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                  <text>La Gascogne ne meurt pas
La Gascogne, comprise dans ses grandes limites de la Garonne
aux Pyrénées, a eu, de tous temps, ses guerriers, ses troubadours
ou ses poètes, ses coutumes, ses traditions et son franc parler.
Sans remonter au delà du xvi" siècle, on a vu surgir, des bords
de la Garonne aux rives de l'Adour, toute une pléiade d'artistes,
épris de beau langage, qui révèlent l'art poétique gascon, tout en
chantant, à travers les siècles, les mérites du terroir et les qualités
immuables de la race :
Pey de Garros (1520-1582).
Salluste du Bartas (1544 1590).
Jean de Garros (1550-1620).
Ader Guillaume (1578-1645).
Dastros Jean Géraud (1594-1648).
Goudelin Pierre 1579-1649).
Baron Louis (1612-1663).
Bédout Géraud (1617-1693).
Dugay Dominique (1643-1735).
Despourrin Cyprien (1698-1755).

f

Il y a, sur Despourrin, une jolie anecdote qui montre combien
nos poètes avaient parfois l'épée près de la plume, comme nos
montagnards ont toujours eu la tête près du béret. Elle est racontée
par Bivarez qui fit un premier recueil des chansons populaires du
Béarn.
De passage aux Eaux-Bonnes, le jeune Despourrin reçoit un
afïront qu'il croit ne pouvoir venger que par les armes. N'ayant
pas son épée, il envoie son domestique la chercher à sa maison
d'Accous où habitait son père, le chevalier Despourrin, lui recommandant d'être prudent, de cacher la vérité. Le domestique
s'acquitte au mieux de sa mission. Mais le vieux gentilhomme a
des soupçons, suit de loin le domestique, arrive aux Eaux-Bonnes,
apprend que son fils est enfermé dans sa chambre avec un étranger, écoute à la porte, entend le cliquetis des armes et... satisfait,
attend le résultat. Tout à-coup le bruit cesse, la porte s'ouvre et
notre poète se trouve eirprésence de son père qui l'embrasse et
lui dit : ((, Le retour précipité de ton domestique a fait que je suis
« parti après lui, présumant que tu avais quelque aliaire d hon-

�— 186 —
«
«
«
«

neur, et de crainte que tu ne succombasses j'ai apporté mon
épée qui n'a jamais été vaincue ». -7- « Je suis votre fils, répond
le jeune Despourrin, mon adversaire est grièvement blessé,
allons le secourir ».
N'est-ce pas délicieux ? Edmond Rostand a bien voulu laisser au
Gascon « le panache ». Mais il a mieux que ça : le cœur généreux,
la tête chaude et, à l'occasion, le poignet solide.
Despourrin, qui maniait si élégamment le fer, tournait aussi
bien la chanson béarnaise.
Voici deux des couplets de sa chanson « Dous treyts d'ûe brunette » qui servit souvent, dit-on, à réconcilier Louis XV avec la
Pompadour.
Ni las roses musquettes
Ni la flou deii bruchou
N'an pas dé tas poupettes
L'esclat ni la blancou.
Hurouse la manette
Qu'ii die aura l'ounou
Dé tira l'espinglette
Qui las tien en présou.
L'Escole Gastou-Febus a la bonne fortune de posséder, au Musée
de Mauvezin, une lettre autographe de Despourrin (Don de notre
ami Miqueu de Camélat). La voilà, celle là, sauvée de la ruine
finale. Combien il est à souhaiter que la belle phalange des Félibres veuille bien lui confier maintenant d'autres sauvetages !
Avec Henri IV, « lou noste llenric » le Gascon déborde à la cour
de France. Mais il reste si lier que le bon roi est obligé de dire un
jour à ses Béarnais « je ne donne pas le Béarn à Ja France, mais
« la France au Béarn ». Et. pendant les dernières ann.ies de la
monarchie, le Gascon jette encore partout les éclairs de son épée
et les éclats de son parler sonore.
Mais la Bévolution Française, cette grande niveleuse, partie de
Paris, semble vouloir tout refondre dans un même creuset, les
usages, les traditions, les langues. Le souffle venu du centre s'étend aux extrémités, à la mer, aux montagnes. Il n'y a plas de
provinces, rien que des départements, un échiquier où tout est
envahi parle Parisianisme, 1 accent parisien, la mode parisienne.
Allions nous tout oublier et tout perdre, nos traditions, nos
espérances, la belle langue du terroir ?

�— 187 —
Survient Jasmin, le poète de la Garonne, et on l'entend bientôt
s'écrier :
0 ma lengo tout me zou dit,
Plantarey uno estèlo à toun froun encrumit...
Nous n'avons pas à rappeler l'œuvre qu'il accomplit pour la
renaissance de la langue.Gasconne ni ses ouvrages si appréciés
qui ont été traduits dans toutes les langues.
Il nous suffira de revoir ce qu'en a dit le grand Mistral. L'éloge
d'un tel homme à l'un des nôtres sera toujours un délicat régal
pour tous les Félibres, pour ceux qui l'ont déjà goûté et pour ceux
qui ne le connaissent pas encore.
Il nous sera donc pardonné de le citer tout entier.

En l'ounou de Jansemin
Eloge prounouncia davans Lis Agenès
lou jour qu'inagurèron l'estatuo d'aquéu pouèto (12 mai 1870)

Pér la nacioun e pér li fraire
Que feston a l'oustau e que menon l'araire,
E parlon voulountous la lengo dôu terraire, Es un tiiounfïe aqueste jour.
Vaqui perqué, iéu de Prouvènço
Vène di Prouyençau paga la redevènço
Au grand troubaire dôu Miejour.
E tout d'abord, à la Gacougno
Que, fasènt soun devé sèns crento ni vergougno,
Mantèn sa vièio lengo e pèr elo temougno
Salut emè libras dubert!
Mau-grat lou îlot que vènla batre,
Dôu brès de Jansemin au pais d'Enri Quatre
Vosto noublesso noun se perd.
Oh ! gramaci, raço valènto !
Blesi, despersouna pèr la toueso insoulènto
De Paris, é nega dins la foiilo doulènto,
Vous cridavian : Ajudas-nous !
E, de Bourdéus fin-qu'à Marsiho,
Agen nous a larga tan lluni de pouësio
Que n'en sian touti luminous.

�— 188 Cantant l'amour miès qu'uno femo,
E boulegant dôu cor li plus dous terro-tremo,
Aven vist Jansemin nous tira li lagremo...
Mai l'amavian, sabès perqué ?
Çoume Pindare de sa Tèbo,
Eu nous parlavo, fier, d'Agen, de Bilo-Nèbo,
D'Auch, é dou maine d'Estanquet.
Ardent, lusènt é poupulàri,
Demandant soulamen la glôri pèr salàri,
Disiè « Mous soubenis, lous Frais bessous, Alàri
L'Abuglo de Castel-Gulié »,
E, pietadouzo vo risènto,
Sa voues, dins Françouneto o Maltro l'inoucènto,
Fasié di cor ço que voulié.
Piéi, se quauque marchand d'endormo
lé venié pèr coumplaire à la mode uniformo :
« Pouèto, à l'ouro d'uei ta noto es descounformo ;
« Pouèto, gascounes pas mai !
« Es lou Prougrès que lou coumando... »
— « La pitchouno païrio es bien abans la grando,
Respounié, Francimand ? Jamai!
En pèlerin de Coumpoustello,
Anavo degrunant soun capelet d'estello,
Pèrli paure e per Diéu dounant à canestello ;
E lou pais reviscoula
Bevié l'ounour à soun calice ;
E Paris, é lou rèi, é tôuti, per délice,
Voulien ausi noste parla.
Dis àuti cimo que soun vostro
Dôu front di Pirenèu, tout ço que l'ieu nous mostro,
Catalan o Gascoun, entend la lengo nostro :
Eh ben ! d'amount a plen camin,
Iéu, vese un pople brun se môure...
E di viéu, e di mort, li courouno van plôure
Sus lou brounze de Jansemin.

�— 189 —
Car nosti mort, e nosti paire
E nosti dré sacra de pople é de troubaire
Que trepejavo, aièr, lou pèd de l'usurpaire,
E que bramavon ôutraja
Revivon aro dins la glôri !
Aro, entre li dos mar, la lengo d'O fai flôri...
O Jansemin, nous a venja !
MISTRAL.

Après un pareil témoignage, doit on résister au plaisir de lire
quelques vers de Jasmin : sa naissance, dite par lui ; une petite
ode à la ville de Pau.
— Extrait de « Mous Soubenis »
lïiél et crucliit. l'aoutre siècle n'abiô
Qu'un parel d'ans à passa sul la terro,
Quan al recouèn d'uno bièillo carrèro,
Dins un oustal oun may d'un rat bibiô,
Lou ditchaou-gras, darré la porto,
A l'houro oun fan saouta lou pescajou,
D'un pay boutsut, d'uno may torto
Nasquèt un drolle ; aquel drolle... acôs jou.

A la bilo de Paôu
en la quittan, après mas Sérados per soun Poèto (1840)

Bilo de Paou, bilo jouyno e floucado,
'Bilo oun la poésio és sentido, és aymado,
Oun semblo que lou ten n'a que d'houros de mel ;
Oun de fennos, de flous la tèrro capelado
Dan sous liouses d'amou play tan ; tan à nostre èl
Que fay embejetos al cièl,
Adiou ! parti douma, zou cal ; mais podes creyre
Que déjà me costes de plous ;
Et quan te quittarey, per may lounten te beyre,
M'en anirey à reculous !
Jasmin ne s'est-il pas inspiré de la Nymphe Gasconne de Salluste
du Bartas (du XVT siècle) quand il voulut, à Lectoure, le 25 mai

�— 190 1834, parler lui aussi le premier, avant les Parisiens venus pour y
célébrer le Maréchal Lannes ?
« Ero Puple et (îascou : Silenço !
« Francimans, tayza-bous dan bostros lyros d'or!
« Sèy Puple, amay Gascou ; moun dret ès lou pu fort.
« A jou doun, lou prumè, de dire sa nachenso...
« Et sa bito... et sa mort ! »
Le Maréchal Lannes fut un des preux de la Gascogne qui, malgré les grades acquis, tout jeune, sut mourir pour la France, au
champ d'honneur, face à l'ennemi.
Combien ^d'autres ont du faire comme lui, pour arrachera
Napoléon Ier qui s'y connaissait, celle déclaration : « Qu'on me
donne une armée de Gascons et je traverserai cent lieues de
llammes » ! Ce qui est, pour la race Gasconne, sa valeur de tous
les temps et son amour-propre d'aujourd'hui, le meilleur des
certificats.
A la suite de Jasmin et autour de lui, quelle foule d'écrivains et
de poètes gascons dont les noms brillent, où l'œil les saisit au
passage, mais dont la plume la plus rapide ne saurait reproduire
le tableau :
— Noulens Joseph (d'Armagnac,) fondateur de la Revue d'Aquitaine, qui, embouchant le chalumeau champêtre, a fait parler,
avec tant d'esprit, bêtes et gens dans la « Flahuto Gascouno ».
— Cassaignau Jean (de la Lomagne) qu'on a comparé à Jasmin
et qui s'en est défendu, non sans quelques pointes de malice.
— Adrien Planté (du Béarn) aussi éminent qu'aimable (ce qui
n'est pas peu dire) président de la Société des Arts et Sciences de
Pau, Président de l'Escole Gastou F'ebus, dont les improvisations
Béarnaises coulent et sonnent comme les eaux bruyantes de nos
Gaves.
— Miqueu Camélat, le Félibre majorai, de la haute montagne,
le chantre de la douce « Béline », le pionnier infatigable du dictionnaire Gascon.
— Simin Palay (de Béarn et Gascogne) dont les vers résonnent
comme les syllabes de son nom. à qui on Iresse des couronnes,
presque simultanément, à Cologne (en Allemagne) et à Toulouse
(en toulousain) auteur d'oeuvres remarquables : « Pouésies e Cansous » « Sounets e Quatourzis » « lou Franchiman » « Bersets de

�Youenésse e coundès à risé » « Cansous en taus maynadots »
« Tolosa » « la Rebiscoulade » etc., etc.
— Lalanne, félibre majorai, secrétaire-général de l'Escole GastouFebus, auteur des « Coundès Biarnés » et « ue Benyénse ».
— Xavier de Cardailhac, dont la plume alerte célèbre presque à
la fois Jasmin et Camélat.
— Le Docteur Dejeanné,' aujourd'hui si regretté, ancien viceprésident de l'Escole Gastou-Fébus, en Bigorre, auteur des Fables
de La Fontaine en rimes bigourdanes.
— Le Docteur Lannelongue, sénateur, membre de l'Institut,
Vice-Président de l'Escole, en Armagnac, qui ne dédaigne pas de
faire entendre la langue Gasconne, dans l'Inde, la Chine et le
Japon.
— Léonce Couture qui fut « la Cigalo de la Douzo ».
— J. F. Bladé qui fut « la Cigalo dou Gers ».
— Isidore Salles, qui figure en bonne place dans « l'Empire du
Soleil » d'Armand Praviel.
— Alcée Durrieux qui^ fit le dictionnaire étymologique de la
langue Gasconne.
— Prosper Duplan qui fait dériver la plupart des langues vivantes
de l'idiome celte de Bigorre.
— J. Michelet, notre éminent collègue, trésorier de la Société
gasconne « La Garbure » qui vient d'élever à la mémoire des
poètes Gascons du Gers un magnifique ouvrage auquel nous avons
puisé nos meilleurs renseignements, en ce qui les concerne.
— Le savant Espagnolle qui par 1' « Origine des Aquitains » démontre l'origine grecque de notre langue.
— Mazure qui fit l'histoire du Béarn.
— Lespy, la grammaire Béarnaise.
— Nos aimables collègues du beau sexe :
.Mme Filadelfo de Yerde, qui nous a donné les « Cantos d'azur»,
« Cantos d'Eisil » et « Cantos de Dòl ».
Mme de Libertat, qui vient de recevoir les Palmes Académiques
et de publier son livre « Moisson d'étoiles ».
Mme (luiIlot, la reine de Gascogne, aussi gracieuse que belle,
qui préside avec tant de distinction nos Cours d'Amour et chante
avec tant de charme « la Coupo Santo » et « Lou Printems ».
— Sarrieu, l'érudit professeur du Lycéed'Auch, l'âmede l'Escole
deras'Pireneos, l'auteur des « Imnes d'Amou ».

�- 192 —
— D'Almeida, le Félibre de Mézin, l'hôte estimé de Loupillon,
qui versifie aussi bien qu'il déclame:
S'em demandon d'oun souy, dizi : souy dé Mézin,
LoU païs dous boussous, lou païs dou boun bin,
Dé Mézin qu'aymon bien, malgré caouqué défaou,
Dé Mézin aou gran co, dé Mézin aou cat caou.
Souy dé Mézin, oun ès bazut Fallièros !
Coumbien dé bilos coumo tu sèren iièros
De l'appera soun hill ' lé, qu'èros ignourat;
Aney toun noum qué passo à la postéritat !
— Louiset de Lacountre, qui fit la pastorale « Despourri à SènSabi ».
— Charles du Pouey, le vénérale président honoraire de la
Société Académique de Tarbes, qui, à 86 ans, envoie au Musée de
Mauvezin, son portrait, avec cette dédicace :
Qu'em demandât lou mi pourtret
En taou Museo dou bieilh castet ;
Mesclat esté dab l'antiquaillo,
Lou bous bailli, vaille qué vaille.
— Les 4 inséparables d'Auch qui avec « Ahéus e flous » nous ont
donné une gerbe de chansons enguirlandée de fleurs.
— L'abbé Daugé, secrétaire de l'Flscole Gastôu-Febus, dans le
pays des « Lannes », aussi bon chanteur que fin diseur, auteur de
plusieurs ouvrages « Flous de lane » « Sounets de Malau » « Grammaire Gasconne » et même d'une tragédie « Sente Quitayre ».
— Labaigt Langlade, vice président de l'Escole, en Béarn, auteur
de « Pouésies Béarnaises » « Flocs embrumais » « Briiilétes estarides dou mé casaii ».
Et bien d'autres, dont la liste serait longue ; à remarquer pour
leurs écrits en langue mayrane :
— Ugène de Larroque avec « Arrépouès ).
— De Dambielle avec « Parpalhôusy Flourines ».
— Auguste Peyré avec « Petites pouësies y cansouètes ».
— Félix Arnaudin avec « les Contes populaires ».
— L'Artè dou Pourtau avec « Melhé arride qué ploura » « Lous
dus parlas d'à Nouste » et « La Cante dou Couarrou ».
— Le Docteur Lacoarret avec ses beaux livres « Au Peys Ber » et
« Pous paysas ».

�— 193 —
— Henric de Pellisson avec « Noste Dame de Sarranse » et « Libé
de Baretou ».
— Cyrille Labeyrie avec « Grouns d'Arrous ».
— Léo Lapeyre avec « A Noste ».
— Andréu Baudorre avec ses « Gantes paysannes »et « Mugot ».
— Sylvain Lacoste avec ses « Versions gasconnes ».
— Lou Cascarot qui nous fait rire avec ses chansons et nous fait
pleurer avec « La gran May ».
— L'abbé Jean Pailhé, curé de Mauvezin, dont la modestie exagérée cache à tous les yeux son brevet de protonotaire apostolique,
qui fut l'âme de la restauration du vieux château-fort et sera le
premier conservateur de son Musée ; cher et encore pauvre Musée
qui attend ce que ses amis voudront bien lui confier dans l'intérêt
du Félibrige !
— Marius Fontan, d'Aignan, le paysan-poète, si souvent couronné, le collectionneur infatigable des vieux mots de notre
langue.
— Les Félibres, dont les œuvres reçoivent les lauriers de Fébus...
et tant d'autres qui, à la suite de la Pléiade ancienne, vont former
comme une voie lactée d'étoiles au ciel de la Gascogne.
Ne serait-il pas intéressant de retrouver ici quelques vers de
nos poètes Gascons, ne fût ce que pour suivre, d'un rapide coup
d'oeil, les diversités de notre langue mayrane, suivant le terroir et
à travers les âges ?
En 1578, Henri de Navarre et Marguerite de Valois, sa femme,
arrivent à Nérac. Salluste du Bartas fait ainsi parler la Nymphe
Gasconne qui veut, avant la Nymphe Latine et la Nymphe « Françoise », saluer la reine et sa beauté:
«
«
«
«

Leichem esta la force. Oun mes on s'arrasoue
Mes on bé qu' jou é dret de parla dauant bous.
lou souy Nymphe Gascoue ; er' es, are, Gascoue,
Soun marit es Gascoun, é sous sutgets Gascous.

«
«
«
«
«
«

Baïse, enfle toun cous ; coummence t' hé més grane
Que lou Bhin, que lou Pô, que l'Ebre, que la Tane,
Glouriouse, hé brouny toun gay per tout lou Moun.
Baïse, enfle toun cous ; coummence t' hé més grane
Puch que jamés lou Rhin, lou Pô, l'Ebre, la Tane
Nou bin sur lou grâué tan beutat que lou to m.

�— 194 —
«
«
«
«
«
«

Creich, ô petit Nérac ! Nérac, ereich tas barralhes,
Leue tas tous au céu ; cinte, de tas muralhes,
Tout so que de plus bet cintet iamès lou Moun !
Gare halbe deu jour, bet escoune de grassie.
Huch léu, buch, bé mucha sur Faute .Moun ta fassie !
Assiu raye un Lugran plus lusen que lou toun.

Au commencement du xvne siècle. Dastros, surnommé l'HésiodeGascon, se plaint de l'envahissement de la langue d'Oil et engage
ses compatriotes à maintenir leur langue maternelle :
«
«
«
«

Crey me, Gascoun, n'ajos bergougno
De noste lenguo de Gascougno
Ni de l'augi, ni d'en parla
Coumo à Laytouro é à Sent Cla.

«
«
«
«

E la nosto sens ourresio
Neto coumo bérobassio ;
N'a nat mescladis, ni nat fard,
Nat mot estrani, ni bastard,

« Se pouyra fourma un Bergil
« Un Démoustèno ou un Ouméro...
Plus tard, il chante l'Amour qui revient au printemps :
« La pageso dab soun pagés,
« La bourgeso dab soun bourgés,
« Lou gran Baroun dab la gran Damo,
« Lou hoiiec d'amou toutag alamo.
« Las biestos brudos à soun tour,
« Lou Couloumet dessus la tour
« Lous auzerets per la hoiieillado
« Lou bestiaret dessus la prado,
« Lou Parratoun peous traucs deou mur
« Elous peychis an lou bounur
« De hé l'amou sens nado hounto
« Deguens la gourguo més pregunto,
« Coumo lous hérams au demést
« De la més escuro ahourést ;
« Caria terro, l'ayguo, ni l'ayre
« N'an arré que d'amou se payre...

�— 195 Plus tard, vers le milieu du xvii0 siècle, Baron Louis (du Comté
d'Astarac) né à Pouyloubrin, près de Masseube, chante son pays
nàtal, dans une ode dont nous n'extrayons que quelques vers :
«
«
«
«
«
a

Cantem, gascounes pastourettes,
Las bigarrades mountagneltes
Deu tucoulet de Pouyloubrin ;
E per sa glorie qu'es ta bére
Hasan tinda per la ribére
Lous fredous de nostre clarin.

«
«
«
«
«
«

Aquet bét loc de ma nechense
Mérite per recounechense
Un councert tà planaiuslat.
Qu'au dous aire de noste muse
L'embeie se trobe camuse,
E lou prêts de noste coustat.,.

Puis, il célèbre brillamment la Gascogne.
«
«
«
«
&lt;(
«
«
«

Muses aquo mous es bergougne
E mous deurém accusa
Quan n'auem de loungtems en sa,
Cantat l'aunou de la Gascougne
Despleguém sa glorie sur taule ;
E que per dret mous sîe permés
De la banta tout à jamés,
Entroque perdam la paraule.

«
«
«
«

Flourich, bénaside Gascougne
Teng te toustem en boun estât
Ma man, per traça ta beutat,
Sera tout jamés én besougne.

«
«
«
«

Tas terres sera renoumades,
De tu parlaran en tout loc ;
E tu t'en pourtaras lou floc
Dessus lasisles fortunados.

�— 196 —
Le 16 Septembre 1649, du même, Baron Louis, une ode-épitaphe
à Goudoulin (à qui Toulouse vient d'élever une statue) :
«
«
«
«
«
«

Acy deguens és susterrat
Per tout jamés bouquebarrat
Goudoulin, l'aunou de Toulouse !
Countreaquet esperit gaillard
La mort a jougat au bieillard
E la fourrât en la balouse.

« De gran sentimen de doulou
« Phœbus a cambiat de coulou ;
« E despuch que lou clot embarre
« Un trésor rare coum aquet« Et, boute au croc soun réseguet
« E desacorde sa guitare.
Au xvme siècle. Xavier \avarrot, surnommé le Béranger du
Béarn, qui a tant contribué à faire ériger une statue à Despourrins,
en 1840, chante comme lui, mais un siècle plus tard, l'amour et la
gaieté.
« Bouques resquettes
« Tan beroys œlhous
« Tendres merbelhous
&gt;
« Cors ta joens y ta tilhous.
« Entratz bloundettes
« Entratz brunettes
« Bienetz palhetes
« Flour de la sasoun ;
« Bienetz per bandes
« Fourma guirlandes
(( Y plates bandes
« Sus lou berd gazoun
Au dix-neuvième siècle et plus près de nous : Cassaigneau Jean
(de la Lomagne) couronne de fleurs a Las papillotos » de Jasmin
et finirait par le défriser :
« Aci qu'és, disets-bous, le ribal de Jasmin !
« Nani, Moussu, d'aquet séou pas à miéy camin ;

�— 197 —
« Fabourit d'Apolloun, dan sou poulit lingatge,
« Sous bersis plà limats, soun aire pietadous,
« Le poëto Agenes recep sur soun passatge
« Laourés, couronnes d'or e juntados de flous ;
« lou, praoubé gus, rimurde pacoutillo,
c Bricolaouzat pou Diou de l'Hélicoun,
« Coum' un limac, toutjour din nia couquillo,
« Séou proche d'et un plà petit ciroun !
« Es peraco que me preng pas l'embejo
« D'ana prêcha, poumàdat e cap nut,
« Dins aquets bets salous oun le Jasmin trepejo
« E tuste din sas mas quan tout le mounde és mut!...
« Mes tabé, de l'Estat tiri pas nado pago...
« Crouxis, pensious, ribants, soun de mâchant gagna !
« Préféri, sou biouloun en tou hé zigo zago,
« Parla d'un charlatan en tout l'escaraougna...
Noulens, Joseph (de l'Armagnac) annonce ainsi les fables et
chansons de sa « Flahuto Gascouno » (1897).
« Pusquem aquets eschantilhous
« De quauques bouçis savourous
« De nosto bersificaturo
« Alisca bosto legiduro
« Din qu'à la fin de mas cansous !
« Adaro, ostan frouncit per l'adge
« Que la ribèro per lou bent,
« Lou Francès noun seniblo plazent ;
« Mé s'emplegui lou bieilh lengadge
« Tant musicayre e gayhasent,
« Fin crezi recayjut maynadge :
« Praco souy aù cap dou cami.
« Aùan d'ana din la hanguèro
« lleze moun soum damb lou bermi,
(i E pareche aû gran judici,
« F]y boulut arredise encouèro
« Quaùques ayres que ma memèro,
« En jumpla dou pé ma cugnèro
« Cantejaùo per m'endroumi,
« Et d'autes apprenguts sentz ero !

�« Aquets taben pouyran serbi,
« Se nou sabon vous deberti,
&lt;( A bous hé bâcha la perpéro
« S'embejots de bous assoupi.
— Camélat Miqueu, le poète Pyrénéen, des hauts Gaves, vient
de chanter l'idylle de « Béline » (1898) qui est aux Pyrénées ce que
Mireio est à la Provence. Mais Béline, devenue mère, va mourir
de couches. Tout le monde est dans la désolation et aux regrets, la
famille, le mari, les amies (et aussi le lecteur). Voici les derniers
vers :

« Yacoulet nou pouden maliga-s la doulou,
« Tan lou sarrabe la canaule,
« Qu'ère cadut sénsé paraule.
« Que l'abèn empourtat. Dou dehore l'amplou
« Emmourtousit que lou saubabe...
&lt;( Toute ue bite s'acababe !
« Quoan tourné ta la crampe, u cos mour ère en blanc,
« Lous oelhs bitrats é la mas yuntes ;
« Touts qu'en anaben sus las puntes.
« A l'estrem u cos biu, balalin-balalan,
— De la mayote la semblénse —
(( Que yemicabe ue plagnénse 1
— Le Docteur Déjeanne (de la Bigorre) dans « Cantets à Bagnéros » (1899).
« Salut à nouste bieilh Bagnéros,
« Gaouyouso e plasento cioutat,
« D'amou, de douços primaouéros,
« Qu'es daouno e rèynode beoutat.
«
«
' «
«
«
«
«
«

De't casaou de nousto Bigorro
Que-n és et orguil e ra flou ;
Qui t'a bist que t bo beye encoro
De tu qne-sbroumbo dab amou.
Quinos beroyos maysouetos !
U cèou lusén coum ouelh d'aouzet !
Us arrious a ras aygos nétos
Qu'Adour mando coum û troupèt.

�— 199 —
— « Aco qu'ey Maubezin, d'oun am heyt patacade !
« Se dit labets Mountluc, qui marche à grans arpats ;
« Saludam Maubezin à la peyre macade,
D'auts cops obre de guerre, adare obre de pats ! »

Combien d'autres, de nos Félibres, ardents au travail et à l'espérance, ne seraient-ils pas à citer ?...
Mais ceci paraîtra peut-être suffisant pour démontrer que nos
idiomes se touchent depuis des siècles et qu'il serait encore facile
de mieux unifier la langue.
Et encore, nous ne parlons pas ici des publications gasconnes
de l'Escole Moundino, à Toulouse, de l'Escole Margarito, à Nérac;
de l'Escole deras Pireneos, à St-Caudens ; ni des travaux de nos
Sociétés archéologiques ni des Réclams de Biarn e Gascougne,
qui sonnent brillamment le rappel de tous les Gascons de la
Garonne aux Pyrénées, de la Neste à la Bidassoa.
Depuis bientôt 15 ans, c'est toute une armée d'écrivains et de
poètes qui promènent, à la suite d'Adrien Planté, leur enthou
siasme et les accents de la langue mayrane, en de magnifiques
randonnées Félibréennes, à Biarritz, à Dax, à Bagnères-de-Bigorre,
à Pau, à St-Sever, à Argelés, à Eauze, à Oloron. à Mont de Marsan,
à Mauvezin et Cauterets, à Condom, et, cette année, encore, à
Salies-de-Béarn, où les fêtes ont été plus belles que jamais.
Mais qui donc vient de dire, quelque part, que la Gascogne se
meurt ?
Cadré pourtan pas bengue lou dise aù Falliero ni tapoc au
Camelat ni au Simin Palay.
« Lou noste Falliero » sourirait dans sa barbe Olympienne ;
Camélat se fâcherait et Simin Palay serait tenté de jouer de la
savate, quelque part.
M. Fernand Laudet, à qui on a fait le reproche de l'avoir dit,
ne l'a pas dit. Fernand Laudet est un des nôtres ; homme des plus
érudits et des plus distingués; Directeur de la Renie Hebdomadaire,
à Paris, mais Gascon avant tout.
J'avais lu son livre « Souvenirs d'hier » bien senti, bien écrit ;
et je ne puis résister au devoir d'en parler. Puisque c'est le volume
incriminé, la réponse à l'accusation doit avoir les coudées franches.
Voici ce que M. Fernand Laudet dit de la Gascogne et du Gascon ;

�— 200 —
« La Gascogne a toujours fait parler d'elle ; si lointaine est son
« histoire qu'elle soulève de difficiles et obscurs problèmes*. Salit vien la compare au paradis ; c'était du moins un paradis où l'on
« se battait et qui connut toutes les horreurs des invasions
. « Cet amour de la bataille, à supposer qu'il soit un défaut, est
« compensé chez le Gascon par des qualités qu'il est bon de rap« peler, parce qu'elles s'incarnent dans la race comme les travers
« et survivent aux événements.
« La gaieté ou, pour mieux dire, l'humeur égale est la première
« vertu gasconne. A la retraite de Russie, un sous-officier délayait,
« en chantant, son chocolat dans la neige et invitait ses camarades
« à déjeuner ; c'était un enfant de la Garonne
« Il est intelligent, car il saisit tout ; il est aussi foncièrement
« honnête, ce qui ne gâte rien
« Aujourd'hui, bien que la vie moderne semble rendre au
« Gascon sa carrière moins aisée, il vit sur sa réputation et sait
« l'entretenir. Comme par le passé, il continuera de s'aventurer
« dans le monde « n'ayant pour avant-garde que son nez et d'autre
« suite que ses guêtres » ; mais il chante en parlant, il est l'aima« ble a fictor » qui rit et fait rire, et, s'il arrive aux honneurs, il
« reste bon enfant ; il demeure l'ami de son camarade d'école....
« La vieille province aussi résiste de son mieux à la contagion.
« de l'uniformité. Dans les champs dépouillés de leur ancien
« manteau, sur les coteaux aux verdures changeantes, dans les
« vallées lointaines ouvertes à la vie, elle apparaît encore partout
« où l'on retrouve l'emplacement d'un camp romain, le cloître
« d'une abbaye, lf s ruines d'un castel, la tour d'une collégiale, les
« ailes d'un moulin, les arcades d'une bastide, et, alors même que
« les ruines périraient, comme à Pergame, la nature déroulerait
c&lt; toujours le même décor original et captivant ; les Pyrénées aux
« flancs d'azur montreraient leurs fronts neigeux et couronne« raient à l'horizon la série des coteaux dorés, tandis que, dans la
» plaine, baignée de lumière blonde, une voix chanterait encore :
Aqueros mountagnos que ta hautos soun
M'empèchen de béde mas amou.s oun soun...
Fernand Laudet entend donc, comme nous, chanter les refrains
de Gaston Fébus.
Tant que les échos rediront, par monts et par vaux, les chansons
de nos aïeux, de Despourrin, de Jasmin, de Rolland, celles que

�«
«
«
«

De tous téns en tas houns bouréntos
Que y bien cerca forço e santat
Detsè s de doulous escousentos
Grans ou couyès, henno ou maynat.

— Le 31 août 1907, aux fêtes felibréennes de Mauvezin, Simin
Palay (du Béarn), pour répondre à une jeune félibre qui venait
d'évoquer le souvenir de quelque troubadour,' de 20 ans, « aux
cheveux dorés », accomplit un tour de force, en improvisant, à la
minule, le sonnet suivant :

A la Pouetësse Alberte
«
«
«
«

Lou blound troubadour qui cercad,
Damisèle, à trabès lous moundes,
Que s'en ey anad ent'aus coundes
Oun lous temps courriès l'an hicat.

«
«
«
«

Més aban, toutu, qu'a mercad
Lou sou passatye per la bite.
E quauqu'arré d'êt que perpite
Aci : la probe, qu'at cercad...

« 0 bé ! tio. L'amne dou cantayre
« Qu'aleyte e bribe per l'ayre
(( Briague de berbe encantad ;
« Coum d'autes cops la bère hade,
« Que crey pla que l'abet gahade
« Au las de la boste beutat.
— L'abbé Daugé, du pays des « Lannes » fait intervenir dans
« Lou Sauneyt de Coundom» (1908), trois personnages: «Lou
Blasi de Mountluc, Bossuet et Dupleix » et il en profite pour
adresser un aimable salut à l'Escole Gastou-Febus, à la reine de
Gascogne et au vieux château-fort de Mauvezin :
((
«
«
«

Lous Félibres de oey que soun d'aute payère
Ne ban pas â Paris ; qu'an u reyne enta d'ets,
U reyne de Coundom, toutun moudeste e flère ;
Coan gn'a, la balen pas, qu'an de mey bèts plumets !

« Qu'an même, en Bigorrc, un nit de pouésie,
« Bielh castet, segoutit per nau cops cen ibers,
« Cintat de sou, de tues, de mountagne bésie,
« E perboucat de nau per un maynat dou Gers.

�nos Felibres font et vont faire ; tant que le feu sacré des jeunes
chauffera le terroir ; tant que nous aurons au cœur l'amour de
notre soleil et de nos champs ; tant que notre bouche, la plume
et le pinceau conserveront la langue, les traditions et les monuments de la vieille Gascogne, nul n'aura le droit de dire qu'Elle
va mourir.
Oui, aujourd'hui et toujours, notre petite patrie, la Gascogne
avec sa renommée, est et sera chantée en gascon des bords de la
Garonne aux rives de l'Adour, du vieux château fort de Mauvezin
aux plus hauts sommets des Pyrénées.
Le béret règne en maître, le long de nos montagnes, de la Méditerranée à l'Océan.
Et, si l'on entend l'un des nôtres s'écrier:
« Toquo-y, si gauses »
Cinq cents Escholiers de Gastou Febus sont prêts à ajouter
spontanément :
« Diu biban ! Toustem Gascous ! Fébus aban ! »
Au qui a dit, aus qui diran que la Gascougne ey mourte, touts,
assi, que se hiqueran sus las puntes, en ta chioula : a Nani, Moussus
é Franchimans,
La Gascougne n'ey pas mourte ».
BIBAL.

NABÈTHS COUNFRAYS
M. Briscadieu, Joseph, abbé, vicaire, à Lisle-en-Jourdain (Gers).
M. Sarthou, notaire, à Lembeye.
M. Gaubert, André, a Masseube (Gers).
M. Graner, Gabriel, propriétaire, à Salies-de-Béarn (E.-P.).
M. Estaniol, Henri, industriel, à Salies-de-Béarn (B. P.).
M. Casteignau, Alfred, avocat, à Salies-de-Béarn (B.-P.).
M. Larrouy, Isidore,1 pharmacien, à Salies-de-Béarn (B.-P.).
M. Loustau, Edouard, propriétaire, à Salies-de-Béarn (B.-P.).
M. Larrouy, abbé, économe à Tivoli, Bordeaux.
M. Barrau, abbé, curé, à l'Uopital-d'Oridn (B.-P.j.
M. Cantonnet, abbé, curé à Orion (B.-P.).
M. Bernardbcigt, Henri, avocat-général, à Agen (Lot-et-Garonne)*
M. Poeydomenge, Xavier, officier d'Administration de l'Intendance, à Philippeville (Algérie .
M. Sarraude, Charles (A;, instituteur, école Paul Bert, à Biarritz.

�LOUS LIBIS
PROPOS

GASCONS

par Xavier de

CARDAILLAC

LIBI TRESAU
Enso de Juven, libérayre a Paris, 13, Carrère de l'Odéon, Mous Xavier de
Cardaillac, que publique lou trésau libi dous sous « Propos Gascons ». Tabey
coum hens lous dus prumès, que s'y débise de causes de Gascougne e de
causes d'Espagne ; e que sabet quin mous de Cardaillac e sap débisa de las
ues e de las autes.
Quin plasé de passeya-s dap eth a trubès la Gascougne de ouey lou die e a
trubès la Gascougne d'autes cops ! L'autou que counech l'ue auta plâ coum
Faute, e, se-s pintre las nouces dou biladye, e se s'amuche quin lous artisas
de nouste e tribalhen lou boys, lou hè, la peyre e la couyre. que-s hè esta
pauses bounes e gayhaséntes, au ras dou gran capitèni Moulue ou dous
quoate mousquetaris de Dumas, touts baduts per aci, hens quauque cor dou
Biarn ou de la Bigorre.
Lous qui boulhen couneche la bite bertadére de d'Artagnan, d'Athos, de
Porthos e d'Aramitz, n'auran pas de mey bou amuchadou que,Mous de
Cardaillac.
Las gusmérades dou libi mentabudes « Las Provincias » — « Espana » —
« Toro ! Toro », que s'amien en Espagne. Enta Mous de Cardaillac, que poden
dise que las Pirénées n'y soun pas mey, ou melhe, que las mountagnes —
qui damouren quilhades entau gay dous côs e dous oelhs, « aquéres mountines qui ta hautes soun » ! — que yunten au loc de dessepara.
Hens « Las Provincias •, l'autou que-s hè u beroy prousèy sus l'irrintznia
bascou, qui ey lou henilhei biarnés, e que-s hè ha la passeyade la mey agradibe capbat l'arribère de la Bidassoa. Ne eau pas esta mourmecs ta parla de
l'Espagne apuch lou Gautier e lou Dumas. Mes mous de Cardaillac que s'en
tire en meste e en gran mèste. Apuch s'abe esmabut dap *ue histoère dou
temps dous Mourous, que sauneye :
« Pendant que je traduisais du Castillan cette histoire vraie, aussi poétique
« qu'un songe des Mille et une Nuits, mon imagination évoquait le souvenir
« de cette heure inoubliable que je passai seul, un matin, dans les salles
« désertes de l'Alhambra. En guise du Sésame d'Ali-Baba, la toute puissante
« propina espagnole m'ouvrit les portes du bois de myrthes où la Belle ne
« dort plus depuis quatre cents ans. Ainsi que l'avait fait Théophile Gautier,
« je fus m'asseoîr, à mon tour sur la margelle du jet d'eau desséché où
« tombèrent, au temps de Coaldil, les têtes.des Abencerages. Dans les veines
« rouges de cette bordure de marbre qui servit de billot, je recherchais la
« trace des flots de sang qui se mêlèrent aux tlots du bassin Puis, longeant
« ces couloirs revêtus d'azulejos aux reflets métalliques, je montai par un

�«
«
«
«
«

escalier délabré jusqu'au cabinet de toilette de la sultane Lindajara. Malgré
les inscriptions obscènes ou bêtes qui déshonoraient ces parois, dans le
revêtement frais des faïences d'émail, sous son plafond colorié aux gaufrures en nid d'abeilles, le tocador solitaire semblait prêt à recevoir la
sultane. Mais l'abeille d'or s'était envolée à tout jamais de la ruche !
« Soudain, un parfum subtil évoqua en me pénétrant, les parfums d'Arabie.
« Hélas ! ils étaient éventés les aromates de l'odalisque. L'odeur venait du
« dehors, à travers les ouvertures sans moucharabis. C'étaient les orangers
« en fleurs des jardins de l'Alhambra qui embaumaient ainsi, et sur leurs
« tiges centenaires, s'ouvraient à nouveau les cassolettes d'argent qui parfu« maient, il y a quatre siècles, les nuits d'amour de Lindaraja ».
Bous qui sabet bede, hens la hèste dou couradye e de l'aunou, aute cause
que las tripes dous chibaus esmendrats, beyat aquesté évocaciou de l'artiste
fénit dou toréo, qui s'aperabe Reverte :
« Il était merveilleux lui aussi, d'allure artistique et de froid courage, ce
« pauvre Antonio Reverte mort si jeune, qnand. en face des taureaux qui le
« blessèrent souvent parce qu'il mettait son orgueil à ne pas lâcher pied
« devant eux, les jambes élargies piquant le sol comme les pointes d'un com« pas, il faisait onduler les cornes menaçantes sous le vol de sa muleta.
« Puis, l'animal couché à terre pendant l'ovation tonitruante, Reverte noble
« comme un cheik de grande tente longeait la barrera et répondait aux
« bravos avec le Salam arabe de ses bras étendus ».
Aquéres citacious que-p proben que la loengue dou nouste amie qu'ey
toustemps franque, arderouse, caute, clare e néte. Leyet aqueth libi, lous
amourous de las causes bères, e de las causes bères qui soun noustes.
Y. DOU BOUSQUET.

Lou Yérant : E. MAMÏIMPOUEY.
PAII .

EMPIUMER1E

VIGNANCOUR —

PLACE

DOU

PALAVS.

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              <text>Mistral, Frédéric (1830-1914)</text>
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              <text>&lt;p&gt;Bibliot&amp;egrave;ca de l'Esc&amp;ograve;la Gaston Febus&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.reclams.org/" target="_blank"&gt;&lt;img style="height: 97px;" src="http://occitanica.eu/images/omeka/gaston_febus.jpg" alt="" height="97" /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Vignette :&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.occitanica.eu/omeka/files/original/e472a8c919c77eed6b76d1205b58246f.jpg"&gt;http://www.occitanica.eu/omeka/files/original/e472a8c919c77eed6b76d1205b58246f.jpg&lt;/a&gt;</text>
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              <text>&lt;a class="link_gen    " href="http://www.sudoc.fr/039860345" target="_blank"&gt;http://www.sudoc.fr/039860345&lt;/a&gt;</text>
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              <text>Reclams de Biarn e Gascounhe&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/2019"&gt;(Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
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