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                  <text>Depuis la publication, en septembre 1911, d'une étude sur les
coutumes et les chants de Noël en Béarn, des documents nouveaux sont venus compléter mes recherches et les lecteurs des
Reclams qui s'intéressent à cette question de notre vieille littéra
ture noélique béarnaise seront curieux peut-être de connaître ces
données et ces précisions nouvelles.
Aux deux prêtres béarnais, Henri d'Andichon et Michel Garet,
qui ont rimé des Noëls en notre langue, il faut ajouter le nom
d'un curé bien connu des érudits, l'abbé Bonnecaze, de Pardies.
Il a été plusieurs fois question de l'abbé Bonnecaze dans les
séances de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau. M. l'ab.
bé Dubarat, le 28 mai 1888, avait examiné si un manuscrit sur
l'histoire du Béarn n'était pas l'œuvre du curé d'Angos(l). Il parla
encore de lui le 23 novembre 1891 (2). Eu 1906, le Bulletin de la
Société a commencé, sous le titre de Variétés béarnaises la publication de documents trouvés dans les papiers de l'abbé Bonnecaze (3). M. Ernest Lasserre, avocat, dans une causerie spirituelle,
analysa, le 25 février, 1907, une Histoire de Béarn encore manuscrite, composée par ce prêtre (4).
Dans ses Etudes historiques et religieuses du diocèse de Bayomie,
l'abbé Dubarat s'était encore longuement occupé du curé Bonnecaze. Il avait publié sa curieuse autobiographie 5) et son Histoire
des villes, bourgs et villages principaux du Béarn (6). Le P. Mignou,
de la Congrégation des Lazaristes, qui possède plusieurs manuscrits du fameux abbé, a également fait paraître, dans la Revue
historique et archéologique du béarn et du Pays basque, des documents touchant le rétablissement du Parlement de Pau en 1775 (7),
et le rôle de la milice de Béarn ou des Bandes béarnaises, au
xviiie siècle (8).
L'abbé Jean Bonnecaze naquit à Pardies de Nay, en 1726, d'une
famille de paysans. A 20 ans, après un pénible et curieux pèleri
nage à St-Jacques de Compostelle, il déclara à ses parents sa réso(1) et (2) Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau,

IIe série, tome 17, p. 341 et 432 ; tome 21, p. 408.
|3) Ibid., tome 34, p. 1 ; tome 38, p. 31.
(4) Ibid , tome 35, p. 303.
(5) Autobiographie de Jean Bonnecaze de Pardies, curé d'Angos (17261804). (Etudes historiques et religieuses du diocèse de Bagonne, tomes 5 et 0,
passim.)
(6) Etudes hist. et rel., tomes 8, 9 et 10, passim.
(7) Bévue historique et archéologique du Béarn et du Pays bascjue,
lre année, p 3O0.
(8) Ibid., 29 année, p. 289 et sq.

�- 82 —
lution de devenir prêtre, commença ses études avec le vicaire de
Pardies, puis se rendit à St-Pé de Bigorre, fit deux années de philosophie chez les Jésuites de Pau, et enfin sa théologie au séminaire
des Lazaristes. En 1760, il fut ordonné prêtre par Mgr de Révol,
évêque d'Oloron, et nommé vicaire d'Asson. En quittant la maison
paternelle, il reçut les recommandations suivantes de ses parents :
« Mon père me recommanda la sagesse et de me tenir selon
mon état ; il ajouta : Dinquio adare, jou qu'eb ci fournit ço qui ère
necessari pendent bostes estudis ; adare, qued en estât de-b gagna lou
paa; que tribaillarat enta-p en gagna; jou qu'ei tribaillat toute ma
bile coum un galérien enia-p neiiri et esllteba à bous et à bostes frais;
que creï d'en estaquiti daban Diii et daban deus homis ; bostes regens
qu'e-b an instruisit, chens doute, deus debes de boste estât, quéi à bous
de-p ensoubiéne et d'agi en counséquence. Jou qu'ey luit en sorte d'esta
houneste homi de même que mouns ancestres ; tachât de ha aunou à la
famille enta que arrés non pousque blasma boste conduite. Et il
m'embrassa les larmes aux yeux. Ma mère après lui m'embrassa
en pleurant et dit :
Adiuliat lou me hilh, pregat Diii per jou., qui soi/ pecadoure ; bous qui
abet adare lou bounhur de lia descende sus l'hautel boste Redemptou et
lou mec ; qu'eu tieneral touts lous dies enter bostes maas ; pregat lou
permeremens qu'e-b bouillie ha la gracie d'esta son digne serbidou, et
que bouillie acourda à boste pag et boslemay las (gracies necessaris entou serbi et l'aima penden aqueste misérable bile enta que pousquam
habé enfin la bite éternelle.
Segondemens, pregat-lou per toute nouste famille que la bouille tiene
débat sa sainte proutectiou, enta que lous qui bienguen après nous,
qu'es pousquen sanctifica et bibe en gens de bee et d'aounou.
Troisièmemens, pregat per lou repaoiis de las amnes deus defuns de
nouste famille, de noustes parens et de touts lous chrestias en général.
Qualrièmemens, soubienet-pe de touts lous qui-p an enseignât et de
touts lous bienfaitous de nouste famille, de même que de noustes enemics
à l'exemple de Jesus-Christ, qu'eus bouillie touca lou co et lia-iis comberti. Si jou ei résistât quauque temps à boste boucatiou, que nou ère
que enta sabe si ère ferme et deu grand pou que jou abi que entreprengousset un oubradge tan délicat, et que après que l'abandounesset
hountousemen, ou per leugeretat ou per incapacitat. Més a présent que
bey dap satisfactiou que Diu que-b a chausit enta sou serbidou particulier; rendet glorie au Tout-Puissant et à la Ste-Rierge, Nouste Dame
dePiétat, car que crei que lous petits serbices qui abetrendut à NousteDame quouan èret sacristin, que soun la cause que bous qu'ed parbiengut
à l'estât qui abet, que lou Segnou p-a dat en récompense.
Ì'estât deu prêtre qu'ei saint, més tachât de ha en sorte de hounoura
boste caractère ; siat doucile, affable et compatissen enta tout lou

�— 83 mounde ; ayat lou coo bou ; bous que sabet miellou que jou las habitudes ;
het usatge de ço qui troubét ans libes de plus parfait, enta ha boste
salut et enta serbi ans aut»s de bon exemple y. (1)
En 1767, il fut transféré au vicariat de Moncaup où il ne resta
que deux mois et demi. Il revint dans son premier poste et en 1770
fut nommé chapelain aux forges d'Asson. En 1771, lorsque le
fameux Maupeou supprima tous les Parlements qui résistaient à
la royauté et érigea de nouvelles cours, l'abbé Bonnecaze ne craignit pas d'écrire au Chancelier et de s'offrir pour une charge de
conseiller au nouveau Parlement de Pau. Il est vrai qu'il connais
sait plus ou moins les matières de justice. Il eut des difficultés à
Pardies, son village natal et il soutint de nombreux procès. Une
lettre de cachet vint même lui défendre de paraître dans cette
localité pendant quelque temps, parce qu'il y excitait des divisions ; il eut tout particulièrement à se défendre contre M. de
Péborde, subdélégué de l'Intendance, qui était seigneur de Pardies.
En 1779, Bonnecaze fut nommé curé d'Angos (aujourd'hui
Navailles-Angos). Il composa alors une Histoire du sanctuaire de
Piétat, sous ce titre : « Histoire de la Chapelle de Notre-Dame de
Piétat, sise au lieu de Pardies près Nag faite en 1781, par le sieur Jean
Bonnecaze, prêtre dudit lieu et curé d'Angos. A Pau, de l'Imprimerie
de J. P. Vignancour, imprimeur du Roi et du Parlement, près des
Cordeliers — MDCCLXXXI ». (in-12 de 67 pages).
Lorsque la Révolution éclata, l'abbé Bonnecaze en épousa toutes
les idées, prêta tous les serments et composa pour l'église constitutionnelle un catéchisme intitulé : « Catéchisme écangélique de la
doctrine chrétienne, puisé dans l'Ecriture Sainte, rédigé par le citoyen
Bonnecaze, prêtre, curé d'Angos et d'Argelos, l'an 2me de la République
française. A Pau, de l'imprimerie de J. P. Vignancour ». (in-32
de 11-106 p.)
En 1793, on le retrouve à Pardies où il bénit une chapelle qu'il
s'était fait bâtir. Dans les dernières années de la Révolution il fut
agent de la commune de Pardies. Au Concordat, il ne reçut pas de
destination ; d'ailleurs, il était déjà bien vieux et il mourut le 16
brumaire an 13 (7 novembre 1804)
L'abbé Bonnecaze avait beaucoup écrit, beaucoup copié et compilé. 11 figure même au nombre des poètes béarnais. Les diverses
éditions des Poésies béarnaises parues chez Vignancour lui attribuent la fameuse chanson :
Ayam bi, biengue d'oun biengue,

(1) Autobiographie de Jean Bonnecaze, etc. (Eludes hist. etrelig., tome 5
p. 265). Nous avons conservé à ce morceau l'orthographe originale,

�— 84 —

et il est assez piquant de constater qu'il est l'auteur de l'une des
rares chansons bachiques en béarnais qui ont été imprimées. 11
faut croire que ce fut chez lui une exceptionnelle boutade de belle
humeur. Car il nous apparaît plutôt grave par situation et aussi
par tempérament ; c'était un positif, occupé d'affaires, un carac
tère morose et inquiet, peu porté vers la poésie et les œuvres
d'imagination.
Cependant il nous raconte que tout enfant il aimait les chansons
et les Noëls. Il allait quelquefois le dimanche « chez le nommé
Claverie qui avait étudié le latin et qui avait été régent ; cet homme
(lui) prêtait des Noëls pour les copier et des livres pour lire. » 11
ajoute qu'ayant « un gosier fort libre et la voix douce et mélodieuse », son plaisir était « de chanter des Noëls, des cantiques et
des chansons; quand (il) pouvait rencontrer le nommé Jean de
Cassou, de Pardies, en gardant le bétail ou autrement, (île passaient)
le temps à chanter. » (1)
Devenu prêtre et vicaire d'Asson, il attira les enfants à son catéchisme en les faisant chanter et en leur distribuant « des chapelets,
des Noëls et des cantiques. » Il s'exerça lui-même à rimailler
quelques cantiques et Noëls, comme il nous l'apprend dans son
autobiographie : (2) « Je composais des Noëls pour les faire chanter
avant le catéchisme pendant l'Avent, et toujours je faisais chanter
un cantique avant de commencer; cet exercice était du goût des
enfants, en attirait d'avantage et ils apprenaient à chanter. »
Ces Noëls, M. l'abbé Dubarat les avait trouvés et copiés dans les
papiers de Bonnecaze et il mêles a aimablement communiqués.
Ils sont au nombre de six, dont quatre en béarnais. L'auteur luimême les avait réunis sous le titre de : Noëls nouveaux, composés
par le sieur Bonnecaze de Pardies, prêtre et vicaire d'Asson, depuis
1760 jusqu'à 1769.
1 .— Noël fait en 1763 pour le premier dimanche de l'Avent (Sur
l'air : U pastou malhurous, j'a housse en Oungrie etc.)
Desbelhet l'eu
Qui droumes
Ue bouts que
Si-m semble,

chrestia
sus la terre,
t'apère,
bel tems a, etc.

2. — Noël nouveau, composé en 1769. (Sur l'air : U joen pastou
que m'èy troubat etc.)
Lous Adbcns nous débëm canta
A l'aunou deu Messie
Qui bién per nous,
Enta-ns sauba, etc.
(Il Autobiographie de Jean Bonnecaze etc. loc. cit. p. 52.
(2) Ibid.) p. 268,

�- 85 3. — Noël nouveau, composé en 1769. (Sur l'air : Pechet, mas
aulhétes, péchet douçamen etc.)
Cantem touts amasse
U soulet moumén,
Puch que lou Messie
Nous da saubamén.
4" Noël nouveau fait en 1769. (Sur l'air : Malaye quoan te bi,
trop charmante brunete).
Lou tems qu'ey acabat
D'esta déns la souffrénce,
Diu que-ns remet l'ouffense
Qu'Adam abc causât, etc.
Ces Noëls de l'abbé Bonnecaze n'ont rien d'original ni dans
l'idée ni dans l'expression. C'est le développement banal et poncif
d'un lieu commun sur l'attente du Messie. Le style n'offre rien de
pittoresque : pas de trouvailles, pas de mots de bon cru ; sa langue est farcie de francimanderies, comme d'ailleurs les discours
que lui adressèrent son père et sa mère et que nous avons cités
plus haut. C'est ce qui explique que ces Noëls soient en quelque
sorte morts nés et qu'ils ne lui aient guère survécu.
Néanmoins j'ai tenu à rappeler ce nom, d'abord parce que
la plupart des auteurs de nos Noëls sont inconnus et qu'il est
d'autant plus intéressant d'être tixé sur la physionomie de quel*
ques-uns d'entre eux, et aussi parce que l'abbé Bonnecaze, qui a
composé la chanson bachique dont nous avons parlé, occupait déjà
une place dans notre Parnasse béarnais, pour parler comme
au xvme siècle. Quoique minime, l'intérêt qui s'attache à ce curépoète est de quelque importance pour les curieux.
J.-B. LABORDE.

{A suivre)

vicaire à St-Jacqucs de Pau.

�— 86 —

Lou dòu nouste
La mourdou Presidén qu'a toursut lou cô en hères. Quauques
amies oue m'an hèyt la gauyou d'escribé-m en ta-m ha par de la
loue péne.
Lou purmè de touts, Mous de Bibal, qui a après pèr hasar lou
malhur nouste hoèyt dies troptar. Lou dèts d'abriu que-m disè:
... « J'ai été vivement peiné de n'avoir pas été prévenu...

Si j'avais

pu pressentir que notre cher Président était menacé, j'aurais fait le
voyage d'Orthez, pour lui apporter, en silence, ma dernière poignée de
main et voir un des ses derniers sourires ».
Lou trétze, lou Presidén d'haunou qu'a pensât a la seguide de
l'obre qui ne déu pas soufïri, qui ne déu pas mouri : abandouna-lé
a d aquéste moumén sustout que seré ha afroun a la memori dou
mour. Assiulous sou abis :
« Par le désir de notre premier Président, (qui prévoyait, hélas ! sa fin)
par l'élection faite en Assemblée Générale à Capbreton, sans protestation,
M. Batcave, digne à tous égards, est notre Vice-Président général. Il a
remercié, accepté, promis son concours : C'est un fait acquis. Il détient
naturellcmeiit, par la force des précédents notre Président ... »
Xavier de Cardaillac,

en ûe létre de quoate payes que dèche

debisa lou sou cô :
... « J'ai éprouvé une véritable peine à la nouvelle de la mort de cet
homme de bien et de valeur.... »
Qu'a l'ahide que aquére mour n'estanquera pas en la soue bie
l'obre de descentralisaciou.
Xavier Casamajor,

mayre d'Aulourou, en quauques arrèques

toucantes, que dits tout lou dou-bèy qui pénse de Mous de Planté
e que-m carque de manda las soues counsoulacious aus afflyats.
Toutes las gazétes loucales e regiounales de toute coulou qu'an
saludat la despulhe d'où qui s'en éy anat. Aquéres gazétes que ban
en toutes las mâs, n'en diserèy pas doun arré de méy.
Més acera, a l'aute cap de mà, ùe balénte hoélhe Ar Bobl, qui hè
enta-u bretou so qui hèm nous enta-u gascou que hè assouciance
ou nouste dòu : Lou numéro dou 13 d'Abriu que dits, sinnat
F. Jaflrennou :

�87 Deuil régionaliste. — Le félibrige est en deuil. Il vient de
perdre l'un de ses plus vaillants Majoraux, M. Adrien Planté, ancien
député, ancien maire d'Orthez.
C'est à lui que le Béarn est redevable de la véritable renaissance littéraire, qui s'est manifestée dans les belles régions pyrénéennes. Fondateur
de la Société Gaston Phœbus, il organisa à Pau ces assises félibréennes
que Mistral présida dans la salle des Etats de Béarn et qui resteront
légendaires en Gascogne.
« Amoureux de la cause du Béarn et de la Navarre, écrit J.- V. Lalanne dans les Réclams de l'Escole, fier de sa patrie orignelle, il fouilla
les vieilles arckives de France et d'Espagne, écrivit de beaux livres et
bailla de belles conférences dans les grandes villes. Lou sou calam
qu'ère escricat et lègre, lou sou talén d'ouratou de purmère régue ».
Les bardes de Bretagne prennent part aux regrets des félibres du
Béarn et de la Gascogne à leur vénéré Majorai.
Lou bayle dou Counsistori, Dr Fallen que-m dits :
« Moun car mayourau,
... « Loumèstre de Maiano me faguè passa autant lèu la detpacho
que veniè de recebre dôu bèu-fiéu de Planté e n'aguèu lou cor matrassa.
Aviéu vist qu'un cop lou bon mayourau en n'en aviéu garda lou meiou
souveni. Gardaren soun dôu tout aquest an e lou ramplaçaren
qu'en 1913.
Dr FALLEN.
Enfègn l'Union historique et archéologique du Sud-Ouest de
Bordeaux que-m a hèyt escribe aquéste létre qui crèy debé balha
sancére.
Monsieur le Secrétaire général et cher Collègue,
J'ai l'honneur, au nom de la Section Centrale et du Conseil d'Administration de l'Union Historique et Archéologique du Sud-Ouest, de
vous adresser et de vous prier de transmettre à votre Société l'expression
de leurs vives et profondes condoléances à l'occasion de la mort de votre
Président, U. Adrien Piaulé.
Planté fut un des fondateurs les plus zélés et les plus actif* de notre
Union. Son intelligente initiative organisa en 1908 le Congrès régional
d'Histoire et d'Archéologie du Sud-Ouest à Pau, Congrès où lurent
signés nos Statuts ; et chacun se souvient des qualités d'hôte et d'organisateur par lesquelles il donna à cette réunion un attrait inoubliable.

�— 88 —
Le Bulletin de l'Union, du trimestre prochain, dira les regrets que
toutes les Sociétés unies associent aux vôtres ; mais nous n'avons pas
voulu attendre jusque là pour vous exprimer, ainsi qu'aux Membres de
l'Escole Gastou-Febus, les sentiments attristés que nous inspire la disparition de l'ami loyal et du collègue distingué que fut votre Président.
Veuillez agréer. Monsieur le Secrétaire-Général et cher Collègue,
l'assurance de notre confraternelle et très distinguée considération.
Pour le Conseil d'Administration :
HABASQUE,

délégué central.
Au nourri dou burèu, au noum de l'Escole Gastou-Febus, que
disi grans mercés a touts lous qui-m an hèyt la gauyou d'aquéres
paraules counsouladoures ; a las gazétes dou parsà, granes e
petites, de toutes coulous, de toutes oupinious, tabé grans, grans
mercés. Que demoureram s ou cam de tribalh enta la seguide de
l'obre coumensade pèr Planté, tan qui las forces e s durin ou tan
qui las circounsténces e s'at permétin.
J.-V. LALANNE.

0&lt;g peftlte E§e&lt;e&gt;!ep hûbe de la grarae
A Lembéye que s'éy fourmat û ahoalh de baléns qui bolen remuda a
la loue mode lous Biarnés de pèr lou. La loue mode qu'éy la boune
pramou que ban truqua oun éy l'ahide de la race ; a l'escole. Que
bouli dise quin se soun arranyats ta-d aquero, més a l'arrepensemén
qu'èy credut de ha miélhe encoère, de balha tout natre l'aperét de Mous
de Mendiry. Assiu que l'abéts. Que mandi touts lous mèys coumpliméns
aus amies dou Vic-Bilh e que souhèli que s'en y trobi hères pèr Biarn e
Gascougne enta alounqua lou souc qui éths couméneen.
J. V. L.
Des félibres de la région, membres de l'Escole Gastou-Febus,
viennent de fonder, au cours d'une réunion tenue à Lembeye, le
25 Mars dernier, une section nouvelle de cette Escole qui a pris
le nom de Parsà dou Vic-Bilh.
J'ai l'honneur, au nom du bureau provisoire, qui m'a délégué les
fonctions de secrétaire, d'appeler votre attention sur cette
initiative.
Notre but est d'enrôler sous la bannière de Fébus, dans cette
section, toutes les bonnes volontés qui peuvent aider l'Escole à

�- 89 -

donner au peuple béarnais davantage la fierté de sa langue et de
sa race, l'amour de la vie saine et simple des ancêtres, à lui faire
connaître et à lui faire aimer par l'Ecole, par les gazettes, par nos
Béclams, par les réunions, l'histoire de la maison paternelle, de
son village, de sa province le Vic-Bilh, de sa petite patrie le Béarn ;
à sauver de l'oubli qui les menace les vieilles chansons béarnaises
que l'on ne chante presque plus, les contes de notre enfance, les
légendes, les traditions du passé, et à les faire servir, en même
temps que notre langue, à l'application de la méthode de culture
et d'éducation populaire que le Ministre de l'Instruction publique
préconise et encourage.
M. l'Inspecteur d'Académie des Basses Pyrénées a bien voulu
nous autoriser à faire appel au concours de tous les instituteurs et
institutrices du Vic-Bilh — qui sont membres de droit de notre
Section — poui l'organisation d'un Concours de Jeux
floraux qui aura lieu très prochainement à Lembeye, dont le
programme sera publié dans quelques jours, auquel seront admis
tous les élèves des Ecoles communales du Vic-Bilh, et qui consistera, notamment, pour chaque concurrent :
a) A traduire, par écrit, en français, une page béarnaise du
choix de la Commission ;
b) A lire une page béarnaise du choix de la Commission ;
c) A chanter une vieille chanson béarnaise de son choix ; — (un
concours de chœurs sera greffé sur cette partie du programme) ;
d) A réciter une poésie ou un conte béarnais de son choix, et,
mieux, de sa composition, etc., etc.
A notre grand regret, nous devons renoncer à vous convoquer à
une réunion générale, au cours de laquelle chacun de vous aurait
pu émettre des avis précieux ; mais nous accueillerons avec empressement toutes les indications et tous les conseils que vous
voudrez bien nous donner directement ou par l'intermédiaire de
notre délégué dans votre canton, en vue de l'organisation de ce
Concours.
Nous nous permettons de compter sur votre empressement à
répondre, — comme un bon béarnais — à l'appel que nous vous
adressons au nom de l'Escole Gastou-Febus et à seconder l'appui et
les encouragements que nous donnent vos collègues du canton de
Lembeye et l'Administration Académique, et nous vous serions
très obligés de vouloir bien adhérer à notre initiative en paraphant
cette note-circulaire.
Je vous prie d'agréer, M
, l expression de nos sentiments les
plus cordiaux.
Pour le bureau provisoire :
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Si sabi las béde
Ou las rencountra,
Passeri l'ayguéte
Chéns pòu de-m nega,
Passeri l'ayguéte
Chéns pòu de-m nega.

III
Aquéres moulagnes
Be s'a bacheran,
E mas amourétes
Que parecheran,
E mas amourétes,
Que parecheran.

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II
Ere be pressentibe
Lou die deu parti !
Lou cô que se-m mouribe
De la béde souiïri.
D'ùe bouts langourouse
Dits, m'estregnén la mà
B'en seri malhurouse
Si-ns calé sépara

bis.

III

Tau coum la tourterèle
En quittan soun pariou,
Moun cô toustém fidèle
Saunéye a SOUQ amou.
Oubyèt de ma teudrésse
Au noum de l'amistat,
Plagnét lou qui-b adrésse
Soun darrè adichat

bis.

éers.

�— 02 —

Concours en langue béarnaise et gasconne
exclusivement
I. — Poésie.
Pas de sujet imposé. Tous les genres sont admis, 60 vers au plus.

II. — Prose.
Pas de sujet imposé. Contes, Légendes, Récits historiques, etc.
80 lignes au plus.

III. — Nouvelles et Romans.
80 pages au plus. Seront seules couronnées ou mentionnées les
œuvres qui se recommanderont par des qualités sérieuses au triple
point de vue de l'intérêt, de la composition et de la langue.

IV. — Histoire et Erudition. (Prix d'honneur.)
Un prix sera offert soit à l'ouvrage, soit à un ensemble de
travaux intéressant le pays de Gascogne ou de Béarn, ou le
dialecte Gascon ou de Béarn, publiés depuis moins de vingt ans.

V. — Musique.
Mise en musique avec accompagnement de la chanson suivante :

LAS BIELHOTES
Capbath Loumè, Barate, Andioque,
Per s'ous pabats en gran colloque,
Toutes en tus,
Qué-s arroumèren las bielhotes,
Qui n'han au cap mé qué parlotes,
Ta ha thus-tbus.
Aban dé ha-s ent'àu bésiadye
Las pràubes s'iian bien prés l'oubradye,
Més lou didau
Qué risque dé carqua-s d'arrougne,
Las màs qué-s croutsen chets bergougne
S'ou debantàu.
Sedudes sus sencles cachetés
L'air entenut é las lunélcs
S'ou cap dou nas,
Qué passen la bile en rébue,
De touts &lt;(ué saben, dé cadue,
Lous mile abas,

�- 93 —

Dab soégn qu'escoutcn la Ninote
Qui lié dou fcrniiè la calote
E, per arrèys
Aquéres bouques desdentades
Qué piulen coum bères negades
En han ayèys.
Ghets perdén û mout de l'histoère
Lise que-s orb la tabaquère,
Pucli à panad
' Qu'en prén ûc bonne sinsade
En guignan ta la cantounade
Lou coth pleguad.

(Tirât de Au peis berd).

L. Al

CARTÉRO.

VI. — Concours de dessin, peinture, sculpture.
1" sujet mis au Concours.
Projet d'ornementation de la couverture du morceau de musique.
Dimension 0.27 X 0.35 qui est le format adopté pour les partitions de musique.
L'artiste s'inspirera de la poésie ci-dessus, écrite en dialecte
béarnais de Salies-de-Béarn, en maintenant dans la note béarnaise
la composition de son dessin soit comme sujets, soit comme encadrement et attributs, dont il placera le titre :
— paraules de...
— musique de...
2e sujet mis au concours.
La scmaille du mais dans un champ de Gascogne.
Les candidats pourront traiter les deux sujets ou un seul à leur
choix. Ce Concours sera jugé par un jury composé des professeurs
de l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, sous la présidence de
M. Edouard Lacoste, professeur de cette école.
Les œuvres signées d'une devise seront adressées directement
par' les auteurs à M. Edouard Lacoste, professeur à l'Ecole des
Beaux Arts, Cours Tauzia à Bordeaux, jusqu'au ln juillet, dernier
délai.
Les œuvres du dernier sujet devront avoir les dimensions au
choix des auteurs, mais elles ne devront pas être inférieures à
0.10 X 0.29 ni supérieures à 0.65 X 0.48. Nous rappelons encore
aux concurrents que les dessins devront être collés sur carton
rigide avec marge de 0.05 ; les peintures encadrées d'une bordure
de 0.05.
Les enveloppes contenant les noms et les devises des concurrents
seront envoyées à M. J.-V. Lalanne, secrétaire-général, à Bidache.

�-

94 —

Comme tous les ans, deux fleurs de vermeil et d'argent sont
offertes par M. Bibal pour ce Concours.

VII. — Concours des Ecoles.
a ; Traduire en prose béarnaise ou gasconne :
LE CHARDONNERET
Le Chardonneret rouge au gorgerin cendré,
Un jour où des faneurs sont venus dans le pré,
Voit ravager son nid par quelques mauvais diables.
Et ses petits — oh ! si menus, si pitoyables !
Couleur de l'œuf dont leurs corps frustres sont sortis —
Ses tant aimés, ses tant choyés, ses trois petits,
Sont mis dans une cage auprès d'une volière.
Et le père, quittant sa forêt familière,
Volète, rode, accourt, appelle — et dans son chant,
On sent pleurer une âme obscure au son touchant.
Et l'oiseau rouge au col grisâtre, aux ailes crème,
S'éloigne, va piller quelques fleurs au jardin,
Revient vite, attend l'heure, épiant et soudain,
Quand l'homme, à pas pesants, rentre à la métairie,
L'oiseau va vers la cage, et sa voix attendrie
Annonce: « Hèp ! C'est moi... Voici des grains, mangez ! »
Et tous les jours ainsi les petits sont gorgés.
Ils grandissent, ils sont replets, leur aile pousse...
— Oh ! pourquoi, grand ciel bleu, forêt sonore et douce?
Ils l'entrouvrent cette aile aux ors déjà ternis
Et maladroits, avec des élans infinis,
Ils volent du cap-nord au cap-sud de la cage.
Mais comme un merle siffle, au loin dans le bocage,
Le père, d'une voix qui voudrait sangloter,
Sur un pommier voisin, leur apprend à chanter.
(Tiré de La Lyre hante).

Jean

RAMEAU.

b) Traduire en prose française le morceau qui suit :
U baylét de la mode biélhe.
— N'èy pas besougn d'enguiches trufandères ta disé-b û cop en yaméy so
qui dies a e-m hè sequa de cap ensus.
— liroumbé-t, Pierroulin, que souy, you, lou méste.
— Lou méste de hiqua lous câs debore, o bé, que serats malhurousemcn
ballèu. Ah! que mentabéts lous antics e sus éths que bouléts payera lou
boste ana ! Més lous antics qu'èren masclaus a la care ennegride pèr l'arrayôu
dou sou; baléns dab las mâs cathudes, bisades, halhades, las henèrcles

�- 95 arrasédes de terre ; gigans aymadous dou tribalh empregnadé e saubadou ;
trufandès dous encountres e laus incas pèr la lugou dou die ou l'escurade
de la noèyt ; credéns tabé si boulets, au cor dou hoéc, pramou de ha pernebate lou cô de la rapatalhe dab las loues frasades e las historis de gnaute
mounde ! Més que s'abiassen dou pè drét ou dou pè tor,

audéch asso,

Massicam, lous antics que sabèn que quoate ardits que hèn lou so ; n'abrassaben yaméy que so qui poudèn estrégne ; e n'ous bedèn pas, amassedous de
brén, barreyedous de harie, despéne chèys la touca dus, emprounta a dèts
pèr tiure la ha lous espantoayres ; abé tabalbe tenude, guf'ét ubèr, bousse
toute liante ta-us disedous d'abiéne, ta-us precantayres dou hat rémbèrs.
A lou que poudè treshumbla lou bandouliè, passeya ûe mâ flamande dou
bèc au houns de l'esquîe lou brame-pâ barruè, nat saute-la-brouste ne s'en
cliqua yaméy ùe doèle a la barrique dou cor pèr bayoulanto qui estousse la
soue paraule traboullière. Ah ! se-m descordi aquéstes dies, quin pe bau
segouli las làs a mièyo doudzéne d'aquéls escoude-càs ! Quin p'ous bau doubla las costes dab ûe lounyèyre de mesplè !
J. V. LALANNE.

(Tiré de Lou Prousèy d'à Biarnéa).

En tête de son devoir, chaque traducteur devra inscrire les
mentions suivantes :
Ecole primaire, ou supérieure, ou normale de
Nom. prénoms, Age du traducteur.
L'âge devra être certifié, sur les feuilles même de composition,
par la directrice ou le directeur de l'école. Le jury tiendra compte
dans les corrections des épreuves, de l'âge des concurrents et de
la force de l'école qu'ils fréquentent.
N. fí. — Il est recommandé de se servir, quand ce sera possible,
pour la traduction du dictionnaire béarnais dont plusieurs exemplaires
sont déposés aux bibliothèques pédagogiques, A défaut de dictionnaires,
les maîtres expliqueront aux enfants les mois difficiles. L'auteur d'ailleurs
se tient à leur entière disposition pour leur donner lous les éclaircissements qu'ils pourront désirer. Son adresse : M. LALANNE, à Bidache.
Toutes les compositions devront être adressées à M. J.-V. Lalanne, secrétaire-général, à Bidache, avant le 15 juin 1912.
Elles devront être écrites très lisiblement, sansrature ni surcharge,
mises au net ; écrites au recto des feuillets, en double expédition,
n'être signées d'aucun nom sous peine d'exclusion (exception est
faite pour le concours des écoliers), et porter leur devise qui sera
répétée sur l'enveloppe d'un pli cacheté contenant le nom,
l'adresse et la qualité du concurrent avec l'engagement d'honneur
qu'elles sont bien inédites. Les manuscrits ne seront pas rendus.

�- 96 -

(SUITE)

LE COUNSULTE
En maridi ou n'em maridi ?
Que diq o, que diq nou, chens esta décidât.
E mile cops per your que cridi :
Prenqui hemne, ou cm tinijui gouyat ?
Dou hurt dous meys escats qu'abandouni le traye
Que eau prene ibe boune fin.
Aus amies, aus parens qu'ey promes d'esta satye
Hurous qui proumet é qui tin !
Que eau que youenesse qu'es passi.
Le meye é sa houlie, dessegut qu'han passât.
E, dab lou niey boun sens, que souy embarassat :
De ha ou de ne ha en baoudis qu'en tracassi.
Preyrey hemne, ou serey gouyat ?
Chut ! ibe pensade que-m arribe
E ne bin pas en baguenau :
Bibe gouyat qu'es bibe mau ;
Prenem doun hemne peur plan bibe.
Aco es heyt, e, chens nat détour,
Anem tantecan à l'églisi.
Mes si lou repenti me gahabe au retour?
Arrestam puchque m'en abisi !
Gouaytam aco peur un aut your !
Si preni quoque damitelle,
Diu sab oun carré le plassa.
Broyé, qu'en sera chic Adèle.
Méchante, que sera lou diable à counfessa.
Ibe boune hemne, chens doute,
Qu'es un trésor plan fortunat,
Més qui ha poudut trouba le route
Dou nid d'aquet Phœnix, si yamè ni haouchut nat ?
Qui ha hemne qu'ha trebuc, le bertat que eau dise.
De les dous meys besins b'ey senti le rigou.
B'hey doun de que trembla d'en prene ibe peur you.
Si ne le puch chantya coum heri de camise.
Mes, s'en biri d'un aut coustat,
Lou maridatye qu'eni ba plase,
Si bouy ha nache l'ordre en case
E tine tout en boun estât.

�— 97 —
I.e mouillé qu'aura souen dou llit, de le marmite,
De le taule e dou bin ; e you, dab libertat,
Que pouyrey ha le boune bite.
Si le tristesse em pren, que saura m'esgaya ;
Malau, qu'aura gran souen d'em plan dorloteya.
Arribi de dehore, ibe man amourousc
Que passe d'abord au mey cot,
E puch, dab ibe humou gayouse
Qu'em baille quoque petit pot
Ibe tau hemne qu'em agrade
Prenem hemne, mes hemne qu'esgayi le maysoun.
Mes.., si..., coum pouyre plan s'escade,
Quoque pendard de mousqueroun
Baysabe l'abeille sucrade,
Salut a l'ayude besin
Qui, d'ibe gule enfarinade,
Bourre tasta d'aquet boucin !
Eh ! doun lous petits souens que porte à le madame
Qui ne sab a quén prêts un galan lous réclame ?
Si hè mile amistats en parlan a Moussu,
S'is baille peur amie, me eau que bon de çu
Qu'en porte le probe a Madame.
Pourtan, ni mé, ni menchs, quiten lou célibat !
Que herey proubagna maynatyes peur l'Estat :
Que herey.. n'ausi pas chens esta temerari,
Dise ço que herey... Que bey dous meyscoumpays
Bayoula maynatyots doun se creden lous pays
Qui soun hills de sourdats, de moine ou de bicari.
E n'es pas aqui tant lou mau.
Si l'hey coquette, e si le eau,
Touts lous yours, ribans et dentelles,
Raubes, assortiments e d'autes bagatelles,
Car ères aymen tout aco,
Que l'y at bailleri de boun co.
Mes, si hesè l'imperiouse,
Creyre que, coum un fran barbet,
Peur plase a le flère orgullouse,
De meste que bini baylet ?
De quets portraits qu'hey bis de reste :
Au besiatye qu'en y ha prou.
Marits barbets ; mes quant a you
Ne bouy esta baylet, si ey lou dret d'esta meste.
Mes nou ! Qu'hey tort de m'alarma
Que bouy me le choisi douce, pleye de graci,
Obeissente, abugle a ha tout ce qu'em plasi.
E per prega Diu a m'ayma.
De les heinnes dou loc que sera lou modèle,
E dab tant de douçou, qu'aura lou co fidèle.

�— 98 —
Anem, chens perde teins, que souy tout resoulut,
E lou penchan que m'encarreye
Aco es heyt. Passam nous en l'embeye.
Lou maridatye qu'es conclut.
Mes... si quoque countrat me bouté à le cadeye ?
Que hey boun y pensa, é ne souy pas tentât
De m'ana rende esclabe. Adiu, hemne, notari !
Saoubem libertat e santat
E bibem en celibatari !
Atau dis un fin rusât
En un escriut dou tems passât
Doun han concerbat le niemoi i,
Qui habè bichcut gouyat. Un d'ousqui biben alau
Homi d'esprit pourtan, leguin aquet bistori
Que dise : s'ha mau heyt, peur ne pas ha me mail.

LA CONSULTATION
Me marierai-je, ou ne me marierai-je pas ?
Je dis oui, je dis non, sans pouvoir me décider,
Et mille l'ois par jour je m'écrie :
Prendrai-je femme ou resterai-je garçon ?
Du choc de mes écarts j'abandonne la voie
Il faut faire une bonne fin.
Aux amis, aux parents j'ai promis d'être sage. .
Heureux qui promet et qui tient !
Il faut que jeunesse se passe.
La mienne et sa folie ont eu certes le temps de passer.
Et pourtant, malgré tout mon bon sens, je suis embarrassé
A faire ou ne pas faire en vain je m'évertue.
Pren lrai-je femme ou resterai-je garçon ?
Chut: une pensée m'arrive
Elle ne me vient pas en vain :
Vivre garçon c'est vivre mal,
Prenons donc femme pour bien vivre !
Voilà qui est fait... et sans détour,
Allons bravement à l'église !
Mais si le repentir me prenait au retour ?
Arrêtons-nous, puisque je m'en avise.
Remettons la partie à un autre jour !
Si je prends, en effet, une demoiselle,
Dieu sait où il me faudra la nicher !
Jolie, elle me sera peu fidèle.
Méchante ce sera le diable à confesser.
Une bonne femme, sans doute,
Est un trésor qui n'a pas de prix ;
Mais qui a pu trouver la route
Aussi de ce Phénix, s'il exista jamais ?
Qui a femme a souci, disons la vérité !

�— 99 —
j'ai compati souvent au sort de mes voisins.
j'ai donc fort à trembler d'en prendre pour moi.
Si je ne la puis changer comme je change de chemise
Mais si je me tourne d'un autre côté,
Le mariage va me plaire
Pour peu aue je tienne ;'i faire naître l'ordre à la maison
Et à y tenir tout en bon état
La femme aura soin du lit, du pot au ttu,
De la table et du vin ; et moi, usant de ma liberté,
Je pourrai mener bonne vie.
Si la tristesse me prend, elle saura m'égayer;
Malade, elle aura soin de me bien dorloter
Si je viens du dehors, d'une main amoureuse
Elle m'enlace d'abord le cou,
Et, puis, dans son humeur joyeuse,
Elle me donne quelque petit baiser.
Une pareille femme me plaît.
Prenons donc femme, mais femme qui égayé la maison
Mais si, comme cela pourrait fort bien m'arriver
Quelque pendard de moucheron
Baisait l'abeille sucrée,
Salut à l'auxiliaire voisin
Qui, d'une gueule enfarinée,
Voudrait tâter de ce morceau !
Or tous ces petits soins dont il entoure Madame,
Qui ne sait à quel prix le galant les prodigue ?
S'il fait mille amitiés en parlant à Monsieur,
S'il s'offre pour ami, ne faut-il pas aussitôt
Qu'il en porte la preuve à Madame.
Pourtant, ni plus ni moins, quittons le célibat!
Je veux procréer des enfants pour la patrie,
Je veux .. je n'ose pas sans témérité
Dire ce que je voudrais faire... je vois de mes compères
Bercer des poupons dont ils se croient les pères,
Qui sont fils de soldats, de moine, ou de vicaire.
Mais là n'est pas encore tout le mal.
Si elle est coquette et s'il lui faut,
Tous les jours, rubans et dentelles,
Robes, écharpes et mille autres colifichets,
Car elles aiment tout cela,
Je les lui donnerai de bon cœur.
Pourtant, si elle fait l'impérieuse,
Si elle croit que, comme un vrai barbet,
Pour plaire à la belle orgueilleuse,
De maître je me résignerai à devenir valet,
Halte-là ! De ces portraits j'en sais de reste.
Dans le voisinage ils pullulent
Les maris barbets ; mais, quant à moi,

�— 100 —
Je refuse d'être valet, si j'ai le droit d'être maîtrè.
Allons ! j'ai tort de m'alarmer
Je me la choisirai douce, gracieuse,
Obéissante, aveugle, soumise à toutes mes volontés
Et priant Dieu tout en m'aimant.
Des femmes du pays elle sera le modèle
Et à tant de douceur elle joindra un cœur fidèle.
Partons ! Sans perdre de temps, je suis tout résolu
Et mon penchant m'entraîne
C'est déjà fait. Passons-nous en l'envie
Le mariage est conclu,
Mais si quelque contrat va me mettre à la chaîne ?
Il est bon d'y penser et point ne suis tenté
D'aller me rendre esclave... Adieu, femme, notaire !
Sauvons liberté et santé
Et vivons en célibataire !
Ainsi dit un fin matois
Dans un écrit du bon vieux temps
Dont on a gardé la mémoire.
Il avait vécu garçon. Un de ceux qui vivent de même
Homme d'esprit, ma foi ! lisant cette histoire,
Se disait : s'il a mal fait, c'était pour ne pas faire plus mal,

Les Daunes dous Cordellès

Les Pâmes de la rue des Cordeliers

(Satire)

(Satire)

Sautriquèles dous Cordeliès (V
Qui n'iiabetz pas tros de souliès,
Qu3 courretz les carreyres,
Lou cap à l'hérissoun.
Gouyottes d'agneteyres,
Qu'hatz le peille d'emprun.
Le qui baille pot à Mignoune
Que dits, ego sum Marioun.

Baladines des Cordeliers
Qui n'avez pas lambeau de souliers,
Vous courez les rues,
La tête en hérisson.
Folâtres marchandes d'agneau
Vous portez une jupe d'emprunt.
Donner un baiser à Mignone,
C'est dire : je suis Marion.

Qu'etz ha près peur se da le man,
Seye couqut e matecan !
Houeyetz, biles mouncs,
Qui ne hetz que pudi !
Qu'empousouatz les persounes
Dou hum d'aygue de bi.
Le qui baille pot a Mignoune
Que dits, ego mm Marioun.

Que celui qui vous prend la main
Soit cocu et honni !
Fuyez, vieilles guenons,
Dont l'haleine nous infecte !
Vous empoisonnez les passants
D'un acre fumet d'eau-de-vie.
Donner un baiser à Mignone,
C'est dire : je suis Marion.

(1) La rue des Cordeliers. à Bayonne, ainsi nommée d'un couvent de cet ordre,
est sur la rive droite de la Nive qui traverse la ville. Elle passait jadis pour une des
plus mal famées.

�— 101 —
Le Suzane e Cascarilloun
Le Touyqui-Anne e Mariouchoun,

La Suzanne et la Cascarillon
La Touyqui-Anne et la Mariouchon,

De bère marchandise,

Ma foi ! de belle marchandise,

Dab le dou Cacejus ! (')

Avec celle de Cacejus !

L'han plan resoun de dise :

On a bien raison de le dire,

L'estère semble au hus

La caque sent toujours !e hareng.

Le qui baille pot a Mignoune

Donner un baiser à Mignone,

Que dits, ego sum Marioun.

C'est dire : je suis Marion.

Qu'habem bis, d'auts cops, les Daillo

Jadis nous vîmes des Daillo,

Bourdeu, Crabè, Cagne ou Jacot,

Bordeau, Crabe, Cague, Jacot

Le You, les Marcelines (s)

Les le You et les Marcelines

Ha brilla Panecau (')

Jeter de l'éclat sur Panecau

Bous auts, chilipitrines,

Mais vous autres, maudites pestes,

Que sentitz l'espitau.

Vous sentez l'hôpital.

Le qui baille pot à Mignoune

Donner un baiser à Mignone,

Que dits, ego sum Marioun.

C'est dire : je suis Marion.

N'es pas le té dou bos estât

Il n'entre pas dans la foi de votre profes-

sion

De ha coum les dou tems passât.
Si les daunes dansaben,

De faire comme celles du temps passé :

Qu'ère dab sou de soun,

Si ces dames dansaient,

E, si s'embriagaben,

C'était avec leur argent,

Qu'en galaben dou boun.

Et, quand elles se grisaient

Le qui baille pot à Mignoune

C'était toujours avec du bon.

Que dits, ego sum Marioun.

Donner un baisera Mignone,
C'est dire : je suis Marion.

CONCLUSIONS
Ici finit la tâche que j'avais cru devoir spontanément
m'imposer, M. le Ministre : J'ai essayé de répondre, de mon
mieux, en ce qui me concerne, à l'appel fait par Votre
Excellence à tous les hommes d'étude et de cœur qui
s'occupent en France de recherches historiques et philologiques, pour vous aider à recueillir les chants populaires
épars sur le sol de notre patrie, et que, le premier, vous
avez eu l'heureuse idée de réunir et de publier en corps
d'ouvrage.
Ceux que j'ai pris la respectueuse liberté de soumettre à
(1) Le poète cite cite les noms sans pitié ! Plusieurs de ces noms sont encore
populaires.
(2) Noms de grisettes d'une classe supérieure.
(3) La rue de Panecau, voisine de celle des Cordeliers, est un peu mieux habitée.

�— 102 —
l'appréciation éclairée de Votre Excellence, sont extraits de
la riche collection dont je suis redevable à la mission qu'un
de vos prédécesseurs, M. Villemain, me donna en 1812,
d'inspecter les principales archives des Basses-P}rrénées.
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le rappeler à Votre
Excellence, la population de ce département lointain se
partage inégalement en trois races distinctes : la race
Basque-euscarienne, la race Béarnaise-romane et la race
Gasconne-Bayonnaise, sur les poésies populaires desquelles
j'ai cru devoir appeler votre attention.
Mais mon but ne serait pas complètement atteint si de ce
travail je ne tirais pas deux conclusions, l'une générale,
l'autre plus particulière.
Occupons-nous d'abord de la première !
La France compte dans un grand nombre de ses déparlements de curieux patois, idiomes inculte du peuple des villes
et des campagnes, dont Charles Nodier a dit avec raison
dans ses notions de linguistique : Si les patois étaient perdus,
il faudrait créer une Académie spéciale pour en retrouver la
trace, pour rendre au jour ces inappréciables monuments de
iart d'exprimer la pensée. On peut rapprocher de ces lignes
de Nodier ce que Sainte-Beuve a dit des langues du Midi au
tome iv de ses Causeries du Lundi, à l'article sur Jasmin. J'y
trouve cette définition charmante. «Je définis un patois
une ancienne langue qui a eu des malheurs, ou encore une
langue toute jeune et qui n'a pas fait fortune. La provençale
était dans le premier cas ». En réduisant à peu de chose,
comme il est juste, les destinées futures de nos patois expirants et sans qu'il soit besoin de créer à l'Académie spéciale
que demandait Charles Nodier, Votre Excellence a pensé
avec sagesse que le moment était venu d'entreprendre sur
tous ces dialectes un travail analogue à celui queBaynouard
a composé sur le roman ancien ; qu'il y avait à recueillir, en
un mot, une anthologie générale des plus belles fleurs poétiques dont chacune de nos provinces tient sa couronne.
(A suivre)

�— 103 -

La tarrible dalhedoure quedalhe a nouste p'ous pitès dcsempuch usquoans
dies. Arroun Mous de I'Ianlè e Pellissou, qu'éy lou tour de Mous de Garrère,
prcncipau de coulèdye a Aulourou.
Garrère qu'ère û Gascou d'Aryelès e n'ou counechi pas sounquc desempuch
sèt ou hoèyt ans. Lou purmè cop qui ou bi, que-m encanta pèr la soue
boune gauyou, las soues badincries sarsides de raouts coum lous aymabe
lou nouste Henric, l'arris aus babas qui acoumoudabe soubén lou sou debis
e l'anf stat ta-us camerades qui flamboureyabe dou sou cô coum sabouréye
adare la boune sabou de l'arrose enla.
Qu'aymabe hère lou sou peys e qu'abè ta la loéngue û arsèc de hilhot
pious.
De hère bou cô que-m bal ha artigles de balou enta us Reclams : lous
leyedous n an pas desbroumbat la soue estudi sus Despourrins, malhurousetnén n'a pas yaméy biquat cap au bastou. Lous qui èren a la hèste de
Gauteréts be-s soubiénen tabé de la soue Counferénce sus las bats de pèr
aquiu e quoant estou tringlan lou sou debis. Lous reyéns de la Bigorre,
méy qu'arrés, que dében abé lou dòu de la soue mour : nc-m pénsi pas qu'y
ayi grau mau a disé-c adare, qu'ère Mous de Garrère qui abè hèyt a l'Escole
la nautat dou prêts de dus céns Hures ta-d esta balhat au reyén qui heré la
miélhe monographie dou sou biladye.
Qu'ère labéts prencipau s'ous bors de la mà blue e que delerabe de tournas'éii ta la mountagne qui estou lou sou brès. Aquéth plasé que l'éy estât
balhat, més acouinoudade la cauyole, l'ausèth que s'en ba. Que s'en éy anat,
lou beroy debisedou, l'aymadou escribà, lou balén Gascou e la soue boulade
qu'e^tén ùe bêle de malhur sus ùf familhe qui abè drét a la soues gausialhes
pendén encoère ûe lounque triène. Que la pregam d'agrada las noustes
counsoulacious courales.
J.-V. LALANNE..

A

ûe

grane

majouritat, lou Burèu de

descidat :
1° Pramou dou nouste dóu,

l'Escole qu'a

ne heram pas nade hèste

aug an.
2° Lou prougram dous Yocs Flouraus, adoubât pendén
l'administraciou de Mous de Planté que parira au Numéro
de May.

�3° Las recoumpénses dons Yocs que-s balheran a Pau chéns
banqùét, so qui n'empêchera pas lous cscoulès d'ana tauleya
amasses, suban las amislats ou lous hasars cl', la camade.
4° A l'amassade dous Yocs, iAssemblade Yenerau qu'aura
a nouma lou nabèlh Prcsidén e. lou Sols-Presidén dou Gers.
5° La hèste d'Auch qu'aura loc en 1913.
6° Lou burèu que sera amassât aban i Assemblade Yenerau.
J.-V. L.

Recueil de 70 Noëls de langue béarnaise et gasconne, anciens et
nouveaux, dont 40 inédits, avec la musique et l'accompagnement.
Traduction française en regard du texte.
Couverture illustrée par H. Damelincourt.
Trois dessins hors texte de R. Castaing.
Ce volume, en l'honneur de la tradition et de la petite pairie,
contiendra outre les vieux Noëls collectionnés avec soin, avec la
musique qui a été reconstituée, de gracieuses compositions dûes
aux maîtres modernes de la plaine béarnaise et gasconne, comme
M. Camelat, Labaig-Langlade, S. Palay, Daugé.
Ce recueil est offert aux souscripteurs au prix de Cinq francs.
(Adresser les souscriptions à M. Simin Palay, 11, rue de la
Préfecture, à Pau, ou à M. l'abbé Laborde, vicaire à St-Jacques de
Pauj.

Lou Yérant : E. MARRIMPOUEY.
PAU,

EMPRIMERIE

VIGNANCOUR,

E.

MARRIMPOUEY

EMPPJMUR.

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              <text>&lt;p&gt;Bibliot&amp;egrave;ca de l'Esc&amp;ograve;la Gaston Febus&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.reclams.org/" target="_blank" rel="noopener"&gt;&lt;img style="height: 97px;" src="http://occitanica.eu/images/omeka/gaston_febus.jpg" height="97" /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</text>
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