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Subject : Opéra
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Daphnis e Alcimadura
Dafnis e Alcimadura : una opèra occitana a la Cort del Rei
CIRDÒC-Mediatèca occitana

Résumé

En 1754, Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, compositeur baroque réputé pour ses grands motets présente à Fontainebleau, devant la cour du roi Louis XV, Daphnis et Alcimadura, pastorale languedocienne entièrement rédigée en occitan. S’inscrivant dans la querelle des bouffons, qui oppose tenants de l’opéra italien et défenseurs du lyrique français, Daphnis e Alcimadura, que l’on considère comme le premier opéra occitan séduit le public notamment par l’utilisation de la langue occitane. Il bénéficiera d’un grand succès, représenté en province jusqu’en 1789 et verra son déclin annoncé avec la traduction du texte en français, faute d’interprètes lyriques maîtrisant l’occitan.

 Portrait du violoniste narbonnais Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville par Maurice Quentin Delatour, Pastel sur papier, 1747. Collection Musée Antoine Lecuyer, Saint-Quentin.
Portrait du violoniste narbonnais Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville par Maurice Quentin Delatour, Pastel sur papier, 1747. Collection Musée Antoine Lecuyer, Saint-Quentin.

Autres version du titre :

Titre conventionnel : [Daphnis e Alcimadura. Op. 9]

Autres appellations :

< Dafnís e Alcimadura

< Daphnis e Alcimadure

< Daphnis e Alcimaduro

Histoire de l'œuvre

Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville est né en 1711 à Narbonne. Issu d'une famille de musiciens, - son père était organiste de la cathédrale de Narbonne -, Mondonville suit des études musicales et devient en 1738 violoniste et directeur au Concert Spirituel. En 1740, il accède à la charge de maître de musique à la Chapelle, formation regroupant les musiciens et chanteurs chargés d'intervenir à la tribune de la chapelle pendant la messe basse quotidienne du roi.

Inventif et doté d'une parfaite technique, Mondonville marque la musique baroque d'un grand nombre d’œuvres remarquables tout particulièrement dans le genre du grand motet, composition musicale à plusieurs voix et spécificité de la musique sacrée française au Grand Siècle. Ce dernier, alors dominant dans le répertoire de la Chapelle royale, s'enrichit d'une coloration nouvelle grâce aux inventions de Mondonville. Citons entre autres œuvres le De profundis, Vénus et Adonis ou encore Titon et l'Aurore, de véritables succès. Le narbonnais figure d'ailleurs parmi les plus grands compositeurs du XVIIIe siècle.

Au sein de ce riche répertoire, une œuvre se distingue particulièrement : Daphnis e Alcimadura. Celle-ci révèle non seulement le talent du compositeur mais aussi l'audace de l'homme qui propose en 1754 à la cour du roi Louis XV, une œuvre entièrement composée en occitan.

Contenu

L'opéra raconte l'histoire du pâtre Daphnis, amoureux de la jeune Alcimadura, celle d’un amour déçu : la belle ne croyant pas à la sincérité des sentiments du berger. Mais le jeune homme peut compter sur le soutien de Janet, le frère d'Alcimadura. Celui-ci va alors déployer tout un stratagème pour prouver à sa sœur que l'amour que lui porte Daphnis est authentique.

Dès le prologue, Mondonville place son opéra dans la lignée de la littérature et de la poésie occitanes en faisant intervenir Clémence Isaure, muse symbolique des poètes participant aux Jeux floraux de Toulouse, académie fondée en 1323, se proposant de maintenir la poésie des Troubadours. Avec ce prologue Mondonville semble se référer et s'inscrire dans l'école baroque toulousaine, menée par Godolin (1580-1649).

Note d'étude

Une pastorale languedocienne

Daphnis e Alcimadura est revendiqué par Mondonville comme pastorale languedocienne. Jusqu'ici rien de bien original puisque le genre pastoral est alors très en vogue à la cour. Mais, outre l'emploi de la langue d'oc, Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville est allé puiser dans le répertoire musical populaire de sa région d'origine.

La présentation de la pastorale devant la Cour royale ne se fait pas sans critiques. Grimm notamment accuse Mondonville de plagiat. Selon lui, le compositeur aurait seulement arrangé l'Opéra de Frontignan de Nicolas Fizes, considéré aujourd’hui comme le premier opéra en occitan. Mondonville puise en effet dans le répertoire musical populaire et traditionnel du Languedoc, il reconnaît dans l’introduction de son opéra qu’il y a intégré un air languedocien : "J'ay crû nécessaire d'insérer dans mon Ouvrage un Air du Pays que j'ay ajusté".

On peut d'ailleurs reconnaître dans Daphnis e Alcimadura plusieurs airs appartenant aujourd'hui au répertoire traditionnel des régions occitanes tels que Polida Pastorela ou encore L'Aiga de Ròtsa.

Une fusion des dialectes

Pour l'écriture de Daphnis et Alcimadura, Mondonville opère une fusion de plusieurs dialectes occitans. On retrouve en effet dans son opéra aussi bien du gascon, du languedocien que des expressions provençales. Cette situation s'explique par l'intervention de chanteurs issus des différents territoires occitans.

Parmi les rares chanteurs à la cour de Louis XV originaires de terres occitanes, Mondonville fait en effet appel à Marie Fel, une bordelaise, Pierre Jéliote, un béarnais et au chanteur comique provençal Antoine Trial. Afin de permettre à chacun des interprètes de chanter le plus juste possible l'ensemble du texte, le compositeur adapte alors le langage utilisé en fonction des dialectes occitans maîtrisés par les interprètes.

La langue à l'origine du succès de l'Opéra ?

La langue occitane n'était pas parlée et encore moins comprise à la cour. Pourtant, Daphnis e Alcimadura entièrement rédigé en occitan a rencontré un grand succès dès sa création.

Reproduction du livret original de l'opéra avec en introduction une table pour aider à la compréhension de la langue occitane
Reproduction du livret original de l'opéra avec en introduction une table pour aider à la compréhension de la langue occitane



À l'inverse, toutes les tentatives de traduction en français du livret se sont soldées par des échecs. La langue occitane semble donc bien être un facteur essentiel du succès de la pièce. Il faut dire que Mondonville avait pris toutes les précautions nécessaires pour que l'emploi de l'occitan ne heurte pas les mentalités parisiennes : l'opéra est précédé d'un prologue en français de la main de l'abbé Voisenon qui place l'œuvre dans la tradition des Jeux Floraux toulousains et fournit des clés pour comprendre la langue. Il propose par ailleurs dans le livret, tant le texte dans sa version originale qu'une traduction française des expressions les plus compliquées.
 

Postérité de l’oeuvre

Les différentes gazettes et écrits de l'époque nous ont permis de savoir que l'opéra fut représenté à de nombreuses reprises à Paris dans l'année qui suivit mais également en Province où le livret, la partition mais également des adaptation dans le dialecte local sont publiées (c'est notamment le cas à Montpellier en 1755). La prolifération des parodies de l'opéra attestent également de son rayonnement et de sa popularité.

Pour répondre aux demandes du public et permettre à un plus grands nombre d'interprètes de chanter dans cet opéra, Mondonville sortira en 1768 une nouvelle version de Daphnis e Alcimadura, traduite en français. L'opéra se diffuse alors beaucoup plus largement, notamment en Province.
 
La dernière représentation connue de Daphnis e Alcimadura est donnée en 1778. Avec la mort du compositeur, de nombreuses de ses œuvres tombent dans l'oubli, dont Daphnis e Alcimadura qui ne sera remontée qu'en 1981.

Après la Révolution Française, Mondonville reste très populaire pour ses motets mais Daphnis e Alcimadura tombe dans l'oubli.

C'est en 1977 que l'œuvre est redécouverte avec la thèse de Roberte Marchard consacrée au compositeur. Suivra une exposition à Lille, ville où Mondonville exerça ses talents à ses débuts puis la publication du catalogue d'exposition en 1980 par le Centre International de Documentation Occitane (CIDO) et la Société de Musicologie du Languedoc.
C'est alors le début d'une grande phase de redécouverte de l'œuvre du compositeur en Occitanie.

Programme de la première édition du festival Montpellier Danse
Programme de la première édition du festival Montpellier Danse


En juillet 1981, l'opéra, plus joué depuis plusieurs décennies est enfin créé à Montpellier, à l'occasion de la première édition du festival Montpellier-Danse. L'orchestre de Montpellier est dirigé par Louis Bertholon et on confie à Dominique Bagouet, figure de la Nouvelle Danse Française, la chorégraphie. 
Le choix de cette pièce n'est pas anodin pour la première édition du festival Montpellier Danse comme l'expliquent les élus à l'époque :  « Il fallait une œuvre à créer ou recréer pour consacrer le renouveau culturel de la région. Monter une œuvre écrite en langue régionale, c'est ancrer ce renouveau dans la pérennité d'une culture occitane spécifique. Le choix de Mondonville s'imposait ».


C'est lors de ce spectacle qu'est réalisé un enregistrement qui sera édité sous forme de vinyle la même année par la maison de disques Ventadorn, seul enregistrement complet de l'opéra édité à ce jour (Voir les références du disque sur Lo Trobador).

Plus récemment, l'opéra a été recréé par les élèves du conservatoire de Toulouse sur la scène du théâtre du Capitole en 2002.

Critiques et réception de l’oeuvre

 Dès la première représentation de l'opéra, de nombreuses critiques sont publiées dans les grandes revues de l'époque. Les avis sont partagés entre Bouffonistes et partisans de l'opéra Français. Outre les accusations de plagiat proférées par Grimm, c'est la question de la langue employée dans l'opéra qui semble cristalliser tous les débats, comme nous l'indique l'abbé Xavier de La Porte dans le tome III de ses Anecdotes Dramatiques : « Le jargon languedocien qu'il avoit parlé dans son enfance, et qui est presque aussi favorable au chant et aux idées tendres et galantes, que la langue Italienne, fut une nouveauté piquante à l'Opéra... ».

Ainsi, le Mercure de France de décembre 1754 fait paraître une critique élogieuse (consulter l'article original sur Gallica) : « M. Mondonville poète tout à la fois et musicien, est l'auteur des paroles et de la musique : tels étoient autrefois nos fameux Troubadours. La pastorale est écrite en langage toulousain, le prologue l'est en notre langue. [...] Alcimadure [...] et [...] Daphnis ont été rendus par Mlle Fel et Mr Jeliote. Ils sont si supérieurs l'un et l'autre, lorsqu'ils chantent le François, qu'il est aisé de juger du charme de leur voix, de la finesse de leur expression, de la perfection de leurs traits, en rendant le langage du pays riant auquel nous devons leur naissance... ».

A contrario, l'auteur du Manuscrit de Munich, partisan des Bouffons rédige une critique plus sévère : « Daphnis et Alcimadure opera dont les paroles sont de l'idiome languedocien n'a pas plu généralement et nous n'en sommes pas surpris ; il faut sçavoir ce jargon, et si l'on l'avoit sçu, peutetre l'auroit-on encore moins gouté. Le Sr Mondonville pretend que les paroles sont de luy ainsy que la musique ; on luy reproche d'avoir beaucoup pillé chez les italiens. En tout cas ce n'est pas voler dans le tronc des pauvres. »

Grimm lui, accuse clairement Mondonville de plagiat, il affirme dans un article paru dans la revue Correspondance Littéraire que le compositeur est allé puiser dans l'Opéra de Frontignan de Nicolas Fizes, mais aussi dans plusieurs intermèdes italiens et enfin que « le reste consiste dans des airs en Languedoc que tout le monde, en Languedoc, sait par cœur. » (Melchior Grimm IN Correspondance littéraire). Mais une fois de plus, c'est l'emploi de la langue occitane qui soulève ses interrogations : Grimm explique que le seul mérite de cet opéra serait l'emploi de l'occitan qui se rapprochant de l'italien « pour la simplicité, la naïeveté, l'expression et la gentillesse » vient amener une valeur ajoutée aux adaptations de Mondonville.

Daphnis e Alcimadura ne cesse d'être joué sur les scènes françaises. En 1768, Mondonville fait sortir une nouvelle version de l'opéra, traduit en français faute d'interprètes maîtrisant l'occitan. Cette traduction soulève là encore quelques critiques.

Ressources bibliographiques

 Voir toutes les ressources relatives à Daphnis e Alcimadura sur Lo Trobador.

Ressources numériques

 Voir toutes les ressources consultables en ligne sur Occitanica.