Traduction française :
"à mon cher ami,
J. Roumanille,
(père des félibres).
William C. Bonaparte-Wyse
Photographie attribuée d'après la signature à Antoine Crespon (1825-1893), photographe nîmois.
Le Paris Match n. 431, du 13 juillet 1957 indique que le chien du cirque Buffalo Bill, confondit un jour son maître et Mistral qui lui ressemblait. Le poète l’adopta, le baptisa Pan perdu et fit sculpter sa tête sur sa tombe. Mistral voyait en Pan perdu la réincarnation d’un ancien troubadour. Cette présentation remonte sans doute à la légende construite par Folco de Baroncelli autour du passage de Buffalo Bill et du Wilde West Show en Provence en octobre 1905 (Rémi Venture), comme le confirme la présence de Pan perdu aux cotés de Mistral en 1900.
Le poète de Maillane croyait au surnaturel « comme tous les poètes » disait-il, et il mettait au compte de Sainte Estelle, patronne du félibrige, ce qui lui arrivait d’heureux ou d’imprévu. Il ne manquait pas de citer quelques faits à l’appui de cette croyance.
Ainsi, on lui apporta une fois un fragment de meule romaine qu’il plaça sur la terrasse de sa maison. Peu de temps après, un chien le suivit dans sa promenade, l’adopta, en quelque sorte, pour maître, ne voulut plus s’éloigner de lui, s’installa devant sa porte, si bien que Mistral le recueillit.
Mais dès que le chien aperçut le morceau de la meule, il la prit entre ses pattes et se mit à la faire tourner sur le sol...
- C’est sans doute un esclave employé à tourner la meule qui s’est réincarné dans ce chien, me dit Mistral, enchanté d’avoir trouvé une explication. (J. Robillot, Mercure de France 1, X, 1930).
Pan perdu aura un fils Pan panet aussi présent sur la tombe du poète. Ce dernier aura comme descendant Jean Toutouro aussi adopté par le poète.
Folco de Baroncelli, Car mon cœur est rouge : des indiens en Camargue ; présenté par Rémi Venture ; avant-propos de Frédéric-Jacques Temple. Marseille : Les éditions Gaussen, 2010. (CIRDOC CAC 9152)
De son vrai nom Claude Réquier née Duclos, originaire de Gerde près de Bagnères-de-Bigorre. Poétesse et félibresse occitane, amie de Mistral, plusieurs fois couronnée à l’Académie des Jeux Floraux et aux Grands Jeux Floraux du Félibrige. Au début des années 1910, elle se rapproche du parti politique Action Française de Charles Maurras. Catholique et régionaliste, elle est très active dans la défense et la valorisation des traditions locales.
Cette lettre, datée du 8 novembre 1894, est dactylographiée, il s’agit probablement d’une copie. C’est la réponse à une demande de Philadelphe de Gerde : on comprend que celle-ci attendait de Mistral une présentation sur les Cours d’Amour. Il refuse en expliquant que les recherches seraient trop laborieuses pour qu’il puisse prendre le temps de s’y consacrer, et renvoie Philadelphe aux travaux de Paul Mariéton sur le sujet d’une part et à l’ouvrage de Jean de Nostredame, Les Vies des plus Célèbres et Anciens Poètes Provençaux d’autre part.
Mistral évoque souvent les Cours d’Amour dans ses œuvres : on peut supposer qu’elles sont pour lui un espace symbolique de l’âge d’or provençal idéalisé. Il s’est effectivement beaucoup inspiré de Nostredame, mais la présente lettre nous renseigne sur le crédit qu’il accorde à la valeur historique de son ouvrage. Les termes et expressions qu’il emploie ne laissent aucun doute : le récit est “très naïf”, l’auteur est “suspect” mais “il dit des choses si poétiques qu’elles sont dignes d’être crues par ceux qui vivent d’illusion”. La notion d’illusion est indissociable du parcours de Mistral : elle se traduit particulièrement dans sa démarche créatrice et romanesque, partant de mythes et de légendes pour mettre en scène un passé glorieux idéalisé. Les Cours d’Amour intéressent Mistral mais sur le plan poétique plus qu’historique.
Pour aller plus loin :
LAFONT, Robert, Mistral et le mythe des cours d'amour, in Moyen Âge et littérature comparée : actes du septième congrès national, Poitiers 27-29 mai 1965, p. 185-196 (Cote CIRDOC : LAF 080). Voir la notice SUDOC