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Lo viatge de Joana - Saison 2 / Épisode 10 [feuilleton radiophonique]

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Le saviez-vous ?

Texte de l'épisode : 

- Allo ! L’association Paysans d’ici et d’ailleurs de l’Hérault ? Bonjour ! Je me présente : Jeanne Belcaire, retraitée près de Béziers. Est-ce que je pourrais avoir un rendez-vous avec quelqu’un de l’association ?

- Bien sûr mais pourquoi ? Nous n’avons pas beaucoup de temps ni de gens pour des rendez-vous.

- Voilà. J’ai reçu en héritage une ferme et 30 hectares de vignes. Je voudrais trouver un paysan intéressé par un fermage, la location serait petite.

- C’est une bonne idée de nous appeler. Ce serait peut-être mieux que le rendez-vous soit chez vous pour voir les terres. Je vais en parler aux autres et je vous rappelle la semaine prochaine. Au revoir et encore merci Madame Belcaire.

Pour le moment on fera comme ça. Mathilde a une maison et un homme qui a du travail. Et si elle veut travailler pour faire un Bed and Breakfast dans la maison de Vincent, le maire a dit qu’il était possible de trouver de l’argent pour le faire. Il est temps pour elle d’être adulte, je ne veux plus donner d’argent. Temps d’être « égoïste » et d’être aimée pour moi et pas pour mon argent. Et si tout se passe bien on parlera d’adoption.

Et maintenant le meilleur arrive : mon homme Rémy lundi à Fréjorgues. La dernière fois qu’il est venu au village et peut-être en France, je ne sais pas, c’était chez sa cousine qui venait chaque mois d’Août se reposer dans le Languedoc. Rémy aimait ce pays et chaque été nous nous retrouvions pour marcher, danser et nager.
Un jour il m’a demandé :

- Ça te plairait de venir me voir à Baltimore ? Je n’ai pas d’argent pour payer le voyage. Je commence à travailler à La Poste l’année prochaine ! De toutes façons ça me ferait peur de venir dans ce pays. Dans les films il ne me plait pas. Sauvage!

- Ce ne sont que des films ! C’est la dernière fois que je viens. Mes parents sont retraités et n’ont plus d’argent et comme je fais des études je dois garder tout l’argent pour payer l’université.

- Je serai triste de ne plus te voir !

- Et moi aussi !

Ce soir-là nous sommes allés danser, il m’a serré dans ses bras, m’a fait un léger baiser sur la bouche et l’histoire s’est achevée.
Est-ce qu’un professeur d’université peut aimer une femme de la campagne qui travaille à La Poste ? Chaque année j’ai reçu une carte pour Noël et je lui ai envoyé une carte pour le jour de l’an. Quarante ans !
Après il y a eu René et puis plus rien dans ma vie de femme... Mais j’ai aimé la vie avec les gens du village.

Pour tout dire j’ai peur, nous n’avons pas la même façon de vivre avec Rémy ni de penser… Je me suis habituée à la vie américaine, mais qu’est-ce qu’il fera lui ici ? Et moi qu’est-ce que je veux faire de ma vie maintenant ? Le rêve d’avoir une fille est mort.

La pluie tombe tranquille comme un soir d’automne - la saison où on n’a plus le courage de se battre pour un idéal, alors qu’on aurait tout le temps de le faire. Mais peut-être qu’avec Rémy d’autres portes pourraient s’ouvrir. La honte de ne pas aider ceux qui n’ont rien pour vivre, les migrants, les femmes battues, les enfants abandonnées dans la rue...
Madame Jeanne c’est un peu tard, il faut aller dormir, votre prince arrive demain...

Encore une fois je suis devant la sortie « Arrivée » de l’aéroport, une heure avant l’heure. J’ai envie de rire, de pleurer, de fuir, de rester.

« L’avion Air France en provenance de Paris Charles de Gaule… »

Il est arrivé ! Il me faut aller aux WC, je ne peux plus attendre. Mais ce n’est pas à côté, je cours, attention de ne pas tomber ! Quand je reviens je le vois avec ses bagages planté au milieu de l’aérogare. Il cherche partout mais pas de mon côté.

Je viens doucement, j’arrive derrière son dos :

- Rémy !

- Jeanne !

Encore une fois et peut-être pour longtemps je suis prisonnière dans ses bras. Je ne sais pas combien de temps on est restés collés l’un contre l’autre.

- Tu es sûre cette fois ? Je peux croire que nous allons être heureux ensembles ? Si non il y a un avion pour Paris dans deux heures.

- Si tu veux on peut partir ensemble. Mais avant j’ai acheté un lit tout neuf, il faudrait l’essayer.

La porte de la maison que j’avais fermé à clé est ouverte. Nous entrons.

- Rémy quel plaisir de te revoir surtout ici. Vous vous êtes bien retrouvés ?

- Bonjour Mathilde ! Je croyais que tu avais ta maison ?

- Oui !

- Alors qu’est-ce que tu fais là ?

- Ça me plaisait de te voir. Après la mère, le père !

- Et Jacques n’est pas avec toi ?

- Il y a un problème !

- Déjà ! Après une semaine !

- Je lui ai dit la couleur de l’enfant que j’ai dans le ventre. Alors il n’est plus sûr d’être amoureux de moi ! Et moi je ne veux pas vivre seule et encore plus quand il y aura le petit !

- Mais Rémy et moi nous voulons être un peu seuls. Alors tu vas retourner chez toi et tu reviendras pour le dîner ce soir.

Mathilde pleure et s’en va en claquant la porte.

Rémy me regarde, je regarde Rémy et nous commençons à rire sans pouvoir nous arrêter. Nous avions la fille et maintenant c’est sûr que ce serait mieux d’être deux pour s’en occuper.

Appartient à :

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Citer ce document

Clément, Anne. Auteur, interprète, Benichou, Julien. Compositeur, Huang, Edda. Interprète, Benichou, Daphné. Interprète, Zinner, Lucas. Interprète, Alranq, Perrine. Interprète, François, Isabelle. Interprète, Vidal, Alain. Interprète, Lo viatge de Joana : Saison 2 - Épisode 10 / Compagnie Gargamèla-Théâtre, Occitanica - Mediatèca Enciclopedica Occitana / Médiathèque encyclopédique occitane
http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/16773

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