De son vivant, Gaston III de Foix-Béarn s'emploie à se forger une image de prince tout puissant. Pour ce faire, il utilise le mécénat et le faste de sa cour et se dote notamment du surnom Fébus faisant référence à l'astre solaire. Au Moyen- Âge il est l’un des princes qui savent le mieux utiliser et travailler cette image, ce qui lui permet d'affirmer son indépendance et d'asseoir son influence sur les grandes cours européennes.

Sa cour attire les personnages les plus influents et les plus brillants de son époque ; nombreux sont les musiciens à louer la personne de Gaston Fébus ainsi que sa puissance dans leurs compositions. Parmi toutes les personnes qui se croisent à sa cour, le plus connu et le plus emblématique reste Jean Froissart, qui fait partie des auteurs nous ayant livré le plus de détails sur la vie du comte de Foix-Béarn dans ses Chroniques.

Jean Froissart et la construction du mythe de Fébus

Né à Valenciennes vers 1337, Jean Froissart est un poète et romancier (outre de nombreux rondeaux, ballades et virelais, il est aussi l'auteur du dernier grand roman arthurien, Meliador) qui vit sous la protection des comtes de Hainaut. Il réside un temps à la cour de Londres, où il rejoint Philippa, fille du comte de Hainaut et épouse d’Edouard III d'Angleterre. À la mort de Philippa, il rentre en France et démarre la rédaction de ses Chroniques, aussi appelées Chroniques de France, d'Angleterre et des pays voisins.

Dans ces Chroniques, quatre livres rédigés entre 1370 et 1400, Froissart se contente tout d'abord de compiler les chroniques existantes, puis, en véritable reporter, parcourt les cours européennes et relate ce qu'il voit, ce qu'il entend, allant jusqu'à interroger les princes, seigneurs et chevaliers dont il fait la rencontre. Plus de cent manuscrits des Chroniques sont arrivés jusqu'à nous, ce qui témoigne du grand succès qu'a rencontré cet ouvrage. Froissart décide en 1388, alors période de paix dans les provinces du Nord où il réside, de partir pour le Béarn afin d'aller s'informer à la source des affaires politiques qui secouent les provinces du Sud. Tout le livre III des Chroniques est ainsi dédié à son Voyage en Béarn au cours duquel il rencontre le comte de Foix-Béarn auprès de qui il réside.

Jean Froissart dresse un portrait élogieux et idéalisé de Gaston Fébus bien qu’entaché de quelques zones d'ombre. Il nous décrit un prince érudit tout-puissant, l'occasion pour le chroniqueur de le placer dans la galerie de portraits des puissants d'Europe qu'il dresse tout au long de son ouvrage. Gaston Fébus y incarne l'idéal chevaleresque, érigé en prince modèle comparativement aux autres princes de son temps.

Le Mythe Fébus au XIXe siècle

Aiçò es la legenda modèrna de Gaston Fèbus

Au XIXe siècle, avec le développement des écoles félibréennes et de la défense de la langue occitane, le mythe créé autour de Gaston Fébus est remis au goût du jour, très certainement par le biais de l’imaginaire romantique qui se développe à cette période. Une part des intellectuels et érudits commencent à construire une légende autour des grandes figures occitanes. On attribue ainsi à la « civilisation occitane » la création des cours d’amour et les débuts d’une certaine forme de démocratie contemporaine. Gaston Fébus n’échappe pas à ces attributions et est alors vu comme le prince le plus éclairé et lettré de son temps, dernier vestige de cette civilisation sur le point de disparaître près d’un siècle après la Croisade contre les Albigeois.

Il est également populairement connu comme auteur du chant Aquelas Montanhas ou Se Canta, aujourd’hui considéré comme l’hymne occitan, bien qu’aucune source n’en ait jamais donné la confirmation. C’est plus probablement pour des raisons d'attachement culturel et linguistique à une terre occitanophone que Gaston Fébus fut choisi comme ancêtre prestigieux et fédérateur.

C’est d’ailleurs cet héritage, aussi bien politique que culturel que revendique l’école félibréenne béarnaise qui dès sa fondation en 1896 adopte le nom d’Escole Gastou Febus, se plaçant sous le haut patronage du comte de Foix-Béarn.

Miquèu Camelat et le mythe Fébus

Miquèu Camelat (1871-1962), auteur de poésies et de pièces de théâtre en gascon, publie la première édition de sa pièce Gaston Fébus en 1914, il décide plus tard de la réécrire complètement et une seconde édition parait en 1936. La pièce met en scène Fébus le jour de sa mort, au centre d’un complot pour récupérer le pouvoir. Camelat présente un Fébus en train de perdre la tête, répudiant sa maîtresse pour épouser la “Dauna d’Aqueras Montanhas” et fonder une nouvelle lignée. Il décide finalement de rappeler sa maîtresse pour l’élever au rang de comtesse. Craignant pour leur place et leur influence, Ivan fils bâtard du comte et Coarasa, soutien du neveu de Fébus souhaitent s’emparer du pouvoir et veulent faire disparaître le comte en l’empoisonnant.

L’œuvre de Camelat est construite autour des circonstances de la mort de Fébus et des nombreux enjeux qui l’entourent. Ces enjeux sont à la fois politiques (la possible construction d’un État), personnels (le destin des personnages qui l’entourent) et culturels (la possible fin d’un art de vivre et de gouverner). Camelat travaille sur le mythe de Fébus, tout en s’appuyant sur la réalité historique : il reprend les traits saillants de la carrière et de la personnalité du comte tels qu’ils sont généralement connus des historiens et les combine avec les mythes élaborés autour de la figure de Fébus. En explorant le personnage de Fébus, Camelat a fait plus que mettre en scène un héros de l’histoire de la Gascogne, il a investi un symbole, l’inscrivant dans des enjeux plus contemporains.

Crédits

Fach en l’an dos mil quinze en la Bibliotèca occitana

Aurélien Bertrand, Archives et manuscrits.

Marion Ficat, responsable du pôle Sauvegarde et valorisation du Patrimoine.

Gilles Bancarel, département Fonds anciens.

Noëmie Eyraud, pôle Sauvegarde et valorisation du Patrimoine.

Benjamin Assié, conservateur.

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