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Mot-clé : Damase Arbaud
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Tipe : Òbra / Data : 2013

Lo Viatge, parfois appelé Sant Josèp amb Maria (incipit de la chanson) ou La fugida en Egipta, est un chant de noël occitan, (en savoir plus sur la tradition des Nadals occitans) sur l'épisode de la fuite en Egypte.
La chanson est centrée sur un épisode miraculeux très populaire depuis le Moyen Âge, le « miracle de la moisson », souvent représenté en peinture et en sculpture, mais absent des textes sacrés : Joseph, Marie et de l'enfant Jésus poursuivis par les soldats d'Hérode passent au bord d'un champ de blé en train d'être semé. Le blé grandit miraculeusement et les paysans se mettent à le moissonner. Lorsque les soldats arrivent, ils demandent aux paysans à quel moment ils ont vu passer la famille. Ceux-ci leur répondent : quand nous étions en train de semer ce blé. Les soldats crurent ainsi que la famille était passée des mois plus tôt et abandonnèrent la poursuite. 

Il est connu et chanté dans tout le territoire occitan et connaît plusieurs versions. Il a notamment été collecté par Damase Arbaud en Provence sous le titre La fugida en Egipta et a été publié dans le premier tome son ouvrage Chants Populaires de la Provence en 1864.



(Cliquer sur l'image pour afficher la partition complète)

À propos de ce Noël, Damase Arbaud donne quelques explications : « Ce joli noël dont il existe une version française, a été fort répandu en Provence, et on le chante parfois encore devant les crèches des églises de village. Il s'est évidemment inspiré de ces recueils de prodiges que le Moyen Âge aimait tant. » 

On en trouve une autre version dans un recueil de chants de noëls anonyme en occitan de la première moitié du XXe siècle (consulter la ressource


(Cliquer sur l'image pour l'afficher en taille réelle)

Lo Viatge a été publié et enregistré par le CORDAE-La Talvera dans son ouvrage Nadals d'occitània : Chants de Noël d'Occitanie  (Cordes : CORDAE-La Talvera, 2008)  

Sant Josèp ambe Maria Saint Joseph avec Marie
Totis dos van viatjar. Tous les deux vont voyager
Demandan la retirada, Ils demandent un refuge
Degun los vòls pas lotjar. (bis) Personne ne veut les loger.
   
« Ont anatz tant bèla Dama ? « Où allez-vous belle Dame
E l'enfant que vos portatz ? Avec l'enfant que vous portez ?
- Vòli l'amagar, brave òme, - Je veux le cacher brave homme
Digatz s'aquò se pòt far ? (bis) Dites moi si cela est possible
   
- Aquí dejòs ma capòta, - Là sous mon manteau
Degun li vendrà cercar ! Personne ne viendra le chercher !
- Pren-te lo faucil, brave òme, - Prends ta faux brave homme
Ton blat prèssa de copar ! (bis) Ton blé est prêt à moissonner !
   
Coma se farià, Madama ? - Comment serait-ce possible Madame
Totara l'ai semenat ! Je viens juste de le semer !
- Vai t'en véser sus l'arada - Regarde les labours
Anem ! Vai segar ton blat ! » (bis) Et va moissonner ton blé. »
   
La palha dins un quart d'ora La paille dans un quart d'heure
Avià grandit, espigat, Avait grandi et fait l'épi
E dins un autre quart d'ora, Et dans un autre quart d'heure
L'espic s'èra amadurat. (bis) L'épi avait mûri.
   
La primièra gabelada La première gerbe
Ne fasià un plen braçat, Faisant une bonne brassée,
Mas aquí la bona armada Quand voilà la grande armée
Dels Josieus emmalierats. (bis) Des Juifs courroucés.
   
« Vèni viste, vièlh segaire, « Viens vite vieux moissonneur
Quita de segar lo blat ! Arrête de moissonner le blé !
Ont es passada la maire Où est passée la mère
Que portava un nòvel nat ? (bis) Qui portait son nouveau-né ?
   
- Passèt pel temps de cobrida - Elle est passée au moment des semailles
Quand semenavi mon blat Quand je semais mon blé
- Anem partiguem brigada, - Allez partons brigade
Aquò'z èra l'an passat ! » (bis) C'était l'année dernière ! »









Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Òbra / Data : 1999

Damase Arbaud (1814-1876) était médecin mais aussi historien et homme politique : il a été maire et conseiller général de Manosque (04). Sous Napoléon III, il a été chargé par Hyppolyte Fortoul (ministre de l'instruction publique) de collecter les chants populaires existants en Provence.

Voici comment Jean-Luc Domenge (collecteur contemporain) présente Damase Arbaud dans son introduction à la réédition1 des "Chants populaires de la Provence".

 

"V'en aqui un que si remplaçara pas deman"2

     Ainsi commence une biographie anonyme "doù paure medecin Damase Arbaud" en 1877 et nous en sommes toujours là ! Il était plus qu'urgent de rééditer "Les chants populaires de la Provence" car cet ouvrage, pourtant ancien, demeure encore aujour'dhui la seule référence scientifique sur la chanson populaire en Provence. Tous les ouvrages sur la chanson populaire l'utilisent amplement : de Joseph Canteloube à Marcel Petit, jusqu'au Cansonier de Lucienne Porte-Marrou. Après un siècle et plus d'oubli, il était temps de redonner au bon docteur de Manosque une place méritée. Tout commence malheureusement par une querelle graphique (déjà !) avec le Félibrige. Damase Arbaud est partisan de conserver les consonnes etymologiques, comme S.J. Honnorat, alors que les Félibres viennent de mettre au point une graphie simplifiée. En fait plus que graphique, le différent est "idéologique" : Damase Arbaud cherche dans sa collecte la pureté antérieure de la langue, avec un regard d'archéologue. Les Félibres, en 1860, sont au contraire avec Frédéric Mistral en train de donner à la langue d'oc une nouvelle littérature moderne, tournée vers l'avenir... Il faut attendre les années 1970 et le mouvement de renouveau de la "chanson occitane" pour voir enfin exploiter les trésors musicaux contenus dans "Les chants populaires de la Provence". Ce répertoire avait été précédemment presque ignoré du mouvement folkloriste qui avait privilégié un chant choral d'expression félibréenne et de création récente (fin XIX°).

     Réédité en 1972 chez Chantemerle et épuisé à nouveau, ce livre était devenu introuvable et en même temps indispensable depuis qu'un juste retour des choses a permis de redécouvrir l'intérêt du "Romancero Provençal" sauvé par Damase Arbaud ce grand "passeur de mémoire" du XIX° siècle en Provence. En effet de nombreux interprètes puisent à nouveau à cette source : Jan Maria Carlotti, Jan Nouvè Mabelly, Patrick Vaillant et l'Atelier Damase, Gacha-Empega, Renat Sette surtout, accompagné par Pierre Bonnet, exploitant a capella la pureté des textes et des mélodies, des romances et des chants religieux.


Mais qui était Damase Arbaud ?

     Né en 1814 à Manosque, mort dans cette même ville en 1876, il étudia la médecine à Montpellier et fut reçu docteur en médecine en 1837. Homme public en même temps que savant et chercheur, il était maire de Manosque à 25 ans, et il mena dans sa ville une politique de développement, construisant deux hospices et un pont sur la Durance. A 38 ans, il fut élu conseiller général des Basses-Alpes. Il s'adonna tout d'abord avec passion à l'Histoire, publiant dès 1847 de nombreuses études sur Manosque au Moyen-Age, les monnaies provençales, la voie romaine entre Sisteron et Apt... Mais ce sont moins ces travaux, pourtant de valeur, qui l'ont rendu célèbre, que les deux volumes de recueils de chants populaires de la Provence parus en 1862 et 1864.


Les chants populaires de la Provence

     Napoléon III avait ordonné en 1852 la collecte de tous les chants populaires de France pour "élever un grand monument au génie anonyme et poétique du peuple". Hipppolyte Fortoul, ministre de l'instruction publique, originaire de Digne, avait été chargé de lancer cette vaste enquête. En Provence c'est Damase Arbaud, son compatriote et ami qui fera cette collecte, grandement aidé dans sa quête par son travail de médecin de campagne. Son biographe dracénois anonyme (peut-être Frédéric Mireur ?) décrit ce travail : "Lou brave medecin... si mette en campagno. Vague de demandar, de s'entervar, de faire charrar l'un, cantar l'autre, de tout noutar, er et paraulos, senso perdre uno syllabo ni uno noto ; pui de triar lou gran de la moundilho, d'escrioure a drecho, à gaucho, de semigear lei vielhs escrits, de coumparar lei dires de cadun eme leis cansouns deis autres peïs etc..."3

     Il est très étonnant de voir la modernité de la démarche et l'honnêteté intellectuelle rigoureuse de ce véritable savant précurseur authentique des ethnomusicologues de notre époque. D. Arbaud part d'une enquête sur le terrain, mais il essaie de combler ses lacunes, de trouver des variantes, en établissant un réseau de collaborateurs qu'il cite soigneusement dans son ouvrage, ce qu'il faut souligner. Ces collaborateurs sont des érudits eux-mêmes originaires surtout de Basse Provence : de Toulon (Letuaire, Louis Pelabon), des Bouches du Rhône (Martini, Régis de la Colombière) et des récentes Alpes-Maritimes (Bory, Castel). Ainsi répartis, c'est presque l'ensemble de la Provence qui est couvert. Leur contribution est toutefois modeste et ne constitue qu'un quart du corpus retenu. Pour la notation musicale, Damase Arbaud est conscient des limites de sa partition, souvent incapable de donner le rythme réel. Il sait et écrit qu'elle ne rend pas tout. Il écarte soigneusement de sa collecte les compositions qu'il juge trop modernes : il privilégie le plus possible dans son choix "la vraie poésie populaire" et les chants religieux exprimant le mieux selon lui  "les croyances primitives du christianisme". Peu de scories encombrent les commentaires de Damase Arbaud : il donne les différentes versions recueillies, les variantes en notes, il compare avec les données sur le Piémont, la Catalogne ! Ainsi à cent cinquante ans de distance, il nous fait un clin d'oeil et nous pose déjà les grands problèmes du collectage en chanson populaire : que garder ? en fonction de quels critères ? quelle version retenir ? faut-il ou pas reconstituer ? comment rendre vraiment le rythme ? Pour en savoir plus, plongez-vous dans l'univers des "Chansons populaires de la Provence".

Jean-Luc Domenge, Enseignant-Chercheur,

Majoral du Félibrige. Août 1999


1Chants populaires de la Provence. Tome 1 : 1862, Tome 2 : 1864. Réédition 1999/2000. Editions Cantar lou païs (www.cantarloupais.com302, Chem. Plan aux Grottes. 06530 St Cézaire sur Siagne. e-mail : cantarloupais@gmail.com.

2 "En voilà un qui ne se remplacera pas demain"

"Le bon médecin se met en campagne. Et de demander, de questionner, de faire parler l'un, chanter l'autre, de tout noter, air et paroles, sans perdre une syllabe ni une note ; puis de trier le bon grain du mauvais, d'écrire à droite, à gauche, de fouiller dans les vieux écrits, de comparer les airs de chacun avec les chansons des autres pays, etc."



 

Mise en ligne : 16/01/2020