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Maître Estève, personnage de l'Arlésienne d'Alphonse Daudet

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Le saviez-vous ?

En 1869 paraissent Les Lettres de mon Moulin, recueil de nouvelles ayant pour décor la Provence, terre natale d'Alphonse Daudet. Cinquième des nouvelles parues dans l'ouvrage, l'Arlésienne (L'Arlatenca dans la version occitane) met en scène l'histoire tragique de maître Estève et de sa famille. 

 I/ L'Arlésienne 

Présentation de la nouvelle

Le personnage de Maître Estève apparaît dès les premières lignes de la nouvelle. Le narrateur le découvre prostré dans sa cour, assis en haillons auprès d'une table de pierre. S'étonnant du silence régnant dans la maison et alerté par l'apparition d'une femme et d'un enfant en deuil, il est alors renseigné par le voiturier de la maison. Celui-ci l'informe du suicide du fils aîné de la famille, Jan. Les deux hommes faisant route ensemble, le domestique lui dévoile peu à peu les épisodes du drame. Jan Estève, amoureux fou d'une arlésienne avait obtenu de ses parents la main de la jeune fille. Mais la venue d'un homme se présentant comme l'amant de celle-ci lors de la soirée de fiançailles vient mettre fin à la fête. Jan, renonce au mariage, mais se révèle incapable d'oublier l'Arlésienne en dépit de l'attention de sa mère. La nouvelle se termine par le suicide du jeune homme. 

La génèse de l'histoire

Drame réaliste reprenant des thématiques chères à Alphonse Daudet, la Provence d'abord, sa terre natale, le suicide ensuite, L'Arlésienne dévoile de nombreux indices sur la vie de son auteur et surtout, sur celle d'un de ses proches amis, le félibre Frédéric Mistral.

Bien que fiction, L'Arlésienne semble retracer dans le détail le suicide du neveu de l'auteur de Mireille, survenue au cours de l'été 1862. Alphonse Daudet apprend cette histoire près de six mois plus tard, lorsque, de passage à Maillane, Frédéric Mistral le conduit en visite au mas du Juge. La demeure est alors la résidence de son frère aîné, Louis. Sur place, il découvre une famille en deuil, et tout comme son narrateur apprend le drame des Estève de la bouche du voiturier, Daudet va l'entendre des lèvres de Mistral. (cf. Vincent Clap, L'Arlésienne, histoire d'un drame. p.15).

Les différentes lettres écrites de la main de l'Homère provençal dans la période suivant la mort de son neveu, dévoilent une histoire quasi similaire à celle rapportée quelques années plus tard par Daudet dans les Lettres de mon Moulin. Lisant pour la première fois ce texte lors de sa parution en 1869 dans le livre d'Hetzel, Mistral aura d'ailleurs ces mots: "Tu devais avoir pris des notes, car tout est raconté comme si tu l'avais vu" (cf. Vincent Clap, ibid. p.15).

Les épisodes racontés sont effectivement très proches. La place de maître Estève, double fictif de Louis Mistral, est cependant davantage développée chez Daudet. Sa première apparition, figure prostrée au centre de la cour du mas, premier indice du drame, le distingue d'emblée. La suite du récit, et tout particulièrement la rencontre avec l'amant de l'arlésienne, nous présente un homme digne. Peintre des caractères, auteur influencé par le mouvement réaliste, Daudet semble s'être particulièrement attaché à l'étude de ce personnage, figure emblématique du ménager de Procence, honnête et droit, en opposition aux moeurs dissolues de l'arlésienne. 

 

II/ Daudet, la Provence et le pays d'oc

La rencontre avec les félibres

Alphonse Daudet monte à Paris à dix-sept ans, et devient dans un premier temps répétiteur. En 1860, un an après la publication de son recueil de poésie, Les Amoureuses, il rencontre Frédéric Mistral. Il se mêle alors aux jeunes félibres, Roumanille, Roumieux, Aubanel... et (re)découvre avec eux la Provence, sa terre natale quittée très jeune pour Lyon.

Ces voyages à Maillane, en Barthelasse, aux Baux et à Châteauneuf, vont inspirer Daudet (cf. Frédéric Mistral. Mémoires et Récits. p.237). Se servant de ses souvenirs d'enfance, de ces balades et des observations faîtes lors de son séjour au château de Fontvieille, Daudet consacre ses premiers écrits ( Les Lettres de mon Moulin, Tartarin de Tarascon ), qui seront également ses premiers succès, à décrire la Provence et ses habitants.

Alphonse Daudet et la langue d'oc

Alphonse Daudet parfait au contact des félibres, sa connaissance de la langue et de la littérature provençale: poèmes et chansons de Mistral, mais aussi de Roumanille, Roumieux, et d'Aubanel. Le manuscrit de Lou Pan dóu Pecat (Théodore Aubanel, 1878), qui passa un temps entre les mains de Daudet, semble d'ailleurs l'avoir directement influencé lors de la rédaction de L'Arlésienne (cf. Vincent Clap, ibid. p.14). De même, Daudet va s'inspirer de la version de Lo Curat de Cucugnan de Roumanille pour rédiger, en français, sa propre version d'un conte par ailleurs issu de la tradition orale des pays d'oc.

Bien que n'ayant publié aucun de ses ouvrages en occitan, Alphonse Daudet maintiendra toute sa vie un lien certain avec l'occitan. Il soutint notamment Batisto Bonnet, dont il publia et traduisit en français le premier ouvrage (témoignant ainsi de sa maîtrise de la langue), Un vido d'enfant. Il existe aujourd'hui de nombreuses traductions occitanes de ses oeuvres, au premier rang desquelles, celles touchant à la Provence.

En savoir plus:

Les oeuvres d'Alphonse Daudet (liste non exhaustive):

BIZET, Georges; DAUDET, Alphonse, L'Arlésienne, Arles, 1872. 

DAUDET, Alphonse, Les Lettres de mon Moulin, 1869. DAUDET, Alphonse, Tartarin de Tarascon, 1872. 

Biographies et études: 

BALE, Katarine, La Provence à travers l'oeuvre d'Alphonse Daudet, Aix-en-Provence, 1927. 

BANNOUR, Wanda, Alphonse Daudet : bohème et bourgeois, Paris, 1990. 

CLAP, Vincent, L'Arlésienne, histoire d'un drame, Montfaucon, 1986.

Citer ce document

Lo CIRDÒC- Médiathèque occitane, Béziers, Je cherche le personnage d'Estève dans les Lettres de mon Moulin., Occitanica - Mediatèca Enciclopedica Occitana / Médiathèque encyclopédique occitane

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gunness

j'ai besoin d'une reponse pour ses questions... s'il vous plait aider moi!1.pour quelles raisons Jan ne peut-il epouser son Arlesienne?2.A un moment, meme apres avoir su la veriter sur l'Arlesienne, la mere de Jan est disposee a celebrer le marriage. pourquoi?

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