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                  <text>A. CASTERAN

Marcelin Albert
et

Marcelin Albert
et l'ALQÉRIE

20, RUE SAINT-MARC, 20, PARIS

?•"" MILLE

��If

Mémoires de Marcelin Albert
et

Marcelin Albert et l'Algérie

�OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

L'Algérie française.
L'Algérie d'Aujourd'hui (Ouvrage honoré des souscriptions de tous les Ministères).
Laure de Tournons.
La Gouale. )
Remords.
Raymonde. }
Contes vécus (en préparation), illustrés
Germain Thill.

par

Scott,

THÉÂTRE

Les deux font la paire, i acte, Alger.
Madame de Rennecy, 3 actes, Alger.
Virtuose, 3 actes, musique scénique de Gaston Sarreau,
gravure de G. Thill.

�MÉMOIRES
Marcelin Albert
et

Marcelin Albert et l'Algérie

UD.Q.
PARIS
LIBRAIRIE UNIVERSELLE
20, BUE SAINT-MARC, 20

OFFICE REGIONAL DE LA CULTURE

�Zè±3o3&gt;

CAB2481

�Chez Marcelin Albert

i

��Argelliers, juillet 1911

Le train entre en gare de Narbonne et, de
suite, nous reconnaissons dans la foule encombrant
les quais le légendaire chapeau de Marcelin Albert.
C'est bien, sous ce couvre-chef de style composite, ce
même visage hâlé par les autans du Minervois, ce
même regard tour à tour enflammé ou empreint de
douceur, cette même barbe noire encadrant des traits
énergiques si souvent popularisés par la presse
mondiale.
Serrant nos mains dans ses mains calleuses de
« boulegaïre de terro », comme l'appelle son grand
ami Mistral, il nous dit de sa voix grave:
— Soye\ le bienvenu au pays narbonnais. Nous
avons quelques heures devant nous avant de prendre
le train d'Argelliers, allons faire un tour en ville.
Et, chemin faisant, nous remarquons ta curiosité
sympathique qu'excite la présence d'Albert dans les
rues de la vieille cité languedocienne. On entend
chuchoter: « Té, Marcelin! » et les chapeaux se
soulèvent, des poignées de main s'échangent, tandis
que des solliciteurs soutirent des sous au « Rédempteur » en le remerciant d'un sourire.
« Ce sont mes pauvres. Chaque fois que je viens à

�IV

CHEZ MARCELIN ALBERT

Nar-bonne, je les trouve sur mon chemin. Ceux-là du
moins me sont fidèles... », nous dit-il, non sans quelque ironie.
Nous voilà sur la promenade des Barques où se
dresse le platane du haut duquel Albert harangua la
foule... Mais n'anticipons pas.
C'est l'heure de la sortie des ateliers, des magasins,
des chantiers, des bureaux; ouvriers, employés,
midinettes se montrent « Marcelin » qui paraît tout
heureux de ces manifestations d'estime. Dans sa
pensée doit se préciser le souvenir des journées où il
fut l'objet des ovations du Midi accouru à son appel.
Ce discret hommage rendu au justicier qui défendit
la plus noble des causes, le touche proýondément. Et
c'est d'une voix émue qu'il nous dit: « Voilà qui me
venge de la lâcheté de mes détracteurs... »
Certes, la physionomie la plus pittoresque de cette
aventure est et restera celle de Marcelin Albert. Le
secret de saforce d'attraction réside dans la sincérité
de ses convictions, la parfaite honnêteté de sa vie. Il
était destiné par la simplicité, là chaleur de son
verbe, à jouer les grands premiers rôles dans le formidable drame de igoy. Son âme généreuse se donna
toute à la tâche admirable de chasser la misère du
foyer des Gueux, ses frères de douleur, de désespoir.
Il se lança dans l'action avec tin désintéressement,
une abnégation qui lui valurent ses qualificatifs de
Rédempteur, d'Apôtre, de Pierre l'Ermite. Et sa
parole solennelle provoqua che% les foules latines des
frissons d'enthousiasme.

�V

CHEZ MARCELIN ALBERT

Tandis que nous nous installons sur la terrasse
du café Continental où le Tout Narbonne apéritive,
les conversations s'interrompent un instant ou se
bémolisent, tant est grand encore le prestige du nom
de Marcelin Albert.
A l'hôtel de la Dorade où nous déjeunons, le même
phénomène de curiosité se produit. Et nous sommes

ARGELLIERS.

(Cl.Catan.)

cependant dans le fief de Ferroul, qui cherche tant à
démonétiser celui à qui il doit la restauration de son
blason politique.
Mais les heures passent et nous reprenons le chemin de la gare. Un coup de sifflet. Le train nous
emporte vers cet Argelliers qui concentra sur lui
l'attention du monde entier lors de la crise du Midi
viticole.
Dix-sept kilomètres de parcours à travers des
vignes parsemées de rares oliviers, et nous atteignons
i.

�VI

CHEZ MARCELIN ALBERT

Mirepeisset, gare a"Argelliers, distant de trois kilomètres de la voie ferrée.
Le soleil est à son déclin. La route blanche nous
invite à délaisser la moyenâgeuse diligence et nous
voilà partis vers la bourgade fameuse dont on voit le
clocher émerger de la houle des toits.
Du coup, Marcelin Albert est bien dans son milieu.
Un charme particulier se dégage de cette ambiance.
L'homme simple et bon nous apparaît sous son vrai
jour. Il est heureux de répondre à ?ios questions
pressantes :
— Ces villages, comment les appelez-vous ?
— Là-bas, voye^, en flanc de côteau, c'est Montouliès. Bi{e est derrière ce contrefort. Sur la gauche, c'est Maillac, puis Sainte-Valière, Ginestas,
Mirepeisset, Sallèles, Ouveilhan, Quarante et Cru^yD'un geste large, — ce diable d'homme a aussi le
don du geste, — il embrasse cette belle plaine d'Argelliers que traverse le canal du Midi aux bordures
de platanes.
Les vignerons et leurs ramonets, les domestiques,
rentrent des labours. De forts chevaux traînent la
charrue le long des haies de tamaris et le chant des
cigales stride dans le grand silence du crépuscule
qui tombe.
Nous atteignons les premières maisons du village.
— Voyez, là, au bout de la « Promenade », c'est
ma demeure, nous dit Marcelin.
Sur le seuil, unefemme, petite, la figure souriante,
nous accueille très aimablement.

��VIII

CHEZ MARCELIN ALBERT

— Entrez donc, je vous prie.
C'est Mme Albert, la bonne Marceline, la compagne dévouée du Roi des Gueux, qui a aussi, elle,
le don des mots qui apaisent...
les maux.
De suite nous nous sentons
tous en communion d'idées dans
cette maison austère, aujourd'hui silencieuse autant qu'elle
fut bruissante, aussi calme
qu'elle fut agitée à F époque où
le Midi clamait ses doléances
par la voix du comité d'Argelliers.
Ce contraste est émouvant...
Sur
les chaises, sur les tables,
M
MARCELIN ALBERT.
des journaux sont amoncelés.
Les deux grandes salles du rez-de-chaussée sont
encombrées d'affiches, de brochures, de numéros du
Tocsin, la Gazette officielle du comité d'initiative
dont le siège est attenant à l'immeuble. Sur la façade
extérieure se détache encore cette inscription :
ME

DÉFENSE VITICOLE
Comité d'Initiative.
BUREAU.

Tout est modeste dans ce logis. Mais on éprouve
un véritable soulagement, grâce à l'extrême cordialité des hôtes, à se reposer sous ce toit des fatigues
d'un long voyage par une température caniculaire.

�MAISON PATERNELLE DE MARCELIN ALBERT.

�X

CHEZ MARCELIN ALBERT

Après une nuit de bon sommeil, nous visitons
Argelliers. Le vieux quartier sollicite particulièrement notre attention. C'est un coin excessivement
curieux dont les maisons racontent les siècles révolus
avec leurs millésimes sur les linteaux des portes :
I6I4-I65O-IJ 16... Des vestiges du mur d'enceinte
évoquent l'époque féodale avec le donjon seigneurial
écussonné, sinislrement orné encore du carcan symbolique.
Nous traversons ces ruelles étroites, sombres,
dépavées et rentrons dans le village moderne où
s'élève, au coin de la place des platanes et des acacias,
la maison paternelle d'Albert.
Les volets en sont clos. Le deuil plane sur elle. La
vénérable mère de Marcelin est morte il y a quelques
mois à peine, à l'âge de 85 ans.
Nous lisons dans le regard du fils toute la tristesse d'une affection perdue, tandis que nous pénétrons
dans le couloir, la salle à manger, où, par un sentiment de très pieux respect, les objets familiers de la
défunte sont laissés à leur place habituelle.
Des bols sur la table, une cafetière sur lefourneau,
l'antiquefauteuil au coin de l'âtre, des bésicles, branches en l'air à côté de ciseaux, d'un chapelet et d'aiguilles à tricoter, tout cela parle au cœur de Marcelin
Albert, si éprouvé, si meurtri par l'ingratitude des
uns, la jalousie des autres.
— Est-ce ici que vous êtes né? lui demandonsnous.
— Non, à deux pas, au vieil Argelliers, dans une

��XII

CHEZ MARCELIN ALBERT

maison qui date du XVe siècle... et il y a soixante ans.
Mais tant de souvenirs m'attachent à ce logis que
je lui voue une amitié sans borne. Songes^ donc que
ma pauvre mère, veuve peu d'années après son mariage, a dû batailler seule pour nous élever, mon
frère Etienne et moi, et que ces murs ont été témoins
de sa vie de labeur, de luttes. Tout ici me rappelle
cette sainte femme...
Son regard se fixe alors sur un portrait d'elle, au
crayon et signé Marcelin Albert.
— Comment, c'est de vous ?
— Mais oui. J'avais beaucoup de goût pour le
dessin à ma sortie de pension. Seulement, je n'ai pu
compléter mon éducation, car il m'a fallu travailler
la vigne avant mon départ sous les drapeaux,
en 70.
— En jo? Vous ave^donc devancé l'appel?
— Oui, pour la guerre. Je m'engageai au 2° tirailleurs et fis la campagne de l'année terrible. Mon
devoir accompli, je rentrai à Argelliers et me remis
aux travaux des champs, car je suis un fanatique de
la campagne et m'honore d'être simple vigneron. On
m'a reproché de n'être pas un paysan intégral. C'est
mal me connaître. J'ai un grand amour de la terre.
J'y suis attaché par des racines aussi profondes que
celles de nos vignes. C'est pourquoi je la défends,
c'est pourquoi, après avoir peiné avec mes frères de
malheur, j'ai cherché un remède à nos souffrances.
Ma mère, qui était une vraie terrienne, m'a soutenu
dans cette tâche. Je puisais dans son approbation un

�CHEZ

MARCELIN

ALBERT

XIII

courage que rien ne pouvait abattre. Entre elle et ma
bonne Marceline, je vivais heureux, trouvant, dans
leur affection le plus puissant des réconforts.
Il se tait... Dans ses yeux, nous voyons poindre
d'un dernier reune larme. Il embrasse
la plus admirable
gard la demeure où vécut
nous retroudes mères et nous
rue d'Argelvons dans la grande
dreuse, qui
liers, ensoleillée, pouaux vignes les
conduit tout là-bas,
narbonnaises
plus belles des plaines
roises.

CLOCHER

D'ARGELLIERS.

(Cl. X.

Invinciblement, nous sommes attiré par le clocher
de l'église qui se dresse à l'extrémité du village. C'est
du haut de satour qu'était donnée l'alarmeaux campagnes environnantes. Le tocsin épandait par les
nuits sans lune sa sonnerie lugubre, dont les échos se
répercutaient à Montouliès, Mirepeisset, Bi^e, Qua-

�XIV

CHEZ MARCELIN ALBERT

rante, Gineslas, Sallèles, Cruçy. Alors, en longues
théories, les paysans s'acheminaient vers Argelliers
où de sourdes rumeurs emplissaient l'ombre d'une
vague épouvante.
Ce clocher est aujourd'hui historique.
— // me rappelle une des heures les plus tragiques
des événements de igoj, nous dit Albert. Vous en
lire\ le récit dans mes Mémoires et je ne doute pas
que vous n'éprouviez à sa lecture un peu de l'émotion
ressentie par moi-même.
La figure ascétique de l'Apôtre s'anime à cette évocation d'un passé qui lui est cher. Il nous montre
l'ouverture par laquelle il est entré dans l'église pour
se soustraire aux recherches de ceux qui étaient
chargés de l'arrêter. Cette précaution évita une
effusion de sang et sauva la commune de la destruction. Nous verrons plus lard comment fut
exploité ce geste du Rédempteur par des adversaires
déloyaux.
Pour l'instant, nous ne transcrivons que nos
impressions d'observateur impartial. A ce moment
même, un sourire sardonique contracte le visage
douloureux d'Albert. Nous sentons qu'en lui crient
tous ses désenchantements mais qu'il les contient.
Nous rentrons, après ce pèlerinage au vieil Argelliers, à la maison paternelle, au clocher.
Le portrait est placé dans son cadre. Il a ainsi
toute sa valeur.
Si la grandeur morale résulte de la violence des
tourments dont on triomphe, le Roi des Gueux du

�CHEZ MARCELIN ALBERT

XV

Midi en a atteint l'extrême limite. Après avoir connu
la splendeur des acclamations de tout un peuple, il
n'éprouve aucun regret de ce passé frénétiquement
beau.
Une sensibilité blessée et prompte à la révolte tenait
lieu de philosophie à Jean-Jacques, aucun ressentiment ne trouve place dans l'âme de Marcelin. Voilà
la vraie philosophie. Il demeure lui-même, l'homme
probe, bon, qui n'attend de la vie que la réalisation
de son rêve de bonheur pour tous.
Comme le sage, après les honneurs, il reprend le
manche de sa charrue. Qui donc, en voyant ce travailleur des champs s'attarder aux sillons, ne serait
ému devant ce renoncement, cette simplicité? C'est là,
au surplus, le secret de sa force. Il lui sera rendu
justice, malgréceux qui cherchent à l'amoindrir. Il
n'aura eu dans son existence qu'une idée. Il a tout
sacrifié pour elle. C'est le propre des âmes bien
trempées.
Aimant avec passion son pays, il déplora le délaissement du sol après tant d'années de misèreet réussit
à enrayer l'exode de ses compatriotes vers les villes,
à arrêter en partie le dépeuplement des campagnes.
A u prix de quels efforts ?
C'est ce qu'il va nous dire dans ses Mémoires que
nous transcrivons avec joie pour l'édification de tous
ceux — et ils sont innombrables — qui otit suivi les
événements de la « Crise viticole ».
Mais pour mieux nous isoler, pour mieux revivre
les heures enfiévrées de cette période, nous gagnons

�xvi

CHEZ MARCELIN ALBERT

le salon du premier étage, où le drapeau largement
déployé du comité d'Argelliers évoque les souvenirs
troublants des grandes journées de Narbonne, Carcassonne, Béliers, Perpignan, Nîmes, Montpellier.
Ce drapeau, cesymboledes revendications du Midi
famélique, dit éloquemment les glorieuses Panathénées de /'armée des Gueux, les inoubliables assises
populaires de la misère, du désespoir et cette apothéose : la triomphale croisade des huit cent mille
manifestants de Montpellier. Mais il proclame surtout la force de persuasion de celui qui incarne le
Midi, le prestige de son nom sur les foules en délire.
Des trophées, des bronzes, des plaques commémoratives, des palmes, des bannières tapissent les murs,
garnissent des crédcnccset auréolent de leurs ors un
buste de la République. C'est dans cette atmosphère,
de gloire qu'avec recueillement nous allons lire les
Mémoires de Marcelin Albert.
L'heure est propice. Le soir tombe. Tout est silence
dans la maison. Seul, au dehors, l'airain d'un
Angélus, dans l'éloignement, paraît plaindre le jour
qui se meurt, selon la poétique expression de Dante :
... Squilla di lontano
Che pajail giorno piangerche si muore.

�CHAPITRE PREMIER

LA PÉRIODE AIGUË

On a beaucoup écrit sur la crise viticole du Midi
et les événements qu'elle a engendrés. M'est-il permis
d'en parler à mon tour? Ce droit, comme tant d'autres, me sera-t-il aussi discuté par ceux en qui j'avais
mis toute ma confiance ?
Trompé par eux, vilipendé, bafoué, j'ai supporté
avec résignation le plus injuste martyre qu'un homme
ait subi.
L'heure est venue pour moi, non pas de démasquer
les vrais traîtres, puisque leur nom est sur toutes les
lèvres, mais d'expliquer mon rôle de 1900 à nos jours.
Je parlerai sans arrière-pensée, jaloux de ma réputation d'honnête homme et conscient des responsabilités encourues.
Avant tout exposé, je tiens à me détendre des accusations stupides de réactionnaire, de séparatiste dont
j'ai été l'objet de la part d'une presse à laquelle j'ai
refusé de m'asservir.

�MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Qu'on se reporte aux comptes rendus de l'époque,
l'on verra que mon premier mot était : « Pas de politique », formule concrète des coopérations de tout un
peuple; puis je prêchais le calme, faisant valoir que
nous serions plus forts dans l'ordre que dans
l'émeute.
Si le mouvement a failli sombrer dans le sang, la
rébellion, il y a des responsabilités qui m'échappent
et dont je ne saurais me rendre solidaire.
Pour l'instant, je veux, à grands traits, décrire les
phases de la viticulture depuis la moitié du xixe siècle
jusqu'à la période aiguë de 1907. Je m'attarderai
ensuite à l'étude de cette période et de ses conséquences.

De 1852 à 1856, l'oïdium ravagea le vignoble méridional. Mais de 1857 à 1875, les vignerons vécurent
aisément de la vigne. Le phylloxéra importé d'Amérique fit son apparition, en 1879, dans soixante-quatre
départements. On avait relevé, avant, quelques taches
dans le Gard et le Bordelais, sans importance. En 1880,
le désastre fut immense. On dut reconstituer par une
ironie déconcertante, avec des vignes greffées sur
porte-greffes américains. N'importe, la crise fut conjurée.
Quelques années plus tard, en 1893, par suite d'une
récolte abondante, le marché fléchit et provoqua des

�LA PÉRIODE AIGUË

3

craintes chez les producteurs. Des meetings furent
organisés où les viticulteurs réclamèrent contre le
commerce qu'ils accusaient de frauder leurs produits,
parle sucrage et le mouillage.
On s'émut au Parlement de ces manifestations et
une loi intervint, le 24 juillet 1894, interdisant ces
pratiques. Mais il fallut attendre l'application de la
loi du 29 décembre 1897 relative à la suppression ou
à la réduction des taxes d'octroi, pour retrouver un
prix de vente plus rémunérateur.
La récolte de 1900, de près du double des années
précédentes, vint détruire une fois encore l'équilibre
des transactions. La crise s'accentua en 1901-1902.
Et en 1903-1904, les vins artificiels pesèrent lourdement sur le marché, qu'avilit complètement la loi
de 1903.
La loi antérieure sur la suppression des bouilleurs
de cru et celle de 1903 sur la détaxe des sucres ruinèrent le Midi.
Je suivais avec angoisse depuis des années toutes
les fluctuations de la viticulture. Dès 1900, je fais de
la propagande en faveur de la propriété et de ses produits naturels. L'idée me hante d'arriver, coûte que
coûte, à attirer l'attention des pouvoirs publics sur
notre misère. Mais il fallait d'abord réaliser l'union
de tous : du capitaliste et de l'ouvrier, du vigneron et
du ramonet, du noble et du roturier.
N'envisageant que le but à atteindre, je me consacre

�A

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

entièrement à mon apostolat, Le long des routes,
dans les campagnes, de village en village, je vais partout prêcher la bonne cause. Rien ne me rebute, ni les
sourires des railleurs, ni les haussements d'épaule des
incrédules. Le thème de mes discours ne varie pas.
« Unissons-nous contre la fraude qui nous ruine et
nous affame. Faisons trêve à nos discordes. Délaissons la politique. N'ayons d'autre préoccupation que
celle de l'intérêt commun ».
Et inlassablement je répète l'antienne. En un mot,
j'ai la foi.
Mais, hélas ! on m'écoute peu, on me traite de fou,
d'illuminé, d'utopiste. Je suis seul contre tous. Eh !
bien, je vaincrai quand même. Malgré vous, indifférents ou égoïstes, je vous conduirai au seuil d'une vie
meilleure.
Dois-je le dire, les résistances Tes plus fortes me
sont opposées par l'élément ouvrier. Je m'exalte dans
la tâche splendide de son relèvement matériel. J'ébranle à la longue le scepticisme de quelques-uns et,
le soir, harassé de fatigue, mais heureux d'avoir
gagné quelques unités à ma cause, je rentre à Argeliers, mon bâton à la main et ma besace au dos.
Le lendemain, je reprends la route, négligeant mes
propres intérêts pour me consacrer à ceux de la
masse, bravant tout, intempéries des saisons et
dédains et sarcasmes des hommes.
Qui donc a dit : il y a des circonstances où le cœur

�LA PÉRIODE AIGUË

5

se brise ou se... bronze? Le mien s'était bronzé. Nul
outrage n'avait de prise sur lui. Mon espoir ni ma
foi n'ont sombré dans cette tentative. A force de persévérance, je réussis à émouvoir quelques réfractaires
de parti pris. J'agite à leurs yeux le spectre de la
misère si l'on n'abroge pas les lois protectrices de la
fraude. Je constitue enfin un groupement à Argelliers
même. J'avais donné des réunions publiques à Bize,
à Ouveilhan, à Ginestas, à Mirepeisset, à Montouliès,
sans grands résultats. De mauvais esprits m'attribuaient une arrière-pensée politique. On voulut enfin
m'entendre dans ma commune, et c'est en ces termes
que la Dépêche de Toulouse du 26 août 1903 rendit
compte de ma conférence :
« Hier, à 8 heures, une grande réunion publique, à
laquelle assistaient ou étaient représentés la presque
totalité des propriétaires d'Argelliers, a eu lieu dans la
salle du théâtre.
» Le président de la réunion, M. Gustave Mailhé,
donne la parole à Marcelin Albert.
» Possédant à fond son sujet, l'orateur, en un langage élevé, expose à l'assemblée les désastreux effets
de la loi supprimant le privilège des bouilleurs de
cru et les pertes énormes encourues par la viticulture
et le Trésor du fait de son application.
» Prenant comme exemple la récolte de cette
même année où la production s'éleva à près de
70 millions d'hectolitres, il explique que l'effet sus-

�6

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

pensif de cette loi aurait eu pour conséquence directe
la distillation d'au moins la moitié de la récolte et, de
ce fait, le prix de l'hectolitre moyen, fixé à 3 francs,
serait monté à 15 francs, d'où prime à la propriété et
plus-value pour le Trésor.
» Envisageant ensuite le régime des sucres, l'orateur nous montre la petite fissure par laquelle passera
l'éléphant capitaliste. Le commerce viendra inonder le
marché de vins artificiels au détriment des produits
naturels. Il critique cette loi du 28 janvier 1903, qui
détaxe les sucres de 35 francs, les droits étant abaissés
de 60 à 25 francs. La récolte de cette même année
étant déficitaire, le manquant, dit-il, sera comblé par
la fabrication clandestine que nous devons empêcher,
en nous inspirant des légitimes revendications de
nos vaillantes populations vigneronnes acculées à la
ruine.
» Marcelin Albert rédige l'ordre du jour suivant
qui est adopté à l'unanimité :
» Les viticulteurs d'Argelliers, réunis en assemblée
générale, demandent :
» 1° Le maintien du privilège des bouilleurs de
cru ;
» 2° L'abrogation de la loi du 28 janvier 1903 autorisant le sucre dans la vinification;
» 3° Une loi interdisant la fabrication et la mise en
vente de tous produits alimentaires non naturels ;

�LA PÉRIODE AIGUË

3

» 4° Le recensement général chez le propriétaire
récoltant et chez le négociant sous le contrôle des
agents de la régie;
» 5° L'exercice chez le débitant.
» Les vignerons d'Argelliers engagent tous les viticulteurs du Midi à s'unir pour travailler au salut de
la viticulture française. »
Encouragé par ce premier succès, je fis adopter cet
ordre du jour au cours de nombreuses conférences
dans l'Aude et dans l'Hérault. J'étais sur la bonne
voie, mais la misère n'en continuait pas moins à
s'installer dans nos foyers. Le désespoir s'emparait
des plus énergiques. On recommençait à déserter la
terre. C'était partout un lamentable spectacle.
Je tente alors un suprême effort et soumets à mes
concitoyens une pétition ainsi conçue :

« Les soussigne's décident de poursuivre leurs justes
revendications jusqu'au bout, de se mettre en grève
contre l'impôt, de demander la démission de tous les
corps élus et engagent toutes les communes du Midi
et de l'Algérie à suivre leur exemple aux cris de :
« Vive le vin naturel! A bas les empoisonneurs ! »
Cette pétition me revient couverte de plus de
400 signatures.
C'est donc que j'ai frappé juste. Ayons de l'énergie

�8

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

alors et de la volonté pour tous. Je pousse si fort mon
cri de guerre :
A bas la fraude!
que j'attire de plus en plus l'attention sur ce coin
d'Argelliers, où s'organise la résistance aux lois par la
Déjense viticole.
Le flot grossit de mes partisans. J'entrevois la réussite de ma tentative. Mais si mon courage s'accroît,
la crise aussi s'accentue. En 1905, c'est un nouvel
effondrement des cours provoqué par la fabrication
des vins artificiels.
La détresse, la faim deviennent mes deux meilleurs
agents de propagande et d'action.
Le conseil municipal d'Argelliers démissionne le
16 juin 1905. D'autres conseils l'imitent. Béziers
organise une réunion aux Arènes où je me rends avec
quelques compatriotes. J'y suis acclamé. Mon autorité s'affirme. Mais je veux tâter Narbonne, où je
n'avais pas encore été pris au sérieux. J'y vais un
jeudi, jour de marché. Ferroul ayant réuni les maires
de l'arrondissement dans la salle du Synode, m'en
refuse l'entrée et me traite de FOU, D'IMBÉCILE. Je ne
me tiens pas pour battu, je grimpe sur un platane de
la promenade des Barques et harangue la foule. Elle
m'applaudit. C'est alors que je m'écrie :
« Mes amis, écoutez-moi. J'ai promis à Ferroul en

�LA PÉRIODE AIGUË

9

1903 de réunir ici cent mille hommes. Ayez confiance,
un jour je tiendrai parole. »
Ceci se passe en juillet 1905. Peu de temps après,
une nouvelle réunion des maires se tient à Carcassonne, au cours de laquelle la résolution est adoptée
à une majorité de 20 voix sur 150 votants, de ne pas
démissionner , tout comme à l'assemblée des maires,
à Béziers, qui avait précédé la réunion publique des
Arènes.
C'est une atteinte portée à la cause. Mais je ne
perds pas confiance, et, inlassable, je recommence
ma propagande.
Par la loi du 6 août de la même année 1905, le
Parlement apporte de notables modifications à la loi
sur le sucre, de 1903. Et depuis, Emmanuel Brousse,
député des Pyrénées-Orientales, ne manque aucune
occasion de supplier les ministres de traquer impitoyablement la fraude.
Je lui télégraphie des remerciements auxquels il me
répond le 30 janvier 1907 :

Merci mille fois du télégramme que vous m'avez fait
l'honneur de m'adresser au nom d'un groupe de viticulteurs d'Argelliers. Croyez bien que je suis très sensible à
ces félicitations et que vos encouragements me sont précieux. Vous pouvez compter sur tout mon dévouement
pour démasquer sans trêve ni merci les fraudeurs et les

�10

MEMOIRES DE MARCELIN ALBERT

affameurs de la viticulture, d'où qu'ils viennent, d'où qu'ils
soient.
Affectueusement vôtre,

Emmanuel

BROUSSE.

A dater de ce moment, les événements se succèdent
sans interruption. Le 18 février, douloureusement
impressionné par la misère qui s'étend de plus en
plus, je télégraphie à Clemenceau :
Midi se meurt. Au nom de tous, ouvriers, commerçants, viticulteurs, maris sans espoir, enfants sans pain,
mères prêtes au déshonneur, preuve fraude étant faite,
abrogez loi 1903. Voilà l'honnêteté. Devoir gouvernement
empêcher choc. S'il se produit, les clefs ouvriront portes
prison, pourront jamais rouvrir portes tombeaux.

La situation s'aggrave de jour en jour. Et je ne
vois aucune solution intervenir. Sur ces entrefaites,
la commission d'enquête parlementaire sur la viticulture, nommée par les Chambres sous la pression
de notre appel énergique, vient dans le Midi. J'adresse
au président, M. Cazeaux-Cazalet, une demande
d'audience qui m'est accordée pour le 11 mars à Narbonne.
Je fais part de la nouvelle à la population d'Argelliers et le 5 mars, en réunion publique, il est convenu
que tous les signataires de la pétition de 1905 se rendront à Narbonne et remettront à la commission cet
ordre du jour :

�LA PÉRIODE AIGUË

M

« Les ouvriers viticulteurs et les contribuables
d'Argelliers (Aude), réunis en assemblée générale le
3 mars 1907, convaincus que des mesures énergiques
et répressives doivent être prises en vue de remédier
à l'avilissement continuel du prix du vin et à la
mévente :
« 1° Félicitent les députés qui ont vaillamment soutenu à la tribune la viticulture et contribué à démasquer les protecteurs de la fraude ;
« 2° Demandent l'abrogration de la loi du 28 janvier
1903, cause de la ruine du Midi. »
Pour donner à notre manifestation un caractère
plus imposant, nous invitons les municipalités du
canton à assister à une réunion publique donnée à
Ginestas, le dimanche 10 mars. Deux maires seulement répondent à notre appel. Je sens alors chez mes
concitoyens un refroidissement d'enthousiasme. Il ne
faut cependant pas lâcher pied. Le soir même, à
Argelliers, devant toute la population, je rappelle la
décision prise le 5 mars, et chaleureusement j'engage
les assistants à se joindre à moi le lendemain, pour
aller devant la commission d'enquête.
Mais je comprends qu'ils sont indécis, irrésolus.
Seuls, quelques petits propriétaires et ouvriers paraissent convaincus de la nécessité de cette démarche. Je
prie du moins les riches de mettre leurs voitures à
notre disposition. Aucun n'y consent. Cathala pro-

�12

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

pose même d'annuler la pétition de 1905, qui devenait
une arme entre mes mains.
Indigné, j'étale le document sur la table et m'écrie :
« Que ceux qui veulent retirer leur signature la
retirent. »
Pas un ne bouge. Alors, avec une énergie contenue :
« Demain à 5 heures, leurdis-je, mon cheval sera
attelé au chariot. J'y joindrai un fût de vin pour
notre repas à Narbonne. Une dernière fois puis-je
compter sur votre esprit de solidarité ? »
Je suis tourné en ridicule par la plupart et le matin
du lundi 11 mars, à 4 heures... on me supprime
clairons et tambours qui devaient nous précéder dans
dans notre exode en ville.
Je frappe aux portes de ceux que je crois susceptibles de me suivre. Je rencontre le domestique de
Cathala, Antoine Marthy.
— Viens-tu ? lui dis-je.
— Oui.
— Et ton clairon ?
— Je l'ai chez moi.
— Va le chercher et crève-toi s'il le faut, mais
éveille tout le monde.
Il sonne ferme durant que je procure un tambour
à Emile Garriguenc.
A 5 heures précises, nous partons cinquante, sac
au dos, résolus. Vingt-sept autres nous rejoignent

�LA PÉRIODE AIGUË

13

par le train... et ce fut là le bataillon de « ceux
d'Argelliers ».

A Narbonne, je fais placer mes compagnons de
route militairement, tambour, clairon, drapeau en
tête.
Il est dix heures et demie, la commission d'enquête sort de la gare. On bat au champs. Mais déjà
notre équipée fait grand bruit dans le landerneau
narbonnais. Le sous-préfet m'invite au calme.
— Soyez tranquille, monsieur. Nous ne sommes
pas des perturbateurs, mais des miséreux qui venons
apitoyer sur notre situation les membres de la commission parlementaire.
D'un pas alerte, nous nous rendons à la sous-préfecture, tambour battant, clairon sonnant, drapeau
déployé. Ferroul qui s'y trouve, s'écrie :
« Ah ! ça ne m'étonne pas, ce sont ces fous d'Argelliers et cet imbécile d'Albert ».
Oui, Ferroul, c'étaient les fous d'Argelliers qui
venaient réclamer justice pour la viticulture expirante et vous étiez plus que tout autre mal venu à les
outrager de vos sarcasmes et de vos ironies...
Midi. Nous sommes reçus parla commission. Je
remets à M. Cazeaux-Cazalet l'ordre du jour du
5 mars et la pétition aux quatre cents signatures
de 1905.

�14

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Un peu étonné, le président me dit :
— Voilà, certes, un précieux document. Pouvezvous me le confier ?
— Certainement, je l'ai apporté à cette intention.
MM. Brousse et Razimbaud viennent alors me
serrer la main.
■— Nous avons allumé notre dernière chandelle,
leur dis-je. Si vous attendez encore, nous n'y verrons
plus clair.
— Je vous promets, répond M. Cazeaux-Cazalet,
au nom de mes collègues, que nous ferons tout pour
que vous ayez satisfaction.
Cette promesse nous réjouit et nous faisons le tour
de la ville en chantant pour la première fois la
Vigneronne, due à la plume de deux de nos
concitoyens. La Vigneronne fut, durant les manifestations qui suivirent, comme le chant de guerre des
viticulteurs du Midi.
Nous rentrons le soir à Argelliers, exténués de fatigue, mais déterminés à poursuivre la lutte. Et les
jours suivants sont consacrés à l'organisation du
fameux comité d'initiative dont j'eus la présidence.
C'est chez moi, dans une salle du rez-de-chaussée
modestement meublée de quelques chaises, d'une
grande table, d'un buffet pour les archives, que fut
installé le bureau de la Détense viticole. C'est le berceau où naquit le formidable mouvement d'opinion
que l'on sait.

�LA PÉRIODE AIGUË

13

Je ne vois à ce moment en mes collaborateurs que
des amis. J'ai en eux une aveugle confiance. Ils décachètent nos volumineux courriers, répondent en mon
nom, touchent les mandats. Dans mon esprit, une
seule chose doit primer toutes préoccupations : la
défense de la viticulture agonisante.
Il s'agit maintenant d'étendre notre action aux
communes de la région, puis à tout le vignoble méridional.
Je me remets en route, vais d'un village à l'autre,
prêche l'union et préconise la création de comités
locaux qui se fédéreront au nôtre.
La tâche est ardue. Il me faut faire œuvre de prosélytisme auprès des uns et des autres pour rapprocher
les distances, pour mettre la main de l'employeur
dans celle de l'employé, pour lever toutes les méfiances et gagner à la cause les plus hostiles, les plus
récalcitrants.
C'est un travail titanique. En quelques jours, des
comités se forment à Bize, Cruzy, Sallèles-d'Aude,
Ouveillan, Cuxac, Vinassan, Fleury, Coursan,
Saint-Nazaire, Ginestas, Saint-Marcel. Le comité de
Baixas lui même, qui avait proclamé la grève de
l'impôt, acquiesce à la nouvelle organisation et
déclare que, par discipline, il marchera à la suite du
comité d'Argelliers.
Le 27 mars, une importante réunion est tenue à
Sallèles-d'Aude, à laquelle assistent un grand nombre

�16

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

d'habitants des communes audoises. Des décisions
énergiques sont prises par l'assemblée. On décide notamment que chaque localité nommera une délégation. Ces délégations se réuniront à Narbonne à une
date que l'on fixera ultérieurement et décréteront les
mesures que comporte la situation.
Dès lors, la fédération est formée. L'heure des
grands meetings du Midi est venue.

�CHAPITRE II

LES MEETINGS

Le 7 avril, à Ouveillan, nous sommes plus de
2.000 vignerons qui clamons notre misère. L'impulsion est donnée. S'il m'en a coûté, du moins je sais
que rien maintenant ne résistera à une influence si
chèrement conquise.
« Chaque âme est un foyer de vibrations que la
volonté actionne », a écrit un penseur. Une société
est un groupement de volontés qui, lorsqu'elles sont
unies, concentrées vers un môme but, constituent un
centre de forces irrésistibles.
Huit jours après Ouveillan, le 14 avril, nous nous
trouvons 9.000 à Ccursan qui entre dans la lédération au bruit des « batteries » des communes du
Narbonnais, à la tête desquelles sont ceux « d'Argelliers ».
Je ne cesse de répéter: « Unissons-nous,bannissons
à jamais la haine et la discorde, oublions la politique,

�18

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

ne pensons qu'à une chose : le Midi, si fertile, se
meurt; frères de misère, au secours ! »
Notre programme d'action est élaboré. Notre thèse
de l'union triomphe. Elle est destinée à donner au
monde l'inoubliable spectacle des « meetings du
Midi ».
Pour mener à bien l'œuvre de salut, nous créons
le Tocsin et publions ce manifeste dans le numéro du
21 avril :
QUI NOUS SOMMES?
« Nous sommes ceux qui travaillent et qui n'ont
pas le sou; nous sommes les proprios décavés ou
ruinés, les ouvriers sans travail ou peu s'en faut, les
commerçants dans la purée ou aux abois. Nous
sommes ceux qui crèvent de faim.
» Nous sommes ceux qui ont du vin à vendre et
qui ne trouvent pas toujours à le donner; nous
sommes ceux qui ont des bras à louer et qui ne peuvent guère les employer ; nous sommes ceux qui
n'ont des marchandises que pour manquer d'acheteurs. Nous sommes ceux qui crèvent de faim.
» Nous sommes ceux qui sont endettés, les uns
jusqu'au cou, les autres par-dessus la tète; tous ceux
qui paient mal et tous ceux qui ne paient plus; nous
sommes ceux qui ont encore quelque crédit, ceux qui
n'en ont guère et ceux qui n'en ontpas. Nous sommes
ceux qui crèvent de faim.

�19

LES MEETINGS

» Nous sommes ceux qui doivent partout : au boulanger, à l'épicier, au percepteur et au cordonnier;

Le TOGSÏ
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ceux que poursuivent les créanciers, ceux que relancent les huissiers et ceux que traquent les collecteurs

�20

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

d'impôt. Nous sommes ceux qui voudraient vivre en
honnêtes gens et qui sont acculés aux expédients et
à la misère. Nous sommes ceux qui crèvent de
iaim.
» Nous sommes ceux qui aiment la République,
ceux qui la détestent et ceux qui s'en foutent; nous
sommes ses ardents défenseurs et ses adversaires
déclarés : radicaux ou conservateurs, modérés ou
syndicalistes, socialistes ou réactionnaires, nous
sommes ceux qui ont leur jugeotte et aussi leurs
opinions. Mais nous avons un ventre et nous sommes
ceux qui crèvent de faim.
» Nous sommes des miséreux; des miséreux qui ont
femmes et enfants et qui ne peuvent pas vivre de
l'air du temps ; nous sommes ceux qui ont des vignes
au soleil et des outils au bout des bras, ceux qui veulent manger en travaillant et ceux qui ont droit à la
vie. Nous sommes ceux qui ne veulent pas crever de
faim. »
Le jour même de la publication de ce manifeste,
nous sommes 15.000 à Capestang. C'est la marée qui
monte avec sa même plainte monotone dont seuls
varient les mots, dolents si elle réclame du pain,
coléreux contre la fraude.
En cohortes serrées, hommes, femmes, enfants
défilent sur la place de la Liberté. Cet impressionnant
spectacle a un lendemain, le 25 avril, à Lézignan,
avec 25.000 manifestants.

�LES MEETINGS

21

Mais j'avais hâte d'aller à Narbonne, me souvenant
de la promesse à Ferroul...
Le 5 mai, c'est le tour de la vieille cité. Les précédents meetings de Capestang et de Lézignan ont eu
des répercussions énormes dans les campagnes ruinées
par la fraude et la mévente. Ils font l'objet de toutes
les conversations. On demeure stupéfait devant un si
merveilleux résultat et à cette stupéfaction fait place
le désir de grossir les rangs des pèlerins de misère.
C'est ainsi que je puis m'écrier au meeting de
Narbonne:
« Il y a quatre ans, j'ai promis à Ferroul qu'il y
aurait ici un jour 100.000 hommes. Les voilà... »
On applaudit avec frénésie et Ferroul qui traitait
de fous « ceux d'Argelliers » et « d'imbécile » Marcelin
Albert, deux mois avant, le 11 mars, prononce cette
phrase dans son discours au nom de la ville :
« Je vous apporte notre adhésion et salue les
infatigables promoteurs de cet admirable mouvement populaire, où vibre toute l'âme du pays viticole. »
Du coup, je n'étais plus un « imbécile ».
Après le meeting, les comités des communes
fédérées de l'Aude, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales, se réunissent en séance privée au Synode. La
discussion un peu confuse dès le début se précise sur

�22

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

cette motion que j'émets et qu'on dénommera désormais le Serment des Fédérés :
« Constitués en Comité de salut public pour la
défense de la viticulture, nous jurons tous de nous
unir pour la défense viticole, nous la défendrons par
tous les moyens.

» Celui ou ceux qui par intérêt particulier, par
ambition ou par esprit politique, porteraient préjudice à la motion première et, par ce fait, nous mettraient dans F impossibilité d'obtenir gain de cause,
seront jugés, condamnés et exécutés séance tenante. »
Cette proposition est adoptée d'enthousiasme et l'on
jure.
Décidément, je n'étais pas « fou » ce jour-là, puisque Ferroul lui-même prêta serment...
Et les événements suivent leur cours. J'avais eu
en main un premier élément de succès : la péîition
de 1905 et ses -400 signatures. J'en avais un autre :
le Serment des Fédérés.
Grâce à lui nous avons empêché longtemps certaines ambitions de se manifester. En avais-je, moi,
qui rentrais paisiblement sous mon toit après chacune
de ces glorieuses journées où j'étais porté en triomphe
et qui firent l'admiration de l'Europe entière. Il
s'agissait bien de chercher à profiter d'une popularité
sans limite, quand la famine sévissait dans nos demeures. Il fallait frapper l'opinion par une grande

��24

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

chose, apitoyer le mondé par un gigantesque cri de
détresse. Il fallait, en réponse à l'incurie des parlementaires qui insultaient à nos malheurs, affirmer
notre inébranlable solidarité. Conçoit-on que 14 députés se soient prononcés contre la loi de dégrèvement
des sucres et que 25 — vous lisez bien? — 25 soient
venus à une séance où l'on devait interpeller sur les
événements du Midi?
A tant de criminelle indifférence, nous avons
opposé notre volonté d'en finir.
Chaque meeting augmente notre prestige. L'imposante majesté de ces cortèges force l'attention des
pouvoirs et ne doit pas tarder à faire naître aussi
quelque crainte au Palais-Bourbon...
Mais nous voici au 12 mai et la journée de Béziers
dépasse en grandeur celle de Narbonne.
Comme aux précédents meetings, j'ai recommandé
le calme.
Toutes les précautions sont prises pour recevoir les
150.000 manifestants déversés par les trains, les voitures, les camions de l'Aude, des Pyrénées-Orientales,
de l'Hérault.
N'attendez pas de moi que je rentre dans le détail
de ces grandes assises du malheur, que je vous en
décrive les péripéties.
Sachez seulement que de meeting en meeting l'enthousiasme grandissait. Déjà à Narbonne le défilé

�LES MEETINGS

25

avait duré plus de trois heures pour se rendre au point
de concentration, en face les Halles.
Des centaines de trains déversaient des centaines
de mille manifestants. Chaque commune avait un
drapeau, sa «batterie», sa pancarte avec des inscriptions ou des allégories qui synthéthisaient sa misère
et ses espoirs.
Les villes nous recevaient en libérateurs. Partout
des trophées, des arcs de triomphe sous lesquels
passaient nos innombrables cohortes, calmes, dignes,
précédées comme à Béziers où 1.000 communes avaient
des délégations
d'un brigadier de police.
A chaque meeting, c'était une mer humaine dont
les vagues déferlaient contre les murs des vieilles cités,
avant d'en envahir les places et les rues. Et les ovations frémissantes de ces légions en marche avaient
un caractère de grandeur qui impressionnait jusqu'aux larmes.
Il faudrait une main plus habituée à tenir la plume
que le manche de la pioche pour décrire toutes ces
choses dont je veux simplement dégager l'enseignement.
La beauté du sentiment qui anime ces foules réside
dans la foi qu'elles ont en la légitimité de leur cause.
Elles caressent l'espoir qu'après d'aussi formidables
manifestations, les pouvoirs publics s'intéresseront à
leur sort et reconnaîtront leur droit à la vie.
Poursuivais-je d'autre but, moi en qui on a voulu
3

�26

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

voir une incarnation du Midi, si résigné dans sa douleur, si noble dans ses révoltes. Et si je suis sensible
aux acclamations de ces gueux d'aujourd'hui, c'est
que je vois insensiblement se réaliser mon rêve d'autrefois. Toute cette armée de pau vres hères, sur laquelle
plane le deuil des joies envolées, trouve en moi d'inépuisables trésors de pitié et de tendresse. Elle sait
que je sacrifierais volontiers ma vie à son bonheur.
Oui, je la veux heureuse et je crois trouver le chemin
de son cœur, en la conjurant d'espérer.
Après le meeting, les comités se réunissent au
théâtre. Nous convenons de nous rendre à Perpignan
le jour de la Pentecôte, puis la résolution suivante est
votée sur la proposition de Ferroul :
« Si à la date du 10 juin, le Gouvernement n'a pas
pris les dispositions nécessaires pour provoquer un
relèvement des cours, la grève de l'impôt sera proclamée et le comité envisagera s'il n'y a pas lieu de
prendre des dispositions encore plus énergiques. »
C'est un ultimatum. J'aurais voulu qu'on accordât un plus long délai, car j'avais le pressentiment
que de graves événements allaient se produire. Certains discours dépassaient les limites de la prudence
et de la raison, aussi n'hésitais-je pas à proposer
qu'il n'y eût plus de réunion de comités jusqu'à nouvel ordre.

�LES MEETINGS

27

Rentres à Argelliers, nous continuons notre propagande contre la fraude, fédérons d'autres communes. C'est une vie de fièvre. Je néglige mes vignes,
et sans la généreuse intervention des amis de Montouliès qui, un beau jour, drapeau et « batterie» en
tête, viennent en chœur me les travailler, je n'aurais
pu y effectuer ni un labour, ni un sulfatage.
Le 16 mai, nous apprenons que des incidents
viennent de se produire à Béziers contre la municipalité. J'adresse aux Biterrois cet appel au calme :
« Je suis, avec tous mes amis, profondément touché
de voir votre ville suivre d'un élan irrésistible le mouvement de défense viticole. Mais si nous admirons la
ferme volonté, l'abnégation, le sacrifice avec lequel
vous servez notre cause, je ne puis oublier que j'ai
assumé la responsabilité grande d'obtenir comme résultat le relèvement de tout un pays.
» Mes armes les meilleures sont le calme, l'union,
la paix. Je vous en supplie, sachez rester calmes ;
soyez unis; que la paix règne parmi vous; ne conservez que le souvenir de ce que vous pouvez considérer
comme des manœuvres intentionnelles ; ne vous y
laissez pas prendre; contentez-vous de les mépriser.
» Suivez le comité d'Argelliers. Suivez-moi. Nous
vous mènerons à la victoire. — A vous de cœur.
« Marcelin

ALBERT. »

�28

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Ici, à Argelliers, le Tocsin continue son œuvre. Il
sonne le ralliement et prend en pitié les Jacques du
Midi qu'il chante sur le mode de la ballade de Gringoire.

�CHAPITRE III

LES JACQUES.

« Sous le soleil pesant où la bise mordante, ils sont
là, tous courbés vers le sol qui les rive. Ils le creusent,
l'entr'ouvrent, le fouillent en tous sens et lui font
rendre en fruits la rançon de leurs peines. Et cependant, au soir, lorsque dans sa maison chacun revient
s'asseoir pour manger à sa faim, hélas! la chère est
maigre, le pain lui-même est rare; ce que la terre
donne ne peut plus les nourrir.
» Les Jacques sont de pauvres bougres ; les Jacques
sont de pauvres gueux.

» Et pendant des années ils ont ainsi vécu. Appauvris, miséreux, tristes et loqueteux, ils ont surtout
vécu d'amertume et d'espoir. Et puis comme la faim
les tenaillait très fort, l'espoir s'en est allé et les
ventres trop creux ont fait les cœurs plus vides. La
détresse est venue et l'épouvante aussi : « Unissonsnous, amis; il ne faut pas mourir! » Et sur ces dos
courbés un frisson a passé. Tous se sont redressés à
l'appel éperdu. Les fronts se sont levés. Et, les regards
3,

��82

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

fixés vers le même horizon, tous les fils de la terre
quittent leurs champs ingrats et s'en vont là-bas
assembler leurs misères...
» Les Jacques sont de pauvres bougres ; les Jacques
sont de pauvres gueux.

» Ils ont mis pour partir leurs vêtements de fête:
vestes déchues, vieux couvre-chefs et pantalons dans
l'indigence—bref, des habits d'anti-Rothschilds. Mais
qu'importe ! Efflanqués, broussailleux et tout dépenaillés, ils s'en vont par les routes poudreuses : charretons, chars à bancs, guimbardes ou bécanes, tout
est bon — même les jambes pour ceux qui ont les
jarrets solides. — Ils s'en vont par les convois ferrés,
grand troupeau qui s'entasse en des trains trop
bondés; parfois bétail humain qui s'empile en
wagons de bétail. Qu'importe ! Ils s'en vont comme
ils peuvent, à la va-je-te-pousse. Les chemins sont
ouverts : la misère est derrière et l'espoir est devant !
Allons, marchez les gas, marchez...
» Les Jacques sont de pauvres bougres ; les Jacques sont de pauvres gueux.

» Et, là-bas, dans la ville lointaine, bandes,
groupes, cortèges, caravanes, tout pénètre dans ses
murs hospitaliers. Tous les chemins,toutes les routes,
toutes les voies déversent le torrent qui grossit d'heure
en heure. Hommes, femmes, enfants, tout passe,
tout arrive. Il en vient de partout; cela ne finit plus.
C'est comme un fleuve immense qui roule et qui sub-

�LES JACQUES

33

merge la grande et paisible cité. Combien sont-ils ?
Qui peut le dire ? Quatre, cinq ou six cent mille ? Nul
ne le sait. Ils sont trop. Ils sont aussi nombreux que
les tentacules delà Misère — cette pieuvre immonde!
Leur nombre est innombrable...
» Oui, les Jacques sont de pauvres bougres ; les
Jacques sont de pauvres gueux.
» Alors tous ces malheureux, que la faim talonne
et que la misère insurge, s'écoulent en un cortège
immense et colossal. En flots rapides, pressés e
tumultueux, le fleuve torrentiel roule à pleins bords
dans l'antique cité. Les rues sont trop étroites, les
avenues trop courtes, l'enceinte trop petite — la
Misère trop grande ! La foule ardente et misérable
passe durant des heures et des heures, des heures qui
font presque un jour. Et la plainte douloureuse de
toute une province monte vers les grands de la terre :
« Justice! Justice! Nous avons faim. » Et l'âme
paysanne, douce, paisible, résignée a tressailli longuement.
» Un même frémissement de colère et de révolte a
secoué cette armée du Travail et de la Souffrance. Les
râteliers sont vides et les dents longues. C'en est trop
et depuis trop longtemps...
» Les Jacques sont de pauvres bougres ; les Jacques sont, de pauvres gueux. »
Mais nous voilà au 19 mai, à la manifestation de
Perpignan avec 200.000 protestataires. Cette réunion

�34

MÉMOIRES

DE

MARCELIN ALBERT

a un caractère de véritable grandeur. Nos amis les
Catalans à l'enthousiasme prompt ont pavoisé. Les
monuments publics ont arboré le pavillon national.
La ville et ses faubourgs présentent une animation
extraordinaire. Les terrains vagues, par suite de la
démolition partielle de son « corset de pierres », la
promenade des Platanes, le Champ de Mars sont
noirs de monde. Il est impossible de circuler dans
les rues du chef-lieu.
Pour le défilé, tout se tasse et, pendant des heures,
l'on assiste à la plus grandiose procession qui se soit
jamais déroulée dans la patrie d'Arago. Elle suit le
quai Sadi-Carnot, le pont métallique, l'avenue de la
Gare, la route de Thuir, les esplanades de la Réal, la
place Rigaud, la rue Emile-Zola, la porte Canet, enfin
le square des Platanes.
Le long du parcours on s'arrache le Tocsin qui
reproduit notre manifeste : Qui NOUS SOMMES.
Comme aux précédents meetings, les discours soulèvent les acclamations de cette foule innombrable
que nous allons retrouver à Carcassonne, plus dense,
plus consciente encore de sa force, de son droit, de la
dignité de sa cause.
250.000 manifestants, parmi lesquels on remarque
500 étudiants de la Faculté de Toulouse, forment un
cortège interminable, sans qu'une note discordante
rouble la beauté de ce spectacle.
Ah ! certes, il me reste quelque fierté d'avoir été

��36

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

couronné roideces gueux sublimes dans leurdétresse.
Et fier aussi je suis de leur obéissance aux conseils
du comité d'Argelliers. Nous n'avons jamais cessé de
leur dire d'être calmes. Ecoutez encore notre appel de
Carcassonne :
« Camarades vignerons, nous avons été vos
guides; le regrettez-vous? Vous nous avez écoutés.
Eh bien ! écoutez-nous toujours.
» A l'heure actuelle, nous avons, vous avez abouti
à ceci : c'est que l'opinion publique, en France, a été
violemment émue; c'est qu'elle a été profondément
touchée de vos misères; c'est qu'elle est enfin devenue
sensible à nos justes revendications.
» Pourquoi ? Parce que vos imposantes manifestations ont prouvé que si vous êtes misérables, vous
êtes de braves gens; que si vous êtes malheureux,
vous savez rester dignes ; que si vous êtes forts, vous
n'êtes pas des révoltés, mais des pacifiques.
» Ce que vous avez été jusqu'ici, il faut l'être jusqu'au bout, jusqu'à la dernière manifestation. L'opinion publique ne sera pour vous qu'à cette condition.
» Or, c'est elle qui est vraiment souveraine, sans
elle le Parlement ne vous donnera jamais des lois
protectrices ; mais l'opinion publique vous reste favorable, et, pour cela, sans doute, on viendra au secours
de la viticulture méridionale qui se meurt.
» Donc, à tout prix, pas de cris hostiles contre qui-

��38

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

conque; pas de violences, ni contre les choses, ni
contre les personnes, et plus d'incidents d'aucune
sorte.
» Les ennemis intéressés de la viticulture honnête
n'attendent que des actes de violence de notre part
pour vous aliéner tout le monde et changer en déroute
la victoire que nous escomptons.
» Ces gens-là nous guettent ! Attention, Vignerons! Ce n'est que par votre calme et votre dignité
que vous déjouerez leurs manœuvres.
« LE COMITÉ D'ARGELLIERS. »

Comme les appels précédents, celui-ci est entendu.
Pas un cri de colère de ce peuple de gueux, mais une
adjuration géante au Pouvoir de lui faire justice.
La portée de nos revendications s'étend au delà des
limites où nous promenons nos détresses. Toulouse,
la grande cité, compatit à notre situation. De nombreuses délégations, dont celle de ses Facultés, viennent nous dire la part qu'elles prennent à notre affliction et les vœux qu'elles font pour le succès de nos
efforts.
C'est qu'aussi le Midi viticole est son meilleur
client.
« Une capitale n'est riche, lui disions-nous, que si
sa province est prospère.
» Or, lorsque la moitié du Languedoc est plongée

��40

MÉMOIRES DE MARCELIN

ALBERT

dans la détresse, comment sa capitale n'en subiraitelle pas le contre-coup ? Et lorsque tout le pays « bas »
crève de faim en travaillant ses vignes, comment
Toulouse n'en serait-elle pas frappée?
» Toulouse, la riche et belle cité, souffre à son tour
de notre misère.
» Son industrie n'a plus guère chez nous de débouchés.
» Son commerce n'a presque plus parmi nous de
clients.
» Son travail n'a plus ici de demandes.
» Le pays des vignerons est pauvre et misérable et
Toulouse en subit les tristes conséquences.
» Et dès lors, Toulousains, à ceux d'entre vous qui
sont touchés par cette crise, à ceux d'entre vous surtout qui sont industriels, commerçants, artisans ou
travailleurs, nous disons :
» Si vous avez été plus ou moins frappés par nos
souffrances ;
» Si vous pensez qu'il est de votre intérêt de voir
mettre un terme aux maux qui nous étreignent ;
» Si vous croyez que votre gêne est solidaire de
notre extrême misère,
» Venez vous joindre à nous ;
» Venez assister à notre formidable manifestation
de Carcassonne ! »
Et ils sont venus, pour nous entendre, pour entendre le vibrant discours de M. Faucilhon.

�4-

�9

. 42

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

J'ai le sentiment très net, d'ailleurs, que notre
mouvement aurait gagné tous les départements de
France où la vigne est la principale culture, si des
maladresses n'avaient été commises par le Pouvoir
central et si des politiciens n'avaient détourné à leur
profit le courant qu'il m'avait tant coûté d'établir.
Il est impossible de se rendre compte de l'état
de dénuement de nos populations méridionales.
On s'expliquerait plus facilement leur enthousiasme
grandissant de manifestation en manifestation, si l'on
savait que la plupart d'entre elles étaient sous la
menace du fisc, de l'huissier ou de la faim. Aussi de
quel cœur attendri je compatissais à leur douleur, moi
qui étais ruiné et qui connaissais les heures sombres
du découragement. C'est alors que je sentis naître le
désir de libérer ces braves gens du joug du malheur.
J'avais toujours lutté pour des idées de liberté, de justice et l'occasion s'offrait de faire œuvre utile et belle.
Quelle considération aurait pu m'empêcher de m'y
consacrer corps et âme, sans arrière-pensée de lucre
ou d'ambition?
Aujourd'hui, devant cette foule immense au cœur
cependant ulcéré, j'éprouve la joie infinie de ne la
voir pas se départir de son calme émouvant.
Ce calme, elle le conserve à Nîmes, le 2 juin. Le
Gard s'est joint aux trois autres départements méridionaux pour protester contre la fraude dont il est
également victime. Une même pensée anime le

�LES JACQUES

43

280.000 terriens dont !e cortège se déroule majestueusement le long des spacieux boulevards de la Nemusa
antique.

En tête, le comité d'Argelliers arbore son glorieux
drapeau. Et la foule pacifique, mais résolue, suit,
émue, docile, recueillie presque entre deux clameurs
de : « A bas la fraude », jusqu'à l'immense esplanade
où se tient le meeting.
Après les discours pondéré du docteur Crouzet, violent du docteur Ferroul, vibrant de M. Faucilhon,
tous longuement applaudis, je prends la parole au
milieu du plus impressionnant silence :
A la grande et belle cité nîmoise, j'apporte ici le salut
chaleureux et reconnaissant des 25o.ooo gueux qui sont
venus étaler, dans ces murs, le spectacle de leur misère et
de leur énergie.
Hier à Carcassonne, aujourd'hui à Nîmes, ce sont les
deux ailes de notre armée pacifique mais résolue, qui s'est
établie aux deux confins extrêmes du Languedoc, des rives
de la Garonne jusqu'à la mer, des Pyrénées jusqu'aux
cimes alpines.
C'est le peuple douloureux et misérable des vignerons
qui s'est levé pour clamer sa défaite pour se prémunir contre la faim.
La foule paysanne a quitté ses demeures. Elle est descendue sur la place publique. Elle s'est assemblée dans la
cité iatine. Elle est venue crier à ses frères de France :

�44

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

« Nous sommes malheureux! Nous sommes misérables !
» Nous n'avons plus de pain dans nos maisons ! » Et c'est
pour l'attester, citoyens, que vous êtes venus du fond de
vos villages.
L'écho de vos plaintes est parvenu jusqu'aux bords de
la Seine. Nous espérons encore que votre voix a été
entendue. Il faut que les sacrifiés d'hier soient les satisiaits
de demain, et si nos appels plaintifs et douloureux ne sont
pas compris, la voix plus mâle des désespérés aura d'autres accents pour se faire entendre.
Tout au plus avons-nous un peu de cet espoir que,
malgré tout, nous voulons garder au fond des cœurs et que
nous conserverons jusqu'à la dernière minute.

Puis, selon le rite, je prononce le serment des fédérés que les manifestants enthousiastes acclament. A
ma descente de la tribune, des milliers et des milliers
de bras se tendent vers moi, des femmes, des vieillards pleurent. Et moi qui suis impassible devant les
foules les plus innombrables, je me sens profondément attendri par le spectacle touchant de ces
larmes.
Je fus l'objet, à mon départ de Nîmes, d'une telle
manifestation de sympathie, que j'en garderai à la
belle et antique cité une reconnaissance éternelle.
M'est-il possible, en effet, d'oublier ces heures où
tout un peuple, galvanisé par mes accents de pitié sincère, me suivait de la Garonne au Rhône et des
Cévennes à la Méditerranée ? Et si j'évoque le passé
de 1900, où j'allais seul, par les routes, les champs,

�LES JACQUES

45

les communes, prêcher la défense de la viticulture, je
me rends compte du chemin parcouru.
Nous étions 87 à Narbonne le H mars, nous sommes 800.000 à Montpellier le 9 juin.
Huit cent mille ! Chaque comité a sa « batterie »,
son drapeau et ses pancartes aux incriptions d'un
réalisme douloureux. L'ordre n'en est pas moins parfait.
Il n'y a pas de précédent dans l'histoire.
N'ai-je pas raison d'en fixer le souvenir.
Mais ici ma tâche est trop délicate pour que je décrive moi-même ce couronnement de mon oeuvre,
cette apothéose de ma vie de labeur et de désintéressement, je cède la plume aux auteurs de Ceux d'Argelliers et de Au pays des Gueux, MM. Fournel,
Boyer et Payret.
« Dans l'atmosphère lumineuse d'une journée de
juin, dans les sonorités prolongées de milliers et de
milliers de clairons et les roulements continus d'une
multitude de tambours, dans le cliquetis de cinquante
mille drapeaux ondulant sur plus de huit cent mille
têtes, sous le féerique pavois tricolore des boulevards,
sous les inscriptions des blanches banderoles qui
jettent dans l'air leur salut de bienvenue, dans l'harmonie des hommes et des choses, Marcelin Albert
s'avance, pâle, le sourire figé par l'émotion, le chapeau à la main.
» Son escorte d'honneur le défend contre l'enthou-

�46

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

siasme débordant de la marée humaine. Les étudiants
forment muraille de chair autour de lui, le séparant
de son état-major de gueux d'Argelliers. Seuls,
Richard et Cathala, suivis de Senty, sont à ses côtés
avec MM. Maurice Reynes et Gibert, adjoints de
Montpellier; MM. EugèneCombemale et LeenhardtPomier, du comité d'organisation. Le cortège sort du
Peyrou, il s'avance à pas lents : le voici qui s'engage
sous le portique de l'arc de triomphe où convergent
les rayons ardents du soleil de midi. Le regard d'Albert, que sollicitent à la fois tant d'êtres et tant d'objets, se fixe soudain sur le sommet du palais de justice dont la majestueuse colonnade s'érige comme le
colossal piédestal du large drapeau tricolore qui flotte,
là-haut, au gré des vents. Toutes les fenêtres du
palais sont pavoisées, comme est pavoisée la cité
entière.
»
»
»
»
»

« L'heure n'est pas à la joie.... En pavoisant, nous
ne hissons pas le drapeau joyeux des fêtes publiques
— explique le comité de Montpellier —, mais le
pavillon de détresse du navire près de sombrer, si
l'on n'aperçoit pas son signal, si l'on n'entend pas
son suprême appel. »

« La tête du cortège a l'allure d'une marche triomphale : c'est que, sur son passage, le comité d'Argelliers sème la confiance et l'espoir. Mais le gros du
défilé, avec les Catalans secs et décharnés, les travalhadous déguenillés, les propriétaires dans leur

�LES JACQUES

Al

jaquette étriquée des anciennes années d'abondance,
les coiffes antiques des femmes de Narbonne, d'Agde
et d'Estagel, le crêpe des étendards que portent des
jeunes filles en ceinture de deuil, l'éloquence des
emblèmes, les thermomètres symboliques de Narbonne marquant la croissance de l'exaspération générale, la colère contenue de la plèbe, — le gros du
défilé, d'une longueur de jour sans pain, apparaît
comme une évocation d'épopée tragique et sombre.
» C'est bien l'armée des gueux qui passe.
» Les délégations de l'Aude sont remarquées pour le
dénuement et l'aspect misérable de ceux qui les composent. On a, en les regardant, la vision nette, précise
de leur immense détresse et un profond sentiment de
pitié s'empare des spectateurs.
» Tout à coup, le cortège impétueux crève la digue
énorme des curieux, il inonde toutes les rues, tous les
carrefours, pendant que le remous populaire soulève
et porte en triomphe le Promoteur !
» C'est tout couvert de fleurs qu'Albert parvient à
l'Esplanade où se dresse l'estrade du meeting ; les
dames des Halles, les jeunes filles de Vias, les viticulteurs de Montagnac et les étudiants ont chargé ses
bras de bouquets.
» Le meeting est ouvert. M. Briol, le maire qui conseille d'arracher la vigne, s'étant réfugié à Paris, dans
les bras protecteurs du pouvoir central, c'est l'adjoint,

�48

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

M. Maurice Reynes, qui porte aux vignerons le salut
officiel de la ville :
... L'heure des phrases sonores, des dithyrambes bourrés de rhétorique est passée, bien passée. L'heure est aux
actes... La fraude, voilà l'ennemi! La fraude, c'est le
chancre à extirper, la plaie vive attachée à nos flancs que
vous demandez, que nous demandons comme vous, de
voir brûler jusque dans ses racines par le fer vengeur delà
loi !

» En terminant, M. Maurice Reynes donne l'accolade au Promoteur.
» Marcelin Albert, monté sur une chaise, parle en
ces termes au plus vaste auditoire qu'un orateur ait
jamais réuni :
Ce n'est pas sans une indicible émotion et après
l'inoubliable cortège qui vient de se dérouler dans cette
ville admirable de Montpellier, que je me trouve en face de
tous ces frères de misère qui, depuis les points les plus
extrêmes de notre Midi malheureux, sont venus se presser jusqu'au pied de cette tribune. Il y a trois mois, trois
mois à peine, j'étais seul ; seul, entendez-vous bien, à n'attendre notre salut que d'un soulèvement général de la
conscience méridionale ; j'étais seul à rêver d'un Midi qui
se lèverait comme un seul homme pour dire à la France
entière : « Nous ne sommes pas des parias, il faut que
cela finisse ».
Mais un jour j'eus la bonne fortune d'être enfin compris
par quelques amis; mes compatriotes m'entendirent:
nous fûmes 87 à Argelliers, pour aller porter nos plaintes
auprès de la commission d'enquête, et bientôt après

�LES JACQUES

m

c'étaient d'autres villages tout entiers qui se levaient pour
donner l'exemple aux communes voisines. Et, dès lors, la
boule de neige commençait à se former : après Ouveillan,
Coursan, après Capestang et Lézignan, c'était Narbonne,
c'était Béziers, et la boule de neige devenait avalanche. C'était
Perpignan, puis Carcassonne, puis Nîmes, et aujourd'hui
c'est enfin Montpellier. Montpellier, c'est-à-dire tout le Midi
assemblé pour faire entendre son dernier cri de détresse.
Huit cent mille hommes sont là. C'est l'armée du travail, la plus formidable qui se soit jamais vue. Elle est
pacifique, certes, mais résolue à tout. C'est une armée de
« gueux ». Elle n'a qu'un drapeau, celui de la misère ; elle
n'a qu'un but, la conquête du pain.
Plus que jamais, restons unis sans distinction de parti
et sans distinction de classe. Pas de jalousie ! Pas d'ambition ! Pas de haine ! Pas de politique 1 Tous au drapeau de
Défense viticole !
Le Midi si florissant, le Midi si fertile se meurt. Au
secours ! Camarades, unissons-nous tous, que le sang
gaulois circule dans nos veines et dans un même élan fraternel écrivons une belle page d'histoire méridionale.
Toutes les générations futures viendront s'y retremper
pour la défense de leur droit, de leur indépendance, de
leur liberté. Êtes-vous d'avis qu'il faut prendre des mesures
énergiques ? Êtes-vous résolus à ne plus payer les impôts ?
Qu'on ne vienne donc plus dans nos communes chercher
ce que vous n'avez pas.
Il me reste à faire devant vous un second geste : Vous
avez décidé à la réunion de Béziers, par un ultimatum qui,
aujourd'hui, vient à échéance, que toutes les municipalités des départements fédérés devront démissionner dans
trois jours, si nous n'avcns pas satisfaction. L'heure est
venue. Le citoyen Ferroul vous donne l'exemple. La
5

�50

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

démission de toutes les municipalités est proclamée. Vive
à jamais le Midi! Vive le vin naturel!

» Une interminable ovation est faite à Marcelin
Albert.
» Ferroul, qui lui succède à la tribune, termine son
discours par cette violente péroraison :
Citoyens, aux actes maintenant; demain à huit heures
du soir, je fermerai l'Hôtel de Ville, après y avoir fait arborer le drapeau noir, et au son du tocsin de la misère, je
jetterai mon écharpe à la face du Gouvernement.

» M. Faucilhon, adjoint au maire de Carcassonne,
parle et agit tout à la fois :
Comme montpelliérain chassé de sa ville natale par le
phylloxéra, comme un des doyens des magistrats municipaux de l'Aude, j'ai des devoirs, et ces devoirs me dictent
un geste. Je jette mon écharpe d'adjoint au peuple souverain.

» Et ce disant, M. Faucilhon lance d'un net coup
de bras l'écharpe tricolore sur l'immense assemblée.
» Devant la grandeur du spectacle, en présence des
responsabilités qui s'accumulent et se précisent, des
vignerons au visage chargé de soleil et de soucis pleurent abondamment.
» Encore une heure, et ce sera fini pour Marcelin
Albert d'entendre l'acclamation qui consacre et de
jouir de l'explosion d'admiration que suscite le pou-

�LES JACQUES

51

voir mystérieux de l'homme sorti des rangs les plus
obscurs. Saluons l'Albert des « foules triomphales»,
car avec lui et par lui la viticulture vient d'écrire
« une belle page d'histoire méridionale ». Remercionsle de l'avoir dédiée aux « générations futures, qui
viendront s'y retremper pour la défense de leur indépendance et de leur liberté ».
» Quand débouche de l'esplanade le cortège accompagnant Marcelin Albert qui, le meeting fini, regagne
l'hôtel du Midi, une émotion intense s'empare des
milliers de manifestants qui tendent les bras vers leur
libérateur. Des gerbes de fleurs, élevées par des bras
robustes, émergent au-dessus de la cohue. Albert est
porté sur les épaules de ses admirateurs. Il parvient à
l'hôtel du Midi et paraît sur le balcon. Chacune de
ses paroles est hachée d'applaudissements frénétiques
qui se répercutent dans l'immense foule massée devant
le grand théâtre. Les clairons sonnent et les tambours
battent aux champs, les bras se tendent vers le roi des
gueux qui, après une délirante ovation dernière, se
retire dans l'hôtel.
» La foule aussi se retire. Les groupes se reforment
par villages et regagnent les différentes gares, où
l'exode se poursuit normalement, grâce aux minutieuses précautions prises par les compagnies pour le
rapatriement de cette multitude de manifestants.
»En somme, la manifestation de Montpellier a été

�52

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERV

plus admirable encore que les précédentes, et le calme
voulu de près d'un million d'hommes prouve surabondamment la volonté d'un peuple qui n'a en vue
que la poursuite de son relèvement économique, et
non une vaine agitation politique. »
#

#

Ici, je reprends la plume.
Le matin même de cette mémorable journée du 10
juin, le comité d'Argelliers donnait ses instructions:
« Les fédérés n'ont plus à payer l'impôt direct et
dans chaque commune, sans exception, leur municipalité: maire, adjoint et conseillers, dans un délai de
trois jours francs, qui expire le 12 juin, à minuit,
doiventadresserpar lettre recommandée au préfet une
démission collective... Mais il demeure bien entendu
que la vie municipale ne sera arrêtée qu'en ce qui
concerne les relations des communes avec le pouvoir
central... Pas de désordres, pas de violences, l'heure
n'est pas venue et nous voulons encore espérer qu'elle
ne viendra pas. »
A lire attentivement ces lignes, on comprendra que
j'escomptais l'arrivée du président du Conseil. Ne
s'était-il pas rendu chez les grévistes de Lens ? Pourquoi ne viendrait-il pas au milieu de nous ? J'avais
même fait part à quelques amis de mon idée. Mais

�LES JACQUES

53

Clemenceau ne vint pas et ma déception fut grande.
On l'eût à ce moment encore porté en triomphe. Les
municipalités ne seraient pas sorties de la légalité, la
vie communale n'aurait pas été interrompue, les
liens sociaux les plus essentiels ne se seraient nullement relâchés et nous n'aurions vraisemblablement
pas à déplorer les troubles de Narbonne, de Perpignan r
de Montpellier, de Lodève, ni la mutinerie du 17e de
ligne à Béziers.
Mais au lieu de cette visite attendue, désirée, le
président du Conseil écrit aux maires une longue lettre
où il les supplie de reprendre leur écharpe sous peine
de voir intervenir la loi.
Ainsi, au moment où nous avions besoin d'être
calmés, on nous menace des rigueurs de la loi.
Tant de désinvolture était exaspérante. Les maires
suivirent l'exemple de leurs collègues de Narbonne,
de Carcassonne et les démissions encombrèrent
les bureaux des préfets des quatre départements
fédérés.
Comment ! Grâce à nos exhortations au calme de
chaque jour, nous avons évité l'explosion de colère
d'un peuple de mécontents et, au lieu de nous tendre
une main fraternelle, Paris nous signifie d'avoir à
rentrer dans la légalité. C'est alors qu'affolé, je télégraphie à Clemenceau :
« Nous n'avons plus d'ordre à recevoir de vous.
5.

�MONTPELLIER.

(Ci. Reynauld)

�36

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

J'engage les municipalités à se conformer à cette
décision. »
Si l'on tient compte de l'état de surexcitation de
mon esprit, des responsabilités que je sentais grandir
autour de moi, du fleuve humain que je ne maintenais dans ses rives qu'au prix d'une volonté que
n'amoindrit jamais le vertige des cimes, on s'expliquera mieux la nervosité de mon geste...

�CHAPITRE IV

MON ARRESTATION.

Nous sommes au 15 juin. Dans la nuit du lo au 16,
vers une heure, on frappe à ma porte. J'ouvre et je
me trouve en présence de MM. Tailhaux, Cathala,
Senty et Richard, qui viennent m'annoncer mon
arrestation probable pour le lendemain. Ils s'empressent de constater que cette nouvelle ne me cause
aucune émotion.
Il s'agit de prendre une décision, car mes heures
doivent être comptées.
L'un d'eux me propose d'aller à Paris. Mais
cette proposition est abandonnée et l'on s'arrête à
celle de me mettre en sûreté. En conséquence, je me
réfugie dans une propriété des environs où je passe
la journée du dimanche 16 juin.
Comprenant que ce n'est qu'une fausse alerte, je
rentre le lundi 17 à Argelliers.
Le 18, le bruit se confirme, et les journaux annoncent, que des mandats d'amener sont décernés par le

�58

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

conseiller à la Cour de Montpellier, Salvan, contre
les membres du comité d'initiative, Ferroul et moi.
Nous sommes poursuivis en vertu de l'article 23 de
la loi du 29 juin 1881 et des articles 5Í), 124 et 126 du
Code pénal pour avoir, par nos excitations, provoqué
à la révolte.
A cette nouvelle, l'effervescence grandit à Argelliers.
Qu'on m'arrêtât, en raison de la responsabilité que
j'assumais, cela ne pouvait me surprendre, surtout
après ma dépêche au ministre de l'Intérieur. Mais je
trouvais excessif qu'on s'en prît à mes collaborateurs
du comité.
Je tiens d'ailleurs à m'expliquer sur la nature de
ma responsabilité. Je suis le promoteur d'un mouvement viticole qui a pacifiquement révolutionné le
Midi. Ai-je jamais usé de ma popularité pour prêcher
la révolte ? N'ai-je pas toujours recommandé le
calme? Et l'on voudrait faire de moi un agitateur. Ne
peut-on être homme d'action sans être émeutier? Je
suis un pacifique, mais un pacifique agissant, partisan
des procédés de persuasion.
Pour éveiller les consciences assoupies, il m'a
bien fallu emploj'er les mots qui frappent l'imagination et le cœur de mes compagnons de misère. Accablés
sous leur sort douloureux, ils auraient attendu la
ruine finale sans opposer la moindre résistance. A un
certain degré de détresse, le pauvre dans sa stupeur
ne gémit plus du mal et ne remercie plus du bien.

�MON ARRESTATION

59

Et quand on vient me dire qu'au 10 juin les
pouvoirs publics avaient épuisé tous les moyens de
conciliation et que la nécessité s'imposait impérieusement de faire respecter les lois françaises, je proteste.
Il était encore temps d'intervenir malgré que nous
fussions à bout de force.
En ce qui me concerne, je regrette l'ultimatum de
Ferroul à Béziers. La date du 10 juin était trop rapprochée. Par discipline et pour ne pas jeter une note
dissonnante dans l'harmonie du mouvement, je l'ai
acceptée, surtout parce que je croyais à la venue de
Clemenceau à Argelliers avant cette échéance.
Le président du Conseil a été mal renseigné sur les
événements du Midi. Ce n'est pas avec des rapports
de police qu'il aurait dû éclairer sa religion. 11 a trop
agi à notre égard en « premier flic de France » comme
il s'est appelé lui-même. Un homme de sa valeur se
devait de venir étudier la crise sur place, et son cœur
de patriote eût frémi en présence des misères stoïquement supportées par les gueux du Midi. Mais il s'est
contenté d'écouter ses préfets et la Sûreté générale.
Aussi nous a-t-il traités d'exaltés
et en exaltés.
Nos frères de misère, les Champenois, ont-ils eu notre
patience? A quels excès ne se sont-ils pas livrés?
Recherchez si dans nos formidables meetings le
moindre préjudice a été porté aux personnes ou à
la propriété parles viticulteurs manifestants. N'avions-

�60

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

nous pas droit dans ces conditions à l'entière commisération du ministère?
Or, quand nous demandions du pain, on nous donnait des balles. Et pour justifier cette odieuse répression, les préfets ne parlaient de rien moins que de
conspiration contre la République. Je n'ai eu sur les
lèvres que ces mots : « Pas de politique surtout »
et, grâce au serment des fédérés, ii n'en a pas été fait
tant que j'ai dirigé le mouvement.
J'aurais tout abdiqué si j'avais su favoriser le jeu
de la réaction. Je m'honore d'être d'une des plus vieilles
familles républicaines d'Argelliers et mes concitoyens
se souviennent de mon intervention au scrutin du
14 octobre 1877...
A quoi bon d'ailleurs me défendre de telles accusations?
Ainsi donc entre le parti de la douceur et celui
de la répression, c'est ce dernier qui a prévalu.
Informée dès le 19 juin que 370 gendarmes, des
policiers et le 13e chasseurs de Béziers devaient opérer
une concentration à trois heures et demie du matin
afin de procéder à nos prises de corps légales à quatre
heures, la population sonne le tocsin, et de village en
village le bruit des cloches se répercute. Aussitôt de
tous lespointsdela plaine affluent plusdeo.000 vignerons, décidés à s'opposer par la force à mon arrestation.
Les prévisions étaient en tous points exactes. Vers

�MON ARRESTATION

fi!

minuit, M. Palazy, venu de Béziers en automobile,
m'informe que les troupes ne tarderont pas à cerner
la commune. A ce moment la place est noire de
monde. M'adressant à la foule :
« Mes amis, dis-je, un malheur est à redouter.
Faites tout pour éviter un conflit. Je ne peux pas me
laisser arrêter, je ne veux pas qu'il y ait du sang de
versé à cause de moi. Je quitte ma maison mais non
Argelliers. »
Tandis que je me dispose à partir, le secrétaire du
comité vient me chercher et m'emmène devant chez
Cathalaque je trouve en compagnie de Richard.
— Où allez-vous ? leur dis-je.
— Viens.
Je les suis à travers champs. Ils marchent à une
allure extravagante.
— Me direz-vous où vous allez?
— Toi, va-t-en à Montouliès, me dit Richard.
— Non pas, je rentre à Argelliers.
Et je me réfugie au clocher.
Paul Ollié, en mon nom, prêche le calme au village,
jusqu'aux premières lueurs de l'aube.
A ce moment, cinq commissaires, quinze inspecteurs de la Sûreté générale précèdent les gendarmes et
les chasseurs. Ils se rendent de suite chez moi, siège
du comité directeur, pour instrumenter. Le drapeau
cravaté de crêpe flotte au-dessus de la porte. On
frappe plusieurs fois, pas de réponse. Un cavalier
6

�62

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

désigné pour ouvrir à coups de hache ne peut achever sa sinistre besogne et se trouve mal. C'est un
vigneron de l'Hérault... La foule est morne, silencieuse. Elle me sait à l'abri des recherches.
Aux premiers coups violents frappés contre la porte,
ma pauvre femme paraît, pâle d'émotion : « Ne démoissez pas, c'est ouvert », dit-elle. Aussitôt la maison
est envahie par la police qui ne respecte rien, bouleverse tout, empile lettres, journaux, télégrammes
dans des sacs. On sent qu'elle craint d'être malmenée
par mes vigoureux gars d'Argelliers et des environs.
D'ailleurs, que croyait-elle trouver de compromettant dans mes papiers ? Tout se passait au grand
jour chez Marcelin Albert. Je n'avais de secret
pour personne. Je n'étais le détenteur du secret de
personne.
Est-ce à dire que si j'avais eu l'âme vile et cupide,
je n'aurais pu à un moment donné battre monnaie
avec le « mouvement » qui était mon œuvre ? J'a
repoussé du pied ces offres, comme je couvre de mon
dédain mes accusateurs de la dernière heure.
Le Dr Senty et Cabannes ayant appris ma présence
à l'église viennent m'y trouver et m'engagent à me
livrer. Je refuse, sachant que les colères exploseraient,
que le sang coulerait à flots avant que « force reste à
la loi », selon l'expression de Clemenceau.
N'avais-je pas dit publiquement quelques heures

�MON ARRESTATION

63

plus tôt que je me soustrairais aux recherches en
prévision de cette troublante éventualité ?
Oui, à cette date du 19 juin, un conflit était inévitable entre les paysans et les forces policières, que
l'armée avait pour consigne de protéger, si je m'étais
laissé arrêter à Argelliers.
De mon belvédère improvisé, j'assiste à tous les
incidents de cette inoubliable nuit. A cinq heures,
les manifestants sont plus de dix mille. Je les
dénombre sur toutes les routes qui aboutissent au
village. Et cela m'encourage à réaliser le projet, qui
m'avait été soumis trois jours avant, d'aller à Paris.
Ici, les exaspérations s'apaiseraient et- l'éclat de cette
équipée forcerait le Gouvernement à réfléchir aux
conséquences de ses procédés d'intimidation.
Le soir même, après avoir tait prévenir ma femme
de mon intention, ainsi que deux amis et le curé
d'Argelliers qui approuvèrent ma détermination, je
sors de l'église vers neuf heures et demie. On me procure une casquette de chauffeur, un cache-poussière,
des lunettes bleues et, sous ce travestissement, je
saute dans l'auto de M. Du Lac.
Il m'a été reproché plus tard par mes compagnons
de voyage Marcouire, Petraz, Fort, membres du comité numéro 2, que je ne les avais pas mis au courant
de mon projet. Comment expliquer alors que Fort
ail annoncé, dans le Petit Méridional du 21, que
« Marcelin Albert allait à Paris se faire arrêter à la

�64

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Chambre des députés », si le 20, jour de mon départ,
je ne l'avais informé de ma décision?
Arrivé à Castelnaudary, je prends l'express de Bordeaux et, à six heures, je roule sur la ligne de l'Etat
vers la capitale, où j'arrive avec deux heures de
retard dû au déraillement du train aux Aubrays.
Je me rends aussitôt chez un client doublé d'un
ami, à qui j'expose le but de mon voyage.
Nous convenons que le lendemain il irait chez
M. Aldy, député de Narbonne, pour l'informer de ma
présence à Paris et le prier de m'accompagner au
Palais-Bourbon où je voulais clamer les doléances du
Midi. Aldy répond qu'il viendra me voir ou qu'il me
fera tenir une lettre avant une heure. La journée se
passe sans visite, sans lettre. Ma surexcitation
augmente encore le soir et je ne peux dormir de la
nuit. Enfin, le samedi 22, mon hôte reçoit ce télégramme laconique :
Il est préférable que vous veniez avec moi à Montpellier.

Je compris qu'Aldy avait été dissuadé par Ferroul,
à qui il avait dû télégraphier mon projet, par Ferroui
qui ambitionnait depuis longtemps mon poste d'honneur.
Ma situation à Paris devenait intolérable. J'étais
sous le coup d'un mandat d'arrêt et mes compagnons
s'étaient constitués prisonniers. Cet état de choses ne
pouvait se prolonger. Mon plan était cependant bien

�MON

05

ARRESTATION

arrêté et d'une exécution facile. Je ne pouvais toutefois entrer seul à la Chambre. Le devoir de mon
député était de m'y conduire, puisque j'allais plaider
la cause, non pas des seuls électeurs de sa circonscription, mais du Midi tout entier. L'affront qu'il a
cru m'infiiger en m'engageant à me rendre à Montpellier a été infligé au million de manifestants du
9 juin.
C'est leur défense que j'allais prendre. Le fait seul
de ma présence au Palais-Bourbon aurait signifié
qu'ils ne désarmaient pas malgré les arrestations.
Quand aux conséquences de mon acte, pouvait-il
y avoir un doute dans mon esprit ? Ne savais-je pas
que je ne retraverserais le pont de la Concorde que
dans un sapin de la Préfecture de police ? Mais j'estimais ce suprême effort nécessaire pour faire entendre
de près au Parlement les protestations véhémentes du
vignoble aux abois. La défection d'Aldy m'obligea à
une autre tactique. Je décidai d'aller me faire arrêter
chez Clemenceau. J'écrivis aussitôt cette lettre dont
communication fut donnée à la Presse.
Monsieur le ministre de l'Intérieur,
Je viens solliciter de vous le retrait des troupes dans le
Midi, la mise en liberté des détenus d'Argelliers et de Ferroul, la répression des fraudes et vous prier de tendre une
main amie à la viticulture, pour le plus grand bien de la
République.
Veuillez agréer, etc., etc.
Marcelin ALBERT.
6.

�CELIN

ALBERT

HARANGUANT

SES

COMPATRIOTES.

(Cl. d'après V Illustration)

�68

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Le lendemain, je me rends place Beauvau et remets
ma requête à un huissier avec prière de la transmettre
d'urgence à qui de droit. Cinq minutes se passent et
l'huissier revenant m'invite à le suivre jusqu'à la
chambre du Conseil, où m'attend le ministre. Il est
dix heures vingt. On m'introduit. Aussitôt une
dizaine de policiers font irruption dans la salle.
Clemenceau qui est assis à son bureau,se lève brusquement et se tournant vers eux :
« Sacrebleu, foutez-moi le camp, je ne veux personne ici. »
— Je viens, dis-je alors, chercher la réponse à ma
lettre et me constituer prisonnier.
— Si je vous ai fait appeler, ce n'est pas pour vous
arrêter. On n'arrête pas chez moi. Asseyez-vous et
causons.
— Volontiers.
— Savez-vous que vous faites du propre dans le
Midi ? Vous avez tout bouleversé et votre responsabilité est énorme.
— Je le reconnais, mais vous avez aussi la vôtre.
Vous allez bien voir ce qui se passe dans les grèves,
que n etes-vous venu voir ce qui se passe chez nous ?
— Mais, sacrebleu, vous ne demandez rien. Vous
dites simplement : faites-nous vendre nos vins.
— Si vous me l'aviez demandé, je vous aurais
répondu.
— Vous ne voyez donc pas que tous les ambitieux

�MON ARRESTATION

69

conspirent contre le pouvoir et que le duc d'Orléans
est à nos portes ?
— Puis-je empêcher les gens d'avoir de mauvais
desseins ? Je jure que mon seul et unique but, à moi,
c'est la défense de la viticulture.
— Est-ce que le Midi souffre autant qu'on veut bien
le dire?
J'expose alors notre profonde détresse et à cette
évocation de tant de tourments, de tant de ruines
accumulées, je ne puis retenir mes larmes.
De voir un homme de mon âge, sur le seuil de la
vieillesse, pleurer, le Président est ému lui-même, car
spontanément il me dit:
— Avant de vous entendre, je doutais de vous,
mais à partir de ce moment, je suis sûr que vous
êtes un honnête homme.
— Vous n'auriez jamais dû en douter.
— Etes-vous républicain ?
— Profondément, et patriote aussi. En 70, quoique
fils de veuve, je me suis engagé pour la durée de la
guerre.
— Eh bien, écoutez-moi. Je vous promets que le
Gouvernement fera tout pour obtenir l'apaisement et
que de mon côté je réprimerai les fraudes. Je ne vous
force pas. Voulez-vous, sans tarder, essayer de réunir
les maires et leur proposer de rentrer dans la légalité ?
Je réfléchis un instant et, comprenant que les

�70

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

maires auraient ainsi leur part de responsabilité, je
réponds:
— J'accepte, mais je ne vous promets rien Et si je
ne réussis pas ?
— Vous aurez fait votre devoir et vous irez vous
constituer prisonnier à Montpellier.
S'asseyant à son bureau, il rédige un sauf-conduit
qu'il déchire, puis un second qu'il me tend dont voici
une copie conforme, avec l'erreur involontaire de date :
Paris, 23 Mai 1907. (Au lieu de

23

juin.)

J'invite les autorités civiles et militaires à laisser circuler
jusqu'à nouvel ordre dans toute l'étendue du territoire,
M. Marcelin Albert, porteur du présent écrit, qui retourne
dans le département-de l'Aude pour se mettre à la disposition de la loi.
G. CLEMENCEAU.

Devant rentrer sur l'heure au pays, alors que je
croyais à mon arrestation, je m'aperçois qu'il ne me
reste pas de quoi payer mon retour. Le ministre met
alors cent francs à ma disposition, que je lui ai renvoyés dès mon arrivée à Argelliers.
(Je ferai allusion plus loin à cet incident si jésuitiquement, si misérablement exploité par mes adversaires.)
Le président du Conseil ayant fait avancer une voiture rue Cambacérès, je prends congé de lui et il me
serre la main.
J'arrive malheureusement en retard à la gare.
Force m'est d'attendre un train de nuit. Je m'installe

�jKmtatire

�12

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

sur la terrasse du café Soufflet dont le propriétaire,
M. Blondel, est un de mes amis et rédige deux dépêches, l'une à ma femme pour lui annoncer mon
retour, et l'autre au ministre pour lui annoncer mon
contre-temps. Le chasseur de l'établissement va
les porter à la poste voisine, mais ayant lu mon
nom, il me signale à quelques clients, et me voilà
un instant après livré à la curiosité des reporters
parisiens.
Que ne suis-je à ma vigne d'Argelliers ! J'accepte,
après déjeuner, une promenade au Bois que m'offrent
deux journalistes et, le soir, après avoir dîné rue des
Carmes, chez un de mes cousins, je me rends à la gare
d'Austerliz, où le bruit répandu de ma présence à
Paris et de mon départ le jour même, a attiré sept ou
huit cents personnes.
Non sans peine, me voilà dans le train. J'arrive à
Narbonne le 24, à quatre heures, d'où je repars en
auto pour Argelliers où toute la population prévenue
et beaucoup d'étrangers me réservent un chaleureux
accueil. Comme je suis fatigué du voyage, je convoque
mes compatriotes pour le lendemain, à trois heures.
Le soir, toutefois, je fournis les explications nécessaires
au comité numéro 2. Puis, fidèle à ma promesse, je
télégraphie aux maires des départements fédérés de
vouloir bien se rendre le 25 à Argelliers.
L'heure de la réunion arrive. Plus de 4.C00 personnes y assistent. Du haut de ma terrasse, ma tri-

�73

MON ARRESTATION

bune au village, j'énumàre toutes les phases de mon
voyage à Paris.
Au cours de cette causerie, et de mon plein gré, je
relate l'histoire des cent francs. J'aurais pu passer ce
détail sous silence, qui n'était connu que de Clemenceau et de moi, si je m'étais senti le moins du monde
en faute avec ma conscience. Mais tout enN mon être
criait tant la sincérité et la bor\ne foi, que les auditeurs soulignèrent mon récit d'unanimes approbations.
Un instant après a lieu la réunion privée des
maires. Je leur fais part de la proposition du Gouvernement. S'ils rentrent dans la légalité, on retirera les
troupes, on élargira les prisonniers, on réprimera la
fraude.
A la majorité, les maires décident le maintien du
slalu quo. Ma tâche est remplie. Je télégraphie au
président du Conseil le résultat de mes démarches et
le lendemain, 26 juin, à trois heures, je vais me
constituer prisonnier au Palais de Justice de Montpellier.
Le 27, je recevais à la prison cette réponse du
ministre, à mon télégramme de la veille.
Paris, 26 juin, 5 h. s.

Clemenceau à Marcelin Albert,

ii prends acte de l'absolue loyauté avec laquelle vous

�74

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

avez exécuté vos promesses librement consenties. De mon
côté, je ferai mon possible pour obtenir apaisement.
CLEMENCEAU.

Ainsi, ee n'est ni par intimidation, comme on l'a
prétendu, ni par ordre, ce qui eût impliqué l'idée
d'un marché, que j'ai accepté d'intervenir en vue de
l'apaisement. Mes promesses étaient librement consenties. Et mes adversaires d'aujourd'hui qui se
disaient mes amis d'hier, qui se glorifiaient d'être
mes lieutenants, savent bien que Marcelin Albert
n'est pas un homme à vendre.
Ah ! ils ont trouvé le point vulnérable de la cuirasse
d'insensibilité dont je m'étais revêtu contre les
injures. Malgré les vents contraires, j'ai fait face au
danger le plus grand : l'inertie, pour atteindre mon
but. Certain qu'il ne résisterait pas à l'action du
temps, j'ai consacré neuf ans de ma vie à le vaincre.
Et j'aurais tout sacrifié, corps et biens, pour... cent
francs. Oui, il s'est trouvé des êtres assez méprisables
pour exploiter cet incident banal.
Le saisissement occasionné chez moi par cette
insulte n'a été heureusement que passager.
Non, Marcelin Albert n'est pas un homme à
vendre.
Je vais plus loin.
Si les maires étant rentrés dans la légalité, le
ministre de l'intérieur n'avait pas tenu sa promesse,

�MON ARRESTATION

70

je fais ici le serment solennel que je n'aurais pas
survécu à cette honte.
Voudra-t-on aussi ignorer à quel sentiment j'ai obéi
en agissant comme je l'ai fait? Je ne saurais- trop le
répéter : la crainte de toute effusion de sang a dicté
ma conduite. Je croyais à une intervention plus rapide
du Gouvernement en notre faveur. Il ne me paraissait pas possible qu'on résistât si longtemps à une
pression d'opinion publique aussi formidable que
celle du Midi. Je prévoyais en outre que des éléments
de désordre allaient détruire la magnifique unité de
nos manifestations. Des conflits naîtraient fatalement entre l'armée et non plus le peuple des
gueux, mais la populace, et notre cause aurait à en
souffrir.
Les événements m'ont donné raison. Au surplus,
j'ai fait litière des griefs invoqués contre moi par la
plupart de mes collaborateurs de la première heure,
qui, à l'époque, ne croyaient pas à un aussi prodigieux succès de mes efforts. Ils voulaient par la suite
s'attribuer le mérite de ce mouvement de protestation
gigantesque. Avec quel plaisir je les aurais laissés se
substituer à moi, si j'avais trouvé en eux plus de
franchise, plus de gratitude. Mais, pour la Vérité,
pour l'Histoire, je déclare que ma volonté de faire
une révolution économique était telle, que je l'aurais
aussi bien provoquée avec l'aide de toute autre commune qu'avec « ceux d'Argelliers ».

�76

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Est-ce bien sûr que « ceux d'Argelliers » l'eussent
provoquée sans moi ?
Non. Il leur manquait la foi, l'enthousiasme. On
ne voulait pas se rendre compte de ce qu'il m'avait
fallu de ténacité, de persévérance, pour atteindre mon
but. Le but atteint, l'effort reste inaperçu. La vie est
ainsi faite. Acceptons-la et... passons.

�CHAPITRE

V

EN PRISON

. Le mercredi matin, j'arrive à Montpellier. Je
m'arrête à l'hôtel du Midi, où un maire de village
me demande de signer une lettre convoquant ses
collègues pour le dimanche suivant. Mon avocat,
Me Poursines, s'y oppose.
« Laissez donc les maires se débrouiller, maintenant, me dit-il, et se réunir comme bon leur
semble. »
Je me dirige alors vers la prison et en montant les
premières marches conduisant à ma cellule, je vois,
accoudés à une sorte de terrasse, Bourgès, Senty,
Ferroul et « ceux d'Argelliers ». Il me réservent un
assez bon accueil.
Mais le lendemain, ils n'ont à mon égard que
critiques et sarcasmes.
Je n'en suis nullement étonné, les articles de
Ferroul sur mon voyage à Paris m'avaient édifié
sur ses intentions.
7-

�78

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Aucun affront ne me fut épargné. Ils s'acharnèrent
sur moi avec tant de méchanceté, que je me séparai
d'eux le 12 juillet.
La Presse s'émut de nos dissentiments au point

PRISON

DE

MONTPELLIER.

qu'on me proposa de reprendre la vie en. commun.
Miis ils continuèrent, avec plus de formes, à me persécuter et à m'outrager. La dernière vilenie qu'ils
commirent est celle d'une fausse dépêche m'offrant
une candidature au conseil général de Chagny, alors

�EN

PRiSON

79'

que j'avais au même moment refusé celle, authentique, de Montagnac.
Je ne prête tout d'abord aucune attention à ce télégramme, mais devant l'insistance de Richard et Clc,
je suis pris de soupçon et, le 2 août, j'apprends du
gardien chef qu'on s'est moqué de moi. Furieux, je
rejoins mes mystificateurs que je traite de polissons,
de saltimbanques, de fumistes, au grand émoi des
surveillants de la prison.
Le jour de la libération arrive. Je me trouvais dans
un tel état d'esprit que je laissai partir mes codétenus
avant moi. Après leur départ de Montpellier, je sortis
avec M. Favier, le patron de l'hôtel du Midi. Or, il strouva qu'au cours de notre promenade aux environ
de la ville, à Celleneuve, nous entrâmes dans un café
tenu par un ami politique de M. Pezet, concurrent de
Ferroul, à qui des réactionnaires militants, dès sa
sortie de prison, avaient offert une candidature dans
le troisième canton de Montpellier.
Ayant été reconnu, un groupe sympathique si
forma autour de moi et nous causâmes des événements viticoles. Je fus amené à dire que je regrettais
qu'il y eût des élections au plus fort de la crise et que
je n'approuvais, dans tous les cas, aucun de ceux
d'entre nous qui acceptaient des candidatures, alors
qu'ils avaient engagé, deux mois avant, tous les élus à
démissionner.

�80

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Le lendemain dimanche, mes propos ayant été
répétés, des journalistes vinrent m'en demander la
confirmation, et l'après-midi M. Pezet, que je rencontrais pour la première lois, voulut bien me
féliciter pour la netteté et la franchise de mes
déclarations.
Le soir, j'étais à Argelliers.

�CHAPITRE VI

LE RETOUR A ARGELLIERS

Mes codétenus de Montpellier avaient mis à profit
les quarante-huit heures d'avance qu'ils avaient sur
moi. La population d'Argelliers était catéchisée. Ne
sachant pas exactement ce que m'avaient fait endurer
les Cathala et les Ferroul, elle ne s'expliquait pas le
retard de mon retour. Elle était donc toute préparée à
accepter comme véridiques les légendes qu'on allait
répandre sur mon compte. Aussi je ne fus nullement
surpris à mon arrivée le soir, en gare de Narbonne,
dêtre sifflé par quelques ferroulistes et dès mon
entrée à Argelliers, où l'on éteignit la lumière au siège
du comité numéro 2, signal convenu, de m'entendre
traiter de vendu et de me voir menacé d'être pendu à
un platane de la place, ou brûlé vif dans mon logis. Je
connus vite les instigateurs de ces lâchetés. Mes
anciens collaborateurs du comité me laissèrent
outrager de la sorte sans intervenir. C'était l'aveu de
leur complicité. D'ailleurs Ferroul vint à son tour

�82

MÉMOIRES DE MARCELIN

ALBERT

recueillir le fruit de sa duplicité et fit un discours
au cours duquel il se garda bien de prononcer
mon nom. Cette conspiration du silence couronnait
dignement une campagne de mensonges, de perfidies.
Après avoir péroré pendant une heure, mon "exlieutenant " fait le tour de la ville à la tête de ses
auditeurs qui, en passant devant chez moi, jettent
des pierres contre les volets et vocifèrent de frénétiques : " A bas le vendu ! ". Ferroul, lui, sourit dans
sa barbe de patriarche. Il peut être heureux en effet,
il récolte le fruit de ce qu'il a semé....
Peu à peu la dislocation du groupe de manifestants
s'effectue et la place se remplit de monde.
Comme on m'engage à ne pas me montrer pendant la réception de Ferroul, je bondis sur la place
où pendant deux heures pas une injure n'est proférée à mon adresse.
Mais le coup était donné et j'en demeurai longtemps
meurtri. Mon passé de probité,d'honneur me plaçait
au-dessus des attaques de gens qui ne luttaient pas à
visage découvert par crainte des responsabilités. J'ai
demandé des juges pour dissiper une fois pour toutes
les suspicions qu'on avait fait naître dans l'esprit
public.
Ah ! l'on s'est bien gardé d'aller au-devant d'une
démonstration qui aurait tourné à la confasion de
mes accusateurs.

�LE RETOUR A ARGELLIERS

83

Il ne me reste cependant aucune rancune du mal
qui m'a été fait.
Connaissant la droiture de ma conduite, la générosité de mes intentions, jugez s'il m'était douloureux
de me voir en butte à la malveillance de mes compatriotes, au relèvement desquels j'avais consacré le
meilleur de moi-même. On a tout dénaturé, on a feint
de ne pas comprendre la portée de mes actes, alors
que l'on savait pertinemment que, grâce au mouvement dont j'étais le promoteur,deux lois de protection
venaient d'être votées et qu'il n'était plus utile de
perpétuer des situations communales préjudiciables
aux intérêts des contribuables. Ils savaient cela, mes
adversaires, et aussi que pour avoir accepté un rôle
de pacificateur, je ne déserterais jamais la cause de la
viticulture.
N'importe. Ma probité gênait leur ambition. J'ai
protesté dans le Petit Méridional des 9, 12 et
20 août 1907.
Je ne pouvais croire à tant d'ingratitude de la part
de mes concitoyens que j'aimais à l'égal de frères. Et
c'est en « frères ennemis », eux, qu'ils me traitaient.
Le vide se faisait autour de moi. 11 était défendu de
m'adresser la parole sous peine de représailles. Des
placards injurieux couvraient les murs, les enfants
répétaient des chansons obscènes sous mes fenêtres.
Et j'endurai ce martyre durant plus d'une année. Je
dus travailler seul ma vigne, tout concours m'étant

�84

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

refusé. Ma pauvre femme était au désespoir. Et quand,
le soir, nous nous retrouvions tous deux dans les
grandes salles désertes, nous demeurions là des
heures sans parler, dans le farouche isolement de
cette maison silencieuse, naguère si pleine de vie,
si vibrante, si animée de tant d'illusions et de tant
d'espérances.
Certes, l'envie est mauvaise conseillère. Nombreux étaient les jaloux de ma popularité. Ils ne me
pardonnaient pas d'avoir disposé d'un pouvoir sans
borne... et de n'en avoir pas usé au mieux de leurs
secrets desseins. Ils rêvaient honneurs et fortune,
eux, tandis que l'humble vigneron d'Argelliers, après
les triomphales chevauchées à travers le Languedoc
et le Roussillon, reprenait sa place à son modeste
foyer de paysan. Ce retour au clocher natal me procurait plus d'émotion que la vue des cathédrales
annonçant l'arrivée de « l'Apôtre » de la viticulture.
Mais l'amère déception devait m'être réservée, de
me voir un jour renié par ceux dont je m'étais constitué le si ardent défenseur.
Le temps a passé sur ce vilain rêve. Toutefois le
souvenir des délections imméritées résiste à son
action.

�CHAPITRE

VII

LES RÉSULTATS

Pour l'instant, envisageons les conséquences du
mouvement de 1907. Nos meetings ont eu pour résultat de décider les pouvoirs publics à intervenir
en faveur de la viticulture.
S'inspirantdu rapport de la commission d'enquête,
le Gouvernement déposa un projet de loi tendant à
prévenir le mouillage et l'abus du sucrage. La
Chambre consacra 15 jours, du 6 au 21 juin, à sa discussion. Le25 juin, le projet fut déposé sur le bureau
du Sénat et le 29 juin la loi était votée.
Elle contient les dispositions suivantes :
1° Déclaration des récoltes du propriétaire des
vignes ou de l'acheteur des vendanges ;
2° Surtaxe de 40 francs sur les sucres employés au
sucrage des vins, conformément à la loi de 1903 ;
3° Déclaration préalable imposée à tous ceux qui
fabriquent des vins de sucre et limitation des quantités de sucre à employer ;
8

�86

MÉMOIRES DE MARCELIN

ALBERT

4° Déclaration des commerçants vendant des
sucres et des glucoses par quantités supérieures à
25 kilogs;
5° Droit reconnu aux syndicats de se porter partie
civile en matière de répression des fraudes.
A cette loi imparfaite on apporta un correctif, le
15 juillet 1907, sur le mouillage, la circulation des
vins et le régime des alcools.
Cette dernière loi s'attaque du moins à l'instrument si perfide de la fraude, qui s'appelle l'acquit
fictif, en exigeant l'attestation du livreur et le visa en
cours de route. Elle protège, en outre, contre la concurrence des industriels les eaux-de-vie naturelles, au
moyen de mesures destinées à les authentiquer :
suite rigoureuse des alcools de fruits, comptabilité
distincte, magasins séparés de la voie publique, etc..
Avant ces deux lois, une loi de finances du 30 janvier 1907 sur le régime des boissons multipliait ou
accentuait les dispositions qui doivent favoriser
l'écoulement du vin naturel, c'est-à-dire du produit
de la fermentation du jus de raisin frais.
Comme le dit M. Paul Hamelle dans une savante
étude sur la « crise viticole » :
« Ainsi se trouve complétée la ceinture de défense
élevée autour de la vigne. Dans cette ceinture, certes,
des points faibles ne manquent pas. Elic ne suffira
pas à supprimer la fraude, tout de même elle la

�LES RÉSULTATS

87

gênera. C'est un premier résultat de l'agitation viticole.
3» Ce n'est pas le seul, ni le moins important. Elle
crée un état d'esprit défavorable au fraudeur et qui
met l'acheteur en état de salutaire défiance ; elle a
même été l'occasion d'une réhabilitation médicale du
vin naturel, naguère confondu dans la même condamnation que ses fac-similés. »
Je suis obligé de reconnaître, et à ma très grande
satisfaction, que c'est aussi à l'agitation du Midi
qu'on doit la création de la Confédération Générale
des Vignerons.
On a repris mon vieux rêve d'une puissante organisation de syndicats viticoles, réunis en un seul
faisceau.
Malgré qu'on m'ait tenu systématiquement éloigné
des travaux de cette organisation, je me suis donné
sans partage à cette nouvelle forme du mouvement de
défense.
Et c'est bien encore ce qui démontre qu'à toutes les
injures, qu'à, tous les froissements d'amour-propre, je
n'ai jamais opposé que mon éternelle impassibilité
d'homme de devoir. Je me suis imposé la tâche de
servir les intérêts de la viticulture. Je supporte tout
pour elle. Une chose toutefois m'a particulièrement
navré, c'est qu'Argelliers se soit laissé enlever par Narbonne le siège du Comité de défense, qui devait
devenir celui de la C. G. V.

�88

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

C'est une abdication douloureuse, mais que mes
anciens collègues ont dû consentir d'un coeur léger...

Comme l'explique le journal Vendémiaire, la
C. G. V. a, à la base de son édifice, la section communale composée de la presque totalité des vignerons
de la localité, pourvue d'un bureau, avec président,
secrétaire, trésorier. Sa fonction est de faire la police
des vins à la production et chez les négociants expéditeurs.
Au-dessus des sections, les six syndicats professionnels de vignerons de Narbonne, Carcassonne,
Perpignan, Béziers, Montpellier, Nîmes, exercent
dans toute la France la police des vins à la consommation.
Au faîte enfin, la Confédération est dirigée par un
conseil d'administration de trente-six membres.
Ainsi la base de la C. G. V., c'est la section communale. Une réunion des viticulteurs d'Argelliers eut
lieu à l'effet de former cette section. J'y assistai
comme propriétaire récoltant et... promoteur du
mouvement. Quelle erreur était la mienne de croire à
l'utilité de ma présence dans cette assemblée. L'accueil qu'on m'y réserva fut si empressé que je me
retirai pour laisser à ces messieurs la latitude de nommer leur bureau.
Comme bien vous le pensez, il se composa de tous

�LES RÉSULTATS

89

les membres du comité numéro 1, sauf... Marcelin
Albert.
Les journaux réactionnaires de Toulouse et de
Montpellier annoncèrent l'événement à grands fracas ; Paris fit chorus et il ne fut un instant question
que de ma déchéance inattendue.
Cette publicité, intentionnellement malveillante,
eut le don de me faire sortir de mon habituelle réserve
et une fois de plus je demandai des juges aux membres des comités l et 2.
Messieurs, leur écrivis-je, je crois avoir depuis longtemps
justifié ma conduite. Mais puisque vous persistez à laisser suspecter mon honorabilité, j'ai l'honneur de vous
prier de vouloir réunir à Argelliers tous les présidents de
défense viticole des quatre départements fédérés, afin que
je puisse être jugô sur des faits précis et avec des preuves.
Là du moins je pourrai me défendre. J'accepte d'avance
le verdict qui pourrait être prononcé contre moi. Dans
l'espoir que vous m'accorderez cette satisfaction, agréez,
messieurs, l'assurance de mes sentiments fraternels.
Marcelin

ALBERT.

Etais-je assez naïf de croire à une réponse à ma lettre, malgré qu'elle fût recommandée. N'ayant aucune
accusation étayée par des preuves, à quoi bon constituer un jury d'honneur. Cette tactique de ne pas
répondre à mes demandes de justification servait
mieux l'intérêt et la rancune de mes accusateurs. Ils
8.

�90

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

laissaient subsister un doute sur la dignité de ma
conduite.
J'en appelle aujourd'hui à l'opinion publique.
Au surplus, elle s'est prononcée et sous bien des formes. De précieux encouragements m'ont soutenu
dans cette lutte.
Pour la clarté de ce qui va suivre, je ferai quelques
citations de lettres et de réponses dans l'ordre où
les unes furent reçues et les autres envoyées. On comprendra mieux la marche des événements comme
on a pu suivre jusqu'à maintenant celle des manifestations et de leurs conséquences.

�CHAPITRE VIII

PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

La proposition que je fis à mes calomniateurs de
convoquer un jury d'honneur me valut d'abord cette
lettre de Me Peyron, avocat près la Cour d'appel de
Nîmes :
Nîmes, le 26 août 1907.

Monsieur Marcelin Albert,
En ma qualité de secrétaire général du comité départemental de défense viticole pour le Gard, j'ai l'honneur de
vous donner communication de la délibération suivante :
Le comité, réuni en assemblée générale, à Nîmes, le
25 août rgo7 :
Considérant que Marcelin Albert a, dans une lettre
adressée aux comités 1 et 2, parue dans la Presse,
demandé à ce que sa conduite fût soumise à l'appréciation des présidents des comités de défense des départements de l'Aude, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales et
du Gard ;
Considérant que puisque Marcelin Albert a fait confiance à la justice du peuple et à un jury d'honneur composé de ses pairs, de viticulteurs comme lui, il doit être

�92

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

fait droit à cette demande qu'on ne peut considérer comme
nulle et non avenue ;
Mais considérant d'autre part, qu'il y a urgence à parer
immédiatement au plus pressé et à organiser non seulement dans le Midi mais dans la France entière la défense
du vin naturel ;
Que les vendanges sont là, et que pendant deux mois les
viticulteurs y seront occupés;
Par ces motifs, demande à Marcelin Albert d'attendre
les premiers jours de novembre prochain ; espère qu'à ce
moment les comités d'Argelliers prendront sa demande en
considération et décide que copie de cette décision sera communiquée à Marcelin Albert ainsi qu'à M. Marius Cathala,
président du nouveau comité d'Argelliers.
Je profite de la circonstance pour vous donner l'assurance de ma considération la plus distinguée.
E. PEYRON.

Pas plus que ma lettre recommandée, cette sorte de
mise en demeure d'avoir à me donner satisfaction ne
fit sortir le Comité n° 2 de son mutisme. Par contre,
le Télégramme de Toulouse et l'Éclair de Montpellier
continuaient leur campagne contre moi, parce que
j'avais déçu les espérances royalistes de leurs actionnaires.
Au même moment, je recevais de réconfortants témoignages de sympathie. D'Ornaisons, on m'écrivait
le 26 août :
A la suite des récents incidents qui ont motivé votre
rupture avec le comité d'Argelliers, vous avez besoin de

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

93

l'appui moral de vos amis. Nous venons donc vous dire :
courage, contre les exploiteurs de votre confiance 1
Après les injustices dont vous avez été victime, vous
n'aurez assurément rien perdu du dévouement, de la volonté, de l'immense travail que vous, avez apporté à la
défense du Midi.
Votre œuvre est grande, louable, honnête. Continuez en
faveur de la viticulture le noble combat que vous avez si
crânement mené jusqu'ici. Restez l'homme sincère que
vous avez toujours été.
Tant que vous continuerez dans cette voie, les hommes
de cœur,' lés viticulteurs honnêtes seront entièrement avec
vous.
Nous blâmons la conduite de ceux qui voudraient vous
ravir votre œuvre.
Puisse notre humble et très sincère hommage adoucir
l'ingratitude de pareils faux frères.
Un groupe de viticulteurs indépendants.

Cet hommage m'était d'autant plus précieux que
Ferroul, Cathala, de Forthou continuaient à me discréditer dans les campagnes de l'Hérault. Je répondis
à leurs diffamations, si habilement, si jésuitiquement
présentées qu'elles échappaient à l'action de la loi,
dans le Petit Méridional et la Dépêche de Toulouse.
Et mes ripostes m'attiraient de telles"marques de sympathie que je pouvais braver tous les outrages.
Le 30 décembre, les membres de la Confédération
Générale de Mèze m'écrivaient :
Les membres de la section communale de Mèzç, adhérents à la C. G. V., réunis en Assemblée générale, envoient

�MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

à Marcelin Albert l'hommage de leur reconnaissance et le
prient de croire à leur dévouement absolu.
Ils n'ont pas oublié la ténacité dont a fait preuve le petit
vigneron d'Argelliers pour amener, par étapes, tout le Midi
à la grandiose manifestation de Montpellier et reconnaissent
en lui le promoteurdu mouvement actuel qui pousse toutes
les énergies vers la Confédération Générale des Vignerons.
Pour le Bureau :
Le Président: J. MIQUEL.

Le même jour, je recevais de Marseillan (Hérault)
cette communication :
A Monsieur Marcelin Albert,
Le Conseil d'administration de la C. G. V., (section
communale de Marseillan) adresse à Marcelin Albert, à
l'occasion du nouvel an, l'assurance de sa parfaite amitié
et l'expression de sa reconnaissance pour la belle œuvre
qu'il a si bien menée à bout.

Chaque courrier m'apportait des quatre départements fédérés des félicitations qui m'étaient un doux
réconfort dans ces jours de tristesse, où « ceux d'Argeliers » renversaient les autels et brûlaient leur idole.
Aces manifestations d'estime je répondis le 5 janvier 1908, par une lettre que les journaux reproduisirent, où j'adressais mes remerciements pour toutes les
marques de gratitude reçues et où j'engageais les viticulteurs à s'unir sous le drapeau de la Confédération.
Mais où s'est résumé le mieux le sentiment général des vignerons à mon égard, c'est dans la réunion

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

95

tenue à Floure par les viticulteurs de la région.
Au cours de cette réunion^ le président, M. Bertal,
s'exprima ainsi :
Marcelin Albert a été le promoteur du mouvement qui a
provoqué le vote de lois profitables â nos intérêts. On a
cherché à détourner ce mouvement de son but, à supplanter Albert et à le perdre dans l'esprit public.
Ne pas être reconnaissant pour celui qui s'est dévoué
dans l'intérêt général, serait indigne d'hommes conscients
de leur devoir.
Il a été décidé d'adresser un appel aux viticulteurs à
l'effet d'ouvrir une souscription pour offrir à Marcelin
Albert une plaquette avec inscription, en témoignage de
reconnaissance.
Afin d'écarter toute idée politique, cet appel ne sera lancé
qu'après les élections municipales de mai.
Je fus informé de cette décision par cette lettre du
26 mars 1908, que m'adressait M. Bertal.
Monsieur Marcelin Albert,
Nous n'ignorons pas que vous ne recherchez aucune
popularité et que votre plus grand désjr serait de vous
consacrer en silence et ardemment à la cause de la viticulture. Mais ce que nous ne pouvons admettre, c'est que
d'autres recueillent les lauriers d'une œuvre qui n'est pas
la leur et dont le mérite vous revient en entier.
Aussi avons-nous décidé de lancer un appel aux vignerons pour vous offrir un souvenir durable en témoignage
de reconnaissance de la viticulture.
Notre projet a un double but. Il aura, pour les brouillons, les agitateurs et les politiciens qui ont exploité le

�96

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

mouvement d'une région réduite à la misère, la signification d'un blâme. Et il vous remettra à la place d'honneur
qui vous est due, place que vous ont conservée tous ceux
qui ont à cœur la sauvegarde des intérêts viticoles.
Votre tout dévoué.
Pierre BERTAL.
Je répondis aussitôt à mon aimable correspondant :
Cher Monsieur Bertal,
Je suis confus des sentiments que vous m'exprimez.
Non, je n'ai pas cherché à recueillir du mouvement que
j'ai créé, ni profit, ni popularité, ni gloire.
Ce que j'ai fait, je devais le faire pour le bien de tous,
sans arrière-pensée politique, sans escompter de récompense.
Quand on donne, on donne.
Mon idéal, vous le connaissez. Il se résume par ce cri :
« A bas la fraude! » J'ai réussi à le faire entendr-e du monde
entier, je suis satisfait.
Cordialement à vous.
M. A.
Cette proposition de souscription me valut une recrudescence d'attaques de la partde certains journaux
inspirés par les Ferroul de Narbonne et les sousFerroul d'Argelliers. N'empêche que le 29 mai,
M. Pierre Bertal lança l'appel dont il m'avaitentretenu,
appel qui lui valut de nombreuses réponses dont
nous détachons celle-ci :
Pomas,

2

juin.

Monsieur Bertal,
Ce m'est une joie de vous dire que j'ai lu avec le plus

�97

PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

vif intérêt votre appel aux viticulteurs qu'a publié la
Dépêche de Toulouse.
Dans un langage sincère vous rendez justice au mérite
de notre grand oublié : Marcelin Albert.
Vous avez cent fois raison, Monsieur, de prendre l'initiative d'une semblable réparation, de démêler la vérité de
l'erreur et d'attribuer le mérite à qui il est dû.
Tous les vrais viticulteurs applaudiront à votre geste et
vous donneront leur adhésion. Je vous envoie la mienne,
en toute indépendance, estimant que Marcelin Albert a
trop fait pour la viticulture pour que son action soit méconnue et oubliée.
Dans nos campagnes, si arriérées qu'elles soient, nous
n'avons pas perdu le souvenir des manifestations de l'an
dernier. Nous savons le rôle joué par le « Rédempteur »
et nous n'oublierons jamais qu'il a tout sacrifié pour la
défense de nos intérêts.
Veuillez agréer, Monsieur, avec l'assurance de mon plus
large concours, l'expression de mes dévoués sentiments.
Albert

FAU,

Maire de Pomas et Président
du groupe viticole.

De son côté, M. Bouisson écrivait au comité de
Floure, le 9 juin 1908.
Monsieur le Président,
C'est au meeting du 9 juin 1907 que le paysan d'Argelliers, qui avait conduit les 87 manifestants devant la commission d'enquête à Narbonne, en a réuni 800.000 à
Montpellier, venus de toutes les régions, du Jura aux
Charentes, de la Loire aux Pyrénées, ainsi que de l'Algérie.
Toutes avaient tenu à être représentées. Elles ont voulu.
9

�MÉMOIRES

DE MARCELIN ALBERT

prouver qu'elles comprenaient le bien-fondé de nos revendications.
Ce meeting sans précédent dans l'histoire, y a sa page
gravée en lettres d'or. 11 fut calme, digne, ferme.
Grâce à l'union des viticulteurs, nous avons obtenu
quelques satisfactions. N'oublions pas que le mouvement
de défense d'où est issue la Confédération Générale des
Vignerons est dù à Marcelin Albert.
Si nous sommes heureux de remercier ceux de ses
membres qui, n'envisageant que la question économique,
se dévouent à la cause commune, nous sommes à juste
titre surpris de voir que le nom de celui qui (étant seul
au début) a pris la défense des intérêts du Midi ne figure
pas dans ladite Confédération.
Il appartient aux vrais viticulteurs de prouver à Marcelin
Albert qui fut aussi désintéressé que modeste, que parmi
les gueux le sentiment de la reconnaissance est toujours
vivace.
Nous sommes heureux de féliciter le comité de Floure,
qui invite ouvriers et propriétaires à se joindre à lui pour
offrir un souvenir durable à celui qui, malgré toutes les
injustices dont il est victime, reste attaché profondément
à la défense de la viticulture.
En ce jour anniversaire du 9 juin 1907, que seule la
reconnaissance emplisse nos cœurs, et crions comme au
temps des meetings : « Sus à la fraude! Vive le vin naturel !
Vive Marcelin Albert! ■»
Tels sont, Monsieur le Président, les sentiments que me
prient de vous transmettre de nombreux viticulteurs de
l'Hérault.

Xavier BOOISSON,
Propriétaire, avenue Bouisson-Bertrand,
Montpellier.

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

99

Ainsi, un an s'était écoulé depuis les grandioses
manifestations du Midi. Que de changements aussi
s'étaient opérés! De cette noble lutte où j'avais
triomphé des obstacles les plus redoutables, je sortais
meurtri, malade, désabusé. Et c'est à ce moment où
des misérables s'acharnaient après mon honneur,
qu'on a eu le front de me reprocher mon absence de
Narbonne le jour où l'on commémora les morts des
19 et 20 juin.
Comment! Me demander d'assister aux côtés d'un
Ferroul et d'un Cathala qui m'avaient abreuvé d'outrages, à cette cérémonie du souvenir?
J'ai déjà dit que je n'avais pas de rancune, mais
entre la rancune et l'oubli, il y a la dignité. Or, ces
hommes m'avaient fait insulter, menacer de mort le
soir de mon retour à Argelliers, à ma sortie de prison.
Ces hommes avaient voué mon nom sans tache à
l'exécration d'une populace vile. Ces hommes avaient
fait de la meilleure des créatures, ma fidèle compagne,
une véritable martyre. Ces hommes avaient changé
ma demeure si accueillante et si hospitalière, en
léproserie d'où l'on s'éloigne avec horreur. Et ils
auraient voulu.... N'insistons pas...
J'ai accompli à ma façon ce pieux devoir du souvenir, et j'ai salué bas, bien bas, les victimes inconscientes des émeutes narbonnaises.
Certes, inconscientes. Mais il est des gens à
qui revient la responsabilité de ces meurtres. Ces

�100

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

gens, tout le monde aujourd'hui les désigne du
doigt.
Je ne ferai pas l'honneur à quelques comparses de
relever leurs... inexactitudes confraternellement recueillies par la Guerre Sociale, l'Action française,
le Télégramme de Toulouse ou tEclair de Montpellier. Les tendances politiques de ces organes sont
connues et ils ne me pardonneront jamais de n'avoir
pas mis mon influence du 9 juin au service de leurs
desseins, de n'avoir pas sacrifié la sainte cause de la
défense viticole à leurs ambitions malsaines. Je
n'aurais certainement pas été un vendu, un traître, si
j'avais fait dévier le mouvement en faveur des révolutionnaires ou des petit-fils d'émigrés.
Notre but était tout autre. Et je m'en suis suffisamment expliqué. Une fois encore je l'écrivais, deux
jours après le concours agricole de Lézignan, où
M. Ruau, ministre de l'Agriculture, voulut à son
tour reconnaître que « l'avenir me jugerait et que
justice me serait rendue ».
En effet, le 22 juillet 1908, je publiais ces lignes :
Je n'abandonne rien de l'œuvre créée. Mais je crains que
la politique ne porte préjudice à la Confédération des
vignerons. J'ai toujours tenu la dissolvante politique éloignée du mouvement viticole. Il m'a cependant fallu constater qu'il y avait une arrière-pensée chez beaucoup de
mes collègues.
J'ai défendu tant que j'ai pu les abords de notre œuvre

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

101

de tout mauvais voisinage, comme j'ai protesté hautement
contre les envois de troupes dans le Midi.
Je pleure silencieusement les morts, sans gestes inutiles.
Que les arlequins qui m'accusent de trahison lèvent
leur masque. Mais ils s'en garderont, car on verrait alors
de quel côté sont les traîtres.
Marcelin Albert a été... lâché par ceux qui voulaient se
servir du mouvement viticole pour un autre «t grand mouvement », comme le disait certaine lettre du 26 avril 1907
adressée à un membre du comité d'Argelliers...
En ce qui concerne mon abstention de toute participation officielle à l'anniversaire du 20 juin, il ne m'a pas
convenu de coudoyer ceux qui faisaient semblant d'honorer la mémoire des morts et qui n'ont pas craint, par
leurs manœuvres, d'inciter à l'assassinat des vivants...

Mes adversaires ne s'attendaient pas à une telle
résistance. Affolés, ils cherchèrent à empêcher la souscription du comité de Floure d'aboutir.
Cathala se rendit auprès de M. Bouisson, à Montpellier, et s'attira cette réponse quand il fit connaître
le but de sa visite :
— Permettez, Monsieur Cathala; que m'avez-vous
dit à votre sortie de prison sur le compte de Marcelin
Albert? Votre réponse est là, transcrite sur mon
carnet :
« Nous n'avons rien à lui reprocher. »
Et aujourd'hui, vous prétendez avoir un « plein
sac de reproches à lui faire ». Sortez-les, sinon je lui
conserverai ma confiance et mon estime.
9-

�102

MÉMOIRES DE MARCELIN ALDERT

Cathala ne répondit pas et rentra à Argelliers avec
sa courte honte.
Les encouragements continuaient à affluer, tant de
particuliers que de groupements. C'est ainsi qu't.-.
réponse à une de mes lettres, M. Fernand Brunetcn,
chevalierde la Légion d'honneur, membre du conseil
supérieur de l'Agriculture, m'écrivait de Nîmes, le
18 août 1908.
Monsieur Marcelin Albert,
Je vous remercie du témoignage de sympathie que
l'apôtre méconnu de- la viticulture méridionale donne â
la fédération: des syndicats agricoles du Gard.
Nos populations n'oublient pas l'élan que vous avez
donné à nos plaintes et à nos revendications.
Vous avez semé, d'autres ont recueilli. Vous pouvez
répéter avec le poète latin: Sic vos non vobis...
Votre bien dévoué,
F. BRUNETON.

Président de la Fédération du Gard.

Ces témoignages de haute estime m'étaient d'autant
plus précieux que la Confédération générale des vignerons, sous la présidence de Ferroul, me frappait toujours d'ostracisme.
La section communale de Badens (Aude), le 16 octobre 1908, émit ce vœu en assemblée générale :
Que celui qui a tout fait pour le Midi viticoÊe avec un
dévouement admirable, pris l'initiative des manifestations

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

103

sans lesquelles la viticulture était ruinée, aidé puissamment à la création de notre vaste association ;
Que Marcelin Albert, le véritable promoteur du mouvement viticole, ait au moins pour récompense une place
d'honneur dans la Confédération générale des vignerons.

Mes amis de Badens, comme ceux de beaucoup
d'autres sections communales, ont pu juger par mes
appels incessants en faveur de la C. G. V. que je
m'intéressais à l'œuvre pour l'œuvre et non pour
ceux qui la dirigeaient. Peu m'importait leur apparent dédain dissimulant un dépit profond de me voir
toujours debout et aussi ardent à la lutte. Trahi par
mes lieutenants, je n'en reste pas moins sur la ligne
de feu.
On a dit avec raison que je suis l'homme de l'idée
fixe.
Qui donc s'en plaindra. Pas même mes adversaires,
car grâce à moi les uns sont sortis de l'ombre, les
autres de la misère. Aussi ai-je le droit de lever la
tête quand je compare la franchise de mon caractère
à la versatilité du leur.
Pas un instant l'idée de représaille n'a effleuré ma
pensée. Le temps se charge de mettre toutes choses au
point. N'a-t-il pas commencé pour moi le 8 août
1909?
C'est à cette date en effet que me fut remise à
Argelliers par MM. Bertal, de Floure, Bouisson, de
Montpellier, et quelques amis, la plaquette offerte par

�104

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

souscription publique en souvenir de mes services à
la viticulture.
Après un déjeuner intime, qui sema quelque gaieté
dans mon humble logis, M. Bouisson, sur l'invitation
de M. Bertal, me fit remise d'une très jolie plaquette,
signée Bardies, comprenant dans l'angle de gauche
mon portrait encadré de vignes entrelacées avec, audessus, la date 11 mars 1907, et à droite, cette inscription : « A Marcelin Albert, les viticulteurs reconnaissants. »
M. Bouisson, en termes élevés, voulut bien reconnaître la portée de mes efforts et ajouta: « Voici un
objet d'art qui doit perpétuer le souvenir de la gratitude qu'ont pour vous les viticulteurs de l'Aude, du
Roussillon, de l'Hérault et du Gard.
« Je vous remercie, répondis-je, de tout mon
cœur. Le gage d'affection que je reçois de vos mains,
mes chers amis, m'engagea soutenir plus que jamais
la cause de la viticulture. Comptez que je lui serai
éternellement fidèle. »
Les derniers mois de l'année 1909 se passent sans
incident et je ne prévoyais déjà plus que j'aurais, le
5 janvier 1910, à engager une très courte et surtout
très courtoise polémique avec M. Coural, membre
du conseil d'administration de la C. G. V.
M. Coural disait dans la Tribune sociale qu'il
aurait ^oulu plus « de souvenir pour Marcelin Al-

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

1C5

bert ». Il me reprochait de m'éloigner un peu de la
Confédération générale des vignerons et d'avoir été
inconséquent dans une circonstance.
Je lui expliquai que j'avais été tenu à l'écart par
mes officiers, sous-officiers, soldats de la section
communale d'Argelliers et de la Confédération de
Narbonne, parce qu'ils me jugeaient probablement
indigne... de figurer à leur côté et lui demandai en
quoi j'avais été inconséquent.
Le 8 janvier, mon aimable correspondant me répondit:
Je n'ai jamais oublié l'immense service que vous avez
rendu à notre pauvre pays. Il gisait blessé, abattu; par
votre belle vaillance vous l'avez remis debout pour défendre son droit à la vie. Vous avez été le Pierre l'Ermite de
la Croisade méridionale. Je l'ai dit en réunion publique,
au moment où le dénigrement s'acharnait sur vous.
Pour moi j'aurais aimé de vous voir clore la campagne
des meetings par cette apparition à la Chambre dont vous
avez eu un instant l'idée.
Vous dresser tout à coup au milieu de ce Parlement
endormi, lui crier notre misère, le rappeler à son devoir
de solidarité envers une des plus belles provinces de la
France, envers ses frères malheureux qui ne manquèrent
jamais au devoir envers la patrie, c'eût été là le digne
couronnement de votre œuvre.
Une destinée hostile vous a empêché de faire ce beau
geste et vous êtes allé chez Clemenceau. C'est ce que j'ai
appelé une inconséquence, mais j'ai ajouté aussitôt : est-ce
une raison pour oublier les services de Marcelin Albert çt
s'éloigner de lui ?

�106

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Rassurez'-voas, l'édifice que vous av-ez rêvé ne s'écroulera pas . IL s'achève, il est vrai, sans vous, mais personne
ne pourra vous ravir la gloire d'en avoir été l'instigateur et
le metteur en œuvre.
Il n'a été accordé qu'à quelques rares élus d'incarner à
certains moments l'âme d'un peuple.
Tel a été votre lot.
L'œuvre- de reconstitution se poursuit par d'autres, vous
n'en resterez pas moins aux yeux de l'équitable avenir le
grand ouvrier du relèvement du Midi.
C'est la pensée qui doit vous consoler de. l'injustice
présente.
Méconnu, tenu en dehors de nos organisations, pas une
parole hostile n'est sortie de vos lèvres.
Ces syndicats-étaient le salut du pays, cela vous a suffi.
Vous. avez, fait abnégation de votre personne pour ne
songer qu'à la réussite de l'œuvre. C'est la marque d'un
grand caractère et ce ne sera pas un de vos moindres
titres, devant ceux qui écriront plus tard l'histoire- du
mouvement méridional.
Recevez, je vous prie, l'hommage de la reconnaissance
et de la sympathie d'un Méridional qui n'oublie pas.
Henri

COURAL.

La belle et bonne lettre de:M. Coural me fit un grand
bien. Mais je lui devais des explications au sujet de
mon voyage à Paris. Je ne voulais laisser subsister
aucun doute dans son esprit. Comme je l'ai déjà dit
dans mes « Mémoires », mon intention formelle au
départ d'ArgeUiers, le soir des arrestations, était de me
rendre à la Chambre. Je comptais sur le concours
d'Aldy, députéde Narbonne,qui me fît complètement

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

107

défaut. Après m'avoir fait attendre sa réponse vingtquatre heures, alors qu'il devait venir me voir ou
m'écrire une heure après mon arrivée, Aldy m'engageait par dépêche à me rendre à Montpellier.
Quelle signification alors aurait en mon voyage à
Paris. On n'aurait pas manqué de dire que je voulais
me soustraire aux rigueurs de la loi, éviter la prison,
que j'étais lâche.
N'est-ce pas assez qu'on m'ait traité de vendu ! !
N'ayant pu, par la faute d'Aldy, me faire arrêter à la
Chambre, je me rendis chez le président du Conseil
des ministres.
Et vorlà comment le chef des Gueux du Midi se
trouva en tête-à-tête avec le chef du Gouvernement.
J'ai agi en pleine connaissance de cause, ayant pour
habitude de faire ce que je dis et de dire ce que je fais.
La netteté, la précision de ces déclarations furent
approuvées par beaucoup de Méridionaux qui attendaient cette mise au point.
M. Leehard-Pomier m'écrivit à ce sujet :
Montpellier, 17 janvier igio.
Mon cher Marcelin Albert,
Je lis avec grand plaisir le témoignage qui vous est
rendu en excellents termes par M. Coural.
Je n'ai pas besoin de vous dire que j'ai toujours éprouvé
et que je conserve le même sentiment à votre égard.
Je vois aussi avec intérêt l'explication de ce qui s'est

�108

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

passé à Paris au sujet de la visite à Clemenceau, qui a été
très mal interprétée.
Il est regrettable que tout cela n'ait pas été su d'une
façon plus générale. Cela eût peut-être évité les malentendus que je regrette plus qu'aucun.
En tout cas, je suis de ceux qui n'oublient pas et ne
renient pas un passé qui a fait honneur à notre région,
quelque défiguré qu'il ait malheureusement été partout au
dehors.
Votre tout dévoué,
LEENHARD-POMIER.

Quelques jours après, des viticulteurs de Badens
(Aude) m'adressèrent ces lignes qui ont aussi leur
place dans ces Mémoires, puisqu'elles collaborent
à l'œuvre de réparation entreprise par mon ami
A. Castéran.
A Marcelin Albert,
A l'occasion des explications loyales, sincères que vous
venez d'échanger avec M. Courtal, un groupe important
de viticulteurs, membres de la C. G. V., réunis salle Dapot,
à Badens, vous renouvellent toute leur confiance, vous
adressent l'hommage de leur profonde sympathie et vous
dédient les réflexions suivantes :
A ces sceptiques de la première heure qui dédaigneusement regardaient passer les masses paysannes clamant
eur misère, à ces gouailleurs qui cherchaient à ridiculiser
ces manifestations dont ils ne comprenaient pas la grandeur; à ceux enfin qui ne suivirent le mouvement viticole que contraints et forcés pour, après, sans même posséder un pied de vigne, avoir le front de s'en approprier la
■direction ; à vos spoliateurs, Albert, aux am bitieux, aux

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

109

jaloux devenus les triomphateurs d'aujourd'hui, nous
disons : Place à l'apôtre de la viticulture, à celui qui a
souffert pour et par la vigne !
Place à cette noble et franche figure si indignement
calomniée 1 L'heure de la réparation approche. Marcelin
Albert, notre premier frère de misère, sera à l'honneur
comme il a été à la peine. Il viendra prendre sa place
parmi nous, au sein de cette vaste et puissante organisation qu'est la C. G. V. quand il n'y aura plus réellement
que des vignerons et que, à défaut de non-sens, la justice
immanente en aura chassé les intrigants et les politiciens.

Le même jour, le 26 janvier 1910, je recevais cet
extrait du procès-verbal de l'assemblée générale du
16 janvier du Syndicat de défense viticole d'AiguesMortes (Gard).
Sur la proposition de M. Violet, l'assembit à l'unanimité, adresse un souvenir ému de respectueuse sympathie
au vaillant apôtre du relèvement du Midi, Marcelin
Albert.
C'est grâce à son inlassable dévouement, à sa foi inaltérable dans un meilleur avenir de sécurité et de justice,
qu'il a pu ranimer les courages abattus, faire renaître l'espérance et entraîner les masses aux inoubliables manifestations de 1907, qui ont préparé les organisations de
défense et abouti aux résultats dont profite actuellement le
Midi.
La reconnaissance des vignerons ne saura jamais être
trop grande pour le champion des revendications paysannes.
Aussi les membres du syndicat d'Aigues-Mortes seraientils heureux de voir tous leurs camarades des autres syndicats viticoles fraternellement unis dans un élan de bonne
lu

�410

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

foi, reconnaître que si la misère est écartée de nos foyers,
si nous pouvons reprendre confiance, en l'avenir, nous le
devons uniquement à Marcelin Albert.
Pour le Syndicat et par ordre,
TOUREILLE, Président.

Enfin, le 11 mars 1910, M. Xavier Bouisson, de
Montpellier, faisait paraître cette note sous le titre :
Souvenir anniversaire.
C'est le 11 mars 1907 que Marcelin Albert se fit le porteparole de notre misère devant la Commission d'enquête à
Narbonne.
Trois ans se sorrt écoulés depuis le jour où te promoteur
des revendications méridionales a exprimé tout haut ce
que nous pensions tout bas. C'est à cette démarche que
nous devons le relèvement du cours des vins, car elle a
été le point de départ des manifestations qui se sont déroulées dans les quatre départements du Midi ; elle a aussi
donné naissance aux organisations actuelles de défense
viticole.
Si donc au moment où je trace ces lignes, la misère est
moins grande, je rte crains pas, de dire bien haut que nous
le devons aux efforts héroïques et à la fot ardente de
Marcelin Albert.

A toutes ces, déclarations, je répondais que le vigne-m d'Argelliers d'aujourd'hui était resté le vigneron
ct'Argelliersde 1907. Si mon cœur a souffert de l'injustice des hommes, ce n'est pas parce que j'attendais
d'eux autre chose qu'une sympathie réelle. Mais, cette
sympathie, je la voulais entière.; rien dans ma conduite

�PRÉCIEUSES ATTESTATIONS

Mi

ne me condamnant à en êtreprivé. Or, l'on a cherché
à me nuire dans l'esprit public en dénaturant mes
actes. Il devait m'être réservé, à moi, l'ennemi juré
de la fraude, d'avoir pour collaborateurs en 1ÍW7, des
fraudeurs sans vergogne, puisqu'ils sophistiquaient
mes propres pensées. Me sachant sans reproche, ils
ne craignirent pas de ternir ma réputation, en m'attribuant des desseins qui ne pouvaient naître que dans
leur imagination. Ils altéraient donc la vérité, comme
certains fraudeurs altèrent le vin. Ils la diluaient,
mais en envieux, avec cette très vilaine chose, dont le
nom me vient difficilement sous la plume et qu'on
appelle la bave de la jalousie. Leur procédé était le
mouillage. Alorsqu'ils aspiraient à redevenirbouilleurs
de cru, ils n'étaientque... mouilleurs de cru. En l'espèce, le cru s'appelait vérité. User du mensonge, c'est
frauder la vérité. Et ces gens-là ont menti pour les
besoins de leur cause personnelle. Ils ont tenté de me
jeter à terre pour se faire de mon corps un piédestal.
Ils n'ont réussi qu'à m'ébranler. Dans ma solitude, je
me sens plus fort qu'eux dans la gloire des directions
et des présidences, car j'ai quelque chose dont ils sont
privés : une conscience.
Ne le croirais-je pas que toutes les mains amies que
je sens tendues vers moi dans mon isolement d'Argelliers le proclameraient. Eh bien ! la récompense à
laquelle j'aspire, c'est de ne plus voir d'hésitation dans
ce geste.

�112

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

Le seul exposé de Mes Mémoires écrits à une
heure où les passions sont moins vives, constituerait,
je crois, une véritable défense, si toutefois ma vie au
grand jour des manifestations passées, ou dans la
pénombre discrète de mon actuel effacement, avait
besoin d'être défendue.
Lecteurs, recueillez-vous et jugez-moi.
Marcelin

ALBERT.

�CHAPITRE IX

GRANDEUR ET SIMPLICITÉ

Ici se terminent les Mémoires de Marcelin Albert.
Nous les avons lus d'un trait. Et nous croyons avoir
fait un long rêve en refermant le cahier où sont
consignés tant de souvenirs.
Il est très tard, ou plutôt de bonne heure, car le
coq lance ses premiers chants à travers les campagnes
endormies. Ainsi s'est écoulée la nuit à vivre les
impressions de cet étrange entraîneur de foules qu'a
été le modeste vigneron d'Argelliers. Tout dans cette
chambre chante sur un rythme enthousiaste les
louanges de notre hôte et il nous semble continuer
l'évocation de ces journées héroïques, où l'armée des
Gueux acclamait frénétiquement son sauveur.
#

* #

— Comment, déjà debout ?
— Mais oui... déjà, pour la bonne raison que nous
ne nous sommes pas couché et que vous en êtes la
10.

�114

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

cause. Nous vous avons suivi dans toutes vos manifestations et une formidable envie nous prend de
crier: « Vive Marcelin ! A bas la fraude ! » tant nos
oreilles sont pleines de ces clameurs. A nos yeux se
déroulent encore les imposants cortèges, les théories
sans fin des Gueux du Midi et nous voilà pour longtemps impressionné par leurs émouvantes plaintes et
leur noble détresse.
Cela bourdonne, châtoie, s'agite par ces journées
d'Austerlitz de la campagne de Défense viticole. A
notre regard défile encore cette année de misère
mobilisée par votre voix, de la vieille cité de Carcassonne aux Arènes de Nîmes et des Platanes de Perpignan au Peyrou de Montpellier. Nous entendons
les acclamations trépider, les clairons sonner et les
tambours battre aux champs à votre apparition. Ce
vacarme splendide, ces foules en délire, ces ovations
gigantesques, tout cela nous a troublé et vous nous
en voyez tout étourdi.
— Eflet de fatigue. Quelques heures de repos, ça
n'y paraîtra plus. Je vous reprendrai au retour de la
vigne.
Sa vigne ! voilà toute l'ambition de cet homme qui
disposa à une certaine heure d'une puissance inimaginable.
Il s'en va, une pioche sur l'épaule, vers sa terre
qu'il aime et dont il est aimé. Car elle aime qui la

�GRANDEUR ET SIMPLICITE

façon sa reconnaissance, cette
terre du pays natal que défend avec tant de courage
et d'abnégation Marcelin Albert.

soigne et manifeste à sa

Certes, nous l'avions surpris parfois dans cette
chambre, pensif, devant ces trophées qui lui rappellent les apothéoses de Narbonne, Carcassonne,
Béziers, Perpignan, Nîmes, Montpellier. Mais il ne
connaît pas l'amertume des regrets, ni la griserie des
triomphes. Quelques fugitives visions d'aurore animaient bien ses yeux, aussitôt suivies de visions
plus sombres qui en voilaient l'éclat.
Ces drapeaux, ces palmes, ces couronnes lui rappellent surtout les souffrances de tout un peuple qu'il
a calmées.
il revoit ces bandes faméliques, ces grouillements
de misère attachés à ses pas comme aux pas d'un
sauveur et son regard, alors, se diamante d'une
larme.
Nous sentons toute la grandeur, toute la noblesse
d'une âme d'élite, sous les dehors frustes du bon
paysan d'Argelliers.
Marcelin Albert s'en va, de son pas régulier, vers sa
vigne, source de misère avant 1907, source d'espérance depuis.
Nous nous voyons à ses côtés, écoutant ses explications sur les soins qu'elle réclame. Il eo parle avec
amour et personnifie admirablement le viticulteur

�116

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

méridional dont la vie est droite comme le sillon qu'il
aime. Mais après le récit de cette période du 11 mars
au 10 juin, où se déroulent des événements d'épopée,
comment pourrions-nous oublier que ce terrien
débonnaire a conduit un fleuve humain vers la cité
future de ses rêves. Car Marcelin Albert est un rêveur.
C'est le rêve qui l'a conduit à l'action. Dans la solitude des champs, il a longtemps médité sur le problème social ; c'est dans la vigne paternelle qu'il a
puisé l'inspiration de sauver ses frères de labeur, du
dénuement et de la ruine.
Cet homme est troublant. A son insu, nous l'observons, tout à sa démonstration du rôle de la cochylis
dont quelques ceps sont infestés.
Comme elles résonnent loin les acclamalions
des foules, à cette minute où le soleil embrase
le vignoble, où son flamboiement arde la nuque,
où nous paraissons nous intéresser aux transformations du vilain parasite et aux moyens de le
combattre.
— A mon avis, nous dit Albert, c'est à la ponte
qu'il faut intervenir... Tenez, voyez cette grappe, le
ver est sûrement dans le grain. Ce pied là-bas est
attaqué par la pyrale, encore une autre calamité de
la vigne...
Et il est contrarié, ému de cette double
constatation.
Ce qui nous émeut; nous, c'est de voir le contraste

�GRANDEUR ET SIMPLICITÉ

117

entre le Napoléon de la défense viticole d'hier, entraînant ses légions à l'assaut de la fraude au bruit
assourdissant des « batteries » méridionales, et
l'homme des champs d'aujourd'hui.
C'est un caractère trempé à l'antique.
Il avait 54 ans quand l'idée fixe s'implanta dans
son cerveau, de créer l'union de tous les viticulteurs sans distinction de drapeau, de sexe, de
religion, d'origine ou de parti, pour lutter contre les
fraudeurs.
Tout autre que lui aurait passé l'âge des apostolats.
Ce fut au contraire chez Albert la révélation d'une
vocation ardente.
Viendra-t-on nous dire que son seul intérêt était en
cause, qu'il dépensait son avoir, s'endettait, négligeait
sa propriété en vue d'un appétit à assouvir ou d'une
ambition à satisfaire ?
Voyez sa vie avant, pendant, après les événements.
C'est une protestation vivante contre les accusations
portées contre lui depuis son retour de Paris.
Voyez la vie de la plupart de ses accusateurs.
Comparez...
Chez les uns, l'appétit à été assouvi, chez les
autres, l'ambition a été satisfaite. Concluez...
Si nous n'avions déjà en main toutes les preuves
de la parfaite dignité de la conduite de Marcelin
Albert, son attitude dans le conflit soulevé par des

�118

MÉMOIRES BE MARCELIN ALBERT

impuissants ou des jaloux suffirait à nous convaincre
de son absolu loyalisme.
En un mot, il est resté l'homme de son Idée qui
l'a conduit au sacrifice de tous les honneurs, pour ne
lui laisser que la joie infinie d'avoir contribué à la
prospérité de son pays et au bonheur de ses compatriotes.

�CHAPITRE X

CONSIDÉRATIONS SUR LA « CRISE »

« Quelques heures de sommeil, ça n'y paraîtra
plus », avait dit Marcelin Albert.
Il n'a pas fallu moins de la matinée pour réparer la
fatigue de la nuit consacrée à la lecture de ses Mémoires.
Il a donc été seul à sa vigne aujourd'hui, où nous
l'accompagnions les jours précédents et nous nous
retrouvons à table, autour de laquelle Mme Albert,
exquisement prévenante, trotte menu, pour s'assurer
que « rien n'y manque ».
Rien n'y manque en effet, pas même une certaine
bouteille vénérable comme une douairière...
— Quel âge lui donnez-vous ? nous dit Albert.
— Mon Dieu...
— Inutile, ne cherchez pas. Elle est de 51.
— Pas possible...
Pour un peu nous la saluerions. Le contenu a conservé toute sa saveur et nous le dégustons à petites

�120

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

lampées, tandis que notre hôte continuant à exprimer
sa pensée :
— ... Oui, elle a mon âge. C'est un vrai souvenir
de famille... Voyez qu'on savait faire le vin à
l'époque. C'était avant l'oïdium. Il ne fit son apparition que l'année après et pendant quatre ans infesta
le vignoble. Le vin naturellement était défectueux,
mais la fleur de soufre ayant à la longue chassé
l'oïdium ou atténué ses effets, la propriété redevint
assez prospère jusqu'en 1876, année du phylloxéra
qui ravagea nos admirables campagnes. Si vous aviez
vu cette désolation où tout, naguère, était chant,
gaîté, aisance. Le fléau s'étendait avec une incroyable
rapidité, à ce point qu'on dut « reconstituer » et qu'il
fallut onze ans pour rendre au vignoble sa physionomie première.
La viticulture fut encore fortement atteinte en 1893,
mais cette rechute n'était pas due aux mêmes causes.
Cette fois, c'étaient les vins artificiels qui occasionnaient la mévente des vins naturels. Ces causes différentes avaient malheureusement les mêmes effets :
la gêne chez les uns, la misère chez les autres, la
consternation chez tous. Le Parlement intervint, musela un peu la fraude en interdisant par la loi de 1897
la fabrication des vins de raisin et en réprimant le
mouillage par une loi antérieure.
Malgré tout, la viticulture avait perdu de sa belle
assurance. Très ébranlée par les atteintes du phyl-

�CONSIDÉRATIONS SUR LA « CRISE »

121

loxera, mais un peu remise de cette émotion, allaitelle retomber sans espoir de relèvement sous les coups
de la fraude? En 1900, la crise s'aggrava et jusqu'en
1907, nous vendîmes nos vins à des prix de famine,
de 6 à 8 francs l'hecto, qui nous revient de 12 à 14.
— Mais la loi de 1903?...
— Ahl parlons-en. D'abord il y avait eu celle de
1903 sur le dégrèvement des sucres, loi maudite.
Quant à celle de 1905, qui devait protéger les vins naturels, elle ne fut appliquée que dix-huit mois après sa
promulgation, faute d'argent.
— Comment, faute d'argent?
— Mais oui, le Parlement n'avait pas voté les fonds
nécessaires à l'analyse des produits. Ce n'est qu'en
présence de la mévente de 1907 que le Gourvernement
reconnut la nécessité d'appliquer la loi de 1905. Le
remède n'était pas radical. Le Midi, sur mes instigations, reprenant conscience de ses droits, réclama justice. C'est alors qu'une commission parlementaire de
vingt-deux membres fut chargée d'enquêter sur la
crise viticole.
Vous connaissez le reste.
Nous connaissions le reste en effet. Nous savions
aussi qu'il passait sous silence son mérite d'avoir été
le premier à réagir contre le courant qui entraînait le
Midi à la ruine irrémédiable. Et le passage de ses
Mémoires consacré à cette période de lutte nous

�122

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

revenait à la pensée. Nous nous l'imaginions parcourant les campagnes en missionnaire convaincu, relevant les énergies des défaillants. Pendant sept ans, il
fit acte de prosélytisme, gagnant tous les jours à sa
cause des unités nouvelles, organisant avec méthode
le soulèvement pacifique du Midi contre la fraude.
Le salut était là. Quel homme en eût fait autant?
Au dire des Cathala, des Ferroul, tout le monde
aurait fait ce qu'a fait Marcelin Albert.
Tout le monde ?

�CHAPITRE XI

LEUR PROCÈS

Cathala, par exemple, qui, le 10 mars., la veille-de
la réception de «ceux d'Argelliers» par la commission
d'enquête, voulait qu'on annulâtla pétition aux quatre
cents signatures de 1905, ce qui eût entraîné l'arrêt du
mouvement en préparation ; ou bien Ferroul qui, 1-e
11 mars, traitait de fous les « 87 » et a" imbécile celui
dont huit jours après il s'honorait d'être le lieutenant.
N'empêche que Cathala s'est poussé à la présidence
du comité d'Argelliers et au secrétariat général de la
C. G. V., et que Ferroul est devenu le président de
cette organisation de défense, dont Marcelin Albert
est l'instigateur.
Ce sont là des situations usurpées. Ils ne sont
allés au promoteur du mouvement viticole que lorsque
ce mouvement s'est annoncé formidable. 1k ne
croyaient pas à sa réussite. Et ils devaient parla suite
être les premiers à en tirer profit et commettre cette
iniquité d'exploiter la bonne foi du «vigneron d'Ar-

�124

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

gelliers» pour entacher son honneur. Ils ont invoqué
de misérables prétextes pour légitimer leur conduite :
le voyage à Paris, les cent francs de Clemenceau,
(remboursés deux jours après). Ils ont vu de la traîtrise, de la cupidité en Marcelin Albert et ont proclamé sa déchéance pour occuper sa place.
N'est-ce pas la négation de leur passé de prostestataires ?
Ferroul le sceptique dut être touché de la grâce,
pour devenir soudain le fougueux défenseur d'un
mouvement qu'il avait ridiculisé à la première manifestation des « 87 ».
Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, il lui sera toujours
reproché d'avoir traité les « gens d'Argelliers » de fous
et d'imbéciles, le 11 mars, alors que les S, 12,19, 26
mai et les 2, 9 juin, il proclamait les vertus civiques
de ces mêmes « gens d'Argelliers ».
Un homme capable de pareils changements ne saurait avoir de partisans sincères.
■ « Les discours exagérés cachent des affections médiocres », a écrit Flaubert.
Que devaient cacher alors ceux de Ferroul qui
étaient dîs appels à la révolte. Mais si exaltées qu'elles
fussent, ses harangues étaient autant d'apologies du
« chef des gueux », Marcelin Albert. Il lui confiait le
« grand honneur » à lui, simple lieutenant. « Le chef
a parlé par la voix de Marcelin Albert», etc..
Nous avons vu qu'à la veille des manifestations il

�LEUR PROCÈS

125

traitait le promoteur d'imbécile, nous l'entendons au
lendemain des meetings le traiter de félon, de vendu,
de traître...
Nous ne pouvons croire que la si altière et si intelligente population narbonnaise continue sa confiance
à un arriviste de cette envergure. Elle ignore sans
doute qu'en avril 1910, au moment où son maire se
présentait contre Sarrautà la députation, il avait fait
pressentir Albert pour s'assurer son concours et bénéficier de son influence.
« Si vous marchez avec nous, avaient déclaré ses
émissaires, Ferroul et Cathala seront ici, chez vous,
demain et l'on vous portera en triomphe comme par
le passé. »
Le promoteur sourit. Ce fut pour son cœur ulcéré
une bien douce vengeance... Ceci nous amène à établir un parallèle entre ce simple vigneron et Ferroul
l'intellectuel.
Le premier, sans autre ambition que celle du bien
public, sacrifie sa santé, son repos, ses ressources à
poursuivre sa généreuse chimère du bonheur universel; le second, partisan des situations acquises, étourdit les foules avec sa faconde pour les empêcher de
découvrir son parfait égolsme. Mais à la réflexion, il
n'échappe à personne que Ferroul n'aspire qu'à tirer
parti pour son propre compte de la situation créée par
Marcelin Albert.
« Pas de politique, la défense de la viticulture doit
H.

�126

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

être notre seule préoccupation », disait-il dans les
meetings. A peine sorti de prison, il se faisait, en bon
socialiste unifié, patronner par des réactionnaires aux
élections du Conseil général.
Pas de politique! Mais il profitait de la popularité,
très diminuée d'ailleurs, acquise aux côtés de Marcelin Albert pour tâter du suffrage universel aux élections législatives.
Comment les viticulteurs méridionaux qui n'aspiraient qu'à améliorer leur lamentable situation, ontils pu prendre ses déclarations au sérieux.
Il ne s'est servi de la crise viticole que dans un but
de domination. Il ne pouvait se faire à l'idée d'être le
second d'un modeste campagnard et il le devança
dans la voie de délivrance, que le tenace ouvrier des
champs avait ouverte à la viticulture expirante.
Il s'attribua le mérite d'avoir tiré du marasme le
Midi désespéré, alors que par ses violences il en avait
gravement compromis la cause. Le mouvement de défense viticole dégénérait en mouvement insurrectionnel, à la faveur duquel le maire de Narbonne supplanta le vigneron d'Argelliers.
Cette façon d'agir se qualifie; tout comme celle de
Cathala, qui mieux encore que Ferroul, connaissait
la probité de Marcelin Albert.
L'opposerons-nous aussi à l'ancien président du
comité n° 1 ? Veut-il que nous exposions les dessous
de sa conduite ? C'est à lui que remonte la responsabi-

�LEUR PROCÈS

127

lité du revirement de la population d'Argelliers à
l'égard du « roi des gueux ». Quoique des accusations
n'aient jamais servi de preuves, ses insinuations intéressées ont accompli leur œuvre dissolvante.
En semant la défiance, il a récolté le mépris. Mais
un mépris de surface, qui ne résiste pas à l'examen.
Il a instauré pour affermir son prestige bien fragile,
une sorte de régime de terreur.
Nous nous empressons de déclarer à l'honneur des
compatriotes de Marcelin Albert, des braves vignerons
d'Argelliers dont la bonne foi a éfé surprise, qu'ils se
ressaisissent et comprennent que les mensonges, la
jalousie, l'ambition de quelques hommes, ne doivent
pas leur faire commettre une lâcheté à l'égard du
sauveur de la viticulture méridionale.

��CHAPITRE XII

SUITE DES CONSIDÉRATIONS

Tandis que nous nous livrons à ces réflexions, Marcelin Albert roule une cigarette.
— Eh! bien, qu'en pensez vous?
Surpris, nous ne comprenons pas.
— Du vin, parbleu !
— Bigre, fameux, l'aïeul...
— Comment voulez-vous ne pas aimer la terre qui
produit de pareils crus, poursuit notre hôte. Aussi
quel crève-cceur pour ceux qui l'abandonnaient, chassés de leurs foyers par la famine... ou les huissiers.
Sans compter que cette émigration des campagnes
vers les villes a achevé de ruiner le vignoble en entraînant une hausse de la main-d'œuvre.
Songez que la vigne qui avant réclamait des soins
élémentaires, exige aujourd'hui l'intervention de
l'homme pour des opérations autres que la taille,
le labourage, le binage. Son entretien est coûteux,
d'autant plus que des bras étrangers remplacent ceux

�130

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

de la famille. De sorte que le dépeuplement de la propriété est une des causes de sa dépréciation.
La commission d'enquête en a trouvé d'autres qui
peuvent se résumer en quelques mots : la concurrence
des boissons dites hygiéniques, des eaux minérales,
de l'alcool. Joignez à cela la fraude qui a rompu
l'équilibre entre la production et la consommation.
L'offre, de 1900 à 1907, devient supérieure à la demande, du fait du sucrage, du mouillage, de l'utilisation des vins défectueux et de la fabrication des vins à
l'aide de produits autres que le sucre.
Durant ce septennat sinistre, le déficit de la production naturelle était de 6 à 7 millions d'hectolitres par
an alors que 16 millions d'hectolitres de vins artificiels
jetés annuellement sur le marché entraînaient fatalement l'avilissementdes cours.
Un autre facteur de ruine entrait en scène avec la
baisse de la distillation et la substitution des alcools
d'industrie aux alcools de vin. Enfin la diminution
des exportations et la hausse des importations parachevaient l'œuvre néfaste des fraudeurs. Comment
voulez-vous que la propriété sedéfende contre d'aussi
redoutables adversaires.
Le viticulteur n'a pas été seul à souffrir de la crise
du Midi. L'Etat, le commerce, l'industrie ont aussi
subi les conséquences désastreuses de notre triste
situation économique.
Le Gouvernement a dû consentirdes dégrèvements

�SUITE DES CONSIDÉRATIONS

131

et des remises totales d'impôt. Consultez d'autre part
les déclarations du commerce et de l'industrie consignées dans le rapport de M. Cazeaux-Cazalet, président
de la commission d'enquête, vous y lirez que la nuée
d'intermédiaires qui s'était abattue sur la propriété
avait provoqué des liquidations, des faillites nombreuses et que toutes les industries connexes à la viticulture étaient en décroissance.
Tenez, hier, j'avais sous les yeux le traité d'économie politique de M. Gide.
Il écrit au sujet des intermédiaires :
« Leur multiplication, en réduisant le débit de
chaque commerçant, a eu pour résultat de grever
chaque article de frais généraux proportionnellement
énormes... Plus de la dixième partie de la population
française s'adonne au commerce sous différentes
formes; il y a là une proportion exorbitante; c'est
un véritable gaspillage que d'entretenir un intermédiaire pour dix personnes. Si l'on pouvait chiffrer
le tribut total qui est prélevé sur le public par les
intermédiaires, on en serait épouvanté. »
Et M. Gide évalue ce tribut à 7 milliards et demi, le
double de ce que nous payons sous forme d'impôts.
Il y a là un vice de notre organisation que la crise
viticole a eu pour effet incontestable d'aggraver.
Vous ne sauriez croire combien la lecture du rapport Cazalet est instructive. L'enquête consciencieuse à laquelle se sont livrés les membres de la

�132

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

commission parlementaire révèle des situations
navrantes.
Dans sa déposition, le maire de Nîmes constatait
la décroissance des industries locales : bonneterie,
chaussures, tonnellerie. Elles souffraient de la mévente.
Le tribunal de commerce de Narbonne déclarait
que depuis 1903, les faillites avaient augmenté de
20 0/0. La chambre de commerce de Montpellier
déplorait la répercussion de la mévente sur toutes les
marchandises. Béziers s'alarmait à juste titre de la
baisse des recettes d'octroi qui constituent la base de
son budget.
Les faillites à la ville, les expropriations au vignoble, telle était la situation lamentable du Midi.
Comme l'a fort bien dit M. Chaffal, l'auteur des
« Crises Viticoles », il y a solidarité étroite entre les
diverses branches de la production. Quand une nation
subit une crise économique, ses voisines ne tardent
pas à en souffrir. A plus forte raison en est-il ainsi
dans un même pays : lorsqu'une région est en proie à
la misère, les autres en subissent le contre-coup, d'autant plus violemment quand la région désolée est un
sérieux débouché pour l'écoulement de leurs produits.
Il est évident que le Midi si cruellement éprouve
réduisait ses achats et réglait ses dépenses sur ses
ressources.

�SUITE DES CONSIDÉRATIONS

133

Or, tandis que de 1865 à 1873 la viticulture
faisait circuler dans le pays 1.500 millions de francs
par an, de 1900 à 1907, cette somme manqua presque
totalement, les viticulteurs produisant à perte. Un
milliard et demi en moins dans la circulation
annuelle ne pouvait que nuire singulièrement aux
échanges.
Le Midi était véritablement à bout de souffle. Les
formidables ventouses des meetings lui rendirent la
respiration. Il se reprit aussitôt à vivre, et qui dit
vivre dit espérer.
Ce tableau en style lapidaire, ce raccourci saisissant
de la crise viticole, eut le don de beaucoup nous intéresser. On voyait que Marcelin Albert avait vécu son
sujet. Où était l'impulsif que certains critiques à vue
basse nous avaient présenté. C'est là un procédé de
discussion facile, un moyen d'écourter les commentaires que de traiter celui dont on doit parler d'impulsif. Il semble qu'on ait tout dit alcxrs, que ce mot
résume tout, en étiquetant, en cataloguant l'être à
qui il s'applique.
Nous ne considérons nullement le promoteur du
mouvement méridional comme un impulsif. Ses
actes étaient raisonnés, son programme tracé longtemps d'avance. Et dès 1900, il prévoyait 1907. La
preuve en est dans sa ténacité, son obstination
admirables à le réaliser, ce programme. Un impulsif
12

�134

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBiïRT

a des à-coups. Son effort, à lui, était constant. Il avait
au service de la cause entreprise un instrument
remarquable : sa volonté. Et puis il croyait. II savait
qu'il dompterait un jour la Misère qui étreignait le
Midi. Il prévoyait tout ce qui s'est produit. N'avait-il
pas dit en 1903 à Ferroul, qu'il réunirait cent mille
manifestants à Narbonne ? Il tint parole le 5 mai
1907.
Et c'est là l'homme dont on a voulu faire un agitateur ? C'est au contraire un calme et s'il ne l'avait
été, il n'y eut pas eu de meetings ni de Marcelin
Albert. Ce mot et ce nom sont à jamais liés l'un à
l'autre.
On ne parlera plus de Ferroul, moins encore de
Cathala, mais on parlera toujours du « Rédempteur
de la Viticulture », car il a incarné toute la douleur,
toute la misère, toute la détresse du Midi. Puis il a
conduit ce Midi prostré, aveuli, morne, vers les horizons resplendissants de l'espoir.
Cette œuvre est sienne. Elle captivera les regards
de la postérité, tandis que le nom de ses imposteurs
ne sortira de l'oubli que pour être l'objet de
l'indifférence.
— Ainsi, grâce à vous, Marcelin Albert, l'avenir
est dégagé de ces nuages qui l'enlaidissaient.
— J'ai conscience d'avoir contribué à les disperser
le Parlement a lait le reste.

�SUITE DES CONSIDÉRATIONS

Le mouvement viticole a décidé les pouvoirs à
faire voter les lois de 1907. C'est un acheminement
sérieux vers une ère de quiétude..
Je ne me fais cependant pas d'illusion. Nous n'aurons
la tranquillité définitive, complète des lendemains,
que lorsque je programme préconisé par la commission d'enquête dans la conclusion de son rapport
sera entièrement réalisé, car les lois de 1907 ne sont
pas exemptes de critiques.
— A votre avis, quels en sont les points faibles ?
— Je veux vous signaler le principal : l'omission de la reconnaissance à l'Etat du monopole de la
vente de l'alcool, avec surveillance par la régie de la
distillation. A ce point de vue, je suis d'accord avec
M. Chaffal. Voici comment il entend ce monopole:
Seul acheteur, seul détenteur de toute la production,
l'État serait à même d'agir contre toutes les fraudes,
de garantir à la consommation les produits livrés,
purs de tout mélange et adultération.
Les grandes distillations d'excédents ou des mauvais vins reparaîtraient, le marché reprendrait son
élasticité de jadis où des récoltes comme celles de Í875
(83 millions .d'hectolitres) s'écoulaient lâchement. Ce
ne seraient plus 2 millions d'hectolitres de vin qui
seraient distillés, mais 10 ou 12, car les acheteurs
d'eau-de-vie [ovales, feraient doubler, tripler la vente,
hausser par conséquent les cours dans la même
proportion. En présence des nouveaux besoins du

�136

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

marché, les producteurs augmenteraient leurs prix,
les imposeraient à l'État, qui jouerait simplement le
rôle d'intermédiaire entre vendeur et acheteur. Sans
réaliser de bénéfices, l'État se bornerait à majorer les
prix demandés par le producteur, de la taxe à payer
par le débitant, le marchand en gros ou le consommateur.
Il n'y aurait pas à encourager l'usage de l'alcool,
car il est malheureusement trop répandu déjà. Si sa
consommation annuelle est évaluée généralement
dans notre pays à près de 4 millions d'hectolitres à
50°, l'eau-de-vie devin n'entre dans ce chiffre énorme
que pour un dixième environ.
On voit quel débouché auraient trouvé nos vins :
près de 10 millions d'hectolitres seraient de la sorte
allés à la distillation. Le marché eut été dégagé
d'autant et l'État y aurait gagné les 2 ou 300 millions
que la fraude lui enlevait annuellement.
Mais ayons confiance. D'autres mesures protectrices de la viticulture seront édictés.
L'article 9 de la loi du 29 juin 1907 dispose nettement que les syndicats agricoles ou viticoles régulièment constitués peuvent intervenir comme partie
civile dans les procès intentés par le Parquet pour
falsification de vin. Voyez l'action puissante de la
C G. V., à la créationdelaquelle j'ai toujours applaudi,
dans la répression des fraudes.
Les syndicats devenant les auxiliaires de la justice,

�SUITE DES CONSIDÉRATIONS

137

les commerçants et les vignerons peuvent surveiller
eux-mêmes leurs propres intérêts. Vous ne doutez
pas que nous n'apportions à cette tâche tout le zèle,
toute la vigilance possibles.
Il ne faut pas cependant qu'on s'arrête à ces dispositions bienveillantes de la loi. Il y a mieux à faire.
En attendant, la nouvelle législation répressive,
de l'avis de la propriété et du commerce, constitue un
progrès réel qu'on n'aurait pas encore à constater
sans le mouvement formidable de 1907, qui a couronné mes efforts de six années de lutte.
Maintenant que la crise est en partie conjurée, il
reste au viticulteur un devoir impérieux à remplir,
celui de livrer à la consommation des vins irréprochables, afin de la développer tant à l'étranger qu'en
France et le vignoble redeviendra comme parle passé
« le fleuron de notre agriculture. »
Marcelin Albertaune façon àluideprononcer ce mot
de vignoble. On voit de suite ces immenses étendues
verdoyantes qui couvrent 1.720.000 hectares de notre
territoire. Il frémit à l'idée que sans son intervention
les sept dixièmes de cette culture nationale auraient
été mortellement atteints.
La dépréciation de la propriété rurale était telle en
190o-190(î qu'elle ne trouvait même pas d'acquéreur
au cinquième de sa valeur. Le crédit agricole, d'autre
part, ne pouvait plus répondre aux besoins du monde

�128

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT

viticole, c'était l'inévitable catastrophe. Le sauveur
de la viticulture l'arrêta sur le bord de l'abîme, la
maintint assez de temps pour que l'Etat vînt à son
aide. Et nous répétons que ce n'est pas d'un geste
instinctif qu'il lui évita la chute, mais bien parce que
l'ayant suivie pas à pas, il était préparé au suprême
effort.
Nous nous rendions compte de la rudesse, mais
aussi de la beauté de sa tâche. 11 n'apportait au début
de son apostolat que des promesses d'un avenir meilleur à qui voulait des réalités immédiates.
Les vignerons aigris par le malheur abandonnaient
leur patrimoine, ou bien, meurtris, prostrés, incapables de réagir, acceptaient cette fin de tout. Un
homme vint, arrêta ceux qui allaient émigrer, pénétra dans les fermes et ne repartit qu'après avoir effacé
les sourires d'incrédulité des uns et ramené les autres.
Cet homme est devant nous, calme, la cigarette aux
lèvres, l'esprit absent, loin dans le passé... ou dans
l'avenir. Car il est toujours aussi altruiste qu'en 1907.
Tant que la viticulture aura besoin de défenseurs, on
le trouvera à son poste d'observation. Il s'en est
constitué la sentinelle vigilante, à l'affût de ses peines
et de ses joies, sensible à toutes ies mesures de préservation dont elle est l'objet.
Et ce n'est pas seulement au vignoble de la métropole qu'il voue un culte, mais aussi au vignoble
algérien, au magnifique domaine de notre si vivante,

�SUITE DES CONSIDÉRATIONS

439

si séduisante jeune France transméditerraéenne, qu'il
parcourut fin 1910, commencement 1911 et dont il a
rapporté d'inoubliables souvenirs.
C'est là-bas que nous l'avons connu. Il nous est
agréable de le lui rappeler.
— Ah! l'Algérie! s'écrie-t-il. Quel pays enchanteur !
Quels braves gens. Est-il d'ailleurs un plus joli nom ?
» Comme vous avez raison de chanter dans vos
livres cette terre d'élection qui continue si superbement notre belle France.
» N'est-ce pas dans l'Algérie d'aujourd'hui que
vous avez écrit : « On aime la France par le cœur,
» l'Algérie par les fibres. » Eh! bien, moi je l'aime par
le cœur et par les fibres, mais je sais trop le plaisir
que vous aurez vous-même à en parler encore, pour
ne pas vous laisser le soin de narrer mon voyage au
pays du soleil.
» Pour nous mettre aussi un peu plus de soleil dans
l'àme, après l'évocation de toutes ces heures douloureuse de la crise viticole, encore un coup de l'aïeul,
comme vous l'appelez, et buvons à l'Algérie. »
— Oui, à l'Algérie et à Marcelin Albert!

��Marcelin Albert et l'Algérie

��CHAPITRE PREMIER

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

Marcelin Albert ne s'est pas trompé. Rien ne saurait nous être plus agréable que de parler encore de
l'Algérie, de cette « France Nouvelle », comme l'appelait Paradol, qui enchante dès son seuil.
Nul pays ne s'impose davantage au souvenir. Le
charme délicat d'un orientalisme atténué s'ajoute à la
séduction irrésistible de la nature. L'on s'éprend sans
effort de ces horizons que dominent les pics du
Djurjura, d'où le regard s'étend au nord vers la Méditerranée, au sud vers les immensités sahariennes.
Mais ce qui en constitue le plus grand attrait, c'est
que, comme nous l'avons écrit en 1903 dans un de
nos derniers volumes (1) l'on est ici à l'avant-garde
du mouvement qui entraîne la Patrie vers la réalisation de ses magnifiques destinées. Prise entre la
Tunisie et le Maroc, le Protectorat de 1881 et celui
(i)

L'Algérie d'aujourd'hui.

�14-4

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

de... l'avenir, l'Algérie continue la Métropole, en
épand à droite, à gauche l'influence civilisatrice.
A 700 kilomètres du rivage provençal, cette antichambre du Moghreb, son littoral, à elle, qui se déroule sur 270 lieues, sert de façade au formidable
domaine de la France en Afrique, dont l'étendue est
aussi longue que l'Europe entre la pointe extrême de
l'Irlande et les rives de l'Oural et aussi haute que de
la Corse au Cercle polaire.
N'avons-nous pas le droit d'être fiers de l'œuvre
accomplie? Et l'heure n'est-elle pas venue de rendre
hommage à cette Algérie, pivot de tous ces territoires,
où s'étend le rayonnement de notre génie national?
C'est aux colons que revient en toute justice la plus
grande part de mérite dans l'accomplissement de cet:e
œuvre.
En parcourant l'Algérie dans tous les sens, on se
rend compte des progrès réalisés par l'agriculture,
grâce à l'application des méthodes rationnelles françaises et aux perfectionnements apportés à l'outillage.
Déjà, en 1868, la commission d'enquête affirmait
que l'industrie agricole en Algérie était plus progressive qu'en France.
Or, c'est surtout depuis 1870 que ce pays a pris un
développement économique considérable. Chaque
année marque son passage par des améliorations dues
à l'activité, à l'esprit d'entreprise, au courage des
colons. Quand on songe que l'élément agricole ne se

�MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

145

compose que de 3.500.000 indigènes et2G0.000 Européens, sur une population de 5 millions d'habitants,
on reste confondu devant la grandeur de la tâche
accomplie, surtout si l'on se rend compte que le
mouvement du commerce général de l'Algérie avec
la France, les colonies et l'étranger, s'élève à plus
d'un milliard annuellement.
Ajoutons que la valeur du matériel rural s'est élevée
de 14 millions en 1880, à 52 millions en 1910. Celle
des constructions agricoles est de 150 millions pour
les indigènes et de 405 millions pour les Européens,
moins nombreux.
La surface de l'Algérie proprement dite est de
479.000 kilomètres carrés, le double de la France, mais
le Tell, la région essentiellement agricole, n'a que
4 millions d'hectares livrés à la grande culture sur
14 millions d'hectares de superficie. Les céréales en
occupent plus de 3 millions et la vigne 180.000, un
peu plus du dixième du vignoble de la Métropole.

i3

�«

�CHAPITRE II

LE VIGNOBLE ALGÉRIEN

L'extension prise par la viticulture en Algérie nous
oblige à étudier les causes de ce développement et il
nous faut alors remonter à l'année 1855, où les premiers vignerons récoltèrent 15.000 hectolitres.
M. Pomel a retrouvé des feuilles fossiles de vigne
dans les travertins quaternaires de Miliana, ce qui
dénote que l'Algérie a été de tout temps le pays de la
vigne.
Les colons de la première heure, malgré les conditions favorables du sol et du climat, hésitèrent longtemps à se livrer à la viticulture. Quelques essais
infructueux les avaient découragés. Les vins du début
étaient défectueux par suite du manque de méthode
et d'outillage.
D'ailleurs la plupart des colons de l'époque étaient
des déportés de 513 peu familiarisés avec la culture de
la vigne. Ils procédaient par tâtonnement et leurs tentatives furent rarement heureuses.

�148

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

Trois obstacles s'opposaient alors à la bonne vinification : la trop grande richesse en sucre du raisin ; sa
température et celle de l'atmosphère. Les vins restaient
doux par insuffisance de fermentation.
Mais depuis une vingtaine d'années, aucune branche de l'agriculture algérienne n'a réalisé autant de
progrès que la viticulture.
C'est le fait économique le plus important de cette
période de 1890 à 1911.
Nous relevons dans un opuscule publié par les
soins de la Banque de l'Algérie, à l'occasion de l'exposition de Bruxelles de 1910, ces justes observations :
Lorsque l'oïdium d'abord, le phylloxéra ensuite
eurent exercé leurs ravages dans les vignobles européens, lorsque les ruines accumulées parle second de
ces deux fléaux, firent juger le mal irréparable, l'Algérie apparut comme la terre promise de la viticulture.
Retracer les étapes de l'œuvre colossale entreprise
et menée à bonne fin, décrire les difficultés vaincues,
Mter les dénigrements systématiques mis à néant,
faire, en un mot, l'historique de cette culture exigerait un volume spécial. Mieux que toute discussion,
les chiffres ci-dessous donneront la mesure de l'effort
accompli et des résultats obtenus.
De 1855 à 1879, la moyenne des importations
annuelles de vins en Algérie fut de 361.000 hectolitres
environ, ta-ndis que la moyenne de ses exportations
ne dépassa pas 1.500 hectolitres.

�LE VIGNOBLE ALGERIEN

149

En 1880, les importations se chiffrèrent par
261.582 hectolitres, les exportations par 17.049 hectolitres.
En 1881 et 1882, la situation resta stationnaire ;
1883 marqua franchement le point de départ du commerce d'exportation. L'Algérie vendit cette année
86.316 hectolitres et en acheta 206.436. A partir de
1884, les exportations commencèrent à excéder les
importations. Depuis lors, sauf une dépression en
1900-1901, années de forte production en France, elles
ont suivi une marche ascensionnelle pour atteindre
en 1910, le chiffre de 7.120.060 hectolitres sur une
productiontotalede8.548.000, en regard del7.S00hectolitres seulement à l'importation (vins spéciaux et de
liqueurs).
Il est à remarquer que la culture de la vigne eut sa
plus grande extension au moment où le vignoble
français fut ravagé par le phylloxéra, de 1876 à 1887.
De nombreux vignerons de Bourgogne et du Midi
émigrèrent en Algérie et la viticulture avec ces
ouvriers expérimentés devint prospère.
La vinification fut de plus en plus soignée. La qualité des produits, grâce au choix des cépages, à l'application des méthodes appropriées au milieu, à l'outillage remarquablement perfectionné, contribua à la
vulgarisation des crus algériens.
Mais en 1893, le vignoble français étant reconstitué,
on n'exporta que 1.857.000 hectolitres sur 3.772.003
i3.

�150

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

La consommation locale étant insuffisante pour absorber le stock, il en résulta un avilissement de prix.
Après une reprise assez sensible des cours, il y eut
à partir de 1900, un si grand encombrement du marché dû à la fabrication des vins, artificiels sous les
multiples formes où elle s'opérait, qu'un fléchissement ruineux se produisit en deçà et au delà de la
Méditerranée, entraînant une dépréciation formidable
de la propriété.
C'est à ce moment que Marcelin Albert, victime
lui-même de la fraude, va commencer sa fameuse
croisade contre elle et en faveur de la viticulture.
Différentes lois furent votées comme nous 1' avons
vu dans une autre partie de cet ouvrage ; ces lois de
protection furent applicables à l'Algérie qui souffrait
du même mal que la Métropole, de la mévente. De la
mévente due, non pas à la surproduction naturelle,
mais à la surproduction artificielle.
A communauté de souffrances, communauté de
traitements.
Les colons s'intéressaient aux efforts de Marcelin
Albert. Ils avaient en lui un ami précieux. Ses protestations contre la loi de 1903 sur la détaxe des
sucres eurent de grandes répercussions en Algérie,
car un décret du C octobre de la même année la rendait applicable à la colonie.
Dans sa séance du 15 octobre 1903, le conseil général d'Oran avait demandé l'abrogation de cette loi,

�LE VIGNOBLE ALGERIEN

loi

vœu platonique, d'ailleurs, de sorte que l'assimilation
de la viticulture algérienne à la viticulture métropolitaine les rendait solidaires dans le malheur.
Marcelin Albert en défendant l'une défendit l'autre
et avec le même enthousiasme, car il aime l'Algérie.
Longtemps le Midi s'était montré hostile aux vignerons algériens. 11 les considérait comme des concurrents et boycottait leurs produits. Des membres du
Parlement avaient même proposé un droit de 5 francs
par hecto sur les vins de la colonie à leur entrée en
France.
Si ces injustes préventions sont tombées aujourd'hui, on le doit au vigneron d'Argelliers.
Ecoutez ses déclarations à un rédacteur de la
Dépêche qui, en 1907, lui demandait de préciser sa
pensée au sujet de la viticulture algérienne.
« Les viticulteurs algériens sont des travailleurs
comme nous, exposés aux mêmes mécomptes, aux
mêmes intempéries des saisons, aux mêmes voieries
des hommes, victimes des mêmes méfaits.
» Notre cause est celle de tous les vignerons sans
exception, de tous ceux qui produisent du vin naturel.
Or, des vignerons, des producteurs de vin naturel, il
y en a beaucoup. Puisse-t-il même n'y avoir que de
ceux-là en Algérie. Notre devoir est donc de les
accueillir dans nos rangs, qu'ils soient les bienvenus.
Ils demandent ce que nous demandons ; ils veulent
ce que nous voulons. Que la misère cesse, que le

�152

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

vigneron puisse vivre en exploitant ses vignes ; que
l'ouvrier viticole puisse manger à sa faim en travaillant toute Tannée. Et pour cela, que laut-il?
» Que les vins se vendent à un prix rémunérateur.
Cela se peut-il?... Oui. Que demain le législateur le
veuille et les lois qui nous étranglent se transforment
en lois libératrices. Que demain le Gouvernement
prenne résolument notre cause en mains et ce sont les
Chambres entraînées et nous rendant justice ; c'est le
vin de la vigne qui reconquiert ses droits naturels ;
c'est la hideuse fraude qui disparaît ; c'est la misère
qui cesse de nous étreindre ; c'est l'espérance qui
renaît ; c'est la paix.
» Mais si le vin ne se vend pas, si nous sommes
abandonnés, si demain c'est encore la famine, c'est
en désespérés que nous agirons. Et si on nous accule
à la guerre, ce sera la guerre sans délai ni répit et les
moutons deviendront des loups. Nous voulons vivre,
mais nous ne sommes pas des égoïstes. Nous n'avons
aucun prétexte pour éloigner de nous les Algériens
qui ont les mêmes aspirations, les mêmes détresses,
le même drapeau que nous. Nous sommes ici des
vignerons, des ouvriers agricoles ; c'est avec notre
bon sens d'ouvriers et de vignerons que nous parlons ; les mobiles qui peuvent guider d'autres classes
que la nôtre, à l'égard des Algériens, nous les ignorons. Nous avons formé le bloc de la misère, bloc
formidable que rien ne pourra entamer, qui ira droit

�LK VIGNOBLE ALGÉRIEN

133

au but et duquel nous n'avons le droit d'exclureaucun
de ceux qui souffrent pour les mêmes causes que
nous.
» Il se peut qu'il y ait dans le monde commercial
des gens ayant intérêt à parler et à penser autrement ;
nous savons par expérience que l'accord n'est pas
toujours parfait entre les vignerons et les commerçants, puisque les intérêts des uns sont forcément
opposés à ceux des autres. Si les représentants plus
ou moins qualifiés du commerce des vins ont des
griefs à faire valoir contre la viticulture algérienne,
nous n'avons pas à en connaître, nous, vignerons,
qui ne devons voir dans les vignerons algériens que
des frères affligés à qui nous tendons la main. »
C'est là un précieux témoignage d'estime affectueuse à l'égard des colons.
De son premier séjour en Algérie, alors qu'il s'était
engagé au 2e tirailleurs, à Mostaganem, d'où il partit
pour la guerre en 1870, il avait gardé le souvenir de
ses charmes. Il a fallu tout l'attrait de son pays, de la
maison familiale, du champ paternel, pour triompher
de l'enchanteresse. Mais loin d'elle il l'associe dans
ses luttes à son Midi douloureux et se dévoue à leur
prospérité.
Le Méridional et l'Algérien sont, dans sa pensée,
les frères siamois de la misère. En faut-il davantage
pour que son grand cœur d'apôtre se sacrifie à leur
félicité?

�134

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

A force de persévérance, il les a libérés du joug qui
les opprimait. Les lois de 1903 et de 1907 sont applicables à la colonie au terme des décrets des 28 août,
11 octobre 1907 et ces lois ont muselé la hideuse
fraude.
C'est donc au mouvement provoqué par Marcelin
Albert que les colons, après les angoisses de la détresse,
connaissent les joies delà fortune.
La propriété est resplendissante de ce renouveau
inattendu.
La crise algérienne a été aussi aiguë que celle du
Midi. La plupart des banques, comme prises de panique, se sont montrées impitoyables dans l'exécution
de leurs ordres. Il s'en est suivi des expropriations
nombreuses, des chutes retentissantes.
D'abominables mixtures vendues à Bercy sous
l'étiquette de vins d'Algérie avaient à ce point déprécié les produits de la colonie qu'il fallut des années
pour dissiper l'impression produite.
Qu'on nous permette une digression de quelques
lignes.
Avant 1898, les vins étaient frappés à Paris d'un
droit de 18 fr. 87 par hectolitre, comprenant 10 fr. G2
de droits d'octroi et les droits perçus au profit de l'Etat.
Il y avait là un obstacle à l'écoulement du vin naturel.
Le consommateur s'adressait alors au débitant, qui
lui offrait du vin frelaté à plus bas prix que le producteur. La fraude s'étala scandaleusement sur le

�LE VIGNOBLE ALGERIEN

155

marché et l'étiquette algérienne en fit les frais. Sous
prétexte que les produits algériens entrant en franchise en France, et par conséquent n'étant frappés
que de la taxe de 10 fr. 62, pouvaient être livrés à de
meilleures conditions que les vins étrangers, il se
vendait à Paris seul... le double de ce que l'Algérie produisait à l'époque...
Et cela dura des années.
Nous savons avec quelle énergie Marcelin Albert
prêcha contre toutes les fraudes de 1900 à 1907. Après
le dépôt du rapport de la commission d'enquête et le
vote des lois de 1907, un long soupir de soulagement
fut poussé par toute la viticulture. Respirer, c'était
vivre.
A propos de la Commission d'enquête parlementaire, nous avons le devoir d'informer les Algériens,
que, sans l'insistance de M. Jonnart, la colonie n'eût
peut-être pas été comprise dans son itinéraire. Elle
était encore l'objet de préventions dans l'esprit de
certains députés qui n'y étaient jamais venus. Il a
fallu toute la chaleureuse éloquence du gouverneur
pour décider l'envoi en Algérie d'une sous-commission composée de MM. Cazeaux-Cazalet, Dupourqué,
Sibille, Vigné, Combrouze, Durand, Brousse, Gioux
et Millaud, secrétaire-rédacteur à la Chambre.
Arrivée à Oran le 12 mai, par la Ville-de-Madrid,
elle enquêtait aussitôt sur les causes de la crise. Elle
continua ses travaux par Alger, Constantine, Tunis,

�456

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

convoquant partout les groupements, les assemblées,
les personnalités compétentes et ne cacha pas son
admiration pour l'œuvre accomplie.
Le 23 mai, M. Jonnart écrivait à M. CazeauxCazalet en réponse à une lettre de remerciements de
ce dernier :
Mon cher Collègue,
J'ai eu l'honneur de vous dire avant votre départ de
Paris combien étaient grandes et légitimes les inquiétudes des Algériens.
Je vous suis reconnaissant des paroles réconfortantes
que vous venez d'apporter à nos populations.
Vous avez pu apprécier l'effort considérable réalisé par
elles, leur labeur inlassable et leur inaltérable attachement à la mère patrie. Vous avez été témoin de leurs
souffrances. Elles comptent sur vous pour obtenir la
Répression énergique des fraudes qu'elles considèrent
comme une des principales causes de la crise.
Veuillez agréer, etc..

Au même moment, celle du Midi battait son plein
et les Algériens dont les intérêts étaient liés à ceux de
leurs collègues de France suivaient avec un intérêt
croissant les progrès du mouvement de défense.
Le nom de Marcelin Albert était sur bien des lèvres.
Comme pour les gueux du Languedoc, de la Provence,
du Roussillon, il symbolisait pour les gueux d'Algérie
toutes les espérances.

�Les colons marchaient, par la pensée, à la suite de
cet entraîneur de foules, à travers ces vibrantes cités
méridionales qui l'accueillaient en triomphateur.
Mais ils n'avaient encore pas traduit par un geste
cette pensée commune.

14

��CHAPITRE III

LES ALGÉRIENS MANIFESTENT

Le 20 mai 1907 seulement, M. Du Rieux adressait
par la voie de la Presse cet appel aux viticulteurs :
Le Midi bouge et nous restons immobiles. Ne sommesnous pas aussi malheureux que nos frères de France?
Donc, colons, viticulteurs, debout! Pour commencer,
voici la dépèche que nous avons envoyée au maire de
Perpignan, à l'occasion du meeting de dimanche:
« Syndicat agricole littoral cherchellois envoie salut
fraternel aux vignerons français aussi malheureux que
nous et crie avec eux : Mort aux fraudeurs !
« Vive le vin naturel !
» Le Président,
» Du RIEUX. »

Cet appel fut suivi d'une convocation pour une
réunion de propriétaires et de commerçants qui se
tint le 28, à la Brasserie de l'Etoile. Une commission
d'exécution fut chargée d'organiser un grand meeting

�MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

à Alger, le 9 juin, pour y faire adopter le programme
du comité d'Argelliers.
Une délégation de cette commission se rendit le
30 mai chez le gouverneur, qui leur fit ces loyales
déclarations, pour répondre à des insinuations aussi
malveillantes que ridicules :
Je suis avant tout un indépendant et mes électeurs du
Pas-de-Calais savent mes sentiments à l'égard des viticulteurs.
Ils savent que si j'étais en ce moment à la Chambre, je
serais l'avocat de la viticulture, car le Nord a le plus
grand intérêt à la prospérité du Midi.
J'ai écrit hier à trente-deux collègues du Parlement,
pour leur faire part de mon opinion et les prier d'accueillir vos revendications.

M. Jonnart réduisait à néant les accusations de
certains politiciens, qui auraient voulu le faire passer
pour un adversaire de la viticulture. Le qualificatif
de betteravier qu'ils croyaient désobligeant n'était
qu'absurde, puisque dans la circonscription du député
du Pas-de-Calais on a substitué d'autres cultures à
celle de la betterave.
Les vrais colons qui savaient la valeur de ces dénigrements entouraient l'ancien gouverneur de leur
estime, de leur sympathie et longtemps encore ils
gsrderont un souvenir ému de la très grande part
qu'il prit à leurs douleurs ou à leurs joies.
Son successeur, M. Lutaud, continue ces géné-

I

�LES ALGÉRIENS MANIFESTENT

161

reuses traditions. Les agriculteurs algériens, à qui la
France est redevable du plus beau domaine colonial
du monde, sont assurés qu'ils ont en ces hommes de
cœur d'éminents défenseurs de leur œuvre.
L'Algérie provoque l'admiration de tous ceux qui
la visitent. N'est-ce pas le plus bel éloge qu'on puisse
faire de sa Métropole?
Aussi cette Métropole a-t-elle le devoir de continuer
sa confiance à sa pupille, de compléter son émancipation, commencée par le budget spécial, en donnant
plus de souplesse à son régime pour que ses muscles
se développent harmonieusement, que son sang circule mieux dans ses artères.
Les agriculteurs algériens n'ont-ils pas fait montre
de beaucoup de sagesse, alors qu'ils étaient victimes
de la mévente autant que dans le Midi? Ils ont manifesté avec calme et se sont montrés dignes des gueux
de Marcelin Albert.
« Pas de politique », tel fut aussi le mot d'ordre
de la commission du meeting du 9 juin. Et la politique fut soigneusement tenue à l'écart de cette belle
manifestation, à laquelle adhérèrent 96 conseils
municipaux, 34 groupements agricoles, diverses
sociétés musicales.
C'est sur l'esplanade Bab-el-Oued, où sont édifiés
aujourd'hui de magnifiques immeubles, qu'eut lieu
le meeting. Vingt mille assistants applaudirent tour
à tour MM. Altairac, maire d'Alger; Du Rieux, pré14.

�MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

Í62

sident du comité d'exécution ; Louis Giraud, maire de
Mascara; Dromigny, viticulteur;
ciant; Oudaille, avocat.
Comme en France,

Démange, négo-

on réclama

l'abolition

du

sucrage, du mouillage, de la tabricalion des vins artificiels. Et cet ordre du jour fut voté par acclamations :
Les viticulteurs,
réunis

à

Alger,

ouvriers,

commerçants, industriels,

prennent à

l'unanimité

l'engagement

d'honneur de se solidariser avec les viticulteurs du Midi dans
leurs justes revendications, leur envoient le témoignage de
leur admiration et de leur sympathie.
Ils décident de transmettre cet ordre du jour au comité
d'Argelliers,

à M. Jonnart,

gouverneur général et à la

représentation algérienne.

Marcelin Albert répondit par ce télégramme :
Par delà votre mer, les vignerons de France tendent la
main à leurs frères d'Algérie. Unis dans la prospérité,
solidaires autrefois quand le vigneron pouvait vivre en
cultivant si vigne, la misère a encore resserré nos liens.
Qu'un même cri s'élève du midi de la France et du
nord de l'Afrique. Il faudra bien qu'on nous entende à
Paris.
Les vignerons d'Argelliers vous recommandent de rester
calmes dans vos inébranlables résolutions.
La cause du vin loyal, du vin naturel est une cause
juste. Les consommateurs

sont las des mixtures assas-

sines. Ils sont prêts à nous aider.
Vive le vin naturel !
Vivent nos frères d'Algérie!

�LES ALGÉRIENS MANIFESTENT

163

Peu après toutes ces imposantes manifestations
françaises et algériennes du 9 juin, sont intervenues
les lois de protection grâce auxquelles la crise fut en
partie conjurée,
Et tandis que le Midi méconnaissait les services
rendus par Marcelin Albert, les colons lui vouaient
une reconnaissance qui se traduisit par de touchants
hommages.
Le 17 mars 1908, alors qu'il était en butte aux
attaques les plus injustifiées de Ferroul et de Cathala,
il recevait cette lettre de Saint-Cloud, près Oran.
Monsieur Marcelin Albert,
Au nom des viticulteurs de la commune de Saint-Cloud,
je vous adresse ce jour, par colis postal, un surtout-jardinière avec inscription gravée, en reconnaissance de votre
dévouement à la cause des colons.
Comment vous exprimer tout ce que notre cœur ressent
à l'évocation de votre nom, synonyme de bonté, d'honnêteté!
C'est à ces titres que les viticulteurs de Saint-Cloud
vous offrent ce modeste hommage de leur vive gratitude.
A vous de cœur et pour tous
Pierre GAY,
Propriétaire, Saint-Cloud.
P.-S. — La façade principale du surtout porte une plaquette en argent sur laquelle sont gravés ces mots :
« Hommage offert par les vignerons de Saint-Cloud à
Marcelin Albert, 1907-1908 ».

�1G4

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

Le vigneron d'Argelliers fut sensible à cette marque
d'estime venue d'Algérie.
— Si vous saviez, nous disait-il naguère, en nous
montrant ce « souvenir » au milieu de tant d'autres,
combien je suis touché de n'avoir jamais été méconnu des Algériens.
Je ne pëux croire encore qu'on ait pu douter un
instant de mes intentions, surtout, ici, à Argelliers, où
je suis né, où l'on connaît mon passé, mon désintéressement, la modestie de mes goûts...
Nous sentions qu'en son cœur pleuraient les trahisons souffertes, tant imméritées.
Les âmes énergiques sont les âmes les plus tendresMarcelin Albert a bravé pendant sept ans] l'indifférence, l'inertie de ses compatriotes, sur la foi d'une
idée, sur une lointaine espérance, ce qui dénote un
courage dont peu d'hommes sont capables, mais il
ne résiste pas au moindre coup porté à sa sensibilité.
Ses adversaires qui lui connaissaient cette faiblesse
l'ont exploitée honteusement par le mensonge, la
calomnie.
Sa physionomie s'anime à l'évocation de ces
heures mauvaises. Nous chassons ces visions en l'entraînant sur le sentier de halage du canal, une de
nos promenades favorites, où nous cheminons des
heures à l'ombre des platanes, dans le silence de la
canicule, que trouble seul le battoir des lavandières.
A tout moment l'Algérie est l'objet de nos conver-

�LES ALGÉRIENS

MANIFESTENT

sations au cours de notre villégiature chez « ceux
d'Argelliers ».
C'est ainsi d'ailleurs que no«s pouvons après ces
errances le long des berges où sous chaque pas naissent des souvenirs, entreprendre le récit du voyage de
Marcelin Albert dans la jeune France africaine où
nous l'avons connu.

��CHAPITRE IV

DANS LE

DÉPARTEMENT

D'ALGER

Nous portions tous deux il y a quelques jours à
peine, en dégustant la fameuse bouteille de 1851, un
toast à l'Algérie.
Ce toast était l'écho en terre de France de ceux que
porta Albert sur le sol algérien. Il avait la signification d'un salut affectueux à cette terre d'élection dont
s'enorgueillit la Patrie.
Parti d'Argelliers, de cette bourgade où durant des
mois convergèrent les regards du monde entier, ce
salut soulignait, renforçait les déclarations maintes
fois rééditées de l'apôtre de la viticulture à l'égard des
vignerons algériens. Nous savons en quels termes
chaleureux il en parlait au moment des grandioses
croisades qui arrachaient au Parlement les lois répressives de 1907.
Pour incomplètes qu'elles soient, elles ont rendu
au vignoble une vitalité nouvelle.
Il devait être doux, au cœur du vaillant champion

�-168

MARCELIN

ALBERT ET LALGERIE

de la cause viticole, de revoir une Algérie prospère,
doublement séduisante dans le rayonnement de sa
beauté et de son bonheur, grâce aux émouvants
appels des gueux du Midi à la justice des pouvoirs
publics.
Nous avons dit combien TAlgérie suivait avec une
attention soutenue les événements du Midi. A plusieurs reprises elle avait exprimé au promoteur du
mouvement sa reconnaissance. Elle désapprouva
donc la conduite de certains de ses compatriotes qui,
sur les instigations de Ferroul de Narbonne, de
Cathala d'Argelliers, de Nourrigat de Sigean, faisaient
expier ses joies passées à leur Rédempteur par leur
inqualifiable conduite à son égard.
Après l'avoir raillé, insulté, outragé, après avoir
voulu le brûler vif en août 1907 dans son humble
logis, après avoir tenté le 24 juillet 1910 de l'assassiner
au moment même où sa mère rendait le dernier
soupir, on a fait le silence autour de son nom. Et l'on
a cru le plonger dans l'oubli. Mais ce nom appartient
à l'Histoire.
Le jour est peu éloigné où il surgira à nouveau
auréolé de la gloire des réputations sans tache. En
attendant cette heure très prochaine des éclatantes
réparations, l'Algérie l'a un peu vengé des calomnies
de ses adversaires.
Meurtri, ruiné., abandonné de tous ceux qui lui

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ALGER

469

devaient leur situation, Marcelin Albert entendit
l'appel des vignerons de l'autre rive.
« Venez à nous, semblaient-ils dire, nous panserons vos blessures. »
Et, de fait, on ne le guérit pas entièrement, on
calma ses souffrances, car il y eut une ombre dans ce
tableau de félicité promise. Nous tenons à la dissiper
de suite pour dégager l'horizon vers lequel nous
allons conduire le lecteur et aussi pour ménager la
susceptibilité de Marcelin Albert, qui s'était opposé au
principe de toute souscription en sa faveur.
L'intervention intempestive d'un courtier en vins
dans l'organisation de souscriptions ouvertes avant
toute constitution de comité, mécontenta le monde
de la viticulture qui aurait dû sans tarder calmer les
ardeurs du trop entreprenant personnage. En tout cas,
le promoteur du mouvement qui avait enrichi le
vignoble algérien, n'avait pas à subir le contre-coup
de cette fâcheuse initiative. Les colons devaient faire
taire leurs sentiments personnels et n'envisager que
le but à atteindre.
Nous avons la conviction que si un vrai viticulteur
s'était mis à la tête de cette organisation, tous les
vignerons de la colonie auraient voulu collaborer à la
réparation matérielle et morale de l'injustice commise
à l'égard de leur ardent défenseur.
Un vigoureux polémiste, Mallebay, les a, à ce? moment, très amèrement critiqués. En ce qui nous coni5

�170

MARCELIN

ALBERT

ET

L'ALGERIE

cerne, nous voulons croire que si l'appel à la solidarité
professionnelle avait été tout d'abord lancé par un
producteur estimé et non par un intermédiaire quelconque, nous aurions eu à enregistrer un bel élan de
générosité, pour celui qui redora les flancs du « bloc
de la misère », en faisant couler ce Pactole de 250 millions dans le vignoble algérien.
Les intentions étaient excellentes. Le point de
départ fut défectueux et les résultats n'ont pas entièrement répondu à notre attente.
Mais cela ne troubla nullement la sérénité de Marcelin Albert.
Le 7 novembre 1910, jour fixé pour son arrivée,
une foule énorme l'attendait au débarcadère de la
Gie Touache, sur les Quais et le long des rampes du
boulevard de la République.
Les journaux rendirent compte en ces termes des
manifestations de sympathie dont il fut l'objet:
« A 4 heures, La Marsa accoste et immédiatement M. Marcelin Albert apparaît. Les mains se tendent vers lui. M. Dromigny, président du comité, fait
les présentations.
» Applaudi par les assistants, il se dirige à pied
vers l'Hôtel de Ville. Une foule considérable le suit.
En tête du cortège, un de ses compagnons déploie le
drapeau d'Argelliers, qui guida, en 1907, les populations du Midi dans les meetings d'Argelliers, de Narbonne et de Montpellier.

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ALGER

171

» On arrive, par les rampes du boulevard, à la
Mairie. La grande salle des mariages est bientôt trop
petite pour contenir tous les assistants.
» M. de Galland, maire, qu'entourait M. Bissonnet,
premier adjoint, MM. Gerceî, Cherfils, Colin, Peretti, conseillers municipaux, vient serrer la main de
M. Marcelin Albert, que lui présente M. Dromigny.
Le nom de Marcelin Albert, dit celui-ci, est un symbole;
c'est un nom qui vole sur toutes les bouches comme celui
d'un homme qui a consacré le meilleur de lui-même à
donner à la viticulture française toute sa prospérité. La
présence de M. Marcelin Albert ici prouve qu'il ne sépare
pas les intérêts de la Métropole deceux de l'Algérie. Aussi,
sommes-nous tous prêts à le fêter.

» D'une voix chaude et vibrante, M. de Galland
s'exprime ensuite en ces termes :
Le maire est heureux, au nom de la ville, de la municipalité et du conseil municipal de vous souhaiter la bienvenue dans la ville d'Alger. Il remercie le comité d'initiative
d'avoir préparé cette réceprion pour honorer l'homme d'action qui, avec une foi si profonde et une conviction si
ardente, s'est élevé contre ce que l'on a appelé « la fraude
des vins ». Et il faut que vos accents aient été assez sincères et votre verbe assez enflammé pour avoir provoqué,
dans votre vaste et admirable région, un mouvement sans
précédent. Je connais les cultivateurs de ce pays, où toutes
les belles et nobles qualités du tempérament français prédominent, et s'ils ont répondu à votre appel, c'est qu'ils
ont senti, de prime-saut, que vous vouliez avant tout
assurer le triomphe du droit et delà justice.

�172

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

Homme issu d'un sol généreux, fils de cette terre que
dominent dans un cadre superbe la montagne Noire et les
contreforts des Pyrénées et des Corbières, admirateur,
comme l'aède languedocien, des plaines où s'étend le
manteau verdoyant de vos vignobles, vous avez dit : Non !
non ! les produits de ce sol ne seront pas altérés, maquillés par des vendeurs trop avides I
Et l'on a entendu votre voix ! Le peuple vous a suivi,
comme enflammé par votre parole persuasive, car il voyait
que là était le salut.

» M. de Galland termine en assurant M. Marcelin
Albert du plus fraternel accueil des habitants d'Alger.
» Très ému, M. Marcelin Albert remercie. Il dit en
quelques mots les sentiments qui l'ont poussé à élever
la voix, à protester contre les fraudeurs qui ruinaient
le Midi. Les manifestations grandioses dont il a été
l'âme ont porté leurs fruits ; l'avenir est moins sombre qu'auparavant, l'espérance renaît, mais il faut
encore lutter pour que la fraude ne réapparaisse pas
dans le Midi, qu'éclaire et illumine un beau soleil
et pour que les succès de la viticulture assurent la paix
du monde dans l'avenir.
» M. de Galland, maire, répond :
Ce soleil dont vous venez de nous parler luit aussi bien
en Languedoc, en Bourgogne ou dans le Bordelais, qu'en
Algérie. C'est un père généreux qui répand partout ses
bienfaits, et le grand lac qui nous sépare effectivement de
la Mère-Patrie n'a fait que rendre plus vivaces nos sentiments de bons Français. Il n'y a pas et il ne peut y avoir

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ALGER

173

de conflits entre les viticulteurs de la Métropole et les viticulteurs algériens : ils sont unis les uns aux autres par les
mêmes sentiments, par des liens que rien ne pourra briser, et ils ont applaudi aux succès de leurs collègues du
Midi, comme ces derniers applaudissent, j'en suis certain
aux succès des vendanges de 1910 en Algérie.

»De nombreux applaudissements saluèrentà main
tes reprises tous ces discours, et M. Marcelin Albert,
très entouré, très fêté, applaudi par la foule massée
sur le boulevard, se retira avec M. Dromigny et les
membres du comité.
» Le soir, à 8 heures, un banquet intime réunissait,
à la brasserie de l'Etoile, M. Marcelin Albert, son
frère, venu d'Oran, ses compatriotes d'Argelliers,
MM. Bouisson et Escaffre, MM. Dromigny, Manent,
Pelegri, Bonthoux, Jalabert, Imbert, membres du
comité, M. de Galland, maire d'Alger, etc.
» Des toasts furent portés par MM. Dromigny, de
Galland, Marcelin Albert et Escaffre. On se sépara à
11 heures, en se donnant rendez-vous au banquet
qui doit avoir lieu aujourd'hui à midi, à l'Oasis des
Palmiers. »
Albert nous a souvent fait part, ici, de ses impressions de « retour » en Algérie. Mais c'est surtout le
lendemain de la belle réception d'Alger à laquelle
nous avions assisté, qu'il nous parut enthousiaste.
» Cette magnifique capitale de 200.000 âmes, nous
disait-il, que je revois après tant d'années, superbei5.

�ARRIVÉE

DE MARCELIN ALBERT A ALGER.

(Cl. Bessonj

�176

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

ment transformée, épanouie de la pointe Pescade à
Hussein-Dey, avec ses ports, son mouvement de navires, ses quais immenses, ses splendides boulevards,
son activité fiévreuse, a été si accueillante pour le fervent adorateur que je suis de sa beauté, que je lui en
garde une reconnaissance infinie.
» Si le reste du pays répond au seuil si plein de
séduction, l'Algérie est assurément le pays merveilleux que je n'avais fait qu'entrevoir.
» Je comprends de plus en plus l'attrait qu'il exerce
et c'est je crois un de ses poètes qui a défini exquisement l'état d'âme des partants, avec ce mot : nostalgérie.
» Parfois, des Français osent en médire, c'est qu'ils
l'ignorent. J'ai toujours rêvé, moi, le plus grand rapprochement entre les deux rives. Elles se complètent
et s'identifient presque, quant aux cultures et au climat.
» Au cours de ma longue campagne de défense viticole, je n'ai cessé d'associer dans ma pensée l'Algérie
au Midi.
» Mon but (et ma seule ambition) après avoir intéressé le Parlement à notre cause, était d'organiser une
Confédération Générale Viticole.
» LaC. G. V. est créée en France. Je veux engager
les viticulteurs à la créer ici.
» L'Algérie, par la diversité de ses régions, ne saurait
être exclusivement viticole, mais le vignoble est une
des branches principales de l'agriculture. On ne sau-

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ALGER

177

rait trop chercher à la protéger en se rappelant les
détresses passées. Et de vous exprimer mon désir de la
voir entrer dans cette voie, c'est aussi vous dire qu'en
venant ici, je veux joindre l'utile à l'agréable.
» Pour l'instant, je suis encore sous le ravissement
de la cordiale réception d'hier.
» De me sentir sous ce bon soleil, avec un ciel
azuré sur la tête, alors qu'il y a quarante-huit heures
le dur vent des Gévennes me bleuissait la peau, je suis
tout réjoui.
» Décidément, l'Algérie est une grande enjôleuse...»
Au moment où nous transcrivons cette dernière
impression, la bise des Cévennes ou des Corbières ne
nous bleuit pas la peau. Il souffle un vent d'autan
qui raidit le poil et sèche l'encre malgré les volets
clos, ce qui rappelle l'été du Sud, dans cette Algérie
dont la magie de la lumière a si profondément épris
notre hôte.
Mais l'intérêt qu'offre l'étude à laquelle nous nous
livrons depuis des semaines nous rend peu sensible
aux ardeurs du soleil d'Argelliers.
Aidé de nos souvenirs et grâce aux documents
amoncelés sur les tables, entassés dans des caisses,
empilés au fond d'armoires, nous allons rejoindre
Marcelin Albert au... Jardin d'Essai, le lendemain de
son débarquement à Alger, où il préside un banquet
de cent cinquante couverts. Toutes les personnalités

�178

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

viticoles du Sahel y assistent. L'Oasis des Palmiers
est en iête.
Après des allocutions pleines d'esprit et de cœur de
MM- de Galland et Dromigny, Albert prend à son
tour la parole et de sa belle voix grave remercie l'assistance de l'accueil qu'elle lui a réservé.
J'ai le plaisir, dit-il, de constater que les Algériens savent
s'unir et se souvenir; que les liens de solidarité qui unissent les colons d'Algérie aux viticulteurs de la Métropole
sont toujours plus vivaces.
Plus que jamais, mes amis, l'avenir de la viticulture,
principale cause génératrice de tous les centres de production, a besoin de l'union entière de tous ses plus zélés
défenseurs.
Du salut de la vigne dépend la prospérité de notre belle
colonie. N'abandonnons pas ce sol si fertile.
Dans le Midi, dans tous les centres de production il
s'est formé des syndicats de viticulteurs.
Il est utile, nécessaire même que l'Algérie en fasse
autant. Les grandioses manifestations de 10,07 ont porté
leurs fruits; la fraude est réprimée, l'avenir est moins
sombre; beaucoup de souffrances sont apaisées, la misère
a fait place à l'aisance, l'espérance renaît. Sachons conserver nos positions, conquises au prix de tant ce dévouement et de sacrifices; restons unis, formons un faisceau
compact afin que, par la puissance du groupement et un
effort de notre volonté, toutes nos forces convergent vers
un même but.
Un grand mal social menaçait de nous éliminer; les
empoisonneurs du corps par une nourriture malsaine et
les empoisonneurs de l'esprit humnin par des utopies.

�DANS LE

DÉPARTEMENT D'ALGER

179

Nous venons d'accuier les uns derrière leurs derniers
retranchements; avec le concours de tous les gens de
cœur le Gouvernement de la République saura barrer la
route aux autres.
Mes chers amis, permettez que je vous présente le drapeau de la misère qui a servi de ralliement aux vrais
défenseurs de la vigne.
Cet emblème chéri a présidé à toutes nos manifestations.
Je suis heureux que les Algériens lui apportent une belle
fleur de reconnaissance.
. .
Car il contient dans ses plis l'âme méridionale, l'âme
algérienne, l'âme française.
Ce drapeau, mes chers amis, sera un symbole adoré des
générations futures; il représentera leur droit, leur devoir,
leur indépendance, leur liberté.
Oui je vous le dis : tant que l'espèce humaine aura
besoin de se rattacher à quelques croyances saines, mâles
et vraies, il lui en faudra encore de ces symboles dont la
vue seule remue en nous, jusqu'au fond de l'être, tous les
généreux sentiments, tout ce qui nous porte vers le dévouement, le sacrifice, l'abnégation et le devoir.
Je lève mon verre à l'Algérie, à la France, à la République.

Une ovation est faite à l'orateur. L'on sent planer
un instant l'âme de la Patrie, que ce terrien de vieille
race gauloise a le don d'évoquer par ses mâles accents
et la simplicité de son verbe.
Par « verbe », nous n'entendons pas l'opulence des
termes, la faconde d'un Ferroul, mais le mot juste qui,
dans l'expression parfois un peu nuageuse de la
pensée, fulgure, éclaire, dissipe et s'impose.

�180

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

Chez Albert la pensée est plus rapide que la parole.
Il est devenu dans la solitude relative des champs un
contemplateur de la nature et des hommes. Dans ses
longues méditations sur le sort des humbles travailleurs de la terre, il rêva pour eux une destinée meilleure.
Abattus, courbés sous la rigueur du destin, il tendit
vers eux des bras de secours, des bras de pitié et se
révolta contre ce mot de Lamennais : « Silence aux
pauvres. »
Non, les pauvres parleraient par sa voix. Cette voix
a été entendue par des foules innombrables et les
puissants du jour.
C'est sous la pression du malheur qu'il est sorti de
son mutisme. Une idée généreuse a bouleversé son
existence. Comme il le dit lui-même dans ses Mémoires, il a été l'homme de cette idée. Elle l'a
dominé à toutes les heures de sa vie de luttes contre
les exploiteurs et trois ans après, en Algérie, il agit,
parle sous la même impulsion qu'à l'époque des
manifestations méridionales.
A la Société d'agriculture où il fut présenté par un
notable viticulteur du département, M. Dalaise, Marcelin Albert développa sa thèse de l'union des syndicats, d'une C. G. V. algérienne. Le principe, admis
par l'assemblée, devait recueillir, comme nous le
verrons, de précieuses adhésions par la suite.
Sollicité de tous côtés, Albert se rendit d'abord chez

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ALGER

181

les colons du Sahel. Ce fut un émerveillement pour
ses yeux que ces coteaux couverts de vigne, ces plaines
verdoyantes, ces villages plus ombragés que ceux du
Narbonnais ou du Minervois.
M. Charles Collomb, l'aimable directeur de l'Evolution Algérienne et Tunisienne, que « l'Apôtre »
s'était attaché comme secrétaire, a décrit en ces
termes dans son intéressante revue la réception de
Douéra :
« Marcelin Albert a fait dimanche dernier sa première sortie de la capitale qui semblait vouloir le
monopoliser. Il visita le centre viticole de Douéra.
» Le souvenir de cette agréable localité si coquettement parée ce jour-là, les acclamations enthousiastes
de toute une population, la participation à cette réception de la musique locale, la présence de M. le
Dr Babylée, conseiller général, et des maires de Saoula
et Baba-Hassen, les discours éloquents de MM. Fenagutti, président du Comice agricole; Gontard,
maire; Dromigny, président du Comité MarcelinAlbert, Dalaise, Antonelli, Tiaffay et Rocher, ont
laissé au Rédempteur une impression inoubliable et
lui ont montré que les Algériens savent se souvenir.
» Cette belle manifestation n'est que le prélude de
bien d'autres. Demain ce sera Bouïra, Marengo, Castiglione, Les Issers, Rouïba, puis la province d'Oran.
Douéra n'aura été que la première halte d'une tournée
triomphale à travers l'Algérie viticole. »
16

�182

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

Le 18 novembre, c'est, en effet, vers Bouïra que se
dirige le « vigneron d'Argelliers ».
La vallée de Tisser, de Beni-Amram à Palestre,
attire l'attention d'Albert.
Resserrées entre des parois à pic, les gorges ont un
caractère plus africain que celles de la Chiffa.
La route déroule son ruban fauve au milieu d'une
nature tourmentée. Des singes en gambadant provoquent de menus éboulis de pierres schisteuses le long
des pentes abruptes, cependant qu'à une profondeur
d'abîme la rivière, grossie par des pluies récentes,
roule des eaux limoneuses avec un fracas de
torrent,
On gagne insensiblement le haut Tell et Bouïra
paraît, commandant une région de grande culture.
Tout là-bas, par delà les vallonnements et les
plaines, le pic des Aïzer projette son sommet à
2,066 mètres d'altitude.
Mais les ovations de la population enlèvent Albert
à sa contemplation du pays. Il est reçu par MM. Desbois, président du comité d'initiative; Clairé, maire;
Philipps, Desbois fils, Becker, Pagnerre, Mazoyer.
Au banquet, de deux cents couverts, assistent
MM. Vaudet, Droveau, délégués de Bertville; Coste,
président du comice d'Aïn-Bessem, et Pierrard.
Tous les viticulteurs applaudissent au projet d'une
C. G. V. algérienne. Hommes d'énergie et de progrès,
les colons de Bouïra ne seront certainement pas les.

��184

MARCELIN

ALBERT

ET

L'ALGÉRIE

derniers à répondre à l'appel du comité directeur
d'Alger.
Infatigable, Albert se retrouve deux jours après à
El-Affroun, avec sa suite. Des automobiles transportent la caravane viticole à Marengo, non sans s'arrêter
un instant à Bourkika et à Ameur el-Aïn.
L'arrivée à Marengo s'effectue au milieu d'une
grande afiîuence et aux cris répétés de: « Vive Marcelin
Albert ! ».
Il est reçu par MM. Sauveton, président du comice
agricole, Despaux, maire de Meurad, qui le présentent
à M. Muller, maire et conseiller général.
Le cortège, sur l'invitation du maire, visite les
bâtiments communaux et un banquet magnifique de
trois cents couverts a lieu ensuite, au cours duquel de
vibrants discours sont prononcés en faveur de la
C.G. V. A.
On quitte à regret cette si agréable commune avec
ses rues spacieuses et sa belle parure de platanes.
Mais les moteurs ronflent. Un dernier vivat, un dernier adieu et en route pour Tipaza... Tipaza la
Romaine, aux sépultures bordant les voies qui meurent
dans le sable des dunes.
Puis c'est Castiglione aux grandes haies chantantes
de roseaux balancés par la brise de mer.
M. H. Germain, président de la coopérative, donne
l'accolade à Marcelin Albert, tandis que la fanfare la
Républicaine sonne un appel : « Au drapeau ! », et que

��186

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

les acclamations de toute la population se font longuement entendre.
Le cortège se dirige vers la mairie où le maire,
M. Mattei, souhaite la bienvenue et l'on visite la Cave
coopérative due à l'initiative de MM. Germain et
Robichon.
Comme dans les autres centres, un immense banquet réunit les viticulteurs. Au dessert, c'est à l'unanimité qu'est adopté le projet de la Confédération
Générale des Vignerons Algériens.
Le retour à Alger s'effectue par le chemin de fer sur
routes, à travers ce Sahel qui n'a de comparable que
les plus belles campagnes de France avec, en plus,
sous un ciel de cobalt, ce soleil rutilant et une lumière
si prenante, qu'elle attire et retient les artistes qui la
célèbrent.
Du Sahel, Marcelin Albert se rend à l'orée de la
Kabylie, aux Issers, où l'attendent à la gare M. Dubois,
maire d'Isserville, et son conseil, MM. Jalabert, maire
de Ménerville; Tourel, maire de Bordj-Menaiel. Des
vivats éclatent, lafanfare joue la Marseillaise, la population exulte. Elle est endimanchée comme pour un
jour de fête. C'est d'ailleurs la fête de l'amitié et il en
coûte à Albert, le soir venu, de quitter ces nouveaux
partisans de sa cause et de s'enlever à ce milieu de
vibrante sympathie.
Mais il ne peut retarder davantage sa visite à Rouïba,
centre viticole très prospère des environs d'Alger.

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ALGER

187

Par environs d'Aiger, nous entendons, en dehors
de la région du Sahel parcourue par Albert, le nordest de la Mitidja.
L'immense vignoble qui couvre la plaine entre
Maison-Carrée et l'Aima est aussi soigneusement
entretenu qu'un jardin anglais.
Comme nous l'avons écrit déjà, c'est un émerveillement pour l'étranger que de défiler à travers les interminables rangées de ces plantureux pieds de vigne. Il
se demande si réellement il est dans ce pays dont on
a dit tant de mal. Et s'il a quelque littérature, il se
rappellera qu'en 1878 — il y a 33 ans, un tiers de
siècle — Rohlfs écrivait déjà :
« Quiconque a pu, comme moi, voir les prodigieux
travaux exécutés par les Français en Algérie, n'éprouvera qu'un sentiment de pitié pour ceux, qui, en présence de toutes ces œuvres admirables, oseraient prétendre que les Français ne sont pas colonisateurs. »
Que dirait Rohlfs aujourd'hui?...
Après les remarquables cultures maraîchères d'Hussein-Dey, de Maison-Carrée, Fort-de-l'Eau et du Retourde-la-Chasse, l'on entre dans la région viticole de
Rouïba. Les colons ont fait un vrai paradis de ce territoire où des constructions élégantes remplacent les
fermes rudimentaires de la première heure, où des
donjons, des tourelles dressentleurs flèches au-dessus
des plus hautes futaies.
C'est là où, le 26 novembre, Marcelin Albert déve-

�188

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

loppe une fois encore son idée d'une C. G. V. algérienne devant une assistance nombreuse de viticulteurs.
Au banquet, MM. de Quillac, président du syndicat agricole, Baubier, maire, E. Deccaillet, organisateur de la réception, se déclarent partisans résolus de
cette création. M. Dalaise rappelle ce qu'à fait l'Apôtre,
le bien nommé, pour leur collectivité. « Mais, ajoutet-il, notre victoire ne sera complète que lorsque la loi
n'autorisera plus la fabrication des piquettes, ni
l'usage du sucre. Il faut supprimer cette faculté de
faire de la diffusion, alors, seulement, nous pourrons
nous reposer sur nos lauriers. Et pour arracher cette
dernière concession à la loi, il faut nous unir, organiser la Confédération Générale des Vignerons Algériens».
Et Rouïba, qui est la dernière étape du protagoniste
de la C G. V. dans le département, adhère à son tour
à ce projet.
Ainsi grâce à son zèle, à son activité, iVIarcelin
Albert a rallié, en moins de trois semaines, tous les
viticulteurs algéroisàsa cause. Ilavaitdroità quelque
repos après ce succès. Mais de chaleureux appels
lui venaient de l'Oranie auxquels il avait hâte de
répondre.
Le 27 au matin, il quittait Alger pour Oran où
l'attendait son frère, ce qui atténuait les regrets du
départ.
(

�CHAPITRE V

DANS LE DÉPARTEMENT D'ORAN

Le train après Maison-Carrée entre dans la
Mitidja, la Beauce algérienne. Quelques tours de
roue et voilà Boufarik sous ses platanes gigantesques
groupés en quinconce, puis Blida la « Reine de la
Mitidja » comme l'a baptisée un marabout troubadour. N'a-t-elle pas pour parure autour de son enceinte
des orangers dont les fruits la ceignent d'un diadème
d'or ? ...Le train accélère son allure et bientôt pénètre
à toute vitesse dans la plaine du Chéliff. Le long de
la voie une profusion de fleurs des champs, bellesde-jour, adonis, mourons, pâquerettes, boutons d'or
jettent une note de gaieté lumineuse. A cette époque
de l'année, la plaine n'a pas l'aspect désolé d'après
les moissons.
Tout là-haut, blotti au pied du Zaccar, Miliana
sort timidement de son nid d'éternelle verdure. La

�190

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

pensée d'Albert se fixe un instant sur ce vrai coin de
France où la nature exubère dans une débauche de
teintes et de parfums.
Le coup de sifflet du départ l'arrache brutalement à
son rêve. Et c'est maintenant Orléansville, Relizane,
Perrégaux, St-Denis-du-Sig, à peine entrevus aux
arrêts, enfin Oran où l'attendent amis et admirateurs.
Reçu le lendemain à l'Hôtel de Ville par le maire
et la municipalité, Albert est l'objet d'une manifestation des plus sympathiques à sa sortie du beau monument de la place d'Armes.
Partout où il passe d'ailleurs, il en est ainsi. La
franchise de son regard, la netteté de son geste inspirent de la confiance et commandent l'estime.
L'accueil affectueux qui lui a été réservé depuis
son débarquement semble l'avoir rajeuni. Son moral
est réconforté; aussi avec quelle ardeur va-t-il continuer sa mission en faveur de la C.G.V., sauvegarde
du vignoble algérien.
Le 2 décembre, il fait adopter son projet par la
Chambre d'agriculture d'Oran, présidée par M. Lamur, délégué financier. Puis il reprend ses visites
aux centres viticoles. Partout c'est du bonheur qu'il
apporte et de l'espoir qu'il sème.
Il n'a rien perdu des qualités d'opiniâtreté qui lui
firent braver tous les obstacles pour l'accomplissement
de son œuvre d'humanité. Son courage, un moment

�DANS

LE

DÉPARTEMENT

T&gt;'0RAN

491

abattu, s'est relevé. 11 a repris conscience de sa force
persuasive, est redevenu le Marcelin Albert des
meetings de 1907.
Voyez-le à Mostaganem, le 4 décembre. Son œil
brille d'une grande
joie contenue, c'est
que Mostaganem,
ce sont ses vingt
ans qui passent,
c'est le 2e tirailleurs,
les clairons qui
sonnent, les tambours qui battent.
C'est la jeunesse,
les illusions, les
cœurs qui palpitent
pour la Patrie qu'on
va mutiler sur la
frontière de l'Est...
Mostaganem,
c'est 70, au cadran
de la vie d'Albert.
C'est l'heure où le
tout jeune paysan
d'Argelliers,
après
°
'
?
MARCELIN ALBERT
avoir embrassé sa
DESSINÉ PAR
LUI-MÊME.

�192

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

mère, jette son baluchon sur l'épaule et va devant
lui... à l'accomplissement d'une tâche sacrée.
Fils de veuve! Certes, il se devait à la noble femme
qui agitait son mouchoir à la sortie du village et mettait tout son cœur dans cet adieu au fils. Mais il se
devait aussi à cette autre mère qu'on allait endeuiller :
la France !
C'est tout cela que lui rappelle Mostaganem à
quarante ans de distance, ce passé poignant d'espoirs,
de douleur, de sang et de larmes.
Comment ne serait-il pas ému, lui, si sensitif, si
vibrant sous son masque d'impassibilité.
Mais on l'attend à la mairie. MM. Muller, président du syndicat agricole, Jobert, maire, et ses adjoints
lui font escorte au Grand Hôtel, où sont réunis
150 convives parmi lesquels MM. Tandonnet et
Bories, délégués financiers; Hussenoï, président
d'honneur du syndicat agricole; Mathis, avoué;
Desprès, président du syndicat de Rivoli, et beaucoup
de maires des communes environnantes.
Au moment du départ, Marcelin Albert dit sa joie
des heures passées dans la jolie cité et son regret de
ne pouvoir y prolonger son séjour.
Il est déjà loin qu'il entend encore dans la nuit les
vivats poussés en son honneur. Ces saines émotions
lui font oublier la fatigue et chaque jour il reprend
sa tâche avec une vigueur plus grande.
AMisserghin, la mairie est décorée de plantes, de

�'7

�194

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

fleurs et de drapeaux. Le maire, M. Auzimour, et son
conseil ainsi que le maire de Bou-Tletis, M. H. Berthon, reçoivent Albert en triomphateur. De magnifiques gerbes lui sont offertes et, selon le rite, comme
nous le disions à propos du Serment des Fédérés
après chaque manifestation du Midi, on se retrouve
à table dans une formidable agape fraternelle.
Après les discours sur l'opportunité de la création
de la confédération algérienne, un concert improvisé termine cette belle fête de la reconnaissance.
Et la série continue.
Le 6 décembre, Albert traverse les faubourgs populeux de Bel-Abbès non sans avoir admiré la magnifique plaine que fertilise la Mekerra.
De hauts arbres, de beaux jardins entourent la
ville derrière les murs de laquelle les tambours et les
clairons de la légion étrangère cadencent le pas des
hommes.
Tous les colons de la région se sont rendus à BelAbbès pour acclamer le sauveur de la viticulture. Il
est reçu par MM. Maréchal, délégué financier, président du syndicat agricole; Renaud, conseiller
général ; le commandant Barthaud, etc.
Le cortège se rend dans la très belle salle du syndicat agricole où M. Maréchal prononce une chaleureuse allocution. Elle résume ce qui a été dit et ce qui
se dira encore au cours des réceptions de Marcelin
Albert.

�DANS LE DÉPARTEMENT D'ORAN

195

« Je vous exprime, dit le président, toute ma sympathie et ma reconnaissance pour l'œuvre remarquable que vous avez entreprise : régénérer nos vins
de France, sur le point de perdre leur réputation
légendaire, sous l'action de plus en plus néfaste des
fraudeurs.
» Votre nom doit être inscrit en lettres d'or dans
l'histoire de la viticulture. Il symbolise la volonté,
l'énergie puisées dans une foi ardente. Cette foi, il
vous la fallait profonde^ inspirée par l'immanente
justice. »
L'orateur continue en le félicitant d'avoir été
l'homme qui jeta le cri d'alarme et démasqua ainsi
les opulents fraudeurs.
« A votre voix, un peuple se leva et force fut aux
pouvoirs publics d'édicter des lois protectrices. »
Dans une émouvante péroraison, M. Maréchal
exalte l'âme française des Français d'Algérie :
« Vous emporterez de voire visite cette impression
que nous sommes des Français, que votre œuvre fait
ici l'admiration de tous, alors que nos compatriotes
nous dénigrent parfois parce qu'ils sont mal instruits.
A vous, Monsieur, d'achever votre tâche en nous
donnant la main, en faisant revendiquer nos droits
qui sont les vôtres. »
Ces paroles qui expriment le sentiment général soulèvent les applaudissements des deux cents viticulteurs
réunis au syndicat agricole, et la réponse de Marcelin

�196

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

Albert préconisant l'union est unanimement approuvée par l'auditoire.
Une promenade en automobile organisée par les
membres du syndicat permet au promoteur d'admirer
de véritables fermes modèles au milieu d'une campagne ravissante et des villages d'une rare prospérité.
Cet enchantement se continue d'ailleurs jusqu'à
Tlemcen...
— En effet, dit Albert, à qui nous demandons s'il
aime autant que nous Tlemcen, je sais que vous avez
une prédilection pour ce « joli coin ».
» Pour vous enlever un instant à l'obsession de
banquets dont votre plume doit être incommodée, vous
devriez me relire la description que vous en faites
dans votre Algérie d'aujourd'hui. »
— Bien volontiers. Voici :
« Protégée au sud par le Djebel-Attar, la ville est
exposée aux vents du nord qui, en été, tempèrent
délicieusement le climat. L'abondance des sources, le
panorama des vallées du Saf-Saf et de Tisser, les
paysages plus intimes des environs font de Tlemcen
une résidence adorable. Quoi de plus charmant que
les sentiers courant au Bois-Sacré entre des ruisselets
glouglouteurs et des haies de boules-de-neige. Des
hêtres centenaires protègent les ruines d'un mausolée
arabe d'une grande pureté de lignes.
» Et la route de Bou-Medine, de cette oasis embau-

��198

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

mée que précède un vieux cimetière aux stèles lépreuses
et aux inscriptions rongées. Quelques koubas élèvent
dans un effort lassé leurs murs ocreux et, à l'entrée
du village silencieux, une tour croulante se tient en
sentinelle, lamentable vestige d'une civilisation disparue. Nous voilà à la mosquée fameuse du xiv6 siècle,
un des spécimens les plus précieux de l'art arabe.
» Autour de la demeure sainte, les maisons se
pressent en des ruelles à pente rapide et, à l'issue du
Alliage, la nature reprend impérieusement ses droits.
» Les jardins, les prairies, les champs sont autant
de vergers entourés d'acacias, de peupliers, de frênes.
Le sol est gazonné de tulipes, de pervenches, d'iris et
les formes blanches des mauresques à la démarche
lente, jalonnent la route de Bou-Medine à la ville... »
— C'est tout à fait ça. Vous venez de me faire
revivre les heures consacrées à la visite des environs
de Tlemcen après ma réception par les autorités et les
colons, qui fut particulièrement brillante.
La population était massée sur la place de la
Mairie où m'attendaient MM. Thesmar, délégué
financier; Barisain, maire; Fages, conseiller général.
Quelles chaudes poignées de mains. Et comme mon
idée a été acclamée d'une C G. V. algérienne.
Mais c'est surtout à Saint-Cloud, où je me rendis le
11 décembre, que le projet fut chaudement accueilli.
D'ailleurs, vous le savez. Je vous laisse donc continuer à banqueter... de souvenir, heureusement, car il

��200

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

ne vous resterait plus d'appétit pour un certain civet
que vous prépare Mme Albert...
Il n'y a pas que le projet de la C. G. V. qui suscite l'enthousiasme de Saint-Cloud.
Toute la localité, pavoisée comme pour une fête
nationale, est heureuse et fière de recevoir le héros de
la crise viticole. Et ce bonheur se traduit au repas de
deux cents couverts, où MM. Jeager, maire; Sabatier,
délégué financier, rendent un éclatant hommage au
mérite du « Roi des Gueux du Midi ».
« Nous, dit le maire dans son discours, nous avons
bénéficié de la loi sur les fraudes; lui, a connu le
revers de la médaille, et c'est pour cette raison que
nous ne l'abandonnerons jamais. Notre défenseur a
pensé que pour maintenir haut et ferme le drapeau
de la viticulture, il était indispensable d'organiser une
confédération algérienne. Pour cela, nous sommes
avec lui de tout cœur.»
Très ému, Marcelin Albert remercie M. Jeager et
la population de Saint-Cloud de la sympathie qu'on
lui manifeste, puis, au milieu de l'attention générale,
i! explique les avantages d'un groupement compact
pour la défense des intérêts viticoles.
MM. Dalaise, Sabatier, Gay Pierre, Mohring célèbrent le « vigneron d'Argelliers » et la journée se termine par un bal donné en son honneur.
Tard dans la nuit, Albert entend les derniers échos
des quadrilles, des polkas et des valses. Cela chante à

��202

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

son oreille la douce chanson de la reconnaissance et
du souvenir.
Partout, sur des modes différents, cette musique du
cœur trouble l'Apôtre. A Bouisseville, station estivale
en création, on baptise une place de son nom et le
propriétaire du terrain lui offre 500 mètres de son
domaine.
A Bou-Sier, toujours dans les environs d'Oran, le
maire, M. Jagot, organise le 17 une réception d'une
extrême cordialité, rehaussée par la présence de
MM. Hue et Lamur, délégués financiers.
Du discours de M. Lamur, il est bon de retenir le
passage où, en termes énergiques, l'orateur flétrit les
politiciens qui ont usurpé la place d'Albert à la tête de
la confédération du Midi. Aussi lui promet-il la présidence d'honneur de la C. G. V. algérienne, du jour
où elle sera organisée.
A la réception de Rio-Salado, à laquelle assistent
MM. Poutingen, le maire, Bons, conseiller général,
de nombreux maires et colons, la même pensée est
émise, mais sous la forme plus caractéristique d'un
vœu adopté par plus de trois cents viticulteurs.
En effet, après le banquet où un magnifique objet
d'art est offert au courageux vigneron audois, une
conférence a lieu qui se termine par cet ordre du
jour :
« Les viticulteurs de la région de Rio-Salado réunis en assemblée générale, après avoir entendu les

�DANS LE DÉPARTEMENT DORAN

203

explications de Marcelin Albert, s'engagent formellement à former une section communale qui adhérera
à la C. G. V. algérienne et proposent, ainsi que l'a
lait M. Lamur à Bou-Sfer, de nommer Marcelin
Albert président de cette future confédération. »
L'élan était donné. Le lendemain, 19 décembre,
Mascara allait imiter Bou-Sfer et Rio-Salado.
Le comité de réception avait attendu Albert à
Dublineau, à 20 kilomètres de Mascara.
Le cortège précédé de la musique « l'Association
artistique » entre en ville et soulève sur son passage
un indescriptible enthousiasme.
M. Giraud, maire, entouré de son conseil, offre un
apéritif d'honneur au cours duquel il fait l'éloge du
promoteur de la défense viticole :
« L'Algérie avait senti aussi le frisson des grandes
crises qui s'approchent. Elle avait beaucoup souffert
déjà et l'écho des rassemblements populaires lui venait
à travers la Méditerranée. Elle voulait s'associer aux
viticulteurs du Midi, et, au cours d'une journée inoubliable, dans la capitale, elle portait la protestation de
ses enfants menacés aux détenteurs de l'autorité.
» Grâce à vous nous avons obtenu satisfaction.
Recevez ici l'expression de notre admiration pour
votre grande œuvre et de notre reconnaissance.
» Comme un bon ouvrier vous venez parachever
votre mission providentielle.
» Par la Confédération des Vignerons Algériens, il

�204

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

sera possible d'atteindre plus efficacement dans leurs
derniers retranchements les fraudeurs si haut placés
qu'ils soient. »
« Honneur à vous, honneur à ceux qui vous ont
suivi, qui vous ont aidé et qui vous secondent dans
cette tâche d'assainissement et de justice.
» La ville de Mascara qui vous doit tant vous décerne le diplôme d'inscription à son livre d'or, où
figurent ceux de ses enfants qui se sont distingués par
des actes de courage, de sacrifice et de dévouement.
» Ce sera là un témoignage durable de son admiraration et de sa gratitude.
» Je lève mon verre en votre honneur et je bois à
l'avenir de la Confédération des Vignerons Algériens. »
A ce moment, la foule réclame le « Rédempteur ».
Albert paraît sur le balcon de la mairie et c'est alors
une splendide ovation qui lui est faite, pendant que la
musique joue un pas redoublé.
De pareilles manifestations sont bien faites pour
effacer des souvenirs d'injustice...
On ne se douterait guère à voir la joie générale que
peu de jours avant Mascara était divisé par la politique. Nous en félicitons sa généreuse population.
Au banquet, au syndicat agricole, au théâtre où a
lieu la conférence, partout règne le même empressement. Et pour donner à cette mémorable journée
une consécration officielle, M. Cabassol propose

�DANS LE DÉPARTEMENT o'ORAN

205

l'ordre du jour suivant qui esf adopté à l'unanimité :
« Les viticulteurs de la région de Mascara réunis au
théâtre en assemblée générale, après avoir entendu
les explications de M. Marcelin Albert, approuvent
avec enthousiasme ses déclarations et s'engagent à
adhérer de tout cœur au projet de Confédération Générale des Viticulteurs Algériens. Ils comptent sur le
concours dévoué du comité d'Alger pour réaliser ce
projet dans le plus bref délai et seraient particulièrement heureux de voir M. Marcelin Albert accepter la
présidence d'honneur de la future confédération. »
Après un dîner intime chez le maire et une nuit de
repos bien gagné, Albert et sa suite, accompagné de
M. Petit, délégué financier, visite Aïn-FarèsetPalikao,
Un banquet de quatre-vingts convives réunit MM. Gérard, maire, conseiller général, les fonctionnaires, les
viticulteurs de ce centre et des environs.
Dans une allocution charmante, M. Gérard exprime
à son hôte toute sa reconnaissance pour les services
rendus à la viticulture.
« Unissons tous nos efforts, ajoute-t-il, pourquela
victoire des viticulteurs soit complète par la réussite
de la future confédération, dont Marcelin Albert sera
le président d'honneur. »
M. Petit retrace à son tour l'époque troublée où
l'Apôtre menait au bon combat plus de 800.000 vignerons du Midi :
« Vos frères d'Algérie, dit-il, étaient de cœur avec
18

�206

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

vous; ils vous reçoivent aujourd'hui avec joie et ils
sauront s'unir dans l'avenir pour faire triompher à
jamais la cause de la viticulture. »
Le retour de Palikao s'effectue par Maoussa et le
lendemain Albert dit adieu à Mascara, à l'ancienne
cité guerrière qui domine la plaine d'Eghris avec ses
vignes, ses oliviers, ses fermes et ses troupeaux.
Qui se douterait, à voir ce pays parsemé de villages et cultivé à la française même par les indigènes,
qu'il fut il y a cinquante ans un immense marécage
aux émanations putrides. Cependant, des vestiges
d'occupation romaine indiquent que dans la haute
antiquité, ce sol a été livré à la culture.
Après la conquête, il fallut le drainer sur de grandes
distances pour le rendre à sa destination première.
Ces efforts ont donné les résultats qu'admire Marcelin
Albert.
Et tandis que l'auto l'emporte vers le chef-lieu, il fait
les mêmes réflexions que nous lors de précédents
voyages sur les hauts plateaux, au sujet de l'emploi judicieux que trouveraient en Algérie des capitaux inoccupés si nos compatriotes tournaient plus souvent la
tête vers ce pays fécond en ressources de toutes natures.
Qu'ils entendent du moins l'appel, avons-nous
écrit souvent, que nous leur lançons à travers la Méditerrannée. Les bras et les intelligences trouveront à
utilement s'exercer, maintenant surtout qu'il n'y a
plus à redouter l'impossibilité de l'acclimatement.

�DANS

LE

DÉPARTEMENT

D'ORAN

207

A la jeunesse de France qui va s'entasser dans les
villes, aux oisifs fortunés qui ignorent les joies du
labeur, nous ne cessons de répéter :
« Unissez-vous. Mettez en commun vos vigueurs
et vos deniers. Solidarisez-vous après de préalables
études en vue d'exploiter telle ou telle branche du
commerce, de l'industrie, de l'agriculture de l'Algérie.
Groupez vos capitaux, vos énergies, vos vaillances,
entourez-vous d'auxiliaires français pris dans le
monde des travailleurs et traversez la mer, cette mer
dont les mêmes vagues presque caressent les deux
rivages. Vous continuerez ainsi la Patrie auprès de
vos aînés sur cette terre d'élection et trouverez, dans
le sentiment grandi de votre dignité, la récompense
de votre foi, dans le résultat de vos efforts, la satisfaction matérielle que vous étiez en droit d'attendre... »
...Mais l'automobile ralentit sa marche. On voit
dans un lointain brumeux le rocher de Santa-Cruz
qui surplombe le Portus Divinus des anciens, le
Mers-el-Kebir des arabes.
Oran, boulevard Seguin, boulevard Malakoff IC'en
est fait du voyage dans l'Oranie. Après une dernière
visite aux Trois-Marabouts, Albert, rappelé d'urgence
à Argelliers, ne peut se rendre dans la province de
Constantine à son très vif regret.

��CHAPITRE VI
LE RETOUR.

Il reprend donc le chemin du retour, vibrant encore de l'affection qu'on vient de lui témoigner.
Quand la sirène du navire
annonce le départ, de nombreuses mains se
tendent vers lui.
Quelques coups
d'hélice et le
courrierprendla
mer emportant
l'Apôtre de la viticulture vers la
bourgade natale.
Il part, mais TI
a semé le bon
grain et l'Algérie
est feriib. Ce
grain naîtra sous
l'action bienfaisante de son
soleil.
Albert en est
MISTRAL.
tout imprégné de

�210

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

ce soleil qui a chassé les mauvais souvenirs de
son esprit.
Et quand à Port-Vendres, il saute dans le train de
Narbonne, il se sent ragaillardi, prêt à recommencer
la lutte.
C'est le 11 janvier 1911. En arrivant à Argelliers, il
trouve sur le seuil de l'année nouvelle les vœux de
son ami, le grand poète Mistral, et sur le seuil du
logis, le sourire de la bonne Marceline

�CONCLUSION

— Y êtes-vous ?
— Voilà.
— Le civet vous attend... ■
C'est le civet... de l'étrier, car notre tâche est finie.
Il appartient à la postérité d'accomplir la sienne.
Cette œuvre est une œuvre de réparation. Indigné
de voir Marcelin Albert méconnu, raillé, assailli, au
lendemain des lois protectrices que lui doit la viticulture, nous n'avons pu résister au désir de relever
ces outrages.
— Laissez, nous disait-il dans un bon sourire de
résignation, les chiens aboient, la caravane passe,
laissez, le temps me justifiera...
Vous jésufiera, cher apôtre. Vous n'aurez pas été
en vain le Rédempteur de la vigne. Sacrifié à l'ambition^ Fégoïsme de mauvais bergers, nous ne pouvions
supporter qu'on vous déniât ce titre qu'un million de
gueux vous a donné à la face du ciel, dans la
Jérusalem de la « crise viticole ». C'est justement

�212

MARCELIN ALBERT ET L'ALGÉRIE

après cette inoubliable journée de Montpellier, qu'on
a misérablement cherché à vous couvrir d'opprobe.
Nous l'avons dit : ceux qui ont agi ainsi sont des
usurpateurs. Ils devraient s'inspirer de cette pensée
de Thiers sur Napoléon : « Toute usurpation a un
cruel retour. »
Entrés après les autres dans le mouvement de
défense si admirablement préparé par Albert, sceptiques de la première heure, ils n'auraient pas dû figurer à ses côtés dans les manifestations du Midi, s'ils
avaient eu quelque conscience. Ils ont fait mieux, ils
ont attenté à son honneur par la calomnie et le blasphème .
Mais les épreuves l'ont grandi. Il oublie tout en
sa tranquille demeure d'Argelliers. Son âme est
comme ces cribles où les laveurs d'or recueillent les
paillettes du précieux métal dans l'eau des Cordillères.
C'est l'opinion publique, à la justice de laquelle
nous faisons appel aujourd'hui, qui a le devoir de venger Marcelin Albert.
En publiant ce livre, nous provoquons ce verdict
que n'aurait plus sollicité le champion de la crise
viticole.
Victor Hugo a dit : «On peut être frappé au cœur et
sourire. »
C'est ce que faisait Marcelin Albert avant notre
arrivée. Il sourit toujours, depuis, mais il souffre

�CONCLUSION

213

moins, car nous avons essayé de panser ses blessures.
Sur nos instances, aussi pressantes qu'affectueuses,
il s'est décidé à publier ses Mémoires.
Ils rétablissent la vérité, la grande vérité historique
des faits. Or, l'histoire, c'est la mémoire de l'humanité. On dira donc plus tard : un seul homme a été le
créateur de la Confédération Générale des Vignerons,
puisque sans ses efforts constants et sa foi vigoureuse le
Midi n'eût pas eu les journées glorieuses de 1907, dont
la C. G. V. est la conséqueuce naturelle.
Et tandis que les ingrats, les parjures, les ambitieux
porteront à jamais le sceau infamant de leur forfaiture, le nom de Marcelin Albert reviendra sur toutes
les lèvres.
Dans les villages du Languedoc, du Roussillon,
de la Provence, les aïeuls raconteront à leurs petitsfils le bien qu'a fait cette homme.
Courbés sur leur bâton de cornouiller ou d'aubépine, piiéssous leiaix des années et des longs labeurs,
mais rassurés désormais sur l'avenir des survivants,
ils diront aux jeunes, au coin de l'àtre ou par les
chemins des champs, leur temps de misère suivi
d'un peu de bonheur. Et, plus d'un, le soir, à l'Angélus, aura pour l'ancien vigneron d'Argelliers une
pensée de reconnaissance.
Argelliers ! Les heures qui tombent une à une dans
le silence de cette fin de jour nous rappellent que le

�214

MARCELIN ALBERT ET L'ALGERIE

pèlerinage est terminé. Toutes les voix de la nature
nous crient: «Maintenant que vous avez jugé l'homme,
marchez! »
Nous nous éloignons donc de la jolie bourgade,
laissant nos hôtes devant leur porte après l'adieu
mélancolique des séparations. Déjà le clocher aux
tuiles rouges disparaît dans le ciel qu'ardoise le crépuscule. Ce départ après des semaines consacrées à
revivre ensemble les impressions d'un passé extraordinaire ne serait pas sans regret, si nous n'avions
conscience d'aller vers l'avenir de demain, proclamer
bien haut, à la face de tous, la dignité, le mérite
de Marcelin Albert, son large esprit de justice et son
fervent amour de l'humanité.
Argelliers, septembre 1911.

�TABLE DES MATIÈRES

CHEZ MARCELIN ALBERT

I

MÉMOIRES DE MARCELIN ALBERT.
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
VIII.
IX.
X.
XI.
XII.

CHAPITRE

—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—

—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—■

La période aiguë
Les meetings
Les Jacques
Mon arrestation
En prison
Le retour à Argelliers
Les résultats
Précieuses attestations ......
Grandeur et simplicité
Considérations sur la « Crise » . .
Leur procès
Suite des considérations

1
17
2957
77
81
85
91
113
119
123
129

MARCELIN ALBERT ET LALGÉRIE.
CHAPITRE

—
—
—
—
—

I.
II.
III.
IV.
V.
VI.

CONCLUSION

—
—
—
—
—
—

Marcelin Albert et l'Algérie. . . .
Le vignoble algérien
Les Algériens manifestent ....
Dans le département d'Alger . . .
Dans le département d'Oran . . .
Le retour

143
147
159
167
189
209
211

��Extraits du Catalogue général de la LIBRAIRIE UNIVERSELLE
PARIS.

20,

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RABELAIS
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PAR

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. Ces trois qualités : tour,
couleur, discret archaïsme, M. Soulacroix les a adroitement
conservées. J'affirme qu'à transposer ainsi, on ne fait perdre à
Rabelais aucune de ses beautés ni de ses grâces, et qu'on le
rend accessible au peuple. . .
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              <text>Mémoires / Marcellin Albert. Marcellin Albert et l'Algérie / A. Castéran</text>
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              <text>Albert, Marcellin (1851-1921)&#13;
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              <text>Languedoc (France) -- 1907 (Révolte des vignerons)</text>
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              <text>&lt;p style="text-align: justify;"&gt;Dans ce document, A. Cast&amp;eacute;ran relate la vie de Marcellin Albert, po&amp;egrave;te ayant jou&amp;eacute; un r&amp;ocirc;le fondamental dans la r&amp;eacute;voltes des vignerons de 1907.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p style="text-align: justify;"&gt;En effet, il mena campagne contre les vins non naturels qui inondaient le march&amp;eacute; &amp;agrave; l'&amp;eacute;poque.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p style="text-align: justify;"&gt;En 1907, lorsque le cours du vin s'effondra, la crise pris une ampleur telle que 600 000 personnes manifest&amp;egrave;rent &amp;agrave; Montpellier le 9 juin 1907.&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Castéran, A.</text>
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              <text>Mémoires de Marcellin Albert. Marcellin Albert et l'Algérie de A. Castéran </text>
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