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                  <text>30» Annada

Lo
(

N° 231

Julhet-Octòbre 1949

N

Gai
Saber

Revïsta de l'ESCOLA OCCITANA
——

Ois Aup 1

Plrenèu

...

F. Mistral.

NUMERO CONSACRAT A ARMAND PRAVIEL

TOLOZA
14, Carrièra dels

Arts, 14

�LO

QAI

SABER

Revista de l'ESCOLA OCCITANA
Administration

EDOUARD PRIVAT &amp;

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14, Rue des Arts, TOULOUSE, c/c. Toulouse 117.240
( Fransa : un an
200 tr.
:
Abonaments

1
I

.

„

Abonament d'ajnda

-

ENSENHADOR del N°

HOMMAGE

A

LA

I.-ROZÈS
I. S.

231

-

de BROUSSE

Louis TBÊRON
de MONTAUGÉ

Le

:

1.000 1rs.

:

:

D'ARMAND

PRAVIEL

bibliographie.

poète.

Lo felibre.

:

Armand Praviel

:

Armand Praviel
queur.

:

lean SUBERVILLE
Lonis THÉRON
de MONTAUGÉ
Henri d'ORGEIX

—

Le mainleneur des Jeux Floraux.
Armand Praviel régionaliste.

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ÉTUDES

Essai de

Alex COUTET

.

La Vie d'Armand Praviel.

:

:

lozèp SAUVAT

.

.

Vue liminaire.

:

Paul de SUBRA

: un an

(lalhet-Octèbre 1949)

MEMOIRE

I.
LA DIRECTION

.

.

Bstrange

Praviel

s

journaliste.
critique et chroni¬

critique littéraire.

Le fondateur et le directeur de
L'Ame latine.

:

Praviel comédien.
Praviel et l'art du théâtre.

;

Léon CHANCEREL

II.

-

HOMMAGES

Erederi MISTRAL,
nebout
I.

Charles-BRUN

losepb de PESQUIDOUX
Duc de

Record.

:

:
:

LÉVIS-MIREPOIX:

Albert PESTOUR
Emile RIPERT :

:

Compagnons d'Armes,
Un fils de Gascogne.
Un chevalier des Lettres.
Le tombeau d'Armand Praviel.
Armand Praviel et la Provence.

�à

LAVELANET (Arièja)

L'ost&amp;l

E/COLIER &amp; DIANT

Í&amp; de bèl

que

s'esquisa jamai.

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BABOU

kLcuiqaeta. deÌA Lip-etA,

deU QôtbnandètA, deÍA cáneĹAeiteA.

LIMOUX (Aude)

Téléph.

t

�ARMAND

PRAVIEL

( 1875- 1944 )

�Lo Gai Saber,

JULHET-OCTOBRE 1949.

N° 231.

Hommage à la mémoire
d'Armand PRAVIEL
VUE LIMINAIRE

En élevant, de1 leurs mains fraternelles, ce « Tom¬
beau » spirituel à la personnalité d'Armand Praviel,
les instigateurs de ce témoignage ne se dissimulent pas
ce qu'a toujours de périlleux un tel recueil.
Entre

l'éloge

et la critique sans nuance,
pareil cas, à la loyauté comme

sans mesure

une

via média s'ouvre, en

à la

sympathie.

tourmentée de ce
les contrastes n'ont pas manqué. Le juridisme paternel et L'idéalisme maternel expliqueraientils en partie la complexité de son caractère ?
Admirateurs ou détracteurs n'auront pas toujours
pénétré ce « mystérieux » exubérant, dont l'extériorisa¬
tion donnait parfois le change sur son intériorité, cette
diplomatie, trahie quelquefois par cette éloquence.
Dans la carrière éblouissante et

«

gascon »,

Les contingences de la vie littéraire auront-elles tou¬
jours laissé à celui qui avait eu le départ d'un « cheva¬
lier au cygne », une générosité sans reprise et au « clas¬
sique », ouvert mais peu transigeant, le sourire de la
tolérance ?
L'esthète

d'autres,

chrétien, lui aussi, a pu traverser, comme
des ans, dans son existence person-

au cours

�LO

420

GAI

SABER

nelle, telle période contrastante et laisser, un temps,
son œuvre, vibrer une résonance, que son âme
dissipera.
dans

Ceux

qui pensent avoir un peu connu Armand Pra^
viel, et. ils sont aujourd'hui devenus rares, savent qu'il
a longtemps souffert, mais qu'en dépit de tout il a gardé
le sens et ravivé le culte des lumineux principes qui
avaient orienté

sa

vie.

La

fréquence des séjours parisiens n'avait pu déra¬
ce grand provincial et peut-être est-ce à notre
sol et à notre ciel qu'il aura dû, pour une belle part,
sa puissance de travail et sa hauteur d'esprit.
ciner

LA DIRECTION

�t.

-

ÉTUDES

LA VIE D'ARMAND

PRAVIEL

d'Armand Praviel, si pleine, si ar¬
féconde, il faudrait tout un livre ! Il fau¬
drait le loisir, impossible par nos temps angoissés, de
rechercher dans les vieux papiers et de remonter le
cours des années jusqu'aux jours d'une jeunesse qui
Pour dire la vie

dente et si

nous

fut commune.

Essayons cependant, en nous

bornant à rappeler quel¬

souvenirs personnels, plutôt anecdotiques,
pourrait sans doute pas trouver ailleurs.

ques
ne

qu'on

I

Armand Praviel est

né le 13 octobre 1875 dans la pro¬

aujour¬

che Gascogne toulousaine, à L'Isle-Jourdain,
d'hui chef-lieu de' canton au bofd de la Save, sur la
route de Toulouse à Pibrac et à Auch, jadis fief impor¬
tant des Comtes de Toulouse dont l'un des possesseurs*

Alphonse, baptisé avec l'eau du Jourdain,
de ce fleuve et le transmit à la ville.

prit le nom

n'a conservé de son passé que sa
église de pur style classique, où nous sommes allés
bien souvent, A. Praviel et moi, lœuvre de l'architecte
toulousain Raymond, flanquée d'une haute et svelte tour
couronnée de créneaux, reste de l'ancien château féodal
remplacé aujourd'hui par une vaste promenade carrée
plantée d'acacias, qui a eu plus d'une fois la primeur
discrète die nos jeunes sonnets.
L'Isle-Jourdain

belle

Sur la

place centrale, une large

halle de briques rou¬

ges au ton passé — comme toute la petite
se la puissante charpente apparente de sa

ville — dres¬
toiture. Elle

�42 2

J.-ROZÈS

est la halle

aux

affaires, et des
C'est

DE BROUSSE

grains et le

promeneurs

centre du commerce, des
quand le temps est mauvais.

cette

place qu'est située la maison notariale
père, Félix Praviel, qui
avait succédé lui-même à son
père, était un- homme
d'affaires accompli, malin et
retors, le conseil et l'hom¬
me de
confiance, à bon droit, des meilleures familles dies
environs, mais la terreur des suppôts de l'enregistre¬
sur

•où Armand Praviel est né. Son

ment. Il valait infiniment mieux être son
client que son
adversaire. Il rêvait naturellement de faire
de son fils
son

successeur.

Mais

son caractère
impérieux, débordant d'activité
enclin à la bonhomie et à l'indulgence, dont son
fils avait-conservé
quelque chose — plutôt, chez Ar¬
mand!, comme qualité que comme défaut —, était de
nature à éloigner la sensibilité et le
tempérament artiste
et déjà décidé de son fils.

et peu

Celui-ci

«

tenait

»
essentiellement, comme on dit, de
Louise-Noémie Vast-Tintelin. Mrae Praune sainte femme, et qui semblait descen¬
due d'une page d'Octave
Feuillet, avait dû être dans sa
jeunesse d'une rare beauté. Même dans sa maturité et

mère, née
ńel, qui était

sa

presque aux approches de

l'automne, quand, étudiant
fils, je recevais d'elle, à L'Isle-Jourdain, une
hospitalité dont la bonté m'est inoubliable,
elle avait
conservé dans son profil et dans l'ovale de
son visage
une pureté de
lignes qui faisait penser à quelque suave
crayon d'Ingres.
ami de son

Armand

Praviel

dans

sa

jeunesse

lui

ressemblait

beaucoup physiquement, comme le rappellent des cli¬
chés que je retrouve encartés dans
mes exemplaires

de

ses premiers livres de
vers. Mais c'est surtout
par
l'esprit et par le cœur qu'il lui
ressemblait, car, fils
unique, objet de ses constantes et naturelles dilections,
c'était elle qui l'avait formé, jour à
jour, esprit et cœur.
C'était elle, délicate et
cultivée, qui lui avait donné
ou plutôt avait
favorisé en lui, avec la foi chrétienne et

�D'ARMAND PRAVIEL

423

des pompes catholiques, l'amour

die la lecture

LA VIE

la goût

d'abord, des lettres, ensuite, le sens de
de l'idéal et la religion de la beauté.
Armand Praviel, qui faisait au
des études solides et brillantes de

la poésie, lie culte

Caousou de! Toulouse

jeune humaniste avec
des maîtres excellents, affectueux et parfaits lettrés,
comme le P. di'Adhémar et il'abbé Déqué, retrouvait avec
joie sa mère, aux vacances ; et quand, plus tard, à demiparalysée, elle vint habiter avec lui à Toulouse, rue du
Sénéchal ou boulevard Carnot, il la conduisait à l'église
appuyée à son bras et il avait pour elle les'soins tou¬
chants d'une fille.
Il devait à son père son tempérament de chef, son
activité débordante — mais utile. —; à sa mère, le meil¬
leur de son caractère et aussi son talent sans cesse per¬

fectionné, de lire les vers ; et à ses maîtres du Caousou
profonde cullure et sa ferveur d'humaniste et aussi,
ce qui, à mon sens, n'est pas négligeable, cette écriture,
je veux dire cette calligraphie, régulière, claire et élé¬
gante qui était une courtoisie pour ses. correspondants
et ses typographes et qui était une des conséquences de
la netteté de son esprit.
sa

Les Jésuites ont toujours avec raison, donné, dans
leurs fêtes scolaires, des représentations théâtrales. Ar¬
mand Praviel écolier, rhétoricien et étudiant, y était

passé maître, comme
comme

acteur. Il y

organisateur, comme régisseur, et
faisait tout. Que de fois, étudiant

les chefs-d'œuvre de
modestes, mais non
moins généreuses de P. Delaporte, de. Déroulède, d'Hen¬
ri de Bornier. Au surplus, son admirable talent de lec¬
teur et de diseur s'était perfectionné sans, cesse à l'au¬
dition des grands acteurs de notre jeunesse, MounetSully, Sarah Bernhardt, Coquelin, Sylvain, dont nous ne
manquions aucune représentation de passage.
moi-même, je l'ai applaudi dans
Racine et dans les pauvres plus

II
i

Ancien élève du Lycée,

je n'ai aperçu pour la pre-

�424

J.-ROZÈS

DE BROUSSE

mière fois notre ami qu'aux
compositions du bacca¬
lauréat, à la Salle du Sénéchal, où nos initiales nous
avaient fait voisiner, et à l'oral, à la nouvelle
Faculté
de la rue de l'Université. Je
ne sais si, inconnus l'un

de l'autre, nous
échangeâmes quelques propos ,mais à
la Faculté de Droit où nos
pères nous dirigèrent natu¬
rellement et obligatoirement, nous nous
mîmes à côté»
au premier banc en bas
à gauche... Hasard !... inconsscience !... affinités
électives, dont parle Goethe !...

Nous sûmes bientôt
que nous faisions des vers l'un et
l'autre. Nous causâmes. Nous vîmes
que nous avions les
mêmes idées, les mêmes
goûts, les mêmes

spirïtualistes, régionalistes, féljbréennes, à

aspirations
près les

peu

mêmes disciplines prosodiques, lui étant d'un
parnassisme
plus intransigeant. Nous sortions ensemble du
cours et, depuis, nous ne nous
sommes plus

quittés.

Nous; fûmes licenciés
trois ou quatre ans
que

sur

Dès

droit à

après,

diques
moi

en

sociales, lui

sur

vingt ans et docteurs
avec des thèses moins juri¬
la Criminalité de l'enfance,

les enfants vagabonds (1900).

ces

années

d'apprentissage, il

entrait résolument

dans la carrière des lettres et du
journalisme.: au Mes¬
sager de Toulouse et à L'Express du Midi
tandis que
—

je partageais la mienne entre le journalisme aussi
Impartial du Midi,, Gazette des Tribunaux du
Midi, Té¬
légramme — et le barreau.
—

Dès
dans

premières années
d'étudiant, Praviel, sanglé,
veste de velours sombre, coiffé d'un
feutre aux
bords et drapé dans sa cape noire doublée de ve¬
ses

sa

larges

lours rouge, fondait,

avec quelques
amis, une petite
littéraire, l'Echo Méridional (1895-1896), vite devenue-L'Ame Latine (1897-1909).
revue

A la même
époque, Emmanuel Delbousquet, jeune
poète farouche à tendances symbolistes et
décadentes,
qui avait fondé jadis les Essais de Jeunes

bliait

avec

Maurice Magre et Marc

(1896-1898).

(1892), pu¬
Lafargue L'Effort

�LA

D'ARMAND PRAVIEL

VIE

Etant moi-même le

425

condisciple die lycée et l'ami des

frères Magre et de Lafargue, j'eus La bonne fortune de
devenir le lien cordial entre L'Effort et L'Ame Latine,
de .rapprocher des poètes et des artistes que j'aimais,
et

qui,

au

fond, s'estimaient.
III

Armand Praviel et moi-même avions senti et aimé,
depuis notre première adolescence, tout ce qu'il y a de
poétique et de méridional dans l'antique Académie Tou¬
lousaine. Nous aurions pu nous rencontrer, presque de¬
puis notre enfance, à ses Fêtes des Fleurs et à ses ré¬
ceptions — nous l'avons su depuis — si nous nous
étions alors

connus.

années d'étudiants, nous présentâmes
premiers vers à ses concours de mai.
Pendant les premières années nous ne fûmes pas: heu¬
reux. Nos vers,, du moins Les miens, n'étaient pas des
Mais, dès

timidement

nos

nos

chefs-djœuvre.

'

poèmes et des sonnets men¬
imprimés au Recueil de l'Acadé¬
mie, chaque année de 1895 à 1903 ; ils se trouvent,
pour ta plupart, dans ses premiers volumes de vers et
surtout dans La Tragédie du Soir ; finalement, il obtint
quatre fleurs, mais pas toujours pour ses poèmes les
meilleurs : en 1898, un Souci pour son poème Nancy ;
Armand Praviel eut des

tionnés seulement et

poème La Tristesse
Primevère pour son ode Le
Chariot Céleste ; et en 1903 une Eglantine pour la pièce
Le Los de Saint-Mickael. La même année sa très belle
pièce Sur le: Tombeau de Jean Racine ne fut que men¬
tionnée et imprimée. L'Académie était alors peut-êre
moins avertie qu'elle ne l'est aujourd'hui. Un spirituel
mainteneur die cette époque, de Peyralade, ne disait-il
pas : « La patronne de l'Académie n'est pas la Madone,
en

1899

du

Sphynx

un

Souci
; en

encore pour son

1901

mais la maldonne !

».

une

�420

J.-ROZÈS

DE

BROUSSE

Elu maître ès-Jeux
en 1904, Praviel
prononça à la
Salle des Illustres, au
Capitole, l'Eloge traditionnel de
Clémence Isaure.
Il: fut enfin élu
mainteneur, puis reçu le 16 jan¬
vier 1910, au
fauteuil du Cardinal Mathieu. Il
traita
dans son remerciement de
la Poésie et de ses
formes
traditionnelles, auxquelles il restait fidèle,
et fut ac¬
cueilli avec la
plus charmante amitié par
ńotre grand
aîné, le Marquis de
Panat(déL'Isle-Jourdain), qui pro¬
nonça à cette occasion un
discours exquis (Recueil de
1910).

D'autres diront ici ce que fut notre
Ame Latine avec
délicieux décamérons dans le
salon de
l'octogénaire
spirituel, comte Fernand de

ses

et

ombrages du Château

de

nous

ami

Rességuier, et sous les
Gramont, près Périole, où

accueillaient l'amitié du cher et bon
poète notre
Louis Théron de
Montaugé et la

bliée de

ses

et si

parents

bienveillance inou¬

;

et d'autres diront le rôlesi utile

constamment fervent qu'Armand
Praviel joua à
des Jeux Floraux
jusqu'à sa mort. Il eut
toujours la plus haute idée de ce
que représentait le
« Salon » de
Clémence Isaure, au point
que chaque ven¬
dredi, quand il y venait
et il y venait
touojurs -— il
quittait ses habits de travail
pour s'y présenter
qu'on
me pardonne ce
minime détail
comme en tenue de
visite.

l'Académie

—

—

—

IV

Un mot sur sa carrière
militaire, si l'on ose dire. II
avait fait son service au 88°
d'infanterie à Auch. J'ai
sous les
yeux une photographie où il
est en costume de
fantassin, avec une légère moustache et un brin
de bar¬
be naissantes. Il fit
vaillamment, toujours dans l'infan¬
terie, la guerre de 1914-18. Je retrouve dans
un de ses
livres la coupure de
L'Express du Midi du 26 juin 1918,
où il est porté «
disparu » le 27 mai 1918, étant lieute-

�LA

nant

au

VIE

74" d'infanterie

avait conservé un amer

territoriale, 17e compagnie. Il
souvenir de1 sa captivité. « J'en

Balzac, que je
entier sans cela .»
et peu enthou¬

profité, me disait-il, pour lire tout
n'aurais jamais eu le loisir de lire en
Soucieux de son temps et de ses travaux
ai

siaste pour la
refusa

vie militaire, même avec ses

quoiqu'on
compensation.

galons, il

officier de ré¬
lui eût promis la Légion d'honneur en

toujours de se laisser nommer

serve,

427

D'ARMAND PRAVJEL

V

avait fait
pièce dra¬
matique dans une pension religieuse, d'une jeune per¬
sonne d'une parfaite distinction, Mademoiselle Margue¬
rite Duval, fille du bâtonnier de Reims, qui se montra
enthousiaste de l'acteur et aussi de l'auteur de Péché
d'Aveugle. Lui, qui était fait plutôt pour une vie intel¬
lectuelle que pour une vie de famille — vie un peu bour¬
geoise, naturellement —, il se laissa prendre par les cir¬
constances, et avec l'entière et chaude approbation des
siens, il épousa M110 Duval. Le mariage eut lieu à Reims
octobre 1907 dans la cathédrale des Rois, détail qui

Un mot encore sur sa situation de famille. Il
connaissance à Montauban, où il jouait une

en

ne

le laissa pas

insensible.

Malheureusement, les habitudes de la jeune femme
et sa santé, qui l'obligèrent à résider pendant presque
toute la vie conjugale à Cannes, à Hyères et à Pau,
elle mourut jeu'ne encore vers 1929, ne

oii
contribuèrent
foyer, où l'écrivain avait

à resserrer l'intimité d'un
besoin de calme, de paix et de
pas

son œuvre

de plus- en

silence pour

plus absorbante.

continuer

Par la force des

d'étudiant

choses, le poète fut forcé de reprendre sa vie
restaurant et dans des appartements de fortune.
Deux enfants étaient nés de cette union : Gérard
viel, esprit extrêmement brillant et de

au

Pracaractère indé¬

pendant, plus tard chargé de cours à l'Institut
mique de Paris, qui est mort prématurément eû

Agrono¬

novem-

�428

J.-ROZÈS

DE

BROUSSE

bre

1943, à la survivance de sa veuve,
professeur d'édu¬
cation physique à Paris
et de ses deux
fillettes, et enfin
le second

enfant, M'11* Marie-Ange
jeune fille, « un petit Saxe délicat Praviel, une exquise
», qui L'aimait ten¬
drement.
VI
Il

y aurait beaucoup à dire
encore, notamment sur la
création de L'Escòla
Occìtana chez le Baron Désazars
de Montgailhard à
Avignonet (Haute-Garonne) où Pra¬
viel eut, avec
Prosper Estieu et Antonin
Perbosc, un
rôle très important, mais
il faut se borner enfin.

Rappelons; cependant, ne fût-ce
que pour souvenir
reconnaissant, les réunions chez l'excellent
Baron Dé¬
sazars, vieux Languedocien; du
Lauragais,
l'Empire, puissant de carrure, sourd comme baron de
Ronsard,
volontaire et têtu comme un
mulet d'Andorre, régionaliste pur sang, fondateur

et directeur du
petit journal
régionaliste Le Lauragais, ami
jadis de Fourès et ami
de Mistral ; Mistral
l'aimait et, connaissant son
rament et ses
idées, il en avait fait un majorai. tempé¬
Lui et
Praviel, et nous tous, adoptâmes
d'enthousiasme
l'idée
d'Estieu et de Perbosc de
créer, avec Toulouse pour

noyau, un centre die
du grand

félibrige languedocien,
félibrige méridional.

province

On se réunissait chez
le Baron Désazars
dans la cal¬
et silencieuse rue des
Fleurs (n° 13) où aucun bruit
du monde ne
parvenait par-dessus les
murs des vieux
hôtels, et Dieu sait
la revue Lo Gai Saber
l'a montré
quel bon travail on y a fait
pendant ces taulejadas
dignes de Brillat-Savarin et autour
de ces gâteaux ex¬
quis confectionnés par une
vieille cuisinière dont la
race s'est depuis
longtemps perdue.
me

—

—

Il y avait là
et

sa

malin

flamme

Estieu,

avec

éloquente,

sourire, Praviel

sa

Perbosc

avec

toute

barbe

michelangesque

avec son
sa

silencieux et
et sa foi,

jeunesse

�LA

VIE

429

D'ARMAND PRAVIEL

Gélis avec sa raideur et sa conscience militaires,
François Tresserre avec un brin de mimosa aux lèvres,
le Baron Désazars et le signataire de ces lignes, ce qui
faisait sept... comme les sept de Fonségugne.

F. de

Pour le
tana

grand jour de la

fondation de l'Escòla

OcciBa¬

(6 juillet 19*9) on se réunit, toujours chez le
Désazars, hôte charmant et magnifique, dans

son
les vieux murs
et
paysage, et qui
eûi pu se souvenir du fameux massacre des Inquisiteurs *
par les séides du Comte de Toulouse. Quand on partit
de la gare de Toulouse pour le grand jour de la fonda¬
tion de l'Escòla, on ne se trouva que six. Quelle mal¬
chance vraiment ! Quel accident ! n'être que six quand
il fallait absolument être les Sept fondateurs —.comme
les Sept Primadié, les Sept Troubadours. Et celui qui
manquait c'était moi, hélas ! Praviel était fou et me

ron

d'Avignonet en Lauragais, dont
l'antique tour dominent le coteau et le

château

qu'à l'arrivée en gare d'Avi¬
descendis aussi du dernier wagon... où j'avais
failli arriver trop tard ! Ce ne fut qu'une alerte. On rit,
je ne fus pas privé de dessert et l'Escàla n'en fut pas
moins fondée solidement ambe grand estrambòrd.

maudissait. Heureusement

gnonet je

Tous, nous étions
comme nous

tous,

là des fidèles de

Mistral ; Praviel,
du

savait par cœur bien des pages

Gounfaroun,

Maître, et seul il pouvait chanter Jan de
La Coupo Santo et1 d'autres odes magnifiques des
d'Or, en faisant courir sur ses auditeurs un
d'émotion et d'enthousiasme.

Isclo
frisson

vu

années de notre ami ont été terrible¬
assombries par la nouvelle guerre et par ses
sastreuses conséquences. Son père, qui avait cédé son
Les dernières

dé¬

ment

étude

en

1907, était mort le 1er février 1917, sa mère le
Armand Praviel, après un long veu¬

14 du même mois.

à Toulouse, à une1 date que je ne
amie toulousaine, Mm° Gardenal,

vage, s'était remarié
retrouve pas, avec une

�43°

dont je fus le
témoin, âme douce et tendre, qui avait été
camarade die sa jeunesse,
ancienne élève de
notre Conservatoire, avec qui
il avait souvent joué Ra¬
cine et Corneille sur des scènes
de Collèges religieux ou
du Jardin
Royal de Toulouse. IL eut enfin avec elle le
calme et la paix d'un
foyer intime et propice aux tra¬
vaux de la
pensée.
la docile

Malheureusement,
sons tous
*

les événements

survinrent. Ils le

que

nous

subis¬

frappèrent douloureusement.

Ses angoisses
patriotiques, ses inquiétudes
fants et pour l'avenir familial, ses

pour ses en¬

charges de toutes
sortes et le poids du
journal La Garonne, où il était ré¬
dacteur en chef, « honoraire » mais
très effectif, quand
le titulaire, M.
Roger Parant, était prisonnier de guerre

ou en

congé, tout cela l'accablait.

Il avait

considérablement maigri et vieilli ; ses cheétaient devenus blancs, et, dans les
derniers mois,
activité, qui n'avait pas cessé, l'écrasait.

veux
son

A la fin de la journée nous
rentrions de La Garonne
toujours ensemble. Plusieurs fois,
échangeant nos im¬
pressions sur le présent et
l'avenir, il me dit : « Je suis
désespéré ! ».

Déjà,
tismes

en

—

une canne.

juin-juillet 1943, il se plaignait de rhuma¬
compter la fatigue — et marchait avec

sans

En août-septembre, je
partis en vacances
serviette bourrée de travaux en cours
—

et,

—

avec ma

en

octobre,

une

ambu-

quand je revins le voir, dès mon
arrivée, dans son ap¬
partement de la rue d'Austerlitz (n°
2),je le trouvai en¬
core plus atteint. Il ne sortait
plus, il s'appuyait péni¬
blement sur sa canne,
puis, quelques jours après, il ne
s'avançait plus qu'appuyé au dossier d'une chaise, et
finalement il ne put plus quitter son
lit.
Le rhumatisme le
gagnait, une néphrite le faisait hor¬
riblement souffrir, et la
paralysie de la main droite l'em¬
pêchait d'écrire.
Dans cet état, il

se

fit transporter par

•

�LA

VIE

D'ARMAND PRAVIEL

431

Croix-Rouge chez le gendre de sa seconde
femme, M. le Docteur Martre., à Saint-Paul-de-Fenouillance de la

(Pyrénées-Orientales), où il allait souvent passer
bonne partie de ses grandes vacances et où il sa¬
ce qu'il eut en effet — les soins les plus
vait trouver
let

une

—

éclairés et les plus,

dévoués.

Bien que souffrant parfois très vivement et toujours
paralysé de la main droite, sa santé semblait remonter
doucement quand, le vendredi soir 14 janvier 1944, il
fut frappé d'une congestion cérébrale et son ciœur trop
fatigué ne devait pas avoir la force de résister.

matin, il fit appeler Le prêtre, se confessa
l'Extrême-Onction. « Ça s'est très bien passé »,
dit-il alors, et, le soir du même jour, il rendit sa belle
âme vaillante à Dieu que, pendant toute sa vie, ii n'a¬
vait pas. cessé de servir.
Suivant ses instructions — car il avait tout prévu et
avait la certitude qu'il ne verrait pas le printemps —
son corps fut seulement enroulé dans la vieille cape
Le samedi

et reçut

romantique de sa jeunesse.

nécrologie, parue, encadrée de noir, dans La Ga¬
diu 18 janvier 1944, est de lui-même, sauf les ,pre¬
mières et les dernières lignes. Il avait eu le courage de
la rédiger d'avance. Elle est d'une, rare noblesse. C'est
une sorte1 de testament moral.
Sa

ronne

vive émotion dans tous, les milieux
Midi, de France et même de l'étranger.

Sa mort causa une
littéraires du

l'Académie des Jeux Floraux, no¬
conseiller de toujours, fit dire
spontanément une messe funèbre dans ce Saint-Sernin
que le poète aimait et qu'il avait magnifiquement chan¬
Mgr. Tournier, de

tre éminent ami et son

Cantique des Saisons. L'Académie des Jeux
Floraux, les vieux amis, les autorités y assistaient ;
Mgr. Saliège^ archevêque de Toulouse, la présidait —
juste hommage rendu au poète chrétien.

té dans Le

J.-ROZËS DE BROUSSE.

j

�ESSAI DE

BIBLIOGRAPHIE

1896

«

Marthe

et

Marie, mystère en un acte, représenté
(Imprimerie SainLCyprien,
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1898

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1903

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1905

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1906
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1908

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1922

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française. (Perrin).

1923

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Histoire anecdotique des Jeux Floraux.

du Livre).

(Didier-Privat).

1924
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de la Belle

Violante,, histoire1. (Per¬

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Anthologie des Jeux Floraux„ en collaboration avec J.Rozès de Brousse. (Nouvelle Librairie Nationale).

?

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Toulouse).

1944
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Toulouse).

Mistral. (Editions du Clocher,.

Il faudrait mentionner la
collaboration d'Armand Praviel à des recueils collectifs :
Nos Maîtres
(Toulouse,.
L'Ame latine,
1903) : «Joris-Karl Huysmans»; Manuel
illustré de la Littérature
Catholique en France
de i8jo à nos
jours (Paris, Spes, 1925): «La Cri¬

tique

»,

etc...

11 faudrait

citer, en dehors de ses
habi¬
tuelles, de véritables études littérairesChroniques
ou
historiques

parues dans d'innombrables
recueillis par lui dans ses

revues

ou
journaux, et non
ouvrages : La Revue des Py¬
rénées, L'Ame Latine, Le Correspondant, Le Mercure de
France, La Revue hebdomadaire, La Revue des Deux
Mondes, Les Lectures pour tous, Lo Gai Saber, et
particulièrement le Recueil de l'Académie des plus
Jeux.
Floraux, de 1904 à 1941.

J. S.

�LE POETE

fut, d'abord, poète.

Armand Praviel
Il le fut dès sa

L'Ame Latine
l'effigie dantesque, — Tu maestro,
élite, provinciale ou française, fidèle à
jeunesse, quand il fonda

où il groupa, sous
tu

duce, — une
l'idéal chrétien.

à rencontre -de la mode, sa
glabre, portait sa chevelure à l'artiste, arborait la
redingote, le gilet de couleur, la cape et te sombrero :
détails pittoresques et non tout à fait négligeables dans
1e croquis rétrospectif de l'esthète.
Il entretenait, dès lors,

face

ses études, — au Caousou avec le
prestigieux éducateur, à l'Institut Ca¬
tholique avec Léonce Couture, merveilleux érudit, à la
Faculté de Droit, avec Georges Vidal, disert et chari¬
table sociologue, — avait épanoui en lui les dons reçus
d'une mère admirable, amie des filles du grand orateur

L'humanisme de

Père d'Adhémar,

Mais la poésie

et paladin catholique Gabriel de Belcastel.
d'Armand Praviel ne ressemblait pas dans
ù la

poésie de

Alors que

son

l'expression

époque.

le symbolisme

n'était déjà plus une nou¬

dans

veauté ou que certains de ses excès se perdaient
l'instrumentisme et la déliquescence, lui se référait

un

c'est à la fac¬
qu'il empruntait le vêtement de sa
poésie. Plutôt qu'un goût à retardement, c'est une fidé¬
lité au classicisme qu'il faut loyalement apercevoir dans

peu farouchement
ture parnassienne

à l'école de la veille et

préférence ; non à un classicisme périmé, ou à
qu'il en survivait dans la banalité finissante du ro¬
mantisme, mais à une sorte de classicisme permanent,

cette
ce

étincelant de

clarté méditerranéenne et

pénétré d'es¬

prit traditionnel.
Seulement, au Parnasse, il ne demandait pas alors
qu'un vêtement d'apparat pour son inspiration'. Par une
-attitude, singulière chez un jeune, il s'en appropriait la

�43«

LOUIS

THÉRON

DE

MONTAUGÉ

formule d'impersonnalité dans
l'art, d'ailleurs le plustravaillé, qui avait été à l'honneur de cette
école, en
réaction, à ses débuts, contre l'indiscrétion

romantique..
qui peut sembler plus surprenant, c'est
qu'une jeune valeur,
éprise, comme la
thousiasmes les plus désintéressés et sienne, des en¬
dont le rêve s'é-»branlait au claquement de tous les
gonfanons légendai¬

Toutefois,

res,

ce

ait ainsi freiné
délibérément,

esthétiques, le

mouvement de

son

par

propre

ses

formules
Mais la

coeur.

suite de son (oeuvre
poétique révélera que ce disciple
attardé de Leconte de Lisle
ne récusait
pas, sous le
masque du marbre
antique, l'afflux du sang, dont le
rythme est animateur. Le « génie
équilibré » de Mis¬
tral, dont il fut le
disciple et

l'exégète, semble

avoir

aussi

largement influencé le traditionnalisme
littéraire
d'Armand Praviel.
C'était d'ailleurs le
moment,

et des

daient

où, avec des inspirations
techniques; fort diverses, de vrais maîtres
prélu¬

un peu
partout à la rénovation du
lyrisme. Le
chef actuel de l'école
toulousaine apporterait à la sym¬
phonie nouvelle, avec une sonorité
régulière, la contri¬
bution d'un juste accord.

L'iœuvre poétique d'Armand Praviel
est constituée, en
dehors de quelques
plaquettes, qui les précédèrent, les
accompagnèrent, les suivirent, ou s'y rééditèrent, par
trois recueils
principaux : Poèmes Mystiques (1901),.
La Tragédie du
Soir (1903), Le
Cantique des Saisons

(1913).
.

Le titre, du premier de
Il est vrai qu'il

volumes était courageux.
en
Rodenbach et aux éditions de La Belgique, au pays de
Lutte. Dédié à la mère
du poète, il renferme
trois parties : les
res, les paroles. Les rêves, ce sont les rêves, les priè¬
aspirations de
toute son âme, éprise
d'inaccessible idéalité, et le visage
qu'il prête à ces figures de son
espoir a les traits des
pures, légendes, transfigurées
par la foi. Les prières en
ces

paraissait

�LE

POÈTE

précisent l'objet merveilleusement

439

supraterrestre. La

mystique un arôme
qui, du chœur des basiliques, monte avec l'encens vers
la cité future. Les paroles rallient, autour des thèmes
'éternels de l'amour divin pour les hommes, la phalange
dispersée des authentiques porteurs de lyre. Le volume
enfin se clôt sur un « mystère » en un acte, Marthe et
Marie, où, en vers fleuris, d'une musicalité persuasive,
le poète exalte la beauté diu sacrifice, en plein décor
fleurdelysé des croisades et dans la recherche, en tout
temps, de la perfection évangélique.
Dans cette œuvre alternent donc des effusions de
piété vive et des visions, parfois apocalyptiques, d'un
monde toujours insuffisamment christianisé. Ce con¬
traste est encore accru par les ressources d'une forme,
déjà très affermie, où s'opposent, dans le choix des
rythmes et dies termes, la paix de l'élan intérieur et le
fracas extérieur des remous hostiles. Ainsi, au sens
large assurément, pouvait se justifier la mysticité du
titre même d'un tel volume, défi d'une âme fervente à
la veulerie d'un siècle las, tentative d'un aède qui, en
dépit du jour morne, avoue son rêve :
Mettre un nimbe de gloire aux flèches des clochers.
iloraison des lis exhale vers la Rose

Soir s'affirme la facture parnas¬
volume, soigneu¬
sement composé, publié chez Lemerre, dont les carac¬
tères elzéviriens d'imprimerie dénoteint au premier coup
d'/œil la fidélité à une école, fut dédié par l'auteur au
marbre » de Leconte de Liste. L'angoissante apothéose
des soirs y sollicite! et hante visiblement l'imagination
•du poète. Un souffle intermittent de « légende des siè¬
cles » en ébranle et en soulève l'inspiration. Là se re¬
trouvent en bonne place la plupart des poèmes couron¬
nés par l'Académie des Jeux Floraux, œuvres dont la
correction classique mais aussi la sonorité verbale con¬
quirent les mainteneurs de l'époque, un peu las, sans
Avec la Tragédie du

sienne d'Armand Praviel. D'abord ce

«

�440

LOUIS

THÈRON

DE

MONTAUGÉ-

doute, des fadaises pseudo-romantiques traînant encore
dans leurs concours. Les « fleurs
d'orfèvrerie », succes¬
sivement obtenues ainsi par le poète favorisé de Clé¬
mence Isaurei, devaient
promptement Lui valoir ces « let¬
tres de maîtrise ès-jeux
», dont il fut alors et demèura
toujours si fier.
Une métrique si expressément
évocatrice, dont les,
fanfares éclataient avec tant de
brio, s'accordait à sou¬
hait aux évocations
poétiques, suscitées par l'impénitent
parnassien. Quand il célèbre, en
effet, la Mort de Cléopâtre, le Sphinx aux sables d'Egypte, le Téméraire de¬
vant Nancy, La Pérouse, le héros
chouan, La Rochejaquelein, ou, avant Thermidor, la stupide exécution
d'André Chénier, ce sont autant de
peintures d'histoire,,
glorifiant la destinée des fins
tragiques, et dont ce style
hautement descriptif se prête à la
restitution.

Mais,

quitter le domaine émouvant de l'adieu,
évocations, moins sonores, dont la sobriété
classique rehausse l'inspiration plus humaine. Sur le
tombeau de Jean Racine retrace un.
pèlerinage parisien
du poète à Saint-Etienne'-du-Mont.
Entre les tombeaux
sans

voici d'autres

voisins de Pascal et de
Racine, il médite. Il imagine
les héroïnes raciniennes accourant dans
ta pénombre
pour honorer La sépulture du
génial animateur dei leur
histoire souvent si pTofane, mais si
souvent christianisée
par notre Euripide français.
Dans le silence religieux
et lei voisinage funèbre du
grand Solitaire, la gloire! lit¬
téraire s'évanouit...

Et, poète immortel d'Athalie

et

d'Eslher,

Sur ta tombe j'ai dit
fervemment

un

Pater.

Une double note,
profondément humaine,
encore dans ce relcueil où
abondent

va

retentir

cependant les pres¬
tiges tragiques. Les Poètes aux
champs décrivent un sé¬
jour émerveillé à l'ombre.du Moulin de
Brousse, dou¬
blement poétique et doublement
aimé, puisqu'il était
le site
aéré où

s'inspirait la

muse

idéale d'un ami fra¬

ternel. Un tet paysage fait vibrer
dans l'œuvre souvent

�LE

POÈTE

441

souffle vaillant et doux de
simplicité bucolique. La Villa fermée., dédiée au mélan¬
colique et grave poète Pieirre Fons, livre à demi le secret
d'une attitude sous laquelle bat un ciœur. L'artiste ha¬
bite une demeiure au bord de la grand route. A tout vi¬
siteur indiscret il ne répond qu'en riant et se raillant
lui-même. Pourtant...
marmoréenne du poètel un

...

de longues absences...

J'ai donné des motifs à

Je souris à des noms avec
Et nul

ne

peut savoir ce qui

Mais d'unei solitude

rêveur
reuse

saura

indifférence...
remplit mon ciel !

féconde et nullement égoïste le
agir, une détermination géné¬

tirer, pour

:

Prendre

mon

humble part à la grande œuvre

humaine.

Le Cantique de\s Saisons, paru aux éditions du Temps
Présent, collaborait, en effet, à cette oeuvre majeure par
une sorte de recours éminemment poétique à la « com¬
munion des Saints

».

La division du volume est

calquée! sur le cycle litur¬

gique : L'Avent, le Temps de Noël, le Carême, la Semai¬
ne Sainte, le Temps Pascal, Pentecôte. Chacun de ces
cadres, d'ailleurs un peu élastique, renferme des beau¬
tés. Aux jours frileux del l'Avent, voici une magistrale
évocation des Sybilles, providentiellement vouées au témoignagei du monde antique, dont Michel-Ange illustra
le détail de ses freisques et qui font dire au poète, à
propos de leur contribution mystérieuse à notre Evan.gile :
Il

faut votre flottante et païenne

beauté.

Mais, en plein décor de: Noël, voici Les Trois Rois,
Melchior, Balthazar et Gaspard, d'après le Bienheureux
•Jacques de Voragine. L'expectative méritoire de ces as-

�442

THÉRON

I.OUIS

DE

MONTAUGÉ

trologues orientaux, Leur conformité à la direction de
l'étoile et toute l'histoire de leur
pèlerinage glorieux,
fournit au

large pinceau d'Armand Praviel deis traits
d'une ampleur et d'une luminosité
qui en apparentent
la facture à celle: du merveilleux
décorateur des murail¬
les vaticanes. Il y a dans ce
poème une aisance descrip¬
tive et comme
Il s'en

un

soulèvement de draperiei somptueuse.
une leçon
magnifique de collabora¬

dégage aussi

tion humaine

Au paisible labeur de la
terre et du ciel.

Nous remarquons dans cette;
pièce, comme d'ailleurs,
dans tout le
volume, une concession délibérée à d'inof-

fensives

et

assouplissantes licences poétiques : hiatus,
du pluriel et du singulier, assonan¬
ces même ; en
tout ceila, nul sacrifice à la
négligence
ou à la facilité
; mais simple adaptation à
d'acceptables

euphoniques, rimes:

usagés et preuve discrète d'une modernité
de bon aloi.
La belle frappe du vers
n'y perdra rien. Le goût des
sonorités verbales, voire des
consonances
mirifiques,
n'abdiquera pas pour autant et nous
lirons, par exem¬
ple, une Louange du Roman, en tercets à rimes
plates,
tout à l'honneur de Saint-Sernin
de Toulouse, où une
virtuosité un peu massive,
inspirée du plein cintré, ma¬
gnifie un art vénérable par un jeu subtil.
Devant SainteCécile d'Alby lui
constitue, en un style plus élancé_
comme il sied, et parfois
même un peu
fulgurant, une
haute réplique.
D'un jet plus pur
une

sorte

d'hymne

s'élèvera, aux jours de Pentecôte,
Paraclet,. en distiques, aussi ri-

au

cheis de forme que de sens.
Mais, bien qu'habile en tout
genre, le talent d'Armand Praviel est
décidément plus
à L'aise dans le
poème proprement dit, qui se prête, sous,
sa plume
expeirte, à une composition ordonnée.
Nous distinguerons ici,
pàrmi d'autres, La Beauté de
la
Pécheresse, portrait splendide. et gradué de la Magdaléenne évangélique. L'auteur ne
s'embarrasse pas et
peut-être pas assez, en effet, de
critique historique et,
adoptant les donnéés de la légende

provençale,

nous.

�LE

POÈTE

A 4.3

pénitente arrêtant chez nous son exode. Sa
celle des mauvais ou beaux jours
Judée, maisi celle dei son, âge inclément dans une

montre la

vraie beauté n'est pas
de

solitude adverse.
Hosannah '. c'est ici

qu'elle a beaucoup

aimé.

Cantique des Saisons, sigńifìcativement dédié
», Louis le Cardonnel, est donc impré¬
gné de foi, souvent inquiète, mais toujours forte. Le
poète l'a composé auprès de sa mère, égrenant son ro¬
saire, dans le.silence propice au labeur. Un bref poème
sera consacré à ce voisinage filial et mystique, baigné
du charme spirituel d'un soir d'octobre. Mais, de toute
cette floraison religieuse, La plus expressive est assuré¬
ment, dans ce livre, une admirable série de sonnets, ins¬
pirés, chacun, des stations traditionnelles du Chemin de
la Croix et réservés en conséquence au fragment assigné
dans l'iœuvre à la Semaine Sainte. Ils avaient précédem¬
Tout

à

son

ce

«

maître

ment paru

en

plaquette, revêtue de

l'imprimatur dio¬

césain.

mis là toute son âme et tout son art, et,
patient mais justei effort, il est arrivé, dans
cette composition aussi puissamment que tendrement
équilibrée, à exprimer, en beaux vers de sa meilleure
veine, de sa plus personnelle facture, la poignante com¬
misération de la piété commune;.
Le poète a

avec

un

qui s'intitule r Jésus est mis
Sépulcre&lt;, car il éclaire d'un jour sans fard l'in¬
primitive d'une œuvre et l'aspiration d'une vie.

Nous citerons le sonnet
dans le
tention

Pour moi,

Que

mon

mains

,se

dernier amour, que
Seigneur,

Montent vers Vous,

Si

vous

Vous

où toute ardeur succombe,
joignent pour prier;
mes désirs derniers
comme un vol de colombes !

quand viendra l'heure

Que mes tremblantes

me

soutenez, de crainte que

qu'on ensevelit, ô doux

je tombe,

Crucifié,

�LOUIS

444

Je descendrai
Et

sans peur,

THÈRON

DE

MONTAUGÉ

le funèbre •escalier,
Vous, j'accepterai la tombe.

sans peur

comme

Ah ! si je puis porter, comme

Vous,

mes

stigmates,

Ceux dont m'auront lavé les divins
aromates,
Vainqueurs des souvenirs de luxure et d'orgueil,
Avec la

Croix, et Vous qui mourûtes sur elle,
paisiblement dans mon cercueil,

Je dormirai

Tous

mes

membres

marqués

pour

la Vie éternelle.

En apprenant la douloureuse fin
d'Armand Praviel,
munie sur son expresse et actuelle volonté du
secours
de l'Eglise, c'est à l'inoubliable)
sonnet, ultime floraison
d'un tel calvaire, que: nous avons aussitôt
pensé. Nous
nous sommes souvenus aussi
que le poète, absorbé de¬
puis longtemps par des besognes littéraires fort multi¬
ples ou disparates, avouait que la réputation véritable
vient parfois à un
écrivain, non de l'amas de ses œuvres,
mais de telle œuvre, de) tel
sonnet, par exemple, chefd'œuvre atteint et non dépassé...
Le sonnet d'Arvers a suffi
pour illustrer son auteur.
De: toute l'œuvre, en prose) et en
vers:, d'Armand Praviel

est-ce qu'un
sonnet, tel
chef-d'œuvre ?

que

celui-ci n'aura

pas

été... le

Louis THERON DE MONTAUGE.

Signalons également ici,

lève du genre, non plus

pour mémoire, — car
lyrique, mais dramatique,

elle
—

re¬

une

œuvre, parue en 1940, dans les Annales de l'Académie des
Jeux Floraux èt qui s'intitule Quand
Pilate s'éveilla, mé¬
lange assez curieux de vers et de prose, de chant et der

mimique, composé dans

le goût shakespearien, dont l'au¬
escomptait un grand effet scénique et où fusent en¬
core, çà et là, de beaux vers de tout mètre,
teur

L. T.

de

M,

�LE

MAINTENEUR DES JEUX

FLORAUX

La vie laborieuse, ardente et diverse d'Armand Pravieil, mainteneur, marquée chaque jour d'une conquête
désintéressée, suit en sens unique cellei de l'Académie
des Jeux Floraux « dont la raison essentielle est de
goûter et dei récompenser des vers ». Lorsqu'il prend

possession, le 16 janv. 1910. du fauteuil de Son Eminence
Mathieu, il affirme : « En entrant ici, je ne
voudrais être qu'un poète, c'eist le seul titre auquel je
tienne... Chercher vaguement son inspiration en dehors
des grands problèmes de là raison et de la foi, dans des
le Cardinal

rêveries inconscientes
n'est-ce,

ou

point de là que

dans une basse sensualité,
résulte la faiblesse de notre

poésie contemporaine ? L'Académie des Jeux Floraux
n'a ceissé de te proclamer, elle qui a la gloire d'être
un corps littéraire attaché à une foi religieuse et à un
idéal déterminé. » Il'avait alors 35 ans. A cet âge, où
l'on est párfois sans pitié, il est rare qu'on accède à la
dignité de Mainteneur. Celle-ci n'échoit que sur le tard

laquelle ils ont mûri leurs
ne cesse d'éclairer la che¬
min des hommes, et encore à d'autres qui, sachant le
monde, ont dans leurs bagages quelques madrigaux et
se recommandeint par l'élégance de leurs propos amè¬
nes. Car l'Académie est aussi un salon. Avant d'y pé¬
nétrer, il en est pour, le fauteuil comme pour le tabouret,
on exige des preuves. A. Praviel les fournit et au delà

à

ceux

dont la lampe, sous

pensées et accru leur

savoir,

du nécessaire.

Dès

1895, il frappe à la porte.

Elle s'entr'ouvre le

qu'il est
qu'il re¬
l'éclat de
peut-être,

3, mai, pour qu'il prenne sur le seuil les fleurs
appelé à distribuer à son tour. C'est ainsi
çoit les lettres de maîtrise en 1904 dans tout
sa jeunesse
flamboyante,-et, par tradition
dans une tenue que l'on voit aux troubadours
enluminures de riches Heures.

dans les

�44&amp;

PAUL

DE

SUBRA

Ses nouvelles fonctions
l'amenaient à se joindre aux
pour juger les pièces présentées au
Con¬
cours et les classer.
Elles exigeaient alors une, connais¬

Mainteneurs

sance des courants
d'idées, sources de multiples écoles.
De® enquêtes menées dans «
L'Eclair » par notre lau¬
réat Tristan
Derème, dans « Les Marges » avec la col¬
laboration d'A. Praviel, tendaient
en vain à définir la
Poésie. Sur son autel les
poètes apportaient de® urnes
remplies de philtres: divers où chacun
selon sa ten¬
dance puisait l'ivresse
d'imaginer une formule, d'art

nouveau.

On ne les comptait
plus. Il était admis que le XIXe
siècle marquait, à son
déclin, l'agoniei du Parnasse et le
triomphe du symbolisme. 1896 voit avec Moréas
la nais¬
sance de l'Ecole romane.
Coup sur coup, en 1897 et
1902, Le Figaro publie les manifestes, de
riste et de l'Ecole humaniste de Fernand l'Ecole natu¬
Gregh. Cepen¬
dant apparaissaient
parmi ces fortunes temporaires
Paul Haiévy, les
néo-symbolistes et la Renaissance clas¬

sique française, celle-ci dirigée contre toutes
les

ten¬

dances poétiques
modernes, suivies en peinture par ceux
qui trouveiht de la coquetterie à être
traités, de fauves.
De ces cénacles A. Praviel avait
une ample connais¬
sance. Pour s'en
convaincre il n'est que de lire son ou¬
vrage Du Romantisme à la
Prière, dans lequel il marque
son attachement à
la forme classique
modernisée par
les
Parnassiens, et de feuilleter L'Ame Latine qu'il fon¬
dait comme une, Ecole
de décentralisation
artistique et
littéraire. Ce n'était pas un
co-équipier que, prenait en
lui l'Académie, mais un
guide pour ceux qui, à la ma¬
nière de
Royer-Collard, relisaient, mais ne lisaient plus,
indifférents aux auteurs
contemporains. A. Praviel n'en
ignorait aucun, certains pour leur avoir
consacré des
études critiques dans les
revues dont il était le corres-'
pondant, d'autres que son approche
transformait sous
l'effet d'une cristallisation
spontanée en, amis de tou¬
jours. Doué d'une mémoire
prodigieuse, il portait en
lui une
bibliothèque dont il ouvrait les
rayons au

cours

�LE

MAINTENEUR DES JEUX

des Jeux pour

FLORAUX

signaler les pillages, les

447

imitations fla¬

parmi

grantes, les accrocsi à la syntaxe. Certaines pièces,
les médiocres, — et il s'en trouvait ! —le remplissaient
d'aise. D'un coup d'oeil il avait retenu le texte ; il agitait
alors le papier au bout du bras, il adaptait un air lugu¬
bre ou joyeux aux paroles, et la pièce se muait en
parade, suivie parfois d'une glose imprévue et plaisante
qui mettait l'auditoire ein joié. Mais si, par une heureuse
inadvertance, le poète avait investi dans son envoi un
vers qui brillait, fût-ce comme une perle fausse dans
une sébille de pacotille, avant de le rejeter aux ténèbres
extérieures, il murmurait, ainsi naguère le Baron de
Bouglon : « Comme c'est dommage ! » et il fondait en
indulgence.

poèmes dont

Mais il gardait de rire à la rencontre de
■les rimes, comme en mouvement d'ailes,
l'émotion. Il devinait dans le tas, à la devise,

soulevaient

à l'écriture,

il trouvait le moyen, car chacun lit
de l'avoir en main pour en
donner lecture. C'était Le moment de couler la cire dans
les oreilles pour éviter la séduction. Sous cette voix
magicienne, à jamais éteinte, riche des accords de tou¬
tes'
les .gammes, chaque mot s'épanouit comme une
surprise et force l'attention et le succès. Mais il ne sera
pas dupe du charme qu'il crée, car, élu Secrétaire des
Assemblées, il brouillera lui-même les mirages entre¬
vus si l'œuvre contrevient aux Lois eit règlements tels
qu'il les rappelait au jour de sa réception.

'le morceiau rare, et
à

son

tour, bien ou mal,

poursuivi sans défaillance, était la publica¬
Recueil digne de cette Académie pé¬
nétrée de la passion qu'il avait pour elle. Il l'entourait
de petits soins. Parti pour donner des conférences ap¬
plaudies dans diverses villes de France et de l'étranger,
il disait L'histoire et leis légendes de la Muse Vierge
Son but,

tion annuelle d'un

toulousaine. II Lui formait une cour de Jaufre Rudelsépris de cette inconnue éternellement jeune malgré
siècles et qui, promus Maîtres ès-Jeux, venaient, en
habit vert, aux fêtes carillonnées, lui rendre hommage.

les

�.448

PAUL

DE

SUBRA

Ils avaient nom :
Doumic, Coppée, Rostand, de Nolhac,
Bazin, G. Lecomte, etc... Le Maréchal Joffre sema sa

robe des étoiles ravies dans un ciel de
victoire ; d'au¬
tres, dont les ouvrages font
partie du trésor de notre
littérature, sje joignaient à ces cortèges : un de ces cor¬
tèges, réglé par ses soins, déroula son faste: inoublié lors
du VIIe centenaire de
l'Académie. A. Praviel « sous
l'Empire du Soleil » où s'évaporaient, comme l'eau dans
les sable si, les souvenirs de sa
captivité, attira dans les
grandes salles des Jacobins et de l'Hôtel d'Assézat
l'élite
intellectuelle du pays et ces chiœurs de
provençales
« filles de la
Grèce aux yeux de Sarrasdnes... »
Cette pompe n'allait pas sans donner
de l'inquiétude
Dispensateur gardien d'un coffre
que gagnait le vide.
Mais, à ce moment le plus opportun, par un concours
au

d'harmonies préétablies
un mot aimable avait suffi
il advint contre, toute
attente un héritage à l'Acadé¬
mie impuissante à dire sia
reconnaissance. Il lui venait
—

—

du vénéré M. Fabien

Artigue dont le nom pare l'attribu¬
tion des grands prix éclos de sa
libéralité princière,
alors que les millions n'avaient
pas sombré dans de
misérables unitési. La répartition de ces
largesses permit
à A. Praviel de
proposer une dotation importante aux
ouvrages dans cette langue d'oc, première en
date des
cours
méridionales, toujours vibrante comme un bronze
romain heurté aux flancs de nos
coteaux.
Car autant qu'il ait

connu son influence sur
l'esprit
confrères, respectueux des formes et de la hiérar¬
chie académiques, dont il
gravit les échelons jusqu'au
grade de censeur, il n'impose, pas de
directives, mais
il suggère des
solutions, envisagées à l'avance, discutées

de

.

ses

au préalable avec ce
groupe d'amis qui le suit après les
séances jusqu'à son domicile,
entraîné, dans la nuit,
par un monologue étincelant, d'un
lyrisme venu d'un
ciœur plus
préoccupé de donner que de recevoir.
Et c'est ainsi qu'après le choix des
Lauréats et des
Maîtres ès-Jeux se prépare celui des
Mainteneurs. SaintEvremondi en vers et A. France en
prose ont transformé

.

�LE

en.

saints Sébastien, par les

les Académiciens. «

Il

se

449

FLORAUX

MAINTENEUR DES JEUX

flèches dont ils les

peut qu'on

criblaient,

appelle un pauvre

d'esprit et qu'on laisse dans l'ombre un despote de
l'intelligence ; les petits y gagnent par le voisinage, les
autres par comparaison », dit J. Coignard. Il en fut
toujours ainsi, et Boisrobert se flattait auprès du Cardi¬
nal de; Richelieu d'avoir peuplé de passe-volanls l'Aca¬
démie française. Uin, départ pour une immortalité, qui a
ses degrés, vient-il à se produire, des candidats pour
l'acquérir de leur vivant sont aux aguets. « Il s'agit de
juger si la gloire ou le mérite de certains hommes est de
bien écrire et de quelques autres de n'écrire point ».
Maintenir

une rampe

éclatante

sur

la façade d'une

mai¬

qui réclame en son intérieur la présence de person¬
nages aptes à un travail quotidien, fut un des problè¬
mes quei sur la fréquente initiative d'Armand Praviel
on est parvenu à résoudre, sans pour cela décourager
la critique.

son

Aux séances
ces

centenaire, aux séan¬
Capitole — il y déclama

solennelles du VIIe

annuelles des 3 mai, au

l'Hôtel

l'Eloge de Clémence Isaure —, aux séances de
d'Assézat qui retentit de ses rapports - sonores et d'é¬
mouvants éloges, il convient d'en mentionner au moins
une, qu'avec sa compétence coutumière A. Praviel régla
comme un

spectacle.

Amiral

Sous la présidence du Secrétaire Perpétuel
d'Adhémar, l'Académie des Jeux Flloraux, souvent re¬
présentée à l'extérieur par A. Praviel, fut
se
rendre, en corps à Paris, au moment de L'Exposition
1937, pour tenir séance dans le pavillon
dont les briques malgré la pluie fine d'octobre gardaient
le reflet des dernières roses trémières. Là, près des
joyaux exposés de nos archives, A. Praviel donna, par
larges touches, L'image totale et vivante de notre
pagnie depuis ses origines, devant un
d'abord, puis ravi d'entendre dans une langue
et substantielle la suite d'événements qui faisait de Clémence Isaure la siœur aînée de Mireille.

invitée à

de
languedocien

Com¬
public, curieux
souriante

.

�45°

PAUL

DE

SUBRA

Cependant l'Académie des Jeux Floraux

n'est pas tou¬
robe d'atours. Elle tient une maison
exigeante
avec un budget dont l'avoir
est absorbé d'avance par des
donations imposées. E'Iile
reçoit des invitations, des de¬
mandes de secours, une
copieuse correspondance, des
ouvrages d'auteurs, las publications de Sociétés savan¬
tes, tout cela à distribuer pour qu'il en soit rendu
comp¬
te. Pour se reconnaître dans
cet amoncellement, elle
tient un livre de raison : son cahier de
procès-verbaux.
Pendant vingt ans, il est de la main d'A.
Praviel. De
son écriture
moulée, semblable à des dentelles superpo¬
sées, courtoisie aux yeux du lecteur, indice d'une har¬
monieuse clarté, il note au tildes
jours les menus faits,
paillettes destinées à l'oubli, et ceux tendus vers un
désir de» gloire. De la même
plume allerte et fleurie dont
il n'aiguise
pas la pointe, il répond aux
lettres, corrige
les épreuves du Recueil, assume le
fardeau d'une cor¬
respondance qui, réunie, égalerait en volumes le nombre
de ceux qu'il a publiés. Même
absent, ili est toujours là ;
on le tient au courant de
ce qui se passe dans le do¬
maine de Clémence Isaure dont il s'est
institué le sur¬
intendant. Mais, il est mieux que cela. Il semble
que,
pensant à elle, il puisse dire comme Verlaine. : «
Je fais
souvent ce rêve étrange et
pénétrant d'une femme in¬
connue et que. j'aime et
qui m'aime"». Aussi, puique
loin des yeux on s'écarte du
cœur, il restera fidèle, sourd
aux appels de lointaines
sirènes., à ce Midi rayonnant,
brûlé de tant de feux, qui lui
livra, pour les décrire, ses
richesses, mais surtout retenu qu'il était par un amour

jours

en

filial toujours

épanoui

comme

une

haie épineuse.

jeune fleur

sur

la

C'est en sortant d'une séance du
vendredi qu'avec
plus d'acuité il éprouva la violence du mal.
qui devait
l'emporter. La cendre allait recouvrir la flamme bril¬
lante et droite qui,
malgré les infortunes d'ici-bas su¬

bies
un

avec

la

résignation d'une foi chrétienne, mettait
sur ce
visage romantique au char¬

continuel sourire

séduisant.
Nous le revoyons^

me

sious

sa

cape

devenue

un

linceul,.

�le

mainteneur des jeux

floraux

45 i

d'une gaîté sereine et vaillante, donnant des
exemples et jamais de leçons, et, bien qu'un jugement
soit faussé quand on aime, on peut affirmer que s'il
fut dans le monde, aux dires de M. R. Escholier, lie der¬
nier troubadour, dans: les milieux littéraires un cheva¬
lier des: lettres selon l'expression de M. le duc de LévisMirepoix, Armand Praviel reste de l'Académie des
Floraux : La Conscience.
Paul de SUBRA.
doux ami

Jeux

�ARMAND PRAYIEL REGIONALISTE

Un jour, Fernand
Laudet, gascon
Praviel) et son ami, lie présenta à des

comme

Armand

parisiens) en ces
termes : « Un régionaliste vivant
en province ». Toujoufs, en effet, il vécut' en province, travaillant de toutes
ses forces,
qui furent prestigieuses, de Sia parole et de
sa plume à La
renaissance des régions françaises
oppri¬
mées par une néfaste centralisation.
Mais si « régionaiiste intransigeant1 » qu'il se
reconnût, il convenait que
« de
temps en temps l'écrivain de province a besoin de
respirer l'air extérieur. Qui dit « régionalliste » ne&gt; dit
pas clôture forcée de son pays,
ignorance de tout ce qui
n'est pas lui ». Et des
voyages à Paris le retenaient en
contact avec les hauts milieux
intellectuels qui, nous le
savons, accordaient à son pur talent une chaleureuse
estime. A son retour, il
s'enfonçait en paix dans un
labeur renouvelé dont les
productions ne cessaient de
causer Le plus laudatif des étonnements.
On peut lui appliquer sa
propre déclaration :
«L'humble provincial, qui est demeuré fidèlement
sur
vieux coin de terre, près des tombes
de ses morts,
n'est pas toujours un
sacrifié, puisque longtemps après
quelquefois, il se trouve une main respectueuse et affec¬
son

tueuse qui feuillette ses manuscrits ou rouvre
ses livres
cueillir des leçons, des
encouragements, des mo¬
dèles. Une âme qui vous répond à travers le
pour y

l'absence, n'est-ce
Combien

privées de

pas

déjà l'immortalité?

d'âmes, douloureusement

ou

temps et

»

(').

simplement

absence terrestre, rouvrent et rouvriront
ses livres pour
y apprendre l'amour de la province dans
l'amour de la patrie. L'auteur de
ces quelques lignes,
qui eut l'honneur d'être son confrère
son

académique,

(1) Provinciaux,

Avant-propos.

son

�A.

PRAVIEL.

RÉGIONALISTE

453

son curé, regrette faute d'espace, que son éloge
puisse guère consister qu'en une assez brève énm
mération d'ouvrages, mais singulièrement évocatrice.
Avec Charles Maurras, Charles-Brun et autres ou¬
vriers de la première, heure, Armand Praviel, en luttant
contre les erreurs de la centralisation étatiste établie
tyranniquement par la Révolution française, chercha à

ami et
ne

la
traditionnelle des
leur passé. Aussi
à constater, en 1920, que la

exalter, sans aucune visée politique,
race, les coutumes, la personnalité
régions et à les rattacher à l'âme de

les: qualités de

pouvait-il se complaire
thèse' centraliste ne persistait plus « que dans les cer¬
veaux de quelques fonctionnaires ou de quelques jaco¬
bins attardés
Dans la

».

—

région toulousaine, la sienne,

~

le groupement

à

dès chambres de commerce, déjà constitué, préludait
la réunion des1 chambres d'agriculture. L'Université de

s'adapter aux besoins: modernes en
organisant, sous l'impulsion de Joseph Anglade, un Ins¬
titut d'Etudes Méridionales, destiné à l'enseignement de
l'histoire, de L'art et de la langue du Midi. L'Académie
des Jeux Floraux, doyenne des sociétés littéraires de
l'Europe, s'était ressouvenue de ses origines et couron¬
nait! des poésies en langue d'oc, favorisant même la
création de l'Escàla Occitana « qui, affiliée au FéLibrige,
l'unit étroitement au mouvement et à la vie de l'Empire
du
Soleil:, défini par Félix Gras et chanté par
Toulouse avait su

Mistral

On

»

ne

(2).
saurait oublier, en dehors

même du Gai Saber,

qu'Armand Praviel fut l'un des brillants fondateurs et
le Clavaire de l'EscoIa groupée autour du baron Désazarsde

Montgailhard, après avoir

composé cette large

fresque lumineuse: intitulée L'Empire du Soleil. Poéti¬
que et actif instrument de propagande du mouvement
régionaliste, le Félibrige fleurissait sur toute la terre
(2) Armand Praviel. Le
la Revue' hebdomadaire du

Régionalisme à Toulouse, dans
30 octobre 1920.

�MGR

454

CLEMENT

TOURNÌER

méridionale, et notre ami en représentait les vivaces re¬
jetons : en Provence, dans l'auréole du patriarche de
Maillane, en Béàrn, en Gascogne, en Périgord, en Li¬
mousin, en Languedoc, en Auvergne, en Rouergue :
toutes provinces: unies malgré la diversité de leurs dia¬
lectes, par Heur identique attachement au parler d'oc.
Cette action félibréènne d'Armand Praviel, je ne t'ef¬
fleure en passant qu'en fonction de son régionalisme
dont il entretenait avec ferveur à Toulouse le foyer

rayonnant'.
ou

Toulouse fut sa ville de prédilection. Que de livres
d'articles publiés à la louange de ses hommes illus¬

tres, de

son

passé, de

ses

monuments

—

où la basilique

de Saint-Sernin avait l'heur d'enflammer son admira¬
tion —, de ses: sociétés savantes et notamment de l'Aca¬
démie des Jeux Floraux dont il aimait à célébrer les
fastes et l'influence : La Ville Rouge, Toulouse capi¬
tale du

Languedoc, à la Renaissance du Livre; Toulousef
Privât, orné de multiples et beaux clichés,
si attachant qu'un personnage, à qui j'eus la courtoisie
de le prêter pour qu'il connût la séduction de notre ville,
s'est abstenu de me le rendre; Le Languedoc Rouge,
Toulouse, Albi, Rodez, aux éditions Arthaud :
chez l'éditeur

/-

«

Briques de Toulouse, écrit-ill, grès du Rouergue: ré¬

clamant la collaboration du soleil, tristes et violacés
sous te soleil du Nord, ils chantent une symphonie iné¬

puisable sous la lumière du Languedoc. Rose de SaintSernin, tendre comme une chair, rose de Sainte-Cécile
d'Albi, vibrant de toutes des gammes: du pourpre et du
mauve, rouge dramatique et vineux du clocher de Ro¬
dez, grenat des Jacobins de Toulouse, vous- nous offrez
un
poème de couleurs, dont l'atmosphère languedo¬
cienne renouvelle éternellement la féerie » (3).
Et sous sa plume, la louange toulousaine ou langue¬
docienne se renouvelle elle aussi, sans jamais se répéter.

(3) Le Languedoc Rouge, Avant-Propos.

�A.

PRAVIEL

RÉGION A LISTE

455

Très authentique écrivain gascon, il a.consacré à sa
province d'origine une œuvre littéraire fort étendue :
Routes de Gascogne, contes et croquis ; Jamais plus,
roman d'un pays finissant ; L'Histoire vraie des trois
mousquetaires ; La Gascogne, dont il flétrit sans ména¬
gement une certaine décadence actuelle, « tuée, à son
avis, par l'individualisme, la politicaillerie, la paresse »,
mais dont le pasisé de gloire excite son éloquence. Fer¬
tile en hommes de guerre, depuis les Armagnacs de
Jeanne d'Arc, Henri IV, MontlJuc jusqu'au Maréchal
Lannes. Riche par la parure intellectuelle de ses écri¬
vains, de Garros, Ader, Dast'ros, du Bartas à Bladé
et Léonce Couture. Terre de saints, où fleurit le plus po¬

pulaire de tous, Monsieur Vincent, saint de Gascogne,
par
son

les côtés les plus saillants de sa physionomie et de
caractère réaliste et finaud, fier et spirituel, très

charitable serviteur de tous.

•

Un autre fameux gascon incarne le

génie de sa race,
brave, audacieux, d'humeur enjouée, généreux, insou¬
ciant. Et lorsque, le 12 juillet 1931, la statue de d'Artagnan fut solennellement' inaugurée sur l'escalier mo¬
numental qui monte vers la cathédrale d'Auch, Armand
Praviel le salua en strophes d'un vibrant lyrisme :
Vous
El

triomphez dans le

vous

y revenez en

Comme en

Où

vous

ces

pays de votre enfance,
somptueux arroi,

jours lointains de faste et de puissance

caracoliez

aux

portières du Roi.

mousquetaire il évoqua lui-même l'allure, surtout
jeunesse, sous sa longue cape et son large feu¬
tre, débordant de verve et de rire sonore, tel qu'il appa¬
rut à Joseph de Pesquidoux, autre illustration gasconne,
avec lequel il devait collaborer un jour dans une com¬
position radiophonique sur leur pays commun. Magni¬
fique écrivain de sa province, le Comte de Pesquidoux
est élu à l'Académie française. Fier de la promotion de
son compatriote,
Armand Praviel s'entremet pour que
lui soit remise, à Toulouse, son épée d'honneur. Et tous;
Du

dans

sa

�450

!

MGR

CLÉMENT TOURNIER

deux, à la veille de la guerre, prennent l'initiative de
d'érection d'uni monument à
chanteur de Lectoure », un
me il a été qualifié.

Jean-François Bladé, « l'en¬
d'Artagnan de plume, com¬

Nouvelle forme de décentralisation. Armand Praviet

de son appui le plus effectif les débuts du
Théâtre d'Oc. Et si Romuald Joubé réalise en splendeur
dans le texte gascon L'Orne blanc, lui, acteur aussi ex¬

encourage

périmenté qu'applaudi, n'hésite pas quand il le faut à
jouer le même rôle. Il ne se sentit pas de joie lorsqu'en
1922, un autre éminent compatriote, Mgr. de Carsalade
du Pont, évêque de Perpignan, engagea par mandement
les prêtres de son diocèse à donner l'enseignement de
la doctrine en langue catalane. Au lendemain de la mort
du prélat, il pouvait lui rendre cet hommage :
Presque nonagénaire, Mgr. de Carsalade du Pont a
une carrière qui laisse après1 elle de grands
et féconds exemples. Elle montre de quel rayonnement
peut s'entourer un épiscopat quand il s'appuie, sur les
antiques traditions de notre pays si profondément ca¬
tholique, et quand il va chercher dans le passé les forces
qui demeurent, parfois obscures et cachées, mais tou¬
jours vivantes. » (4)
«

terminé

Aucune

région du pays d'oc ne lui était étrangère,
témoignent quelques publications : La Côte
d'argent, La Côte basque, Le Béarn, dans le prolonge¬
ment de sa Gascogne; et au delà de la Guyenne, l'Au¬
vergne, où il retrouve les souvenirs aimés de l'émou¬
vant poète Arsène Vernemouze. Celui-ci, et bien d'autres'
auteurs distingués des provinces méridionales collabo¬
raient à L'Ame Latine et! contribuaient, sous la direc¬
tion du Maître, à son rayonnement spirituel.
comme

en

Sur l'étendue de ce même pays Armand Praviel s'est
plu à choisir maints héros ou héroïnes des affaires re¬
tentissantes que son art de conteur savait si puissam-

,

(4) L'Express du Midi, 2 janvier 1933.

�A.

PRAVIEL

RÉGIONALISTE

457

ment dramatiser

: Jacques Latour ou le dernier Vau¬
trin, et L'Incroyable Odyssée de Martin Guerre, au
Comté de Foix; L'Histoire tragique de la belle Violante,
en Languedoc toulousain; Monsieur du Barri et sa
fa¬
mille, en Gascogne toulousaine; L'assassinat deM. Fualdès, en Rouergue; Angélique et Sylvie, en Provence.

Sous le titre de Provinciaux il

a ouvert une galerie
moins illustres qu'il campe cou¬
ronnés de lauriers dans la lumière de l'Empire du So¬
leil. Ce sont, avant tous, en Provence, image du génie
d'Homère et de Virgile, Frédéric Mistral —c pour lequel
ne cessa de brûler l'encens de son enthousiasme—, ac¬
compagné de son humble disciple, Frère Savinien ; en
Quercy, Emile PouviUon ; en Rouergue, Charles de Pomairols; en Toulousain, Jules de Rességuier et l'abbé
Jean Barthès ; en Castrais, Coraly de Gaix ; en Albi¬
geois, Eugénie de Guérin.

de personnages

*Les

plus

ou

ne restèrent
résultat. Il en vit avec joie le couronnement
lorsque, après l'armistice, le préfet régional de Tou¬
louse, M. Cheneaux de Leyritz, acquis aux idées décen¬
tralisatrices, fonda une commission de propagande ré¬
gionaliste. Dans Lo Gai Saber de juillet-août 1941, notre
ami rendit compte du congrès
régionaliste tenu à Tou¬
louse au mois de mai précédent. Lui, qui, en 1901, avait
pris une part active, dans la même ville, au premier
congrès provincial de la Fédération régionaliste fran¬
çaise, se réjouit plus que tout autre du sérieux qui pré¬
sida, durant ses assises, à l'étude des questions du pro¬
gramme, heureux de constater le chemin parcouru de¬
puis quarante ans.

efforts constants d'Armand Praviel

pas sans

Autre motif de fierté satisfaite. Un comité de radio¬

diffusion, où il figurait, dirigeait des émissions à ca¬
ractère régionaliste. Au. premier Congrès de Phonétique
et Linguistique Occitanes qui groupa à Toulouse, du
30 novembre au 6 décembre 1941, une élite intellec¬
tuelle spécialisée, il présida une réunion.

�45§

MGR

CLÉMENT

TOURNIER

Tout soupçon de tendance séparatiste n'aurait pu se
justifier. Aujourd'hui, comme au temps de la monarchie
où il maintenait jalousement ses libertés provinciales,
le Languedoc continue de donner à la France de très
vaillants défenseurs. Dans un article sur le roman Ja¬
mais plus, Le chanoine Maisonneuve concluait ainsi dans

L'Express du Midi,
téraire

son

élogieuse page de critique lit¬

:

« J'aurais aimé à
dégager, dans Jamais plus, les as¬
pirations régionalistes, si vives et si ardentesi dans le
Qoeur de notre ami, et qui s'allient si harmonieusement
avec un nationalisme précis et ordonné. »

Nationalisme si brûlant chez Lui qu'à la fin il le dé¬
Parfois, revenant avec lui des séances de l'Aca¬
démie des Jeux Floraux, je fus l'objet de ses amicales
confidences. En 1939-1940, assurant presque seul les
services de La Garonne, très fatigué par son labeur noc¬
turne de journaliste, il recevait lui-même par fil télé¬
vora.

phonique lies diverses dépêches. Aux mois de mai et de
juin 1940, cette réception directe des désastres militai¬
res et des malheurs de la Patrie Le frappait brutalement
dans la sensibilité la plus profonde de son être. Invisi¬
ble, la brisure du aœur ainsi produite s'élargissait.
D'autres
que « ce

chagrinsi l'avaient atteint. Mais on peut dire
régionaliste intransigeant » est mort de sort

nationalisme meurtri.
Monseigneur Clément TOURNIER, 1944.

�LO FELIBRE

Demest los, escribans de lenga franceza qu'an Io
melhor contribuit à far coneise, remirar, aimar l'òbra
del Felibrige, cal nommar 'Armand Praviel. Son nom
deu èstre citât ambe los noms de Saint-René Taillan¬

dier, Armand de Pontmartin, Paul Mariéton, Désazars
de Montgailhard, e' de tantis d'autris que, sens, escriure
en tenga d'òc, son estats los
fldèls ajudaires dels oc¬
citans.
Praviel

dit el-mèmes

cosi, alavetz qu'èra nascut en
ni parlât ni escrit en gascon. Sa maire
èra de la Ghampanha : acò fa que, ni al brès, ni al
fogal, l'enfant trobèt pas la lenga occitana ; per sò qu'es
del colège e de l'universitat, sabèm que podia pas iantpauc ll'i trobar.
a

Gasconha,

a pas

Venguèt donc

pron

tard al Felibrige, gracias al apos¬

tolat personal; jamai descorajat de son amie Rozès de
Brousse, que li aprenguèt à remirar Mirèio, que lo menèt als acamps de l'Escolo Moundino, qu'un jorn lo decidèt à venir à las grandas fèstas felibrencas de Pau

(1901)

e

d'Avinhon (1904).

D'ara eii

dabant, foguèt

un

felibre afogat

e

modèste,

prenent part à lias manifestacions de1 \'Escolo Moun¬

dino, de l'Escolo Gasttou Febiis, de l'Escolo deras Pirenèos.
Vôli pas ensajar de dire, aprèp lo majorai Rozès de
Brousse, la part preza per el à la fondacion de 1 'Escòla
Occitana en 1919. I èri pas. Mas subi, per mos mèstres,
qu'es gracias'à-n-el que l'Escòla espeliguèt. E sabi, per
ieu-mèmes, que se 1 'Escòla a tengut, a durât, a grandit,
es encara gracias à-n-el. Ne foguèt, de 1919 à 1944, lo
clavaire exemplari. -Es el que, cada an, organizaba la
fèsta de VEscòla : taulejada, vespradas artisticas, etc.
Es el que mantenia Lo Gui Saùer, autant per lia redac-

�JOZÈP SALVAT

460

cioni ambe Prosper Estieu que per l'administracion ambe Privât, dins l'armonios équilibré dont viu encara

l'organe de l'Escòla. Es el que, à l'Academia del Jôcs
Florals, trabalhèt e reusiguèt à faire cada jorn un pauc
mai granda la part de la lenga d'òc e dels felibres dins
los

concors

Se

annadièrs

multipliquèt

e!

dins la vida de l'Academia.

un pauc

pertot per las fèstas feli—

brencas e lasi manifestations1 regionalistas, dins lo païs
de Tolpza e en Gasconha.
Lo

vejèri pel primièr còp à Carcasona, lo 22 de

no¬

vembre 1922, à lias fèstas del Centenari d'Achile Mir„
ont l'entendèri cantar de cants d'Aubanel e de Mistral
que

ieu

—

granda vergonha démos educators ! —conei-

siai pas encara. Dempèi, lo tornèri trobar dins mantunas
fèstas, ont re'mirabi son activitat, son dezinterèsament,
sa fe occitana : à la Santa-Estèla de Narbona en 1924,
à las Fèstas d'Arnaut Vidal de Gastèlnòudari en 1925,
à là feliibrejada de Lombez, Samatan e l'Ila-de-Bach en

1926, à las Fèstas de l'Ama Occitana de Carcasona
1928, etc...

en

Quand, ambe1 Prosper Estieu, fondèrem à CastèlinòuLauragués en 1925 e lo Colège d'Occitania en 1927, foguèt un de nòstres melhoxs ajudaires,
nos portant son concors inteligent e dezinteresat amb
una bona gracia, amb un estrambòrd que, dins
lo terraire lauragués, li abian ganhat totis los còrs, e que l'adari los Grilhs del

bian fait aimar

coma una

Filadèlfa de Yerda.

Armand Pravieli parlaba pas la lenga d'òc, e pracò...
esi que dizia melhor qu'el los poèmes de Prosper
Estieu ? Quai es que cantaba melhor qu'eli las cansons
de Gasconha coma Lou Jan de Pèii'e-hórt\e, las cansons
de Mistral coma La Coupo, Lou Renegat ? Es el que
creèt amb una granda reiisida, en ciuitat d'Auch, L'Orne
blanc del abat Sarran en 1913, e Los Perdigalhs del
même autor en 1923. E quand, en Agen Lo Jansemin

Quai

d'Argent,

à .Toloza l'Academia del Jôcs Florals abian
d'òc, es el
cargaba d'aquel trabalh.
e

bezonh d'un raportaire pels concors de lenga
que se

�LO

461

FKLIBRE

Trenta

ans de temps, conferencièr remirable, consa¬
Felibrige, mai que mai à Mistral, de conferencias
qu'espandiguèron la glòria e lo culte de nòstra lenga.
Déjà, en febrièr 1909, partisia per Lion ambe son amie
10 majorai Arnavièla per inaugurar, amb una confe-

crât al

rencia dont
dis Istorics

se

parlèt longtemps, à la Societat dels Estu-

Literaris, las fèstas del Cinquantenari de
Mirèio. En 1913-1914, una tornada de conferencias consacradasi à Mistral lo menaba à Angoulème, Châtellerault, Tours, Angers, Saumur, Poitiers, Nantes e tota
la Bretanha. Qualques jorns abant de morir, Mistral
11

escribia

e

:

Maillane
A notre ami Armand Praviel

(Provence), 16

mars

1914.

plus cordiaux remercie¬
ments pour sa c/rande randonnée félibréenne et mistralienne dans l'Ouest de la France : apostolat qui rappelle
celui des disciples de Noire-Seigneur dans la Provincia
mes

Romana.
Très vive

gratitude.
F. MISTRAL.

Aquel apostolat felibrenc, Armand Praviel lo debia
perseguir duscas gaireben à la vèlha de sa mort. Totas
las vilas de' l'Occitania e fôrsa vilas d.ell Nord de la
Fransa l'entendèron-cantar lo laus de la lenga e de la
literatura d'Oc, sia sol, sia arnbe la colaboracion de

nòsitras escollanas Julieta Disse!

tin-Foyssac
que dizian
nable los poèmes occitans.
,

e

e

dòna Germana Mar-

cantàban d'un, biais remi-

Armand Praviel fazia bêla ôbra felibrenca per la plu¬
t)ant-ben. Déjà, en 1903, publicaba dins Le Mois

ma

littéraire et pittoresque un grand estudi illustrât :. A tra¬
vers le Felibrige, ont mostraba cosi la doctrina e l'exem¬
ple de1 Mistral s'espandisian sus tôt lo terraire occitan,
e la valor de Prosper Estieu, Antonin
Perbòsc, Filadèlfa de Yerda, Miquèl Camelat, etc...
Aquella idèa del plus grand Felibrige, novèla encara
pel public de lenga d'oïl, la reprenia dins Le Correspon-

ont dizia lo meriti

�JOZÈP SALVAT

462

dont à partir de 1909, e dîna de nombrozàs publica: La Re'vue Hebdomadaire, La Femme Contempo¬

cions

raine, L'Ame Latine, L'Alsace Française, Le Polybiblion, La Croix Illustrée, L'Action Française, Comœdia,
subretot dins L'Express du Midi, ont menaba de vertadièras campanhas felibrencas.
de

D'aqui sortiguèron de libres de critica nombrozes e
grand interès. Lo primièr foguet en 1909 L'Empire

du

Soleil, Scènes et portraits félibréens, ont

legir lo primièr estudi d'ensemble

sus

fôra de la Provensa. Ambe la colaboracion de1

podia

se

lo Felibrige

en

son

de-

amie

J. Rozès de Brousse, publiquèt, la mèma annada, L'An¬
thologie du Felibrige, lo primièr libre d'aquel genre ont
se fa la part deguda als poètes non provensals. Dins
Provinciaux (1923), Mistral parliètl de Mistral e del Fraire Savinian, Dins l'Histoire anecdotique des Jeux Flo¬

Godolin,
majoral-abat Couture. Notre Mistral, paregut en 1930,
porta llos estudis consacrât» al mèstre de Malhana à
l'ocazion de son Centenari, dont los mai originals tràtan
raux, estudièt especialament las Leys d'Amors,

l(o

de la versiíìcacion e de1 la traduccion fanceza.
Se pôdon legir de bêlas pajas sus la literatura occitana
dins Toulouse, ville de briques et de soleil. E nos cal pas
estonar de veze Praviel consacrar son darrièr libre, pa¬

regut al moment de sa mort, à La vie merveilleuse de
Mistral, especialament escrit per la joventut occitana.
Al autor de L'Empire du Soleil Mistral abia escrit :
Maillane, 16 février 1909.
Mon

cher

Ami,

L'Empire du Soleil me révèle une fois de plus une de ces
âmes d'or dont la sympathie spontanée réalise le rêve de
Font-Ségugne. Vous avez deviné d'instinct tout ce que notre
indépendance et notre ivresse de jeunesse entrevirent dans
l'azur de notre ciel provençal — et des compréhensions et
desadhésions comme les vôtres suffisent à démontrer que
les voix du Félibrige n'ont pas crié dans le désert.
j

Gramaci,

moun

bèu !

■

F. MISTRAL.

�le

félibrf.

463

L'estima e l'afeccion de Mistral, d'Arnavièla, dels
grands felibres de Lengadòc e de Gasconha compensàban grandament las criticas e las nhacadas de qualques
feliibrilhons o de qualques occitanizants de segonda
zòna envejozes e gelozes. Lo felli.brige ofiçial volguèt reconeise publicament la valor de l'òbra occitana d'Ar¬
mand Praviel quand, en 1930, l'annada même del Centenari de1 Mistral, lo Consistòri dels' majorais., sus ma
propozicion, nommèt nôstre grand amie sòci del
Felibrige.
Jozèp SALVAT.

A consulter,

Andrée et Paul

Armand Praviel

sur

Martignon

:

:

Armand Praviel' (in-8,

~24p.), Bordeaux, Ed. de La «Revue Méridionale», 1924.

Marquis de Panat : Réponse au Remerciement de
M. Armand Praviel, in Recueil de l'Académie
des Jeux Floraux, 1910, pp. 113-135.
C.hanoine Joseph Salvat :
Praviel: Sa vie, son œuvre

Eloge de M. Armand
(Praviel poète, Praviel oc¬
citan, Praviel chrétien), in Recueil de VAcadémie des
Jeux Floraux, 1947,

pp.

55-84.

�ARMAND PRAVIEL JOURNALISTE

Armand

Praviel, il y a des années déjà que nous nous
quittés. Il est parti pour un long voyage, celui
d'où l'on ne revient pas. Mais que. compte au regard
de ma pensée la chronologie ? Lequel se présente à mon
esprit, le jeune poète, l'étudiant en Droit qui m'appela
chez lui, un soir d'octobre 1897, l'homme de lettres pris
par la notoriété, avec lequel nous débattions d'un tra¬
vail en collaboration, à Toulouse, au coin d'une table
de café, quelques mois avant sa mort ?
sommes

Tous à la fois et c'est le même Praviel.

Pour moi, il n'a jamais changé. Qu'il fût couvert du
large chapeau de feutre à la Mistral, drapé dans sa cape
noire d'où retombait un revers de pourpre, coiffé du
calot de prisonnier de guerre, revêtu de l'habit qu'il
portait avec aisance les après-midi de réception chez
"Clémence Isaure, c'était toujours le Praviel de1 mes vingt
ans.

Nous avions fondé L'Ame Latine ensemble ; groupe
littéraire autant que revue, cette1 lœuvre de jeunes devait
connaîre une maturité enviable pour beaucoup de feuil¬

les; elle parut sans interruption du 15 novembre 1897
15 novembre 1910. Elle ne s'éteignit pas ; lés flam¬
beaux qu'allumait Praviel n'expiraient pas au moindre
souffle ; parce que débordé, l'écrivain, l'historien, le
au

chercheur, le conférencier, le journaliste ne pouvait1 suf¬
fire à tout, il posa simplement lie fardeau au bord du
chemin.
J'ai été associé à la

jeune- gloire du premier numéro
risques ; nous avons ensuite tra¬
vaillé côte à côté, au tac tac des linotypes, dans l'atmos¬
phère surchauffée par les émanations du plomb en fu¬
sion, saturés de l'odeur spéciale du papier qui prend
imprimé,

comme

à

ses

�A.

PRAVIEL

465

JOURNALISTE

l'encre, au milieu des discussions enfiévrées de ces fâ¬
cheux, comme il en survenait autrefois dans lies salles derédaction, juste au moment du feu...
Son caractère, je l'ai éprouvé avec tous ses élans, ses
enthousiasmes, ses jugements sévères aussi, outranciers
souvent, son défaut, celui de ses qualités excessives et,
ainsi, pendant dix-sept1 ans,.
La grande guerre passée, mûri par la captivité, devenu
plus pondéré, tout à coup, comme s'il avait à réparer
le temps perdu, il se livrait à un travail effréné, en¬
chaînant à son plan de labeur chaquë heure du jour et
de la nuit.

Ili avait débuté dans la vie par des vers parnassiens,
hanté par la grande figure de Leconte de Lisle ; il a

quitté ce monde laissant un bagage littéraire à l'éclosion duquel, ces dérniers temps, n'était) pas étrangère'
sa passion pour Alexandre Dumas, que je partage du
reste.
J'ai trouvé Praviel dans

ma

vie deux fois

au

travers

du chemin. La

première fois, élève de philosophie, pour
m'eneourager dans la voie de la poésie, sans qu'il eût
aucun mal à me-communiquer ses élans lyriques, je
venais d'être lauréat d'un concours littéraire dont il
était membre du jury ; la deuxième, au moment où

j'allais repartir pouî l'Europe Centrale,

pour y pour¬

suivre la fortune,
«

De Lagonde a besoin d'un jeune reporter pour

L'Ex¬

du Midi, je me suis porté garant pour vous, n'allez
pas chercher au loin ce que vous avez tout près, ce qui
press
vous

parfaitement.

»

parla ainsi ; je l'ai cru sur l'heure, j'ai tâché
depuis de ne pas, lui infliger un démenti. Voilà comment
Il

"

convient
me

Armand Praviel décida de

ma

carrière.

Pour discerner un journaliste, il fallait qu'il le fût
lui-même. Il avait pour cela toutes les qualités requises
et, le plus fort, c'est que ces qualités qui semblaient être

�466

ALEX

COUTET

antipodes des tendances de1 sa jeunesse, il les avait
acquises par une expérience fulgurante, il s'était tout de
suite adapté.
aux

au

L'habileté de celui qui écrit dans un journal, ou, tout
moins sa qualité essentielle, lia notion élémentaire

qu'il doit avoir de

faire comprendre,
pé¬
nétrer de1 la psychologie de ce lecteur, savoir choisir le
sujet qui est susceptible1 de l'intéresser, repousser l'au¬
tre, faire abtraction de son propre1 goût et de ses incli¬
nations, ne penser qu'au succès de la feuille qui porte
son

métier, c'est

se

lire et aimer par son lecteur. Il faut, pour cela, se

votre écriture.
Avec

cela, il n'est

pas

défendu de bien écrire, mais il

faut faire vite surtout. Praviel faisait vite et

bien,

ce

tellement courant dans la profession. Il
avait d'autant plus de mérite d'avoir acquis ces notions,
qu'il était descendu des hauteurs du Parnasse, qu'il
avait rompu avec les attitudes dédaigneuses des esthètes
ses frères isolés sur les sommets,
qu'il était sorti du
cénacle pour venir s'asseoir devant une table de rédac¬
tion commune où, chacun à sa manière, du simple feu
de cheminée1 raconté, à l'éditorial, travaillait à rendre
le journal intéressant.

qui n'est

pas

Je sais bien

qu'à la sortie, rentré dans son tabernacle
esthétique reprenait sbs droits, qu'il a pu
en même temps qu'áttaché à un quotidien populaire,
publier plusieurs volumes de vers, et donner des études
sérieuses à des revues de haute tenue, comme Le Correpondant.
littéraire,

son

Mais je me suis attaché ici à parler seulement du
journaliste ; d'autres, avec plus d'autorité, diront sa
valeur littéraire ; cependant, je disputerai à ceux-ci
toute1 une série d'ouvrages qui ont été son plus gros
succès de librairie, je veux dire ces histoires romancées
qui vont de L'Affaire Fualdès, son chef-d'iœuvre dans le
genre à La Duchesse de Berry, et qui me semblent res¬
sortir du journalisme.

�A.

«

467

PRAVIEL"JOURNALISTE

Histoire romancée », nom facile pour servir d'éti¬

quette à cette collection d'ouvrages; mais
ces récits rétrospectifs de vieilles aventures

retours,
plus pro¬
fond de l'Histoire, que sont-ils sinon des enquêtes de
journaliste, des reportages en arrière ? Praviel devait
être si bien de cet avis qu'il donna, à une époque, une
suite de chroniques dans Excelsior, — la première fut
L'Auberge de Peyrebeille — en les faisant précéder d'un
avertissement dans lequel il disait en substance : « Les
journaux envoient des reporters sur les lieux pour ren¬
dre compte de l'événement, du fait divers notable, ;
Excelsior, au lieu de dépêcher un envoyé spécial dans
l'espace, va lui faire remonter le cours des années, va
l'envoyer dans le temps... »
ces

au

Pravieli, envoyé spécial à travers le passé et enquêteur
rétrospectif, Praviel usant des procédés du journaliste
pour renseigner les lecteurs sur un fait très ancien,
séparé d'eux par des années au lieu de l'être par des
kilomètres, obtenait le même succès que lorsqu'il opé¬
rait dans un journal; Voilà comment il convient de qua¬
lifier exactement l'auteur de lia mise
aventures1 de la

petite histoire qu'on

a

en

dite

œuvre

«

de

ces

romancée

».

C'est aussi ce qu'on pourrait appeler un don d'extério¬
risation du talent1 et, ce don, Praviel le possédait au plus
haut point, sous tous ses aspects. II se traduisait par le
charme de sa conversation, toujours originale, laissant
percer

parfois des1 partis-pris énergiques.

Ce don se manifestait encore par son art de la diction,
ceMie des vers surtout, qu'il mettait tellement en valeur

les poètes médiocres, quand son indulgence le vou¬
bien, passaient pour des bons ; cet art s'épanouis¬
sait avec charme dans: la conférence, une des faces de
son talent,
pour laquelle il était très demandé, où il était
que

lait

devenu vedette d'affiche.
Ce dernier qualificatif ne l'aurait pas

offusqué, lui

qui aimait tant le théâtre. Et, ici encore, c'était le don
d'extériorisation qui prévalait et qui le séduisait chez les

�468

alex

coutet

autres. Il en avait observé tes modulations, Les nuances,
la précision ; aussi bien l'art du comédien n'avait pas
de secret pour

suscitait

en

lui, mais cet art, pratiqué par les autres,
Kui de profondes et de vives réactions.

Que1 de fois en ai-je été témoin quand, voisins de
fauteuil, nous allions entendre Second Weber, qu'il dé¬
clarait unique dans Phèdre ; Réjane1, qui le ravissait
dans Madame Sans-Gêne, lui, féru des épisodes napo¬
léoniens ; Péraudy, qui le mettait au comble de la
joie dans Les affaires sont les affaires; Mme Bartet, dont
la pure diction lui procurait une joie de qualité, même
Baret dont il admirait l'onction élégante de prélat dans
le Cardinal de Mérence de: Primerose, et Jofïre qu'il
avait découvert à ses débuts au Théâtre Lafayette, à
Toulouse, et auquel il avait prédit une brillante carrière.
Nous rentrions ensemble, après le

théâtre, à la rédac¬

tion; lui, écrivait tout d'un trait ses impressions de
critique, celles-là même qu'il avait manifestées, mais
adaptées au lecteur ; il était journaliste.

Que ces souvenirs me sont doux et qhelle mélancolie
est la mienne en les rassemblant ! Les circonstances,
par

lia suite,

nous

ont séparés à la croisée des chemins,

mais le fil de l'amitié et de l'estime réciproques que
n'avaient pas rompu les distances devait nous rappro¬
cher de nouveau ; il me fit l'indulgence de s'en montrer
heureux.

C'est ainsi qu'il nous a quittés, au moment où nous
; il s'en est allé

recommencions à travailler ensemble

prématurément,
usé

son

parce que son

âme,

sa

belle1 âme, avait

corps.

En pensant

à de tels amis disparus s'adoucissent les
l'heure, tandis qu'on se réfugie dans la
mystique espérance de les retrouver un jour.
amertumes de

Alex COUTET.

.

1

�ARMAND PRAYIEL
ET

CRITIQUE

CHRONIQUEUR

Armand Pravieli avait débuté dans le rude métier du

journalisme dans les dernières années du siècle der¬
nier. Tout de suite il s'était orienté vers la critique lit¬
téraire et dramatique. Tout de suite aussi il s'y était
taillé une place de choix, peut-être à cause de la flamme
et de la sincérité qu'il y apportait. La critique, c'était
lui un sacerdoce. Il lui faisait don de son intelli¬
de son esprit averti et souvent caustique, il met¬
tait à son service sa'solide culture et son goût, et il la
pour

gence,

faisait

en

journaliste.

Sitôt finie

une

représentation, il accourt

au

journal,

travail immédiatement, dégage en quelques
lignes nerveuses l'idée maîtresse d'une (œuvre, la va¬
leur d'une interprétation, et, quand il remet son manus¬
met

se

crit à

au

l'atelier,

on

constate qu'il est écrit sans une rature,

d'une écriture régulière et distinguée. Pour
me

pour

Boileau

clairement

«

ce que

l'on conçoit

Praviel

com¬

bien s'énonce

».

La

critique était ce qui répondait le mieux à ses apti¬
tudes, à l'idée qu'il se faisait de sa mission. Il y défen¬
dait des idées et des amis, il y combattait des erreurs
et des adversaires. Aussi bien à L'Express du Midi qu'à
La Garonne ou au Correspondant, il se révèle un classi¬
que, luttant pour le bon goût contre les cuistres, et les
importations étrangères dont le mauvais goût l'exaspé¬
rait. Qui ne se rappelle la façon dont il traitait les Tino
Rossi et les Charles Trenet, et les incidents cocasses
auxquelles donnaient: lieu parfois ses exécutions ? Sans
doute n'était-il pas toujours d'accord avec le public.
Sans doute
nous

se

vivions

faisait-il dans le monde abominable où

une

âme

d'émigré. Il pensait souvent avec

�ROGER

47°

PARANT

Mme de Staël qu' « un
nion ». Nous pensons
pas

homme doit savoir braver L'opi¬
qu'il est regrettable qu'il n'y ait
aujourd'hui plus d'émigrés de son espèce.

La critique ne suffisait pas à absorber toute son acti¬
vité. Il était souvent aussi chroniqueur ou courriériste,
historien et moraliste. Il mettait au service de l'actualité
une verve prodigieuse, une mémoire étonnante, une ra¬
pidité qui faisait notre admiration. Tantôt c'était une
polémique sur les chiens, qu'il détestait, tantôt un arti¬
cle sur l'écrivain dont il avait appris la mort deux heu¬
res auparavant. Et, quand on avait besoin de lui, il se
faisait, au gré des circonstances, localier, régionaliste,

secrétaire de rédaction et même rédacteur

en

chef.

Car la guerre

réserva à Armand Praviel une épreuve
qu'il n'avait pas prévue. Il lui fallut, pendant plus d'une
année, diriger La Garonne dans la tempêté. Déjà fatigué
par une longue vie de travail, par les chagrins intimes,
il dut subir, outre le surmenage physique, les souffran¬
morales de la défaite. Il usa dans cette aventure ses
dernières forces pour servir la maison où il avait fait
toute sa carrière.
ces

Servir. C'est le mot qui vient au bout de la plume
pour

résumer la vie de notre ami. Il servit

son pays,

il

servit les lettres, il servit le journalisme français par
son talent, par sa haute conscience et la sincérité de ses
convictions. Il n'y a pas de plus bel éloge à lui adresser.
Roger PARANT.

�ARMAND PRAYIEL

CRITIQUE LITTERAIRE

On connaît lia scène

imaginée par René Fauchois ;
Paradis. Saint Baudelaire, bas à son
voisin : « Savez-vous si Sainte Beuve fait partie de
'l'assistance
?
Saint Joseph : « Je ne la connais
pas. » — Saint Baudelaire : « Je vous parle du criti¬
que. » — Saint Joseph : « Oh ! tous les critiques sont
elle

se

passe au

—

en

enfer !

»

C'est là un jugement d'auteur, qu'il conviendrait de
limiter aux méchants critiques. Les bons doivent être
au ciel. C'est, à coup sûr, le cas d'Armand Praviel qui
n'avait rien d'un zoïle. Il était, au contraire, un véritable

Aristarque, non dépourvu de malice, loin de là, mais
équitable en ses appréciations, par nature d'abord,-et
aussi parce qu'il était du bâtiment, comme on dit ; luimême poète, romancier, dramaturge, historien, il con¬
naissait les secrets du métier ; et, sachant combien « la
critique est aisée », il appuyait la sienne sur son ex¬
périence d'auteur. Intime et heureuse collaboration, qui
laissait transparaître le poète, le romancier, à travers le
critique pour le plus grand bien de ce dernier !
Le rôle de L'écrivain

qui juge des lœuvres d'autrui re¬
ensemble de qualités fort rare : une intel¬
ligence souple et pénétrante, une imagination vive, capa¬
quiert

un

ble de ranimer les textes, une sensibilité toujours en
un jugement sûr et beaucoup de goût, un goût qui

éveil,
est le

exquis non seulement des formes, mais aussi
choses, et qui vient d'une vie intérieure.
«
Il faut avoir de l-'âme' pour avoir du goût », note
justement Vauvenargues. Ajoutez une grande culture
qui permette de multiplier les rapports suggestifs entre
les idées, les sentiments, les lœuvres, les.genres, les au¬
teurs, les époques. Et pour éviter le pédantisme livres¬
que, un contact permanent avec lia vie. En somme, des
qualités d'érudit et d'artiste jointes à celles de psycholosens

du fond des

�JEAN SUBERVILLE

472

par dessus tout au critique
la neutralité, mais un sen¬
timent de la justice inspirant la justesse du jugement.
Et puis, une sympathie profonde pour toutes tes expres¬

gue.

Au moral,

on

demande

l'impartialité, qui n'est

pas

sions de la vie et variétés d'âmes. Un sens moral inal¬
car tout aboutit en définitive à la conduite de

térable,

l'homme,

ce que l'on semble trop souvent oublier sous
le fallacieux prétexte que l'art n'a rien à voir avec la
morale. Le courage est aussi une vertu du critique; et
la

susceptibilité des auteurs vivantst, et le sectarisme des

écoles

learendent souvent méritoire, surtout quand il

s'agit du plan moral. Enfin, n'oublions pas que la criti¬
que positive qui cherche à dégager la bonté d'une œu¬
vre est plus utile aux esprits que la critique négative
qui se plaît à décocher des traits. Il n'est pire fléau
dans les lettres

—

et dans la société

—

que ceux

qu'on

appelle des, esprits critiques. C'est encore Vauvenargues
qui a dit ; « C'est un grand signe de médiocrité de louer
toujours modérément. »
Or, et

notre fraternelle ami¬
aveugle sur ce point,
nous reconnaissons Armand Praviel dans, ce portrait du
critique idéal. Quelle souplesse d'intelligence était la
nous ne croyons pas que

tié pour

l'écrivain disparu

nous

sienne

! Comme il décelait tôt lie nœud

œuvre

! Son,

servaient

en

imagination et

sa

secret d'une

sensibilité de poète lé

cela admirablement. Traditionnaliste

con¬

vaincu, il avait le goût classique, très ami de l'ordre et
de la clarté, sans rien de rigide et de péremptoire, trop
fin pour ne pas sentir que l'amour de la mesure devait
s'alllier à celui de la riche inspiration ; trop latin aussi,
et trop fidèle à ses premières ferveurs, romantiques pour
ne pas aimer en même temps la pureté des lignes et
l'éclat de la coulur. Mistral comptait parmi ses maîtres
au même titre que Racine.- Et qui avait plus lu, écouté,
noté, emmagasiné que lui ? Son savoir était prodigieux.
Nourri des fortes disciplines classiques, ardemment
mêlé au mouvement littéraire de son temps, connais¬
sant parfaitement lies auteurs, inépuisable en anecdotes,

�PRAVIEL

CRITIQUE

il ressemblait à La diligente
mille fleurs, dont il faisait

LITTÉRAIRE

4

73

abeille chargée du suc de
miel qui n'appartenait

un

qu'à lui. Avec cela, très observateur, malin

comme un

gascon de vieillie souche, curieux, friand et gourmand de
tout

ce

une

de

qui manifestait la vie. Qui l'a connu ne peut lire
ses, pages critiques qu'animent l'alacrité de l'es¬
prit, l'élan du qoéur et le don verbal, sans évoquer cet
homme vif, fin et cordial, ce visage rieur, ces, yeux pétil¬
lants, sansi entendre cette voix de tête où chantait un
inaltérable accent : « Mon cher, c'est inouï ! » -ou bien :
« C'est idiot
! » Armand Praviel débordait de vie : -tel
il était dans son naturel, tel il était dans, sa critique.
Nous avons rencontré rarement un esprit plus ouvert,
plus accueillant que le sien.
Certes, il avait
surtout

ses

tique et de morale
à

ses

idées, auxquelles il restait attaché,

lorsqu'elles avaient trait à
;

ses

principes d'esthé¬

il y tenait alors comme l'arbre tient

racines d'où vient la sève nourricière. Toujours

impartial, cherchant à comprendre, comprenant d'ail¬
leurs très vite, bienveillant même, mais sans faiblesse ni
renoncement, il n'était pas de ceux pour qui l'art fait
tout passer ; il prenait nettement et courageusement
parti conformément aux saines traditions, littéraires et
aux lois morales, IL
gardait dans La polémique un ton
de bonne compagnie, non sans lancer la pointe qu'il
avait vive, prompte et touchant au bon endroit. Son âme
était profondément religieuse et ill ne cachait rien de
ses prëférenëes ni de ses aspirations de chrétien averti.
Nous ne croyons pas qu'il ait pu s,e faire des ennemis
à cause même du sens, élevé qu'il avait de la critique,
de la totale sincérité qu'il y apportait, et de la manière
élégante et chaleureuse avec laquelle il l'exerçait.

«

L'œuvre critique d'Armand Praviel est considérable.
J'ai pour vingt ans de travail », nous assurait-il un

jour. Cette intense activité qui englobait ses œuvres
multiples d'écrivain et qui se manifestait particulière¬
ment dans son travail de critique, s'expliquait parfaite¬
ment quand on connaissait l'homme, travailleur métho-

�474

JEAN SUBERVILLE

dique, constant et enthousiaste. Sans parler de ses nom¬
régionales très dis¬
persées, retenons des articles parus dans le Mercure de
France sur le premier romantisme, avec des inédits de
Victor Hugo communiqués parla famille de Rességuier,
dansla Revue des Deux Mondes,1a Revue Hebdomadai¬
re, les Leciures pour tous, etc. Notons diverses, colla¬
borations importantes et prolongées dans lie Correspon¬
dant et à Polybiblion. Sa collaboration régulière au Cor¬
respondant part de juin 1922. Elle comportait deux ru¬
briques : Ceux d'aujourd'hui et\ de demain, portraits lit¬
téraires, et Le Jardin des lettres, revues du mouvement
littéraire, soutenant lia comparaison avec les chroniques
publiées à la même époque dans lia Revue desDeux Mon¬
des par André Beaunier. De plus, dès 1910, il assumait
dans la grande revue bibliographique universelle Poly¬
biblion la critique de la poésie, du roman et du théâtre.
C'est en 1923 qu'il céda lia rubrique poétique à M. Louis
Théron de Montaugé, conservant les deux autres en dé¬
pit d'une activité croissante dans tous lies domaines des
breuses collaborations parisiennes et

lettres.
Plus encore que dans les revues, Armand Praviel s'est
dépensé dans la presse quotidienne, dans L'Express du
Midi,, devenu plus tard La Garonne, dont il était le criti¬
que attitré, l'écrivain le plusi notoire. C'est lui qui diri¬
geait uniquement et rédigeait partiellement la Page litté¬
raire hebdomadaire, très nourrie, très vivante, qui aurait
honoré le plus important des quotidiens de Paris. Ajou¬
tez à cela une chronique dramatique régulière, indépen¬
dante et très personnelle. Armand Praviel était un cri¬
tique dramatique de grande clasise, qui pouvait lutter
par son brio et plus encore par "son sérieux avec les cri¬
tiques les plus huppés de la capitale. Nous lie revoyons
toujours arrivant soit à Saint-Gaudensi, soit à Carcassonne, soit à Saintes, soit ailleurs pour assister à des
représentations de plein air, souriant, plaisantant, s'informant, déjà intéressé. Il suivait les dernières répéti¬
tions, tout entier au travail! du metteur en scène, au jeu

�A.

des

PRAVIEÌJ CRITIQUE LITTÉRAIRE

acteurs, glissant

un

475

avis utile à l'oreille de l'auteur.

Il connaissait la pièce à fond avant même de l'avoir vu

jouer. Aussitôt après le spectacle, il écrivait et envoyait
à son journal un article alerte, objectif, complet, où son
amitié la plus sincère laissait toujours le champ libre
à la critique la plus pertinente. Avec quelle ardeur,
quelle compétence, quelle efficacité il a défendu la cau¬
se de la décentralisation dramatique et celle du théâtre
de plein air qui rappelait à son esprit" classique, à son
âme chrétienne les fastes de la tragédie antique, les
mystères du moyen âge ! La passion du théâtre possé¬
dait vraiment ce critique qui était aussi un poète et un
dramaturge. Lors d'une première à Paris, il répondait
à l'invitation de l'auteur soucieux par ces mots :
Merci ! nous y serons.
S'il faut du sang pour ta quere-elle,
Nous serons là,... nous serons là !...
Au milieu des critiques de la presse parisienne, ce
critique de province fut à peu près le seul à sentir
et à mettre en valeur l'inspiration catholique de l'œu¬
vre. Quand le sujet apporté à la scène touchait aux
idées essentielles qui lui étaient chèresi, Armand Praviel
devenait un espèce d'apôtre témoignant et se dépen¬
sant avec un courage tranquille pro aris et focis.

Ce souci, cette fidélité, ce dévouement qui l'ont
toujours animé, éclatent particulièrement dansi des ou¬
vrages qu'il a consacrés à l'étude des maîtres écrivains
de son temps. Dans le recueil paru à Toulouse en 1903,
intitulé Nos Maîtres et où collaborèrent quelques jeunes
écrivains de L'Ame Latine, Armand Praviel s'était ré¬
servé Huysmans. Il convient de souligner la sympathie
avec laquelle il étudie la figure et Ijœuvre de cet ennemi
du Midi, à cause précisément de sa haute qualité et
parce que ce grand romancier converti « avait retrouvé
Iq Route qui semblait perdue depuis Chateaubriand, et
où cheminent la main dans la main, la Foi chrétienne et
la Beauté plastique ». Même remarque à propos de son
livre qui a pour titre Provinciaux. Ce qui le frappe, ce
qu'il note avec une secrète prédilection chez Mistral,

�476
Emile

JEAN SUBERVILLE

Pouvillon, Charles

,

Pornairols, Eugénie de
province, c'est évidemment
la densité, lje mouvement, la chaleur, la couleur, la vie
enfin, qui animent leurs lœuvres ; mais c'est aussi, c'est
en définitive Le degré de résonnance religieuse de leurs
âmes. Mistral l'enchante, Eugénie de Guérin l'attendrit,
et rien n'est plus suggestif que ces pages où le critique
nous montre comment le particularisme de l'auteur de
Mirèio rejoint l'universel; rien n'est plus émouvant
que ce pèlerinage au pays du Cayla où le poète analyste
évoque la pure figure d'Eugénie de Guérin. De même
dans le livre plus connu et qui date de 1927, Du Roman¬
tisme à la Prière, Armand Praviel s'attache aux pas des
romanciers tels que Pierre Loti, Marcel Prévost, Ed¬
mond Jaloux, Pierre Benoît, les frères Tharaud, Georges
Duhamel, Louis Bertrand; des poètes tels que Charles
le Goffic, Henri Ghéon, Louis Le Cardonnel, et, tout en
analysant d'une plume alerte et précise les qualités lit¬
téraires de ces écrivains variés, il suit, avec une ferveur
qu'il nous communique, leur ascension vers le divin, ou,
au contraire, leur manque de.résonance ou même leur
refus de répondre à l'appel d'en-haut. En vérité, cet
attrait vers les sommets qu'Armand Praviel a toujours
ressenti et qu'il a toujours recherché dans lesi (œuvres
qui s'offraient à son étude, le classe à part parmi les
critiques contemporains. « L'émotion la plus esthétique
qu'on puisse exciter en nous est encore l'admiration
moralie... L'admiration correspond toujours à un juge¬
ment moral... L'âme se porte à la hauteur de ce qu'elle
admire... » Qui ne penserait au critique Armand Praviel
en lisant cette pensée de Goyau ?
C'est sur elle que nousi voulons conclure ce trop ra¬
pide hommage à la mémoire d'un ami qui nous fut cher.
Nous nous sommes borné, non sians contrainte, à son
œuvre de critique, mais même limité à cet aspect de son
multiple et généreux talent, Armand Praviell reste un
exemple, et nous sommes nombreux à ne pas nous
consoler que se soit éteinte parmi nous une telle flamme.
de

Guérin et autres écrivains de

Jean SUBERVILLE.

�LE FONDATEUR ET DIRECTEUR
DE

«

L'AME LATINE

»

Il n'est pas
mand Praviel

possible de restituer la physionomie,d'Ar¬
sans évoquer le fondateur et directeur de
L'Ame Latine, revue animée par sa lucide initiative et
l'éclat de son jeune talent, avec le concours d'un groupe
d'amis, élite exceptionnelle, l'un des aspectsi les plus
cohérents et les plus expressifs de 1' « Ecole Toulou¬
saine

»,

au-seuil du

D'une

nouveau

siècle.

locale, en partie littéraire, où Praviel
collabora sous un pseudonyme, L'Echo Méridional, fondé par Pierre Marty, devait sortir, peu après, en octobre
1897, une publication mensuelle vouée à la "littérature,
à l'art et, plus tard,, même, à La sociologie. Son esprit
correspondait à celui d?une renaissance traditionnelle,
alors en honneur dans la pensée française. Toulouse,
métropole intellectuelle et artistique, toujours en éveil
et plus encore en un temps; où les distances comptaient
davantage à l'égard de Paris, Toulouse avait vu des
mouvements analogues, mais fort différents par leurs
tendances, naître, croître et s'évanouir ou s'estomper,
par suite d'un manque de cohésion pu d'une absence de
revue

.

doctrine.
Praviel savait ce qu'il voulait. Dans ia création d'une
entreprise opportune, difficile et heureuse, il y a, osons
le mot, car il semble juste, une part de génie.
Autour

de

l'étudiant

droit

féru de lettres, un
attraction. Emile Deniau, Joseph Aubès, Edouard Dulac, Alex Coutet, J.-R.
de Brousse, Elie Glavel, Robert de Boyer-Montégut,
Maurice Bellet, d'abord, puis des recrues nouvelles :
Gilbert de Gironde, Pierre Fons, Louis Théron de Mon-.
taugé.
en

groupe se forme, orienté par son

,

�478

LOUIS

THÉRON

DE

MONTAUGÉ

Des aînés, Samuel de Panat, François Tresserre, Jean
Barthès, Berthe de Puybusque, Charles de Pomairols;
Achille Auriol, François de Gélis, favorisent ce mouvez
ment et y collaborent.
Le maître-imprimeur Cléder, reçoit
équipe dont il édite les publications.

La

en

ami la jeune

s'adjoint des collaborateurs multiples et sou¬
: Henry Muchart, Louis Mercier, Ar¬
sène Vermenouze, Emmanuel Delbousquet, Emile Ripert, Jean Montray, plus tard Joseph de Bonne, Olivier
de la Fayette, Henri Arrès, etc.
revue

vent de marque

D'un côté

ou

de l'autre de l'horizon littéraire, affluent

les envois. La revue, sous sa

couverture d'abord violette,
puis verte, ornée d'un médaillon de Dante par Roucollé,
paraît, sous un format d'envergure, bientôt restreint à
de plus maniables proportions. Elle fait belle et docte
figure, timbrée ensuite de l'urne débordante de lauriers,
dessinée par Clavel, le profil dantesque semblant avoir
marqué suffisamment de son empreinte l'origine et l'es¬
prit de l'iœuvre, sa latinité fondamentale, épanouie à
présent dans l'existence et symbolisée, sous couverture
devenue et demeurée verte, par le feuillage sombre et
perpétuel.
L'Ame Latine ! Cette revue de jeunes, écloSe dans là
lumière méridionale, aurait-elle pu se nommer autre¬

ment, alors qu'elle voulait, elle aussi, en.un temps pai¬
siblement prosaïque et selon une expression, lancée, un
peu plus.tôt, ailleurs, par Jean Carrère,
« sonner M
diane de ce qui renaît toujours » ?
Or, nul éclairage n'était plusi propice à son éclosion et
succès que celui du ciel languedocien, sious l'éclat
duquel flottent, de par l'histoire et la légende, dans les
institutions et les monuments, des souffles de romanité.
à

son

Dans le choix seul de ce titre, parfois insuffisamment
compris à l'époque, s'avère encore une trouvaille, une
invention et, toutes proportions gardées, sans doute, un
« trait de génie »...
.

�l'ame.

latine

479

Certes il y avait une part

administrative, moins at¬
la part intellectuelle, où directeur et colla¬
borateurs familiers rivalisaient d'ingéniosité plus que
trayante

que

d'affairisme...

Mais
de

nos

une « clientèle » idéale se constituait. Les amis
amis devenaient nos amis, nos abonnés, nosi pro¬

pagandistes. L'Ame Latine faisait partout figure de har¬
diesse mesurée et de tradition progressiste.
Elle intégrait à la vie spirituelle de la cité sa jeunesse,
à la fois solide et brillante.

Près des expositions- et des concerts, dans les salons
où, bien sûr, l'on causait encore, dans ces demeures
familiales, aux champs! et à la ville, où une société, dont
s'est perdue l'image, accueillait et honorait la poésie,
L'Ame Latine diffusait son rayonnement.

Praviel, diseur accompli, déclamait
celles de

ceux

ses (oeuvres ou
dont l'habile modestie recourait à son art.

Chez lesi différents hôtes, lie groupe s'accroissait'par¬
fois; d'agrégations nouvelles, temporaires ou durables.

Souvent la grâce- féminine y préside, et, dans l'atmos¬
phère des idées, flotte un parfum d'élégance et de cour¬
toisie. Ce sont des heures

qu'on n'oublie

pas,

précieuses

raffinement du goût et la sociabilité de l'intelli¬
gence. Le groupe esit parfois reçu chez Mgr Batiffol,
aliors recteur de l'Institut catholique ; il fête, à leur
passage, Ferdinand Brunetière, René Bazin. IL célèbre
le centenaire de Lacordaire et de Corneille.
pour

elle aussi, a pris de l'allure. Elle est moins
hiératique d'esthètes èn rupture avec
le conformisme du grand public, pénétré d'instinct grégaire, que l'exposition, nuancée mais constante, parfois
d'une mystique, toujours d'un idéal. Elle a des rubri¬
ques régulières, pour toutes les disciplines! de l'esprit
susceptibles d'orienter un public averti et fidèle. Elle vit.
La revue,

l'expansion

un peu

Elle est lue.

Cependant,

avec

la chute des feuilles, en novembre,

�480

LOUIS

THÉRON

DE

MONTAUGÉ

1910, L'Ame Latine, après treize ans
paraître.

d'âge,

cessa

de

Que lui a-t-ii manqué, tout d'un coup : la sève de
l'inspiration ou le nerf de la guerre ?
Ni L'un ni l'autre. L'Ame Latine n'avait
une

affaire. Mais elle vivait. Au besoin, elle

appel,

une

d'entre
«

eux

jamais été
aurait fait

fois de plus, à ceux de ses membres que l'un
appelait, par antiphrase et plaisamment, se S.

actionnaires

».

Elle aurait pu

aussi améliorer tant soit peu son roua¬
administratif et, en ces temps faciles, l'effort n'eût
pas été hors de proportion avec les ressources d'une
plus active publicité. Quant à sa vitalité littéraire, elle;
était à son apogée et rien n'en présageait le déclin.

ge

Non ! L'Ame Latine

a cessé de paraître, parce que son
jugea qu'elle avait accompli sa mission et
qu'elle était devenue inutile à là sienne.

directeur

Son étoile montait. Les revues parisiennes l'accueil¬
laient plus largement ; il séjournait plus souvent dans
ila

capitale. Sur place, à l'Académie des Jeux Floraux,
d'échanger triomphalement son tabouret de
« maître
», contre un fauteuil de « mainteneur ». C'est
là qu'il entendait porter son effort régionaliste, — et on
sait combien il y a excellé, — en attirant d'ailleurs peu
à peu chez Clémence-Isaure plusieurs de sesi amis. Pour
son activité accrue, une revue de province
à diriger,
après avoir été un excellent tremplin, pouvait devenir
il venait

une

lourde entrave.

Du

moins, il

queue »,
de Paris,

en jugea ainsi. « Praviel a coupé sa
aurait proposé un observateur spirituel qui,
n'oubliait pas Toulouse, où il avait exercé une

haute fonction.
Cette coupure fut-elle heureuse pour son auteur ? Sa
biographie seule pourrait, en partie l'apprécier. Fut,

,elle heureuse pour ceux de ses amis qui, non voués,
comme

lui, à la seule profession littéraire,.manquèrent.

�l'ame

latine

481

*

dépit de collaborations diverses, parfois très flatteu¬
de l'organe régional, devenu adulte et coté, où ilis
avaient fait leurs débuts, pour y exprimer, à présent,
leurs pensées et leurs vouloirs d'hommes ?
en

ses,

Cette coupure fut-elle enfin heureuse pour Toulouse
et le
sa

Languedoc ? On peut en douter, à voir la place
disparition a longtemps laissée vide.

Mais

ce

dont nuit

ne

que

peut douter, c'est qu'Armand.

Praviel, en La fondant, en l'animant, en la dirigeant, a
exeœé sur toute sa génération une influence qui fut
alors incomparable et qui, chez beaucoup, dure encore.

Aussi, lorsque après la guerre de 1914-1918, il fut,
malgré des labeurs innombrables, l'un des principaux
fondateurs du Gai Saber;i on
peut dire que, tout au
moins sur un point capital de notre renaissance tradi¬
tionnelle, non seulement il ne reniait pasi son entreprise
juvénile, mais il La reprenait et l'étendait.
Louis

THÉRON

DE

MONTAUGÉ.

�%

PRAVIEL COMEDIEN

Je

suis souvent demandé

me

Praviel

du

poète, de l'historien

ce

qui dominait chez,.

ou

de l'homme du

théâtre.
A tout considérer je crois que le théâtre a été sa
table vocation, la passion dominante de sa vie.

-sséri-

IL est certainement

regrettai)le que des préjugés an¬
qui lui en avait été faite
par La grave Académie des Jeux Floraux où il était
entré fort jeune l'aient tenu à l'écart de la scène. Il y
aurait fait une magnifique carrière et son norii aurait
rivalisé avec beaucoup d'artistes célèbres de son époque.
ciens et aussi l'Interdiction

Ce
teur

ne

fut donc qu'occasionnellement et comme ama¬

qu'il

se

produisit

en

public.

Comment expliquer que c,e fils de notaire de pro¬
vince, élevé dans le préjugé défavorable que L'on nour¬
rissait dans son milieu pour les gens de théâtre — les
cabotins
se soit senti dès. son jeune âge poussé par
cet irrésistible penchant pour les planches ? Je suis in¬
capable de le dire.
—

Ce qui est certain c'est qu'il! manifesta bien vite un
goût et des aptitudes qui le firent remarquer. Peut-être
les; encouragements du Marquis de Panat, si fin lettré,
si amateur de théâtre, son voisin de L'Isle-Jourdain, n'y
furent-ils pas étrangers.

en

Dès le collège il avait donné un aperçu de ses moyens.
jouant La Tour de Nesle et L'Aiglon.
Dans

cette dernière pièce il avait su composer un

Duc de Reichstadt vrai et touchant. A la même

époque
travesti, avec son opulente poitri¬
bottes à haut talons réalisait sans doute une

\une actrice
ne, ses

célèbre,

en

-

�PRAVIEL

COMÉDÍEN

483

composition moins exacte de l'adolescent phtysique
notre jeune poète toulousain.

que

On le vit aussi dans les salons élégants de Toulouse
de Rostand —T
un Christ véritablement surnaturel.
incarner le Christ de La Stumaritaine

—

C'est

vers 190(5 ou 1906 qu'il groupa autour de lui
petite troupe d'amis qui s'intéressaient aux choses
de théâtre. Sous le vocable de «Société de Saint-Genest»,
cette association se donna pour but de représenter des
pièces classiques et modernes au bénéfice des œuvres
une

charitables.
Il y

avait là Joseph de Bonne, Robert Ribes-Mery, qui
au champ d'honneur quel¬
ques années plus tard, Jean de Saunhac, les frères Auban, Henri Duges, Joseph Roux-Guy. Parmi les parte¬
naires! féminins il faut faire une place à part à Cécile
Gardenal qui possédait un magnifique tempérament ar¬
tistique, joint à une exquise délicatesse de sentiments,
et qui devait devenir plus tard la charmante Madame
tous deux devaient tomber

Pravieli.

C'est à ce moment de sa vie que je connus Pràviel.
Je venais d'entrer comme élève de quatrième au Caousou.

Les- anciens m'entretenaient

avec

admiration de

Praviel, dont je n'avais jusqu'alors jamais entendu
parler, qui organisait chaque année pour la fête des
anciens élèves une représentation théâtrale attendue
avec l'impatience que l'on devine et qui faisait l'objet
des conversations des] potaches jusqu'à l'année suivante.
Il n'était question à ce moment que du Juif Polonais
ce

d'Erchmann-Chatrian donné quelques: mois plu®

tôt.

à voir l'homme dont on
m'avait tant parlé. Avec ses longs cheveux, sa cavalière,
sa grande cape noire doublée de velours pourpre et son
chapeau de feutre à larges bords, il composait vérita¬
blement un personnage romantique infiniment pit¬
Je

ne

toresque.

tardai pas cependant

:

F-1

produisit sur moi une impression profonde qui
augmenta encore quand je lie vis jouer Œdipe-Roi, de
Il

�4§4

HENRI

D'ORGEIX

Sophocle, dans la vieille salle de théâtre de notre
Collège.
Ce fut pour moi, peu habitué à cette époque aux
spectacles, une révélation de l'art et de la beauté. Je
peux dire maintenant avec le recul des années et l'ex¬
périence du théâtre que je ne m'illusionnais pas. L'in¬
terprétation du héros de la légende grecque par Praviel
était véritablement extraordinaire. Quand il apparais¬
sait au dernier acte les yeux crevés, le sang ruisselant
sur son visage, appuyé sur ses jeunes enfants et mur¬
murant
Je

ce

ve'rsi

ne

:

te verrai

plus, ô lumière des deux,

la salle était haletante et vivait véritablement Le drame

terrifiant de la légende antique.
On racontait alors que Praviel

était un élève de Mounet-Sully, L'illustre doyen de la Comédie Française, titu¬
laire du rôle.
C'était faux, Praviel avait une personnalité trop mar¬

quée

pour recourir aux leçons de quiconque. Au demeu¬
rant il créa un personnage infiniment plus vrai que

celui de

célèbre

parisien.
Œdipe est un adolescent qui épouse à sion insu sa
mère qui a moins de 40 ans. Comment faire accepter
par les spectateurs l'affabulation d'un vieillard à barbe
blanche
car tel apparaissait au naturel le grand tra¬
gédien, en ses dernières années — dont la mère res¬
semble plutôt à sa petite fille ? Loin de moi la fatuité
de critiquer le grand acteur. Il était sublime dans ce
rôle et pourtant L'interprétation de Praviel était plus
près de l'exactitude du personnage.
Œdipe fut redonné plusieurs fois devant un public
plusi nombreux et avec un succès croissant à la salle
Belcastel à Toulouse. Praviel y déploya des qualités de
grand artiste dramatique, une véritable science des atti¬
tudes et des geste®.
son

«

concurrent »

Il vivait véritablement

quait

ses

sentiments à

personnage et communi¬
spectateurs. Il s'était d'un

son

ses

�PRAVIEL

COMÉDIEN

485

classé Grand Tragédien sans en avoir reçu l'ins¬
en avoir acquis l'expérience et le métier.
Cette impression se confirma l'année suivante quand
il joua Polyeucte, dans cette même, salle du JardinRoyal. Il incarna Le martyr chrétien avec la fougue d'un
néophyte inspiré et l'exquise sensibilité d'un époux
amoureux qui sacrifie la douceur du foyer à son devoir.
Il s'y montrait profondément humain. Que de mou¬
coup

truction ni

choirs de fine dentelle se mouillèrent ce soir-là des lar¬
mes de jolies spectatrice® ! On était moins blasé à cet¬
te

époque qu'à la nôtre. Le cinéma venait à peine de
son apparition.

faire

L'occasion fut donnée à Praviel de se mesurer sur
scène avec un des plus grands tragédiens de ces derniè¬
res

annéesi, Jean Froment, transfuge de li'Odéon, spé¬

cialiste' des théâtres en plein air. Il tint à ses côtés dans
les arènes d'Eauze, le rôle d'Oreste, d'Andromaque, et
ne lui fut en rien inférieur.

Froment, qui s'y connaissait, le considérait

comme un

maître.
Les grandes représentations classiques continuèrent
plus tard avec Esther à Montpellier et à Avignon et
la cornélienne Fille de Roland dans le cloître de l'église
d'Eauze, et il s'y montra toujours égal à lui-même.
Au Caousou il donna Thermidor de Victorien Sardou
et

Aymerillol de Victor Hugo. J'en

passe

.

Praviel m'avait souvent confié son désir de jouer le
diable' de Griselidis, l'exquise fantaisie d'Armand Sil-

vesire, rôle unique qu'il savait déjà par ciœur et où
rêvait de montrer toute la souplesse de son talent.
Je lui en procurai l'occasion.
Par

une

présenté

il

1925 ce spectacle fut re¬
pied des tours cinq fois séculaires du vieux

belle nuit de juin

au

manoir de Loubens.
ce soir-là toute la mesure de son art infini¬
nuancé, allant du comique lie plus cocasse aux
envolées les plus lyriques.

Il donna

ment

�486

HENRI

D'ORGEIX,

Les vers de
silence' noc¬
surprenantes résonances, chantent encore à

J'étais comme toujours son partenaire.
l'incantation de Satan, qui avaient dans le
turne de
mes.

oreilles;

comme

Dès bois

si je venais de les entendre.

obscurs, des mornes grèves,
aigus, des larges prés,

Des monts

Levez-vous, venez, accourez,

Souffle des baisers et de,s rêves !
Et montant

sous les yêux déserts
fond des eaux, du cœur des roses,
Haleines troublantes de\s choses,
Versez vos poisons dans les airs !

Du

Mettez votre ardente brûlure
Aux lèvres de GRISELIDIS,
Et de vos

Baignez

■

sa

parfums alourdis
lourde chevelure.

Je n'étais pas

plus tard
théâtrale.

que

médiocrement fier quand il me répétait
c'était lie meilleur souvenir de sa vie

Je viens de prononcer le mot « comique » alors que
dans ce récit il est surtout question de drames et de

tragédies.
C'est que Praviel excellait dans ce genre autant que
dans l'autre. Il possédait une grande puissance d'obser¬
vation

qui lui permettait de transposer

sur

les scènes

les ridicules d'un personnage qu'il avait remarqués dans
la vie. Cela lui permettait d'étonnantes « compositions ».
Il n'y avait que Gémier qui pût incarner comme lui des

aussi dissemblables, être indifféremment
Scapin. On le vit bien quand il joua M. de
Pourceuugnac et Les Fourberies de Nérine,
personnages

Oreste

ou

Il ne faudrait pas croire que la réputation d'Armand
Praviel fut cantonnée à ce coin de province. A Paris où
il n'allait qu'assez peu et ou il aurait pourtant trouvé

�PRAVIEL

COMÉDIEN

48?

cadre à

sa mesure et la consécration de son talent, il
apprécié. Je lui ai entendu réciter un prologue
de sa composition à une représentation de Polyeucte
au théâtre du Trocadéro par La troupe de la
Comédie
Française. Il y eut un très grand succès.

un

«tait fort

Sylvain, Le grand Sylvain, autre doyen de l'illustre
Maison, entretenait avec lui une correspondance suivie
et allait jusqu'à lui demander son avis sur l'interpré¬
tation de

ses

rôles.

Je

ne voudrais pas empiéter sur le domaine Littéraire
rappelant que Praviel fut aussi un auteur dramati¬
que de grande valeur. Il avait composé une saisissante
pièce en un acte, L'hôte imprévu! jouée aux Variétés de
Toulouse en 1910 et qui avait pour sujet un épisode de
la guerre d'Espagne en 1809. Il avait aussi publié un
grand drame, Lorsque Pilate s'éveilla, que des difficul¬
tés de mise en sicène et de figuration ne lui permirent
pas de faire représenter.
en

Et tout le monde connaît

son

Saint de

Toulouse, qui

rappelle les épisodes de la vie du R. P. Marie-Antoine,
œuvre toujours jouée dans Les milieux d'éducation chré¬
tienne et les patronages.
La voix harmonieuse d'Armand Praviel s'est tue à

jamais.
Nous ne l'entendrons plus déclamer les stances de
Polyeucte, le désespoir d'Œdipe ou Le si fureurs d'Oreste.
Mais son souvenir restera profondément gravé dans
nos mémoires.
Ce n'est pas; sans doute-sians émotion que ceux qui
connu cet étonnant artiste liront ce court récit qui

ont

voudrait

pouvoir évoquer toute

une

longue suite d'in¬

oubliables manifestations d'art dramatique qui eurent
à

son

époque

un

grand retentissement et dont il était

l'animateur incontesté.
La génération d'aujourd'hui, qui l'ignore peut-être,
apprendra qu'il! y avait alors à Toulouse un foyer intel-

�488

HENRI

D'ORGEIX

lectueL d'un intense rayonnement et une élite de jeunes,
éprise d'art et de poésie, comme Praviel L'a si délicieuse¬
ment

exprimé

Savait
&lt;

:

qui dans ses sens enfin spiritualisés
goûter un vers comme on goûte un baiser.
Henri d'ORGEIX.

�PRAVIEL ET L'ART DU THEATRE

Il l'aima. II l'aima

passionnément, de toute son âme
; toute sa vie, il s'efforça de le
servir et de le défendre contre le mauvais goût, l'à peu
près, contre la commercialisation et le cabotinage.
Aux temps déjà lointains où Toulouse avait une ac¬
tivité dramatique intense, où elle avait son théâtre de
et de tout

son

corps

drame et de comédie (où débutèrent et se formèrent des
comédiens aujourd'hui illustres) et où de nombreuses

troupes d'amateurs se plaisaient à monter des specta¬
cles, Armand Praviel connut de grands! succès d'auteur.
Sa flamme, son exquise sensibilité, ses dons physiques
(« l'éloquence du corps »), la noble finesse de son mas¬
que

expressif, la connaissance profonde qu'il avait des

auteurs classiques et modernes, servaient si merveilleu¬
sement

ce poète épris de vers sonores et bien frappés
qu'il lui fallait absolument communiquer à tous, en lies
disant sur le théâtre, l'enthousiasme et la joie de l'exal¬
tation qu'ils allumaient dans tout son être : les vers
sont faits pour être dits, et comme trop souvent, hélas !
les « artistes » professionnels, dépourvus de culture,
les disent mal au gré de l'humaniste et du poète, au
gré du véritable ar-tiste, ne faut-il, pas! que ceux-ci mon¬
tent sur le théâtre, pour la défense et l'illustration des

ch'efs-d'iœuvre ?
Mûri et souvent meurtri par la vie, ayant connu bien
des désillusions! amères, Armand Praviel, vieilli, doulou¬
reux, conserva jusqu'à la mort ce goût de la déclama¬
tion. Il fut un extraordinaire « diseur » de vers. Sa mé¬
moire en était remplie comme un somptueux grenier
d'automne. Dans les rues de Toulouse, le soir, chez lui,
chez
nous

moi,

au

sommes

SaG Ë

café, que de fois nou^r
grisés de beaux poèmes, en ces

restaurant

ou au

�LÉON

490

CHANCEREL

douloureuses de « l'armistice » ! Et puis, nous parlions
de théâtre. Il évoquait les grands acteurs qu'il avait
connus,

dont

d'Orange et

«

il

était

le Mur

»

resté l'ami, et les
et Mounet-Sully...

chorégies-

Critique dramatique au Correspondant, puis à La Ga¬
ronne, de quelle plume compétente, ardente dans l'éloge
et mesurée dans la critique, Armand Praviel avait suivi
dramatique ! Toujours on le trouve, ici
là, contre le bas commerce et l'histrionisme qu'il
n'hésitait pas (fût-ce aux dépens de ses intérêts ma¬
tériels) à flageller. Il ne fut pas de^ tentative noble, il ne
fut pas de noble réussite, qu'il ne saluât avec enthou¬
siasme en donnant avec une compétente précision les
raisons de cet enthousiasme... Je ne puis oublier l'article
qu'il écrivait dans La Garonne lors du passage de mes
comédiens à Toulouse, en 1937. Je puis d'autant moins
l'oublier que. ce fut là le début de notre fraternelle ami¬
tié. Et, lorsque lesi hasards de la défaite m'amenèrent
et me retinrent à Toulouse, si j'ai pu, peu à peu, acqué¬
rir droit d'accueil parmi les lettrés et les artistes de
langue d'oc, si j'ai pu obtenir ce qui m'est le plus cher
à l'esprit et au clœur : l'audience de la jeunesse et de
ses maîtres, c'est bien à Armand Praviel que je le dois...
le mouvement
ou

Mon cher ami, comme, je. cherchais votre présence si
précieuse dans le public — fort rare au début — qui
suivit mes premières lectures et conférences !... Je cher¬
chais votre visage et quelle force j'y puisais quand je
voyais s'y réfléchir la pensée des poètes que j'essayais
de transmettre et de faire aimer. Bien souvent, je me
suis senti au-dessous des éloges que vous aimiez à me
prodiguer. Je les acceptais pourtant sans rougir, car je
vous connaissais assez pour savoir que c'était à mon
effort pour servir la beauté que, par-dessus ma petite
personne, vous lesi destiniez... Je ne faisais que conti¬
nuer de mon mieux ce
que vous aviez commencé de
faire, dans les mêmes salles, avec tant d'art et de feriveur, mon cher « maintêneur ». Dieu veuille me donner
la force de poursuivre...

�PRAVIEL ET

L'ART

DU

THÉÂTRE

49 1

Voici que vont commencer les concours du Conserva¬

toire, et Praviel ne sera pas là... Avec quelle attention
scrupuleuse, avec quelle passion et quel souci de justice,
avec quel, amour
il suivait les, efforts de ces jeunes
gens ! Que de fois il m'a aidé à juger droitement... Et
que de discussions passionnées nous avions! à propos
de l'interprétation des grands classiques... Il savait, lui,
ce dont il parlait et son vieux coeur était resté celui d'un
jeune étudiant... Ce.maître avait gardé des candeurs et
des enthousiasmes d'enfant. L'expérience et le savoir ne
lui avaient rien ôté de la vivacité, de la fraîcheur de ses
vingt ans...
J'ai atteint

l'âge où l'on

plus d'amis morts

a

que

vivants... Aux heures solitaires, aux heures méditatives,
ce sont « lesi voix chères qui se sont tuesi » qui sonnent
le plus, souvent aux oreilles du quinquagénaire. Des om¬
bres non moins chèresi l'entourent. Il en est d'illustres.
IL en esjt d'inconnues ou de méconnues... Nous les parons
à notre

gré, pour ces fêtes secrètes du souvenir, de l'ad¬
miration, de la tendresse.... Vous y venez souvent, mon
cher Praviel, sous les myrtes et les oliviers latins, tel
que vous étiez à vingt ans... et mon amitié aime à cou¬
ronner votre front du Laurier toujours vert... Vous y
conversez avec Mistral, et Goudelin secoue les grelots
des mascarades impromptues qui, peut-être, inspirèrent
Molière.
IL y a un poème de Francis Jammes que
soir en pensant à vous...
Mon cher

Samain, c'est à toi

que

j'écris

je redis

ce

encor...

J'ai l'impression que vous êtes en vacances à L'IsleJourdain, et que vous, allez revenir. Je fais des projets
où vous êtes mêlé... Non, Praviel n'est pas mort... Il

n'est pas un jour que je ne rencontre son ombre fami¬
lière dans, les rues toulousaines,. Et comment passer
devant Saint-Sernin sans entrer, pour y prier avec lui,
dans ce vaisseau qu'il aimait tant !

Colorriiers, mai 1944.

LÉON CHANCEREL,

�II.

--

HOMMAGES

RECORD

Lou noum de Praviel m'èro couneigu avans que se
rescountressian. L'Aràbi, proche quau visquère d'ouro
benesido, au Clapas, Mistral éu-meme me n'avien parla
souvènt. Fau pièi pas desoublida que, après o en meme
tèms que

clangon
aguè en

lou Flourilege Prouvençau de Bourrilly, EsrFontan, touto uno generacioun d'avans-guerro
man l'Anthologie du Félibrige signado d'éu e

e

de Rozès dè Brousse. Avié si deco e sis errour, mai doulou brande e durbissié lou tai. Aquéli de Jùli

navo

Véran

e Gaubert, de Ch.-P. Julian
guèron la provo.

Gaire

avans

e

Fontan

nous,

n'adu-

la mort de Mistral, Praviel avié fa uno
sus lou Mèstre e soun obro.

serio de bèlli counferènci

Aquéu vièi souvent lou rapelavian, un jour, emé sa
famiho, en Prouvenço, perfum e gaii de sa vido, disié...
Up cop, d'asard, Praviel me sounè à Toulouso per uno
charradisso

sus

trère, d'an

d'an après, à la Santo-Estello d'Albi e en

e

Maurras

e

lou

Felibrige. Lou

rescoun-

Avignoun, quouro, à YEscolo Palatino, se faguè uno
acampado à l'ounour de l'abat Le Cardonne.l, encaro
vivènt. Nosite radié res.countre es, s'ai bono memòri, à
Toulouso, quouro se ié tenguè, dins l'ivèr de 1941, lou
proumié Coungrès pèr la Iengo d'O à l'eseolo.
D'aquélis entre-visto garde
tout acò

me

canto

encaro en

un

dous record,talamen

memòri.

Sus lou plan felibren, Praviel a servi segound soun
biais e soun èime persounau, couin'un bon sòci qu'èro.
N'i
caro

a

ligon à
sus

proun

pèr

que,

dounant

un

souveni à-n-aquelo

memòri, adugue, dintre li garbo ufanouso
uno

floureto maienco
toumbo trop lèu duberto.

soun ounour, ma

Frederi

e

que se

maianenco

MISTRAL, nebout.

�COMPAGNONS D'ARMES

Cependant que je me survis, je vois tomber tous mes
chers compagnons de luttes, mes féaux, mes amis vail¬
lants : si les jeunes ne venaient pas, comme ils font,
rejoindre notre troupe qui s'égrène, je désespérerais,
tristesse, que Dieu me pardonne ! de

par mes soirs de

l'avenir de la Cause.
« La Cause » : nous n'usions
pasi, avec Armand Pra¬
viel; d'un autre terme. Celui-là disait tout. Il comprenait
tout/C'est à la Cause que Praviel a voué sa vie.

IL

faut parler de moi, puisque je n'ai ici à évoquer
des souvenirs personnels. Ma première rencontre
avec lui ? Elle date de 1901. Je venais donner, à Toulou¬
se, cette conférence qui fut la préface du premier con¬
grès de la Fédération régio'naliste française dans nos
provinces. Praviel, qui dirigeait alors L'Ame Latine et
qui-avait déjà autour de lui tout un groupe de jeunes
gens, en était l'un des principaux organisateurs. C'est là
que remonte une amitié que rien n'a jamais, je ne dis
pas, démentie, mais même troublée un seul instant. Et
la dernière fois que je l'ai vu, c'était l'an dernier, comme
je donnais, une fois de plus (quand me sera-t-il permis
de m'arrêter ?) une conférence dans l'a ville de Clémence
Isaure. Il me quitta en me disant, avec un sourire : « Je
vais travailler à votre gloire. » Entendez tout uniment
qu'il allait rédiger son compte rendu.
me

que

Tel il fut, tel

long de ces quaranteidées/, travaillant.
Dans le journal, et il fut un journaliste de premier
ordre, d'une facilité rare qui n'excluait pas le soin. Par
la parole, et il fut un conférencier excellent. Sur le
théâtre où il' possédait d'admirables donsi d'acteur et de
diseur. Dans le livre, et c'était merveille de voir com¬
ment une production si abondante et si diverse ne dondeux années

:

je l'ai trouvé

au

travaillant pour nos

.

�J'. CHARLES-BRUN

494

nait

aucun signe de fléchissement ou d'abandon. Sur¬
tout, car l'action est La marque des tempéraments virils,
il fut l'animateur incomparable de la vie intellectuelle
toulousaine; et je ne parle pas seulement de son rôle à
l'Académie des Jeux Floraux ou à YEsçòla occitana :
rien de ce qui touchait à sa ville ne lui était étranger.

Aujourd'hui, où les idées régionalistes ont fait le
chemin que l'on sait, cette tâche d'animateur est relati¬
vement facile, mais il faut se reporter à ces années 1900,
où la province ne voulait être qu'un reflet de Paris et
pensait « à l'instar ». Alors, la besogne demandait de
l'héroïsme et il fallait, pour s'y adonner, le soutien d'une
mystique. Praviel avait ce soutien : il était comme dé¬
voré d'une flamme intérieure. Si je n'avais horreur du
mot, je dirais que son « dynamisme » était prodigieux.
Il électrisait par son contact. Je le revois lors des fêtes

du bi-millénaire de Carcassonne où le Midi s'affirma
contre certaines

légraphiait

ses

et, debout sur
thousiasme...

oppositions: il dirigeait le congrès; il té¬

comptes rendus; il parlait éloquemment;
les pierres cfè la Cité, il clamait son en¬

Pauvre cher Praviel ! Il m'a semblé que, dans- ses
dernières années, il éprouvait un peu d'amertume à se
dire qu'il n'avait pas rempli tout son mérite. Peut-être,
en

s'il

effet, aurait-il
ne

connu

d'autres destins: plus flatteurs

s'était obstiné à rester l'homme de Toulouse.

Mais outre que rien n'est moins assuré, il n'eût pas
tenu dans

nos esprits et dans nos cœurs la place qu'il
il n'eût pas été le modèle, que nous ne ces¬
serons de proposer, de ce
que doit être dans la France
future l'élite provinciale. A mesure que les jours s'écou¬
leront, on mesurera mieux, à voir le vide creusé par
son absence, l'étendue et l'utilité de son rôle. Il n'était
pas ce « régionaliste en pot » que nous sommes un peu
tous à Paris; il était le régionaliste en pleine terre, for¬
tement enraciné : je ne crois pasi qu'un autre éloge

y occupe;

vaille celui-là.
J.

CHARLES-BRUN, 1944.

�UN FILS DE GASCOGNE

Beaucoup, et moi-même, ont écrit'

sur

l'homme de

lettres chèz Armand Praviel, mais non sur l'homme tout

court, sur l'individu en tant que fils d'un sol et d'une
race, tel que l'ambiance et le sang l'ont fait. Avant tout
il était

Gascon,

par

le tempérament, l'allure, l'humeur,

la loyauté, la fidélité.
Comme tempérament, toujours quelque chose s'agi¬
tait en lui : une idée, un projet, un acte en suspens.
Cela couvait

lui-même,

un

moment, silencieusement au fond de
beaucoup de nous, et cela à la

comme en

moindre invite

jaillissait irrésistiblement, en gestes ou
propos, en manifestations révélatrices, sans aucun souci
du qu'en-dira-t-on, avec une hardiesse désinvolte, com¬
me jeté au vent. Le tout accompagné d'une verve intré¬
pide, d'un rire sonore, d'un bleu regard dardé. Rien ne
l'arrêtait pour traduire son opinion, moins encore ses
convictions, et je n'ai connu personne à qui titres, hon¬
neurs, fortune ou succès en imposaient si peu, entachés
•de quelque doute ou de quelque complaisance.
Allure intellectuelle assise sur son -aspect physique1,
sa démarche native. Il allait, sous sa cape et son large
feutre, droit devant lui, droit au but, d'un pas alerte,
l'iœil volontiers fouiUeur et ironique, prêt à l'élan, avec
je ne sais quoi de généreux et de fendant qui écartait
autour de lui les gens et les objections. On le voyait le
long des rues, debout sur une plate-forme d'un tram¬
way, assis au bureau de son journal, dont il était l'âme,
pérorant, discutant, concluant, non point avec aigreur
ou insolence, avec une véhémente courtoisie, sans rom¬
pre d'un doigt : on le sentait toujours redressé, coiffé
ou non de ce panache que quiconque l'apprQchait avait
l'impression de voir flotter, quoique invisible, sur son
front, quand il allait et venait ou discourait.

�496

Oui,

joseph de pesquidoux

et âme appartenaient bien chez Armand
terroir, au cru, empreints de cette humeur
réaliste et aventureuse à la fois, proprement gasconne.
On a dit que nous avions « les, pieds de plomb ». Ce qui
signifie que le Gascon est soucieux de calculer, d'assurer
ses pas, de raisonner terre à terre avant de s'avancer,
après quoi l'imagination entre en jeu, l'avenir appelle
vers des Lointains parfois fallacieux, et c'est l'aventure
où sont entraînés tant des nôtres, en particulier au
pays « des Amériques », terre de mirages dorés. On peut
dire alors du Gascon comme le poète de son aiglon :
« Le vent
passe, il, le suit... » Praviel aimait à savoir, à
connaître, à rêver, à méditer. Une fois son point fait, il
partait avec une magnifique spontanéité, qui n'avait d'é¬
gale que son indépendance de conviction et de jugement.
Et souvent seul à louer ou à blâmer, à combattre, en
cela encore pur Gascon, épris d'aventure individuelle.
Praviel

corps
au

Deux autres traits de caractère sont de chez nous :
la loyauté dans le commerce de la vie, la fidélité envers

les

grandes choses immuables : Dieu, la Patrie, la Fa¬
anciens, les vieux paysans de jadis ne s'em¬
barrassaient pas de papiers signés pour régler une affai¬
re, si importante fût-elle.; ils se frappaient dans la main
en se fixant et celui dà qui biaisait ou se dérobait par- la
suite, celui-là « n'était pas un homme »... Pour la fidé¬
lité, un moment, on L'a connue telle chez nous, sous
mille. Les

Jeanne

d'Arc, appelée par l'envahisseur anglais « l'Armagnacaise », à cause de tant des nôtres qui parta¬
geaient son épique destin, telle que l'histoire de la Gas¬
cogne s'est confondue avec celle de la France.
entendu Armand Praviel, que L'on ait
trouble, de réticent,
de tardif, bien moins de déloyal ou d'infidèle ne saurait
être relevé en lui. Ce fut une vie au grand soleil, à celui
de la foi religieuse, nationale, domestique : d'Artagnan
de La plume, comme l'Autre de L'épée.
Qu'on ait lu

considéré

ses

ou

faits et gestes, rien de

Joseph

de

PESQUIDOUX, 1944.

ï

�UN CHEVALIER DES LETTRES

Armand Praviel

a disparu au milieu du fracas d'évé¬
qui ont bouleversé le monde. Mais il a trop
vécu selon l'esprit pour que sa mémoire s'efface. Qui
pourrait l'oublier, dans ce Languedoc imprégné de son
verbe ? Que de lettrés, en France et dans les nombreux
pays touchés par son activité, ne cesseront de voir sur¬
gir, au rappel de son nom, toute une fresque harmo¬
nieuse animée de hautes pensées.

nements

Chevalier des

rite

Lettres,

son œuvre, comme sa

vie, mé¬

titre. L'peuvre est de celles qui, par l'inspiration,
la langue, l'humanisme, ont acquis cette force qui tra¬
verse le temps. Trop indépendant pour cultiver les avan¬
ce

tages. personnels, il a 'conçu de la mission de l'écrivain
la plus haute idée, et toujours, à cette idée, il a conformé
ses actes. La notoriété, ce qui est rare, n'a jamais fléchi
sa

fidélité à lui-même.
Il fut

uniquement et absolument écrivain, ce qui ne
l'a pas empêché, au contraire, d'être un homme d'action.
Sa plume et sa parole, essentiellement vivantes, ont
servi une doctrine vérifiée par

la méditation et l'expé¬
rience. Cependant, on ne saurait dire de lui qu'il fut,
au sens rigoureux du mot, un « doctrinaire &gt;&gt;. Un des
traits de sa nature était, au contraire, l'horreur des
idées préconçues, des cádres rigides, des disciplines sans

souplesse qui étouffent la

personne humaine et la reti¬
nourrissait, en même temps,
une sorte de respect passionné de l'individu et le souci
de ses appuis nécessaires, définis par l'histoire. Il ne
consultait pas la tradition comme une inscription funé¬
raire, il l'auscultait comme un cloeur. Quand on l'enten¬
dait parler d'elle, on la sentait palpiter.
rent du monde vivant. Il

«

s'inspirant de nos origines,
latins », et, qu'il nous
permis d'ajouter, quant à lui, un latin façonné par
Avant tout, disait-il,

souvenons-nous

soit

que nous, sommes

�498

DUC

DE

LÉVIS-MIREPOIX

des siècles de culture occitane, avec tout ce que celle-ci
ajoute à la latinité de tendresse, d'hellénisme et de

fantaisie.

fallait le voir, dans ces grandes assemblées féli—
bréennes, transportant les foules du rire aux larmes
par sa verve et son éloquence, la mobilité d'expression
de son visage, tout en finesse médiévale, et.sa façon de
dire merveilleuse. Car il disait comme personne. A tel
Il

point que, quand il s'emparait d'un poème, il en faisait
ce qu'il voulait, ou plutôt ce que sa conscience de lettré
lui mandait d'en faire, l'écrasant, le vidant, s'il ne lui
paraissait pas digne, allongeant superbement ses ailes
s'il méritait de s'envoler.

Qu'était-ce, quand il disait ses propres vers, en les¬
quels il avait soigneusement gardé tout: ce que le ro¬
mantisme a de rythme; de pathétique, de mouvement et
pieusement recueilli tout ce que l'héritage classique et
chrétien lui avait laissé de lumière. C'est ainsi qu'il a
pu tracer la ligne de sa vie :
Loin des sentiers impurs

j'aurai porté

mes pas.

Sa prose, de non moindre qualité, il l'a consacrée sur¬
tout, et selon une manière bien à lui, à l'évocation du
passé. Dans un mémorable article de la « Revue de
France », Marcel Prévost a salué Armand Praviel com¬
me le créateur d'un genre littéraire qu'un trop grand
nombre de ses continuateurs s'est montré incapable de
soutenir. « L'histoire romancée », dans, la manière de

Praviel, ne signifie nullement l'histoire inventée et fal¬
sifiée, mais un récit, puisant aux sources authentiques
et qui occupe le champ laissé libre à l'interprétation
psychologique et à l'évocation des gestes et desi attitu¬
des, conformes à la documentation initiale. La vérité et
la vie ont des frontières
ment au

qui n'appartiennent pas seule¬

savant, mais à l'artiste.

Il se plaisait à peindre les situations dramatiques,
voire ténébreuses, réveillant au fond du passé l'angoisse

humaine, il rendait la fièvre de la vie

aux

êtres qu'avait

�UN

CHEVALIER DES

LETTRES

499

refroidis le tombeau. Son culte de la continuité française
et des valeurs séculaires

qui l'appuient était grand et
récits, mais dans le mouve¬
ment humain. Jamais il n'eût sacrifié à une argumenta¬
tion théorique l'évocation palpitante des contradictions
transparaissait à travers

du

ses

ciœur.

Resté

poète en histoire, en même temps qu'ami de la
la poésie n'est-elle pas la mise au jour des
vérités profondes ? — Armand Praviel a presque tou¬
jours placé au sommet de ses récits une figure de fem¬
me. Tout en sculptant avec énergie les caractères mas¬
culins, n'a-t-il pas voulu montrer ainsi que, dans les
sociétés humaines, les vicissitudes de la sensibilité tien¬
nent beaucoup plus de place que les controverses de la
vérité

raison ?

Ainsi passe devant nos yeux cette « seconde MarieAntoinette », dans le drame révolutionnaire, ou cette
«
Duchesse de Berry », dans la tentative suprême de
la

légitimité. Mais,

sur

toutes les figures féminines si
Praviel, saluons le

attachantes de ' l'iœuvre d'Armand

visage pathétique de cette

«

Belle Violante

»,

incarna¬

tion de la vie amère et savoureuse, triomphante et plain¬
tive du.XVI® siècle, héroïne d'un drame où se déploie
l'une des plus belles évocations de la terre d'oc.
Mais j'entends presque Armand Praviel, comme lors¬

cheminions ensemble au sortir de l'Hôtel d'As.
sézat, sous le clair de lune, le long de la rue d'AlsaceLorraine, avec Monseigneur Tournier, l'abbé Salvat, Rozès de Brousse, Michel de Bellomayre, Touny-Lérys —
j'en passe et des meilleurs — me dire, dans la véhé¬
mence
de sa précieuse amitié : «
Et les Jeux Flo¬
raux ?... » Ce printemps continu des Lettres, les plus
anciennes assises des bons serviteurs de l'esprit et du
sentiment qui veillent tour à tour, depuis des siècles, sur
l'immortalité d'une figure féminine invisible, immaculée
et toujours puissante ?...
que nous

1

C'est peu

de dire

que

Praviel

en

évoquait l'histoire

en

�duc

5°°

de

lévis-mirepoix

tant

d'écrits, de discours, de poèmes; il l'a vécue en
gestes de sa vie d'écrivain, il l'a servie et même
rénovée avec sa puissance créatrice d'historien-poète,
mais aussi avec son robuste bon sens qui s'est toujours
harmonisé, à la française, avec ses dons ailés, de ma¬
tous les

nière

à insuffler à la réalité la flamme de "son ins¬

piration.
Duc

de

LEVIS-MIREPOIX.

�LE TOMBEAU D'ARMAND PRAVIEL

Praviel, tu
Tu

De
De

quittés,

nous as

quitté cette terre
tristesse et, de misère,
haine et d'iniquité.
as

Pour t'introduire.

au

Royaume

deux, viennent en chantant

Des

Tous

nos

vieux Saints occitans

Que personne plus

ne

chôme.

qu'on voit resplendir
nos églises
Où l'aube les angélise,
Ermites, chevaliers, mlartyrs...
Tous

ceux

Aux vitraux de

Viennent,

au

chant des cantiques,

Pour t'ouvrir le Pai-adis
ce Jésus qui a dit :
Bienheureux, les Pacifiques,

De
«

humbles de cœur !... »
pensant à toi que blessent

Les doux, tes
En

Nos

pleurs quand, plein d'allégresse,
Seigneur !...

Tu renais dans le

Albert PESTOUR.

�ARMAND PRAVIEL ET LA PROVENCE

Tout

simplement je veux dire, au nom des. Proven¬
il fut pour eux un ami fidèle et quelle
gratitude Lui doit la Provence pour tant de belles pages
qu'il lui a consacrées.
çaux, comment

C'est

1908 que commencèrent mes rapports avec

en

Armand Praviel. Il dirigeait alors L'Ame Latine. Il m'é¬
crivit au printemps de cette année-là, après avoir lu

quelques-uns de

mes

articles dans Le Feu; il

me

deman¬

dait une collaboration" à sa revue. Je lui envoyai aussi¬
tôt des vers. II. m'engagea à les présenter au concours
des Jeux Floraux. Grâce à lui, deT909 à 1911, ces poè¬
mes

reçurent la consécration de plusieurs fleurs, que

couronnaient en 1911 des lettres de maîtrise; elles me
donnaient l'agrçable devoir de faire en 1912 l'Eloge de
Clémence Isaure dans la Salle des Illustres.

Déjà j'avais fait la connaissance d'Armand Praviel
fêtes du cinquantenaire de Mireille, en 1909; il
avait publié dans Le Correspondant un bel article à ce
sujet; sous le signe de Mistral, en Arles, à Saint-Gilles,
nous fraternisions tout de suite. Mais c'est en 1911, à
Toulouse, que j'avais encore plus de joie à Le voir : il
m'y accueillit en frère, dans sa propre maison où vivait
encore sa mère; il me montrait avec orgueil sa ville
rose; il s'associait à ma joie de jeune maître ès-Jeux
Floraux, joie qu'il avait bien contribué à me procurer
par son influence déjà puissante au foyer de Clémence
aux

Isaure.
des bons rapports
Provençaux, que Mistral avait
établie, Armand Praviel était fidèle à la déclaration,
En continuant ainsi la tradition

entre

Toulousains

du félibre

:

et

.

�A.

PRAVIEL ET

Dis Aup i Pirenèu

e

la

LA

mari

PROVENCE

dins la

503

man,

Troubaire, aubouren dounc lou vièi parla

.

rouman.

Il était allé de bonne heure saluer à Maillane Mistral

•qui l'aimait et lui envoyait de belles lettres; il avait,
dans son livre de 1909 L'Empire du Soleil} exalté tout
le Félibrige en toutes ses provinces et la même année,
en collaboration avec J.-Rozès de
Brousse, publié cette
Anthologie du Félibrige qui reste encore très utile à
•consulter.
Hélas ! bientôt après les belles journées de 1912 dé¬
ferlait sur l'Europe la première vague du cataclysme

qui la

ravage encore.

Armand Praviel, officier d'infante¬

rie, combattant et puis prisonnier, disparut pendant ces
années douloureuses de notre horizon félibréen; et roulé
moi-même

au gré des événements, ce n'est qu'en 1919
je pus renouer des rapports suivis; avec cet ami
d'avant-guerre.

que

Mais ils devinrent alors plus affectueux que jamais.
En

1923, Praviel voulait bien me demander d'écrire un
poème français pour célébrer le sixième centenaire des
Jeux Floraux et de venir en novembre le dire moi-même
à l'Hôtel d'Assézat. Je le retrouvais alors, aussi jeune

jadis, malgré ses cruelles épreuves — au café Lafayette — où, en 1917, avec le cher Rozès, nous ne
savions qu'évoquer mélancoliquement sa figure de pri¬
sonnier, au cours d'une soirée où je passais rapidement
à Toulouse —; désormais il était là parmi nous, plus
vivant que jamais, prolongeant les causeries nocturnes
jusqu'à l'heure où les garçons lassés nous poussaient
que

vers

la porte.

Depuis cette date de 1923 et jusqu'en 1938, c'est-àpendant quinze années, mes rapports avec Armand
Praviel s'affirmèrent d'année en année plus amicaux.
Il voulut bien présider plusieurs; conférences que je fis
à Toulouse, comme j'avais la joie dé présider celles
qu'il venait faire à Marseille. Il s'intéressait de plus en
plus à la Provence; parmi les grands&gt; procès criminels
dire

�EMILE

5°4

RIPERT

dont il. s'était fait l'historiographe si avisé et si vivant,
il rencontrait à Aix le crime du Marquis d'Entrecasteaux
et il en faisait Le roman pathétique d'Angélique et Sylvia. En ce même XVIIIe siècle provençal il trouvait un

épisode plus dramatique encore, celui de la peste de
Marseille, dominée par La grande figure de Mgr de Belsunce et iL L'évoquait de façon poignante dans Le plus
beau livre qu'elle ait suscité, livre qu'il me faisait l'hon¬
neur

de

me

dédier. Enfin

en

suivant; les traces de la

Berry, il la voyait débarquer aux environs
Marseille et peignait en termes vifs et justes son

duchesse de
de

aventure

sur

la terre de Provence.

Mais

au sommet de toute sa production provençale se
triomphalement l'élude savante et poétique qu'il
consacrait à l'iœuvre de Mistral en l'année 1930, où l'on
célébrait le centenaire du grand poète. Notre Mistral,
disait-il affectueusement... Oui, celui des Toulousains
comme celui des Provençaux, dont L'oeuvre est valable
pour toute La langue et la race d'oc.

dresse

C'est un des Livres les plus compréhensifs qu'on ait
donnés à l'étude de notre maître. Pour le comprendre
Armand Praviel était armé dès longtemps par sa race,
sa connaissance de La langue d'oc, son tempérament de

critique littéraire, son sens de La poésie gallo-romaine.
du grand poète ne lui était étranger.
Bien plus que ceux de Thibaudet, de Marius André ou
même de Pierre Lasserre, son livre est, avec ceux de
Maurras ou de Devoluy, parmi ceux qui éclairent le
mieux l'action, la vie et la poésie de Mistral.

Nul des aspects

Aussi Armand Praviel avait bien mérité le droit de
prendre part, comme il, le faisait, aux fêtes du cente¬
naire mistralien, accueilli en frère par les poètes pro¬
vençaux.
Il est

pénible de

penser

qu'après de tels témoignages

de dévouement au Félibrige, des félibres mal inspirés,
non de Provence mais de Languedoc, ont pu attaquer

grossièrement

un

tel

critique,

un

tel poète, qui était

au

�A.

PRAVIEL

ET

LA

PROVENCE

505

reste le meilleur des confrères. Ces

extrémistes, animés
des sentiments assez vils de jalousie, n'ont persuadé
à personne qui compte que Praviel fût un mauvais dé¬
fenseur du Félibrige, lequel Félibrige d'ailleurs aurait
dû dès longtemps le nommer majorai.
par

Mais cet homme paradoxal semblait fuir les honneurs,
loin de les solliciter. A

une

époque où des romanciers

malfaisants étaient nommés officiers, puis comman¬
deurs de la Légion d'honneur, Armand Praviel après
quarante ans de dévouement absolu à la poésie de la

France, dans

formes d'oïl et d'oc, n'avait même pas
Indépendant il a vécu, indépen¬
dant il est tombé, loin de toutes les puissances tempo¬
raires. Il avait horreur de la politique, ou du moins
de ce qu'elle était devenue en France.
ses

la croix de chevalier.

Quand la France recensera les vraies valeurs de ces
quarante dernières années, il faudra que l'on rende à
Praviel l'hommage que

méritent ses immenses qualités
intelligence aiguë, son sentiment de la poé¬
sie véritable, loin des modes absurdes qui l'ont désho¬
norée depuis vingt ans. .Pour rendre visible aux jeunes
générations de Toulouse son beau visage d'idéaliste, ses
yeux pleins de ciel, ses cheveux légers, agités aux souf¬
fles du mistral ou de l'autan, il faudra qu'un artiste
de Toulouse sculpte le marbre .que ses amis placeront
au cœur d'un de leurs beaux jardins, et je souhaite que
ce soit près de Marc Lafargue, au jardin des Augustins,
ou bien près de Saint-Etienne ou peut-être même encore
près de cette basilique de Saint-Sernin qu'il a tant
d'action,

son

aimée et si bien chantée.
sans doute qu'il serait le mieux situé,
quartier qui lui était familier. Je me rappelle
son geste et son mot, un jour que nous sortions de son
journal, rue Roquelaine, comme on apercevait au loin¬
tain de la rue le clocher de Saint-Sernin rose dans l'air
d'un bleu léger : « Comment voulez-vous que je quitte
Toulouse, fût-ce pour Paris ? » me disait-il,, en me mon¬
trant la sainte basilique.

Oui, c'est là

dans

un

�5°6

emile

ripert

Ah ! si

je retourne jamais à Toulouse, ce rie sera —■
je n'en aurai pas le courage — que pour honorer
cette chère mémoire ! Et si j'ai alors le cœur serré de
ne plus trouver dès la sortie de la gare son sourire affec¬
tueux, ses yeux de clarté, ses bras tendus pour l'acco¬
lade, du moins alors aurai-je la consolation de voir
revivre dans le marbre, vivant d'une jeunesse immor¬
telle, tel que je le connus en tout l'éclat de ses trentecinq ans," Armand Praviel, poète de Toulouse et de
sinon

Provence.
Emile RIPERT, 1944.

1

■

�PRAVIEL A PARIS

Praviel à Paris. C'était

toujours pour les miens et
moi une grande fête. Mêlé à nos joies et à nos
deuils, que de fois n'est-il pas venu s'asseoir à ce foyer
de province — de province languedocienne — qu'était
mon foyer parisien grâce à la présence de la chère
compagne de ma vie et de mon iceuvre, grâce à celle de
notre « Maman », de notre « Mémé », saintes femmes
qui, par delà la vie éphémère, demeurent tellement des
pour

-âmes de chez

nous

!

Quai d'Orléans, quai de la TourneLLe, dans cette île
Saint-Louis en face de cette île enchantée (le mot est
de Corneille), dont Sainte-Beuve et Gérard d'Houville
ont dit le charme

provincial,

aux

bords de la

«

glorieuse

rivière de Seine », berçant le berceau de Lutèce, tout

près de Notre-Dame de Paris où Raymond de Toulouse
fît amende honorable, Armand Praviel, comme avant
lui tant de cadets de Gascogne, prenait sa revanche.
Par son esprit, par son talent, par son lyrisme, par
l'originalité de sa personne et de sa mise, par cette
pointe d'accent qui donnait un goût alliacé à ses propos
étincelants, par cette facétie gasconne qui est à l'hu¬
mour britannique ce que le soleil sur la Garonne, est aux
brouillards de la Tamise, Praviel avait fait non seule¬
ment'notre conquête, mais aussi celle de bien des mi¬
lieux littéraires parisiens.

Que

sa

conversation était alerte, ailée, aérienne !

Chez nous, il avait beau jeu, son gascon fraternisait avec
notre languedocien et celui quasi provençal d'un de nos
autres familiers, le Nîmois Jean-Jacques Brousson. De

qui, en vérité, selon ta tradition
de nos trobadors, fut surtout un
chanteur
et un enchanteur —, mes fils ont retenu le
rythme, les cadences, les intonations, quand il récitait,
d'ordinaire assis et le geste sobre, pathétique ou race

merveilleux diseur

homérique et les
—

us

�5o8

RAYMOND

ESCHOLTER

vissant, Le Remembratz-vos de Prosper Estieu, le thrène
épique du Rei eii Pèire de Félix Gras, ou le délicieux
Renegat de Mistral.
Ravissant. Il y avait non
cantant », pour un cercle

seulement chez Praviel « ind'amis, ces poèmes occitane
quelque,chose de ravi, mais aussi comme une vertu ra¬
vissante, au sens propre et originel de ce mot, car il
ravissait, en fait, son auditoire et le transportait, comme
en jonglant, ce jongleur, au paradis
de Mireille et de
Mistral, de Bernadette et de Philadelphe de Gerde, situé
comme vous savez, entre la crypte des" Saintes et la
grotte de Massabielle, avec, au centre, ce Calvaire de la
patrie romane, le roc calciné de Montségur.
Fallait-il redescendre

sur terre et y reprendre pied,
inspiré paraissait soudain tout pétri de bonhomie.
Le réalisme narquois de sa race le ressaisissait. Que de
malice dans ses lèvres minces, dans ses petits yeux rap¬
prochés, fureteurs et caressants ! Et c'était alors (n'en
déplaise à Clémence Isaure !) le portrait au vif de tel
de ses anciens confrères de l'Académie de Jeux Floraux,
par exemple de mon compatriote, l'érudit Jules de
Lahondès, l'historien de Pamiers, ou encore de tel saint
personnage, célèbre dans tout notre Midi, comme le Père
Marie-Antoine. Qui n'a pas vu et entendu Praviel imi¬
tant ce bienheureux porte-besace, quêtant, pèlerinant,
confessant, de la façon la plus édifiante et la plus sin¬
gulière, sous un immense parapluie au bord du Gave,
celui-là ne sait pas comment parfois la vie est belle et
joyeuse.

cet

En public, ce causeur éblouissant, ce diseur incompa¬
rable gardait toutes ses séductions. Je me souviens en¬
core d'un banquet qui, il y a quelque vingt ans, réunis¬

sait, à l'ombre de Saint-Sulpice, les écrivains catholi¬
ques. (En vérité, comme disait mon vieil ami, l'abbé
Mourret, historien de l'Eglise et directeur au Grand
Séminaire, il y avait là pas mal de « latitudinaires »).
Au

dessert, des voix académiques,

dont certaines

�PRAVIEL

À

PARIS

50g

illustres, s'élevèrent. Soudain, le président se tourna
vers Armand Praviel. Fallait-il pas qu'un écrivain de
,

chez

nous

fît entendre à tous

ces

Franchimands la bon¬

parole ? Comme il convient, son homélie entre la poi¬
re et le fromage, le biographe de la Belle Violante l'im¬
provisa. Pour cela, il n'y a encore que les hommes de
ne

notre terroir

:

Léon Bérard et Armand Praviel.

Je vois encore son beau visage d'albâtre aux traits
réguliers, si spirituels, si fins, que colorait légèrement,
comme à l'aquarelle, l'alacrité, la verve scintillante de
si

;ses

propos.

Comme vous vous en doutez, grâce à Praviel, ce soirlà, la terre d'oc fut à l'honneur et, de Mistral à Philadelphe de Gerde, sans compter Jean-François Bladé,
dont la petite nièce, Jean Balde, était présente, et le
eher Pesquidoux, ce fut une belle évocation de nos
poètes, de nos prosateurs, demeurés fidèles aux tradi¬
tions ét à la foi de leurs ancêtres.
-

—

Merveilleux,

me

disait

mon

voisin. Il est mer¬

veilleux !

Et chacun de ratifier le jugement de

François Mau¬

riac.

Praviel alors touchait bien souvent barre à Paris.
étonnantes évocations d'affaires judiciaires, ces
deux chéfs-d'œuvre du genre où il précéda te président
Ses

Bouchardon, Monsieur Ftialdès et l'Histoire tragique de
la Belle Violante, lui avaient valu l'amitié fidèle de Mar¬
cel Prévost, transfuge nordique passé dans le camp du
Midi et qui devait, un jour, à la demande de Praviel,
présider aux destinées du Théâtre d'Oc, inoubliable
création de Juliette Dissel.
Au Correspondant, où il mania, avec tant d'autorité
souriante, la férule du critique littéraire, à la Revue des
Deux Mondes, à la Revue de France, partout je l'ai vu
mener le bon combat en faveur de sa chère Occitanie.

�RAYMOND

ESCHOLÌER

La Revue des Deux Mondes... A chacune de ces fêtes
littéraires — ou politiques — qu'était le banquet an¬
nuel de la Revue des Deux Mondes au Cercle interallié,,
on était sûr de voir apparaître Armand Praviel, belle

figure

gasconne

émergeant du flot sombre des habits,

noirs.
Au printemps, à chacune des expositions que j'orga¬
nisais à Paris, tantôt place Royale, à la Maison de Vic¬
tor Hugo où, en 1927, comme on fêtait, un siècle après
la préface de Cromwell, l'éternelle Jeunesse des Roman¬

tiques, il apporta, avec M. de Gélis, dans La demeure du
poète, les fleurs de Clémence Isaure et tant de précieux
autographes, conservés à l'Académie des Jeux Floraux,,
tantôt au Petit Palais, comme en 1935, pour « l'Art
Italien », qui attirait à Paris le monde entier, Armand
Praviel ne manquait pas d'accourir, heureux de fairepartager à ses fidèles lecteurs de L'Express du Midi ses
impressions de poète, d'artiste et de Gascon.
C'est grâce à Lui que L'Orne

Blanc, de l'abbé Sarranv

monté par le Théâtre d'Oc, trouva, dans la salle des
Fêtes du Journal, une vaste audience. C'est encore grâce
à lui (ne nous laisse-t-il pas un très beau livre inédit
sur

André Chénier ?) qu'on se réunit plusieurs fois chez,

le comte et la comtesse Jean de Pange pour
nument soit élevé à Çarcassonne, afin d'y

qu'un mo¬
honorer lesouvenir du grand poète qui, s'il doit beaucoup à Constantinople et à la Grèce, n'a jamais oublié non plus
ses origines audoises.
Au seuil de cette guerre, nous nous
une

retrouvâmes dans

maison amie. Il y avait là L'un de nos plus grands

écrivains, aux profondes attaches marseillaises. Ah !
quand Praviel commença de nous dire les admirables
couplets du Renegat, de Mistral, quelle émotion plana et.
quelle allégresse !
Devant un parc bleuissant de l'avenue du Bois, sous
le ciel tendre de Paris, aux accents si nuancés- de cette-

�praviel

a

paris

511

merveilleuse

musique, la terre argentée d'oliviers sur¬
elle cette mer céruléenne qui baigne les
côtes de Provence et de Languedoc.
gissait et
Ainsi,
dans

avec

comme

une

parfois, avant

une

nuit d'orage, s'élève

soudaine accalmie, le chant perlé du rossi¬

gnol, ainsi à la veille du grand cataclysme s'épanouis¬
sait, dans le printemps d'un jardin parisien, la voix
d'Armand Praviel, cette belle voix de Gascogne, pre¬
nante et musicale.

Raymond ESCHOLIER.

�EVOCATION

Si je veux retrouver d'Armand Praviel le meilleur vi¬
sage,

je dois

me

reporter à

ces

jours où l'on pouvait si

familièrement et fréquemment échanger en longues cau¬
series l'amitié.
encore arrivant en cette campagne de Gas¬
toulousaine qu'il aimait, le béret alertement
campé, les plis de sa légendaire cape balayant les haies
du chemin de prairie qui mène à ma maison, le sourire

Je le vois

cogne

aux

lèvres

—

ce

fin sourire

mi-malicieux, mi-indulgent

étonné d'avoir fait si facilement les quelque deux
kilomètres séparant la gare du jardin où je l'attendais.
Le convoi paresseux d'alors, l'Auch-Toulouse modèle
Stephenson, qui prenait souffle avant la grimpée de

—,

Bouconne et brûlait en pur sang le plateau de Colomiers,
l'avait porté jusqu'à nous. Oui, il était étonné d'avoir,
comme en

boutade, avalé le chemin. Il

ne se

doutait

pas

lui qui prétendait ne jamais s'émouvoir dans les
champs — que ce qui le portait si allègrement; sur la
route était la joie de la belle saison, les promesses d'un
—

jour au pays de naissance, les souvenirs levés par cen¬
taines, au vent malicieux de sa cape et, pourquoi ne
pas le. dire — il fut si fin gourmet, si excellent et spiri¬
tuel convive —, les promesses d'un déjeuner d'amis,
coudes à table

Jamais,
où il

ne

en

que ce

toute aisance et familiarité.

soit à

son

bureau de

«

La Garonne

»

savait complètement se déprendre d'un pres¬

sant travail, aux Jeux Floraux où son activité s'exer¬
çait largement, que ce soit dans la rue, par rencontre
fortuite : « Ah ! bonjour, accompagnez-moi mettre ce
pli à la poste » (ce petit bureau de quartier près des
boulevards), jamais je ne lui connus ce visage si heu¬
reux
qu'en sa campagne lisloise. Elle inspirait sa verve..
Entre elle et lui mille accords tissaient leurs fils, tena-

�ÉVOCATION

-ces

et

légers

comme ceux que

513

l'automne tisse entre les

herbes des prés.. Brocart précieux chauffé par le
des « autrefois ».
Autrefois !
sans

U11

mélancolie,

mot

car

qu'il

ne

savait plus

soleil

prononcer

il représentait pour lui un moment

aboli, jardin enchanté qui avait clos ses portes et dont
peut-être on ne respirait plus jamais les fleurs — brû¬
lées par le vitriol des guerres —.
Ce pays de Gascogne toulousaine lui était le miroir

magique où ressuscitaient les jours anciens. Avec des
yeux d'enfant ébloui il les revoyait. Une irrépressible
joie lui venait à savoir si fine et si belle la terre des
s'y retrouvait le jeune homme neuf devant la
vie, le poète qui vécut les années de « Jamais Plus »,
siens. Il

connut dans les châteaux à tourelles levés ici et là sur

l'horizon les hommes d'hier, hommes de cœur et de

penséemu

encore

les hobereaux dont la charge lui était

succulente à faire
d'une voix de fausset, en excellent
mime qu'il était :—, imitant tour à tour la vieille cousine
défraîchie et l'hôte débonnaire et; l'hôtesse minaudière.
—

Mieux que quiconque, il avait su regarder autour de
lui, non seulement les paysages, qu'il faisait, en riant,
profession de ne point goûter, mais surtout l'homme de
son terroir, l'homme de l'époque où il était encore doux
de vivre. Qualités et travers le frappaient instinctive¬
ment. Il disait les uns et les autres, avec malice ou
amitié. Puis, tout à coup, un souvenir plus vibrant ame¬
nait ta chanson à ses lèvres et doucement, sans éclat, il
déclamait et nuançait les strophes d'une vieille com¬
plainte ou ce ch|œur de galériens de-la Reine Jeanne
que je n'ai jamais entendu chanter comme par lui.

raccompagnait à sa maison de
de nouveau là:bas, le passé se levait. : famille,
amis. On fût demeuré des heures à l'écouter l'évoquer.
En ces pièces de rez-de-chaussée, si fraîches l'été, en
ce jardin qu'animaient les buis et les roses on oubliait
Le déjeuner pris, on le

L'Isle et,

le jour.

On

se

laissait nourrir de vieilles et précieuses

�ANDRÉE

MARTIGNON

— remontant son col
geste sec, boutonnant sa veste, pour rendre tel ou
tel, pinçant le nez, exagérant la mimique —, on regret¬
tait amèrement que de telles qualités d'homme de scène
n'aient pu s'exprimer qu'incomplètement en société

histoires. A le regarder s'animer
d'un

d'amateurs. Il était acteur né. Le seul mot de théâtre
faisait briller ses yeux d'une flamme dorée, qui ne savait
s'éteindre tant qu'on n'avait pas évoqué jusqu'au bout
scène et personnages.
Entre deux propos ou

admirations littéraires (« Reli¬
Césette, écoutez cette page de Pesquidoux ») par¬
fois on disait : « Va-t-on ici ou là voir un tel, un tel ? ».
Mais toujours il y avait ces kilomètres — tant de
kilomètres de route départementale ou de.chemin pou¬
dreux !
Le promeneur à pied que je suis le voulait
stimuler : « Vous verrez, disais-je, comme le chemin est
joli jusqu'à Cassemartin ! Nous passerons par les tra¬
verses. » IL me regardait, soudain tenté par le piquant
d'une aventure de campagne. Nous partions. Cela fit
une fois plus de dix kilomètres. Mais on avait sautédes haies, suivi des lisières ombreuses; on avait, au
domaine ami, reçu l'accueil amical, bu le vin blanc du
pays avec les « oreillettes » croquantes... On était re¬
venu à la tombée du jour, quand, dans
le vent de mai,,
la vigne odore et que bat lentement l'angélus du soir.
Je le taquinais : « Etes-vous toujours brouillé avec
la nature, avec La promenade à pied ? ». Il souriait et
son pas sonnait plus vif vers sa maison, vers la petite
ville qu'il aimait à pleines fibres, dont il ne savait, sans
tressaillir, entendre, du haut du clocher-donjon, tomber
le carillon. Lui disiez-vous que le son en était dolent,
les cloches faussées, il protestait sincèrement, plaidait
pour l'accent et la vivacité de leur langage.
sez

—.

On arrivait... Aux toits de tuiles brûlait la flamme
du crépuscule. Et, bien qu'il eût — c'était indé¬
niable
pris plaisir à la promenade, aux champs, il
mauve

—

avait,

en

rentrant dans

sa

marin qui aborde à quai :

ville natale, l'air heureux du
confiance, sécurité. Armand.

�évocation

5&gt;5

Praviel rentrait chez lui.

Djans la maison d'enfance.
Dans la maison des livres et du petit; .jardin de roses.
Comme cela tient chaud au cœur de L'homme le décor
de

jeunesse ! Comme cela le garda jeune longtemps !•
et le réconforta dans* les fatigues et la

Le reposa
tristesse !

De loin, en son dernier jour, Lui a-t-il donné ce re¬
gard de vivant regret par lequel ceux qui s'en vont pren¬
nent, dit-on, congé des choses aimées ? Les caressant
des yeux en inconscient enchantement... Glissant vers
l'éternel et revoyant une dernière et chère minute le
périssable.
Andrée MARTIGNON.

�POUR ARMAND PRAVIEL

POETE

CATHOLIQUE

I

Frileuse

enfant, du gris septentrion venue,
vous entendis, ô poète, chanter
COUPO SANTO„ prise au choc de sa clarté,
lyre s'agrandit d'une fibre inconnue.

Quand je
La

Ma

La Primauté du

Chant, vous l'avez maintenue
nobjesse au cœur d'un temps gâté
Par l'orgueil, par le lucre elfl par l'impiété
Quiaprès nous, la leçon d'estrambord continue.

Avec tant de

Héritier de Mistral et de Le

Votre art, à la fois
Pour atteindre au

Cardonnel,
neuf et traditionnel.,
Thabor, passa par te Calvaire.
»

•

Nous le disons pour vous, votre Chemin de Croix,
En

souhaitant, un jour san\s nuit, dans l'Autre Sphère,
Réentendre, au Banquet éternel, votre voix.

�POUR ARMAND PRAVIEL PORTE

CATHOLIQUE 5 I 7

II

ce qui ne meurt pas, proclamiez-vous, est beau !
goût de l'Immuable explique votre vie

Seul,
Ce

Et commentsur la cime à l'aurore gravie,
Les

tempêtes n'ont

pas

éteint votre flambeau.

Qu'une lyre étoilée orné votre tombeau
Et que notre âme

nostalgique, enfin ravie

Par la

splendeur de Dieu qu'elle a si bien servie,
Suggère à notre songe un horizon nouveau.

Oui, puisque votre Esprit sfège
AMend

un

les Sibylles,
fragiles

avec

A cette heure où le sort des nations

signe précurseur du grand Réveil,

Ouvrez-nous, au delà de l'orage qui p&amp;sse,
perspectives d'un Empire du Soleil
Que l'Amour soumettrait au règne de la Grâce !

Les

�SUZANNE MALARD

III

Echanson de la sobre ivresse isaurienne

qui la Poésie était un vin mûri.
d'antiques lois, au Soleil de l'Esprit,
Votre mort, d'un brouillard), voile la Treille ancienne.

Pour

Selon

Mais il faut en secret que votre âme intervienne

Quand

au

Nous irons

mois où le Lis, prés du Laurier, fleurit„
vendanger, dans l'enclos assombri,

Des chants

Pour

en

deuil de votre voix musicienne.

banquets futurs, suscitez de grands crus !
Que l'afflux de bouquets trop longtemps disparus
nos

Exalte,

Sentant
Nous

au

un

nous

Capitole,

une

foule étonnée...

souffle aussi puissant venir du ciel,
dirons

:

les Jeux Floraux de cette année

Ont pour inspiráteur insigne Armand

Praviel !

Suzanne MALARD.

�POUR ARMAND PRAVIEL
UN SOUVENIR

Armand Praviel avait un qceur d'or, et une loyauté
de pensée qui pouvait aller jusqu'au sacrifice.
J'étais très jeune quand on m'emmena avec La voi¬
ture de

famille, attelée d'un bon cheval, jusqu'à un
village du Gers où mes beaux-parents avaient une pro¬
priété sur laquelle vivaient deux nobles femmes, deux
s|œufs, nos cousines, âgées l'une et l'autre et qui sa¬
vaient, mieux que personne, réserver aux jeunes un
accueil d'autrefois qui mettait Le qœur à l'aise et faisait
du bien pour toute la vie...
Leur maison était

une

vieille bâtisse

en

briques rous¬

carrée, massive, solide à tous les vents, remplie de
choses du passé.
ses,

Un merveilleux verger

la précédait, où je crois bien
mangé les prunes les plus dorées et les figues les
plus douces qu'il m'ait jamais été donné de manger...
avoir

Et, tout autour, le paysage, avec d'infinis horizons
de collines qu'on aurait dit dansantes, tant le
rythme en était charmeur. C'était le Gers des "blés et
non celui des vignes : et les immenses champs, où l'épi
était déjà formé, ondulaient comme une mer sous la.
ornés

brise.

L'église du village,

ses

cloches,

comme

de petites de¬

moiselles en fête dans les. auvents ouverts de son clo¬
cher à la mode du pays, — et le cimetière, non loin,
accrochant le ciel par les pointes de ses. cyprès autour

desquels il n'était

pas rare

de voir monter

Dès la pemière heure, tout ce pays me

un

églantier...

devint si cher
que je souhaitai ardemment d'écrire à sa louange quel¬
ques pages, pour en mieux garder la mémoire. Or, c'était
le temps douloureux où trop de maisons se fermaient là-

�L.

bas

ESPINASSE-MOMTGENET

trop de départs pour les villes; et cela devint
premier livre, La Vie Finissante, qui devait paraî¬
tre dans La Revue des Deux Mondes, deux ans plus tard,
et puis en librairie.
sur

mon

A sa parution, Armand Praviel en reçut un exem¬
plaire— signé de moi — parce que j'aimais l'inspira¬
tion de ses beaux vers et aussi les jugements qu'il por¬
tait chaque semaine, dans son journal, sur les livres du
temps. Quelques semaines après, un vrai article de lui
saluait, mon livre par des éloges si profonds qu'ils me
touchèrent au qœur. Et je crois bien que ce fut là le
point de départ du succès obtenu par La Vie Finissante.

Aussitôt, j'allai le remercier. Il demeurait alors avec
mère, -— une femme exquise, infiniment: distinguée,
intelligente et douce, — dans une vieille maison où il
possédait un grand cabinet de travail tout en verrières
à petits carreaux d'un côté et, des trois autres côtés, ta¬
pissé de livres dont certains avaient de belles reliures
sa

dorées.
Il me fit connaître ce jour-là qu'il était du Gers, et
qu'il avait été très heureux de voir combien un jeune
auteur, qui venait de si loin, avait su aimer et apprécier
sa province. Lui-même gardait un livre prêt sur le Gers.
Et il

me

confia qu'il avait espéré d'en être le pre¬
les admirables livres du Comte de Pes-

mier chantre
.

—

quidoux n'ayant pas encore paru en ce temps-là, —
mais que' puisque le mien « s'était levé plus tôt », il
allait attendre un peu pour donner le sien.
Je

crus

deviner

une

ombre de tristesse dans cette

confidence, et je le remerciai plus chaleureusement en¬
core d'avoir fait quand même un si bel accueil à mon
ouvrage. Alors, il eut un bon sourire, un brin malicieux,
à sa manière, et il me dit :
Je n'y ai guère eu

je retrouvais
dans le mien...

page que
que

de mérite: il me semblait à chaque
ma province dans votre livre mieux

�UN

SOUVENIR

Je me souviens que ces paroles si généreuses me
causèrent une grande émotion, et je cherchais ce que

je devais lui répondre.
Nous étions déjà arrivés sur le seuil, et je m'en allais,
et

je

ne

trouvais rien...

Enfin, à la dernière minute je m'enhardis à lui dire
je ne pouvais croire tout à fait cela, mais que je
lui étais d'autant plus reconnaissante d'avoir ainsi fêté
mon livre si
pleinement alors qu'il eût été facile, je
n'en doutais pas, de le prendre plus d'une fois en dé¬
faut. Là-dessus on s'est serré la main très fort, et je
suis partie.
que

Dans le vieil escalier, je songeais avec joie qu'une
venait de se fonder entre nous, comme
cela, tout de suite : une vraie amitié, telle qu'elle de¬
vait durer toute la vie, sans changements, fidèle, claire
et riante.
vraie amitié

Mon Dieu !

qu'il

y a

longtemps...

L. ESPINASSE-MONGENET.

�ARMAND PRAVIEL
ORTHODOXE ET ALBIGEOIS

En la Cité de Carcassonne, dans la basilique SaintNazaire, les flammes des cierges brasent et allument
comme des lampes les blancheurs des coiffes lauragaises, des résilles catalanes, des foulards languedociens,
des câlines bitérroises, des bonnets ariégeois; trois cents
filles du Midi sont, à genoux, réunies dans la même foi:

elles viennent offrir à la bénédiction divine leur âme
occitane. Le soleil à travers les verrières promène, se»

pinceaux et couvre soudain la nudité des pierres d'émeraudes, de rubis, de topazes; dans une lueur dorée d'arcen-ciel, le chioeur se nimbe et s'orne d'enluminures de
vieux missel; les Saints et les Apôtres qui habitent le
fût aérien des colonnes se parent de pourpre et d'azurUn chant alors emplit la nef, il se traîne comme une
supplication :
Dius

poderos, ò dotz del blos

amor,

Dins rtòstre còr demoratz nèit

jor !

e

Près de moi, dans

une stalle, Armand Praviel prie;
signe, s'agenouille, se lève; il suit d'un qœur ardent
la messe, pénétré de toute la symbolique liturgie. Et le
refrain reprend, pathétique :

il

se

Duscas à l'ora del

trespàs

Nos abandoneiz pas,

Dius

poderos !

Il faut avoir vu Praviel prier pour comprendre la
-force de sa foi, la ferveur de sa religion; il est à ge¬

respect humain, avec le respect divin; sa fi¬
blême de grand prélat s'éclaire; cet archevêque des
Lettres Occitanes, ce nonce de l'Académie des Jeux Flo¬
noux sans

gure

raux

officie

avec

onction.

Et le chant continue. La musique de Déodat de
verac

allonge

d'Estieu

:

sa

plainte

exprimée

par

les
%

Séparoles

�PRÀVÍEL OTHODOXE ET ALBIGEOIS

A.

Dius

523

poderos, vos cal aber pietat
fils tombais dins lo pecat 1

De vòstres

La piété illumine le clair regard de Praviel, ses

lèvres

minces s'entr'ouvrent pour laisser passer le flux des
oraisons.
L'abbé

Salvat, le majorai

au ciœur et à la langue de
chaire et prononce un sermon en langue
d'Oc : Mos Caris Fraires... Avec simplicité et avec fièvre
il évoque l'ìstòria de l'Occitanie et de la France; sa pen¬
sée est en permanence soutenue par les vers admirables

feu, monte

en

de liœuvre de Mistral et d'Estieu et il termine par la
relation touchante des saintes interventions de Nòslre
Senhe del Cèl, car la Vierge dans son apparition à Ber¬
nadette

s'est

exprimée

bigourdan, dans la langue

en

exaltée de Philadelphe de Gerde :

Mainada, ai-las !

«

en

èste mond

Qu'aurai ahès dab ed Démon...
Mes

en

Se Diu

cèu que serat uroza,
ac

vô, bet-lèu, bet-lèu,

Que serat hèra

uroza

E

drin vergonhoza

ra

dròlla,

u

en

cèu...

»

:

En atretanl, qu'em

haré gòi
Ù'entene ed vôste nom... -— Que soi,
S'arrespon, er' Immaculada
—

Concebcio...
Praviel approuve chaque parole de ce parler béarnais

rude, fluide et rocailleux
son qoeur

C'est
la fête

comme un gave

et la joie de

est immense.

en

effet la fête félibréenne de l'Ame Occitane,

qui localise

ce

15 juillet 1928 le Bimillénaire de

la Cité.

L'après-midi, Praviel, la tête coiffée du grand feutre
romantique, anime avec l'abbé Salvat la Cour d'Amour
qui se tient au théâtre de la Cité sous la présidence de
Philadelphe. Praviel, du registre de sa voix haute, clame

�JEAN GIROU

524

sa

croyance

occitane devant

un

■1

parterre de coiffes blan¬

ches iauragaises où les manteaux rouges aragonais sai¬

gnent comme ^es coquelicots. Et Praviel dernier trou¬
badour, insigne clavaire du Gai Saber) dit son crédo
dans l'Occ.'tanie, dans la race méridionale, dans la civi¬
lisation romane, dans le maintien de la lenga mairala,
dans le destin de l'Occident, dans le retour au monde
chrétien; car la foi de Praviel remonte au XIIe siècle,
foi romane qui prend sa force dans le robuste plein
cintre de

nos

cathédrales et

sa

noblesse d'ans

une

lan¬

héritée de Peire Vidal, de Guiraud Riquier, de
Dante, de Pétrarque, de Godolin, de Jasmin, de Mis¬
tral. Praviel défenseur de la langue d'Oc et de la Terre
d'Oc, brase comme un bûcher albigeois. Il invective les
barons du Nord, il maudit Simon de Montfort et la Croi¬
sade, il ne pardonne pas au conquérant d'avoir piétiné
et détruit par le fer et par le feu cette fleur de perfec¬
tion et de courtoisie qu'était notre civilisation romane;
il salue Trencavel comme un héros et les Albigeois sup¬
pliciés comme des martyrs. Avec Bernard Sicard il verse
des pleurs.
gue

Ai ! Toloza

e

Proensa

E la ierra

Bezers

Quo

e

vos

d'Argensa, ,
Carcassey,
vi e quo'us vey.

Praviel se serait élancé dans les flammes plutôt que
de renier l'Oiccitanie, non par fanatisme cathare, mais

passion méridionale. Si devant le déferlement de la
pouvoir
royal l'indépendance occitane et l'hérésie cathare ne fi¬
rent plus qu'un faisceau unique de défense, alors seule¬
ment Praviel peut être considéré comme albigeois et
fauteur d'hérésie. Il professait l'albigéisme au sens pa¬
triotique et non au sens philosophique et religieux du
mot. Occitan inspiré de Minerve, de Termes et de Montségur, Praviel a toujours lutté pour la renaissance de
l'Occitanie avec Napoléon Peyrat, Gras, Mistral, Fourès
par

Croisade et plus tard devant l'installation du

�a.

et Estieu.

praviel

orthodoxe

et

albigeois

525

Hanté par le souvenir épique des malheurs et

des deuils de l'Occitanie, il exaltait la splendeur
de la petite patrie qui a trouvé la mort dans les

défunte
plaines
de Muret, et y trouvait des raisons, en vrai régionaliste,
pour mieux comprendre et pour aimer davantage la
France.
Et maintenant il n'est

aussi

de cet
sanne

plus, sa tache est terminée;
pourrait inscrire, comme épitaphe sur la tombe
illustre gascon, ta phrase de la lamentation pay¬
qui nous vient de la Croisade :

on

Quand lo boièr
Planta

son

ven

de laurar,

agulhada...

Praviel après avoir labouré avec
a bien gagné l'auguste repos.

vaillance le sol occi¬

tan

Jean GIROU.

�III.- CORRESPONDANCE

Monsieur

Secrétaire Perpétuel

le

et

cher

Confrère,

J'apprends avec une grande affliction
mand Praviel dont j'étais l'ami depuis

la mort d'Ar¬
tant d'années,

et il

me semble que c'est
à l'Académie des Jeux Floraux
qu'il aimait et servait avec une complaisance jamais
ralentie que je dois adresser mes: condoléances en la
priant de les transmettre aussi à Mme Praviel dont je
n'ai pas l'adresse personnelle et à La Garonne où il

écrivait.
Il fut un excellent serviteur des lettres: françaises et
occitanes par ses poèmes, par ses lœuvres d'histoire et
d'imagination, par ses articles et par l'élan qu'il donnait
en toute occasion à ceux qu'il
rencontrait pour les
exhorter à la passion de la France, de Toulouse et de
la littérature.
De tout aœur

je

me

Floraux et vous prie
timents dévoués.

joins au deuil qui atteint les Jeux
d'agréer l'expression de mes sen¬
Henry
Les

BORDEAUX,
Màupas, à Cognin (Savoie)
20-1-1944.

Monsieur
Mes

le

chers

Président,

Confrères,

C'est seulement hier soir, par le compte rendu de la
dernière séance de l'Académie des Jeux Floraux, que
j'ai eu connaissance de la mort — vraiment bien impré¬
vue pour moi — de mon ami Armand Praviel.
J'en

éprouve

suite unir

mes

une grande peine et je viens tout de
très vifs regrets aux vôtres.

Armand Praviel, très attaché à sa croyance et à ses
opinions, était un fin lettré, un bon écrivain, un homme
de goût et un digne homme.

�CORRESPONDANCE

'527

II a bien servi la France, les Lettres, l'Académie des
Jeux Floraux à laquelle il était tout dévoué. Il aimait
belle et séculaire histoire dont il sentait la grandeur

sa

et avait la fierté.

Sa mort prématurée est déplorable.
Armand Praviel

nous

beaucoup.

manquera

Je garderai fidèlement son souvenir.
Mon cher

de

Président,

mes

chers confrères, je

vous

prie

sentir profondément avec vous dans cette tris¬
tesse, d'être bien sûrs de mon attachement à notre Aca¬
démie des Jeux Floraux, à laquelle je suis fier d'apparte¬
me

nir, et de bien vouloir agréer la cordiale expression de
mes

sentiments confraternels, et dévoués.
Georges LECOMTE,

Paris, 24 février 1944.

Vous devinez avec quel profond sentiment de douleur
j'ai appris la mort d'Armand Praviel. Il avait été le
compagnon le plus intime de mon enfance et de ma jeu¬
nesse, l'ami de l'âge mûr et de celui qui vient après.
Sa mort est, pour moi, une perte cruelle.
J'avais suivi, avec le plus affectueux intérêt, son as¬
cension littéraire. Elle s'était déroulée tout entière dans
le cadre de votre Académie. Je me rappelle avoir admiré
sur la cheminée de son salon, les fleurs d'argent et d'or,

témoignages de ses premiers succès. IL était un bon
ami des lettres, un bon toulousain, un bon mainteneur...
Joseph

BARTHÉLÉMY,
7

mars

1944.

Armand Praviel était l'animateur

compagnie

en

passionné de notre
même temps que le plus dévoué de ses

serviteurs.
Amiral

D'ADHÉMAR,

Ravy, 18-1-44.

�CORRESPONDANCE

Quelle vie de belle philosophie chrétienne Armand
Praviel a vécu ! Il l'a vécue en artiste, en homme et en
chrétien. Il apparaîtra à ceux qui savent cultiver le sou¬
venir comme une des figures les plus sympathiques et
les plus claires de son époque.

Joseph AGEORGES,
Paris, 18-1-1944.

J'apprends la mort d'Armand Praviel, et c'est, en
cœur, comme une corde qui se brise. ! Toute ma
jeunesse et la sienne, qui furent intimement liées, et
quelques-unes des meilleures heures de ma vie, que je
passai auprès de ce bon camarade et de ce charmant
poète, flottent devant mes yeux, avec la douleur du
Vide qu'il laisse en moi, comme il en laisse un très
grand au sein de notre compagnie...
mon

TOUNY-LERYiS,
Albi, 18-1-1944.

Je continuais à

le

représenter tel qu'il m'avait ap¬
1931, à Auch, avec son beau visage qui
le masque glabre de François Coppée. "
Notre cause perd beaucoup avec lui. Nous nous rap¬
pellerons son exemple au cours des luttes de demain et
me

paru un jour de
m'avait rappelé

le souvenir de

sa

foi félibréenne

sera

notre'soutien.

Je n'ai pas voulu garder pour moi les sentiments d'in¬
finie tristesse qu'a fait naître cette mort en mon cœur de
félibre, et j'ai tenu à vous dire combien je participe au
deuil qui frappe notre Escòla.
Maurice ROQUES,
Foix, 19-1-1944.

Jamais ne fut perdue par lui une occasion de défen¬
dre les droits de la vérité et de rendre à la religion un.

complet et très filial hommage.
Le Curé de L'Isle-Jourdain, 20-1-1944.

�CORRESPONDANCE

529

Tant à' Toulouse, qu'à Angers, à ma table même,
j'avais apprécié sa fine humeur, ses dons de causeur,
de conférencier, de lettré très délicatement averti. Sa
mort est un vrai deuil auquel je m'associe par tous les
souvenirs reconnaissants qui me lient à sa mémoire
et

aux

Jeux Floraux...
Ct de MONTERGON,

Angers, 28-1-1944.
Je n'oublierai

jamais l'accueil si bienveillant qu'Ar¬

mand Praviel m'avait réservé dans votre illustre

assem¬

blée, et l'exquise amabilité qu'il m'avait témoignée en
me présentant à plusieurs de ses collègues et amis, et
en me rappelant le souvenir resté vivace parmi vous de
mon grand ónçle l'académicien Viennet qui était des
vôtres. Sa disparition si soudaine frappe douloureuse¬
ment l'Académie des Jeux Floraux, et Toulouse, en
même temps que les félibres de notre terre d'Oc...
Louis
Château de

VIENNET,

Raissac,

par

Béziers, 27-1-1944.

Comment évoquer l'impression que je ressentais cha¬
fois que j'avais la joie de rencontrer Armand Pra¬
viel et de causer avec lui.
que

Pour moi, il représentait beaucoup de tous ces impon¬
dérables qui concourent à rendre la vie bonne à vivre :
l'amour de la Terre natale, la maintenue des traditions
nécessaires à l'exaltation de l'intelligence et aux batte¬
ments de tout cioeur amoureux de la beauté, une chaleur
de soleil toulousain devant les briques rouges de l'Hôtel
d'Assézat, des souvenirs de mon enfance heureuse au
Caousou, où il apparut Œdipe e-t Hamlet à mes yeux
éperdument ouverts, une concordance dans la spiritua¬
lité, une amitié vieille et sûre.

Comment peut-il se faire
Je m'arrête

regret de

ne

?

proie à tant de -chers- souvenirs et au
plus le revoir ici-bas.en

�correspondance

53ó

Mais

vous

hommage à

voulez le faire

revivre, M. l'Abbé,

par

cet.

mémoire dont je ne saurais trop vous
féliciter, et je vous demande de n'accueillir que comme
un symbole la trop modeste somme que souscrit unsculpteur, membre de cette famille des artistes si éprou¬
vée dans ces jours horribles, en vous priant de croire..sa

C. SARRABEZOLLES,

Paris, février 1949.

Quel dommage qu'un disque n'ait pas gardé le son de
quelques-uns de ces éclats de rire si caractéristiques decet être plein de vie et de pittoresque !
Docteur René, DEGUIRAL,
Périgueux, 7-II-1949.

Aucun languedocien ne peut demeurer indifférent à
l'initiative que vous avez si heureusement prise d'ho¬
norer la mémoire d'Armand Praviel.
Il semble que,

grâce à vous, revivra en nos qœurs cette figure de chez
nous, personnalité à laquelle nous devons tant et que
nous ne cessons de pleurer...
M.-T. de MONTRIGAUD,
Toulouse, 3-III-1949.
Armand Praviel mérite bien que notre Amicale, dont
un membre particulièrement fidèle et dévoué, par¬

il fut

ticipe à honorer

sa

mémoire...

L'Association Amicale

a décidé que cet ouvrage serait
soins au R. P. Sclafert, recteur du Col¬
lège, pour être déposé dans la bibliothèque du Collège :
c'est le meilleur moyen d'honorer dans l'avenir la mé¬

remis par nos

moire de notre camarade...
Commandant J. HUC,
Secrétaire de l'Amicale du Caousou,

Toulouse, 16-VI-1949.

�La mort d'Armand PRAVIEL
ET LA PRESSE

La Garonne

(18-1-1944) : Armand Praviel est mort
(Editorial). — ( 19-1-1944) : Armand Praviel journaliste,
par Roger Parant. — (25-1-1944) : Un chevalier des

lettres,
^ur

Lévis-Mirepoix. — (8-II-1944) : Souvenirs
Praviel, par L. de Ferrand.
Grand Echo du Midi (18-1-1944) : La mort de

par
Armand

Le
M. Armand Praviel.

L'Action

Française (20-1-1944)

par Albert Morel.
La Croix de Toulouse
Armand Praviel, par A. G.

:

Armand Praviel,

(23-1-1944)

:

Mort de M.

Journal de Toulouse (25-1-1944) : Armand Praviel,
Victor Lespine.
Le Petit Marseillais (3-11-1944) : Armand Praviel,
poète de Toulouse, par Émile Ripert.
La France Catholique (15-11-1944) : Armand Pra¬
viel, par Joseph de Pesquidoux.
L ''Eveil provençal (18-11-1944) : Armand Praviel
poète catholique, par Emile Ripert.
La Croix du Midi (27-11-1944) : Armand Praviel
poète et chrétien, par Jean Haute-Flèche.
Revue historique et littéraire du Languedoc :
Le dernier troubadour, par Raymond Escholier ; Esquisse
bibliographique d'Armand Praviel, par Pierre Florac.
Le Caousou (Pâques 1944) : Nos morts, Armand
Praviel, par Robert de Boyer-Montégut.
Beaucoup d'autres journaux et revues annoncèrent la
mort et firent l'éloge d'Armand Praviel : La Dépêche,
(Toulouse), L'Eclair (Montpellier), Le Patriote des
Pyrénées (Pau), Le Nouvelliste de Lyon, article
d'Antoine Lestra ; La Croix, Le Journal des Débats
.(Paris), etc...
par

�BOLEGADISA

OCCITANA

La Santa Bstèla de 19SO

Es entendut. Sefarà à Toloqa. Z-'Escòla Occitana a recebut
oficialament lo mandat de l'engimbar.
Déjà s'es me\a à Vbbra. Un Comitat d'organisation a déjà
comensat la traballl : compren las majorais de Tolo\a, totas
las autoritats de la Ciutat mondina, e los delegats de totaslas societats, de totis los gropaments que, d'un biais o d'un
autre ( lenga, publicacions, cants, dansas, folcl'ore, etc.) fan'
bbra occitana dins la vièlha capitala del Lengadbc.
Las festas ocuparan, se pbd dire, quatre jorns, per Pentacosta, del disate 26 al dimars 2Ç de mai. Lo programe es déjà
establit dins sas grandas linhas e aprobat pel Capolièr del'
Felibrige.
Demandam à totis nostres amies de se reqervar per aquelas
pestas que volem espetacloqas. Déjà dins mantunas vilas, à
Narbona, Limos, Muret, Montalban, son formats 0 se fbrman'
de Comitats locals qu ajtcdaran lo Comitat central de Tolo\a.
Se n' formarà pertot. Que nostres escolans se meten en rapbrt,.
sens mai demorar,
ambe lo Comitat Central: (majoral-abbé
Salvat, président, qi, rue de la. Fonderie', Clu\et, commissaire
général, q, rue du May). L'esfbrs deu portar sus lo costume
local que las donas e damaifèlas débon metre en onor, sus lo
concors escolari que s'organi\arà entre totas las escolas del
pais, sus l'argent à procurar permetent de donar à las festas
una
esplendor dinna de Tolo\a e del Lengadbc.
La présa tolo\enca tota éntièra e la radio an promés lor
ajuda, sens cap de reqèrva, al Comitat.
Per Pentacosta,
Tolo\a serà tornamai la ' capitala del

Miechjorn.

L,a Mantenensa de
Es

Lengadôc

en ciutat de Nimes qu'a tengut
son acamp de 1949 jos
prezidensa del sendic Domergue. Engimbada per 1 Escdla de la Torre-Manha e son valent capiscôl Martin, se dezenrollèt armoniozament ambe lo programe tradicional. Los
majorais Gilles d'Arle, Teissier de Montpelhèr reprezentant
lo Capolièr, e Salvat de Toloza portèron lo salut de las pro-

la

vincias occitanas.

�BOLEGADISA

OCCITANA

533

Lo grope Raraon d'Autpol, de Mazamet, èravengutal complèt portar à Nimes los cants e las dansas de la MontanhaNegra, e son bailejaire Pèire Grand foguèt elegit jos-sendic
■de la Mantenensa. Lo complimentam de tôt côr.

Per la

lenga d'Oc à l'Escòla

Dins sa sezilha del 15 de junh 1949, la.Comision de l'Edu*■cacion Nacionalade l'Àsemblada Nacionala'a aprobatlo ra-

pôrt de son secretari lo députât Deixonne sus l'Ensenhament
de las Lengas regionalas. Esperam que l'Asemblada Nacionala portarà lèu à son Ordre ael jorn la discusion del rapôrt.
Podèm comptar especialament sus T'ajuda de nôstres escolans e amies membres de la Comision, los députais Albert
•Gau e Raimond Roques.

Congrès de las Societats Academicas e sabentas de

Al

Toloza, lo 28 de mai, très rapôrls foguèron prezentats sus
•de questions fllologicas e literarias pertocant la lenga d'Oc
e totis très per de membres de VEscòla Occitana: los canon.ges

Farenc e Salvat, e lo profesor Joan Seguy.

polida e eurioza ciutat de Côrdás, en Albigés, vejèt una
polida lesta felibrènca engimbada per un comitat local, dont
nôstra escolana Joana Galaup èra l'ama: un fum de jovenLa

de la fèsta, Ml» Baraillé, directora
Colège d'Occitanla. Lajèt cortège dins las vièlhas carrièras, recepcion à la Comuna, mesa ambe sermon del majoral-abat Salvat, taulejada, e cort d'amor bailejada per dôna Julieta Dissel :
los felibres de Côrdas, d'Albi, Carmaus,
Monestiès, Graulhet, Galhâc, faguèron mlranda.
tas enrodàban la rëina

del

Lo 15 de julhet, à Banhèras de Bigôrra, se faguèt una po¬
lida felibrejada en onor de Roland, lo famos cap-mèstre (Tels
Cantaires Montanhards. S'i poguèron aplaudir lo majorai
Gimin Palay, e Filadèlfa de Yerda, que diguèt un bèl poème

bigordan.
Del 31 d'agost al 14 de setembre se tenguèt à Sant Cugat
•del Vallès, prèp de Barcelona, una sesion de Corses de Va■cansas de l'Universitat de Barcelona, jos la direccion de
nôstre amie Monsenhor Griera, l'eminent íìlològue catalan.
Mantuns escolans' de Lengadòc. i acompanhèron los profe•sors Salvat e Séguy que donèron de litsons de literatura e
de fllologia occitana. Lo Gai Saber ne parlarà mai longa&lt;ment un jorn.

�BOLEGADISA

534

OCCITANA

La 9 de

julhet es mòrt à Toloza, à 68 ans, lo poète Miquèl
Bellomayre, secretari perpétuai de l'Academia dels Jôcs
Florals, bon amie del Felibrige e de la lenga d'ôc.
Lo majorai Marius Jouveau, reire-capolièr, es môrtà-z-Ais

de

de Provensa lo 24

d'octòbre, dins sos 72 ans.
Poète, orator, jornaliste, conferencièr, Marius Jouveau

portaba dinnament dempèi 1913 la cigala de Selon, qu'abant

el abian portât Crousillat e Devoluy. Foguèt, aprèp lo Doctor Fallen, capolièr del Felibrige de 1922 duscas à 1941, e se

pôd dire

que menèt coma calia la barca felibrenca.
Nôstres escolans seran contentsde saber lo nom.d'aquelis

dempèi l'organizacion del Felibrige en 1876, an agut
la carga del capolierat : Frédéric Mistral (1876-18881,'
Jozèp Romanilha (1888-1891), Fèlis Gras (1891-1901), Pèire
Devoluy (1901-1909), Valèri Bernard (1909-1919), Doctor Fal¬
len (1919-1922). — Lo capolierat de Marius Jouveau es es¬
tât lo mai long. Dempèi 1941, lo capolièr es Frédéric Mistral,
que,
1

onor e

nebot del Mèstre.

Lo reire-capolièr abia mandat en 1910 sos sonets de En
Camargo à l'Academia dels Jôcs Florals que los abia flocats
d'una englantina.
Marius Jouveau èra un grand amie de VEscòla Occitana.
Aici una letra qu'escribia à Prosper Estieu:

Ais, lou
Mèstre

e

24

nouvèmbre

ippi

Ami,

Ai reçaupu Las Oras càntairas qu'en mai de v'osti poùèmo
remarcable m'aduson un signe de vosto preciouso afecioun.
\ ous n'en siéu tras-que recouneissènt. N'ai legi encaro qu'uno

cinquanteno dè pajo. Mai, poudès crèire que vau, jour pèr
jour, me coungousta jusqu'au bout de voste flame libre.
Aguès pas pòu que, fauto de icomprenàri», m'ane leissa des¬
tourna pèr la grafio ! L'aur garda sa valor come que se prezente. Lo diamant demôra pur sota totas sertiduras.
Vosto
pouësio es di pus bello que counèigue. E quouro vese trena de
courouno pèr un jouine qu'a publica dous libret de vers
agradiéu, me pense ; « De qué faudrié faire pèr Prouspèr Estieu
qu'a uno obro noblo, forto e noumbrouso ? &gt;
Coume

vous

estime,

vous

ame,

e,

respetousamen,

voste dévot.

M.

Cri-Cri
Imp. d'Editions Occitanes, Castelnaudary.

me

dise

JOUVEAU.

,

Le Gérant: J. SALVÂT.

�Raymond ESCHOLIER
Andrée MARTIGNON
Suzanne MAL ARD

:
:

Praviel à Paris.
Evocation.
Pour Armand Praviel

:

lique.

poète catho¬

L. ESPINASSE-

MO.NGENET:
lean GIROU

Pour Armand

Praviel,

un

souvenir.

Armand Praviel orthodoxe et albi¬

:

geois.
III.

-

CORRESPONDANCE

Henri BORDEAUX,

Georges LECOMTE, losepli BARTHÉLÉMY,
(Amiral d'ADÏÉHAR, Joseph ASEORGES, Le Curé de L'IsleoarJoin, Miiriee RJÎIIES, TDU N

Y-LERYS', Ct.

de MONTER-

GON, Louis VIENNE!, C. SARR ABEZOLLES, Docteur
DEGUIRAL, M.-T. de MONTRIGAUD, Ct. I. HUC.

CRI-CRI

:

René

Bolegadisa Occitana.
La Santa-Estèla de 1950.
La testa de la Mantenencia de

Lengadôc.

�FéLïBRES,
sera

côte

pensez à la Sainte-Estelle, qui
célébrée à Toulouse pour Pente¬

(26, 27, 28, 29 mai 1950).

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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Rozès de Brousse, Jean (1876-1960)</text>
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              <text>Théron de Montaugé, Louis (1830-1875)</text>
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              <text>Subra, Paul de</text>
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              <text>Tournier, Clément (1872-1949)</text>
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              <text>Coutet, Alex</text>
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              <text>Parant, Roger</text>
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              <text>Suberville, Jean (1887-1953)</text>
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              <text>Orgeix, Henri d'</text>
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              <text>Chancerel, Raymond</text>
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              <text>Charles-Brun, Jean (1870-1946)</text>
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              <text>Pesquidoux, Joseph de (1869-1946)</text>
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              <text>Lévis-Mirepoix, Antoine de (1884-1981)</text>
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              <text>Pestour, Albert (1886-1965)</text>
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              <text>Ripert, Émile (1882-1948)</text>
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              <text>Escholier, Raymond (1882-1971)</text>
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              <text>Martignon, Andrée (1888-1977)</text>
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              <text>Malard, Suzanne</text>
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              <text>Espinasse-Mongenet, Louise (1871-1956)</text>
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              <text>Girou, Jean (1889-1972)</text>
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          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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