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                  <text>19a Annada

N° 164

Junh 1938

Gai
Saber

Lo

Revista de VESCOLA OCCITANA

—M—r

Dis Aup i Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
14,

Carrlèra delà

-

Arts,

14

&lt;*»

Lo Numéro: 2 fr.

�SABER

LO QAI

Revlsta de l'ESCOLA

-

OCCITANA

Carrièra dels Afts » TOLOZA
( Pransa : un an .
. 15 fr.
,, .
Abonaments :
( Estrange : un an . . 25 fr.

BURBUS :

14,

_

,

.

ENSENHADOR
del N° 164

La

(Junh 1938)

La'XIXe
Fête de YEscòla Occitana,
mai

DIRECTION:

2

André

Raimon

LIZOP:

leanLÀDOIJX:

Langue d'Oc.

EST1EE:

Prosprr

1938.

Brinde.
Bl inde.
Archéologique de
Laziers
Société
et la

DELACOCR :

Bé-

Los VII Borgezes de Toloza.

Adriana SIRGUE:
L. DENIS-VALV£RANE:

La Cheminièra que fuma.
L'ôbra
occitana de Jan-Paul
rens.

Lau-

CRI-CRI:

Bolegadisa
Occitana.
La

(Joan

Lenga d'Oc à l'Escôla
Séguy.

Supplément: Rapport sur le Concours_.de Langue d'Oc
le Concours de la Violette d'Or (de Roquemaurel), par
M. J.-Rozès de Brousse. — Poèmes couronnés de M.M. Adrien
Dupin, Léon Cordes, Gumersind Gomila, Frédéric Cayrou,
Paul Bergue, Mme Simone Gay, M. Edmond Brazès, Mme Jeanne
Séguret-Fraysse (Calelhon), M. Jean Narach, Mme Louisa Pau¬
lin, M. Paul Eyssavel. —

et sur

BURÈU DE L'ESCOLA OCCITANA
capiscòl ; Antonin Perbosc, J.-Rozès dk
Jaques-Emili Abelous, jos-capiscòls; Armand Praviel,
clavaire; JozèpSalvat, secretari; Joan Séguy, secretari-adjunt.
Filadèlfa de Gerda, Francés Trésserre, Lois Théron
de Montaugé, Juli Cubaynes, Joan Ladòux, amiral d'Adhémar
Prosper Estieu,

Brousse,

de

Cransac.

conseillers.

jôs-capiscôl dels ôrilhs del Laurdgués ; Jordi
capiscôl de YEscòla 'Rỳchegude ; Fernand Albert,
capiscòl de la Campana d'Agot; Joan Girou, capiscôl de l'Es¬
côla Audenca; Teofile Ferrie, capiscôl de YEscòla d'Autpol;
Elia Lagarde, capiscôl de YEscàla Dom Vaissete, Calelhon,
Paul Sibra,

Bousquet,

capiscôl del-Çalelh

del Roèrgue, conselhèrs.

�úÊIÌS
v»
Lo Gai

Saber, N° 164.

JUNH

1938.

La XIXe Fête de l'EscôIa Occitana
2 mai 1938

Après la

messe

traditionnelle célébrée à Notre-

Dame la Daurade, le Bureau dé VEscòla se réunit,
sous la
présidence de M. Jacques Abelous, mainteneur
des Jeux Floraux, sous-capiscol de YEscòla.

Après plusieurs échanges de vue, on décida de pro¬
poser à l'Assemblée Générale que le montant de la
cotisation annuelle, — laquelle se confond avec
l'abonnement au Gai Saber
soit porté à 20 francs
à partir du 1" janvier 1939. D'autre part, la nouvelle
Ecole félibréenne de Rodez, Lo Calelh del Roèrgue, demandant son affiliation à VEscòla Occitana,
cette demande était accueillie avec
grande sympathie.
L'après-midi, à deux heures, une belle assistance se
pressait dans la grande salle de l'Hôtel d'Assézat
pour y applaudir le rapport de M. Puntous, mainteneur
celui-ci étant empêché, c'est M. de Bellomayre, mainteneur, qui lut son rapport —, sur le
grand prix de prose Fabien-Artigue, attribué à notre
escolan et ami Jean Lebrau, pour son livre «Ima¬
ges des Jours».
—

—

Notre sous-capiscol le majorai J.-Rozès de Brousse,
mainteneur, présenta ensuite le rapport sur le con¬
cours de
langue d'Oc, où il évoqua l'ensemble de
l'effort accompli par l'Académie sur le terrain des

lettres occitanes.

—

Nous donnons

comme

tous les

supplément, ce remarquable rapport ainsi
que les pièces en langue d'Oc couronnées. — Le rap¬
porteur rappela, notamment, que, cette année, les
Jeux Floraux s'étaient adjoints M.M. Alfred Jeanroy
et Henri Martin qui, chacun dans leur
sphère, 6rit
ans,

en

/ỳ /

rfa0*

! U t.

cS
■

.

�LO

GAI

SABER

si brillamment œuvré pour l'Occitanie, et qu'ils ont
décidé d'attribuer alternativement la Violette d'Or,

prix afférents à ce concours — fondation com¬
Roquemaurel — à la poésie française
et à la poésie occitane.
Madame Simone Gay, M.M. Frédéric Cayrou, Ed¬
mond Brazès, Léon Cordes, Gumersind Gomila, lau¬
réats, lurent, aux applaudissements de l'auditoire,
leurs poèmes couronnés; M. l'abbé Salvat fit applau¬
dir les poèmes de Calelhon et de Madame Paulin;.
En fin de séance, M. Armand Praviel donna lecture
du beau sonnet de notre capiscol, que nous publions
ou

les

mandant de

dans

ce

même numéro.

soir, eut lieu, dans la grande Salle de l'Hôtel
Rodez, le banquet annuel de YEscòlà
Occitana, qui groupait ses membres et les lauréats
de l'année autour de son sous-capiscol, M. le doyen
Abelous, en l'absence, regrettée, de notre capiscol
Prosper Estieu, et des majoraux Antonin Perbosc et
Le

du Clocher de

J.-Rozès de Brousse, empêchés.

fort bien servi, M. le doyen Abe¬
personnalités pré¬
sentes. M. le professeur Falcucci, adjoint au maire
de Toulouse, qui présidait la tablée, prononça un
discours éloquent et chaleureux, où il assurait les
Mainteneurs et les Félibres de la sympathie efficace
de la Municipalité pour les œuvres intellectuelles
travaillant à maintenir l'héritage de la tradition.
Après

lous eut

en

un menu

un

mot

aimable pour les

Madame Marcelle Tinayre, l'illustre romancière,
une éblouissante causerie à bâtons rompus, com¬

les souvenirs de son récent voyage en Amérique
les impressions que lui donne, à elle, Limousine
de naissance, la vie profonde de nos provinces fran¬
çaises, et elle leva son verre à la Latinité qui sauve
para
avec

la civilisation.

M. l'amiral
l'Académie des

d'Adhémar, secrétaire perpétuel de
Jeux Floraux, qui, pour la première.

�LO

GAI

SABER

I

-

7

fois, avait bien voulu s'asseoir au banquet de l'íi''còla Occitana, porta un brinde éloquent à la poé¬
sie et à l'âme populaires.
M. André Delacour, lauréat du grand prix de poé¬
sie Fabien-Artigue, en sa qualité de vice-président
de la Société des Gens de Lettres, apporta aux félibres le salut de cette grande Société.
:
La Société des Gens de Lettres de France, qui suit avec l'ami¬
tié la plus vigilante les manifestations de l'activité littéraire
dans toutes les provinces françaises, applaudit au magnifique
réveil de la langue occitane et de la poésie des troubadours qui
est l'cettvre de votre groupement.

A vous,

Messieurs, qui en êtes les représentants insignes, no¬
grande Société me charge de porter son salut, ainsi que
Vassurance de la sympathie et de l'estime qu'elle a pour vos
tre

travaux.

représente^ à ses yeux une des contrées les plus riches
spirituel, vous conserve\ une fart précieuse de
son trésor séculaire. Vous ave\apporté la plus belle contribu¬
tion à l'histoire de notre littérature, vous ave\marqué son vi¬
sage de qi&lt;elques-uns de ses traits essentiels ; vous contribtie\
grandement à composer sa personnalité.
Dans une époque et dans un monde où le, progrès industriel
et V évolution sociale qu'il détermine tendent de plus
en plus à
créer un type uniforme d'hrimanité, à produire des hommes
standards, à leur donner des pensées en série et des sentiments
passe-partout, vous maintenez la personnalité de l'individu par
la conservation de votre langue et votre cvilte de la poésie. Car
vous save\ bien que le progrès n'est pas plus la civilisation que
le confort ne fait le bonheur. Et pour maintenir cette civilisa¬
tion latine qui vous est propre,pour préserver ce bonheur véri¬
table qui nalît de la culture morale, vous ave\pour tâche de
conserver votre âme dans ce qu'elle a d'unique et d'essentiel.
Or, c'est par la langue qui en exprime le génie et qui, seule,
par conséquent, lui permet de prendre pleinement conscience
d'elle-même ; c'est par la poésie et les chansons inspirées à vo¬
tre peuple dans cette langtie
au cours des siècles-que vous penseç à juste titre garder à l'abri de toute altération cette âme
et sa personnalité.
Vous save\ que s'il garde son langage et sa poésie populaire,
un
peuple, même vaincu, dispersé et momentanément rayé de
l'histoire, reste intact cependant et se prépare à toutes les re¬
vanches, comme d toutes les résurrections.
Vous

de

son

royaume

�128

LO

GAI

SABER

ciiU

aussi que la poésie est lé grand- instrument de
humaine ; car le Beau quelle exalte, comme Victor Hugo

Vous save\
ture

l'a dit dans Le
Le Beau,

Temple d'Ephèse,
c'est, ô mortels! le vrai plus ressemblant ;

la Beauté n'est pas seulement la Vérité qui parle à l'intel¬
ligence; c'est la Vérité qui s'incorpore à l'être tout entier et
qui se mêle intimement à sa vie.
Et il est non moins sûr, — la remarque est de M. Marcel
Prévost à propos de Raymond de la Tailhède, — qu'il n'y a pas
de grande époque tittéraire, quelle que soit la valeur de ses
œuvres en prose, là où il n'y a pas de grande poésie.
Mais on peut ajouter devant vous, Messieurs, qui vous êtes
justement décernés ce beau titre de Mainteneurs, qu'il n'y a
même pas de vraie civilisation là où il n'y a pas de poésie, par¬
ce qu'enfin Carlyle a eu raison de l'affirmer, &lt;cla poésie sauve
de la mort les visites que dans le cœur de l'homme fait par¬
fois la divinité.»
car

de VEscòla Occitana,
décisions prises par le
bureau; il exposa l'œuvre accomplie, au cours de cet¬
te année, par 1 ' Eschla Occitana et les groupements
affiliés, et présenta les excuses des absents: le maî¬
tre Prosper Estieu, capiscol ; le majorai J.-Rozès de
Brousse, sous-capiscol ; François Tresserre, Théron
de Montaugé, de Boyer Montégut, mainteneurs-; les
majoraux Emile Ripert et Bénézet Vidal; M.M. Jean
Lebrau, abbé Barcelo, Marcel Carrières, Mauran,
président de la Clémence-Isaure, et donna lecture de
l'envoi du majorai Raymond Lizop, capiscol de

M, l'abbé Salvat, secrétaire
lit connaître et approuver les

VEscolo deras Pireneos:
Venerat

Capiscol, senhes Majorais

e cars

Confraires.

M'escu\i d'èstre aluenhat aqueste an de vos-autispels debers
de ma profesion, e de non poder levar la Copa dins aquel jorn
bene^it à-n-aquela taulejada frairenala. Vòli, de luènh, comuniar ambe totis los feus aimans de la Patrìa nòstra, acampats
aqul, dins lo culte, totjorn renadiu, de la lenga e de la terra
d'Occitania, jost lo sinne dels VII Trobadors del Gai Saber.
Al nom de TEscôla deras Pirenèas, voit vos convidar de tôt còr
à venir totis dins la ciutat comtala de Pois, lo cinq de junk
que ven, al bel jorn de Santa-Estèla, beure lo vin de la Copa

�LO

GAI

SABER

129

mistralenca, de la Coỳa San/a, lo vin d'emhelinament, de fe e
Vira Occitanïa! Vira Fois! Viva Gascon ha !

d'estramtòrd.

Tbca-\-i
Des

se

gaulas!

applaudissements nourris saluèrent ces paro¬

les, puis force brindes se succédèrent,

faisant vibrer

divers. Voici Fré¬
de YEscolo Carsinolo; Mesdames Simone Gay, Rouanet, PrudentBarousse; Adolphe Lajoinie, président de la Ligne
Guyenne et Gascogne, Armand Praviel, Edmond
Brazès, Léon Cordes qui parla au nom des jeunes
à'Occitanïa, Pierre Fauré, Gomersind Gomila ;
Blanc, du «Midi Socialiste», qui parla en langue
d'oc au nom de la presse; le doyen Abelous, qui se
révéla excellent poète occitan.
Entre temps, M. Falcucci remit la rosette de l'Ins¬
truction Publique à M. Germa de Bault, critique lit¬
téraire et musical si dévoué au régionalisme, et l'on
l'assemblée aux sentiments les plus
déric Cayrou, le spirituel capiscol

fit de nombreuses ovations à M.M. Flenri et Louis
Fontvieille qui, grâce à une troupe de chanteurs

d'élite, avaient fleuri tout le banquet de refrains lan¬
guedociens de Godolin et Prosper Estieu.
Parmi les nombreux convives, citons encore les
poètes Touny-Lérys, de Montergon, Charbonnier,
Cantagrel, le bâtonnier Pigasse, mainteneur des Jeux
Floraux, le peintre occitan Paul Sibra, l'abbé Ga¬
briel Sarraute, lauréat du prix Rouzaud pour son
«Eloge de Castelnaudary», Madame Delacour, M"1"
Soual, Rouanet, etc...
Avant de chanter La Coupo, notre secrétaire le
majorai abbé Salvat, en quelques mots de la plus
délicate élévation, envoya son salut ému à tous les
Catalans, souhaitant que refleurisse bientôt la paix
dans cette Catalogne qui, jadis, envoya à Mistral la
Coupe Sainte du Félibrige.
LA DIRECTION.

�LO

GAI

SABER

La Société Archéologique
et la

A

la

de Béziers

Langue d'Oc

séance solennelle

de la Société Archéolo¬

gique de Béziers du 26 mai 1892, le Capoulier du
Félibrige, Félix Gras, s'adressant aux sociétaires,
s'exprima ainsi :
Saben, e lou diren à nosti felen, que VAcadèmi de

Be^ies fugue la proumiero à pourgî la
Felibrige, quand, à peno naissent, d'uni
loti negavoun, d'autri ne risien; que l'Acadèmi
de Be\ies la proumiero, e senso descontunia, a
réserva sa courouno
diouliviè per li lengo roumano ; qu'es vautres, Messies, qu'avès garda lou
sang pur de la raço, la flamo vivo dóu patrioutisme loucau e lou culte dVglòri naciounalo.
man

au

Jamais éloge

ne

fut plus mérité.

Vers 1735, la langue d'oc avait perdu son origi¬
nalité et son éclat. Diluée en une foule de dialectes,
envahie par la langue du Nord, elle présentait des

des mots, des expressions appartenant plus
français qu'au l'anguedocien. Les barbarismes ré¬

tours,
au

aux oreilles du
peuple sans choquer per¬
L'orthographe n'existait pour ainsi dire pas.
Chacun écrivait à sa fantaisie, se bornant à repro¬
duire les sons tels qu'il les entendait autour de lui,
ce
qui conduisait inévitablement à une confusion
inextricable. Ainsi corrompue, la langue d'oc ne
méritait que trop d'être flétrie sous le nom de patois.
C'est alors que la Société Archéologique de Bé¬
ziers, qui venait d'être fondée, reprit, à défaut de
Toulouse, la tradition des véritables Jeux Floraux,

sonnaient
sonne.

�LO

GAI

SABER

organisant, à l'instigation de Jacques et de
Azaïs, des concours annuels de poésie néo¬
romane, et, le jour de l'Ascension 183g, elle distri¬
bua, pour la première fois, des récompenses aux poè¬
tes fidèles à la langue d'oc.
Elle se propose de relever la langue du mépris où
elle est retombée, et de poursuivre l'épuration de ses
nombreux dialectes ainsi que l'uniformité de leur
orthographe, afin de lui conférer une dignité parti¬
culière et de l'élever à la hauteur des grands genres:
drames, tragédie, épopée. Pour obtenir de si heu¬
reux résultats, elle appelle les poètes à l'étude de la
langue illustre, qui fut le merveilleux organe de la
en

Gabriel

brillante civilisation du Midi de la France

au

moyen

âge; elle les engage à retremper leurs vers aux sour¬
ces vives de la poésie de nos vieux troubadours, de
ceux du XIIe siècle de préférence, à cause de la pu¬
reté et de l'élégance de leur style. Ces recomman¬
dations reviennent, comme un leit-motif, dans la
plupart des rapports sur les concours de la poésie
néo-romane, notamment dans ceux de Gabriel Azaïs,
Camp, Hérisson, Nouguier, Soucaille, Donnadieu, etc.
Lorsque le Félibrige paraît, la Société Archéo¬
logique lui accorde toute sa S3?mpaihie. Elle est la
première à saluer Mirèio, ce premier chef-d'œuvre
de Mistral, et lui voue une admiration que les années
ne
devaient pas refroidir. Elle reconnaît que les
poètes provençaux obéissent à des principes qu'elle
proclame elle-même depuis longtemps, car ils pren¬
nent pour modèles les Maîtres du Moyen âge. Mistral,
Roumanille, Aubanel doivent certes beaucoup à
leur génie, mais leur œuvres seraient-elles si par¬
faites, s'ils n'avaient fait une étude approfondie des
troubadours? Que les Languedociens suivent leur
exemple (Rapport Hérisson 1803). Elle accueille à

bras ouverts Mistral et Roumanille à la séance so¬
lennelle du 5 mai 1864 et applaudit chaleureusement
Y Ode aux Troubadours catalayis et la pièce inti-

�132

LO

GAI

SABTiR

Partage. Elle exalte les efforts et les
poètes groupés autour de la brillante
pléiade de Fontségugne et leur réserve ses plus hau¬
tes récompenses.
Elle loue la Renaissance proven¬
çale d'avoir montré que notre langue d'oc est propre
à traiter les grands genres sans en excepter le drame
et l'épopée, d'avoir popularisé les lettres méridiona¬
les par ses œuvres et aussi par ses réunions en plein
soleil ou felibrejadas qui rappellent les
Puys
d'amour du moyen âge, d'avoir enfin contribué plus
que personne à l'expansion de notre littérature hors
de notre patrie.
Ce qui préoccupe surtout à ce moment la Société,
c'est la pureté de la langue et l'uniformité de l'ortho¬
graphe dans les dialectes de ce côté-ci du Rhône.
Ses conseils deviennent plus précis. Epurer la lan¬
gue, c'est rejeter impitoyablement les mots et les
tours français qui l'ont envahie, c'est employer les
termes qui
remontent au moyen âge et modifier
à l'aide de leiirs radicaux ceux que l'ignorance et la
grossièreté ont défigurés, c'est emprunter les rythmes,
les inversions, les tournures de nos glorieux ancêtres.
Pour réaliser l'uniformité de l'orthographe, premi¬
ère condition d'une langue littéraire, Gabriel Azaïs
proclame qu'il faut suivre celle de nos anciens trou¬
tulée Lou
succès des

Si nos idiomes ne sont au fond que la
langue des poètes du moyen âge, il est logique de
badours.

les écrire de la même manière.
ver de
meilleurs modèles. Ces

grammairiens.
dans les écoles ;

On

ne

saurait trou¬

poètes avaient leurs

La plupart étudiaient leur langue
ils l'ont travaillée durant plusieurs

siècles. Les principales règles sont consignées dans
les Leys d'Amor rédigées en 1356 par sept poètes
toulousains et publiées par l'Académie des Jeux flo¬
en
1841. La théorie' scientifique de Gabriel
Azaïs, inscrite dans le programme du concours de

raux

poésie néo-romane, vulgarisée dans son excellent
Dictionnaire des Idiomes

France, fut admise

par

romans

du Midi de la

le consistoire des Jeux flo-

�LO GAI

SAIiER

V33

de Barcelone en 1876. Elle était capable de faire
disparaître le chaos orthographique où se débat no¬
tre littérature d'oc. Le vocabulaire
épuré et l'ortho¬
graphe rectifiée, on possédait une langue, qui, sans
cesser d'être la
langue parlée aujourd'hui, se rappro¬
raux

chait de celle du XJP siècle
niformité.

et

avait le mérite de l'u¬

Malheureusement les conseils, bien que renouve¬
lés sans cesse, ne furent pas entièrement suivis, et
les examinateurs, préposés aux concours, durent se
relâcher de leur

rigueur. «Trop de complaisance, dé¬

clare M. Soucaille en 1867, engendrerait la présomp¬
tion. Mais trop de sévérité découragerait les fervents
de la langue. Le but est d'aider les talents à se pro¬
duire». Et plus tard Frédéric Donnadieu constate,

quelque ironie,

les concurrents évincés
qui ont tout à apprendre,
langue, orthographe, prosodie.
non

sans

sont

que

ceux-là seulement

Enfin en 1876 la Société reçut de l'abbé Roux, de
Tulle (Corrèze), des poèmes de tout point conformes
programme qu'elle avait tracé. Cependant Gabriel
Azaïs lui fit une critique aussi singulière qu'inatten¬
due. «L'abbé avait remplacé 0 atone final par a
au

étymologique. Or, dans le dialecte bas-limousin, l'a,
quand il n'est pas tonique, s'affaiblit en o. C'est donc
l'a voyelle o que l'abbé Roux aurait dû employer».
Gabriel Azaïs oubliait que la finale atone a se ren¬
contre sporadiquement dans tout le Limousin. L'abbé
Roux n'obtint qu'une mention honorable. Mais il re¬
vint à la charge l'année suivante, et Frédéric Don¬
nadieu le félicita sans réserve pour ses bonnes tra¬
ditions littéraires et orthographiques :
« L'abbé
Roux, disait-il, est l'auteur qui écrit le mieux sa lan¬

pureté, vigueur, grâce, élégance, sans que'
langue ait rien de factice». Outre a final atone,
propre aux dialectes les plus fidèles à leur origine,
gue, avec
cette

l'abbé

Roux introduit dans

nombre de modifications

ses

œuvres

un

certain

orthographiques autorisées

�134

GO GAI SABER

la manière d'écrire des troubadours. Par exem¬
ple il emploie les lettres étymologiques qui caracté¬
risent les trois personnes plurielles des verbes : m,
t%, n \ sabèm, sabètsabon; r final de l'infinitif qui
a l'avantage de représenter un accent indispensable
pour marquer la tonique: cantar; il supprime ç in¬
par

des troubadours et dont on peut se passer etc..
L'abbé Roux fut le rénovateur de la littérature li¬
mousine et son influence s'étendit non seulement dans

connu

province, mais encore dans le Languedoc. A son
exemple, Perbosc, Estieu, l'Ecole occitane trouvent
dans la langue du moyen âge les éléments d'une ré¬
forme orthographique devenue nécessaire. Les leçons
de la Société Archéologique n'avaient pas été per¬
sa

dues.

La Société continue

son

apostolat. Elle distribue

ou le blâme, plus souvent l'éloge. Elle est
heureuse de voir que son enseignement est mieux

l'éloge

compris et plus répandu. Elle félicite Auguste Fourès d'être entré dans la voie qu'elle indique depuis
longtemps; aussi la langue de celui-ci est-elle pure,
correcte, élégante. Elle rappelle le but suprême qu'elle
poursuit : ramener l'ordre et l'uniformité parmi les
écrivains néo-romans. «Que chaque poète s'applique à
écrire selon les bonnes règles, et nous ferons un
grand pas vers l'unification de nos trop nombreux
dialectes, unification désirable et souhaitée, que des
esprits ardents entrevoient complète dans l'avenir».
(Rapport du Docteur Vabre, majorai — 1910).
En 1912, en parfait accord avec le Docteur Vinas,
majorai, président de la Société Archéologique,
Pierre Bédard, secrétaire de la Cigalo lengadouciano, après une sérieuse enquête, proposait, dans un
rapport très étudié, lu à l'assemblée de la mainte¬
nance de
Languedoc le 24 novembre, les réformes
orthographiques, qui se bornent à supprimer les al¬
térations des patois de nos faubourgs, et qui sont
d'autant plus acceptables par les écrivains de ce cô-

�lo

GAI

saber

135

té-ci du

Rhône, qu'elles sont dictées par le bon usa¬
perturbation d'aucune sorte ; et le Docteur
Vinas, joignant l'exemple au précepte, les appliquait
dans ses remarquables rapports sur les concours de
poésie néo-romane. C'était un commencement prati¬
que d'unification.
ge sans

La Société Archéologique de Bézierspeut être hère
de son œuvre. Elle a contribué puissamment à la re¬
naissance et à l'illustration de notre
mater¬

langue
nelle, vrai et solide lien qui nous unit à nos aïeux
et au sol de la patrie. Pauvre
langue! elle perdait sa
force

et sa

noblesse.

Grâce

aux

exhortations

et aux

exemples prodigués, elle s'est épurée et quelque peu
unifiée. Redevenue vive, énergique, élégante;
élevée
à la dignité de langue littéraire, elle est de plus
en
plus un merveilleux instrument pour l'expression de
la pensée sous n'importe quelle forme.— S'associant
en

même temps au mouvement

de restauration litté¬

raire

parti des bords du Rhône, la Société Archéo¬
logique a pris une grande part à l'épanouissement
des lettres méridionales. Que de noms marquants
lisons-nous sur le palmarès de ses concours! merveil¬
leuse éclosion de poètes, dont les œuvres constituent
une
brillante littérature appelée à devenir encore
plus florissante et à tenir une plus grande place dans

l'histoire des connaissances humaines.

Jean LADOUX.

�L'Ort dels Trobair.es

Los VII
eùe

Borgezes de Toloza

fondèron lo colètge del GAI saber, en 1324

Dempèi res que quatre-vints ans, à Mont-Seguf,
Lo fòc abià cremat los darrièrs aparair.es,
Qua nd, un bèljorn de Mai, als tolo\ans terraires,
T&lt;a claror

trïomfèt del ori^on escur.

Aprèp lo cèl de bruma, aicï lo cèl d'azur!
Prèp la Garona, set borgezes fòrsa aimaires
De lor pais an volgut èse sos salvaires,
E jlors d'aur e d'argent an grelhat sul Malur.
Dins fort del Gai

Saber, aquela floridura,

Qu'a durât duscas ara, es una encantadura
Fanent rajar als còrs Vestrambòrd majorai.
qu'an pas fait òbravana!
qu'an comensat sò qu'a finit Mistral,
desfi^a lo Temps nbstra lenga occitana!

Laus als Mantenedors
Son els
E

Prosper ESTIEU.
Oras luscralas

(Libre V).

�i.o

gai

saber

137

La Cheminièra que
l

Personatges :

la

Monsur Delmas,

] Jozèp,

(

son

fuma

proprietari.

locatari.

La Femna, (clins la colisa).

femna,

dins la colisa.

Encara, aquela pipa! Encara, aquel jornal!... As
vergonha de despensar nòstre argent en papièr
e en fum? E de pèrdre ton temps?... As pas vergo¬
nha de me laisar far tôt lo trabalh dins l'ostal ?

pas

—

Afana-te de
•que me

manjar la sopa,
cal lavar la vaisèla!

e

abenra-me los porcs

l'ome, dins la colisa tant-ben.
Ara i sèm!... Acò
laisat legir un bricon
la mèma cauza !

m'auria estonat que m'ajèses
de jornal!... Me. rènas totjorn

femna, dins

la

la colisa.

Om deuria pas aber bezonh de te comandar;
rias aber pron d'èime per far, solet, sò que se
far !...

deudeu

l'ome, dins la colisa.
E, mila doples! tant val estre porc coma porcatièr !... Ai trabalhat tôt
pron

las

d'uèi,

e me

per me pauzar un pauc e
la

femna,

sembla que

som

legir las novèlas !..

dins la colisa.

Las te farai ben legir tas novèlas, fenhant! Tè !.
finta-lo cremâr, ton jornal!... Om aupLS un bruch
d'asièta que s'cngruna- e Jo^èp arriba còp-s'eô sus
-la cèna, u n a dsiètci à la m an esquèrra, un culhèr

�lo

138

gai

saber

à la man drecha. Es seguit per una asièta jitadade la cotisa que se ven engrunar suis seus talons.

jozèp, sarrestant.
Qun malastre! quna femna! Tant val dire una vipèra verenoza, una fada, una tigresa, una diablesa!
La parèlha es à naise... Totis los diables e diablatons del Infèrn descabestrats farian pas mai de bruch
qu'ela!... Sens comptar que me jitaria sus l'esquina
tôt sò qu'auria.jos la man!... Quand acò la pren, la
mizèra la quita, li cal laisar la plasa. I a pas à razonar, i a pas à calcular, i a pas à tortilhar ! !... Totas
las asietas i pasarian!... S'es pas triste d'aber à far
à-n-una destimborlada pariuna! A! così pòd i aber
un òme, un sol,
per voler se maridar!... Quna calamitat ! Aber enveja de se maridar!... E dire que i
a tant de joves que lor triga de se metre la còrda al
cól
Davala de còp entre autre un culherat de
sopa. Tenètz, aqui i abètz lo Jaquet, qu'a encara
de pel-latin à la barba, e qu'a d'èlhs que per sa Lizòta. Aqui abètz aquel blanc-bèc de Francezon, quese
li cachàbet'z lo nas ne rajaria de lach, qu'a pas
ora ni moment per prene sa Janeta. Los parents del
Pierril lo volguèron empachar de se maridar abant
lo servici, mas volguèt far son sicap! Ara, comensa
recantar sa bestiza! Mas adius !... trop tard!...
Una pau^a. Jo^ep brandis lo cap, soscaire, en
manjant sa sopa. Que cal èstre inocents!... Om pôd
pas s'òc figurar ! ... Paures piôts! Deu èstre una ma-

de

lautia incurabla,

de segur!...

se pensa totjorn que la femna
qu'òm prendrà sera pas coma las autras. Om crei tot¬
jorn que l'òm va prene «un bijou», una miniatura !
Es quand lo còp es fach qu'òm se ne tracha. Mas alara es trop tard, mon amie ! Sias atrapat al ratièr. E

O! sabi

ben... òm

i cal demorar!....
La meuna vos abia un aire d'ange bufarèl....
nis elhons tant calinaires, quna boqueta tant

Qusori-

�LO

GAI

SABER

139

! Qunas maisòtas tant panadoras! Quna votz
dosa, dosa. Qu'èra manhagueta la miu Janeta!

.zenta
tant

Era

un

plazer! Quand li diziai :« Janeta, vos qu'an-

guem nos pasejar long del riu? Vos que faguem acò,
vòs que faguem aisó?/&gt; me respondia totjorn :«Coma
voldràs... Vôli plan, mon Jozepon!
Quna bona
idèa as!... Tôt sò que fas es plan fach, Jozeponèl! »

Oc, alara, tôt sò que diziai, tôt sò que faziai li agradaba. E, quand m'apelaba lo siu Jozepon, Jozeponèl,
lo meu còr ne cremaba de bonur, à ne fondre!...
L'aze te fota ! acò li ajèt lèu pasat! Ara, repotèga

totjorn! M'es totjorn darrièr:«Jozèp! fai-me acô,...Jozèp, fai-me aisò!...» L'ábètz aquì que braseja, capeja, potineja, pèrd son temps en pases e en repro¬
ches! :« Bogre de fenhantàs, que me crida, me fas
pas res dins l'ostal, pensas qu'à ta pipa e à ta politica ! Acô te n' portarà de pan al cantèl, acô te coflarà la borsa, pauc-val ! Finta lo Milon de la Julieta
que li te garda los drôlles, emai li fa la bugada de
côps. Finta lo Janòt de la Castanhal... Li fa la sopa
à la siuna femna! Parlatz-me d'aqueles ômes! San
d'ômes! Tu, vales pas un ardit, vales pas un pet, canalha!

»

Cambiant de ton. Oc, mas ambe tôt acô, me cal
manjar defôra ! als quatre vents... per aquel frech
de cô... Se brandiguent. Brrr! s'acô's pas triste!

Enfin, à la guèrra coma à la guèrra ! Es plan lo cas
S'es siegnt sus una caisa, dabant la
porta, e ara manja un très de cambajon à la
mòda paï^ana. Lo còpa à tròses sul pan e lo por¬
ta à la boca à la cima del cotèl. Fin finala, la so¬
pa es estada pas tròp michanta defôra. Atal, ai pas
d'ôcdire!

agut

bezonh

de la bufar !... Al

bèc de femna

me

mens,

laisa manjar en patz

aquel cambajon séria plan gostos
pas tant

pour,

aicl, aquel fur!... Per ma fe !
se— se

fazia

frech !... S'arrèsta còp-sec e finta ambe

dabant el, dins la colisa.

Ara i sèm! Mancaba pas qu'acô per m'adobar la
salsa! Mon proprietari qu'arriba ! Fintant totjorn.

�LO

GAI

SABER

Mon Dius ! Santa Vièrge! ven d'aqueste costat, par¬
di ! Som fresc! Que li vau dire?
M. Delmas dintra,

plan vestit: pardesus, còl
jol bras, mans dins las pochas.
S'arrèsta estabo^it en vejent son locatari, una
asieta à la man. Jo^ep s'es'levat en lo vejent ve¬

relevât,

cana

nir.
Monsur DELMAS.

I pensas pas mai, Jozèp ! Ès fat de manjar
un frech com acò ! Quna idèa !...

defòra.

amb

jozèp, mormolant.
Que li

vau

dire ? Mon Dius,

que

li

vau

dire ?

Monsur DELMAS.

Vasprene mal, mon paure amie! Ieu tremòli dins
pardesus ! E tu que sias pas mièch vestit !... A !
non, francament, te compreni pas!

mon

jozèp, mormolant embarrasat.
Li pòdi pas dire que fa calor, pracò!... Naut...
Mèstre, escotatz... abètz plan razon... fa pas plan
bon defòra... es vertat que fa pas un temps suzaire...
Mas, sabètz... nos-aus... sèm acostumats à totis los

temps... alara...
Monsur DELMAS.

Una braba
sant

fantazia... Es pas

! As

plan lezer d'endurar lo mi¬
la pena de li demorar per
razonable, anem !

razon

temps! Mas

es pas

jozèp, mormolant totjorn.
A part. Tè
una idèa! Naut. E ben.... aqui
mèstre... vos vau dire... som partit... per que... ai
la cheminièra que fuma... talament que me trazia
los èlhs... e alara !...

�GAI

LO

SABER

Monsur DELMAS.

Que dizes aqux? La cheminièra fuma tant qu'acò...
m'òc dizias pas!... Te m oc calia dire, màluros! La
t'auriai facha arrengar... Me n' vau sulcòp coman-'
dar lo plastrièr.
e

jozèp, vivament.
O,
ma

faguetz
totjorn !... res

monsur,

pas

pas

que

acò ! Es pas la pena ! Fu¬
quand l'auta bufa !

Monsur DELMAS.

Una cheminièra deu pas jamai fumar, mêmes quand
l'auta bufa! Teni pas que te calgue sortir amb un

temps com acò!... Badinas pas!... Es per mon interès

coma

pel tiu

la farai arrengar, aquela che¬
ennegrezir totas las parets.

que

minièra. Acò deu

jozèp, destimborlat.
Mas, nani. Es pas res !... nani... vos aseguri !... Es
jorn !... Es l'afar d'una gibornada... e pèi...
còp-sec... e... fuma pas mai...

pas cada
acò pasa

Monsur DELMAS.

Tant melhor que

fume

pas

totjorn... Pracò, del

que som aqui, e que la cheminièra fuma,
vòli rendre compte. S'enva cap à la porta del

moment
me

ostal.

jozép, desvariat
caisa

e
e

paumant l'asièta sus la
rnormolant.

Ai! ai! ai! Jèzus, mon Dius ! cosi far! cosi far!...
Naut. Mèstre, mèstre... es pas la pena... es inuti¬
le!... es inutile !... Dintretz pas !... demoratz ! Dintretz

pas! Li pren lo bras. M. Delmas se ne des fa e
dubris la porta. Sut pic, d'esclats de vot$ par¬
tis on de la colis a.

�lo

142

la

gai

femna,

saber

dins la colisa.

Encara ! auzastornar! canalha! fenhant! fripolha !'.
bregand! Demòra, demòra s'as pas de sang de rave!
Demòra, qu'ensaji se la balacba es solida!... La te
farai ben pasar la capudiza!... la te farai ben pasar
la fenhantiza! Te caldrà cambiar de caractari o de

pèl !... M. Delmas es tornat sus la cèna en corriguent, las doas mans sul cap per se parar de tôt
sò que li tomba desus, jitat de la colisa: balachon,
plumel, asiètas, etc...

jozèp, de^olat.
Qun malastre! Som malperdon ! Qun malastre ! Qun ma¬
lastre!... Vos òc diziai ben de dintrar pas!...
A!

monsur

! A! monsur!

corat! Vos demandi

Monsur

delmas,

s'arrestant

e

rident.

Es pas res !, . .. Es pas res!
Mon paure Jozèp!
Sabi sò qu'es !... Te n' fagues pas!... Sabi sò qu'es!...
Ieu tant-ben, mon paure amie, ai, al ostal, una cheminièra que fuma, quand l'auta bufa, emai qualque
còp quand bufa pas... Lo melhor plastrièr pòd pas i
far res... Que vòs?... I a qu'à laisar fumar!... prene
paciensa
e
susportar
aprèp, far coma tu
sortir defòra quand bufa trop.
Acò's sò que fau ieu tant-ben ; vau al café atendre
qu'acò pase. Pracò, som forsat de te dire que la teuna fuma diablament !... Es en man de ne far trop !..
La meuna fumapas tant!... Anem, mon brabe Jozèp,
coratge, paciensa, e... tòca-me la man... Mas,., vas
pas demorar aqui, amb aquel freeh de cô, à bufar

suis dets e à tremolar. Vèni
farem à las cartas e, dins
da pasarà !

nos

al ostal... Parlarem,

aquel temps, la trona-

RIDÈU
Adriana SIRGUE.

�LO

GAI

SABER

143

L'òbra occitana
de lan-Panl LAURENS &lt;■)

Los Emmuralhats de Carcasona, lo Bolegaire
■del Lengadòc, Los Set Trobadors, Los Jàcs Florals quilhan de son óbra la partida vai-à-dire « istorica a.
Mas la tôca de la pair la occitana se desvela subretot
dins La Muralha, Tolo\a contra Montfòrt, Lo

Lauragués

e Los Tombèls.
Anesiatz pas creire que Jan-Paul Laurens agaitèse lo
JXùrd coma lo vinceire dins l'orra Guèrra dels Albigezes.
La prôba, que lo « negre cavalcaire » èra estât aqueirat
per una

peirasa jos lo barri de la Ciutat Mondina,
lou bàrri crema,

avia dich

Mistral,

Lou bàrri ounte la

pèiro escrachè loti bèulòli
Que vole pas notima!

Jan-Paul lo nornenava, el;
planhun del vièl trobaire :

las espallas davans lo

ausava

Ai!

Tolo^a e Proensa
d'Argensa,
Be\ers e Carcassey
e

la terra

Quo
Al

contrari,

vos

vi

enausava

e quo us vey
-

e

!

plan l'a fach veire

-

lo famos

(1) Trait d'un estudi en preparacion sul grand Pintre d'Occitania. Legisèm dins l'Avant-Prepaus : «Non se podia parlar
del grand Pintre occitan altrament qu'en lenga d'Oc, perfin de
■

ne
quilhar lo biais vertadièr. Non estent lo tolozenc mon lengatge mairal, chauziguèri la fùrma occitana e son biais d'escriure, emai empleguési lo mai sobent los mots e las espremidas naturals al provensal que sieu. Crezi, pamens, atau, d'ajo-

nhe lo «mondin» lo mai

bestrat».

posible

per
„

ieu,

sense me

capitar

D.-V.

enca-

�LO

GAI

SABER

sirventés de gau e de victùria que nos es
lo titol de « La mort del Lop ».

pervengut jos-

Montfort es

mort !
Toloza,
Ciutat glorio\a
E podero\a !
Tornan lo Paratge e l'Onor!
Montfort es mort! es mort! es mort!
Viva

tengut al primièr coblet. Besegond"?... Tant se podria que
la tèrra d'Oc i èra compreza jos lo nom

Arremarcarem que se n'es
lèu que lî anava mens lo

foguèse perque
général de « Provensa ».

Provensa
Del M011

bêla,
estèla,
Lut\, farfantèla,

Tu sias miralh de virtuts e d'amor.

Montfort

es

mort!

es

mort!

es

mortl

Aquel trïomfe de Toloza subre Montfort, el

guèt dins très grandas telas qu'adòrnan
Ciutat.

l'esclargi-

lo Capitòli de sa

primièra.es La Muralha.
Aquela « muralha » es Toloza alestisent sa defensa. Del
temps que los uèlhs de J.-P. Laurens revézon e que sas
mans revieudan los esglaris que visquèron sos aujôls,
vaqui que resona à sas aurelhas la Canson de la Crozada
que tant legiguèt:
La

vila, coitos e viassiers,
messatges ben coitos e marviers
als baros de las terras e a tot\ los guerriers,
que nulhs ftom no i remanga, ni sirvens ni arquiers...
Per la vila socorrer vengrcn M. cavalers...

Els cossols de la
trameton los

Quel fillis del rei de Fransa ve orgulho\amens
ab XXXI1II comtes et ab aitantas gens
que non es en est seigle negus hom
que puesca a^esmar los milliers ni

tan sabens
los cens,
quel cardenal de Roma preifcans e ligens
que la mort\ e lo glacis an tôt primeiramens,
aissi que dins Tliolo\a nils apertenemens

�LO

negns

GAI

SABER

145

i remanga ni nulha res vivens,
don\ela ni nulha femna prens,

horn

no

ni dona ni

ni autra creatura ni nulhs

efans laitens,

que tuit prengan martiri en las
Mas la verges Maria lor en sira

flamas ardens.
guirens,

que segon la dreitura repren los falhimens,
perque sa sanc benigna nos sia espandens ;
car sent Cernis los guida que non sian temens,
que

■à

Dieus

e

dreit\ e for\a el coms joves e sens
lor défendra Tholo\a ! Amen.

Dambe los talhadors de pèira, aici Jan-Paul trabalhant
n'alestir de queiràs de sieisanta-uèit lieuras per los

trabuquets. Dambe los borgezes ajudaires dels defensors,
■adobava las aubarestas de mail, los carrcus per los arquièrs, e las fléchas pels merlets. A vujat l'oli bolhent
sobre los escaladaires ; dambe la vièlha a mandat la pèi¬

qu'a escrachat lo bèuloli, del temps que la bandièra
desplegada portava: « Mort à Montfort!»
Alôr, per celebrar, per faire resclantir pel monde la
quitada del sèti, dins una cantadisa de glôria e de Victo¬
ria, lo grand pintre occitan retrai sus la tela l'anhèl blanc
de Toloza, l'anhèl del Paraclet mantenent dintre sas pautas la lansa venjarèla que ven de traucar lo pitre del
lïon de Montfort. Sus lo barri restontis l'alegria, e, din¬
tre las nieus, s'auzis lo cantic de delieuransa. E lo pin¬
tre s'endeven grand trobador dins lo sirventés qu'escriguèt en letras anticas sus un libre pintrat en debàs a

ra

drecha del tablèu:

Ramoun, coiimtè Ramoun,
Del

mounjous lioun
La grando Callebo
A cluchit le froun ;
Un bel joun se lebo
Coamte Ramoun.
Ausisses dins le Cel
La santo musico.
Acà's le cantico
De VAgnèl.
Soun ouro es arribado :

L'agnelou blanc

A tournât de la prado
Per attuca 'V Demounl

Agayto, Ramoun
ten Vagnèl blanc!
Deja roujo de sanc,
So que

Dins le cor del lioun
U110 lanço es plantado

!
pregound
Qu'en bòumis la courado.

Plantado tant

Ramoun, coumte Ramoun,
De l'Agnèl blanc
Aiciu le joun !

�.146

r.O

GAI

SAHKR

De quant son

d'el, aquestea verses ! Emai, sò que non
provat, l'aguèson ajudat, an son biais emai sa fachura. De
segur, congrelhan un dels mai esmovents sirvenes

tes de

tota la literatura d'Oc. Se n'en
de tant nauta ispiracion....

capita belèu

ges

Dambe la trezenca ôbra, Lo Lauragués, ara espincbam la respelida de la tèrra aprèp l'orror dels prats
batalhèrs. Subre las colas, dintre las valengas, se vezon
que lauraires, l'agulhada à la man:
Les biòus tranquilles fan la rego.
Se Voumbro de Mountfort
Passavo dins les aires,

Aquel qu'a tout dalhat,
Qu'a tout debousigat,
Veirio plus que lauraires.
Non
tât

podia lo grand tablèu dels Jòcs Florals èse

es¬

conceuput que per un Mondin, e adobat que per un

felen

intelectual dels Faidits. LInterdich tant-ben

es

Albigés. Se li pot descurbir la rancura, encara viya, del eiretge contra la Glôiza de Roma...
intelectualament, s'enten.
La Toloza de uèi, l'agaita à travès lo Pasat. Es la clastra romana qu'aubora dins Los Tombèls, onte a pin¬
trat los nùvis dins l'aire de las roïnas que los aubres de
la prima li espandison las Hors renadivas... lo vièlh Lengadèc s'esperlorigant dins lo novèJ.
Son ostal de la carrièra Cassini, prèp del Observatôri,
estât

pintrat

per un

bastit en bricas rosencas coma las ancianas demoras de
la Cieutat mondina, largava dins la carrièra los arcsvòuts romans,
tôt al

evocadors del Atge-Mejan lengadocian,

cùp rufe emai ensorelhat.
L.

DENIS-VALVÉRANE.

�BOLEGADISA

La
Auriai

OCCITANA

lenga d'Oc à l'Escòla

volgut qu'aquesta cronica siaguèse lo ligam de totis

dos

regionalistas cargats d'ensenhar la joventut: es dire quecàdun deuria me mandat sas idèiqs personalas subre la ques¬
tion de la lenga d'Oc à l'Escòla; atal cadun rendria servici als

e, d'aquela coordinacion, podria belèu sortir una àbra
vertadièrament pratica. Tant-ben demandi encara un còp als-

autres,

colègas de me mandat sò qu'an à dire.
aqueste còp, veirem cosi se pòdon utili\ar las oras de le¬
vers dirigits per la fin que fierseguisèm. En primièr làc, cal
pas cre\e de poder faire faire als escolans tèmes e versions occitanas: en efèt, son d'oras de levers, e s'i deu pas faire res
que retipe Vensenhament de la clasa ; s'i pòd faire gaireben de
tôt, fòra d'acò Es domatge, segur; séria trop aifit. Mas cre\èm que se pòd servir la cau\a occitana'en tôt demorar dins
l'esprit de Vinstitucion dels levers del disate, complétai■ l'en-

.mius

Per

senhament

en

tôt distraire los escolans.

Se consideram

totjorn ha primièr a iniciacion als estudis oc¬

citans, perdem pas de vista lo but esencial: interesar los esco¬
lans à la question. Es pracà que cal comensar per de cauzas
placentas : de lecturas quefarà lo profesor. Lo primièr còp,
demandarà qunis son los que comprénon pas la lenga d'Oc.
S'en trobarà cinq o sièis, e serà ai\it al mèstre de faire rire
los autres à lor despend; (se lo mèstre a d'autoritat subre los.
escolans, los ri\eires seran totjorn del siu costat). Apèi, lo
mèstre legirà unis contes, qualquas farsejadas dins lo dialècte
del pais; (ne trobaret\ ai\idament; n'i a trop!) e l'inquet sera
jitat. Plan segur, se caldrd pas contentar d'a quel genre de literatura; autrament los droites prendrian lor pats per una
borricada, e per acò faire i a pas be\onh de nos-aus ; lo « Pescaire de Venèrca» o «/'Alman'àch d'Olive» i abdstan. Acò
deuria pas servir qu'à aminhotar la joventut per la butar cap
à de causas mai solidas e mai serio\as; à las farsejadas barre-

jarem qualquas poefias d'abòrd aimablas (istàrias de bèstias,
contes de fadas, etc.) per arribar pauc à pauc à revirar la situacion; la farsejada serà pas mai qu'un accesòri per servir
de recreacion.

D'ont tirar
manacs,

■

aquelas lecturasi Per la rigolada, ve\èt\ los al-

revistas d'Escôlas felibréncas, etc. Pel genre serios,

trobaret\ defablas dins los mêmes almanacs. Pels contes, i a pas
res coma de se los fabricar à me\Ura; autrament, son de contes
artificials. E pèi, metèt\-los sulcòp al grand, al Mèstre, à Misiral; -es talament ai\it,a parlai de tôt ! Un exemple: se faft\es-

�148

LO

GAI

SABER

diar

clasa l'Iliada, l'Odisèia, VEneïda o las Causons deen
Gèsta, poiret^ faire de &lt;lecturas complementarias* intere—
sautas, en cau\iguent dins las epopèias de Mistral sò que i a

de

comun

ambe las òbras anticas.

Un autre

còp veirem sb que se pbd faire en mai d'aquelas
lecturas, que demoraran totjorn la ba\ide nbstre ensenhament
pels levers.Me

diret\ que me meti totjorn à la plasa d'un profesor de
es plan vertat, mas es tôt so qtte sabi faire ; losprofed'istbria, de ciencias, etc. an pas qu'à me mandar lor punt

letras;
sors

de vis ta.

Joan SÉGUY,
Colètge de Sant-Gaudens (Auta-Garona)..

Lo 13

de mai se dorbiguèt à Toloza l'Expozicion retrospectiva
Joan-Paul Laurens, lo grand pintre occitan ; l'endeman, susostal pairal de Fourcjuevaux, en Lauragués, se pauzèt una
plaça remembrant que l'artiste nasquèt aqui lo 28 de mars 1838.
Nôstre jos-capiscôl J.-Rozès de Brousse i parlèt al nom dels
Tolozans de Toloza e de l'Academia dels Jòcs Florals.
de

son

Lo 2 d'abrilh, dabant la Facultat de las Letras de Montpelhèr, nòstre escolan L. Naudeillo, profesor al Colètge de Castèlnôudari, pasèt son Diplôme d'Estudis Superiors sus «Les

Sources

geois»,

romanes

e foguèt
nôstres melhors

de

l'Histoire de la Croisade contre les Albi¬

recebut ambe la mencion «bien». Li mandant
compliments.

A

Marselha, lo 2 de mars, es môrta dôna Valèri Bernard, la.
veuza del reire-capolièr.
A Toloza, lo 6 de mai, es mort nôstre jove amie Paul Privât,,
nebot de dôna Edoard Privât, dont cadun podia .lauzar las
grandas qualitats. Coma per la mort de son oncle, i a très ans,.
dinna

VEscbla Occitana

es en

dôl.

CRI-CRI.

Impr. Lauraguaise

-

Castelnaudary.

Le Gérant: A. PRAVIEL.

�Supplément au N° 164 du Gai Saber

(Juin 1938).

��RAPPORT
SUR

LE

CONCOURS DE LANGUE D'OC
£u

Séance

eu

puôftcjue, îa

i

TTijai tyH&amp;f

PAR

M.

J.-ROZÈS
félibre

l'un des

DE

BROUSSE,

majorai,

quarante Mainteneurs.

Messieurs,
Le

rapport sur le concours de langue d'Oc que
j'ai l'honneur de vous présenter cette année peut
et doit commencer, semble-t-il, dans une atmos¬
phère d'optimisme.
Nous avons, dans notre triste époque, si peu de
motifs de nous réjouir que, lorsque quelques rai¬
sons de satisfaction se présentent, nous devons
les saisir au vol, leur sauter dessus et nous y cram¬
ponner avec une

ténacité farouche

comme

Quasi-

modo, quand il sautait sur le bourdon de NotreDame, le saisissait par les oreillettes et ne faisait
plus qu'un avec le monstre d'airain.
Nous nous réjouissons d'abord de ce
liste

académique vient de s'enrichir de

�—

IÒ2

—

frères, élus le 18 mars dernier au titre de maîtres
ès-Jeux, deux confrères qui apportent à notre
Compagnie et spécialement dans le domaine de
nos

études occitanes

et

régionalistes

un

lustre

éclatant.

Jeanroy, aujourd'hui professeur hono¬
langues et littératures méridionales à la
Sorbonne est, dans tout le monde savant, le maî¬
tre incontesté et vénéré des études romanes. Le
M. Alfred

raire de

sceptre de cette

science, née

en

France et dans

Raynouard, de Brignoles, et Rochegude, d'Albi, qui furent nôtres, était passé en
Allemagne et y était resté, jusqu'à ce que les études
magistrales et l'autorité mondiale de M. Alfred
Jeanroy les reconquît à la France. Aujourd'hui
sa grande œuvre, sur, les Origines de la Poésie
lyrique en France, aux éditions depuis longtemps
épuisées, et devenue, considérablement augmen¬
notre

Midi

avec

l'incomparable livre sur La Poésie lyrique des
(2 vol., Privât-Didier, 1934) aujour¬
d'hui, dis-je, ces monuments sont devenus, en
quelque sorte, la « bible » de tous ceux qui s'inté¬
ressent à notre langue romane. Mais, à côté de ce
grand ouvrage, quelles savantes et précieuses
éditions nous devons à M. Jeanroy! Celles des poé¬
sies de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, de plu¬
sieurs troubadours gascons, de Jaufré Rudel, prince
de Blaye, le fervent amoureux de la Princesse
lointaine, des Mystères provençaux du quinzième
siècle, du Voyage au Purgatoire de saint Patrice,

tée,

Troubadours

du

poète gascon Guillaume Ader, du troubadour
enfin, des Joies du Gai Savoir,

Uc de Saint-Cire et,

�—

153

—

dont le manuscrit est là-haut, dans nos
archives,
et dont l'édition récente ferait oublier l'édition
bien ancienne et pourtant bien méritoire de Noulet et Gatien

Arnoult, si

nous

n'avions le culte de

la reconnaissance et du souvenir.

Depuis l'époque lointaine où M. Jeanrov, au
sa carrière
universitaire, occupait avec
éclat déjà la chaire romane de la Faculté des
Lettres de Toulouse, il n'a jamais oublié la cité
du Gai Saber. Malgré
les longs travaux et les lau¬
riers de Paris, de la Sorbonne et le fauteuil de
début de

l'Institut de
à

diriger

fonder.
dans

France,il continuait et continue encore
Midi qu'il a contribué à
été passer ses vacances

nos Annales du
Il vient chaque

nos

coteaux toulousains

—

à Castelmaurou

qui gardent le souvenir des anciennes inva¬
sions arabes et où il a fixé ces deux foyers, les
plus
précieux au cœur de l'homme : une maison des
champs et un tombeau. Il appartient depuis
longtemps à l'Hôtel d'Assézat par la Société
archéologique : il vient travailler souvent dans
—

nos

archives

sur

les

manuscrits

de

niers troubadours toulousains dont il

nos

der¬

prochai¬
évoquer le souvenir dans la grande His¬
toire littéraire de la France
que les Bénédictins
commencèrent jadis et, tout dernièrement, notre
bibliothèque s'enrichissait du noble éloge de
Raynouard, aimablement dédicacé, qu'il venait
de prononcer à Brignoles au nom de l'Académie
des Inscriptions.
Notre Compagnie reconnaissante,
qui a eu
Raynouard, Rochegude, Chabaneau et Léonce
Couture, souhaitait depuis longtemps posséder le
nement

va

�—

maître

—

154

—

le maître aussi de notre regretté

Joseph

à qui nos études romanes et notre
vieille langue occitane doivent tant. Voilà qui est
fait aujourd'hui. Quand M. Jeanroy aura besoin
de revenir à nos archives et à nos manuscrits,
il n'aura plus à frapper à la porte. Il est mainte¬
nant chez lui. Puisse-t-il s'y plaire comme nousmêmes et peut-être penser un jour, en entendant
nos félibres, que la vieille
langue d'oc n'est pas
morte, mais qu'elle est ressuscitée aussi vivante
que jadis.

Anglade

—

Ce sont

encore

les troubadours

dans notre maison

sain

avec

qui reviennent

le grand peintre toulou¬

Henri Martin

Floraux le même

qui a été élu maître ès-Jeux
jour que M. Alfred Jeanroy.

Chaque 3 mai, lorsque nous célébrons la Fête des
au Capitole, nous avons la joie d'admirer,
avec un plaisir toujours nouveau, les magnifiques
pages de Jean-Paul Laurens
retraçant, d'un
pinceau épique, les luttes de Toulouse contre

Fleurs

Simon

de

Montfort

Fleurs du Gai

et

la

Première

Fête, des

Savoir, où Arnaut Vidal conquit

d'or. Notre admiration
moindre pour les pages plus calmes et
plus reposantes où Henri Martin a chanté le
charme des saisons de notre campagne langue¬
docienne et la féerie du soleil sur nos quais de
briques. Et cette admiration se nuance d'une
particulière émotion lorsque, en écoutant les
beaux vers de nos poètes, nous laissons errer nos
yeux ravis dans les suaves lumières de légende des
la

première Violette

n'est pas

Troubadours

dans

le verger

des Augustines, de

�—

155

—

Clémence

Isaure, à l'ombre de Pallas, donnant aux
fondation des Jeux Floraux et
que nous contemplons le plafond aérien où l'ins¬
piration du grand artiste a évoqué l'Apothéose de
Clémence Isaure. Quel magnifique décor pour fêter
cette sainte exilée, la divine Poésie, qui, du moins
à Toulouse, grâce à vous, Messieurs, est toujours
l'objet d'un culte et y possède peut-être ses der¬
Poètes la charte de

niers autels.
L'Académie s'honorait

de compter Jean-Paul
maîtres ès-Jeux. Elle est heu¬
et fière de posséder aujourd'hui au même

Laurens
reuse

parmi

ses

titre celui

qui, avec une personnalité différente
moderne, aime à se proclamer son élève,
à qui l'Institut a depuis longtemps octroyé l'un
de ses fauteuils et par qui Toulouse a donné l'un
de ses plus illustres maîtres à l'Art français.
Par le fait des circonstances, le rapporteur, de
votre Commission de langue d'oc a, le premier,
l'honneur de saluer dans notre Compagnie l'arri¬
vée de M. Alfred Jeanroy et du peintre Henri
Martin. Permettez à sa joie de leur offrir en votre
nom la plus affectueuse bienvenue.
et toute

Nous
encore

avons

un

autre

motif de

nous

réjouir

et, là aussi, nos ancêtres les troubadours

sont pas

étrangers.
parler du cours de langue et littéra¬
ture occitanes qui vient d'être inauguré, cette
année scolaire, à notre Institut catholique de
Toulouse et du Sud-Ouest, dont la chaire a été
confiée par le recteur Mgr de Solages, notre éminent confrère, à notre vaillant et érudit ami le
ne

Je

veux

�156

-

—

majorai abbé Salvat, qui a vu se réaliser ainsi un
rêve aussi cher à nous qu'à lui-même.
Ce cours, qui a lieu dans une belle salle nouvelle
éclairée de larges fenêtres, sous l'œil bienveillant
du regretté majorai de Gascogne Léonce Couture,
qui fut nôtre lui aussi, ce cours, dis-je, a ceci de
particulier et de neuf, qu'il embrasse pour la
première fois chez nous toute la langue d'oc et
toute la littérature occitane depuis les origines
les troubadours
jusqu'à nos jours, — les félibres. La tradition, qui est aussi celle de nos Jeux
Floraux, s'y montre ininterrompue dans une suite,
—

—

une

cohésion

et

une

évolution émouvantes

et

toujours vivantes.
Je suis

assiduité, une assiduité
la douce illusion
toujours
que je serais
à l'âge où l'on est encore
étudiant. J'ai pu admirer ainsi combien notre
ces

cours

avec

charmée et pas seulement par

confrère sait donner d'intérêt et de vie à

leçons.
Quand on a un peu travaillé soi-même, on devine
quelle préparation laborieuse et approfondie elles
lui ont coûté. Mais l'effort sévère n'apparaît pas
un instant. Grâce à un apport
historique plutôt
nouveau, nos troubadours sont replacés dans
l'atmosphère de leur temps; leur époque, leur
« climat
», comme on dit, sont brossés en larges
fresques pittoresques et colorées et nous revivons
leur vie, leurs sentiments et leurs passions en
entendant l'écho des grandes croisades palesti¬
niennes et l'écho beaucoup moins familier de ces
autres croisades contre ces Arabes d'Espagne
qui ont si longtemps occupé les rois d'Aragon et
de Castille et nos comtes de Toulouse. Avec cela,
ses

�—

avec

cette note très

i57

—

personnelle et pourtant très

prudemment scientifique, notre vaillant confrère
excelle à faire sentir la naïveté et la
vieux

saveur

de

nos

s'interdire la bonhomie et l'hu¬
mour
que nous lui connaissons, ni parfois quel¬
ques étincelles d'un « estrambord » bien naturel
qui éveillent un sourire sympathique et amusé
poètes

sans

au

passage.
Il faut bien que ce cours, où nos Sept Trouba¬
dours et nos Leys d'Amors sont maintes fois au

premier plan, réponde à un vrai besoin puisque
le voyons de plus en. plus fréquenté et par
un public toujours plus attentif, j'allais
presque
dire plus fervent. Il a beau faire au dehors des
après midi de printemps tentatrices avec un soleil
radieux, on se presse avant l'heure pour ne pas
manquer le commencement : vieux messieurs,
dames « moyen âge » — ce qui correspond bien à
l'époque du sujet traité — jeunes étudiants et
gentilles étudiantes attentifs à prendre des notes,
capiscols d'Écoles félibréennes, majoraux du
Félibrige — il y en avait trois ces jours-ci —
membres de nos Sociétés savantes, mainteneurs
de notre Compagnie... Un lettré aux cheveux
blancs, fonctionnaire honoraire des Ponts et
Chaussées, vient tous les vendredis de Muret où
il réside pour suivre le cours et y prendre des
notes; des étudiantes y viennent de l'Aude et de
l'Ariège; deux ont déjà sollicité du professeur et
reçu de lui des sujets à traiter pour, leur Diplôme
officiel d'études supérieures. L'ombre même de

nous

Dante semble hanter la salle, car sa savante et
charmante traductrice Mme

jadis notre lauréate,

ne

Espinasse-Mongenet,
manque pas une leçon.

�—

Le

de l'Institut

158

—

catholique, qui ne fait pas
celui de la Faculté de l'Etat, où
un maître éminent traite surtout, conformément
aux programmes, des études de philologie romane,
ce cours, dis-je, complète à merveille l'enseigne¬
ment du Colètge d'Occitania, qui est plutôt pri¬
maire et secondaire et qui est en plein succès. Le
cours de l'Institut
catholique en constitue l'en¬
seignement supérieur.
S'il continue sa marche ascensionnelle, comme
tout le fait prévoir, peut-être pourra-t-on rêver
un jour le timide établissement d'un petit « Sémi¬
naire », comme disait la science allemande, d'un
laboratoire, d'un commencement de bibliothèque
où les étudiants auraient sous la main les premiers
livres indispensables au travail et où pourrait se
préciser l'édification d'un dictionnaire occitan et
d'une grammaire occitane dont notre savant
confrère réunit jour à jour les éléments.
Mais tout cela n'est encore qu'un rêve! Que
manque-t-il pour le réaliser? Pas la vaillance,
certes; pas le talent non plus. Il manque ce que
Jean de La Fontaine signalait à son protecteur
et ami Fouquet quand il lui disait dans une ballade
immortelle : « L'argent surtout est chose néces¬
saire.» Hélas! Mécène, ami d'Auguste, est mort
depuis longtemps et ce n'est pas notre politique
fiscale qui pourra le faire revivre. Mais l'exemple
de Fabien Artigue nous conseille d'espérer que,
pour ces rêves et ces réalisations, comme pour
bien d'autres, « la Providence y pourvoira. »
cours

double

emploi

avec

�Enfin, Messieurs,
de satisfaction

nous

un

troisième et dernier motif

vient du

concours

même de

qui est pleinement satisfaisant.
supérieur en quantité à celui de l'an der¬
nier; nous n'avions eu en 1937 que 74 ouvrages
présentés; nous en avons eu 106 cette année — près
du double.— Il a été aussi quelque peu supérieur
en qualité. Pourtant nous n'avons pas été pro¬
digues des fleurs de Clémence Isaure. On en avait
donné sept, l'an dernier, on n'en a encore donné
que sept cette année pour un concours, comme
vous
venez de
le voir, deux fois plus nom¬
cette année
Il est

breux.
Il

importe aussi de noter dès maintenant que,
plus souvent, en couronnant une pièce, nous
tenons compte dans une bonne mesure du reste
le

de l'envoi du même auteur dont il

nous

est facile

de

reconnaître, quoiqu'anonyme, le dialecte,
l'inspiration et, parfois même, l'écriture. Nous
couronnons une
pièce, celle qui nous paraît la
meilleure, la plus caractéristique, mais la qualité
des autres influe

sur

notre détermination.

Cette année les Poèmes ont été heureux. Leurs
valeureuses escouades ont

conquis trois fleurs.
Eglantine d'argent a été ramenée dans leurs
filets par les pêcheurs de la côte du Ferret évo¬
qués par M. Adrien Dupin, de Bordeaux. Ces
Une

3*

�—

i6o

—

malheureux

pêcheurs ont beau fouiller l'Océan
Gascogne. Les filets reviennent vides. Mais
ils aperçoivent le long de la côte un pauvre vieux
en haillons qui semble se diriger vers eux. Cha¬
ritables, ils lui offrent de partager avec lui leurs
maigres ressources. Le vieillard disparaît dans les
dunes, éblouissant de clarté. C'est Y Orne Blanc;
c'est le Seigneur qui, satisfait de leur charité,
leur octroie en échange une pêche quasi mira¬
culeuse.
Ce poème, en dialecte gascon du pays
deBuch, qui nous a fait penser un instant à VOme
Blanc, le petit drame évangélique du regretté
abbé Sarran, est intéressant par son inspiration
élevée et par son vocabulaire riche de termes
maritimes et populaires. Il obtient la plus belle
fleur de la série des poèmes, l'Eglantine d'argent.
de

—

Une

Primevère

est

venue

fleurir

une

autre

rive, la Riba doça, la rive douce de la Méditerra¬
née, chère au jeune félibre, M. Léon Cordes, de
Siran (Hérault). Elle lui est douce parce qu'elle
baigne et caresse de ses flots bleus la terre de sa
patrie languedocienne, de ses morts, de ses labours,
de

ses

avons

moissons et de

aimé

ses

amours.

Là aussi

nous

l'inspiration, l'inspiration juvénile

et

généreuse, la langue chaude et colorée et
les terza-rimas, parfois difficilement contenues,
du félibre méditerranéen

que nous avons déjà
qui tient ses promesses, car son talent
se précise, tant dans son envoi de cette année
que dans un mince bouquet de Sieis Pouèmos à
dire, de source populaire et de ton joyeux qu'il
vient de faire paraître et qui connaîtront le succès,
de même, espérons-le, que les trois petites comécouronné et

�—

dies occitanes

qu'il

le titre Très per un

161

—

annonce et

qu'il réunira

sous

(1).

Enfin, un Œillet est octroyé à M. Gumersind
Gomila, de Perpignan, un nouveau venu dans
nos concours,
pour un Poema d'un Dia cTIstiu.
Le poète chante, en un
triptyque composé chaque
fois de quatre quatrains en dialecte catalan,
plutôt
d'outre-monts, le matin léger au bord de la mer
latine, l'heure de la sieste nonchalante dans le
port accablé de soleil et Padieu de la jeune fille
au maillot cendré
qui rentre à la maison dans la
pourpre du couchant en laissant un long souvenir
dans le cœur du poète. Ces strophes délicates et
sonores, mélancoliques un peu comme un lied
d'Henri Heine, malgré la clownerie
banvillesque
d'une rime inattendue, séduisent profondément
et font aimer le poète, jeune
sans doute, qui sait
déjà suivre le doux conseil d'Horace : Carpe
dietn. En cueillant le jour, il a été deux fois
heureux, car il a cueilli le sourire d'une « nina »
et un Œillet de Clémence
Isaure, frère des œillets
sauvages que caressent les brises de la mer.
Le bataillon des

Pièces diverses

été

plus
le groupe des Poèmes : il a conquis
quatre drapeaux, je veux dire quatre fleurs ou
plutôt deux fleurs et deux rappels. La victoire a
été obtenue par trois pièces catalanes et
par une
du Rouergue.
a

heureux que

(1) Sieis Pouèmos à dire, Très per un. Imprimerie
Georges Vieu.Olonzac (Hérault et chez l'auteur, à Siran
Hérault;.
,

�—

162

—-

des catalanes nous avons
plaisir un court mais savou¬
reux diptyque, Silenci et UAspre, de Mme Si¬
mone
Gay, d'Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales)
que nous avons déjà couronnée antérieurement et
dont le talent ne nous laisse jamais indifférents. Un
rien suffit à la gente félibresse du Roussillon pour
suggérer une évocation et un sentiment : un che¬
min creux au printemps dans les rocailles d'un
bois d'oliviers où joue la lumière et où la solitude
Au

premier

reconnu

rang

et salué

cueille la

rose

avec

délicieuse du silence; une garrigue

âpre et desséchée, écrasée de soleil, où se réfugie
un perdreau de la vallée et que domine au loin
un homme debout sur un roc.
Ce n'est rien et
c'est tout. C'est
cette

une

aquarelle impressionniste, et

goutte de couleur, légère et transparente,

suffit pour faire
deviner un cœur,

sentir la poésie et

pour

faire

trait de fusain ou
une touche du pinceau suffisent à Corot et à Sisley.
Dans les cystes et les genêts de son chemin de
silence, Clémence Isaure glisse pour Mme Simone
Gay une Eglantine d'argent.
Les diverses pièces de M. Edmond Brazès, de
Céret (Pyrénées-Orientales), déjà couronné, ont
aussi retenu l'attention, et leur ensemble a mé¬
rité une fleur que nous attachons à l'une d'elles,
La Tartanera, c'est-à-dire « la messagère », la
messagère du mulet enrubanné. Il arrivera peutêtre tard au marché, ce mulet, mais le poète
remplira sa hotte de tous ces impalpables trésors
que vend le vieil ermite d'Empurdan : les roses
d'espérance, les œillets de vertu, les racines de
patience, l'herbe d'amour et le « rameau merveil—

—

comme un

�—

163

—

qui toute l'année accorde la joie d'un ins¬
». A
cette jolie cargaison de fleurs et de
rêves, qui a le ton et la saveur des chansons popu¬
laires, Clémence Isaure ajoute une Primevère
qui ne la déparera pas.
C'est encore un autre Catalan plusieurs fois
couronné, M. Jean Narach, de Perpignan, qui nous
a envoyé un bouquet de poèmes divers. Nous le
couronnons en en détachant une pièce,
A Cal
Margoy, ce qui veut dire : « chez Margoy ». La
vieille maison des Margoy, là-bas, en Cerdagne,
du côté de la Boscarona, ne payait pas de mine.
«Ne la vendez pas », avait dit la mère avant de
mourir. Non, certes, on ne l'a pas vendue; on l'a
réparée, modernisée, même embellie. L'âme des
vieux chante toujours dans la clarté de l'âtre et
le rosier tapisse le mur sans oser envahir le toit.
M. Jean Narach est le poète des douces choses
familières qui ont une âme véritablement, et il en
est le chantre inspiré. L'Académie lui offre, pour
le jardin des Margoy, un rappel de Souci.
La quatrième des pièces couronnées est due
cette fois au Rouergue, qui méritait bien une
leux
tant

revanche

les

sur

catalans décidément toujours

Séguret-Fraysse, de Rodez,
qui apporte cette revanche, l'excellente et bien
connue félibresse Calelhon, déjà souvent fleurie
ici même. Elle chante, notamment, en strophes
inspirées et vaillantes, mais peut-être un peu rapi¬
dement écrites, Sant Joan lo Misonièr. La mois¬
heureux. C'est Mme

son

dorée ondule

sonneur

les

épis roux:

au

soleil

:

saint Jean le mois¬

rappel. L'éclair des faux luit dans
saint Jean le moissonneur moissonne

bat le

�—

les

164

—

javelles. La moisson est finie, le soir est

venu,

le

grain conle dans la nuit; dans le ciel, saint
Jean le moissonneur, jetant sa faucille d'or, crible

les étoiles.

La moisson

aura

été heureuse pour

tous, puisque Calelhon, belle glaneuse de Sainte
Estelle, cueille au bord du champ un rappel

d'Eglantine.
Au

de cette année,

le Sonnet a manqué
plaintive Elégie est tombée en déli¬
au milieu de ses longs habits de deuil

concours

le but et la
quescence
et de

ses

larmes torrentielles.

Mais la Ballade et
fait

mouche

et

ont

l'Hymne à la Vierge ont
toutes deux conquis une

fleur.

L'Hymne à la Vierge chante Nostra Senyora
VA.ixau, Notre-Dame de la Vanne, la vieille
statuette, sur son pilier moussu derrière sa vitre
et son grillage, qui protégeait le ruisseau, le pont
rustique et tout le village catalan. Des mains
impies ont dérobé la douce image devant qui
s'arrêtait autrefois le blanc cortège chantant des
Rogations. Le poète, M. Paul Bergue, de Pézilla-dela-Rivière, déjà souvent couronné, a trouvé des
accents poétiques et touchants pour célébrer la
tendre Vierge déjà oubliée et les jolies coutumes
d'antan. Mais rien ne sera perdu tant qu'il y aura
des poètes dans notre terre occitane. « Votre
petit autel, nous le referons, s'écrie M. Paul
Bergue; statue, vitrage, grille et fleurs, tout
renaîtra et vous nous rendrez la paix, Notre-Dame
de la Vanne! »
Ah! comme il a raison le poète!
Aussi Clémence Isaure s'inscrit la première et
de

—

�165

—

—

Vierge catalane, en le cueillant sur
vivant de la Daurade, un Lis
d'argent réservé.
Quant à la Ballade, elle obtient à notre con¬
cours d'Oc la grande victoire de l'année.

envoie à la

l'autel toujours

La

C'est

Balada

de

las

Domaizelas,

«

Où

Quercy, comme vertu blanches
rigides, qui ne laissaient dépasser, des frisettes,
qu'un tout petit brin? — Les as-tu vues, leurs
dentelles, ô toiture du vieux moulin ? s'écrie le

sont les coiffes du
et

poète.

—

on ne voit plus que
Et vous, mignons sabots, qui

Adieu, coiffes de lin !

des demoiselles!

—

claquiez

feu, ils sont

tis

ne

sur le chemin? Jetés au
fumée vers les étoiles. On

par¬
voit plus que
des demoiselles!
Et vous, jolis corsages de
satin et beaux châles brodés des grands mères ? Cou¬
en

—

pés en morceaux pour faire des manteaux

d'Arle¬

quin!— Ah pleurez, vieilles du poète Jasmin, aux
papillotes fidèles. Des coutumes d'antan c'est
la fin. On ne voit plus que des demoiselles! »
Comme au concours français nous avons eu la
bonne fortune, combien exceptionnelle, de cou¬
ronner

d'Oc

cette année

nous

une

fable, de même au concours
une ballade. Ah! certes,

couronnons

elle n'est pas une «

chose fade

»

quand elle est,

celle-ci, ciselée de mains de maître, par un
maître en effet, M. Frédéric Cayrou, de Montauban, le brillant Courteline des lettres occitanes,
dont le nom est justement populaire, même sans
le secours de la télégraphie sans fil, et dont le
talent fait le régal aussi bien des lettrés que des
foules. Sa ballade, si joliment régionaliste, si
alertement sonore, et si tendrement touchante,
comme

�—

166

—

pâlit pas, nous semble-t-il, même après celle
«Neiges d'antan». Quel plus bel éloge pourraiton en faire? Aussi lui avons-nous donné avec joie
le Souci, prix du genre.
ne

des

Plusieurs envois
arrivés

de réel mérite

ne

sont

jusqu'à la fleur, mais ont obtenu des

pas

men¬

tions..
Des mentions très honorables ont été décernées
aux

envois suivants

:

1°

à

UOstal, poème,
Toulouse;

par

M. Joseph Cantagrel,

2° Nòstra Dama del Lavàs, hymne à la Vierge,
M. Pierre Fauré, à Toulouse;

3° Jocs de
à Delme

et

par

Vida, pièce,
(Moselle),

par

M. Marcel Carrières,

des mentions honorables à
1° Remembrem

:

Mistral, ode,
Thalabas, à Castelnaudary;
2° La
zanne

Legenda del Tremol, poème,
Rouanet, à Carcassonne;

3°
M.

nos

par

par

M. Pierre

Mme Su¬

Sounet, Soaneto e Sounaio, sonnets libres, par
Martel, à Château-Renard, en Pro¬

Henri

vence;

4° Triptic occitan, sonnets libres, par M. Paul
Sicard, à Labastide-Rouairoux (Tarn);
5° Espigos triados, sonnets libres, par M. Marc
Delbreil, au Mas, près Sarlat (Dordogne).

�—

i67

—

*
*

*

Messieurs, j'en aurais fini et nous serions tous
libérés, si le destin impitoyable et nos règle¬

enfin

féroces

ments

la Violette

n'avaient

d'or, fondée

attribué

cette

année

le commandant de
pour un sujet
intéressant la région méridionale.
Ne nous en plaignons pas. Félicitons nous en
au
contraire, en remarquant que c'est aujour¬
d'hui pour la première fois que le prix de Roque¬
maurel est attribué à la langue d'Oc — ce qui
correspond entièrement aux intentions régionalistes du regretté fondateur.
Des envois qui nous ont été adressés pour ce
concours spécial, nous en avons retenu et couronné
deux. A Muret, poème par Mme Louisa Paulin,
à Réalmont (Tarn), et Vivian en Aliscamps,
poème, par M. Paul Eyssavel, mèstre en Gai Saber
du Félibrige, à Auxerre, tous deux poètes de va¬
leur, déjà couronnés par l'Académie.
Chacun de ces poèmes, en alexandrins princi¬
palement ou en vers de dix pieds et généralement
en strophes, se compose de trois ou quatre chants
comme
quelques-uns des grands poèmes de la
Légende des Siècles.
par

Roquemaurel, à la langue d'Oc,

A

Muret, de Mme Louisa Paulin, écrit

occitan

en

bon

languedocien,

nous transporte aux anni¬
versaires de la fameuse bataille du 12 septem¬
bre 1213 où sombra
notre civilisation

l'indépendance du Midi et de

méridionale.
4*

�—

168

—

Deux chevaliers fantômes viennent, aux

nuits
septembre, errer sur le champ de bataille; l'un
vient rechercher et pleurer le cadavre du beau et
vaillant roi d'Aragon et honorer les morts de
Toulouse et du Midi qui gisent dans la plaine
de

murmurante.

L'autre est

le

fantôme

du comte

de Toulouse,

qui n'a pas su combattre et qui a
perdant la bataille et l'honneur. Il vient
pleurer sa honte et ses remords. — Puis, c'est la
« Porte vermeille
», la porte de Muret qui, dit la
Chanson de la Croisade, fut tellement inondée de
sang que vous l'auriez vue devenir toute ver¬
meille, rota vermelhejat. La félihresse albigeoise,
en une belle invocation lyrique, s'adresse à cette
porte et lui rappelle les souvenirs tragiques d'hé¬
roïsme et de félonie, qu'elle n'a du reste pas ou¬
bliés.
Puis, c'est la « Prière de Montfort». Après
la bataille, Montfort, accablé de remords, vient
demander pardon à Dieu de sa cruauté et de sa
rapacité. « Le vainqueur, dit-il, ce n'est pas moi,
c'est le roi Pierre d'Aragon qui est étendu tout
nu dans la plaine, lui qui est mort, le cœur pur,
pour la terre occitane... Vous me chasserez du
ciel, moi, grand pécheur, et sur la terre d'oc
toujours il y aura un poète pour honnir Mont¬

fui,

—

fort.

»

Evidemment. Cependant la Commission de
langue d'oc, qui comprend aussi des poètes avertis
en ce qui concerne notre histoire méridionale et
les réalités de l'hérésie albigeoise, n'a pas laissé
passer les élans, lyriques certainement, mais para¬
doxaux, de ces strophes sans élever de sérieuses
et fermes protestations.

�i6cj

—

—

critiqué le poème sur Muret, non certes
mais à cause des erreurs
historiques de son inspiration. L'insuffisance
militaire et l'inconduite personnelle de Pierre
d'Aragon, a-t-on dit, ne permettent pas de le
hausser, avec l'auteur, au rang des héros et des
cœurs purs ». Les excès de Montfort ne réha¬
bilitent pas l'anarchie sociale et l'albigéisme.
D'une lutte fratricide, apaisée dans l'unité fran¬
çaise, une déformation historique ne doit pas
indéfiniment présenter un aspect unilatéral et
On

sur

sa

a

valeur littéraire,

«

tendancieux. On

ne

saurait d'autant moins

en

avaliser les errements que de savants historiens,
très sympathiques à notre œuvre, tels que M. Jean

Guiraud, ne manqueraient pas d'en relever publi¬
quement la « fantaisie ».
Ces

critiques, difficiles à réfuter, ont nui au

poème pour la conquête de la Violette d'or.
L'autre poème,
Vivian en Aliscamps, nous
ramène beaucoup, plus loin et plus haut, au temps
des légendes épiques et des chansons de gestes
d'Aliscans et des Enfances Vivien.
M. Paul Eyssavel, dans un premier chant, pré¬
sente d'abord, comme il convient, mais dans le
ton des épopées anciennes, Vivian lo Pros, le
jeune héros et chevalier chrétien. Il est le beau
neveu de Guillaume au Court-Nez,
duc d'Aqui¬
taine et comte de Toulouse, mort en 804 en odeur
de sainteté dans l'abbaye de Gellone qu'il avait
fondée.
Vivien est

aux

Aliscamps; il défend la Provence
de l'émir Desramé, sul¬

contre la terrible armée
tan de

Cordoue, qui arrive sur la mer avec une

�chant,
le jeune héros chrétien, au cours
épique et fabuleux, est si cruelle¬
ment « navré » et blessé qu'il doit rentrer au
château-fort « en soutenant ses entrailles qui
sortent ». Dans le troisième chant, La Défaite,
malgré l'aide de ses six chevaliers, Vivien, qui
reste seul, est prêt à succomber, frappé à mort
par le géant Haucebir. Il remet son âme au « beau
Sire Dieu né le saint jour de Noël ». Le comte
Guillaume, accouru d'Orange à son secours, mais
trop tard, trouve enfin son corps au fond d'une
vallée au bord d'un vivier. Dans le dernier chant,
La Mort de Vivien, le jeune héros meurt en effet
dans les bras de son oncle après avoir reçu le
flotte de nefs étincelantes. Dans le second
Vivien navré,
d'un combat

pain consacré ». Et ce sont les rudes et touchants
adieux de Guillaume à son neveu, qu'il n'a pas
«

la
de

consolation, tant les ennemis sont
pouvoir emporter à Orange. Il
deux

cause

des
«

l'ensevelit

grands boucliers, sous des rocs « à
bêtes sauvages», et il s'éloigne lente¬

entre

ment.

nombreux,

Et personne ne verra

plus le visage de

qui, entre deux boucliers, repose. »
Tels sont, Messieurs, les deux poèmes qui ont
été couronnés. Si celui de Muret rappelle un peu
par le ton le Romancero Prouvençau et la Cansoun dou Rei en Pèire, de Félix Gras, et si celui de
Vivien
en provençal adapté à la graphie clas¬
sique occitane — rappelle le Romancero Occitan,
de Prosper Estieu, et surtout les tons et les pro¬
cédés de la Chanson de Roland, il ne convient pas,
nous semble-t-il, de s'en plaindre outre mesure.
On ne peut reprocher aux deux poètes de s'être
l'enfant

—

�—

i7i

—

inspirés des meilleures sources. On ne peut se
plaindre de leur habileté. Ils ont construit avec
maîtrise une large composition et brossé une
vaste fresque dont la haute inspiration chevale¬
resque, chrétienne et méridionale, ne faillit pas
un instant. Il passe dans leurs strophes un puis¬
sant souffle épique et leurs rimes sauvages reten¬
tissent du choc des épées et du fracas des batail¬
les.

L'Académie

donné

poème de Muret, peutplus personnel mais critiquable au point de
vue historique, non la Violette d'or, mais une
Violette d'argent qui s'en rapproche le plus et
qui est, dans le concours ordinaire, affectée au
poème, et elle a donné à Vivien le Souci d'argent
qui est, après la Violette, une de nos plus belles
a

au

être

fleurs.

Vous le voyez, le prix de Roquemaurel a été
justement et noblement gagné et il couronne
hautement notre concours occitan qui est digne de
ces grandeurs épiques et digne aussi des faveurs de

Clémence Isaure.

��LOME

BLANC,

POÈME

qui a obtenu utte oqfautiue d'acgeut,
par

M. Adrien

DUPIN, à Bordeaux.

saubadye e nude,
Aquét matin de gorre ount lou bènt, grand senhou,
Dou norouèt abant aperans la canude,
Matchèbe lou rastey d'un bouhat flingadou.
La costo dou Herret ère

palisse, em sa cargue abeùrade e chiùlante,
Bitzèbe, e dus bachèts à l'estarle e taùgats,
La

Coum s'un cant de doulou lous aboussi maùtats,

Semblèben toutichaù

se

planhe à la mâ'nante.

L'HOMME
La côte du Ferret était sauvage
tomne où le

frimas,

—

BLANC

et nue, ■— en ce
vent, grand seigneur,— du nord-ouest

matin d'au¬
appelant les

meurtrissait le rivage d'un souffle cinglant.

filets, avec leur charge abreuvée et
frémissaient, et deux barques mouillées côte à côte
et couvertes de leur voile, •— comme si un chant de douleur les
eût bercées, — semblaient doucement se plaindre à la mer descen¬
Les bois où sèchent les

sifflante,

dante.

—

�—

174

—

Sounque un magre gourbet, arrë s'ou sablareù :
ceù, la mâ, lou bènt que ploure, e l'amareù...

Lou

Dèts

journs qu'abènt taùgat aqui per la traîne,
Pescayres apariats à doudze, que hadènt
So qu', arrehilhs, abènt bist ha, quoan la chardine
S'alunhe e qu'à l'oustaù n'an pas mey pan, soubènt.
Dèts

journs qu'abènt trucat la mâ, dou punt de l'aùbe
l'aùbe, earrasclat lous hounds; dèts journs enteys
Que s'èren acanits, plens de la foy que saùbe,

A

A traîna chèns cés de rasteys en rasteys.

Hormis
Le

ciel, la

un

maigre gourbet (1), rien sur l'étendue des sables
le yent qui pleure, et l'amertume...

:—

mer,

Il y

avait dix jours que leur tente était dressée ici pour la
pêcheurs associés à douze, qui faisaient ■— ce que, petitsfils, ils avaient vu faire, quand la sardine •— s'éloigne et qu'à
la maison, souvent, on n'a plus de pain.

senne,

—

Dix

jours qu'ils avaient battu la mer, de la pointe de l'aube —
l'aube, raclé les fonds, dix jours entiers — qu'ils s'étaient
épuisés, pleins de la foi qui sauve, — à pêcher sans cesse de rivages
en rivages.
à

(1) Graminée des dunes.

�—

175

—

Imes abènt seguit îmes, flot e mâ 'nante
Cènt cops bist carreja la traîne ploumbante,
N'es pas sounque grambot que halèbe lou treit

...

Ni

sole, ni ristèu, ni barbahaùt, ni trogue :
Arré, sounque, de nueyt, lou trésor dount la hogue
Hadè plabe à souns pès les lagines de leit.
Se 'n anèben cerca, s'ou born de les cauénes
E dous gurcs, anguilouns, grans e claques-berénes;
Ou mindyèben, praùbas, de quaùque retintoun.
E

l'aygue, tchic per tchic, bachèbe dens les touques...
Mè, toutun, tant de mey que la sét à les bouquës
D'une

amare

doulou sentiben

l'agulhoun!

Maynadyes, credèts-mé, que beyram l'embelide,
sobe, bé, se lou Boun Diù ic boù
Esperam e décham-Lou ha : lou qui se hide
A-d-Et, ne l'abandoune pas coum lou linhoù.
«

E haram

...

Des basses-mers avaient suivi des basses-mers, flux et reflux —
vu charrier la senne pesante, — le coup de filet n'avait

cent fois

ramené que

trogue
marine

:

—
—

débris... — Ni sole, ni petit mulet, ni rouget, ni
rien, sauf, la nuit, le trésor dont la phosphorescence
faisait pleuvoir à leurs pieds les étincelles de lait.

Ils s'en allaient chercher, au bord des

sillons — et des trous
le courant, petites anguilles, crabes et coquilles
Saint-Jacques.— Ou bien ils mangeaient, pauvres diables, de
quelque méchant reste. — Et l'eau, peu à peu, baissait dans les
cantines.
Mais, cependant, combien plus que la soif aux
lèvres
d'une mère douleur ils sentaient l'aiguillon.
laissés

par

—

—

«

Enfants, croyez-moi, nous verrons l'embellie, — et nous
sûr, si le bon Dieu le veut. — Attendons et
qui se fie — à Lui, il ne l'abandonne pas

franchirons le cap, bien
laissons-Le faire : celui
comme

les

débris dans le courant.

�—

176

—

Pregam. » Ataù hadè lou bielh de l'esquipadye.
E, cadun dabant ét estans un tchic maynadye,
Preguèben, espians bira s'ou sablareù
Une aie de calhoc aù

ragadis dou ceù.

belhe, abènt gahat, blassade, une macruse;
un paderot rounguèbe s'ou rascaùt.
Autourn dou hue, bachans l'umbe dens la beruse,
Eren aqui, lous uelhs perduts, à tchapa haùt.
La

Ad-are

A hala l'abiroun

dus

journs encare;
bespe, larguerént la béle aù bènt arrey.
O la triste cousteyre, 0 lou loc mourturey
Ount ad-are paùmèbe une risade amare !
un ou

E 'n

Prions.

»

Ainsi

devant lui étant
les sables

—

parlait le vieux de l'équipage. — Et, chacun
peu enfant, — ils priaient, regardant virer sur
aile de goéland au ras du ciel.

un

une

*
*

Lu vieille,

*

ils avaient pris, blessée, une macreuse; — une poêle
sur les cendres brûlantes. — Autour du

ronronnait maintenant

feu, baissant l'épaule

sous

la vareuse,

—

ils étaient là, les yeux

Perdus, mangeant du bout des lèvres.
Un jour ou deux encore à tirer l'aviron; —• et, un soir, ils lar¬
gueraient la voile au vent arrière. — Oh! la triste campagne,
où bondissait maintenant une amère risée!
oh! le lieu mortel
—

�177

—

Un aùdèt

sus

la mâ hit

un

—

crid ta planhènt

: « Un gènt, un gènt !
matelot, aqui, que seg la coste .. »
Hadè de-cap à-d-its e de la coste ahant.
Lou bielh papé dichout : « D'ount pod sourje aquet
E coum nad de nous aùts ne l'a pas bist dabant ? »

Qu'estrementiren é, taleù,

Cridèt

Ere

un

un

oste ?

praùbe, eslandrit é bachat; de mey praùbe,

béde soun mandilh.
clarieyres d'aùbe;
dount aùrént boulut esta lou hilh.

Nou, n'en poudènt pas créde à
Mé souns uelhs apensats abènt
Ere

«

un

pay

D'ount

bènets, praùbe gènt? De dibets abé hame?

aqui pan, gabats aquet boucin d'aùjame
seytat-bous aqui... Paréchets mort de sét...
Droulét, be culhe bin, n'am encare per ét. »

Ats
E

cri si plaintif — qu'ils frisson¬
aussitôt, : « Un homme, un homme »! — cria un matelot,
« ici, il suit la côte. ». — Il se dirigeait vers eux, venant de la
Pointe.— Le vieux « pépé » dit: « D'où cet hôte peut-il bien sor¬
tir ?
Et comment aucun de nous ne l'a-t-il vu auparavant? »
Un oiseau sur la mer poussa un

nèrent et,

—

un pauvre, efflanqué et courbé; de plus pauvre, —on
pouvait imaginer, non, à voir son misérable vêtement. —
Mais ses yeux pensifs avaient des clartés d'aube; — c'était un
père dont aurait voulu être le fils.

C'était

n'en

«

avoir

D'où venez-vous, pauvre homme? Comme vous devez
— Voici du pain, prenez ce morceau de gibier — et asseyez-

faim?
vous

ici...Vous

nous en

paraissez mort de soif..— Petit, va chercher
pour lui. »

avons encore

du vin,

�—

Nou,

i78

—

ni bin, ni

pan. Mé, débat sas perpères,
prehountes; e ta bères
Que les aùrént aù ceù cutades dus lugans.
D'arré n'abé pas dauns, lou praùbe dens sas guelhes,
Que d'entènde lou pay racounta les mareyes
nou

..

Ludiben dues luts

E d'abisa les matchadures de

sas mans.

Se bous

planhi! Perqué la mâ s'es enmalide?
qu'ats pregat, bous oblide
didits pa 'co, 'strandyey :
Se Diù nous oblidèbe, ount eyrém cerca 'jude ?
Lou qui plenhe la mâ pod mey que lou qui 'pude
Lou Boun Diù sab
e soul
perqué hey so que hey.
«

Beleù que lou Boun Diù,
« Nous oblida!
Nenni,

...

»

—

...

—

—

N'es

pa' au Boun Diù à nous aùbedi.. Mey nou' n balhe,
E mey n- en bolem, pecs, chèns pensa' au qui courralhe,

Non,

ni vin, ni pain. Mais, sous ses paupières, — luisaient
profondes; et si belles — qu'on les aurait au ciel
prises pour deux étoiles. — Il n'avait besoin de rien, le pauvre
dans ses loques, — que d'entendre le père raconter les marées —
et de regarder les meurtrissures de ses mains.
non...

deux lumières

«

Comme je vous

de colère ?

oublie...»
Si Dieu

—

—

plains! Pourquoi la mer s'est-elle enflammée
Peut-être que le bon Dieu, que vous avez prié, vous
« Nous oublier? Non, ne dites
pas cela, étranger: —

oubliait, où irions-nous chercher assistance?
qui remplit la mer est plus puissant que celui qui y puise.
Bon Dieu sait
et seul
pourquoi II fait ce qu'il fait.
nous

Celui
Le

—

«Ce n'est pas au
et

plus

nous

—

—

—•

»

Bon Dieu à nous obéir... Plus il nous comble,—
exigeons, insensés, sans penser à celui qui

�—

Chèns

pensa'

Nous

au

&gt;70

qui haméje

...

—

Aquét,o, ' s malhurous.

aùts,
jade amlou taùgadye...
Mé bous, ount bats ataù, praùbe bielh, à boste adye?
Se boulèts damoura, qu'aurém de qué per bous ...»
am aygue, am pan; per

quauqu'un que l'esperèbe, e qu'ère l'ore
anèbe, sôun loc ère lunh, ala-hore;
Ne poudè pas dab its mey pause damoura.
E birèbe lou cap. Mé d'estéles ta bères
Laginèben lous uelhs! Mé débat lesperpères
Abènt ludit dus gruns que n' i poudè sarra.
Nou,

nou

...

:

Se 'n

Se 'n anèbe, bachat s'ou

paù. Darrey la lugue.
de-cap à loués per trabassa lous trucs,
Aquits gigants que d'un poutoun lou bènt echugue
En toursèns lous pinhoùs tan-baù lirouns paùrucs.
Birèt

vagabonde, — sans penser à celui qui souffre de la faim...
Celui-là, oui, est malheureux.— Nous, nous avons de l'eau, nous
avons du pain; pour reposer nous avons la tente... —Mais vous,
où allez-vous ainsi, pauvre vieux, à-votre âge? — Si vous vou¬
liez rester, nous aurions ce qu'il faut pour vous... »
Non, non... quelqu'un l'attendait, et c'était l'heure : — il
partait, il habitait loin, tout là-bas; — il ne pouvait pas rester
avec eux plus longtemps. — Et il détournait la tête. Mais d'étoi¬
les si belles
étincelaient ses yeux! Mais sous les paupières —•
avaient lui deux grains qu'il n'y pouvait enfermer.
—

Il s'en

allait, courbé

sur

le bâton. Derrière la lugue (1),

—

il

l'ouest pour franchir les dunes, — ces géants que le
vent assèche d'un baiser, — en tordant les jeunes pins ainsi
tourna

que

vers

des vipères effrayantes.

(I) Lagune laissée par le reflux.

�—

i8o

—

boute à garrespia la truque Manque ..
s' i hey... L'am aqui que s'estanque.
Hal se bire per'qui. Que nous boù, aquet gènt ?
Matelots, abisats... Em lou paù per maneyte
Nous hey béde lou peùgue... e jou, sus sa man dreyte,
Jou que bèdi 'ne estéle à quoate gruns d'arjènt. »

«

Bèdets,

E s'i

se

hey,

Libèt la

e

Labets, sas grenguilhes de praùbe
s'ou-cop coum d'un mante de neù.

man.

Se tintèren

Nou, jamey pescadous
N'es pas

n'abènt bist pareille aùbe;

qu'au paradis que se 'n i bey, beleù.

qu'à souns pès negrejèbe,
blanc arrajèbe.
Très cops libèt la man e la bachèt très cops :
Lou bènt piùlèt; la mâ, sus la coste tumade,
Repleguèt en-renac lou ribant de graùmade
Qu'em lous arremoulins plègue e desplègue adobs.

Au cim dou truc blancous

Tan-baù

«

un sou

Vous voyez,

Et il

se

tourne

il

se

de may l'orne

met à escalader la

grand'dune blanche...

—

démène, et il se démène... Le voici qui s'arrête. — Ah! il se
vers nous. Que nous veut-il, cet homme? — Matelots,

regardez, en se servant du bâton il nous montre l'Océan... et moi,
sur sa main droite, — moi, je vois une étoile à quatre grains
d'argent. »
Alors, ses guenilles de pauvre — se colorèrent
d'un manteau de neige. — Non, jamais pêcheurs
n'avaient vu aube pareille; — ce n'est qu'au paradis qu'on en peut
voir, peut-être.
Il leva la main.

aussitôt comme

la dune blanchâtre qui paraissait grise à
ainsi qu'un soleil de mai rayonnait l'homme
blanc.
Trois fois il leva la main et il la baissa trois fois : — le
vent s'enroua; la mer, sur la côte frappée sourdement, — replia
en maugréant le ruban d'écume — qu'avec les tourbillons elle
plie et déplie en cas de besoin.
A la cîme

ses

regard-,
—

de

—

�—

181

—

E l'aùbe s'ahounut...

Quoan biren disparéche
pujoù lou praùbe, grenguilhous,
S'abisèren entre its coum per se recounéche.
La mâ se garjouquèbe em-d-un son arraùcous..
De l'aùt born dou

.

Aném, lous mey jouénts, aném, biste, aù mey courre!
Per'qui, tout dreyt, gahats l'eslaùey e l'escourre,
Anèts béde, gouyats, ount l'ome blanc se 'n ba. »
E, coum s'abènt acoussigat souptes risades,
Tan-baù dus cabiroùs, de saùts e de gamades,
Estouren leù au truc, tout dus, à pantuba.
«

.

Déchèren

l'uelh

la

Manque estenude
Arrès, nad tralhadin
Soûle s'ou sablareù,
Soûle à-d- arremuda, dabant la plane aygude,
Une aie de calhoc aù ragadis dou ceù.
courre

sus

:

..

'

Et l'aube s'évanouit.

— de l'autre
loqueteux, •—ils se regardèrent entre
reconnaître. — La mer faisait le bruit rauque

Quand ils virent disparaître

côté du monticule le pauvre,
eux comme

d'une

pour se

gorge...

Allons, les plus jeunes, allons, vite, à qui courra le plus vite; —
ici, tout droit, prenez la petite et la grande baie, — allez voir,
jeunes gens, où l'homme blanc s'en va. » — Et comme s'ils eus¬
sent poursuivi de légères risées, — pareils à deux chevreuils, de
sauts et d'enjambées, — ils furent vite au sommet, tous les deux,
«

Par

haletants.

Ils

laissèrent

Personne,

courir le

aucune

regard

bouger, devant la plaine liquide,
ciel.

sur

la blanche étendue

trace de pas... Seule sur les sables,
—

une

:—

seule à
aile de goéland au ras du
—

�—-

Aquest'

cop,

182

—

dens l'esgleit ount de la mâ cousteyre

Lou bènt maùtèbe

en rangounans la bersouleyre.
Lous pescayres, à l'ime, anèben ha lou lans.
Lous uns à la pinasse e lous aùts aù courdadye,

Jurquèben; à pansalhs s'esquissèbe un nuadye,
E l'aygue s'ou hilat tchoulhèbe en bi roulans.
Anéna, drollesl bous diùt qu'aù cap de 'quére treite,
Tout-are, trouberats la pinassotte estreyte :

«

Lou

peich bous serbira de palhe e de capsey.
qu' i perdi moun noum se n'èm pas sus la baste
E se n'am pa' au desè de qué ha coye à l'aste
Cent cops mey que lou hert, sounque dou mejancey...
Té!

fois, dans l'éclaircie où de la mer calmée — le vent balan¬
grommelant le berceau, — les pêcheurs, à la basse-mer,
allaient donner le coup de filet. — Les uns à la pinasse et les
autres au cordage, — ils peinaient; à grands lambeaux un nuage
se déchirait, — et l'eau clapotait sur le filet en tourbillonnant.
Cette

çait

en

Allons, garçons! je vous dis qu'à la fin de cette journée de
pêche, — tout-à-l'heure, vous trouverez la barque étroite : —
le poisson vous servira de paille et d'oreiller. — Tenez! que
j'y perde mon nom si nous ne sommes pas sur le banc—et si
nous n'avons pas, ce soir, de quoi faire cuire à la broche — cent
fois plus que notre soûl, rien que du poisson moyen. »
«

�—

183

—

E halèben. Aùs

borns, la polie se sarrebe;
sourjude, aùs pès se chabirèbe.
Espetilhans d'esboulhs, lou bènte bouhoullut
Se boutèt à maggla coum aùré heyt un marri ;
E d'arjènt biù laùserejèbe aquet embarri,
Parelb, en sa triboule, à-d- une mâ que glut.
La traîne,

Quaù barsalh ! Quaùs clapats ! quaù flingante esbrousade,
Quoan ginlèt s'ou rastey, de la polie bessade,
L'aygue bibe dou peich : coustuts e barbahaùte,
Flatans, playnes, saùtous, grans, acamats d'estères,
Risteùs à pèt d'arjènt, soles e soliquères,
Que parèben lou bènte à l'escup dous laùsaùts!
Dèts cops
A

l'aùbe,

de peich gingans plenhèren la bajaùle.
treit; e, lou bachèt per jaùle,

encare un

Et ils tiraient. Aux extrémités la

pochp se resserrait; — la senne,
l'eau, se renversait à leurs pieds. — Pétillant de bouillon¬
nements, le ventre boursouflé — se mit à s'agiter comme l'eût
fait un bélier; — et cet enclos lançait des éclairs d'argent vif, —
pareil, en son émeute, à une mer déchaînée.
tirée de

Quel

vacarme ! quels claquements ! quelle flagellante poussière,
lorsque jaillit sur le rivage, de la poche renversée, — l'eau
vive du poisson : coustuts et rougets, — turbots, carrelets, muges
sauteurs, crabes ayant peignes pour jambes, —• petits mulets à
peau d'argent, soles et petites soles, — qui présentaient le ventre
au crachat des encornets! (1)

—

Dix fois de

d'osier.

—

poisson remuant ils emplirent le grand panier
(2), un coup de filet encore; et,

Au coucher du soleil

(1) Sorte de seiche.
(2) Le mot « aiibe » est pris indifféremment
cher du soleil.

pour

le lever

ou

le

cou

�184

-

De
E

—

peich hiren la turre à hautou de troupès.
cops, à pléne bacherade,

l'endeman, dus

Un bateù s'alunhèt

em sa

béle sarrade,

Cargat dinc à la cingle, aù bouhat dou bènt d'ouès.

Lou pan

à l'oustaù se 'n anèbe
E, coum un co malaù, la mâ que lou maùtèbe.
Un crid planhènt traùquèt lou piùle... : « Sinnat-bous,

d'une

sesoun

Es beleù l'ome blanc que passe

aqui, maynadyes..

»

Arremoulins
E halèbe

leùgeys daùrèben lous silhadyes,
souspis lou bènt dens les haùtous.

le bateau servant de

prison,

hauteur du banc des

rameurs.

—

de poisson ils élevèrent le tas à

deux fois, à plein contenant,'— une barque
voile serrée, — chargée jusqu'au bord, au souffle

Et le lendemain, par

s'éloigna

avec sa

du vent d'ouest.

pain d'une saison s'en allait vers la maison — et, comme un
malade, la mer le berçait. — Un cri plaintif traversa le
calme... : « Faites le signe de la croix, — c'est peut-être l'homme
blanc qui passe ici, mes enfants.. »
Le

cœur

De

.

légers tourbillons doraient les sillages,
après lui des soupirs.

hauteurs traînait

—

et le vent dans les

�R1BA

DOCA,
á

7

POÈME
qui a

o6teuu

uue

íPtilucirète,

par

M. Léon

CORDES, à Siran

(Hérault).

Bressada per la mar la mai blua del monde
es una riba doça a mon cor enmascat
ont la vinha dometja espandida en abonde
ven sannar

e,

de verdor

sus

lo sablòn daurat

setembre arribat, plega tota sa rama
e trïomfanta al pe de la ciutat.

cargada
Aqui,

coma una nau qu'a menât Nostra-Dama
vers la calanca ont son
jôia e solàs,

tôt dreit
a

l'abric dels vents folhs s'es annada

DOUX
Bercé par
doux à

la

mon

ama.

RIVAGE

mer la plus bleue du monde — il est un rivage
enchanté — où la vigne plaisante, déployée en

mon cœur

abondance,
fait
venu,

saigner
plie ses

verte couleur sur le sable doré — et, septembre
— lourds et triomphants aux pieds de la

sa

rameaux

cité.

Ici,
vers

le

nef qu'aurait, poussée Notre-Dame — tout droit
port où sont la joie et le repos,— à l'abri des vents déchaî¬

comme une

nés s'est ancrée

mon

âme.

�—

La terra

amistosa

186

■—

soplá jos mon pas,
qu'an bolzat aquelis de ma raça
sos corpses uei i dormisson en patz.
es

e

la terra
e

que

Tôt floris

elhs tal

quand la prima passa
garriga, amont.
Garriga, quand l'estiu t'estiras, coma lassa,
a mos

florisson ametliers

Jol

sus

grand solelh de foc

convidas tos fidels
festa de las
Ieu

qu'i pica d'aplomb,

e

festa;
colors, vivas dins lo lum blond.
a-n-una crana

soi exaltat sul

me

la

penjal de la cresta

vejent s'apariar
lo

en ufanôs simbel
de la roselha e l'or de la ginesta;

sanc

pes fugissià dins l'aire embaumarel
tapis vert ont leu negrejarià la gruna,
vers l'orisôn marin que me fasià bel-bel.
a mos

lo

La terre est avenante et
remuée
en

ceux

de

ma race

sous mon pas, — la terre qu'ont
dont les corps aujourd'hui y dorment

souple

—

paix.
Tout fleurit à

ainsi qu'à l'arrivée du printemps —
la garrigue, là-haut. — Garrigue,
été tu t'allonges, comme lasse,

fleurissent les

quand
sous

en

le

fidèles à

mes

yeux

amandiers

sur

grand soleil de feu et qui tombe droit, —tu convies tes
belle fête; — fête des couleurs, riantes dans la lumière

une

blonde.
.Te

me

suis exalté

sur

magnifique symbole,
A

mes

la. pente

—

le

sang

des monts — voyant se joindre,
du coquelicot et l'or du genêt.

pieds fuyait dans l'air parfumé

bientôt noirciraient les grappes
tirait.

—

vers

—
le tapis vert oû
l'horizon marin qui m'at¬

�*—

187

—-

Bressada per la mar blanca de clar de luna
es una riba doça a ma jovensa en flor.

Aqui pel primier cop a-n-una filha bruna
mormoleri de mots que pregavan

d'amor,

potons e d'amor per de qu'era polida,
d'amor e de potons coma s'es fait totjorn.
de

L'ondada corrissià cap
ritmant los picaments
la

plana

se

taisià, motonada espandida

ont la frescor

Riba
dins

à la riba unida
de nostris cors falords,

del vespre

escorrissià de plors.

doça, ai begut tota la poesia
la patz de tos sers, l'ardor de tos miegjorns,
vengut roje de l'ambrosia
m'a donat la vinha dels aujols.
'n destetar, riba de la Patria,

e mon sanc es

del vin que
Al per nos

Bercé
un

à

par

la

rivage doux à

une

mer
ma

blanche de clair de lune — il est
belle jeunesse. — Là pour la première fois

fille brune

j'ai murmuré des mots qui priaient d'amour, — de baisers et
car elle était jolie, — d'amour et de baisers ainsi qu'il

d'amour

s'est fait de tout temps.
La vague venait mourir sur la plage unie — rythmant les batte¬
ments de nos cœurs exaltés, — la plaine se taisait, étendue mou¬

tonnée

pleurs. — Doux
dans la paix de tes soirs, l'ardeur

où la fraîcheur de la nuit laissait couler des

rivage, j'ai bu toute la poésie
de tes midis,

—

devenu rouge de l'ambroisie -— que lui a versée
la vigne des aïeux. — Ah! Pour nous en sevrer,
rivage de la Patrie,
et

mon

sang est

le vin donné par

�188

—

—

de ton encantament, es
que seriam pro folhs ?
Es que seriam pro baugs
per ésser doblidaires
de nostras tradicions coma de nostris dois.
que seriam pro matats per ésser renegaires
de la lenga chucada ambe lo lait mairal?
...

Non, siam tornats ambe la fe dels

repréner l'araire abandonat sul talh;

per

l'araire al

Aici

e

lusent que deliura e que dona
noblessa al que ten son menai.

soc

la suprême

car

vielhs lauraires

res non

moris

e res non

s'abandona,

tant que

lo socàn

tant que

lo solelh caressarà l'oliu
antic d'una flamba pariona,

long del camin l'ametlier

serà viu

que lo cipressier prep de la barraqueta
montarà prim, seràs terraire
e

renadiu,

de ton
assez

enchantement, serions-nous assez fous?—Serions-nous
impudents pour oublier — et nos traditions et nos deuils,

serions-nous
vieux

domptés
Non, nous

assez

le lait maternel?...

pour renier
sommes

—

la langue sucée

avec

revenus, forts de la foi des

laboureurs,

reprendre la charrue abandonnée sur le sillon ouvert, — la
au soc luisant
qui fait les hommes libres et donne
la
suprême noblesse à celui qui tient son mancheron.
charrue

—

Ici, rien
soleil

ne

meurt et rien

caressera

tant que

l'olivier

—

ne

et

s'abandonne, — car tant que le
l'antique vignoble du même feu,

le long du chemin l'amandier sera vivace, — et que
cyprès auprès de la cabane — montera effilé, tu seras une terre
de perpétuelle
renaissance,
le

�—

o
a

i8g

riba

qu'en faguent redolar ta graveta
fargada la mar al gigantas estoc;

mar

latina, asurada

riba nostra,

e

luminosa

e

neta,

riba doça de Lengadoc.

rivage qu'en faisant rouler ton gravier — a forgé
géant; — mer latine, azurée et lumineu
rivage nôtre, doux rivage de Languedoc,
ô

son

étau

la

mer

à

�POEMA D'UN DIA

D'ISTIU,

POÈME

C|u.i

a

odteiiu

uh

©ci/iftfet,

PAU

M.

Gumersind-GOMILA, à Perpignan.

Mati.

Cada

cosa va

aixi se'n

va

fent el

seu

cami;

la nit i el jorn arriba

Surt el sol per a

tu i

per a

per a

l'herba i el bou,

per

Hom

es

lleva amb el

cor

...

mi,
a la griva.

alleugerit,
i, al obrir la fmestra, l'ull se posa,
com
l'abegot sus del fonoll florit,
sus del vilatge
pintadet de rosa.

POÈME D'UN JOUR D'ÉTÉ
Matin.
Toute chose fait

chemin; — ainsi la nuit s'en
surgit pour toi et pour moi, —
pour le bœuf, pour la grive.
arrive...

On

l'œil

—

se
se

son

Le soleil

lève

pose,

avec
—

le

et le jour

l'herbe

allégé, — et, en ouvrant la fenêtre,
le bourdon sur le fenouil fleuri, — sur le

cœur

comme

va

pour

petit village peint en rose.

�'91

—

—

La mar, avui, és de color de mar;
i al lluny del lluny, on la blavor es recera,
hi ha coses blanques que no sap l'esguard
si són

gavines, veles

o escumera.

I quin encant que té el mati d'istiu !
La sang es torna mel dins de les venes;
la vida és un infant que vos somriu
eom

el cami que

deixen les

carénés.

S esta.

Ara la barca verda

se reposa
sota la mantellina dels filats;

la torre té la

i els

La mer,
le bleu

sait pas

Et

se
—

la couleur de mer; — et au lointain, où
des choses blanches dont le regard ne
si ce sont des mouettes, des voiles ou de l'écume.

aujourd'hui,
cache,— il

quel charme il

miel dans les
comme

cúpula més rosa
pic més enamorats.

cors son un

veines;

a

y a

a

le matin d'été!

le chemin que

—

Le sang devient du

la vie est un enfant qui vous sourit
laissent les carènes.

—

—

Sieste.

barque verte se repose —■ sous la mantille des
la coupole de la tour est plus rose — et les cœurs sont
plus épris.

Maintenant la

filets;
un

—

peu

�—

192

—

Al fons de

l'aigua clara el peix belluga
algues fa miralls d'argent;
davalla, càlida i feixuga,

i entre les

l'hora

del campanar

cilïndric i indolent.

La barca pensa : « I quina bona vida
de jaure tôt el dia panxa al sol .... »
I

jà

no sent que

i

va

oblidant que

L'avi fa

un

l'horitzó la crida;
el cap-al-tard la vol.

bec, la nina lleva taula;

dins el bressol l'infant somnia mel;
i en mig del port, tranquil i blau, hi eau

gavina

Le

poisson

com un

remue au

la

blanc présent del cel.

fond de l'eau claire

—

et

parmi les algues

fait des reflets
du

clocher

La

d'argent; — l'heure descend, chaude et lourde,
cylindrique et indolent,

barque

—

Et quelle grande vie — que de rester cou¬
journée, le ventre au soleil...»—Elle n'entend plus
l'horizon l'appelle; — elle oublie déjà que le couchant la
pense : «

chée toute la
que
veut.

L'aïeul sommeille, la jeune fille dessert; — dans le berceau
l'enfant rêve du miel; — et au milieu du port, tranquille et bleu,
tombe la

—

mouette

comme un

blanc

présent du ciel.

�—

i93

—

Tard.

La nina del mallot color de cendra
m'ha deixat i ha
i
i

partit perqué es fa tard ;
jo he restât tôt sol, amb el cor tendre
amb un desert d'amor davant l'esguard.

L'estany s'adorm entre senills i canyes
i

pinta el tard les boires de carmi.
Cap a ponent cavil-len les muntanyes;
cap a llevant les veles fan cami.
Ai, madrigals de tela, veles blanques!
quan vos perdré de vista a l'horitzó,
els ocells callaran damunt les branques
i

pel cami se'n tornarà el pastor.

Couchant.

jeune fille au maillot couleur de cendre — m'a quitté; elle
partie parce qu'il se fait tard; — et moi je suis resté tout seul

La
est

avec

le

cœur

attendri

—

et avec

un

désert d'amour devant le

regard.

L'étang s'endort parmi les roseaux — et le crépuscule peint les
carmin. ■— Vers le couchant les montagnes songent; —

nuages au
vers

le levant les voiles font leur chemin.

Ah, madrigaux de toile, voiles blanches 1 — quand je vous
perdrai de vue à l'horizon, — les oiseaux se tairont sur les bran¬
ches — et par le chemin s'en retournera le berger.

�—

I

jo escriuré

un

en

'altra fulla

Amb el

cor

i()4

—

el llibre de

ma

vida

igual

que la d'ahir ....
las i amb l'anima florida

vaig collint les garlandes del Desti.

Et moi

j'écrirai

à celle d'hier...
les

—

sur

le livre de

Avec le

guirlandes du Destin.

cœur

ma

vie

—

une

autre page

las et l'âme fleurie

—

pareille
je cueille

�BALADA DE LAS

DOMAIZELAS,

BALLADE

gui

a

obtenu Ce Jouet, ptioc Su genre,
PAR

CAYROU,

M. Frédéric

à Montauban.

Ont

son

las còfas del Carsin

blancas e retas
Que laisaban, de las frizetas
Despasar res qu'un pichon brin ?
Las as pas vistas lors dentèlas,
Coma vertut,

0 teulada del vièlh molin ?
Adisiatz ! cofetas de lin.
Se vei

plus que de domaizèlas.

BALLADE DES
Où sont les coiffes du

DEMOISELLES

Quercy

—

comme

vertu, blanches et

rigides, — qui ne laissaient dépasser, des frisettes — qu'un tout
petit brin? — Les as-tu vues leurs dentelles, — o toiture du vieux
moulin?
Adieu! coiffes de lin. — On ne voit plus que des
—

demoiselles.

�&gt;96

—

Ont

son

E ser,

los

esclòps

—

que

maitin

cascalhantas truquetas,

Batian

mezura

Per

paziment
Cramats, son
Montats

en

à cansonetas

camin?
à las estèlas
laujièr e fin

o per

cap
fum

Coma sintors de romarin.

Se vei

Ont

plus

son

que

de domaizèlas.

cazabès de satin

E châles brodats de floretas

Que, quand los metian meninetas,
lor cozin ?
d'auèi, las bêlas
Las copan bosin per bosin
Per ne far mantèls d'arlequin.
Se vei plus que de domaizèlas.
Lo rei n'èra pas
Ailàs! al jorn

Où sont les sabots
—

battaient

qui, matin

mesure

à

—

et soir, bruyantes castagnettes,

chansonnettes

sur
carrelage ou
Brûlés, ils sont vers les étoiles
montés
en fumée légère et fine —• comme senteurs de romarin.
On ne
voit plus que des demoiselles.
sur

chemin?

—

—•

—

—

Où sont corsages de satin — et châles brodés de fleurettes —•
tandis que, les endossant vieilles grand'mères, — le roi n'était
pas
leur cousin? —■ Hélas! de nos jours, les belles — les découpent
morceau
—

On

par morceau

ne

voit

plus

—•

que

faire des manteaux d'arlequin.
des demoiselles.

pour en

�Mandadis.

Ploratz, vièlhas de Jansemin,
A las

Dels

papilhôtas fidèlas!
anars

Se vei

plus

d'antan
que

la fin.

es

de domaizèlas.

Envoi.

Pleurez, vieilles de Jasmin,
d'autan c'est la fin.

coutumes

selles.

—
—

aux

On

papillotes fidèles. — Des
voit plus que des demoi¬

ne

�A NOSTRA SENYORA DE
HYMNE

cjiti a

A

oijtenu

LA

L'AIXAU,

VIERGE

un.

icaetuV,

PAR

M. Paul

BERGUE, à Pézilla-de-la-Rivière

(Pyrénées-Orientales).

Apròp d'un pont que salta el rec,
alegría i abundó per l'hòrta,
s'alça un vell pedró, còsa mòrta,
sense estatu,
ull ôrb, riu al sec.
La Verge hi amparava al
vilatge;
més n'han furtat la Santa

imatge.

Deu-li perdó a l'higuenau,
Nôstra Senyora de l'Aixau!

i

A
Près d'un

NOTRE DAME DE LA VANNE

pont qui saute le ruisseau, — joie et abondance
les jardins, — s'élève un vieux pilier, chose morte, — sans
statue, œil aveugle, rivière à sec. — La Vierge y protégeait le
village; — mais on en a volé l'image Sainte. — Pardonnez-lui,
à l'impie, — Notre-Dame de la Vanne!
pour

�'90

-

-

En nit fosca

i'1 terme desert

obrava la mà

sacrilegi.

Cuida el malvat

que

ningú'l vegi.

pus s'ha descobert.
El ninxo aviat de flors se buida;

Aquei mai
d'hi

venir

pregar

n'hôm descuida.

I l'oració, tant que vos plau,
Nòstra Senyora de l'Aixau!
î

Altre temps, per les Rogaeions
la gent devôta s'arrotllava;

pels

camps

tôt verds s'escampillava

serpentivols professons.
gôig del die,
i la fè dels còrs resplendia.
jCom somreia a tots Vôstre ull blau,
Nôstra Senyora de l'Aixau!
en

Pertot cantava el

El

paisàn, soient confiâ
vetllâ al patrimôni,
Sants, Galdric, Antôni,
Blasi, Feliu, Sebastià.
al Gel per
resava als

Par nuit obscure et la campagne déserte — opérait la main
sacrilège. — Le méchant veille à n'être vu de personne. •—
Celui-là, on ne l'a plus découvert. — La niche se vide bientôt de
fleurs; — on oublie d'y venir prier. — Et tant vous plaît l'oraison,
—

Notre-Dame de la Vanne!

En d'autres temps, aux Rogations, — les gens dévots s'assem¬
blaient; — par les champs tout verts on s'éparpillait — en proces¬
sions serpentantes. — Partout chantait la joie du jour; — et la
foi des cœurs resplendissait. —• Comme Votre œil bleu souriait
à tous, — Notre-Dame de la Vanne!

accoutumé à se fier — au Ciel pour garder le patri¬
implorait des Saints, Gaudérique, Antoine, — Biaise,

Le paysan,

moine,

—

5

�—

200

—

Perxò la més tendra pregari
al Vòstre rural Sagrari.

era

i^Del Paradis teniu la clau,
Nòstra Senyora de l'Aixau 1
Com que al camp se sab midar
s'hi presava el dû de la vida.
La taula bé

just,

mal

servida,
dava gust.
L'amo, ambe dòna i prou niçaga,
de sos afanys ténia paga.
com

el pa moreno

Ambe Vos sola tôt escau,
Nôstra Senyora de l'Aixau.
Ara los

plers, tots z'ha tastat
l'endret, i de cap s'acontenta.
Tôt li fa enveja, tôt el tenta;
després, de tôt és disgustat.
El passant, surrut, ni s'adona
que'l pilà s'escrosta i s'engruna.
jBé val qu'ai Cel teniu palau,
Nôstra Senyora de l'Aixau!
Félix, Sébastien. — Mais la plus tendre prière — était pour Votre
rustique. -— Vous avez la clef du Paradis, — Notre-

sanctuaire

Dame de la Vanne t

Comme,

aux

champs, tout

ciait le don de la vie.
noir

se

savourait.

-—

—

Le maître, avec femme et assez de

était payé de ses soucis.
Dame de la Vanne!
Les

se mesure au juste, — on y appré¬
La table servie bien ou mal, —■ le pain-

—

géniture, —■
Avec Vous seule tout réussit, —• Notre-

plaisirs, maintenant, il les

tous goûtés,

— le village, et il
envie, tout le tente; —
ensuite il est dégoûté de tout. — Le passant, renfrogné, ne remar¬
que même pas —■ que le pilier se délite et s'émiette. —- Bien
vaut que vous avez un palais au Ciel, — Notre-Dame de la Vanne!
ne se

contente d'aucun.

—

a

Tout lui donne

�SOI

—

—

En tôt llòc ont heu fet sojorn,
Verge, Vôstre regard s'hi inclina.
La capelleta s'esbocina,
cairós sembrats perqui a l'entorn;
més, del ninxo, endolada gabi,
sembla qu'un dolç record s'esbravi.
j Es Vôstra Graci que ne eau,
Nôstra Senyora de l'Aixau!

Com,

no

més al passar la mà
d'enfalga o de mentastre,

su'l brot
els dits

ne serven

flairés rastre

que tant agrada d'enxumâ;
aixi de l'oblidada estanci

sali

fragranci
que torna l'home Vostre esclau,
Nôstra Senyora de l'Aixau!
encara

en

rara

Es héra

qu'en etsurç de fè
l'ofensa.
Maria, ohiu la prometença :
Vôstre altaret, l'hem de refè.
pensem a reparar

En tout lieu où

fait

Vierge, Votre regard
— les briques
semées par là aux alentours; — mais de la niche, cage endeuillée,
il semble qu'un doux souvenir émane. — C'est Votre grâce qui
en tombe, ■— Notre-Dame de la Vanne.
vous avez

séjour,

—■

s'y incline. — La petite chapelle tombe en morceaux,

—

De même que, en

passant seulement la main — sur le brin de
— les doigts en gardent une trace
odorante
qui plaît tant à respirer; — ainsi de l'habitacle ou¬
blié
il sort encore un rare parfum — qui fait de l'homme Votre
esclave, — Notre-Dame de la Vanne!

basilic

ou

de menthe sauvage,

—

—

Il est
rer

temps qu'en un sursaut de foi, — nous pensions à répa¬
l'offense.—-Marie,entendez notre vœu: — Votre petit autel,

�Estatu, floi's, vidratge, reixa,
la Capella reneixe.
Aixis haurem pactat la pau,
Nôstra Senyora de l'Aixau!
veureu

nous

la

le referons.

—

chapelle renaître.

Statue, fleurs, vitrage et grille, — vous verrez
— Ainsi aurons-nous conclu la paix, — Notre-

Dame de la Vanne!

�PIÈCES,
qui ont

oGtenu

£glautîwe d'aeqeut,

une

PAR

Mme Simone

GAY, à IlIe-sur-Têt
V.

(Pyrénées-Orientales).

I

Silenci.

Aquest cami no sè on mena
enmig del bruc i el ginestô,
l'estepa hi fa sa rosa ofrena
l'abril

tendre

es

l'arbrissó.

en

Dins l'ombra verda de l'alsina
tôt és

quèt, sols fa remor
l'espantadissa selvatgina.
on

El cami s'obre

en

la claror

PIÈCES
I

Silence.
Je

ne

genêt,

sais où mène

—

le cyste

l'arbrisseau.
est

—

—

ce

fait

chemin

sa rose

—

entre la

offrande,

—

bruyère et le petit

l'avril est tendre

Dans l'ombre verte des chênes-verts

—

en
où tout

on perçoit le bruit léger — des peureuses bêtes
Le chemin s'ouvre dans la clarté — d'une olivette

tranquille,

sauvages.

y

�204
d'una oliveda

recollida,
oliu,
per l'esperit model de vida,
pan estesa i somni soliu.
terra

nua

entre cada

El caminet de
i

nou

s'endinsa

vaig seguint els

meus encants,
dintre el bosc llisa una llum minsa

pel cami fosc neixen brillants.
Tots els ocells de

primavera
s'apleguen vôra el gimenell,
tinc la frescor de la ritsera
i la frescor del cant d'ocell.

Que el cami fini o que comenci
passant de l'ombra a la claror,
s'hi cull la
i no'n

rosa

conec

de

del silenci

goig millor.

recueillie, ■—• terre nue entre chaque olivier,—pour l'esprit modèle
de vie, — paix étendue et songe solitaire.
A

nouveau

guide,

—

le chemin s'enfonce

dans le bois glisse

sombre met

ses

une

—•

et

enchantement

mon

fine lumière

—

qui

sur

me

le chemin

brillants.

Tous les oiseaux du

printemps — s'assemblent près du gimenell,
j'ai la fraîcheur de la rivière —, et la fraîcheur du chant d'oi¬
seau.— Que le chemin commence ou s'achève,— passant de l'om¬
bre à la clarté, — j'y cueille la rose du silence — et je ne sais
pas de joie meilleure.

—

�2O5

II

L'Aspre.
cel de foc,
desflorit, estepa seca

Erm désolât i

bruc

i terra que es corseca.
Ni un cant de font, ni una

I Ha trobat l'aigua
dintre la vall?

ombra enlloc.

el perdigall

fugint el caçador,
dolç, sola dolçor

S'en vé,
i xiscle
en

l'aspre serra,

com

vol manyac

d'una altre terra.

l'home, dret al cim d'un roc,
de tôt l'erm désolât deslliura el crit de foc.

II

L'Aspre.
t.

bruyère flétrie, cystes séchés
ni un chant de fontaine,-ni
une ombre.— A-t-il trouvé l'eau dans la vallée,—■ le perdreau? —
Il vient, fuyant le chasseur, — et son cri doux est la
seule douceur ■—de l'âpre montagne, — comme un vol caressant
d'une autre terre.
Et l'homme, debout sur un roc, — de tout
Garrigue désolée et ciel de feu, —

—•

et terre

jusqu'au

cœur

asséchée,

—

—

l'inculte désolé délivre le

cri de feu.

�LA

TARTANERA,
PIÈCE

ijui

oêteuu

a

uut

iEttutevète,

PAR

M. Edmond

à Céret.

Bella tartanera

«

—

BRAZÈS,

del matxo enflocat,

trigarem gaire

no

arribar el mercat?
«

Sota la

»

porxada,

vell ermità

un

ço qui fa gracia
desig humà. »

ven

al

Vull

omplir-te el cotxe
goig i salud;
roses
d'esperança,
clavells de virtut; »
«

amb

LA MESSAGERE
■—

«

Jolie

bientôt

•—

«

messagère

au

Sous le

portique,

le désir humain.
«

Je

rance,

—■

du mulet enrubanné,

—-

arriverons-nous

»

un

vieil ermite,

—

vend ce qui charme

—

»

emplir ta tartane — de joie et santé;
œillets de vertu; —

veux
—

—

marché ?

—

roses

d'espé¬

�—

arrels de

paciència,
l'amor,
rams de
sabiesa,
petals de candor
»
«

herba de

....

«

—

On

iras, retrangle,

Si el mercat és clos ?

En la boira

alçada,

l'ermità s'és fos.

«

»

Colliras engrunes

pel teu desconsol,
si el glever les guarda
de garsa

«

i mussol.

»

He fet escollida

d'un ramell

d'encant,

tôt l'any me dona
gaubança d'instant. »
que

«
—

racines de patience,
pétales de candeur.
«

—

Où

—

herbe d'amour,

—

rameaux

de sagesse,

»

iras-tu, retardataire, —- si le marché est fermé?
—- l'ermite a disparu. »

—

Dans le brouillard levé,
«

les

«

Tu cueilleras des bribes
a

sauvées

—■

J'ai choisi

accorde

—

de la

—

pour

pie et du hibou.

—un rameau

joie d'instant.

ta désolation,

—

si le gazon

»

merveilleux

—

qui toute l'année

»

6*

�-—

«

No pue

2o8

—■

el revendre,

pro du al viatger
encis de la ruta,

pensament lleuger. »
Tarda de
camins

Pasquetes,
d'Empordà;

desclou. esperança
el farigolar.

Voga la tartana,
inflada de vent.
Fila l'orendola
seda

—

transparent.

«

Gentil tartanera,

el bosc fa remor;

allarga l'estona
el matxo maimó.

puis le revendre, — mais il asspre au voyageur, —
— et pensée légère. »
Après-midi pascale, — chemins d'Ampurdan;— les espaces de
thym — épanouissent l'espérance.
La tartane vogue, — enflée par le vent. — L'hirondelle fde
soie transparente.
Je

«

ne

charme de la route

—

Gentille messagère,
prolonge l'instant. »

—

■—•

«

—

le bois

murmure:

—

le mulet flâneur

�SANT JOAN LO

MISONIÈR,

PIÈCE

qui

a

06tenu

uit

cR.appe£ ò'ígfauttue,
PAR

Julienne

SÉGURET-FRAYSSE (Calelhon),
à Rodez.

Al uscle del estiu la

plana s'es daurada;
l'espandida granada
que bronzina de longa en fasquent baisa-leva;
Polsadis arderos e prigond de la gleba —
Corage, païzan! ton espiga amadura!.
Lèu tocaràs lo près de ta pena tant dura.
Yenètz totes, venètz, medraires bruns, ligaires,
pagezes perbezits e paures englenaires;
son martèl d'ôr picant al cadrant de l'annada,
Sant Joan lo Misonièr sôna la rampelada.

l'alba clara enluzis

—

SAINT-JEAN LE MOISSONNEUR
A la chaleur de l'été la

plaine s'est dorée; — l'aube claire luit
grain — qui bruit longuement et ondule;
souffle ardent et profond de la glèbe.— Courage, paysan! ton
épi mûrit!»—'Bientôt tu toucheras le prix de ta peine si dure.—
Venez tous, venez, moissonneurs bruns, lieurs, — « pagès » bien
pourvus, et pauvres glaneuses. — Son marteau d'or frappant
au cadran de l'année, —
Saint-Jean le Moissonneur sonne le
rappel.
sur
—

l'étendue couverte de

�210

Dins los camps
se

fromentals de la plana ufanoza,

debolza al solelh la batèsta

la batèsta d'amor del òme e

arderoza;

del terraire;

fais, e lo martèl tustaire,
joveńts e lor clara armonia,
fan levar din los còrs una santa alegria.
Al balans del trabalk lo campèstre tremôla;
e Monsenhe Sant Jan, capolièr de la còla,
am sa fais d'ôr trencant las espigas rosèlas,
Sant Joan lo Misonièr misona de gabèlas.
e

lo lius de la

lo cant dels bèls

La darrièra

englenaira acaba son englena,

veici lo repaus. Yeici la nuèch serena,
emmantelant dins sa siaudor la tèrra lasa.

e

celestials Sant Jan va far sa trasa;
engruna dosament, dins sos degts poderozes,
coma
grans mirgalhats los astres lumenozes.
Dins los camps

Dans les

champs de froment de

la plaine orgueilleuse,

—

se

la lutte d'amour de l'homme
et du terroir; -— et l'éclair de la faux et le marteau sonore, —
le chant des beaux jouvenceaux et leur claire harmonie, — font
lever dans les cœurs une sainte allégresse. — Au rythme du travail
la campagne frissonne; — et Monseigneur Saint Jean, chef de
l'équipe, — de sa faucille d'or tranchant les épis roux, ■— Saint
Jean le Moissonneur moissonne des javelles!
déroule

au

soleil l'ardente lutte,

—

glaneuse achève sa glane, •—■ et voici le repos!
—• enveloppant de paix la terre lasse. —
Dans les champs célestes Saint Jean marque son passage; —
il égrène doucement, dans ses doigts puissants, — comme des
grains brillants les astres lumineux. — Pour faire pleuvoir des
La dernière

Voici la nuit sereine

�—

Per far

jitant

211

—

plòure de rais sus la tèrra endormida,
volam d'ôr dins l'etèrna espandida,
planetas fan lors rondas fadarèlas,

son

ont las

Sant Joan lo Misonièr curbèla las estèlas.

rayons sur

la terre endormie,

—

jetant

sa

faucille d'or dans
rondes fées, —

l'éternel espace, —• où les planètes font leurs
Saint Jean le Moissonneur crible les étoiles!

�A CAL MARGOY,
PIÈCE

ofiteuu

qui a

un

tappef de &lt;5ouct,

par

M. Jean NARACH, à

Perpignan.

de la muntanya.
Margoy no siguès el llur nom,
ja se sap que pertot tothom té sobrenom.
Es també la moda a Cerdanya.
Es la

casa

dels vells,

al

peu

Encara que

qu'ha canviat, la caseta d'abans.
ténia, llavors, la cara tan alegra.
Indecorosament, ne deiem A Cal Negre
per els seus murs poc élégants.

Ai! si
Poe

CHEZ MARGOY
C'est la maison des vieux,
Margoy ne fût pas leur nom,
surnom.

—

au

pied de la montagne. — Bien que
sait que partout chacun a son
en Cerdagne.

on
C'est aussi la mode
—

achangé, la maisonnette de jadis. — Elle n'avait
alors, la mine si joyeuse. — Irrévérencieusement, nous
l'appelions Le Nègre — pour ses murs peu élégants.
Ah! oui! elle

pas,

�2l3

No la

venguéssiu

pas,

havia dit la mare.

No, no, poo s'ha venuda.

Hem fet

que

l'adornar,

i si la

pobra dona ens podia tornar,
A cal Margoy veuria encara.

Gom

se

la miraria amb

No més que veure
i el dolç acolliment

s'eixugaria

un

un

poquet d'orgull !

El Negre amb sa cara ta franca
sa façana blanca,
corn de l'ull.

de

Solem venir, cada any, a

mitja primavera,

sabent qu'a Cal Margoy nos espera el bon niu,
tant punt el rossinyol crida : Veniu, veniu!
tôt fent el seu per

I quan

el sol de Maig abranda el ginestar

grog sus de la Boscarona,
obert, llavors bom s'abandona les dolçors del benestar.

que posa un
el finestram
'

a

la ribera.

clap de

avait dit la mère. — Non, non, on ne l'a pas
l'embellir,— et si la pauvre femme pou¬
revenir, — chez Margoy, elle verrait encore.

Ne la vendez pas,

vendue. On n'a fait que
vait

nous

Comme elle la regarderait avec un brin d'orgueil! — Rien
qu'à voir Le Nègre avec sa mine si franche— et le doux accueil de
sa façade blanche, — elle essuierait un coin de son œil.

chaque année, au milieu du printemps, —
chez Margoy nous attend le bon nid, — dès que le
rossignol appelle : Venez, venez! — faisant le sien près de la
Nous

vennons,

sachant que
rivière.

quand le soleil de Mai embrase les genêts — qui mettent une
jaune sur la Boscarona, — les fenêtres ouvertes, alors
s'abandonne •— aux douceurs du bien-être,

Et

tache de
on

�—

a

14

—

A

casa del
Margoy, si que fa bo d'hi viure !
El riu que canta a baix, corrent al mig des prats,
els replans dels turons semblen altars parais

i l'aima canta i prega,
El

lliura.

fins al llosat
la coronisa,
voldria posar verd sus de la llosa grisa.
No sé perquè no ha gosat.
i

roser

qu'entapissa el

s'atura, indécis, just

mur

a

Se contenta,

el roser, d'esbargir les poncelles
la façana acull plena de vanitat
com, entre mig de l'or, acull, el camp de blat,
que

la vermellor de les roselles,.
I l'olor de la rosa, entrant dins del fogar,
la casa del Margoy n'ès tota embalsamada.

La nostra aima també n'és tota
el

Chez

cor

té

un

altre

perfumada,

bategar.

Margoy, il fait bon vivre! — La rivière chante, en bas,
prés, — les paliers des coteaux semblent des
parés — et l'âme chante et prie, libre.

courant dans les

autels

qui tapisse le mur jusqu'au toit— et s'arrête, indécis,
juste à la corniche, —• voudrait mettre du vert sur l'ardoise
grise. —• Je ne sais pourquoi il n'a pas osé.
Le rosier

tout

Il

contente, le rosier, d'étendre les boutons

— que la façade
pleine de vanité — comme, parmi l'or, le champ de blé
accueille
la rougeur des coquelicots.
se

accueille

—

en
—

Et l'odeur de la rose, entrant dans le foyer, — la Maison Margoy
est toute embaumée. — Notre âme aussi en est toute parfumée,

et le

cçeur a

d'autres battements.

�—

En
nos

2l5

—

aquet païs fred, la tardor, de vegades,
porta vent geliu. Ail qu'és calent el niu

quan
a

al torn de la llar el foc crema tan
l'abric de les rufagades.

viu,

veure la casa amb els conforts novells,
sentien commoguts com si, d'un cop, hom
la vora del foc, dins del fum de la teia,

I, de
nos
a

veia

l'imatge tan cara dels vells.

En

ce

pays

froid, l'automne, quelquefois,

glacée. Ahl qu'il est chaud, le nid, —
foyer où le feu flambe, — on est à l'abri des

bise

— nous porte la
quand, autour du
giboulées.

Et, de voir la maison avec les conforts modernes — nous nous
si, tout à coup, nous voyions — au bord du
feu, dans la fumée des torches résineuses,— l'image si chcre des
sentons émus comme

vieux.

7*

�A

MURET,
POÈME

rjui

ofîteuu

a

\5ioSetle d'a/igeitt,

uue

par

Mme Louisa

PAULIN, à Réalmont

(Tarn).
«

E adone

quand ledit Comte Ramon, les de Foix
Comenge an vista ladita desconfitura et an sabut
ledit rey era mort, adonc se son metutz en fuita,
may a pogut tiran devers Tolouse... »

et de

que
que

(Rédaction en prose de la Chanson de la Croisade
Muret, Joseph Anglapk, Appendice, p. 69)

in Bataille de

Los

dos

Cabaliers.
I

Dins la nèit camina

un

bèl cabalièr

Estropat de fiòc

sus un fol destrièr;
Dins la nèit batana un bèl cabalièr.

A MURET
Et donc

quand le Comte Raymond, ceux de Foix
Comminges ont vu ladite déconfiture et ont
appris que le roi était mort, ils ont pris la fuite à
«

et de

toute allure

vers

Toulouse...

»

Les deux Chevaliers.
I

Dans la nuit chemine
sur un

destrier fou;

—

un beau chevalier
enveloppé de feu
dans la nuit court un beau chevalier.
—

�Dins

aquela nèit siauda de

setembre,

Ont vas, cabalièr? Cap à qun remembre
Vòlas dins la nèit siauda de setembre?
Vau cap à Muret, cap al Aragon,
Lo fièr prat portant com un gonfalon

Aquel

nom

reial, lo nom d'Aragon.

M'espèran aval los que moriguèron;
Soni lo rampèl als que fugiguèron;
M'espèran, cada an, los que moriguèron.
leugèr apriva la mort;
sonant de mai en mai fort,
pibols gigants reviscôla un_mort.

Mon destrièr

Cada pas,
Jols

Totis

son

Totis

son

Totis

son

aqui los que fugiguèron,
aqui los que moriguèron,
tornats los que

fugiguèron.

paisible de septembre,— où vas-tu, chevalier?'
quel souvenir— voles-tu dans la nuit paisible de septembre?

Dans cette nuit

Vers

Je vais vers
un

gonfalon

Muret,

—

l'Aragon,—■ le fier pré portant comme
royal, le nom d'Aragon.

vers

ce nom

Ils m'attendent, là-bas, ceux qui moururent; —
rappel à ceux qui fuirent; — ils m'attendent chaque
qui moururent.

je sonne le

année, ceux

léger apprivoise la mort; —- chaque pas, sonnant
plus fort— sous les peupliers géants ressuscite un mort.

Mon destrier
de

plus

en

Tous sont là ceux

qui fuirent,— tous sont là ceux
fui sont revenus.

qui mouru-Te

rent,—- tous ceux qui avaient

V*

DE

�218

Del

flum

Totis
Ne

son

dusc'à Perramon,

escumos

aqui al prat d'Aragon.
qu'un : lo comte Ramon.

manca res

II

Dins la nèit camina

un

grèu cabalièr

Estropat de fums sul pezuc destrièr;
Dins la nèit barrula un grèu cabalièr.
Dins la siauda nèit del dotse

Remordut

sens

fin

pel

setembre,

negre

remembre,

Ven, las, dins la nèit del dotse

setembre.

Camina, destrièr; los filhs d'Aragon
E los Tolozans de] comte Ramon
Son

jaguts alprèp del Rei d'Aragon.

jusqu'à Perramon, — tous sont là au pré
Il n'en manque qu'un : le comte Raymond.

Du fleuve écumant

d'Aragon.

—

II

chevalier—enveloppé de brumes
dans la nuit rôde un grave cavalier.

Dans la nuit chemineun grave
sur un

pesant destrier;

Dans la

par le noir
tembre.

—

paisible nuit du douze septembre, — mordu sans fin
souvenir, —■ il vient, las, dans la nuit du douze sep¬

d'Aragon -— et les Toulousains
sont couchés auprès du roi d'Aragon.

Chemine, destrier, les fils
comte

Raymond

—

du

�219

—

—

los morts de la plana,
negats del flum, e lo flum dabana

Som totis aqui
Los

Sa

canson

de mort suis morts de la

plana.

aquel que sab que fugir,
Aquel qu'à Muret sapièt pas morir;
Mena aquel pauruc que sab que fugir.
Mena lor

Vaqui-lo clinat sul grand rei tôt nut
E plorant sul pros qu'a pas rebondut,
Sul Rei delaisat tôt sannos,

tôt nut.

E del camp

dels morts monta una rumor
Que creis, estropant de sorna furor
Lo que fugiguèt démembrant l'onor.

Ils sont tous là,"les morts
et le fleuve dévide

—

sa

de la plaine,—• les noyés du fleuve,
morts de la

chanson de mort sur les

plaine.
Conduis-leur celui
ne

sut pas

mourir;

qui ne sait que fuir,
—

—

celui qui, à Muret,

conduis ce poltron qui ne sait que fuir.

penché sur le grand roi tout nu ■— et pleurant sur le
qu'il n'a pas enseveli, — sur le roi abandonné tout san¬

Le voici
preux

glant, tout
Et du

nu.
— qui croît, enve¬
celui qui fuit oubliant l'honneur.

champ des morts monte une rumeur

loppant de sombre fureur

—

�220

—

III

E lo

cabalièr, pels seus agonit,
Esquinat se n'va tôt apichonit,
Pels pibols, pel flum, pels seus agonit.
Se n'va dins la nèit amb

D'un

mes

Landrarà

aquel remembre;

de setembre al autre setembre
sens

fin amb

aquel remembre.

Mas lo fol destrièr

Cada pas
Gada pas

apriva la mort,
s'auzis de mens en mens fort;
leugèr sebelis un mòrt.

Suis morts amaizats cantan los

pibols;
pois
Volteja lo prat al cant dels pibols.
Lo bèl Cabalièr dusc'al cant dels

III

les siens honni, — courbé, s'en va tout
les peupliers, par le fleuve, par les siens honni.

Et le chevalier par

rapetissé,
Il s'en

■—•

va

par

dans la nuit

bre à l'autre

septembre

Mais le destrier fou
de moins

en

avec ce
—

il

souvenir; — d'un mois de septem¬

errera sans

fin

avec ce

souvenir.

apprivoise la mort,— chaque pas s'entend
chaque pas léger ensevelit un mort.

moins fort;—

Sur les morts

apaisés chantent les peupliers;— le beau cheva¬
jusqu'au chant des coqs — chevauche à travers le pré au
chant des peupliers.

lier

�—

221

—

Aval, lènh, s'auzis lo pas d'un cabal;
Dins los fums s'auzis d'amont en aval

alasat d'un triste cabal.

Lo pas

S'auzirà

sens

fin suis terrencs camins,

fin dins los vents canins,
Landrarà sens fin suis terrencs camins.
S'auzirà

sens

Amont, démembrant las oras crudèlas,
En Pèire, soscant à d'amas fizèlas,
Mena son destrièr cap à las estèlas.

Là-bas,

au

loin,

on

entend le pas d'un cheval;—dans les brumes
— le pas lassé d'un triste cheval.

entend d'amont en aval

on

On l'entendra
dra

sans

mins

sans

fin

sur

fin dans les vents

les chemins terrestres,— on l'enten¬

glacés,— il

errera sans

fin sur les che¬

terrestres.

Là-haut, oubliant les heures cruelles,— le roi Pierre,
fidèles,— conduit son cheval vers les étoiles.

des âmes

rêvant à

�323

A

la

pôrta vermelha.

D'entr'ambas las partidas ne fan lo sanc rajar,
Que trastota la porta viratz vermelhejar. »
«

(Canson de la Crozada.)
0 Porta de Muret ont lo

sanc a

gisclat

Tant

verturos, tant viu qu'ès tota vermelhenca,
En estèlas de sanc, porta, as escrincelat
Dins nôstre cèl de lutz

una

astrada sombrenca.

Porta, remembra-te! Los abias esconduts
Montfôrt, de Montfôrt l'alupaire :
Al abric dels merlets, traïdors, son venguts
Dusc'al camp d'Aragon corn un vent bacelaire,
Com un gaudre bronent de lansas e d'escuts.
Los vasals de

A la porte
«

vermeille.

Des deux

que vous

côtés, ils font couler le sang à tel point
auriez vu la porte vermeille. »
(Chanson de la Croisade.)

O Porte de Muret où le sang a
tu

es

toute

vermeille,-—

en

dans notre ciel de lumière

giclé — si généreux, si vif que
étoiles de sang, Porte, tu as gravé—

une

sombre destinée.

Porte, souviens-toi! Tu les avais cachés, — les vassaux de '
Montfort, de Montfort, celui qui convoite:—à l'abri des créneaux,
traîtres, ils sont venus— jusqu'au camp d'Aragon comme un vent

impétueux,

-—

comme un

torrent furieux de lances et d'écus.

�223

Pòrta, remembra-te ! As vista la combor

d'Aragon, dels ômes de Toloza.
furor,
Taulejant, esperant una batalha uroza,
Festajàban, soscant à la glôria, al amor.
Dels òmes

Dels combats maitinièrs démembrant la

Porta, remembra-te! Los as auzits, los crits :
Montfôrt! Toloza! Fois! Aragon e Comenge!
As vistes los Crozats d'azir enferonits
Fols de prene, un bèl côp, un resplendent revenje,
Ablacar nôstras gents coma d'arbres maldits.

Porta, remembra-te! Tu Tas auzit, sul prat,
Lo Pros

de tota engana,
èlme daurat
Cridar de son cor fèr, de son ama avelana:
Som lo Rei d'Aragon ». Non, Tas pas demembrat !

supèrbe e lefinhos
Als aurics enemics jos son
«

Porte, souviens-toi! Tu

as vu,

des hommes de Toulouse.

—

l'émoi

—

des hommes d'Aragon,

Des combats du matin oubliant

assis à table, espérant une heureuse bataille,— ils
festoyaient, rêvant à la gloire, à l'amour.
la fureur,—

Porte, souviens-toi ! Tu

as

entendu les cris

—

:

Montfort !

Aragon et Comminges! — tu as vu les Croisés,
rendus furieux par la haine,— fous de prendre, une bonne fois,
une éclatante revanche,— abattre nos gens comme
des arbres
Toulouse! Foix!

maudits.

Porte, souviens-toi! Tu l'as entendu, sur le pré, — le Preux
superbe et dédaigneux de toute tromperie, — aux sauvages
ennemis sous son heaume doré — crier de son cœur fier, de son
âme généreuse:— « Je suis le roi d'Aragon ». Non, tu ne l'as pas
oublié !

�—

2a4

—

Porta, remembra-te ! As vista la trumada
Se dezencadenar sul Rei beluguejant,
Los

lamps l'abatalhar, mortalenca volada,

d'Aragon tombar, en l'avenjant,
Prèp de lor Rei colcat sus l'èrba porporada.
E los fdhs

Porta, remembra-te! Los soldats de Montfôrt,
Com un ramat de gôrps saquejant la planada,
Los as vistes, ferons, despolhar lo Grand Mort,
Sacrejant lo corps nut, l'ama despoderada
Del prince del amor, del Onor, del Gonôrt.
Porta, remembra-te! As vistes, espantats,
Ramon e sos feals, caitivas amas tôrtas,
Dins

un

ventàs de mòrt

fugir, desconfortats,

E, dins lo revolum, coma de fèlhas mòrtas
Nemenar nòstre

onor

e

nòstra libertat.

Porte, souviens-toi! tu as vu la tempête se déchaîner sur le
étincelant,— les éclairs l'assaillir, vol mortel,— et les fils

Roi

d'Aragon, ardents,
sur

en

le vengeant

—

tomber, près de leur roi

l'herbe pourprée.

Porte, souviens-toi ! Les soldats de Montfort,—comme un vol de
saccageant les richesses de la plaine, — tu les as vus,
féroces, dépouiller le Grand Mort,— souillant le corps nu, l'âme
corbeaux

impuissante—du prince de l'Amour, de l'Honneur, de l'Enthou¬
siasme.

Porte, souviens-toi! Tu as vus, épouvantés,— Raymond et
féaux, chétives âmes tortueuses, — dans un grand vent de
mort fuir, découragés, — et, dans le tourbillon, comme des
ses

feuilles

mortes

—

emporter notre honneur et notre liberté.

�Mas la veiràs

un jorn, la victòria avenenca.
jorn, t'abrandarem com un arca de foc
E veiràs, trïomfals, ò Porta vermelhenca,
Los reirals gonfalons de nôstra tèrra d'Oc.

Un

jour, la victoire future. — Un jour, nous
arche de feu,— et tu verras, victorieux,
vermeille, — les anciens gonfalons de notre terre d'Oc.

Mais tu la verras, un

t'embraserons
O Porte

comme une

�La

pregaria de Montí'ôrt.

« Simon de Montfòrt se rendit sur le champ de bataille, et là
il pria Matfred de Belvezé, et quelques autres chevaliers qui
étaient présents lorsque le roi d'Aragon avait été tué, de
lui montrer l'endroit où ce prince était, mort en combattant.

tout nu sur
victoire des
Croisés, s'était empressée de sortir et, après avoir achevé de
les
tuer
blessés qui étaient restés sur le champ de oataille, elle
avait entièrement dépouillé tous les morts. A cette vue, Simon
descend de cheval, fait enlever le corps du roi et ne peut refu¬
ser, comme un autre David, des larmes sur la mort de ce prince;
puis il quitte sa chaussure, se rend nu-pieds dans l'église de
Muret, fait à Dieu ses actions de grâces pour la victoire qu'il
venait de remporter et, après avoir vendu son cheval et ses
Il reconnut bientôt son corps, qu'il trouva étendu
la terre, car la garnison de Muret, ayant appris la

armes,

il

en

distribue le prix aux pauvres.

»

(Abrégé de l'Histoire générale de Languedoc, par Dom
Vaissete, tome III, pp. 422-423.)

Joseph

genolhs dins la glèiza comola.
de bèl gauch que son ama tremola!
Montfôrt, tôt trevirat per sos pecats aurius,
Se remembrant lo Mort de la granda jornada,
Vei venir cap à-n-el, espantabla trumada,
Montlòrt
Mas

es

es

de

pas

La colèra de Dius.

La

prière de Montfort.

dans l'église pleine,— mais ce n'est pas
âme frissonne. — Montfort, tout troublé
par ses sauvages péchés,— se souvenant du Mort de la grande
journée,— voit venir sur lui, épouvantable tempête,— la colère
Montfort est à genoux

de belle

de Dieu.

joie

que son

�«

Dius, sembla qu'auèi m'ajetz cubèrt de glòria.
Glèiza, à jamai, cantarà ma victòria :

Mon

E la

Mos enemics

son

mòrts

o

dins lo desconfôrt.

Abats, bisbes, barons me noman Trïomfaire!
Mas lo flèr Vencidor, sabètz, Dius castigaire,

Qu'anèit

es

pas

Montfôrtl

Vencidor, l'ai vist, estendut sus la plana,
qu'es mòrt, lo côr blos, per la tèrra Occitana,
Lo Rei subraveian, lo Rei qu'a tôt donat.
E ieu, tôt rozegat d'aziransa e d'enveja,
O mon Dius, me vezètz, la meuna ama sanneja,

Lo
El

M'abètz abandonat.

tôt donat

ieu soi qu'un

raubaire
Que voldria tôt panar d'aquel mannat terraire!
En Pèire

a

e

« Mon Dieu, il semble qu'aujourd'hui vous m'ayez couvert de
gloire,— et l'Eglise, à jamais, chantera ma victoire:—mes enne¬
ou dans le découragement. — Abbés, évêques,
mis sont morts
barons, me nomment Triomphateur, — mais le fier vainqueur,
vous
savez,
Dieu du Châtiment — que ce soir ce n'est
pas Montfort.

vainqueur, je l'ai vu étendu sur la plaine,— lui qui est mort
pur pour la terre occitane, —■ le roi- si généreux, le roi
qui a tout donné. — Et moi, tout rongé de haine et d'envie, —
o mon Dieu, vous me voyez, mon âme saigne, — vous m'avez
Le

le

cœur

abandonné.
Le roi Pierre

a

je ne suis qu'un voleur — qui
magnifique terroir. — Et champs et

tout donné et moi

voudrait tout dérober de ce

�—

228

—

campèstre e ciutats, ieu soi cobés de tôt :
Ai set dels ric.s vinhals, talent de las bladièras,
E

Del

argent dels ribals, del ôr de las ribièras,
Del

quite cèl soi glot.

volgut borrelar les amas miècbjornalas ;
Dius, lor arrancar las alas,
E pracò lors pecats son bèls coma la lus.
Auriai volgut castrar l'apasionada rasa.,
Mas anèit, o mon Dius, vôstra bontat s'alasa,
Me perdonaretz plus.

Ai

Auriai volgut, mon

Benastruc, lo grand Rei despolbat sus la prada !
Son ama de claror, mon Dius, l'abètz menada
A travèrs los solels al ôrt de vòstre amor.

Claufida de pecats coma un can de vèrmina,
Mon ama se trebola, o mon Dius, e s'aclina
Jol pes de sa laidor.

villes, moi, j'ai envie de tout : —j'ai soif des riches vignobles,
j'ai faim des terres à blé, — de l'argent des ruisseaux, de l'or des
rivières, — du ciel même je suis envieux.
J'ai voulu torturer les âmes
mon

sont
race
■—•

méridionales;—j'aurais voulu,

Dieu, leur arracher les ailes, — et pourtant leurs péchés
beaux comme la lumière. — J'aurais voulu châtrer cette

passionnée...— Mais ce soir, mon Dieu, votre bonté se
pardonnerez plus.

lasse,

vous ne me

Bienheureux, le grand Roi dépouillé sur la prairie ! — Son âme
clarté, mon Dieu, vous l'avez menée — à travers les soleils
dans le jardin de votre amour. — Grouillante de péchés comme
un chien de vermine,-— mon âme se trouble, ô mon Dieu, et s'in¬

de

cline

sous

le

poids de

sa

laideur.

�—

221)

—

Abats, bisbes, barons, es pas la meuna glôria
Que càntan, dins lo cèl, los anjes de victôria.
Las trompetas d'azur sonan que pel grand Mort.
Me casaretz del cèl, mon Dius, ieu, grand Pecaire,
E sus la Tèrra d'Oc i aurà sempre un trobaire,
Per agonir Montfôrt. »

Abbés, évêques, barons, ce n'est pas ma gloire — que chantent
de victoire. — Les trompettes d'azur ne
sonnent que pour le grand mort. — Vous me chasserez du ciel,
moi, grand pécheur, — et sur la terre d'oc, toujours il y aura un
poète — pour honnir Montfort. »
dans le ciel les anges

�VIVIAN EN

AL1SCAMPS,

POÈME
cjui a

oCteuu

uu

Vouct,

PAR

M. Paul EYSSAVEL,
à Auxerre.

Vivian lo pros.

Pron

sabetz, Senhors,

com

d'un valent braç,

Lo beu nebot de Guilhem dau cort nas

Sus li pagans

tant larguet d'abladadas

Que liura fue Provença dins très ans.
Vivian lo pros es ara en Aliscamps,
Si tendas son 1 ng l'arena arboradas,
Un

astelar subremonta lo camp.

ALISCANS

VIVIEN EN

Vivien le preux.

d'un bras vaillant

— le beau
païens de tels
coups •— qu'en trois années la Provence était libre. — Vivien le
preux est maintenant en Aliscans, — il a dressé ses tentes sur la

Seigneurs,

neveu

plage.

vous savez comme

de Guillaume

—

un

au

court

nez

—

château-fort domine le

accabla les

camp.

�—

281

Desramat, l'amir, dins Corda, entremens,
amb un orguelh immens,
L'ost poderos qu'a son entorn congrelha.

Bela l'uelh fer,
A

son

rampeu,

Arménis, Esclavons,

longs,
vermelha;

Estormarants, Ongrés, Uns di peus
Vint

pobles

van

pojar la

de félons.

Jamai s'es vist tal acamp
Tocan lo bràndol

corns e

mar

bius. Li

naus

Se cargan de blat, d'armas, de cavaus.
Embarca d'arreu la gent mescresenta.

Un dromón
Barri

gigant d'esmauts espaumat,
receu Desramat.

vertadier,

Puei fan servir li vêlas

e

l'empenta,

E fusan vaisseus dau ruscle abramats.
a tant que poiriá sol li nombrar
E lo sambuc menât per l'Infxdeu

N'i

Dieu,

Au même temps, l'émir Desramé, dans Cordoue, — contemple,
l'œil farouche, avec un immense orgueil, ■— la puissante armée qui

grouille autour de lui. — A son appel, Arméniens, Esclavons, —
Estormarants, Hongrois, Huns aux longs cheveux, — vingt peu¬
ples vont cingler la mer vermeille; — on n'a jamais vu si grande
assemblée de félons.

départ. Les nefs — sont chargées
d'armes, de chevaux. ■— A son tour embarque la foule
des mécréants. — Un dromon géant décoré d'émaux, — véritable
forteresse, reçoit Desramé. — Puis on oriente les voiles et le
gouvernail, •— et les vaisseaux s'élancent âpres à la curée.
Cors et buccins sonnent le

de vivres,

Il y en a

clameur que

tant que Dieu seul les

mènent les infidèles

—

pourrait compter. — Et la
roule en avant comme un

�232

—

Atau

qu'un tron redola abans

Beu sénher
Prims
E

Faussa.

mai pron

arderós,
quin auritge s'enauça
Guilhem dins Aurenja gaujos.

es son

non

sus

Dieu, sostatz Vivian lo pros!
ost

e

coneis

Ni mai

•

A Fora terça aus

Clantir
A beli

Vivian, un diluns,
Faiga aperalin de rums;
paucs mai clars tustan Fausida.
sus

Sona li Francés. E sobdàn salhis

L'estol pagan que

la mar envasis.
d'aur arab son tanti clafidas
Que Fairau marin dejós s'enlusis

Li proas

«

Son vint contra

Au

un

castelar, aviat,

! braman

e

quauqui coards.
Dieu nos gard!

la mer.
Beau sire Diea, protégez le preux
Quoique pleine d'ardeur, petite est son armée, — et
il ne sait pas quel ouragan s'élève — comme dans Orange l'ignore
Guillaume joyeux.
tonnerre

Vivien!

sur

—

—

l'heure de tierce, Vivien entend — retentir sur l'eau
lointaines; — elles grandissent d'instant en instant.
Il appelle les Français, et soudain apparaît — la flotte païenne
qui couvre toute la mer. — Les proues sont si chargées d'or arabe
que sous elles les vagues s'éclairent.
Un lundi, à

des

rumeurs

—

—

«
Ils sont vingt contre un! s'écrient quelques lâches. — Au
château-fort, vite, et que Dieu nous garde!
Ah! dit Vivien,

�—

•—

A! Vivian ditz,

Diluns

au

Nauts

—

cavalaria bela,

falhiriàtz a Dieu ?
vespre ! I estarai mort o viu. »

Me falhiriàtz

Au fier

233

e

parlar, toi s'arman, botan sela,
li cors ont la voia reviu.

son

Vivian naîrat.

D'un tau combat sempre se

Très cops

Vivian fa

cornar

membraràn.

la menada;

deu, sus la duna arenada,
Li recampar sis omes en desbrand :
Non podon vencir li pobles barbars
Ni li rebotar tanpauc dins la mar.
E très cops

— vous me manqueriez et manqueriez à Dieu?—
vêpre! J'y resterai mort ou vif. » — A ce fier langage,
tous s'arment, sellent les montures, — hauts sont les cœurs où
l'énergie renaît.

belle chevalerie,

Lundi

au

Vivien navré.

toujours on se souviendra. — Trois fois,
menée; — et trois fois, sur la dune de sable,
il doit rassembler ses hommes déconfits. — Ils ne peuvent
vaincre les peuples sauvages — non plus que les refouler dans la
D'une telle bataille

Vivien fait sonner la
—

mer.

�—

Lo cop

234

-

promier, vetz Vivian lis arquiers

Sarrasins tancats

sus

tôt lo

maratge.
arratge,

Vetz li caireus traucant li morts

Cavaus
A

sens

mestre

e

nafrats

sens

bloquier.

entorn

compta li qu'an viscut :
Per téner pe, sobra dos mila escuts !
son

Lo cop dosén, vetz Vivian, fora naus,
Tôt arnescats li destriers prene terra.
Vetz entorn d'eu si

gents, la cara fera,

Bendar si talhs amb d'estràs de blisauts.
Li nombra d'un uelh per

Per téner pe?

l'ànsia embegut
li sobra mila escuts !

:

E lo cop terç, Senhors Vivian tanbén
Se sent nafrat de faiçón tant crudela,

Que d'espereu davala de sa sela;
Tripas a brand, dau braç esquer li ten.

La

première fois, Vivien voit les archers — sarrasins établis sur
Il voit les morts, çà et là, percés de flèches, —
des chevaux sans maître et des blessés sans bouclier.
Il compte
autour de lui les survivants :
pour tenir la bataille, il reste

toute la côte.

—

—

—

deux mille écus!

La deuxième fois, Vivien voit, hors les nefs,

— les
destriers
qui atterrissent. — Il voit autour de lui, la mine
farouche, les siens — bander leurs plaies de leurs bliauts déchirés.
Du regard angoissé de ses yeux arides il les compte : — pour
tenir la bataille, il n'a plus que mille écus!

tout harnachés

—

Et la troisième

fois, Seigneurs, Vivien à son tour — se sent si
que de lui-même il descend de sa selle; —
entrailles sortent, il les soutient du bras gauche. — Ses preux

cruellement navré
ses

—

�—

A

son

235

—

entorn si pros an

Per téner pe,

las!

son

corregut :
cinc cents escuts!

Vivian, se i vas mai! »
Grand-mercé, respond Vivian, fraires. »
Las! cinc cents escuts contra un fum de laires!
Aluca Girard. « Amie cortés, fai,

«

I tornarem,

Cridon.

«

Se t'ausi pregar,
E venga

En

Guilhem

a-n-Aurenja cor,
balhar socors!

nos

esperant lo comte, au

»

castelar

Dins la luscror toi amudits

escalan.

Ailabas, ja, li pagans s'encavalan.
PI ou sus li Francs asts, viras e fausarts.
Beu darrier, plan, targa i rens, Vivian va.
Non fugis pas lo baron, eu se'nva.

s'empressent autour de lui :— Las ! pour
cinq cents écus!

tenir la bataille, ils sont

«Vivien, si tu retournes, nous retournerons! » — s'écrient-ils,
Merci, frères. » répond Vivien. — Las! cinq cents écus contre une
nuée de larrons! — Il regarde Gérard. — « Ami courtois, dit-il,
«

si

j'ose te prier, cours en Orange,

secourir!

—

et que vienne Guillaume nous

»

château-fort — tous montent muets
qui tombe. — Là-bas, déjà, les païens sautent à che¬
val.
Javelots, traits, fauchards pleuvent sur les Français. —
L'écu au dos, lentement, Vivien marche le dernier. — Le baron ne
fuit pas, il s'en va.
En attendant le comte, au

dans la nuit
—

�La desfacha.

Aqueu jorn d'aqui,

es orra

la batalha.

E l'ànsia comola lo comte Guilhem.

L'ost di Sarrasins tapa tota

la baia.

S'enauça Guilhem sus l'estriu. Is alens
Dau larg marin vetz, di bandieras paganas,
Au cap dau casteu s'enflar li plecs movents.
Alont

Vivian? Demest l'arida

plana,
just pauc barons quicbats de tots costats.
Arbora l'espasa e se ronça en chavana.
es

Vetz

La défaite.

Ce

jour-là, la bataille est horrible. — Et le comte Guillaume est
d'angoisse.— L'armée des Sarrasins couvre toute la baie.

comblé

Guillaume

se

hausse

sur ses

il voit, des bannières païennes,
faîte du château.
Où est Vivien ? Parmi

barons

étriers. Aux souffles
—

—

du large

s'enfler les plis mouvants

au

l'aride pleine— à peine voit-il quelques

présssés de tous côtés. — Il lève son épée et se rue comme un

ouragan.

�aB 7

—

Fan calar li
Mai

sa

voia

cops multiplicats.
valent comte en de qu'es

glots si
au

Adutz vint mila

Es

a

—

ornes

bona?

lo vielh Tempestat!

l'autre extrem de la mescla ferona

Que, dins un combau, batalha Vivian, sol.
A cada espasada. un.laid cal'èr darbona.
/

Senhors, e son ventre li dol :
Ajuda, bel oncle! » E tant qu'a de votz crida.
Sieis comtes, ausit, li portan reviscol.

Es cansat,
«

Mai li cinta
«

Ditz

A
sert

un vou

de fàcias aborridas.
e sacham ben morir,

Baisem-se l'un l'autre

ses

au

Vivian, aici nostris oras complidas. »

coups

multipliés, les gloutons reculent. — Mais de quoi
son courage ? — Vingt mille hommes arri¬
par le vieux Tempesté!

vaillant comte

vent conduits

mêlée — que, dans une petite
A chaque coup d'estoc, un mécréant

C'est à l'autre bout de la sauvage

vallée, Vivien combat seul.
mord la poussière.

—

Il est las, Seigneurs, et douloureuse est sa blessure. — Il crie
pleine voix : « A l'aide, bel oncle! » — Six comtes l'ont ouï, ils
lui portent secours.

à

Mais

une

notre tâche

les cerne.
bien mourir,

nuée de faces abhorrées

le baiser l'un à l'autre et sachons

accomplie.

»

—
—

« Donnons-nous
dit Vivian, voici

�-

a38

-

Ja s'amarvís l'ost dau

gigant Aucebir.
Miqueu, sona Guilhem encara.
vertat, Senhors, es adara un martir!

Clama sant
En

Las! Vetz

au mitàn dau tumult
que l'embarra
Li sieis cavaliers descavalats d'arreu

Apuei de ligams cargats

per

li Mascaras.

D'aquesta
Just

a

ora en çà, per téner pe plus
tabustar non a se cobrir sosca;

Remanda l'escut, pren

I

qu'eu;

l'espasa amb lo feu.

fou, diriàtz que la mort bosca;
raissas de cops meravelhós;
glasi en bélugas reposca.

va coma un

Apïomba

un

L'esluci dau

Déjà s'apprête la troupe du géant Haucebir. — Il invoque
Michel, il appelle encore Guillaume. — En vérité, Seigneurs,
c'est maintenant un martyr!
saint

Las ! 11 voit

au

sein du tumulte qui

liers renversés de cheval l'un
par

à

l'entoure

après l'autre

—

—

les six cheva¬

et chargés de liens

les Maures.

Désormais, lui seul résiste! — il ne pense pas à se couvrir mais
— il rejette l'écu, avec rage il prend l'épée.

frapper;
Comme

il assène

rejaillit

en

fou il

se rue, on dirait
qu'il cherche la mort; —
grêle de coups merveilleux; —■ l'éclair du glaive
étincelles.

un

une

�—

23g

—

S'auça alara l'Aucebir davant lo pros :
Dins son cap enorm lutz l'uelh d'una luts aula,
De sa lança rota n'a servat un tros.

«

Per

can, ditz, me
tust tant greu

aquest

Manda

Que lo

un

paure se ne

Sus l'arena

bastarà'na gaula. »
dins lo piech de l'enfant
plega e fa cadaula.

moguda jai Vivian.
Quand s'arbora, a lis uelhs trebols e bestira
Vers una aiga près ordejada de sang.
sens

Se i amorra,

apuei devers Dieu

se

revira

:

Nat, beu sénher Dieu, lo sant jorn de Nadau,
Ajatz en mercé lo mesquin que trevira
«

AlorsHaucebir

se

dresse devant le

l'œil brille d'une clarté mauvaise,
sa lance brisée.

preux:-—-dans

—

il

sa

tête énorme

conserve un

tronçon de

ce chien, dit-il, un bâton me suffira. » — Il heurte si
poitrine de l'enfant — que le malheureux en est ployé, et
qu'il tombe.
«

Pour

fort la

Vivien
il

gît

les yeux
lée de sang.
a

puis il se tourne vers Dieu : — « Beau sire Dieu né le
jour de Noël, — ayez en pitié le chétif que bouleverse

Il boit,

saint

mouvement sur le sable. — Quand il se relève,
troubles et il se traîne — vers une eau voisine souil¬
sans

�—

a4o

—

qu'ama a son darrier badaud.
Reveja Guilhem, fiu de dona Maria!
Guilhem saub, abans vos ajónher adaut. »
Non d'aver ço

Las ! Sobra
Nafrats

e

a

ornes

de tria,

cansats, mai arderós totjorn.

D'aurenja,

«

Guilhem catorze
es

mestier de

nos

Enmescladas,

Ditz lo comte.

obrir la via,

a son

»

entorn

Gongrelha un abord de lanças, de bandieras,
Quilan di pagans per centenas li corns.
Senhor, Bertrand ven, miratz la formiguiera.
Pieg qu'a Roncesvaus ! Gom s'arressar lo pas ?
Au brant d'acier, respond. Dali! gent drechiera. »

«

—

De

n'avoir

ce

qu'il aime à

revoie Guillaume, ô

son

dernier soupir. — Faites que je
— Guillaume hors de

fils de dame Marie!

péril, avant de vous joindre là-haut. »
Las! Il reste à Guillaume quatorze
et recrus,

d'Orange,

mais toujours ardents.

—

«

»

Dit le comte. Autour

d'eux, enchevêtrées,

lances et des bannières sans nombre,
par

hommes d'élite, — blessés
Il faut nous ouvrir la route

—

les

cors

pullulent des
païens glapissent

—

centaines.

Seigneur, dit Bertrand, regardez la cohue. — C'est pire qu'à
nous frayer passage? —- - A l'épée d'acier,
répond-il. Sus donc! droite gent. »
«

Roncevaux! Comment

�241

—

Se i abrivan li catorze per

detràs.
Montjoia! » Coma un talha-blat Guilliem dalha,
E pica e repica son talh jamai las.

«

l'aspra batalha,
bat
Maugrat l'eume rot, la targa a beli talhas,
Davala la nuech. Dintre

Son morts li barons. Es sol. Sempre se

E li traucs badants de

Dins

un

son

aubère crebat.

combau près a

E vanega amar

la perfln se cala
i beus darriers rebats.

Pas ges de percàs. D'una ponha brutala
Lo subte estar-siau l'amassola, e subràn,
Demest morts

De

Les

e

nafrats

que

rebalan,

long d'una lona, desclapa Vivian.

quatorze s'élancent derrière lui.

fauche
et

jasents

comme un

moissonneur,

—

et

Montjoie!

Guillaume

—

«

sa

lame infatigable frappe

»

refrappe.
La nuit vient. Dans

Il est seul.
son

écu

Il combat

l'âpre bataille, — les barons sont morts.
toujours — malgré son heaume rompu,

dépecé,

Et les trous béants de
dans

un

vallon

proche

—

sa cotte de mailles. — Il se jette enfin
et erre, plein d'amertume, aux dernières

lueurs.
Nul ne le poursuit. D'un main brutale — pèse sur lui le brusque
silence, et soudain, — parmi les morts gisants et les blessés qui
bougent,
Au bord d'une eau,

il aperçoit Vivian.

�—

Lo

242

—

traspàs de Viviau.

Devers lo trelutz

es

virât Vivian;

Si

blanqui mans sus lo piech son orosadas:
Decosta d'eu son espàsa es pausada.

Sus
«

son

Tota

raja e tenh l'auberc lo sang.
fe dins tu l'aviá fisada,

vis

ma

0 Vivian mieu! l'ardit de mi

jovents

:

Ve-t'aici mort, coma

Terra, obra-te,
De

pren

eli! ditz Guilhem.
ma vida acabada ! »

genolhons, l'aganta sot li braç,
en lagremant sis uelhs claus, sa cara,

Baisa

Si bocas adés tresanant encara,
E sent subràn batre l'anma en si lats.

La mort de A ivien.

—
Ses blanches
poitrine; — son épée repose auprès de
Le sang coule sur son visage et tache le haubert. — « Je
lui.
n'espérais plus qu'en toi, — O mon Vivien! le hardi de mes jeunes
hommes :
Te voilà mort, comme eux! dit Guillaume. — Terre,
ouvre-toi, prends ma vie achevée! »

Vivian est tourné du côté du soleil levant.

mains sont croisées

sur sa

—

—

Agenouillé, il le saisit sous les bras, — baise en versant des larmes
yeux clos, son visage, — ses lèvres naguère frémissant encore,
et soudain il sent l'âme battre en ses flancs. — « Parle-moi,

ses
—

�-

243

-

Parla-me, ditz, nebot, l'auja de nova
parlum qu'amet ma dona au gent cors!
Ailàs! s'esclaparà lo vostre cor,
Comtessa Guiborg, quand saupretz la nova.
«

Lo

Li lanhas dau comte
N'a
«

an

grand pietat. Vira

Viu!

»

clama Guilliem

»

tustat Vivian.
un pauc cap, gemega.

qu'un

esper

bolega.

Dins si valents

braç amaga l'enfant.
Oncle, Vivian ditz, la mort es vesina;
Per abans, datz-me lo pan consagrat.

«

De

son

aumorniera

Apiela l'enfant

sa

»

plorant n'a trach
larga peitrina.
en

...

Vivian bat

sa colpa, e puei s'arredis.
partit. Au mitàn di flors santas,
Amb sis angels blós di glôrias rajantas,
Lo Senhor Dieu la sei en paradis.

L'anma

neveu,
ma

a

j'entende — le doux langage qu'aimait
gracieux 1 — Las! votre cœur se rompra, —
Guibourg, quand vous apprendrez la nouvelle. »

dit-il, qu'à

femme

comtesse

Vivien

au

nouveau

corps

entendu les

plaintes du comte. — Il en a grand pitié.
la tête, il soupire. — « Il vit! » clame Guillaume
qu'un espoir soulève. — Il entoure l'enfant de ses bras valeureux.
«
Oncle, dit Vivien, la mort est proche; — auparavant, donnezmoi le pain consacré. » — En pleurant il en a tiré de
son aumônière...
Sa large poitrine soutient l'enfant.
Il tourne

a

un

peu

•—

—

Vivien bat

sa

coulpe, et puis il

milieu des fleurs saintes,

gloires;

—

—

se

raidit.— L'âme est partie. Au

avec ses anges purs aux

le Seigneur Dieu la met en paradis.

—

rayonnantes

Il

a

gardé le

�lo cors contra d'eu, e crida,
plora Guilhem menant son grand dol.
De gaus a la perfin quora es sadol,
Sauta a cavalhons amb Vivian sens vida.

A sempre
E

negri gachs cintan lo combau.
ditz, fins au jorn de revenja,
Non dormiras, Vivian, dedins Aurenja.
Amb tu jamai passariá mon cavau.
Mai li
«

Las! Guilhem

vistons ma dona,
davant l'autar.

Les ! T'auriá barrat li
E sebelit t'auriam

O beu

nebot, tu

Perdona-li

se

que

ton par

m'eres tant car,

t'abandona.

»

larg escut escamarlat,
L'estend, jonh si mans, li baisa li cilhas,
Lo cuerb d'un autre. Amor dau fer i enquilha
De rocassum. Puei, mai escambarlat,

Au clot d'un

contre lui, et il crie, — et il
grand deuil. —• Quand il est enfin
cheval avec Vivien sans vie.
corps

pleure, Guillaume, menant son
rassasié de larmes,— il saute à

Mais les noirs guetteurs cernent le vallon. — « Las! dit Guil¬
laume, jusqu'au jour de revanche, —• tu ne dormiras point dans
Orange, ô Vivien! — Jamais mon cheval ne nous passerait tous
les deux.
Las! madame aurait fermé tes yeux, —■ et nous
t'aurions enseveli devant l'autel. •—
O beau neveu, toi qui
m'étais si cher, — pardonne à ton pair s'il t'abandonne. »
—

Au

creux

— il le couche, joint ses
D'un autre (écu) il le recouvre. A cause
il le charge — de rocs. Puis, remonté à cheval,

d'un grand écu écartelé,

mains, lui baise les cils.—
des bêtes sauvages,

�—

Giblat

2

45

que plega sot sa carga,
dapàs dau cros de Vivian.
E res veirà plus lo vis de l'enfant
Qu'en Aliscamps dormis entre doas targas.
coma un

S'alunha

—•

comme

écrasé

visage de l'enfant

trop lourd fardeau, — du tombeau de
—• Et personne ne verra plus le
qui entre deux boucliers en Aliscans repose.

sous un

Vivien lentement il
—

s'éloigne.

�;

■§1
~-''ì '

v

'

-

.-•-

-s- !

-:\t

�Règles de Phonétique Occitane
i" VOYELLES. — a, seul ou dans le corps d'un mot,
-accentué ou non, sonne comme a français ; mais s'il
•constitue une terminaison féminine, il est semi-son¬

suivant la région ;
français, et è comme è ou¬
vert français ; — i équivaut à i français ; —• u égale¬
ment; mais, après une voyelle, il a le son ou fran¬
çais ; — ô ouvert se prononce comme o français, et
nant et se prononce

—

*o,

•

e

sonne comme

entre à et o,

é fermé

comme ou français.
2° CONSONNES. — b, c, d, f, g,

fermé

j, 1, m, n, p, q ( toujours
suivi de u), r, s, t, z sonnent comme en français ; mais
c devant e et i est sifflant comme s français; — j sonne
comme tz, dans certaines régions ; — m se prononce
comme n à la fin de la ire pers. du pluriel des verbes ;
n est muet, sauf quelques rares exceptions, à la fin
des substantifs ; :— r est souvent muet à la fin des
substantifs et des adjectifs, sauf en Provence, ainsi
—

qu'à l'infinitif;
muet à

s est toujours dur et sifflant; — t est
participes présents et de la plupart

—

la fin dès

des mots

en

meut;

—

v sonne

comme b,

sauf en Pro¬

vence.

3° GROUPES.

—

prononcent: tch, 111, gn.

ch, lh, nh se

Vient de

paraître:

lÌNDÁflGlt.

poème de Valèri Bernard
(in-8, 88 p.): tèxte occitan, tèxte rodanenc,
traduccion franceza, prologue del abat
Salvat, retrat de Valèri Bernard.
Ed. ordenaria

:

S'adresar al Colètge

2, plasa

12 fr.

d'Oocitania

Montmorenci, Castèlndudari (Aude).

�Répertoire

populaire

DE CHANTS OCCITANS
»-&gt;&lt;♦

CANSONS:
1.

Se canta, que cante

2.

Las

! paraulas e aire popularis.
Estieu subre un

Batezons, paraulas de P.

vièlh aire.
3.

subre

La Lanson de Castèlntìu, paraulas de
un vièlh aire occitan.

4.

Los Esclôps, paraulas e aire

5.

Auzisetz

subre
6.
bre

Un

aire

los

popularis.
paraulas de P. Estieu

Auzelets,

populari.

Me
un

parles pas mai! paraulas de P. Estieu
vièlh aire occitan.

CANTIQUES
1.

Reina del

Cantem

Cet, paraulas'de

su¬

:

P. Estieu subre

un

Nadal, paraulas de P. Estieu subre

un

aire catalan.
2.

P.^Estieu

vièlh aire occitan.
3.

Dius Poderos, paraulas de P. Estieu, muzica de

D. de Severac.
4.

No'stra-Dama dels Camps,

muzica de

J

.

paraulas de M. B.r

S.

A santa Qermana, paraulas de M. B. subre un
populari.
6. Uèi, subre de palha torrada...
(Nadalet), parau¬
las de P. Estieu, muzica de D. de Severac.
5.

aire

7. Patrona de Limos,
muzica del abat Prax.
8. A saut

de

paraulas del abat Bouichèrer

Cristôl, paraulas de M. B. subre

gòig catalan.
IMPR.

D'EDITION»

OCCITANE»

-

•AtTELMAUEANY•

un

aire

�</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Salvat, Joseph (1889-1972)</text>
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              <text>Ladoux, Jean (1870-1951)</text>
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              <text>Sirgue, Adriana (1912-1988)</text>
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              <text>Denis-Valvérane, Louis (1870-1943)</text>
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              <text>Rozès de Brousse, Jean (1876-1960)</text>
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              <text>Dupin, Adrien (1896-1973)</text>
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              <text>Cordes, Léon (1913-1987)</text>
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              <text>Gomila, Gumersind (1906-1970)</text>
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              <text>Cayrou, Frédéric (1879-1958)</text>
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              <text>Bergue, Paul (1866-1948)</text>
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              <text>Gay, Simone</text>
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              <text>Brazès, Edmond (1893-1980)</text>
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              <text>Calelhou (1891-1981)</text>
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              <text>Narach, Jean</text>
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              <text>Paulin, Louisa (1888-1944)</text>
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              <text>Eyssavel, Paul (1886-1957)</text>
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          <name>Contributeur</name>
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