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Mot-clé : Chants traditionnels
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/ Data : 1999

Damase Arbaud (1814-1876) était médecin mais aussi historien et homme politique : il a été maire et conseiller général de Manosque (04). Sous Napoléon III, il a été chargé par Hyppolyte Fortoul (ministre de l'instruction publique) de collecter les chants populaires existants en Provence.

Voici comment Jean-Luc Domenge (collecteur contemporain) présente Damase Arbaud dans son introduction à la réédition1 des "Chants populaires de la Provence".

 

"V'en aqui un que si remplaçara pas deman"2

     Ainsi commence une biographie anonyme "doù paure medecin Damase Arbaud" en 1877 et nous en sommes toujours là ! Il était plus qu'urgent de rééditer "Les chants populaires de la Provence" car cet ouvrage, pourtant ancien, demeure encore aujour'dhui la seule référence scientifique sur la chanson populaire en Provence. Tous les ouvrages sur la chanson populaire l'utilisent amplement : de Joseph Canteloube à Marcel Petit, jusqu'au Cansonier de Lucienne Porte-Marrou. Après un siècle et plus d'oubli, il était temps de redonner au bon docteur de Manosque une place méritée. Tout commence malheureusement par une querelle graphique (déjà !) avec le Félibrige. Damase Arbaud est partisan de conserver les consonnes etymologiques, comme S.J. Honnorat, alors que les Félibres viennent de mettre au point une graphie simplifiée. En fait plus que graphique, le différent est "idéologique" : Damase Arbaud cherche dans sa collecte la pureté antérieure de la langue, avec un regard d'archéologue. Les Félibres, en 1860, sont au contraire avec Frédéric Mistral en train de donner à la langue d'oc une nouvelle littérature moderne, tournée vers l'avenir... Il faut attendre les années 1970 et le mouvement de renouveau de la "chanson occitane" pour voir enfin exploiter les trésors musicaux contenus dans "Les chants populaires de la Provence". Ce répertoire avait été précédemment presque ignoré du mouvement folkloriste qui avait privilégié un chant choral d'expression félibréenne et de création récente (fin XIX°).

     Réédité en 1972 chez Chantemerle et épuisé à nouveau, ce livre était devenu introuvable et en même temps indispensable depuis qu'un juste retour des choses a permis de redécouvrir l'intérêt du "Romancero Provençal" sauvé par Damase Arbaud ce grand "passeur de mémoire" du XIX° siècle en Provence. En effet de nombreux interprètes puisent à nouveau à cette source : Jan Maria Carlotti, Jan Nouvè Mabelly, Patrick Vaillant et l'Atelier Damase, Gacha-Empega, Renat Sette surtout, accompagné par Pierre Bonnet, exploitant a capella la pureté des textes et des mélodies, des romances et des chants religieux.


Mais qui était Damase Arbaud ?

     Né en 1814 à Manosque, mort dans cette même ville en 1876, il étudia la médecine à Montpellier et fut reçu docteur en médecine en 1837. Homme public en même temps que savant et chercheur, il était maire de Manosque à 25 ans, et il mena dans sa ville une politique de développement, construisant deux hospices et un pont sur la Durance. A 38 ans, il fut élu conseiller général des Basses-Alpes. Il s'adonna tout d'abord avec passion à l'Histoire, publiant dès 1847 de nombreuses études sur Manosque au Moyen-Age, les monnaies provençales, la voie romaine entre Sisteron et Apt... Mais ce sont moins ces travaux, pourtant de valeur, qui l'ont rendu célèbre, que les deux volumes de recueils de chants populaires de la Provence parus en 1862 et 1864.


Les chants populaires de la Provence

     Napoléon III avait ordonné en 1852 la collecte de tous les chants populaires de France pour "élever un grand monument au génie anonyme et poétique du peuple". Hipppolyte Fortoul, ministre de l'instruction publique, originaire de Digne, avait été chargé de lancer cette vaste enquête. En Provence c'est Damase Arbaud, son compatriote et ami qui fera cette collecte, grandement aidé dans sa quête par son travail de médecin de campagne. Son biographe dracénois anonyme (peut-être Frédéric Mireur ?) décrit ce travail : "Lou brave medecin... si mette en campagno. Vague de demandar, de s'entervar, de faire charrar l'un, cantar l'autre, de tout noutar, er et paraulos, senso perdre uno syllabo ni uno noto ; pui de triar lou gran de la moundilho, d'escrioure a drecho, à gaucho, de semigear lei vielhs escrits, de coumparar lei dires de cadun eme leis cansouns deis autres peïs etc..."3

     Il est très étonnant de voir la modernité de la démarche et l'honnêteté intellectuelle rigoureuse de ce véritable savant précurseur authentique des ethnomusicologues de notre époque. D. Arbaud part d'une enquête sur le terrain, mais il essaie de combler ses lacunes, de trouver des variantes, en établissant un réseau de collaborateurs qu'il cite soigneusement dans son ouvrage, ce qu'il faut souligner. Ces collaborateurs sont des érudits eux-mêmes originaires surtout de Basse Provence : de Toulon (Letuaire, Louis Pelabon), des Bouches du Rhône (Martini, Régis de la Colombière) et des récentes Alpes-Maritimes (Bory, Castel). Ainsi répartis, c'est presque l'ensemble de la Provence qui est couvert. Leur contribution est toutefois modeste et ne constitue qu'un quart du corpus retenu. Pour la notation musicale, Damase Arbaud est conscient des limites de sa partition, souvent incapable de donner le rythme réel. Il sait et écrit qu'elle ne rend pas tout. Il écarte soigneusement de sa collecte les compositions qu'il juge trop modernes : il privilégie le plus possible dans son choix "la vraie poésie populaire" et les chants religieux exprimant le mieux selon lui  "les croyances primitives du christianisme". Peu de scories encombrent les commentaires de Damase Arbaud : il donne les différentes versions recueillies, les variantes en notes, il compare avec les données sur le Piémont, la Catalogne ! Ainsi à cent cinquante ans de distance, il nous fait un clin d'oeil et nous pose déjà les grands problèmes du collectage en chanson populaire : que garder ? en fonction de quels critères ? quelle version retenir ? faut-il ou pas reconstituer ? comment rendre vraiment le rythme ? Pour en savoir plus, plongez-vous dans l'univers des "Chansons populaires de la Provence".

Jean-Luc Domenge, Enseignant-Chercheur,

Majoral du Félibrige. Août 1999


1Chants populaires de la Provence. Tome 1 : 1862, Tome 2 : 1864. Réédition 1999/2000. Editions Cantar lou païs (www.cantarloupais.com302, Chem. Plan aux Grottes. 06530 St Cézaire sur Siagne. e-mail : cantarloupais@gmail.com.

2 "En voilà un qui ne se remplacera pas demain"

"Le bon médecin se met en campagne. Et de demander, de questionner, de faire parler l'un, chanter l'autre, de tout noter, air et paroles, sans perdre une syllabe ni une note ; puis de trier le bon grain du mauvais, d'écrire à droite, à gauche, de fouiller dans les vieux écrits, de comparer les airs de chacun avec les chansons des autres pays, etc."



 

Mise en ligne : 16/01/2020
/ Data : 2011
« Formiga, miga, m'a manjat la man... »  

La chanson que vous évoquez fait partie du très riche répertoire de chansons enfantines occitanes (comptines, jeux, formulettes, etc.) que l'on retrouve, avec des variations plus ou moins importantes, dans la plupart des régions de langue occitane.

Jeu de doigt, jeu de main...

Cette chanson n'est pas à proprement parler une « comptine ». Une comptine est « une formulette, chantée ou non, qui sert à désigner par élimination celui qui va jouer un rôle particulier dans le jeu, celui qui va devenir lo lop, « le loup », la maire, « la mère », ou qui va clinhar, clucar, « cligner ». » (définition donnée par Eliane Gauzit dans, Faridondeta, revira-te ! Jòcs cantats, ròdas coblets de dançar = Faridoudette, retourne-toi ! Jeux chantés, ronds, couplets à danser, Biarritz et Pau, Atlantica et Institut occitan, 2005).  

Le chant de la « formiga » serait plutôt une chanson d'apprentissage pour les petits enfants, un peu comme le fameux « Alouette, je te plumerai », qui énumère les parties du corps. On trouve ce type de chansons dans de nombreuses sociétés et cultures. Elles ont pour fonction de jouer avec l'enfant en bas-âge et lui faire connaître ou prendre conscience des différentes parties de sa main, de son visage ou de son corps tout entier.

La chanson de la formiga

La chanson que vous chantait votre mère n'est pas très connue des spécialistes des chansons traditionnelles. À titre d'exemple, l'ouvrage de référence, très complet sur les chansons enfantines occitanes (du Languedoc), Chants et chansons populaires du Languedoc de Louis Lambert (1906), n'indique pas cette chanson. 

Mais elle apparaît dans le recueil de récits et contes populaires de provence (voir bibliographie) sous une forme très proche de celle que vous présentez : 

 

La fourmi

On chantait aux enfants, en tenant leur main :

  • La Forniga niga
  • M'a manjat l'artèu
  • (m'a rosigua l'artèu)
  • Totjorn mi la paga
  • Totjorn mi la déu !
Et encore, en comptant sur les doigts :
  • Aqueu mi ditz qu'a fam,
  • Aqueu mi ditz qu'a ges de pan,
  • Aqueu mi ditz qu'a ges de dent,
  • Aqueu mi ditz,
  • mai coma farem ?
  • Aqueu ditz : Coma podrem !
Traduction française :
  • La fourmi, mie'e
  • M'a mangé l'orteil
  • Toujours me le paye
  • Toujours me le doit.
  • Celui-là dit avoir faim
  • Celui-là dit n'avoir pas de pain
  • Celui-là dit n'avoir pas de dents
  • Celui-là dit : 
  • Mais comment ferons-nous ?
  • Celui-là dit : comme nous pourrons

 

 Nous avons également trouvé une version gasconne de La formiga dans le Cançonièr Occitan de Pascal Caumont (voir bibliographie). Ce recueil est accompagné d'un CD comprenant une interprétation de chaque comptine. Il se peut que cette version, que nous citons ci-dessous, ne soit pas tout à fait conforme à ce que vous avait appris votre mère mais dans le domaine des chants et comptines traditionnelles, il y a de multiples traditions régionales et familiales pour un patrimoine conservé au fil des générations par la tradition orale.

La version, ci-dessous, présentée par Pascal Caumont dans son chansonnier, a été recueillie dans les Landes (Gascogne maritime), ce qui explique qu'elle soit en gascon. Vous trouverez la traduction française à la suite.  

En occitan (gascon) : 

  • L 'Arromic-a mi nhaca lo pè 
  • L'Arromic-a mi nhaca lo pè...(bis) 
  • Que me lo nhaca, que me lo minja... 
  • Qu'es aquò, la mia doça aimia ? 
  • Ha ha ha, l'arromica mi vòu nhacar... 
  • Hè hè hè, l'arromica mi nhaca lo pè  
  • L 'Arromic-a mi nhaca la cama,L 'Arromic-a mi nhaca la cama... (bis) 
  • Que me lo nhaca, que me lo minja... 
  • Qu'es aquò, la mia doça aimia ? 
  • Ha ha ha, l'arromica mi vòu nhacar... 
  • Hè hè hè, l'arromica mi nhaca la cama 
Et puis le doigt, la main, le bras, la tête, tout y passe... jusqu'au cul ! 

 

Traduction française : 

  • La fourmi me mord le pied, 
  • La fourmi me mord le pied... (bis) 
  • Elle me le mord, elle me le mange... 
  • Qu'est-ce que c'est que ça, ma douce amie ? 
  • Ha ha ha, la fourmi veut me mordre 
  • Hè hè hè, la fourmi me mord le pied 
  • La fourmi me mord la jambe, 
  • La fourmi me mord la jambe... (bis) 
  • Elle me le mord, elle me le mange... 
  • Qu'est-ce que c'est que ça, ma douce amie ?
  • Ha ha ha, la fourmi veut me mordre 
  • Hè hè hè, la fourmi me mord la jambe 

 

Nous avons également trouvé une version languedocienne, dans le chansonnier Canta, canta neneton de Marie-José Fages-Lhubac et Josiane Ubaud. Cette fois-ci, ce n'est pas une fourmi, mais une souris : 

  • La mirgueta m'a mordut la man, 
  • La coquina, la coquina ! 
  • La mirgueta m'a mordut la man;
  • La coquina l'avià fam !  

 

Traduction française : 

  • La petite souris m'a mordu la main 
  • La coquine, la coquine 
  • La petite souris m'a mordu la main, 
  • La coquine elle avait faim. 

 

Le recueil Canta, canta, neneton donne également la mélodie de la chanson de la Mirgueta/Formiga.  

 

À noter : la « formiga » est aussi la vedette d'un conte occitan très répandu, l'histoire d'une petite fourmi (formigueta) qui part en pèlerinage à Jérusalem. 

 

Pour en savoir plus : 

 

Louis LAMBERT, Chants et chansons populaires du Languedoc, Paris et Laipzig, H. Welter, 1906.

Le premier tome est entièrement consacré aux chants de l'enfance. Il comprend le texte et la mélodie de centaines de chansons traditionnelles du Languedoc. Vous pouvez le consulter au CIRDOC-Mediatèca occitana (cote : CAC 1059). Il est en cours de numérisation et sera également bientôt disponible sur www.occitanica.eu 

 

Quelques livres récents pour connaître, apprendre et chanter chants et comptines en occitan (ils sont tous disponibles au CIRDOC pour la consultation ou le prêt à domicile) : 

Josiane UBAUD et Jean-Michel LHUBAC, Canta, canta neneton, Saint-Jouin-de-Milly, Modal, collection Chansonnier totémique languedocien, 2002.

Dans la même collection et des mêmes auteurs : Lo Resson de la pèira = L'écho de la pierre, 2006. 

 

Pascal CAUMONT (dir.), Cançonièr occitan, Toulouse et Barcelone, CRDP et Dinsic publications musicals , 2003 (vol. 1) et 2006 (vol. 2)


Excellent recueil de chansons, accompagné des interprétations musicales sur CD. Vous pouvez consulter quelques pages de ce chansonnier sur le site Internet de l'éditeur.


Jacques LACROIX, Jean-Marie LAMBLARD, Récits & Contes populaires de Provence dans le vieux Martigues, Paris : Gallimard, 1979.

 

N.B. : Photographie d'illustration de Joan-Cristòl Carinò : "Lo conte de la formigueta" : Exposition Joan de l'ors e ses amics (CIRDOC et IEO 11 , 2010)

Mise en ligne : 16/01/2020
/ Data : 2014-10-01
Le permier disque du trio polyphonique Quaus de Lanla. Un Bal à la Voix novateur et énergique où se succèdent bourrées, scottisch ou encore mazurkas.
Mise en ligne : 17/01/2020
/ Data : 2015
Le recueil de chants occitans Se Cante que cante sort de nouveau en 2015 dans une version revue et augmentée !

Pour quiconque aime chanter, seul ou en groupe, pour son plaisir personnel ou dans un but pédagogique, ce livre rassemble 154 chansons traditionnelles occitanes, recueillies par l'association CORDAE /La Talvera dans les départements du Tarn, de l'Aveyron, du Tarn-et-Garonne, du Lot, de la Haute-Garonne, de l'Aude, de l'Hérault et du Cantal.

Chaque chanson y est transcrite en occitan, accompagnée d'une traduction et d'une partition musicale reproduisant le plus fidèlement possible les interprétations enregistrées.

Les collectages originaux de ces chants sont consultables en ligne sur le catalogue documentaire du CORDAE / La Talvera

Mise en ligne : 17/01/2020