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                  <text>19" Anade.

15 de Yalh 1916.

A nos Amis
Depuis de longs mois nous nous taisions, recueillis devant le
grand et terrible drame dont vous, vos enfants, êtes ,les nobles
acteurs. La parole est au canon sur l'immense front dé bataille et
de tranchées qui coupe la terre de France de la montagne à la
mer. Après la magnifique et immortelle victoire de la Marne,
l'héroïque défense du Grand Couronné de Nancy où se signalèrent
les Pyrénéens, suivies des victoires de l'Aisne, de l'Yser, tandis
que dure la splendide résistance de Verdun, où se signalent les
régiments de notre région, il a semblé à beaucoup de nos amis
que, rompant,les premiers,le silence respectueux que s'imposèrent
unanimement les œuvres semblables à la nôtre, nous pouvions
reprendre notre publicité, en mettant toute convenance à la subordonner aux faits de guerre pour apporter la parole amie à ceux des
nôtres qui accomplissent noblement leur devoir.
Car ils l'ont fait partout : Armagnacais, Béarnais, Gersois, Landais, Pyrénéens et Gascons de toute sorte. Vraiment il fait bon
relire le (îentilhomme Gascon d'Ader en pensant à eux :
k la goerre, a la goerre, aquiu haram bareit,
Aquiou beyram lous qu'en poupat de boune leit
Aquiou nouste souldat, bras d'assè, co de her
Ha la pique en ue mà, Faute lou palaher...
Sur les champs de bataille, de Charleroi à Salonique, partout
où l'on se bat, ils ont versé leur sang généreusement, conquis
gloire pour les drapeaux de leurs régiments et augmenté largement le patrimoine d'honneur de notre pays (1). Sous des capitaines éminents, et le Sud-Ouest a eu large part dans le haut commandement avec des chefs comme le généralissime Jofîre, de
Castelnau,Galliéni (2), Foch,Roques ministre de la guerre,d'Amade,
Villaret, l'amiralissime Boué de Lapeyrère, nos marins ont gardé
les mers, nos régiments ont parcouru la France de l'Est au Nord,
à travers les monts de Lorraine et d'Alsace, les plaines ou crayeuses
de Champagne, ou fertiles de Brie montrant que la valeur gasconne,
(1) Rappelons simplement, pour mémoire, que le 18« corps d'armée a été
le second cité à l'ordre du jour, venant après le fameux 20e corps.
(2) Né à Saint-Béat (Haute-Garonne), auquel la France a fait, le
de triomphantes funérailles.

1er

j j

u n&gt;

�— 2 —
célébrée déjà sur les champs de bataille du xve et du xvie siècle
comme sur ceux de la Grande Epopée, trouvait toujours en nos
régions, c'est une qualité du sol, la même pépinière de héros. Car
ils ne furent point indignes de leurs anciens nos frères, nos fds et
les mentions d'honneur: citations, décorations, promotions le témoignent à suffisance. Beaucoup sont tombés pour leur pays ! Nous
les pleurons pour ce qu'ils lui font perdre de forces vives. Nous
honorerons pieusement leur mémoire.
Nous prions donc tous nos amis de vouloir bien nous communiquer les faits concernant les membres de leurs familles. Nous
étudierons par la suite la meilleure forme à donner à notre Livre
d'Or.
Et maintenant reprenons notre vie doucement, discrètement.
La périodicité régulière ne paraît pas encore possible, tous les
mois du moins. Nous aviserons lorsque le moment sera opportun.
Continuons donc par les vers, par la prose à commémorer le passé,
en donnant bonne part au présent. Les circonstances nous imposent certaines convenances que le tact natif de nos amis saura
déterminer sans peine. Enfluns les voiles d'une brise légère jusqu'au jour prochain, souhaitons-le, certain, nous n'en avons jamais
douté, où nous pourrons chanter victoire, célébrer le triomphe
remporté sur l'ennemi le plus terrible, le plus puissant, le plus
haineux ; redire la douceur de notre civilisation classique, il n'y a
pas à la qualifier davantage, en regard de celle qui voulait tout
soumettre à son empire en pliant l'histoire à soutenir ses visées
belliqueuses pour préparer l'hégémonie d'une race. L'une, la nôtre
est humaine et cet honneur lui paraît suffisant ; l'autre n'est que
nationale, donc particulière.
A l'œuvré pour l'honneur de la petite patrie, comme nos poilus
ont travaillé pour la- grande patrie, en redisant le cri qui fut
poussé autrefois en terre d'Allemagne par notre valeureux patron
et vicomte : Fébus, aban !
Louis

BATCAVE.

-3$©-

NOUVEAUX MEMBRES
Mlle Germaine Delbousquet, 1 rue Bouquière, Toulouse.
Mlle Suzanne Labatut, artiste peintre, Capbreton.

�— 3 -

LIBI D'AUR
de la familhe Felibrénque
Mours enta la France
1. Emile Despax, de Dax, sous-préfet d'Aulourou, cadut lou 17 de
Yenè 1915, à Moussy-sur-Aisne.
2. Yan-Baptiste Bégarie, de Benéjac, cadut lou 17 de Heurè 1915,
au Froun.
3. Edouard Lasserre-Capdeville, de Baigts, tuat a Eparges lou
27 d'Abriu 1915.
4. Emile Fouques, de Baigts, mour a case, dou malandrè de la
guerre, lou 27 d'Ouctoubre 1915.

Decourats
1. Mous de Claberie-Paren, noutari à Saubaterre, crouts de
guerre, dab estéles d'aryén.
5^S-

Taus peluts noustes
Toque-y si gauses !
(Dise de Gasiou Febus)

Nous autes qui sabém dab quin eslans partît,
Qui-b abém enteauts canta la Marselkése
E bist lusi toute la « furia francese »
Au houns de boste oelh cla, tranquîle e hardit,
Qu'abém ahide en bous ta mantiéne lou dit
D'oun s'enbarane encoè nouste race biarnese :
Ni temou ni lachè sus ère n'aboun prese
Yamey ! E qu'a lou sang d'abounde proubedit.
Alebats, aflaquits ou besserits per l'àtye,
Pays ou frays dous qui hèn capa lou boche espés,
Quin pouderém ayda-b à sustiéne u tau pés !
Qu'èt, soûls, lous bertadès semiàyres de couràtye !...
Mes, fiers, au pè dou bèt drapèu blu, rouye e blanc
Que laudam Diu de-ns abé hèyts dou medich sang !
1916
Simin PALAY. (Biarn)
LEXIQUE. — Temou, crainte ; besserits, ratatinés ; s'embarane, s'auréole ; capa, caponncr.

�Aous Amies de l'Escole
Lou nouste boun presidén, Mous 'de Batcave, que pensaouo aux Escouliès de Gaston Febus, chens nous at dise,
s'es demandât si Ion moumen n'ère pas bengut de rebiscoula
Ions Réclams de Biarn e Gascougne.
« Tio, tio » an respounut lous qui an bist lou prumè
sinnet. « Caou rebiseoula lous Réclams e lous embya, de
« tems en tems, aus brabos counfrays qui seran hurous de
« la rebiscoulado. »
Nou s'agis, en aquéste moumén, de persegui lou noste
ideau : l'amou de noste terfo, la glorificaciou de la lenguo
mayrane, l'estudi de las cantes è de las légendes de nostes
mays.
Nani. La Patrie de France es en guerro, atacade per lous
barbares de la Germanie, qui debengnts credéns, soun
damourats coura lou herum saoubadges; an boulut, aquets
Boches, impausa pertout, la loue dominaciou, esta nostes
méstes, nostes tyrans. Touts, en France, de la Proubence a
la Bretagne, de la Gascougne a la Lorraine, touts an prés las
armes e soun partits en guerre. Nou resto aoupaïs que lous
droites, lous bieilhs è las hennés.
Lous souldats se batton, defendon la Patrio communo,
l'aounou, la libellât, recében pics e patacs e caonco cop la
mort.
Lous aoutos, aou pais, trabalhon, souffron, porton lou
dol, lou co toustém haut et fier.
Et lous Réclams de Biarn è Gascougne, pouyren bèse,
d'un constat, la balentie e la gloriouse fin, de l'aouto, lou
trabalh è lous pessomens ; pouyren célébra lous sacrifices,
counsoula las familles, marca aou tableou de l'immourtalitat lous qui aouran tout sacrifiât per saouba la Patrie.
Que touts, de noste caso, hàsien counèche aou secrétariat
dons Reclams, las hèytes glorieuses, las blessures, las citatious, la mort de nostes brabes amies è tfounfrays.
Tout sera noutat, emprimat aous Réclams, récactat aou
muséo de Maubezi.
E, ataou, touts, qui aouran oelhs è co, que goardaran lou
soubeni è la recounèchense aous qui l'aouran tant méritât.
Jou, que souy de l'Albret, dou païs d'Henri IV, que cridi
bien hort aou Presiden, aous Vice-Presidens, aux Secrétaris,
aous amies de las Lanes, dou Biarn, de la Bigorre, de
l'Armagnac, de toute la Gascougne : « Febus aban, toustem
Gascons è toustem en aban » !
BIBAL. (Armagnac.)

�K'at Caou !
Ségu, lé guerre k'és u' caouse triste é pègue ;
Mé, coum, lous maouhèytous dous Prusses, lé bouloun
Ta darrigua-'s dous pugns lou tèyt, l'ardèt, l'arrègue ;
Ta mèstéya sus nous é ta séqua lé houn
Oun lous pipins putzan lé libertad sagrade
Coum an abiad lou lou hérum ou tras pérgoun,
0 France, lous touns hilhs n'an pa fénid l'oubrade
Tan qu'ous an pa cassads én huyte é tan qu'ous nous
Reboums (1) lé lou buts arraouque s'é pa carade.

Lous dégoûts dous mougnouns ké traouquen, haïnous
E bényatious, lou cô blaouad dou qui-é damoure,
— dous mougnouns, ous brassots dou cochous, saïnous.

(2)

Bourdalas dé parét, palays oundrads dé toure,
Oustaous dé roume, (3) p'ous larès ésparsalhads
Ous ouélhs dé lés moulhès lé désounou ké ploure.
Soubiéném-'s-é qu'ous nous parsas, pr-ad-éts tralhads,
N'an pa déchad à désrouqua pèyre sus aoute,
— Ous parsas oun cadoun, lous mascles, à palhads.
Tabey, k'at cridérèy, dé pous, à pléye gaoute,
Qué l'ore n'é pa mé hèyte ta parlala,
Mé ta quilha mé haout, sé-s' podr l'amne mé haoute.
Tout qué si boun é prèst enta bédé-ous hala !
Sé caou cochous é biélhs é hémnes é méynades,
Qu'y hiquim tout é ço qué calhi pér délà.
Tan qué les lous courdioles né s'én sin p'-anades,
Truqua ké caou chès pou dé lé mourt é dous blaous
Enqui-à quèn sin lés maies bèstis éscanades.
T'ous cans hoous y-a pa nad rémèdi qu'ablada-ous !
L'ARTÈ DOU POURTAOU.

(1) Echos.
(2) Saignants.
(3) Muraille.

(Larmes.)

�— 6 —

Yan-Batiste de Begarie
N'ey pas encoère lou moumen de balha lou pourtrèyt en pè de
l'amie qui abem perdut. Ya que siam toutu à la quinzoau mesade
oun lou sou yoenin cors esté barreyat dens u carnissè de l'Artois,
qu'èm per trop emmalaudits dous espants qui-s soun abatuts sus
nous auts. E n'èm pas à la fi ! D'autes. qui nou trigaran, qu'eslambrequéyen dens la muble.
Enla dous noustes poeys e dou nouste larè, mau-segia dens las
ncustes tristésses, s'ou pintraram lou Yan-Batiste, tau coume ère,
tau coum s'esta biu dens la nouste memorie ?
Ou men qu'aboussem quauques letres, quauques manuscrits
sous !
Despachém-se per aco de respoune à l'aperet qui-ns ey hèyt.
Lous qui soubren qu'an à dise : « Beroy biadye ! » aus qui s'en
ban, e nou poden abandouna lou drapèu broumbadou, la bandière
de Gastou-Febus plantade en l'an de gracie 1897 sus lous païs de
Gascougne.
Yan Batiste de Begarie qu'ey badut à Beneyac, dens l'arribère
de Pau, lou 30 de Yenè 1892. Qu'abè quauque doudsenade d'ans
quoan la may l'esté raubade e qu'ey labets que'lou sou payri
(l'ómi, qui debè au ras dou sou pay, neuri-u gn'aut cop e
gabida-u toustem) lou s'en amiè ta Goumer, dab la soue serou e
lou sou frayrot, — engadyat en 1915, e, are dens la hournère de
Verdun. Lou nèn que hé lous sous estudis au coulèdye de Nay,
puch, sensé d'autes trebucs, que tourné tau sou ouncle : Dens la
primabère dous sous dèts et oèytans, dens la pats d'u presbitèri
de campagne, que-s troubè adayse.
U die que l'ouncle e lou nebout batalaben de litérature e, soubén,
qu'ous airibabe, l'ouncle qu'où da ue hoelhote en lengue mayrane.
L'escouliè de yé nous s tire lous oelhs de « la Bouts de la Terre »,
que ley, que coumprén e,despuch labets, l'embriagayre estacamen
de tout ço qui ey nouste, nou cessé de bouri et de rebouri dens
et. Que boulou ha counéchénees dab lous felibres. Que bi : Case,
Miièio, Li Ficho d'Avignoun, l'Atlantida e ballèu que calameyè.
Sensé saya-s'y à dus ou à très cops, d ue boulade que-s pausè
capsus lous soums penècs de la Pouesk.
En se passeyan, en prouseyan, la mieytat de la semmane à
Pountac, oun ère la soue familhe, oun se débertiben lous sous
coumpagnous d'escole, e, oun se sentibe mey à soue, Faute
mieytat enço de l'ouncle, a Goumer, biladye ayergat dens lous
arbes et lous segatras, dens la maysoéte doun lou mèste lou
déchabe mèste de las soues balentes yournades, que biscou, qu'esludie, que rime.

�- 7 —
Escadénce qui n'abém pas biste eu loc mey, u pouète à qui lous
sous e diseu : Gante ! U droullou qui pod à lésé sauneya de ço
qui-u plàsie ! Qu'ère deya l'autou de « La Lue » aquet pouémi
estranye qui-ns abè esbariats d'abord. La soue entelliyénce
nabeyante que causibe dounc lous moûts rembès, e, sus lou sègle
xx au , que rebiscoulabe lous cantayres dou trobar dus.
Sensé da-s'en mey, qu'esclaribe, qu'esclaribe, qu'esclaribe e la
pèce : « A las Boles dou bielh pourtau » présentade aus Yocs
Flouraus de 1912, que debanteyabe las autes per bèt tros : Que
y'ère la ma de l'oubrè. L'u dous yudyes que l'auheribe 20 punts
sus 20, e, Labaig-Langlade que l'estacabe au titre ue arréque
simple et bère qui bau lous prêts loues mey tringuereyants :
« Aco, mies, qu'ey de prumè escantilh ». (1)
Begarie nou s'estangue pas coume tandes autes. Lou sou calam
que s'assegure. Qu'escriu : Lou Blasou. Que mande : En segoutin
Perracs à l'Académie de Clémence Isaure; qu'a la flou, l'ulhet.
Lous applaudiméns que l'arcoélhen ; dens Proubénce, qu'a coun
quesit amistats de pés. Mistrau qu'où dits mercés d'u mandadis :
« A las Boles dou bielh pourtau » que soun rebirades dens lou
yournau « Vivo Prouvènço ».
E aquet douriu perhum, aquet prouberet de glòrie, qu'où se
mérite. Ta d'et, rima n'ey pas ue dibertissance e quoan at eau
qu'ey aquiu. A la hèste de Pountac (1911), que salude Bincens de
Batailhe, à l'amassade de Coarraze (1912) que porte la santat dous
yoens qui nou soun pouduts biéné : Bibes, Bouzet, Cazanabe,
Hustach, Lartigue. Yournaliste, que-ns embie articles de founs,
coundes, peguésses autapla, e qu'ous sinne : Lou Merlou ou Arnaud
de Casemayou.
Que techè bèrs e prose, que coumpousabe pertout oun ère, oun
que s'encountrèsse, au tram, en biciclete, en coumpagnie. D ue
aurelhe que seguibe lou boste batalis, de l'aute qu'ère au sou aha.
Quin hoéc, quin encantamén dens toute la soue persoune quoan
ère en tri d'ue pèce nabère! Las letres qui hasè labets ! Qu'at bedè
cla e gran e magnifie. Que bibè dens lou castèt de hade Pouesie,
segnou dou Paradis dous sauneys; suberbèt, que semblabe qu'anèsse sou cami lugreyant, la tète floucade de laurès.
Nou serè pas amucha-u depla, e per d'autes estrems badinayres,
maynadès, se nou disi qu'ère la soue yoye d'apréne e de recita
rimatÒTÌs aunèstes, qui hourucabe dens las hoelhes de perquiu.
Qu'en sabè, e qu'ère dab u sourrise qui b bienè ha : E dounc b'ey
atau qui caou escribe ? Praubot !
Qu'ère d'ue bère talhe e de péu blounde. Lou frount néte, qu'arré
(1) Al. Gartero que dichou quauqu'arrèy d'autan beroy : « Aquero que
s'apère pouesie ! »
L. R.

�de groussè n'abè toucat, lous oelhs qui nou s'èren, se sémble,
yamèy miralhats dens nade aygue arielouse, la bouque fine, lous
pots de la soue may défunte.
Dabàn lous incouneguts, que demourabe coume barrât. Ta que
debitèsse prousey ou aute, qu'où calé de bagna-s dens u ayre tèbe
e amistous oun estèsse libre de parla coum l'agradabe e quoan
l'agradabe. Qu'ère ue amne pouderouse...
Chic à chic lou maynadas de l'an darrè, coum disè, que debienè
gouyatot e qu'anabe èste prés tau serbice à l'abor de 1913. Que
souheytabe de sourti-s dous beriès e dous casaus natius, que bouloure da u tour per Lengado e Proubénce, — qu'où mandèn ta
l'Algérie. Qu'où d'arrigaben d'aquére terre oun l'estacaben ligams
de famille e sacrades courdetes d'amou : Quine maie desbelhade,
quoan esté labach ! Qu'ère seguit de l'idée de tribalha, de coelhe
nabères enspiracious dens lous parsas de hore-païs qui lou cambiaben de ço qui abè bist dinque adare e nou lou tienèn que per u
penalh, n'ère qu'ue unitat au miey de Pierrot e de (îuilhot,
arboulet pourtat dens l'echugue sablère de Constantine.
A pênes aquiu, que coundabe lous dies dinque à la liberaciou
de la classe, coume lou canalhè quoan espère las bacances. Mile
abeyès au quartiè, e, dehore, lous Arabes pedoulhous ayacats
daban las cabanes de branques e de hangue e puch turouns de
sable e sable encoère.
Lou maye segoutit balhat, que s hè à la bite qui l'ère impousade.
Qu'aprengou à estima lous arabes bençuts. Dens la puyadeoun ère
oubligat de tira que l'ayudèn, las letres qui mandabe et las qui
recebè. Drinous à drinous, l'encantayre Pouesie qu'où tournabe
d'espia e que fignoulabe d'autes pèces e que coundabe d'en ha lèu
u libiot. Au me fusilh qu'ey de labets.
Aquiu dessus, malaye, coume nou y abè que dus ou très mes,
dinque à la permissiou qui-u debè ha rebède la soue familhe e
lous sous amies e la Terre de Gascougne, (qu'èrem en Aoust 19141,
la periglade qui miassabe que fenibe de creba.
L'Europe que-s debirabe en prat batalhè. Yan-Batiste de Begarie,
qui s'en estounaré, que saludè la guerre coume ue déliurance.
Nou s'ère hèyt à l'ana de la casèrne, e que s'y ère toustém bis
« soul, soul dab lou sou helè » ; que péu-mudè cop sec. Sourdat de
l'auxiliari, qu'abéré poudut grata-s las uncles dens quauque burèu,
ha estats d'ue escriture à la pause l'y dous, dens lous badalhòus de
las yournades ahoegantes ; que boulou baté-s au mey lèu e n'abou
repaus dinque lou coullouquèssen dens u régiment de zouaves,
dous qui naulaben d'Afrique e, Diu sab, dens aquére sasou, s'en
partiben lèu. Qu'ey au cam de Batna, qu'ey à Alger. Coume s'y
croumpabe cartes, la hémne qui l'at benè que ploure talèu qu'aquet zouave entre dens la boutigue : La may què-s broumbabe lou

�- 9 —
hilh mourt ! De Lyou, de Montereau que mande letretes. Que hè
lou sou testamén ! A tau amie que balhe u libe, à tau aute, lou
floc de la soue chéchia, e coume lou soubeni d'u amou ideau,
qui l'embescabe despuch dus ans, s'ère mantiengut e enhourtit
dens las estremères d'Afrique, à la soue Esleyude, à d'Ere, que
hè presént de la soue guitare.
Que bòu à de bounes acaba las soues cantes. A Arras, à Ecurie
dens las cabes oun s'oumpréye coum las taupes, d'u talent madu,
ta que lou sou dòu estésse mey pregoun ta nous auts, qu'escriu :
Coume en y a per lou cèu, enta l'omi que y-a
Dies d'aure pesant e de calou macade,
Dies malauts oun a besougn de s'estuya
E de hoèye adenla dou sourelh qui l'ablade.
E ta sesta mey soul, soul dab lou sou helè,
Trouban encoè trop de reclams en la campagne,
Que s'en ba, que s'en ba d'oun arré nou belè,
Per quauque soum pergut ou per quauque escuragne.
Quoan de cops, quoan de cops, atau malaut d'amou,
Nou la cerquèy tabé, you, l'oumpre counsoulayre ;
Quoan de cops, quoan de cops l'abé mey de brumou
Nou m'enhouncey tabé débat la noeyt houlayre !
Que hoeyém, que cercam mes, praubilhous, souben
Au loc de trouba l'oumpre e la pats esperade,
Nou tastam que medichs soubiés d'ahoegamen,
E ta ploura mey loegn qu'abem hèyt la birade.
Mes, ballèu que floucham, e, quauque cop enfi,
Quoan s'èm yetats banits sus la terre pegole,
De la terre, dou cèu, nou sèy d'oun, arcouli,
L'ahide que rebié, la pensade que bole.
E que soun aquets sés de brume e de lugnè,
E que soun aquets locs oun la luts ey tournade,
Lous mey beroys de touts, au miey dou lou tristè,
Lous qui boulem merca d'u drinou de peyrade.
E que soun aquets sés, que roumius dou Rebroum
E coelhem la peyrete e la flourete blanque ;
E que soun aquets sés qui 'scribem lou « Sou Noum »
Sus l'arboulet oumpriu qui-ns a prestatsa branque.
Aquere pouesie que demoure coum VArquet entau Simin Palay,
coume Lous Sendes famïliès enta l'Andrèu Baudorre la mustre
sancére dou sou calam. Qu'ey d'aqueres pèces qu'u cantayre nou
escriu qu'u cop. Cap d'obre en 28 bèrs, per la bie dou yournalet
de trencades : « La Gazeto Loubetenco » de Y. Loubet, qu'ey deya

�— 10 —
sabut per co pous hilhs dou Mieydie qui, de la ma dou Nord au
gabe de Rhin, emparen France.
Coume se sentibe que la mourt anabe lèu ahounsa las soues
urpes de noeyt dens la soue car trénde, entre dues ataques, que
baste: Lou Pa, Lou Berret, La soue darrère Flou, Lous Cabinets. Que
ploume, que courridye e qu'adoube, Qu'ey d ue cargue ue baie
qu'où trauque lou càscou. Que bòu qu'at sàpien. Puch, tout d'u
cop, las soues noubèles mey reaies que s'estanguen. Que y-abè
dounc ?
Darrè crit de Fé à la soue Patrie d'O, darrère aledade, dens ue
letre dou 16 de Heurè 1915 que ns e disè: E you tabé que souy
badut troubadou. e you tabé que cantarèy la Gascougne ! »
Lou lendedie, à l'ataque dou 17, à 6 ores dou mayti, que parti
dab la soue secciou à l'assaut de las barrères alemandes. Nou
tourné pas. Ere ou mourt, ou blessât, ou presounè ? N'at s'abèm
en'yboulèm pas pensa. Ta nous auts lou nèn qu'ère chens nat
mau, presounè de segu. B en y-abè dous qui yetaben la loue
medalhe d'identitat abans d'eslança-s, b'en coundaben dous qui
abèn creduts mourts e escribèn au cap de cheys més !
L'estiu que passe e dens la nouste ahide, qui toutu s'aflaquech,
lou nouste praube co que s'esquisse à force de batana. Quin truc,
quine amarou, quoan las letres e lous mandadis hèyts en Heurè e
en Mars, arriben dab lous tampous de la poste et dab mèrques au
crayou rouy e au crayou blu !
Puch lou darrè hiu de l'espoèr qu'ey coupât dab la medalhe
rembiade à la soue familhe.
Que s'y calé ha, qu'ère dounc bertat ! Ah, de nous auts, quoan
pensam à d'aqueres ultimes pauses de la soue agounie, dens la
bouts echouidadoure dou canou, lou tac-tac de las mitralhuses,
lous plagns dous blessats, lous crits : « Mama, mama ! » lous
rangoulhs e, l'ahide, lous arneguets; quoan lou-ns e rememouriam aquiu, alebat, messacrat, estupat, lhèu, dens las pièles de
cadabres qui hasèn murralhe de cade coustat de terré, nade mey
lèrme nou bpu bade e sadoura-ns. Qu'en y-a ta ha-s tros.
Que-ns e bagara dou ploura, d'ana desruits sous sendès oun
abèm batalat, débat lous castagnès, sou cant dou Gabe oun
leyibem « Mirèio » per oun la yoenésse loungademéns renachénte
se mande encoère flocs de hoélhes, flourines, peyrétes e aberas.
Que s'acabe aqueste temsade, que-s pousquam alléuyeri drin dou
nouste hèch. S'èm de pès, que cercaram la soue toumbe lous
quauques pams de sóu oun droum acera bach à Roclincourt sou
caminau d'Arras à Lille. E perqué nou y-anarém ? De youlhs,
qu'où haram la nouste pregàrie :
« Amie nouste, se nou t'abém qu'as acabat de soufri. Qu'ès are

�— 11

—

dens lou gay de Diu e qu'escoutes bercets qui t'encanten infinidamens mey que la hoeytibe paraube de l'omi ;
« Beroy maynat, qu'ès cap e cap dab la Berou sensé mesure ;
« Martiri de la Patrie, la mourt qui as boulude, qui as aperade,
que t'a cintat de l'arrayòu dous bous, dous horts e dous yustes ;
« Sent Entercessou, oère lous qui t'aymèn, arrecatte-lous à la
loue ore, demoure-lous acera haut! »
Miquèu de

CAMELAT.

(liiarn e Bigorre.)

Issy-les Moulineaux. lou

8

Bosc de Liris
La guerre qu'a trencat gouyats én flou,
La maie guerre
Semiayre de crouts e de plou
E grech de terre !
En embrassa la may, qu'èren partits
Ha la bittòri
E que boulèn tourna bestits
De natre glòri.
S'at abèn pas sercat, lous praubes d'éts !
Cadun batèbe
E que hasè de bèts pisnéts
Coum nade lèbe
Un sé d'estiu, s'enténen lous sanglouts
De la campane
Qui, triste, ous aperèbe touts
Mountagne ou plane.
Ent' ou fesilh que dèchen l'eslayèt,
E, chens se plagne,
Que ban serca d'abé la pèt
De l'Alémagne.
Mey bec-agut que nou pas l'esparbè,
Gahan l'abanse,
L'Aléman, ent'ou soun guibè,
Que bo la France.
A toute part que-n hèn case à palhats.
Quine batalhe !
Coan de Boches esbrigalhats
Per la mitralhe !

de May 1916.

�— 12 —

Toustém, pertout, sounque la passioun
Pague lou déute
E la glôri d'u nacioun
S'ou sang s'empéute.
Gascouns tabé, tout sacnous e douléns,
Coum erbe én prade
Casèn hardits, d'arrays baléns
L'amne bagnade.
Frés e tégnès coum lou boutoun de may
Que debèn bibe.
Enta qu'espi's, ô praube may,
Lou hilh s'arribe ?
De nou pas méy poudé-u balha dus pots
Lou co que-t ploure.
Oéy coum douman espia be pots...
Qu'an bis la toure !..
L'ausèt, aus oelhs de sang tout aganits,
Passan la hite,
Se-n és anat én coan de nits
Pana la bite.
Nou, praube may, lou hilh ne tourne pas.
Bestit de glôri,
Débat léurè que drom au jas
De la bittòri.
En mouri joén, lou toun brabe gouyat
— Bère peguesse ! —
A la bielhe France qu'a dat
Sang de joenesse.
N'ou plouris pas lou balén gouyatoun.
La sang berdéye,
E la France, pramou dou toun,
Oéy que joenéye.
Pramou dou hilh au co plan agradiu,
La France joéne
Pouyra bèt téms, gràssis à Diu,
Espia l'abiéne.
Couradje, ô may ! Dab tu que pregueram.
De la sou' pèyre
Que bouy, dab tu, tira l'agram,
L'erbe ou la jèyre. •
Dous cams; p'ou hilh de la France engrechats,
Que bouy que tiris,
O may, ent' ou cèu à brassats
Un bosc de liris !
Dihort lou 30 d'Octobre de 1915.
C. DAUGÉ. (Larmes.)

�— 13 -

U petit mout aus leyedous
Qu'abi pregat lous amies qui toustem e respounen coum eau
quoand lous demandi drin de dequé enta-us Reclams de
bourna-s aquéste cop, de ha-m pioses ou pouesies braques.
Be sèy beroy que n'ère pas aysit, apuch abé passât dus ans
chéns mauta lou calam. Mes qu'abi proumelut au Presidén de
goarda la pagère de 16 payes, e que m'en eau balha 20 !
Praube de you, quin ba calé que me las biri dab éth ! Pramou
que se m'agrade hère lou sou arrisoulét, la fé p'at yuri, que-m
hiqueri en û hourat de bouhou, s'ou bedi tan soulemén ha
frounsi lou tés dou cap.
Més quin calé, diséts-mé, parti en dus, artigles tan beroys,
coum lous dou pelut Camelat et de l'abat Laborde ! N'en èy
pas abut lou couradye. Tabé se de Paris enla e-m arribe
quauque reproch, que p'at hèy assabé pèr abanse, que-m
estuyerèy darrè la roupe de l'û e la soutane de l'aute.
Hurousemén que lous balalhès dou froun que soun méy
ahurbits que you.
Més se pèr û cop drin de coupe e-s pot perdouna, dus cops
que passerén mesure.
U cop pèr toutes, hiquam-se d'arcor : tribalhats coum eau
la mestiou, amies, enta nou pas quesie trop lounque. La caisse,
malaye, quoand soune boèyt, que hè maie mine au méy tringlan debis.
Disém doun que dinquôu die de la bittori ne pariram que
touts lous très més sus numéros de 16 payes.
De qu'en y a que m'an dit : E qui ba paga l'abounemén ?
Paraule assensiade, puchqué ad aquéste mounde tout que-s
debire pilles. Ne souy pas qu'ûe bouts en l'ahoalh de las bouts
qui fourmen lou Burèu e ne pouich qu'ûe cause, disé-b so qui
respouneri, pèr la mie par, au Presidén se-m besè aquéstes
demandes :
— E soun lous felibres qui-s baten qui ban paga ?
■ — Diu s'en goardi !
— Lous qui an arréntes e nou poden touqua ?
— Tapauc! N'éy pas méy de mode la paraule hastiale dou
Barou Biarnés : Lou qui nou pot que pousqui.

�— 14 —

— Equidoun ?
— E lè, aquéths qui an au cô l'amou de l'obre, qui pénsen
que ne déu pas péri a l'arroèyt de la prigglade e qui goarden
héns la biélhe causse de la magrâne quauque bilhetot desbroumbid. Aquéths que pagueran p'ous auts, en balhan suban
la loue boutountat e lous lous mougéns, chéns espia so qui hè
lou besi. Que feniri atau : Dou bnrèu que soug, you, lou qui
a lou még d'ans e lou méy de barbe blanque ; que demandi
l'haunou de despouchiqua lou purmè e que decheri cade héns
la tirelire quauquai rèy : ou bin sos ou bin Hures ; ne disi pas
quoani enta nou pas yena arrés. S'èy débisat coum eau, amies,
que m'ai sapits dise. Més ne m'en sapits pas trop de grat :
ne disi pas sounque coum disen a la Terro d'Oc. E lou qui hè
coum bét ha, né pas ni hôu ni sage. Salut e courau a touts
lous brabes.
J.-V. LALANNE.

A propos des Poilus de Gascogne
Depuis bientôt deux ans les images de la guerre occupent presque exclusivement notre esprit et l'on ne peut guère se laisser
distraire par d'autres sujets, ou bien, si notre activité intellec
tuelle aborde un autre ordre d'idées, c'est pour le rapprocher de
la guerre, lui trouver quelque point de contact avec la lutte gigantesque où se concentre notre effort national. Les amis du passé,
lecteurs de vieux grimoires, chercheurs en quête de contes ou de
chansons, paraissent falots et désuets dans leurs occupations
pacifiques qui détonnent au milieu d'un présent dont la grandeur
épique dépasse les souvenirs les plus héroïques des âges disparus.
Aussi esl-ce peut être pour chercher comme une excuse à des
travaux si peu guerriers et si peu actuels qu'ils tâchent d'établir
un lien entre hier et aujourd'hui.
Comme régionalistes, en applaudissant les actes de bravoure,
accomplis avec intrépidité et bonne humeur par les soldats de
chez nous, nous ne pouvons nous empêcher d'éprouver un sentiment de fierté de race, et de constater aussi que cet élan de vaillance, cette énergie guerrière, qui s'allie au sourire, sont des
vertus du terroir, un héritage de la Gascogne d'autrefois.
Je sais que des esprits chagrins sont tout prêts à nous chicaner sur
ce point et le geste, de mauvaise humeur qui fit écrire à d'Aubigné

�- 18 —
la caricature du baron de Fœneste trouverait encore des imitateurs,
disposés à nous déclarer glorieux, fats et encombrants, à proclamer que nous faisons plus de bruit que de besogne, que, dans
l'énumération de nos qualités, il en est une qui nous fait défaut;
la modestie.
Mais si je parcours l'histoire, je trouve que partout où il y eut
de beaux coups d epée à donner et à recevoir, les Gascons furent
au premier rang ; le beau renom, la place glorieuse que la France
possède dans le monde depuis des siècles, les Gascons ont concouru
plus que quiconque à les créer et à les mettre en relief. Tout le
monde connaît ce qui a été dit de la Gascogne du xvie siècle
« magasin de soldats », « pépinière des armées », de celle du xvne
siècle, où il y avait chez nous, selon le mot d'un de nos poètes,
« plus de fantassins que de fourmis, plus de cavaliers que de
frelons », de la Gascogne au temps de Napoléon, qui aurait dit un
jour: a Donnez-moi une armée de vrais Gascons et je traverserai
cent lieues de flammes! » 11 y a quelques années, si la France
entière a fait tant de succès au Cyrano de Rostand, je veux bien
que le talent du poète mérite une part de ces applaudissements,
mais je crois aussi que ce qui a enthousiasmé la foule c'est le
panache, la bravoure élégante des cadets de Gascogne, encore que
l'artiste les ait parfois campés dans des poses qui ressemblent
trop à des charges.
Une promenade à travers nos villes gasconnes est singulièrement
évocatrice. A Pau, par exemple, quand je monte de la gare et que
je débouche sur la Place Royale, c'est un soldat qui m'accueille;
la main gauche à l'épée, le bras droit étendu, le sourire bon
enfant, le roi béarnais semble dire : « Soyez le bienvenu dans ma
bonne ville! » Je descends la rampe du Boulevard, le.long de
l'hôtel Gassion, je traverse les massifs de fleurs qui font une ceinture embaumée au vieux château de Marguerite, je me heurte à
Gaston-Phébus, appuyé sur son épieu, regardant d'un œil hautain
les collines lointaines, rêvant peut-être à la chevauchée brillante
qui fit connaître sa valeur jusque dans les marais de la Prusse
orientale. A quelques pas, adossé à un canon, le grave Bosquet
surveille la route de Gan et celle de Bayonne, comme s'il pressen
tait l'arrivée de l'ennemi. Derrière le Palais de Justice, je suis
arrêté par Bourbaki, montant à l'assaut à la tête de ses troupes
d'Afrique. Si l'attrait du panorama des montagnes me ramène
vers le parc Beaumont je suis salué par un Mousquetaire dont le
panache gigantesque semble vouloir balayer le ciel. Et en parcourant les rues, des plaques commémoratives me rappellent le lieu
de naissance d'un Gassion, d'un Bernadotte, noms célèbres et
glorieux de la grande histoire. Allons ailleurs, en pays béarnais,
ou bien dans l'Armagnac, la Lande, la Bigorre: des figures de

�— 16 —
grands capitaines surgissent de partout, attestant la valeur militaire de notre race.
Et ce n'est pas seulement dans une élite que se manifeste cette
aptitude au métier de la guerre. Le peuple entier a l'âme guerrière.
Que de témoignages je pourrais en fournir! Qu'il me'suffise de
citer deux fragments de lettres envoyées par le baron d'Arros,
lieutenant de Jeanne d'Albret, à un de ses capitaines, au cours des
guerres religieuses du xvi° siècle ; il s'agit d'une époque tristement
troublée, dont le souvenir est pénible, mais je ne retiens ici que
le brevet de vaillance décerné par un chef valeureux, qui avait
fait ses preuves, à ses compatriotes des vallées béarnaises. Le
vieux baron d'Arros écrit de Navarrenx, le 21 novembre 1568, au
capitaine d'Espalungue, à Louvie-Juzon : « Je vous prie de vous
tenir prest pour quant je vous advertiré me venir trouver avec un
bon nombre des escarrabilhatz de vostre vallée d'Ossau, vous asseurant que je me fie plus en ceulx-là que en aulcuns autres, et croy
que quelque vent qui règne, ylz ne se divertiront de leur fidélité».
Le 30 mars 1569, le même d'Arros écrit encore de Navarrenx aux
capitaines d'Espalungue et Poqueron qui se trouvaient à Nay :
« Les soldats de vostre crû sont fort vailhantz et vous puis asseurer que je les ay veu faire ausy bien leur deboyr que à gentz que
je visse jamais ».
Ces qualités guerrières sont des qualités de race ; elles se reflètent si bien dans la langue, qui est par dessus tout l'expression du
caractère d'une race : celui qui veut analyser le fond de l'âme d'un
peuple doit examiner la langue. Or il y a longtemps que Montaigne
faisait la remarque que « le gascon des montaignes » (le béarnais
évidemment) était « sec, bref et signifiant, à la vérité un langage
masle et militaire ». Voyez les mots qui expriment une idée de
mort violente, de coups donnés par les armes ou dans la bagarre;
ils claquent comme des coups de pistolet : pica (couper), truca
(frapper), cscma (couper la gorge;, esglachà (broyer), escapita
(couper la tête), esmonstra (couper la figure), esnasa (couper le nez),
estabani (étourdir), etc., etc. Mon ami l'abbé Daugé fait quelque
part la remarque que le Gascon manifeste ses goûts aventureux et
hardis dans l'emploi si général du verbe : coupa (couper). « Le
Gascon coupe tout, et ne connaît aucune des nuances de français » ;
il dit : coupa u cassou (abattre un chêne), coupa la pelhe (déchirer les
habits), coupa u beyre (casser un verre), coupa hé (faucher du foin),
coupa arrasims (cueillir des raisins), coupa Ion, col (trancher le cou),
coupas ion cap (se fracasser la tête). L'énergie et la promptitude
du Gascon se traduisent encore dans l'emploi du verbe boulé (vouloir) ; c'est le premier mot que l'enfant apprend de sa mère : E bos
minya? (veux-tu manger), e bos bébe? (veux-tu boire), e bos droumi!
(veux-tu dormir), e-L-bos cara ! (veux-tu te taire), disent les mères

�— 17 à leurs bébés, au lieu de : désire-tu manger ? as-tu soif ? t'endorstu ! tais-toi ! Ce don de la volonté, le Gascon l'attribue même aux
choses iuanimées : que boù plabe (la pluie menace), que boù ha
sourelh[le soleil va paraître) ; j'ai connu une vieille cuisinière,
Béarnaise cap e tout, qui ne manquait jamais de donner pour
excuse, quand un plat était insuffisamment cuit : aquet pouret ou
aquéres pourries de terre ou aquets caoulets n'an pas BOULUT cose.
L'activité du peuple gascon, son besoin d'action, sa vivacité
entreprenante et hardie,on pourrait les montrer encore dans l'usage
si fréquent du verbe ha (faire) ou que eau (il faut), qui jouent un
rôle prépondérant dans notre langue.
Je ne voudrais pas pour cela qu'on nous prenne pour une race
de soudards, « perce-bedaines et casse-trognes » ; les passions
violentes, l'amour du carnage, le plaisir de verser le sang ne sont
pas dans notre caractère. Au contraire,
... que soun brabes coum la broyé,
Toutu, coum pâ bénédit,
Lous hilhs de la terre beroye.
Mais si la nécessité, le devoir, l'occasion placent nos Gascons au
milieu des batailles, cette vaillance, cette énergie de l'âme, que
révèle la langue, reflet par excellence du caractère traditionnel
d'une race, toutes ces qualités de la souque se manifestent et donnent leur mesure. Le sang est chaud, l'œil clair, l'esprit alerte, et
les situations diverses que fait naître l'action n'étonnent ni ne
prennent au dépourvu ces esprits pratiques et débrouillards : que
eau esta de bou peu ; lou qui ey pelut qu'a bertut ; ne semble-t-il pas
que notre idiome avait prévu depuis longtemps l'idée du « poilu »
de la grande guerre ? Devant la fumée des obus asphyxiants, un
vrai Gascon ne se trouve pas démonté, car le signe du courage
n'est-il pas chez nous de nou pas abé poù à la brume ? L'ardeur au
travail, le savoir-faire n'a-t-i) pas toujours été exprimé par une
image empruntée à l'art militaire: balén coum l'espade? L'habitude
de se battre avec une terre souvent dure et marâtre a prédisposé
nos soldats à l'endurance, à l'énergie patiente : que eau tira ou
desyugne;dab cén chégris nou s'y paguêré pas u déute; adayse ou
amalayse lou tems que s passe; que eau préné lou tems coum bien e lous
ardits au cours. Laboureurs, vignerons, bergers, artisans, ils
avaient l'ambition d'exceller dans leur métier et quel est celui
d'entre eux qui ne faisait étalage à l'occasion, avec une pointe de
fierté, de sa supériorité professionnelle ; devenus soldats, ils
s'appliquent à bien manier l'outil nouveau :
Au bou oubrè
Tout arnés que s'ou hè

�— 18 Le désir de garder sa terre, de rester lui-même, avec son indépendance, sa liberté d'esprit et de langage, tous ces sentiments qui
rentrent dans l'idée de patrie et qu'il connaît d'instinct plutôt que
par éducation ou raisonnement, lui font comprendre le malheur
qui le menacerait, si le Boche devenait le maître ; que bau mielhe
esta auset de bosc que de cauye. La mort est bien terrible et bien
noire: ta paya etamourri que y-a toustem lerns; mais si elle se
présente, on la regardera venir avec un courage serein et comme
dans un sourire qui s truffe; n'y a-t-il pas comme un fatalisme
atavique, venu de quelque héritage oriental, qui se manifeste dans
notre philosophie populaire : nou eau pas mouri qu'u cop ; nou-y
a pas moyen de cade chens se ha mau ; nou s'y hè pas mouletes chens
craca ouéus.
Ces aptitudes diverses qui font du Gascon un soldat remarqué
et lui permettent de s'acclimater et de « pousser» partout, comme
disait Henri IV, ne détruisent pas cependant l'amour très profond
qu'il porte à sa terre. La nécessité ou le devoir le font soldat et il
s'adaptera à merveille à tous les inconvénients et à tous les risques
du métier, mais son esprit s'envolera souvent avec quelque nostal
gie loin de la tranchée et du champ de bataille. Tout cela n'a-t-il
pas été très justement exprimé dans une de nos plus jolies
chansons ossaloises, où l'on voit le soldat évoquer la montagne
natale et le chien fidèle, et le troupeau, sans oublier l'escautou et sa
Margalide ? Mais ces souvenirs ne l'amollissent pas, ne lui font pas
oublier ou renier le devoir; au contraire, il veut revenir avec
gloire et honneur, si du moins la mort cruelle l'épargne :
Si-n soy tournât de la campagne,
(Si pouts, be sérèy capouràu),
Qu'arriberèy ta la mountagne :
D'or te darey crouts y didaù ;
Que-t countereij quin de la guerre
Me soy sourtit dab gran'aunou.
Mey, ta labets, quine misère !
E tournérey ? — Jou n'at sèy nou.
Après avoir parcouru ces lignes, quelqu'un dira peut-être :
« Mais ces qualités attribuées aux Gascons, ne sont-elles pas les
qualités de tous les soldats de France ? » Il se pourrait. N'a-t-on
pas dit en effet depuis longtemps : « La France, cette Gascogne
de l'Europe
»
J.-B LABORDE.

\

�— 19 —

Las Gazétes
Orthez-Pâques 1915 — Rebiste publicade a Orthez au profièyt dous
sourdats, debath la direcciou de M. Paul Lacoste ; flouride p'ou crayou
dou nouste counfray Eugène Larroque. Trobes e prousèys de Paul Lacoste,
Al. Cartero, Jean Rameau, Francis Jammes, Abbé Daugé, André Baudorre, Comte Arnaud de Gramont, Onésime Reclus, Louis Batcave, etc.
Rebiste Philomatique de Bourdeu, yulh-aoust 1915, P. Courteault :
Lous capitenis gascous de Yane d'Arc.

Franc-Parler d'Orthez, 21 décembre 1915, L. Batcave : Lou passatyè
dou duc à"Angoulême à Orthez : H2 décerne 1815.
Noël de Gascogne. — Pour les soldats. - Rebiste Landése, 1915,
directou Serge Barranx. Qu'y troubam lous noums aymats de pèr nouste :
Jean Rameau, Francis Planté, Simin Palay, Baudorre, L'Artè doit Pourtaou, lou Nadau biélh tan beroy, Chut, Chut! etc.
La République des Travailleurs, Aucb, 23 avril 1916. — Déns ù
numéro qui n'éy pas hère biélh, que-s hesè assabé que lou nouste presidén
d'haunou, Mous de Bibal, qu'a hèyt dounaciou au departemén dou Gers de
600 liures d'arrénte ta las chèys méy youénes hémnes maridades qui auran
û gouyatot entre lou purmè de Mars et lou 31 dou més mour de 1916.
Louiset, hoèy, qu'aplaudéch a la boune idée de Mous de Bibal qui bou arrepoubla la France e que dits dab plâ de resou : « Rappéla-bous, mous chers
amies, qué la man-d'obro familialo n'és pas ta caro que la man d'obre
éstrangère. En aquéste moumént surtout lous proupriétaris et lous bourdilès
qué podén tribalha sas terros dambé lous brassis dé sous maynatgés sé
podén estima hurous. » Doun ta ha plasé a Moussu Bibal e ta poupla la
France, que s'y hèsin hor lous baléns !
Lou medich Journal, (21 de may) qu'anounce que Mous de Bibal qu'a
mandat gn'aute titre d'arrénte de 600 liures au Préfet dou Gers, qui demourera bint ans d'arrue la prouprietat dou departemén enta esta emplegat
coum asso atau :
« Cette somme annuelle de 600 fr. sera répartie, stipule M. Bibal, par la
Commission départementale aux six mutilés, les plus méritants, qui, après
avoir suivi les cours de l'école de Beaulieu, exerceront une profession agricole dans le département du Gers.
« La \r« répartition, pour l'année 1916, aura lieu au mois de Janvier 1917;
et comme, à cette époque, le titre de rente ne représentera que 3 coupons
trimestriels échus, soit 450 fr., j'épiugle au titre 2 billets de banque faisant
150 fr., afin que la 1" annuité soit ainsi complétée.
« J'espère que mes honorables collègues du Conseil général voudront bien

�accepter encore cette donation que j'ai le plaisir de faire, nette de tous frais
et de toutes charges. »
Lous machans pagadous qu'an coustume de dise : ne pagam pas, qu'éy la
guerre. Bibal, éth, qu'emplégue la mediche paraule niés quoant grane e
beroye héns la soue bouque ! Que dits : Balham chéns counda, qu'éy la
guerre.
La Petite Gironde dou 14 de May 1916. — Létre d'Edmond de Rostand
sur la mour au froun de mous de Despax Emile, sous-préfet d'Aulourou,
lou nouste countray.
« J'ai rencontré pour la première fois Despax au moment qu'il partait pour
la tranchée et quand il était déjà vêtu d'Azur pour entrer dans la plus grande
gloire.. Je préférerais peut-être n'avoir jamais connu ce visage de fierté et
de nostalgie ! Deux jours après, j'apprenais que la Muse, voilée, s'était assise
pour pleurer sur le perron de la Maison des Glycines. Elle pleurait, stupéfaite
de n'avoir pu, en couvrant Despax de sa Lyre, arrêter dans les cordes éternelles la dure abeille de cuivre ! Si j'avais été, ce printemps, au pays chanté
par le tendre poète, je n'aurais pu supporter de voir une seule glycine
refleurir sur une seule maison ! »
Emile Despax qu'ère badut a Dax lou 14 de Setéme 1881. Encoère escouliè, qu'escribè au Mercure de France, a la Plume, a /'Ermitage, a la Renaissance Latine. Qu'abém d'éth ûe purmère plaquéte : « Au seuil de la Lande. »
En 1905, que hesè flouri u beroy libi : « La Maison des Glycines ».
Sots-loctenén en noubémbre 1914, qu'abou lou cap trauquat pèr ûe baie
a■ Moussy-sur-Aisne, lou 17 de Yenè 1915. Que droum lou darrè droumi
au cemitèri de Verneuil. Que las glycines biulétes e flouréchin la toue
toumbe, ô beroy pouète !
La Terro d'Oc. — Balénte coum l'espade, ne s'é pas estade de piula a
maugrat de la guerre maudite. Au n° (Yè e Heure) qu'anounce que lous très
que debiénen méy mourdéns e qu'abè abut û moumén la pensade d'estanca-s;
més lous dou froun n'an at pas boulut : i Ils nous ont fortement engagés à
persister dans notre effort ;. . . ils ont estimé qu'il y avait là un devoir devant
lequel nous ne pouvions nous dérober... » Que demande a-us qui poden
i un petit supplément à titre de contribution volontaire. » Bravo à La Terro
d'Oc !
J.-V. L.

Lou Yérant : E. MARRIMPOUEY.
PAU, EMPRIMERIE VIGNANCOUR, E. MARRIMPOUEY, EMPRIMUR.

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              <text>&lt;p&gt;Bibliot&amp;egrave;ca de l'Esc&amp;ograve;la Gaston Febus&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.reclams.org/" target="_blank" rel="noopener"&gt;&lt;img style="height: 97px;" src="http://occitanica.eu/images/omeka/gaston_febus.jpg" height="97" /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Vignette :&amp;nbsp;&lt;a href="http://www.occitanica.eu/omeka/files/original/e472a8c919c77eed6b76d1205b58246f.jpg"&gt;http://www.occitanica.eu/omeka/files/original/e472a8c919c77eed6b76d1205b58246f.jpg&lt;/a&gt;</text>
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