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Bernadau, Pierre (1762-1852)
Dès les débuts de la Révolution française des députés provenant de circonscriptions de langue occitane, flamande, bretonne, basque, etc. ont proposé de traduire dans les « idiomes qu'on parle dans les différentes parties de la France » les lois et décrets de la nouvelle Assemblée constituante afin d'obtenir l'adhésion du peuple non francophone. Ces initiatives, en rupture avec la politique linguistique de l’Ancien régime, aboutissent à l'adoption du décret du 14 janvier 1790 prévoyant la traduction systématique des lois et décrets.
Si cette « politique des traductions » a été dans les faits très laborieuse dans sa mise en œuvre, très imparfaite dans ses réalisations, et au final assez peu soutenue, elle produisit cependant un important corpus de traductions des textes officiels en langues de France, en particulier en occitan, vaste domaine géolinguistique, massif en termes de nombre de locuteurs. Cette politique prend fin en 1793-1794 avec la mise en place d’une politique « d’éradication des patois » autour du fameux Rapport de l'abbé Grégoire.

La traduction de Pierre Bernadau

Cette traduction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen par le bordelais Pierre Bernadau (1762-1852), si elle est la plus connue, n'est donc pas la seule. Elle doit sa célébrité pour avoir été envoyée en réponse à l’enquête de l’abbé Grégoire. Elle est cependant assez classique dans ses intentions et ses choix linguistiques : sur le plan politique il s’agit de rendre intelligible pour le peuple, en particulier paysan, les progrès et droits octroyés par l'Assemblée afin d’obtenir son adhésion ; sur le plan linguistique, le traducteur recherche une langue occitane assez largement compréhensible en dépit des variations locales. Pour Bernadau, ce sera l'occitan parlé autour de lui sur les quais du port girondin, un gascon très influencé de languedocien, sorte d’occitan unifié intercompréhensible dans tous les pays de Garonne. Le texte français est donné en interligne afin de pouvoir vérifier sa fidélité à l’original.  Pour autant, la traduction de Bernadau est considérée peu fidèle, en tout cas assez libre, par rapport au texte original
Bernadau n’avait sans doute pas établi cette traduction pour le seul Grégoire mais devait l’avoir préparée pour le public bordelais puisque l’on sait qu’il s’engagea pour la politique des traductions.

Le manuscrit 

Le manuscrit conservé est celui envoyé à l'abbé Grégoire en réponse à son enquête préparatoire au Rapport qui scellera la politique « d’éradication des patois » à partir de 1793-1794.
Il est probable que Bernadau, patriote bordelais et poète occitan occasionnel, n'entretenant pas les mêmes représentations que Grégoire sur les « idiomes » en usage dans le pays, ait fait preuve d'ironie voire de provocation dans sa réponse en envoyant cette traduction occitane de la « sainte Déclaration » pour reprendre ses propres termes.
Dans sa réponse au questionnaire - les questions de Grégoire sont pour beaucoup orientées défavorablement pour les « patois » - Bernadau indique qu'il transmet ses réponses bien qu'il n'ait « saisi qu’imparfaitement le sens des questions [posées] aux patriotes ».

Le manuscrit est conservé dans le fonds de l’abbé Grégoire à la Bibliothèque de la Société de Port-Royal (ms. REV 222) qui a aimablement fourni cette reproduction. 

Il a été publié par Augustin Gazier dans : « Lettres à Grégoire sur les patois de France », revue des langues romanes (1874-1879).
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Pierre Bernadau : extraits des Tablettes
Bernadau, Pierre (1762-1852)
Site internet : Pierre Bernadau : extraits des Tablettes (mars 1787-avril 1852)
Les "Tablettes" constituent une sorte de journal intime de l'avocat et polygraphe bordelais Pierre Bernadau. Il y recense les principaux faits et événements de la vie bordelaise entre la fin du XVIIIe siècle et le milieu du XIX soit sur une période de soixante-cinq ans environ. Auteur occitan lui-même à ses heures perdues, Bernadau évoque beaucoup la langue d'oc dans ses tablettes. Lui qui fut le correspondant de l'abbé Grégoire dans son enquête sur les "patois", évoque des événements liés à la langue d'oc, et parle à plusieurs reprises de Jean Antoine Verdié dit Mèste Verdièr (1779-1820), auteur renommé de pièces gasconnes.
 Les tablettes manuscrites de Bernadau, rédigées de 1787 à 1852, sont consultables sous les références de microfilms MIC 1698/7 à MIC 1698/11  

Pierre Bernadau : 

Né à Bordeaux en 1762 dans une famille d’artisans, Pierre Bernadau a vécu jusqu'à l’âge de 90 ans. Lorsqu’il s’éteint en 1852, le monde a radicalement changé.  Pendant soixante-cinq ans, il note sur une sorte de journal intime - qu'il envisageait peut-être de publier - tout ce qui lui paraît important dans la vie bordelaise, et dans sa propre vie privée. Ce sont ses "Tablettes", toujours inédites dans leur version intégrale. Bernadau fut également un historien local et un polygraphe respecté - auteur du Viographe bordelais - traité toponymique et historique des rues de Bordeaux. Il fut aussi impliqué dans la vie politique et culturelle de sa ville. Il fut enfin un redoutable plaideur et un juriste de renom.

Les Tablettes de Bernadau : 

Ce site contient des transcriptions des "Tablettes" de Bernadau, réalisées par le Dr Michel Colle, passionné par le personnage à qui il a consacré un livre. C'est surtout un témoignage sociolinguistique très important sur l'occitan dans une grande ville de l'espace occitan à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.
Bernadau a par ailleurs légué en 1852 son important fonds personnel à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, qui renferme aussi tous ses ouvrages mais aussi des documents inédits.

Consulter le fonds Pierre Bernadau de la Bibliothèque municipale de Bordeaux