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p. 0

Lo Gai Saher
Revista de l'ESCOLA

OCCITANA

Dis Aup i

Pirenèu
F. Mistral.

loseph SALVAT

:

Le Centenaire du Félibrige. (III. Le
poétique : Le Congrès d'Aix

dernier Rassemblement
de

1853).

liolegadissa Occitana : En onor de Noste Enric.
onor d'Auguste Quercy. — Un film occitan.
Mortuorum

:

Raimon Latil, Caries

cel

Fabry.

34a

annada, n° 254

—

—

En

Cazenave, Mar¬

Novembre-Decembre 1953

80 frs.

.

�LO

OAI

SABER

Revista de l'BSCOLA OCCITANA
Red.

:

abbé SALVAT

de la Fonderie

31, rue

—

Toulouse

Adm..; PRIVAT, 14, rue des Arts

—

Toulouse

C/C. POST. TOULOUSE 117.240
Abonaments

( França

:

j

: un an

Fstrange;

Sortis cada dos

.

un an

.

,

300 fr.

500 /r.

meses.

BUREAU DE L'ESCOLA OCCITANA

Capiçcol

:

J.-ROZÈS de BROUSSE, majorai,

Jos-CAPiscoLS

:

Jules

Clavaire

Toulouse.
CUBAYNES, majorai, Conçois (Lot).
Henri MOULY, majorai, Compolibat (Aveyron).
Pierre-Louis BERTHAUD, majorai, Paris.
Marcel

SENDRAIL, mainteneur des Jeux
Floraux, Toulouse.
Secretari : Joseph SALVAT, majorai, Toulouse.
Secretari-adjunt : Jean SEGUY, mainteneur des Jeux Flo¬
raux, Toulouse.
:

ABONAMENTS

D'AJUDA PER

1953

(Primièra Lista)
Anonime

d'Albi, 1.000 frs. — Maria Baraillé, de Tolosa,
Rogièr Barthe, de Paris, 1.000 frs. — Rogièr
Blanc, d'Albi, 1.000 frs. — M. Cbapoulaud, de Limos, 1.000
frs.
M. Dalga, de Montjard, 1.000 frs. — Germana Demaretz, de Fresnoy, 1.000 frs. — Paul-Loïs Grenier, de Chambon. 1.000 frs.
M. du Grès, de Castras, 3.000 frs. — Josèp
Maffre, de Rofiac, 1.000 frs. — Enric Mouly, de Compolibat,
1.000 frs.
Rogièr Pierre, de Paris, 1.000 frs. — Dôna
Edoard Privât, de Tolosa, 1.000 frs.
1.000 frs.

—

—

—

—

Mercés à totas

c

à totis.

�Lo Gai

Saber, N°

novembre-decembre 1953.

554.

LE CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE (I)

ni

Le dernier Rassemblement
Le

poétique:

Congrès d'Àix de 1853

LES1952,
poésies
qui avaient
en Arles,
le 29 etaoût
les honneurs
de laeu séance
littéraire
du
banquet, ne furent pas publiées. Le Marseillais Bourrelly, qui avait caressé le projet de cette publication,
se heurta au refus de Roumanille, peut-être aussi au
refus de Mistral.
En

revanche, Roumanille et Mistral publièrent, à

la fin de cette même année 1852, chez Aubanel, un
volume de Noue (2) qui se présentait comme un
nouveau recueil de « Provençales » :
on avait en
effet décidé d'ajouter, à la réédition des Noëls popu¬
laires de Saboly et de Peyrol, une deuxième partie
de Noëls entièrement composés par la pléiade des
modernes troubadours : « œuvre mémorable, écrira
Casimir Bousquet, qui continue dignement le recueil
des

«

Provençales

».

(1) cf. Lo Gai Saber, n° 244 (mars-abrilh 1952), et n° 248
(nov.-dec. 1952).
(2) cf. Lo Gai Saber, n° 248 (nov.-dec. 1952), p. 555.

�I

02

JOSEPH

SALVAT

Un compte-rendu de ce volume parut dans La Ga¬
lette du Midi, journal du soir de Marseille, les 22,
24 et 25 janvier, sous la signature de Casimir Bous¬
quet (1), un des collaborateurs des Noue.

L'article de Casimir Bousquet, document de pre¬
mier ordre, était une véritable déclaration de guerre
aux

innovations de Roumanille et de ses amis

(2).

suite d'éloges mérités à l'adresse des di¬
de Noëls modernes, Bousquet écrit :
vers auteurs
« On ne peut s'empêcher de regretter que les poé¬
sies qui composent le recueil aient été uniformément
ou à peu près — du dialecte usité dans
revêtues
le département de Vaucluse. C'est là un tort grave,
aux yeux des amateurs de langue provençale ». Et il
Après

une

—

s'adresse ainsi

aux

éditeurs

:

encore que dans les
que vous avez fait ? Vous avez,

çales, plus

«

Dans les Proven¬

Noëls, savez-vous ce
à la manière de Pro-

(1) Casimir-Gabriel Bousquet, né et mort à Marseille (18201862) était un érudit autodidacte, archéologue, lettré, qui avait
amassé une abondante et curieuse bibliothèque provençale. II
était membre honoraire de l'Athénée Ouvrier, faisait partie
d'un grand nombre de Sociétés Savantes, et collaborait régu¬
lièrement aux publications marseillaises telles que Le Sémahore et La Ga\ette du Midi. On a de lui, à côté de mélanges
istoriques et littéraires, une notice sur Mathieu Lacroix dans
l'édition de Paouro Martino (Alais, Brusset 1855), l'élégie qui
rendit célèbre le nom du poète-maçon de la Grand Combe.
Bousquet y donnait aussi la traduction française de l'élégie.
Casimir Bousquet mourut jeune. Ses rares productions révè¬
lent des connaissances profondes qui faisaient de lui un adver¬
saire redoutable pour l'Ecole d'Avignon. Son talent poétique
paraît inférieur à ses qualités de critique et de polémiste.
(2) Je dois la copie des articles de La Ga\ette du Midi. à. notre
fidèle escolan Maurice Roques, conseiller de VEscòla Occitana..
Qu'il soit remercié.

�LE CENTENAIRE

DU

FÉLIBRIGE

IÓJ

des troubadours de tous pays sur un lit
fer, pour les soumettre ensuite à mille tortures.
Si, du moins, en tranchant, taillant et amputant
ainsi, vous vous fussiez appuyés sur quelque auto¬
rité ; si vous eussiez agi d'après des règles certaines,

custe, étendu
de

seriez

vous

jusqu'à

un

certain point excusables. Mais

n'avez, dans cet étrange excès, relevé que
de vous-mêmes, vous avez substitué votre volonté au
droit »... Bousquet reproche à l'Ecole d'Avignon les
suppressions arbitraires de la lettre 5 finale des plu¬
riels, de la lettre r finale des infinitifs, de la lettre
t des participes. Il ajoute : « Ne serait-il pas plus
convenable, plus rationnel, d'écrire le provençal
comme on l'écrivait jadis ? Est-il bien difficile d'a¬
dopter pour modèle les documents historiques con¬
servés dans les archives des pays où cette langue
était usuelle ? Croyez-nous, novateurs téméraires
respectez l'ancienne orthographe ; elle satisfait à tou¬
tes les exigences, elle répond à toutes les objections,
elle défie la critique la plus méticuleuse. Laisseznous donc cette admirable langue telle que nos pères
nous l'ont enseignée, telle que nous voulons la trans¬
mettre à nos enfants, et si vous tenez absolument à
tirer vous-mêmes un patois quelconque de ses racines
vigoureuses, donnez du moins, à ce patois de date
récente, un autre nom, car il serait impossible, même
à l'homme le plus ignorant, de le confondre avec la
véritable langue des troubadours. Il est vraiment
non

:

vous

regrettable que des écrivains intelligents et instruits
s'engagent dans une voie aussi fausse. Nous ne com¬
prenons pas que, connaissant les abondantes res¬
sources d'un idiome qui leur est familier, ils puissent
en dénaturer à ce point l'orthographe ».
Après quelques exemples choisis avec plus ou
l'article, à
seul avan¬
tage que présente l'orthographe adoptée par les édi¬

moins d'habileté et de bonheur, relatifs à
Vu après voyelle, Bousquet continue : « Le
teurs

des

Provençales et des Noëls, c'est de facili-

�164

ter

JOSEPH SALVAT

singulièrement la versification. A part cela, on

forcé de la trouver défectueuse, anti-artistique et
contraire à notre belle langue. Ces Messieurs ont
est

trop d'esprit, ils savent trop combien nous sommes
heureux de leur succès, pour ne pas renoncer à un
déplorable système. Espérons qu'ils ne tarderont pas
à suivre le salutaire exemple que leur donnent nos
aimables et érudits confrères Gaut, Croùzillat, Lai-

det, Bourrelly et quelques autres qui, en dépit des
apparentes d'une orthographe savante,
trop savante, laquelle n'est, au fond, que très na¬
turelle, n'en produisent pas moins des vers pleins de
charme et de délicatesse. Tel est le vœu que nous
difficultés

formons

du goût et dans l'intérêt de cette
provençale, si cruellement et si fré¬
quemment martyrisée aujourd'hui par des plumes
au

nom

pauvre muse

mercenaires

»...

Une argumentation si précise,
devait pas manquer de piquer au
de faire réfléchir Mistral.

Roumanille pousse Mistral,
écrire un travail de réfutation.

si vigoureuse ne
vif Roumanille et
g

février, à

me

revient de

dès le
«

Il

marseillais ... prépa¬
système orthographique une for¬

partout que les gros bonnets
rent

contre

notre

midable levée de boucliers
des R de l'infinitif, des S du

...

ticipes, etc... de
nerai le tout

Ecris donc. Parle-moi

pluriel, des T des

nos au, eu, ou, etc....

par¬

Je coordon¬

»...

Mais Mistral, absorbé d'ailleurs par sa Mireio, ne
semble pas s'émouvoir. Alors Roumanille se met
lui-même à la besogne, il écrit une Dissertation sur

l'orthographe, et, un mois après, le g mars, il l'en¬
voie à Mistral, le priant de nettoyer cela, de fourbir
une arme que Roumanille lui-même se chargera de
tirer avant l'ouverture du Congrès que Gaut prépare
à Aix pour l'été suivant. « J'ai fait, pour ma part,

�LE CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

bien de la grosse besogne ; achève et ne va pas m'abandonner seul au plus fort de la mêlée et de la ba¬
garre ». Roumanille a bien avancé le début de son
travail. « Tout le reste est dans un état bien plus
mauvais. Arrange, dispose, coordonne, ajoute, ef¬
face. Tu as tous les matériaux sous la main, bâtis».
Roumanille envoie à Mistral tout un dossier : La
...

Galette du Midi, avec tous les articles de Bous¬
Reybaud à Honnorat parues dans
La Galette de Vaucluse, la brochure d'Honnorat(i).
Dès le lendemain 10 mars, Roumanille insiste au¬
près de Mistral, le priant de se mettre sans tarder
quet, les lettres de

travail, revenant sur des arguments orthographi¬
tirés des poètes provençaux Saboly (2), Astier
(3), Morel (4}, Gros (5), etc. ... arguments dévelop¬
pés dans sa Dissertation. «Il est bien entendu, ajout-il, que, si tu n'as pas des raisons d'humilité ou au¬
tres qui s'y opposent, nons mettrons sur le frontis¬
pice de ce petit mémoire : par J. Roumanille et F.
au

ques

Mistral

».

(1) La Galette de Vaucluse paraissait deux fois par semaine
Avignon chez Fischer aîné, 4, rue des Ortolans. Une polé¬
mique y avait été échangée entre Reybaud et Honnorat sur
l'orthographe, du 25 août au 11 sept. 1847. Cf. Lo Gai Sabern"
244 (mars-abrilh 1952), p. 434, note 1.
(2) Saboly (1614-1675). Cf. Lo Gai Saber n° 248 (nov.-déc.
1952) P- 554 •
(3) Astier, poète provençal de la fin du XVIIIe siècle. On
connaît peu son œuvre. Roumanille le cite parce qu'il est de
Saint-Rémy, son propre pays natal.
(4) Hyacinthe Morel, d'Avignon (1756-1829), religieux doc¬
trinaire qui embrassa les idées de la Révolution. Les poésies
de cet humaniste professeur parurent en 1828 sous le titre Loti
Galoubé dé Jacintou Morel ou Pouésiousprouvençalous d'aquel
outour réculidous per seis amis. Le Discours préliminaire de
ce recueil est très intéressant, l'auteur s'y posant des questions
sur la poésie
et la langue provençales.
(5) François-Toussaint Gros, né à Marseille en 1698, mort à
cinquante ans à Lyon. Il composa des épîtres, des églogues,
des fables et apologues. Son livre fut intitulé Recuil de poueslcs prouvençalos. Sa réputation fut plus grande que son réel
en

�i66

Mistral

JOSEPH SALVAT

ne

pouvait

pas ne pas

répondre. Il le fit le

renvoyant à Roumanille le texte de sa
Dissertation. Dans cette lettre, modèle du genre que
nous regrettons de
ne pas pouvoir citer intégrale¬
ment (1), Mistral se sert encore du « vous » respec¬
15 mars, en

tueux à l'égard de Roumanille qui l'a toujours tu¬
toyé. Il félicite son ami pour ce « petit chef-d'œuvre
de dialectique ». « Votre travail est bon, dit-il, et il
m'a paru juste de ne pas y toucher ». Cependant il

précisé quelques points sur l'accentuation, et ter¬
l'ouvrage par un appel à la fusion en esquis¬
sant un commencement d'unité. L'Ecole des bords
du Rhône écrira non plus pradaie, souie, paradi,
bra, venè, ana (2e pers. des verb.), vengueiam,
mais pradarié, soulié, paradis, bras, venès, anas,
vengueriam. En revanche, l'Ecole des bords de la
Mer écrira non plus sieoii anat, vole mangeur,
mais sieu. ana, vole manja ; elle adoptera au, eu,
ou. Et que Roumanille ne s'alarme pas. Il ne s'agit
pas d'adopter toutes les lettres étymologiques. Il s'a¬
git de conceptions acceptables. Mistral cite des vers
de son ami auxquels il applique les réformes qu'il
propose. « Je ne vois pas, dit-il, l'inconvénient qu'il
y aurait pour vous à ce que dans vos oeuvres revues
a

miné

augmentées vous écriviez ... Vous n'y gagneriez
de vous rendre un peu plus intelligible à 2 ou
300.000 lecteurs ». L'ironie perce sous cette plume
de vingt-trois ans. Et ici encore : « Quant à vos cita¬
tions, elles sont des plus heureuses, elles sont écra¬
santes. Il est vrai qu'ils pourront en trouver aussi en
et

que

: on l'appela « Le prince des poètes provençaux ».
(1) Je répète ici ce que je disais dans Lo Gai Saber de marsavril 1952, p. 436 : « A la demande des administrateurs de la
propriété littéraire de Frédéric Mistral, je supprime dans mon
travail quelques lettres de Mistral, réservées pour le volume
d'inédits du maître dont ces mêmes administrateurs préparent
l'édition ». Copie de cette lettre se trouve aux Archives du Pa¬
lais du Roure, dont Madame de Flandreyzy m'a généreusesement communiqué les dossiers.

mérite

�LE CENTENAIRE DU

masse

contre

nous

;

FÉLIBRIGE

167

mais qu'importe, les autorités

étant divisées, il est permis aux ayant-cause de don¬
ner leur prédilection à qui leur plaît ». Mistral sent
bien qu'il a avec lui son génie, le génie triompha¬
teur.

Roumanille accepte. « N'ache¬
écrit-il à Mistral le 22 mars,
sans te parler des jolies choses que tu as ajoutées au
petit cahier bleu. C'est aussi clair que sensé. Rien
au
monde n'est touchant et majestueux comme ta
péroraison. C'est de la dignité à la suprême puis¬
sance
»
Cependant, l'édition de la Dissertation
va coûter cher. Pourquoi ne pas se contenter de gar¬
der la giberne bien garnie ? On la videra au pro¬
chain Congrès, si les Marseillais ne veulent pas en¬
tendre raison. « Il serait chose pitoyable si nous
nous y occupions de la
question orthographique. »
(Lettre de Roumanille à Mistral du 9 avril). Mais les
marseillais, paraît-il, n'ont pas d'intentions hostiles.
Chose étonnante,

vons

pas

cette lettre,

...

On m'écrit de Marseille que notre prochain congrès
d'Aix sera, comme celui d'Arles, non une arène,
mais une table autour de laquelle on va fraterniser.
C'est bien ». (Lettre de Roumanille à Mistral du 12

«

mai).

Et voilà qu'une nouvelle bombe éclate à ce mo¬
Le 13 mai, La Galette du Midi publie, encore
de Casimir Bousquet, une « Lettre à J. Romanille
ment.

(sic)

sur

l'orthographe provençale ».

Roumanille avait dû écrire, soit une lettre person¬
nelle à C. Bousquet, soit un article de journal où il
réfutait les reproches du critique marseillais dans
ses articles des 22, 24 et 25 janvier (1).
Bousquet

(1) Cela ressort du nouvel article de Bousquet.
je n'ai trouvé nulle part trace de cette réponse, ce
met de croire à une lettre personnelle.

Cependant,
qui me per¬

�JOSEPH SALVAT

168

son argumentation : les auteurs de Noëls
été « habillés à l'avignonnaise », licence sans li¬
mite de l'éditeur, etc
« Les Noëls ont malencon¬
treusement continué les Provençales ; au lieu de
deux albums de fraîche poésie en langue méridio¬

reprend
ont

nale,

permettez-moi de

nous avons eu,

vous

le dire,

martyrologes ... votre orthographe est arbi¬
traire, vicieuse, inintelligente, impossible. Elle ôte,
en outre, un prix infini à vos délicieuses productions,
comme à celles de vos rares élèves, ce qui est vrai¬
ment dommage ». Ce qu'il faut, ce n'est pas s'en te¬
nir à l'autorité de nos contemporains, s'appelle¬
raient-ils Reybaud, Glaup, Mistral et Crousillat,
c'est rechercher les exemples des devanciers repré¬
sentant la véritable tradition. Et Bousquet dresse
comme un tableau de la graphie traditionnelle: textes
du XIe siècle ; des troubadours du XIIe, du XIIIe,
du XIVe siècles ; puis textes du XVe, du XVIe avec
Bellaud (j), du XVIIe avec Zerbin (2) et Claude
Brueys (3) ; du XVIIIe avec Gros (4) et Coye (5) ;
deux

du XIXe enfin avec

Diouloufet (6).

(1) Louis Bellaud de la Bellaudière, de Grasse (1557-1588).
œuvres (odes et sonnets), Obros et Rimos prouvcnssalos,

Ses

parurent en 1591. Bellaud

emploie IV de l'infinitif, l's du pluriel,

participe passé.
(2) Gaspard Zerbin, d'Aix (1590-1650), avocat au parlement
de Provence, écrivit des farces et des comédies. On publia en
1655 ses œuvres sous le titre La Perlo deys Musos et Coutnedios provensalos.
(3) Claude Brueys, d'Aix (1570-1636), auteur de comédies, de
farces et de chansons publiées sous le titre Jardin deys Musos
provensalos.
(4) François-Toussaint Gros, cf : plus haut, p. 165.
(5) Jean-Baptiste Coye, de Mouriès près d'Arles (1711-1777)
écrivit surtout des comédies qui tinrent longtemps la scène,
le t du

comme

Lou

Novy para.

(6) Jean-Joseph-Marin Diouloufet, né à Eguilles près d'Aix
en
1771, mort en 1840 à Cucurron, écrivit des fables, des
contes, des épîtres et autres poésies provençales publiées en

�LE

CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

169

A Diouloufet lui-même Bousquet emprunte ses
conclusions relatives à la nécessité de recourir à l'é-

tymologie latine pour mettre un terme à l'anarchie
de la langue provençale. « C'est l'union que je prê¬

C'est dans l'unique but de mettre un terme à
désordre, de rallier tous les vrais poètes autour

che
ce

...

commune, que j'ai pris sérieusement la
plume, persuadé que ma voix sera entendue et que
vous n'hésiterez pas à m'aider vous-mêmes, dans la
tâche que j'ai entreprise. Le succès de la poésie pro¬
vençale, dans le présent comme dans l'avenir, est à
ce prix ».

d'une loi

Evidemment, ce Marseillais prenait l'affaire au sé¬
se posait en maître (1).
Roumanille offrit aussitôt à La Galette du Midi

rieux et

riposte, demandant pour cela cinq feuilletons.
seul, qu'il refusa. (Lettre à Mis¬
danger était que Bousquet portât
la question devant le Congrès d'Aix. Mais Rouma¬
nille s'y refusa : «. Je lui ai répondu que, si nous
une

On lui en offrit un
tral du 17 mai). Le

nous

amenions à discuter, notre

Congrès d'Aix serait

long ennui en ar et en
uech, où rien ne se déciderait : je me trompe, où l'on
déciderait que chacun rentrera dans son camp, per¬
suadé que les raisons qu'il a fait valoir sont les meil¬
leures ». (Lettre à Mistral du 17 mai).
une

bêtise

sans

nom,

un

1819. Il avait envoyé son poème Leis Magnans à l'Académie
Jeux Floraux, et correspondu avec Raynouard.
(1) Historien impartial, il ne me siérait pas d'intervenir
ce débat. Je dois cependant à la vérité de reconnaître que, mal¬
gré ses maladresses, Casimir Bousquet avait mieux
que ses adversaires la cause de la langue d'Oc, et l'on
re¬
gretter que sa thèse n'ait pas prévalu.
des

dans
compris
doit

�JOSEPH

SALVAT

Roumanille éprouve le besoin de consulter ses
amis. Le 13 juin, il invite Mistral à une réunion poé¬

tique, où seront les deux Giera et Aubanel, chez le
curé de Boulbon (1). Mais Mistral ne participe pas
à cette « Boulbonéide ». Mistral hésite.

Que va-t-il se passer au Congrès d'Aix ? Gaut pré¬
celui-ci avec fièvre. Il rédige lui-même un pro¬
jet d'adresse aux troubadours et un règlement. Ce
projet aura neuf signataires : d'Astros, Crousillat,
Gaut, Bellot, Bousquet, Bourrelly, Mistral, Auba¬
nel, Roumanille. Roumanille propose corrections et
modifications. Et Gaut envoie ce texte à Crousillat
le 14 juin pour approbation, la compétence du poète
pare

de Salon étant reconnue

de tous.

Crousillat
qui, vraiment, dominent la situation. Mais il ne dé¬
sarme pas. Il se décide à faire imprimer sa Disser¬
tation. Et il profite de cette occasion pour publier
aussi son dernier poème qu'il appelle d'abord Tounin, puis La Part dau bon Dieu, dont la lecture
publique lui vaut, le dimanche 19 juin, un grand suc¬
cès devant l'auditoire d'ouvriers de la Société SaintFrançois-Xavier d'Avignon.
Roumanille enverra sans tarder à Mistral les
épreuves de la Dissertation et du poème. « Quand
la chose sortira de tes mains, elle pourra être mise
sous le nez de qui que ce soit, affronter le public
sans inconvénients pour notre système et pour notre
Dois-je mettre ton nom à côté du mien au
gloire
bas de cette réplique ? La chose en serait-elle plus
Roumanille

se

débat contre Gaut et

...

(1) Jacques Aubert, né à Arles en 1868, alors curé de Boul¬
bon, près de Tarascon, s'appelait aumounié di troubaire, et
plus tard capclan dóu Fclibrigc ; majorai en 1876, il devait
mourir curé de Malemort

en

1879. Ses œuvres, non recueillies

volume, sont disséminées dans toutes les publications pro¬
vençales de 1854 à 1876. Premier majorai défunt, il eut les hon¬
neurs du premier Cartabèu (1877-1882) qui donna son portrait
en

et

sa

biographie.

�LE

CENTENAIRE

DU

FÉLIBRIGE

171

imposante ? » Roumanille fera comme Mistral vou¬
dra. Et que Mistral corrige aussi les vers, mettant
le poème en conformité avec la Dissertation. « L'or¬
thographe devra partout attirer ton attention. Je n'a¬
dopte pas les accents (aù eù) dont on a émaillé à
Aix, disons mieux, à Salon, notre original mani¬
feste. Je pense que tu es de cet avis. Il y a un com¬
mencement de fusion. Les au et les eu sont adop¬
tés. Dieu leur donne longue vie ! Mais on nous a
assommés d'ach, d'uech, et d'ar... Peu importe ! »...
(Lettre de Roumanille à Mistral, datée d'un ven¬
dredi, sans doute de la fin de juin).
Dans toutes ces lettres, Roumanille redoute sur¬
tout l'édition qu'on doit faire de tous les poèmes lus
au Congrès.
Il s'opposera à cette publication, et il
veut que Mistral s'y oppose également. C'est du 26
juin que Gaut date l'envoi de l'Invitation aux poètes
et des conditions de ce Roumavagi, le tout signé
des neuf prieus sus-nommés : ces textes seront pu¬
bliés dans le volume qui sortira de ce Roumavagi.
On peut y lire par exemple :
Liberia per

cadun de Vy parlar coumo va saup
li plait ; car sabem qu'en
chasque auceu sous nis es beu, et nouestre lengagi, coumo aqueu deis aucelouns et deis Gregous, a de ramagis de touto merço.
Le 1" juillet, Roumanille écrit à Gaut : « J'ai
lu la rédaction définitivement adoptée : elle nous a
plu. L'ami Crousillat y a mis sa patte : c'est très
bien. Voilà, j'espère, de l'étymologie, et de la plus
belle. M. Bousquet va en être aux anges ! Mais il
aura le revers de la médaille : comment digérer en
et de cantar

coumo

effet ces au, ces eu, etc
fusion d'accents ?... »

...

et cette

intelligente

pro¬

�joseph salvat

ï72

Cependant le Congrès est annoncé pour le diman¬
Et Mistral, dans sa solitude du Mas du
2i août.
Juge, ce Mistral que Roumanille appelle « Mon cher
troubadour au profil antique» (lettre du 13 juin),
Mistral demeure mystérieux. La question de l'ortho¬
graphe le tourmente. Il lui répugne de s'enfermer
dans la dialectique étroite de Roumanille. Rouma¬
nille a tort. C'est Gaut qui a raison, c'est Crousillat
che

surtout.

Mistral ? Jadis, il avait menacé
Crousillat. (Cf. sa lettre à Rou¬
manille du g janvier 1852, Lo Gai Saber, n" 244
(mars-abrilh 1952), p. 440). Roumanille l'avait alors
remis sur son chemin. Et voici que Mistral redevient
rétif et change d'idée à nouveau. Je n'ai pas pu lire
sa lettre à
Roumanille du 14 juillet 1853 (1). Mais

Alors, que va faire
de passer au camp de

devine le contenu de cette lettre
son ami datée du 15 juillet.

on

de

Mon Cher
«

par

la réponse

Ami,

me scies le dos en long et en
voilà maintenant armé de pied en cap

Tu m'embêtes ! Tu

travers, car te
contre

Mirèio ; et ce

n'est

pas

bien, affreux juste

à la bibliothèque Calvet d'Avignon, au fonds Paul
un dossier contenant la correspondance de Mis¬
tral à Roumanille. Mariéton avait pu consulter ces lettres ; il
avait pu faire copier les lettres allant de 1846 au mois d'octo¬
bre 1850 ; des autres lettres allant de novembre 1850 à la fin
de 1859, il n'a pu que relever lui-même la date et, brièvement,
l'objet. J'ignore où se trouvent les originaux de ces lettres. —
(1 bis). Après avoir rédigé cet article et les notes qui l'ac¬
compagnent, j'ai appris que ces originaux, du moins pour la
plus grande partie, se trouvent à la bibliothèque Calvet d'Avi¬
gnon, qui en a fait récemment l'acquisition, et j'ai pu les y con¬
sulter, grâce à l'amabilité de Monsieur le Conservateur. Dans
sa lettre du 14 juillet 1853, Mistral dit bien ce que je supposais.
Je regrette de ne pouvoir la citer (cf. p. 166). On devine quel
intérêt s'attache à la prochaine publication de cette correspon¬
dance (Toulouse, 16 décembre 1953).
(1) 11

y a,

Mariéton, tout

�LE CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

173

jésuite orthographique, hypocrite
grammairien ... Et c'est quand notre chose est pres¬
que entièrement terminée, je veux dire composée
avec plomb et lettre à lettre que tu me joues un tour
pareil, et que tu passes à l'ennemi avec armes et ba¬
gages ! Ton Euryale, ô Nisus, avait donc trop pré¬
sumé de ton appui e de ton secours ? Voilà qu'une
fumée monte de je ne sais où, et que tout un sys¬
tème, péniblement élaboré, magnifiquement con¬
sacré, mis à l'épreuve du canon marseillais et pari¬
sien, s'écroule bêtement, sans savoir pourquoi ni
comment, parce qu'une dédicace aurait offert l'ombre
d'une amphibologie...» Roumanille ne renonce pas
à son livre. « J'irai jusqu'au bout, et tu y viendras
avec moi, ou je t'étrangle. Ce n'est pas à dire que
j'exige de toi que tu signes mon factum, non.
Mais ce que tu me dois, c'est de ne pas m'abandonmilieu que tu es,

ner

ainsi seul contre la cabale que tu ne

comprends

pas ... » Que Mistral renonce pour le moment à ses
nouvelles convictions, qu'il corrige la Dissertation
et le poème ... « Mais ne viens pas fourrer là tes

surannées, tes ajjamats, tes peds, tes brusc,
cop, et autres vieilleries rabelaisiennes dont
nous devons nous délivrer coûte que coûte, attendu
que nous ferions de notre langue, si svelte, si gra¬
cieuse, si douce, quelque chose de lourd et de savant,
quelque chose de rauque et de pédantesque, quelque
chose de barbare qui tuerait le Gai Saber et notre
idées

tes

Tu te mettras à mon point de vue :
dialecte ionien
tes nouvelles convictions ne sont pas tellement bien
assises que tu ne puisses plus voir les choses comme
tu les voyais ... Tes ardentes convictions de prosé¬
...

lyte pourront, plus tard, se

faire jour,

se

dévelop¬

les plus endurcis. Pour le quart
d'heure, garde-les in-petto, et fais comme si l'œuf
n'était pas éclos. Mais, tu mettras, d'ici-là, de l'eau
dans ton vin, et nous n'aurons pas le désagrément
per

et gagner

de lire

:

�174

JOSEPH SALVAT

Leis canastellos routo

e

leispaniers traucats (i)».

Roumanille insiste dès le lendemain 16

juillet,

en

envoyant à Mistral les premières pages de la Disser¬
tation. Sa nouvelle lettre, après un début plein de
bonhomie forcée, révèle, en quelques lignes très
sérieuses, la profonde inquiétude du réformateur de¬
vant son meilleur disciple qui lui échappe.
« Je t'ai écrit hier, mon cher, une lettre qui veut
paraître de mauvaise humeur. Besoin n'est de te
dire qu'il n'en est rien, et qu'il n'y a pas là-dessous
de quoi fouetter un chat. Voici donc les premières
pages de cette fameuse préface ! Comme je te le di¬
sais hier, comme je t'en priais, tu vas sérieusement
et franchement faire pour cette vile prose ce que tu
ferais en sa faveur si elle t'appartenait, et si tes
convictions en étaient au point où nous les avons
vues, il n'y a pas longtemps encore.

langue devait être un jour
si nous étions les Ra¬
langue que devraient
polir les Boileau, les Fénelon et les Racine, nous
pourrions déjà nous mettre à l'œuvre nous-mêmes,
abandonner tous nos dialectes partiels pour n'en
faire qu'une langue unique, qui ne serait pas celle
que nous entendons, mais celle que nous ferions bien
raide, bien savante, bien lourde, bien logique, ayant
en un mot toutes les qualités d'une langue de for¬
çats.
Mais, dans quatre jours, nos œuvres, reléguées
sur les
rayons de quelques bibliothèques de villes et
d'amateurs, ne seraient plus que des momies proven«

Que si notre

pauvre

la langue d'un grand peuple ;
belais et les Ronsard d'une

..

(i) Ce

vers,

mistralienne

du chant

i

de Mirèio, est écrit ainsi, en graphie

:

Li canestello routo

e

li

ỳanié trauca.

A 'ce moment Mistral était décidé à refaire les dix
chants de sa Mirèio, qu'il avait déjà écrits.

premiers-

�LE CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

175

çales, incomprises et oubliées ; et tu veux aller re¬
faire les dix chants de ta Mirèio, te livrer à un tra¬
vail de rapiéceur et ravaudeur, ôter au plus grand
nombre de tes strophes cette allure franche et libre
qui les rend légères comme des oiseaux ; et tu veux
briser là ta tête, ton génie, ton inspiration, dépouil¬
ler ta poésie de ses plus beaux atours ! Plus nous y
pensons, plus nous trouvons que tu te fourvoies, et
que tes apostrophes
Leis canestellos routo

n'ont pas

le

leis

e

sens commun

paniers traucats

...

Allons, à l'œuvre ! pense que je serai épluché,
déchiqueté, crossé, déchiré, mis en lambeaux par les
archaïstes, et qu'il faut que je fasse, en leur présence,
Pense aussi que tu es der¬
assez bonne contenance.
rière moi avec Reybaud, Aubanel, Glaup, Mathieu,
«

et que si Roumanille ne parle pas coumo se
deu, Reybaud, Mistral, Mathieu, etc.
seront des

etc.

...

...

imbéciles

...

Adieu,

«

mon

ami. Songe

que,

du haut des Pro¬

vençales et des dix chants de ton poème, Mirèio et
le bon

A
l'air

sens

te

contemplent

...

»

ne répond pas. Il n'a pas
plus de se hâter pour le renvoi des épreu¬
ves. Le 29 juillet, Roumanille le presse, car il fau¬
drait devancer le marseillais Bénédit (1) qui prépare
un

ces

lettres, Mistral

non

volume

avec

préface,

sur

l'orthographe

(1) Gustave Bénédit, de Marseille (1803-1870),

proven-

écrit la co¬
nervi &gt;. Il
la chroni¬
que théâtrale dans Le Sémaphore. J'ignore s'il a publié le livre
dont parle Roumanille. Je soupçonne Roumanille d'avoir ima¬
giné cette histoire pour faire pression sur Mistral.
a

médie Chichoues où il met en action le type du «
fait partie des réalistes marseillais. Bénédit tenait

�joseph salvat

176

çale : « Allons ! fais-moi vite parvenir toutes ces
épreuves
et puis, tu pourras, tout à ton aise,
brûler ce que tu as adoré, et adorer ce que tu avais
brûlé
» Il insiste par un petit billet, le 1" août,
mais ce billet, en provençal, est ironiquement écrit
...

Roumanille soupçonne Mistral
fach deis esprovos
que t'hai mandados ? Toun retard à me leis remandar tant tard sarant causo que poudrem
pas arribar avant lou coungrès, ce que nous
dans la

graphie

d'avoir

adoptée : «... De qu'as

countrariara
Et

ce

que

...»

billet est

signé

«

Jousephs Roumanilho ».

épreuves arrivèrent enfin. Et
Roumanille à Mistral du 11 août.
Les

voici la lettre de

Mon cher ami,

Je t'accuse réception de tes deux lettres et de
épreuves. Je te remercie d'avoir parcouru
avec assez d'attention les vers et d'avoir fait sem¬
blant de parcourir la prose française, oû tu as fait
semblant de corriger quelques petites fautes d'im¬
«

toutes mes

pression. Scélérat ! brigand! etc. ... J'achèverai plus
tard la kyrielle de sottises qui te sont dues à si juste
titre. J'ai adopté volontiers la plupart des légères
modifications que tu m'as proposées, quelquefois
avec humeur. J'ai rejeté les ^ des secondes person¬
nes du pluriel ; ils ne sont pas mûrs encore : le fus¬
sent-ils, nous n'en aurions pas assez dans notre fonte
pour subvenir aux exigences de cette nouvelle lubie.
Ainsi donc, ajourné.
«
Quoi qu'il en soit, après avoir fait, sur ma prose,
le travail que tes loisirs t'avaient permis de faire,
si tu l'avais bien voulu, nous avons mis sous presse,
et tant pis pour moi, si la presse a à gémir sur trop
de bêtises. Tu l'auras voulu, et, moralement, tu au¬
ras ta bonne part de responsabilité. La presse roule :
je ne sais si nous pourrons arriver à temps. Je ledésire de tout mon cœur. »

�LE

CENTENAIRE

DU

FÉLIBRIGE

Roumanille parle ensuite du
l'on redoute un afflux de poètes.

177

Congrès d'Aix, où

Gaut m'apprend que tu as fait ton envoi : qu'asenvoyé ? D'autres, à ta place, nous auraient fait

«

tu

cette

petite confidence

nous

laisser le

: il paraît que tu as voulu
bonheur de la surprise ; c'est très

bien: j'applaudirai unguibus et rostro. Il va sans
dire que tu as orthographié la chose d'après ta nou¬
velle méthode, et que tu as souffleté sur les deux
a orthographié Li Missoun, Li
Prouvençalo, ton noël, et 10 chants de ta Mirèio.
Ces Messieurs ont dû dire : voilà l'école de Reybaud
qui tombe en ruine. Voilà Bousquet qui triomphe.
Triomphera bien qui triomphera le dernier ! (1) »

joues la Muse qui

Roumanille terminait sa lettre en demandant à
Mistral de venir au Congrès d'Aix avec la chourmo

d'Avignon.
Mistral répondit le
tenu de cette lettre

13

août, mais j'ignore le

con¬

(2).

Les récits qui nous ont été conservés du Congrès
d'Aix ne font aucune allusion à ces difficultés gra¬

phiques surgies entre Mistral et ses amis. D'ailleurs,
Les citations ci-dessus tirées des lettres sous la dépen¬
propriété littéraire de Frédéric Mistral sont auto¬
risées à titre exceptionnel par les administrateurs, MM. Fré¬
déric Mistral, neveu, et Pierre Julian, lesquels se réservent de
reproduire in-extenso, dans le tome I de l'édition critique des
œuvres de Frédéric Mistral en
voie de réalisation, tous les
textes et toute la correspondance de nature à présenter dans
son ensemble l'histoire du désaccord passager qui,
avant la
Fondation du Félibrige, a existé entre lui d'une part et Rou¬
manille et les autres Ribeiroun dòu Rose d'autre part. » Signé
F. Mistral neveu, P. Julian, 14 nov. 1953.
(1)

«

dance de la

(2) Même

remarque

qu'à la page 172 (note t bis).

�i78

JOSEPH SALVAT

il semble que tous les participants au Congrès s'ap¬
pliquèrent à ne pas soulever cette question épineuse
de l'orthographe (i).

On peut lire l'histoire du Congrès d'Aix, sous la
plume de Gaut, dans Roumavagi deis troubai-

(pp. XXXIX-XLVII), dans les Mémoires de
(chap. XI), et dans La Renaissance Pro¬
vençale d'Emile Ripert (pp. 428-435), qui emprunte
beaucoup de détails à La Revue Méridionale du ier
res

Mistral

sept. 1853.

Gaut, le secrétaire du Congrès, avait bien fait les
choses, et rien ne fut laissé à l'improvisation. Les
invitations avaient été nombreuses et nombreuses
furent les réponses. Mistral nous donne les noms
d'une quinzaine de nouveaux poètes adhérents au
Congrès. Plusieurs avaient envoyé leurs productions,
ne
pouvant venir les lire eux-mêmes.
S'étaient excusés de ne pas avoir pu se rendre au
Congrès Mary-Lafon (2), Saint-René Taillandier et

(1) Le livre de Roumanille parut quelques jours avant le
Congrès : La Part dau bon Dieu, précédée d'une Dissertation
sur VOrthographe Provençale
par J. Roumanille, Avignon,
Seguin, 1853, LXVIII-56 p. in-8. La Dissertation est datée du
25 mai 1853. Il ne m'est pas possible, et je le regrette, de m'y
étendre. C'est un document de tout premier ordre dont je con¬
seille la lecture, tout spécialement, aux jeunes écrivains occi¬
tans d'aujourd'hui qui ont trop facilement du mépris pour les
connaissances philologiques de Mistral et de Roumanille. Dans
l'histoire de la Renaissance occitane, je ne vois de comparable
à ce travail que la correspondance échangée entre mes maîtres
Estieu et Perbosc.

(2) Jean-Bernard Mary-Lafon (1812-1884), né à Lafrançaise
(Tarn-&amp;-Gar.), mort au Ramier, a écrit de nombreux romans
sur le Moyen Age, une Histoire politique, religieuse et
lit¬
téraire du Midi. Il avait l'ambition de publier les œuvres des.

�LE

Brizeux

CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

(i). Mary-Lafon aurait voulu

«

179

sceller dans

grande cène méridionale le pacte de famille
qui unira bientôt, je l'espère, tous les enfants du
Midi ». « Comme j'ai défendu ma langue et ma race,
écrit Brizeux, vous défendez la vôtre ; mon cœur est
avec vous tous ». Et il envoie un chant bardique dont
voici une strophe :
cette

«

La

Les

langue du pays, c'est la chaîne éternelle
Par qui sans effort tout se tient.
choses de la vie on les apprends par elle,
Par elle

encore on

s'en souvient

».

Aix vit ce spectacle, dit Emile Ripert : par un
dimanche d'août, lourd d'azur, de chaleur et de clo¬
«

ches, des poètes sonores aux longs cheveux, aux
grandes redingotes, jetant le long des vieilles rues
les éclats d'une langue qu'elles n'entendaient plus
d'ordinaire que sur les lèvres du peuple. Ce fut sans
doute un peu comique et très touchant : J.-B. Gaut
note que dès le 20 août au soir et le 21 au matin, les
diligences venues par les quatre grandes routes qui
rayonnent de la Rotonde, débarquaient à tout ins¬
tant des

détachements de troubaires, avec armes et

bagages, qui envahissaient aussitôt les hôtels, les
cafés, les promenades et les monuments publics. Les
tables d'hôtes et les chambres retentissaient des im¬

provisations ou des récitations réitérées de nos poè¬
tes qui se communiquaient leurs inspirations. Cha¬
cun se
préparait au tournoi, fourbissant des périodes
ou essayant ses moyens oratoires. Chaque capitaine

troubadours, et les jeunes poètes provençaux virent en lui un
prédécesseur et un protecteur.
(1) Auguste Brizeux (1806-1856), né à Lorient, mort à Mont¬
pellier, est par excellence le poète de la Bretagne. Auteur du
poème Marie, de l'épopée rustique Les Bretons, de poésies
pastorales en français et en breton, il avait un vif sentiment
de la nature. Il manifesta une sympathie profonde au mouve¬
ment de la renaissance provençale.

�i8o

JOSEPH SALVAT

ses troupes en revue ; les avignonnais et tous
les bardes riverains du Rhône répondaient à l'appel
de l'harmonieux Roumanille ; ici, la phalange mar¬
seillaise et les rimeurs des bords de la Méditerranée
écoutaient les instructions de Bellot (i), le Nestor
de la poésie provençale ... Les troubaires aixois tâ¬
chaient de se multiplier pour faire les honneurs de
la cité ».

passait

août, écrit encore Ripert, il est midi,
les petites rues où croulent la chaleur et la
lumière, toute une foule s'achemine vers l'Hôtel de
Ville, et les dames sont nombreuses ; le clergé, la
magistrature, le barreau, les académies, les hauts
«On

est en

et, par

fonctionnaires de toutes les administrations, l'élite
de la ville est là ; la presse d'Aix et celle de Mar¬
seille ont envoyé des représentants ; le maire d'Aix,

Rigaud, député au Corps Législatif, donne l'exem¬
ple. Dans le public, un collégien s'appelle Emile
Zola

».

La salle est élégamment décorée de drapeaux aux
couleurs de la France et de la Provence ; on peut lire

nécrologe des poètes provençaux ; sur les murs,
les armoiries des villes repré¬
sentées par leurs poètes, des couronnes de laurier,
des bannières, des banderolles, etc. ...
un

des panneaux portant

Les troubaires, réunis dans un salon d'attente,
font leur entrée et les neufs prieus s'installent au
bureau. Le docteur d'Astros préside, comme il pré¬
sidait à Arles l'année précédente : autour de lui,

Bellot, Roumanille, Gaut, Crousillat, Bourrelly,
Mistral, Bousquet, Aubanel.

(i) Pierre Bellot, né et mort à Marseille (1783-1855), fut un
poète populaire que les jeunes rénovateurs de la muse proven¬
çale considéraient comme un précurseur, comme un aîné. Il a
écrit des chansons, des pièces de théâtre.

�LE CENTENAIRE DU

FÉLIBRIGE

l8l

La fête commence par un chant provençal, Lou
parlar dóu Miejour, chanté par une société cho¬
rale. Le docteur d'Astros prononce un discours d'ou¬
verture en prose provençale. Les poètes déclament
ensuite leurs productions qu'un bienveillant public
couvre
d'applaudissements.
Mistral écrit : « Roumaniho, forço aplaudi, diguè
de si conte e cantè La chato avuglo ; Aubanèu
debanè sa pèço di Bessoun; iéu, La fin dôu meissounié. Mai lou mai qu'agradèron es lou païsan Taun

lou

Li frisoun de Marieto, e
xMathiéu Lacroix, que faguè tóuti refreni
Pauro Martino ».

emé

van

sa

cansouneto

massoun

emé

sa

On a remarqué, disait le critique de La Revue
Méridionale, que les lectures les plus applaudies
étaient celles d'ouvrages dus à la plume des gens de
la campagne et de bons ouvriers, forgerons, bou¬
chers, etc. On a remarqué surtout les vers d'un ma¬
çon de la Grand Combe, nommé Mathieu, dont le
talent a été comparé tout haut à celui de Jasmin. Un
garde-champêtre figurait aussi avec honneur parmi
«

les Troubadours

».

A quatre heures de l'après-midi, force est de sus¬
pendre la séance, car la foule pressée des auditeurs
a
rendu la chaleur intolérable, quarante degrés,
cinquante d'après certains. Les dames quittent alors
la salle, et les lectures, reprises après un quart
d'heure d'interruption, se prolongent jusqu'à huit
heures.

Mais

ce

n'est pas tout.

soir, dit Gaut, une table de soixante-cinq cou¬
réuni les poètes provençaux dans la même
salle, splendidement éclairée par des lustres et des
girandoles chargées de bougies, qui jetaient des flots
de lumière sur cette fête gastronomique. L'aumônier
des troubaires a dit, au commencement du repas, le
Benedicitei et, à la fin, les Grâces en vers proven«

Le

verts a

�182

joseph salvat

Après avoir fait honneur à la chère délicate
Mandin, restaurateur, on a commencé à se li¬
vrer à un véritable assaut de poésie.
La Soupado
s'est prolongée jusqu'à deux heures du matin, au
milieu d'un feu roulant de contes, de noëls, de cou¬
plets, de strophes, de fables, de chansons et de
chansonnettes. Chacun apportait quelque friandise
çaux.

de M.

à

dessert

ce

poétique

...

plus franche n'ont
point cessé de régner parmi les Troubaires, qui se
sont séparés à regret, en se promettant de se réunir
à nouveau, l'an prochain, et de célébrer avec autant
de pompe le Roumavagi de la poésie provençale».
«

L'aménité et la cordialité la

Congrès devait être le dernier. L'année 1854
les Avignonnais se séparer définitivement des
autres poètes provençaux et fonder le Félibrige à
Fontségugne le 21 mai, nous verrons à la suite de
quels incidents et de quelles hésitations.
Le Roumavagi deis troubaires demeure une
date importante dans l'histoire de la Renaissance
Occitane. Une plaque de marbre posée le 14 juin
1903 à la porte de la Salle de l'hôtel de ville d'Aix
rappelle cet événement.
Joseph SALVAT
Surba (Ariège), le 21 août 1953.
Ce

verra

�BOLEGADISSA

Bn

onor

OCCITANA

de Noste Enric

Caldria tôt un numéro del Gai Saber se voliam contar pel
menut las fèstas engimbadas dins la capitala del Biarn en

d'Enric

IVper lo quatrenc centenari de sa naissença.
felibres e gropes folcòr per donar à-n-aquelas fèstas lo biais occitan que lor dévia pas mancar. I a
qu'à legir lo n° de set.-oct. de Reclams de Biarn e Gascougne
per se-n rendre compte.
onor

Aimes de junh, al mes de setembre,
clorics de Gasconha s'i faguèron de bon

En

onor

d'Auguste Queroy

Lo 23 d'octôbre s'es

festejat à Montalban lo centenari de
naissença del felibre Auguste Quercy. L'Escòla Carsinòla, ambe son capiscôl Frédéric Cayrou, avia mes sus pèd
un bèl programe, ont se poguèron aplaudir Pëire Gardes, Ernèst Pefourque, l'abat Salvat, Jôrdi Machicot, Andriu Hinard, e la Scôlà del Mostièr bailejada per l'abat Miquèl. Nôstre escolan Emili Esparbés culhiguèt la primièra flor al concors poetic.
la

Un film occitan

Es lo majorai Marcèl Fournier, e sa tropa del Chalei
qu'an virât, à Bordelhas en Perigôrd, lo 30 de julhet, un
film parlant occitan sus lo tème de La Filho dàu Mero, comedîa del majorai. Nôstres compliments.
WWW

Lo Bornât, la valenta escôla del Peiregôrd, a tengut sa
felibrejada lo 5 de julhet al pais del trobador Arnaut de Ma-

ruèlh.

L'Escôla deras Pirenèas a célébrât à Sant-Gaudens sa fèsta
annadièra lo 26 de julhet. Als Jôcs Florals, son estais coronats nôstres escolans Paul Calvignac, Emili Esparbés, Ra-

Lafon, Joan Monestier.
décembre, amb una conferencia del Professor
Joan Seguy, s'inaugurèt à Tolosa lo Cors public de lenga
zols

Lo 10 de

d'Oc del Centre Occitan de Cultura. Li desiram bona reiissida.

�BOLEGADISSA OCCITANA

184

En
Al fiai

soscrlpcion

de l'aiga, poèmes de Joan Monestier, ambe prefaci
— Cò de « Jean Monestier, 93, rue Porte-Di-

de Lois Delluc.

jeaux, Bordeaux

».

150 frs. franco..

en lenga d'òc e traduccion francesa,
prefaci d'Enric Mouly, illustracions de Marius Valière. —
Cô de « Jean Boudou, Le Mauron, par Malleville, Aveyron ».
350 frs. franco à pagar solament aprèp recepcion.
Poèmes et chansons, d'Arthémon Durand-Picoral. — Cô de
« Subervie, 2, rue de l'Embergue, Rodez ».
450 frs. francô.

Contes dels

Baissas,

C.C. P. Toulouse 1770.
Dis Aup i Pirencu, publicacion dels « Amies de
d'Oc», amb una abondosa collaboracion. — Cò
Gaussen, 3, place des Vosges, Paris ». 1000 frs.

frs. ordenari.

Toulouse, étude de

la lenga
d' «Ivan
luxe, 100

géographie humaine, per Joan CoppoToulouse, C. C. P.

lani. — Cô de « Privât, 14, rue des Arts,
Toulouse 1.172.40 ». 1.500 frs. francô.

Nos cal

regretar la mort de qualques

bons amies :
felibre Raimon

Marselha, lo 17 de setembre, lo valent
Latil, mèstre d'ôbrâ ;
à

à

Mazamet, lo 2 d'octobre, lo cônse
afogat occitan ;

de la ciutat Caries Ca-

zenave,

Lièja (Belgica), lo 7 de novembre, Marcèl Fabry,
apôstol de la lenga de Valonia.
Que Santa Estèla los recate dins son paradis !
à

ardo-

ros

lmp. d'Editions Occitanes

-

Castelnaudary.

Le Gérant: j. salvat.

�■

g#I

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                <text>Ce set contient les périodiques numérisés par le CIRDÒC issus des collections des partenaires d'Occitanica</text>
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      <name>Dublin Core</name>
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              <text>Lo Gai Saber. - Annada 34, n° 254 novembre-decembre 1953</text>
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              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/51d41854107d14b0ced913195e662aa2.jpg</text>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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