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                  <text>*

33a annada

Mars-Abrilh 1952

N° 244

Lo Gai Saber
Revista de l'ESCOLA OCCITANA
—m—

Dï® Aup S

Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOSA
1-4,

Carrièra

delà

Arts, 1-4

Lo

numéro :

80 frs.

�GAI SABER

LrO

Revista de l'BSCOLA OCCITANA
Red.
V

'í

Adm.

;

:

abbé SALVAT

de la Fonderie
-

Toulouse

—

.

31, rue

PRIVA,T;

14, rue

des Arts

*—

Toulouse,

C/C. POST. TOULOUSE 117.24,0
França

Abonaments
—

: un an

Bstrange :

d'ajada

Abonament

.

un an

.

.

.

.

300 fr.
300 fr.

1.000 1rs.

-

244 ( ttars-Abrilh 1952

ENSENHADOR del

)

ACADÉMIE des JEUX
FLORAUX
Le BUREAU

langue d'Oc en 1952.

:

Concours de

:

Fête de l'Escbla Occitana.

de

L'ESCOLA

Joseph SALVAT :

Le

Centenaire du Félibrige (I. L'his¬

toire d'un beau livre : Li Prouven-

çalo).
Raimonda TRICOIRE :

Cómunion.

J. CUNNACs

Un manteneire

Paul Dumas

de la lenga mairala:

(II).

de Vacanças de Ripòll.

Francés SABATIER :

Los Corses

CRICRI:

Bolegadissa Occitana :
A l'Academìa dels
La

Jócs Florals.

predicacion lengadociana en

1951.

�&gt;-iX£&gt; kCES&amp;^

^

ho Gai Saber,

N°

^

mars-abrii.h

244.

1952.

ACADÉMIE DES IEUX FLORAUX

langue d'Oc

Concours de

I.
Les

ANNUEL

:

:

Perqne lo vent..., ode, par M. Adrien
une Violette d'argent;

1.

1952

FLEURS

DES

prix suivants ont été décernés

FLEURS

a

CONCOURS

—

en

Dupin, à Bordeaux,

obtenu

2. Plang, poème, par Mlle Drutel (L'Aubanelenco), majorai
du Félibrige, à Aix-en-Provence, a obtenu un Rappel de Souci.
3. Plany

pellier,

a

de gitano, élégie, par M.

obtenu

MENTIONS

une

Robert Marty, à Mont¬

Primevère.

:

Laguis del car, poème, par M. Clovis Roques,
Félibrige, à Clermont-l'Hérault (Hérault) ;

1.

du

2.

Ballado

d'Ourgul, ballade, par M. Léon

majorai

Coulet, à Mont¬

pellier.
II.
Le

ORAND PRIX

—

Grand Prix de Poésie

été décerné à M.
son

DE

recueil

:

III.

POÉSIE FABIEN=ARTIQUE
Fabien-Artigue (10.000 frs.) a
Graulhet (Tarn), pour

Paul Calvignac, à

Suis Gamins de ronda.

—

PRIX

CAMILLE PUJOL

(PROSE)

(3.000 frs.) a été décerné à M. Joseph Maffre,
» du Félibrige,
à Rouffiac d'Aude (Aude),
pour son ouvrage Lo Clam de la Tèrra.
Le

«

Prix

mèstre

d'òbra

�Fête de l'Escòla Occitana
t

e

vendredi 2 mai, à 10 heures, à la basilique NotreDaurade, messe pour les défunts de l'année

Dame la

Vidal).
h., réunion du bureau de VBscòla, à

(Jean Ladoux, Benezet
A 11

l'Hôtel

d'Assézat.

h., dans la grande salle
rapport de M. le chanoine Salvat,
A 14

de l'Hôtel d'Assézat,

mainteneur des Jeux

majorai du Félibrige, sur le Concours
Langue d'Oc ; lecture des pièces couronnées.

Floraux et

A 19 h.

30, diner

amical traditionnel de

de

VEscòla,

félibres, à l'Hôtel du Clocher de Rodez.
Le dîner est offert aux lauréats occitans de l'Académie
des Jeux Floraux. Prière de s'inscrire, librairie Privât,
14,. rue des Arts, Toulouse, tél. CA. 02.33, ou à l'Hôtel
du Clocher de Rodez, 14, place Jeanne d'Arc, Toulouse,
tél. MA. 42.92. (De 500 à 600 frs).
ouvert à tous les

Le Bureau de

CRIDA

ALS

l'Escola.

POÈTES

A l'ocasion del Congrès Internacional Eucaristic de Barceen
lona, s'organisa un concors de poesia sul tème
« lengas latina, nacionalas e regionalas ».
Lo concors se
I0.30 d'abrilh.— Demandar entrasinnes al
A l'ocasion de las fèstas que se prepàran à Vilafranca-delRoèrgue en onor del VII" Centenari de la fondacion
vila (10 d'agost 1952) un grand concors escolari es organisât. —
Demandar entresinnes al majorai Enric Mouly, à Compolibat

eucaristic
clava
majoral-abat Salvat.

d'aquela

(Avairon).

�Le Centenaire

Félibrige, cette institution australienne à qui
pris un peu conscience

T E
^

de

du Félibrige

l'Occitanie devra d'avoir
sa

personnalité ethnique, et

d'avoir restauré sa

langue historique, aura bientôt cent ans. Avoir vécu
cent ans, c'est déjà quelque chose en ces temps de
bouleversements.

L'Escòla

-

Occitana

se

fait gloire d'être un des

groupements qui acceptent la discipline félibréenne,
discipline très large, très souple, qui laisse aux
Ecoles, fondées dans toutes les provinces occitanes,
une grande liberté
d'action leur permettant de s'a¬
dapter aux

circonstances de temps et de

lieu. LEs-

cola Occitana a deux grands patronages: celui
Félibrige et celui de l'Académie des Jeux
Elle se réjouit avec l'Académie quand celle-ci

du

Floraux.
célé¬

bra

son

6,ne Centenaire en 1924.

réjouir avec le Félibrige pour
naire

en

Elle s'apprête à se

fêter son 1" Cente¬

1954.

Félibrige fut, en effet, fondé en 1854, à Fontségugne, près d'Avignon. Mais cette fondation fut
précédée d'événements d'une importance exception¬
nelle que je me propose de rappeler à nos escolans.
Le

Je dirai donc, si Dieu me

le permet, en quelques

du
des

études successives, d'abord la parution, en 1852,
volume Li Prouvençalo qui assemblait autour
futurs fondateurs du Félibrige la plupart des poètes
de langue d'oc ; puis la célébration, au
de la même année, du Congrès poétique
;
ensuite l'assemblée d'Aix en 1853; enfin la

moins d'août
d'Arles
fondation,

en

1854, du Félibrige
en 1876.

seulement

lui-même qui devait

s'organiser

�JOSEPH SALVAT

•432

I

L'histoire
Li

d'un

beau livre:

Prouvençalo

serait trop

long de montrer comment, dans la pre¬
siècle, de nombreux esprits
cultivaient les divers dialectes de la langue d'oc.
Des ouvrages ont été consacrés à ces « précurseurs
du Félibrige», dont le plus célèbre est incontesta¬
blement Jasmin, le poète-perruquier d'Agen (17.981864). C'étaient, surtout en Provence, et plus parti¬
culièrement à Marseille, « des tempéraments éner¬
giques et souvent puissants» (1). « Mais, ajoute Emile
Ripert, l'union faisait défaut. »
Des essais d'organisation se produisirent en 1841
avec le marseillais Pierre Bellot
qui fonda un jour¬
nal franco-provençal hebdomadaire, Lou Tambou¬
rinaire et le Ménestrel, et avec le chansonnier
tarasconnais Joseph Désanat, qui- fonda l'hebdoma¬
daire Lou Bouil-abaïsso, journaou populari en
vers prouvençaous,
entièrement rédigé en vers, et
en vers provençaux
: ce dernier devait durer de 1841
TE

mière moitié du XIXe

,

à

1842 et de 1844 à 1846.
Dans la foule des collaborateurs du Bouil-abaïsso

figure Joseph Roumanille, de Saint-Rémy, ce même
Roumanille qui pourra être appelé «le père du Féli¬
brige». Né le 8 août 1818(2), il avait étudié au col¬
lège de Tarascon, puis était allé enseigner dans un
(1) Emile RLpert, La Renaissance provençale, p. 405. Dans ce
Emile Ripert a exposé à grands traits l'his¬

livre magistral,
toire du

renouveau

littéraire

avec

Mistral et Roumanille.

(2) J'ai publié dans Lo Gai Saber de mai-juin
assez importante sur «La vie de Roumanille s.

1941 une

étude

�LE

CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

433

pensionnat de Nyons (Drôme). Dans ce pensionnat,
il avait trouvé deux poètes provençaux : le directeur,
Hyacinthe Dupuy et un professeur, Camille Reybaud, collaborateur comme lui du Bouil-abaïsso.
En 1845, le pensionnat fut transféré de Nyons en
Avignon, où Roumanille rencontra comme élève
Frédéric Mistral, alors âgé de quinze ans, et Ansel¬
me

Mathieu.

1847, Roumanille quittait le pensionnat pour
remplir les fonctions de correcteur d'épreuves à l'im¬
primerie Seguin. Et cette même année, au mois
d'octobre, sortait de l'imprimerie Seguin le joli re¬
cueil de poésies provençales de Roumanille, Li Margarideto. Mistral avait travaillé avec son ami à
l'amélioration de l'orthographe provençale. Dans une
petite note de l'ouvrage relative aux imitations de
La Fontaine en langue d'oc, on peut lire six vers
de F. Mistral, de Maillane : sans doute les premiers
vers publiés du futur auteur de Mireio.
En

Mistral, alors âgé de dix-sept ans, reçu

bachelier

le 18 août de cette même année, rentrait à Maillane
où il prenait part à la vie rurale des siens, compo¬
sait des poèmes, s'enflammait d'enthousiasme pour
la République de 1848. Roumanille demeurait en
contact

avec

son

jeune ami, lui écrivant le récit du

(1),

passage de Jasmin «plus comédien que poète»
lui communiquant des listes de mots demandés par
le Docteur Honnorat qui publiait en ce moment le

(1) De nombreux détails de mon étude sont inédits; j'en ai
puisé beaucoup dans la correspondance de Mistral, mise ai¬
mablement à ma disposition par le neveu du maître, Frédéric
Mistral neveu, capoulié du Félibrige. Je le remercie de tout
cœur.
Je dois remercier aussi M. Georges de Loye, conser¬
vateur de la Bibliothèque Municipale d'Avignon, ainsi que le
personnel de cette Bibliothèque, qui ont mis tant de complai¬
sance à satisfaire mes exigences de chercheur dans leurs si
précieux dépôts.
—

�JOSEPH

434

3me et dernier

volume de

SALVAT

son gros

Dictionnaire pro¬

vençal-français (i).
A la fin de 1848, Mistral quittait
Aix où il allait faire ses études de

Maillane pour
droit jusqu'en

juillet 1851, revenant à Maillane pour ses vacances.
Le 8 avril 1849 paraissait chez Seguin le premier
numéro d'un journal, La Commune, feuille du
dimanche, fondé par un politicien de droite, fin
lettré, H. d'Anselme. Dans les colonnes de cet heb¬
domadaire, Roumanille publia des poèmes en fran¬
çais et en provençal, et ses fameux dialogues LiClub, Li Cqpelan, etc...

Mais voici que

un projet d'en¬
ami Camille Reydu Bouil-abaïsso.

Roumanille mûrit

vergure dont avait eu l'idée son
baud à la fin de la première série

Qiiitten-se, mai avan de nou dessepara,
Frero, contro l'oùbli soungen de se para ;
Fasem touteis ensen quaouquo obro couloussalo,
Quaouquo Tour de Babel enbriquo prouvençalo;
A la cimo, en canten, grava piei voste noum,
Car vous aoutrei, ami, sias digne de renoum (2).
(1) Le Docteur S.-J. Honnorat (1786-1850), d'Allos (BassesAlpes), avait publié à Digne, en 1846-1847, un Dictionnaire pro¬
vençal-français ou Dictionnaire de la langue d'oc ancienne et
moderne en trois gros volumes (107.201 mots), rédigé d'après
les principes de l'orthographe étymologique, que l'auteur avait
brillamment exposés dans sa brochure Projet d'un Diction¬
naire français-provençal, Digne, Repos, 1840 (in-8, 80 p.).
Camille Reybaud avait échangé avec Honnorat, au sujet de l'or¬
thographe, une polémique courtoise dans La Galette de Vaucluse (25 août-n septembre 1847).
(2) Lou Bouil-abaïsso (22 juillet 1842), A. M. J. Roumanille.
Cette poésie devait être insérée, avec quelques modifications,
par

Roumanille,

comme

Prefaço à ses Margarideto.

�LE CENTENAIRE DU

FÉLIBRlGE

435

Roumanille en écrit à Mistral, à Aix, le n no¬
vembre 1850 : «Je vais avoir besoin de toi pour la
réalisation d'un projet auquel ont applaudi tous ceux
à qui je l'ai communiqué ... »

s'agit d'une revue provençale mensuelle, L'A¬
provençale, qui, au bout d'un an, constitue¬
rait un joli volume. Et l'on ferait deux, trois volumes.
Mistral approuve le projet et envoie des pièces. Le
18, Roumanille développe son projet qui a pris
corps. Il faut de l'argent pour cette « Babel proven¬
çale ». Alors on utilisera le journal dont on gardera
la composition pour le volume : «ce serait un livre,,
imprimé sur beau papier, et qui viendrait au monde
avec
une bonne réputation toute faite... Ainsi
nous aurions élevé, sans
peine, sans nous en dou¬
ter, et à peu de frais, le premier étore de notre
Babel provençale ...»
Il

beille

traîna pas. Dès le 7 décembre, La
publiait, en rez-de-chaussée de sa 3"^
page, le n° 1 de Li Prouvençalo, recueillies par
Roumanille. Il comprenait un Rampelage (sonnet)
de Roumanille, de Saint-Rémy; un poème, NostoDamo de Santa, de Camille Reybaud, de Nyons, un
sonnet, Lou Roure et la Canetto, de AntoineBiaise Crousillat, de Salon, et un poème que Rou¬
manille appelle le « rauque et strident Amarun »,
portant la signature «A. Boufarel, Maillane, février
1850». Ce Boufarel n'était autre que Mistral, à qui
son
républicanisme interdisait d'apposer son nom
dans un journal conservateur. Dans le journal, le
directeur lui-même, H. d'Anselme, présentait Les
Provençales en demandant aux poètes de s'efforcer
à réaliser une certaine unité : « Une même ortho¬
graphe reposerait heureusement les yeux ...»
L'affaire
Commune

Le
pour

ne

21
décembre, Mistral félicitait Roumanille
le titre du recueil, et pour les pièces publiées.

�JOSEPH SALVAT

•436

cependant quelques reproches pour
façon d'écrire (i).
Dès le début de leur publication commune, Mis¬
tral et Roumanille sont d'un avis différent sur la
11 lui adressait
sa

graphie à adopter. Leur différent s'accentuera à cer¬
à lire leur correspondance, on voit
qu'à deux reprises au moins les deux amis furent
sur le point d'une rupture définitive. Mistral optait

taines heures, et,

pour une

graphie plus rationnelle, regrettant de ne

employer l's du plusiel, l'r de
participes, présent et passé, etc...

pas

l'infinitif, le t des
Roumanille, plus

habile et plus tenace, devait avoir raison des ré¬
voltes de son jeune ami et l'amener à adopter défi¬
nitivement son point de vue et ses principes.

patience et persévérance, Roumanille pour¬
œuvre et prépare l'édition des Prouvençalo
qui paraissent régulièrement dans La Commune.
Il va à la recherche d'auteurs qui doivent figurer
dans le livre, même s'ils n'ont pas collaboré au
journal ; il élimine dçs auteurs qu'il juge trop bar¬
bares, tels que Désanat ; il « rafistole » les poésies
de ceux qui se soumettent à ses exigences ; il essaie,
parfois sans y réussir comme pour Castil-Blaze le
fin lettré de Cavaillon, l'un des critiques parisiens
d'alors les plus écoutés, d'amener à ses raisons ceux
qui protestent ; il provoque la muse de Mistral qui
écrit des poèmes sur commande, etc ...
Avec

suit

son

Mais deux questions préoccupent Roumanille, en
dehors des difficultés d'ordre matériel, car le volume
est allé croissant et dépassera les limites prévues. Il

s'agit de la préface et du
(i) A la demande du Comité

vocabulaire.
d'Administrationet de Direction

je supprime dans mon travail
quelques lettres de Mistral, réservées pour le volume d'inédits
-du Maître dont le même Comité prépare l'édition.
autonome

du Museon Arlaten,

�LE

CENTENAIRE DU

L'histoire de la

FÉLIBRIGE

préface n'est

pas

437

banale. Rouma-

Mistral l'écrivît. Celui-ci re¬
fusa. Vainement Roumanille lui proposa de l'écrire
à eux deux. Nouveau refus. Alors Roumanille se
serait décidé à composer lui-même quelques pages de
présentation en provençal, demandant à son ami
d'écrire un Adessias en touti dans le genre de son
joli Bonjour en touti.
Dans une longue lettre adressée à Mistral le 24
novembre 1851, Roumanille raconte les nombreu¬
démarches entreprises álors par lui auprès de
ses
Camille Reybaud(i), leur collègue de la première heu¬
re, d'Emile Deschamps (2), de Sainte-Beuve(3) ; celuici prétend ne pas avoir «assez d'autorité, pour ce faire,
dans nos gracieux domaines d'outre-Loire », et con¬
seille à Roumanille de s'adresser à son ami Armand
de Pontmartin (4) ; ce dernier accepte, mais se
nille aurait voulu

que

(1) Camille Reybaud, que Roumanille avait connu à Nyons,
un vrai poète en français et en provençal. Il fut un des
promoteurs de la Renaissance. Ses œuvres sont demeurées dis¬
persées dans les recueils comme Li Prouvençalo. Né à Carpentras le 2 mars 1805, il quitta la Provence en 1853 pour le Nord
et mourut à Paris le 19 septembre 1866. Il aurait voulu parler
des ancêtres albigeois dans la préface, et Roumanille préféra
se
passer de son concours.
(2) Emile Deschamps (1791-1871), fondateur, avecVictor Hugo,
de La Muse française en 1824, poète de l'école romantique, est
connu surtout par ses traductions en vers d'œuvres étrangères.
Il avait traduit une ode de Roumanille, Esperit Requien (cf.
Lis Oubreto, p. 342), en 1851.
(3) Sainte-Beuve (1804.-1869) avait cependant écrit des arti¬
cles élogieux sur Jasmin (Revtce des Deux Mondes, Ier mai 1837;
Le Constitutionnel, 7 juillet 1851). On peut lire ces articles
dans Portraits Contemporains,t.lV, etCauseries du Lundi, t. IV.
(4) Armand de Pontmartin (1811-1890), né et mort aux Angles,
près d'Avignon, fut pendant longtemps le critique littéraire at¬
titré de la Galette de France, où il publiait ses Samedis litté¬
raires. Grand ami de ses compatriotes les poètes provençaux,
il consacra à Mistral, à Roumanille, à YArmana prouvençau,
plusieurs études qu'on peut lire dans les Causeries du Samedi,
était

�43 8

JOSEPH

SALVAT

récuse devant la

proposition de M. Saint-René Tail¬
s'offre à écrire l'avant-propos de ce
volume dont Roumanille lui avait parlé lors d'une
visite qu'ils avaient faite ensemble des Aliscamps,
près d'Arles. Roumanille termine ainsi sa lettre :
« Il me tarde de lire cette préface
; quand notre livre
sera publié, elle paraîtra dans la Revue des DeuxMondes. Je vous ai tous livrés à ce m. pieds et
poings liés. Et à l'heure qu'il est, St. René barbote
dans notre jafare ... dont il paraît très content.
Voilà, mon cher ami, considérablement abrégée,
l'histoire de notre préface, que tu aurais mieux faite,
pigerrime, que Emile Deschamps, Ste. Beuve, St.
René et Pontmartin. Tu ne l'as pas voulu : tant pis
pour toi !»
landier, qui

Mistral regretta que l'on
préface en français :

ait dû avoir

recours

à

une

«: Qui eût dit à cette pompeuse et brillante langue
provençale du XIe siècle dont les riches et gracieux
accents répandent un jour si pur de poésie et d'a¬
mour sur cette ère barbare, qui eût dit à cette folle
et joyeuse reine du moyen âge dont les
princes,
poètes et chevaliers .venaient à l'envie adorer les
charmes, qui lui eût dit qu'un jour viendrait où,
pauvre et oubliée, elle irait aux pieds d'une sœur
altière, mendier quelques miettes de ce festin de
haut renom qu'elle avait jadis présidé avec tant de
gloire ! » (4 déc. 1851).

Le
sur

lexique qui devait terminer le volume était
depuis octobre, chez « Crousillat le

le chantier

savant »

(1).

Samedis, les Souvenirs d'un vieux critique, etc...
L'Armqna prouvençau de 1891 devait rendre un bel hommage

les Nouveaux
à

sa

mémoire.

(1) Antoine-Biaise Crousillat (1814-1899), de Salon, était un

.

�LE

CENTENAIRE

DU

FÉLIBRlGE

439

attendant, les poésies achèvent de paraître
Commune. Le 17 décembre paraît le der¬

En

dans La

nier feuilleton de Li

Prouvençalo,

avec

YAdessias

touti, signé « Boufarel (F. Mistial), Maillane, 3
nov.
1851 ». La Commune du 7 janvier porte un
en

aux Amis de la Gaie Science annonçant la
parution prochaine du volume qui contiendra « une
Introduction par M. Saint-René Taillandier, colla¬

Appel

de~ la Revue des Deux Mondes », et «. un
Glossaire dû à la Science de M.A.-B. Crousillat et

borateur

d'un puissant secours pour les personnes
familiarisées avec l'idiome néo-latin ».
Ce glossaire est parvenu à Roumanille le 5 jan¬

qui

sera

peu

vier. Mais Crousillat

près

ses

a eu

le tort de le dresser d'a¬

théories personnelles sur l'orthographe pro¬

vençale.
On devine la gêne de Roumanille, qui est d'ailleurs
à ce moment accablé par son travail professionnel.
Mais Mistral, alors définitivement rentré à Mail¬

lane,

a

des loisirs. Roumanille lui écrit, dès le 6 jan¬

hier le Glossaire qui doit terminer
Crousillat, qui a eu la patience de
faire ce travail, y a laissé de nombreuses lacunes, et
l'a fait à son point de vue orthographique, ce qui
démolit, ou à peu près, l'école Reybaud, Rouma¬
nille, Mistral, Glaup, Aubanel, Mathieu, etc..., c'està-dire l'école de la majorité. Je ne pensais pour¬
tant pas que Crousillat conçut ainsi la chose. Il s'a¬
git maintenant de modifier ce travail, de le revoir et
de le compléter ...»
Que Mistral se hâte, et qu'il « épluche » aussi les
vier

:

notre

«

J'ai

reçu

livre. L'ami

poète délicat, tout pétri des lettres antiques. Il fut parmi les
premiers amis des jeunes poètes rhodaniens. Partisan d'une
graphie étymologique, il écrivait Ls du pluriel, IV de l'infinitif,
etc... Il se rallia cependant à la graphie des félibres, dans la¬
quelle il publia ses deux recueils de vers La Bresco (1863), et
L'Eissame (1892).

�JOSEPH SALVAT

440

Jasmin, Peyrottes, etc...
Roumanille n'hésite pas à demander à
un jeune poète de vingt-et-un ans ! Trois jours plus
tard, il le presse de se hâter.
pièces languedociennes de

Voilà

ce

que

Mais Mistral est allé

vite

en

besogne. Ce même

jour, le g janvier, il lui renvoie les épreuves cor¬
rigées, avec les pièces languedociennes à point, et
aussi une lettre où il se reconnaît, ô surprise ! con¬
verti au système de Crousillat, auquel il ne croit pas
devoir toucher (i).

c'est Roumanille lui-même qui
à point le glossaire. Voici les
exemple :
Crousillat :
desplegar.
Mistral :
desplegar, desplega.
Roumanille :
desplega-r.

Mistral défaillant,
reviser et mettre
trois formules en un
va

Je n'entre pas dans les

détails. Je puis simplement

Roumanille a fait toutes les retouches avec
grande habileté, une parfaite maîtrise. Dé¬
sormais, il n'écrit plus à Mistral que pour lui donner
des nouvelles sans importance. Et Mistral garde le
dire que
une très

silence.

L'impression du volume va lentement, car
ficultés ont surgi : le journal a été
suite du Coup d'Etat du 2 décembre
Roumanille travaille.
«

des dif¬

suspendu à la
; d'autre part

Enfin, écrit Roumanille à Mistral le 11 mars
Provençales ne sont plus un mythe, comme

1852, les

prétendaient quelques impatients. Tu les recevras
probablement avec cette lettre ... L'introduction te
fera un plaisir extrême ... Il est de fait que, si on

le

(1) Même observation que page

436, note 1.

�LE

enlevait à

CENTENAIRE

recueil

DU

FÉLIBRlGE

441

douzaine de

pièces que
je pourrais te désigner, notre recueil serait un chose
complètement irréprochable. Bah ! il faut des om¬
bres à un tableau et des feuilles à un bouquet
Dis-moi si tu as été content de la note dont j'ai
enrichi la 1" page du Glossaire, au sujet de ces a-r,
de ces i-r, de ces e-r, dans lesquels, pauvre cher
ami ! j'allais te voir tomber la tête la première
»
notre

une

...

...

Envoi

lettres restent sans réponse. Roumanille
le 20 mars, demandant à Mistral de
remercier Saint-René Taillandier.
écrit à

et

nouveau

« Allons, ajoutait-il un peu ironique, tout va pour
le mieux, n'est-ce pas ? Même le glossaire, dont
Tami Crousillat ne paraît pas enthousiasmé, depuis

que

j'ai

eu

le malheur de le lui gâter. Il l'a bien fallu

pour que l'on pût y trouver les mots tels qu'ils ont
été écrits par les auteurs, et tels que les cherchera
le lecteur arrêté. Donc, nécessité d'avoir une ortho¬

graphe à

peu

près uniforme ; donc, unité. Elle est

commencée, puisse-t-on la finir ! »
Mistral ne devait accuser
le 31 mars, simplement, en

réception du volume
P.S. d'une lettre.

que

premier acte de la vraie Renaissance occitane
joué, et, somme toute, bien joué. L'idée de la
publication des Prouvençalo assemblant en un fais¬
ceau les poètes du Midi était géniale, et le résultat
couronna dignement les efforts.
Le
était

Li Prouvençalo, c'était vraiment un beau volume
in-12 de XLVIII-438 p. On y pouvait lire, imprimés
avec des caractères un peu usés sans doute, mais en
une

mise

en

poèmes, de

page

d'une élégance exceptionnelle, 106
différents, dont les plus abon-

31 auteurs

�JOSEPH SALVAT

442

pièces) (i), Beilot (5),
Glaup (5), Mistral (10),
Reybaud (11), et Roumanille (16). Un certain nom¬
bre de poètes n'étaient représentés que par une poé¬
sie. La plupart étaient de Provence, sauf Jasmin,
d'Agen, le marquis de la Fare-Alais, d'Alès, A. Moquin-Tandon, de Montpellier, et J.-A. Peyrottes, de
dants étaient Aubanel (6
Crousillat (10), Gautier (6),

Clermont-l'Hérault. L'un d'eux, le marquis de la
Fare-Alais, était mort en 1846 et on avait publié en
1851 la 2° édition de ses œuvres.

Aubanel, Giéra [Glaup], Mathieu, Mis¬
fondateurs du
Félibrige; d'autres seront nommés majoraux en 1876:
Aubert, Bourrelly, Gaut et Crousillat; certains sont
considérés par Mistral et Roumanille comme des
patriarches : d'Astros, Bellot, Bénédit, Castil-Blaze,
Cassan, Jasmin, ou comme des aînés : Chalvet,
Parmi eux,

tral, Roumanille seront parmi les sept

(1) Théodore Aubanel (1829-18.86), d'Avignon, le célèbre au¬
Miougranoentre-duberto,LiFiho d'Avignoun, etc...;
Pierre Bellot (1783-1855), de Marseille, poète, conteur, drama¬
turge et journaliste abondant ; A. Gautier, aubergiste et fabu¬
liste de Tarascon ; Glaup, pseudonyme de Paul Giéra (18161861), notaire d'Avignon, bon poète, propriétaire du château
de Fontségugne où fut fondé le Félibrige le 21 mai 1854.— Pour
les bibliophiles, je dirai que le volume des Prouvençalo semble
avoir été tiré à 500 exemplaires, d'après une lettre de Rouma¬
nille à Mistral du 20 mars 1852. Les exemplaires étaient illus¬
trés, en tête, d'un portrait de Roumanille par C.-A. David, lithographié par Petit avec, au-dessous, les vers suivants, en.
teur de La

écriture de Roumanille

:

A motin

ami C.A. David

s'aplantèsse ati lindau
per reçaupre li gèn que vendran dins l'oustau
Fouie bèn que quaucun

mounté dou Gai-Saber li Muso reviéudado
Fan entendre, soun parouli :

David,i 'as mes aquéu que li-^-a rampelado ...
Fagues pa creire, au men, qu'as près lou pu pouli.
J. Roumanille.

Avignoun,

20

de febrié 52.

�LE

CENTENAIRE

DU

FÉLIBRIGE

443

Dupuy, Reybaud. On y trouve Eugène Garcin,
d'Alleins, qui plus tard accusera Mistral de sépara¬
tisme, et une seule femme, Mlle Léonide Constans,
de Toulon, auteur de stances médiocres.
Les poèmes sont très souvent datés, et les noms
des poètes sont suivis du nom de leur pays d'origine.
On juge par là de l'intérêt qu'offre ce recueil pour
l'histoire littéraire.

la liste
de Tarascon, Birat de Narbonne, Daveau de Carcassonne,
Vestrepain et Mengaud de Toulouse ; mais Bigot et
Reboul de Nîmes, Jacques et Gabriel Azaïs de Béziers, surtout Gélu de Marseille n'auraient pas dû
On peut être surpris de ne pas trouver dans
certains noms : passe encore pour Désanat

rendez-vous.
J'ajouterai que toutes ces pièces n'ont pas été rete¬
nues par leurs auteurs dans les recueils de poèmes
qu'ils ont publiés par la suite : Aubanel dans La
Miougrano, en donne quatre sur six ; Crousillat,
dans La Bresco, cinq sur dix ; Roumanille, dans
Lis Oubreto en vers, treize sur seize ; Mistral,
dans Lis Isclo d'Or, trois à peine sur dix.
L'introduction, écrite par Saint-René Taillandier
(i), a la valeur d'un manifeste. L'auteur rappelle en
manquer au

(i) Saint-René Taillandier, né et mort à Paris (1817-1879)1
professeur de littérature française à la Faculté des Lettres de
Montpellier de 1846 à 1863, puis professeur à la Sorbonne et
membre de l'Académie Française, collaborateur de la Revue
des Deux Mondes, où il rédigeait la chronique de littérature
étrangère, fut un grand ami des poètes provençaux, qu'il eut
l'occasion, ayant épousé une tarasconnaise, de connaître et de
fréquenter. Les pages de son Introduction aux Prouvençalo
comptent parmi les plus pénétrantes que notre Renaissance
ait provoquées. Elles ne parurent cependant pas dans la Revue
des Deux Mondes. On peut les lire dans un de ses ouvrages
posthumes : Etudes littéraires, Paris, Pion, 1881. Elles y sont

la littérature
moins d'enthousiasme.

suivies d'autres pages sur

marque

provençale où l'auteur

�joseph salvat

444

belle fresque la littérature occitane du MoyenAge, et rattache avec raison la tentative des poètes
d'Avignon au grand mouvement du XIXe siècle que
fut le réveil des nationalités. Avec une pénétration
singulière, il discerne le talent d'Aubanel, le mérite
de Roumanille, et le génie de Mistral, dont il devine
et prédit le rôle :
« Tour à tour aimable ou terrible, pathétique ou
sinistre, on voit surtout qu'il a l'ambition de mêler
à la grâce naturelle de la langue du Midi la vigiieur
d'une littérature plus mâle ... C'est lui qui a salué
le chœur des poètes provençaux et prononcé les pa¬
roles d'adieu ( Bonjour en touti, Adessias en
touti) ; il est gai quand l'assemblée se forme, il est
triste quand elle a fini son œuvre. Se reverront-ils,
une

peut-elle se promettre
longue durée ? sérieux problèmes dont la préoc¬
cupation l'honore. Ce qui a pu être pour d'autres une
simple farandole, comme on en voit si souvent dans
ce pays des cérémonies grecques et des jeux du roi
René, est pour lui une chose grave. M. Mistral est
un de ceux qui
ont pris le plus à cœur cette restau¬
ration du pur langage d'autrefois : artiste zélé et
critique plein de sens, il sait juger ses "confrères avec
franchise. Si cette école s'organise avec suite et pro¬
duit d'heureux fruits, ce sera en grande partie à la
effet? Cette renaissance

en

une

sollicitude de Mistral qu'en reviendra l'honneur ; il
est le conseiller, le censeur, le juge sympathique et
sévère de cette entreprise, dont M. Roumanille est
l'âme. »

Vraiment,

pour

le grandiose mouvement de renais¬

dont Roumanille ne prévoyait pas l'ampleur,
mais dont Mistral pressentait l'importance, Li Prousance

vençalo constituaient une réussite et un magnifique
départ.

Joseph SALVAT.

�L'Ort dels Trobaires

COMUNION

O

mon

fraire lo bes 0), fregissi dins ta rauba

Quand Lo vent del planol, de son buf fervoros,
Amanhaga ton corps, ton corps lis e sedos.
Fregissi de plaser als potons que te rauba.

Me

desfalhi de paur, grand cassei2), dins tas brancas
Quand lo tron repotèga e que jisca Vfòc clar.
Te sarri sus mon còr, plan fort, carn contra carn.
Amassa tremolam jos las fredas restancas.

O fraires, dels mius uèlhs, degruna vòstra saba,
Que jisca coma sang de vòstres socs blassats.
Jamai plus non veiret\ Vàur dels estius granats,
Ni l'argent dels ivèrns, ni nuèit, ni jorn, ni alba...
O fr aires, dels mius uèlhs, degruna vòstra saba.
Raimonda

(1) bouleau; (2) chêne.

TRICOIRE.

�UN

MANTENEIRE

DE

LA

LENGA MAI RALA

Paul DUMAS1"
II.

—

Paul Dumas poète

SI Paul Dumas inspiration
a essayé tous
les genres,
on peut
à deux
caractères,
qui
ramener

son

s'excluent pas
lence pittoresque.
ne

toujours

:

le lyrisme et la trucu¬

Il ne va pas chercher loin ses sources d'inspiration:
l'âme du pays, locale, féodale, nationale ; la pensée

religieuse
d'amour

sien,

ou

;

enfin quelques réminiscences des cours

Puis, le pittoresque paysan et rabelai¬
simplement descriptif.
...

On sent chez lui un effort méritoire de person¬
nalité dans la pensée et le sentiment, et de naturel
dans l'expression ; mais cet effort ne réussit pas tou¬
jours à se dissimuler.
Voici qui rappelle l'antique péan (Bardit das Au-

jòls)

:
Nòstre carqués
Fleissas e lança

bodol d'un brassai de matrasses,
'n man, siam aici, dins los drals
Qu'an vist al temps passât los nòstris omenasses,
Front e peitrin' al vent, manejar las désirais (2).
Voici la verve bachique (Lo vin dal Menerbès) ?
Abercolits de frech marrida,
Per vos calfar comptât% sus el :
Vos tornarà de mòrt en vida,
Coma l'òli dins lo calel.
Se tastat\ lo dal vaisselet,

Segurament

que

traparei%

(1) cf. Lo Gai Saler, n° 243 (janv.-febr. 1952).
(2) Notre carquois regorgeant d'une brassée de javelots, flè¬
ches et lance en main, nous sommes ici, dans les sentiers qui
ont vu au temps passé nos magnifiques gaillards, front et poi¬
trine au vent, manier les haches d'armes.

�PAUL DUMAS

447

Qu'es trop petit un gobelet
pintar de vin menerbés (i).

Per

Mais,

plus loin, l'on n'est pas peu surpris
gai buveur qui médite mélancoliquement,
ma foi, très beaux, sur la vanité de l'éphé¬

un peu

de voir le
■en

vers,
mère vie humaine.

Siam

pas qu'un fum, siam mens qu'una ombra:
Ela, deman repassarà ;
Mas jamai de la grand' escombra

Digus d'aici

ne Çornarà.
Es lo camval ont tôt cabessa
Polit o laid, lo flac, lo fort,
La joventut e
Acò 's la fin ;

la vielhessa.
acò 's la mòrt (2).

Néanmoins le poète préfère à
charme léger de l'idylle. Deux vers
saluer le printemps :
lo gai temps
Asima lo fiulèl de
pour traduire
nuit envahissante

ou

E

:

la méditation le
lui suffisent pour

dins los camps de Cerès
cada Filomela (3)
...

l'éclat discret et silencieux de la
:

Vejatq, lo jorn s'acata ;
la mar lo cèl doçament

vers

se

descata

(1) Verts transis de marrie froidure, pour v.ous chauffer
sur lui ; il vous retournera de mort en vie, comme
l'huile dans la lampe. Si vous goûtez celui du tonnelet, sûre¬
ment vous trouverez que c'est trop petit, un gobelet, pour
comptez

boire du vin minervois.

(2) Nous ne sommes qu'une fumée, nous sommes moins
qu'une ombre ; elle, demain, repassera; mais jamais, du grand
cachot

sombre, nul d'ici ne retournera. C'est la fondrière où
plonge tête baissée : joli ou laid, le flasque, le fort, la
jeunesse ou la vieillesse. C'est là la fin ; c'est là la mort.
tout

(3) Le temps gai dans les champs de Cérès avive la flûte de
chaque rossignol.

�448

De

J. CUNNAC

son

darrier rantèl per

mostrar sos acrins (i)_

lui aussi, à la douceur

Il s'est laissé prendre,
surhumaine de Noël :

Déjà sul pèch las tortorèlas
Fan brusir l'ala

en son onor :

E, sul garric, las boscarèlas
Fiulan per el una canson.
La granda mar de gauch s amaisa ;
Lo riu fa son mai dos cascal ;
E, dins lo val, l'ecò s'entaisa
Per apren' à cantar Nadal (2).
Mais

ses

préférences vont à la poésie pittoresque r

arêtes vives et tons voyants, relevés encore par l'in¬
tention comique. Même le réalisme cru ne l'effraie
pas.

Voici le lézard recuit de soleil :
Un lau^erdàs s'assolelhava.
Fasià 'na caud qu'estavanava ;

Mai, descausit per la talen,
Lespatarrat, à cort d'alen,
Monava,
Guelsava
Une de
le

conte

(3).

ses meilleures réussites dans ce genre est
bouffon L'Ase dal Pangossièf (L'Ane du

Regrattier),

que nous

(A suivre).

donnerons plus tard.
J. CUNNAC.

; et vers la mer le ciel doucement
dernier nuage effiloché pour montrer ses dia¬

(1) Voyez, le jour baisse
se

nettoie de

son

mants.

les coteaux les tourterelles font bruire l'aile en
les fauvettes sifflent pour lui.
une
joie, s'apaise ; le ruisseau fait
son
plus doux clapotis ; et, dans le vallon, l'écho se tait pour
apprendre à chanter Noël.
(3) Un gros lézard prenait le soleil. Il faisait une chaleur qui;
vous anéantissait ; mais, épuisé par la faim, l'animal affalé sur
ses pattes, à court d'haleine, soupirait vaguement, halelait.
(2) Déjà

son

sur

honneur ; et, sur le chêne,
chanson. La grande mer, de

�Los

CORSES de VACANCAS
#

de RIPOLL

LOS corses de vacanças de Ripôll dintràvan ongan dins la

tresièma annada de lor restauracion. Tornèrem veire
Monsenhor Griera, lo grand sabent que la Catalonha
onòra,
per nos-autres tant amistos e avenent; amb el sos dos ajudaires de cada an, los professors Udina Martorell e Roca

Garriga, se trachant del bon foncionament dels corses e
qu'avian complit, ongan encara, remirablament lor prefait.
Nôstre Decan, lo canonge Salvat, èra acompahat de la Directora del Colège d'Occitania Na Baraillô e del professor
Séguy ain sa dôna.
Lo dimenge 2 de setembre, aprèp la messa, se faguèt l'inauguracion solennala. Aprèp qualques môts del Senhe Udina,
lo majorai Salvat prenguèt la paraula de seguit en
castilban,
francés e occitan. Remembrètlos ligams de frairetat
qu'existisson entre una part e l'autra dels Pirenèus e sovetèt la supression de las trôp nombrosas formalitats de frontièra.
Monsenhor Griera diguèt l'ôbra dels corses de Ripôll dempèi vint ans qu'èran créais. Pèi, s'ausiguèron lo Rector de
l'Universitat de Barcelona

e

lo Gobernador civil de Gerona.

Aqueste afortiguèt que f'aria tôt çô

cju'èra dins

son poder per
França

amenudar las dificultats materialas de relacions entre
e

Espanha.

Demest los corses mai intéressants, cal citar lo de Mon¬
senhor Griera sus l'ôbra giganta qu'es son Tesaur de la llengita,

de las traditions

e

de la cultura popular de Catalunya ;

lors corses de lexicografia del professor Von Wartburg, e
del professor Séguy qu'avia causit un subjèt plan nôu, lo
dels noms de plantas pirenencs; los corses de castilhan del
professor Na Palau ; enfin lo cors del professor Udina que
portèt suis reialmes espanhôlsde l'Age Mejan e sus l'istôria
del pais Ripollés que nos agradèt de conestre.
L'an passai, lo canonge
nos avia
que l'istô-

Salvat
mostrat
polifica. coma l'istôria literaria. de Lengadôc e de Catalo¬
se
nha
tenian, e cossi fasiam partida, que siaguem catalans,
lengadocians, provençals, lemosins o gascons, de la metèissa comunautat occitana. L'ôbra del professor Martin de
Riquer siaguèt de sostene una tèsi d'un biais absoludament
opausat : lo professor de Riquer ensatjèt de nos mostrar que
lalenga e la literatura catalanas se despartissian totalament
de la lengade e la literatura nôstras. En defôra d'un punt de
vistaque levèt pas res à l'interès de son espausat, le profes¬
sor de Riquer nos faguèt tastar
plenament la riquessa poetica.
d'una tèrra qu'aimam.
rja

�FRANCÉS

45°

SABATIER

lo cors de catalan del prosiaguèt lo qu'acampèt lo mai d'escolans atraïtstant per l'amabilitat e lo talent pédagogie del mèstre coma
per lor estacament à la lenga de Verdaguer. Aquel cors avia
per fin de nos ensenhar los principis ortografles e las réglas
essencialas de gramatica. La nécessitât de se servir d'exem¬
ples fasia que cadun participava à l'ensenhament. Lo mèstre
disia un môt, pèi : — E dins vôstre païs, fasia, cossi disètz? —
E cadun, que siaguèsse de Yalencia, Tolosa, Barcelona,
Narbona o Ripôll, disia lo môt dins son parlar. E fôrsa côps
s'encapava qu'am una leugèira varietat lo même mot èra
emplegat pertot. Ja aqui aviam consciença de l'unitat de la
lenga d'Oc e podèm dire qu'aquel cors siaguèt una responsa
viventa à la tèsi del professor de Riquer.
Granda innovation d'ongan :

fessor Casas

majorai Salvat nos entretenguèt de Verdaguer e de
Faguèt un parallèle entre los dos grands poètas e
nos parlèt de las relacions de Verdaguer am lo
de la França. Quand òm resseguìs l'ôbra de cadun, sem¬
bla que se descobrigue en mantunis endreits una
tion reciprôca. Es de remirar lo ritme dins lapoesiade
Lo

Mistral.

Mièchjorn
imita¬
totis
l'autre son linguistas de valor. Verdaguer coneis
dos. L'un
fort plan la França mas l'aima pas; la considéra en espanhôl;
e

vei dins ela

l'enemiga tradicionala

-votz de l'impietat.
avant d'espanhôl,

de l'Espanha e lo pôrta-

Grand patriôt, Verdaguer se

dis catalan

Mistral provençal avant de francés.
Es en catalan que vei los paises d'Oc e amaga pas per élis
sa simpatia. L'unitat e la varietat de nôstris pôples se reflegisson dins l'èime de sos dos plus grands gènis.
Las escorregudas foguèron las de cada an : Sant-Joan de
las Abadessas, Camprodon, Nuria e Vich. Pel primièr côp
anèrem ongan à Montgreny que ten una tant granda plaça
dins la literatura catalana per la legenda del comte Arnau.
coma

pichona glèisa romana, vejèrem tamben lo « Forât ti¬
parla Verdaguer, e, dins lo lentan, las roïnas de Mataplana, lo famos castèl.
Polida passada la que demorèrem aval. Sovetam que los

Amb la
que

estudiants occitans vénguen
Ripôll, en Catalcnha. Amb

cossi delà las frontièras
perseguis totjorn una mèma nacion.

cultura, s'avisaran
se

mai nombroses als corses de
una mèma lenga e una mèma
Francés

d'un autre Estât,

SABATIER.

�OCCITAIMA

BOLEGADISSA

A l'Academia dels Jôos Florals

janvier, l'Academia dels Jocs Florals elegiguèt lo
Meroc, juge, en plaça del manteneire Puis.
de décembre 1951, lo majoral-abat Salvat faguèt una
sus : « La gloire de Bertran de Born a-t-elle été sur¬

Lo 18 de
■Senhe Lois
Lo 21
lectura

faite ?

»

de febriér, VAcademia elegiguèt coma mèstres en Jòcs
majorai del Felibrige, de
Pau, e Enric Busser, de Tolosa, lo musician membre de l'Ins¬
titut de França.
Lo 29

Florals los Senhes Simin Palay,

L,a

predicacion lengadociana en 19SÏ

lenga d'Oc pels felibres de

Aici qualquas prédications en
ì'Escòla Occitana.
Lo

majoral-abat SALVAT

:

à St. Martin de Limos : La Vocacion.
d'abrilh, à Nauèlhasen Lauragués : Omelia.
de mai, en Orlhat per la Santa-Estèla ; Pentacosta.
de junh, à Mazamet : L'Ensenhament superior libre.
»
à Montbazens (Avairon) : La Canson de la Terra.
de julhet, à Surban (Arièja) : La Perseverancia.
d'agost, à Rabat (Arièja) : Sant Ròc.
d'octòbre, à Sant-Nazari de Bezièrs : Sant Andiu de la

17 de mars,

29
13
3
24
22
16

25

Galinièra.

25 de décembre, à
Lo
6

Tuchan (Aude) : Los Pastors à la Grepia.

majoral-abat CUBAYNES :

d'agost, à Gramat (Lòt) : Nàstra Terra, n'ostre Ostal, nostra Fe.

9 de setembre, à
Travalh.
22 de novembre, à

Mirabèl (T.-e-G).

:

Lo

sens

crestian del

Cremps (Lôt) : Lo Message del Crist.

L'abat Silvan TOULZE

:

28 de febrièr, à Flaunhac (Lôt) : Los Morts.
25 de mars, à Trespots (Lôt) : Pascas.
26 de julhet, à Cornon (Lot) : Adoracion.
9 de décembre, als Camps (Lôt) : Lo Jubilèu.
L'abat Lois MAVIT

:

21 de febrièr, à Mos (Aude) : L'Eucaristia.
2 de mars, à Brezilhac (Aude) : Lo Prèire e

l'Eucaristia.

�BOLEGADISSA

452

OCCITANA

La Redôrta (Aude) : Lo Prèire e VEucaristia.
Montlaur (Aude) : Lo Sacerdòci.
La Cassanha (Aude) : Lo Sacerdòci.

5 de mars, à
14
»
à
,
16 d'abrilh , à

L'abat Pèire CAUSSE, missionari
22 de

julhet, à Lunèl,

per

:

la benediccion dels cavals de Ca-.

marga.

CONFEREN CIAS

majoral-abat SALVAT :
janvier, à Carcassona : Achile Mir e las Bèstias.
»
à Tolosa : La cultura occitana-catalana als
Lo

12 de
28

,

secles XIV

e

XV.

28 de febrièr, à Tolosa : Jacint Verdaguer.
9 d'abrilh, à Graulhet : Augier Galhard.
14 de mai, à Orlhat : Arséni Vermenosa.

majoral-abat CUBAYNES :
Caortz, sus Orne de Dieu.
Fijac, sus
»
d'abrilh, à Vilaf'ranca del Roèrgue : Orne de Dieu.
d'agost, à Gramat (Lot) :
»
de setembre, à Vailat (Lôt) :
»
Lo

1" de febrièr, à
»
22
à
,

26
7
7

L'abat Silvan TOULZE
6 de

:

junh, à Luzech (Lôt), sus Orne de Dieu.
wvwv

Corses

de

Vacanças

Lo programe s'alestis pels Corses de Ripôll e de
començament de setembre. — A Ripôll, las litsons,

Sant-Cugat,

mai que mal
filologia, viraran à l'entorn de «rL'ostal catalan&gt;.
i aura subretot de litsons de literatura e de
lenga concentradas sus Jacint Verdaguer, à l'ocasion del Cinquantenari de sa mort. S'ensenharan, coma l'an passât, lo casde folclôre e de
A Sant-Cugat,

tilhan

e

lo catalan.

Colége d'Occitania,

—

Demandar entresinnes al Secrétariat del:

19,

carrièra de la Fondaria, Tolosa.

Lo Prètz Frédéric Mistral 1952 es estât

atribuit

а) à la memôria de Josèp d'Arbaud ;
б) à Mla Enriqueta Dibon (Farfantèla) per son ôbra en prôsa-.
provençala, Ratis, que trata de la venguda de las Santas Ma¬
rias

en

Nos

Provença.

regaudissèm d'aquelas atribucions.

lmp. d'Editions Occitanes

-

Castelnaudary.

Cri-Cri.

Le Gérant: j. salvat..

�Abonaments

d'ajuda

per 1951 :
Loïs

ALBAREL, de Narbona :
Rogièr BARTHE, de Tolosa :
Lucian BERGÉ, de Narbona:
Rogièr DALGA, de Montjard:
Robèrt TRAZIT, de Tolosa :

1.000 frs
1.000

»

1.000

»

1.000
1.000

»
»

per 1952 :
Paul

CALVIGNAC, de Graulhet : 1.300
DEMARETZ, de Fresnoy: 1.000

Germana
P.-Loïs

GRENIER, de Chambon : 1.000
Rita LEJEUNE, de Lièja :
1.000
Francés SABATIER, de Narbona: 1.000
Miquèl de Viviers, de Rabastens: 1.000
A totis

e

d totas

:

Mer ces !

frs.
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�EN VENTE A

l'Imprimerie d'Editions Occitanes
3, Quai du Port

-

CASTELNAUDARY

IIIIIII1II1II1IIIIIIHIIIIIIIIIIIII

Prosper ESTIEU.
Loti Teriadou, sonets occitans ambe traduccion
franceza (i vol. in-8°, 300 p.) — très rare fr. 500.»
Flors

d'Occitanla, sonets occitans ambe traduccion

franceza

(x vol. in-8°, 280 p.)

La Canson

Occitana, poèmes en lenga

traduccion franceza

(1 vol. in-8°, 264 p.)

Lo Romancero Occitan,

traduccion franceza
Lo Flahut

occitan
deux

et

fr.

poèmes

(1 vol. in-8*,

Occitan, 43 chansons
franç. pouvant

traduct.

langues (1 vol. in-8°,

Lo Fablièr

(1 vol. in-8°,

104

en

.

lenga d'Oc ambe
p.) . fr. 450.»

344

musique, texte
chanter dans les
p.) .
fr. 450.»
avec

se

.

.

occitan-francès
p.) ilustracions de P. Sibra. fr. 400.»
Vergiii en ritmes occitans

in-8°, 68 p.)

fr.

(

1

vol300.»

Mètge de Cucunhan (1 vol in-8°, 30 p.) ilustra¬

cions de P. Sibra
Las Oras luscralas
sonets

8°,

d'Oc ambe
fr. 400.»

Occitan, ambe lexic

170

Las Bucolicas de

Lo

400.»

200

fr.

200.»

(Les Heures crépusculaires),
(1 vol. infr. 350.»

occitans ambe traduccion franceza

p.)

Hommage à sa mémoire (1 vol. in-8
( Frais de port

en sus

).

142

p.) fr.

300.»

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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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