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CIRDÒC-Mediatèca occitana

Né en 1071, Guillaume IX de Poitiers hérite à l'âge de quinze ans d'un vaste domaine. Les possessions familiales comptent de nombreux titres dont les importants duché d'Aquitaine et comté de Poitiers. Seigneur puissant, Guillaume IX de Poitiers mène durant son existence un grand nombre de luttes pour affermir et accroître ses possessions, luttes aux résultats toutefois inégaux. Ayant épousé en secondes noces Mathilde, fille et héritière du comte Guilhem IV de Toulouse, il lance notamment de nombreuses incursions sur les terres des Saint-Gilles, conduisant à leur occupation temporaire. A sa mort cependant, la plupart de ses conquêtes méridionales étaient depuis quelques années déjà, perdues.

 

Important seigneur aux charges et occupations multiples inhérentes à son rang, Guillaume IX de Poitiers fut également troubadour, composant dans la langue d'oc poèmes, satires et ballades. Il se vit d'ailleurs attribué le surnom du Troubadour, et demeure aujourd'hui encore le premier poète du tròbar identifié.

 

A l'instar d'une grande partie de ces poètes et poétesses du Haut Moyen âge, une Vida(court texte biographique expliquant les raisons pour laquelle les poèmes ont été écrits), bien que brève et postérieure de cent-cinquante années aux faits qu'elle relate, propose divers éléments biographiques sur le comte, nous dressant le portrait d'un homme complexe. Guillaume IX de Poitiers figure d'ailleurs parmi les rares troubadours sur lesquels nous possédons tant de détails biographiques. Son rang de comte semble avoir donné lieu à une plus ample documentation, tant de ses contemporains que des générations qui suivirent, celle-ci demeurant cependant davantage focalisée sur l'étude du seigneur bien plus que sur celle du troubadour.

 

Le premier des troubadours ?

 

Guillaume IX de Poitiers est-il le premier des troubadours, inventeur de l'art du tròbar ? La qualité de ses productions, l'affirmation déjà marquée des codes troubadouresques que l'on y trouve, témoignent d'une grande maîtrise de l'écriture qui pour certains historiens, semble davantage s'inscrire dans une continuité que dans une invention pure. Toutefois, la proximité du Val de Loire, alors marqué par un renouveau de la poésie d'amour en latin, l'influence limousine, foyer de création musicale par la présence des abbayes de Saint-Léonard et Saint-Martial, ainsi que la présence durant son enfance, de chanteurs arabes à la cour de son père, ont pu être autant de sources et de modèles pour le duc-troubadour. Guillaume IX n'en demeure pas moins l'exemple le plus ancien connu à ce jour de poésie lyrique en occitan s'inscrivant dans le courant troubadouresque.

 

Onze pièces de la main de Guillaume IX de Poitiers sont parvenues jusqu'à nous. Il est fort probable que bien d'autres, aujourd'hui disparues, aient été rédigées par celui-ci. Elles constituent une importante source de renseignements, tant pour les linguistes, du fait de leur ancienneté et des influences du poitevin, que pour les historiens de la littérature. S'y retrouvent ainsi les situations et lieux communs propres au genre sur les relations femme aimée/amant. La langue employée par Guillaume IX de Poitiers dans ces pièces, est celle qu’emploieront les troubadours successifs, y compris gascons, une langue commune, sorte de koinè troubadouresque, ne laissant transparaître que quelques influences dialectales.

 

L'art du tròbar en Aquitaine

 

L'art du tròbar, initié en Aquitaine par Guillaume de Poitiers, fut promis à un bel avenir dans ces contrées. Par la suite, Cercamon, probablement originaire de Gascogne, Marcabrun, son disciple, présent à la Cour de Guillaume X de Poitiers, Jaufré Rudel prince de Blaye ou Guiraut de Calanson, perpétuèrent l'art du tròbar sur les territoires qui composent l'Aquitaine actuelle .

 

A l'instar de Guillaume IX de Poitiers, seigneur qui marqua la mémoire de ses contemporains par son incursion dans le domaine des lettres et des arts, d'autres seigneurs et non des moindres prirent en leur temps la plume. Richard Cœur de Lion (1157-1199), duc d'Aquitaine puis roi d'Angleterre, fils d'Aliénor d'Aquitaine et par elle, descendant de Guillaume le Troubadour, composa ainsi en occitan des pièces de poésie. Deux cents ans plus tard, Gaston Fébus (1331-1391), vicomte de Béarn, prenait à son tour la plume pour rédiger des poèmes. S'il est difficile de certifier sa paternité concernant le Se canta (l'un des hymnes pan-occitan actuel), une autre de ses Cansos (chansons) fut récompensée de son temps par le Consistori del Gay Saber, aujourd'hui Académie des Jeux Floraux de Toulouse.  

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Les chansons du troubadour Rigaut de Barbezieux / texte préparé par Camille Chabaneau ; introd. ; trad. et notes par Joseph Anglade
Rigaud de Barbezieux (11..-11..)
Chabaneau, Camille (1831-1908). Éditeur scientifique
Anglade, Joseph (1868-1930). Traducteur
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Copie d'un manuscrit de Nat de Mons
Nat de Mons (12..-12..)
Ce manuscrit est une copie datant du XIXème siècle d'un manuscrit plus ancien contenant un texte de Nat de mons, un troubadour du XIIIème siècle. Il s'agit de "Sitot non es enquistz", un "ensenhamen" se composant de cinq lettres adressées au roi de Castille, Alphonse X le Sage, et au roi d'Aragon, Jacques Ier.

La copie contient deux paires de colonnes par page; les colonnes de chaque paire contiennent le même texte avec quelques variantes, ce qui peut laisser penser que le copiste a copié deux manuscrits différents pour les mettre en parallèle. Entre crochets il y a des indications sur la mise en page du texte original (folio et colonne).
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La Comtesse de Die : sa vie, ses oeuvres complètes, etc. [Texte imprimé] / Sernin Santy ; introduction par Paul Mariéton
Santy, Sernin

Sernin Santy (1850-1906), majoral du Félibrige en 1904, nous livre dans cet ouvrage une étude sur la vie et l'Oeuvre de la comtesse de Die, femme troubadour du XIIe siècle. 

La plus ancienne source sur la vie de cette Trobairitz semble remonter au XIIIe siècle. Il est ainsi mentionné dans des manuscrits de cette époque ce qui suit : "La Comtesse de Die épousa Guillaume de Poitiers ; elle était belle et bonne, devint amoureuse du seigneur Raimbaut d'Orange, et fit à son sujet maintes bonnes poésies". Manuscrit A (folio 167), Manuscrit B (folio 104v), Manuscrit I (folio 141r), Manuscrit K (folio 126v) [=> d'après  Biographies des troubadours : textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles / Jean Boutière et A.-H. Schutz, Paris : A.-G. Nizet, 1973].

Sernin Santy a rassemblé, dans cette étude sur la comtesse de Die, le peu de textes qui nous soient parvenus d'elle et y évoque les différentes sources présentant la vie de la trobairitz, entre légende et réalité.

Pour en savoir plus sur les femmes troubadours :

Consultez le fiche encyclopédique sur les trobairitz d'Occitanica 

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Hugues de Lusignan et les troubadours
CIRDOC - servici question-responsa

Le Brun au sein de la dynastie des comtes de Lusignan

Uc lo Brun (ou Hugues Le Brun) est effectivement bien issu de la famille des contes de Lusignan. Plusieurs membres de la lignée des Lusignan portent le surnom d'Hugues Le Brun. Parmi eux on compte Hugues VII seigneur de Lusignan et comte de la Marche, Hugues VIII de Lusignan aussi appelé Le Vieux, Hugues IX sire de Lusignan et comte la Marche, décédé en 1219 sur le champ de bataille de Damiette, lors de la cinquième croisade, et enfin Hugues X de Lusignan, son fils, qui participe à la 7° croisade.


Trois chansons nous ont été transmises sous le nom du  Comte de la Marche. Elles ne sont présentes que dans le groupe de chansonniers français KNX et suscitent le doute chez les spécialistes quant à leur auteur et leur datation. Ces chansons ne sont généralement pas attribuées aux comtes de Lusignan.


Parmi tous les Lusignan portant le surnom de Brun, aucun n'a pu être identifié comme un troubadour. Il ne nous est en effet parvenu aucun texte dont ils aient pu être les auteurs. D'après Barbieri, Hugues IX de Lusignan aurait composé quelques vers provençaux mais comme le précise J. Boutière dans son ouvrage Biographies de Troubadours, il semblerait que Barbieri ait confondu Hugues le Brun, comte de la Marche avec Ugo Brunenc (Hugues Brunet), troubadour rouergat.


Hugues le Brun et le troubadour Gaucelm Faidit

Si aucun des comtes de Lusignan n'a pu être identifié comme troubadour, au moins deux d'entre eux semblent entretenir d'étroites relations avec Gaucelm Faidit, prolixe troubadour originaire du Limousin. On sait que Hugues IX le Brun et son fils Hugues X, lui aussi surnommé Le Brun étaient de grands amis du troubadour limousin et que les trois personnages se seraient fréquentés durant plusieurs années.


La razo 167,15 (Ms. P39r) nous indique notamment que Gaucelm Faidit appelait Hugo le Brun "Belle-douce-émeraude-fine", "Bel[s]-Doutz-Maracdes-Fis" dans le texte. Ce senhal a permis d'identifier Hugues le Brun comme destinataire de trois cansos de Gaucelm Faidit.


Une autre razo relative à Gaucelm Faidit cite d'ailleurs directement Hugues de Lusignan - vraisemblablement Hugues X - et indique clairement qu'une chanson du troubadour limousin lui était destinée :

Les prières de Gaulcem Faidit durèrent très longtemps, ainsi que l'amour qu'il portait à Madame Marguerite d'Aubusson. [...] Mais elle aimait Hugue de Lusignan, qui était le fils d'Hugue le Brun, comte de la Marche ; et celui-ci était grand ami de Gaucelm. La dame demeurait au château d'Aubusson, où elle ne pouvait voir Hugue de Lusignan, ni lui faire aucun plaisir. Elle fit semblant d'être mortellement malade et fit voeu d'aller prier Madame Sainte Marie de Rocamadour. Et elle fit dire à Hugue de Lusignan de venir à Uzerche - un bourg où habitait Gaucelm Faidit -, d'y venir furtivement et de descendre chez Gaucelm ; elle y descendrait aussi et lui ferai plaisir en droit d'amour ; et elle lui indiqua le jour qu'il devait y venir. Lorsque Hugue entendit cette nouvelle, il fut gai et joyeux, et se rendit là bas au jour fixé ; et il descendit dans la maison de Gaucelm Faidit. La femme de Gaucelm, quand elle le vit, l'accueillit très cordialement, avec grande joie et en grand secret, comme il demanda. Et la dame arriva et descendit au même endroit ; elle trouva Hugue de Lusignan au loogis, caché dans la chambre où elle devait coucher. Et lorsqu'elle l'eut trouvé, elle fut gaie et joyeuse et resta là deux jours  ; ensuite elle se rendit à Rocamadour et Hugue l'attendit jusqu'à son retour. Et quand elle fut revenue, elle resta deux jours encore, et chaque nuit ils couchaient ensemble avec grande joie et en grand divertissement.

Lorsqu'il s'en furent allés, Gaucelm ne tarda guère à venir et sa femme lui conta toute l'affaire. Il en fut si affligé qu'il voulut mourir, car il s'imaginait que la dame ne voulait du bien qu'à lui seul. Et ce qui la chagrina le plus, c'est qu'ils avaient couché dans son propre lit ; aussi fit-il, sur ce sujet, une "chanson méchante" qui débute ainsi :

Si jamais homme, opur avoir coeur fidèle...

ainsi que vous entendrez. Et cette chanson fut la dernière qu'il fit.


En voici le texte original : 

Longuamen duret lo precx d'En Gauselm Faidit e l'amor qu'el avia a ma dona Marguarita d'Albusso […]. Mas ella si amava n'Ugo de Lasigna, qu'era fils de N'Ugo lo Bru, del comte de la Marcha, et era molt amicx d'En Gauselm. La dona si estava el castel d'Albuso, on ella no podia vezer N'Ugo de Lasigna ni far plazer ; per qu'elas se fes malauta de mort, e vodet se az anar a ma dona Sancta Maria de Rocamadour en orazo. E mandet dire a N'Ugo de Lasigna que vengues a Uzercha, az un borc on estava Gauselms Faiditz, e que vengues a Uzercha, az un borc on estava Gauselms Faiditz, e que vengues a furt e que desmontes en l'alberc d'En Gauselm e que ela desmontaria en aquel alberc e ill faria plazer en dreg d'amor, et ensenhet li lo jorn qu'el hi degues venir. Quan N'Ugo auzit aquesta cauza, fo alegres e joios, e venc s'en lai en aquel dia qu'ela li mandet, e desmontet en l'alberc d'En Gauselm Faidit. La moiller d'En Gauselm, quant ela l vit, l'acuillit molt fort, et ab gran alegreza et en grand crezensa, si com el comandet. E la dona venc e desmontet laintre e trobet N'Ugo de Lasigna en l'alberc, recost en la cambra ont ella devia jazer. Et ella, quan l'ac trobat, fo alegra e joioza, et estet dos jorns aqui ; e pueis ela s'en anet a Rocamador et el l'atendet tro que venc. E pueis estet autres dos jorns quan fo venguda, e cascuna nueit jazion ensems ab gran alegreza et en gran solatz. E no tarzet gaire, quan s'en foron tornat, qu'En Gauselms venc, e sa moiller li comtet tot lo fait. Gauselms, quant ho auzit, fo si dolens qu'el volc morir per so qu'el crezia qu'ela no volgues be si no a lui. E per so qu'ela al sieu leit l'avia colgat, en fo el mais dolens ; don el fes per aquesta razo una mala chanso, la cals comensa :

Si anc nuls hom per aver fin coratge,

si com vos auziretz. Et aquesta fo la derreira chanso qu'el fes.


Pour aller plus loin...

J. Boutière et A.-H. Schutz, Biographies des troubadours : textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles, Paris : A.-G. Nizet, 1973. Cote CIRDOC : 841.8 VID

Gaucelm Faidit : amours, voyages et débats : "Trobada" tenue à Uzerche les 25 et 26 juin 2010, Moustier-Ventadour : Carrefour Ventadour, 2010. Cote CIRDOC : 841.8 FAI

J.Mouzat, Les poèmes de Gaucelm Faidit, troubadour du XIIe siècle, édition critiqueParis : A.-G. Nizet, 1965. Cote CIRDOC : 841.8 FAI

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Y'a t-il une mise en musique du poème d'Azalaïs de Porcairagues ?
Lo CIRDÒC-Mediatèca occitana

Azalaïs de Porcairagues est considérée comme la première Trobairitz dont le nom soit connu. On ne déteint à ce jour que peu d'éléments sur cette trobairitz sauf ce qu'ont bien voulu nous livrer les textes du Moyen âge.

On ne connaît d'Azalaïs de Porcairagues qu'un poème - Ar em al freit temps vengut - conservé dans neuf manuscrits médiévaux. Trois d'entre eux présentent la même Vida

N'Azalais de Porcarages si fo de l'encontrada de Monpeslier, gentils domna et enseingnada. Et enamoret se d'En Gui Guerrejat, qu'era fraire d'En Guillem de Monpeslier. E la domna si sabia trobar,e fez de lui mantas bonas cansos. 

Dame Azalaïs de Porcairagues, une dame de haute noblesse et de culture, était originaire de la région de Montpellier. Elle s'éprit de sire Gui Guerrejat, le frère de sire Guillaume de Montpellier. Elle s'entendait à la poésie et composa à son propos maintes chansons de qualité.


Azalaïs de Porcairagues serait donc originaire de Montpellier, ce qui a permis à certains spécialistes de penser que la trobairitz était plutôt originaire de Portiragnes (Hérault) que de Pourcairagues (Gard). Elle se serait par ailleurs éprise de Gui le batailleur, fils de Guillaume VI et frère de Guillaume VII, seigneur de Montpellier.


La seule chanson que l'on ait conservée d'elle lui semble destinée :

Ar em al freg temps vengut Nous voici parvenus à la froidure,
que-lh gels e-lh neus e la fanh qui est gel, neige et boue,
e l'auzelet estan mut les oisillons restent muets
qu'us de chantar non s'afranha à chanter aucun n'incline
e son sec li ram pels plais Les branches sont sèches dans les haies,
que flors ni folha no i nais ni fleur ni feuille n'y éclot
ni rossinhols no i crida ni rossignol n'y chante,
que am s'en mai me reissida lui que j'aime lorsqu'en mai il m'éveille.
 
Tant ai lo cor deceubut J'ai le cœur si désabusé
per qu'eu soi a totz estranha qu'à tous je suis étrangère ;
e sai que l'om a perdut je sais que l'on perd
mout plus tost que non gazanha beaucoup plus vite qu'on ne gagne.
e s'eu falh ab motz verais Si je donne le change avec des mots sincères,
d'Aurenga me moc l'esglais c'est que d'Orange me vint la douleur
per qu'eu m'estauc esbaida qui me laissa consternée :
en pert solatz en partida. j'en perds en partie la joie.
 
Domna met mout mal s'amor Une dame place très mal son amour
que ab ric ome plaideia en plaidant contre un homme de haut parage,
ab plus aut de vavassor de meilleure noblesse qu'un vavasseur
e s'ilh o fai ilh foleia et, en agissant ainsi, elle commet une folie.
car se ditz om en Velai On dit en Velay
que ges per ricor non vai que l'amour ne s'accommode pas de l'orgueil,
e domna que n'es chauzida et je tiens pour déshonorée
en tenc per envilanida. la dame qui se distingue de cette manière.
 
Amic ai de gran valor Je possède un ami de grand mérite
que sobre totz senhoreia qui surpasse tout le monde en noblesse ;
e non a cor trichador ne me montre pas un cœur infidèle
vas me que s'amor m'autreia celui qui m'accorde son amour.
eu dic que m'amors l'eschai J'affirme que mon amour lui revient,
e cel que dis que non fai à qui prétend le contraire
Deus li don mal' escarida que Dieu donne mauvaise fortune,
qu'eu m'en tenh fort per guerida. ar je me sens fort bien protégée.
 
Bels amics de bon talan Bel ami, bien volontiers
som ab vos totz jors en gatge je me suis engagée avec vous pour toujours,
cortez'e de bel semblan courtoise et de belles manières,
sol no m demandetz outratge à condition que vous ne me réclamiez rien de déshonorant.
tost en veirem a l'essai Nous en arriverons bientôt à l'essai
qu'en vostre merce m metrai où je me mettrai à votre merci ;
vos m'avetz la fe plevida vous m'avez fait la promesse
que no m demandetz falhida. que vous ne me demanderez pas de faillir [à l'honneur].
 
A Deu coman Bel Esgar A Dieu je recommande Beau-Regard
e plus la ciutat d'Aurenga et plus encore la cité d'Orange,
e gloriet' e-lh Caslar et la Gloriette et le château,
e lo senhor de Proensa et le seigneur de Provence,
e tot quan vol mon ben lai et tous ceux qui là-bas veulent mon bien,
e l'arc on son fag l'assai et l'arc où sont représentés les exploits
celui perdei qu'a ma vida J'ai perdu celui qui détient ma vie,
e n serai totz jorns marrida. j'en resterai à jamais affligée.
 
Joglar que avetz cor gai Jongleur, vous qui avez le cœur gai,
ves Narbona portatz lai du côté de Narbonne, portez là-bas
ma chanson ab la fenida ma chanson avec sa chute
lei cui jois e jovens guida.  à celle à qui Joie et Jeunesse servent de guides.

 



Concernant ce poème d'Azalaïs de Porcairagues, aucun élément conservé à ce jour ne donne d'indications sur l'accompagnement musical. On ne sait d'ailleurs pas si la trobairitz avait créé un air original pour accompagner ses vers.


En effet, à l'époque le texte était le seul élément à avoir une importance primordiale pour le troubadour. La musique, souvent empruntée à des airs de chansons ayant une construction similaire ou un contenu poétique apparenté, ne servait que de support au discours poétique. Il peut arriver que certaines transcriptions de ces poèmes donnent des indications sur l'accompagnement musical, mais cela reste très rare.

Les accompagnements instrumentaux, eux, n'étaient jamais notés dans les textes originaux de monodie médiévale. On sait que le milieu aristocratique dans lequel évoluaient troubadours et trobairitz avait une prédilection pour les sonorités douces des cordes frottées ou pincées telles la vielle.


Si Ar em al freit temps vengut a bien été mis en musique par plusieurs artistes contemporains, il a nécessité tout un travail de re-création ou d'imagination. 

Toutefois, tous les artistes contemporains ayant travaillé sur ce poème n'ont pas adopté la même démarche artistique.

Ainsi, certains ont tenté de créer un accompagnement musical le plus fidèle possible à nos connaissances actuelles sur la musique des troubadours alors que d'autres ont préféré laisser libre cours à leur imagination et inspiration afin de proposer une interprétation plus personnelle et ancrée dans une autre époque que celle d'Azalais de Porcairagues.

Nous avons pu repérer quelques artistes ayant travaillé sur les vers de Ar em al freit temps vengut :

La Camerata Mediterranea qui, sous la direction de Joël Cohen a créé un accompagnement musical autour de la récitation de la première strophe du poème dans son album Lo gai saber : troubadours et jongleurs 1100-1300. [Cote CIRDOC : 3.092 GAIS]

Le groupe Arabesque qui dans son disque Cortesia [Cote CIRDOC : 3.0 CORT] présente un extrait chanté avec un accompagnement sonore.

Céline et Vincent Magrini présentent eux des extraits chantés et parlés du poème sur un accompagnement musical dans leur album Azalaïs : chansons de femmes des XII° et XIII° siècles [Cote CIRDOC : 3.092 AZAL]

Hombeline qui dans son disque Chants d'émoi [Disponible au prêt au CIRDOC sous la cote 3,092 HOMB c] présente des extraits du poème chantés en langue originale et en français avec un accompagnement musical.

Delfina Aguilera qui propose une interprétation du chant avec un accompagnement musical sur ses disques Delfina [Cote CIRDOC : 8.09 DELF] et Chants féminins Occitans [Cote CIRDOC : 3.092 CHAN] mais aussi au sein du trio Joglar dans leur disque Color.

L'ensemble Clemencic Consort, sous la direction de René Clemencic a également interprété Ar em al freit temps vengut sur le disque Troubadours [Consultable au CIRDOC sous la cote DM30 3.092 TROU]

Enfin, vous pourrez trouver une autre interprétation de ce poème avec un accompagnement musical plus riche réalisée sur l'album Les Trobairitz par le groupe catalan Tronadissa (Ecoutable sur Deezer : http://www.deezer.com/fr/music/tronadissa-oriol-rius/les-trobairitz-687357 )


En savoir plus : 

Voir l'article encyclopédique sur les Tobairitz Cliquer ICI

Zuchetto, Gérard, Gruber Jön, Le livre d'or des troubadours : Anthologie XII°-XIV° siècle, Les éditions de Paris : Paris, 1998. [Cote CIRDOC : 841.8]

Egan, Margarita, Les vies des troubadours, 10/18 : Paris, 1985. [Cote CIRDOC :841.8 VID]

Régnier-Bohler, Danielle (dir.), Voix de femmes au Moyen-Âge : Savoir, mystique, poésie, amour, sorcellerie XII°-XV° siècle, Robert Laffont : Paris, 2006. [Cote CIRDOC : 841.8]

Boutière, J., Schultz, A. H., Cluzel, J.M., Biographies des troubadours : textes provençaux des XIII° et XIV° siècles, A.G Nizet : Paris, 1973. [Cote CIRDOC : 841.8 VID]

Bec, Pierre, Chants d'amour des femmes-troubadours : trobairitz et chansons de femmes, Stock : Paris, 1995. [Cote CIRDOC : CAC 6198]

Sakari, Aimo, A propos d'Azalaïs de Porcairagues, Soledi : Liège, 1971. [Cote CIRDOC : CBB 441-30]

Sakari, Aimo, Un vers embarrassant d'Azalaïs de Porcairagues, Mucchi : Modène, 1978. [Cote CIRDOC : CBC 300]

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Troubadours au féminin, femmes et auteures en un temps peu favorables à la reconnaissance de leurs droits, les « trobairitz » n'ont pas échappé depuis au double écueil des préjugés ou tout au contraire du mythe. Pourtant, tour à tour louées ou condamnées, leurs productions n'en demeurent pas moins quasiment méconnues. Qui étaient les « trobairitz » ? Quelle fut leur production ? Leur voix et les thèmes qu'elles abordèrent, sont-ils différents de ceux de leurs homologues masculins ?

 

I. Les Trobairitz, femmes troubadours

L'art du Trobar

 Les XIIème et XIIIème siècles voient apparaître un nouveau mouvement poétique dans la partie sud de ce qui constitue aujourd'hui la France. En langue qu'ils appellent eux-même « romane » (cf. RAYNOUARD, François, Choix des poésies originales des troubadours, Genève, Paris. 1982. T.I. Introduction, p. 5-32) et que l'on désigne aujourd'hui sous le nom d'occitan, ces poètes et musiciens développent l'art du trobar et chantent la fin'amor, joi et joven (amour raffiné, joie d'amour et jeunesse).

Mouvement poétique majoritairement constitué d'hommes, l'art du trobar vit également émerger une production féminine entre 1150 et 1250. Ces femmes troubadours, également connues sous le nom de trobairitz (forme occitane classique du féminin des mots suffixés en « or »), furent, au regard des sources conservées actuellement, une vingtaine. (Meg Bogin, Les femmes troubadours, Paris, Denoël/Gonthier, 1978, p. 15) 

Leurs noms et leurs productions nous sont principalement parvenues grâce à des manuscrits qui sont également nos sources d'informations majeures pour les troubadours. (cf. P. Bec, Chant d'amour des femmes troubadours, Stock, 1995, p. 17).

 

Les sources

 

Les vidas e razós (courts textes biographiques expliquant les raisons pour lesquelles les poèmes ont été écrits), constituent les principales sources permettant de connaître la biographie de certains troubadours et trobairitz. Vingt-huit chansonniers sur les quatre-vingt-quinze parvenus jusqu'à nous, présentent des textes, complets mais aussi parfois partiels, faisant intervenir une voix féminine (P.BEC, op.cit.Pp.17). 

 

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 Deux de ces manuscrits sont particulièrement riches :

  • Le manuscrit H (Rome, Vatican, Lat.3207), copié en Italie au XIVème siècle. Outre de nombreux textes de trobairitz regroupés sous une même rubrique, ce manuscrit a la particularité de proposer huit enluminures de femmes-troubadours.

  • Le manuscrit W (Paris, Bibliohtèque nationale. Fr 844. Olim Mazarin 96) appelé aussi "Manuscrit du roi". Contenant différentes chansons françaises mais aussi occitanes, il présente notamment la chanson de la Comtessa de Dia, "A chantar m'er de so que no volria", unique chanson de trobairitz dont nous possédions la musique (pour plus d'informations sur le sujet, consulter l'ouvrage d'Ismaël Fernandez de la Cuesta, Las cançons dels trobadors. IEO, 1979).

 

Ces différentes sources ont permis d'identifier une vingtaine de femmes troubadours, entre 1150 et 1250, et d'obtenir pour certaines d'entre elles, des éléments d'identification Il faut noter toutefois que les vidas des trobairitz, rédigées près d'un siècle après la mort de ces auteurs, se résument la plupart du temps à quelques lignes. Par ailleurs, la plupart des trobairitz sont principalement connues par une razó ou la vida d'un troubadour proche ou avec lequel elles partagèrent une « tenson ».

 

 

En dépit de sources limitées, les chercheurs ont pu dresser le portrait de ces poètes féminines. Il semble que ces femmes aient principalement été issues de milieux favorisés, ce qui explique qu'elles aient eu la possibilité de composer en un temps pourtant peu favorable au « sexe faible ». Elles fréquentaient d'ailleurs les mêmes cours que leurs homologues masculins. Les plus connues d'entre elles furent Almuc de Castelnòu, Iseut de Capion, Azalais de Porcairague, Na Castelloza, la comtesse de Die, Na Lombarda, Marie de Ventadorn, Na Tibors (soeur de Raimbaut d'Orange). (cf. à ce sujet l'ouvrage de Meg Bogin. op.cit. p. 15).

 

 II. La réception des trobairitz au cours des siècles

 

La redécouverte du XIX° siècle

 

Au XVIIIe siècle, le travail mené conjointement par Dom Vaissette et Dom Vic lors de l'élaboration de leur Histoire du Languedoc, ouvre la voie d'un retour aux sources et au textes du Moyen Âge. Le regain d'intérêt pour la littérature des troubadours ouvre alors également la voie à une (re)découverte de la production de leurs homologues féminines. Différents érudits français tels que Jean-Pierre Papon (Histoire générale de la Provence, 1778) ou Rochegude (Parnasse occitanien, 1819) mentionnent quelques exemples de trobairitz au cœur de leurs ouvrages.

Les courants romantiques français puis allemand s'intéressent à leur tour à la question et en 1888 paraît Die provenzalischen Dichterinnen de O. Schultz-Gora, monographie allemande d'une quarantaine de pages qui sera pour longtemps l'ouvrage de référence sur la question, et surtout, la seule étude globale. (cf. Pierre Bec, op.cit. p. 60).

Toutefois, le jugement moral porté sur la production de ces poètes au féminin, est alors très dévalorisant comme en témoigne la citation suivante d'Alfred Jeanroy, illustre érudit français du XIXème : “ Je croirais volontiers que nos trobairitz, esclaves de la tradition, incapables d'un effort d'analyse, se bornaient à exploiter des thèmes existants, à se servir de clichés qui avaient cours, intervertissant seulement les rôles. Nous serions alors en présence de purs exercices littéraires, qui ne sont d'ailleurs pas dépourvus de mérites”. (cf ; A. Jeanroy, Mélanges. In :Action Poétique. Les trobairitz. Les femmes dans la lyrique occitane. Paris, 1978, p. 5). Ce jugement dévalorisant, repose sur des conditions morales.

Le tournant des années 1970

Il faut attendre les années 1970-80 pour que, à la faveur du mouvement de libération de la femme qui traverse alors les sociétés occidentales, paraissent de nouvelles études sur le sujet. En 1976, l'ouvrage de l'américaine Meg Bogin, Les femmes troubadours, apporte une vision nouvelle et positive de la voix féminine dans l'art du trobar. L'ouvrage, qui eut le mérite en son temps de proposer de nouvelles pistes de réflexion quant au contexte de rédaction des pièces des trobairitz, a toutefois le défaut de ses qualités. Le propos de l'auteure souffre ainsi de son engagement pour la cause féminine, lui demandant un effort pour prendre le recul nécessaire à tout travail de recherche.

L'analyse contemporaine

Alors que la production des trobairitz avait souffert jusque-là d'une ré-utilisation parfois politique bien loin du propos original de ses auteurs, la fin des années 1980 voit paraître de nombreuses études plus objectives à ce sujet. Nous devons ainsi à Pierre Bec un ouvrage sur la lyrique féminine ayant fait le point sur la question et ouvrant la voie à de plus larges réflexions (Chants d'amour des femmes-troubadours. Stock, 2005). Avant lui, Robert Lafont dans sa Nouvelle Histoire de la littérature française (P.U.F. 1970), mais aussi René Nelli (Ecrivains anticonformistes du moyen-âge occitan. La femme et l'Amour. Anthologie bilingue, Paris, 1977) avaient également permis de faire avancer la connaissance sur le sujet, tout comme plus récemment G. Zuchetto (Terre des troubadours : XIIe-XIIIe siècles : anthologie commentée, Paris : 1996).

Toutes ces analyses ont pour point de départ la recherche du côté de la production de ces œuvres: qui fut l'auteur de telle ou telle pièce, s'agissait-il réellement d'une œuvre d'une trobairitz ou d'un troubadour, qui était cette femme et quelle était son origine ? Des recherches préalables, tirant partie d'un mince mais riche corpus d'une trentaine de textes.

III. L'écriture des trobairitz

La femme du Haut Moyen-Âge et la culture

La production des trobairitz, qui renvoie au-delà de la seule analyse littéraire, à la question de la place de la femme durant le Haut Moyen-Âge, divise aujourd'hui encore les chercheurs. Quelques auteurs soulignent le statut particulier de ces femmes qui, dans une société principalement conçue et dirigée par des hommes, eurent la possibilité de s'exprimer par la voie des lettres et des arts  (Meg Bogin. op.cit). D'autres, plus nombreux, tiennent à nuancer ce propos.

S'il est vrai que la femme occitane bénéficia d'un certain nombre de droits, notamment le droit d'hériter à l'instar des hommes, mais aussi l'accès à l'éducation, ces spécialistes nous mettent en garde contre la tentation de faire des trobairitz le symbole d'une condition féminine exemplaire dans le monde occitan du Moyen-Âge. Plus que tout autre facteur, il semble que ce soit au contraire le statut social privilégié de ces femmes, principalement issues de l'aristocratie, qui leur ait ouvert la voie de l'écriture.

Surtout, l'existence d'une voix féminine dans l'art du trobar signifie-t-elle l'existence d'une écriture spécifiquement féminine, proposant ses propres règles et ses propres codes ?

La production des trobairitz

Le faible nombre de pièces parvenues jusqu'à nous, une trentaine environ pour les trobairitz quand dans le même temps les écrits des troubadours s'élèvent à près de 2500, témoigne du faible nombre de femmes ayant composé à cette époque. Une impression à traiter avec circonspection toutefois, le temps ayant pu conduire à la disparition ou à la destruction de nombreuses pièces au cours des neuf siècles qui nous séparent de leurs auteurs.

 

La poésie des trobairitz telle que ces sources nous la donnent à voir, traite de thématiques communes à celles développées par les troubadours : la fin'amor, joi e joven. Quant à la forme, il semble qu'elles aient également adopté la plupart des genres poétiques propres à leurs homologues masculins, que ce soit les tensons (dialogue), voire, mais plus rarement, les sirventès (à caractère plus socio-politique) (cf. au sujet de leur production, l'ouvrage de Pierre Bec, op.cit p.2 ; ainsi que The Voice of the Trobairitz. Perspectives on the Women Troubadours ensemble de textes rassemblés par William D. Paden.

Six trobairitz sont auteures de chansons :

  • Azalaïs de Porcaraiga (vers 1173): 1 chanson conservée.

  • La comtessa de Dia (autour de 1200): 4 chansons conservées.

  • Clara d'Andusa : 1 chanson conservée.

  • Gormonda de Montpelhièr : 1 chanson conservée.

  • Castelhoza (environ 1210) : 4 chansons conservées.

  • Beiris de Roman : 1 chanson conservée.

Huit autres trobairitz ont écrit dans une tenson (Chanson à deux ou trois poètes qui se répondent de couplet en couplet. Voir Zuchetto p.31) :

Tensons entre trobairitz :

  • Almuc de Castelnou/ Iseut de Capion (Lubéron).

  • Alaizina Iselda/ Na Carensa.

     

Tensons entre trobairitz et troubadours :

  • Alamanda/ Guiraut de Bornelh

  • Maria de Ventadorn (1180-1215)/ Gui d'Ussel

  • Isabéla/ Ilias Cairel.

  • Na Lombarda/ Bernat Arnaut d'Armanhac.

  • Guilhelma de Rosers/ Lonfranc Cigala (troubadour italien).

  • Gansizda de Forcalquier/ écrivain anonyme.

     

Chantant à leur tour la fin'amor, renversant les rôles traditionnellement dévolus à l'homme et à la femme, la production des trobairitz présente un style qui peut sembler plus direct, moins formel que chez les troubadours ; sans que leurs écrits y perdent en valeur, comme nous le confirment ces quelques vers issus de la chanson "Estat ai en grèu cossirièr" de la Comtesse de Die :

Ben volria mon cavalièr

Tener un ser en mos bratz nut

Qu'el se'n tengra per ereubut

Sol qu'a lui fezés cosselhièr,

Car plus m'en sui abelida

No fetz Floris de Blanchaflor :

Eu l'autrei mon còr e m'amor,

Mon sen, mos uèlhs e ma vida.

 

Je voudrais bien tenir mon chevalier,

Un soir, nu, entre mes bras ;

Et qu'il s'estime comblé

Pourvu qu'il ait mon corps pour coussin

Car j'en suis plus amoureuse

Que ne fut Flore de Blanche-fleur

Je lui donne mon cœur et mon amour,

Mon esprit, mes yeux et ma vie.

(cf. Nouvelle histoire de la littérature occitane de Robert Lafont. Tome I. p.70.).

Nous ne savons pas si ces œuvres, au caractère parfois très intime, confinant même à la confession, furent interprétées en public. De nombreuses questions demeurent d'ailleurs en ce qui concerne la production des trobairitz, notamment concernant le fait que les tensons constituent le genre le plus fréquemment adopté par ces poètes. Il ne s'agit d'ailleurs là que d'une question parmi de nombreuses autres pouvant être formulées sur une production aujourd'hui connue, et tout à la fois méconnue.

 

Pour en savoir plus :

Ouvrages sur la question et la retranscription de chansons de trobairitz : 

  • ANATOLE, Christian, Las trobairitz in : Lo Gai Saber n.394, avril 1979. (Cote CIRDOC : CBB 420-27)
  • BEC, Pierre, Chants d'amour des femmes-troubadours, Stock, 1995. (Cote CIRDOC : CAC 6198)
  • BOGIN, Meg, Les femmes troubadours, Paris, Denoël/Gonthier, 1978. (Cote CIRDOC : 841.8 BOG)
  • GIRAUDON , Liliane, ROUBAUD, Jacques, Les Trobairitz. Les femmes dans la lyrique occitane. Paris, Action poétique, 1978. (Cote CIRDOC : 841.8)
  • LAFONT, Robert, ANATOLE, Christian, Nouvelle histoire de la littérature occitane, Paris, 1970. (Cote CIRDOC : 849.2 LAF)
  • NELLI, René, Ecrivains anticonformistes du moyen-âge occitan. La femme et l'Amour. Anthologie bilingue, Paris : 1977. (Cote CIRDOC : 841.8)
  • PADEN , William, The Voice of the Trobairitz, Perspectives on the Women Troubadours, Philadelphia, 1998. (Cote CIRDOC : 841 PAD)
  • ZUCHETTO, Gérard, Terre des troubadours : XIIe-XIIIe siècles : anthologie commentée, Paris, 1996. (Cote CIRDOC : 841.8)
Interprétations de quelques chansons des trobairitz :
  • AGUILERA, Delfina, Chants occitan féminins (CD), 2000. (Cote CIRDOC : 3.092 CHAN)
  • AGUILERA, Delfina, Fin amor, 2011 (Cote CIRDOC 3.092 FINA)
  • TROUBADOUR ART ENSEMBLE, Anthologie chantée des troubadours. XIIeme et XIIIeme siècles. Volume 3. (Cote CIRDOC : 3.092 TROB V3)

 

 

 

 

 

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Patric (de son vrai nom Patrick Martin), chanteur occitan originaire de l'Hérault, a produit depuis ses débuts dans les années 1970, près de dix-huit albums proposant une musique tantôt en occitan, tantôt en français.

Né à quelques kilomètres de Sète, au plus près de l'étang de Thau, Patric y découvre la langue d'oc, au contact des pêcheurs. Sa rencontre avec Robert Lafont, son directeur de maîtrise à l'Université de Montpellier (où il suit alors une Maîtrise de Socio-Linguistique) le confortera dans son désir de chanter en langue d'oc, le "patois" de son grand-père, la langue des troubadours du Moyen-Âge. Le 4 avril 1969, Patrick Martin laisse la place à Patric, chanteur qui interprète pour la première fois des compositions occitanes, les poèmes de Miquèl Decor.

Sa musique s'inspire des folk-singers de la génération de Bob Dylan, tout comme de ses racines occitanes. Patric au cours des années 1970 participe ainsi au renouveau de la chanson occitane aux côtés de Claude Marti, Mans de Breish ou Beltrame. En 1971, il est sur scène en compagnie d'Alan Stivell devant les manifestants du Larzac (un public de près de 120 000 personnes), c'est le début d'une brillante carrière en France, dans le reste de l'Europe, puis en Afrique qui conforte le métissage culturel en action dans la musique de Patric.

 

Il consacre les années suivantes à la concrétisation de nombreux projets. Il fonde ainsi son propre label, Aura production en 1990, qui éditera désormais ses albums sous format CD, et publie sous le titre Profession troubadour, un recueil de ses chansons traduites en français, ponctué de récits de vie et anecdotes. En parallèle de la musique, il s'implique également dans la valorisation des sports traditionnels des régions du Midi et du Sud-Est de la France (courses camarguaises, jeu du tambourin...).

 

Patric s'est constitué au cours de ses quarantes années de carrière, un riche répertoire de près de dix-huits albums (vinyls autrefois, aujourd'hui Cds), proposant compositions originales (Dieu me damne, Cant de prima), chansons traditionnelles (Lo boièr, Diga Joaneta), reprises de morceaux étrangers (L'Estaca, La filha del Nord, respectivement adaptations des chansons de Luis Llach et Bob Dylan) et morceaux personnels réorchestrés (Tuam los pòrcs deman). Ces textes, mis en musique sur des sonorités folks, témoignent d'un brassage culturel entre racines occitanes et actualités nationales et internationales,

L'ouvrage L'antologia de la nòva cançon occitana de Frederic Bard et Jan-Maria Carlòtti (Edisud, 1982) propose musiques, paroles et traductions pour 60 chansons occitanes, dont trois sont de Patric:

-  Fai ta mala, Patric. Ventadorn VS3L 28.

-  La serp. Patric, Bestiari, Ventadorn VS3L 37.

-  Lo cagarau. Patric, Bestiari, Ventadorn VS3L 37.

 

Les paroles des autres chansons de Patric sont accessibles via le site Paraulas.net.

 

Pour en savoir plus:

-  Site Internet d'Aura

-  Site Internet Paraulas.net

-  BARD, Frederic; CARLÒTTI, Jan-Maria. Antologia de la nòva cançon occitana. Edisud, 1982. (COTE CIRDOC 788,0 ANT).

-  ROUQUETTE, Yves. La nouvelle chanson occitane. Edouard Privat, 1972. (COTE CIRDOC CAC 217).

-  PATRIC. Profession troubadour. Aura, 1992. ( COTE CIRDOC: 788.09 PAT).