Joan-Frederic Brun, als confinhs del real / aux confins du réel

Auteur de la génération 70 ayant apporté un souffle de modernité à la littérature occitane, Jean-Frédéric Brun offre dès ses débuts une production qui étonne par sa maîtrise, une langue riche où chaque mot fait sens. Son premier recueil de poésie Estius e Secaresas lui valu ainsi les éloges de ses pairs, dont Max Rouquette et Bernard Manciet.

Sa production est rarement traduite, de son propre choix, afin de préserver le sens premier de ses écrits et l'ensemble des jeux de correspondances propres à l'occitan et difficilement reproductibles dans une autre langue. En effet, l'écriture de Joan-Frederic Brun est exigeante et suppose de son lecteur une totale attention pour percevoir toutes les potentialités d'une langue mouvante et offrant à ceux qui savent le percevoir, un riche système de résonances. On plonge alors dans un univers où limites entre réalité et imaginaire se fondent progressivement jusqu'à se confondre. Au détour d'un vers ou d'une ligne se rencontrent ainsi des figures bien connues des contes et légendes du patrimoine occitan ou bêtes imaginaires sorties de l'imagination de leur auteur pour venir semer le doute dans le réalisme du paysage qu'ils viennent hanter.

 

Descobrir l'òbra 

4.
La boissonalha en son verd tròp crudèl
nos enchichorla de saviesa
e l’èurre embriagat de lutz
tremòla dins la doçor de l’aureta
escandilhada apasimanta
ont s’engrava la totalitat bateganta
dins l’immobilitat cantarèla
lo sofriment viradís de l’aubralha
als luòcs encantats ont tot s’esbeu

Les buis rassemblés en leur vert trop cruel nous grisent de sagesse. Et le lierre enivré de clarté frémit dans la douceur du vent léger, apaisante illumination où s’enlise la totalité palpitante dans l’immobilité de son chant. La tournoyante souffrance de la futaie aux lieux d’enchantement où tout s’abstrait.

5.
La mofa e la feuse rebastisson l’existir
dins lo solòmi dels vents
se retorcís lo suau desvari de l’erbilha
aquí pasmens coma aiga s’acanala
lo rag de la vida

La mousse et la fougère rebâtissent l’existence, dans la mélopée des vents se recroqueville le suave égarement de l’herbe menue, ici pourtant tel une eau creuse son chemin le jaillissement de la vie.

6.
Se traire dau gorg mofle de la consciéncia
coma aquela tartarassa amont dins lo cèl
campejant la puresa irreala dau cèrcle

S’extirper du gouffre moelleux de la conscience, tout comme cette buse là haut dans le ciel, qui parcourt l’irréelle pureté du cercle.

Extrait de “Seuvas serranèlas / Futaies sommitales”, paru dans Legendari de las departidas / Legends of departure / Légendaire des départs, Joan-Frederic Brun, Jorn, 2009.

Joan-Frederic Brun, als confinhs del real / aux confins du réel