Explorer les documents (126 total)

45t_brouillet.jpg
Félicie Brouillet, conteuse du Périgord
CIRDÒC - Mediatèca occitana
Félicie Brouillet, née en 1907, à Augignac (Dordogne), à quelques kilomètres de Nontron fut des années 1930 jusqu'à sa disparition en 1982 une vedette de la radio régionale.

Toujours bien présente dans la mémoire collective, L'Oreilho-­dé-­Lèbré comme elle se faisait appeler, n'a eu de cesse toute sa vie durant de collecter et transmettre la langue, les traditions et histoires de son terroir.

Toute son enfance, elle se nourrit des croyances et histoires populaires qu'elle entendait raconter dans la maison familiale.

Dès les années 1930 elle participe aux opérations de recherche et de collectage menés dans la région nontronnaise par le prêtre Georges Rocal qui l'amène à mener un travail personnel sur la langue et les éléments culturels de son environnement.

Elle commence ainsi à rédiger quelques articles en occitan dans les revues locales avant de publier en 1937 Légendes, contes et récits de la veillée en Périgord, ouvrage aussitôt épuisé, qui ne fit l'objet d'une réédition qu'en 1990.

S'ensuit  un travail de collectage incessant et la constitution de son personnage de l'Oreilho­-dé­Lèbré, vieille nontronnaise contant ses histoires et commentant l'actualité, qui rencontre rapidement un grand succès auprès du public.

Les histoires de Félicie Brouillet ont été enregistrées et ont donné lieu à l'édition de plusieurs disques, vous pourrez aujourd'hui les trouver à l'achat d'occasion ou encore au prêt dans quelques rares bibliothèques ; il ne nous a pour le moment été possible d'en localiser qu'à la BnF (Félicie Brouillet dite l'ORELHO DÉ-LÈBRÉ et Félicie Brouillet avec ses amis du groupe folklorique RIEGUTAIN) et à la bibliothèque de Périgueux (Ses bonnes histoires du Périgord).

Robert Dagnas, avec son émission Chez Nous, diffusée dans les années 1970 sur les ondes de Radio Limoges a également très régulièrement fait intervenir Félicie Brouillet. Les archives de ces émissions de radio ont été déposées par Françoise Etay à l'IEO Limousin. Numérisées, elles sont disponible à l'écoute sur La Biaça, le site internet de la mémoire occitane en limousin.

Vous pourrez trouver les émissions Chez Nous dans lesquelles intervient Félicie Brouillet mais également des collectages réalisés auprès de la conteuse par Robert Dagnas en suivant ces liens :

Emissions radiophoniques Chez Nous avec la participation de la conteuse


 Collectages / Enregistrements intégralement conscacrés à Félicie Brouillet


Le numéro 4 de l'année 2012 du périodique Lo Bornat dau Perigord a  été consacré à Félicie Brouillet en 2012, à l'occasion de la félibrée de Piégut-Pluviers. Vous pourrez y trouver quelques informations complémentaires sur la conteuse.

 

vignette_3636.jpg
« crowdfunding » en occitan
CIRDÒC - Mediatèca occitana
Le terme anglais « crowdfunding », littéralement « financement par la foule », est un néologisme, un mot créé et popularisé récemment. Il désigne divers modes de financement de projets particuliers par cotisation d'un grand nombre d'individus qui se sont développés avec l'Internet participatif et les réseaux sociaux.

« Crowdfunding » est largement utilisé, sans adaptation, dans les autres langues européennes, comme en témoigne par exemple son usage dans la presse française, italienne ou espagnole.

Terminologie et néologie

Les langues officielles bénéficient souvent de structures publiques chargées de la terminologie et de la néologie, c'est-à-dire de la traduction ou de l'adaptation d'un terme spécifique emprunté à une autre langue, lorsqu'aucun terme équivalent n'est spontanément forgé par la communauté des locuteurs. Les choix terminologiques s'appuient sur des critères linguistiques (exactitude de la traduction, pertinence sémantique, cohérence étymologique) mais également sur des données sociolinguistiques, c'est-à-dire les usages réels et constatés des locuteurs d'une langue. Ainsi le terme « baladeur », préconisé par les instances québécoise et française en remplacement de la désignation sous copyright « Walkman », est-il devenu d'usage courant en français, prenant une acception plus large au gré des évolutions technologiques ("un baladeur mp3").

Pour l'occitan, le travail de terminologie est assuré par des linguistes dans le cadre de travaux universitaires ou académiques, ou de façon indépendante dans la rédaction de dictionnaires ou de lexiques. Certains organismes publics ou associatifs mènent également des chantiers de terminologie en collaboration avec les linguistes. Pour la création d'un néologisme en occitan, la prise en compte des choix opérés par les organismes officiels des autres langues romanes peut également permettre de trouver des solutions acceptables sur le plan linguistique comme sociolinguistique.

Le terme "crowdfunding" n'apparaissant pas dans les différents dictionnaires et lexiques occitans récents, on ne peut à ce stade opter que pour la comparaison avec les autres langues romanes.


Comment dit-on...

...en français ?

En France, la Commission générale de terminologie et de néologie a officialisé en 2013 l'expression  « financement participatif » comme traduction française de « crowdfunding ».
Le Grand dictionnaire terminologique (base de données de l'Office québécois de la langue française) privilégie la même expression de « financement participatif », mais propose également « sociofinancement » et « financement collectif ».

...en espagnol (castillan) ?

Le castillan n'est pas doté en Espagne d'organisme officiel de normalisation, et la Real Academia ne propose pas pour l'instant d'alternative à "crowdfunding". On trouve plusieurs termes dans les documents économiques récents, en particulier le concept de « micromecenazgo » (qui insiste davantage sur l'aspect de microfinancement) mais aussi « financiación masiva »« financiación en masa ».

...en catalan ?

Le TermCat, la base officielle de terminologie et de néologie de la Generalitat de Catalunya, propose également « micromecenatge » comme entrée privilégiée et « finançament col·lectiu »« finançament compartit » parmi d'autres expressions possibles.

...en italien ?

La langue italienne n'est pas dotée d'organisme officiel de terminologie (elle possède toutefois une Académie, l'Academia della Crusca, et il existe une association italienne de terminologie, ASS.I.TERM). Mais on note que l'Enciclopedia Treccani, ouvrage de référence, propose l'expression « finanziamento collettivo ».

...en portugais ?

L'IATE, la base de données terminologiques multilingue de l'Union européenne, recense l'emploi de « financiamento colaborativo » au Journal officiel et ceux de « micromecenato » et « financiamento coletivo » dans des contextes parlementaires ou universitaires.

...en roumain ?

L'IATE recense dans sa base de données l'usage de « multifinanțare » (« multifinancement ») et celui de « finanțare participativă » dans des textes officiels ou scientifiques.  

Et en occitan ?

En occitan, « crowdfunding » pourrait donc être traduit par « finançament participatiu » si l'on privilégie la proximité des usages sociolinguistiques avec le français, « micromecenatge », si l'on privilégie au contraire la proximité avec le catalan, et « finançament collectiu » serait sémantiquement tout à fait acceptable.

Ressources en ligne liées

Le Congrès permanent de la langue occitane, organisme de référence regroupant maintes institutions et de nombreux linguistes, propose sur son site une liste de lexiques spécialisés : http://www.locongres.org/fr/ressources/lexiques-occitans-specialises et élabore le Basic, lexique référentiel français-occitan : http://www.locongres.org/fr/normes-et-oeuvres-normatives/oeuvres-normatives/lexicographie/le-basic

FranceTerme, la base des termes recommandés au Journal officiel de la République française : http://www.culture.fr/franceterme

Le Grand dictionnaire terminologique, la base de données terminologiques de l'Office québécois de la langue française : http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/

Termium, la base de données terminologiques et linguistiques du Gouvernement du Canada : http://www.btb.termiumplus.gc.ca/

TermCat, le Centre de terminologie de la langue catalane, qui propose la base CercaTerm et le lexique Neoloteca : http://www.termcat.cat/ca

L'IATE, la base de données terminologiques multilingue de l'Union européenne, alimentée par les terminologues et traducteurs à partir de corpus textuels : http://iate.europa.eu

Occitanica étant un outil de connaissance participatif (de "crowdsourcing" donc...), toute remarque, proposition, précision et objection sont bien sûr les bienvenues pour alimenter ce débat terminologique : la fonction "contribuez" est à votre disposition ci-dessous pour partager vos commentaires.
Traditions taurines en Petite Camargue
CIRDÒC-Mediatèca occitana

A l'est du département de l'Hérault et dans une bonne part de celui du Gard, s'étendent des zones humides, partie occidentale de la Camargue. Au cœur de cette Petite Camargue, évoluent manadiers et taureaux noirs, les biòus qui chaque année, d'avril en octobre défient l'homme au cours des courses camarguaises. Cette pratique sportive consiste pour les raseteurs, à décrocher grâce à de petits crochets de métal, la cocarde placée sur l'os frontal de l'animal.

La bouvine, tradition séculaire de ces espaces, regroupe autour d'elle la communauté villageoise au cours des fêtes votives. Abrivada, capelada, aubadas et empègas perpétuent les rites et traditions de cette fête aux accents occitans.

 

I/ Terres de bouvine

A/ Une pratique très ancienne

 

L'homme et le taureau ont en commun une longue histoire, dépassant les frontières de la Camargue. Les trésors architecturaux et artistiques de la Haute Antiquité, témoignent du culte voué au bovin. Il est le dieu Apis des éyptiens, et les représentations de voltige avec taureau ornent toujours les ruines de l'ancienne civilisation minoenne en Crète. Il demeure depuis cette époque, un symbole de force, de puissance et de fertilité dans de nombreuses civilisations.

 

La Camargue, aux riches maraîs et terres de patures, constitue un microcosme favorable à l'élevage de bovins sauvages. Le biòu de Camargue, taureau noir aux cornes en forme de lyres, aujourd'hui élevé de façon semi-sauvage, constitue ainsi depuis des siècles, l'un des emblèmes d'une région et de ses modes de vie. (P15TRADITIONS TAURINES ENTRE MER ET VIDOURLE). Il est la vedette des courses camarguaises, un jeu taurin attesté au moins depuis le début du XVe siècle dans la région, lorsqu'en 1402 à Arles, l'un de ces combats est organisé en l'honneur de Louis II de Provence (cf. Lis p.82).

 

Longtemps, la bouvine demeure sans codes ni réglementation précise, comme en témoignent les témoignages disséminer de siècles en siècles. La pratique a alors des contours flous, présentant des divergences vis-à-vis des courses camarguaises actuelles. Elle n'en demeure pas moins déjà, une pratique bien ancrée dans un territoire faite de traditions et de coutumes propres à un espace et regroupant autour d'elle la communauté.

 

 

B/ La corsa di biòu de Germain Encontre

 

Nombreux sont les auteurs a avoir trouvé en la bouvine une source d'inspiration. Nous devons à l'érudit marsillarguois Germain Encontre, un ouvrage de référence pour la connaissance de cette pratique avant le tournant opéré au cours du second XIXe siècle, l'introduction de la corrida en France venant bouleverser l'existant. Paru en 1839 et depuis réédité et analysé par Alain Laborieux dans Le Taureau et la fête, ce long poème de 1500 vers revient sur la préparation et le déroulement d'un jour de fête en Camargue. Comme bien des fêtes patronales, cette journée est l'occasion de faire entrer les taureaux dans la ville.

La corsa di biòu nous présente les acteurs de la fête pris au cœur de l'action, gardians,biòus et raseteurs sont les héros de l'intrigue. L'ouvrage présente les particularités de cette pratique en ce premier XIXe siècle. Du temps de Germain Encontre, c'est au son des instruments traditionnels occitans que sont les hautbois et les tambourins, que s'organisent les festivités. (cf. Le Taureau et la fête...). Cette journée constitue un moment de fête réunissant l'ensemble de la communauté villageoise. Notons ainsi la présence des Chivau frus, les chevaux jupons, mais surtout des danses comme celle du Chivalet (cf. P166), ou la farandole. Celle-ci ouvre communément les festivités menée, comme bien souvent durant les fêtes traditionnelles, par les jeunes célibataires de la ville.

Gratuite comme nous le rappelle l'auteur, la fête patronale repose sur la participation de l'ensemble de la communauté, soit par l'entremise de la municipalité, soit plus traditionnellement, par la prise en charge des jeunes gens célibataires. Ils seront par la suite remplacés par les conscrits qui héritent de ce privilège.

 

 

C/ Témoignages et ancrages d'une fête communautaire

 

Les murs et les portes de bien des communes en pays de bouvine présentent aujourd'hui encore d'étranges peintures, les empègues. Ces dessins réalisés au pochoir témoignent de la part rituelle des courses camarguaises.

L'empègue, de l'occitan empegar (coller) en référence à la résine – la pega - utilisée, s'inscrit dans le cadre plus large de la pratique de l'aubade. Il était en effet de coutume de confier aux plus jeunes la mission d'organiser la tenue de la bouvine. Afin de mener à bien cette mission, les jeunes ou abats faisaient une aubada (aubade), une tournée les menant de maison en maison (traditionnellement celles abritant de jeunes filles non mariées) en vue de collecter les dons qui leur permettraient de financer les spectacles à venir. Symbole de cette pratique, l'empègue venait alors orner le mur des demeures ayant contribué. A chaque année sa troupe de jeune et ses empègues, les motifs évoluant afin de différencier chacun des paiements. Ces dessins renvoient généralement au monde de la bouvine ou de la Camargue : chevaux, taureaux, croix camarguaise... bien qu'aujourd'hui des représentations plus contemporaines s'y ajoutent périodiquement, tel un maillot de football. L'empègue dont la tradition voudrait que Beauvoisin abrite le plus ancien exemple, un dessin de 1894, se perpétuent aujourd'hui encore dans certaines communes du Gard. On en trouve ainsi à Beauvoin, aux Aubais ou encore au Caylar (page wikipédia et blogs respectifs...).

 

En dépit d'évolutions notables de la pratique, la course camarguaise n'en demeure pas moins liée à l'histoire et à la culture provençale, un temps à part qui réunit autour de lui l'ensemble de la communauté. La course en elle-même, ses moments de défis entre l'homme et l'animal, ne sont-ils pas autant de rites de passage ? De fait, la bouvine et les rituels qui l'accompagnent, participent de l'identité et de la culture provençale. En cela, elle fut au XIXe siècle l'objet de toutes les attentions du Félibrige.

 

 

II/ Folco de Baroncelli, artisan de la reconnaissance de la Bovina

 

Les toros bravos espagnols entrent en France au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Les arènes rouvrent leur portes, après avoir été jusque-là délaissées par les jeux taurins provençaux qui investissait de préférence l'espace même de la ville. Face au succès grandissant des corridas, la bouvine, née d'une nécessité quotidienne, l'élevage et la manade des biòus, va évoluer, aidée en cela par l'intervention de passionnés soucieux de préserver ce pan du patrimoine occitan.

 

 

A/ Folco de Baroncelli, poète et manadier

 

Parmi les figures notables ayant travailler à donner à la course camarguaise ses lettres de noblesse, notons Folco de Baroncelli-Javon, poète et manadier. (cf. Georges Lis, p.85).

Né à Aix-en-Provence en 1869, le jeune marquis est le descendant d'une vieille et noble famille italienne installée depuis le XVe siècle en Avignon, ville qui abrite le palais de la famille, mieux connu sous le nom de Palais du Roure. Le lieu conserve aujourd'hui encore les collections réunies par Baroncelli, véritable musée dédié à la muse provençale et temple de la course camarguaise (cf. Site du Palais du Roure ou de la ville d'Avignon).

C'est auprès de sa grand-mère, Madame de Chazelles, qu'il découvre et nourrit une passion pour la manade : la fé di biòu. (cf; René Béranger, p17). L'âge adulte venu, il se fait d'ailleurs manadier et s'installe aux Saintes-Marie-de-la-Mer où il fonde la Manada Santenca (cf.idem p/.99). Depuis les Saintes, il circule avec son troupeau au cœur de la Camargue, se rendant notamment fréquemment au Caylar, cette 'Mecque' de la manade provençale (P18 Georges Lis). Poète de langue occitane et membre du Félibrige dont il s'est rapproché durant sa période avignonnaise (cf. L'Astrado, n°29, 1994, p97), Folco de Baroncelli compose parallèlement de nombreux ouvrages et poésies, compositions dans lesquelles s'invitent fréquemment taureaux, manadiers et Camargue (cf. Lo biòu, Babali, Nouvello prouvençalo...).

Membre du Félibrige (association de défense de la langue et de la culture occitanes) dont il s'est rapproché durant sa période avignonnaise, Folco de Baroncelli va contribuer à la reconnaissance de la course camarguaise et à celle de ses principaux acteurs.


B/ La défense et uniformisation de la Nacion Gardiana

 

Le Félibrige, fondé en 1854 et qui se structure alors autour de Roumanille, Devoluy mais surtout de Mistral, a alors à cœur de renouveler et de préserver les "petites patries" et les traditions propres à un monde qu'ils considèrent en danger de disparition. En pays de bouvine se mettent en place différentes festivités et cérémonies autour du costume (Festas Virginencas) et des gardians. A Arles aujourd'hui encore, la fête des Gardians débute d'ailleurs par un salut à la figure tutélaire du poète Mistral.

En 1909, suite à l'action de Folco de Baroncelli, lo Comitat Virginenc devient la Nacion Gardiana (idem Astrado 101), société de défense des traditions camarguaises. En 1921, le même Folco est aux premières loges de la Levée des tridents, en référence à l'outil symbolique des gardians, phénomène de réaction face aux procès et attaques dont les courses camarguaises font alors l'objet. Le défilé, pacifique, parvient à obtenir gain de cause (Georges Lis, Pays de Bouvine, Montpellier, les Presses du Languedoc, 2004). Outre cette manifestation emblématique, Lo marquès, agit plus en profondeur, contribuant à l'uniformisation et à la réglementation d'une pratique qui pâtissait jusque-là de son relatif anarchisme. (P75Marcel Salem, Envoûtement camarguais.).

.

Alors que la corrida s'impose peu à peu en Provence, les afecionats (les passionnés) de la bovina, prenant en compte les faiblesses d'une pratique très peu codifiée et uniformisée sur le territoire camarguais, travaillent à son renouvellement. Peu à peu des règles s'instaurent, un calendrier des festivités se met en place, rythmé autour de l'abrivada (l'arrivée), jusqu'aux courses elles-mêmes opposant raseteurs et taureaux cocardiers (hommes et bêtes).

 

Folco de Baroncelli décède le 15 décembre 1943 à Avignon, loin de son mas du Simbèu réquisitionné par les troupes allemandes. Rénovateur de la course camarguaise, il fut aussi le principal artisan de sa mémoire, réunissant dans le palais familial d'Avignon, de précieuses collections retraçant l'histoire d'une pratique et d'un peuple.

 

 



Aujourd'hui la bouvine a opéré sa mue et peut compter sur un nombre stable sinon croissant d'afecionats.Les courses camarguaises viennent ainsi rythmer, entre avril et octobre (elle se déroule à Aigues-Mortes au début de ce mois), la vie des communes camarguaises. 

Catinou et Jacouti : deux héros populaires occitans du XXe siècle

Catinou et Jacouti : deux héros populaires occitans du XXe siècle



Exclu de l'école et de la vie publique officielle, en recul dans les villes et auprès des élites sociales, l'occitan au XXe siècle se réfugie dans la vie quotidienne et les relations en milieu rural. Marqueur d'identité territoriale mais aussi sociale, l'occitan est la langue d'une forme de contestation des pouvoirs politiques et économiques, comme des mœurs policées de la bourgeoisie, une contestation qui passe par le rire. L'Aveyronnais Charles Mouly va comprendre plus que tout autre ce pouvoir fédérateur et jubilatoire de l'occitan auprès de l'Occitanie populaire, et construire avec les personnages de Catinou et Jacouti une œuvre en rupture avec les écrivains de la renaissance occitane en quête de reconnaissance du sérieux littéraire de leur langue, mais inconnu de la plupart des locuteurs occitans. Charles Mouly, fils d'un majoral du Félibrige, licencié en lettres et officier de l'Armée de l'air, entre dans la troupe du « Théâtre d'Oc » de Juliette Dissel en 1940. Parallèlement, il commence une carrière à Radio-Toulouse. C'est à la Libération qu'il crée le personnage de la Catinou, bientôt rejoint par un époux, Jacouti. Charles Mouly a fait vivre les aventures de ses deux personnages pendant près de cinquante ans dans des chroniques de la Dépêche du Midi, à Radio-Toulouse et sur les scènes des villages du Languedoc. Les figures typiques du village de Minjocèbos, parlant « patois », Catinou et Jacouti, par leur verve, leur belle humeur et leur solide bon sens, ont diverti des foules d’auditeurs, de spectateurs et de lecteurs, secouant le Languedoc d’un énorme éclat de rire. Décrié par nombre d'intellectuels occitans, voyant dans l’œuvre de Charles Mouly l'acceptation du statut de « patois » et la confirmation de nombres de préjugés culturels, « La Catinou » est sans doute pourtant l’œuvre en langue occitane qui fut le plus partagée, jouée et attendue par le public au XXe siècle. L’œuvre de Charles Mouly représente une étape clé dans la transmission de l'occitan à l'heure où son déclin s'accélèrait, et plus encore pour la visibilité de l’occitan au sein des grands médias méridionaux. Elle s’inscrit dans le prolongement d'un autre félibre rouergat, Justin Bessou, qui écrivait dans ses Besucarietos en 1906 : « Perque, s’es vertat que toutis lous omes, pertout sus touto la Terro, an besoun de rire, e que , tant mai trimon e soufrisson tant mai lou rire lour fa besoun, es tout clar que lou rire d’aici es pas lou même que lou rire d’alai ». Parce que, s’il est vrai que tous les hommes, sur toute la Terre, ont besoin de rire, et que plus ils triment et souffrent, plus le rire leur est nécessaire, il est pourtant certain que le rire d’ici n’est pas identique au rire de là.
Bourree.Image copie.jpg
BORRÈIA
CIRDÒC - Mediatèca occitana

De la danse traditionnelle à la chorégraphie contemporaine.

Danse emblématique des Auvergnats émigrés à Paris, la bourrée fait partie de ces danses traditionnelles dont la pratique n’a jamais cessé et qui a su évoluer au gré de l'influence de nouveaux contextes culturels.
Quelques mythes entourent son apparition : danse celte pour certains, empruntée aux grecs pour d’autres, aucun élément pouvant définir avec  précision son origine ne nous est parvenu à ce jour. Si le terme bourrée apparaît pour la première fois dans les traités de danse du XVIIe siècle, il désigne alors un pas issu du répertoire savant. La bourrée est ensuite décrite comme une danse populaire emblématique de Massif Central, notamment dans les textes de Mme de Sévigné (1676) et de Jean Fléchier (1665).  

 
Mais c'est l'importante émigration d'Auvergnats vers Paris à l'époque industrielle qui fit de la bourrée un élément emblématique de l'identité auvergnate par la constitution des amicales et l’invention du bal musette. La bourrée reste la danse de prédilection du bal, mais elle évolue au contact des autres danses de couple.
Dans le même temps se constituent dans sa région d'origine les premiers groupes folkloriques qui fixent et transmettent ce phénomène chorégraphique, participant d’une autre manière à sa sauvegarde. C’est à l’émergence du mouvement folk et des campagnes de collectage menées dans les années 1970  que la bourrée doit son salut et sa persistance.     
                                                                       
                                                   
 
Aujourd’hui, si sa pratique a largement reculé et le lien entre générations s’est un peu plus creusé, la bourrée reste vivante et constitue un patrimoine vivant séculaire. Depuis quelques années elle fait son entrée sur les scènes artistiques grâce à des chorégraphes qui puisent leur inspiration dans le répertoire traditionnel. Ce fut notamment le cas de Dominique Bagouet qui créa en 1976 la pièce Ribatz, Ribatz ! sur une suite de morceaux traditionnels en s’inspirant des danses présentes dans les bals et fêtes de village.     

 
 Plus récemment, les initiatives autour de la bourrée se sont multipliées avec de nombreuses créations contemporaines et urbaines.  Sidi Graoui avec sa création Le labyrinthe des Origines explore et décortique le phénomène bourrée en l’ancrant dans sa propre pratique chorégraphique contemporaine. Jean-Christophe Bleton, dans De Bouts croise la danse traditionnelle et les arts du cirque. La pièce Mets ta veste rouge est quant à elle le fruit d’une rencontre entre danseurs issus des milieux contemporains, hip-hop, flamenco et traditionnels qui réactualisent la bourrée en l’inscrivant dans le paysage dansé actuel.

 
fors_vignette.jpg
Les Fors de Béarn
CIRDÒC - Mediatèca occitana

La loi occitane des rois de Navarre

   L’occitan fut dans les différents « pays » qui ont la langue en partage largement utilisé pour les actes politiques et administratifs en concurrence avec le latin. Si la fameuse Ordonnance de Villers-Cotterêts édictée par François Ier en 1539 scelle le monopole du français administratif dans une grande partie de l'espace occitan – à l'exception des actes notariés, actes privés, qui demeurent longtemps rédigés dans la langue des contractants – le cas du Béarn et de la Basse-Navarre, territoires indépendants au début du XVIe siècle, va permettre le rayonnement d'un occitan langue d'État jusqu'à la Révolution française. Parmi le corpus de textes occitans produits pour les souverains du Béarn qui portent le titre de 'Roi de Navarre', la traduction des Psaumes de David viratz en rythme gascon réalisée par le poète Pey de Garros, et dédiée à la reine Jeanne d'Albret, représente un acte de grande portée politique dans le contexte des Guerres de religion. Mais les souverains de Béarn-Navarre vont également produire une loi fondamentale de leur royaume, en occitan gascon, le « For general ».

   Depuis le Moyen Âge, les Pyrénées sont des pays de « fors » - du latin 'forum', la place publique où l'on rend la justice et par extension la coutume selon laquelle les jugements étaient rendus – recueils de droits et libertés spécifiques accordés aux communautés. Le plus ancien for semble être celui d'Oloron, accordé vers 1080 en vue d'attirer des habitants dans une place stratégique pour la reconquête de l'Espagne par les seigneurs chrétiens. Les Fors de Béarn représentent jusqu'au XVIe siècle un ensemble législatif complexe, sans cesse repris et remanié, différent d'une juridiction à l'autre. Morlàas, Aspe, Ossau, Barétous, Oloron, etc. ont leurs propres fors.

   C'est le roi Henri II d'Albret (1503-1555), réussissant à extraire la Basse-Navarre des prétentions espagnoles et gagnant une véritable indépendance pour son royaume, qui lance une politique de modernisation de l'administration de son État. Il fait compiler et réviser les différents « fors et coutumes » du Béarn pour la rédaction d'un « For général », loi fondamentale qui régit la vie politique mais aussi économique et sociale des Béarnais.

Le For général, rédigé en gascon, langue de l’État pyrénéen, est promulgué le 27 novembre 1552. Immédiatement imprimé – c'est d'ailleurs le premier livre imprimé à Pau – et largement diffusé, le For est confirmé en 1620 lors de l'annexion définitive du Béarn à la couronne de France, et maintiendra la personnalité historique et linguistique de la province jusqu'à la Révolution française.




Editions du CIRDOC - Institut occitan de cultura

Los Fors et Costumas de Bearn, A Pau, Per Isaac Desbaratz, Imprimeur & Marchand Liberaire deús Estatz de la Prouvince de Bearn. M. DCC. XV., [2 bl.]-144 p. ; in-4, exemplaire sur parchemin. Relié avec Stil de la justicy deu pais de Bearn (1716) et Ordonnances feites per Henric II (1716)., CR-A 8099

Ressources numériques

Des fors disponibles en ligne
Les fors et costumes de 1602
Les fors et costumes de 1682
Les fors et coutumes de 1715

Un témoignage de l'évolution du droit en Béarn en 1633
Compilation d'auguns priuiledgis...,

Des fonds documentaires où trouver des Fors
Le fonds local de la Médiathèque intercommunale du Piémont oloronais

Cadrans solaires des Alpes en occitan

 

La vie des hommes fut longtemps rythmée par le soleil. Avant que les progrès techniques n'apportent des solutions pratiques à la mesure du temps, l'astre fut également leur seul outil de mesure du temps qui passe.

Dès l'Antiquité, les Égyptiens mettent au point les premiers cadrans solaires. Science par la suite approfondie par les Grecs, la gnomonique va perdurer et se développer bien après l'apparition de l'horloge, offrant à l'usage une plus grande solidité et un moindre coût.

À compter du XVIIe siècle, les cadrans solaires se multiplient sur les façades des maisons de l'Occitanie méditerranéenne, partie de cet « Empèri dau solelh » que forment les pays de langues latines, selon la formule chantée par les félibres du XIXe siècle. Les Alpes provençales, région d'exceptionnel ensoleillement, sont une région privilégiée pour la quantité et la beauté de leurs cadrans solaires. Dans le seul département des Hautes-Alpes on dénombre aujourd'hui plus de 400 cadrans solaires peints sur des façades dont 150 ont été réalisés entre le XVIIIe siècle et la fin du siècle suivant. Beaucoup ont été peints par des colporteurs, dont le plus célèbre - fait exceptionnel dans l'artisanat anonyme des cadraniers - a laissé son nom, Francesco Giovanni Zarbula, un piémontais qui réalisa une quarantaine de cadrans entre 1830 et 1870.

Les cadrans constituent des éléments majeurs d'ornementation des façades, reproduisant souvent en trompe-l’œil des éléments de l'architecture classique, tout autant éléments d'ostentation offerts par les plus riches au reste de la communauté et au voyageur de passage. Le XIXe siècle marquel'âge d'or des cadrans solaires dans le Sud de la France, porté par le tournant des transports qui diffusent progressivement cet art hors de son berceau alpin d'origine ; et leur passage dans la sphère privée en ce siècle bourgeois.
Ces cadrans ne sont pas si silencieux qu’ils ne le paraissent. Les peintres cadraniers inscrivent des devises sur la mort, sur la vie, sur le soleil, ou loue Dieu, maître des temps. Dans l'espace occitan, les cadrans affichent nombre de formules, proverbes et devinettes en occitan, comme autant d'interpellations au passant : 'Badaïre faï toun cami Louro passo' (Badaire fai ton camin l'ora passa / Badaud poursuit ton chemin, l'heure passe). Illustration du temps qui passe, les références à la mort et à la vie figurent parmi les plus fréquentes occurrences présentes sur les cadrans solaires.
 
Lo Breviari d'amor : Une encyclopédie occitane du XIIIe siècle
CIRDÒC - Mediatèca occitana
   Parmi les nombreuses encyclopédies qui fleurissent au XIIIe siècle en latin et dans les différentes langues d'Europe, le Breviari d'amor est une œuvre sans égale. Héritière des conceptions originales de l'amour créées par les troubadours occitans à partir de la fin du XIe siècle, ce long poème encyclopédique de près de 35'000 vers en ancien occitan, fait de l'amour le concept central de la conception du monde. Composée aux alentours de 1290 par un certain Matfre Ermengaud, docteur en droit originaire de Béziers, elle représente une tentative de conciliation entre la fin'amor des troubadours – qui célébrait l'amour adultère – et le nouvel ordre idéologique et religieux qui s'installe en Languedoc au lendemain de la Croisade des Albigeois. Le Breviari d'amor fut sans doute très populaire au commencement du XIVe siècle dans l'espace occitanophone et en Catalogne au regard des 35 exemplaires (copies complètes, fragments ou extraits) parvenus jusqu'à nous– dont 7 traduits en catalan et 1 en castillan. Les manuscrits complets, tous richement enluminés, s'ouvrent par une représentation de 'l'albre d'amor', arbre généalogique de l'amour créateur du monde et de ses différentes variétés naturelles et humaines.

   L'essentiel de l'encyclopédie est un enseignement à destination « des amants et des troubadours » soucieux de comprendre la nature de l'amour. Dans la deuxième partie du poème encyclopédique, le 'perilhos tractat d’amor de donas' (Traité du danger de l'amour des femmes), Matfre Ermengaud débat avec les détracteurs des troubadours dont il cite de nombreuses chansons. Il aborde le thème du mariage, dénoncé à la fois par les troubadours célébrant l'amour adultère et par les cathares qui n'y voyaient qu'un « adultère légalisé ». Matfre se bat sur les deux fronts pour rétablir la tradition chrétienne : « cert es doncs que de folia / mòu e de ram d'eretgia / a tot òme que diga mal / d'est òrdre matremonial. » ('C'est donc de la folie que dérive, et de branche d'hérésie, pour tout homme la malédiction portée contre l'état de mariage.')

   Ce projet unique dans le corpus de la pensée médiévale est une tentative vouée à l'échec de conciliation de la fin'amor et des conceptions de l’Église de Rome. Sa redécouverte à partir de 1862 par l'édition du félibre biterrois Gabriel Azaïs et de la Société archéologique de Béziers éclaira d'un jour nouveau la civilisation courtoise occitane au moment de son crépuscule.
Grenou-1-.jpg
La traduction française de la Gragnotto dé Sant-Paul d'Hercule Birat
CIRDÒC-Mediatèca occitana

La Gragnotto dé Sant-Paul d'Hercule Birat

 

De nombreuses histoires courent autour de la présence de cette grenouille au cœur du bénitier de l'église de Saint-Paul, la liant directement à celle du saint patron. Ce dernier serait arrivé dans la région au IIIe siècle, en provenance d'Asie Mineure, afin de l'évangéliser. C'est à proximité de l'étang de Bages qu'il fait un jour la rencontre de pêcheurs locaux le mettant au défi de voguer sur un bloc de marbre. Saint Paul, s'il parvient à tailler le marbre de sorte à en faire une embarcation, ne parvient toutefois pas à le manœuvrer. Surgit alors des eaux une grenouille lui proposant de lui servir de gouvernail pour le mener à bon port. Cette rainette serait peut-être, selon une autre légende locale, une grande dame romaine convertie par Saint Paul et qui, refusant d'abjurer pour épouser l'empereur Justinien, fut précipitée dans les flots et se transforma en rainette. Le batracien du bénitier serait alors un rappel constant de cette histoire (cf. Récits et contes populaires du Languedoc, recueil par Claudine et Daniel Fabre, Gallimard, 1978, pp.126-127 – cote CIRDOC CC 51-6-3). D'autres légendes raconte que la grenouille aurait été au contraire pétrifiée par Saint Paul lui-même, faisant cesser ainsi les coassements de l'animal perturbant son prêche.

La célèbre rainette de Narbonne, toujours présente dans l'église aujourd'hui, a une patte cassée. C'est autour de celle-ci que se concentre l'histoire rédigée en 1856 par le poète narbonnais Hercule Birat dans La Gragnotto dé Sant-Paul.

  

I/ Hercule Birat, poète du local

Hercule Birat, né dans cette ville à la fin du XVIIIe siècle (1796), laissa à sa mort en 1872, une œuvre féconde et protéiforme tant occitane que française. Chansons, satires, mais aussi poèmes sont autant de médias utilisés par Birat, proposant dans un style populaire et provincial revendiqué, les chroniques de sa ville natale.

Poète du local, féru d'histoire régionale, Birat connaît et convoque les légendes et histoires qui entourent sa région, se faisant lui-même conteur et passeur de mémoire dans bien des écrits. En 1861 paraissent Les Poésies narbonnaises, recueil qui regroupent différents écrits poétiques de sa main, dont le sous-titre nous renseigne sur le propos : "Poésies narbonnaises en français ou en patois, suivies d'entretiens sur l'histoire, les traditions, les légendes, les moeurs, etc., du pays narbonnais, par H.Birat".

C'est dans le tome II de cet ouvrage que dans le cadre du cycle de Saint-Paul, parait l'histoire de La Gragnotto dé Sant-Paul (p.195-220 de l'édition de 1860, Narbonne, E.Caillard [Cf. http://occitanica.eu/omeka/items/show/612]). La pièce date de 1856 et traduit le goût de l'auteur pour la création à partir de légendes et textes primitifs locaux.

 

II/ La Gragnotto dé Sant Paul

Le bénitier de l'église Saint-Paul de Narbonne, présente dans son fond une petite grenouille de marbre, dont l'origine a de tout temps suscité les questionnements et l'imagination. De nombreuses légendes courent ainsi autour du batracien, par ailleurs immortalisé par de nombreuses cartes postales et photos.

Dans La Gragnotto dé Sant-Paul, qu'il rédige en occitan, Hercule Birat met en vers sa version de l'histoire du batracien narbonnais, et notamment de l'absence de sa patte avant droite, dont voici le résumé. Il n'existe pas en effet à notre connaissance de traductions de cette histoire en français. Vous pouvez toutefois en découvrir certains extrais traduits sur les sites internet suivant : polymathe.over-blog.com (http://polymathe.over-blog.com/article-35978332.html) ou notabene (http://notabene.forumactif.com/t364-la-grenouille ).

 

L'histoire raconte le tour de France d'un jeune ouvrier de Nancy, "Calisto" (Calliste ou Calixte). Il reçoit avant son départ les nombreux conseils de son père, Paul Moran, l'invitant à se rendre à Narbonne et là, à découvrir la grenouille qui se trouve dans le bénitier de l'église Saint-Paul. Il lui raconte qu'à l'époque, les Narbonnais survécurent 'six ou sept" ans durant un siège, en se nourrissant des précieuses grenouilles.

Sur place, le jeune homme, qui durant les recommandations de son père n'écoutait que d'une oreille, découvre bien des monuments mais oublie de se rendre auprès du bénitier. A son retour, rendant compte d'un voyage de près de 4 ans, il énumère ainsi, et Birat avec lui, les diverses richesses de la ville de Narbonne mais omet bien entendu de parler de la grenouille. En dépit de ses récits, son père l'enjoint alors de s'en retourner à Narbonne voir le batracien, et lui indique alors l'emplacement précis de l'église où se trouve la grenouille de marbre.

Le fils reprend donc seul la route, son père étant trop âgé pour l'accompagner. Il se munit pour l'occasion d'une lime et d'un ciseau (le jeune homme est lui-même ouvrier), murissant durant les douze mois de voyage, son projet de vengeance. Arrivé devant l'animal, il pose sur les reins de la grenouille son outil pour la réduire en "sept ou beït boucis" (sept ou huit bouts). L'eau présente dans le bénitier se change alors en un sang d'un profond pourpre. Calisto pris de panique fuit, mais s'écroule à quatre pas de la sortie, passant plus d'un an à l'hôpital, et ne survivant pas plus de douze ans à sa tentative.

D'autres racontent qu'un grand bruit retentit au même moment bouleversant le destin des personnes présentes (l'une devint sourde, une autre se brisa la hanche suite à un bond de terreur...). Certains affirment même que trompettes et cloches sonnèrent de leur seul fait.

 

III/ La Gragnotto chez Mistral

Si à notre connaissance, il n'existe pas d'éditions en français de cette poésie. La Gragnotto dé Sant-Paul a toutefois été reprise et adaptée en occitan par Frédéric Mistral. Publiée une première fois dans l'Armana Prouvençau de 1890 (pp.58-61) sous le titre de La granouio de Narbouno, elle a par la suite été rééditée dans Moun espolido, ouvrage traduit en français sous le titre de Mémoires et récits. Vous en trouverez différents exemplaires disponibles au prêt au CIRDOC à la cote "Mist roman", et est également présente dans le volume trois des Récits et contes populaires du Languedoc (recueil par Claudine et Daniel Fabre, Gallimard, 1978 – cote CIRDOC CC 51-6-3).

Le héros, dénommé pour l'occasion Pignolet, poursuit ici aussi son tour de France. Originaire de Nancy chez Birat, il devient Grassois chez le Nobel provençal. Une fois de plus la grenouille subit les assauts du ciseau, mais alors qu'elle vient de perdre une patte, rougit l'eau, marquant pour toujours le bénitier de l'église. L'histoire ne dit pas ce qu'il advint du vandale de cette version.

 

Pour en savoir plus: 

Récits et contes populaires du Languedoc, 3, Dans le Narbonnais. Recueillis par Claudine et Daniel Fabre. [Paris] : Gallimard, 1978, cop. 1978 (45-Malesherbes) : impr. Maury). (Cote CIRDOC : 398.148 REC).

BIRAT, Hercule, Poésies narbonnaises en français et en patois, suivies d'entretiens sur l'histoire, les traditions, les légendes, les moeurs, etc., du pays narbonnais, Narbonne : E. Caillard, 1860  (Cote CIRDOC: CAC 452-1).

MECLE, André, "Hercule Birat, le poète de Narbonne", In La Voix Domitienne n°26-27 de 1997, p. 138-142 (Cote CIRDOC: O2).

MISTRAL, Frédéric, Mémoires et Récits, Bordeaux : Aubéron, 1999 (53-Mayenne) : Impr. Floch). (Cote CIRDOC : R.FRA MIS m ).

 

 

 

 

 

vignette_3204.jpg
La Bataille de Muret : guide documentaire
Centre interrégional de développement de l'occitan (Béziers, Hérault)

Ce TÈMA(S) n°3 a été préparé par les bibliothécaires du CIRDÒC-Mediatèca occitana en septembre 2013, à l'occasion du VIIIe centenaire de la bataille de Muret.

sur 13