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Mot-clé : toponymie
/ Data : 2012

Je recherche la signification de l'expression "Taste claouey"

Disparu du lexique moderne, l'expression "Taste claouey" parfois "Taste de claouey", telle qu'elle apparaît à Blanquefort où elle désigne un lieu-dit, se retrouve fréquemment dans la toponymie et la patronymie gasconnes. Tel est également le cas des deux termes qui la composent, "taste" ou "tasta" (graphie normalisée) et "claouey" ou "clauey", dont l'analyse nous proposent des pistes de compréhension quant à la signification d'une expression absente des lexiques modernes.

 

Taste/ Tasta

Lou Trésor dóu felibrige (F.Mistral) propose la définition suivante de tasta: "Tasta, tata (auv.d.) (bret.tasta, cat. Tastar, angl, tast, it. b.lat.tastare), v.a. et n. Tâter, toucher, palper, v. Chaspa, masanta; goûter, déguster, v.gousta; essayer, sonder le terrain, lambiner, v. Bestira."

Une première définition complétée dans le Dictionnaire étymologique des Noms de Famille Gascons de Michel Grosclaude (2003), par la proposition suivante: "je crois qu'il faut opter pour le sens de "hauteur" et en faire une forme de Tèsta, Latèsta, etc. Cette opinion est également celle de Boyrie-Fenié. Mais il semble bien que le sens de "taillis de hêtre" attesté en ancien gascon soit préférable (cf. Boisgontier, N.R.O. N°21-22, 1993, p.227).

Cette dernière piste semble la plus probante dans le cas de l'expression "taste claouey", au vu des propositions avancées ci-après pour la définition de "claouey" ou en graphie normalisée "clauey"/"clavièr".

 

Claouey/ Clauey

La définition proposée par Mistral dans "Lou Tresor dóu Felibrige" est la suivante: "Clavié, clabiè (l.), clauè (g.), clavi(for.), (rom. Clavier, claver, claouey, cat. Clauer, esp. Llavero), s.m. Clavier qui porte une chaînette à laquelle les femmes suspendent leurs ciseaux et les clefs, v.crouchet [...]." Cette définition nous invite à considérer la relation entre claouey/ clauey et la clau, la clé. Les recherches du côté de la toponymie gasconne permet alors de mieux cerner sa définition.

Ainsi l'ouvrage "Toponymie gasconne" de Bénédicte et Jean-Jacques Fénié (Luçon, 2006) apporte les précisions suivantes : "Clèda, ou son diminutif cledon, ont le même sens de "barrière", "enclos" [...] De sens analogue sont par ailleurs les nombreux-lieux dits Claous (commune de Pissos, L) ou Clauzet, de claus. 

 

Tasta clauey ou Taste claouey

La décomposition de l'expression nous a permis de définir quelques premières pistes de compréhension vis-à-vis d'une formule aujourd'hui disparue des lexiques modernes. On la retrouve toutefois toujours dans la toponymie gasconne, notamment à Blanquefort, où elle désigne un lieu-dit identifié en 1968 par Anne Cavignac dans son mémoire d'entrée à l'École nationale des Chartes.

Figure ainsi au paragraphe deux-cent-soixante-cinq de son étude sur "Les noms de lieux du canton de Blanquefort", une première mention dans un document de 1686, du lieu-dit "Tasta Clauey". L'origine de ce toponyme serait pour elle une évolution des termes claus, l'enclos, et clau, la clé, un dérivé clau + -ariu, ayant donné le terme clavière, c'est-à-dire une clôture de haie.

Consulté à ce sujet, Bénédicte Fenié apporte à ces premiers éléments, un complément d'information. Se penchant sur le glossaire du latin médiéval, elle propose une explication pour l'emploi du terme, accompagné ou non d'un déterminant.

" L'un des sens de tasta serait en effet: locus dumis et vepribus consitus, autrement dit un "hallier" un "endroit où les buissons abondent", en somme ce que nous appelons, dans la Grande Lande, la "tusta". La Taste Claouey ou Taste de claouey (tel qu'on le trouve actuellement à Blanquefort), indiquerait donc une parcelle en friche (buissonneuse) située dans un enclos."

 

Remerciements à :

Bénédicte Boyrie-Fénié, docteur en géographie historique et spécialiste de la toponymie occitane.

Joan-Breç Brana, pôle Lenga e societat, InOc Aquitània.

Le Groupe d'Archéologie et d'Histoire de Blanquefort.

 

En savoir plus:

BOISGONTIER, (Jacques), « Deux toponymes gascons du confluent », in Nouvelle revue d’onomastique, 1993 (n° 21-22), pp. 51-54.

CAVIGNAC, Anne, « Les noms de lieux du canton de Blanquefort  ( Gironde ) » , Mémoire d'entrée à l'École nationale des Chartes, promotion 1968.

FENIE, Bénédicte et Jean-Jacques, Toponymie gasconne, Bordeaux, 1992. (COTE CIRDOC: 491.47 FEN ).

GROSCLAUDE, Michel, Le dictionnaire étymologique des Noms de Famille Gascons, Lescar, 2003. (COTE CIRDOC: 492.47 GRO).

MISTRAL, Frédéric, Lou Tresor dáu Felibrige, Édition de 2003. (COTE CIRDOC: 443).

Mise en ligne : 16/01/2020
/ Data : 2013

La fontaine de la porte d'Aude dans la Cité de Carcassonne s'appelle "foun celado". Que signifie le terme "celado" ?


La "foun celado" de Carcassonne (font celada en graphie occitane) :


La foun celado, au même titre que la foun grando, figure parmi les fontaines les plus anciennes de la cité de Carcassonne, dont le nom occitan laisse entrevoir quelques hypothèses sur la vie carcassonnaise au Moyen âge.


La foun celado se trouve sur le chemin de la porte d'Aude, dans un pan de l'enceinte de la cité. Elle est invisible aux premiers regards, comme le souligne d'ailleurs son appellation.


L'expression occitane "font celada" (prononcez fount celado), signifie :

- "font" = la fontaine. Au cœur de la Cité, parmi les vestiges de l'époque médiévale, figure d'ailleurs une autre font, la "font granda" (prononcez "foun grando", la grande fontaine).

- "celada": la dissimulation, du verbe "celar": cacher. La font celada serait donc la fontaine cachée de Carcassonne.


Le Trésor du Félibrige, dictionnaire somme des termes et expressions recueillis dans les différentes variantes de la langue d'oc par Frédéric Mistral au XIXe siècle, propose quant à lui une définition nous éclairant un peu plus sur ce terme : "celado / cialado (en limousin), salado (rom.cat. celada, it. celata), s.f. Action de celer, de cacher, de se taire sur quelque chose ; cachette, v. escoundudo ; pièce de l'armure qui couvrait la tête, salade, v.casco.r.cela."


Le nom donné à cette fontaine est assez explicite quant au caractère caché de celle-ci, effectivement invisible au premier regard. Le tout pose de fait la question du choix d'un tel nom et surtout, d'un tel emplacement. Peu de sources sont disponibles quant à l'histoire propre de la fontaine, contrairement à d'autres puits et fontaines de la Cité entourés d'histoires et légendes, tel la font granda, rendez-vous des amoureux, ou le puits des fadas, le puits des fées à proximité du château.


Toute formulation au sujet de l'usage et de l'histoire de la font celada ne peut donc être ici que l'objet d'hypothèses et non être considéré comme des faits historiquement avérés.


Notons que, forteresse construite sur un promontoire surplombant l'Aude, point stratégique de défense, la cité de Carcassonne fut également un colosse aux pieds d'argile dont le point faible, comme pour beaucoup de châteaux et castrum de la zone méditerranénne, fut sa difficulté à s'approvisionner en eau.

La font celada semble d'ailleurs constituer l'un des plus anciens points d'eau de la Cité, mais également l'un des principaux du Moyen âge jusqu'au XIXe siècle, date à laquelle se déroulent les travaux de restauration et de modernisation menés afin de mettre fin à la ruine et à l'insalubrité grandissante de la Cité.

Parmi les facteurs de bonne résistance à un siège militaire figure bien sûr la capacité des assiégés à maintenir sur la durée leur approvisionnement en eau et en nourriture. La reddition du vicomte Raimond-Roger Trencavel, au cours du siège de Carcassonne dès les débuts de la Croisade contre les Albigeois en 1209, est expliquée en grande partie par le tarissement des ressources en eau, provoqué tant par les conditions climatiques du mois d'août languedocien, que par la progression des troupes de Simon de Montfort coupant tout accès aux points d'eau extérieurs à la Cité.


Dans ces conditions, on comprend l'importance des fontaines de la Cité.

 

En savoir plus :


NELLI, René, Carcassonne d'heureuse rencontre, Aix-en-Provence : Edisud, 1980. (Disponible au CIRDOC : 988.97 CAR)


RITTER, Raymond, L'architecture militaire du Moyen âge, Paris : Fayard, impr. 1974. P.67. (Disponible au CIRDOC : CAB 3293)


BLANC, Jean ; ROBION, Claude-Marie ; STAGÉ, Philippe; La Cité de Carcassonne, des pierres et des hommes, Paris : Grancher, 1999. (Disponible au CIRDOC : 725 CAR).

Mise en ligne : 16/01/2020