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                  <text>�La vision romaine du barbare, des origines au Ve siècle
« Le barbare, c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie. »
(Cl. Lévi-Strauss, Race et histoire, 1968, p. 22)

Le mot barbare est d’origine grecque. Il apparaît pour la première fois chez Homère à propos des
Cariens, peuple du sud-ouest de l’Asie Mineure, qui combattent aux côtés des Grecs (Iliade II, 867) :
Nastès conduisait les Cariens barbarophônoi, « ceux qui parlent en faisant barbar », donc qu’on ne
comprend pas ou qu’on comprend mal. L’adjectif homérique est une onomatopée imitative véhiculant
un simple critère linguistique, qui n’est pas forcément péjoratif. À l’origine, le barbare n’est d’ailleurs pas
nécessairement un étranger, ni un inconnu : au Ve siècle encore, le mot est utilisé pour désigner tous
ceux, Grecs ou non Grecs, qui parlent mal la langue grecque et font des barbarismes. Durant toute
l’époque archaïque, la langue ne constituera pas une barrière entre Grecs et non Grecs ; cette barrière
linguistique ne va s’imposer qu’avec les Guerres médiques, qui opposent dans la première moitié du Ve
siècle l’Empire perse et la Grèce. Pour Marie-Françoise Baslez 1, deux raisons majeures expliquent
l’évolution du mot : le développement des relations diplomatiques, qui révèlent l’adage traduttore
traditore, et l’essor de la philosophie (Socrate est né en 470), qui est avant tout un exercice de langage.
Pour les philosophes grecs, la maîtrise du langage est la base de la compréhension par l’homme de
l’ordre du monde, si bien que le mot logos désigne aussi bien le mot, la parole que le discours
intelligible, la raison et même l’ordre du monde et, dans les Évangiles, la parole divine, le Verbe de
Dieu. Du coup, le barbare va devenir l’homme auquel manque le logos dans les deux sens du terme : l’art
de bien parler et l’art de raisonner, de comprendre le monde.
C’est ainsi que s’est greffé sur le sens linguistique un critère intellectuel, et le mot barbare,
devenu nettement péjoratif, va devenir un concept ethnique et désigner tous ceux qui ne sont pas grecs
et qui sont par rapport aux Grecs intellectuellement et culturellement inférieurs. Certes, avec le
rationalisme qui se développe à la fin du Ve siècle, est née l’idée que Grecs et Barbares ne sont que deux
fractions identiques et égales d’une même humanité, mais ce cosmopolitisme est resté une position
philosophique abstraite et non une réalité.

1 Voir M.-Fr. Baslez, L’étranger dans la Grèce antique, Paris, Les Belles Lettres, 1984.

�À Rome, le concept de barbare est inconnu avant l’hellénisation qui va se généraliser au II e
siècle. Jusque-là Rome ne connaît que les concepts d’externus, qui désigne celui qui est en dehors du
territoire public, et d’hostis, qui signifie tout à la fois étranger et ennemi. C’est dire si les Romains ont
peur de l’autre, de l’étranger, qui n’est pas un ami potentiel, mais un ennemi en puissance, qui ne
pourra devenir un allié qu’une fois vaincu. En adoptant la culture grecque, les Romains ont donc
découvert le concept de barbare, qui les a énormément embarrassés, parce qu’il forçait les Romains à se
mettre eux-mêmes sur le même pied que les peuples étrangers aux Grecs. Cela heurtait leur sensibilité et
la maiestas populi Romani, leur sentiment de supériorité, du moins en matière militaire. Les Romains
l’ont cependant adopté en cherchant à le modifier de différentes manières. En gros, il y eut trois
théories. Certains auteurs ont repris la division binaire, mais en opposant Romains/non Romains, mais
cette idée n’a guère eu de succès, les Romains en général ne pouvant se résoudre à ranger les Grecs parmi
les Barbares. D’autres ont proposé une division tripartite de l’humanité : Grecs, Romains et Barbares.
D’autres enfin ont repris simplement la division Grecs/Barbares, mais en cherchant à prouver que les
Romains sont en fait des grecs d’origine et que le latin est un dialecte grec déformé (d’où la légende
d’Évandre qui serait venu s’installer sur le Palatin, avant Énée, et aurait enseigné aux populations locales
l’art, l’écriture et la musique).
Dans tous cas, le concept de barbare a offert aux Romains un moyen d’expliquer et de justifier
leur sentiment de supériorité par rapport aux autres peuples, à l’exception des Grecs, vis-à-vis desquels
ils ressentiront presque toujours un complexe d’infériorité culturelle. On en a un bel exemple dans une
page célèbre de l’architecte Vitruve consacrée à la nécessaire adaptation architecturale des maisons selon
les régions (De architectura VI, 1) :
« 1. De la disposition des maisons appropriées aux localités.
1. La disposition d’une maison aura été avantageusement choisie, si, pour la bâtir, on a eu égard au pays et au climat.
Qui ne voit, en effet, qu’une maison doit être différemment construite en Égypte qu’en Espagne ? [...]
3. Il y a là des remarques, des observations, une étude à faire sur la nature des choses, et sur l’organisation des
hommes. En effet, aux lieux où le soleil verse une chaleur modérée, les corps conservent dans une juste proportion les
éléments qui les composent ; mais ceux que, dans sa course plus rapprochée, il brûle, il consume, perdent leur
humidité, ce qui en rompt l’équilibre. Dans les régions froides, au contraire, le grand éloignement du soleil empêche
que l’humidité ne soit épuisée par la chaleur ; bien plus, l’air chargé de rosée, remplissant les corps d’humidité, leur
donne plus d’ampleur, et rend le son de la voix plus grave. Voilà aussi pourquoi les régions septentrionales voient
naître des peuples à la taille colossale, au teint blanc, à la chevelure plate et rousse, à l’œil pers, au tempérament
sanguin, soumis qu’ils sont à l’influence d’un ciel froid et humide.
4. Quant à ceux qui sont voisins de la ligne équinoxiale, et qui reçoivent perpendiculairement les rayons du soleil, ils
ont la taille plus petite, la peau basanée, les cheveux crépus, les yeux noirs, les jambes faibles, et peu de sang dans les
veines à cause de l’ardeur du soleil. Aussi cette disette de sang leur fait-elle appréhender toute espèce de blessure ; mais
ils supportent sans crainte les chaleurs et les fièvres, parce que leurs corps y sont accoutumés. Les corps, au contraire,
qui naissent au septentrion, craignent la fièvre, qui les affaiblit; mais l’abondance du sang leur ôte la crainte que
pourrait leur donner une blessure.

�[...]
8. Cette vérité, que les lieux naturellement humides grossissent la voix, et que ceux qui sont chauds la rendent plus
aiguë, peut se démontrer par cette expérience. Si l’on prend deux godets de terre, cuits ensemble dans le même
fourneau, ayant même poids et même son, que l’on plonge l’un des deux dans l’eau, et qu’après l’en avoir retiré, on
vienne à les frapper tous deux, on trouvera une grande différence dans les sons qu’ils rendront, aussi bien que dans
leur poids. Il en est de même des corps des hommes : bien que formés de la même manière, et composés des mêmes
éléments, les uns doivent à la chaleur du climat les sons aigus que leur voix fait entendre, les autres rendent des sons
dont la qualité grave est le résultat d’une humidité abondante.
9. C’est encore à la subtilité de l’air, à la chaleur du climat, que les peuples méridionaux sont redevables de cette
activité dans la conception de leurs projets. Les septentrionaux, au contraire, assoupis par la densité de l’air, refroidis
par l’humidité de l’atmosphère, ont de l’engourdissement dans l’esprit. C’est une vérité dont les serpents pourront
nous donner une preuve : lorsque la chaleur a épuisé l’humidité froide qui est dans leur corps, ils sont d’une agilité
extraordinaire ; l’hiver revient-il avec ses rigueurs, ses frimas, ce changement de température les refroidit, les
engourdit, les rend immobiles. Il ne faut donc pas s’étonner que la chaleur donne de la vivacité à l’esprit de l’homme ;
le froid, au contraire, de la pesanteur.
10. Mais ces nations méridionales avec toute leur pénétration, leur subtilité, s’il vient à être question de faire acte de
valeur, se trouvent sans énergie : le soleil, par sa chaleur, les énerve et leur ôte la force du courage ; tandis que celles
qui naissent dans les pays froids ont plus d’assurance au milieu des horreurs de la guerre, et y déploient une valeur à
toute épreuve; mais la pesanteur de leur esprit, le défaut de réflexion, le manque d’habileté sont les plus grands
obstacles à l’exécution de leurs desseins. S’il est entré dans le plan de la nature de mettre entre toutes les nations des
différences aussi marquées, elle a aussi voulu que le peuple romain occupât sur la terre l’espace intermédiaire qui
participait à l’influence de ces divers climats.
11. C’est en effet le mélange de vigueur corporelle et de force d’âme qui fait le caractère des peuples d’Italie. La
planète de Jupiter doit sa nature tempérée à sa position entre la chaleur immodérée de Mars et le froid excessif de
Saturne; on peut dire, par la même raison, que c’est à la situation de l’Italie, entre le septentrion et le midi, qu’on doit
attribuer la supériorité incontestable de ses qualités. Par sa valeur elle triomphe de la force des barbares, comme par sa
prudence elle déjoue les projets des méridionaux. Il semble que les dieux n’aient placé la ville du peuple romain dans
une région aussi belle et aussi tempérée que pour établir son empire sur toute la terre 2. »

Vitruve reprend ici la théorie des climats 3, déjà présente chez Platon et Aristote, et professée à Rome par
le stoïcien si influent Posidonios (c. 135-50 av. J.-C.), dont Vitruve pourrait bien s’être inspiré. Cette
théorie a subi ici quelques adaptations, Rome prenant évidemment la place centrale qu’occupait la
Grèce dans la pensée grecque, autrement dit celle où le climat est le meilleur. Cette théorie, fondée sur le
principe de l’humidité des corps, implique chez les peuples des différences biologiques, morales et
intellectuelles, qui expliquent que la caractéristique principale des peuples du nord est la feritas et celle
des peuples du sud la vanitas, la virtus, valeur éminemment romaine, étant réservée aux peuples des
régions tempérées. Ainsi « le mélange de vigueur corporelle et de force d’âme » dont bénéficie le peuple
2 Vitruve, De l’architecture, trad. Ch.-L. Maufras, Paris, Panckoucke, 1847 (on pourra aussi se reporter aujourd’hui à la
nouvelle édition du livre VI par L. Callebat, Paris, CUF, 2004). Pour deux analyses contradictoires de cette page, voir
Y.-A. Dauge, Le barbare. Recherches sur la conception romaine de la barbarie et de la civilisation, Bruxelles
(Latomus, 176), 1981, p. 468-471 (ouvrage à lire en tenant compte des critiques de M. Dubuisson dans RBPH, 61,
1983, p. 186-188) et B. Isaac, The Invention of Racism in Classical Antiquity, Princeton, 2004, p. 82-85.

3 Sur cette théorie, voir M. Pinna, « Un aperçu historique de la ‘théorie des climats’ », Annales de Géographie, 98,
1989, p. 322-325 et surtout M. Pinna, La teoria dei climi : una falsa dottrina che non muta da Ippocrate a Hegel, Rome
(Memorie della società geografica italiana, 41), 1988.

�romain justifie la domination romaine sur toute la terre.

Bien des auteurs cependant s’opposèrent à ce déterminisme climatique, tel Cicéron qui privilégie
une conception morale de la Barbarie. Ainsi, dans le De Republica (I, 58), Laelius répond-il à Scipion
qui demande si Romulus régna sur des Barbares :
« Si, comme les Grecs, on dit que les hommes ne peuvent être que grecs ou barbares, j’ai bien peur qu’il n’ait régné
sur des barbares. Par contre, si c’est aux mœurs et non aux langues que doit s’appliquer ce terme, je considère que les
Grecs ne sont pas moins barbares que les Romains4. »

De la même façon, lors de son procès pour magie en 158 ap. J.-C., Apulée, à qui l’on a reproché une
origine peu honorable, se défend en ridiculisant la théorie du climat (Apologie 24) :
« Ce n’est pas du lieu où est né, où a séjourné un homme, que l’on doit s’enquérir, mais bien de ses mœurs : ce n’est
point le climat, c’est l’ensemble de la vie qu’il faut considérer. On permet, et c’est justice, qu’un jardinier, qu’un
cabaretier, recommandent leurs légumes et leurs vins par la bonté du terroir, vantant, l’un ses vins de Thasos, l’autre
ses légumes de Phliasie : en effet, ces productions de la terre acquièrent plus de saveur si le sol est fertile, le climat,
humide, le vent, doux, le terrain, en bonne exposition, et la végétation, riche en sucs. Mais pour l’âme humaine,
véritable hôte dont le corps est en quelque sorte pour les hommes un lieu de passage, que peut-il y avoir dans ces
accessoires qui ajoute ou retranche à ses mérites comme à ses démérites ?5 »

Au fond, la théorie du climat ne s’adaptera jamais très bien à Rome et, même chez les auteurs qui la
reprennent, on sent une volonté d’en atténuer le déterminisme. Par exemple, dans le De Ira écrit en 41,
Sénèque insiste sur le rôle de l’éducation et de la civilisation, qui permettent de dompter les caractères
trop forts et donc de sortir les peuples de la barbarie (à l’exception des Germains et des Scythes), tout
comme la culture permet de maîtriser les excès d’un sol trop généreux (II, 15 6). Dans l’Agricola (11) et la
Germanie (2 et 4), Tacite s’appuie même sur la théorie du climat pour expliquer chez les Gaulois et les
Germains une remarquable bravoure, que les Romains eux-mêmes auraient perdue avec les libertés
républicaines. En réalité, on sent bien que cette division binaire du monde entre Romains ou Grecs et
barbares, qui apparaît certes ici et là dans quelques approches ethnographiques et donc chez des auteurs
isolés, ne cadre ni avec les habitudes romaines face aux peuples conquis, ni avec la vision romaine de
l’étranger7.
4 Sur ce passage, voir L. Méry, « Barbares et civilisés chez les auteurs latins du 1er siècle », Barbares et civilisés dans
l’Antiquité, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 153-186, spéc. p. 160.

5 Trad. V. Bétolaud, Paris, Panckoucke, 1836 (on pourra aussi consulter l’édition de P. Vallette, Paris, CUF, 1924).
6 Sur cette page, voir les commentaires contradictoires de Y.-A. Dauge, Le Barbare, p. 604-606 (à lire avec
circonspection) et de B. Isaac, The Invention, p. 95, 205 et 430-432.

7 On pourra compléter les données sur la notion de barbare à Rome en consultant, outre les références déjà données en

�D’une part, comme l’a si bien montré mon collègue Paul-Marius Martin, Rome est la première
civilisation « qui se définit avec orgueil comme une civilisation ‘métisse’, dirait L. S. Senghor, ou, si l’on
préfère, comme une civilisation ethniquement et culturellement mêlée, dès l’origine 8. » C’est ce que dit
le mythe d’Énée et du mélange originel entre Troyens et Aborigènes italiques, et c’est ce que dit aussi la
légende de l’Asylum ouvert par Romulus : le peuple romain s’est constitué de la lie et du rebut des
peuples alentour. En rapportant cette légende (I, 8, 5-6), Tite Live dénonce ainsi l’embellissement
habituel dans l’histoire des origines des cités et affirme que Rome est la seule cité à avouer qu’elle a
accueilli « des gens sans aveu, voire sans feu ni lieu 9 ». Or cette tradition d’intégration et d’ouverture à
l’autre ne s’est jamais démentie tout au long de l’histoire de Rome : l’absorption au sein de la civitas
romana des cités et des peuples vaincus sera lente, mais progressive jusqu’à l’octroi, en 212 sous
Caracalla, de la citoyenneté à tous les habitants libres de l’Empire. La conception romaine de la
colonisation est elle aussi particulièrement frappante : comme l’a expliqué Paul-Marius Martin, en
prenant une comparaison biologique, le modèle colonial grec, c’est « une sorte de mitose cellulaire
d’avec la cellule-mère, qui aboutit à deux cellules autonomes 10. » Une colonie grecque, c’est donc par
rapport à la cité-mère « la chair de sa chair ». À Rome, dès les premières victoires romuléennes, le
processus est radicalement nouveau : une colonie romaine, c’est « une cellule qui lance des métastases
sur d’autres et qui, en les absorbant, les contamine [...], c’est un morceau de la chair de Rome greffée sur
une chaire étrangère, sans autonomie aucune 11 ». On pourrait penser qu’il s’agit là d’une vue moderne
bien éloignée de la manière dont les Romains eux-mêmes pouvaient concevoir leur colonisation. Mais
les textes prouvent le contraire, comme les propos si lucides que l’empereur Claude tient devant le sénat
en 48 ap. J.-C. pour défendre le projet d’accorder aux notables de la Gaule chevelue le droit d’accès au
note, les ouvrages et articles suivants : J. P. V. D. Baldson, Romans and Aliens, Londres, 1979 ; M. Dubuisson, «
Barbares et barbarie dans le monde gréco-romain : du concept au slogan », L’Antiquité Classique, 70, 2001, p. 1-8 ; É.
Ndiaye, Un nom de l’étranger : Barbarus. Étude lexico-sémantique en latin, des origines à Juvénal, Villeneuve d’Ascq,
Septentrion, 2003 ; Ead., « L’étranger “barbare” à Rome : essai d’analyse sémique », L’Antiquité Classique, 74, 2005,
p. 119-135 ; J. Marincola, « Romans and/as Barbarians », The Barbarians of Ancient Europe. Realities and
Interactions, L. Bonfante (éd.), Cambridge-New York, Cambridge University Press, 2011, p. 347-357.

8 P.-M. Martin, « La tradition sur l’intégration des peuples vaincus aux origines de Rome et son utilisation politique »,
Integrazione Mescolanza Rifiuto - Incontri di popoli, lingue e culture in Europa dall’Antichità all’Umanesimo
(Cividale del Friuli - 21-23 septembre 2000), Rome, 2001, p. 65-88 (p. 65 pour la citation).

9 P.-M. Martin, « La tradition », p. 66-67.
10 P.-M. Martin, « La tradition », p. 69.
11 P.-M. Martin, « La tradition », p. 69-70.

�sénat (Tacite, Annales XI, 24) :
« (1) Le prince fut peu touché de ces raisons. Il y répondit sur-le-champ; et, après avoir convoqué le sénat, il les
combattit encore par ce discours : “Mes ancêtres, dont le plus ancien, Clausus, né parmi les Sabins, reçut tout à la fois
et le droit de cité romaine et le titre de patricien, semblent m’exhorter à suivre la même politique en transportant ici
tout ce qu’il y a d’illustre dans les autres pays. (2) Je ne puis ignorer qu’Albe nous a donné les Julii, Camerium les
Coruncanii, Tusculum les Porcii, et, sans remonter si haut, que l’Étrurie, la Lucanie, l’Italie entière, ont fourni des
sénateurs. Enfin, en reculant jusqu’aux Alpes les bornes de cette contrée, ce ne sont plus seulement des hommes, mais
des nations et de vastes territoires que Rome a voulu associer à son nom. (3) La paix intérieure fut assurée, et notre
puissance affermie au dehors, quand les peuples d’au-delà du Pô firent partie de la cité, quand la distribution de nos
légions dans tout l’univers eut servi de prétexte pour y admettre les meilleurs guerriers des provinces, et remédier ainsi
à l’épuisement de l’empire. Est-on fâché que les Balbi soient venus d’Espagne, et d’autres familles non moins illustres,
de la Gaule Narbonnaise? Leurs descendants sont parmi nous, et leur amour pour cette patrie ne le cède point au
nôtre. (4) Pourquoi Lacédémone et Athènes, si puissantes par les armes, ont-elles péri, si ce n’est pour avoir repoussé
les vaincus comme des étrangers ? Honneur à la sagesse de Romulus notre fondateur, qui tant de fois vit ses voisins en
un seul jour ennemis et citoyens! Des étrangers ont régné sur nous. Des fils d’affranchis obtiennent les magistratures :
et ce n’est point une innovation, comme on le croit faussement ; l’ancienne république en a vu de nombreux
exemples. (5) Nous avons combattu, dit-on, contre les Sénons. Jamais sans doute les Volsques et les Èques ne
rangèrent contre nous une armée en bataille ! Nous avons été pris par les Gaulois. Mais nous avons donné des otages
aux Étrusques, et nous avons passé sous le joug des Samnites. (6) Et cependant rappelons-nous toutes les guerres ;
aucune ne fut plus promptement terminée que celle des Gaulois, et rien n’a depuis altéré la paix. Déjà les mœurs, les
arts, les alliances, les confondent avec nous ; qu’ils nous apportent aussi leurs richesses, et leur or, plutôt que d’en
jouir seuls. (7) Pères conscrits, les plus anciennes institutions furent nouvelles autrefois. Le peuple fut admis aux
magistratures après les patriciens, les Latins après le peuple, les autres nations d’Italie après les Latins. Notre décret
vieillira comme le reste, et ce que nous justifions aujourd’hui par des exemples servira d’exemple à son tour 12.” »

Claude défend l’intégration des populations vaincues par un mos maiorum qui remonte, il l’a bien
compris, au fondateur de Rome lui-même. Sans cette tradition, le décret pris par Caracalla en 212,
même s’il le fut pour des raisons économiques, eût été impensable sans cette longue tradition de la
mixité des peuples fondée sur un mélange des sangs et des cultures. Dans une civilisation à ce point
« métisse », le concept de barbare ne pouvait donc que s’acclimater difficilement.
D’autre part, ce concept n’a jamais été à la base de la vision romaine de l’étranger, comme l’a
montré le regretté Michel Dubuisson13 en étudiant les stéréotypes que les Romains associent aux
étrangers et qui reflètent non plus quelques approches ethnographiques isolées mais la mentalité
romaine en général. Les stéréotypes (les Belges sont idiots, les Polonais buveurs, les Français chauvins,
les suédoises sensuelles, etc.) existent en effet à Rome : les Ligures sont menteurs (comme les Crétois
pour les Grecs : krêtizein, « faire le Crétois » signifie « mentir ») ; les Gaulois sont braves, mais bavards ;
les Carthaginois sont perfides (cf. la fameuse fides Punica), les Africains sont « incroyablement portés sur
le sexe » ; les Grecs sont dépravés (d’où le sens moral et sexuel de graecari, « faire le grec »), les Grecs sont
12 Trad. J. L. Burnouf, Paris, 1859 (on pourra aussi consulter l’édition de P. Wuilleumier, Paris, CUF, 1974).
13 M. Dubuisson, « La vision romaine de l’étranger : stéréotypes, idéologie et mentalités », Cahiers de Clio, 81, 1985,
p. 82-98.

�arrogants et les Scythes insolents, etc. Or l’étude de ces stéréotypes révèlent trois choses : 1) presque tous
les stéréotypes appartiennent au registre de la moralité des peuples (les Romains ne s’intéressent donc
pas aux aspects physiques des autres) ; 2) la nette opposition entre les peuples du nord et du sud et celle
entre l’ouest et l’est révèlent un ethnocentrisme romain ou un romanocentrisme, qui explique l’origine
de tous les stéréotypes ; 3) tous ces stéréotypes sont en effet l’envers d’une vertu romaine. Certains
stéréotypes sont d’origine grecque, comme celui de la mollesse des Orientaux par exemple, mais d’autres
stéréotypes grecs ne sont jamais repris : par ex. le stéréotype le plus fréquent en Grèce sur les
Carthaginois, c’est qu’ils ont l’art de gouverner, qu’ils ont des institutions excellentes. Cela n’est jamais
repris par Rome puisque ce n’est pas l’envers d’une vertu romaine. Dans l’ensemble, on retrouve donc
derrière ces préjugés les principales valeurs que les Romains s’attribuent : la pietas, la virtus, la fides, la
gravitas et la maiestas populi Romani. On voit ainsi que la vision romaine de l’étranger est commandée
par les valeurs axiologiques héritées du mos maiorum. Ainsi, pour un romain, l’idée de la barbarie ne
saurait être globale : la vision du barbare, de l’étranger est nécessairement multiple selon la valeur
romaine qui lui fait défaut ; il n’y a donc pas eu à Rome, comme en Grèce, une image globale du
barbare, en tout cas pas avant la période des « invasions barbares », et la définition de la barbarie a donc
presque toujours été fondée sur un mélange de critères géographiques, ethniques et culturels 14.

Pour prendre un relais entre l’Antiquité et l’Antiquité tardive, arrêtons-nous quand même un
instant sur un texte chrétien écrit vers 210/213, le De anima de Tertullien. Avec l’avènement du
christianisme, on aurait pu s’attendre à un changement radical. D’une part, l’homme étant vu comme la
création d’un Dieu unique et comme le descendant d’un seul et même couple, tous les hommes
devraient être frères et égaux. C’est d’ailleurs ce qu’avance saint Paul dans quelques passages
révolutionnaires. En I Cor. 12, 13, il écrit : « Nous tous avons été baptisés pour ne faire qu’un seul
corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et c’est d’un seul Esprit que tous nous avons été
abreuvés » ; ou encore en Gal. 3, 28 : « Il n’y a pas de Juif ni de Grec, il n’y a pas d’esclave ni d’homme
libre, il n’y a pas d’homme et de femme, car tous, vous êtes un en Christ Jésus. » D’autre part, le
christianisme a vocation universelle. Jésus dit à ses disciples en Matth. 28, 19 : « Allez enseigner toutes
les nations » ; et Paul encore rappelle en Gal. 3, 8 ce que Dieu a promis à Abraham (Gen. 18, 18) :
« Toutes les nations seront bénies en toi. » Pourtant, même dans ce contexte spirituel nouveau, les
14 Voir par ex. S. Devallet, « Approche sémantique des notions de Barbarie et de Civilisation à Rome (1 er siècle av. et
ap. J. C.) : qui est le Barbare de qui ? », Vita Latina, 179, 2008, p. 111-119.

�conceptions de la barbarie non seulement ne disparaissent pas, mais en outre elles ne se modifient pas,
comme le prouve cette page de Tertullien sur la nature de l’âme humaine (De Anima 20) :
« Ici donc nous concluons que toutes les facultés naturelles de l’âme, sont en elles-mêmes, comme inhérentes à sa
substance, grandissant et se développant avec elle, à dater de sa naissance, ainsi que le dit Sénèque qui se rencontre
souvent avec nous [De Beneficiis IV, 6, 6] : “Les semences de tous les arts et de tous les âges sont déposées au fond de
nous-mêmes. Dieu, notre maître intérieur, produit secrètement nos aptitudes,” c’est-à-dire les fait sortir des semences
qu’il a déposées en nous et cachées par l’enfance, qui sont l’intellect ; car c’est de là que sortent nos aptitudes. Or, de
même que chaque semence a sa forme distinctive et ses développements divers; que les unes parviennent à maturité;
que les autres répondent encore mieux à la culture, tandis que celles-là dégénèrent d’après les conditions du climat et
du sol, en vertu des travaux et des soins, suivant les vicissitudes des saisons, enfin par tous les événements qui peuvent
survenir : de même il est permis de croire que l’âme, uniforme dans sa semence, est multiforme dans sa reproduction.
Car ici, les lieux ne sont pas indifférents. On dit [cf. Cic., De Fato IV, 7] qu’à Thèbes, les hommes naissent grossiers et
stupides ; à Athènes, au contraire, ils apportent à la sagesse et à l’éloquence, un esprit des plus subtils. Dans le bourg
de Colyte15, les enfants à peine âgés d’un mois articulent des mots avec une langue précoce. En effet, Platon affirme
dans le Timée que Minerve, prête à jeter les fondements de cette ville, ne considéra que la nature de la contrée, lui
promettant ces aptitudes. Voilà pourquoi lui-même, dans ses Lois, conseille à Mégillus et à Clinias de choisir avec soin
l’emplacement de la cité qu’ils voulaient fonder. Empédocle, au contraire, place dans la qualité du sang la cause, d’un
esprit subtil ou épais: il fait sortir le perfectionnement et le progrès de la doctrine et de la méthode. Cependant les
qualités qui caractérisent les nations font chose proverbiale. Les Comiques se moquent de la timidité des Phrygiens;
Salluste [Hist. fr. II, 39] reproche aux Maures leur mobilité, aux Dalmates leur cruauté. L’Apôtre [Ep. ad Titum 1, 12]
attache lui-même aux Crétois la flétrissure de menteurs. Peut-être aussi le corps et la santé ont-ils quelque influence;
l’embonpoint entrave la sagesse, les formes déliées l’activent ; la paralysie détruit l’intelligence, la phtisie la conserve :
à plus forte raison, faudra-t-il tenir compte des circonstances qui, en dehors de l’embonpoint ou de la constitution,
aiguisent ou émoussent l’esprit : les sciences, les méthodes, les arts, l’expérience, les affaires et les études, l’aiguisent ;
l’ignorance, la paresse, la nonchalance, la volupté, l’inexpérience, le repos, le vice, l’émoussent. Ajoutez à toutes ces
circonstances, et à d’autres encore, les puissances qui commandent : suivant nous, le Seigneur Dieu et le démon son
antagoniste; suivant l’opinion commune que l’on se fait de la Providence, le Destin, la Nécessité ; ou de la fortune, la
liberté du choix. [...] On voit combien sont nombreuses les influences qui agissent diversement sur la nature unique
de l’âme, de sorte que le vulgaire attribue à la nature, des choses qui ne sont pas des propriétés générales, mais de
simples dissonances d’une nature et d’une substance identique, à savoir de celle que Dieu plaça dans Adam et qu’il fit
le moule de toutes les autres. Il faut donc y voir les accidents, mais non les propriétés d’une substance unique, si bien
que cette variété morale, avec toutes ses modifications présentes, n’était pas aussi grande dans Adam, chef de toute sa
race. Autrement toutes ces dissonances auraient dû se trouver en lui, comme principe de notre nature, et de là
descendre avec leur variété jusqu’à nous, s’il y avait eu diversité de nature.16 »

Dans ce passage sur l’unicité de l’âme humaine, Tertullien combine astucieusement la théorie des
semences de l’âme avec la théorie du climat et l’influence de la civilisation. De que même que toutes les
semences ne poussent pas de la même manière dans tous les sols et sous tous les climats et que leur
croissance dépend des travaux et des soins apportés, de même les semences de l’âme se développent
différemment selon le climat et selon le degré de civilisation des peuples, d’où la série tout à fait
classique des stéréotypes « xénophobes » qui se retrouvent ici sans aucune réflexion. Toute la culture de

15 Colyte est la patrie de Platon. Diogène Laërce, dans la Vie des Philosophes, affirme que Platon parla de très bonne
heure et que, dans le bourg où il était né, il n’était pas rare d’entendre parler des enfants qui avaient à peine un mois.

16 Tertullien, De l’âme 20, trad. de E.-A. de Genoude, Les Pères de l’Église, t. VI, Paris, 1841, p. 581-583.

�cette page est païenne 17 : théorie vitruvienne du climat, stoïcisme de Sénèque, référence à Salluste et aux
comiques, aux philosophes grecs Platon et Empédocle et, enfin, à la distinction aristotélicienne entre
propriété et accident. Toutes les âmes ont une même propriété mais subissent des accidents divers 18.
Avec Tertullien, il n’y a toujours pas d’unité dans la conception du barbare : sa vision est multiforme,
comme l’était celle des auteurs païens qui l’avaient précédé.

Les choses ne vont changer qu’au IVe et au début du Ve siècle19 tant chez les païens que chez les
chrétiens. On peut s’en rendre compte en comparant les rapports de Symmaque et d’Ambroise sur la
célèbre affaire de l’Autel de la Victoire 20. En 382, Gratien avait ordonné d’enlever de la Curie l’Autel de
la Victoire qu’y avait fait installer Auguste en 29 av. J.-C. C’était là aux yeux de Symmaque, un des
derniers défenseurs du « parti païen », une insulte intolérable à un des plus anciens symboles de la
grandeur romaine. En 384, alors qu’il est préfet de Rome, il présente donc à l’empereur Valentinien II,
qui avait sa cour à Milan, une pétition du sénat réclamant le rétablissement de l’Autel à l’entrée de la
salle où se réunissaient les sénateurs et où la divinité symbolisait les croyances traditionnelles. L’évêque
de Milan, Ambroise, qui s’était empressé de demander copie de cette pétition, réfuta à son tour point
par point les arguments de Symmaque, et la requête du sénat fut rejetée. Il est intéressant de voir que les
deux auteurs s’appuient entre autres sur le concept de la barbarie pour justifier leur requête. Ainsi
Symmaque écrit-il (Relatio de Ara Victoriae 3-10) :
« Qui est assez intime avec les barbares pour ne pas réclamer l’Autel de la Victoire ? Nous nous méfions de l’avenir et
nous négligeons les présages du passé! Si l’on dédaigne la divinité, que l’on respecte au moins son nom! Votre Eternité
doit beaucoup à la Victoire et elle lui devra encore davantage : que ceux qu’elle n’a en rien servis méprisent sa
puissance, mais vous, ne désertez pas un patronage allié de vos triomphes ! Tous les hommes sont liés par leurs voeux
à cette divinité: personne ne peut nier la nécessité de l’honorer et avouer celle de l’invoquer [...].
À chacun ses coutumes, à chacun ses rites ! L’esprit divin a donné aux cités divers gardiens pour veiller à son culte.
Comme en naissant chacun reçoit une âme, ainsi les peuples reçurent les génies protecteurs de leur destin. À cela
s’ajoute l’utilité, qui, plus que tout, attache les dieux à l’homme. Toute cause première est enveloppée de mystères;

17 Il y a bien une référence à Paul, mais elle ne fait que reprendre un banal stéréotype sur les Crétois.
18 Cette idée des germes de l’âme sera reprise, sans indication de sa source, par Emmanuel Kant, dans son essai de
1775 sur Les différentes races d’hommes (Kants Gesammelte Schriften, t. II, Vorkritische Schriften, Berlin, 1912,
p. 429-443) et servira ainsi à la constitution des théories racistes modernes, comme le signale B. Isaac, The Invention,
p. 98-99.

19 Sur ce changement, voir A. Chauvot, Opinions romaines face aux Barbares au IVe siècle ap. J.-C., Paris, De
Boccard, 1998.

20 Sur ces deux textes, voir P.-M. Martin, « Prosopopée de la patrie romaine dans la littérature latine », L’Allégorie de
l’Antiquité à la Renaissance, B. Pérez-Jean &amp; P. Eichel-Lojkine (éd.), Paris, Champion, 2004, p. 129-159 (spéc. p. 147152).

�alors, à quoi faire remonter la connaissance des dieux sans se tromper, si ce n’est au souvenir et aux leçons de
l’histoire ? Alors, si un âge vénérable fonde l’autorité des religions, conservons la foi de tant de siècles et suivons nos
pères, qui, avec bonheur, ont suivi les leurs. [...]
Nous demandons donc la paix pour les dieux de la patrie, pour les dieux indigètes. Il est juste, quelles que soient les
croyances de chacun, de les regarder comme une seule et même chose: nous regardons les mêmes astres, un même ciel
nous surplombe, un même monde nous environne. Qu’importe par quelle sagesse chacun poursuit la vérité? On ne
peut pas parvenir par un seul chemin à la solution d’un si grand mystère. » (trad. personnelle)

Et voici la réponse d’Ambroise (Ep. 18, 7) :
« Dans son rapport, le clarissime préfet de la ville met en scène Rome en pleurs, réclamant d’une voix plaintive ce
qu’il appelle ses “antiques” cérémonies du culte. Ce sont ces rites, dit-il, qui ont repoussé Hannibal de nos murailles et
les Sénons du Capitole. Mais en vantant la puissance de ces rites, il trahit leur faiblesse. Hannibal a donc insulté la
religion romaine, et il est parvenu en vainqueur jusqu’aux murs de la ville, en dépit des dieux qui combattaient contre
lui ? Pourquoi ont-ils eu à supporter un siège, ceux pour qui combattaient les armes de leurs dieux ? Que dirais-je des
Sénons ? Les restes de l’armée romaine n’auraient pas pu résister à leur arrivée au cœur même du Capitole, si une oie
ne les avait trahis de son gloussement effrayé. Voilà donc ce que sont les gardiens des temples de Rome ! Où était alors
Jupiter ? Etait-ce lui qui parlait dans le corps de l’oie ? D’ailleurs ai-je besoin de nier que leurs rites sacrés aient
combattu pour les Romains ? Hannibal, lui aussi, adorait les mêmes dieux. Que préfère-t-on donc ? Qu’on choisisse :
si leur religion a vaincu du côté des Romains, elle a été vaincue du côté des Carthaginois ; si elle a été défaite du côté
des Carthaginois, elle n’a absolument pas pu non plus être utile aux Romains.
Assez donc de récriminations malveillantes du peuple romain : ce n’est pas là le message de Rome. Ce sont d’autres
paroles qu’elle adresse aux païens :
“Pourquoi m’ensanglantez-vous chaque jour par le sacrifice inutile d’un bétail innocent ? Ce n’est pas dans
les entrailles des brebis, mais dans la force des guerriers que se trouve le secret de la victoire : c’est par d’autres
méthodes que j’ai conquis l’univers. C’est les armes à la main que Camille, après avoir taillé en pièces les vainqueurs
de la roche Tarpéienne, reporta au Capitole les enseignes qu’ils en avaient enlevées ; c’est sa valeur qui terrassa les
ennemis que la religion n’avait pu écarter. Que dirais-je de Régulus, qui montra par sa mort son courage de soldat ?
Ce n’est pas au milieu des autels du Capitole, mais au milieu des armées d’Hannibal que Scipion l’Africain a trouvé
son triomphe. Pourquoi me citez-vous l’exemple des Anciens ? Je hais des rites qui durent deux mois, et de ces règnes
dont la fin se confond avec le commencement. D’autre part, est-ce une nouveauté que de voir les barbares sortir de
leurs pays ? [...] Est-ce qu’alors aussi l’autel de la Victoire n’existait pas ? Je me repens de mon erreur. Ma vieillesse
chenue rougit d’avoir répandu honteusement le sang. Mais je ne rougis pas de me convertir, malgré mon grand âge,
avec tout l’univers. C’est une vérité certaine qu’on n’est jamais trop âgé pour apprendre. Honte à la vieillesse qui est
incapable de s’amender ! Ce n’est pas la maturité de l’âge qui est louable, mais celle du caractère. Il n’y a aucune honte
à faire mieux. Je n’avais jusqu’ici de commun avec les barbares que d’ignorer Dieu. Le rite de vos sacrifices consiste à
s’éclabousser du sang des animaux. Pourquoi cherchez-vous la voix de Dieu dans ces bêtes mortes ? Venez et apprenez
sur terre à servir dans la milice céleste, car nous vivons ici-bas, mais nous sommes les soldats d’en-haut. C’est à Dieu
lui-même, qui m’a créée, de m’enseigner les mystères du ciel, et non à l’homme, qui s’ignore lui-même. Que croiraisje de préférence à Dieu, au sujet de Dieu ? Comment pourrais-je vous croire, vous qui avouez que vous ne connaissez
pas ce que vous adorez21 ?” »

Les appels si modernes à la tolérance de Symmaque sont ici repoussés chez Ambroise par l’ironie et la
provocation, mais si les positions des deux auteurs sont très différentes, elles se rejoignent dans la
conception du barbare. Pour Symmaque, le barbare est celui qui n’a aucun respect pour la tradition et
les valeurs romaines. La définition n’a plus rien de géographique ou d’ethnique ; elle est purement
culturelle, si bien que dans cette conception, les chrétiens romains qui méprisent le mos maiorum sont
des barbares. Ambroise a bien saisi l’importance que pouvaient avoir dans l’argumentation le respect du
21 Trad. reprise à A. Pigagniol, Le sac de Rome, Paris, Albin Michel (Le Mémorial des Siècles), 1964, p. 181.

�mos maiorum et l’assimilation des chrétiens aux barbares. C’est pourquoi il explique les victoires
romaines par la bravoure seule, en évacuant totalement la Providence, et reprend la même conception
unitaire de la barbarie mais en l’inversant : le barbare, c’est celui qui n’est pas chrétien, si bien que Rome
elle-même avoue avoir partagé ce défaut avec les Barbares avant sa conversion au christianisme ! La
conception de la barbarie est ainsi redevenue binaire : ici, les Romains païens et les barbares, là, les
Romains chrétiens et les barbares. Le christianisme l’ayant finalement emporté sur le paganisme, c’est la
seconde définition qui s’imposera avec une division purement géographique : l’Empire romain et les
Barbares. Pendant un temps et en contradiction totale avec l’universalisme chrétien, cette nouvelle
conception de la barbarie semble avoir freiné la tradition antique de l’intégration et de l’assimilation.
Même si Ambroise admet qu’en se convertissant, le barbare peut être accueilli et assimilé, il ne peut se
défaire par ailleurs d’une vieille méfiance xénophobe : les Barbares sont par définition des ennemis,
souvent caractérisés par un manque d’humanitas, si bien que l’on peut agir envers eux sans respecter les
règles de la morale : on peut par exemple ne pas rendre l’argent emprunté à quelqu’un qui aiderait des
barbares ; on peut les enivrer pour les affaiblir et on peut leur nuire par l’usure. Il condamne même, ce
qui va à l’encontre des plus vieux principes de la colonisation romaine, les mariages mixtes : mieux vaut
ne pas épouser une femme alienigena, « de souche étrangère »22. D’autres auteurs chrétiens ont des
positions encore plus fermées : Jérôme par exemple considère que la christianisation des Barbares
n’implique pas nécessairement une assimilation totale de ceux-ci ; pour lui, la barbarie des barbares
chrétiens ne s’efface pas et la perspective de barbares chrétiens extérieurs à l’Empire semble même avoir
été pour lui un sujet d’angoisse. Quant à un historien païen comme Ammien Marcellin, il considère que
l’intégration des barbares est responsable de tous les maux de l’Empire.

Le traumatisme de 410 ne pouvait évidemment qu’exacerber ces vieux réflexes anti-barbares.
Beaucoup d’aristocrates se souviendront de la prédiction d’Horace dans les Épodes 16, 7-14 :
« [Rome] que n’ont domptée ni la sauvage Germanie et ses jeunes hommes aux yeux d’azur, ni Hannibal exécré des
parents, nous, génération impie, fille d’un sang maudit, nous la ruinerons et de nouveau les bêtes sauvages en
posséderont le sol. Le Barbare, hélas ! en foulera victorieux, les cendres ; sur son cheval, il fouettera la ville d’un sabot
grondant, et les os de Quirinus, abrités aujourd’hui du vent et du soleil, il les dispersera, spectacle sacrilège ! d’une
main insolente23. »

22 Sur la position d’Ambroise, voir les riches remarques de D. Lhuillier-Martinetti, L’individu dans la famille à Rome
au IVe siècle d’après l’oeuvre d’Ambroise de Milan, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 105-145.

23 Trad. Fr. Villeneuve, Paris, CUF, 1929, p. 224.

�Cette crispation tardive devant le « péril barbare », qui contraste pour la première fois de manière
radicale avec la vieille tradition romaine d’ouverture et d’intégration des étrangers, marque précisément
la fin de l’Empire en tant qu’entité territoriale, politique et militaire. Certaines voies pourtant feront
aussi entendre au Ve siècle une vision différente et plus traditionnelle. Ainsi, dans son De gubernatione
Dei rédigé entre 439 et 450, Salvien de Marseille, qui était en fait sans doute originaire de Trèves,
procède à une « réhabilitation » des Barbares24 : désormais les anciennes vertus romaines sont passées
dans leur camp. Pour ne prendre qu’un exemple, il écrit en V, 14, 15 :
« Presque tous les Barbares, du moins quand ils appartiennent à une même nation et ont un même roi, s’aiment
réciproquement ; presque tous les Romains se persécutent entre eux25. »

Les invasions ne sont ainsi dues qu’à une culpabilité collective du peuple chrétien dont la morale est à
présent inférieure à celle des Barbares. Dans l’après-guerre, les propos de Salvien ont souvent choqué.
Pour Gustave Bardy, Salvien « passe résolument aux Barbares » et, pour Pierre Courcelle, il est
« inquiétant » de voir un Romain priser ainsi les ennemis 26. C’était évidemment une erreur de chercher à
analyser des phénomènes si lointains au prisme des événements tout récents et tout différents de la
deuxième guerre mondiale. Sidoine Apollinaire a été lui aussi victime d’une même lecture biaisée 27. On
ne comprendra rien aux rapports entre Romains et Barbares et aux phénomènes d’accommodation et
d’acculturation si l’on projette sur le Ve siècle les mauvais souvenirs de l’occupation : ainsi, André Loyen,
dans une conférence prononcée à l’Université de Rennes en 1946 28, parle de « résistants et collaborateurs
en Gaule à l’époque des grandes invasions ». On lira plutôt des études fondamentales, comme celles de
Walter Goffart ou de Bruno Luiselli, ou encore l’article de Dionisio Pérez Sánchez29, qui souligne,
24 Sur celle-ci, S. Teillet, Des Goths à la nation gothique. Les origines de l’idée de nation en Occident du Ve au VIIe
siècle, Paris, Les Belles Lettres, 20112 [1984], p. 161-183, qui montre bien que même si la présentation élogieuse des
Barbares ne semble jouer qu’un rôle oratoire et moralisateur dans le De Gubernatione Dei, elle n’en a pas moins
« contribuer, même si ce n’était pas là l’intention de Salvien, à propager une vision moderne favorable aux Goths » (p.
164).

25 Trad. G. Lagarrigue, Paris, Cerf (Sources Chrétiennes, 220), 1975.
26 G. Bardy, L’Église et les derniers Romains, Paris, Laffont, 1948, p. 15 ; P. Courcelle, Histoire littéraire des
invasions germaniques, Paris, Hachette, 1948 (3e éd., Études Augustiniennes, 1964), p. 155.

27 Pour un aperçu général des problèmes posés par la lecture de Sidoine, voir J. Meyers, « Prolégomènes
bibliographiques à la lecture des Panégyriques de Sidoine Apollinaire », Vita Latina, 179, 2008, 77-86.

28 Celle-ci a été publiée plus tard sous le titre « Résistants et collaborateurs en Gaule à l’époque des Grandes
Invasions », Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 22, 1963, p. 437-450.

29 W. Goffart, Barbarians and Romans 418-584. The Techniques of Accommodation, Princeton, 1980 ; Br. Luiselli,
Storia culturale dei rapporti tra mondo romano e mondo germanico, Rome, 1992 et D. Pérez Sánchez, « Ideología
cristiana y sociedad en la Galia del siglo V », Gerión, 13, 1995, p. 209-222.

�précisément à partir de Sidoine Apollinaire, que l’image du barbare, encore inspirée par des stéréotypes
anciens, s’était améliorée en Gaule grâce à l’intégration sociale des Wisigoths.
Pour mieux faire comprendre la position de Sidoine vis-à-vis des barbares, je ne prendrai qu’un
exemple tiré de ses Panégyriques. Il s’agit d’un extrait du panégyrique d’Avitus, prononcé à Rome le 1 er
janvier 456 pour la prise du consulat du nouvel empereur. Celui-ci fut proclamé empereur le 9 juillet
455 à Arles après une période particulièrement dramatique pendant laquelle l’aristocratie italienne avait
mis au pouvoir Petronius Maximus, qui, au bout de trois mois de règne seulement, avait été lapidé par
la foule affolée par l’approche des Vandales le 31 mai 455. Avitus s’imposa alors avec l’appui de
l’aristocratie gauloise et du roi des wisigoths Théodoric II. Quand les Vandales prennent Rome, Avitus
est en ambassade à Toulouse :
« Le roi et le généralissime s’étaient arrêtés l’un près de l’autre, celui-ci portant haut la tête, celui-là rougissant de joie
et par cette rougeur implorant son pardon. Puis, tenant d’un côté le frère du roi, de l’autre le roi, Avitus, leur serrant
les mains, entra dans Toulouse la Palladienne 30. C’est ainsi, les mains unies devant la statue des dieux, que Romulus
et Tatius conclurent leur alliance, après qu’Hersilia eut jeté les Sabines entre les épées de leurs pères et de leurs maris
acharnés à une guerre parricide sur la colline de Pallas. » (Pan. VII, 431-44031)

Tout dans ces vers rapproche Toulouse de Rome : Toulouse la Palladienne du Palatin, colline romaine de
Pallas, et l’entente entre Avitus et Théodoric de celle entre les Sabins et les Romains, unis depuis
Romulus par un traité mais aussi par alliance matrimoniale, une entente vue depuis toujours comme le
premier pas vers la grandeur de Rome. C’est suggérer, sans le dire explicitement, que Wisigoths et
Romains peuvent ne faire qu’un seul peuple. Un autre tableau, quelques vers plus loin, le soulignera à
nouveau par une image encore plus suggestive. Dans son discours devant la cour de Toulouse, Avitus
rappelle qu’il a connu le roi encore petit du temps de son amitié avec son père Théodoric Ier :
« “Tu étais encore enfant quand il encercla Narbonne [en 436-437] : la ville était épuisée par la famine et le blocus
depuis longtemps avait contraint des milliers de citoyens tremblants à se jeter sur des aliments infâmes. Déjà il pensait
tristement qu’il compromettait son propre butin s’il laissait périr l’assiégé, lorsqu’il prêta l’oreille à nos avis et battant
en retraite libéra les remparts. Toi-même (voilà des vieillards qui l’ont vu) je t’ai tenu sur mon cœur ; mes bras t’ont
porté tout en larmes quand la nourrice voulait, malgré toi, t’enlever à moi pour te donner le sein. Me voici revenu : je
ne réclame qu’un gage de ton affection d’autrefois. S’il n’y a en toi aucune sincérité, aucune déférence pour ton père,
reste insensible à ma prière et refuse la paix.” Des rumeurs et des clameurs jaillissent de l’assemblée entière et la foule
rebelle pousse des cris concordants pour réprouver les combats. » (Pan. VII, 475-48832)

30 C’est l’épithète que lui donnent Martial (Epigr. IX, 99, 3) et Ausone (Parent., Préf. 3, 11) pour souligner la
raffinement culturel de cette cité, Pallas étant la déesse des beaux arts et des lettres.

31 Trad. A. Loyen, Paris, CUF, 1961, p. 71.
32 Trad. A. Loyen, Paris, CUF, 1961, p. 72-73.

�L’image tendre et familiale du petit Théodoric dans les bras d’Avitus sert elle aussi à abolir la distance
entre Barbares et Romains : on est là en quelque sorte en famille, et n’importe qui, parmi les auditeurs,
pouvait se reconnaître dans ce tableau, preuve tangible, visible, « réaliste » de l’entente possible entre
Wisigoths et Romains. Et, dans sa réponse à Avitus, Théodoric renchérit à son tour :
« Grâce à toi, j’apprécie depuis longtemps les lois romaines et mon père exigea que tout petit j’apprisse mot à mot de
ta bouche les antiques poèmes de Virgile, bien propres à atténuer la rudesse scythique du bon élève que je fus. » (Pan.
VII, 495-49833)

On le voit, ce que veut faire comprendre Sidoine, c’est que Théodoric et son peuple ne sont plus des
Barbares, mais des Romains ! Il renoue ainsi en une période trouble et cruciale pour l’avenir de Rome
avec la tradition séculaire d’intégration et d’assimilation qui avait jusque-là assuré sa survie, et c’est une
erreur grossière de croire, comme on l’a fait souvent, que Sidoine n’avait rien compris aux événements
contemporains dont il était le témoin 34. Ses efforts pour favoriser l’intégration des Wisigoths prouvent le
contraire.
Les auteurs comme Salvien ou Sidoine ne seront pas entendus et l’Empire disparaîtra en 476
avec la déposition du dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule. Mais Rome, elle, ne
disparaît pas totalement ; sa civilisation et sa culture vont survivre à travers les Royaumes barbares, car
les Barbares n’ont pas barbarisé l’Empire romain, ce sont eux qui se sont romanisés 35, ce qui fut sans
doute la dernière, mais la plus durable des victoires romaines.
Jean Meyers
Université Paul Valéry
Équipe C.R.I.S.E.S.

33 Trad. A. Loyen, Paris, CUF, 1961, p. 73.
34 Voir depuis le livre de J. Harries, Sidonius Apollinaris and the Fall of Rome, AD 407-485, Oxford-New York,
Oxford University Press, 1994, dont la thèse est précisément que Sidoine est un des rares contemporains à avoir perçu
clairement, de son point de vue d’aristocrate, la chute de Rome. Voir aussi S. Teillet, Des Goths, p. 185-206, qui parle
fort justement du « réalisme politique » de Sidoine (p. 190).

35 Sur cette acculturation des Barbares et sur les vecteurs de continuité de la culture romaine, voir M. Banniard,
Genèse culturelle de l’Europe, Ve-VIIIe siècle, Paris, Seuil, 1989, spéc. p. 56-89.

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              <text>"La vision romaine du barbare" Contribution au colloque "Les royaumes barbares de Rome à Tolède (Ve-VIIe siècle)" / Jean Meyers </text>
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              <text>"La vision romaine du barbare" Contribution au colloque "Les royaumes barbares de Rome à Tolède (Ve-VIIe siècle)" / Jean Meyers </text>
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              <text>Meyers, Jean</text>
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              <text>Histoire et cultures en Languedoc (éditeur scientifique)</text>
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          <name>Is Part Of</name>
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              <text>&lt;a title="Voir l'ensemble des communications" href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/3714" target="_blank" rel="noopener"&gt;Les actes du colloque "Les royaumes barbares, de Rome &amp;agrave; Tol&amp;egrave;de (V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;-VII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&amp;egrave;cle)" / Histoire et cultures en Languedoc, Lod&amp;egrave;ve, 2013&lt;/a&gt;</text>
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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/5da0a433f97db8e3778e2ff1ce90961d.jpg</text>
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              <text>&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Le mot &amp;laquo; barbare &amp;raquo; est d&amp;rsquo;origine grecque. Il appara&amp;icirc;t pour la premi&amp;egrave;re fois chez Hom&amp;egrave;re &amp;agrave; propos des Cariens, peuple du sud-ouest de l&amp;rsquo;Asie Mineure, qui combattent aux c&amp;ocirc;t&amp;eacute;s des Grecs. (Iliade II, 867) : Nast&amp;egrave;s conduisait les Cariens &lt;em&gt;barbaroph&amp;ocirc;noi&lt;/em&gt;, &amp;laquo; ceux qui parlent en faisant &lt;em&gt;barbar&lt;/em&gt; &amp;raquo;, donc qu&amp;rsquo;on ne comprend pas ou qu&amp;rsquo;on comprend mal. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L&amp;rsquo;adjectif hom&amp;eacute;rique est une onomatop&amp;eacute;e imitative v&amp;eacute;hiculant un simple crit&amp;egrave;re linguistique, qui n&amp;rsquo;est pas forc&amp;eacute;ment p&amp;eacute;joratif. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;Agrave; l&amp;rsquo;origine, le barbare n&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;ailleurs pas n&amp;eacute;cessairement un &amp;eacute;tranger, ni un inconnu : au Ve si&amp;egrave;cle encore, le mot est utilis&amp;eacute; pour d&amp;eacute;signer tous ceux, Grecs ou non Grecs, qui parlent mal la langue grecque et font des barbarismes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant toute l&amp;rsquo;&amp;eacute;poque archa&amp;iuml;que, la langue ne constituera pas une barri&amp;egrave;re entre Grecs et non Grecs ; cette barri&amp;egrave;re linguistique ne va s&amp;rsquo;imposer qu&amp;rsquo;avec les Guerres m&amp;eacute;diques, qui opposent dans la premi&amp;egrave;re moiti&amp;eacute; du Ve si&amp;egrave;cle l&amp;rsquo;Empire perse et la Gr&amp;egrave;ce.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;Jean Meyers est professeur &amp;agrave; l'Universit&amp;eacute; Paul Val&amp;eacute;ry - Montpellier III&lt;/p&gt;</text>
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