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Tipe : Òbra / Data : 2016-04-26

Votre question : Quelle est la signification du mot « Paratge » ?

Notre réponse :

Le terme d'ancien occitan « paratge » est relativement fréquent dans la poésie des troubadours où il revêt tour à tour le sens premier de « noblesse de sang » et le sens plus original de « noblesse de cœur » ou « de mérite ». Il est surtout connu par son emploi dans la Canso de la Crozada (ou « Chanson de la Croisade contre les Albigeois », XIIIe siècle), dont il représente la valeur centrale et qui continue de fasciner de nombreux auteurs contemporains pour son sens « patriotique ». La redécouverte du texte de la Canso au XIXe siècle – dans le contexte de l'éveil des nationalités en Europe et des premiers mouvements renaissantistes occitans – et surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, a rendu le terme paratge très courant dans les discours occitanistes et chez les écrivains et artistes d'expression occitane.

Fol. 231 du manuscrit de la<i> Canso de la crosada</i>. Ce manuscrit contient un nombre très important d'occurences du mot « Paratge ». Bibliothèque nationale de France, manuscrit Français 25425

Le terme est réputé « intraduisible »1. Il donne lieu à des interprétations qui en ont fait évoluer le sens2. Paratge n'aurait donc pas d'équivalent dans d'autres langues : soit parce que le concept incarne les valeurs spécifiques à la civilisation occitane du Moyen Âge (définition idéologique), soit parce qu'il s'agit d'une invention littéraire liée à une œuvre en particulier (définition historique).

Si le terme échappe à une définition claire – ou du moins unique – c'est qu'il connaît une évolution dans son emploi. En partant des sources littéraires, le terme occitan est, à l'origine, assez proche du français « parage »3 avec lequel il partage l'étymologie latine par- (= pair, égal). Mais son emploi littéraire par les troubadours occitans fait évoluer le paratge occitan de façon originale : de qualité de naissance, le terme évolue dans sa signification pour désigner une vertu morale, celle de « noblesse d'âme » pourrait-on dire.
Enfin, une œuvre particulière – tardive sur le plan de la littérature courtoise occitane et à bien des égards exceptionnelle dans l'histoire de la littérature occitane du Moyen Âge –, la Canso de la Crozada (deuxième partie du texte, dite de l'Anonyme ou du Continuateur) utilise le terme paratge à une fréquence extraordinaire dans le poème. S'il désigne la qualité morale essentiellement attachée au jeune comte de Toulouse, paratge est également utilisé comme allégorie de la ville et de ses habitants, voire en valeur universelle. De façon surprenante, le poème du XIIIe siècle revêt une connotation patriotique pour ses lecteurs du XIXe et XXe siècle. Dans la Canso, le comte de Toulouse, son allié le roi d'Aragon, la chevalerie languedocienne en général, puis la population tout entière semblent se battre pour paratge érigé en valeur suprême et partagée.
Plus qu'un concept moral qu'il serait difficile de définir tant son emploi varie dans le poème, le terme devient davantage une forme « d'étendard ». La redécouverte et les interprétations patriotiques, voire identitaires, du poème de la Canso eurent une grande influence sur l'ensemble des mouvements de renaissance culturelle ou de revendication occitans (Félibrige, occitanisme d'après-guerre ou contemporain). Il est aujourd'hui courant dans le discours des promoteurs de la langue occitane au même titre que convivencia ou larguesa qui connaissent toutefois des origines et des significations distinctes mais font écho aux thèmes de vivre-ensemble, de laïcité, de tolérance.

1/ Définitions et interprétations de « paratge »

1-1/ Définitions historiques

  • François-Just-Marie RAYNOUARD, Lexique roman : ou dictionnaire de la langue des troubadours..., à Paris, chez Silvestre, tome quatrième, 1842 :
    « PARATGE, s. m., parage, extraction, rang, qualité. »

  • Paul FABRE, Petit dictionnaire de la littérature occitane du Moyen-Age : auteurs, œuvres, lexique, Montpellier, Centre d'études occitanes, 2006, Lo Gat Ros :
    « En ancien occitan, ce mot signifie 'noblesse, haute naissance' ; il désigne aussi l'ensemble des nobles. Dans la langue des troubadours, il a pris également le sens de 'noblesse de cœur' ».

  • Charles ROSTAING, « Le vocabulaire courtois dans la deuxième partie de la « Chanson de la Croisade des Albigeois », dans Mélanges de linguistique, de philologie et de littérature offerts à Monsieur Albert Henry, Strasbourg, 1970 :
    « Le sens de paratge est donc très clair : de l'idée de 'famille noble' on est passé à celle de 'noblesse', d'abord la noblesse de la naissance, puis celle de l'esprit ou de l'âme : c'est dans cette dernière acception que le mot est pris dans la Chanson. »

  • Linda PATERSON, Le Monde des troubadours : la société médiévale occitane de 1100 à 1300, Montpellier, Les presses du Languedoc, 1999 :
    « Paratge constitue évidemment l'éthique dominante du poème, et il y a fort peu d'exemple d'ailleurs que le concept de chevalerie transcende son aspect purement fonctionnel et militaire ; au contraire, ici la chevalerie semble prendre une valeur éthique. La meilleure définition de Paratge est peut-être ici le droit à son propre héritage : un droit qui n'est pas seulement celui d'un lignage noble, mais aussi de toute une société. L'éthique consiste à lutter pour ses droits propres et ceux de ses alliés, une différence notable avec l'éthique du vasselage dans les sources françaises de Flori. »

  • Robert LAFONT, La geste de Roland, tome 2 : Espaces, textes, pouvoirs, Paris, l'Harmattan, 1991 :
    « Étymologiquement paratge est formé sur par 'égal'. Il marque l'entente d'hommes qui se reconnaissent égaux entre eux. Le terme est d'origine aristocratique : il est apparu entre personnes 'de haut parage'. Il désigne la noblesse de sang et par suite d'âme. Mais il n'est pas généralement une qualité morale spécifique qui envahit la société, l'organise, lui donne un sens. Ce qu'il devient dans la seconde partie de la Chanson de la Croisade. »

  • Robert LAFONT, Prémices de l'Europe, Arles, Sulliver, 2007, Coll. Archéologie de la modernité :
    « C'est donc une valeur d'abord aristocratique, mais si elle signifie une égalité de rang en une classe, c'est dans la mesure où l'âme mérite la naissance. On reconnaît là l'idéal de la chevalerie dans sa pureté conquise, accessible à tout homme qui consacre sa vie à le servir. »

  • Miquèla STENTA, Larguesa : un art du don dans l'Occitanie médiévale, Montpellier, CRDP de l'Académie de Montpellier, 2011.
    « Paratge, c'est la noblesse de rang et d'esprit qui, dans ce cas, n'exclut pas la reconnaissance par le mérite, comme pairs, d'hommes d'origine humble. »

  • Miquèla STENTA, Les valeurs de la société de Cortesia : en pays d'Oc aux XIIe et XIIIe siècles, Meuzac, lo Chamin de Sent-Jaume, 2011. (à propos du concept de paratge dans le poème de la Canso)
    « Si paratge est cette noblesse de cœur, il est aussi un sentiment patriotique-national. (…) On se bat pour le défendre ou le rétablir ; il représente toute une civilisation. Il faut sauver paratge comme une patrie. »

  • Eliza MIRUNA GHIL, L’Âge de Parage : essai sur le poétique et le politique en Occitanie au XIIIe siècle, New York-Bern-Frankfurt am Main-Paris, Peter Lang, 1989.
    « Le terme de 'paratge' appartient à l'origine au vocabulaire du droit vassalique et nomme l'institution féodale qui règle l'héritage et le morcellement des fiefs. Il s'emploie, par exemple, pour préciser les obligations du fils aîné dans la famille noble à l'égard de son seigneur et de ses frères cadets. Dans la poésie courtoise le terme prend des connotations plus générales de valeur personnelle – par exemple, lorsqu'il est employé pour décrire la dame aimée dans la canso d'amour, qui est alors 'de gran paratge', 'd'aut paratge' ou lorsqu'il est employé par référence au sujet lyrique, dans le cas d'une trobairitz ('mos paratges', dit la comtesse de Dia). Il peut s'appliquer aussi, dans le sirventes, aux membres de la société courtoise qui partagent les valeurs morales chères aux troubadours et qui reçoivent l'appellation de 'om de paratge'.  Cette qualité n'est pourtant pas considérée comme essentielle, car c'est la noblesse de cœur (surtout amoureux) qui fait la valeur de l'individu et non pas celle de naissance. La fin'amor promeut ainsi, aux yeux d'une société différenciée hiérarchiquement, la possibilité morale d'une 'méritocratie'. »

1-2/ Définitions idéologiques

Qu'elles soient réellement fantasmées par les auteurs ou pensées dans l'idée légitime de bâtir une culture occitane contemporaine à partir de son héritage littéraire, les définitions que nous appelons par commodité « idéologiques » - sans jugement de valeur - affirment l'existence du concept de « paratge » au sein d'une partie de la société contemporaine, le terme fonctionnant comme un lieu de mémoire. Le terme est à ce titre fréquent dans la création artistique (littéraire, musicale, etc.). Parmi cette production idéologique, on peut signaler le texte célèbre de la philosophe Simone Weil : « L'agonie d'une civilisation vue à travers un poème épique » publiée en 19434.

  • Émile NOVIS (pseudonyme de Simone WEIL), « L'agonie d'une civilisation », dans Le Génie d'oc et l'homme méditerranéen : études et poèmes, les Cahiers du Sud, 1943 :
    « Le poète de Toulouse [l'auteur anonyme de la deuxième partie de la Canso] sent très vivement la valeur spirituelle de la civilisation attaquée ; il l'évoque continuellement ; mais il semble impuissant à l'exprimer, et emploie toujours les mêmes mots, Prix et Parage, parfois Parage et Merci. Ces mots, sans équivalents aujourd'hui, désignent des valeurs chevaleresques. Et pourtant, c'est une cité, c'est Toulouse qui vit dans le poème, et elle y palpite tout entière, sans aucune distinction de classes. Le comte ne fait rien sans consulter toute la cité, 'li cavalier el borgez e la cuminaltatz', et il ne lui donne pas d'ordres, il lui demande son appui ; cet appui, tous l'accordent, artisans, marchands, chevaliers, avec le même dévouement joyeux et complet. C'est un membre du Capitole qui harangue devant Muret l'armée opposée aux croisés ; et ce que ces artisans, ces marchands, ces citoyens d'une ville – on ne saurait leur appliquer le terme de bourgeois – voulaient sauver au prix de leur vie, c'était Joie et parage, c'était une civilisation chevaleresque. »

  • Fernand Niel, Albigeois et cathares, Paris, Presses universitaires de France, 1955, Que sais-je ?
    « Paratge (signifie) honneur, droiture, égalité, négation du droit du plus fort, respect de la personne humaine pour soi et pour les autres. Le paratge s'applique dans tous les domaines, politique, religieux, sentimental. Il ne s'adresse pas seulement à une nation ou à une catégorie sociale, mais à tous les hommes, quelles que soient leur condition et leurs idées. »

  • Paul OURLIAC, « Réalité ou imaginaire : la féodalité toulousaine », dans Religion, société et politique : mélanges en l'honneur de Jacques Ethel, Paris, Presses universitaires de France, 1983 :
    « L'unité du Languedoc existe par sa langue mais plus encore dans cette communauté d'idéal qu'exprime le « Paratge » : un idéal qui est fait de loyauté, d'équité, de fidélité, de respect du droit, tout ce qui oppose le Midi aux chevaliers croisés. »

1-3/ Sur l'importance de paratge dans la Canso de la Crozada

  • Yves DOSSAT, « La croisade vue par les chroniqueurs », dans Paix de Dieu et Guerre sainte en Languedoc au XIIIe siècle, Toulouse, Privat, Cahiers de Fanjeaux, n° 4, 1969.
    « L'auteur de la seconde partie de la Chanson est un adversaire résolu de la croisade et pour tout dire un partisan. Bien qu'il ne l'exprime pas ouvertement, il n'est certainement pas loin d'admettre que les croisés sont des suppôts de Satan. Pour traduire sa pensée, le continuateur introduit dans la Chanson des allégories qui représentent les qualités et les vertus des uns, les vices et les tares des autres.
    D'un côté se trouvent Paratge, la noblesse d'âme, le sentiment de l'honneur, les vertus d'un cœur généreux, inséparable de Pretz, le mérite personnel, qu'accompagnent le bon droit, Dreitz, la justice de la cause, Dreitura, la loyauté, Lialtatz. De l'autre l'orgueil, Orgolhs, l'esprit de démesure, Desmesura, la fourberie, Engans, la mauvaise foi, Falhimens. »

  • Philippe MARTEL, Les cathares et l'histoire : le drame cathare devant ses historiens : 1820-1992, Toulouse, Privat, 2002, coll. Catharisme.
    « En face [de l'Historia albigensis de Pierre des Vaux-de-Cenay], il y a la Chanson de la croisade, tout aussi engagée, surtout dans sa seconde partie, rédigée en occitan vers 1228 et qui est en fait un appel aux sujets du comte de Toulouse, au moment du dernier grand choc avec les croisés de Louis VIII. Ici encore, il serait vain d'attendre de notre auteur trop de nuances : les croisés sont des imposteurs et des usurpateurs, à l'ambition démesurée. Les seigneurs occitans, et notamment le jeune comte Raimond VII, représentent les valeurs courtoises – l'intraduisible Paratge par exemple – valeurs proposées à toute une population en guide d'idéologie « nationale » : l'état des liens féodo-vassaliques en pays d'oc ne permettant pas au poète-popagandiste de jouer uniquement de cette corde ('Nous suivons le comte parce qu'il est notre seigneur'), il faut compléter : 'Nous le suivons parce qu'il respecte les usages et valeurs du pays, et que ceux d'en face ne les suivent pas.' »

2/ Occurrences et emplois du terme

La Concordance de l'Occitan médiéval5 permet d'effectuer des recherches lexicales dans l'ensemble du corpus des textes littéraires en ancien occitan (corpus des Troubadours, corpus des textes narratifs en vers). La COM relève plus de 200 occurrences du terme paratge dans le corpus littéraire en ancien occitan (par comparaison « prètz » a plus de 2'300 occurrences sur le même corpus, larguesa ou dreitura, une centaine). À noter que le terme paratge apparaît 48 fois dans la seule Canso de la Crozada.

Assez fréquent chez le troubadours sans représenter pour autant une valeur centrale, l'expression « de (bon) paratge » désigne la qualité de naissance de la dame noble du poème au même titre que « de bon aire » ou « de bon linhatge ». Il s'applique de même pour qualifier la noblesse d'un chevalier, et par extension, la famille noble, la noblesse. Il prend également chez certains troubadours le sens de noblesse de cœur et de mérite. Il est surtout le concept essentiel de la Canso de la Crozada ou il peut désigner le comte de Toulouse et ses alliés, être une allégorie de la ville de Toulouse, résumer l'ensemble des valeurs morales positives à défendre et « à restaurer » face aux croisés.

Comtesse de Dia
Valer mi deu mos prètz e mos paratges
E ma beutatz, e plus mos fis coratges
« Mon mérite, ma haute naissance, ma beauté et plus encore mon cœur fidèle doivent me faire valoir. »

Girard de Roussillon
N'a baron chevaler de nul parage
N'i aie perdut home de son lignage
« Il n'y a pas de noble chevalier d'aucune famille qui n'ait perdu [dans la bataille] homme de sa parenté »

Guiraut de Bornelh 
Mot era dous e plazens
lo temps gay cant fon eslitz
paraties, et establitz ;
que.ls drechuriers conoissens
lials, francx, de ric coraties
plazens, larcx, de bona fe
vertadiers, de gran merce
establi hom de paratie
per cui fo servir trobatz
cortz e domneis e donars
amors et totz benestars
d'onor e gran drechura
« Il était doux et plaisant le temps joyeux où la noblesse fut choisie et créée ; car paratge fut conféré à ceux qui étaient justes et sages, loyaux, francs, au cœur noble, plaisants, généreux, de bonne foi, sincères, compatissants. C'est grâce à de tels hommes qu'on été inventés le service courtois, le domnei, la largesse, l'amour et toutes les coutumes agréables, selon l'honneur et le droit. »

Dans l'Ensenhamen d'Arnaut de Mareuil
Li borzes eissamens
An pretz diversamens ;
Li un son de paratge
E fan faitz d'agradatge
« Les bourgeois, de même, ont du prix diversement, les uns sont de grande famille, et agissent de manière agréable. »

La Vida de Peire Cardenal
Peire Cardinal si fo de Veillac, de la siutat del Puei Nostra Domna ; e fo d'onradas gens de paratge, e fo filz de cavallier e de domna...
« Pierre Cardenal était du Velay, de la cité du Puy-Notre-Dame ; il était d'une honorable famille de la noblesse, fils d'un chevalier et d'une dame... »

Canso de la Crozada : discours par lequel le troubadour Gui de Cavalhon accueille le jeune comte de Toulouse sur le chemin d'Avignon (laisse 154, vv.6-17)
Mons Guis de Cavalhon desobr'un caval ros
A dig al comte jove : « Òimais es la sasos
Que a grands òbs Paratges que siatz mals e bos, Car lo coms de Montfòrt que destrui los baros
E la Glèisa de Roma e la predicacios
Fa estar tot Paratge aunit e vergonhós,
Qu'enaissí es Paratges tornats de sus en jos
Que si per vos no.s lèva per tostemps es rescos.
E si Prèsts e Paratges no.s restaura per vos,
Doncs es lo mòrts Paratges e tots lo mons en vos,
E pòs de tot Paratge ètz vera sospeiços,
O tots Paratges mòria o vos que siats pros ! »
« Messire Gui de Cavalhon, monté sur un cheval roux, / a dit au comte jeune : « Voici le moment / où Paratge a besoin que vous soyez belliqueux et brave, / car le comte de Montfort qui détruit les barons / et l'Eglise de Rome et ses prédicateurs / couvrent Paratge de honte et d'ignominie / au point que Paratge est tellement tombé à la renverse / que s'il ne se redresse pas grâce à vous, il disparaîtra pour toujours. / Et si vous ne restaurez pas Mérite et Paratge / alors, par votre faute, sont morts Paratge et tout l'univers ; / et puisque de tout Paratge vous êtes la véritable espérance, / il faut que tout Paratge meure ou que vous soyez vaillant »

 

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Notes : 

1. Philippe MARTEL, Les cathares et l'histoire : le drame cathare devant ses historiens : 1820­-1992, Toulouse, Privat, 2002, coll. Catharisme.

2. Sur l'évolution de l'interprétation de la Canso de la Crozada au XIXe et au XXe siècle, voir Philippe MARTEL, op. cit. : « Pour Mary­-Lafon et Peyrat, les valeurs de la civilisation occitane médiévale existaient d'abord par leur caractère démocratique et progressiste : elles annonçaient celles qui triomphent en France après la Révolution. Chez nos auteurs du XXe, ce caractère démocratique est second. Joi et Paratge définissent une éthique abstraite, pas un comportement social. Et surtout, ces valeurs sont immanentes, ancrées presque biologiquement dans l'homme d'oc, et échappent donc à l'histoire. »

3. « Qualité, extraction, haute naissance. » (TLFI) ; la parage est également un concept de droit féodal réglant les partages entre aînés et puînés.

4. « La civilisation qui constitue le sujet du poème n'a pas laissé d'autres traces que ce poème même, quelques chants de troubadours, de rares textes concernant les cathares, et quelques merveilleuses églises. Le reste a disparu ; nous pouvons seulement tenter de deviner ce que fut cette civilisation que les armes ont tuées, dont les armes ont détruit les œuvres. Avec si peu de données, on ne peut espérer qu'en retrouver l'esprit ; c'est pourquoi, si le poème en donne un tableau embelli, il n'en est pas par là un moins bon guide ; car c'est l'esprit même d'une civilisation qui s'exprime dans les tableaux qu'en donnent ses poètes. (...) Chaque civilisation, comme chaque homme, a la totalité des notions morales à sa disposition, et choisit. (...) Si l'intolérance l'emporta, c'est seulement parce que les épées de ceux qui avaient choisi l'intolérance furent victorieuses (...) L’Europe n'a plus jamais retrouvé au même degré la liberté spirituelle perdue par l'effet de cette guerre. »

5. Peter T. RICKETTS (éd.), Concordance de l'Occitan médiéval : Les troubadours. Les textes narratifs en vers [CD ROM], Brepols.



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Mise en ligne : 17/01/2020
Tipe : Òbra / Data : 2012

Le Brun au sein de la dynastie des comtes de Lusignan

Uc lo Brun (ou Hugues Le Brun) est effectivement bien issu de la famille des contes de Lusignan. Plusieurs membres de la lignée des Lusignan portent le surnom d'Hugues Le Brun. Parmi eux on compte Hugues VII seigneur de Lusignan et comte de la Marche, Hugues VIII de Lusignan aussi appelé Le Vieux, Hugues IX sire de Lusignan et comte la Marche, décédé en 1219 sur le champ de bataille de Damiette, lors de la cinquième croisade, et enfin Hugues X de Lusignan, son fils, qui participe à la 7° croisade.


Trois chansons nous ont été transmises sous le nom du  Comte de la Marche. Elles ne sont présentes que dans le groupe de chansonniers français KNX et suscitent le doute chez les spécialistes quant à leur auteur et leur datation. Ces chansons ne sont généralement pas attribuées aux comtes de Lusignan.


Parmi tous les Lusignan portant le surnom de Brun, aucun n'a pu être identifié comme un troubadour. Il ne nous est en effet parvenu aucun texte dont ils aient pu être les auteurs. D'après Barbieri, Hugues IX de Lusignan aurait composé quelques vers provençaux mais comme le précise J. Boutière dans son ouvrage Biographies de Troubadours, il semblerait que Barbieri ait confondu Hugues le Brun, comte de la Marche avec Ugo Brunenc (Hugues Brunet), troubadour rouergat.


Hugues le Brun et le troubadour Gaucelm Faidit

Si aucun des comtes de Lusignan n'a pu être identifié comme troubadour, au moins deux d'entre eux semblent entretenir d'étroites relations avec Gaucelm Faidit, prolixe troubadour originaire du Limousin. On sait que Hugues IX le Brun et son fils Hugues X, lui aussi surnommé Le Brun étaient de grands amis du troubadour limousin et que les trois personnages se seraient fréquentés durant plusieurs années.


La razo 167,15 (Ms. P39r) nous indique notamment que Gaucelm Faidit appelait Hugo le Brun "Belle-douce-émeraude-fine", "Bel[s]-Doutz-Maracdes-Fis" dans le texte. Ce senhal a permis d'identifier Hugues le Brun comme destinataire de trois cansos de Gaucelm Faidit.


Une autre razo relative à Gaucelm Faidit cite d'ailleurs directement Hugues de Lusignan - vraisemblablement Hugues X - et indique clairement qu'une chanson du troubadour limousin lui était destinée :

Les prières de Gaulcem Faidit durèrent très longtemps, ainsi que l'amour qu'il portait à Madame Marguerite d'Aubusson. [...] Mais elle aimait Hugue de Lusignan, qui était le fils d'Hugue le Brun, comte de la Marche ; et celui-ci était grand ami de Gaucelm. La dame demeurait au château d'Aubusson, où elle ne pouvait voir Hugue de Lusignan, ni lui faire aucun plaisir. Elle fit semblant d'être mortellement malade et fit voeu d'aller prier Madame Sainte Marie de Rocamadour. Et elle fit dire à Hugue de Lusignan de venir à Uzerche - un bourg où habitait Gaucelm Faidit -, d'y venir furtivement et de descendre chez Gaucelm ; elle y descendrait aussi et lui ferai plaisir en droit d'amour ; et elle lui indiqua le jour qu'il devait y venir. Lorsque Hugue entendit cette nouvelle, il fut gai et joyeux, et se rendit là bas au jour fixé ; et il descendit dans la maison de Gaucelm Faidit. La femme de Gaucelm, quand elle le vit, l'accueillit très cordialement, avec grande joie et en grand secret, comme il demanda. Et la dame arriva et descendit au même endroit ; elle trouva Hugue de Lusignan au loogis, caché dans la chambre où elle devait coucher. Et lorsqu'elle l'eut trouvé, elle fut gaie et joyeuse et resta là deux jours  ; ensuite elle se rendit à Rocamadour et Hugue l'attendit jusqu'à son retour. Et quand elle fut revenue, elle resta deux jours encore, et chaque nuit ils couchaient ensemble avec grande joie et en grand divertissement.

Lorsqu'il s'en furent allés, Gaucelm ne tarda guère à venir et sa femme lui conta toute l'affaire. Il en fut si affligé qu'il voulut mourir, car il s'imaginait que la dame ne voulait du bien qu'à lui seul. Et ce qui la chagrina le plus, c'est qu'ils avaient couché dans son propre lit ; aussi fit-il, sur ce sujet, une "chanson méchante" qui débute ainsi :

Si jamais homme, opur avoir coeur fidèle...

ainsi que vous entendrez. Et cette chanson fut la dernière qu'il fit.


En voici le texte original : 

Longuamen duret lo precx d'En Gauselm Faidit e l'amor qu'el avia a ma dona Marguarita d'Albusso […]. Mas ella si amava n'Ugo de Lasigna, qu'era fils de N'Ugo lo Bru, del comte de la Marcha, et era molt amicx d'En Gauselm. La dona si estava el castel d'Albuso, on ella no podia vezer N'Ugo de Lasigna ni far plazer ; per qu'elas se fes malauta de mort, e vodet se az anar a ma dona Sancta Maria de Rocamadour en orazo. E mandet dire a N'Ugo de Lasigna que vengues a Uzercha, az un borc on estava Gauselms Faiditz, e que vengues a Uzercha, az un borc on estava Gauselms Faiditz, e que vengues a furt e que desmontes en l'alberc d'En Gauselm e que ela desmontaria en aquel alberc e ill faria plazer en dreg d'amor, et ensenhet li lo jorn qu'el hi degues venir. Quan N'Ugo auzit aquesta cauza, fo alegres e joios, e venc s'en lai en aquel dia qu'ela li mandet, e desmontet en l'alberc d'En Gauselm Faidit. La moiller d'En Gauselm, quant ela l vit, l'acuillit molt fort, et ab gran alegreza et en grand crezensa, si com el comandet. E la dona venc e desmontet laintre e trobet N'Ugo de Lasigna en l'alberc, recost en la cambra ont ella devia jazer. Et ella, quan l'ac trobat, fo alegra e joioza, et estet dos jorns aqui ; e pueis ela s'en anet a Rocamador et el l'atendet tro que venc. E pueis estet autres dos jorns quan fo venguda, e cascuna nueit jazion ensems ab gran alegreza et en gran solatz. E no tarzet gaire, quan s'en foron tornat, qu'En Gauselms venc, e sa moiller li comtet tot lo fait. Gauselms, quant ho auzit, fo si dolens qu'el volc morir per so qu'el crezia qu'ela no volgues be si no a lui. E per so qu'ela al sieu leit l'avia colgat, en fo el mais dolens ; don el fes per aquesta razo una mala chanso, la cals comensa :

Si anc nuls hom per aver fin coratge,

si com vos auziretz. Et aquesta fo la derreira chanso qu'el fes.


Pour aller plus loin...

J. Boutière et A.-H. Schutz, Biographies des troubadours : textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles, Paris : A.-G. Nizet, 1973. Cote CIRDOC : 841.8 VID

Gaucelm Faidit : amours, voyages et débats : "Trobada" tenue à Uzerche les 25 et 26 juin 2010, Moustier-Ventadour : Carrefour Ventadour, 2010. Cote CIRDOC : 841.8 FAI

J.Mouzat, Les poèmes de Gaucelm Faidit, troubadour du XIIe siècle, édition critiqueParis : A.-G. Nizet, 1965. Cote CIRDOC : 841.8 FAI

Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Libre / Data : 1930
Cette étude linguistique du Boeci, adaptation du De Consolatione Philosophae du philosophe et homme politique latin Boèce, plus ancienne œuvre occitane connue (début du XIe siècle), est le fruit d'une thèse présentée en 1930 à la faculté de Lettres de Strasbourg par Vladimir Rabotine.
Alors que les études de philologie romane étaient déjà à un stade avancé, peu d'études avait été menées sur la langue du Boeci, permettant notamment de prouver son origine limousine et d'affiner sa datation.
Dans sa thèse, Vladimir Rabotine se borne donc à une étude purement linguistique : phonétique d'abord puis morphologique.   

Voir toutes les ressources en lien avec le Boeci publiées dans Occitanica
Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Manuscrit / Data : 1888-05-19

Lettre écrite par Frédéric Mistral à Ludovic Legré le 19 mai 1988 depuis Maillane, conservée par l'Académie des Sciences Lettres et Arts de Marseille. Dans cette lettre il est question d'un manuscrit conservé par le majoral William Bonaparte-Wyve que Ludovic Legré souhaite consulter afin de compléter une de ses éditions des œuvres de Théodore Aubanel.

Mise en ligne : 16/01/2020
Appartient à :
Fonds de correspondance entre Frédéric Mistral et Ludovic Legré conservé par l'Académie des Sciences Lettres et Arts de Marseille (Accès à l'ensemble des lettres)
Tipe : Libre / Data : 1884
Troisième des grandes compositions poétiques de Frédéric Mistral, Nerto est un poème de 4000 vers octosyllabiques publié en 1884. Cette oeuvre raconte les aventures de Nerte, jeune fille vendue au diable par son père. L'action se déroule au Bas Moyen Âge évoquant Arles et Avignon au temps des papes.
En 1884, Nerto obtient le prix Vitet de l'Académie française. Et en 1924, le poème est adapté en opéra en quatre actes par Charles-Marie  Widor (pour la musique) et Maurice Lénat (pour le livret).

>> Accéder au documensur Archive.org
Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Libre / Data : 1912
Publié en 1912, deux ans avant sa mort, Lis óulivado est le dernier grand recueil de poèmes lyriques de Frédéric Mistral. Il rassemble des poèmes écrits jusqu'en 1907, majoritairement des chansons.

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Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Libre / Data : 1861
Mirèio a été publié à de nombreuses reprises à partir de 1860 par l'éditeur Charpentier, devenu Charpentier et Fasquelle. 
Cette édition de 1861 qui porte également la mention d'édition "Avignoun, enco de Roumaniho Libraire", est complétée par des notes à la fin de chaque chant. Dans les dernières pages on trouve également les partitions de Magali, mélodie provençale populaire transcrite par Fr. Seguin.

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Tipe : Carta postala / Data : 1900
Carte postale. Frédéric Mistral assis avec son chien
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Tipe : Manuscrit / Data : 18..

Recueil de chansons occitanes. Carte d'électeur de François Taillade

"Ancienne collection Frix Taillade. Achat à sa fille 1906/1907"

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Tipe : Manuscrit / Data : 18..

Recueil d'ouvrages occitans. Certains ouvrages sont issus de la bibliothèque Rochegude.

"Ancienne collection Frix Taillade. Achat à sa fille 1906/1907"

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