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ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
Libraires des Archives nationales, de la Société de l'Ecole des Chartes,
tic la Société d'Histoire contemporaine, etc.

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�Cet ouvrage a été tiré à 200 Exemplaires.

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PAR

PAUL

MARIÉTON

ALPHONSE PICARD ET FILS, ÉDITEURS
Libraires des Archives nationales, de la Société de l'École des Chartes,
de la Société d'Histoire contemporaine, etc.

82, rue Bonaparte, 82

M DCCC XCIII

OFFICE REGIONAL DE LA CULTURE

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5626

i

+

�Aux miens.
A ceux qui me sont chers.
A mes amis Diois.
ux Cigaliers et aux Félibres.

��INTRODUCTION

e livre encore va témoigner du sortilège inépuisable de la Provence
poétique. L'auteur, né dans le Centre, d'atavisme languedocien, semblait peu préparé par ses fonctions,
aux études qu'il aborde aujourd'hui. Mais les hasards de sa carrière l'ayant promené dans toutes les régions du merveilleux Midi français, où il avait rêvé de reprendre
racine, il comprit et aima la gloire de ces provinces
à qui revenait la conscience de leurs antiques solidarités. Il est de ces âmes généreuses dont parle Vauvenargues, qui ne partagent que la sympathie et l'admiration.
Avec son avant-dernière étape, en Dauphiné provençal, coïncida la commémoration de la Comtesse de
Die (1888), laquelle inaugura l'expédition des Félibres
dans la Provence romaine. On se rappelle l'enthousiasme qui salua le retour de la Tragédie antique sur
la vénérable scène d'Orange. Ce premier pèlerinage
des Méridionaux aux grands souvenirs de leur terre
natale, fut son chemin de Damas. Soudain conquis à
leur apostolat, il se joignit à l'allègre cortège. Et voici
que devenu lui-même un de nos plus vaillants initiés,

�II

INTRODUCTION

il a résolu de se faire l'historien de chacun de ces
ancêtres à qui la Jeune Provence veut ramener le
culte de son peuple.
Terre fortunée que la Provence ! Elle a réuni au
travers de l'histoire, toutes les magies sur son nom.
La grâce tempérée, le charme varié de sa nature, avec
la souple et noble race qui en sort, donnent l'illusion
d'une autre Hellade. Epargnée dans la plupart des guerres du Moyen-âge, depuis la légendaire invasion teutonne réprimée par ce Marius dont elle a fait un héros
national, elle n'a guère retenu de tant d'oppressions
qui ont pesé sur l'Occident, que les dures incursions
des Maures. Encore n'est-il pas certain qu'elle même
ne les ait provoquées, contre les hordes franques de
Charles-Martel. Survint la Civilisation Romane, éclosion
magnifique du génie latent d'une race qui devait séduire les Barbares comme elle avait charmé et retenu
les antiques civilisations. Sans lui avoir donné la naissance ni ses plus fameuses gloires, la Provence lui
laissa pourtant son nom. C'est avec ce doux nom de
Provence dont rien ne saurait user le parfum, que la
légende des troubadours a traversé les siècles. Généreuse, indolente aussi, cette patrie de l'âge d'or a
reflété sa douceur sur les plus fameux de ses maîtres,
encore populaires dans leur proverbiale bonhommie.
Et remarquez que la plupart sont de race étrangère,
depuis ses grands saints d'Arles et de Lérins et ses
grands princes, les Raymond-Béranger, des catalans,
Jeanne de Naples, René d'Anjou, jusqu'à ses papes
d'Avignon et ses grands hommes d'adoption, tel Romée de Villeneuve. L'idée de l'antique Provincia était
restée vivante dans la tradition du Midi, d'où la perpétuité de son nom au Moyen-âge (i). Mais la re(i) Cf. Paul Meyer, La Langue romane et ses différents noms
(Annales du Midi, t. I.)

�INTRODUCTION

III

nommée des troubadours l'a sentimentalisée en la conservant. Provence est désormais la terre prédestinée
du gai-savoir et du printemps des choses.
Elle les a si bien étendues, ses idéales frontières,
qu'aujourd'hui même étudier les poètes du Languedoc et du Limousin, c'est encore étudier la poésie provençale. Sous cette appellation le goût s'en est répandu, dès les premières enquêtes de la Critique, dans
tous les milieux savants de l'Europe. L'Allemagne, se
souvenant qu'elle devait ses Minnesœnger à nos troubadours, sembla vouloir disputer à la France la supériorité dans ces études neuves. Depuis Lacurne de
Sainte-Palaye (1697-1784), jusqu'à la présente génération des romanistes, fourmillante du Nord au Sud et
passionnément érudite, en passant par des maîtres
comme Raynouard et Fauriel, initiateur savant et historien romantique, Diez, le prince de la philologie provençale, Paul Meyer et Chabaneau, c'est tout un
monde qui a été dégagé des ténèbres. Mais c'est encore un domaine privé. Tant de travaux n'ont fait
qu'assurer l'austère science et l'enrichir, sans qu'aucun
de ses pionniers obscurs ait osé dépouiller son abnégation pour nous en donner la synthèse. Paul Meyer
pourtant nous l'a promise, cette histoire des Troubadours. Qui plus que lui en est capable ? Mais l'aurons-nous bientôt et sera-t-elle accessible à tous ?

Ce pendant le Félibrige, affirmé après quarante ans
par des chefs-d'œuvre et des chefs d'hommes, a élargi
et approfondi son empire. Il a revendiqué l'atavisme
de la civilisation romane. L'heure est venue où il doit
expliquer au peuple qui le suit comment tout moderne
et précurseur qu'il est, il renoue cette tradition. Pour
qui observe l'évolution du néo-provençalisme, le mérite
de l'œuvre qu'on va lire réside en ceci : qu'elle ouvre

�IV

INTRODUCTION

la voie aux vulgarisations de notre histoire nationale,
à l'étude populaire des troubadours. Limité jusqu'à ce
jour dans le cercle restreint du mandarinat des philologues, le romanisme en veut sortir. On nous a donné
récemment d'excellentes éditions de nos poètes avec
glossaire, comme le Bertrand de Born de M. Antoine
Thomas (1890) (1) que va suivre un Arnaud Daniel de
M. Chabaneau, éditions plus spécialement destinées
aux élèves des facultés (2). Notre jeunesse félibréenne
a compris la nécessité d'une histoire familière et détaillée de la littérature provençale. Pour elle, désormais, les troubadours sont des ancêtres, dont elle voudrait faire des classiques, les rattachant à la civilisation
gallo-latine et par elle à l'antiquité. Un tout récent
mouvement esthétique, « l'école romane » de MM. Moréas et Ch. Maurras, application littéraire de l'Idée latine, dés longtemps chère au Félibrige, semble précisément s'ajuster avec le mouvement historique provoqué
vers 1874, par Nap. Peyrat, Fourès et M. L. X. de Ricard, pour relier la Cause néo-provençale à la patrie
méridionale, aquitane, traîtreusement égorgée au xiue
siècle.
Voici, pour les études synthétiques et les monographies des troubadours, l'heure critique de surgir. (3)
L'entreprise de M. Santy qui, à la biographie détail-

Ci) Poésies complètes de B. de Born, avec introduction biographique, un volume in-12. Toulouse, Ed. Privât, 1890.
Cf. Aussi Du rôle historique de B. de Born, par L. Clédat. Paris,
Thorin, 1879.
(2) M. Chabaneau, parmi tant d'autres savants travaux, a
donné une parfaite édition critique des Biographies des Troubadours (textes provençaux et latins du Moyen-âge), Histoire du
Languedoc, t. X, pp. 209-409. Je crois être assuré qu'il va la
rééditer prochainement en un volume plus accessible.
(3) Un jeune félibre toulousain, M. J.-Félicien Court, doit publier
en languedocien une série de brochures populaires sur chacune
de nos écoles littéraires au Moyen-âge. La première, VEscole toulousèno, a paru récemment.

�INTRODUCTION

V

lée du poète, à ses œuvres et à leur traduction, entend
joindre tous les documents relatifs à l'instauration de
sa gloire, rattache ainsi le présent au passé. On sera
peu sévère pour l'ensemble des hommages en vers ou
en prose, provoqués par la fête de Die, et que l'auteur
a recueillis pieusement. C'était en réalité la première
de ces manifestations rétrospectives ; elle eût la naïveté
de tous les commencements.
Après la Comtesse de Die il doit célébrer, à la suite
du Félibrige, nos glorieux poètes limousins. C'est le
Limousin qu'il habite aujourd'hui, plus ardent que
personne à en réveiller les grands souvenirs. Ce rôle
d'historiographe sera sa fonction parmi nous.
Bien conduites, ses monographies raconteront la vie,
l'œuvre, l'action des troubadours, et l'influence d'une
littérature qui plutôt même qu'elle ne refléta une
civilisation, fut cette civilisation elle-même. Elles prouveront aux sceptiques que l'arbre félibréen s'épanouit
sur un tronc vénérable, aux énergies vivaces, lui-même
issu d'une souche antique et consacrée (i).
■k

* *

La littérature des Troubadours comme celle des
Félibres a débuté par la poésie lyrique. C'est avec ses
chantres éoliens que la Grèce commença de charmer
le monde. Rien ne vaut les ailes du rythme pour civi-

(O Non pas qu'il se puisse établir de rapports précis entre la
culture antique, si raffinée encore à son déclin, et la littérature
des troubadours. Celle-ci fut le développement d'une poésie
populaire dont on sait peu de chose, très différente de l'humanisme gallo-romain auquel elle avait succédé, quoique sans
doute pénétrée de lui, et qui s'exprimait dans la. langue romane
proprement dite, idiome parlé dans tout le monde romain, de la
fin du ve à la fin du vcii" siècle. Mais très.rares sont les monuments qui en ont été conservés. La forme des premiers essais
lyriques des troubadours témoigne, par son caractère encore
populaire, de cette obscvire filiation.

�VI

INTRODUCTION

liser. La France du Nord, comme Rome, devait s'affirmer plus lentement, avec des genres plus sévères.
Cette éclosion splendide de chanteurs provençaux en
Limousin et en Auvergne nous apparaît presque soudaine. Avant Guillaume de Poitiers c'est le silence et
c'est la nuit. Une langue littéraire a surgi, bientôt si
répandue, si fameuse, que la voix de ses premiers
interprètes, poètes de cour pour la plupart, peu à peu
se démocratise jusqu'à gagner tout le pays méridional (i). Ainsi du parler, prétendu aristocratique, des
félibres, idiome très vivant mais épuré pour l'usage
universel et la dignité littéraire.
La Provence du haut Moyen-âge avait peu de goût
pour les prouesses belliqueuses, ce qui explique l'absence presque complète d'une Epique méridionale.
Doit-on la regretter si l'on songe que cet esprit « civil »
qui fut le sien, devait faire la conquête de la France,
devait provoquer la Renaissance et la Révolution ? Essentiellement amie des arts de la paix, elle favorisa
de tout temps chanteurs et joculatora* (ses futurs jongleurs). L'épisode est célèbre du scandale que produisit
leur arrivée à la cour de Paris, lors du mariage de
Constance d'Arles avec le roi Robert. Récitants et poètes avaient la protection des seigneurs, dans les cours
du Midi. Le jour où ceux-ci se mêlèrent eux-mêmes
de composer, la gloire environna cet art du trobador
qui permettait aux plus humbles d'aspirer à l'amour
de leur suzeraine. Cette réhabilitation du chanteur

(i) Ce puissant Guillaume de Poitiers qui apparaît à l'aurore
de la civilisation romane, dédaignant son parler naturel (le Poitevin, dialecte d'oïll pour chanter en provençal, apporte déjà la
preuve d'un entraînement irrésistible vers la Muse qui se révélait. Un siècle plus tard, son petit-fils par alliance, Henri II Plantagenet, nous offrira un exemple analogue en sa cour normande
et provençale. Ce roi d'Angleterre n'a probablement jamais su
l'anglais.

�VII

INTRODUCTION

resta du moins longtemps sans effacer les distances,
et l'âme de ses inspirations revêtit une humilité qui
fut l'idéal même d'un temps.
Mais la vogue est désormais acquise aux beaux diseurs d'amour. Et voici cette poésie aux accents inconnus qui élargit sa conquête, conformément à son
génie, par des récitations publiques, des fêtes, des
assemblées du Gai-savoir ! (La divulgation du Félibrige
s'étendra sous les mêmes auspices). On connaît ces
Puys Notre-Dame, sortes de pâmasses institués à l'imitation des premiers concours de Notre-Dame du Puyen-Velay, qui réunissaient les adeptes de ce renouveau
de la Lyre. On sait combien la popularité s'attacha
vite aux maîtres en l'art de &lt;t trouver » à qui leurs
chansons d'amour, leurs subtiles tensons, leurs sirventes guerriers ou satiriques ouvraient les cours des
princes.
Un ancien préjugé du Nord, qui persiste dans l'opinion, relègue encore les troubadours dans je ne sais
quel vague idéal lointain et suranné. C'étaient les hommes les plus modernes du Moyen-âge. A l'encontre
d'une théorie connue de M. Gebhardt (i), j'estime que
sans la guerre albigeoise, la Renaissance ne pouvait
s'affirmer qu'en pays d'Oc, et à la cour de ces Raymond de Toulouse, plus puissants alors que les rois
de France, et protecteurs de tous les arts. La littérature provençale a « subi des pertes inouies » au dire
de ceux qui peuvent en parler sans appel. Tous les
grands sujets des littératures modernes ont été abordés par elle. La destruction impitoyable des inquisiteurs n'en a guère épargné que des chansons d'amour,
et nous leur devons Dante et Pétrarque. L'esprit frondeur des sirventés qu'on ne peut comparer qu'aux

(i) Les origines de la Renaissance en Italie. Paris, Hachette,
1879.
»

�VIII

INTRODUCTION

licences de notre journalisme, avait libre cours en plein
Moyen-âge, dans cette chevalerie démocratique du
Midi où le talent égalait les poètes aux princes. Quelques écrivains, d'ailleurs mal informés, confondant de
parti-pris les troubadours et leurs jongleurs, deux
castes très distinctes, ont voulu voir des comédiensauteurs dans ces chanteurs errants, missionnaires du
gai-savoir. Qu'ils naquissent de sang royal comme Richard Cœur-de-Lion ou Frédéric II, puissants barons
comme Bertrand de Born, ou plébéiens comme Bernard de Ventadour, la renommée rapprochait leurs
conditions. Ce séduisant Bernard, prince charmant des
mélancolies amoureuses, qui était fils d'une fournière
de Ventadour, fut aimé de la femme de son seigneur,
avant de conquérir l'amour d'Eléonore d'Angleterre.
Tous ces poètes vivaient en parfaite égalité avec la
meilleure compagnie de leur temps. C'est dans un
monde assez semblable à notre société cosmopolite
que s'agitaient leurs passions. Influencées de longue
date par les Byzantins, les Juifs et les Arabes, leurs
idées mêmes, ouvertes à tous les souffles du Midi et
du Nord, différaient moins qu'on peut le croire de
la civilité moderne. Les Cours d'amour où l'on a cherché longtemps plus de solennité qu'elles n'en comportaient, qu'on a niées plus tard au nom de la science,
et auxquelles on semble revenir, — tel est l'occulte et
indestructible pouvoir de la tradition ! — les Cours
d'amour devaient constituer un des divertissements
préférés de la villégiature, (i) A la différence de nos
lettrés mondains, les troubadours villégiaturaient sans
cesse, montrant ce dédain du bourgeois, qui dans tous

(i) Cf. Revue Félibréenne de juillet 1891, à propos d'une thèse
importante de M. Trojel, favorable aux Cours d'amour, et de la
savante étude contradictoire de M. Gaston Paris, ainsi que les
récents travaux de MM. Pio Rajna (Corti d'amore, Milan 1890), et
et Crescini (Per U studii romanzi, 1892).

�INTRODUCTION

IX

les âges n'a fait se plaire les artistes qu'avec le peuple
et l'aristocratie.
Demandez à nos jeunes néo-chrétiens, « compagnons
de la vie nouvelle », si l'idéal d'amour du Moyen-âge
est pour eux tellement aboli. Rien ne meurt tout à fait
des rêves de l'esprit humain. Le réservoir religieux de
l'Orient subsiste, indifférent à nos négations, en attendant son heure de les submerger. Rien ne meurt, mais
tout ne se transforme pas pour revenir à la lumière.
*

Quand s'ouvrit le xne siècle qui allait être le grand
siècle de la civilisation provençale, les pays de langue
d'Oc et de droit romain, villes libres ou principautés
libérales que de vagues suzerains ne gênaient guère,
formaient, malgré leurs permanentes hostilités, une
sorte de Fédération morale, s'étendant de la pointe
orientale du Léman à l'embouchure de la Gironde, et
de Limoges à Valence d'Espagne. C'était à peu près
le royaume d'Aquitaine des héritiers de Charlemagne,
augmenté de l'antique Provence «t du vaste Viennois.
Depuis l'occupation des Wisigoths, la langue avec les
mœurs s'étaient développées parallèlement chez tous
les peuples de ce grand pays, pour former non pas un
Etat, mais comme une idéale nationalité ethnique, hors
de laquelle il semblait n'exister plus que des barbares.
Maintes fois les troubadours ont témoigné de cette
conscience éparse d'une fraternité des Méridionaux,
des confins helvétiques de la Savoie aux frontières de
l'Aragon. Albertet de Sisteron (xnr siècle), opposant
les Français aux Catalans, c'est-à-dire aux peuples de
langue provençale, dans une tenson bien connue, nous
en fournit un curieux exemple :
Monges, digatz, segon vostra scienssa,
Quai valon mais Catalan o Franses,

�X

INTRODUCTION
E met de sai Gaiscunha e Proensa
E Lemozin, Alvernh' e Vianes,
E de lai met la terra dels dos reis.... (i)

Non pas que le parler fût identique chez tous ces
peuples. Il y existait des dialectes, moins marqués
pourtant qu'aujourd'hui. Ajoutons que l'idiome de Gascogne, d'usage administratif, était considéré comme
« lengatge estranh », et qu'on qualifie aujourd'hui de
franco-provençal celui qui régnait au nord-est de la
terre méridionale. Mais la langue littéraire des troubadours, la parladura lemosina, catalana, ou le provençales, sous laquelle ils embrassaient tous les dialectes
d'oc et qui fut populaire aussi, n'en était pas moins
une, avec ses règles de grammaire, avec ses genres
poétiques (2).
Ce fut au xne siècle, malgré des hostilités permanentes de seigneureries à municipes et de vassaux à suzerains, une vraie féodalité du Midi où la vie artistique
était d'autant plus vive que les centres étaient multipliés. En tenant compte de tout ce qui en a sombré
sans retour dans la guerre albigeoise, on peut rapprocher le Parage, la civilisation provençale, des plus
grands siècles de l'humanité, l'âge de Périclès et la
Renaissance.
Alors, et près de cent cinquante ans, Catalogne et
Provence ont prospéré sous le sceptre patriarcal de ces
Raymond-Bérenger dont le dernier fut père de quatre
(1) Raynouard, Poésies des Troubadours iv, 38. — Un écrivain
Catalan, Jaufré de Fox (xm0 siècle), a déclaré aussi que par Provençalés « on entend le parler de Provence, de Viennois, d'Auvergne, de Limousin et des terres avoisinantes. » (Romania,
ix, 58). — Aux territoires indiqués dans ces textes, il faut ajouter
pour le XIIs siècle l'Italie septentrionale.
(2) Dante (qui plaçait en Catalogne le centre principal de
l'idiome des troubadours) est sans doute le premier qui l'ait
qualifiée de « langue d'oc » pour la différencier d'avec celles d'oïl
et de si. (De vulgari Eloquio, LIB. I, CAP. XIII.) Cf. C. Chabaneau,
Histoire du Languedoc. T. X. note xxxvi.

�INTRODUCTION

XI

reines. L'Aquitaine (Gascogne, Poitou, Saintonge et
Guyenne), qui avait donné le premier troubadour
connu, le turbulent comte de Poitiers, Guillaume VII,
étendait au loin sa renommée sous sa petite fille, cette
passionnée et superbe Eléonore, aimée de Saladin et
de Bernard de Ventadour, mère de Richard Cœur-deLion, et qui devait régner sur la France et l'Angleterre.
La cour des Raymond de Toulouse, dynastie libérale
et savante, où s'abrita l'hérésie albigeoise, faisait du
Languedoc le foyer du Parage dont l'Auvergne et le
Limousin fournissaient les plus éclatantes lumières.
La monarchie capétienne redoutait la formation possible d'un grand État de langue d'Oc qui l'eût arrêtée
sur la voie des conquêtes. Il en résulta la Croisade qui
ruina le Midi. Mais malgré tant de désastres, d'où
s'épouvanta pour jamais la forêt aux enchantements,
cette nationalité naturelle restait possible. La solidarité de la race s'était bien montrée dans l'appui spontané que les provençaux catholiques prêtèrent au comte
Raymond VII, assiégé dans Beaucaire par Simon de
Montfort. En 1245, cet état du Midi fut sur le point
de se former. Qui sait si Charles d'Anjou sans l'appui
de Romée de Villeneuve, fût parvenu à triompher de
ce même Raymond VII de Toulouse, pour la main de
Béatrix, fille de Raymond-Béranger, héritière de la Provence ? Ce mariage rendait stérile la longue guerre injuste de la croisade capétienne.
Le regret poétique et traditionnel des grands jours
de la race a maintes fois hanté les Méridionaux. Sans
cesser de reconnaître qu'il était écrit que la France
s'étendit aux naturelles frontières de l'idéale Gaule (1),
(1) Les historiens ont toujours vu dans la vieille Gaule une
sorte d'unité sociale, bien que les races qui la composaient formassent autant de peuples' différents. La Gaule ne fut jamais
qu'une expression géographique. Les Ligures qui en occupaient
le Midi restèrent distincts des Phéniciens et des Phocéens du

�XII

INTRODUCTION

sans cesser d'admirer sa prédestination nationale, ils
n'admettent qu'avec réserve la rigueur chaque jour
croissante d'une prédominance parisienne qui réduit
les énergies locales à néant. Mistral a magnifiquement
formulé ce double sentiment des patriotes du Midi,
dans un poëme qui scella le pacte fraternel de la Renaissance catalane avec le Félibrige (1859).
Aro pamens se vèi, aro pamens sabèn
Que dins l'ordre divin tout se fai pèr un bèn :
Li Prouvençau, flamo unanimo,
Sian de la grando Franço, e ni court ni coustié;
Car enfin a la mar fau que toumbe lou riéu
E la pèiro au clapié; di traiti Vaqueiriéu
Lou blad sarra miéus se preservo.
Car es bon d'èstre noumbre, es bèu de s'apela
Lis enfant de la Franço
MISTRAL

(I troubaine catalan).

(1)

Pourtant ils n'ont pas cru devoir tout renoncer de
ce qui fit leur libre gloire d'autrefois. C'est dans ce
sentiment que s'est organisé le Félibrige en 1876, vaste
confédération littéraire de patriotes provinciaux dont
les limites correspondent au glorieux Midi du xne siècle. Autant que d'y préserver leur idiome moderne
(car il a subi comme tous les autres ses transformations
organiques) d'une ruine illogique et anti-naturelle, nuisible même à la connaissance du Français en terre d'Oc,
Littoral, comme des Celtes de l'intérieur. Peut-être admettra-ton, un jour, une sorte d'unité pélasgique de la Gaule, antérieure
aux temps historiques? M. S. Reinach en entretenait récemment
l'Institut, se basant sur les monuments mégalithiques, partout
répandus, mais dont le sens est encore si obscur. Cette hypothèse semblerait donner raison au système de M. l'abbé Espagnolle, sur YOrigine du français... Quoi qu'il en soit, depuis les
temps anciens, il n'y a pas de races pures, à proprement parler ; il n'y a que des races morales, fondées sur des attractions
nationales et géographiques, sur des intérêts séculaires.
(1) Isclo d'or, p. 170.

�INTRODUCTION

XIII

les Félibres ont pris à tâche de maintenir le génie et
les traditions de leur pays. Encore ne faut-il pas imposer à tous ses membres les desiderata sociaux, c'està-dire les réformes administratives souhaitées par quelques-uns. Ce que nous voulons tous, c'est qu'un Provençal, un Gascon, un Languedocien ait le droit de
connaître et d'aimer sa terre natale, qu'il ait la liberté
de ne pas renier ses ancêtres, en la seule faveur d'un
patriotisme si abstrait qu'il le dénationalise. Nous ne
voulons plus de cet enseignement uniformitaire qui
réduit l'histoire de la France à l'histoire des agrandissements de la monarchie, et son génie à celui de
ses provinces conquérantes. Ces sentiments sont légitimes et français. Au-dessous de sa métropole nationale, la France peut revendiquer autant de métropoles
régionales que d'anciens chefs-lieux historiques. C'est
le vœu secret de toutes les provinces, justement révoltées contre ce vampire politique, la centralisation. On
doit s'attendre à voir tous les partis peu à peu réconciliés dans cette idée. Mais on se souviendra qu'elle a
ses racines chez nous.

Mais voilà une bien longue introduction à la vie
d'une femme qui ne sut qu'aimer et chanter. Peut-être
était-il nécessaire d'indiquer au public naturel de ce
livre la portée sociale d'une littérature à laquelle on
veut l'initier, et qui fut la source moderne de toutes
les littératures de l'Europe. C'est dans leur conception
de l'amour, c'est dans le culte de la femme, idéal de
douceur et de beauté, proposé comme postulat de toute
vie chevaleresque, que réside l'influence civilisatrice des
troubadours. Les premiers, ils ont fait de l'art avec le
sentiment chrétien de l'amour. Un sourire inconnu de
mystique tendresse rayonne désormais sur les grâces

�XIV

INTRODUCTION

mortelles de la muse de Catulle et d'Anacréon. L'Italie
et la France, puis l'Allemagne, la Castille et le Portugal, l'Angleterre elle-même à travers Boccace et les
Trouvères, apprirent de la Provence l'idéal nouveau.
Les premiers troubadours italiens, Sordello, la noble
« âme lombarde » que Dante aborde en purgatoire,
Lanfranc Cigala, Lamberti de Bovarel de Bologne, Bartholomée Zorzi de Venise, Boniface Calvo, Perceval et
Simon Doria de Gènes, le marquis Albert de Malaspina
(on peut en citer une vingtaine), écrivaient en provençal, et le choix même de leurs sujets fait présumer
que leur parler n'était pas incompris du peuple. Les
seconds à la cour sicilienne de ce savant roué de Frédéric II, prince des dilettantes, imitaient les troubadours en un italien pénible, plus subtils déjà que leurs
maîtres. La troisième génération des chanteurs d'Italie,
les mystiques d'amour, Guido Guinicelli, Guido Cavalcanti, Dante lui-même, abordaient un platonisme érudit
à peine soupçonné de leur trobador de prédilection, Arnaud Daniel, mais qui cachait souvent le symbolisme
Gibelin.
Les deux grands poètes du Moyen-âge devront aux
Provençaux les meilleures raisons de leur gloire. Car,
outre le respect de la langue vulgaire dont l'usage a
fait d'eux des poètes nationaux, Dante et Pétrarque
ont appris des troubadours la discipline du style et la
tradition chevaleresque de l'amour. A défaut des témoignages du De vulgari éloquio où l'Alighieri les qualifie de docteurs, les œuvres poétiques de l'un et de
l'autre nous prouveraient assez par leurs éloges autant
que par les emprunts qu'on y a constatés, la gratitude
des deux génies et la sincérité de leur admiration (i).

(i) Cf. Alcuni fonti -provençali délia Vita Nuova de M. Scherillo
(Turin, 1889), où il s'agit moins des sources provençales de la
V. N. qui n'en a guère, que des influences qui ont présidé à la

�INTRODUCTION

XV

Qu'on n'y voie pas que je prétende rabaisser leur
gloire. A ne les considérer que comme chantres de
l'amour, ces vrais grands hommes mériteraient la
louange des siècles. Mais peut-être y ont-ils des égaux.
Le Canzoniere et la Vita nuova, d'ailleurs immortels
par le style, ne hantent-ils point la mémoire des âmes
pour une autre raison que leur substance même?...
Dante et Pétrarque n'ont célébré et immortalisé qu'une
femme : il faut n'en chanter qu'une pour les enchanter
toutes. L'un et l'autre, dans leurs poèmes, lui ont gardé
respect et fidélité : c'est assez pour se conquérir ces
tendres cœurs et à jamais. Elles refusent la pleine
gloire à qui a médit d'elles : éternellement l'ironie de
Heine l'empêchera de monter à ce Parnasse de leurs
poètes où Pétrarque et Lamartine sont dieux.
Les vers des troubadours, plus humains, sont moins
purs. Car en beauté surnaturelle Béatrix et Laure sont
emparadisées par leurs amants. C"est pourtant à ces
sublimes exaltations de solitaires que devait aboutir la
poésie sensuelle et subtile des Provençaux. Leur renommée aura souffert longtemps de l'aveuglant éclat
de ces soleils de gloire, leurs disciples. Voyez-la sortir
de sa nuit !
« Quand on imite, il faut tuer son homme », disait
Voltaire qui se connaissait en imitations. Rien n'est
plus vrai s'il s'agit de gloire populaire. Mais il comptait sans la critique et l'érudition, sœurs modernes,
qui puisent parfois le pouvoir de ressusciter, dans le
sentiment de la justice.
Entre l'amour religieux du Nord, ces passionnées et
mystiques tendresses du christianisme germanique qui
s'épanouissent dans le cycle d'Arthur, et le pieux allé-

vocation poétique de Dante, et les Troubadours et Pétrarque de
M. Gidel (Angers, 1857), et encore Pétrarque et l'humanisme de
M. de Nolhac (Paris, 1892).

�XVI

INTRODUCTION

gorisme du sentiment de la nouvelle poésie platonicienne d'Italie, qui devait aboutir à travers les Académies florales et les Chambres de rhétorique au règne
des Concetti et à l'empire prétendu classique de la
convention, — les troubadours ont donné la formule
d'un amour raffiné mais vivant, d'un art subtil mais
sincère, moins étendu peut-être en profondeur qu'en
charme, mais assez prestigieux pour avoir retrouvé et
transmis le sentiment du style aux jeunes littératures
encore informes de l'Occident.

Entre toutes les figures complexes de la littérature
médiévale de Provence, celle de la Comtesse de Die
restait une des plus indécises. Les récentes recherches
dès romanistes, très clairement élucidées par la biographie présente, nous restituent la légendaire trobairitz et la distinguent d'une seconde Comtesse de
Die, sa parente, vaguement réputée... (d'après un dire
du facétieux Nostredame) pour un Traité de la Tarasquel... Aucun document précis, dit la science, ne permet
d'affirmer que notre Comtesse Béatrice (ou Alix) aimât
le troubadour Raimbaud d'Orange. Mais faut-il donc
tant de preuves pour croire qu'une princesse dauphinoise ait aimé un prince de son rang, dont le donjon
avoisinait sa tour...
Comme lyriques humains de l'amour, la Comtesse
de Die, Bernard de Ventadour, Giraud de Borneilh,
Arnaud de Mareuil, Gaucelm Faidit et leurs disciples,
Cavalcanti, Walther von der Vogelweide, le roi Denis,
le marquis de Santillane, Ausias March, sont de la
lignée des plus grands, en même temps que les aïeux
directs des maîtres modernes de la poésie subjective,
depuis Villon et Ronsard jusqu'à Lenau et Henri Heine.
Les romanistes qui ont étudié la vie de la Comtesse,
et avec eux M. Santy, semblent hésiter à admettre ce

�INTRODUCTION

XVII

voyage à Toulouse invoqué par Francesco da Barberino. Il m'est apparu au contraire comme une preuve
vivante de la réalité précise de la tendre Comtesse que
j'appelai naguère la Sentinelle nébuleuse du Midi poétique... On est frappé au travers des documents, que
produit, chaque jour plus nombreux, l'enquête des
romanistes, de l'aisance des communications d'une cour
à l'autre à des distances souvent considérables (i). Les
chroniques et les poèmes en témoignent, princes et
troubadours sont constamment par les chemins. C'était
dans les mœurs de la race, du temps aussi. Leur bibliothèque était légère : artistes subtils, mais sans érudition, ils allaient, chantant leur maîtresse, ou, plus impersonnellement, cette courtoise exaltation d'amour, la
Joie, qui traduisait si bien l'idéal chevaleresque du
Midi. A moins qu'un plus fort et plus puissant intérêt
n'en fît encore des satiriques sociaux, des polémistes
politiques (2).
La Comtesse de Die ne célébra que son amour. La
poésie des femmes ne vit que par la passion. Eloquentes souvent, géniales parfois, elles ont rarement ce qui
fait le talent, la forme achevée et volontaire. Mais pour
être restée sincère et femme, celle-ci a trouvé des ac-

(1) Les mariages princiers provoquaient de fastueux déplacements. Raymond Bérenger I" de Barcelone, dès 1113, ramenait
plus d'un troubadour, de la Provence où il avait épousé la fille
du comte Gilbert. Les couronnements des empereurs d'Allemagne
à Arles dont ils se disaient rois, et à Monza où ils prenaient la
couronne de fer, y attiraient seigneurs et poètes romans. Une
tradition dont J. de Nostredame s'est fait l'écho rapporte qu'il y
eut affluence de lettrés provençaux, en 1 162, à Turin, pour l'investiture de Frédéric Barberousse, et nous savons que l'empereur Conrad III prenait plaisir à leur société, en sa cour d'Arles.
(2) Giraud de Borneilh, le chantre de la droiture et du plus
noble amour, fait exception, par sa culture austère, aux mœurs
insouciantes des troubadours.'C'était un Pétrarque au petit pied.
Il passait l'hiver dans sa bibliothèque et s'interdisait d en sortir
avant le printemps, qui remettait en route les poètes.

�XVIII

INTRODUCTION

cents dignes des plus grands poètes. Raynouard a pu
égaler la tenson que vous allez lire de la Comtesse de
Die à certaine ode de Sapho réputée un chef-d'œuvre.
Je reconnais plutôt chez elle les deux âmes de l'amour
féminin, la douceur résignée des élégies suaves de Valmore, la sensualité franche des sonnets de Louise
Labbé.
Les Diois, auxquels M. Santy dédie son livre en
souvenir des neuf années qu'il a vécues dans leur brave
pays, ignoraient, dit-il, la Comtesse avant l'intervention
des Félibres. L'érudition avait pris peine à nous embrumer sa légende. Ils pourront s'en glorifier désormais.:
la couronne murale de leur cité est dominée par cette
image. Une fois de plus, la tradition a triomphé. Comment douter de la réalité d'une femme, quand de tels
vers d'amour ont traversé les siècles sous son nom.
PAUL MARIÉTON.

���LA

COMTESSE DE DIE

CHAPITRE PREMIER

BIOGRAPHIE.

—

LES TROUBADOURS.

—

LES COURS D'AMOUR. —

VÉRITABLE NOM DE LA COMTESSE. — CELUI DE SON MARI. —
SES RELATIONS AVEC RAIMBAUT D'ORANGE.
DIVERS COMMENTATEURS.
COMTESSE.

—

—

—

OPINION DES

DE L'EXISTENCE D'UNE SECONDE

ROMAN D'ALIX ET DE GUILLEM ADHÉMAR. —

UNE LETTRE DE MADAME DE SÉVIGNÉ, AU SUJET DE NOTRE
HÉROÏNE.

—

EXTRAITS DE FRANCESCO DA BARBERINO.

a surprise fut grande à Die,
dans les premiers mois de l'année 1888, quand il fut question,
pour la première fois, d'élever
une statue à la COMTESSE DE
DIE. Les vieux du pays, qui
chantaient pourtant encore les rigodons et les
romances patoises de jadis, n'avaient pas souvenir
que leurs anciens, comme l'on dit là-bas, leur
eussent jamais conté d'antique légende parlant de

�LA COMTESSE DE DIE

la Comtesse. Moins généreuse pour la gracieuse
muse dauphinoise, que pour Clémence Isaure, sa
sœur languedocienne, la tradition n'avait pas popularisé son nom dans le pays qu'elle illustra. Et, de
même que son commerce avait dû être, de son
vivant, l'apanage de quelques privilégiés, de même
la grâce de ses poésies ne pouvait être appréciée,
de nos jours, que par les lettrés et les délicats.
Aussi ignorait-on pour ainsi dire absolument, dans
la vallée de la Drôme, son existence personnelle
et l'existence de ses écrits.
Du reste, en offrant son buste à la ville de Die,
les Cigaliers et les Félibres cherchaient moins à
rappeler sa personne, qu'à symboliser, comme je
le dis, dans mes paroles de bienvenue, cette langue harmonieuse que parlaient leurs ancêtres, les
Troubadours ; cette langue qui donna naissance
au Giratz de RossilhOj à la Chanson de la Croisade contre les hèrètiqnes albigeois et à tous ces
poëmes, dont la forme naïve cachait toujours des
pensées élevées ou gracieuses ; cette langue qui a
mérité l'honneur d'un enseignement particulier dans
nos écoles nationales, après les efforts tentés en
sa faveur par des esprits chercheurs et désireux de
révéler nos gloires littéraires, à quelque époque
qu'elles appartiennent.
Les documents existant sur notre héroïne sont peu
nombreux et l'on arrive difficilement à discerner,
au milieu de ces notices rares et se contredisant
parfois les unes les autres, ce que l'on doit accepter
comme exact, ou repousser comme créé par des

�LA COMTESSE DE DIE

3

imaginations trop éprises de leur sujet, pour avoir
été toujours soucieuses de la vérité.
« Il est à peu près impossible, écrit M. Rochas,
de dire précisément ce qu'était ce personnage (la
Comtesse). Son existence paraît se rattacher à deux
questions les plus ardues de l'histoire du Dauphiné,
la filiation des anciens comtes de Die et l'origine
des comtes de Valentinois, du nom «de Poitiers.
Aussi est-elle enveloppée de la plus épaisse obscurité. » (i)
Je n'ai pas la prétention de jeter un jour nouveau
sur l'existence de mon héroïne. J'essayerai de la
faire connaître, en transcrivant les textes que j'ai
pu recueillir et que je me suis borné à rattacher
entre eux par quelques courtes observations.
Un point que l'on peut donner comme certain,
c'est que notre Comtesse brilla d'un éclat marqué
dans la phalange des divers poètes lyriques qui
ont écrit en langue d'oc, depuis le douzième siècle
jusqu'à la fin de la guerre des Albigeois, et que l'on
désigne sous le nom de troubadours. (En provençal
trobaire, du verbe trobar, trouver).
Elle fut une des premières à cultiver la poésie,
puisqu'on cite son amant, Raimbaut d'Orange,
comme un des plus anciens troubadours connus (2).
Déclarée par plusieurs l'égale de la muse de Lesbos,
elle forme comme le premier anneau de cette chaîne

(1) ROCHAS. Biographie du Dauphiné. Vol. I, page 355, art. Dye.
(2) Eugène LlNTILHAC. La Poésie des troubadours.—Revue Félibréenne d'avril 1890, p. 100.

�4

LA COMTESSE DE DIE

ravissante, composée des célèbres amoureuses qui
illustrèrent deux siècles de littérature naïve : Azalaïs
de Porcairagues, la Comtesse de Provence, Marie
de Ventadour, Isabelle, Na Castelloza, Claire
d'Anduze, Guillelma des Roziers, Bierris de
Romans et la dame de Villanova.
On peut admettre, en second lieu, que notre
héroïne figura dans les Cours d'amour, dont elle
présida souvent les délibérations.
« La Cour d'amour, d'après Perrin, n'était autre
chose qu'une société de gens d'esprit des deux
sexes, qui s'était formée en Provence, vers la fin
du onzième siècle. Ils se communiquaient leurs
ouvrages et ils s'entretenaient sur diverses matières,
où l'amour avait toujours part ; les brouilleries et
les jalousies des amants étaient l'objet le plus ordinaire de leurs jugements ; on y faisait décider les
disputes que les tensons faisaient naître.
» Frederico Ubaldini, l'éditeur des Documenti
d'amore parus à Rome en 1640, parle assez longuement des Cours d'amour dans la préface :
Si cressero alcuni tribunali,
che corte d'amore si chiamavano, dov' erano presidenti le
piu valorose donne dcl pacse,
per dar fine aile contese amorose
(1)

»
»
»
»
»

« Il s'établit quelques tribunaux nommés Cour d'amour,
qui étaient présidés par les
plus puissantes dames du
pays, et où l'on jugeait les
débats amoureux. »

(1) Cette notice est empruntée à Y Extrait des Lettres de Mme de
Sévighè, par M. de Moncrqué, membre de l'Institut. Hachette
1862. Notes *4 et 17 sur la lettre 1234. Vol. IX, pages 306 a 311.
Voir au sujet des Cours d'amour : Recherolies sur les prérogatives

�LA COMTESSE DE DIE

S

La présence de la Comtesse aux Cours d'amour
a été si souvent répétée à sa louange, que son
existence paraît, pour ainsi dire, intimement liée à
celle de ces réunions courtoises. Et quelques érudits
ont soutenu que la Comtesse n'a jamais vécu, par
ce motif que les Cours d'amour auxquelles elle
aurait pris part, n'ont existé que dans l'imagination
de Jean de Nostredame (Nostradamus) (i), historien
des troubadours, qui, le premier, a parlé de ces
assemblées.
Tout d'abord, en ce qui concerne les Cours
d'amour, je n'hésite pas à croire, avec M. P.
Mariéton, « que les réunions fameuses de nos
châteaux de Romanin, de Pierrefeu, de Roquemartine et de Signes ont été de belles et poétiques
réalités » (2). Nous devons, ce me semble, accepter,
sans contestation, tout ce qui avait pour but le
culte de l'éternel féminin et la glorification des
choses amoureuses, quand il s'agit de cette époque, où la chevalerie se détournant de ses premières
tendances, belliqueuses avant tout, commençait à
mettre sa valeur au service des dames.
De plus, le motif invoqué ne paraît pas concluant.
L'existence de la Comtesse ne doit pas être absolument unie à celle des assemblées galantes. Notre
des dames, par le président Rolland. (Paris, 1787) et La Terre
Provençale de M. P. Mariéton (p. 518).
(1) Jean de Nostredame (dit Nostradamus), procureur au parlement d'Aix en Provence, mort en 1590, est l'auteur des Vies des
plus célèbres et anciens poètes provençaux.
(2) P. MARIÉTON. La Terre Provençale, p. 518.

�6

LA COMTESSE DE DIE

héroïne peut avoir composé les œuvres ravissantes,
qui nous sont parvenues à travers les siècles, sans
avoir eu à présider des tribunaux d'amour.
Et afin de répondre par avance aux critiques que
pourra faire naître cette notice sur une personnalité,
qui appartient plutôt à la tradition qu'à l'histoire, je
me permets d'invoquer l'opinion de M. P. Mariéton.
Avec lui, je proteste hautement contre la tendance
de certains esprits à repousser systématiquement tout
ce qui n'est pas absolument prouvé. J'espère que mes
* lecteurs, moins difficiles, seront heureux de connaître
les légendes qui se rattachent à mon héroïne, et me
sauront gré d'avoir relaté, avec les données certaines
que nous possédons, les récits gracieux rapportés,
sans preuves à l'appui, par quelques écrivains.
La notice la plus ancienne qui existe sur la Comtesse, a été extraite par Raynouard d'un vieux manuscrit sur les troubadours. (Bibliothèque du Vatican,
n° 3204). Elle est d'une brièveté d'autant plus regrettable, que sa rédaction en langue romane indique
qu'elle remonte à une époque fort reculée et qu'elle
peut, par conséquent, être acceptée sans réserve.
En voici la reproduction textuelle :
La Comtessa de Dia si fo
moiller d'en Guillem de Peitieus
bella dompna et bona; et enamouret se d'en Raembaut d'Aurcnga, e fetz de lui mains bons
vers (1).

»
»
»
»
»

« La Comtesse de Die épousa
Guillaume de Poitiers ; elle
était belle et bonne, devint
amoureuse du seigneur Raimbaut d'Orange, et fit à son sujet maintes bonnes poésies. »

(1) RAYNOUARD. Choix des poésies originales des Troubadours,
t. V, p. 123.

�LA

COMTESSE

DE

DIE

7

Cette notice, précisément à cause de son laconisme, a fait naître de nombreuses difficultés. Et
tout d'abord, quel était au juste le nom de notre
héroïne ? Et quel fut son mari ?
Jean de Nostredame (Nostradamus) l'appelle Alix,
comme la plupart de ceux qui ont écrit après lui,
mais en acceptant, il est vrai, l'existence de deux
Comtesses, hypothèse que nous examinerons plus
loin, et il donne ce nom à la seconde.
Chorier lui attribue le même nom dans une
partie de son ouvrage, bien qu'ailleurs il l'ait
appelée Isoarde, et il indique que son mari était
un à'Argout (i).
Dans la notice historique sur Marsanne, elle est
appelée Philippe ou Véronique, et l'auteur la dit
fille d'un comte Eustache, possesseur du comté
de Valentinois, vers uoo, et femme d'un certain
Berthon de Poitiers, fils d'Aimar II, qu'elle aurait
épousé en récompense des bons offices par lui rendus
à son père. De plus, il la confond, comme quelques
commentateurs, avec cette mystérieuse comtesse de
Marsanne, « dont il est parlé dans une légende
chevaleresque relative à l'établissement de la maison de Poitiers en Dauphiné » (2).
M. Thomas, dans son excellent ouvrage sur la
littérature provençale, paraît avoir fourni les renseignements les plus vraisemblables sur ces deux points.
(1)

CHORIER.

Hist. Gén. du Dauphiné, t.

II,

p. 76.

(2) ROCHAS. Biographie du Dauphiné. Paris, 1856, t. Ier, d'après

VHist. Gén. des comtes de Valentinois et de Diois, par André
Duchène, page 5 des Preuves.

�LA

8

COMTESSE

DE

DIE

D'après l'éminent professeur, notre Comtesse ne
serait autre que Béatrix de Viennois.
Voici d'ailleurs une partie de sa notice :
« Le Guilhem de Poitiers y dénommé, (dans la
notice en vieux roman) est évidemment Guillaume
de Poitiers, comte de Valentinois, que l'on voit
figurer dans des documents authentiques de 1178
à 1187. Il eut pour femme Béatrix de Viennois,
fille de Guigue VI, comte d'Albon et de Grenoble,
lequel était mort en 1142. Cette Béatrix serait donc
la même personne que notre Comtesse. » (1)
Des indications analogues se trouvent dans la
livraison consacrée aux troubadouresses par M. O.
Schultz et qui offre, avec leurs œuvres, des détails
précieux sur chacune d'elles.
« La nôtre, dit-il, qu'on a appelée la Sapho
provençale, était la fille du Dauphin de Vienne,
Guigue VI, mort en 1142,^ et, d'après les manuscrits, l'épouse de Guillaume de Poitiers qui était,
en même temps, comte de Valentinois et qui régna
de 1158 à 1189. » (2)
De même, M. Rochas la prétend épouse de
Guillaume de Poitiers, « qui obtint en 1168, de
l'empereur Frédéric, diverses concessions dans
l'étendue de 1-évêché de Die, concessions révoquées quelques années après » (3).
(1) Ant. THOMAS. Francesco da Barberino et la littérature provençale en Italie au moyen-âge. Paris, 1883.
(2) O. SCHULTZ. Die provenzalischen Dichtérinnen. Leipzig,
1888.
(3)

ROCHAS.

Biographie du Dauphiné, t. Ier.

�LA

COMTESSE

DE

DIE

9

Mais après avoir, pour ainsi dire, établi d'une
façon précise le nom de notre héroïne et celui de
son mari, les commentateurs soulèvent eux-mêmes
une autre question.
« D'où vient, continue M. Thomas, ce titre de
comtesse de Die, que Béatrix ne tenait ni de son
père ni de son mari? Ce n'est, en effet, qu'après
la mort de ce dernier en 1186, que son fils, Aimar,
devint comte de Diois. Il y a là un point obscur. » (i)
Et M. Schultz « trouve étonnant que notre poétesse soit appelée Comtesse de Die, puisque le
comté de Die n'échut à son fils Aimar, d'après
Brun Durand, qu'en l'année 1199 » (2).
Chorier et, après lui, Boissier expliquent ce fait
en donnant pour père, à la Comtesse, Isoard II,
comte de Diois. Mais si on acceptait cette hypothèse, il faudrait repousser les explications si précises de MM. Thomas, Schultz et Rochas, relatives
aux noms de la Comtesse et de son mari.
Il reste donc bien là une énigme impossible à
résoudre, avec les données que l'on possède.
Tout, d'ailleurs, dans l'histoire de la Clémence
Isaure dauphinoise, semble devoir rester enveloppé
d'un certain mystère.
L'indication de la vieille notice du Vatican, relative à son amant, n'est pas corroborée par tous les
écrits publiés sur les deux troubadours.
(1)

Ant.

citato.
citato.

THOMAS. LOCO

(2) O. SCHULTZ. LOCO

�10

LA COMTESSE DE DIE

Le nom de Raimbaut n'est pas mentionné dans
les poésies de la Comtesse. D'un autre côté, les
lignes consacrées au Seigneur d'Orange, par l'auteur qui a rédigé celles qui concernent son amante,
ne parlent nullement de notre héroïne.
Elles portent seulement, que Raimbaut « aima
pendant longtemps une dame de Provence du nom
de Marie de Verfeuil et devint amoureux ensuite
de la bonne comtesse d'Urgel, fille du marquis de
Busca ». (i)
Et M. Thomas, dont nous invoquerons souvent
l'autorité, fournit le même renseignement :
« On ne connaissait pas, jusqu'à ces derniers
temps, de biographie provençale de Rgimbaut
d'Orange, dont nous possédons cependant un
grand nombre de poésies. Un nouveau chansonnier, que M. L. Constans a pu récemment étudier
en Angleterre, vient heureusement combler cette
lacune. (2)
» L'auteur de la biographie nous donne des
détails curieux sur les amours de Raimbaut avec
Marie de Verfeuil et la comtesse d'Urgel, mais il
se tait complètement sur la Comtesse de Die. » (3)
Enfin M. Oscar Schultz est surpris aussi de ce que
(1) Amet longa sason una domna de Proensa, que avia nom
madomna Maria de Vertfuoil.... Et el s'ennamoret pois de la
bona confessa d'Urgel, filla del marques de Busca. (CHABANEAU.
Notes sur l'Histoire du Languedoc, page 284, note 38.)
(2) Les manuscrits provençaux de Cheltenham. Paris, Mai-

sonneuve, 1882, p. 13-13.
(3) Ant. THOMAS. Loco citato.

�LA COMTESSE

DE

DIE

11

« la biographie détaillée de Raimbaut d'Orange,
dans laquelle sont racontées ses aventures amoureuses, ne parle pas de ses relations avec la Comtesse de Die. On ne trouve même rien, écrit-il, se
rapportant * à ces relations dans les poésies de
Raimbaut, si l'on ne tient pas compte de la mention une fois employée de Valentines » (i).
Je ferai remarquer qu'il y a lieu, au contraire, de
s'arrêter à ce mot, qui s'applique incontestablement
à l'épouse du comte de Valentinois. On doit, à mon
avis, trouver, dans l'emploi de cette expression par
le troubadour, une confirmation certaine de la
liaison mentionnée dans la notice romane. Du
reste, ne devons-nous pas, si nous admettons les
indications de cette notice en ce qui concerne le
mari de la Comtesse, accepter celles qui ont trait
à ses amours pour Raimbaut, qui vécut à la même
époque qu'elle, puisque sa mort, à Courthezon, date
de 1173 ou 1175.
On ne saurait être surpris des relations libres de
la reine des Cours d'amour avec un seigneur poète,
son voisin. Rien de plus naturel que le choix fait
par la noble trobairitz, d'un chevalier cultivant,
comme elle, les choses de l'esprit et que sa haute
naissance faisait son égal.
Presque tous les auteurs admettent l'existence de
cette liaison comme certaine. Et si nous voyons le
troubadour, d'après les notices qui lui ont été consacrées, quitter le servage de Marie de Verfeuil, pour
(1) O. SCHULTZ. LOCO

citato.

�1 2

LA COMTESSE DE DIE

offrir l'hommage de son admiration à la bonne
Comtesse d'Urgel, nous ne devons pas en conclure
qu'il ne subit pas le charme de notre héroïne, mais
seulement qu'il fut un chevalier inconstant et volage,
comme en témoigne d'ailleurs la légèreté de ses
écrits.
On n'est nullement fixé sur l'époque où les relations des deux poètes prirent naissance. Certains
auteurs ont cependant affirmé que le mariage de
Béatrix n'eut lieu qu'à la mort de Raimbaut.
La solution de cette question offre peu d'intérêt.
Les admirateurs enthousiastes de cette poésie provençale, endormie pendant des siècles, et qui renaît
aujourd'hui sous l'impulsion de la vaillante pléiade
des félibres (i), n'ont qu'à se réjouir que cette liaison
se soit produite, puisqu'elle a fait éclore les fleurs
ravissantes que nous a laissées la douce et plaintive
amante de l'inconstant Raimbaut.
En signalant les amours de notre héroïne, je suis
tout naturellement amené à parler des aventures
d'une seconde comtesse de Die, que certains ont
prétendu être la fille de la première et qui aurait
porté le nom d'Alix.
Et je dois soumettre à mes lecteurs la discussion
(i) Le Félibrige est une association poétique fondée, en 1854, par
sept poètes provençaux réunis au castel de Fontségude, (MISTRAL.
Dict. provençal français au mot Félibre) et en tête de laquelle
figurent Mistral, Mathieu, Félix Gras, Paul Arène, Maurice
Faure. Deux des créateurs du Félibrige, Aubanel et Roumanille,
sont morts ; le premier il y a peu d'années, et le second en juin
1891.

�LA COMTESSE DE DIE

13

qui s'est élevée entre les historiens, au sujet de l'existence possible de deux femmes poètes, ayant porté
le nom de Comtesse de Die.
La plupart admettent que deux troubadouresses
dauphinoises ont joui de ce titre.
L'histoire littéraire de la France (1) renferme, à la
page 446 du tome XV (paru en 1826), un article
dans lequel Guinguené, sur les indications de
Nostredame, qui cite lui-même le Moine des iles
d'or comme son auteur, accepte l'existence de deux
comtesses.
« Il y eut deux comtesses de ce nom, toutes deux
poètes et toutes deux aimées et chantées par deux
troubadours provençaux. On ne peut que conjecturer
ce que ces deux comtesses étaient l'une à l'autre ;
il paraît que c'était la mère et la fille. »
La même thèse est soutenue par Auguste Boissier.
Sa notice, parue dans le 5e concours de la France
Littéraire et reproduite par le Journal de Die du
5 août 1888, mérite d'être transcrite ici, surtout à
cause de la nationalité de son auteur (2).
Je donne la partie dans laquelle il s'occupe de la
seconde Comtesse.
(1) Ouvrage commencé par des religieux bénédictins et continué par les membres de l'Institut.
(2) Auguste Boissier, poète diois, mort il y a quelques années,
en laissant une œuvre d'autant plus remarquable qu'arrivé à
Paris, sachant à peine lire, il fit paraître, peu de temps après,
des poésies charmantes, dont l'édition fort originale est malheureusement épuisée aujourd'hui. — Une précieuse notice de M. A.
Rochas sur Auguste Boissier, a paru en 1888, à Grenoble, librairie
Allier.

�LA COMTESSE DE DIE

« Rambaud d'Orange mourut à Courthezon, en
1175. Ce fut alors, dit-on, que la Comtesse de Die
épousa Guillaume de Poitiers, comte de Valentinois,
et par la mort de son père, elle apporta à son mari
le comté de Diois, dont elle garda le titre, selon
l'usage du temps, (i) Ce titre passa même à sa
fille Alix. Les chroniqueurs assurent que la grande
beauté de la jeune comtesse était le moindre présent
qu'elle eût reçu de la nature, puisque son esprit et
la pureté de ses sentiments la rendaient le chefd'œuvre de son sexe. »
Enfin, l'abbé Vincent, dans son essai historique
sur Marsanne, consigne l'indication suivante :
« Sa fille Véronique ? appelée encore Philippe ?
par quelques généalogistes, savait allier les pensées
graves et religieuses avec des habitudes de frivolité
et de galanterie. » (2)
L'idée de l'existence de deux comtesses, unies par
les liens du sang et dont la seconde aurait hérité du
talent maternel pour la poésie, était trop séduisante
pour ne pas plaire aux divers écrivains qui se sont
occupés des troubadours. Aussi les voyons-nous presque tous l'accueillir avec empressement.
Le charme que l'on éprouve, en lisant les biogra-

(1) Nous avons déjà vu qu'on est fort embarrassé pour expliquer l'origine du titre de Comtesse de Die, porté par notre héroïne.
Aussi ne doit-on accepter, que sous réserve, l'affirmation de
Boissier à cet égard.
(2) Ces lignes sont prises dans un ouvrage sur VArrondissement
de Montélimar, par M. Lacroix, archiviste du département de la
Drôme.

�LA COMTESSE DE DIE

»5

phies qu'ils ont tracées, est tellement puissant, que
l'on se sent tout disposé à les accepter dans leur
entier. Des opinions contraires se sont cependant
produites dans ces derniers temps.
Le savant professeur, M. Thomas, dans son étude
sur La Littérature provençale au moyen-âge, publie
la note suivante :
« Nostredame prétend qu'il a existé deux comtesses de Die, l'une, la mère, amante de Raimbaut
d'Orange, l'autre, la fille, amante de Guilhem
Adhémar. C'est évidemment à la biographie, telle
que nous la possédons (1), que Nostredame a emprunté le nom de Raimbaut ; quant à Guilhem
Adhémar, on ne trouve aucune trace de ses relations avec une comtesse de Die (2) ; et Nostredame
doit avoir inventé tout ce qu'il en raconte, à commencer par l'existence même de cette seconde comtesse de Die. » (3).
M. Henry Vaschalde, auteur d'une histoire des
troubadours du Vivarais, du Gévaudan et du Dauphiné, nous apprend que l'abbé Millot,, dans son
Histoire des Troubadours, tome Ier, page 161, « a
victorieusement réfuté les fables de Nostradamus,

(1) Il s'agit ici des quelques lignes en vieux roman, déjà citées.
(2) M. O. Schultz explique le récit de Nostredame par cette
circonstance qu'une seconde comtesse de Die, qui n'avait nulle
parenté avec la première, aurait eu des relations avec Adhémar
Le Nègre, qui aurait été confondu avec Guilhem Adhémar.
(Die Provenzalischen Dichterinnen. Beatrix de Dia, note 15.)
(3) A. THOMAS. Francesco da Barberino et la littérature provençale en Italie au moyen-âge. Paris, 1883.

�i6

LA COMTESSE DE DIE

adoptées aveuglément par presque tous nos écrivains
dauphinois ». (i)
Malgré tout ce qu'il peut y avoir de pénible à
repousser une partie des récits gracieux que nous
ont laissés les historiens de notre héroïne, on ne
doit pas hésiter à adopter la thèse soutenue par
ces deux derniers commentateurs.
On remarquera, tout d'abord, que l'éminent auteur de la Littérature provençale au moyen-âge et
M. Vaschalde, ayant écrit longtemps après les
historiens cités en premier lieu, ont dû avoir en leur
possession des données plus nombreuses et certainement plus exactes. De plus, à l'époque où vivait
Nostredame, le premier qui ait parlé des deux comtesses, l'écrivain se laissait souvent dominer plutôt
par son imagination que par le désir de dire vrai ;
il n'y aurait rien de surprenant à ce que, tenté par
la grâce de cette légende d'une poétesse amoureuse, donnant le jour à une fille éprise de poésie
et d'amour, cet historien ait laissé son enthousiasme
le guider dans la rédaction de la biographie. Quant
à ceux qui l'ont suivi, ils ont accepté ses dires, en
s'abritant derrière son autorité.
Mais si nous repoussons, avec MM. Thomas et
Vaschalde, l'hypothèse de l'existence de deux comtesses de Die, descendant directement l'une de
l'autre et ayant vécu ensemble, il nous paraît très
possible que plusieurs femmes, amies de la poésie,
aient porté ce titre, à différentes époques. '
(i) H. VASCHALDE.

Paris, 1889, page 6.

Histoire des Troubadours. Maisonneuve.

�17

LA COMTESSE DE DIE

Nous en trouvons une preuve dans Y Histoire du
Languedoc, de M. Chabaneau.
L'éminent professeur fait remarquer, que les données chronologiques de la biographie de Raynouard,
transcrite plus haut, paraissent inconciliables avec
celles que fournit Francesco da Barberino, dans les
deux ouvrages qui nous restent de lui et où il parle
à plusieurs reprises de la Comtesse de Die, d'après
des originaux provençaux adirés ; ce qui doit faire
supposer que Barberino et Raynouard ont eu deux
personnes différentes en vue. (1)
Et, en effet, dans un autre de ses ouvrages,
M. Chabaneau émet la conjecture, « que les récits
de Barberino concernent une autre comtesse de Die,
que l'amante de Raimbaut d'Orange; la même que
celle qui, d'après un manuscrit aujourd'hui perdu,
mais dont Redi nous a conservé des extraits, avait
échangé des vers avec un poète de Toulouse,
nommé Jaufré » (2).
Cette hypothèse est corroborée par une des pièces
de Francesco da Barberino citée plus loin, et dans
laquelle il est fait mention d'un voyage de la Comtesse au pays toulousain (3). Je ferai remarquer d'ailleurs que tous les récits de Barberino ne s'appliquent
pas à la même personne.
M. O. Schultz partage l'avis de M. Chabaneau
sur ce point :

Histoire du Languedoc, page

CHABANEAU.

(2)

Revue des Langues romanes, vol.

(3)

Anecdote rapportée ci-après, à la fin du présent chapitre.

23,

page

285,

note

(1)

38.

20.

2

�i8

LA COMTESSE

DE

DIE

« A l'encontre de l'opinion émise par M. Thomas,
dit-il dans son ouvrage, (i) je crois, avec M. Chabaneau, qu'il a existé deux comtesses de Die, poétesses, puisque Barberino né en 1264, affirme avoir
vu le chevalier que la Comtesse de Die réprimanda
et qui se corrigea depuis. » (2)
Et si l'on rapproche cette date (1264), de celle de
la mort de Raimbaut, amant d'une comtesse de
Die, survenue en 1173, on est forcé de reconnaître
qu'il a dû exister une seconde comtesse, héroïne de
l'anecdote citée par Barberino.
Pour M. Schultz, la seconde comtesse ne serait
autre que « Philippe, épouse d'Aimar II de Poitiers,
comte de Valentinois et de Die, que l'on retrouve
dans les années 1219 et 1235, la même qui aurait
reçu les hommages de Arnaut Plagnes, du trouvère
de Villa Arnaut et d'Adhémar le Nègre » (3).
Ce nom d'Adhémar a dû causer l'erreur commise
par Nostredame et ses continuateurs, qui ont certainement confondu Adhémar le Nègre avec Guilhem
Adhémar (4). Quant au nom d'Alix, attribué à la
seconde comtesse, rien n'indique la source à laquelle
il a pu être puisé, et, d'ailleurs, il n'existe aucune
donnée précise, nous fixant sur le nom de cette
dernière.
Après avoir mentionné les diverses discussions
qui ont été soulevées à l'occasion de notre héroïne,
(1) O. SCHULTZ. LOC.

cit.
(2) Anecdote rapportée plus loin à la fin du présent chapitre.
(3) SCHULTZ. LOC. cit.
(4) Voir note 2 de la page 15 ci-avant.

�LA COMTESSE DE DIE

19

il reste peu de chose à dire sur sa vie si peu connue.
Quelques commentateurs, à l'avis desquels on doit se
ranger, si l'on admet, comme nous, l'existence des
cours d'amour, indiquent qu'elle faisait partie de
celle qui se tenait à Signe et Pierrefeu, en Provence,
vers 1156 (1). Il s'agit ici de la ire comtesse, comme
le fait remarquer très judicieusement l'auteur de
l'article qui la concerne, dans XHistoire littéraire
de la France (2).
Le tribunal en question était composé de la façon
suivante : Stéphanette, dame de Baulx, fille du
comte de Provence ; Adalarie, vicomtesse d'Avignon ; Abalète, dame d'Ongle; Hermyssende, dame
de Posquières ; Bertrane, dame d'Urgon ; Mabille,
dame d'Hyères; la Comtesse de Die; Bertrane,
dame de Signe ; Rostangue, dame de Pierrefeu ;
Jausserande de Claustral.
Si l'on veut se résumer et grouper ce qu'il y a de
certain sur la muse dauphinoise, on doit s'en tenir
surtout à la vieille notice en langue romane, en la
complétant par ce détail, que la Comtesse fit partie
de la Cour d'amour de Signe, au milieu du douzième
siècle. Et, de plus, il y a lieu d'admettre qu'il a
existé une seconde comtesse, aimée sans doute du
poète Jaufré, et qui aurait inspiré d'autres troubadours, parmi lesquels Adhémar le Nègre.
En présence des doutes qui se sont élevés sur
certains détails de la biographie de la célèbre poé(1) ROCHAS. Biographie du Dauphiné. Vol. I, page 355, art. Dye.
(2) Histoire littéraire de la France, t. XV (1820), p. 446.

�20

LA COMTESSE DE DIE

tesse et sur l'existence possible d'une seconde comtesse de Die, fille de la première, je crois devoir
reproduire ci-après, ce qui a trait à cette dernière.
Notre cas n'est-il pas d'ailleurs de ceux où la
légende, plus forte que l'histoire, se substitue, pour
ainsi dire, aux faits réellement établis. On verra,
dans la suite de cet essai, que la plupart des poètes
inspirés par la Sapho du moyen-âge, ont surtout
chanté Alix et le tendre Guilhem. Il est donc
indispensable que mes lecteurs connaissent la triste
aventure de ces malheureux amants, telle que l'ont
créée quelques auteurs enthousiastes.
Voici l'extrait de l'œuvre de Nostredame :
« La comtesse de Die estoit de ce temps vne
dame fort sage et vertueuse, de grande beauté et
honneste maintien, docte en la poésie, et en rithme
Prouensalle... fut amoureuse de Guillem Adhémar...
à la louange duquel elle a escript plusieurs belles
chansons, en l'vne desquelles elle monstre qu'il
deuoit estre vn fort beau et vertueux gentilhomme,
et bon cheualier ; car estant elle issue de noble et
illustre maison, fille du comte de Die, dict qu'vne
dame, auant que mettre son amour et son cœur à
vn cheualier, se doit bien aduiser ; car elle en a
choisi vn entre mil, qui est preux, vaillant et adroict
aux armes. — Le cheualier Adhémar prisoit tellement les œuures de ceste comtesse, qu'il les portoit
ordinairement auec luy ; et quand il se trouuoit en
compagnie des cheualiers et des dames, il chantoit
quelques couplets des chansons de sa Comtesse
On trouue parmy les chansons de ceste magnanime

�LA COMTESSE DE DIE

21

Comtesse, que le cheualier Adhémar, se trouuant
malade extrêmement de l'amour de ceste Comtesse,
comme transporté de son sens, parce qu'on luy
auoit rapporté qu'elle deuoit espouser le comte d'Embrunois, elle sçachant sa maladie, le vint visiter auec
sa mère, la Comtesse; le Cheualier qui n'auoit qu'à
rendre l'esprit, luy print sa main, et la baisa, et en
souspirant, rendit l'esprit. Les deux dames Comtesses,
de ceste piteuse mort toutes explorées (sic), en furent
tellement desplaisantes, que la jeune Comtesse en
demeura toute sa vie en mortel regret, et ne se voulut
jamais marier ; ains se rendit religieuse à Sainct
Honnoré de Tharascon, et là composa et mist par
escript plusieurs belles œuures
— La mère de
la Comtesse fist mettre le cheualier Adhémar en
sépulture, et luy fist bastir et dresser vn riche mausollée, auquel fist entailler les hauts faicts et gestes
du cheualier, ensemble certains hiéroglyphes égyptiens d'vn merueilleux artifice ; et la Comtesse religieuse deceda de douleur le mesme an, qui fut
1193. » (1)
Il n'existe pas de traces des chansons de la
seconde comtesse ; les pièces conservées jusqu'à nos
jours sont l'œuvre de Béatrix. On ne peut donc pas
contrôler l'assertion du commentateur, relative aux
poésies, qui auraient parlé de la maladie d'Adhémar.
Nostredame a dû inventer ce détail, comme le reste
de l'histoire.

(1) NOSTRADAMUS (Jean de). Les vies des poètes provençaux.
Lyon, 1575, p. 47 et 48.

�LA COMTESSE DE DIE

22

Quant à Guilhem, voici ce qu'en dit Nostredame :
« Guilhem Adhémar estoit Gentilhomme Prouensal, grandement

aymé

et

prisé de

l'empereur

Fridéric (Barberousse), pour son sauoir et vertu
Il fut

inuenteur d'vn

ieu à

l'oreille, pour auoir

commodité aux amoureux de descouurir leur amour,
sans souspeçon des assistans. » (i)
Chorier

(2),

ainsi que l'auteur de Y Histoire litté-

raire (3Ï, répètent, en d'autres termes, le récit que je
viens de reproduire. Auguste Boissier accepte aussi la
légende et la transcrit à peu près dans son entier (4).
On ne peut s'empêcher de rapprocher de cette touchante histoire, celle de Geoffroy Rudel, rapportée
par le Moine des iles d'or, le plus ancien historien
des troubadours. Ce Geoffroy partit pour la croisade,
non dans un but pieux, mais pour aller admirer la
beauté de la Comtesse de Tripoli. Tombé dangereusement malade pendant la traversée, il demanda à
la voir avant de mourir. La puissante dame, touchée
de cet amour, se rendit auprès de lui et le pauvre
troubadour expira en la voyant. La Comtesse de
Tripoli le fit ensevelir dans l'église des Templiers et
prit bientôt après, le voile de religieuse (5).
Mes lecteurs se demanderont, avec moi, si Nostredame, qui connaissait l'œuvre du Moine des iles

(1) NOSTRADAMUS. Loco Cit., p. 45.
(2) CHORIER. Hist. Gén. du Dauphinè, t. II, p. 76.
(3) Histoire littéraire de la France, t. XV, p. 446.
(4) Aug. BOISSIER. Loco citato.
(5) Anecdote rapportée dans VlLLEMAIN. Cours de litt. franc.
Paris, 1840. Didier, t. I, p. 113.

�LA COMTESSE DE DIE

23

d'or, ne s'est pas laissé inspirer par l'histoire de
Rudel, en écrivant celle de la Comtesse.
En tout cas, le roman est plein de fraîcheur et de
délicatesse. On ne peut le lire sans émotion. Aussi,
tous les écrivains qui ont étudié la littérature, se
rapportant à l'époque galante de notre histoire,
l'ont-ils cité comme un petit chef-d'œuvre de grâce
amoureuse.
Madame de Sévigné, qui avait demandé à sa fille
des détails sur la Comtesse de Die, lui écrit, dès
qu'elle connaît l'aventure :
« Que cet Adhémar est joli ! aussi qu'il est aimé !
Sa maîtresse devoit être bien affligée de le voir expirer
en baisant sa main
Je trouve toute cette relation fort jolie ; c'est un petit morceau de l'ancienne
galanterie, mêlée avec la poésie et le bel esprit, que
je trouve digne de curiosité. » (1)
Et les amis de l'enthousiaste marquise, se mettent
à versifier sur l'infortuné Guilhem. M. de Calvy fait
insérer au Mercure Galant de 1690 (pages 165-170),
une pièce de vers intitulée : Le troubadour Adhémar à
Mme la Comtesse de Grignan, qui se termine ainsi :
Moi-même, ombre antique et glacée,
Si la nuit du tombeau ne me venoit couvrir,
Je souffrirois pour vous ce que me fit souffrir
L'ardeur de mon amour passée,
Et je mourrois encor, si je pouvois mourir (2).

(1) MONMERQUÉ, membre de l'Institut. Extrait des Lettres de
M™ de Sévigné. Hachette 1862. Lettre du 14 janvier 1690.
T. IX, p. 381.
(2) MONMERQUÉ. Loc. cit. Note 36 de la Lettre du 19 février
1690, n° 1266, t. IX, p. 463.

�24

LA COMTESSE DE DIE

J'aurai donné tous les renseignements connus sur
mon héroïne, quand j'aurai reproduit, en guise d'histoire anecdotique, les récits publiés par Francesco
da Barberino (i), dans les Documenti d'amore, et
que je dois à l'extrême obligeance de M. le professeur Chabaneau.
Je les accompagne d'une traduction peu élégante
parfois, parce que j'ai cra devoir la faire aussi littérale que possible, afin de lui conserver le mérite de
l'exactitude.
Le texte lui-même paraîtra peu correct. Il a été
relevé cependant avec un soin extrême ; mais on
ne doit pas oublier, que Barberino vivait au moment où le latin commençait à se corrompre, pour
donner naissance aux langues modernes, et où
l'idiome italien ne s'était par encore purifié, sous
l'influence du Dante et de Pétrarque, les deux
génies sublimes, qui devaient lui donner la vie,
pour ainsi dire.
Il est impossible de dire à laqulle des deux
comtesses s'appliquent ces récits, à l'exception du
second, qui paraît concerner l'amie du poète Jaufré,
et du quatrième dont l'héroïne n'est certainement
pas la comtesse Béatrix. Ils offrent un réel intérêt,
parce qu'ils remontent à une époque fort ancienne

(i) FRANCESCO DA BARBERINO, poète toscan, né en 1264, mort
en 1348, auteur des Documenti d'amore (enseignements d'amour)
parus à Rome en 1640. La famille Barberino a eu d'autres
membres illustres, parmi lesquels le pape Urbain VIII et le cardinal Francesco (1397-1679).

�LA COMTESSE DE DIE

25

(vers 1300), et relativement rapprochée de celle où
vécurent nos Comtesses.
I. —

FRANCESCO DA BARBERINO,

Del reggimento

e costumi di donna.
Madonna Lisa di Londres (1) disse :
Che debole era il chuor di quella donna
Che per vana laude e per vana vista
Dava onore altrui del suo dispregio.
Acquesto dire di questa donna s'acosta una riposta che fecie la
contessa de Dia con messere Ugolino. Lungo tempo messere Ugolino fecie d'arme e menô cortesia per una sua donna. Sicchè un
giorno essendo a una caccia questa donna con moite altre donne
e cavalieri, e abiendo dinanzi la detta sua donna più volte promesso a messere Ugolino di dalgli una ghirlanda, disse messere
Ugolino : « De ! madonna, quando debo io venire al punto di
questa ghirlanda, che tante fiate promesso m'avete? » Disse la
donna che non gliele daria mai, e che mai nolgliele avea proI. —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Traduction).

Madame Lise de Londres (1), dit :
Qu'il était faible le cœur de cette femme
Qui par vaine gloire et faux point de vue,
Sacrifiait son honneur à autrui,
Malgré son propre mépris.
Au dire de cette dame, se rapporte une réponse que fit la
comtesse de Die à messire Ugolin. Pendant longtemps, messire
LTgolin fit des armes et se montra courtois pour sa dame. En
sorte que, un certain jour, celle-ci se trouvant à une chasse avec
beaucoup d'autres dames et d'autres cavaliers, en présence desquels la dite dame avait plusieurs fois promis à messire Ugolin
de lui donner une guirlande, messire Ugolin dit : « De grâce,
madame, quand serai-je sur le point d'obtenir cette guirlande,
que tant de fois vous m'avez promise. » La dame répondit qu'elle
ne la lui donnerait jamais et que jamais elle ne la lui a^ait promise. Alors messire Ugolin enleva sa simarre, la jeta dans le fleuve

(1) Peut-être Londres (Saint-Martin de), village des environs
de Montpellier.

�26

LA COMTESSE DE DIE

messa. Allora messere Ugolino si trasse la guarnaccia, e gittolla
nel fiume lungo il qu-ale cavalcavano, e disse : « Ecco, io mi spolglio del vostro amore. » Eddella disse : « Piaciemi. » Dette queste
cose alla Contessa, fecie chiamare messere Ugolino, e biasimô la
follia ch'aveva usata. Ello si lamentava diciendo : « E' non à
cavaliero in Proenza, che non saccia ch'ella me l'avea promessa. »
Disse la Contessa : « E dacchui ? » Disse messere Ugolino :
« Dammè. » Allora la Contessa gli parlô cosî : « Tu medesimo ti
se' condannato, chennè dovea sapere alchuni la promessa; se fatta
l'avea, tu non dovevicosï plubicam ente adomandarla, nè cosi disonestamente del suo amore partire. Mattù se' fatto corne la majore
parte di cavalieri di Proenza, chesselgli ànno più bella e maggior
donna di sè, vannosi vantando con moite bugie, e spessamente di
lor diciendo che più sono amati da esse, che non amano ; essè
alcuna gioia voi ricievete, la mostrate per tutto il mondo. Essè
voi amate men belle e minor di voi, quando alchun vi dicie :
« E corne e dove avete posto il chuor vostro ? » E voi dite, che
tante preghiere ricievete dalloro e tanto vi sforzano, che non
potete altro ; sicchè dannessun lato le donne posson con voi. Ma

le long duquel ils chevauchaient, et dit : « Voilà, je me dépouille
de votre amour. » Et elle répondit : « Cela me fait plaisir. »
Ces choses ayant été rapportées à la comtesse, elle fit mander
messire Ugolin, et blâma la folie qu'il avait montrée. Lui se
lamentait en disant : « Il n'y a pas un seul chevalier en Provence, qui ne sache qu'elle me l'avait promise. » La comtesse
dit : « Et par qui (le savaient-ils) ». Messire Ugolin répondit :
« Par moi. » Alors la comtesse lui parla ainsi : « Toi-même, tu
viens de te condamner, car personne n'aurait dû connaître cette
promesse ; si elle te l'avait faite, tu ne devais pas en demander
(l'exécution) aussi publiquement, ni renoncer à son amour d'une
façon si malhonnête. Mais tu as agi comme la plupart des chevaliers de Provence qui, s'ils ont (l'amitié) d'une femme belle et
de plus haute naissance qu'eux mêmes, vont se vantant avec force
mensonges et souvent disant qu'ils sont plus aimés d'elle qu'ils ne
l'aiment ; et si vous en recevez quelque bijou, vous le montrez à
tout le monde. Et si vous aimez (des femmes) moins belles et de
moindre valeur que vous, lorsque quelqu'un vous dit : « Comment
et où (vers quelle personne) avez-vous placé votre cœur. » Vous
répondez que vous avez subi tant de supplications d'elles et qu'elles
vous ont tellement poussé à bout que vous n'avez pu (faire) autrement ; de sorte que les dames ne peuvent (se tourner) d'aucun côté,

�LA COMTESSE DE DIE

27

voi andante aile servigiali, e date la infamia aile donne, e fate
comperare a' mercatanti le ghirlande e veli elle cinture, e dite
che l'avete dalle donne. Credi tu, messere Ugolino, che questa
donna sia di quelle che, per innalzar tuo honore, volglia suo
onor disfare ? » Allora costui vergongniato giurô di non amar
mai donna ; essanza altra risposta si partio dal paese, e di lui
non si seppe ma' più novelle (1).

avec vous. Mais vous allez vers les servantes, vous donnez l'infâmie
aux dames, et vous faites acheter chez les marchands, des guirlandes, des écharpes, des ceintures et vous dites que vous les
tenez d'elles. Crois-tu, messire Ugolin, que cette dame soit de
celles qui, pour rehausser ton honneur (tes succès), voudraient
rabaisser_le leur. » Alors celui-ci, honteux, jura de ne plus aimer
jamais aucune femme ; et, sans autre réplique, il partit du pays
et l'on ne reçut jamais plus de nouvelles de lui.

Les cigaliers et les félibres connaissaient sûrement
l'ouvrage de Barberino, au moment où ils ont songé
à fêter la Comtesse ; on doit les féliciter de ne pas
lui avoir gardé rancune de son jugement sévère sur
leurs aïeux.
Constatons, en passant, combien il est curieux
de voir notre héroïne, partager l'opinion que devait
émettre, quelques siècles plus tard, sur les gens de
Provence, un de ses fidèles, un des propagateurs du
félibrige, celui que Mistral appelle un flame Prouvençau, le séduisant auteur des Lettres de mon
moulin. Quelques uns de mes lecteurs souriront avec
moi, en remarquant que la reine des félibres avait
pressenti Tartarin, sept cents ans avant sa naissance.

(1) CHABANEAU. Notes sur l'Histoire du Languedoc, page 285,
note 38. D'après l'édit. Baudi di Vesme, Bologna 1873, p. 169.

�28

LA COMTESSE DE DIE

IL —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Ibid.)

La contessa da Dia passava per Tolosa e per quel contado ; e,
sicondo ch'ella dicie innun suo trattato, arrivé ad un manieri
d'un gran borgiese c'avea nome Gualtieri dal Piano ; e cienô ed
albergô collui, cioè a quel luogo. Eranvi la sera due sue filgluole,
ch'erano maritate a Monpulieri; &amp; l'una avea auti quatro mariti,
e Paîtra cinque. Et cosi ragionando, accadde a Gualtieri di dire
alla Contessa questa aventura di queste sue filglie. Sicchè dopo
alchuni ragionamenti disse la Contessa a quella de' quatro : « Et
corne vi sta di tutti? » — « Madonna », disse quella, « che sempre
sono andata di maie in peggio. » La Contessa si volse a quella
de' cinque : « Ed a voi corne sta de' cinque ? » Rispose : « Che
sempre sono andata di bene in melglio. »
Dicie colei de' quatro
Che « '1 primo fu pien(o) di tutte bontadi,
E ricco e largo, e mansueto, e dolcie.
Lo sicondo fu avaro e pauroso,
Che non credea che li bastasse il pane.
Lo terzo fu superbo e disdengnioso,

IL —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Trad.)

La Comtesse de Die passait par Toulouse et par ce comté ; et,
d'après ce qu'elle dit dans un de ses ouvrages, elle arriva au
manoir d'un grand bourgeois, qui avait nom Galtier de La
Plaine; elle soupa et logea chez lui, c'est-à-dire à cet endroit.
Il y avait là, le soir, deux de ses filles, qui étaient mariées à
Montpellier ; l'une avait eu quatre maris et l'autre cinq. Et tout
en conversant, Galtier vint à raconter l'aventure (la situation) de
ses filles, à la Comtesse. En sorte que, après quelques causeries,
la Comtesse dit à celle aux quatre maris : « Et comment vous
êtes-vous trouvée avec tous (vos maris) ? » — « Madame, dit
celle-ci, j'ai toujours été de mal en pire. » La Comtesse se tourna
vers celle des cinq (maris) : « Et vous, comment vous trouvez-vous
de vos cinq? » (La seconde) répondit : « J'ai toujours été de mieux
en mieux. »
Celle des quatre dit que :
Le premier fut plein de bontés, et riche, et généreux, doux
et tendre. Le second fut avare et peureux, au point qu'il craignait
toujours que le pain lui manquât. Le troisième fut orgueilleux et
dédaigneux, et ne trouvait personne qui pùt (frayer) avec lui. Le

�LA COMTESSE DE DIE

29

E non trovava chi collui potesse.
Lo quarto fu gieloso e sospeccioso
Eddè cotale ancora, e vive meco.
E mai non ebi un buon(o) giorno collui. »
Or dicie la siconda alla Contessa :
« Lo primo fu villano e sconosciente ;
(E) Dio nel pagô, che in tre mesi l'uccise.
Lo sicondo non stava punto a casa,
Nè si figieva innuna terra un mese ;
Che stetti quattro di collui in uno anno ;
Poi anegô innuna nave che ruppe.
Lo terzo mi vendeo tutti i miei arnesi,
Ed in due anni andô barattiere ;
Poi morto fu per un(o) furto che fecie.
Lo quarto mi batte(v)a com(e) vile : Iddio
Nel pagô; che correndo uno cavallo,
Cadde morto, e io il sotterrai.
Lo quinto m'a tenuta ben(e) quattro anni,
Poi mi rubô, e andonne innlnghilterra;
Or ci è novella, ch'egli è morto in Francia. »
■— « Or come dunque », dicie la Contessa,
« Andata se' di bene in me(lglio)? » Rispose :
(Che) « tutti rei, tutti morti.
Io pur ciercava per averne un[o] buono ;

quatrième fut jaloux et défiant; il est encore de même, car il vit
avec moi, et je n'ai pas eu un seul jour de bonheur avec lui.
Alors la seconde dit à la Comtesse : « Le premier fut commun
et grossier ; et Dieu le lui fit payer ; en trois mois il le tua. Le
second ne restait pas un seul instant à la maison, ne se fixait pas
un mois au même endroit ; je suis restée quatre jours avec lui,
dans une année; puis, il monta sur un navire qui périt. Le troisième, vendit tous mes meubles et en deux ans, devint un escroc ;
puis, fut tué à la suite d'un larcin qu'il avait commis. Le quatrième me battait comme un lâche; Dieu l'en punit; en courant
sur un cheval, il tomba mort et moi je l'enterrai. Le cinquième
m'a bien traitée pendant quatre ans, puis il me vola et s'enfuit en
Angleterre ; à présent, je reçois la nouvelle qu'il est mort en
France. »
— « Or, comment donc, dit la Comtesse, avez-vous été de
mieux en mieux? » Elle répondit : « Tous scélérats, tous morts. »

�LA COMTESSE DE DIE

3°

Veggio che nonnà luogo :
Volgliomi omai di ciô riposare. »
Or dicie la Contessa : « Nota qui :
Che chinne truova un buon(o), solo Iddio laudi,
Essè le manca, poi non cierchi invano ;
E ancor color che trovato ànno i rei ;
Vedi che vana cierca fanno ancora » (i).
Je cherchais assez pour en avoir un bon; je vois qu'il n'y en a
nulle part; je veux désormais me reposer. »
La Comtesse dit alors : « Notez bien ceci : que celle qui en trouve
un bon, en loue Dieu seul ; et si vous le manquez, ne cherchez
pas en vain ; car celles qui en ont rencontré de coupables, je
vois qu'elles font de vaines recherches (pour tomber mieux).

Cette pièce concerne certainement, comme je l'ai
déjà indiqué, la seconde des comtesses, celle que
M. O. Sehultz nomme Philippe et qui aurait reçu les
hommages de plusieurs troubadours, parmi lesquels
Adhémar le Nègre et Jaufré, le poète toulousain.
11 n'y a rien de surprenant à ce que Barberino ait
commis une confusion entre les deux comtesses, en
réunissant ces récits comme s'appliquant à la même
personne, puisqu'on n'est pas encore fixé aujourd'hui
sur les faits se rapportant à l'une ou à l'autre, même
après les récents travaux sur les troubadours.
III. —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Ibid.)

Unde certe rex Francorum unius militis honoraret uxorem (2).
Sed que est ratio? Dixit comitissa de Dia quod hec eis ex debito
III. — FRANCESCO DA BARBERINO (Trad.)
(C'est pour cette cause) certainement, que le roi de France
rendait les honneurs à la femme d'un chevalier (2). Mais quelle en
(1) CHABANEAU. Notes sur l'Histoire du Languedoc, page 286,
note 38, d'après l'édition Baudi di Vesme, Bologna, 1875, p. 247.
(2) Ce début constitue évidemment le second membre d'une
phrase, dont le commencement devait être sans intérêt.

�3i

LA COMTESSE DE DIE

fiebant a viris, eo quod nobiliores. Beltrandus quesivit quare, &amp;
ipsa inquit : « Quoniam vir de humo &amp; terra lutosa creatus seu
formatus extiterat, femina vero de nobilissima Costa humana jam
mundificata Dei presidio, quod ex utriusque manus lavatione
probabat (1). Item quia vir, tanquam mercenarius qui habebat
servire mulieri, fortis creatus fuerat &amp; robustus ; mulier autem,
quia dominari debebat &amp; ad sola nobilia &amp; amena intendere,
creata fuerat delicata &amp; pulcra, nec in ea ponere Deus curaverat
nisi illa que ad pulcritudinem pertincbant. Ideo, inquit, sedcnt
domine, viris bellantibus insistentibusque labori. Adducebat etiam
plures alias rationes, de quibus dictum est supra, pro eis &amp; contra
eos (2).
IV. —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Ibid.)

Comitissa de Dia quendam suum militem habebat qui totutn
intentum suum dirigebat ad duo : unum erat in se ornare &amp;

est la raison? La Comtesse de Die dit qu'ils étaient dûs aux
dames par les hommes, parce qu'elles sont plus nobles. Beltrand
demanda pourquoi. Elle répondit que l'homme avait été créé ou
formé de terre et de boue, au lieu que la femme l'avait été de la
plus noble côte de l'homme, déjà purifiée par les soins de Dieu;
et elle le prouvait par la main qui lave l'autre (1). C'est pourquoi
l'homme, un mercenaire, qui avait à servir la femme, avait été
créé vaillant et robuste, tandis que la femme, parce qu'elle devait
dominer et n'avoir que des occupations nobles et agréables, avait
été créée délicate et belle. Dieu avait eu soin de ne mettre en
elle que ce qui a trait à la beauté. Voilà pourquoi, dit-elle, les
dames restent chez elles quand les hommes sont à la guerre ou à
leurs travaux. Elle ajoutait encore plusieurs autres arguments
dont il a été parlé plus haut, en faveur des dames et contre
les hommes.
IV. —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Trad.)

La Comtesse de Die avait un chevalier, qui dirigeait toute son
attention vers deux choses ; l'une (était de) se parer comme une

(1) Allusion au proverbe : « Une main lave l'autre »?
(2) CHABANEAU. Notes sur VHistoire du Languedoc, page 287,
note 38, d'après A. Thomas (Francesco da Barberino et la littérature provençale en Italie au moyen-âge, p. 174).

�LA COMTESSE DE DIE

32

Iavare more feminili &amp; ultra; allud erat in luxuria &amp; pertinentibus ad eam. Comitissa vero, que jam lasciviam mundi deseruerat &amp; vacabat Deo, cum inveniret mane quodam hune militem
juxta suam cameram se ornare, dissit ad eum hujus régule testum ; quem considerans miles ab inde in ar.tea multum correctus
est, &amp; vidi eum postea mirabiliter ordinatum.
Tu che ti lavi le tue membra spesso
Per esser netto appresso,
Corne t'involgi in cotanta laideza
Del peccato, e vileza?
Che poniam pur che Dio te '1 perdonasse,
Et hom no lo spregiasse;
Dovresti sol per bella, e netta vita,
Tener la mente sincera, e pulita (l).

femme et plus encore ; l'autre (de s'adonner) à la luxure et à tout
ce qui s'y rapporte. La Comtesse qui avait déjà renoncé aux
plaisirs du monde, et s'occupait de Dieu, ayant rencontré un
certain matin, ce chevalier près de sa chambre, (occupé) à se
parer, lui cita le texte de la règle qui suit ; le chevalier l'ayant
médité, se corrigea beaucoup, et je l'ai vu depuis, admirablement
rangé :
« Toi qui laves si souvent tes membres pour être propre
ensuite ; comment te complais-tu dans une aussi grande laideur
et vilenie du péché? Alors que, pour que Dieu te pardonnât et
que les hommes ne te méprisassent pas, tu devrais, par une vie
sage et réglée, rendre ton âme nette et sans tache. »

On reconnaîtra dans l'extrait qui précède, celui
dont il a été parlé à la page 18 ci-avant, et dont
les énonciations semblent prouver, au dire de
M. Schultz, l'existence d'une seconde comtesse.

(i)
note

Noies sur l'Histoire du Languedoc, page 287,
d'après A. Thomas (Francesco da Barberino, etc ,

CHABANEAU.
38,

p. 191).

�LA COMTESSE DE DIE

V.

—

FRANCESCO DA BARBERINO

33

(Ibid.)

Quesitum fuit a comitissa de Dia que posset dari régula ôptima,
brevis &amp; aperta militibus ad bellandum ; &amp; illa interrogavit : « De
quo bello queritis? » Et querens iterum quesivit : « Quot sunt
bella ? » Dixit illa : « Duo. » Et querens : « Que ? » Dixit ipsa :
« Bellum armigerum &amp; bellum verbale ; &amp; armigieri aliud ad
mortem, aliud ad valendurn ; \ erbalis autem aliud ad solatium,
aliud ad convicendum. De armigero ad mortem toile regulam
unam : vincat curialitatem vita. De armigero autem ad valendum
toile secundam regulam : preama &amp; preamate amore potius vale
quam ut presis. De verbali ad solatium toile tertiam : vinci magis
quam vincere altercationibus cura. De verbali ad convincendum
fac partes il : ut prima, si fueris cum irato iratus &amp; veritas est
tecum, verbis claris &amp; paucis tene partem tuam, donec in astantes fidem tue veritatis inducas, quo facto in alia cum aliis te convertas. Et in hoc &amp; eodem, si veritas contra te, in casu quo te

V. —

FRANCESCO DA BARBERINO

(Trad.)

On demanda à la Comtesse de Die, quelle était la meilleure
règle courte et facile, qui pourrait être donnée aux chevaliers
pour combattre ; elle questionna (disant) : « De quelle guerre
parlez-vous? » Et l'interlocuteur demanda de nouveau : « Combien y a-t-il de guerres? » Elle dit : « Deux ». Et celui qui l'interrogeait : « Lesquelles ? » Elle reprit : « La guerre des armes et
la guerre de paroles; et dans celle des armes, l'une (relative) à la
mort, l'autre au salut ; dans celle de paroles, l'une (ayant pour
but) de consoler, l'autre de convaincre. Dans la guerre des armes
pour (procurer) la mort, suis une seule règle : tâche de vaincre.
Dans la même guerre (entreprise afin d'assurer) le salut, retiens
une seconde règle : aime-toi au point de (préférer) te sauver que
de vaincre. Dans la guerre de paroles pour consoler, note une
troisième (recommandation) : cherche plutôt à être vaincu qu'à
vaincre, dans les discussions. Dans la même guerre (entreprise)
pour convaincre, fais deux divisions : d'abord si, irrité, tu te
trouves avec un adversaire en colère, et que la vérité soit de ton
côté, plaide ta cause en mots clairs et concis jusqu'à ce que tu

(i) CHABANEAU. Notes sur l'Histoire du Languedoc, page 287,
note 38, d'après A. Thomas (Francesco da Barberino, etc ,
p. 192).

�34

LA COMTESSE DE DIE

ifw»um publicari non decet, post aliquam resistentiam irato cède.
Secunda, si iratus cum non irato, te ipsum contine ac expecta tibi
obviam rationem. Tertia si non iratus cum irato : in casu isto, aut
est amicus aut non sic. Amicum quippe te convenit expectare; alii
autem propter iram, proposita plana voce tua defensione, cède.
Quod si omnino perstiterit, loquens cum astantibus de aliis da
sermonem, quasi verba ejus contempnere, si tuus non est superior,
videaris. De superiori autem, inquit illa, in quo gradu singulas
intelligas dominas, tibi regulam trado talem : iratis déferas, non
iratis assurgas, vinci semper &amp; non vincere queras. Hoc quippe
modo gratias juvenes acquirunt crudelium dominarum &amp; crudelitatem virorum tempérant asperorum. » Hec namque, licet longa
sint, [puta in tractatibus suis], hic breviter collecta sufficiant (i).
aies pénétré les assistants de ton bon droit, et, cela fait, détourne
ta conversation vers d'autres (sujets), avec d'autres (personnes).
Et dans la même (situation), si la vérité est contre toi, pour le
cas où tu ne voudrais pas t'afficher, cède, après quelque résistance, à ton adversaire en courroux. En second lieu, si (toi-même
étant) en colère, ton contradicteur n'est pas irrité, contiens-toi et
attends que la raison te pénètre. Troisièmement (si) n'étant pas en
courroux, (tu discutes) avec un homme emporté; dans ce cas, il
est ton ami ou non. Avec un ami, certes, il te convient d'attendre; avec un autre, cède à cause de sa fureur, mais après avoir
développé ta défense d'une voix ferme. S'il persiste absolument,
causant avec les personnes présentes mets la conversation sur un
autre (sujet), comme si tu méprisais ses paroles, s'il n'est pas ton
supérieur. En ce qui concerne les supérieurs, dit-elle, et dans
cette catégorie comprends toutes les dames, je te transmets la
règle suivante : ne résiste pas à ceux qui sont irrités, cède à ceux
qui ne le sont pas, cherche toujours à être vaincu et non à vaincre.
De cette manière, les jeunes gens gagnent les (bonnes) grâces des
dames cruelles et tempèrent la sévérité des hommes difficiles. »
Que ces (préceptes), longuement (développés ailleurs), [dans ses
traités sans doute], suffisent, (bien qu')énumérés brièvement ici.

Les derniers extraits de l'œuvre de Barberino,
fournissent un nouvel argument aux personnes qui
admettent l'existence des Cours d'amour. Notre
Comtesse n'aurait certainement pas donné des
conseils aussi nets et aussi précis, que ceux rap-

�LA COMTESSE DE DIE

33

portés plus haut, si elle n'avait été appelée, à
plusieurs reprises, à trancher .des débats amoureux,
et sans doute avec l'aide d'autres dames aussi
expertes qu'elle-même, en de semblables matières.
Ils provoqueront un nouveau mouvement en faveur
de Béatrix. Car si quelques pièces trop peu nombreuses, de son œuvre poétique, sont parvenues jusqu'à nous, les rapports de Barberino indiquent que
notre héroïne n'en était pas moins une conseillère
avisée, dont les jugements durent toujours être
empreints de tact et de délicatesse.

��CHAPITRE

DEUXIÈME

ŒUVRES DE LA COMTESSE DE DIE.
AUTEUR.

—

TRANSCRIPTION

—

ET

QUEL EN EST LE VÉRITABLE
TRADUCTION

DES

POÉSIES

ATTRIBUÉES A NOTRE HÉROÏNE. — SON CHEF-D'ŒUVRE, SUIVI
DE L'APPRÉCIATION DE RAYNOUARD. — DIGRESSION SUR LA
LANGUE ROMANE ET LE FÈLIBRIGE.

vant de transcrire les œuvres
de la Comtesse de Die, il est
bon d'indiquer que la plupart
des auteurs les attribuent à la
première des deux, à celle que
nous avons appelée BÉATRIX, et
qui aurait été aimée de Raimbaut d'Orange.
Nous nous rangeons à cette opinion, avec M. O.
Schultz (i), bien que M. Thomas fasse remarquer :
« Que ces œuvres ne contiennent rien qui puisse
nous éclairer sur les personnes, avec qui la noble
trobairitz a été en relations. » (2)

Loco citato.
Francesco da Barberino et la littérature provençale en Italie au moyen-âge. Paris 1883.
(1) O. SCHULTZ.
(2) A. THOMAS.

�3S

LA

COMTESSE

DE

DIE

Guinguenné termine ainsi l'article, dont nous
avons donné déjà quelques citations :
« C'est de la première Comtesse de Die, que sont
les quatre pièces de vers que l'on trouve dans quelques manuscrits. Il ne s'est rien conservé de la
seconde. Nostradamus dit qu'elle avait composé,
depuis sa retraite, un traité de la Tarasque, en
rimes provençales
mais on ne sait ce qu'est
devenu ce traité. » (i)
Auguste Boissier, reproduisant les idées d'auteurs
plus anciens, indique que, dans une de ses pièces,
Raimbaut s'exprime ainsi :
« J'affecte un air gai au milieu de mes chagrins
et sans l'amour qui m'arrête, j'irais me jeter dans
un cloître. »
Cette dame dont il parle était la Comtesse de Die,
toujours d'après Boissier, qui ajoute : « La Comtesse,
de son côté, dans un tenson, se félicite d'avoir trouvé
dans Rambaud un chevalier selon son cœur ; mais
bientôt elle eut à se plaindre de son inconstance
et
chanta douloureusement l'ingratitude de celui
qu'elle aimait. » (2)
Nous possédons plusieurs pièces de vers ou chansons attribuées à la Comtesse. La plus grande partie
de ses œuvres a été perdue, sans nul doute. Et les
commentateurs sont divisés, sur le nombre exact de
celles qui nous restent.

(1) GUINGUENNÉ. Hist. litt. de la France, tome XIII (paru en
1814), page 472.
(2) Aug. BOISSIER. Cinquième concours de la France littéraire.

�LA COMTESSE DE DIE

39

Certains n'en acceptent que quatre, y compris le
tenson transcrit plus loin et rejettent la poésie
commençant par les mots : « Fis jois ».
D'autres, parmi lesquels M. O. Schultz, prétendent au contraire que ce dernier morceau est de
notre héroïne, mais ils contestent qu'elle soit l'auteur du tenson attribué, par quelques uns d'entre
eux, à Raimbaut d'Orange.
Malgré ces opinions diverses, il m'a paru bon de
transcrire les cinq cansôs, qui offrent toutes un
certain intérêt.
J'ai essayé de traduire ces vers ravissants, et je
l'ai fait d'une façon aussi littérale que possible.
Mais il serait imprudent d'espérer pouvoir rendre
la grâce des expressions employées dans cette langue si douce du xne siècle.
« La poésie française elle-même, maniée avec art,
écrit Villemain, aurait peine à suivre tous les artifices du rythme provençal... Parfois une science
presqu'égale à celle des poètes de l'antiquité, a
construit les paroles, nuancé, varié les sons et joué
avec le mètre. »
Comment, par exemple, faire saisir le charme des
répétitions de mots, modifiés pour servir la rime, qui
seraient fatigantes en français et qui constituent un
des principaux agréments de certaines poésies romanes. (Voir ci-après la ire pièce : « Ab joi et ab
joven... »).
J'engage mes lecteurs à suivre le conseil de M. Eugène Lintilhac, dans son Précis historique de la lit-

i

�40

LA COMTESSE DE DIE

tèrature française, en lisant ces vers à haute voix,
afin d'en saisir toute l'harmonie.
Le manuscrit du Vatican, où se trouvent la
note en vieux langage roman reproduite en tête
du chapitre premier et les deux miniatures que
l'on verra dans le cours du volume (i), donne tout
d'abord la pièce ci-après, dans laquelle la Comtesse se félicite d'avoir enfin rencontré un ami digne
d'elle.
Elle a été publiée dans Raynouard, Choix des
Poésies originales des Troubadours, t. III, p. 23;
Rochegude, Parnasse Occitanien, Toulouse, 1819,
p. 54; C. A. F. Mahn, Die Werke der Troubadours,
1846, t. I, p. 87. Le texte ci-dessous a été pris
dans O. Schultz, Die provenzalischen Dichterinnen,
Leipzig, Gustave Fock 1888, p. 17.
Ab joi et ab joven m'apais
e jois e joven m'apaia,
que mos amies es lo plus gais,
per qu'ieu sui coindet' e guaia ;
e pois ieu li sui veraia,
bei • s taing qu'el me sia verais,
qu'anc de lui amar non m'estrais
ni ai cor que m'en estraia.

De
de
Avec joie et avec jeunesse je suis contente, et joie et jeunesse
me rendent heureuse, car mon ami est le plus gai. Aussi suis-je
accorte et gaie; et puisque je lui suis fidèle, il convient bien qu'il
me soit fidèle aussi, car jamais je ne cessai de l'aimer et je n'ai
pas au cœur (le désir) de me retirer de lui.

(1) La miniature représentant la Comtesse, constitue la lettre
initiale de la poésie.

�LA COMTESSE DE DIE

4i

Mout mi plai, quar sai que val mais
cel qu'ieu plus désir que m'aia,
e cel que primiers lo m'atrais
Dieu prec que gran joi l'atraia ;
e qui que mal l'en retraia,
no • 1 creza, fors cel qui retrais
c'cm cuoill maintas vetz los balais
ab qu'el mezeis se balaia.
Dompna que en bon pretz s'enten
deu ben pausar s'entendenssa
en un pro eavallier valen ;
pois qu'ill conois sa valenssa,
que l'aus amar a presenssa;
que dompna, pois am'a presen,
ja pois li pro ni li valen
non dirant mas avinenssa.
Qu'ieu n'ai chausit un pro e gen,
per cui pretz meillur'e genssa,
lare e adreig e conoissen,
on es sens e conoissenssa,

Il me plait infiniment, car je sais qu'il vaut plus (que tout autre),
lui, de qui je désire le plus être aimée; quant à celui qui, le premier, me l'a conduit, je prie Dieu de lui accorder grande joie ; et
quel que soit celui qui lui dira du mal de moi, qu'il ne le croye pas,
mais qu'il ajoute foi plutôt à ce que dira un autre : souvent on
cueille les verges, avec lesquelles on se frappe soi-même.
Dame qui désire haut mérite, doit bien placer toutes ses aspirations vers un chevalier preux et vaillant, dont le courage lui
soit connu, et oser l'aimer ouvertement; d'une dame qui aime
avec franchise, jamais les preux et les vaillants ne diront autre
chose que du bien.
J'en ai choisi un, preux et noble, par qui le mérite (de ceux qui
l'aiment) s'améliore et s'ennoblit; généreux, adroit et fin, qui a
sens et adresse. Je le prie d'avoir confiance en moi et de ne pas

�4'-'

LA COMTESSE DE DIE

prec li que m'aia crezenssa,
ni om no ■ 1 puosca far crezen
qu'ieu fassa vas lui faillimen,
sol non trob en lui faillensa.
Amies, la vostra valenssa.
sabon li pro e li valen,
per qu'ieu vos quier de mantenen,
si ■ us plai, vostra mantenenssa.
se laisser persuader que je puisse faillir envers lui, si lui-même n'a
rien à se reprocher vis-à-vis de moi.
Ami, votre .valeur est connue des preux et des vaillants; aussi
je vous demande dès maintenant, s'il vous plaît, votre protection.

Il est difficile de trouver, dans toute la poésie
romane, un madrigal plus coquettement tourné.
La trobairitz a employé l'inflexion des mots, pour
enrichir ses rimes, obtenant ainsi des chutes presque
identiques, qui ne diffèrent entre elles que par l'usage
de l'un ou de l'autre genre. Grâce à ce procédé, propre à la littérature provençale et rarement imité par
les poètes de la langue d'oil, les trouvères, notre
poétesse arrive à ce rythme chantant, d'un charme
tout particulier, qui s'affirme surtout dans la strophe
d'envoi, tout à la fois si simple et si gracieuse.
La poésie qui suit, est celle que certains auteurs
refusent de comprendre dans les œuvres de la
Comtesse. Elle se trouve citée dans Rochegude,
Parnasse Occitanien, p. 57; dans C. A. F. Mahn,
Die Werke der Troubadours, t. I, p. 88, et dans
M. O. Schultz, Die provenzahschen Dichtermnen,
p. 19. C'est cette version que je reproduis, en y
ajoutant le 4e vers qui se trouve dans quelques
autres éditions.

�LA COMTESSE DE DIE

43

Fis jois me don' alegransa,
per qu'ieu cant plus gaiamen,
e non m'o teng a pezansa
ni a negu pessamen
quar sai que son a mon dan
aital lauzengier truan,
e lor maldis non m'esglaia,
ans en son dez tans plus gaia.
En mi
inges Fransa
li lausengier maldizen,
qu'om no pot aver onransa
qui a ab els acordamen,
qu'ist son d'atretal semblan
com la nivols, quan s'espan,
que • 1 solels en pert sa raia,
per qu'ieu non am gent savaia.
E vos gelos mal parlan,
no • us cugetz qu'ieu m'an tarzan
que jois e jovens no • m plaia,
per tais que dois vos descaia.

Une pure joie me donne de l'allégresse, aussi je chante plus
gaiement, et je ne me mets nullement en peine, pas même en
peine d'y penser (à ce que l'on peut dire), bien que je sache qu'ils
cherchent mon mal, tous ces médisants misérables; leurs méchants propos ne m'affligent pas; au contraire, je suis dix fois
plus gaie.
quant à ces fâcheux médisants, on ne peut avoir de
l'honneur sion est d'accord avec eux ; ils ressemblent au brouillard
qui, se répandant, fait perdre au soleil son éclat ; aussi je n'aime
pas les gens méchants.
Et vous, jaloux, mauvaises langues, ne vous figurez pas que
j'hésiterai (à dire) qàe joie et jeunesse me plaisent, quelque
douleur que cela vous cause.

Raimbaut a traité le même sujet que son amie.
Dans une de ses chansons, il se plaint : « que les
médisants se font un jeu de détruire les personnes,

�44

LA COMTESSE DE DIE

qui ont le plus de fidélité et de droiture et se plaisent
à mettre les amants dans la peine ».
La plupart des troubadours ont fait comme notre
héroïne et ont conseillé, dans leurs vers, de se prémunir contre les envieux.
Bernard de Ventadour s'écrie, « que l'union de
deux amants serait belle chose, si l'envie n'arrivait
pas à ébruiter leur affection ! ».
Folquet de Marseille n'envoie pas de message à
sa dame, « car il veut faire croire aux envieux, qu'il
a placé ailleurs son espoir ».
Arnaut de Marueil se désole de ce qu' « il faut
souvent dissimuler et mentir, pour cacher l'état de
son cœur aux indiscrets ».
Les choses n'ont guère changé depuis l'époque
qui nous occupe. Les amoureux de nos jours ne
trouvent guère plus de pitié que ceux du 12e siècle,
devant ces juges impitoyables, que sont les indifférents.
Il est vrai que l'on peut considérer comme un
attrait particulier, qui vient s'ajouter aux joies d'une
affection partagée, le plaisir, pour deux personnes
qui s'aiment, de tromper la surveillance incessante,
exercée sur tous leurs actes, par les moins intéressés.
Dans le tenson (1) que nous reproduisons ci-après,
débat entre la Comtesse et Raimbaut.
Monsieur Lintilhac cite cette pièce, comme une

(1) Le tenson est une espèce de dispute entre deux personnages.

�LA COMTESSE DE DIE

45

« élégante scène de dépit amoureux » (i) et M. H.
Vaschalde prétend qu'on peut la regarder, « comme
une imitation du charmant dialogue d'Horace avec
Lydie : Donec gratus eram tibi, etc
» (2).
Cette œuvre rapportée par Raynouard, t. II, page
188, et par Rochegude, Parnasse Occitanien, p. 47,
se trouve également dans Y Histoire des Troubadours
de M. H. Vaschalde, page 11. C'est
d'après ce dernier auteur, que je la donne.
Amicx, ab gran cossirier
Sui per vos et en greu pena,
E del mal qu'ieu en suffier
No cre que vos sentatz guaire ;
Doncx, per que us metetz amaire
Pus a me laissatz tôt lo mal ?
Ouar abduy no'l partem egual.
Domna, amors a tal mestier,
Pus dos amicx encadcna,
Çju'el mal qu'an e l'alegrier
Senta quecx a son veiairc ;
Qu'ieu pens, e no sui guabaire,
Que la dura dolor coral
Ai eu tota a mon cabal.

Ami, je suis en grand souci et en grande peine pour vous. Et
vous-même, vous ne sentez guère le mal dont je souffre. S'il est
vrai que vous m'aimez, pourquoi me laisser en partage tout le
mal? Car nous ne le supportons pas d'égale façon.
Dame, amour est fait de telle sorte, que lorsqu'il enchaîne
amants, chacun d'eux, de son côté ressent, à son point de
toute la peine et toute la joie qu'ils éprouvent. Je pense au
traire, et je ne raille pas, que la peine de cœur a été pour
toute entière.

deux
vue,
conmoi,

(1) E. LlNTlLHAC. Précis historique de la littérature française.
(2) H. VASCHALDE. Histoire des Troubadours, Paris, 1889, p. 10.

�46

LA COMTESSE DE DIE

Amicx, s'acsetz un cartier
De la dolor que m malmena
Be viratz mon encombrier ;
Mas no us cal del mieu dan guaire,
Que quan no m'en puesc estraire,
Cum que m'an, vos es cominal
An me ben o mal atretal.
Domna, quar yst lauzengier
Que m'en tout sen et alena,
Son vostr'anguoyssos guerrier
Lays m'en, non per talan vaire,
Quar no us sui pros, qu'ab lor braire
Vos an bastit tal joc mortal
Que no y jauzem jauzen jornal.
Amicx, nulh grat no us refier.
Quar ja'l mieus dans vos refréna
De vezer me que us enquier ;
E, si vos faitx plus guardaire
Del mieu dan qu'ieu no vuelh faire,
Be us tenc per sobre plus leyal
Que no son silh de l'Espital.
Domna, ieu tem a sobrier,
Qu'aur perdi, e vos, arena,
Que per dig de lauzengier
Ami, si vous supportiez une faible portion (un quartier) du mal
qui me torture, vous comprendriez bien mon tourment. Mais elle
vous importe peu ma peine dont je ne puis me distraire. Il vous
est indifférent que je sois heureuse ou attristée.
Dame, ce sont des calomniateurs qui( par leurs propos, ont fait
tout le mal; je suis, moi, votre guerrier bien malheureux; si je
ne suis pas près de vous, c'est que, par leurs dires seuls, ils ont
inventé ce jeu mortel, auquel nous ne pouvons nous complaire.
Ami, je ne vous suis nullement reconnaissante d'être plus retenu
pour me voir, que je ne le désirerais; et si vous êtes plus soucieux
du tort (qui peut en résulter pour moi), que je ne m'en préoccupe
moi-même, je penserai sûrement que vous êtes plus scrupuleux que
les frères de l'Hôpital.
Dame, je crains d'autant plus de voir notre amour détruit par

�LA COMTESSE DE DIE

47

Nostr'amor tornes en caire,
Per so dey tener en guaire
Trop plus que vos per sanh Marsal,
Quar etz la res que mais me val.
Amicx, tan vos sai lauzengier
E fait d'amorosa mena
Qu'ieu cug que de cavalier
Siatz devengutz camjaire ;
E deg vos o ben retraire,
Quar ben paretz que pessetz d'al.
Pos del mieu pensamen no us cal.
Domna, jamais esparvier
No port, ni cas ab cerena,
S'anc pueys que m detz joi entier
Fuy de nulh'autra enquistaire ;
Ni no suy aital bauzaire ;
Mas per enveia'l desliai
M'o alevon e m fan vénal.
Amicx, creirai vos per aital,
Qu'aissi us aya tos temps leyal.

les propos des médisants, que je perds de l'or, alors que vous
perdez seulement du sable. Car vous êtes, par St-Martial, la
personne que j'aime le mieux au monde.
Ami, vous êtes si complimenteur et usez de manières tellement
amoureuses, que je suppose que de chevalier, vous vous êtes fait
changeur (i). Je dois bien vous faire des reproches, car il semble
que vous songez à autre chose, depuis que ma pensée ne vous
importe plus.
Dame, que je ne porte jamais d'épervier, que je ne chasse plus
jamais, s'il est vrai que, depuis que vous m'avez comblé de
faveurs, j'ai recherché un autre amour. Je ne suis pas trompeur
à ce point ; mais on me fait passer pour tel, par jalousie.
Eh! bien ami, j'admettrai donc à l'avenir, que vous avez toujours été fidèle.
(i) Jeu de mots pour indiquer qu'il a changé de manière de
faire.

�4S

LA COMTESSE DE DIE

Domna, aissi m'auretz leyal,
Que jamais non pensarai d'al.

Vous pouvez, ma mie, me supposer assez loyal, (pour croire) que
je ne penserai jamais à autre personne qu'à vous.

Est-ce à la suite du débat qui avait fait éclore
ce tenson, devenu célèbre, que le chevalier bouda
Béatrix? On ne peut l'assurer, mais ce qu'il y a de
certain, c'est que notre héroïne, ayant été délaissée,
à un moment donné, par l'ingrat qu'elle aimait,
chanta sa douleur dans la ravissante poésie publiée
et traduite par Raynouard, que je reproduis cidessous.
C'est bien là, la plus belle des poésies de la troubadouresse. Tous les auteurs la citent, tous s'accordent à la louer sans réserve. Elle est le fleuron de la
couronne poétique de la Muse dauphinoise et comme
la caractéristique de son œuvre. Grâce à ces strophes, dont certaines offrent des rimes d'une richesse
incomparable, la Comtesse de Die est considérée,
comme ayant écrit tous ses vers, sous l'inspiration de
la douleur. Et, c'est la tristesse émue de cette épître
faite de reproches et de tendresse, tout à la fois, que
célébreront, à travers les âges, les poètes épris de
son talent.
Elle figure dans Raynouard, t. III, p. 22 ; Rochegude, Parnasse Occitanien, 8°, page 55; C. A. F.
Mahn, Die Werke der Troubadours, t. I, p. 86 ;
Karl Bartsch, Chrestomathie provençale, Elberfeld,
1880, p. 71. Je la copie dans M. O. Schultz, Die
provensalischen Dichterinnen, p. 18.

�LA COMTESSE DE DIE

49

A chantar m'er de so qu'ieu non volria,
tant me rancur de lui cui sui amia,
car ieu Tarn mais que nuilla ren que sia :
vas lui no-m val merces ni cortesia
ni ma beltatz ni mos pretz ni mos sens,
c'atressi'm sui enganad' e trahïa
com degr' esser, s'ieu fos desavinens.
D'aisso-m conort car anc non fi faillenssa,
amies, vas vos per nuilla captenenssa,
anz vos am mais non fetz Seguis Valenssa (i),
e platz mi mout quez eu d'amar vos venssa,
lo mieus amies, car etz lo plus valens ;
mi faitz orguoill en ditz et en parvenssa,
e si etz francs vas totas autras gens.
Be-m meravill com vostre cors s'orguoilla
amies, vas me, per qu'ai razon qu'ieu-m duoilla ;
non es ges dreitz c'autr'amors vos mi tuoilla

Le sujet de mes chants sera pénible et douloureux. Hélas ! j'ai
à me plaindre de celui dont je suis la tendre amie ; je l'aime plus
que chose qui soit au monde; mais auprès de lui, rien ne me sert,
ni merci, ni courtoisie, ni ma beauté, ni mon mérite, ni mon esprit.
Je suis trompée, je suis trahie comme si j'avais commis quelque
faute envers lui.
Ce qui du moins me console, c'est que je ne vous manquai
jamais en rien, ô cher ami, dans aucune circonstance ! Je vous
ai toujours aimé, je vous aime encore plus que Seguin n'aima
Valence (i). Oui, je me complais à penser que je vous surpasse en
tendresse, ô cher ami! comme vous me surpassez en brillantes
qualités. Mais quoi! vos discours et vos manières sont sévères
envers moi, tandis que toutes les autres personnes trouvent en
vous tant de bontés et de politesse !
Oh ! combien je suis étonnée, cher ami, que vous affectiez envers
moi, cette sévérité : pourrais-je n'en être pas affligée? Non, il n'est
pas juste qu'une autre dame m'enlève votre cœur, quelles que

(i) Seguin et Valenssa, vieux roman en langue d'oc, qui devait
former une des lectures habituelles des troubadours.
4

�5°

LA COMTESSE DE DIE
per nuilla ren qu'ie'us diga ni acuoilla;
e membre vos cals fo'l comenssamens
de nostr'amor ! ja Dompnedieus non vuoilla
qu'en ma colpa sia-l departimens.
Proesa grans qu'el vostre cors s'aizina
e lo ries pretz qu'avetz m'en ataïna,
c'una non sai, loindana ni vezina,
si vol amar, vas vos non si' aelina ;
mas vos, amies, etz ben tant conoissens
que ben devetz conoisser la plus fina,
e membre vos de nostres covinens.
Valer mi deu mos pretz e mos paratges
e ma beltatz e plus mos fis coratges,
per qu'ieu vos mand lai on es vostr' estatges
esta chansson que me sia messatges :
ieu vuoill saber, lo mieus bels amies gens,
per que vos m'etz tant fers ni tant salvatges,
non sai, si s'es orguoills o maltalens.
Mas aitan plus voill li digas messatges
qu'en trop d'orguoill ant gran dan maintas gens.

soient pour vous, ses bontés et ses manières. Ah ! souvenez-vous
du commencement de notre amour ; Dieu me garde que la cause
d'une rupture vienne de moi !
Le grand mérite que vous avez, la haute puissance qui vous
entoure, me rassurent. Je sais qu'aucune dame, de ces contrées ou
des contrées lointaines, si elle veut aimer, fait, en vous préférant,
le choix le plus honorable; mais, ô cher ami, vous vous connaissez
en amour; vous savez quelle est la femme la plus sincère et la
plus tendre : souvenez-vous de nos accords !
Je devrais compter sur mon mérite et sur mon rang, sur ma
beauté, encore plus sur mon tendre attachement; aussi je vous
adresse, cher ami, aux lieux où vous êtes, cette chanson, messagère et interprète d'amour; oui, mon beau, mon aimable ami, je
veux connaître pourquoi vous me traitez d'une manière si dure,
si barbare? Est-ce l'effet de la haine? est-ce l'effet de l'orgueil?
Je recommande à mon message de vous faire souvenir combien
l'orgueil et la dureté deviennent quelquefois nuisibles'.

�INITIALE D'UN MANUSCRIT DU VATICAN

ommuniquée par M. II. VASCHALDE, auteur do Vtlistoire des
Troubadours du Vivarais, du Gèvaudaii
et du Daupkinc.

��LA COMTESSE DE DIE

5i

« Je ne crois pas, dit Raynouard, que jamais
l'élégie amoureuse ait mis autant de grâce et
d'abandon à exprimer une affection aussi tendre
et aussi passionnée. C'est le sentiment le plus vrai,
le plus exquis qui a dicté cette pièce. J'avoue que
j'ai essayé vainement d'en offrir une traduction ;
le sentiment, la grâce ne se traduisent pas ; ce sont
des fleurs délicates, dont il faut respirer le parfum
sur la plante ; leur odeur s'exhale, leur éclat se
ternit, à l'instant qu'on les détache de la tige maternelle.
» Que l'on compare cette pièce avec celle de
Sapho, et l'on aura une juste idée de la littérature
classique et du caractère de la littérature que
créèrent les troubadours. L'amante de Phaon cède
à l'entraînement de l'amour, mais de l'amour tel
qu'une femme l'éprouvait dans ces temps où la
sensibilité était toute matérielle, où la civilisation
n'admettait point encore les femmes à faire l'ornement de la société. L'amante du chevalier parle un
autre langage; c'est le cœur seul qui s'abandonne;
sa sensibilité est toute intellectuelle. Cette femme,
aussi tendre que passionnée, ne demande à l'amour
que l'amour même. » (1)
L'éloquence de notre héroïne ne parvint pas à
ramener son volage amant, occupé, sans doute, à
rechercher les faveurs de Marie de Verfeuil ou de
la comtesse d'Urgel.

(1) RAYNOUARD. Choix de Poésies originales de Troubadours,

t. II, p. 42.

�52

LA COMTESSE DE DIE

Et l'infortunée poétesse laissa échapper sa douleur
dans une dernière pièce, qui n'est plus seulement
dictée par l'amour le plus pur.
Je ne crois pas devoir en donner une traduction
complète. Elle est plus intelligible que les précédentes. De plus, certaines expressions parfaitement
acceptables, en langage roman, paraîtraient choquantes, en français moderne. Je me suis borné à
expliquer sommairement le sens de chaque strophe.
Elle est publiée dans Raynouard, t. III, p. 28 ;
Rochegude, Parnasse Occitanien, p. 57; C. A. F.
Mahn, Die Werke der Troubadours, t. I, p. 87.
J'adopte le texte très correct de M. O. Schultz,
Die provenzalischen Dichterinnen, 1888, p. 18.
Estât ai en greu cossirier
per un cavallier qu'ai agut,
e vuoil sia totz temps saubut
cum ieu l'ai amat a sobrier ;
ara vei qu'ieu sui trahida
car ieu non li donei m'amor,
don ai estât en gran error,
en lieig e quand sui vestida.
Ben volria mon cavallier
tener un ser en mos bratz nut,
qu'el s'en tengra per ereubut
sol qu'a lui fezes cosseillier ;

Je suis en grand souci pour un chevalier que j'ai eu, et je désire
que, de tout temps, l'on sache que je l'ai aimé à l'excès. Je vois
à présent que je suis trahie, parce que je ne lui témoignai pas
suffisamment mon amour : en quoi j'ai eu grandement tort.
Que je voudrais être auprès de mon chevalier. Quelle reconnaissance j'aurais pour celui qui lui conseillerait de revenir vers

�LA COMTESSE DE DIE

53

car plus m'en sui abellida
no fetz Floris de Blaticheflor : (i)
ieu l'autrei mon cor e m'amor
mon sen, mos huoills e ma vida.
Bels amies avinens e bos,
cora • us tenrai en mon poder ?
e que jagues ab vos un ser
e qu'ie • us des un bais amoros ;
sapehatz, gran talan n'auria
qu'ie ' us tengues en Iuoc del marit,
ab so que m'aguessetz plevit
de far tôt so qu'ieu volria.

moi. Car j'en suis plus éprise que Floris ne le fut de Blancheflor (i).
Je lui ai donné mon cœur, mon amour, mes yeux et ma vie.
Bel ami, avenant et beau, quand serez-vous donc en mon pouvoir?
Sachez que vous n'auriez pas certes grand
mérite à me plaire; il vous suffirait, pour cela, de vous rendre à
mon appel.

Raynouard ne devait pas avoir présents à l'esprit
les termes de cette dernière poésie, au moment où il
écrivait la comparaison, transcrite plus haut (2),
de l'œuvre de Sapho avec celle de la Comtesse.
Cette plainte, où vit tant de passion, ne dépare
pas l'œuvre de notre héroïne, qui s'y révèle, pour
ainsi dire, sous un jour nouveau. Le lecteur attentif
remarquera, en effet, qu'èlle a su faire emploi
d'idées plus personnelles, sans négliger toutefois
le choix des rimes, aussi élégantes dans ce morceau que dans ceux qui le précèdent.
L'œuvre de la Comtesse ne se bornait pas certai(1) Floris et Blancaflor, vieux roman en langue d'oc.
(2) Voir page 51.

�LA COMTESSE

54

DE

DIE

nement aux quelques vers que nous connaissons. La
plus grande partie de ses cansôs a été détruite ; et
comment en serait-il autrement, puisque, au dire de
M. Paul Meyer, le savant directeur de l'Ecole des
Chartes, « toute la littérature provençale a subi des
pertes inouïes » (i).
Ce qui nous en reste est suffisant pour faire
amèrement regretter les parties adirées et permettre
d'apprécier l'habileté de notre héroïne à dresser des
vers parfaits, au point de vue de la forme.
On ne peut leur reprocher, comme à la plupart de
ceux des troubadours, que le manque de variété dans
le sujet. Les poètes romans, ces grands artisans de
style, comme les appelle M. Lintilhac, obéissant
à leurs préoccupations constamment tournées vers
les choses de l'amour, ne songent à célébrer que
leur propre sentiment ou l'objet de leur affection.
Aussi leur fallait-il une habileté réelle, pour chanter, de façons si diverses, une seule passion.
Ils ont, pour obtenir ce résultat, mis à profit, avec
un talent sans égal,, les moyens que leur fournissait
la nature de la langue romane elle-même ; sa concision, l'inversion fréquemment employée et la licence
de modifier les termes.
Plusieurs d'entre eux ont manié ces innombrables ressources, avec une habileté si remarquable
que le lecteur, exempt de préjugés, parcourt, sans
lassitude, d'abondants volumes écrits sur un même
sujet.
(i)

Paul

MEYER.

Romania,

1872,

p.

379-387.

�LA COMTESSE DE DIE

55

Et Villemain a pu écrire, en parlant de leurs
œuvres :
« Ce qui fait surtout le charme et l'éclat de cette
poésie, c'est l'expression interminable des sentiments délicats du cœur ; c'est le langage uniforme
de l'amour, soit qu'on l'écoute dans les accents
passionnés d'un guerrier troubadour, ou dans les
douces paroles de la Comtesse de Die. » (i)
On.doit avoir une profonde reconnaissance envers
les félibres qui ont, tout à la fois, réveillé dans son
pays, le souvenir de la célèbre Dioise et tenté de
faire aimer, aux habitants de la contrée, notre vieille
langue provençale si riche en productions lyriques.
Quel intérêt offre aux amis des lettres, l'évolution
de cet idiome réservé jadis aux cours galantes du
Midi, avec la poésie dite courtoise, et qui tend à
revenir à sa première forme, celle appelée populaire
au XIe siècle ! Il a dormi pendant un long espace de
temps, transformé en divers patois, bannis de toute
conversation élégante et choisie. Mais ces patois
étaient les racines profondes jetées par la langue
mère, prêtes à reprendre vie au premier rayon de
soleil, au premier appel d'un véritable poète. Et,
comme ils gardaient de pâles reflets du langage
disparu, trésor précieux de la petite patrie, tous les
exilés de Provence, du Languedoc ou d'ailleurs
éprouvaient une joie profonde à les parler.
De nos jours encore, deux méridionaux ne peu-

(i) VlLLEMAIN. Cours de litt. franç., Paris, 1840, Didier, t. I,

p. 197.

�LA COMTESSE DE DIE

56

vent se rencontrer sur un sol étranger, ou dans
une province qui n'est pas la leur, sans entamer
une conversation dans le dialecte qu'employaient
leurs nourrices, pour les endormir et qu'ils ont
balbutié jadis sur les genoux de leurs mères.
Ils le défigurent le plus souvent, l'agrémentent
de mots français. Mais qu'importe ? C'est encore
un rappel du pays, de ces vastes plaines ensoleillées qu'on a dû quitter, mais qu'on aime d'autant plus qu'elles sont chantées à nos cœurs par un
puissant poète, le souvenir.
Ils savent bien que la vieille langue ne souffrira
pas de leurs atteintes. L'un de nos maîtres n'a-t-il
pas dit, « que la mère lionne pardonne à ses fils
les égratignures qu'ils lui font, en jouant. »
A ce propos, il me revient une anecdote qui prouvera combien est profond l'amour des gens du Midi,
pour la langue de leur miéjour (i) et tout ce qui la
rappelle.
C'était quelques temps avant l'occupation de
Rome par les troupes françaises. Un Montpelliérain,
fortement épris de sa province, visitait l'Italie en
touriste. A Turin, Milan, ses premières étapes, il
put, tout en employant la langue du pays, causer
parfois en français, dans les hôtels où il dèscendit.
Mais à Rome les difficultés surgirent à ce point de
vue. Notre voyageur ne se contentait pas des quelques mots français lancés par un interprète, qui

(i)

Midi, en languedocien.

�LA COMTESSE DE DIE

57

justifiait à lui seul, d'une façon fort insuffisante,
l'annonce menteuse d'un tableau extérieur, portant
en lettres d'or les mots :
Ici l'on parle Français.
Englisch spoken.
Hier spricht man deutsch.
Au bout de quelques jours, la nostalgie le prend et
cependant il ne veut pas quitter Rome, sans avoir
contemplé toutes ses merveilles.
11 n'a plus qu'un désir, trouver un compatriote.
Mais comment s'y prendre?
Il se rappelle enfin, qu'en visitant la basilique
de St-Pierre, il a remarqué un donneur d'eau bénite,
passant ses journées à prier et n'interrompant ses
dévotions que pour offrir le goupillon aux fidèles,
en prononçant quelques mots latins.
Le lendemain est justement un jour de fête.
A l'heure de l'office, il court à la basilique, obtient
du donneur d'eau bénite, moyennant quelque menue
monnaie, l'insigne faveur de le remplacer. Le voici
installé dans ses nouvelles fonctions, offrant l'eau
sainte, tout en disant lentement ces mots : « Aimarièi
mai te paga de Sant Jbrdi (i) ».
Et la foule, d'entrer de plus en plus nombreuse.
Quelques fidèles regardent étonnés. D'autres répondent Amen, en se signant pieusement. Le languedo-

(i) J'aimerais mieux te payer du St-Georges. St-Georges, crû
renommé des environs de Montpellier.

�LA COMTESSE DE DIE

cien répète, sans se lasser, son verset peu liturgique.
Un nouvel arrivant tend la main et le bedeau improvisé, de lui dire, d'un air dévot :
« Aimarièi mai te paga de Sant Jbrdi. »
— « Despacha tè, s'as dè mounèda (i) », répond
gravement le fidèle.
Notre méridional dépose aussitôt le goupillon et,
sans nul souci du scandale qu'il cause, en abandonnant sa place, il entraîne sa nouvelle connaissance
vers la trattoria (restaurant) la plus voisine.
On n'y trouva pas sûrement du St-Georges, mais
l'Asti et le Barollo spumknte (écumeux) délièrent
assez la langue de nos deux amis, pour que l'envie
leur vînt de chanter, dans ce patois béni, la grande
et la petite patrie, la France et'le Languedoc.
Au fond de ces patois, qui allaient se francisant
peu à peu, dormait, comme je l'ai déjà dit, la vieille
langue romane. Et quelques poètes, ses admirateurs,
n'ayant pas l'énergie nécessaire pour la faire revivre
complètement, lui ramenaient toutefois des sympathies nombreuses dans le peuple, toujours épris de
chansons. Ils la parlaient si bien ; leurs vers naïfs
étaient si pleins de charmes. Je me contenterai de
citer Despourrins, le gracieux chanteur béarnais,
Jasmin, le coiffeur agenais, l'auteur de Françouneto
(1840).
Il fallut l'apparition de Mireille, cette épopée
sublime, et la venue du provençal inspiré que

(1) Dépêche-toi, si tu as de l'argent.

�LA COMTESSE DE DIE

59

Lamartine comparait à Homère, pour opérer la
renaissance du doux parler de nos ancêtres.
Le divin chantre des Iles d'or et de Calendal
devait sonner le réveil de la vieille langue.
Avec ce culte de l'idée, qui n'appartient qu'aux
hommes de génie désireux d'arriver au but quand
même, Mistral, secondé par son ancien maître et son
nouvel ami, les regrettés Roumanille et Aubanel,
forma ce triumvirat poétique dont il reste hélas! le
seul survivant.
Quelques temps après, les trois reïres (anciens),
voulant arriver à donner des règles fixes et une
orthographe littéraire à l'idiome renaissant, parvinrent à grouper, le 21 mai 1854, au château de Fontségugne, les sept apôtres, fondateurs du Félibrige (1)

(1) M. P. Mariéton donne ainsi l'étymologie du mot félibre,
à la page 523 de la Terre provençale :
« Mistral a tiré ce mot d'un cantique sur les sept douleurs de
la Vierge. Elle trouve Jésus disputant dans le temple avec li set
felibre de la lei (les sept docteurs de la loi). On a fait venir ce
mot du bas latin felibris (alumnus, disciple, nourrisson), du grec
ep'.)i&lt;xSpoç, ami du beau; M. Podhorsky signale, d'après le dictionnaire irlandais d'O'Reilly, le mot composé feliber, feli chantre et
par (identique à ber) roi. »
Quant à l'idée qu'ont eue les félibres d'adopter le nombre sept,
pour tout ce qui touche à leur constitution et à leurs fêtes (sainte
Estelle, leur patronne, représentée par l'étoile aux sept branches;
jeux floraux donnés tous les sept ans : cour d'amour composée de
sept dames), elle rappelle d'une façon ingénieuse les origines de
la langue qui leur est chère.
Nous devons reconnaître, avec Villemain, que l'idiôme roman
des troubadours reçut l'impression de la littérature arabe et
orientale, faite surtout de merveilleux et où l'on retrouve la première idée du tenson. Dans son cours de littérature, l'illustre
professeur cite, à ce propos, les sept poèmes suspendus dans le
temple de la Mecque. Ce nombre sept est célébré par les poètes

�6o

LA COMTESSE DE DIE

(Roumanille, Mistral, Aubanel, Mathieu, Brunet,
Giera, Tavan).
La cause était fondée et ne demandait plus qu'à
recueillir de nouveaux adeptes.
Le cadre restreint de cette étude ne me permet pas
de prolonger cette digression, déjà trop étendue, et
de signaler les progrès de la campagne nouvelle,
qui ouvre une quatrième phase dans l'histoire de la
poésie lyrique du Midi.
Mais j'ai voulu, du moins, consigner en ces lignes
un hommage respectueux et public à ces novateurs
illustres, amoureux enthousiastes de leur province et
de sa langue ravissante.
L'appel des poètes provençaux a été entendu.
L'arbre a poussé de nombreux rameaux. Et l'on
voit se grouper aujourd'hui, autour des anciens
amis de Fontségugne, tous les lauréats des tournois
poétiques d'Aquitaine, Languedoc et Provence :
MM. Félix Gras, le nouveau capoulié, Thomas
Chabaneau, L. Constans, Maurice Faure, le député
félibre, Paul Mariéton, le chancelier, Alcide Blavet,
E. Chalamel, Arnavieille et Messine de la Cigalo
d'or, Maurras, Tournier, Baroncelli de Y Aïoli, le
baron Tourtoulou, de Ricard, l'abbé Roux, dont
les œuvres limousines semblent écrites sous la mâle
inspiration de Bertrand de Born, Jules Boissière,

arabes, eux-mêmes. L'auteur des vers
Mansour, kalife de Cordoue, désirant
palais du kalife, s'écrie : « C'est un ciel
cieux. (VlLLEMAlN. Cours de litt. franc.,
P. 152.)

faits en l'honneur d'Al
célébrer la richesse du
nouveau parmi les sept
Paris, 1840, Didier, t. I,

�LA COMTESSE DE DIE

61

le poète clermontais, Jean-Félicien Court, du Grilh
toulousain, Bigot, Lescure et tant d'autres que je
ne puis énumérer ici, formant une véritable légion
d'écrivains ardents à défendre le vieil idiome et prêts
à chanter, avec le chef vénéré, les sublimes serments de Calendal :
Lengo d'amour, se ia d'arlèri
Et de bastard, o, pèr St Cèri !
Auras dou terradou li mascle à toun coustat :
Et tant que lou Mistrau ferouge
Bramara dins li roco, aurouge,
T'apararen à boulet rouge,
Car es tu la patrio, e tu la liberta!

« Langue d'amour, s'il est des fats et des bâtards, ah ! par Saint
Cyr ! tu auras les mâles du terroir à ton côté ; et tant que le mistral
farouche bramera dans les rochers, terrible, nous te défendrons à
boulets rouges; car c'est toi la patrie, et toi, la liberté! »

��CHAPITRE

TROISIÈME

LES FÊTES EN L'HONNEUR DE LA COMTESSE.

—

PRÉPARATIFS.

— PROGRAMME.— LA RETRAITE AUX FLAMBEAUX.
DES FÉLIBRES A SAILLANS.
CHASTET.

—

ARRIVÉE A DIE.

L'ENTRÉE EN VILLE.
ST-MARCEL.

—

CHEVANDIER,

:

—

ACCUEIL ENTHOUSIASTE. —

LES ARCS DE TRIOMPHE ET LA PORTE

MM.

CLOVIS

M. E. CHALAMEL.
PESTRE.

—

—PASSAGE

DISCOURS DE MM. COURT ET

LE VIN D'HONNEUR ET LE BANQUET.

FÊTE LITTÉRAIRE

M.

—

—

LE

—

H.

FOUQUIER,

—

HUGUES.
RETOUR

DÉPART.

—

A

MAURICE

POÉSIE

LA GARE.

LA

—

PATOISE

—

LA

FAURE,

SALUT

DE
DE

FARANDOLE DIOISE. —

HOMMAGE A LA COMTESSE.

'est avec peu d'empressement,
que le public diois avait
accueilli le projet de dresser
un buste à une femme inconnue, qui ne semblait pas, au
premier abord, mériter pareil
honneur.
Mais, dès les premiers jours, quelques vaillants
champions prirent à tâche de défendre la Comtesse
de Die, contre l'indifférence de ses compatriotes,
et de faire réussir une fête qui devait avoir le
double avantage d'animer, pendant une journée

�64

LA COMTESSE DE DIE

entière, l'ancienne capitale des Voconces, et de
glorifier l'art poétique, dans une personnification
gracieuse.
Au premier rang de ces chevaliers servants, nous
devons placer M. Maurice Faure qui, le premier,
avait songé à doter une ville qui lui est chère, du
buste de la troubadouresse, œuvre de Mme Clovis
Hugues, tant remarqué à l'exposition des femmes
artistes en 1887. On peut le considérer, à juste
titre, comme le promoteur de cette solennité félibréenne, dont la population dioise ne perdra jamais
le souvenir.
A la demande de M. le maire de Die, il donna,
dans une lettre publiée par le Journal de Die du
27 novembre 1887, quelques indications sommaires
sur la poétesse dauphinoise.
Nous citerons, après M. Maurice Faure, MM. Emile
et Adrien Chevalier. Le premier ouvrit toutes grandes
les colonnes du Journal de Die aux communications
concernant les fêtes. Le second consacra à la troubadouresse un article humoristique, destiné à faire
sourire le public, aux dépens de quelques personnes
vertueuses à l'excès, qu'offensait la pensée d'une
fête consacrée à la poésie amoureuse.
M. Emile Borel, un dauphinois exilé du pays
natal, qui prouva son dévouement à la Comtesse
en faisant, à Paris, des recherches sur notre héroïne,
et en adressant au Journal de Die l'ode ravissante
reproduite dans le chapitre précédent :
A chantar m'er de s6 qu'ieu no volria.

�LA COMTESSE DE DIE

65

Enfin les nombreux organisateurs des fêtes, dont
le zèle ne se démentit pas un seul instant (i).
La lecture des quelques articles parus dans le
Journal de Die et l'entrain de quelques uns, conquirent peu à peu la sympathie du public, pour une
fête inspirée par les sociétaires de la Cigale et du
Fèlibrige. On ignorait pourtant encore ce qu'étaient
au juste ces sociétés, aux dénominations étranges,
dont les membres visitaient pour la première fois le
Dauphiné.
Depuis, ils se sont fait connaître, ces joyeux troubadours modernes qui, chaque année, au moment
où la cigale, qu'ils ont prise pour emblème, redit
au soleil plus ardent sa langoureuse chanson, dévalent vers le Midi, offrant aux diverses cités de leur
choix, les images des enfants les plus illustres de
chacune d'elles.
On sait aujourd'hui qu'ils évoquent et veulent
faire revivre toutes nos gloires, unissant dans leur
amour passionné du beau, celles d'un passé lointain
(i) Voici les noms des commissaires qui furent nommés pour
diriger les fêtes et qui remplirent si consciencieusement leur
mission :
MM. Allard; — Argod; — Avond; — Barnavol; — Benoît; —
Béranger ; — Blain ; — Emile Boissier; — Bouillanne ; — Brunct ;
—■ Carton ; — Adrien et Roch Chevalier ; — Eugène et Léon
Clère ; — Paul Coursange ; — Marius Crozet ; — Caprais Favier ;
— Ferrier, maire ; — Galland ; — Emile et Louis Girard ; —
Grimaud, instituteur; — Gustave et Emile Jossaud; — Josseaunc ;
— Amédée Joubert; — E. Liotard et Liotard, instituteur; —
Lombard ; — Marsanoux ; — Auguste Nal ; — Payan ; — Ernest
Pestre ; —■ Marie Reynaud ; — P. Reynaud ; — Roux ; — Samuel ;
— S. Santy ; — Simon ; — Teston ; — Jean Thiaire ; — Henri
Vignon.
5

�66

LA COMTESSE DE DIE

avec Cortète de Prades ou Saluste du Bartas et
celles qui viennent à peine de s'éteindre, avec
Ingres, Soleillet et Gautier.
Mais en 1888, à Die, on n'avait pas encore
entendu parler d'eux. Et cependant, toute prévention disparut, dès que l'on apprit que cigaliers et
félibres étaient les adeptes du gay sçavoir, désireux de former une escorte d'honneur à la noble
Comtesse.
Chaque habitant se prépara à les recevoir de son
mieux.
L'hospitalité n'est-elle pas d'ailleurs de tradition,
dans cette partie du Dauphiné, qui confine au Midi
et qui en possède le cœur large et l'enthousiasme
ardent ?
A la date du 5 juillet 1888, Une première séance
avait eu lieu, dans la grande salle de l'Hôtel-deVille, pour le choix de diverses commissions. Dès
leur formation, elles se mirent à l'œuvre, chacune
se promettant de faire mieux que les autres.
Une réunion plénière du Comité se tint à la
Mairie le jeudi soir, 9 août, veille de la fête ; les
dernières dispositions furent prises. Chacun reçut
l'indication de son poste, pour le lendemain. M. le
Maire fut chargé d'accueillir le président de la
Cigale, Henry Fouquier, le critique délicat, l'écrivain plein de charmes, dont la venue était une
bonne fortune pour les vrais amateurs de littérature.
M. Adrien Chevalier et l'auteur de ce modeste
recueil se virent délégués à recevoir, le premier,
les représentants de la presse, et le second,

�LA COMTESSE DE DIE

67

Mme Clovis Hugues, la gracieuse artiste, qui venait
contempler, une dernière fois, son œuvre avant de
l'abandonner aux Diois, tout fiers de retrouver leur
Comtesse. Enfin, chacun des commissaires devait se
déclarer le second de chacun des étrangers qui nous
venaient.
La séance close, les salves d'artillerie éclatent, les
tambours battent, la fanfare toujours prête à mêler
ses accords aux cris de joie de la population dioise,
lance ses notes brillantes. C'est là, l'exécution de
la première partie du programme, la retraite aux
flambeaux, le passe rue des Pyrénées, le passa calle
de l'Espagne. Les feux de Bengale embrasent toute
la rue Villeneuve, donnant un aspect fantastique aux
vieilles maisons du quartier et faisant grimacer les
têtes en bas relief, qui se voient encore sur quelques
unes d'entre elles. La retraite arrive sous les fenêtres
duCercle du Progrès; un hurrah éclate. C'est Paul
Mariéton que l'on acclame, le seul représentant du
Fèhbrige arrivé de ce jour. On salue en lui la
pléiade d'hôtes illustres que l'on fêtera demain. Le
chancelier du Fèlibrige et les membres du cercle
répondent par des applaudissements, et le flot de
jeunesse s'écoule bruyant et enthousiaste.
Le vendredi, 10 août, dès six heures du matin,
de nouvelles salves d'artillerie nous réveillent. Une
course rapide dans les divers quartiers, permet de
voir que les Diois ont bien fait les choses. Tous
les habitants ont pavoisé leur demeure : des arcs
de triomphe élégants, œuvres de MM. Dallung,
Samuel et Oddon, ornent les deux entrées de la

�68

LA COMTESSE DE DIE

ville : des guirlandes de feuillage se balancent dans
toutes les rues. Une avenue a été formée depuis la
gare, à l'aide de jeunes sapins arrachés aux flancs
du géant Glandaz. Leurs feuilles ont pris, sous la
poussière qui les recouvre, la couleur pâle de l'olivier. Heureux hasard ! Elles rappelleront ainsi aux
Méridionaux qui nous arrivent, l'arbre béni dans
toute la Provence.
Décidément, ils seront bien accueillis, ces visiteurs que nous ne connaissons pas encore, mais
dont on a tant parlé depuis quelques jours. Aussi,
bientôt, Clovis Hugues, l'un d'eux, pourra-1-il
s'écrier, dans un élan d'enthousiasme : « Si ce
n'est pas le Midi ici, qu'est-ce alors ? »
Le cortège se forme pour se rendre à la gare.
Mais les voyageurs ont été déjà fêtés à leur
passage à Saillans, par la Société républicaine d'Instruction, dont les membres ont offert des fleurs et
des corbeilles de fruits.
Monsieur Henri Court, président de la société, a
prononcé le discours suivant :
MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
MESSIEURS LES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ

La Cigale,

La Société républicaine d'Instruction de Saillans se fait un honneur et un devoir de venir vous saluer à votre court passage
dans notre pays, — non seulement parce que nous voyons parmi
vous un enfant de Saillans, M. Maurice Faure, aujourd'hui parvenu à une haute situation, — mais parce que des noms illustres
et aimés comme ceux d'Alphonse Daudet, de Mistral, de tant
d'autres encore, nous sont familiers depuis longtemps.
Et nous sommes heureux de pouvoir aujourd'hui les remercier
des heures charmantes et instructives que, par le livre, par le

�LA COMTESSE DE DIE

69

journal ou par la chanson joyeuse, ils nous procurent dans nos
longues veillées d'hiver, lorsque la bise est revenue
Veuillez accepter, Messieurs, ces fleurs et ces fruits comme
un faible témoignage de notre reconnaissance et de notre admiration.

Puis, M. Chastet, au nom du Conseil municipal,
a adressé aux félibres et cigaliers le salut que je
transcris :
MESSIEURS LES FÉLIBRES ET CIGALIERS,
MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE

La Cigale,

J'ai tout lieu de croire que vous excuserez le paysan agriculteur, et j'ai la conviction que vous préférerez mon langage un
peu rude, aux mièvreries et aux finesses prétentieuses dont les
gommeux sont coutumiers.
J'ai tort peut-être de prendre la parole, mais il y a des circonstances où la bouche parle d'abondance de cœur.
Ceci dit, Messieurs, laissez-moi vous saluer au nom du Conseil
municipal de Saillans et vous dire : « Vous allez inaugurer le
buste d'une illustre comtesse, exécuté par des mains habiles
guidées par un grand cœur (les femmes se devinent même à
travers les âges). La Comtesse de Die a inspiré à Mmc Clovis
Hugues une œuvre vraiment digne de sa valeur poétique ».
Honneur à cette noble Dioise qui eut cette grande pensée :
« Dans ces temps sombres, avec de la grâce, de l'amabilité, du
gai savoir, tu pourras adoucir la barbarie du moyen âge et la
cruauté des pourfendeurs ». Dans ces temps où la force étouffait
le droit, cette vaillante châtelaine, comme Clémence Isaure,
rendit de grands services à la cause de l'humanité.
La poésie, Messieurs, avait trouvé son berceau dans nos montagnes, d'où elle prit son vol. Elle devint railleuse et plaisante
avec Villon, grave et utile avec Abélard, frondeuse avec Rabelais,
raison avec Voltaire et cœur avec Rousseau, sublime avec Musset
et grandiose avec Victor Hugo.
Tous ces grands morts et vous, Messieurs, ont fait de notre
chère patrie la première nation du monde, c'est-à-dire la plus
instruite et la plus civilisée ; merci. Merci aussi de nous faire
l'honneur de vous arrêter quelques instants dans notre petite cité,
qui, d'ailleurs, a toujours été ardente pour le progrès.

�LA COMTESSE DE DIE
Le temps presse, un dernier merci pour avoir ramené le beau
temps avec vous ; nos cigales ne chantaient plus, vous leur avez
rendu la voix. Il semble briller avec plus d'éclat au-dessus de nos
têtes, à l'occasion de votre venue, l'astre radieux qui fit s'écrier,
lors de l'éclipsé de 1842, ce jeune Avignonnais, en le voyant reparaître : « Oh ! béou souléou ! » Oui, beau soleil, qui féconde la
terre, qui fera mûrir nos raisins, afin qu'à la pressée nous puissions remplir nos coupes et boire à la santé des Cigaliers et
Félibres et à la prospérité de la France et de la République '

Cependant on s'impatiente à la gare de Die
Un roulement sourd, suivi du coup de sifflet réglementaire, nous apprend enfin que le train vient de
franchir le pont de la Drôme. Hurrah pour nos
visiteurs !
La fanfare dioise, à défaut d'air plus local, entonne
le Chant des Allobroges.
La dernière note envolée, les félibres et les cigaliers descendent, encombrés de leurs paquets et
des corbeilles de fruits recueillis à Saillans. C'est à
peine si, dans le désir de faire éclater notre joie,
nous leur laissons le temps de se ranger, pour
entendre nos souhaits de bienvenue.
Un silence se produit. Aussitôt les mille voix de
nos cigales, de se faire entendre joyeuses et continues.
E di cigalo garrigaudo,
Que grasihavo l'erbo caudo,
Li cimbaleto fouligaudo
Repetavan sens fin soun loung cascarelun (1).

(1) Mireille de P. MISTRAL. Chant VIII. « Et des cigales de la
lande, que grillait l'herbe chaude, les petites cymbales folles,
répétaient sans fin leur long claquettement. »

�LA COMTESSE DE DIE

7i

Elles chantent, en effet, les bestioles insouciantes, saluant notre radieux soleil, un fameux
gaillard, comme l'appellera tantôt le provençal
Clovis Hugues, et semblent faire fête aux amis du
gai sçavoir, qui leur ont emprunté, avec leur nom,
leur constante gaieté.
M. Ferrier, maire de Die, s'avance alors vers
M. Henry Fouquier et prononce l'allocution suivante :
MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

Au nom de tous les habitants de la vieille cité des Voconces,
je souhaite la plus cordiale bienvenue à vous d'abord, qui avez
l'honneur de présider cette société de poètes et de littérateurs,
ainsi qu'à tous les Cigaliers et Félibres, qui ont bien voulu nous
honorer de leur présence et rehausser ainsi l'éclat de nos fêtes.
Vous trouverez partout sur votre passage, Messieurs, une
population laborieuse autant qu'hospitalière, mais aujourd'hui
heureuse et fière surtout de vous acclamer.

M. Henry Fouquier, encore sous l'impression
de la fatigue du voyage, répond quelques mots
gracieux, se réservant, dit-il, de remercier la population de son accueil sympathique, au moment où il
saluera l'illustre Comtesse de Die.
Puis, c'est au tour de Mme Clovis Hugues, d'être
fêtée. L'auteur de ce modeste recueil lui offre un
bouquet, aux couleurs dioises, et la complimente
ainsi :
MADAME,

Chargé par la municipalité dioise et par la commission de nos
fêtes de vous souhaiter la bienvenue dans notre ville, je suis heureux et fier de vous offrir ce bouquet, modeste témoignage de

�72

LA COMTESSE DE DIE

notre respectueuse sympathie pour votre personne et de notre
admiration pour votre talent.
Nous n'oublierons jamais que, grâce à vous, la ville de Die
sera dotée d'une séduisante image qui symbolisera, à tout jamais,
cette langue si poétique et si originale dont vos amis sont les plus
brillants interprètes.
Et, moi-même, évoquant pour un jour les traditions de cette
époque galante, qu'illustra notre gente Comtesse Béatrix, je me
déclare, devant tous, votre chevalier et j'adopte cette devise :
« Tout pour nos fêtes et pour ma dame ! »

Ici, je passe la main à M. Paul Mariéton, le
chancelier du félibrige, directeur de la Revue fèlibréenne. Il ne m'en voudra pas d'offrir à mes
lecteurs quelques lignes de sa prose exquise, pour
les reposer de la monotonie de mon compte-rendu.
« Précédé par nos sapeurs, grands lis jaunes
pistillés de noir, et suivi de voitures vite envahies
par les moins vaillants, le cortège s'ébranle vers la
ville. Comment les énumérer tous? Ils sont venus
nombreux, les exilés du ciel natal, les passionnés
de Provence. Après les plus tôt reconnus, Fouquier,
Clovis Hugues et Maurice Faure, c'est Félicien
Champsaur, le romancier moderniste qui devient
moins sceptique aussi pour sa Provence, à mesure
que le parisianisme l'a conquis tout entier ; c'est
Robert Kemp, un sosie plus jeune du roi des Belges ;
c'est Albert Tournier, le metteur en scène de nos
fêtes de Paris ; c'est Elie Fourès, bon poète français
et félibre aquitain dévoué, brun comme un pruneau
d'Agen ; c'est Charles Maurras, un nouveau venu,
un ardent champion de la Cause par la plume et
l'enthousiasme ; c'est Eschenauer (de Cette), Plan-

�LA COMTESSE DE DIE

73

tier, Burgues, président des Picpouliers (Toulousains
de Paris), Uzès, président des Sartaniers (Vauclusiens de Paris : de Sartan, poêle à frire), Barracand
le romancier, interprète fidèle des mœurs de son
Dauphiné, les deux Gaillard (Isère et Vaucluse),
l'un, jovial compagnon et tout surpris de se voir
amené à la Cigale par la politique; l'autre, excellent poète et que la poésie conduisit jadis à la
Chambre..., on ne fait pas sa destinée; enfin le
groupe des Félibres fèlibrejant, ceux qui ignorent
Paris, ses pompes et ses œuvres, par qui et pour qui
se donnent les fêtes, mais dont les comptes rendus
parleront le moins possible (i). »
Nous franchissons le premier arc de triomphe.
Les félibres manifestent la plus vive satisfaction, à
la lecture du souhait qu'il leur offre :
« Soyez les bienvenus »
et de la devise d'Aubanel, transformée pour la circonstance et reproduite au cintre :
« Quaû canto m'encanto. » (2)
Après avoir parcouru la rue Nationale, où la foule
se presse nombreuse, de plus en plus sympathique,
on arrive à la porte St-Marcel. Le vieil arc triomphal
ne va plus, comme jadis, abriter pour un instant
sous sa voûte sculptée de rosaces gracieuses et de
signes symboliques, quelque heureux guerrier célé-

(1) P. MARIÉTON. La Terre provençale, page 76.
(2) La véritable devise d'Aubanel était la suivante : « Quaû
canto, soun mal encanto. » « Qui chante, son mal enchante. »

�74

LA COMTESSE DE DIE

brant sa victoire. Non certes, ce n'est point un héros
des champs de bataille qu'acclame tout ce peuple ;
mais l'art immortel, que ses plus fervents adorateurs
fêtent aujourd'hui en notre ville. Il était juste que cette
pléiade d'artistes modernes vînt saluer, dans l'antique monument, l'œuvre des artistes du temps passé.
Nous voici parvenus à la place de l'Eglise. Les
pompiers forment la haie. Félibres et cigaliers pénètrent dans la sous-préfecture, où M. Deschamps,
l'administrateur dévoué de l'arrondissement, déposant son caractère officiel, offre, avec sa courtoisie
habituelle, le vin d'honneur aux étrangers et aux
membres du comité. Ce vin d'honneur, comme bien
on le pense, c'est la clairette de Die « dont les
bouteilles casquées d'argent ont fait, suivant Charles
Maurras, rêver plus d'un félibre à la liqueur pétillante de la veuve Cliquot ».
Pauvre clairette ! il a fallu toute l'habileté de l'amphitryon pour dénicher ces vieilles bouteilles. Les
ruisseaux mousseux ne coulent plus sur les coteaux
de La Chargière et de Justin (i). L'ennemi maudit
de nos viticulteurs a tout ravagé.
Souhaitons, en passant, que la reconstitution du
vignoble diois, courageusement entreprise, soit couronnée d'un prompt succès et qu'elle marque, dans
le pays des Voconces, en redoublant la gaieté de ses
habitants, la renaissance d'un mouvement félibréen
pareil à celui qui s'est produit si puissant, en Provence, Languedoc et Aquitaine.
(i) Collines dioises, autrefois couvertes de vignes.

�LA COMTESSE DE DIE

75

Une promenade à travers des rues vieilles et
étroites, permet à nos visiteurs de se rendre compte
de ce qu'était Die au moyen âge. Elle se termine
à l'école laïque de filles, où doit avoir lieu le
banquet.
C'est à mon ami Adrien Chevalier, l'aimable
rédacteur du Journal de Die, que j'emprunte le
compte-rendu de cette partie de la fête.
« Vous êtes désireux de savoir ce qui s'est passé au
banquet ? Eh ! mon Dieu ! que n'y êtes-vous venus ?
Vous y auriez appris — ce que vous savez déjà —
qu'on peut aimer la langue de Mistral et ne pas
détester celle de Victor Hugo. Les bons gourmets
du pays pourront vous dire que l'on a fort bien dîné,
mais je suis convaincu que vous préférerez apprendre
que l'on a fort bien parlé. Il est certain que vous
auriez vu avec plaisir Alphonse Daudet à côté de
Tartarin, — vous ou moi. — Vous auriez même
volontiers applaudi Jules Claretie, portant un toast
à Monsieur le Ministre, en admettant que ce dernier
fût M. Deluns-Montaud. Vous n'avez pu le faire...
C'est tant pis pour ces messieurs.
» Mais vous avez pu applaudir les toasts du maire
de Die, d'Henry Fouquier, de Maurice Faure. Vous
avez pu crier bravo en entendant la délicieuse
improvisation de ce délicieux humoriste qui s'appelle Clovis Hugues ; vous avez pu applaudir
M. Gaillard de l'Isère et M. Gaillard de Vaucluse
— deux gaillards ! — de même que M. Tournier.
» Et tenez, puisque je ne puis vous donner les
discours dont je viens de parler, je vais vous faire

�76

LA COMTESSE DE DIE

savourer le speech exquis de Paul Arène, que le
maître conteur a bien voulu me communiquer :
En ma qualité de Sisteronais, qui vient de dormir douze heures
à franchir le col de Cabre, et fier que je suis d'avoir, en le nuançant, renouvelé — dans la mesure permise aux démocraties — le
vieux mot de Louis XIV : Il n'y a plus d'Alpes, je me permets de
boire à l'amitié du Dauphiné et de la Provence.
Je me le permets encore, en souvenir d'un fait historique du
temps des guerres de religion. Vers 1575, Sisteron assiégé, deux
jeunes garçons beaux et braves, l'un de 19 ans, l'autre de 16, se
rencontrèrent un jour d'assaut sur la brèche des Cordeliers.
Ils se battirent en héros, ne se tuèrent pas, et vécurent heureusement pour la gloire et la grandeur de la France.
L'un de ces garçons était Provençal ; l'autre, Dauphinois.
L'un s'appelait Crillon ; l'autre, Lesdiguières.
Voilà pourquoi je bois à l'amitié du Dauphiné et de la Provence,
se passant fraternellement la coupe félibréenne et surtout française. (1)

Une poésie languedocienne, oeuvre de M. Léon
Rouquet, un de mes cousins, lauréat des Jeux
Floraux à Montpellier en 1890, devait être lue par
moi, à la fin du banquet. Elle me fut adressée trop
tard et j'eus le vif regret de ne pouvoir l'offrir à
nos visiteurs. Je répare aujourd'hui cette omission,
indépendante de ma volonté, en publiant le gracieux éloge adressé aux cigaliers par le poète
clermontais.
Une traduction me paraît inutile, le dialecte de
Clermont-1'Hérault pouvant être compris facilement,
même par les personnes qui ne sont pas familiarisées
avec nos idiomes méridionaux.

(1) Journal de Die du 12 août 1888.

�LA COMTESSE DE DIE

As Cigaliés de Paris
CIGALÉCHÀ !
Dins nostré dous patouès, qué parlan à Clarmoun,
Dount PEYROTTES o fach la glouera et lou renoun,
Flouris un pechiot mot, poulit coume un imaché,
Sabé pas soun pariou dins un aoutré lengaché !
Cigaléchà ! cerquas, Messieus, tant qué bourrés.
Bous donné un merlé blanc quan mé lou troubarcs !
Cigaléchà n'es maî qu'imita la Cigala,
Coume éla brésillà, cantà, battre dé l'ala,
Sans soucis dé déman, boultichà tout lou jour;
Per fricot, sé nourri dé soudel et d'amour !
Défauts et qualitats, dount légidés la lista
Al chapitre premier del bravé Fabulista !
Cigaléchà l'éfan qué s'en bo tout joyous,
En manquen la leçou, cassa lous parpaillous !
Cigaléchà. souven la charmanta filletta,
Al lustré dé la nioch quan ben touta souletta
Rempli son orchoulet al rajol dé la fon ;
Per qué pren al rétour, lou cami lou pus Ion ?
Cigaléchà à soun tour, soun galan qué la beilla
Per li sarra la man en parlen à l'aureilla !
Cigaléchà lou pintré armât dé sas coulous
Qué traça sus la têla un tableou merveillous !
Cigaléchà bé mai lou patien qué s'escrima,
Pécaïré, à marida lou boun sens et la rima!
Nostra lcngua naïva, en sa simplicitat
Perfés dis à chacun la pura véritat.
Baoutrés qué lou génia emporta sus soun ala,
CIGALIËS dé Paris, en founden la ClGALA
Abès pla capitat, et n'és pas sans rasou
Qué nous prénès d'un cop lou mot et la cansou :
Pintrés, Counteurs, Sculptous, et sublimés Rimaïdés,
Sès toutés per ma fé dé grands Cigaléchaïdés.
Dins lous ars immourtels, célébras chaqua jour

77

�78

LA COMTESSE DE DIE

Las flous, la Iibertat, lou soudél et l'amour ;

Aimas ambé passiou cé qu'aima la ClGALA,
Pitança à part, pamens, car lou qué bous régala,
Chaqua més dins Paris, es may fort qué Batel
Per dressa lou ménut et caouffa lou fournel :
Et quan per bous traita, Notta fo la cousina,
N'es pas per appresta la Mousca ou la Vermina !...
Cigaléchés loun temps, CIGALIÉS dé Paris,
Sès la força et l'hounou dé nostré bel pays ;
Dins lou ciel idéal tant qué batrés de l'ala,
La França dins lous ars brillara sans égala!
Excusas-mé, Messieus, sé bous ay dérenchat
Aboué francamen qu'aï trop Cigaléchat !
Mès aban de fini, laïssas-mé pla bous diré
Qué dél foun dé moun cor bous aïmé et bous admiré :
Et na'y qu'un grand regret de n'estre un ClGALOU,
Per pourré bous banta seloun bostra balou !
LÉON ROUQUET.

Clermont-VHératdt, Juillet 1888.

De la salle du festin, on se rend à la place de
L'Evêché plantée de marroniers séculaires, « dont
les feuilles remuées, font jouer l'ombre et la lumière
sur la foule », comme l'a écrit M. Henry Fouquier,
dans sa relation.
La véritable fête, la fête littéraire va commencer
enfin. Les cigaliers qui doivent prendre la parole et
la gracieuse statuaire montent sur l'estrade aménagée à cet effet, et la foule, avide d'entendre, se
presse de son mieux.
A ce moment, le voile qui recouvrait la Comtesse
tombe, pendant que la fanfare joue un air d'ouverture
et que les membres de la Patriote, groupés autour de
l'estrade, saluent, en pousant un hurrah formidable,
auquel répondent des applaudissements unanimes.

�LA COMTESSE

DE

DIE

79

La noble amoureuse apparaît belle dans sa tristesse, les paupières demi closes et comme rêvant à
l'inconstance de son infidèle Raimbaut. Mille jets
d'eau ménagés dans le piédestal s'échappent et
forment, autour du buste, une gerbe de diamants
irrisés par l'astre radieux et aussi variés en leurs
couleurs, que le furent, en leur éclat, les rimes
que laissa tomber jadis de sa bouche l'exquise
trobairitz.
*
Voici l'appréciation de M. Firmin'Javel, rédacteur en chef de L Art Français, sur le buste de la
Comtesse :
« Il est l'œuvre de Mme Clovis Hugues et figura
pour la première fois, l'an dernier, à l'exposition des
femmes peintres et sculpteurs, où il fut remarqué.
» Droite, très digne, les yeux baissés, belle de
méditation et de recueillement, la Comtesse de Die
songe sans doute à une de ces poésies où elle
mettait tant de passion et de feu. Sa coiffure, que
l'habile statuaire a restituée fidèlement, se termine
par deux longues nattes qui forment le cadre le
plus naturel et le plus harmonieux à son visage
inspiré. » (i)
M. Henry Fouquier, en qualité de président de
la société La Cigale, se lève et prononce le discours
qu'on va lire :
MESSIEURS,

Pour parler dignement des poètes, rien ne vaut les poètes.
Vous allez en entendre, tantôt, qui vous charmeront en racon-

(i) VArt Français. Numéro du n août 1888.

�So

LA COMTESSE DE DIE

tant ou en célébrant la gloire de la Comtesse de Die, la poétesse
légendaire, dont nous inaugurons le monument.
Moi, je ne viens, Messieurs, qu'en simple avant-propos, comme
disait un poète qui n'aimait pas les préfaces, — ni probablement
les discours, — et je n'aurai garde de me priver du mérite, toujours facile et toujours apprécié, d'être bref. Cependant, ayant le
grand honneur d'être le président de la société La Cigale, à qui
est due, ainsi qu'aux félibres de Paris, l'initiative de la fête
d'aujourd'hui, je ne puis me dérober au devoir de remercier
publiquement tous ceux qui nous ont aidés dans notre tâche,
tpus ceux qui ont voulu, avec nous, rendre hommage à la Comtesse de Die, et, en particulier, je dois remercier la femme, sculpteur émérite, à qui nous devons le beau buste qui vient d'être
découvert.
Cette image de la Comtesse est-elle ressemblante ? Je n'en
jurerais pas et vous savez que non. Il y a six siècles qu'est morte
la femme-poète qui avait hérité de la seigneurie de Die, la gouverna peut-être mal — on n'en veut pas aux poètes pour un peu
de mauvaise politique — mais la charma par son talent et la
toucha par son amour. Ce fut ici qu'elle chanta et qu'elle
« brûla », comme dit énergiquement Byron en saluant l'île de
la Grèce où mourut Sapho. Il reste peu de chose de son œuvre,
mais un grand souvenir : c'est ainsi que, dans la cassette où ont
été serrées les douces lettres d'amour, même lorsque le temps les
aura détruites, persiste un parfum délicat.
C'est un hasard heureux ou, pour mieux dire, c'est une bonne
fortune précieuse qui nous a permis de commencer par Die la
tournée de nos fêtes cigalières et félibréennes. Ici la Provence et
le Dauphiné se donnent la main. A qui nous reprocherait de voir
et de célébrer trop exclusivement, dans la Provence seule, la tradition, l'esprit, le génie méridional français, nous répondrions
que nous sommes venus à Die chercher le souvenir de la comtesse dauphinoise, pour le porter à Orange, à son ami le troubadour Raimbaud. A six cents ans de date, on peut, sans inconvénient, s'entremettre à rapprocher les amoureux... car, ce que
nous réunissons ici, dans l'évocation du lointain passé, ce sont
deux poètes, qui eurent en eux l'âme poétique du Midi, cette âme
éparse en ses provinces diverses, variée dans ses expressions,
mais non dans ses sentiments, faite à la fois de la tradition latine,
de l'instinct permanent de la race et peut-être, par dessus tout,

�LA COMTESSE DE DIE

81

de la nature qui nous entoure, de la beauté du ciel et de nos
montagnes, de ce contraste constant d'impressions douces ou
fortes auxquelles personne n'échappe et qui fait que, chez nous,
le lettré de la ville et le berger de l'alpe ont le même patrimoine
héréditaire de poésie et goûtent, à un égal degré, le charme et la
saveur de notre vieille langue. ...
Cette âme poétique du Midi, à Die, c'est une femme qui la
représente : et c'est là cette bonne fortune dont je parlais. Au
début de notre petit voyage au pays natal, par lequel nous avons
voulu prouver que nos sociétés cigalières et félibréennes ont la foi
sincère, celle qui ne se contente pas de parler, mais qui sait agir,
nous rencontrons tout d'abord la femme. Et nous la rencontrons
à la fois avec tout l'éclat et tout le mystère de la légende... Elle
se présente à nous, tout ensemble voilée et nue, pourrait-on dire.
On sait peu de chose de celle-ci, mais le renom qui lui vient de
ses amours a traversé les siècles et a triomphé de l'oubli. De
l'autre côté de notre fleuve, de ce Rhône, qui a roulé, dit-on, des
paillettes d'or, mais qui roule encore dans ses eaux des légendes
et des souvenirs, plus précieux que l'or même, de l'autre côté du
Rhône, sur les bords de qui Pétrarque rêvait à Laure, Clémence
Isaure régna. De ce côté-ci régna la comtesse, la Clémence
Isaure Dauphinoise. Comment vécut-elle ? On n'en sait trop rien.
Fut-elle heureuse ? Rendit-elle heureux le mari à qui la politique
l'avait liée ? J'imagine que s'il fut heureux, ce fut peut-être à la
façon du plus heureux des trois, dont nous parle le vaudeville.
Mais le propre de la poésie, c'est d'avoir des ailes, de les ouvrir,
de nous emporter au-dessus des réalités de la vie. Avec elle,
l'amour plane dans une région où on ne parle presque pas la
langue des hommes. La Comtesse de Die aima et fut aimée. Elle
connut les joies et les larmes de la passion. Elle les redit dans
des vers, d'une originalité, d'une force, d'une grâce exquises. Les
plus sévères n'oseraient pas en demander davantage...
Notre Midi passe pour ne pas faire grand cas de la femme.
La famillle s'y est longtemps modelée sur le droit romain, qu1
faisait, du mari et du père, un maître souvent tyrannique. Nos
mœurs, sur ce point, se sont modifiées et améliorées. La femme
a maintenant, chez nous, 'au foyer, la place qu'elle mérite. Mais
il faut bien accorder qu'autrefois il n'en allait pas ainsi. Ce fut
pour protester contre une doctrine trop absolue, contre une
pratique trop sévère, que les femmes instituèrent des Cours
6

�82

LA COMTESSE DE DIE

d'amour, qui fleurirent sutout dans le Midi. Ces Cours, où la
Comtesse de Die fut reine par le génie poétiqué, allèrent peutêtre à l'excès, comme toutes les réactions du monde. Elles
estimèrent et proclamèrent que l'amour n'est pas possible dans
le mariage, ce qui est contraire à la loi de l'amour même, car
on dit qu'il est coutumier de faire des miracles... . Sérieusement,
personne aujourd'hui, pas une femme et pas un homme, ne
souscriraient à une telle doctrine. Mais n'oublions pas qu'elle
se produisit en plein moyen âge, à une heure sombre où toutes
les libertés, même celle du cœur, étaient cruellement oppressées.
Et c'est uu des pires dangers de l'oppression des esprits qu'elle
prépare à la liberté des revanches souvent sans mesure....
J'ai dit l'époque sombre du moyen âge. Mais je n'ai dit : la
nuit, car cette longue et triste heure de notre histoire ne cessa
pas d'avoir, pour qui sait bien regarder, des lueurs d'aurore.
Dans notre Midi surtout, où la tradition latine et le sentiment
profond du droit égalitaire tempéraient la brutalité féodale, les
espérances n'abdiquèrent pas. En tout cas, le sourire resta,
reconfort suprême, aux lèvres des femmes. C'est ce sourire,
mystérieux et douloureux comme le sourire de la Joconde, que
vous trouverez ici dans cette image sculptée par l'habile main
d'une femme, qui, en créant la figure légendaire de la comtesse,
n'a oublié ni les douleurs qui viennent de la passion, ni les
consolations que l'art et la poésie y apportent.
« Qui chante son mal, l'enchante. »
C'est la devise qui nous vient d'un de nos maîtres Félibres,
vieille devise de notre Midi poétique. On peut l'inscrire sur ce
beau buste, que les Cigaliers, les Félibres de Paris et la ville
de Die ont consacré à la mémoire de celle qui, comme notre
beau pays, en tout temps, aima, souffrit et chanta (i).

Chaque phrase est accueillie par des bravos.
Ces expressions élégantes, ces tournures délicates,
ces quelques pointes où l'ironie sait se faire douce,
M. Fouquier voulant rester galant, parce qu'il
parle d'une femme, enthousiasment les moins ins(i) Revue fèlibrèenne de septembre-novembre 1888, page 264.

�LA COMTESSE DE DIE

§3

truits. L'orateur a dit avec juste raison que le
« lettré de la ville et le berger de l'Alpe goûtent
» à un égal degré le charme et la saveur de
» notre langue. »
M. Maurice Faure succède au président de La
Cigale.
Comme on sent bien qu'il est chez lui, ce Dauphinois ardent et que cette fête est son œuvre. Il
lance avec feu, sa voix vibrante, accompagnée
du geste on ne peut plus aisé. C'est bien là le
tribun haranguant la foule du forum. Et certes, ce
rôle lui incombait, d'expliquer à ses compatriotes
ce que fut la suave Comtesse, dont l'image ornera
désormais, grâce à lui, cette promenade, qui fut
peut-être jadis le parc où rêva Béatrix.
MESDAMES,
MESSIEURS,

Après l'éloquent discours de M. Henry Fouquier si spirituel
et si fin, j'aurais grande envie, pour vous laisser sous le charme
des paroles du président de Là Cigale, de garder le silence,
mais on m'assure que je dois obéir aux injonctions du programme et il paraît qu'on ne peut pas plus se soustraire à
l'exécution des mandats littéraires qu'à celle des mandats
politiques.
Je me conforme donc de bonne grâce à l'invitation qui m'est
faite, en exprimant tout d'abord ma joie profonde de voir dans
la vieille capitale des Voconces tant d'esprits distingués, venus
de tous les points du Dauphiné et de la Provence pour saluer
une gloire littéraire trop longtemps oubliée, même dans le pays
dont elle a illustré le nom.
Il y a longtemps que j'avais conçu le projet de la tirer de
l'oubli et je me disais souvent qu'il appartenait peut-être au
fondateur dauphinois de La Cigale de faire revivre la douce
mémoire de la noble Cigalière, qui portait étincelante parmi les
joyaux de sa couronne comtale, la cigale d'or des troubadours.

�84

LA COMTESSE DE DIE

Enfin, Messieurs, mon rêve de jeunesse est réalisé, le buste
de la Comtesse de Die, oeuvre d'une femme inspirée, digne
compagne d'un ardent poète, se dresse, triomphant et rayonnant,
au milieu des acclamations de ce peuple du Diois heureux de
fraterniser avec les lettrés et les artistes auxquels il vient de
faire un si cordial et si chaleureux accueil.
Ce n'est pas d'ailleurs, un simple sentiment d'orgueil méridional, de fierté locale, qui fait battre le cœur de mes compatriotes. C'est surtout la conviction que la fête d'aujourd'hui a
une portée plus haute que celle d'une manifestation restreinte à
l'exaltation d'une personnalité, quelque éminente qu'elle soit.
En honorant, en effet, la Comtesse de Die, les poètes du Midi,
fidèles au parler natal, les Cigaliers et les Félibres, généreusement secondés par la municipalité et la commission dioises, n'ont
pas eu seulement à cœur de mettre en relief l'une des plus
gracieuses figures de la brillante pléiade des femmes d'élite qui,
en plein moyen âge, immortalisèrent la langue romane ; ils ont
voulu en même temps rendre un éclatant hommage à cette luxuriante floraison littéraire du XIe et du XIIe siècles, si glorieuse
pour nos provinces méridionales, qui furent, grâce à elle, au
cœur même de l'Europe latine, alors que les g'rands foyers
d'Athènes et de Rome étaient depuis longtemps éteints, le berceau rayonnant de la civilisation, de l'art et de la poésie.
Comment, Messieurs, par quel miracle, en un temps où la
force matérielle était le seul arbitre du droit et la seule puissance redoutée, de simples chanteurs populaires ne puisant leurs
inspirations que dans la nature, ignorants de l'antiquité classique, purent-ils imposer au peuple d'abord, aux grands ensuite,
le culte de la poésie, l'amour de l'art, le respect de la justice et
de la liberté?
C'est que, plus délicates, plus éclairées, moins insensibles que
leurs époux, plus préoccupés de combats que de beaux vers, les
femmes, ces éternelles souveraines, encourageaient, applaudissaient, aimaient ces humbles poètes tant et si bien que, pour
plaire à sa compagne, plus d'un haut seigneur dut incliner sa
fierté féodale devant eux et qu'on vit des princes déposer l'épée
pour prendre la viole du troubadour plébéien.
C'est l'influence profonde de la femme, dans le mouvement
rénovateur du moyen âge, que nous avons voulu proclamer en

�LA COMTESSE DE DIE

85

célébrant l'une des plus vaillantes et des plus renommées parmi
les Félibresses d'autrefois.
L'histoire littéraire du temps où brilla la Comtesse de Die
est, il est vrai, pleine d'obscurités, et la vie de notre châtelaine,
de la Clémence Isaure du Dauphiné, comme l'a appelée tout à
l'heure Henry Fouquier, est entourée de tant d'ombre qu'il serait
téméraire, comme a voulu le tenter, en vrai croyant, César de
Nostredame, de retracer, avec l'affirmation de la certitude, toutes
les phases de sa vie agitée et tous les traits de sa physionomie.
Comme pour ses émules et ses contemporaines Azalaïs de
Porcairargues, Clara d'Anduze, la comtesse de Provence, dona
Castelloza, Na Tiberge, comme pour son imitatrice toulousaine,
Clémence Isaure, les vieilles chroniques sont incomplètes et
mystérieuses sur bien des points, mais qu'importe? Elles nous
apprennent que ces illustres femmes furent des poètes, qu'elles
présidèrent des Cours d'amour, qu'elles secondèrent le réveil de
l'esprit public, qu'elles affirmèrent, en un temps de servage et
d'humiliation pour leur sexe, leur aptitude aux œuvres littéraires,
qu'elles accélérèrent la marche du progrès humain et hâtèrent
l'avènement du droit en contribuant à substituer à la domination
brutale de la force, la puissance et la supériorité de l'idée.
De tels titres suffisent pour justifier notre admiration reconnaissante qui, dans la Comtesse de Die, incarne et symbolise
l'action féconde du groupe tout entier des femmes troubadours.
La Comtesse de Die fut d'ailleurs, l'une des plus distinguées
et des plus militantes 4e 'a pléiade.
Dans la pittoresque cité comtale, dont elle portait le nom, au
milieu des tauroboles et des monuments de l'antiquité païenne,
devant le mont Glandaz dont l'imposant aspect excitait son
imagination aux grandes pensées, au bord de la Drôme, dont
elle écoutait, rêveuse sur la terrasse de son palais, le murmure
inspirateur, son cœur captivé par les doux chants des troubadours s'était donné sans réserve à l'amour, à la poésie, au gai
savoir.
Aussi fut-elle des plus agissantes et des plus vaillantes parmi
les dames de haut parage qui eurent le rare mérite de relever
le prestige de la poésie renaissante, en instituant des solennités
publiques, des Cours d'amour, où des prix étaient décernés aux
poètes les plus experts en gaie science.

�86

LA COMTESSE DE DIE

La Comtesse de Die présida souvent ces poétiques réunions,
dont la philologie allemande a vainement nié l'existence, ces
Cours d'amour qui n'étaient pas peut-être le tribunal de la
légende romanesque, rendant gravement des sentences galantes,
mais sûrement une assemblée, un jury, où des femmes poètes
décernaient gracieusement aux plus dignes, des récompenses,
des joies comme on disait alors, dont leur sourire doublait le prix.
A ces Cours d'amour, dont les jeux floraux d'Isaure, comme
ceux du Félibrige, ne sont que la continuation, l'illustre Dioise
ne manquait jamais.
L'appel vînt-il d'Avignon ou de Romanin, fallût-il aller au
fond de la Provence, à Signe ou à Pierrefeu, elle quittait ses
montagnes et accourait au rendez-vous, avide d'ouvrir son âme
à l'harmonie pénétrante des vers et de la musique.
La Comtesse de Die chantait parfois, elle aussi. Sa poésie,
celle du moins que nous connais.-ons, est l'écho vibrant de ses
soupirs, une touchante plainte d'amour, tantôt suppliante et
douce, tantôt brûlante et passionnée, comme une élégie de
Sapho ou une invocation du Cantique des Cantiques. Ceux de
ses courts poëmes, que la bibliothèque du Vatican nous a
conservés, sont de purs modèles de grâce et de sentiment. Cette
appréciation n'est pas de moi, Messieurs; elle a une autorité
que personne ne saurait contester, puisqu'elle émane d'un
homme justement célèbre, bon juge en poésie et en langue
romane, M. Raynouard, le savant secrétaire perpétuel de
l'Académie française, l'auteur des Templiers, et l'historien des
troubadours.
Honneur donc, Messieurs, et gloire à la Comtesse de Die qui
servit vaillamment la cause de l'idéal dont les Cigaliers et
les Félibres sont les modernes défenseurs.
Honneur et gloire à cette noble cité de Die, Dea Vocontiorum,
qui avait bien le droit d'être la première étape de notre voyage
littéraire, non seulement parce que dans la nuit du moyen âge
elle fut un foyer de civilisation et devint plus tard le siège d'une
Académie qui jeta un vif éclat, mais aussi parce que, sous
la conquête romaine elle fut un centre éminemment favorable
aux arts, comme l'atteste son théâtre antique, dont il ne reste
hélas ! que les débris.
Messieurs, parmi les vestiges du passé qu'on rencontre à

�LA COMTESSE DE DIE

s7

chaque pas dans cette ville consacrée à Cybèle, se trouve une
inscription latine presque effacée par le temps, qui témoigne,
en ces termes gravés sur le marbre, de la reconnaissance
populaire envers un ami des lettres dont les libéralités avaient
contribué à l'organisation des spectacles :
« A Sextus Vincius Juventianus, jlamine du divin Auguste,
par le consentement et à la demande du peuple, à cause de sa
remarquable libéralité en faveur des spectacles. »
Messieurs, les Cigaliers et les Félibres revenus au pays natal,
devaient bien, vous en conviendrez, leur premier salut, avant
d'aller faire retentir la poésie de Sophocle sur le théâtre antique
d'Orange, non seulement à la Comtesse de Die, mais encore à
cette ville, fidèle, à travers les âges, aux traditions artistiques,
qui glorifiait, il y a deux mille ans, un généreux citoyen dont
le seul mérite était d'avoir donné au peuple la joie d'applaudir
les beaux vers de Plaute et de Térence.

Ces paroles éloquentes qui renferment à la fois,
une biographie complète de notre héroïne et un
brillant exposé du but poursuivi par les Félibres,
trouvent un écho dans tous les cœurs; les acclamations enthousiastes qu'elles font naitre se prolongent jusqu'au moment où M. le docteur Chevandier
se lève, pour lire son ode au Mont Glandaz.
Les strophes inspirées dont le poète fait ressortir
les moindres effets, en lecteur consommé, ne datent
pas d'aujourd'hui; mais elles sont de circonstance.
Il devait bien avoir sa part de la fête le géant diois,
aux pieds duquel semblera songer, à l'avenir, la
douce amante de Raimbaut.
AU MONT GLANDAZ
i
Déjà plus de vingt ans ont passé sur nos têtes !
C'était un jour d'avril; l'essaim des alouettes

�88

LA COMTESSE DE DIE

Réveillait les guérets de son teint argentin;
Sur un col élevé j'arrivais avec l'aube;
La nuit, à l'occident laissait traîner sa robe;
Dans les prés renaissants se levait le matin,
Et le pâtre, en chantant, menait ses agneaux paître.
— Tel qu'un monstre échoué je te vis apparaître,
O mont Glandaz ! Ton dos avoisinait les cieux.
Et ta neige semblait comme une écume blanche
Qui recouvrait ta croupe et courait sur ta hanche.
Et tu me paraissais austère et glorieux.
Autour de toi, vingt monts, comme des chiens fidèles,
Se tenaient accroupis, énormes sentinelles;
Un plastron de granit défendait ton poitrail;
Et le soleil levant, en glissant dans ton ombre,
Frangeait d'un rayon d'or cette cuirasse sombre....
— Et les bœufs accouplés, dispos pour le travail,
Suivaient le laboureur jusqu'au sillon qui fume....
— Ton front dans la lumière et tes pieds dans la brume,
Tu me saisis ! Je pris pour un souffle de feu
Les nuages rougis galopant sur tes cimes.
Et leurs flocons, sortant de tes larges abîmes,
Pour des taches de sang inondant le ciel bleu.
A ton immense aspect mon âme fut ravie;
J'aimai ta majesté, ta puissance, ta vie,
Ton formidable aspect; j'admirai ta splendeur....
— Et ton ombre montait en découvrant les plaines,
Les villages épars; et les fraîches haleines
Du printemps m'enivraient et me rendaient rêveur.
II
Souvent ta grande voix a frappé mon oreille ;
Je ne sais quels concerts le vent du Nord éveille
Dans tes mille piliers, dans tes antres pensifs;
Mais on dirait alors que des orgues'puissantes
Chantent à l'Eternel des odes saisissantes;
Et les monts étonnés se tiennent attentifs.

�LA COMTESSE DE DIE
L'Aquilon est le chantre aux larges harmonies,
Versant dans tes échos ses pleurs, ses symphonies,
Ses gémissements sourds, ses poèmes plaintifs....
— Et mon âme, emportée en vos notes profondes,
Croyant entendre alors la musique des mondes
Ecoute en férmissant vos longs récitatifs....

III
O mont Glandaz, je sais que de pelouses vertes
Et de grands sapins noirs tes pentes sont couvertes
Que tu nourris les loups, l'ours, les agneaux bêlants
Que des torrents fougueux bondissent dans tes rides
Que le chamois hardi lèche tes pics arides,
Et qu'en tes flancs un lac dort depuis cent mille ans.
Et parfois tu n'es plus qu'un monument superbe,
Revêtu par les temps de buis, de mousse et d'herbe,
Sous lesquels un insecte, un parasite obscur
Peut se blottir à l'aise; et tes ruisseaux qu'on vante
Ne sont qu'une rosée, une goutte qui chante
Que la nuit a laissée aux lichens de ton mur....
— Mais lorsque l'ouragan sonne de la trompette
Sur les sommets neigeux; mais lorsque la tempête,
Secouant tes forêts, rugit avec fureur;
Quand dans les tourbillons le tonnerre se roule,
Que, sous l'éclair strident, le roc éclate et croule,
Que tout craque et se tord et que les loups ont peur;
Tu m'apparais alors comme un autel austère
D'où quelque grand esprit va planer sur la terre;
Comme un mont Sinaï plein d'étranges lueurs.
Puis, attendant en vain quelque nouveau Moïse,
Je me prends à douter de la terre promise,
Je sonde l'horizon les yeux noyés de pleurs !
t

8g

�9o

LA COMTESSE DE DIE
IV
Désespérer, faiblir! Ah! laissons ces détresses!
Des prophètes j'entends retentir les promesses;
Soyons fiers, patients; Dieu saura les tenir.
En voyant les éclairs sillonner les nuées,
Ne songeons point, tremblants, aux chutes, aux huées,
Mais aux âpres sommets qu'occupe l'Avenir.
Autrefois, ô Glandaz, au fond des mers houleuses,
Dormaient nonchalamment tes crêtes orgueilleuses;
Par un suprême effort, la terre, en ses tourments,
Te souleva. Dès lors, tu t'es couronné d'astres,
Et lorsque le soleil enflamme tes pilastres,
Tu remplis nos vallons de tes rayonnements.
Au-dessus du niveau des humaines misères,
Dressons nos fronts vaincus; délivrons-nous des serres
Des préjugés-hiboux, du vautour-lâcheté.
Le Droit et le Devoir nous désignent l'arène;
Entrons. Après la lutte advient la paix sereine;
Le bonheur par l'effort fut toujours acheté.
O mont! par tes sapins, par ton rocher sonore,
Par tes flancs caverneux, par l'Orient qui dore
De ses premiers rayons, tes pics audacieux,
Je jure de sortir des noires servitudes
Et de montrer toujours aux pâles multitudes
Les Justes, ces Titans escaladant les cieux (i).
(1862.)

La partie poétique de la fête se continue par la
lecture de l'œuvre de M. Clovis Hugues, improvisée, paraît-il, pendant le trajet de Paris à Valence. La Muse de l'aimable conférencier ne craint

(1) Journal de Die du 19 août 1888.

�LA COMTESSE DE DIE

91

pas la fatigue. Le voyage ne l'a pas lassée. Comment ne serait-elle pas robuste, la vierge qui a
trempé ses lèvres aux ondes salées du grand lac
méditerranéen et livré son corps adorable aux
caresses brûlantes du soleil de Provence?
A LA COMTESSE DE DIE
O gente Comtesse de Die!
Te voilà donc belle à jamais,
Sous ce profond ciel qu'incendie
Le soleil, gloire des sommets,
Non loin des vallons où la brise
Chante sa chanson, l'aile prise
Au tremblement des rameaux verts,
En ce pays de poésie,
Où l'éternelle fantaisie
Fleurit dans la grâce du Vers!
Te voilà célébrée, ô femme !
Avec les bardes et les dieux,
Parce qu'un jour on vit ton âme
A travers les pleurs de tes yeux,
Parce qu'il suffit à la rose,
Pour mériter l'apothéose
Devant l'azur éblouissant,
D'avoir sur sa tige brisée
Porté la goutte de rosée
Que l'aube pleurait en naissant !
Ce qui fait en un peu de gloire
Revivre ton nom tout entier,
Ce n'est point d'avoir à l'Histoire
Présenté ton blason alticr,
Ce n'est point d'avoir été belle
D'une beauté surnaturelle
Ni d'avoir eu, sous les cieux lourds,
En un bruit de vague qui roule,

�92

LA COMTESSE DE DIE

L'agenouillement de la foule
A tes pieds chaussés de velours.
Ton nom, illuminé d'un rêve,
N'aurait pas plus longtemps duré
Qu'un flot expirant sur la grève.
Si tu n'avais jamais pleuré,
Si dans le vertige du doute,
Tu n'avais jamais sur ta route
Heurté du front au mal vainqueur,
Si tu n'avais, ô joie amère!
Servi comme un dieu la chimère
Qui buvait le sang de ton cœur!
Qui se souviendrait du passage
De tes jours perdus dans les jours,
Si tu n'avais à ton corsage
Porté la fleur des troubadours?
Si tu n'avais pas été douce
Au petit brin d'herbe qui pousse
Entre les fentes du vieux mur,
Au papillon, à l'hirondelle,
A tout ce qui fait battre une aile
Dans la pensée ou dans l'azur?
Pour que tu sois doublement belle
Dans la gloire et dans l'idéal,
C'est en un temple de Cybèle
Qu'on a choisi ton piédestal.
Les vents ont ébranlé la porte,
L'autel a croulé. Mais qu'importe
Que les siècles aient emporté
Les murs hantés d'ombres divines,
S'ils te font avec leurs ruines
Un socle à ta célébrité? (i)
(i) Allusion au choix que l'on avait fait tout d'abord d'une
antique colonne en granit venant du temple de Cybèle, pour
établir le piédestal de la Comtesse. Pour des raisons qu'il n'y
a pas lieu d'indiquer ici, on ne put donner suite à ce projet et
le socle fut taillé dans une belle pierre de Chomérac (Ardèchc).

�LA COMTESSE DE DIE

S&gt;3

Accepte-le ce bloc de pierre,
Au nom des hommes et des dieux.
Ils veulent que tu restes fière
De ton sanglot mélodieux.
L'hommage qu'on rend aux poètes
Nous repose du bruit des fêtes
Où trône l'orgueil des guerriers;
Et Cybèle, mère des mondes,
Qui fait pousser les moissons blondes
Fait aussi pousser des lauriers (i).

Les habitants de Die et tous les étrangers
venus pour les fêtes peuvent considérer comme
une réelle bonne fortune d'avoir eu la primeur
de l'ode « A la Comtesse », qui viendra s'ajouter
aux nombreuses et ravissantes productions déjà
ciselées par le député-félibre.
« Pour parler dignement des poètes, rien ne vaut
» les poètes » a dit M. Henry Fouquier, tout à
l'heure. Je me permettrai de compléter l'idée du
maître, en ajoutant que l'éloge sera mieux compris
encore, s'il est chanté dans la langue dont s'est
servi le poète que l'on veut célébrer.
Cette pensée a dû venir à tous, au moment où
M. Fourès commence à lire la poésie de M. Challamel, écrite dans cet idiome provençal qui a
conservé à travers les âges, la grâce simple et
naïve du langage roman. Je l'offre à mes lecteurs
avec une traduction, reproduction bien faible, malgré mes efforts, de l'œuvre ravissante du troubadour dauphinois.
(i) Journal de Die du 16 août 1888.

�94

LA COMTESSE DE DIE

A LA COUMTESSO DE D1Ô
llla Felibrorum est regina, omnisque
Feliber condignum obsequium reddere
débet et.

A.-B.

CROUSILLAT.

I

O gento dono! O segnouresso!
Perlho de moun béu Dôufinat!
De la glôrio dei Félibresso
Encuei venèn te courouna.
Car sian, nous autrei, lei Felibre,
Teis eiretié lei mai fideù
Que counservan dins nostei libre
Tei chant d'amour coume se deu
En tu voulen faire revieùre
La flour d'un passât noble e grand ;
E per un moument tourna beùre
Lou vin que bevion nostei grand !

A LA COMTESSE DE DIE
Elle est la reine des Félibres et tout
Félibre doit lui offrir l'hommage dont
elle est digne.

A.-B.

CROUSILLAT.

I

O gente dame! O souveraine (seigneuresse !) Perle de mon
beau Dauphiné, nous venons te couronner en ce jour de la
gloire des P'élibresses.
Car nous sommes, nous, les Félibres, tes héritiers les plus
fidèles, qui conservons dans nos livres, tes chants d'amour,
comme il convient.
En toi nous voulons faire revivre la fleur d'un passé noble et
grand, et pour un instant nous désirons boire le vin que buvaient
nos aïeux.

�LA COMTESSE DE DIE

95

Flour de joio e de courLesio ;
Vin de pouésio e d'amour
Qu'enmialon d'un rai d'ambrousio
L'amar de nostei marrit jour....
Oh ! dreisso la ta cara bello
Vês l'azur e vès lou souleu !
Lou mieijour de tu se rappello
Miei que de sei prince beleu?...
Se souvént coume êrei superbo,
Tu, la Reino dei Cour d'amour,
Vount lusissiei, mai que dins l'erbo
Lei diamant de l'eigagno ' n plour !
Se souvent de toun arderesso
Per lou beù Guilhem, toun amant.
Que dins ' no suprêmo caresso
Rendè l'amô en beisant ta man.
Oh ! qunte amour lou trespourtavo
Lou Troubaire meloudious
Que, sus eù, tei beu vers pourtavo
Coume un talisman precious !

Fleur de joie et de courtoisie, vin de poésie et d'amour, qui
d'un rayon d'ambroisie adoucissent l'amertume de nos mauvais
jours.
Oh ! tourne ton gracieux visage vers l'azur et vers le soleil ! Le
Midi garde peut-être meilleure souvenance de toi, que de ses
princes?
Il se souvient combien tu étais belle, toi, la Reine des Cours
d'amour, où tu brillais plus que ne brillent dans l'herbe les
diamants de la rosée en pleurs.
Il se rappelle ton ardent amour pour le beau Guilhem, ton
amant, qui dans une suprême caresse, rendit l'âme en baisant
ta main.
De quelle passion amoureuse il était animé le trouvère aux
suaves mélodies, qui portait sur lui tes beaux vers, comme un
talisman précieux.

�96

LA COMTESSE DE DIE

Tu que puleù que de deidire
Lei mot dei sarramen sacra
Leisserei toun divin sourire
D'un nègre doù se meschira....
Tu que coume la bloundo estialo
De darrié ' n nivou s'acatant,
Sous lou vouale dei couventialo
Renounciêrei tout lou restant.
Tu qu'aviei reçoupu l'oûmage
Dei Troubaire e dei Chivalié;
E tengu dins un dous servage
D'amour, lou mieijour tout entié ;
Tu qu'un rei amai n'emperaire
Eron jalous de te chanta
E s'êron fa leis adouraire
De ta gràciô e de ta beùta.
Tu qu'erei noble e qu'erei reino
Autant que sous lei flourdalis;
Qu'aviei dei dieusso la deigueino
E lou mialicous paraulis,

Toi qui plutôt que de manquer au serment donné, laissas ton
divin sourire s'éteindre sous des pensées de deuil.
Toi qui, de même que la blanche étoile se dérobant derrière
un nuage, pris le voile de religieuse, pour renoncer à tous les
plaisirs du monde.
Toi qui reçus l'hommage des trouvères et des chevaliers et
retins dans un servage d'amour le Midi tout entier.
Toi qu'un roi et qu'un empereur furent jaloux de célébrer
par leurs chants, adorateurs sincères de ta grâce et de ta beauté.
Toi qui fus tout aussi noble et aussi reine que celles nées sous
les fleurs de lys et qui eus le port majestueux et le parler fait de
miel d'une déesse.

�LA COMTESSE DE DIE

97

Dins ta beùta ' n flour t'embarêrei
Per ploura toun ami de couar...
Un an tout en plen lou plourêrei
E mouriguèrei de sa mouart!...
II
Ah! lei coumplanchei de toun amô
Dins noste parla prouvençau,
Qunt ' eis lou couar que noun leis amo?
Lou Felibre que noun lei saup?
Qu n'a pas près dins sa jueinesso
Per bressa sei pantai de fiô
Tei chant d'amour, ô Felibresso !
Tei beu vers, Coumtesso de Diô?...
E vaqui perque créiem juste
De t'auboura dins toun païs,
Dins l'antico Dea d'Aguste
Queste monument lauvaïs.
Car, coume lou prechavo au mounde,
Un dei noste, qu'eis au toumbeù :
— « Fau que tout ço qu'eis laid s'escounde
E que luse tout ço qu'eis beu !... »

Malgré ta beauté, tu t'enfermas pour pleurer l'ami de ton cœur...
et mourus de sa mort, après l'avoir pleuré une année entière.
II
O les plaintes de ton âme exhalées dans notre parler provençal,
quel est le cœur qui ne les aime? le Félibre qui ne les sait?
Qui de nous n'a dit dans sa jeunesse, pour bercer ses rêves
ardents, tes chants d'amour, o Félibresse, tes poèmes, Comtesse
de Die?
Aussi croyons-nous qu'il est juste d'élever dans ton pays, dans
l'antique Dea d'Auguste, ce monument à ta louange.
Car, ainsi que l'a dit au monde, un des nôtres déjà couché
dans le tombeau : — « Il faut que tout ce qui est laid se cache
et que brille tout ce qui est beau ! »

�98

LA COMTESSE DE DIE

Le silence, qui avait été grand jusque là, est
devenu plus religieux encore.
Les rimes s'égrènent lentement, soulevant des
murmures d'approbation immédiatement réprimés.
Chacun veut entendre cette poésie en langue du
pays, qui semble une douce prière murmurée par
le volage Raimbaut à sa fidèle amie. Lorsque
M. Fourès a lu les deux vers d'Aubanel qui terminent la pièce, ce sont de vrais hurrahs que
pousse l'auditoire.
Le félibre a voulu célébrer la verve poétique et
le parler fait de miel de la femme qui l'inspira.
Et lui-même s'est servi d'une langue d'or, bien
faite pour chanter la célèbre amoureuse. Ses confrères joindront, dès ce jour, dans leur mémoire,
aux odes de leur aïeule, l'épitre gracieuse que lui
a consacrée M. Challamel.
Le programme de la fête est rempli, et pourtant
le public ravi de goûter, pour un jour, à cette vie
littéraire si nouvelle pour lui, attend indécis et
désireux de la voir se prolonger quelques instants
encore.
Mais l'heure du départ a bien sonné. La statuaire donne un dernier regard à l'œuvre exquise
qu'elle laisse aux Diois, et reprend la tête du
cortège, au bras de son chevalier.
Dans la rue Villeneuve, que nous suivons, les
drapeaux flottent nombreux. Quelques-uns forment
des trophées autour d'écussons portant les armoiries des félibres les plus célèbres.

�LA COMTESSE DE DIE

99

A chaque fenêtre, se montrent nos charmantes
Dioises, en exquises toilettes. Elles adressent aux
voyageurs leurs aimables sourires. Cette solennité
inspirée par l'amour est bien leur fête à elles, dont
l'existence s'écoule en un long soupir du cœur, qui
se transforme constamment, sans s'éteindre jamais.
Amour d'enfant, pour les poupées qui reçoivent
leurs premières caresses; amour ineffable de vierge,
pour celui que leur cœur a choisi ; amour ardent
de femme pour l'époux dont elles seront incomprises parfois; amour de mère enfin pour ces chérubins
roses, qui trop tôt oublieront les tendresses passées
et voleront vers des affections éphémères, causes
le plus souvent de bien amers regrets.
A l'arrivée en gare, un adieu est adressé à nos
visiteurs par M. Pestre, avocat, correspondant du
Comité.
FÉLIBRES ET ClGALIERS,

Au nom du Comité d'organisation de cette fête, au nom de
la population dHîise, j'ai l'honneur de vous adresser nos adieux.
La vieille cité des Voconces est heureuse, elle est fière d'avoir
reçu dans ses murs, ne fût-ce que pour quelques instants, une
élite de citoyens aussi remarquables, aussi distingués. Elle a
éprouvé un moment, comme une réminiscence de son antique
renommée. C'est Paris qui lui a envoyé un rayonnement de sa
gloire.
Depuis longtemps, on nous avait annoncé que des fêtes littéraires et artistiques devaient avoir lieu dans le Midi, au mois
d'août; et on disait tout bas, sans oser l'espérer, que les félibres
et cigaliers viendraient voir si le ciel de ce coin du Dauphiné
était aussi pur que le ciel de Provence.
Les beaux yeux de la Comtesse de Die l'avaient jadis contemplé, et vous avez pensé, Messieurs, qu'il fallait honorer la
mémoire de notre aimable et gracieuse compatriote.

�100

LA COMTESSE DE DIE

C'est ainsi que vous avez voulu inaugurer la série des fêtes
éclatantes qui vous attendent ailleurs. Recevez l'expression de
notre profonde et sincère gratitude.
Vous êtes venus comme des messagers de bonnes nouvelles,
apportant avec vous la joie et le plaisir, la paix et la gaieté ;
vous allez, suivant l'expression de l'honorable président de La
Cigale, vous retremper au soleil natal ; et en passant vous êtes
venus saluer notre humble cité, pleine des souvenirs de la
Dea Vocontiorum.
C'est tout ce que nous avons pu vous offrir avec notre reconnaissance. — Ici, point de splendeurs, mais des acclamations
ardentes et enthousiastes, parce que nous connaissons les félibres
et cigaliers par leurs œuvres, parce que nous savons que tout
ce qu'ils disent, tout ce qu'ils pensent, tout ce qu'ils écrivent,
c'est pour la Patrie.
Puissiez-vous donc garder de notre pays, de nos montagnes,
de notre soleil, le souvenir affectueux que nous conserverons de
votre visite. Cette belle journée sera inscrite en lettres d'or
dans nos annales ; nous raconterons cette fête magnifique à
nos enfants et à nos petits-enfants, et s'ils nous demandent ce
qu'étaient les félibres et cigaliers, nous leur dirons : « C'étaient
les poètes et troubadours du Midi, qui chantaient les beautés
et les gloires de la France ! » (i)

Après ces paroles patriotiques qui sont l'écho
des pensées de toute la population, des poignées
de main s'échangent : les délégués escortent les
cigaliers et félibres vers leurs wagons.
Madame Clovis Hugues, nous remerciant de l'accueil enthousiaste qui lui a été offert, je lui fais
observer qu'elle laisse au milieu de nous une fille,
qu'elle devra venir revoir.
— « Elle est en trop bonnes mains, dit-elle,
pour que je m'inquiète de son sort. »
(i) Journal de Die du 19 août 1888.

�LA COMTESSE DE DIE

loi

Et le sifflet strident de la machine nous rappelle
qu'il doit être une fin, même aux meilleures choses.
Mille cris de : « Vivent les Cigaliers ! Vivent
les Félibres! » lui répondent. « Vivent les Diois! »
s'écrient nos visiteurs.
— Bon voyage ! joyeux provençaux, allez ailleurs
porter vos doux chants d'amour et votre gaieté.
Courez prendre part aux fêtes d'Orange, aux farandoles d'Avignon, au festin de la Barthelasse; mais
gardez, s'il est possible, au milieu des ovations
enthousiastes que l'on vous prépare, la mémoire de
votre première halte et de l'hospitalité dauphinoise!
Le train s'ébranle, les acclamations reprennent
et les chapeaux s'agitent jusqu'au moment, où la
courbe de Cocause vient nous dérober les gracieuses
spirales de fumée, emblèmes des joies de ce monde,
qui naissent, vivent à peine quelques instants et se
perdent trop tôt, hélas! dans l'infini.
A notre retour en ville, nous nous joignons à la
folle jeunesse célébrant par des danses, la Muse
qui redevient dioise, pour ainsi dire. La fête n'est
•pas terminée d'ailleurs; une retraite brillante, une
vraie pègoulado se prépare. Mon départ pour
Orange, où je dois retrouver les félibres sur les
gradins du théâtre antique, m'empêche d'y assister.
J'emprunte à M. Adrien Chevalier, le compte-rendu
de cette dernière partie de la fête, qui n'en a pas
été la moins originale.
Mes lecteurs n'y perdront pas; ils reconnaîtront
qu'il était difficile de rappeler en termes plus
joyeux, cette joyeuse folie :

�102

LA COMTESSE DE DIE

« La fête du 10 août a eu son corollaire tout
comme un affreux théorème. Ai-je besoin de vous
le démontrer? Ouf! nous n'en pouvons plus les
uns et les autres! Nous avons eu notre pègoulado,
nous aussi. Nous nous sommes offerts, samedi soir,
à 9 heures, une retraite aux flambeaux dans les
quartiers excentriques de la ville, et notre promenade nocturne a été une merveille de pittoresque.
Oh ! nous n'avons pas seulement passé sous l'arde-triomphe du Viaduc qui, rutilant de lumière,
était un véritable bijou. Au son des cuivres, nous
avons pris Chastel (i) d'assaut
Nous avons
farandolé, fait les fous, donné des sérénades et
soupiré des aubades. On a ténorisé sous les fenêtres
des Magalis. — Die a été en liesse. — On a
chanté, dansé, crié, ri et applaudi. On s'est grisé
de toute façon — toujours proprement. L'Augusta
Dea a eu ses saturnales honnêtes. »
Et je ne résiste pas au plaisir de transcrire, à la
suite de cette relation, l'appréciation rétrospective
de la solennité, que donnait dans le même article, le jeune rédacteur du Journal de Die.
« Ah! mes amis, nous en reparlerons longtemps
de nos trois jours de fête. Et, en pensant à la façon
merveilleuse dont ils se sont passés, j'entends encore les cris d'horreur des Prud'hommes de chez
nous. Oui, nous avons eu des pudeurs effarouchées,
(i) Quartier de Die, construit sur la colline couronnée par
l'ancienne citadelle de la ville.

�LA COMTESSE DE DIE

103

à Die. On accolait au nom de la dive comtesse
des substantifs libertins, des adjectifs affriolants.
11 en était qui se voilaient la face en parlant de
celle qu'Henry Fouquier a appelé, notre Clémence
Isaure. Nos Arsinoés ont failli prendre mal. Nos
bonshommes vertueux à qui l'art, la poésie, tout ce
qui est grand et beau est inconnu, nos bonshommes vertueux voulaient chasser de notre place cette
douce poétesse d'antan
sans même la couronner
de roses, comme l'aurait fait Platon.
» ... Eh bien! ils sont venus, tous ces fils joyeux
du Midi ensoleillé. Nous les avons eus chez nous,
ces troubadours d'aujourd'hui. Et tous se sont fait
petits devant eux, et tous ont crié bravo, et tous se
sont humblement découverts sur leur passage. Et
dans leur marche triomphale à travers les rues de
notre pauvre vieille cité, cigaliers et félibres —
Mme Clovis Hugues en tête — n'ont récolté que
des sourires et des fleurs! » (1)
La farandole faite, il ne reste plus, de cet épisode
littéraire, qu'un souvenir à tout jamais gravé dans
le cœur des Diois.
Et maintenant, restée seule à l'abri du saule qui
lui fait un cadre majestueux, en même temps qu'il
paraît être le symbole de son œuvre attristée, la
fière Comtesse reçoit de son air noble et modeste
à la fois, la visite de ceux auxquels n'est indifférent rien de ce qui touche à la poésie.
(1) Journal de Die du 19 août 1888.

�io4

LA COMTESSE DE DIE

Ils viendront rêver nombreux sous les ombrages
qui l'entourent, les bardes de notre époque. Et
s'ils ne peuvent, comme d'autres le firent jadis,
chanter bien haut de gracieux sirventes, ils murmureront du moins, au plus profond de leur cœur,
un hommage respectueux pour Celle que les larmes
surent inspirer et qu'une chanson d'amour a faite
immortelle.

�CHAPITRE QUATRIÈME

L'HOSPITALITÉ

DIOISE CÉLÉBRÉE

PAR

LES JOURNAUX

:

LYON

RÉPUBLICAIN, JOURNAUX DE VALENCE, REVUE FÉLIBRÉENNE,
MOIS CIGALIER, FIGARO, OBSERVATEUR FRANÇAIS, ARMANA
PROUVENÇAU,

MONDE

LA COMTESSE :
ANDRÉ,

ILLUSTRÉ.

—

LES ADMIRATEURS DE

MM. MISTRAL, SEXTIUS

MAURICE

RAMBAULD,

M"E ADÈLE SOUCHIER.

—

MICHEL,

FÉLIX GRAS.

—

MARIUS

POÉSIE DE

SIRVENTE DE M. RIVIÈRE.

—

BAL-

LADE DE M. MAURICE CHAMPAVIER, MISE EN MUSIQUE PAR
M. EYMIEU.

—

LA COMTESSE, REINE DES COURS D'AMOUR,

PAR LE CAPOULIÉ DU FÉLIBRIGE.

—

TÉMOIGNAGE DE GRATI-

TUDE DE L'AUTEUR ENVERS LES FÉLIBRES ET LES CIGALIERS.

1 me reste, pour remplir la tâche que
je me suis tracée, à donner les pièces
inspirées par mon héroïne. Ce sera le
but de ce dernier chapitre, qui constituera, pour ainsi dire, la couronne
qu'ont tressée en l'honneur de la noble trobairitz les plus épris de ses
admirateurs. Et, comme je ne puis
séparer, dans mon souvenir, la ville
de Die de la reine des Félibres, j'y joindrai
quelques extraits des feuilles publiques qui ont
célébré l'hospitalité dioise.
8

�io6

LA COMTESSE DE DIE

Tous les journaux de la région, le Lyon républicain, les feuilles de Valence, le Journal de Die
constatèrent la réussite des fêtes du 12 août 1888.
La Revue fèlibrèenne commença, dès le mois
de septembre, sous le titre de Sensations d'un
félibre, la publication des pages charmantes écrites par M. P. Mariéton son directeur, et qui
devaient constituer plus tard la Terre provençale ;
la relation de la visite à Die en forme un intéressant chapitre.
Le Mois Cigalier, autre organe officiel des troubadours modernes, donna, lui aussi, dans son
numéro d'août 1888, une narration détaillée de
la promenade des félibres en Dauphiné, Vaucluse
et Languedoc.
Ces feuilles spéciales ne furent pas les seules à
parler des fêtes félibréennes. M. Henry Fouquier,
le président de la « Cigale », qui avait si vaillamment supporté les fatigues de la tournée provençale, publia, dans le Figaro, un compte-rendu plein
de verve et de grâce. Je transcris l'alinéa concernant la première étape :
A Die, la réception est étourdissante. Toute la contrée est
là.

Nous passons sous des arcs de feuillage, qui portent ins-

crits ces mots : « Salut aux Cigaliers, aux Félibres. Honneur
aux poètes ! » Sur la place, ombragée de platanes, dont les
feuilles remuées font jouer l'ombre et la lumière sur la foule,
on

découvre le joli buste de la Comtesse de Die, offert par

les Cigaliers et les Félibres et sculpté par M™&amp; Clovis Hugues.
Les enfants du pays,

comme des Grecs à la palestre,

font

leurs exercices, se préparant à la farandole, danse virile et
guerrière. Et, au milieu d'un silence attentif, inconnu aux foules
« blagueuses » de Paris,

nous

nous mettons à parler de la

�LA COMTESSE DE DIE

107

Comtesse de Die. Ceci ne manquait pas d'être assez délicat.
Cette Félibresse du moyen âge n'est guère connue que par la
légende de ses amours avec le troubadour Raimbaut d'Orange
et par quelques strophes que n'eût pas désavouées la brûlante
Sapho. En prose et en vers, on a célébré la gloire de la
grande amoureuse, qui chanta sa passion, excusée et admirée
du Midi galant et poétique. On lit des vers à sa gloire. Ils
sont d'un potier de la montagne (1). C'est ainsi qu'il y a deux
ans, entendant une poésie exquise, un vrai morceau d'anthologie, je demandai ce que faisait le poète ? —» Il est toucheur
de taureaux dans la Camargue... (2)

En même temps, M. Charles Maurras, rédacteur
de l'Observateur français, un jeune et brillant
champion de la cause, dont l'obligeance égale le
talent, et qui n'avait pas quitté d'un instant les
voyageurs' dans leur course triomphale, fit paraître
un article humoristique dont je détache ces quelques lignes, empreintes du plus pur patriotisme :
Les cris de : Vivent les Cigaliers ! Vivent les Félibres ! poussés par quatre mille poitrines, dans cet horizon fermé de montagnes qui lèvent leurs fronts de roches rousses, parmi ces
collines pansues à l'herbe courte, au vivace parfum, ces cris
prennent de la grandeur et l'on dirait l'acclamation de la
terre natale allant aux exilés qui ne l'oublient pas, et, loin
d'elle, savent encore l'aimer... (3)

Un des fondateurs du Félibrige, le regretté Roumanille, que nous pleurons encore, ne pouvait
rester indifférent aux fêtes méridionales. UArmana
prouvencàu, cette publication créée par lui et qui,
(1) Allusion à la poésie de M. Challamel, transcrite au chapitre précédent.
(2) Le Figaro, reproduit dans le Journal de Die du 19 août 1888.
(3) Observateur français (numéro du 13 août 1888).

�io8

LA COMTESSE DE DIE

sous une forme populaire, renferme avec la chronique félibréenne, des contes ravissants, des anecdotes au tour gracieux et des sonnets, dont plusieurs sont de réels chefs-d'œuvre, relate, dans
cette phrase, l'arrêt des voyageurs, en Dauphiné :
A Diô proumieramen, enverdurado jusqu'i téule (10 d'avoust
1888), s'es inagura lou buste de la Coumtesso de Diô, bèu
travai de la man de Madamo CI. Hugues en l'ounour de la
bello e noblo dôufinenco qu'en vers tant calourènt a canta sis
amour emé Rimbaud d'Aurenjo. D'aqui, après avé begu à sa
mémôri la clareto de Diô, se davalè 'n Aurenjo... (1)
(Gui DE MOUNT-PAVOUN.)
Tout d'abord, à Die enverdurèe jusqu'aux toits (10 août
1888), on a inauguré le buste de la Comtesse de Die, beau
travail de la main de Madame Cl. Hugues, en l'honneur de
la belle et noble dauphinoise qui a chanté, en vers si chaleureux, ses amours avec Raimbaut d'Orange. De là, après
avoir bu à sa mémoire la clairette de Die, on est descendu à
Orange...
GUY DE MONT-PAVON.

Les journaux illustrés, eux-mêmes, voulurent
conserver le souvenir de ces solennités artistiques
et littéraires.
L'Art Français du u août 1888, avait donné,
par avance, une exacte reproduction du buste en
plâtre de la Comtesse. Nous avons cité l'appréciation de M. Firmin Javel, directeur de XArt
Français et critique au Gil Blas, sur l'œuvre de
Mme Clovis Hugues. U est regrettable que, dans
la statue en bronze, la couronne comtale ne soit
pas surmontée, comme dans la maquette, de l'étoile
poétique si bien due à la félibresse du xne siècle,
(1) Armana prouvençàu de 1889, p. 9.

�LA COMTESSE DE DIE

et qui donnait au visage, en l'allongeant, plus
de grâce et de distinction. Dans le numéro du
Monde illustré portant la date du 18 août 1888,
M. Paul Maurou, son dessinateur, fervent cigalier, a encadré des nombreux portraits de ses
confrères, la scène du théâtre romain d'Orange,
ainsi que les bustes de la Comtesse et de Paul
Soleillet; ce dernier, œuvre de l'habile sculpteur
Amy, aussi accueillant pour les profanes que pour
ses amis de la Cigale.
Les comptes-rendus des fêtes de Die attirèrent
l'attention des poètes sur la trobairitz, un peu
délaissée jusque là.
On a lu dans le chapitre premier les vers que
les amours de la Comtesse avaient inspirés aux
amis de la marquise de Sévigné.
Mistral, dès ses débuts poétiques (1859), consacra quelques pensées à l'amante de Raimbaut.
Dans Mireille, il avait fait exprimer par la jeune
Azalaïs ses désirs de renaissance des cours d'amour,
renaissance réalisée aujourd'hui, grâce aux efforts
incessants du maître et de ses amis, et comparant le parler ravissant de la jeune Provençale à
celui de la poétesse d'antan, il s'écriait :
Ansin la Coumtesso de Dio,
Quand tenié court d'amour, segur dévié parla.
Ainsi la Comtesse de Die, lorsqu'elle tenait cour d'amour,
assurément devait parler (i).

(1) Mireille, chant III. Paris, Charpentier, 1888, p. 106.

�IIO

LA COMTESSE DE DIE

Plus tard encore (1860), il rappelait notre héroïne, dans son Rêve de Romanin :
D'amour, digué n'Alis, la Coumtesso de Dio,
Enjusquo dins la mort lou pantai m'escandiho
De l'amour, dit Alix, la Comtesse de Die, jusque dans le
tombeau le rêve m'incendie (i).

Mais depuis, on avait fort négligé la muse dauphinoise. Dès 1888, au contraire, c'est à qui s'occupera d'elle. Toutes les revues spéciales citent son
nom. Chacun est jaloux d'ajouter un hommage
personnel à celui que lui ont déjà rendu les félibres.
A Sceaux, M. Sextius Michel, voulant remercier
me
M
de Rute, une, délicate lettrée, qui venait de
porter un toast gracieux à la Provence et aux
Cigaliers, la compare à la Comtesse, dans les derniers vers de son sonnet :
Vous aman, vous cantan, vous qu'en la Capitalo,
Fasès tant flameja lou felibren calèu,
Dounant autant d'ounour a nosto pouesiô
Qu'autre-tèns n'ie'n baiè la Coumtesso de Diô ! (2)
Nous vous aimons, nous vous chantons, vous qui, dans la
capitale, faites briller d'un si vif éclat la lampe félibréenne, en
donnant autant d'honneur à notre poésie, que jadis lui en porta
la Comtesse de Die.

Dans leurs souhaits de nouvel an à Mademoiselle
Thérèse Roumanille, la reine du Félibrige (3),
(1) Les Iles d'or. ROMANJN. Paris, Lemerre, 1889, p. 282.
(2) Voir le sonnet entier dans le Mots Cigalier de juillet 1888.
(3) C'est une poétique coutume des Félibres, d'élire tous les
sept ans, en leurs jeux floraux, une Reine. Lors des grands jeux

�LA COMTESSE DE DIE

m

MM. Marius André et Maurice Raimbauld rappellent la Comtesse, en des vers pleins de fraîcheur.
Le premier dit en parlant des Troubadours, ses
ancêtres :
E ço qu'ispiravo sis amo
Èro l'amour di bèlli damo
Si rèino : Douço, Alis, Blanco-flour de Flassan
E' quelo Coumtesso de Dio
Que sèmpre l'amour escandiho,
Qu'en vouluptouso meloudio
Escampavo lou fiô que cremavo soun sang (i).
Et ce qui inspirait leurs cœurs, c'était l'amour des belles
dames, leurs reines : Douce, Alix, Blanche-fleur de Flassan, et
cette Comtesse de Die sans cesse enflammée par l'amour, qui
en voluptueuses mélodies épanchait le feu qui lui brûlait le sang.

Le second, tout en indiquant sa parenté avec
l'ami de la divine poétesse, proteste ainsi de son
dévouement à la Reine :
Raimbauld ! Iéu, lou darrié d'aquelo grand famiho
Que comto coume aujou l'amant de Na Biatris
Emé lou prince en quau la Coumtesso de Dio,
Pecaire! deguè mai de plour que de sourris;
Iéu, lou darrié felen d'aquéli grand Troubaire,
O Rèino, en depausant ésti vers à ti pèd,
Vène paga moun dèime, urous se pôu te plaire
L'oumage que te porge eicito emé respèt (2).
Raimbauld, moi le dernier de cette grande famille, qui compte
d'Hyères, en 1885, Mademoiselle Thérèse Roumanille succéda,
à Madame Frédéric Mistral, nommée première Reine en 1878,
aux fêtes internationales de Montpellier. (Extrait de la Revue
félibréenne. Décembre 1888). Et le jour de la Sainte-Estelle
de 1892, Mademoiselle Girard de Saint-Rémy a été acclamée
pour présider, pendant sept années, aux destinées du Félibrige.
(1) Revue félibréenne. Décembre 1888.
(2) Revue félibréenne. Décembre 1888.

�112

LA COMTESSE DE DIE

parmi ses aïeux l'amant de Mme Béatrix, ainsi que le prince à qui
la Comtesse de Die, pécaïre ! dut plus de larmes que de sourires;
moi, le dernier descendant de ces grands Troubadours, o Reine !
en déposant ces vers à tes pieds, je viens payer ma dîme, heureux si peut te plaire l'hommage que je t'offre ici avec respect.

D'autres poètes, plus enthousiastes encore, ont
consacré des œuvres complètes à leur aïeule. Mes
lecteurs n'y trouveront pas de nouveaux détails
sur la biographie de notre héroïne ; mais ils liront avec plaisir les gracieux récits inspirés par
les légendes déjà connues.
Je cite en premier lieu, les strophes écrites,
sur le buste de Mme Clovis Hugues, par M. Félix
Gras, le nouveau capouliè du Félibrige.
LA COUMTESSO DE DIO
Belle damo de Dio, estello de l'amour,
Toun front seren e pur clarejo coume uno aubo,
La garbo de toun pèu qu'oundejo sus ta raubo
Nous embaumo lou cor coume un jardin en flour ;
Toun iue, nègre diamant, abraso à si flamado
Lou paure amalauti que sènt jala soun cor,
Ta bouco dis lou mot qu'à touto amo damnado,
Dou paradis d'amour, duerbe li porto d'or...

LA COMTESSE DE DIE
Belle dame de Die, étoile de l'amour, ton front serein et pur
rayonne comme une aube, la natte de tes cheveux qui sur ta
robe ondoie, nous embaume le cœur comme un jardin fleuri.
Ton œil, noir diamant, réchauffe de sa flamme le pauvre
malade qui sent geler son cœur ; ta bouche dit le mot qui doit,
à toute âme damnée, du Paradis d'amour ouvrir les portes d'or.

�INITIALE D'UN MANUSCRIT DU VATICAN
Communiquée par M. H.

VASCHALDE,

auteur de VHistoire des

Troubadours du Vivarais, du Gévaudan
et du Dauphiné.

��LA COMTESSE DE DIE

"3

Pèr retraire toun front e ta cabeladuro,
E l'uiau de toun iue, emai ta parladuro,
D'une femo fauguè lou gàubi fort e dous
Qu'inspiré lou pouèto ardent e generous (i).

Pour rappeler ton front et ta chevelure, l'éclair de tes
yeux ainsi que ton parler, d'une femme il a fallu l'habileté
énergique et douce,, capable d'inspirer le poète ardent et généreux.

Mlle Adèle Souchier, une Valentinoise profondément amoureuse de sa province, a subi le charme
qui se dégage de la figure gracieuse d'Alix, et c'est
à la seconde comtesse qu'elle a adressé ses vers
et son hommage.
ALIX
COMTESSE DE DIE
Que je te chante aussi, noble Troubadouresse,
N'étais-tu pas l'orgueil de notre Dauphiné !
Tes vers s'épanchaient-ils en longs flots de tendresse ?
Ah ! dans sa poétique ivresse,
Ton doux luth enchantait tout esprit raffiné.
Oui, ton âme était une lyre,
Une Muse au divin sourire,
Apollon donne un pur délire
A tous les élus de son choix,
Et lorsque dans un cœur de femme,
Il met une céleste flamme,
Le dieu des poètes réclame
Les vibrations de sa voix !
Et l'on chante ! l'on chante, ainsi que l'alouette
Dont le limpide accent retentit dans les cieux,
Ou comme le bouvreuil sous sa verte cachette,
(i) Almanach du Bavard 1892. T. Samat et Cie, Marseille.

�ii4

LA COMTESSE DE DIE

Il nous donne un beau jour de fête,
En devenant l'amour du vallon gracieux.
Etais-tu radieuse et belle?
Qui m'empêche de te voir telle,
La gloire t'a faite immortelle,
Mieux encore que la beauté,
Et, comme un doux écho sonore,
Ton nom brillant subsiste encore,
Et l'auréole qui le dore
Nous éblouit par sa clarté !
Dans ces temps d'autrefois, pleins de jeux poétiques,
Luttais-tu de génie avec les troubadours?
Pour prix recevais-tu des bouquets symboliques
Disant leurs délicats amours,
Leurs admirations devant durer toujours?
On a conservé souvenance
De ta Tarasque de Provence,
Légende où ton vers se balance
Dans un idiome enchanteur,
Suave et charmante musique,
A la fois naïve et magique,
Ainsi q l'un langage angélique
Dont l'amour est le créateur.
Je te salue au nom de ta province aimée,
Comtesse, souris moi d'un sourire de soeur ;
Puisse mon chant, porté par la brise embaumée,
Te plaire, ô rose parfumée !
Daigne le recevoir avec grâce et douceur ! (i)

Il aurait été fâcheux qu'un compatriote de Celle
que l'on venait de fêter n'élevât pas la voix en
son honneur. M. Rivière, un Diois d'adoption,
(i) Extrait du Sylphe, organe mensuel des écrivains dauphinois. 2, rue de la Gare, Voiron. Numéro d'avril 1888.

�LA COMTESSE DE DIE

"S

auteur de charmantes poésies réunies sous ce titre, Aubes et Couchants, l'a compris, et il a célébré dans la pièce que je reproduis avec sa traduction, et la gloire de la Comtesse et la visite
des Félibres.

LA COUMTESSO DE DIO
/ Cigalié em'i Félibrê

i
Qu'ei poulido nosto Coumtesso,
Pàusàdo su soun pé d'estàu !
Lou rai dàu soulèu la carésso ;
Qu'ei poulido nosto Coumtesso !
Ei la réino di Félibresso;
Sé créirié qué pénso à Raimbàu.
Qu'ei poulido nosto Coumtesso,
Pàusàdo su soun pé d'estàu !
Mài qué mài parei tréfoulido
En vésent nosti gran roucas,

LA COMTESSE DE DIE
Aux Cigaliers et aux Félibres

i
Quelle est belle notre Comtesse
Posée sur son piédestal !
Le rayon du soleil la caresse ;
Qu'elle est belle notre Comtesse !
Elle est la reine des Félibresses ;
On dirait qu'elle rêve à Raimbaut.
Qu'elle est belle notre Comtesse
Posée sur son piédestal !
Toujours plus elle paraît réjouie
A la vue de nos grands rochers,

�n6

LA COMTESSE DE DIE

E li colo dé bos vestido...
Mai qué mai parei tréfoulido.
Din li champ regardo espandido
Li cabanetto amai li mas...
Mai qué mai parei tréfoulido
En Vésent nosti gran roucas.
Tra qu'espélissoun lis estello,
Flour dé fiô din lou grand céu blù,
Qué la niue d'oumbro l'énmantello ;
Tra qu'espélissoun lis estello,
La luno pànlo clarinello
Vuéjo su soun front si bélù,
Tra qu'espélissoun lis estello,
Flour de fiô din lou gran céu blù.
Qu'escoutos, bello sounjarello?
L'àigo qué canto à toun éntour ?
Plégan à mita li parpello,
Qu'escoutos, bello sounjarello ?

Et des collines vêtues de bois.
Toujours plus elle paraît réjouie.
Dans les champs, elle regarde éparses
Les cabanes et les chaumières (mas).
Toujours plus elle paraît réjouie.
A la vue de nos grands rochers.
Dès qu'éclosent les étoiles,
Fleurs de feu dans le grand ciel bleu,
Que la nuit lui met son manteau d'ombre ;
Dès qu'éclosent les étoiles,
La lune pâle et claire
Verse sur son front ses rayons.
Dès qu'éclosent les étoiles,
Fleurs de feu dans le grand ciel bleu.
Qu'écoutes-tu, belle rêveuse ?
L'eau qui chante autour de toi ?
Les paupières demi-closes,
Qu'écoutes-tu, belle rêveuse?

�LA COMTESSE DE DIE

Es lis àuréto cantarello,
Lis àureto qué fan ta cour?
Qu'escoutos, bello sounjarello?
L'àigo qué canto à toun éntour ?
II
Cigalié, Félibré, Cantàiré,
Voulian vous diré : Gramaci !
Nosto villetto, per vous plàiré,
Cigalié, Félibré, Cantàiré,
Enfestoulido dé tout càiré,
Avio carga si béu vesti...
Cigalié, Félibré, Cantàiré,
Voulian vous diré : Gramaci !
Ai ! qu'ei courto vosto vésito,
Qué tambén tan nous fasié gàu !
Ei dounc dé parti bén nécito?
Ai ! qu'ei courto vosto vésito,

Sont-ce les zéphyrs chanteurs,
Lez zéphyrs qui forment ta cour?
Qu'écoutes-tu, belle rêveuse?
L'eau qui chante autour de toi.
II
Cigaliers, Félibres, Chanteurs,
Nous voulions vous dire : Merci !
Notre petite ville pour vous plaire,
Cigaliers, Félibres, Chanteurs,
En fête de tous les côtés,
Avait vêtu ses beaux habits.
Cigaliers, Félibres, Chanteurs,
Nous voulions vous dire : Merci !
Ah ! qu'elle est courte votre visite,
Qui pourtant nous faisait si grand plaisir !
Il est donc bien nécessaire de partir?
Ah ! qu'elle est courte votre visite !

117

�II8

LA COMTESSE DE DIE

Perqué s'énana, quand eicito,
Avias plaço à nosté fougàu?
Ai ! qu'ei courto vosto vésito.
Que tambén tan nous fasié gàu !
Tournarès mai, sègur, nous véiré ;
Vous n'en prègué, qué siègué léu.
Enregan lou draiôu di réiré,
Tournarès mai, ségur, nous véiré...
Nous fasen viéi qu'éi pas de créiré,
L'oli bàisso à nosté caléu.
Tournarès mai, ségur, nous véiré,
Vous n'en prègué, qué siègué léu.

Pourquoi vous en aller, quand ici
Vous aviez place à notre foyer ?
Ah ! qu'elle est courte votre visite,
Qui pourtant nous faisait si grand plaisir !
Vous reviendrez encore, sûrement, nous voir;
Je vous en prie, que ce soit bientôt.
Nous prenons le chemin des anciens.
Vous reviendrez encore, sûrement, nous voir...
Combien nous nous faisons vieux, c'est incroyable ;
L'huile baisse à notre lampe.
Vous reviendrez encore, sûrement, nous voir,
Je vous en prie, que ce soit bientôt.
(Traduction littérale de Vauteur.)

Dans la dernière strophe de son harmonieux
sirvente, qui peut être considérée comme le mandadis aux Félibres, le poète s'est fait l'interprète
des désirs des habitants de Die. Leur bonheur
serait grand s'ils voyaient revenir en leur cité, ne
serait-cè que pour un jour, la bande joyeuse de
leurs hôtes de 1888.
Pendant que les cigaliers promenaient leur gaîté,

�119

LA COMTESSE DE DIE

à travers les régions qui leur sont chères, un Crestois exilé dans la capitale, et que l'absence n'a
pas désintéressé des choses du pays natal, M. Maurice Champavier, chantait aussi l'amoureuse Dioise,
en cette délicate ballade :
Belle dame tant valeureuse,
Tant jolie et tant malheureuse,
Qui subis le charme vainqueur
D'un beau chevalier de Provence
Et lui donnas ton gentil cœur
Sans en avoir grand' récompense, •
Je te plains et maudis l'amant
Qui te prit et ne t'aima mie :
Preux chevalier quelquefois ment,
O pauvre Comtesse, ma mie !
Ton âme tendre et langoureuse
Soupira sa plainte amoureuse
Sans amertume et sans rancœur :
En toi survivait l'espérance.
Et, cependant, vain et moqueur,
Gardant à peine souvenance
De ton abandon si charmant,
Ton Rambaud faisait chère lie,
Toujours aimé, toujours aimant,
O pauvre Comtesse, ma mie !
La rupture fut douloureuse,
Mais, toujours tendre et généreuse,
fu ne lui gardas point rigueur
De son outrageuse inconstance.
Prise d'une vague langueur,
Tu laissas ta frêle existence,
Depuis, s'écouler doucement,
Chantant ta suave élégie
Et ton poétique tourment,
O pauvre Comtesse, ma mie!

1

�120

LA COMTESSE DE DIE

ENVOI

Comtesse, pour le sentiment,
La beauté, l'honneur, l'agrément,
La tendresse, la poésie,
Pas une entre toutes choisie
Ne te valut, j'en fais serment,
O noble Comtesse, ma mie! (i)

Ces pensées gracieuses exprimées en une langue
si douce devaient fatalement inspirer un compositeur. 11 est heureux que ce soit encore un
Dauphinois, M. Henry Eymieu, de Saillans, qui
ait obéi à sa Muse, en écrivant sous les paroles
de M. Maurice Champavier, une mélodie tracée
d'un style archaïque admirablement appropriée au
sujet. J'ai pu la faire figurer à la fin du volume,
grâce à l'obligeante autorisation de M. André, son
éditeur.
Je termine ces citations par celle d'une œuvre
qui laissera, sans nul doute, mes lecteurs sous
une impression d'admiration et de douce rêverie.
Cette nouvelle, exquise, pleine de poésie, bien qu'écrite en prose, et semblable à une légende du
temps où vécut la noble Comtesse, est due à la
plume de M. Félix Gras. Elle parut tout d'abord
dans VÉvénement du 15 janvier 1888, avant de
figurer dans Les Papalines, un heptaméron de
récits provençaux, dont l'apparition a été un nouveau succès pour le Capoulié du Félibrige.

(1) Le Mois Cigalier. Août 1888.

�LA COMTESSE DE DIE

121

LA COUMTESSO DE DIO
Pèr uno vesprado d'avoust, souto la teso dis avelanié, li page,
li jouglar, li chivalié e li damo envirounavon la bello e casto
coumtesso de Dio que tenié court d'amour. Elo èro bello coume
lou jour, linjo dins soun eso de sedo blanco, lis espalo cuberto
dis oundo de sa cubeladuro negro e sis iue blu treboulant ! Ero
bello, bèn tant, que, dins lou mounde entié, sa bèuta fasié soun
renoum, autant que soun meravihous esprit pèr desembouia lis
afaire d'amour.
E au castèu ié venien, tant pèr la vèire que pèr l'ausi, li
segnour, li baroun, li chivalié de touti lis incountrado. Lou rèi
de l'Anglo-Terro Richard, que ié disien lou Cor de Lioun, l'emperaire de l'Alemagno Frederi, que ié disien la Barbo-Rousso,
avien après lou bèu lengage d'Oc pèr pousqué canta coume se
dèu si gràci
Disian dounc' que la court d'amour se tenié, aquéu vèspre,
souto la teso dis avelanié : l'assemblado belavo li paraulo de la
Coumtesso, que coulavon de si bouco roso, coume de perlo d'uno

LA COMTESSE DE DIE

■

Par une vesprée d'août, sous l'allée des noisetiers, les pages,
les jongleurs, les chevaliers et les dames environnaient la belle
et chaste comtesse de Die qui tenait cour d'amour. Elle était
belle comme le jour, svelte dans son corsage de soie blanche,
les épaules couvertes par les ondes de sa chevelure noire, et ses
yeux bleus troublants. Elle était si belle que, dans le monde
entier, sa beauté faisait son renom autant que son esprit merveilleux à débrouiller les affaires d'amour
Et en son château venaient pour la voir, autant que pour
l'ouïr, les seigneurs, les barons, les chevaliers de toutes les
contrées. Le roi d'Angleterre Richard, qu'on appelait le Cœur
de Lion, l'empereur d'Allemagne qu'on appelait la BarbeRousse, avaient appris le beau langage d'Oc pour chanter ses
grâces.
Nous disions que la cour d'amour se tenait, par une vesprée
d'août, sous l'allée des noisetiers : l'assemblée buvait les paroles
qui coulaient des lèvres roses de la Comtesse comme des perles
9

�r'

122

LA COMTESSE DE DIE

eigadiero d'or, quand, d'eilalin, pereilalin, sus lou revèst do la
mountagno blùio, se veguè veni bello e richo cavaucado de
segnour e de damo, segui de si page e de ses escudié. La troupo
ufanouso s'avancè dou roudelet, e l'un di cavalié que fasié coumpagno à la rèino de la cavaucado, digue : « Noblo coumtesso
de Dio, vous que sias la plus bello entre touti li bello, qu'avès
la sapiènci di causo d'amour, escoutas-me : vènc, au noum de
la rèino Mario de Mount-pelié, qu'es aqui subre soun acanèio
blanco, vène vous prega de l'ausi e de desembouia, coume saupres, sis afaire d'amour emé soun incoustant mari, lou bèu rèi
d'Aragoun. »
La Coumtesso saludè la rèino Mario e touto la coumpagno.
Pièi faguè asseta la rèino à sa drecho.
La rèino Mario avié lou corps bèn fa, sa car èro blanco e
douço à chaspa coume la sedo, mai soun visage èro un pauquet
desgracia emai aguèsse l'èr dous e afable.
Alors la Coumtesso ié diguè : « D'ounte vôn voste mau d'amour? Atrouvaren, osco seguro, lou baume que dèu lou gari. »
La rèino ié diguè : « Coumtesso noblo e gènto, me garares
uno grosso espigno dou cour se me rendès li favour de moun

d'une aiguière d'or, quand, soudain, là-bas, au loin, sur le versant de la montagne bleue, apparut une belle et riche chevauchée de seigneurs et de dames, suivis de leurs pages et de leurs
écuyers. La troupe superbe s'avança vers la réunion, et l'un des
chevaliers, qui faisait compagnie à la reine de la chevauchée,
dit : « Noble comtesse de Die, vous qui êtes la plus belle entre
toutes les belles, qui avez la science des choses de l'amour,
écoutez-moi : je viens, au nom de la reine Marie de Montpellier,
qui est là sur sa haquenée blanche, je viens vous prier de l'entendre et de débrouiller, comme vous saurez, ses affaires d'amour
avec son inconstant mari, le roi Dom Pierre d'Aragon. »
La comtesse s'inclina devant la reine Marie et la fit asseoir à
sa droite.
La reine avait le corps bien fait, sa chair était blanche et au
toucher douce comme la soie, mais son visage était un peu disgracié, quoique doux et affable.
La comtesse lui dit : « D'où vous vient votre mal d'amour?
Nous trouverons sûrement le baume qui doit le guérir. »
Alors la reine dit : « Comtesse noble et gentille, vous me tirerez une grosse épine du cœur si vous me rendez les faveurs de

*

�LA COMTESSE DE DIE

123

espous reiau. Desempièi lou lendeman de noste maridage, éu a
fugi l'oustau!

Sabe, pèr ausi dire, que vai pèr toulo

terro, e même pèr mar, cercant plesi d'amour!

»

Acô di, plourè e soupiré à faire piéta
La Coumtesso viré si bèus iue blu vers l'assistanço, c diguè :
« Quau prepausara lou bon remèdi à mau d'amour tant amar? »
E degun respoundeguè. S'ausiguè, un moument, que lou brut
armounious dis esquierlo e di sounaio d'un escabot que pasturgavo eila sus l'autre pendènt de la mountagno.
Alors la Coumtesso diguè : « Gènto rèino Mario, voste mari
vou revendra, iéu l'assegure ; noun pode, estènt qu'es rèi, lou
manda davans ma court d'amour coume un simple baroun, mai,
amor que vosto doulour me toco, anarai à Mount-pelié lou jour
que voste espous reiau ié sara, e ié farai, emé respèt, la semounso coume se dèu, e ié legirai, de fiéu en courduro, lou relèu
di lèi d'amour. E coume sabe que voste espous reiau a grando
courtesïo, se soumetra, n'ai l'asseguranço, à voste dret d'amour.
E se, pèr cas, la resoun e lou dret noun lou boutavon dins la

mon royal époux. Depuis le lendemain de notre mariage il a fui
la maison !
et je sais, par ouï dire, qu'il va par tous
pays cherchant plaisir d'amour !
»
Cela dit, la reine se prit à pleurer et à soupirer, qu'elle en
faisait pitié
La comtesse de Die tourna ses beaux yeux bleus vers l'assistance et dit : « Qui proposera le bon remède à mal d'amour si
amer? » Personne ne répondit. On n'entendit un instant que le
bruit harmonieux des clairines et des sonnailles d'un troupeau
qui paissait là-bas sur l'autre pendant de la montagne.
Alors la comtesse dit : « Noble reine Marie, votre époux vous
reviendra, je vous l'assure ; je ne puis mander un roi devant ma
cour d'amour, comme un simple baron, mais puisque votre douleur me touche, j'irai à Montpellier le jour où votre royal époux
y sera, et je lui ferai, avec respect, la semonce qu'il mérite, et
je lui lirai de fil en couture le rouleau des lois d'amour. Et
comme je sais que votre royal époux a grande courtoisie, il se
soumettra, j'en ai la certitude, à vos droits d'amour. Et si, par
cas, la raison, le droit, la courtoisie ne le mettaient pas dans le

�124

LA COMTESSE DE DIE

draio flourido de voste cor, vole, iéu, pèr ruso o pèr engano,
i'adure c ié faire camina countènt e satisfat. »
E quand la Coumtesso aguè parla, la rèino Mario sourisié.
Alors touti s'aubourèron, e grandi fèsto i'aguè dins lou castèu
de Dio. Pièi la rèino Mario tourné à Mount-pelié.
Dins quauque tems d'aqui, un messagié venguè anouncia l'arribado dou rèi En Pèire d'Aragoun dins sa bono villo de Mountpelié. E la coumtesso de Dio se rapelè de sa proumesso, e partiguè quatecant en bello cavaucado.
Quand lou rèi d'Aragoun aprenguè que la bello coumtesso de
Dio èro arribado sus sa terro, n'aguè ni pauso ni fin que noun
l'aguèsse visto. E éu, lou rèi afanous
éu, lou rèi courtés
e assegura, fuguè tout esmougu e esbahi davant la bèuta estranjo de la Coumtesso. Sa voues bretounejè
Mai, basto,
outenguè, acô vai sèns dire, la proumesso de veni de niue
à la coundicioun pamens qu'à l'aveni oublidarié plus sa noble
espouso, la douço Mario.
Quand lou rèi, esmeraviha, aguè tout proumés, la Coumtesso
mandé lèu-lèu querre d'escoundoun la rèino Mario, e de vèspre

sentier fleuri de votre cœur, je voudrais, moi, par ruse et supercherie, l'y amener et l'y faire marcher content et satisfait. »
Quand la comtesse de Die eut parlé, la reine Marie souriait.
Alors on se leva et il y eut grandes fêtes dans le château. Puis
la reine Marie retourna à Montpellier.
A quelque temps de là, un messager vint annoncer à la Comtesse l'arrivée du roi Dom Pierre d'Aragon dans sa bonne ville
de Montpellier; et la comtesse de Die se rappela sa promesse.
Elle partit aussitôt en belle chevauchée.
Quand le roi d'Aragon apprit que la Comtesse était arrivée
sur sa terre, il n'eut ni trêve ni repos qu'il ne l'eût saluée. Et lui,
le roi superbe
lui, le roi courtois et hardi, fut tout ému
et ébahi devant l'étrange beauté de la Comtesse, et sa voix
bégaya
Bref, il obtint, cela va sans dire, la promesse
de venir, à la nuit
•... à la condition toutefois, qu'il n'oublierait plus à l'avenir ses devoirs envers sa noble épouse, la
douce Marie
Quand le roi, émerveillé, eut tout promis, la Comtesse manda
vite vite, en cachette, la reine Marie, et, à la nuit, la fit entrer

�LA COMTESSE DE DIE

125

la faguè intra dins sis apartamen ; e si servicialo, qu'avien l'esté
de l'afaire, la faguèron coucha dins lou lié de la Coumtesso...
Lou rèi d'Aragoun manqué pas l'ouro, arribé... dins l'escuresino
de la niue ; li servicialo, misteriousamen, e marchant sus la
pouncho di pèd, l'aduguèron davans lou lié sedous e prefuma,
ounte deja l'esperavo dono Mario sa femo. E, dins l'escuresino
de la niue, lou rèi noun veguè l'engano
Lou lendeman lou rèi veguè sa mespreso e n'en riguè
La rèino Mario, esmeravihado de l'aventuro, entre que se fugué vestido, anè aluma un cire davans l'autar de Nostro-Damodou-bon-Remèdi, e, d'à geinoun sus lou frejau, ansin la preguè :
« Nostro-Damo ! vous rènde gràci de la pas qu'avès aducho dins
moun oustau- e dou baume qu'avès tra dins moun cor. Engardas
de tout malastre la douço Coumtesso de Dio qu'a tant bèn
adouba li causo, e fasès que demore casto enjusqu'au jour que
la reçauprès dins lou Sant Paradis de vosto Fiéu. »
Fau crèire que Nostro-Damo-dou-bon-Remèdi l'ausiguè, car la
Coumtesso, aguènt arrenja l'afaire dis espous reiau, pensavo de
s'entourna dins soun castèu, quand, un bèu jour, i'arribo à brido

dans ses appartements ; ses servantes, qui avaient le mot de
l'affaire, la firent coucher dans le lit de la Comtesse. Le roi
d'Aragon ne manqua pas l'heure, il arriva... dans l'obscurité de
la nuit; les servantes, mystérieusement, et marchant sur la
pointe des pieds, l'amenèrent devant le lit soyeux et parfumé
où déjà l'attendait dame Marie, sa femme. Dans l'obscurité de
la nuit le roi ne vit pas supercherie
Le lendemain le roi vit sa méprise et en rit
La reine Marie enchantée de l'aventure, aussitôt vêtue, alla
allumer un cierge devant l'autel de Notre-Dame-du-Bon-Remède,
et, à genoux sur la dalle, ainsi elle pria : « Notre-Dame, je vous
rends grâce de la paix que vous avez apportée dans ma maison
et du baume que vous avez jeté dans mon cœur. Gardez de
toutes malencontres la douce comtesse de Die qui a si bien
arrangé les choses, et faites qu'elle demeure chaste jusqu'au
jour où vous la recevrez dans le saint Paradis de votre cher
Fils ! »
Il faut croire que Notre-Dame-du-Bon-Remède l'exauça, car
la Comtesse, ayant arrangé l'affaire des époux royaux, pensait
retourner en son château, quand un beau matin arrive à bride

�126

LA COMTESSE DE DIE

abatudo un escudié, qu'entre la vèire se trais à geinoun, e, jougnènt li man, ié dis :
« Coumtesso bello, aguès piéta de moun segnour e mèstre,
lou comte Guiaume d'Adhemar que se mort d'amour pèr vous,
alin au castèu d'Aigo-Morto ! Erian en Palestino en trin de
guerreja contro Saladin e sis espahis, quand, un jour souto le
tendo, un jouglar a canta vosti tensoun e a moustra voste retra
escrincela sus l'evôri. Tant-lèu lou cor de moun segnour et mestre
Guiaume d'Adhemar es esta près d'amour pèr vous, mai d'un
amour tau, que lou paure Comte n'a plus manja ni begu, ni
dourmi, e s'es embarca subre la premièro galèro de partènço.
Un cop sus la mar mens coumbourido que soun cor, pecaire ! La
fèbre l'a près e n'es desbarca d'aièr, tout mourènt, sus la terro
d'Aigo-Morto, refusant tout remèdi e touto bevèndo pèr i'apasima sa fèbre, disent que n'a qu'a prounouncia voste noum pèr
se refresca la bouco e bouta lou baume dins soun cor... Coumtesso bello e gènto, venès léu, un rai de vôstis iue ié rendra la
vido ! »
La Coumtesso, toucado pèr lou malastre d'aqueste Chivalié,
mounto sus soun blanc poulin, e la vaqui, à travès piano, estang

abattue un écuyer qui, aussitôt de la voir, se jette à ses genoux
et, joignant les mains, lui dit :
« Comtesse belle, ayez pitié de mon seigneur et maître, le
comte Guillaume d'Adhémar, qui se meurt d'amour pour vous,
là-bas, au château d'Aigucs-Mortes. Nous étions en Palestine en
train de guerroyer contre Saladin et ses spahis, quand un jour,
sous la tente, un jongleur a chanté vos chansons et a montré,
gravée sur l'ivoire, l'image de vos traits. Aussitôt le cœur de
mon seigneur et maître Guillaume d'Adhéma- s'est pris d'amour
pour vous, mais d'un amour tel, que le pauvre comte n'a plus
mangé, ni bu, ni dormi, ni guerroyé et s'est embarqué sur la
première galère en partance. Une fois sur la mer, moins tourmentée que son cœur, pecaire ! la fièvre l'a pris, et il est débarqué d'hier, mourant, sur la terre d'Aigues-Mortes ! Il refuse tous
remèdes et toutes boissons qui pourraient apaiser sa fièvre, disant qu'il n'a qu'à prononcer votre nom pour se rafraîchir la
bouche et mettre le baume dans son cœur... Comtesse belle et
gentille, venez vite, un rayon de vos yeux lui rendra la vie ! »
La Comtesse, touchée par le récit du malheur de ce chevalier,
monte sur son blanc poulain, et la voilà, à travers plaines,

�LA COMTESSE DE DIE

127

e sansouiro, sus lou camin d'Aigo-Morto. Entre arriba se porto
à la testièro dou malaut d'amour, e lou pren dins si bras, e
l'embrasso tendramen
e pièi ié baio la bago de soun
det. Lou Comte esbalauvi n'en pou pas crèire sis iue, e n'en
ressènt tau plcsi e talo joio que n'en mort sus lou cop !
La Coumtesso plourè lou bel amant que venié de mouri d'amour pèr elo, e lou faguè enseveli dins un mousoulèu de pèiro
blanco dis Aupiho. Pièi n'en prenguè dou e anè s'embara, pèr
lou restant de sa vido, dins lou mounastié di moungeto de SantOunourat.
D'ùni dison que ié mouriguè. D'autre afourtisson que lis ange
dou bon Diéu venguèron la querrc e l'empourtèron en cors c en
amo en Paradis (1)

étangs et salicornes, chevauchant sur le chemin d'Aigues-Mortes. Aussitôt arrivée, elle se rend au chevet du lit du malade
d'amour, elle prend l'amoureux dans ses bras et le presse tendrement
et puis elle lui donne la bague de son doigt. Le
malade d'amour ébloui ne peut en croire ses yeux et il ressent tel
plaisir et telle joie qu'il en meurt sur le coup !...
La Comtesse pleura le bel amant qui venait de mourir d'amour pour elle, et le fit ensevelir dans un mausolée de pierres
blanches des Alpilles. Puis elle prit deuil et alla s'enfermer dans
le couvent des nonnes de Saint-Honorat.
D'aucuns disent qu'elle y mourut; d'autres affirment que les
anges du bon Dieu vinrent la prendre pour l'emporter en Paradis

Au moment de clore ce travail, je dois donner
l'assurance de ma gratitude à tous ceux qui ont
bien voulu m'aider de leurs conseils, ou m'autoriser à publier leurs œuvres, ainsi qu'à mes illustres
confrères en Sainte-Estelle, qui m'ont accueilli
avant même d'avoir reçu les preuves de mon dévouement à l'œuvre commune.
Je le fais du plus profond de mon cœur, tout en
(1) Li Papalino. Avignon, J. Roumanillc, 1891, p. 168 et s.

�128

LA COMTESSE DE DIE

les priant d'accueillir avec bienveillance ce modeste
et premier essai. Ils répondront à mon espoir, j'en
suis certain, s'ils songent que cette étude a été
consacrée à leur poétique aïeule par un amoureux
inexpérimenté mais enthousiaste de la langue suave
qu'elle parla, et que nous ont rendue, en dépit
d'attaques sottes ou méchantes, nos Félibres vénérés et ceux qui ont suivi leur exemple.
Chantez encore, et sans répit, enfants de la noble
inspirée, qui suivez la voie de Mistral, Aubanel,
Roumanille ! Répondez par de nouveaux chefsd'œuvre aux idées étroites des quelques sceptiques
désireux de voir s'éteindre nos dialectes préférés.
Laissez votre cigale d'or voler au pays des rêves
azurés, et qu'il nous soit permis encore à nous, qui
chérissons notre petite patrie autant que vous-même,
mais ne savons le lui dire en un parler si tendre,
qu'il nous soit permis de goûter à la coupe sainte,
dans laquelle vous nous versez les ivresses poétiques.
Chantez ! Car en exaltant le coin de terre, témoin
de vos premières joies, de vos chagrins d'enfants,
vous ajoutez un nouvel éclat à l'auréole qu'ont
allumée bardes du Nord ou chantres du Midi, troubadours du passé et poètes de notre époque, au
front étincelant de notre France bien-aimée.

�A Mademoiselle J.FAVIER

Poésie de CHAMPAVIER

MUSIQUE

DE

HENRY

EYMIEU

Publiée avec l'autorisation de Monsieur ANDRÉ, éditeur
5, Quai Voltaire, Paris

�JI/Mademoiselle J. FAVIER

BALLADE À LA COMTESSE DE DIE
POESIE DE

MUSIQUE DE

CHAWIPAVIER

HENRY EYMIEU

AnAanXe.

dolee el avec beaucoup d'expression.

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Page 4, note 1. Monerquè, lisez Monmerqué.
Page 12, note 1. Fontségude, lisez Fontségugne.
Page 65. Une erreur de typographie a fait omettre
parmi les noms des commissaires des fêtes dioises,
celui de M. Dallung, architecte, qui fut pourtant l'un
des organisateurs les plus actifs de la solennité du 12
août 1888.
Page 93, Challamel, lisez Chalamel.
Page 98, Challamel, lisez Chalamel.
Page 107, note 1, Challamel, lisez Chalamel.

��INDEX ALPHABETIQUE
DES

NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES

A
Abélard, 6g.
Adhémar (Guilhem), 15, 18,
20, 21, 22, 23, 95, 125.
Adhémar (Le Nègre), 15, 18,
Aigues-Mortes, 125.
Aimard II, 7, 9, 18.
Albigeois, 3.
Albon (comte d'), 8.
Alix (comtesse), 7, 12, 14, 18,
20, 110, m, 113.
Allard, 65.
Amy, 109.
André (Marius), III.
André (éditeur), 120.
Anduze (Claire d'), 4, 85.
Anjou (René d') II.
Anjou (Charles d'), XI.
Aragon (Dom Pierre d'), 122,
124, 125.
Arène (Paul), 12, 76.
Argod, 65.
Argout (d'), 77.
Arles, II.
Arles (Constance d'), VI.
Arnaud (Daniel), XIV.
Arnavieille (Albert), 60.

Asti, 58.
Athènes, 84.
Aubanel, 12, 59, 60, 73, 98,
128.
Avignon (Adalarie vicomtesse d'), 19.
Avignon, 86, 101.
Avond, 65.

B
Barberino (Francesco da)
XVII, 8, 15, 17, 18, 24, 37.
Barberino (Le Cardinal), 24,
Barnavol, 65.
Baroncelli, 60.
Barracand, 73.
Bartas (Saluste du), 66.
Barthelasse (La), 101.
Bartsch (Karl), 48.
Baulx (Stéphanette dame de)
19.
Beatrix (Comtesse), 8, 9, 12,
15, 21, 24, 35. 37, 48, 72,
83, m.
Beatrix (fille de Raymond Béranger), xi.
Benoit, 65.
Béranger, 65.

�140

INDEX ALPHABÉTIQUE

Béranger (Raymond),

II, X, XI,

XVII.

Bigot, 61.
Blain, 65.
Blavet (Alcide), 60.
Boccace, xiv.
Boissier (Auguste), Q, 13, 14,
22, 38.
Boissier (Emile), 65.
Boissière (Jules), 60.
Borel (Emile), 64.
Born (Bertrand de), VIII, 60.
Borneilh (Giraud de), XVI,
XVII.

Bouillanne, 65.
Bovarel (Lamberti de), XIV.
Brun Durand, 9.
Brunet, 60, 65.
Burgues, 73.
Busca (marquis de), 10.
Byron, 80.

c
Calvo (Boniface), XIV.
Calvy (de), 23.
Carton, 65.
Castelloza (Na), 4, 85.
Cavalcanti (Guido), XIV, XVI.
Chabaneau (Camille), III, IV,
X, 10, 17, 18, 24, 27, 30 à
33. 60.
Challamel (E.), 60, 93, 98, 107.
Champavier (Maurice), 119,
120.
Champsaur (Félicien), 72.
Charles d'Anjou, XI.
Charles Martel, II.
Chargière (La), 74.
Chastet, 69.
Cheltenham (manuscrits de)
10.
Chevalier (Adrien), 64 à 66,
75, loi.
Chevalier (Emile), 64.
Chevalier (Roch), 65.
Chevandier (docteur), 87.
Chomérac, 92.
Chorier, 7, 9, 22.
Claretie (Jules), 75.
Claustral (Jausserande de), 19.

Clédat (L.), IV.
Clère (Eugène), 65.
Clère (Léon), 65.
Clermont-l'Hérault, 76.
Conrad III (Empereur), XVII.
Constans (M.-L.), 10, 60.
Cours d'amour, vm, 4, 5, II,
19, 34, 81, 85, 86, 95Coursange (Paul), 65.
Court (Jean-Félicien), IV, 61.
Court (Henri), 68.
Courthezon, II, 14.
Crescini, VIII.
Crillon, 76.
Crousillat (A.-B.) 94.
Crozet (Marius), 65.
Cybèle, 87, 93.
Cybèle (temple de), 92.

D
Dallung, 65, 67.
Dante (Le) VII, X, XIV, XV, 24.
Daudet (Alphonse), 68, 75.
Deluns-Montaud, 75.
Denis (le roi), XVI.
Deschamps, 74.
Despourrins, 58.
Die, 1, 8, 66, 70, 75, 80, 81,
82, 86, 103, 105, 106, 108,
Diez, III.
Doria (Simon), XIV.
Duchène (André), 7.

E
Eléonore (d'Angleterre), vin,
XI.

Embrunois (comte d'), 21.
Eschenauver (de Cette), 72.
Espagnolle (l'abbé), XII.
Eustache (comte), 7.
Eymieu (Henry), 120.

F
Faidit (Gaucelm),

XVI.

�INDEX ALPHABÉTIQUE

Faure (Maurice), 12, 60, 64,
68, 72, 75, 83.
Fauriel, III.
Favier (Caprais), 65.
Ferrier, 65, 71.
Flassan (Blanchefeur de), III.
Floris et Blancaflor, 53.
Fontsègugne (Castel de), 12,
59Fock (Gustave), 40.
Fox (Jaufré de), X.
Fourès (Elie), 72, 93.
Fourès, IV.
Fouquier (Henry) 66, 71, 72,
75, 78, 79, 82, 83, 85, 93,
103, 106.
Frédéric II Barberousse (Empereur), vin, XIV, XVII, 8,
22, 121.

G

Honnoré de Tarascon (St-), 21.
Horace, 45.
Hugues Clovis (Mme), 2, 64,
67, 69, 71, 79, 100, 103, 106,
108, 112.
Hugues (Clovis), 68, 71, 72,
75, 79, 90.
Hugo (Victor), 69, 75.
Hyères (Mabille dame d'), 19.

I
Ingres, 66.
Isabelle, 4.
Isaure (Clémence), 2, 69, 81,
85, 86, 103.
Isoard, II, 9.
Isoarde, 7.

J

Gaillard (Isère), 73, 75.
Gaillard (Vaucluse), 73, 75.
Galland, 65.
Gautier (Théophile), 66.
Gebhardt, VII.
Georges (St-), 57, 58.
Gidel, XV.
Giera, 60.
Gilbert (Comte), XVII.
Girard (Emile), 65.
Girard (Louis), 65.
Girard (Mademoiselle), III.
Glandaz (Mont), 68, 85, 87,
88, 89, 90.
Gras (Félix), 12, 60, 112, 120.
Grenoble (comte de), 8.
Grignan (comtesse de), 23.
Grimaud, 65.
Guigue VI, 8.
Guinguenné, 13, 38.
Guinicelli (Guido), XIV.

Heine, XV, XVI.
Henri II (Plantagenet),
Homère, 59.

141

VI.

Jasmin, 58,
Jaufré, 17, 19, 24, 30.
Javel (Firmin), 79, 108.
Joconde, 82.
Jossaud (Emile), 65.
Jossaud (Gustave), 65.
Josseaume, 65.
Joubert (Amédée), 65.
Justin (Mont), 74.

K
Kemp (Robert), 72.

L
Labbé (Louise), XVIII.
Lacroix (archiviste), 14.
Lamartine, XV, 59.
Lanfranc (Cigala), XIV.
Laure, 81.
Lenau, XVI.
Léman (le), IX, XVI.
Lérins, II.
Lescure, 61.

�INDEX ALPHABÉTIQUE

142

Lesdiguières, 76.
Limoges, IX.
Lintilhac (Eugène), 3, 39, 44,
.45, 54Liotard, 65.
Lombard, 65.
Londres (Lise de), 23.
Londres (St-Martin de), 25.
Louis XIV, 76.

Nolhac (de), XV.
Nostredame (César de), 85.
Nostredame (Jean de), XVII,
5, 7, 13, 15, 16, 18, 20, 21,
22, 38.
Notta, 78.

M

Oddon, 67.
Ongle (Abalète dame d'), 19.
Orange, I, 80, 87, IOI, 108.
Orange (Raimbaut d'), XVI,
3, 6, 11, 12, 14, 15, 17, 18,
37 à 39, 43. 44. 79, 80, 87,
98, 107, 108, 115, 119.
O'Reilly, 59.

Mahn (C.-A.-F), 40, 42, 48,
52Malaspina (Albert de), XIV.
March (Auzias), xVI.
Mariéton (Paul), 5, 6, 59, 60,
67, 72, 73. 106.
Marsanne (comtesse de), 7.
Marsanoux, 65.
Marseille (Folquet de), 44.
Marueil (Arnaut de), xvi, 44.
Mathieu (Anselme), 12, 60.
Marlus, II.
Maurou (Paul), 109.
Maurras (Charles), IV, 60,
72, 74, 107.
Mercure Galant, 23.
Messine, 60.
Meyer (Paul), II, III, 54.
Michel (Sextius, 110.
Milan, 56.
Millot (l'abbé), 15.
Mistral, XII, 12, 27, 59, 60,
68, 70, 75, 109, 128.
Mistral (Mme), m.
Moine des Iles d'Or (le), 13,
22.
Montfort (Simon de), XI.
Monmerqué, 4, 23.
Montpellier, 57.
Montpellier (Marie de), 122,
124, 125.
Moréas, IV.
Musset (Alfred de), 69.

Nal (Auguste), 65.
Naples (Jeanne de), 11.

O

P
Paris (Gaston), VIII.
Paris, 73, 78, 90, 99.
Patriote Dioise (la), 78.
Payan, 65.
Perceval, XIV.
Perrin, 4.
Pestre (Ernest), 65, 99.
Pétrarque, VII, XIV, XV, 24,
81.
Peyrat (Napoléon), IV.
Peyrottes, 77.
Pierrefeu (Rostangue, dame
de), 19.
Philippe (comtesse), 7, 14, 18,
30.
Plaine (Galtier de la), 28.
Plagnes (Arnaut), 18.
Plantier, 72.
Platon, 103.
Plaute, 87.
Podhorshy, 59.
Poitiers (Berthon de), 7.
Poitiers (Guillaume de, le comte, troubadour), VI, XI.
Poitiers ou Peiteus (Guillaume
ou Guilhem de, époux de la
comtesse), 6, 8, 14.
Porcairagues (Azalaïs de), 4,
85-

�INDEX ALPHABÉTIQUE

Posquières (Hermyssende de),
19Prades (Cortête de), 66.
Provence (comtesse de), 4, 85.
Puy-en-Velay, vu.

R
Rabelais, 69.
Raimbauld (Maurice), 111.
Raymond de Toulouse, VII. •
Rayna (Pio), VIII.
Raynouard, III, X, XVIII, 6, 7,
17, 40, 45, 48, 51, 52, 53, 86.
Redi, 17.
Reinach (M.-S.), XII.
Reynaud (Marie), 65.
Reynaud (P.), 65.
Ricard (Xavier de), IV, 60.
Richard-Cœur-de-Lion, VIII,
11, 121.
Rivière, 114.
Robert (le roi), VI.
Rochas, 3, 7, 8, g, 13, 19.
Rochegude, 40, 42, 45, 48, 52.
Rolland (président), 5.
Romanin, S, 86.
Romans (Bierris de), 4.
Rome, 56, 84.
Ronsard, XVI.
Roquemartine, 5.
Rossilho (Giratz de), 2.
Roumanille, 12, 59, 60, 107.
Roumanille (Thérèse), 110.
Rouquet (Léon), 76.
Rousseau, 69.
Roux, 65.
Roux (abbé Joseph), 60.
Roziers (Guillelma des), 4Rudel (Geoffroy), 22, 23. J)
Rute (Mrac de), 110.

S
Saillans, 68, 69, 70.
Sainte-Palaye (Lacurne de),
III.
Saladin, XI, 25.
Samuel, 65, 67.

143

Santillane (marquis de), XVI.
Sapho, XVIII, 51, 53, 80, 86,
107.
Scherillo, XIV.
Schultz (O.), 8 à 10, 11, 15,
17, 18, 30, 32, 37, 39, 40,
42, 48, 52.
Seguin et Valensa, 49.
Sévigné (marquise de), 23,
109.
Sextus Vincius Juventianus,
87.
Signes, 5, 18, 19, 86.
Signes (Bertrane dame de)
19.
Simon, 65.
Sisteron, 76.
Sisteron (Albertet de), IX.
Soleillet, 66, 109.
Sophocle, 87.
Sordello, XIV.
Souchier (Mllc Adèle), 113.

T
Tavan, 60.
Térence, 87.
Teston, 65.
Thiaire, 63.
Thomas (Ant.), IV, 7 à 10,
15, 16, 18, 31 à 33, 37, 60.
Tiberge (Na), 85.
Tournier (Albert), 60, 72, 75.
Tourtoulou (de), 60.
Tripoli (comtesse de), 22.
Trojel, VIII.
Turin, 56.

u
Ubaldini (Frédérico), 4.
Ugolino, 25, 26.
Urbain VIII.
Urgel (comtesse d'), 10, 12,
51.
Urgon (Bertrane dame d'),
19.
Uzès, 73.

�INDEX ALPHABÉTIQUE

144

V
Valence, go.
Valence (d'Espagne), IX.
Valentinois (Comtes de) 3, 7,
8, 11, 14, 18.
Valmore, XVIII.
Vaschalde (Henry), 15, 16, 40,
44, 45Vauvenargues, I.
Vatel (Batel), 78.
Ventadour (Bernard de), VIII,
xi, xvi, 44.
Ventadour (Marie de), 4.
Verfeuil (Marie de), 10, ir,
SiVéronique (Comtesse), 7, 14.

Vesme (Baudi di), 27, 30.
Vignon (Henri), 65.
Villa (Arnaut), 18.
Villanova (Dame de), 4.
Villemain, 22, 39, 53, 59, 60.
Villeneuve (Romée de), 11,
XI.

Villon, XVI, 69.
Vincent (abbé), 14.
Voltaire, XV, 69.
Vogelweide (Walter von der),
XVI.

z
Zorzi (Bartholomée),

XIV.

�TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

—

CHAPITRE PREMIER : BIOGRAPHIE.
MOUR.

—

LES COURS D'A-

—

VÉRITABLE NOM DE LA COMTESSE.

CELUI

DE SON MARI. — SES RELATIONS AVEC RAIMBAUT D'ORANGE.

—■

OPINION DE DIVERS COMMENTATEURS.

L'EXISTENCE D'UNE SECONDE COMTESSE.

—

—

DE

ROMAN D'A-

LIX ET DE GUILHEM ADHÉMAR.

—

DAME DE SÉVIGNÉ,

DE NOTRE HÉROÏNE. —

AU SUJET

UNE LETTRE DE MA-

EXTRAITS DE FRANCESCO DA BARBERINO
CHAPITRE DEUXIÈME : ŒUVRES DE LA COMTESSE DE
DIE.

—

QUEL EN EST LE VÉRITABLE AUTEUR.

—

TRANS-

CRIPTION ET TRADUCTION DES POÉSIES ATTRIBUÉES A
NOTRE HÉROÏNE.
PRÉCIATION

—

SON CHEF-D'ŒUVRE, SUIVI DE L'AP-

DE RAYNOUARD.

—

DIGRESSION

SUR

LA

LANGUE ROMANE ET LE FÉLIBRIGE
CHAPITRE TROISIÈME : LES FÊTES EN L'HONNEUR DE
LA COMTESSE.

—

PRÉPARATIFS.

RETRAITE AUX FLAMBEAUX.
A SAILLANS.

—

—

—

PROGRAMME.

—

LA

PASSAGE DES FÉLIBRES

DISCOURS DE MM. COURT ET CHASTET.

— ACCUEIL ENTHOUSIASTE. — L'EN— LES ARCS DE TRIOMPHE ET LA PORTE
SAINT-MARCEL. — LE VIN D'HONNEUR ET LE BANQUET.

— ARRIVÉE A DIE.
TRÉE EN VILLE.

— LA FÊTE LITTÉRAIRE : MM. H. FOUQUIER, MAURICE
FAURE, CHEVANDIER, CLOVIS HUGUES.
TOISE DE M. CHALAMEL.
LUT DE M. PESTRE.
DIOISE.

—

—

—

—

POÉSIE PA-

RETOUR A LA GARE.

LE DÉPART.

—

HOMMAGE A LA COMTESSE

—

SA-

LA FARANDOLE

�146

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE QUATRIÈME : L'HOSPITALITÉ DIOISE CÉLÉBRÉE PAR LES
NAUX

DE

JOURNAUX

VALENCE,

:

REVUE

LYON

RÉPUBLICAIN,

FÉLIBRÉENNE,

JOUR-

MOIS

CIGA-

LIER, FIGARO, OBSERVATEUR FRANÇAIS, ARMANA PROUVENÇAU, MONDE ILLUSTRÉ.
COMTESSE :
ANDRÉ,

—

LES ADMIRATEURS DE LA

MM. MISTRAL, SEXTIUS MICHEL, MARIUS

MAURICE RAMBAULD, FÉLIX GRAS.

DE MUO ADÈLE SOUCHIER.

—

—

POÉSIE

SIRVENTE DE M. RIVIÈRE.

— BALLADE DE M. MAURICE CHAMPAVIER, MISE EN MUSIQUE

PAR M. EYMIEU.

COURS D'AMOUR,

—

LA

COMTESSE,

PAR LE CAPOULIÈ

TÉMOIGNAGE DE GRATITUDE
FÉLIBRES ET LES CLGALIERS

DU

REINE

FÉLIB^IGE.

DES
—

DE L'AUTEUR ENVERS LES
105

BALLADE (MUSIQUE)

129

ERRATA

137

INDEX

1.39

"S
1

�BRIVE
IMPRIMERIE MARCEL ROCHE

MDCCCXCIII

��</text>
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              <text>&lt;em&gt;La Comtesse de Die : sa vie, ses oeuvres compl&amp;egrave;tes, les f&amp;ecirc;tes donn&amp;eacute;es en son honneur, avec tous les documents&lt;/em&gt; / Sernin Santy ; introd. par Paul Mari&amp;eacute;ton</text>
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              <text>&lt;em&gt;La Comtesse de Die : sa vie, ses oeuvres compl&amp;egrave;tes, etc.&lt;/em&gt; [Texte imprim&amp;eacute;] / Sernin Santy ; introduction par Paul Mari&amp;eacute;ton</text>
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              <text>Béatrix (11..-11..), Comtesse de Die</text>
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              <text>&lt;p&gt;Sernin Santy (1850-1906), majoral du F&amp;eacute;librige en 1904, nous livre dans cet ouvrage une &amp;eacute;tude sur la vie et l'Oeuvre de la comtesse de Die,&amp;nbsp;femme troubadour du XIIe si&amp;egrave;cle.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;La plus ancienne source sur la vie de cette Trobairitz semble remonter au XIIIe si&amp;egrave;cle. Il est ainsi mentionn&amp;eacute; dans des manuscrits de cette &amp;eacute;poque ce qui suit : "&lt;em&gt;La Comtesse de Die &amp;eacute;pousa Guillaume de Poitiers ; elle &amp;eacute;tait belle et bonne, devint amoureuse du seigneur Raimbaut d'Orange, et fit &amp;agrave; son sujet maintes bonnes po&amp;eacute;sies&lt;/em&gt;". Manuscrit A (folio 167), Manuscrit B&amp;nbsp;(folio 104v), Manuscrit I&amp;nbsp;(folio 141r), Manuscrit K&amp;nbsp;(folio 126v) [=&amp;gt; d'apr&amp;egrave;s &amp;nbsp;&lt;em&gt;Biographies des troubadours : textes proven&amp;ccedil;aux des XIIIe et XIVe si&amp;egrave;cles&lt;/em&gt; / Jean Bouti&amp;egrave;re et A.-H. Schutz,&amp;nbsp;Paris :&amp;nbsp;A.-G. Nizet, 1973].&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;Sernin Santy a rassembl&amp;eacute;, dans cette &amp;eacute;tude sur la comtesse de Die,&amp;nbsp;le peu de textes qui nous soient parvenus d'elle et y &amp;eacute;voque les diff&amp;eacute;rentes sources pr&amp;eacute;sentant la vie de la trobairitz, entre l&amp;eacute;gende et r&amp;eacute;alit&amp;eacute;.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour en savoir plus sur les femmes troubadours :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;a href="http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/335"&gt;Consultez&lt;/a&gt; le fiche encyclop&amp;eacute;dique sur les trobairitz d'Occitanica&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</text>
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              <text>Santy, Sernin</text>
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              <text>CIRDÒC - Mediatèca occitana, CAC 5626</text>
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              <text>A. Picard (Paris)</text>
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              <text>Béatrix (11..-11..), Comtesse de Die</text>
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              <text>Mariéton, Paul (1862-1911), préf.</text>
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              <text>vignette : http://www.occitanica.eu/omeka/files/square_thumbnails/66f43861515cd2917c8675e4409c294b.jpg</text>
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