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Hugues de Lusignan et les troubadours
CIRDOC - servici question-responsa

Le Brun au sein de la dynastie des comtes de Lusignan

Uc lo Brun (ou Hugues Le Brun) est effectivement bien issu de la famille des contes de Lusignan. Plusieurs membres de la lignée des Lusignan portent le surnom d'Hugues Le Brun. Parmi eux on compte Hugues VII seigneur de Lusignan et comte de la Marche, Hugues VIII de Lusignan aussi appelé Le Vieux, Hugues IX sire de Lusignan et comte la Marche, décédé en 1219 sur le champ de bataille de Damiette, lors de la cinquième croisade, et enfin Hugues X de Lusignan, son fils, qui participe à la 7° croisade.


Trois chansons nous ont été transmises sous le nom du  Comte de la Marche. Elles ne sont présentes que dans le groupe de chansonniers français KNX et suscitent le doute chez les spécialistes quant à leur auteur et leur datation. Ces chansons ne sont généralement pas attribuées aux comtes de Lusignan.


Parmi tous les Lusignan portant le surnom de Brun, aucun n'a pu être identifié comme un troubadour. Il ne nous est en effet parvenu aucun texte dont ils aient pu être les auteurs. D'après Barbieri, Hugues IX de Lusignan aurait composé quelques vers provençaux mais comme le précise J. Boutière dans son ouvrage Biographies de Troubadours, il semblerait que Barbieri ait confondu Hugues le Brun, comte de la Marche avec Ugo Brunenc (Hugues Brunet), troubadour rouergat.


Hugues le Brun et le troubadour Gaucelm Faidit

Si aucun des comtes de Lusignan n'a pu être identifié comme troubadour, au moins deux d'entre eux semblent entretenir d'étroites relations avec Gaucelm Faidit, prolixe troubadour originaire du Limousin. On sait que Hugues IX le Brun et son fils Hugues X, lui aussi surnommé Le Brun étaient de grands amis du troubadour limousin et que les trois personnages se seraient fréquentés durant plusieurs années.


La razo 167,15 (Ms. P39r) nous indique notamment que Gaucelm Faidit appelait Hugo le Brun "Belle-douce-émeraude-fine", "Bel[s]-Doutz-Maracdes-Fis" dans le texte. Ce senhal a permis d'identifier Hugues le Brun comme destinataire de trois cansos de Gaucelm Faidit.


Une autre razo relative à Gaucelm Faidit cite d'ailleurs directement Hugues de Lusignan - vraisemblablement Hugues X - et indique clairement qu'une chanson du troubadour limousin lui était destinée :

Les prières de Gaulcem Faidit durèrent très longtemps, ainsi que l'amour qu'il portait à Madame Marguerite d'Aubusson. [...] Mais elle aimait Hugue de Lusignan, qui était le fils d'Hugue le Brun, comte de la Marche ; et celui-ci était grand ami de Gaucelm. La dame demeurait au château d'Aubusson, où elle ne pouvait voir Hugue de Lusignan, ni lui faire aucun plaisir. Elle fit semblant d'être mortellement malade et fit voeu d'aller prier Madame Sainte Marie de Rocamadour. Et elle fit dire à Hugue de Lusignan de venir à Uzerche - un bourg où habitait Gaucelm Faidit -, d'y venir furtivement et de descendre chez Gaucelm ; elle y descendrait aussi et lui ferai plaisir en droit d'amour ; et elle lui indiqua le jour qu'il devait y venir. Lorsque Hugue entendit cette nouvelle, il fut gai et joyeux, et se rendit là bas au jour fixé ; et il descendit dans la maison de Gaucelm Faidit. La femme de Gaucelm, quand elle le vit, l'accueillit très cordialement, avec grande joie et en grand secret, comme il demanda. Et la dame arriva et descendit au même endroit ; elle trouva Hugue de Lusignan au loogis, caché dans la chambre où elle devait coucher. Et lorsqu'elle l'eut trouvé, elle fut gaie et joyeuse et resta là deux jours  ; ensuite elle se rendit à Rocamadour et Hugue l'attendit jusqu'à son retour. Et quand elle fut revenue, elle resta deux jours encore, et chaque nuit ils couchaient ensemble avec grande joie et en grand divertissement.

Lorsqu'il s'en furent allés, Gaucelm ne tarda guère à venir et sa femme lui conta toute l'affaire. Il en fut si affligé qu'il voulut mourir, car il s'imaginait que la dame ne voulait du bien qu'à lui seul. Et ce qui la chagrina le plus, c'est qu'ils avaient couché dans son propre lit ; aussi fit-il, sur ce sujet, une "chanson méchante" qui débute ainsi :

Si jamais homme, opur avoir coeur fidèle...

ainsi que vous entendrez. Et cette chanson fut la dernière qu'il fit.


En voici le texte original : 

Longuamen duret lo precx d'En Gauselm Faidit e l'amor qu'el avia a ma dona Marguarita d'Albusso […]. Mas ella si amava n'Ugo de Lasigna, qu'era fils de N'Ugo lo Bru, del comte de la Marcha, et era molt amicx d'En Gauselm. La dona si estava el castel d'Albuso, on ella no podia vezer N'Ugo de Lasigna ni far plazer ; per qu'elas se fes malauta de mort, e vodet se az anar a ma dona Sancta Maria de Rocamadour en orazo. E mandet dire a N'Ugo de Lasigna que vengues a Uzercha, az un borc on estava Gauselms Faiditz, e que vengues a Uzercha, az un borc on estava Gauselms Faiditz, e que vengues a furt e que desmontes en l'alberc d'En Gauselm e que ela desmontaria en aquel alberc e ill faria plazer en dreg d'amor, et ensenhet li lo jorn qu'el hi degues venir. Quan N'Ugo auzit aquesta cauza, fo alegres e joios, e venc s'en lai en aquel dia qu'ela li mandet, e desmontet en l'alberc d'En Gauselm Faidit. La moiller d'En Gauselm, quant ela l vit, l'acuillit molt fort, et ab gran alegreza et en grand crezensa, si com el comandet. E la dona venc e desmontet laintre e trobet N'Ugo de Lasigna en l'alberc, recost en la cambra ont ella devia jazer. Et ella, quan l'ac trobat, fo alegra e joioza, et estet dos jorns aqui ; e pueis ela s'en anet a Rocamador et el l'atendet tro que venc. E pueis estet autres dos jorns quan fo venguda, e cascuna nueit jazion ensems ab gran alegreza et en gran solatz. E no tarzet gaire, quan s'en foron tornat, qu'En Gauselms venc, e sa moiller li comtet tot lo fait. Gauselms, quant ho auzit, fo si dolens qu'el volc morir per so qu'el crezia qu'ela no volgues be si no a lui. E per so qu'ela al sieu leit l'avia colgat, en fo el mais dolens ; don el fes per aquesta razo una mala chanso, la cals comensa :

Si anc nuls hom per aver fin coratge,

si com vos auziretz. Et aquesta fo la derreira chanso qu'el fes.


Pour aller plus loin...

J. Boutière et A.-H. Schutz, Biographies des troubadours : textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles, Paris : A.-G. Nizet, 1973. Cote CIRDOC : 841.8 VID

Gaucelm Faidit : amours, voyages et débats : "Trobada" tenue à Uzerche les 25 et 26 juin 2010, Moustier-Ventadour : Carrefour Ventadour, 2010. Cote CIRDOC : 841.8 FAI

J.Mouzat, Les poèmes de Gaucelm Faidit, troubadour du XIIe siècle, édition critiqueParis : A.-G. Nizet, 1965. Cote CIRDOC : 841.8 FAI

Joseph Canteloube et les Chants d'Auvergne.
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Joseph Canteloube de Malaret, compositeur auvergnat

Jospeh Canteloube est né le 21 octobre 1879 à Annonay d'un père Auvergnat et d'une mère Cévenole et est décédé en 1959.

Il commence très tôt le piano, initié par sa mère, et dès l'âge de 4 ans il suit les cours d'Amélie Doetzer, amie proche de Chopin. En 1892, la famille de Joseph Canteloube décide d'aller vivre dans le domaine familial de Malaret, au Nord du Lot, à la limite avec l'Auvergne. Après des études de Philosophie, Joseph Canteloube retourne à Malaret où il se consacre entièrement au piano et à la composition musicale.

Quelques années plus tard, il entre en contact avec Vincent d'Indy avec qui il entretient une correspondance régulière, ce dernier lui prodiguant de nombreux conseils. En 1906, Joseph Canteloube rejoint son maître à Paris et fréquente assidûment les cours de la Schola Cantorum au sein de laquelle il établira une amitié durable avec Déodat de Séverac.

Durant ces années, il continue à se consacrer à la composition d'oeuvres musicales pour lesquelles il tire son inspiration de sa terre natale comme son opéra Vercingétorix ou encore Le Mas qui lui vaudra la récompense des cent mille francs du concours Heugel.


Jospeh Canteloube, le folkloriste

C'est également vraisemblablement au sein de la Schola Cantorum que lui viendra son inclinaison vers le folklore, influencé par les orientations régionalistes de Déodat de Séverac et Vincent d'Indy. De nombreux documents attestent de ce goût de Joseph Canteloube pour les chants populaires. A chaque retour dans ses terres familiales, le compositeur part au contact de ses habitants pour y recueillir des chants et mélodies traditionnelles. Il est également l'un des membres fondateurs de La Bourrée, une filiale de l'Auvergnat de Paris.

Jospeh Canteloube lance un appel à la bonne volonté des personnes résidant dans les provinces françaises pour lui faire parvenir des airs notés. Il fait d'ailleurs publier un appel dans l'Auvergnat de Paris en 1927 :

« Aux hasards des promenades, des rencontres, des conversations, [qu'ils notent] avec soin les noms de ceux qui, habitant le pays, savent des chansons. Qu'ils aillent les trouver et qu'ils les fassent chanter, les chansons, quelles qu'elles soient, de préférence dans la langue du terroir. Qu'ils écrivent les paroles des chansons, même si elles paraissent incomplètes, car ce qui manque à tel endroit sera trouvé ailleurs. A la fin de chaque chanson, inscrire très lisiblement 1) le nom et l'adresse du chanteur 2) le nom et l'adresse de celui qui écrit les paroles et les envoie. Ceci afin de permettre ensuite à un spécialiste de venir recueillir l'air de la chanson. Que l'on recueille de la même manière, les contes, les devinettes, les coutumes, les traditions. »

Il s'engagera également au sein du gouvernement pétainiste pour promouvoir la collecte et la sauvegarde de ce patrimoine chanté. Il préconise notamment la mise en place d'une campagne radio-diffusée recommandant l'emploi des chants populaires et la création de chorales au sein des divers groupements de jeunesse.


Les Chants d'Auvergne

Canteloube s'inscrit donc pleinement dans le mouvement de sauvegarde des chants traditionnels en plein essor depuis la fin du XIX° siècle. Rejoignant les grands collecteurs de musique traditionnelle, Joseph Canteloube commence à publier son recueil de Chants d'Auvergne dès 1923. Il s'agit de séries de partitions pour piano et voix, puis plus tard de partitions pour voix et orchestres.

Le plus connu de ces chants recueilli par Canteloube reste sans conteste le Baïlero chant de berger présent dans toute l'Occitanie. A ce sujet, son auteur ne manque pas de nous narrer sa découverte : un soir de 1903, à la nuit tombante en contemplant la paysage depuis la montagne qui domine Vic-sur-Cère, Joseph Canteloube entendit le chant d'une bergère. Il commença à noter la mélodie et perçut le même chant repris par un berger s'élever au lointain. C'est quelques années plus tard, dans un train en direction de Montauban qu'il en composa l'arrangement avant la publication du recueil.


Les études sur les Chants d'Auvergne.

Il n'y a à notre connaissance pas eu d'études spécifiques sur les Chants d'Auvergne de Joseph Canteloube ni sur la langue utilisée dans les chants recueillis ni sur leurs sources musicales. La raison qui pourrait expliquer cette lacune est celle de l'authenticité des chants recueillis.

En effet, on ne possède à ce jour que peu d'informations sur la véritable origine de ces chants recueillis par Joseph Canteloube. Si l'on sait que certains d'entre eux ont directement été collectés par lui et qu'il avait pu faire appel à un réseau de collecteurs, on ignore auprès de qui exactement ont été recueillis ces chants. Dans ses recueils, si Canteloube précise bien le lieu de collecte des chants, il n'explique pas par quels moyens ni auprès de quelles personnes ces chants ont été recueillis.

En ce qui concerne la langue utilisée dans les Chants d'Auvergne, il est une fois de plus difficile d'en garantir l'authenticité. On sait de Canteloube qu'il ne portait pas une grande attention à la langue utilisée par les interprètes des chants recueillis, se focalisant plutôt sur la mélodie. Il semble qu'il ait noté de manière très sommaire les paroles de chants telles qu'il les avaient entendues, les modifiant sûrement a posteriori lors de l'harmonisation en vue de la publication des recueils.

Ainsi, on ne peut garantir que la langue telle qu'elle est retranscrite dans les Chants d'Auvergne soit bien celle des interprètes originaux.

Enfin, sur la question des sources musicales, la question de leur authenticité ne se pose plus puisqu'on sait que Joseph Canteloube est systématiquement intervenu sur les compositions musicales qu'il avait collecté pour les réarranger. Il aurait également complètement recomposé certaines pièces de ses Chants d'Auvergne pour les accorder au goût de l'époque mais surtout les adapter au chant lyrique et à la pratique orchestrale. On retrouve néanmoins sous la reconstruction lyrique des Chants d'Auvergne de Joseph Canteloube les mélodies et refrains populaires sur lesquels ils ont été construits.

Si aucune étude n'a été menée sur la question de la langue et des sources musicales dans les recueils de Canteloube c'est peut-être parce que la question de l'authenticité des sources et des informations qu'ils contiennent se pose avec beaucoup d'acuité et que très peu d'éléments peuvent nous permettre d'y répondre.

Toutefois, ces Chants d'Auvergne ont permis à certains refrains populaires auvergnats de traverser les époques et les continents puisqu'ils furent et continuent aujourd'hui à être interprétés par les plus grands chanteurs lyriques telle que la néo-zélandaise Kiri Te Kanawa, l'espagnole Victoria de Los Angeles ou encore la française Madeleine Grey.


Pour aller plus loin...

Joseph Canteloube, Chants paysans de Haute-Auvergne, Paris : Heugel, 1928. Cote CIRDOC : MUS-B 166 à MUS-B 169.

Jacques Cheyronnaud, Mémoires en recueils, jalons pour une histoire des collectes musicales en terrain français, Montpellier : Office Départemental d'Action Culturelle, 1986. Cote CIRDOC : CAC 3273.

Françoise Cougniaud-Raginel, Jospeh Canteloube, chantre de la terre, Béziers : Société de Musicologie de Languedoc, 1988. Cote CIRDOC : 783.099 CAN

Jean-Bernard Cahours d'Aspry, Joseph Canteloube, chantre d'Auvergne et d'ailleurs, Biarritz : Séguier, 2000. Cote CIRDOC : 783.099 CAN.

Joseph Canteloube, Anthologie des chants populaires français groupés et présentés par pays ou provinces, Paris : Durand et Cie, 1951. Cote CIRDOC : CBB 443-34

Sont également disponibles au CIRDOC de nombreux enregistrements des Chants d'Auvergne.

 

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Hormis Frédéric Mistral, aucun autre auteur d'expression occitane n'a été récompensé par le prix Nobel de littérature. Mais ce glorieux précédent marqua profondément la République des Lettres d'oc tout au long du XXe siècle et plusieurs candidatures furent lancées, sans succès. 

Un autre "occitan" nobélisé, Paul Sabatier :

Paul SabatierLe prix Nobel de Chimie a été attribué en 1912 à Paul Sabatier (sa biographie en français sur Wikipedia, sa biographie en anglais sur le site officiel du Prix Nobel). Originaire de Carcassonne (Aude, Languedoc-Roussillon), où il fit ses études secondaires avant de rejoindre Toulouse puis Paris, à l'Ecole normale supérieure. Il fit l'essentiel de sa carrière scientifique à Toulouse, refusant les prestigieux postes parisiens.


Il fut également lié aux milieux régionalistes toulousains de la première moitié du XXe siècle. 


"En 1907, auréolé de sa gloire naissante, on le pousse à accepter l'une des chaires vacantes de Moissan ou de Berthelot, il refuse énergiquement. Toulousain il était, toulousain il entendait demeurer. Ce refus risquait de lui barrer pour toujours une carrière scientifique qui s'annonçait prodigieusement brillante, de lui interdire les portes de l'Institut. "Qu'à cela ne tienne, disait Sabatier, la lumière ne doit pas venir que de Paris, mais aussi de la province."" (Lucien BABONNEAU, Génies occitans de la science, 1947)

L'Académie des Jeux Floraux le fit mainteneur en 1909. Il est possible que Paul Sabatier ait été un locuteur occitan, mais nous n'en avons trouvé aucune preuve formelle.

Le cas Jean-Henri Fabre :

Entre 1904, année d'attribution du prix Nobel à Frédéric Mistral, et 1913, de nombreux intellectuels, savants et écrivains ont fait campagne pour que l'entomologiste Jean-Henri Fabre, par ailleurs majoral du Félibrige et poète d'expression française et occitane (provençal), obtienne le prix Nobel. En 1913, lors de la dernière tentative de "nobélisation" de J.-H. Fabre, Frédéric Mistral lui écrit :

"Moun bèl ami, vène de questionna lou Suedos E. Rodha su lou laureat proubable dou pres Nobel e veiçi ço que m'a respoundu : ce que i'avié rèn de segur encore ; mai que la balanço, lou mai que penjavo, èro de ve Fabre ! Tout poutquen vèire, pèr ben que vague ! »*

Lettre datée de « Maiano, 2 de julier 1913 », graphie originale de l'auteur.

*Traduction : Mon bel ami, je viens de questionner le Suèdois E. Rodha sur le lauréat probable du prix Nobel et voici ce qu'il m'a répondu : c'est qu'il n'y avait rien de sûr encore mais que le côté vers lequel la balance penchait le plus, c'est celui de Fabre. Nous sommes tout ravis, si tout va bien !

Max Rouquette, dernier "nobélisable" en date :

Le prix Nobel jouit d'un intérêt particulier dans l'histoire littéraire et militante occitane. L'idée de renouveler "l'exploit" de 1904 fut sans doute récurrente au XXe siècle.

À notre connaissance, le nom de Max Rouquette circula au début des années 2000. L'écrivain de langue occitane, traduit, lu et interprété dans de nombreux pays avait sans doute les qualités requises pour obtenir le prestigieux prix international. L'initiative n'eut pas de suite. 

Glaudi Barsotti nous signale également qu'une initiative similaire a été menée en Provence dans les anénes 1930 pour une candidature de Valère Bernard au prix Nobel de Littérature.

En savoir plus sur Jean-Henri Fabre et le prix Nobel :

Yves DELANGE, Fabre : l'homme qui aimait les insectes, 1999, Actes Sud, 345 p. Consultable et empruntable au CIRDOC (cote 590.92 FAB)


En savoir plus sur Paul Sabatier et "l'Occitanie" :

Lucien BARBONNEAU, Génies occitans de la science, Toulouse, 1947, Editions toulousaines de l'ingénieur, 192 p. Consultable sur place au CIRDOC (cote CAC 3730)

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Louis Lambert, dans les années 1870-1880 a été parmi les premières personnes en France à s'intéresser aux chants de la petite enfance. Sa démarche se déroule à l'époque où Hippolyte Fortoul, alors ministre de l'Instruction Publique publie un décret dans lequel il formule l'urgence de de garder trace du patrimoine oral de la France. De nombreux collecteurs publient alors des anthologies. Louis Lambert consigne, lui, dans son ouvrage Chants et chansons populaires du Languedoc tout un ensemble de chansonnettes et jeux d'apprentissage destinés aux enfants dont des jeux de doigts.

 

La première version qu'il présente et qui se rapproche le plus de ce que vous nous décrivez a été recueillie auprès de Mme S.B à Montpellier :

Lous dets
  • Sus la carriereta
  • I a une lebreta;
  • aquel la veget,
  • Aquel ie courriguet
  • Aquel l'agantet
  • Aquel la manjet
  • Cui!cui!
  • N'en vole un mouci.

Traduction : 

Les doigts

  • Sur le petit chemin
  • il y a un petit lièvre
  • celui-là (le pouce) le vit
  • celui-là (l'index) le poursuivit
  • celui-là (le médius) l'attrapa
  • celui-là (l'annulaire) le mangea
  • Cui ! Cui !
  • J'en veux un petit morceau

Si Louis Lambert ne le précise pas dans son ouvrage, d'autres recueils mentionnent un jeu de doigt accompagnant ces paroles proche de celui que vous décrivez. 

Ainsi le chansonnier Canta, canta, Neneton présente une version plus complète de ce jeu :

  • Sus aquela planeta
  • (promener ses doigts sur la paume de l'enfant en délimitant la placette pour le toucher)
  • Passèt une lebreta
  • (les doigts courent sur la paume comme des pattes de lièvre)
  • (à ce moment on prend les doigts de l'enfant par le bout, on les secoue tout en disant :)
  • Aquel d'aquí la vegèt,
  • (Le pouce)
  • Aquel i corriguèt
  • (L'index)
  • Aquel l'atrapèt
  • (Le Majeur)
  • Aquel la tuèt/ la mangèt
  • (L'Annulaire)
  • E aquel d'aquí diguet :
  • (L'Auriculaire)
  • Riu piu piu, i a pas res per ièu
  • Riu piu piu
  • Ne restarà pas un morcèl per mettre dins mon topin !
  • Traduction : 
  • Sur cette placette
  • Passait un petit lièvre
  • Celui-là la vit,
  • Celui-ci courut après
  • Celui-ci l'attrapa
  • Celui-ci la tua/la mangea
  • Et celui-là a dit : 
  • Riu piu piu, il n'y a rien pour moi
  • Riu piu piu
  • Il n'en restera pas un morceau pour mettre dans ma gamelle !

Cette chanson d'apprentissage accompagnée du mouvement sur la main et les doigts permet à l'adulte-conteur de dessiner ses paroles sur le corps du tout-petit et permet une mémorisation plus aisée grâce au geste évocateur.

D'autres chansons du même genre permettent à l'enfant d'apprendre à compter et nommer ses doigts de manière ludique comme présenté dans le recueil Turlututú, Cants e danças d'occitania édité par La Talvera : 

  • La formula se ditz en tocant los dets d'un mainatge del pus pichon al pus grós.
  • Pichonèl
  • Pòrta Anèl
  • Longarut
  • Remenaire
  • Crusca-pesolh !
  • Coinèl
  • Rafanèl
  • Reion
  • Leca farina
  • Crusca-pesolh !
  • Traduction : 
  • On récite la comptine en touchant successivement chacun des cinq doigts de la main d'un enfant, du plus petit au plus gros.
  • Le plus petit
  • Le porte-anneau
  • Le plus long
  • Celui qui remue
  • L'écrase-pou
  • Le plus petit
  • Rafanèl
  • Le petit roi
  • Lèche-farine
  • Ecrase-pou

Voici la version originale recueillie par Louis Lambert auprès de M. Deloncle à Cahors : 

  • Pichounel,
  • Segondel,
  • Rei de toutes,
  • Palpo-rimotos,
  • Trusso barbotos.
  • Traduction : 
  • Le plus petit, 
  • Le petit second, 
  • Le roi de tous,
  • Le palpe-bouillie,
  • Le tue-vermine.

Enfin, d'autres versions évoquent la découverte de la famille, telle cette version collectée par Louis Lambert auprès de M. Obardor Bennassar à Palma de Mallorca : 

  • Axó es soun pare
  • Axó es sa mare
  • Aquest demana pa,
  • Aquest diu
  • Que no n'hi ha,
  • Axó es sa porcelleta,
  • Que fa : Cui ! Cui ! Cui !
  • (Acaba la cansó pessigant el dit petit)
  • Traduction : 
  • Celui-là est son père,
  • Celui-là est sa mère, 
  • Celui-là demande [du] pain
  • Celui-là dit qu'il n'en a pas
  • Ceci est sa petite truie qui fait Cui ! Cui ! Cui !
  • (La chanson s'achève en pinçant le petit doigt)

Dans ces chants d'apprentissages et jeux de doigts, la taille des doigts marque le rôle et l'identité de chacun des personnages de chaque membre de la famille avec, à chaque fois, une place toute particulière accordée au tout-petit, le dernier-né que l'on fait jouer.

 

Vous pourrez trouver d'autres chants d'apprentissages et jeux de doigts dans les ouvrages suivants :

  • Louis LAMBERT, Chants et chansons populaires du Languedoc, Paris et Leipzig : H. Welter, 1906.
  • Josiane UBAUD et Jean-Michel LHUBAC, Canta, Canta Neneton, Saint-Jouin-de-Milly, Modal, collection Chansonnier totémique languedocien, 2002.
  • La Talvera, Turlututu, cants et danças d'occitania, Cordes : 2003.
  • Jean-François Tisné, Harri, harri chivalot...la memoria deu canton d'Artès, Arthez de Béarn : association pour l'amélioration du cadre de vie des personnes âgées du pays d'Arthez-de-Béarn, 1989.
  • Per dire cantar e jogar, Montpellier : CRDP, 1986
  • CDDP du Lot, jouer, chanter et danser en occitan à l'école, Toulouse : CRDP Midi-Pyrénées, 2008.
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Aubin Bonnet (Albin Bonnet pour son état-civil en français) est un jeune auteur de poésie en occitan originaire des Alpes-de-Haute-Provence. Il vit aujourd'hui en Lozère, où il est professeur d'occitan au collège de Mende.

 

  • Œuvre publiée

 

Aubin Bonnet publie ses premiers poèmes et nouvelles à partir des années 2000 dans la revue Oc. En 2005, les éditions Jorn publie un premier recueil, Manjalume / Le buveur de lumière, en édition bilingue.

L'œuvre d'Aubin Bonnet fut rapidement reconnue au sein de la jeune poésie occitane, et en dehors du champ strictement occitan. Ses poèmes figurent au sein des anthologies de la création poétique occitane régulièrement publiées par certaines revues littéraires : en 2002 dans la revue Europe (juin-juillet 2002, dossier "poètes occitans et catalans") et en 2009 dans la revue Triages (éditions Tarabuste, numéro spécial consacré à « L'aujourd'hui vivant de la poésie occitane »).

En 2004, sur l'album Folklòr imaginari, le groupe Kacophonic orchestra a mis en musique des textes d'Aubin Bonnet et de Rotland Pecout.

 

  • Présentation de l'éditeur (Jorn) : 

 

"Aubin Bonnet nasquèt en 1980 dins los Aups de Provença Nauta. Aquel afogat de montanha, una de sas màgers fonts d'inspiration, ensenha l'occitan al collègi de Mende en Losèra, après d'estudis a l'Universitat Paul Valéry de Montpelhier. Es a son grand que deu sa coneissença naturala e son amor passionat de l'occitan. Marcat per l'òbra del niçard Alan Pelhon, a publicat novèlas e poèmas dins las revistas Oc e Europe."

"Albin Bonnet est né en 1980 dans les Alpes de Haute-Provence. Ce passionné de montagne, l'une de ses principales sources d'inspiration, enseigne l'occitan au collège de Mende en Lozère, après des études à l'Université Paul Valéry de Montpellier. C'est à son grand-père qu'il doit sa connaissance naturelle et son amour passionné de l'occitan. Marqué par l'œuvre du niçois Alan Pelhon, il a publié nouvelles et poésies dans les revues Oc et Europe."

 

  • Paroles de l'auteur (texte occitan et traduction française de l'auteur) :

 

« … Escriure, aquò's totjorn a trantalhar. Aquò's una mòrt-peleta que trèva, entre intimisme e exibicionisme, lo bramar d'un ieu qu'impauva maugrat tot, e maugrat lo ieu, un tu. Trèva totjorn entre lo perqué e lo perqué pas, entre occitan e patés. Entre l'òme, l'enfant e la bèstia.

E totjorn, tostemps, en fàcia d'un ieu egoïsta, lo tu, que rauba lei mòts tre que son escrichs. »

«... Écrire, c'est douter. C'est un mort vivant qui hante tout, entre intimisme et exhibitionnisme, la naissance d'un moi qui impose malgré tout, malgré moi, un toi. Ça hante toujours entre le pourquoi et le pourquoi pas, entre occitan et patois. Entre l'homme, l'enfant et la bête.

Et toujours, sans cesse, face à moi l'égoïste, un toi qui dévore les mots dès qu'ils sont écrits. »

Aubin Bonnet, « Postfaci / Postface », dans Manjalume / Le Buveur de lumière, Montpeyroux, Jorn, 2005.

 

 

  • Bibliographie (tous ces textes sont disponibles au CIRDOC-Mediatèca occitana).

 

- Manjalume = Le buveur de lumière / Aubin Bonnet. - Montpeyroux : Jorn, impr. 2005. - 1 vol. (79 p.) ; 22 cm.

- L'aujourd'hui vivant de la poésie occitane / écrits et paroles rassemblés par James Sacré avec l'aide de Jean-Claude Forêt. - [Saint-Benoît-de-Sault] : Tarabuste, 2009. - 1 vol. (170 p.) ; 28 cm. - Texte occitan avec trad. française. - Suppl. à "Triages", ISSN 1151-2377, 2009.

- Dins lo bordilhièr / Aubin Bonnet. - Publié dans Oc, Nos 70-71-72, prima-estiu 2004, p. 35

- Trevança / Aubin Bonnet. - Publié dans Oc, No 67, prima 2003, pp. 17-20

- Traversaa / Albin Bonnet. - Publié dans Oc, No 68, estiu 2003, p. 17

- Chars legeires / Albin Bonnet. - Publié dans Oc, No 63, mai de 2002, pp. 32-34

- Loison / Albin Bonnet. - Publié dans Oc, No 65, novembre de 2002, pp. 16-17

- Cade morre ; Sòmi... ; Cavo / Aubin Bonnet. - Publié dans Oc, No 58, genier de 2001, pp. 29-30

- Lo paure / Albin Bonnet. - Publié dans Oc, No 60, julhet de 2001, pp. 31-32

- 1851... / Albin Bonnet. - Publié dans Oc, No 56, julhet de 2000, pp. 11-12

 

  • En ligne :

 

- Présentation de l'auteur et extraits du recueil Manjalume/Le Buveur de lumière sur le site des éditions Jorn.

- Les textes d'Aubin Bonnet mis en musique par Kacophonic orchestra, en écoute sur le site du groupe.

Leon Còrdas
CIRDOC - Servici question-responsa
Léon Cordes (Leon Còrdas en occitan) est un écrivain, homme de théâtre, militant pour la langue et la culture occitanes. Il fait partie des figures majeures de l'occitanisme contemporain, c'est-à-dire la génération, particulièrement active après 1945 qui œuvra à la fois à une renaissance linguistique de l'occitan, et à une pensée politique et culturelle pour l'Occitanie.

Léon Cordes (1913-1987) est originaire du Minervois, de Siran dans l'Hérault. Mais c'est à Minerve, haut-lieu du drame de la Croisade contre les Albigeois, qu'il passe une grande partie de son enfance, "dans la maison maternelle où est encore présent le souvenir du papeta Bauron, sculpteur sur bois et poète d'Oc à ses heures et où vit Lo quenque (grand'oncle) qui est un conteur populaire dans la meilleure tradition." (Jean-Marie Petit, Leon Còrdas/Léon Cordes, ed. CIDO, voir bibliographie)

À partir des années 1930, Léon Cordes fait une série de rencontres décisives : Charles Camproux (jeune professeur à Narbonne, il publie le premier manifeste politique occitaniste Per lo camp occitan, en 1935), Ernest Vieu (homme de théâtre occitan très actif dans l'entre-deux-guerres), Roger Barthe, Max Rouquette, Pierre Azéma, etc.
À cette époque, "entre félibrige et occitanisme politique naissant, création et action culturelle, les pièces essentielles d'un échiquier se mettent en place où Cordes sera passionnément de la partie." (J.-M. PETIT, op. cit.). 

En 1934, la jeune garde occitaniste réunie autour de Charles Camproux, fonde le journal Occitania, "organ mesadier de la joventut occitana" et le premier "parti occitan". Léon Cordes, alors viticulteur à Siran, y est "delegat a la propaganda occitana païsana". Il écrit pour Occitania une série d'articles sur la question paysanne en Occitanie, "Tocas païsanas". A la fin de la décennie, alors qu'il est "cap-redactor" du journal toujours dirigé par Camproux, Léon Cordes semble avoir délaissé la question agricole pour intervenir désormais essentiellement sur la question théâtrale.

Le théâtre était pour Cordes une passion de jeunesse dans un Minervois où les troupes amateurs sont nombreuses. La région sera marquée dès 1928 par l'engouement suscité par la compagnie théâtrale d'Ernest Vieu qui joue les pièces populaires des félibres régionaux (Emile Barthe, Paul Albarel, Clardeluno, etc.).

En 1933, le jeune Léon Cordes suit la troupe et fait ses premières lectures de poèmes en public. Pour Cordes comme pour Ernest Vieu, acquis tous deux à l'occitanisme naissant, le succès populaire du théâtre félibréen les invite à considérer le théâtre populaire occitan comme un excellent moyen de diffusion de l'idée occitane auprès du public languedocien. Ils créent ensemble un Office du Théâtre d'Oc. Au cours des années 1930, Léon Cordes crée de nombreuses pièces. Entre 1936 et 1938, avec Prudòm de la luna, Cordes s'annonce comme un des plus grands écrivains de théâtre occitan du XXe siècle. De 1932 à 1987, il créera plus d'une vingtaines d'oeuvres théâtrale en occitan, la plupart ayant été jouées. 

Après la Libération, une série de catastrophes naturelles l'obligent à quitter le Minervois et la propriété viticole familiale. Il restera néanmoins toute sa vie un "poèta pagés", un poète-paysan.
En 1953, il vend la propriété viticole de Siran et s'installe à Montpellier. Engagé dans l'Institut d'Estudis occitans (IEO) créé en 1945 pour refonder l'action et la pensée occitanistes par les grands intellectuels qui domineront l'après-guerre, il prend en charge un projet de "laverie" destinée à financer le jeune institut.
Confronté aux difficultés économiques d'un tel projet, finalement peu soutenu par les dirigeants de l'Institut, il revient à l'agriculture en devenant maraîcher à Lattes. Il y bâtit la propriété de "l'Ortalana", où il vivra jusqu'à sa disparition.

À partir de 1969, parallèlement au grand mouvement populaire et créatif occitan qui touche toute la création (Nòva cançon, édition, jeune théâtre populaire d'Oc, etc.), Cordes renoue activement avec ses amours de jeunesse, le théâtre et la scène populaire, et joue un rôle actif pour le développement du théâtre occitan en Languedoc. Son interprétation du Sermon del curat de Cucunhan (version de l'écrivain et félibre carcassonnais Achille Mir) restera longtemps dans la mémoire collective des nombreux villages où il le joua.

Il publie dans les années 1970 des oeuvres majeures, comme le recueil de nouvelles Los Macarels (IEO, "A tots" : 1, 1974 et 2, 1982) ou son roman La Batalha dels teules (Presses du Languedoc, "Espandi occitan", 1979).
Touche-à-tout, très tôt intéressé par le cinéma, il participe au début des années 1980 à l'aventure de l'Orsalhèr, film de cinéma en occitan réalisé par Jean Fléchet (1982). Il adapte le scénario en occitan et surtout joue un de ses meilleurs rôles. 

Fidèle à Minerve, cité de son enfance et de son apprentissage, il monte à la fin de sa vie une production théâtrale ambitieuse sur le siège de la cité par les Croisés et le drame des hérétiques livrés au bûcher. Entièrement en occitan, le spectacle réunira plusieurs milliers de spectateurs deux années de suite. 

Léon Cordes disparaît en 1987, laissant derrière lui une oeuvre littéraire considérable : une vintaine de pièces de théâtre, quatre romans et nouvelles, huit recueils poétiques, auxquels il faut ajouter de nombrreux essais, scénarios, bandes dessinées, illustrations, poèmes-affiches.

En 1997, Joan-Maria Petit réunit l'ensemble de l'oeuvre poétique dans une nouvelle édition. Moins connue que l'oeuvre théâtrale ou romanesque, l'oeuvre poétique de Léon Cordes est alors redécouverte comme une oeuvre majeure, marquée par une "beutat despolhada" et une géopoétique personnelle originale.