Défense

absolue

d'y ériger des médaillons, des

l'honneur de Pierre, Jac¬
Guillaume.
Pour cela, on a la place publique, le jardin public,
tout ce qui est public. Charlatans sacrilèges, respec¬
tez cette solitude, et rendez à la publicité ce qui lui

bustes, des sculptures en
ques ou

appartient.
Syndicats d'initiative aux mains des gargotiers
n'ont rien à voir ici. Il n'y a pas lieu d'attirer ici
des foules, bien au contraire.
On voit mal ce sol sanglant et calciné, en proie
aux « hostelleries », aux cantines populaires, aux pa¬
piers gras et aux boîtes de conserve qui, à la veille
de la guerre,

déshonoraient les plus beaux sites de
néfaste des industriels du

France, grâce à l'activité
Tourisme.

Si jamais on réalise le vœu de certains, si l'on dote
Montségur d'une route «touristique», c'est pourtant
le sort qui sera réservé au suprême sanctuaire de la
patrie romane.
Qu'on ne nous parle pas non plus de « restaurer »
Montségur ! Victor Hugo, Mérimée, André Hallays
ont dénoncé, depuis longtemps, les méfaits de ces
« restaurations », de ces incapables qui ont « rebâti »
Pierrefonds, Carcassonne et tout récemment l'Hôtel

�lo

gai

saber

6l

Sens, à Paris, substituant partout aux vieilles
pierres, ces éloquents témoins du passé, un appareil
moderne, sans esprit et sans âme.
A l'entrée de ma petite ville de Mirepoix, les Mo¬
numents historiques ont sévi. Ils ont « refait » la
porte d'Aval. Il y avait là une puissante et gracieuse
ogive aux pierres dorées par les siècles. Ils ont ba¬
layé tout cela et nous ont infligé une entrée de ville
en carton-pâte qui atteste leur vandalisme.
Fidèles de Montségur, ne tolérez pas non plus que,
sous couleur de fouilles, on vienne saccager une fois
de plus ce sol sacré, miner la citadelle et la cha¬
pelle des Parfaits. De récents événements n'ont-ils
pas démontré que ces investigations plus ou moins
ridicules ne vont pas toujours sans danger ?
De grâce, conservons à Montségur son manteau de
mystère et de silence.
Quand on aborde le champ des martyrs, consumés
par la flamme, quand on s'élève vers le temple en¬
seveli, pas de discours, pas de mots, pas de gestes,
pas de cris.
Il n'y a qu'à se recueillir et à prier.
de

Raymond ESCHOLIER.

�62

l.O

LOS

GAI

SABER

ÍMNES SACRATS

DE

A.

MANZONI

III

REZURRECCION

LA

Lo poêla afortïs que lo Crist es resucitat, per la plus
granda jàia d'aquels que dins los Limbes esperàban lo liberator promés per los Profètas. Doas estròfas li sufiwn pèr
contar lo miracle. Pèi convida los fidèls à je regaudir, ambe
la Glèiza e la Vierge, d'una alegransa pacifica e celestiala
s'acompanhant de generoza cdritat.

Es resucitat
rancada ?

salve

un

autre

autre ? Oc

juri

Es resucitat

zari;
i

a

es

:

a

oòp, lo qu'èra tombât dins lo poder d'un
per Aquel que dels morts l'espertèt,
:

resucitat

lo covèrcle

cosi à la mòrt sa pròia foguèt arvincut las negras portas, cosi as

mas

Cosi

lo sant cap se pauza
:

dins

capvirat

un

:

tal

plus dins lo

su-

canton del sépulcre solitari
un

fort embriaic lo Senhor

s'es espertat.

Coma, à m.ièch camin, s'èsent pauzat dins la forest,
pelerin se remet, e fa caure de sus son cap una fèlha seca que, destacada de la branca, s'èra tôt dosament pauzada sus el;
lo

Atal, lo marbre bufèc pezant sus la crôza cavada,
aquel Vertudos l'a mes de caire, quand l'ama, tornada
de la val dezolada, a dit al corps diuzenc que se taizaba : Lèva-te, que som ambe tu.

Quna paraula s'es espandida demest los asopits d'Is¬
Lo ' Senhor a dobèrt las portas ! Lo Senhor !
L'Emmanuël ! O vos-aus, asopits à l'espéra, es finit
vôstre eizil ! es El-mèmes, lo Redemtor.
raël !

�LO

GAI

63

SABER

Abant El, al reialme etèrne quai mortal séria mon¬
vos raubar al mut inféra, vièlhs Aujôls, El es
decendut : lo Dezirat del temps antic, la terror del ene-

tât ? Per

mic, lo Vincedor promés.
Als remirables Vezents que contèron l'avenir coma
lo paire conta à sos íìlhs atentius sò qu'es déjà pasat,
s'es mostrat aquel Solelh suprême que, parlant per lor

boca, à la tèrra Dius prometèt;
Quand Aggèu, quand Izaïa garantiguèron al monde
entièr qu'un jorn vendria lo Dezirat; quand, embegut
dins son pensament, Danièl legiguèt los jorns nombrats, e dels ans qu'èran pas encara nascuts se sovenguèt.
Era l'alba; e, la cara banhada de plors, la Madalena
e

las autras femnas

se

lamentàban

sus

la Victima; e

gar' aquì que tota la colina de Sïon es estada commoguda, e que las sentinèlas trufairas se son estavanidas
d'espavent.
Un jovent inconegut s'es pauzat sul monument : son
aspèt èra d'esclaire e son vestit de nèu; à la femna
atristezida que lo questionaba a respondut lo mesagèr
cortés : Es resucitat; es plus aqui.
N'es finit dels ornaments sens gracia e de la tristor
del violet : que l'òr acostumat torne luzir : e tu,
prèire, vai, en blanca estôla, als grands oficis, dins la
lutz dels flambèls, anonciar lo Resucitat.
es montât un crit : regaudìs-te, ò sublima
cèl; regaudis-te; lo Dius à qui as servit de
niuc per que s'i vestiguès de nòstre vèl es resucitat, segon sô qu'a dit : Prèga per nos-aus; El a comandat
que sia lei ta pregaria.
O mos fraires, lo rite sant parla uèi res que de regaudisensa; es uèi jorn de convit; uèi cadun se regaudìs : i a pas cap de maire que s'interdiga de cargar à
sos enfants los vestits plus festadièrs.

Del autar

Dama del

Que sia frugal lo repais del rie; que cada taula aja
dons; e que lo trezôr refuzat al faste dels supèrbes

;sos

�64

LO

GAI

SABER

adobuns pase en amie jol tet del paure e
uèi plus rizenta la taula del mizeros.

faga pareise

e lo bolegadis dels regaudiments
vergonha : es pas d'aquela alegria que los justes
se regaudison; mas la siu es pacifica dins sa tenguda,
mas es celestiala, coma sinhe de la jôia venidora.
O benurozes ! per élis plus bèl punteja lo Solelh dels
jorns sants; mas que ne serà d'aquel que, reguèrgue
e fat, ailàs ! a destorbat sos pases barrulants sul camin
que mena à la mort ? Lo que se fiza dins lo Senhor
ambe 1' Senhor rezurgirà.

Avalisca los crits

sens

Alexandre MANZONI.
Revirat per

l'abat Sai.vat.
&amp;

Imp. d'Editions Occitanes, Castelnaudary. Le Gérant : A.

PRAVIEL.

�Règles de Phonétique Occitane
corps d'un mot,
français ; mais s'il
constitue une terminaison féminine, il est semi-son¬
nant et se prononce entre a et o, suivant la région ;
e sonne comme é fermé français, et è comme è ou¬
vert français ; — i équivaut à i français ; — u égale¬
ment ; mais, après une voyelle, il a le son ou fran¬
çais ; — ò ouvert se prononce comme o français, et
o fermé comme ou français.
i° VOYELLES.

accentué

ou

seul

a,

—

ou

dans le

non, sonne comme a

—

2° CONSONNES.

suivi de
c

devant

comme
comme
n

—

e

muet, sauf

est

—

d, f,

g,

j, 1, m, n, p, q

( toujours

—

la fin des

mots en ment;

quelques

rares

exceptions, à la fin

est souvent muet à la fin des

r

en Provence, ainsi
toujours dur et sifflant; — t est
participes présents et de la plupart

substantifs et des

qu'à Pinfinitif;
muet à

c,

tz, dans certaines régions ; —-.m se prononce
n à la fin de la ir' pers. du pluriel des verbes ;

des substantifs ;

des

b,

—

r, s, t, z sonnent comme en français ; mais
et i est sifflant comme s français; — j sonne

u),

adjectifs, sauf

s est
—

v sonne comme

b, sauf en

Pro¬

vence.

3° GROUPES. —ch, lh, nh se prononcent: tch, ill, gn.
«■IBBBBBIIIIBBDIBIIIIIBIIItilBIIIIBIIIliailllllllK

ESCOLANS
Si vous n'avez pas encore acquitté à la l:
brairie Privât, 14, rue des Arts. Toulouse (c^
Toulouse 1673) le montant de votre abon

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ment pour
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franceza (1 vol. in-8°, 280 p.)
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La Canson

Occitana, poèmes en

lenga d'Oc ambe
(1 vol. in-8°, 264 p.) . fr. 30. »
Lo Romancero Occitan, poèmes en lenga d'Oc ambe
traduccion franceza (1 vol. in-8% 344
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sus)

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p.) fr.

25.

»

�</text>
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          <name>Is Part Of</name>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>1 fasc. (pp. 30-64) ; 22 cm</text>
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              <text>publication en série imprimée</text>
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          <name>Temporal Coverage</name>
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              <text>19..</text>
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          <name>Identifier</name>
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              <text>http://occitanica.eu/omeka/items/show/20734</text>
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          <name>Description</name>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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          <name>Contributor</name>
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              <text>Estieu, Prosper (1860-1939)</text>
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              <text>Perbosc, Antonin (1861-1944)</text>
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              <text>Paulin, Louisa (1888-1944)</text>
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              <text>Escholier, Raymond (1882-1971)</text>
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              <text>Manzoni, Alessandro (1785-1873)</text>
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      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Bibliotèca</text>
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          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>Escòla occitana</name>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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