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Reclams. - Annada 28, 1924
Reclams. - "planches illustrées" 1924 - (28e Année)
CIRDOC - servici question-responsa

Hormis Frédéric Mistral, aucun autre auteur d'expression occitane n'a été récompensé par le prix Nobel de littérature. Mais ce glorieux précédent marqua profondément la République des Lettres d'oc tout au long du XXe siècle et plusieurs candidatures furent lancées, sans succès. 

Un autre "occitan" nobélisé, Paul Sabatier :

Paul SabatierLe prix Nobel de Chimie a été attribué en 1912 à Paul Sabatier (sa biographie en français sur Wikipedia, sa biographie en anglais sur le site officiel du Prix Nobel). Originaire de Carcassonne (Aude, Languedoc-Roussillon), où il fit ses études secondaires avant de rejoindre Toulouse puis Paris, à l'Ecole normale supérieure. Il fit l'essentiel de sa carrière scientifique à Toulouse, refusant les prestigieux postes parisiens.


Il fut également lié aux milieux régionalistes toulousains de la première moitié du XXe siècle. 


"En 1907, auréolé de sa gloire naissante, on le pousse à accepter l'une des chaires vacantes de Moissan ou de Berthelot, il refuse énergiquement. Toulousain il était, toulousain il entendait demeurer. Ce refus risquait de lui barrer pour toujours une carrière scientifique qui s'annonçait prodigieusement brillante, de lui interdire les portes de l'Institut. "Qu'à cela ne tienne, disait Sabatier, la lumière ne doit pas venir que de Paris, mais aussi de la province."" (Lucien BABONNEAU, Génies occitans de la science, 1947)

L'Académie des Jeux Floraux le fit mainteneur en 1909. Il est possible que Paul Sabatier ait été un locuteur occitan, mais nous n'en avons trouvé aucune preuve formelle.

Le cas Jean-Henri Fabre :

Entre 1904, année d'attribution du prix Nobel à Frédéric Mistral, et 1913, de nombreux intellectuels, savants et écrivains ont fait campagne pour que l'entomologiste Jean-Henri Fabre, par ailleurs majoral du Félibrige et poète d'expression française et occitane (provençal), obtienne le prix Nobel. En 1913, lors de la dernière tentative de "nobélisation" de J.-H. Fabre, Frédéric Mistral lui écrit :

"Moun bèl ami, vène de questionna lou Suedos E. Rodha su lou laureat proubable dou pres Nobel e veiçi ço que m'a respoundu : ce que i'avié rèn de segur encore ; mai que la balanço, lou mai que penjavo, èro de ve Fabre ! Tout poutquen vèire, pèr ben que vague ! »*

Lettre datée de « Maiano, 2 de julier 1913 », graphie originale de l'auteur.

*Traduction : Mon bel ami, je viens de questionner le Suèdois E. Rodha sur le lauréat probable du prix Nobel et voici ce qu'il m'a répondu : c'est qu'il n'y avait rien de sûr encore mais que le côté vers lequel la balance penchait le plus, c'est celui de Fabre. Nous sommes tout ravis, si tout va bien !

Max Rouquette, dernier "nobélisable" en date :

Le prix Nobel jouit d'un intérêt particulier dans l'histoire littéraire et militante occitane. L'idée de renouveler "l'exploit" de 1904 fut sans doute récurrente au XXe siècle.

À notre connaissance, le nom de Max Rouquette circula au début des années 2000. L'écrivain de langue occitane, traduit, lu et interprété dans de nombreux pays avait sans doute les qualités requises pour obtenir le prestigieux prix international. L'initiative n'eut pas de suite. 

Glaudi Barsotti nous signale également qu'une initiative similaire a été menée en Provence dans les anénes 1930 pour une candidature de Valère Bernard au prix Nobel de Littérature.

En savoir plus sur Jean-Henri Fabre et le prix Nobel :

Yves DELANGE, Fabre : l'homme qui aimait les insectes, 1999, Actes Sud, 345 p. Consultable et empruntable au CIRDOC (cote 590.92 FAB)


En savoir plus sur Paul Sabatier et "l'Occitanie" :

Lucien BARBONNEAU, Génies occitans de la science, Toulouse, 1947, Editions toulousaines de l'ingénieur, 192 p. Consultable sur place au CIRDOC (cote CAC 3730)

[Photographie de la quatrième visite de Frédéric Mistral à Béziers lors des fêtes de la Santo Estello - 25 mai 1902]

Frédéric Mistral (premier plan à droite), en compagnie de Pierre Devoluy (second plan à droite), capoulié du Félibrige, et de Marius Jouveau (au centre, de profil) devant la porte des Arènes de Béziers, au milieu de la foule lors des fêtes de la Santo Estello de Béziers le 25 mai 1902.
Ils sont accompagnés par Fernand Pigot, Marc Varenne et Émile Barthe.

Ouvière, G. (photogr.)

C'est le 17 mai 1903 que Frédéric Mistral institue la première "Festo Vierginenco" à Arles. Il s'agit d'un rassemblement annuel où les jeunes filles d'Arles d'environ 15 ans et leur costume sont mis à l'honneur.

Le costume provençal est à l'époque en voie de disparition, la mode parisienne a pris le dessus et est alors synonyme d'élégance. Pour inciter les provençales à se distinguer, à réveiller leur « âme provençale », Mistral a l'idée de créer une grande fête populaire où le costume traditionnel serait montré triomphant, acclamé par la foule.

La première cérémonie décore 28 jeunes filles devant Mistral, le prince Roland Bonaparte et sa fille. (Le costume en Provence / J. Charles-Roux, 1909)

En 1904, elles viennent plus nombreuses des alentours d'Arles. Au théâtre antique, elles sont 370 à prendre le costume et à promettre de ne plus le laisser. Jules Charles-Roux parle d'une grande affluence du public venant de toute la Provence pour les acclamer.

Elles défilent en cortège (à cheval pour les Camarguaises), accompagnées de la cantate de Frédéric Mistral créée pour l'occasion. Chaque jeune fille reçoit alors des mains de Frédéric Mistral une broche en argent ornée d'un buste d'Arlésienne et un diplôme dessiné par Léo Lelée. La dernière « Fèsto Vierginenco » présidée par Mistral se déroule le 15 juin 1913. Depuis, cette fête existe toujours mais se déroule aux Saintes-Maries-de-la-Mer, le dernier dimanche de juillet.


Pour en savoir plus : 

- "Fêtes Vierginencos" de 1904 dans lFigaro du 2 avril 1904 

- J. Charles-Roux, Le costume en Provence avec un sonnet de Frédéric Mistral (Paris, 1909).

- Gérard Baudin, Frédéric Mistral : illustre et méconnu, (Paris, 2010).

- René Jouveau, Histoire du Félibrige. 2, 1876-1914, (Aix-en-Provence, 1970).

- Claude Karkel, Sur les pas de Frédéric Mistral : escapades provençales, (2009).

- Gérard Baudin, Moussu Frederi, ou Clichés d'un poète, (Marseille, 1987).

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